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La Presse Nouvelle Magazine 233 fevrier 2006

T
Tikoun38

La Presse Nouvelle Magazine n°233 février 2006 - 24e année

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PNM FEV 06 -233

21/02/2006

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Page 1

LA PRESSE NOUVELLE

Magazine
Progressiste
Juif

PNM aborde de manière critique les problèmes politiques et culturels, nationaux et internationaux. Elle se refuse à toute diabolisation et combat résolument toutes les manifestations d'antisémitisme et de
racisme, ouvertes ou sournoises. PNM se prononce pour une paix juste au Moyen-Orient, sur la base du droit de l'Etat d'Israël à la sécurité, et sur la reconnaissance du droit à un Etat du peuple palestinien.

N° 233 - FEVRIER 2006 - 25e A N NÉE

L e N° 5 , 5 0 €

MENSUEL EDITE PAR L’U.J.R.E.
Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide

Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant,
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Aragon
L’affiche rouge

On ne se lasse pas de la regarder !

A

u fil
d e s
a n nées, l'image
de l'Affiche
rouge s'est
progressivement
gravée dans
la mémoire
des Français.
On ne se
lasse pas de
la regarder,
de la revoir,
de temps à
autre, dans
un journal,
dans
un

document télévisé…
C'est avec la même émotion que l'on écoute le
poème d'Aragon avec la voix de Léo Ferré. Car il
émane de cette affiche une force que ses auteurs
ne soupçonnaient pas.

MOYEN-ORIENT
• Hamas, kadima, la nouvelle donne
J.Dimet

p.3

p.4
p.5

Roland Wlos

E

pides deviennent troubles dès qu’au nom des
"enjeux", se déclenchent des débats dont la première victime est la vérité historique.
Tant il est vrai que les passions s'accommodent
bien du "n'importe quoi", comme argument,
comme preuve.
Début 1942, les "Brigades spéciales" de la préfecture de Police, en étroite collaboration avec les
Services de Sécurité allemands, prenaient, pour
cible prioritaire, les organisations de résistance
politiques et militaires de la MOI (Main d'œuvre
immigrée).
En effet, l'impact de leurs actions de guérilla dans
la capitale était double : renforcement du sentiment d'insécurité parmi les troupes de la
Wehrmacht, et hausse du moral de la population
parisienne.
Adam Rayski

Rappel
Assemblée Générale de l’UJRE
Samedi 4 mars 2006 à 15 h.
Partie artistique* puis verre de l’amitié à 17h.
(*) Ensemble théâtral “Abi gezint” de l’ACODJ

HISTOIRE

SOCIETE
• Bons et mauvais immigrés
R.Wlos
J.DimetT
PAROLES

Une force qui vient sans doute de ces dix portraitsmédaillons d'hommes à qui on voulait attribuer de
"sales gueules de malfaiteurs" mais qui, néanmoins, apparaissaient à l'époque, aux yeux des
Français, plutôt sympathiques.
En effet, l'Affiche rouge se retourne contre ses
auteurs français et allemands comme un boomerang, les frappe publiquement et à jamais au visage.
L'inversion de la situation, plus précisément la
contradiction absolue entre l'objectif posé et l'effet
obtenu, avait été instantanément perçue par le
peuple des villes et des villages de la France occupée, dont les murs et les palissades avaient été
recouverts de cette affiche voulue ignoble et devenue, finalement, noble.
"Le tombeau des héros est le cœur des vivants" a
écrit André Malraux.
Il en est ainsi pour les résistants figurant sur
l'Affiche. Ils ont conquis leur place - si l'on peut
dire - dans notre mémoire affective.
Et pourtant, leur histoire est peu et mal connue.
Surtout mal connue.
Le paradoxe veut que les situations les plus lim-

n prenant connaissance du projet de loi de
Sarkozy sur l'immigration, une image forte
m'est venue à l'esprit : celle du marché aux
esclaves où les négriers inspectaient dents, yeux,
muscles des bras, jambes, mains…
S'il est vrai que comparaison n'est pas raison, force
est de reconnaître, ce projet prônant une "immigration choisie et non subie", que sa philosophie générale procède de la même logique sélective que
cette image.
Comment qualifier autrement, un ensemble de dispositions qui organisent le tri d'individus en fonc-

MEMOIRE

• L’ORT en URSS
E.Polack
p.6
• Généraux allemands / écoute britannique
L.Steinberg p.7

• On ne peut comparer ? H.Levart

p.4

• Charonne – Fanny Dewerpe

p.3

POINT DE VUE

SAGA

• L’image de l’Autre

H.Levart

p.5

• BINEML

S. Palant

p.8

Un projet gouvernemental xénophobe
tion de leurs capacités et possibilités à répondre à
des critères d'accueil qui bafouent leurs droits et
plus généralement les droits de l'homme ?
En clair, cela signifie que "ne seront "acceptables"
que les étrangers perçus comme rentables pour
l'économie française" comme le souligne justement un collectif d'associations soutenu par Les
Verts, le PCF et la LCR.
Ce "collectif contre une immigration jetable"
dénonce une attaque sans précédent contre les
droits des migrants.
Car, dans les faits, ce texte organise la précarité de

séjour pour tous. En effet ce projet de loi mal
nommé "immigration et intégration" ne prévoit
que des possibilités d'immigration très sélectives,
et crée :
- des conditions extrêmement rigoureuses pour
régulariser le plus grand nombre de ceux qui aspirent à bénéficier du droit d'installation
- et des clauses drastiques pour les sans-papiers
pour lesquels est d'ores et déjà programmé l'accroissement du nombre d'expulsions en charter.
(voir détails en page 3)
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P.N.M. FEVRIER 2006

2

Courrier des lecteurs
A u t o u r

d e

l a

Claude Bargas : (...) j’ai été plus
que surpris par la lecture de l’édito
de Lucien Steinberg paru dans le
numéro de janvier de la Presse
Nouvelle. Dominique Vidal dans le
même numéro dresse objectivement, factuellement, le bilan laissé
par Ariel Sharon. Il rappelle mieux que je ne saurais le faire - la
carrière tant militaire que politique
de celui que Lucien Steinberg qualifie de “grand homme”. C’est là,
me semble-t-il, une appréciation
déplacée dans un magazine “progressiste juif”. Après tout, l’on peut
s’interroger sur la définition de
“grand homme”. C’est là,me
semble-t-il, une appréciation déplacée dans un magazine “progressiste
juif”. Ce pourrait être celui qui aura
permis à son pays, et au-delà à l’humanité, de progresser et qui aura été
reconnu universellement comme
tel. A l’aune de cette définition,
peu, très peu d’élus ! Récemment
peut-être Gandhi et Mandela ?
Mais Sharon ? Poser la question
c’est y répondre ! (...). Une clarification paraît s’imposer; Chers amis,
qu’en pensez-vous ? Avec mes sentiments très progressistes.
Elie Moche: (...) Je suis révolté
par l’injustice de la politique
expansionniste et de faits accomplis envers le peuple palestinien.
Le mur, les points de contrôle, chômage et misères génèrent et renfor-

e t

a u s s i

. . .

Liliane Balbin Chers Amis, Bonne
année à tous, santé et paix assurément. Amitiés
Maurice Krakowski Coincidence !
je commence la lecture d'un livre
de Hans
SEUL DANS BERLIN
FALLADA (Ed.Folio 3977) sur la
vie d'anti-nazis, et je viens de recevoir le numéro de Novembre de la
PNM. Je questionne le terme
assassin ou assassiné que l'on
retrouve dans la presse de gauche,
je ne trouve pas ce terme assez
puissant, assez inclusif, assez descriptif, assez expressif de la sauvagerie de ce carnage humain.
Jaurès, Rabin, eux, ont ete assassinés. A bientôt.
Cher Maurice, la langue francaise
étant ce qu'elle est, on peut toujours
améliorer la syntaxe concernant l'idée,
et effectivement, l’anéantissement des
juifs d'Europe fut un carnage, un génocide, et qui plus est un crime contre
l’humanité.
PNM

m a l a d i e

d ’ A r i e l

cent les extrêmistes et éloigne l’espoir d’un règlement de ce long
conflit.(...)
Roger Cukierman (Président du
Crif) à Lucien Steinberg (Dr.
publication PNM) : (...) J’ai lu avec
étonnement le numéro de Janvier
de la Presse Nouvelle. J’ai apprécié votre éditorial dans lequel vous
rendez hommage à Ariel Sharon.
Mais pourquoi dans ce cas avoir
demandé à Dominique Vidal dont
le parti-pris est bien connu, d’analyser les conséquences de la maladie d’Ariel Sharon ? La Presse
Nouvelle aurait pu choisir, me
semble-t-il, un observateur moins
engagé (...) Mes sentiments les
meilleurs.
Lucien Steinberg : Dans notre
numéro du mois de janvier 2006, le
soussigné a publié un éditorial intitulé "Le dernier combat d'Arik
Sharon". Cet éditorial a rencontré
de nombreuses approbations
d'éminents anciens résistants, ainsi
que d'autres lecteurs. Il y eut ausi
des critiques, l'essentielle portant
sur l'expression, de "grand
homme". J'avais cité une expression forte de Françoise Giroud: "on
ne tire pas sur une ambulance".
Il y a eu aussi un article, intitulé
"Sharon, une vie de combat contre
les palestiniens" qui ne prenait pas
en compte la recommandation de
Françoise Giroud. Ce dernier
article a fait l'objet de critiques,
adressées à ma personne en tant
que rédacteur en chef, mettant en
cause l'opportunité même de sa
parution. De façon un peu surprenante, Dominique Vidal, auteur
dudit article, jugeait sa parution
déplacée, compte tenu de l'éditorial qui n'allait pas dans son sens.

MOJSZE ?

Carnet

S h a r o n

. . .

Je précise que j'ai fait paraître le
papier de D. Vidal, qui nous avait
été proposé par un membre du
comité de rédaction. Je suis opposé
à la censure, déjà en tant que
membre du Syndicat National des
Journalistes. M Vidal me donne
tort. J'en suis désolé.
Pour moi, Ariel Sharon est un digne
successeur de Judas Maccabée,
guerrier il y a 23 siècles, qui a mené
la révolte des Juifs contre Antioche
Epiphanes. Le récit figure dans la
Bible. De nombreux Grecs et Juifs
collaborateurs des dits Grecs furent
tués et fort probable qu'il y en eut
qui traitèrent les Maccabées de criminels. Leurs noms ont été oubliés.
Le grand compositeur Haendel a
consacré un oratorio à Judas
Maccabée. Une tour du château de
Pierrefonds (Oise) porte son nom,
depuis de nombreux siècles.
La guerre israélo-arabe a commencé le 30 novembre 1947, lendemain
de l'adoption par l'ONU de la résolution appelant à la création de
deux Etats en Palestine. Acceptée
par l'Agence Juive, elle fut rejetée
par le Haut Comité arabe, qui lança
une série d'attaques, auxquelles les
Juifs ont riposté.
Depuis, l'état de guerre a été interrompu à diverses occasions, par des
trêves, armistices, rémissions, mais
il persiste à ce jour. Le Hamas
poursuit
cette
guerre.
Malheureusement, la MORT fait
partie de toute guerre.
Le nom de Sharon restera dans
l'Histoire pendant les siècles à venir.
Qu'en sera-t-il des noms de ses critiques ?
La critique, les critiques, sont légitimes, nécessaires même. Les réponses
aux critiques le sont tout autant.

Monsieur Léon Parus
né en 1913 à Vilnius
est décédé le 25 janvier 2006
à Bordeaux.
Il était un fidèle lecteur de
la Presse Nouvelle,
qui exprime toutes ses condoléances
et sa sympathie à Mme. Léon Parus

A la mémoire d’
Armand-Abraham Dimet
AVOCAT
Officier de
l’Ordre National du Mérite
ancien Secrétaire Général du
Mouvement des Cadets
auprès de l’UJRE
décédé le 26 février 1997
Son épouse Madeleine, Josée
ses enfants Yves et Jacques
ses 5 petits-enfants,
sa famille, ses amis
Le 3 Mars 1990 est décédé
Charles (Chaïm) Golgevit
Dans l'inconsolable tristesse
nous rappelons sa mémoire
Son épouse Eva
ses enfants, petits-enfants
et toute la famille

PNM: Il aurait été dommageable
que les lecteurs de la PNM dont les
positions sur le conflit au ProcheOrient sont bien connues (voir
exergue à la une) soient privés du
point de vue de D.Vidal, rédacteur
au Monde Diplomatique, comme le
recommande le Président du Crif.
Son analyse rejoint celle d’Amnon
Kapeliouk, récemment publié dans
la PNM. Le point de vue de DV est
celui d’un observateur avisé et
reconnu comme tel, du côté des
forces de paix tant israéliennes, que
palestiniennes. En tout état de
cause, le débat reste ouvert.

Souscription* n° 29 arrêtée au 31 janvier 2006

L'un de nos lecteurs, sans doute pour
renouveler son abonnement à
l’étranger, nous a viré la somme de
70 € en novembre 2005. S'il se
reconnaît dans l'intitulé suivant de
l’écriture bancaire, qu'il veuille bien
nous signaler son identité pour que
nous puissions imputer son règlement à son compte d'abonnement.
Nous éviterons ainsi de le relancer
inutilement.
Merci d'avance, PNM
REMISE DE CHEQUE DU
21/11/2005 DE MOJSZE
C LYONNAIS 70 €

(*) sauf mention explicite (carte, réabonnement ou don), les règlements reçus sont
imputés en priorité en renouvellement d’abonnement, puis en don.
NB : L’Etat vous rembourse 60% de vos adhésions et dons sous forme de crédit d’impôt.
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P.N.M. FEVRIER 2006

Moyen-Orient

A

3

Hamas, Kadima, la nouvelle donne

près la victoire du Hamas
en Palestine, les élections
législatives israéliennes de
mars peuvent aussi changer la
donne au Proche-Orient.
Ariel Sharon dans le coma, et
désormais écarté à tout jamais de la
vie politique israélienne, des élections législatives cruciales en mars
en Israël, le changement à la tête
du parti travailliste israélien, l'arrivée au pouvoir du Hamas en
Palestine, autant de données qui
changent profondément la nature
des relations israélo-palestiniennes.
La mort politique d'Ariel Sharon
n'a pas ralenti l'avance dans les
sondages de son nouveau parti
Kadima (En avant) créé de toute
pièces par l'ancien dirigeant pour
passer outre aux obstacles dressés
par sa propre formation, le Likoud.
Sharon avait réussi à rassembler
dans, et autour de cette nouvelle
formation, des cadres issus de la droite comme de la gauche, notamment
l’inamovible Shimon Pérès qui,
après avoir échoué dans la reconquête du parti travailliste, a préféré voler
au devant de la victoire.
Celà dit, il est vrai que la création
de Kadima, et le fait que cette nouvelle formation résiste à la disparition de son créateur, ouvrent une
perspective politique : le changement éventuel dans les relations
avec les Palestiniens ne dépendra
plus de la droite, et le prétexte
même de l'existence de cette droite
ne pourra plus être mis en avant.
Au sein de la gauche, le renouveau
annoncé par l'élection à la tête du
parti travailliste d'Amir Peretz est
obéré, ou tout au moins limité par
l'existence même du Kadima qui
attire le vote utile pour s'opposer à
la droite extrême et aux partis religieux nationalistes.
Toute la question est de savoir dans
quelle voie s'orientera le nouveau
chef de Kadima et premier
ministre par intérim Ehud Olmert.
Le nouveau premier ministre en
tout cas, s’il ne répugne guère à
une politique de force dans les territoires, comme l'ont montré les
actes de guerre qui ont frappé Gaza
et les combats sporadiques qui ont
repris autour des fermes de Chabaa
au Liban, n'hésite pas à réaffirmer
la nécessité d'un Etat palestinien,
tout en montrant une fermeté nouvelle vis à vis des colons extrémistes.
Mais le fond n'est pas encore abordé. Quel Etat palestinien, et sur
quelle superficie ? Quid, de la
construction du mur, auquel

Olmert ne semble pas vouloir
renoncer ? Quelle capitale pour
l'Etat palestinien ? Que faire des
réfugiés ? Quels droits pour l'Etat
palestinien ?
Pour le moment les dirigeants
israéliens, tout à la préparation des
élections, se refusent à donner des
réponses précises et surtout à fixer
une ligne de conduite, d'autant plus
qu'ils se servent de la victoire du
Hamas aux élections palestiniennes comme ils s'étaient servi
autrefois de Yasser Arafat, comme
d'un repoussoir, pour éviter toute
discussion de fond.
La victoire du Hamas n'est pas
totalement une surprise. Depuis
des années le Mouvement de la
résistance islamique gagnait du
terrain et pas seulement par la lutte
armée ou les attentats. Hamas a
d'abord gagné par l'activité sociale
de ses membres, sa disponibilité
auprès de la population palestinienne.
Les dirigeants du Hamas savent
bien qu'ils n'ont pas gagné les élections sur leur programme ou sur
leur vision de la société palestinienne, qui est plurielle, mais bien
sur ce facteur social et sur le rejet
des caciques du Fatah, et donc de
l'autorité palestinienne, par une
large partie de la société.
Les attaques menées ces dernières
années sur les cadres de l'autorité
palestinienne par les dirigeants
israéliens avec les attentats ciblés
ont désorganisé l'administration
palestinienne, notamment ses
forces de sécurité.
L'affaiblissement du Fatah s'est
accompagné aussi de gabegies,
voire de corruption.
Encore qu'il faille relativiser la
victoire même du Hamas.
Les islamistes ont certes la majorité des sièges au parlement (74 sur
132), mais l'essentiel de leur victoire vient des mandats directs
qu'ils ont obtenus. En terme de
voix, le Hamas recueille 43% des
suffrages des votants (le taux
d'abstention était de 23%), pour
40% pour le Fatah (la différence de
voix entre les deux forces politiques est de 30 000 sur plus d'un
million de votants).
Les deux rassemblements électoraux de gauche : la liste conduite
par le Front populaire et celle du
Front démocratique (à laquelle
participaient les communistes du
Parti du peuple) approchent les
8% (4% pour le premier, 3% pour
le second). Il sera difficile dans ces
conditions pour le Hamas, si tant
est qu'il le veuille, d'aller à marche

forcé vers une société islamiste.
Les élections palestiniennes ont en
tout cas aussi changé la donne au
niveau international. Personne ne
peut nier le caractère démocratique
de ces élections. Le fait qu'elles
aient été remportées par le Hamas
est aussi un camouflet pour la politique suivie dans la région par l'administration américaine qui n'a eu
de cesse de mettre des bâtons dans
les roues de l'autorité palestinienne. Englué en Irak, où les attentats

Jacques Dimet

ne cessent pas et où de nouvelles
révélations sur la torture viennent
d'éclater, George Bush est en
manque d'initiative politique et
diplomatique crédibles. La Russie
vient par contre de se rappeler au
bon souvenir de tous en invitant
officiellement une délégation du
Hamas à Moscou. Comme dans
l'affaire du nucléaire iranien,
Moscou reprend pied, et on peut le
penser durablement, aux Proche et
au Moyen Orient.

Hommage à Fanny Dewerpe
8 février 1962 : Charonne

Mémoire

D

epuis la fin de la guerre, les
huit patronages ouverts par
la CCE, dans les 3ème,
4ème, 10ème, 11ème, 13ème,
18ème et 20ème arrondissements
de Paris accueillent, le jeudi et le
dimanche, des centaines d’enfants
et de jeunes. Des amitiés durables
s’y lient cependant qu’une culture
commune s’y crée.
La photo reproduite ici (1) montre une
équipe de moniteurs de ces «patros».
En bas, à droite, entouré d’un cercle,
le visage rieur, de Fanny Dewerpe.
Elle est alors monitrice au «patro» du
120 boulevard de Belleville qu’anime Louba Pludermacher (tout en bas
à droite). Elle ignore certainement
qu’il lui reste peu d’années à vivre.
Car les années 60, ce sont aussi dans
le contexte politique de la fin de la
guerre d'Algérie, les brutalités policières
du 17 octobre 1961 (massacre des
Algériens), et le terrorisme de l'OAS. Les
attentats se multiplient: 7 février 1962,
plasticages contre le dirigeant communiste Raymond Guyot, l'écrivain Vladimir
Pozner, le ministre de la Culture André
Malraux… Une fillette, Delphine Renard,
âgée de 4 ans, est alors gravement blessée
aux yeux. L'émotion est à son comble !
Une grande manifestation anti-OAS se
tient le 8 février. Son interdiction par le
gouvernement du Général de Gaulle
cause une violente répression, orchestrée
par Roger Frey (ministre de l'intérieur) et
Maurice Papon (Préfet de police). A 31
ans, Fanny, qui manifestait, périra tragiquement suite à la charge sauvage et à
l'acharnement policier au métro
Charonne.
B.Rayski2 écrira d'elle : "Vous dont la
famille avait été décimée par les nazis (…)
mère d'un garçon de neuf ans (…) allée à
la manifestation du 8 février en souvenir
de votre mari mort des suites des violences policières subies en 1952 (…) vous
étiez morte (…) là avec vos voisins, huit
autres victimes de la manifestation du 8
février 1962 (…) hommes, femmes et
enfants (l'un des assassinés avait quinze
ans et demi) qui se trouvaient au métro
Charonne."
Les obsèques des victimes de Charonne
seront suivies jusqu'au Père-Lachaise,

le 13 février, par un million de personnes.
L'UJRE vous engage à lire l’étude3
d’Alain Dewerpe, fils de Fanny,
Anthropologie historique d'un
massacre d’Etat, que vient d’éditer
Gallimard. C’est ainsi honorer la
mémoire du drame du métro
Charonne, comme le font le 8
février, en particulier le Parti communiste et la CGT dont les neuf
victimes étaient membres.
(1) L'ALBUM La CCE 40 ans de souvenirs, Ed.
LES AMIS DE LA CCE, 1998.
(2) Ces étoiles qui brûlent en moi, B.RAYSKI,
Ed. FELIN, 2003, 14,25€
(3) CHARONNE 8 FÉVRIER 1962
Anthropologie historique d'un massacre d'État, A.DEWERPE, Ed. Gallimard "Folio histoire"
(No 141) Paris 2006, 912 p. 10 €
LA PRESSE NOUVELLE
Magazine Progressiste Juif
édité par l’U.J.R.E.
Comité de rédaction :
Lucien Steinberg, Jacques Dimet,
Bernard Frédérick,
Nicole Mokobodzki,
Tauba-Raymonde Staroswiecki
Roland Wlos
N° paritaire 64825
C.C.P. Paris 5 701 33 R
Directeur de la Publication :
(Intérim Lucien STEINBERG)
Rédaction - Administration :
14, rue de Paradis
75010 PARIS
Tél. : 01 47 70 62 16
Mèl : ujre@wanadoo.fr
Site : http://ujre.monsite.wanadoo.fr
Tarif d’abonnement :
France et Union européenne:
6 mois 28 euros
1 an
55 euros
Etranger, hors U.E : 70 euros
IMPRIMERIE DE CHABROL
PARIS
PNM FEV 06 -233

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17:20

Page 4

P.N.M. FEVRIER 2006

4

Société

Mémoire

Bons et mauvais immigrés
Roland Wlos

D

ans le cadre d'une "immigration choisie et non subie" le
projet de loi intitulé immigration et intégration instaure un titre
de séjour temporaire correspondant à
la durée du contrat de travail. A
moins qu'il y ait rupture du contrat,
auquel cas il sera automatiquement
retiré.
Ainsi les droits sont liés à l'emploi et
non à l'individu.
En outre, ce projet de loi institue un
nouveau titre de séjour "compétences
et talents" d'une durée de trois ans
renouvelable. Cette carte sera délivrée à l'étranger “susceptible de participer du fait de ses compétences et
de ses talents (…) au développement
de l'économie française … Seront
concernés les scientifiques, les intellectuels, les créateurs d'entreprises,
les artistes, les sportifs de haut
niveau, les cadres à haut potentiel.
Des étudiants triés sur le volet feront
l'objet d'une sélection multi-critères
(filière, nationalité, niveau d'étude).
Les élus bénéficieront de plein droit
d'une carte de séjour d'une durée
d'un an pouvant aller jusqu'à quatre
ans s'ils s'engagent dans un cycle
pour obtenir un master…”
Si l'on a abandonné le mot quota, on
introduit quand même son principe.
Ainsi le gouvernement devra, dans
un rapport sur les orientations de la
politique d'immigration soumis tous
les ans au Parlement, indiquer "à titre
prévisionnel le nombre, la nature et
les différentes catégories de visas de
long séjour et de titres de séjour pour
les trois années suivantes"… On voit
bien que cela concernera avant tout
les entreprises du bâtiment, de la restauration, du textile, de la domesticité, en bref un volant de main d'œuvre
sans droits, vivant la peur au ventre.
Une nouvelle mesure sera mise en
oeuvre par cette loi : l'obligation de
quitter le territoire. L'étranger n'aura
alors que quinze jours, contre un
mois actuellement, à compter de la
notification de la décision de l'administration !
De plus, ce projet prévoit le durcissement des conditions de regroupement familial en instaurant à la hausse les critères de ce regroupement en
termes de ressources, de logement…
Les mariages mixtes seront eux aussi
plus encadrés, pour obtenir une carte
de séjour temporaire, les conjoints de
Français devront justifier d'un visa de
séjour de plus de trois mois. Par
ailleurs, ils devront attendre trois ans

et non plus deux ans pour demander
une carte de séjour. Ainsi comme le
fait remarquer Nathalie Ferré,
Présidente du Groupe d'Information
et de SouTien aux Immigrés (GISTI)
"Au nom de l'immigration choisie",
comme si notre pays la subissait et
non pas les étrangers contraints à
l'exil. Cette loi va porter un coup fatal
à la situation des familles. Avec la
création d'un stock d'immigrés dont
le titre de séjour va être aligné pour
une grande part sur la durée du travail, ce projet correspond d'ailleurs
aux souhaits de la Commission européenne qui invite les Etats à réfléchir
à une reprise d'immigration légale du
travail en se débarrassant par l'externalisation du droit d'asile.
A propos du droit d'asile : Il n'est pas
inutile de rappeler que la
Constitution française dans son préambule de 1946 et reprise dans la
Constitution de 1958 reconnaissait à
tout homme persécuté en raison de
son action en faveur de la liberté,
droit d'asile sur le territoire français.
Quant à la convention de Genève, à
laquelle notre pays a souscrit, elle
donnait la définition suivante du droit
d'asile en permettant d'en faire bénéficier toute personne qui "craint avec
raison d'être persécutée du fait de sa
race, de sa religion ou de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques".
Ajoutons que ce projet prévoit
d'abroger la disposition prévoyant
la délivrance d'une carte de séjour,
à l'étranger vivant de façon habituelle dans notre pays depuis plus
de 10 ans.
Pas besoin d’être un grand clerc pour
deviner qu’en définitive, ce projet ne
peut être qu’une machine infernale
fabriquant d’une part la précarité, et
d’autre part, la clandestinité.
C’est pourquoi il s'agit là, qu'on le
veuille ou non, d'un projet politique
de classe : les futurs talents et compétences des étrangers plus riches,
attirés dans notre pays, auront droit
sans difficulté au regroupement familial (favorisant ainsi la fuite des cerveaux en s'exonérant du coût de formation), alors que les pauvres qui
n'ont pas le SMIC en seront privés.
Cela confirme que ce texte est au service des intérêts du patronat, avide de
saisonniers et autres sous-payés. Il
prépare aussi, semble-t-il, la levée
des interdictions de travail pour les
salariés européens (appliquant ainsi

l'orientation de la directive
Bolkestein sans la nommer).
Notons enfin que ce texte reste
volontairement flou, permettant ainsi
au gouvernement d'introduire certaines dispositions par voie réglementaire. De ce fait, c'est la porte
ouverte à la promulgation par décret
de dispositions arbitraires, sans aucune concertation.
Avec cette loi, nous nous trouvons
face à un texte qui ne se préoccupe
que de ce qu'il estime être l'intérêt des
riches possédants de notre pays, et
qui ne se pose pas le moins du monde
la question de celui des autres pays.
Cependant, on aurait tort de penser
que cette orientation à l'égard des
migrants s'arrête à cette seule vision
utilitariste. Car conjointement à ce
projet, Sarkozy ajoute une dose
populiste et stigmatisante en voulant
ficher l'origine ethnique des délinquants.
Dans ces conditions, il est aisé de
comprendre pourquoi Le Pen disait,
le 5 février, à Enghien "Sarkozy n'a
pas que de mauvaises idées, c'est
normal, il m'a tout pompé". En
somme, ce dont Le Pen rêve tout
haut, Sarkozy le fait. Face à une aussi
grave dérive, il y a tout lieu d'être
inquiet. En effet cette loi n'a pas seulement une portée électorale visant à
s'agréger les voix d'extrême droite.
Elle est aussi partie prenante d'une
des politiques les plus rétrogrades,
antisociales et antidémocratiques que
notre pays ait jamais connue.
Après les ouvriers jetables avec le
CNE, les jeunes jetables avec le CPE,
ce sont les immigrés jetables… Avec
des relents racistes, cette loi constituerait un recul historique comme le
note la CGT.
On ne peut en rester là. Un sursaut de
l'opinion est indispensable pour
contrer cette orientation, afin que la
France redevienne le pays dont beaucoup de nos parents étrangers, bien
souvent sans titre légal, fuyant les
persécutions en Europe centrale,
disaient "Gliklèkh vi Gott in
Frankraïch" (heureux comme Dieu
en France).
NB: A la différence de mon
ami Roland Wlos, je suis un immigré arrivé en France en 1947, à
l’âge de 21 ans, je m’y suis intégré, et je suis devenu français. Je
tiens à exprimer mon accord total
avec ses propos.
LS

On ne
peut comparer ?

A

l'automne dernier, j'ai assisté à l'assemblée de l'association du Convoi n° 6 parti de
Pithiviers
pour
l'enfer
d'Auschwitz. A l'issue de la
réunion, le fils ou le petit-fils d'un
déporté proposa à l'assistance
d'adopter une résolution condamnant le racisme, notamment la
chasse aux faciès.
Que n'avait-il demandé ? A part
quelques approbations, ce furent
des cris hostiles:
"On ne fait pas de politique, on ne
peut pas comparer".
J'étais bouleversé. Où en sont rendus certains de nos compatriotes
juifs ? Ont-ils le cœur sec ? Il
conviendrait donc de considérer le
martyrologue de millions d'êtres
humains comme apolitique, et le
désir de prolonger de façon humaniste notre devoir de mémoire,
comme une tare politique ?
Les leçons de l'anéantissement des
juifs, dans ce qu'il a de plus dramatique, devraient conduire à
rendre intolérables les discriminations, les souffrances endurées sur
notre sol, comme l'ont révélé les
récents événements des banlieues.
Celles et ceux qui ont porté l'étoile
jaune doivent le comprendre.
Les camps de rétention, les expulsions musclées des squats, les
reconduites à la frontière sont
indignes de la patrie des droits de
l'Homme.
C'était hier l'esclavage pratiqué
par les pays "civilisés", les
conquêtes coloniales qui ont coûté
la vie à des millions d'individus.
Un véritable génocide. Un crime
contre l'humanité aujourd'hui
reconnu comme tel.
Aujourd'hui, des millions d'enfants, d'adultes chaque année dans
le monde meurent du Sida, de malnutrition, du paludisme… Une
extermination qui porte, en hébreu,
un nom : Shoah.
Que de malheurs infligés aux
populations humaines ! Il n'y a pas
de super et de sous-victimes,
comme le dit justement Claude
Lanzman :
"Il n'y a pas de concurrence mais
universalité des victimes comme il
y a universalité des bourreaux".
Henri LEVART
26 janvier 2006
PNM FEV 06 -233

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P.N.M. FEVRIER 2006

Paroles

Du Clemenceau
aux "sous hommes"
Deux faits révélateurs mettent la France
en porte-à-faux. Bien sûr, ces deux événements ne sont pas de même nature,
mais ils ne laissent pas d'interroger sur
les capacités de notre pays à réagir.
Passons rapidement sur le premier tant
la conclusion est évidente : il s'agit d'un
fiasco ridicule, celui du Clemenceau.
Cet ancien porte-avion militaire aura
fait le tour de la terre avant de revenir à
son point de départ. Les communiqués
officiels se succèdent et sont contradictoires. A l'heure où ces lignes sont
écrites, la ministre de la Défense, responsable en chef de ce fiasco est toujours ministre (et candidate virtuelle,
elle aussi, à l'Elysée) et l'état-major de la
Marine n'a pas été bouleversé. A croire
décidemment que toutes les erreurs,
toutes les incompétences sont permises,
tolérées et absoutes.
Le second fait donne des frissons dans
le dos. Voilà un Président de Conseil
Régional, l'un des plus importants de
France, qui perd les pédales au cours
d'une cérémonie organisée à la mémoire de Jacques Roseau, qui dirigea pendant longtemps une association de rapatriés. Rappel rapide des faits: Georges
Frêche s'en est pris violemment à un
représentant des harkis présent à la cérémonie, lui reprochant d'avoir peu auparavant participé à une rencontre avec les
gaullistes locaux. Jusque là, pas de quoi
faire monter la sauce. Mais emporté par
son élan, le Président du Conseil
Régional de Languedoc-Roussillon
s'énerve, s'emballe et traite les harkis de
"sous-hommes". La phrase que nous
avons tous entendu à la télévision est
bien celle-ci : "vous êtes des soushommes". On peut, ensuite, trouver
toutes les excuses ou justifications possibles, gloser sur le sens que Georges
Frêche aurait pu mettre dans ce terme, il
n'en reste pas moins que nous voilà
avec un remugle assez nauséabond des
années trente. Il n'y a pas de soushommes. Il n'y a pas d'hommes inférieurs à d'autres. Et, comme pour l'affaire du Clemenceau, on passe l'éponge.
Georges Frêche présente des excuses
pesantes. Il est toujours Président du
Conseil Régional. Le parti socialiste est
étrangement silencieux, Jack Lang
pourtant présent sur place lors des incidents dit qu'il n'a rien entendu. Il n'y a
guère que les fabiusiens, au sein du parti
socialiste, qui montent au créneau.
Rendons grâce à la Ligue des droits de
l'homme et au Mrap qui, eux, n'ont pas
mâché leurs mots. "Dans le contexte
des pseudo-bienfaits de la colonisation,
ces insultes dignes des pires temps du
colonialisme ne peuvent que provoquer
l'horreur et la sidération", affirme
notamment le Mrap.
Le dégoût, oui. C'est bien de cela
qu'il s'agit.
Jacques DIMET

5

Point de vue

L

'on pourrait croire que tout a
été dit sur l'affaire des caricatures du prophète Mahomet,
parues (innocemment ?) dans deux
journaux scandinaves de droite et
d’extrême-droite, reprises (commercialement !) par deux publications
françaises : liberté d'expression principe au cœur du pacte républicain /
surenchères dans l'offense à la foi religieuse structurant la vie d'un milliard
d'êtres humains dans le monde.
Pourtant, à part la presse communiste
et quelques commentateurs éclairés,
personne n'est revenu sur l'essentiel
des causes profondes d'une telle situation explosive : colonisation, exploitation, humiliation, frustration. Une
étincelle aura suffi.
Ô certes, on présente des excuses
pour des "maladresses"; on demande
pardon pour la Shoah, pour le massacre des indiens, pour l'esclavage. A
quoi bon tant de contritions, si c'est
pour continuer d’avaliser une politique barbare qui, sous d'autres
formes, génère oppression, misères,
maladies, famines ?
La diabolisation de l'islam n'a de
cesse. Il n'est pas inutile d'en traiter
quelques aspects dans nos colonnes.
De nombreux penseurs musulmans
contemporains portent sur leur religion un regard lucide. Déjà, à l'émergence du FIS en Algérie, les écrivains
Rachid Boudjera et Rachid Mimouni
avaient dénoncé avec force et pertinence les dangers recelés par le mouvement intégriste. Dans son beau
livre Mahomet, Salah Stettié1 écrit
que : "l'Islam est aujourd'hui une citadelle assiégée. Assiégée par les
autres, certes, qui le craignent et le
déclarent dangereusement imprévisible ; mais assiégé surtout par lui
même qui s'est enfermé - ou qu'on a
enfermé - dans les divers cercles de
l'archaïsme, de la pauvreté, de la primarité, de la précarité, et, plus redoutablement encore, de la satisfaction
béate d'en rester là".
Ghaleb Bencheikh, Président de la
Conférence mondiale des religions
pour la paix s'affirmant dans
L'Humanité "profondément, littéralement attaché à la liberté d'expression
ajoute que les auteurs, les caricaturistes, les faiseurs d'opinion ont une
responsabilité d'un point de vue
éthique. Le respect dû à ce qui fonde
les croyances et les convictions des
êtres, quels qu'ils soient, est une
notion fondamentale. L'amalgame,
l’idée que tout musulman adhère à un

L’image de l’Autre
message de violence et de terreur est
insoutenable. Dans une certaine
mesure, la frilosité des hiérarques
musulmans, par le passé, leur complicité de fait par le silence ont conduit
au fait que des illuminés, des exaltés,
des excités, des criminels soient les
premiers à défigurer le visage de l'islam et celui du Prophète. Nous
payons lourdement ces confusions".
Nous comprenons ces regrets. Alors
qu'en décembre 2005, les 57 pays de
l'Organisation de la conférence islamique s'étaient engagés à combattre
fermement l'extrémisme islamiste,
leur résolution est restée lettre morte.
Les événements ont amené certains
d'entre eux à encourager, à soutenir
les émeutes pour se dédouaner,
dévoyer l'indignation de leurs
peuples, et faire ainsi le lit des extrémistes qu'ils dénoncent.
Le soi-disant choc des civilisations
est revenu sur le tapis, se substituant à
la lutte des classes.
Bencheikh a bien raison à ce propos
de dire "qu'il n'y a de choc que des
incultures et des ignorants. Les civilisations entre elles ne s'entrechoquent
pas… l'Occident doit beaucoup à
Avicenne, Averroès, Al Kendi ou Al
Radabi…".
Je ne citerai pas les sourates du
Coran, mais jugez plutôt de la résonance humaniste des Quatrains de
Khyyäm, ce savant et poète persan
des débuts du 1er millénaire, pour qui
Dieu respecte la liberté de l'homme,
la liberté d'exister sans lui. C'est un
peu long, mais prenez la peine de
savourer :
“Si assuré et ferme que tu sois, ne
cause de peine à personne; que personne n'ait à subir le poids de ta colère. Si le désir est en toi de la paix éternelle, souffre seul, sans que l'on puisse, ô victime, te traiter de bourreau
(...) Le Coran que les hommes nomment le mot suprême, on le lit de
temps à autre, mais qui le lit sans
cesse ? (…) Dans la cellule et à
l'école, au monastère et à la synagogue s'abritent ceux qui redoutent
l'Enfer et recherchent le Ciel. Celui
qui connaît les secrets de Dieu ne
sème pas de telles semences dans le
cœur de son cœur (…). L'enfer n'est
qu'une étincelle à côté de ce qu'a
subi mon âme et je ne crois au
Paradis que lorsque je goûte un instant de paix (…). Je bois du vin, et
l'on me dit à droite et à gauche : "ne
bois pas de vin, c'est l'ennemi de la
religion". Quand j'ai su que le vin

Henri Levart

était l'ennemi de la religion, j'ai dit :
"Par Allah ! laissez-moi boire son
sang, c'est un acte de piété" (…). Le
bien et le mal qui sont dans la nature humaine, le bonheur et le malheur
que nous garde le destin… n'en
accuse pas le Ciel, car au point de
vue de la Sagesse, le Ciel est mille
fois plus impuissant que toi”. Dans
cet esprit, Job, en son extrême
dénuement, ne disait-il pas que l'on
pouvait aimer Dieu pour rien ?
Sait-on que sont attribués à Allah des
qualificatifs les plus prestigieux, 99
"beaux noms", et qu'aucun d'entre eux
n'évoque ni la guerre, ni la servitude ?
Sait-on que Mahomet lui-même
déconseilla les expropriations des tribus juives dans la région de Médine ?
Faut-il évoquer l'Andalousie et son
osmose des civilisations ? Ce rappel
de notre commune humanité ne relève pas d'une incitation à la nostalgie.
Les antagonismes, les conflits, les
luttes fratricides suscités au cours des
siècles, n'ont pas effacé les aspirations
au dialogue, à la reconnaissance
mutuelle.
On apprend avec satisfaction que
dans un tout récent sondage chez les
musulmans de France, la révolte
contre les dessins s'accompagnant
d'une condamnation des violences,
84 % des interrogés trouvent que se
moquer du judaïsme est " une mauvaise chose ".
Mais pourquoi diable en arriver au
judaïsme ? Car simplement pour moi,
quand je vois aujourd'hui l'arabe, le
musulman stigmatisés ainsi, je me
souviens d'une époque, pas si lointaine, où s'affichaient sur les murs de
nos villes des dessins représentant le
juif avec le nez crochu, les cheveux
hirsutes, les doigts accapareurs.
L'antisémitisme a bien deux mamelles
la judéophobie et l'islamophobie.
Œuvre de fraternité : les Juifs de notre
pays s'honoreraient en puisant aux
sources de leur histoire, de leurs souffrances, de leur spiritualité, de leurs
combats émancipateurs, de s'impliquer
amplement dans l'action contre les
injustices sociales, les discriminations,
les préjugés raciaux, quelqu’ils soient.
Si le climat actuel influencé par des
modes médiatiques valorise le fatalisme, l'individualisme, la méfiance, la
dérision et le cynisme, la lutte commune pour la dignité de chaque
homme, de chaque femme permet de
partager le meilleur.
(1) Salah Stettié, ancien ambassadeur du
Liban en France
PNM FEV 06 -233

21/02/2006

6

Histoire

17:20

Page 6

P.N.M. FEVRIER 2006

L'activité de l'Union ORT en URSS
pour un reclassement économique des Juifs soviétiques*

Emmanuelle Polack

Emmanuelle Polack est historienne et responsable du département archives de l’ORT France, institution juive d’éducation et de formation. Nous reproduisons ci-dessous un extrait de son ouvrage “Artisans et paysans du YIDDISHLAND“ *, avec l'aimable autorisation de son auteur.
Ce en quoi le projet soviétique se
vail constructif et productif en
à relever leur niveau social: ainsi,
a Révolution d'octobre 1917
distingue des idées préconisées par
milieu rural et, à travers elle, de la
pour permettre aux femmes des
apporte son lot de promesses
les penseurs juifs, tel que Nicolas
création d'une paysannerie juive,
colons du kolkhoze Molotov à
et d'espoir pour les Juifs de
Bakst pour n'en citer qu'un, c'est
importante sur le plan symbolique.
Eupatoria, en Crimée, de percevoir
l'ancien Empire russe: ceux-ci,
qu'il s'inscrit dans le double
A l'étranger, en particulier en
un revenu supplémentaire en hiver,
ayant connu des vagues de persécucontexte d'un mouvement de proFrance, les communautés juives
l'ORT organise des petites
tions récurrentes durant la période
pagation de l'athéisme, et de lutte
voient dans les colonies agricoles
fabriques de confection de chatsariste, voient dans les révolutionsans merci contre le sionisme:
un moyen pour leurs coreligionpeaux en raphia ou d'objets en
naires des alliés dans leur lutte pour
d'une part, toutes les religions sont
naires d'Europe centrale et orientaosier.
l'émancipation. Et, de fait, les prepersécutées, y compris la religion
le d'échapper à la situation de
L'Union ORT et le comité ORT
mières années du régime soviéjuive, dépeinte comme une idéoloLuftmenschen entassés en ville
russe ont donc conduit, dans la
tique permettent à la population
gie réactionnaire utilisée par la
dans des conditions déplorables.
lignée des ambitions des autorités
juive d'obtenir l'égalité des droits
classe bourgeoise pour détourner
Forte de ce succès, l'Union soviésoviétiques, de multiples actions en
dans tous les domaines de la vie
l'attention du prolétariat; d'autre
tique décide, en mars 1928, d'enfaveur du reclassement des Juifs.
politique et sociale, tandis que l'anpart, le mouvement sioniste est
courager des Juifs à construire au
Cependant, leur dynamisme s'est
tisémitisme est sévèrement puni.
perçu par le
Birobidjan,
trouvé rapidement freiné. En effet,
Une section juive du Parti, la
r é g i m e
sur le fleuve
la fin des années 1930 voit appaYevsektsia, est créée, sous l'égide
comme
un
Amour, une
raître des difficultés importantes:
de
Joseph
Staline,
alors
avatar de l'imPalestine
les autorités gouvernementales exiCommissaire aux nationalités,
périalisme
soviétique,
gent de l'Union ORT qu'elle procèpour apporter une réponse spécibritannique et
mais ce prode à la rénovation ou à la transforfique à la question juive. Dans le
les sionistes
jet de Région
mation des locaux abritant ses inscadre de la nouvelle politique écos o n t
juive autotitutions, ce qui entraîne des frais
nomique (NEP) adoptée par Lénine
contraints à la
n o m e ,
considérables dans un contexte où
en 1921 pour remédier à l'état de
retraite polia u q u e l
les subsides et les subventions de
misère et de famine né de la guerre
tique et à la
l'ORT
est
l'Etat diminuent sensiblement. Très
civile et du communisme de guerclandestinité,
associée, se
vite, d'autres mesures sont prises
re, le gouvernement de Moscou
sous
peine
révélera
contre les intérêts des entreprises
entend encourager les lishentsy, ces
d'être envoyés
rapidement
juives. Si bien qu’à partir de 1937,
centaines de milliers de personnes
dans
des
non viable.
le système bâti par l'ORT s'effondre
Catalogue trilingue de l'exposition MAHJ (voir p.7)
déclassées car interdites de profesfrançais / anglais / yiddish
camps de traGrâce à un
en Union soviétique: Les écoles
ser leur métier, à se tourner vers
vail ou encore
a c c o r d
sont réquisitionnées par les autoril'industrie ou l'agriculture. Etant
d'être condamnés à l'exil en
conclu avec les Soviets le 17 mai
tés; de nombreux artisans juifs sont
donné que par suite de la persécuSibérie. Les colonies agricoles
1928, l'Union ORT est autorisée à
contraints d'intégrer les entreprises
tion exercée par le régime tsariste,
soviétiques sont donc conçues
procéder à l'importation exonérée
d'Etat; les purges staliniennes de
qui ne permettait pas aux Juifs de
comme un instrument au service de
de tout droit de douane de matières
1937 et 1938, provoquant des
s'occuper d'agriculture, la populala soviétisation de la population
premières, de machines et d'outils
coupes sombres au sein de la comtion juive se trouve dans une situajuive et comme une alternative aux
destinés à équiper les ateliers. Dans
munauté juive d'URSS, mettent un
tion critique; que, d'autre part,
colonies juives de Palestine.
cette perspective, les familles
point final à l'entreprise de l'ORT.
800 000 déciatines de terre restent
Faute d'argent, le gouvernement
juives d'Europe occidentale et
Dès 1929, Albert Londres dénonincultes; qu'une colonisation
soviétique fait appel à des organid'outre-mer, notamment celles des
ça, dans une enquête qui l'avait
intense est une nécessité urgente
sations philanthropiques étrangères
Etats-Unis, furent invitées à
conduit de Londres à la Palestine,
pour l'avenir économique du pays,
pour l'aider à mener à bien ce proenvoyer à leurs parents de Russie
en passant par la Pologne, la
nous décidons que la République
jet. Parmi elles figure, outre la JCA
des machines ou des instruments de
Transylvanie, la Bessarabie, la
soviétique de l'Ukraine, d'accord
et l'Agro Joint, l'ORT, avec laqueltravail.
La
Tool
Supply
Bucovine ou encore la Galicie, le
avec le gouvernement fédéral de
le un accord quinquennal conclu en
Corporation, une annexe de
drame des Juifs d'Europe centrale
Moscou, prendra des mesures afin
1923 est renouvelé jusqu'en 1938.
l'Union ORT, organise, via Berlin
et orientale. Le grand reporter
qu'il soit possible à la population
Les interventions de ces organisaou Londres, le transport des
s'était alors efforcé de sonder la
juive des villes, ruinée économitions juives en matière agricole
machines à destination des Juifs
misère et de recenser les humiliaquement, de s'installer sur les
sont formellement encadrées par le
d'Union soviétique. Dans les quatre
tions, les spoliations dont le
terres incultes de l'Ukraine du sud
KOMZET (Commission gouvernepremières années, les tailleurs, les
peuple juif essuyait la violence. Si
et du nord de la Crimée, et que la
mentale pour l'établissement agricole
menuisiers, les bonnetiers et les
l’ouvrage issu de ce reportage
question des fonds nécessaires à
des Juifs) et l'OZET (Société d'agricordonniers ont ainsi pu bénéficier
reçut un accueil ému de ses
cette colonisation sera envisagée
culture juive de Russie), deux institude 981 machines importées.
contemporains, aujourd'hui ce
entre le gouvernement de Moscou
tions mises en place par le pouvoir
En 1931, une résolution adoptée
court temps historique, vaste chanet les organisations juives étranmoscovite en 1924 et 1925 pour coorpar l'OZET, conformément au printier à investiguer, demeure un pan
gères qui déploient leur activité
donner toutes les actions destinées à
cipe de collectivisation généralisée,
assez peu connu de l'histoire des
sur le territoire de la République
encourager les Juifs à travailler dans
exige la transformation de toutes
Juifs d'Europe de l'Est, alors même
soviétique. Les Juifs se voient ainsi
l'agriculture et à développer les cololes exploitations agricoles juives en
qu'il s'imbrique dans l'histoire des
attribuer des terres en Crimée et
nies agricoles juives déjà existantes.
fermes collectives. Celles-ci prencolonies
agricoles
juives
dans d'autres régions de la Russie
Ce sont donc les autorités soviétiques
nent alors des noms imagés,
d'Argentine, du Brésil et du
du sud, là où autrefois étaient étaqui prennent la tête des opérations: la
empruntés à la culture soviétique,
Canada, et dans celle du Yishuv**.
blies les anciennes colonies juives
question juive apparaît implicitement
comme, par exemple dans la région
des provinces de Kherson et
Les photographies de l’exposition
être comprise par Moscou comme un
d'Odessa, 1er mai, Chemin vers le
d'Ekaterinoslav. Il s'agit ainsi pour
(voir p.7), probablement issues
problème d'Etat.
socialisme, ou encore Staline, Karl
le pouvoir soviétique non seuled'une campagne de propagande
L'émigration intérieure des Juifs
Marx et, en yiddish, Freiheit
ment de peupler et de sécuriser les
iconographique, nous apportent
vers les terres agricoles, qui se
(Liberté), Freiheim (Foyer libre),
régions frontalières, mais aussi
un témoignage rare sur cette
développe ainsi en remplacement
Èmès (Vérité), Sholem Aleikhem.
d'intégrer les populations déclasparenthèse de l'histoire du judaïsde l'expatriation, rendue alors diffiA la même période, l'ORT organise
sées et, plus précisément, de favome d'Europe de l'Est.
cile par les événements, est perçue
dans ces nouveaux kolkhozes un
riser, dans le contexte de l'émer(*) Ed.SOMOGY, préface de S.Klarsfeld, avantpar le gouvernement soviétique
réseau d'ateliers semi-industriels,
gence d'une société soviétique d'un
propos d’A.Grynberg - 29€, 96 p.
comme une réussite: il se réjouit de
en vue de faciliter l'intégration écotype nouveau, l'insertion écono(**) Communauté juive de Palestine avant 1948
la régénération des Juifs par le tranomique des Juifs et de contribuer
mique et la socialisation des Juifs.

L

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  • 1. PNM FEV 06 -233 21/02/2006 17:20 Page 1 LA PRESSE NOUVELLE Magazine Progressiste Juif PNM aborde de manière critique les problèmes politiques et culturels, nationaux et internationaux. Elle se refuse à toute diabolisation et combat résolument toutes les manifestations d'antisémitisme et de racisme, ouvertes ou sournoises. PNM se prononce pour une paix juste au Moyen-Orient, sur la base du droit de l'Etat d'Israël à la sécurité, et sur la reconnaissance du droit à un Etat du peuple palestinien. N° 233 - FEVRIER 2006 - 25e A N NÉE L e N° 5 , 5 0 € MENSUEL EDITE PAR L’U.J.R.E. Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant, Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir Aragon L’affiche rouge On ne se lasse pas de la regarder ! A u fil d e s a n nées, l'image de l'Affiche rouge s'est progressivement gravée dans la mémoire des Français. On ne se lasse pas de la regarder, de la revoir, de temps à autre, dans un journal, dans un document télévisé… C'est avec la même émotion que l'on écoute le poème d'Aragon avec la voix de Léo Ferré. Car il émane de cette affiche une force que ses auteurs ne soupçonnaient pas. MOYEN-ORIENT • Hamas, kadima, la nouvelle donne J.Dimet p.3 p.4 p.5 Roland Wlos E pides deviennent troubles dès qu’au nom des "enjeux", se déclenchent des débats dont la première victime est la vérité historique. Tant il est vrai que les passions s'accommodent bien du "n'importe quoi", comme argument, comme preuve. Début 1942, les "Brigades spéciales" de la préfecture de Police, en étroite collaboration avec les Services de Sécurité allemands, prenaient, pour cible prioritaire, les organisations de résistance politiques et militaires de la MOI (Main d'œuvre immigrée). En effet, l'impact de leurs actions de guérilla dans la capitale était double : renforcement du sentiment d'insécurité parmi les troupes de la Wehrmacht, et hausse du moral de la population parisienne. Adam Rayski Rappel Assemblée Générale de l’UJRE Samedi 4 mars 2006 à 15 h. Partie artistique* puis verre de l’amitié à 17h. (*) Ensemble théâtral “Abi gezint” de l’ACODJ HISTOIRE SOCIETE • Bons et mauvais immigrés R.Wlos J.DimetT PAROLES Une force qui vient sans doute de ces dix portraitsmédaillons d'hommes à qui on voulait attribuer de "sales gueules de malfaiteurs" mais qui, néanmoins, apparaissaient à l'époque, aux yeux des Français, plutôt sympathiques. En effet, l'Affiche rouge se retourne contre ses auteurs français et allemands comme un boomerang, les frappe publiquement et à jamais au visage. L'inversion de la situation, plus précisément la contradiction absolue entre l'objectif posé et l'effet obtenu, avait été instantanément perçue par le peuple des villes et des villages de la France occupée, dont les murs et les palissades avaient été recouverts de cette affiche voulue ignoble et devenue, finalement, noble. "Le tombeau des héros est le cœur des vivants" a écrit André Malraux. Il en est ainsi pour les résistants figurant sur l'Affiche. Ils ont conquis leur place - si l'on peut dire - dans notre mémoire affective. Et pourtant, leur histoire est peu et mal connue. Surtout mal connue. Le paradoxe veut que les situations les plus lim- n prenant connaissance du projet de loi de Sarkozy sur l'immigration, une image forte m'est venue à l'esprit : celle du marché aux esclaves où les négriers inspectaient dents, yeux, muscles des bras, jambes, mains… S'il est vrai que comparaison n'est pas raison, force est de reconnaître, ce projet prônant une "immigration choisie et non subie", que sa philosophie générale procède de la même logique sélective que cette image. Comment qualifier autrement, un ensemble de dispositions qui organisent le tri d'individus en fonc- MEMOIRE • L’ORT en URSS E.Polack p.6 • Généraux allemands / écoute britannique L.Steinberg p.7 • On ne peut comparer ? H.Levart p.4 • Charonne – Fanny Dewerpe p.3 POINT DE VUE SAGA • L’image de l’Autre H.Levart p.5 • BINEML S. Palant p.8 Un projet gouvernemental xénophobe tion de leurs capacités et possibilités à répondre à des critères d'accueil qui bafouent leurs droits et plus généralement les droits de l'homme ? En clair, cela signifie que "ne seront "acceptables" que les étrangers perçus comme rentables pour l'économie française" comme le souligne justement un collectif d'associations soutenu par Les Verts, le PCF et la LCR. Ce "collectif contre une immigration jetable" dénonce une attaque sans précédent contre les droits des migrants. Car, dans les faits, ce texte organise la précarité de séjour pour tous. En effet ce projet de loi mal nommé "immigration et intégration" ne prévoit que des possibilités d'immigration très sélectives, et crée : - des conditions extrêmement rigoureuses pour régulariser le plus grand nombre de ceux qui aspirent à bénéficier du droit d'installation - et des clauses drastiques pour les sans-papiers pour lesquels est d'ores et déjà programmé l'accroissement du nombre d'expulsions en charter. (voir détails en page 3)
  • 2. PNM FEV 06 -233 21/02/2006 17:20 Page 2 P.N.M. FEVRIER 2006 2 Courrier des lecteurs A u t o u r d e l a Claude Bargas : (...) j’ai été plus que surpris par la lecture de l’édito de Lucien Steinberg paru dans le numéro de janvier de la Presse Nouvelle. Dominique Vidal dans le même numéro dresse objectivement, factuellement, le bilan laissé par Ariel Sharon. Il rappelle mieux que je ne saurais le faire - la carrière tant militaire que politique de celui que Lucien Steinberg qualifie de “grand homme”. C’est là, me semble-t-il, une appréciation déplacée dans un magazine “progressiste juif”. Après tout, l’on peut s’interroger sur la définition de “grand homme”. C’est là,me semble-t-il, une appréciation déplacée dans un magazine “progressiste juif”. Ce pourrait être celui qui aura permis à son pays, et au-delà à l’humanité, de progresser et qui aura été reconnu universellement comme tel. A l’aune de cette définition, peu, très peu d’élus ! Récemment peut-être Gandhi et Mandela ? Mais Sharon ? Poser la question c’est y répondre ! (...). Une clarification paraît s’imposer; Chers amis, qu’en pensez-vous ? Avec mes sentiments très progressistes. Elie Moche: (...) Je suis révolté par l’injustice de la politique expansionniste et de faits accomplis envers le peuple palestinien. Le mur, les points de contrôle, chômage et misères génèrent et renfor- e t a u s s i . . . Liliane Balbin Chers Amis, Bonne année à tous, santé et paix assurément. Amitiés Maurice Krakowski Coincidence ! je commence la lecture d'un livre de Hans SEUL DANS BERLIN FALLADA (Ed.Folio 3977) sur la vie d'anti-nazis, et je viens de recevoir le numéro de Novembre de la PNM. Je questionne le terme assassin ou assassiné que l'on retrouve dans la presse de gauche, je ne trouve pas ce terme assez puissant, assez inclusif, assez descriptif, assez expressif de la sauvagerie de ce carnage humain. Jaurès, Rabin, eux, ont ete assassinés. A bientôt. Cher Maurice, la langue francaise étant ce qu'elle est, on peut toujours améliorer la syntaxe concernant l'idée, et effectivement, l’anéantissement des juifs d'Europe fut un carnage, un génocide, et qui plus est un crime contre l’humanité. PNM m a l a d i e d ’ A r i e l cent les extrêmistes et éloigne l’espoir d’un règlement de ce long conflit.(...) Roger Cukierman (Président du Crif) à Lucien Steinberg (Dr. publication PNM) : (...) J’ai lu avec étonnement le numéro de Janvier de la Presse Nouvelle. J’ai apprécié votre éditorial dans lequel vous rendez hommage à Ariel Sharon. Mais pourquoi dans ce cas avoir demandé à Dominique Vidal dont le parti-pris est bien connu, d’analyser les conséquences de la maladie d’Ariel Sharon ? La Presse Nouvelle aurait pu choisir, me semble-t-il, un observateur moins engagé (...) Mes sentiments les meilleurs. Lucien Steinberg : Dans notre numéro du mois de janvier 2006, le soussigné a publié un éditorial intitulé "Le dernier combat d'Arik Sharon". Cet éditorial a rencontré de nombreuses approbations d'éminents anciens résistants, ainsi que d'autres lecteurs. Il y eut ausi des critiques, l'essentielle portant sur l'expression, de "grand homme". J'avais cité une expression forte de Françoise Giroud: "on ne tire pas sur une ambulance". Il y a eu aussi un article, intitulé "Sharon, une vie de combat contre les palestiniens" qui ne prenait pas en compte la recommandation de Françoise Giroud. Ce dernier article a fait l'objet de critiques, adressées à ma personne en tant que rédacteur en chef, mettant en cause l'opportunité même de sa parution. De façon un peu surprenante, Dominique Vidal, auteur dudit article, jugeait sa parution déplacée, compte tenu de l'éditorial qui n'allait pas dans son sens. MOJSZE ? Carnet S h a r o n . . . Je précise que j'ai fait paraître le papier de D. Vidal, qui nous avait été proposé par un membre du comité de rédaction. Je suis opposé à la censure, déjà en tant que membre du Syndicat National des Journalistes. M Vidal me donne tort. J'en suis désolé. Pour moi, Ariel Sharon est un digne successeur de Judas Maccabée, guerrier il y a 23 siècles, qui a mené la révolte des Juifs contre Antioche Epiphanes. Le récit figure dans la Bible. De nombreux Grecs et Juifs collaborateurs des dits Grecs furent tués et fort probable qu'il y en eut qui traitèrent les Maccabées de criminels. Leurs noms ont été oubliés. Le grand compositeur Haendel a consacré un oratorio à Judas Maccabée. Une tour du château de Pierrefonds (Oise) porte son nom, depuis de nombreux siècles. La guerre israélo-arabe a commencé le 30 novembre 1947, lendemain de l'adoption par l'ONU de la résolution appelant à la création de deux Etats en Palestine. Acceptée par l'Agence Juive, elle fut rejetée par le Haut Comité arabe, qui lança une série d'attaques, auxquelles les Juifs ont riposté. Depuis, l'état de guerre a été interrompu à diverses occasions, par des trêves, armistices, rémissions, mais il persiste à ce jour. Le Hamas poursuit cette guerre. Malheureusement, la MORT fait partie de toute guerre. Le nom de Sharon restera dans l'Histoire pendant les siècles à venir. Qu'en sera-t-il des noms de ses critiques ? La critique, les critiques, sont légitimes, nécessaires même. Les réponses aux critiques le sont tout autant. Monsieur Léon Parus né en 1913 à Vilnius est décédé le 25 janvier 2006 à Bordeaux. Il était un fidèle lecteur de la Presse Nouvelle, qui exprime toutes ses condoléances et sa sympathie à Mme. Léon Parus A la mémoire d’ Armand-Abraham Dimet AVOCAT Officier de l’Ordre National du Mérite ancien Secrétaire Général du Mouvement des Cadets auprès de l’UJRE décédé le 26 février 1997 Son épouse Madeleine, Josée ses enfants Yves et Jacques ses 5 petits-enfants, sa famille, ses amis Le 3 Mars 1990 est décédé Charles (Chaïm) Golgevit Dans l'inconsolable tristesse nous rappelons sa mémoire Son épouse Eva ses enfants, petits-enfants et toute la famille PNM: Il aurait été dommageable que les lecteurs de la PNM dont les positions sur le conflit au ProcheOrient sont bien connues (voir exergue à la une) soient privés du point de vue de D.Vidal, rédacteur au Monde Diplomatique, comme le recommande le Président du Crif. Son analyse rejoint celle d’Amnon Kapeliouk, récemment publié dans la PNM. Le point de vue de DV est celui d’un observateur avisé et reconnu comme tel, du côté des forces de paix tant israéliennes, que palestiniennes. En tout état de cause, le débat reste ouvert. Souscription* n° 29 arrêtée au 31 janvier 2006 L'un de nos lecteurs, sans doute pour renouveler son abonnement à l’étranger, nous a viré la somme de 70 € en novembre 2005. S'il se reconnaît dans l'intitulé suivant de l’écriture bancaire, qu'il veuille bien nous signaler son identité pour que nous puissions imputer son règlement à son compte d'abonnement. Nous éviterons ainsi de le relancer inutilement. Merci d'avance, PNM REMISE DE CHEQUE DU 21/11/2005 DE MOJSZE C LYONNAIS 70 € (*) sauf mention explicite (carte, réabonnement ou don), les règlements reçus sont imputés en priorité en renouvellement d’abonnement, puis en don. NB : L’Etat vous rembourse 60% de vos adhésions et dons sous forme de crédit d’impôt.
  • 3. PNM FEV 06 -233 21/02/2006 17:20 Page 3 P.N.M. FEVRIER 2006 Moyen-Orient A 3 Hamas, Kadima, la nouvelle donne près la victoire du Hamas en Palestine, les élections législatives israéliennes de mars peuvent aussi changer la donne au Proche-Orient. Ariel Sharon dans le coma, et désormais écarté à tout jamais de la vie politique israélienne, des élections législatives cruciales en mars en Israël, le changement à la tête du parti travailliste israélien, l'arrivée au pouvoir du Hamas en Palestine, autant de données qui changent profondément la nature des relations israélo-palestiniennes. La mort politique d'Ariel Sharon n'a pas ralenti l'avance dans les sondages de son nouveau parti Kadima (En avant) créé de toute pièces par l'ancien dirigeant pour passer outre aux obstacles dressés par sa propre formation, le Likoud. Sharon avait réussi à rassembler dans, et autour de cette nouvelle formation, des cadres issus de la droite comme de la gauche, notamment l’inamovible Shimon Pérès qui, après avoir échoué dans la reconquête du parti travailliste, a préféré voler au devant de la victoire. Celà dit, il est vrai que la création de Kadima, et le fait que cette nouvelle formation résiste à la disparition de son créateur, ouvrent une perspective politique : le changement éventuel dans les relations avec les Palestiniens ne dépendra plus de la droite, et le prétexte même de l'existence de cette droite ne pourra plus être mis en avant. Au sein de la gauche, le renouveau annoncé par l'élection à la tête du parti travailliste d'Amir Peretz est obéré, ou tout au moins limité par l'existence même du Kadima qui attire le vote utile pour s'opposer à la droite extrême et aux partis religieux nationalistes. Toute la question est de savoir dans quelle voie s'orientera le nouveau chef de Kadima et premier ministre par intérim Ehud Olmert. Le nouveau premier ministre en tout cas, s’il ne répugne guère à une politique de force dans les territoires, comme l'ont montré les actes de guerre qui ont frappé Gaza et les combats sporadiques qui ont repris autour des fermes de Chabaa au Liban, n'hésite pas à réaffirmer la nécessité d'un Etat palestinien, tout en montrant une fermeté nouvelle vis à vis des colons extrémistes. Mais le fond n'est pas encore abordé. Quel Etat palestinien, et sur quelle superficie ? Quid, de la construction du mur, auquel Olmert ne semble pas vouloir renoncer ? Quelle capitale pour l'Etat palestinien ? Que faire des réfugiés ? Quels droits pour l'Etat palestinien ? Pour le moment les dirigeants israéliens, tout à la préparation des élections, se refusent à donner des réponses précises et surtout à fixer une ligne de conduite, d'autant plus qu'ils se servent de la victoire du Hamas aux élections palestiniennes comme ils s'étaient servi autrefois de Yasser Arafat, comme d'un repoussoir, pour éviter toute discussion de fond. La victoire du Hamas n'est pas totalement une surprise. Depuis des années le Mouvement de la résistance islamique gagnait du terrain et pas seulement par la lutte armée ou les attentats. Hamas a d'abord gagné par l'activité sociale de ses membres, sa disponibilité auprès de la population palestinienne. Les dirigeants du Hamas savent bien qu'ils n'ont pas gagné les élections sur leur programme ou sur leur vision de la société palestinienne, qui est plurielle, mais bien sur ce facteur social et sur le rejet des caciques du Fatah, et donc de l'autorité palestinienne, par une large partie de la société. Les attaques menées ces dernières années sur les cadres de l'autorité palestinienne par les dirigeants israéliens avec les attentats ciblés ont désorganisé l'administration palestinienne, notamment ses forces de sécurité. L'affaiblissement du Fatah s'est accompagné aussi de gabegies, voire de corruption. Encore qu'il faille relativiser la victoire même du Hamas. Les islamistes ont certes la majorité des sièges au parlement (74 sur 132), mais l'essentiel de leur victoire vient des mandats directs qu'ils ont obtenus. En terme de voix, le Hamas recueille 43% des suffrages des votants (le taux d'abstention était de 23%), pour 40% pour le Fatah (la différence de voix entre les deux forces politiques est de 30 000 sur plus d'un million de votants). Les deux rassemblements électoraux de gauche : la liste conduite par le Front populaire et celle du Front démocratique (à laquelle participaient les communistes du Parti du peuple) approchent les 8% (4% pour le premier, 3% pour le second). Il sera difficile dans ces conditions pour le Hamas, si tant est qu'il le veuille, d'aller à marche forcé vers une société islamiste. Les élections palestiniennes ont en tout cas aussi changé la donne au niveau international. Personne ne peut nier le caractère démocratique de ces élections. Le fait qu'elles aient été remportées par le Hamas est aussi un camouflet pour la politique suivie dans la région par l'administration américaine qui n'a eu de cesse de mettre des bâtons dans les roues de l'autorité palestinienne. Englué en Irak, où les attentats Jacques Dimet ne cessent pas et où de nouvelles révélations sur la torture viennent d'éclater, George Bush est en manque d'initiative politique et diplomatique crédibles. La Russie vient par contre de se rappeler au bon souvenir de tous en invitant officiellement une délégation du Hamas à Moscou. Comme dans l'affaire du nucléaire iranien, Moscou reprend pied, et on peut le penser durablement, aux Proche et au Moyen Orient. Hommage à Fanny Dewerpe 8 février 1962 : Charonne Mémoire D epuis la fin de la guerre, les huit patronages ouverts par la CCE, dans les 3ème, 4ème, 10ème, 11ème, 13ème, 18ème et 20ème arrondissements de Paris accueillent, le jeudi et le dimanche, des centaines d’enfants et de jeunes. Des amitiés durables s’y lient cependant qu’une culture commune s’y crée. La photo reproduite ici (1) montre une équipe de moniteurs de ces «patros». En bas, à droite, entouré d’un cercle, le visage rieur, de Fanny Dewerpe. Elle est alors monitrice au «patro» du 120 boulevard de Belleville qu’anime Louba Pludermacher (tout en bas à droite). Elle ignore certainement qu’il lui reste peu d’années à vivre. Car les années 60, ce sont aussi dans le contexte politique de la fin de la guerre d'Algérie, les brutalités policières du 17 octobre 1961 (massacre des Algériens), et le terrorisme de l'OAS. Les attentats se multiplient: 7 février 1962, plasticages contre le dirigeant communiste Raymond Guyot, l'écrivain Vladimir Pozner, le ministre de la Culture André Malraux… Une fillette, Delphine Renard, âgée de 4 ans, est alors gravement blessée aux yeux. L'émotion est à son comble ! Une grande manifestation anti-OAS se tient le 8 février. Son interdiction par le gouvernement du Général de Gaulle cause une violente répression, orchestrée par Roger Frey (ministre de l'intérieur) et Maurice Papon (Préfet de police). A 31 ans, Fanny, qui manifestait, périra tragiquement suite à la charge sauvage et à l'acharnement policier au métro Charonne. B.Rayski2 écrira d'elle : "Vous dont la famille avait été décimée par les nazis (…) mère d'un garçon de neuf ans (…) allée à la manifestation du 8 février en souvenir de votre mari mort des suites des violences policières subies en 1952 (…) vous étiez morte (…) là avec vos voisins, huit autres victimes de la manifestation du 8 février 1962 (…) hommes, femmes et enfants (l'un des assassinés avait quinze ans et demi) qui se trouvaient au métro Charonne." Les obsèques des victimes de Charonne seront suivies jusqu'au Père-Lachaise, le 13 février, par un million de personnes. L'UJRE vous engage à lire l’étude3 d’Alain Dewerpe, fils de Fanny, Anthropologie historique d'un massacre d’Etat, que vient d’éditer Gallimard. C’est ainsi honorer la mémoire du drame du métro Charonne, comme le font le 8 février, en particulier le Parti communiste et la CGT dont les neuf victimes étaient membres. (1) L'ALBUM La CCE 40 ans de souvenirs, Ed. LES AMIS DE LA CCE, 1998. (2) Ces étoiles qui brûlent en moi, B.RAYSKI, Ed. FELIN, 2003, 14,25€ (3) CHARONNE 8 FÉVRIER 1962 Anthropologie historique d'un massacre d'État, A.DEWERPE, Ed. Gallimard "Folio histoire" (No 141) Paris 2006, 912 p. 10 € LA PRESSE NOUVELLE Magazine Progressiste Juif édité par l’U.J.R.E. Comité de rédaction : Lucien Steinberg, Jacques Dimet, Bernard Frédérick, Nicole Mokobodzki, Tauba-Raymonde Staroswiecki Roland Wlos N° paritaire 64825 C.C.P. Paris 5 701 33 R Directeur de la Publication : (Intérim Lucien STEINBERG) Rédaction - Administration : 14, rue de Paradis 75010 PARIS Tél. : 01 47 70 62 16 Mèl : ujre@wanadoo.fr Site : http://ujre.monsite.wanadoo.fr Tarif d’abonnement : France et Union européenne: 6 mois 28 euros 1 an 55 euros Etranger, hors U.E : 70 euros IMPRIMERIE DE CHABROL PARIS
  • 4. PNM FEV 06 -233 21/02/2006 17:20 Page 4 P.N.M. FEVRIER 2006 4 Société Mémoire Bons et mauvais immigrés Roland Wlos D ans le cadre d'une "immigration choisie et non subie" le projet de loi intitulé immigration et intégration instaure un titre de séjour temporaire correspondant à la durée du contrat de travail. A moins qu'il y ait rupture du contrat, auquel cas il sera automatiquement retiré. Ainsi les droits sont liés à l'emploi et non à l'individu. En outre, ce projet de loi institue un nouveau titre de séjour "compétences et talents" d'une durée de trois ans renouvelable. Cette carte sera délivrée à l'étranger “susceptible de participer du fait de ses compétences et de ses talents (…) au développement de l'économie française … Seront concernés les scientifiques, les intellectuels, les créateurs d'entreprises, les artistes, les sportifs de haut niveau, les cadres à haut potentiel. Des étudiants triés sur le volet feront l'objet d'une sélection multi-critères (filière, nationalité, niveau d'étude). Les élus bénéficieront de plein droit d'une carte de séjour d'une durée d'un an pouvant aller jusqu'à quatre ans s'ils s'engagent dans un cycle pour obtenir un master…” Si l'on a abandonné le mot quota, on introduit quand même son principe. Ainsi le gouvernement devra, dans un rapport sur les orientations de la politique d'immigration soumis tous les ans au Parlement, indiquer "à titre prévisionnel le nombre, la nature et les différentes catégories de visas de long séjour et de titres de séjour pour les trois années suivantes"… On voit bien que cela concernera avant tout les entreprises du bâtiment, de la restauration, du textile, de la domesticité, en bref un volant de main d'œuvre sans droits, vivant la peur au ventre. Une nouvelle mesure sera mise en oeuvre par cette loi : l'obligation de quitter le territoire. L'étranger n'aura alors que quinze jours, contre un mois actuellement, à compter de la notification de la décision de l'administration ! De plus, ce projet prévoit le durcissement des conditions de regroupement familial en instaurant à la hausse les critères de ce regroupement en termes de ressources, de logement… Les mariages mixtes seront eux aussi plus encadrés, pour obtenir une carte de séjour temporaire, les conjoints de Français devront justifier d'un visa de séjour de plus de trois mois. Par ailleurs, ils devront attendre trois ans et non plus deux ans pour demander une carte de séjour. Ainsi comme le fait remarquer Nathalie Ferré, Présidente du Groupe d'Information et de SouTien aux Immigrés (GISTI) "Au nom de l'immigration choisie", comme si notre pays la subissait et non pas les étrangers contraints à l'exil. Cette loi va porter un coup fatal à la situation des familles. Avec la création d'un stock d'immigrés dont le titre de séjour va être aligné pour une grande part sur la durée du travail, ce projet correspond d'ailleurs aux souhaits de la Commission européenne qui invite les Etats à réfléchir à une reprise d'immigration légale du travail en se débarrassant par l'externalisation du droit d'asile. A propos du droit d'asile : Il n'est pas inutile de rappeler que la Constitution française dans son préambule de 1946 et reprise dans la Constitution de 1958 reconnaissait à tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté, droit d'asile sur le territoire français. Quant à la convention de Genève, à laquelle notre pays a souscrit, elle donnait la définition suivante du droit d'asile en permettant d'en faire bénéficier toute personne qui "craint avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion ou de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques". Ajoutons que ce projet prévoit d'abroger la disposition prévoyant la délivrance d'une carte de séjour, à l'étranger vivant de façon habituelle dans notre pays depuis plus de 10 ans. Pas besoin d’être un grand clerc pour deviner qu’en définitive, ce projet ne peut être qu’une machine infernale fabriquant d’une part la précarité, et d’autre part, la clandestinité. C’est pourquoi il s'agit là, qu'on le veuille ou non, d'un projet politique de classe : les futurs talents et compétences des étrangers plus riches, attirés dans notre pays, auront droit sans difficulté au regroupement familial (favorisant ainsi la fuite des cerveaux en s'exonérant du coût de formation), alors que les pauvres qui n'ont pas le SMIC en seront privés. Cela confirme que ce texte est au service des intérêts du patronat, avide de saisonniers et autres sous-payés. Il prépare aussi, semble-t-il, la levée des interdictions de travail pour les salariés européens (appliquant ainsi l'orientation de la directive Bolkestein sans la nommer). Notons enfin que ce texte reste volontairement flou, permettant ainsi au gouvernement d'introduire certaines dispositions par voie réglementaire. De ce fait, c'est la porte ouverte à la promulgation par décret de dispositions arbitraires, sans aucune concertation. Avec cette loi, nous nous trouvons face à un texte qui ne se préoccupe que de ce qu'il estime être l'intérêt des riches possédants de notre pays, et qui ne se pose pas le moins du monde la question de celui des autres pays. Cependant, on aurait tort de penser que cette orientation à l'égard des migrants s'arrête à cette seule vision utilitariste. Car conjointement à ce projet, Sarkozy ajoute une dose populiste et stigmatisante en voulant ficher l'origine ethnique des délinquants. Dans ces conditions, il est aisé de comprendre pourquoi Le Pen disait, le 5 février, à Enghien "Sarkozy n'a pas que de mauvaises idées, c'est normal, il m'a tout pompé". En somme, ce dont Le Pen rêve tout haut, Sarkozy le fait. Face à une aussi grave dérive, il y a tout lieu d'être inquiet. En effet cette loi n'a pas seulement une portée électorale visant à s'agréger les voix d'extrême droite. Elle est aussi partie prenante d'une des politiques les plus rétrogrades, antisociales et antidémocratiques que notre pays ait jamais connue. Après les ouvriers jetables avec le CNE, les jeunes jetables avec le CPE, ce sont les immigrés jetables… Avec des relents racistes, cette loi constituerait un recul historique comme le note la CGT. On ne peut en rester là. Un sursaut de l'opinion est indispensable pour contrer cette orientation, afin que la France redevienne le pays dont beaucoup de nos parents étrangers, bien souvent sans titre légal, fuyant les persécutions en Europe centrale, disaient "Gliklèkh vi Gott in Frankraïch" (heureux comme Dieu en France). NB: A la différence de mon ami Roland Wlos, je suis un immigré arrivé en France en 1947, à l’âge de 21 ans, je m’y suis intégré, et je suis devenu français. Je tiens à exprimer mon accord total avec ses propos. LS On ne peut comparer ? A l'automne dernier, j'ai assisté à l'assemblée de l'association du Convoi n° 6 parti de Pithiviers pour l'enfer d'Auschwitz. A l'issue de la réunion, le fils ou le petit-fils d'un déporté proposa à l'assistance d'adopter une résolution condamnant le racisme, notamment la chasse aux faciès. Que n'avait-il demandé ? A part quelques approbations, ce furent des cris hostiles: "On ne fait pas de politique, on ne peut pas comparer". J'étais bouleversé. Où en sont rendus certains de nos compatriotes juifs ? Ont-ils le cœur sec ? Il conviendrait donc de considérer le martyrologue de millions d'êtres humains comme apolitique, et le désir de prolonger de façon humaniste notre devoir de mémoire, comme une tare politique ? Les leçons de l'anéantissement des juifs, dans ce qu'il a de plus dramatique, devraient conduire à rendre intolérables les discriminations, les souffrances endurées sur notre sol, comme l'ont révélé les récents événements des banlieues. Celles et ceux qui ont porté l'étoile jaune doivent le comprendre. Les camps de rétention, les expulsions musclées des squats, les reconduites à la frontière sont indignes de la patrie des droits de l'Homme. C'était hier l'esclavage pratiqué par les pays "civilisés", les conquêtes coloniales qui ont coûté la vie à des millions d'individus. Un véritable génocide. Un crime contre l'humanité aujourd'hui reconnu comme tel. Aujourd'hui, des millions d'enfants, d'adultes chaque année dans le monde meurent du Sida, de malnutrition, du paludisme… Une extermination qui porte, en hébreu, un nom : Shoah. Que de malheurs infligés aux populations humaines ! Il n'y a pas de super et de sous-victimes, comme le dit justement Claude Lanzman : "Il n'y a pas de concurrence mais universalité des victimes comme il y a universalité des bourreaux". Henri LEVART 26 janvier 2006
  • 5. PNM FEV 06 -233 21/02/2006 17:20 Page 5 P.N.M. FEVRIER 2006 Paroles Du Clemenceau aux "sous hommes" Deux faits révélateurs mettent la France en porte-à-faux. Bien sûr, ces deux événements ne sont pas de même nature, mais ils ne laissent pas d'interroger sur les capacités de notre pays à réagir. Passons rapidement sur le premier tant la conclusion est évidente : il s'agit d'un fiasco ridicule, celui du Clemenceau. Cet ancien porte-avion militaire aura fait le tour de la terre avant de revenir à son point de départ. Les communiqués officiels se succèdent et sont contradictoires. A l'heure où ces lignes sont écrites, la ministre de la Défense, responsable en chef de ce fiasco est toujours ministre (et candidate virtuelle, elle aussi, à l'Elysée) et l'état-major de la Marine n'a pas été bouleversé. A croire décidemment que toutes les erreurs, toutes les incompétences sont permises, tolérées et absoutes. Le second fait donne des frissons dans le dos. Voilà un Président de Conseil Régional, l'un des plus importants de France, qui perd les pédales au cours d'une cérémonie organisée à la mémoire de Jacques Roseau, qui dirigea pendant longtemps une association de rapatriés. Rappel rapide des faits: Georges Frêche s'en est pris violemment à un représentant des harkis présent à la cérémonie, lui reprochant d'avoir peu auparavant participé à une rencontre avec les gaullistes locaux. Jusque là, pas de quoi faire monter la sauce. Mais emporté par son élan, le Président du Conseil Régional de Languedoc-Roussillon s'énerve, s'emballe et traite les harkis de "sous-hommes". La phrase que nous avons tous entendu à la télévision est bien celle-ci : "vous êtes des soushommes". On peut, ensuite, trouver toutes les excuses ou justifications possibles, gloser sur le sens que Georges Frêche aurait pu mettre dans ce terme, il n'en reste pas moins que nous voilà avec un remugle assez nauséabond des années trente. Il n'y a pas de soushommes. Il n'y a pas d'hommes inférieurs à d'autres. Et, comme pour l'affaire du Clemenceau, on passe l'éponge. Georges Frêche présente des excuses pesantes. Il est toujours Président du Conseil Régional. Le parti socialiste est étrangement silencieux, Jack Lang pourtant présent sur place lors des incidents dit qu'il n'a rien entendu. Il n'y a guère que les fabiusiens, au sein du parti socialiste, qui montent au créneau. Rendons grâce à la Ligue des droits de l'homme et au Mrap qui, eux, n'ont pas mâché leurs mots. "Dans le contexte des pseudo-bienfaits de la colonisation, ces insultes dignes des pires temps du colonialisme ne peuvent que provoquer l'horreur et la sidération", affirme notamment le Mrap. Le dégoût, oui. C'est bien de cela qu'il s'agit. Jacques DIMET 5 Point de vue L 'on pourrait croire que tout a été dit sur l'affaire des caricatures du prophète Mahomet, parues (innocemment ?) dans deux journaux scandinaves de droite et d’extrême-droite, reprises (commercialement !) par deux publications françaises : liberté d'expression principe au cœur du pacte républicain / surenchères dans l'offense à la foi religieuse structurant la vie d'un milliard d'êtres humains dans le monde. Pourtant, à part la presse communiste et quelques commentateurs éclairés, personne n'est revenu sur l'essentiel des causes profondes d'une telle situation explosive : colonisation, exploitation, humiliation, frustration. Une étincelle aura suffi. Ô certes, on présente des excuses pour des "maladresses"; on demande pardon pour la Shoah, pour le massacre des indiens, pour l'esclavage. A quoi bon tant de contritions, si c'est pour continuer d’avaliser une politique barbare qui, sous d'autres formes, génère oppression, misères, maladies, famines ? La diabolisation de l'islam n'a de cesse. Il n'est pas inutile d'en traiter quelques aspects dans nos colonnes. De nombreux penseurs musulmans contemporains portent sur leur religion un regard lucide. Déjà, à l'émergence du FIS en Algérie, les écrivains Rachid Boudjera et Rachid Mimouni avaient dénoncé avec force et pertinence les dangers recelés par le mouvement intégriste. Dans son beau livre Mahomet, Salah Stettié1 écrit que : "l'Islam est aujourd'hui une citadelle assiégée. Assiégée par les autres, certes, qui le craignent et le déclarent dangereusement imprévisible ; mais assiégé surtout par lui même qui s'est enfermé - ou qu'on a enfermé - dans les divers cercles de l'archaïsme, de la pauvreté, de la primarité, de la précarité, et, plus redoutablement encore, de la satisfaction béate d'en rester là". Ghaleb Bencheikh, Président de la Conférence mondiale des religions pour la paix s'affirmant dans L'Humanité "profondément, littéralement attaché à la liberté d'expression ajoute que les auteurs, les caricaturistes, les faiseurs d'opinion ont une responsabilité d'un point de vue éthique. Le respect dû à ce qui fonde les croyances et les convictions des êtres, quels qu'ils soient, est une notion fondamentale. L'amalgame, l’idée que tout musulman adhère à un L’image de l’Autre message de violence et de terreur est insoutenable. Dans une certaine mesure, la frilosité des hiérarques musulmans, par le passé, leur complicité de fait par le silence ont conduit au fait que des illuminés, des exaltés, des excités, des criminels soient les premiers à défigurer le visage de l'islam et celui du Prophète. Nous payons lourdement ces confusions". Nous comprenons ces regrets. Alors qu'en décembre 2005, les 57 pays de l'Organisation de la conférence islamique s'étaient engagés à combattre fermement l'extrémisme islamiste, leur résolution est restée lettre morte. Les événements ont amené certains d'entre eux à encourager, à soutenir les émeutes pour se dédouaner, dévoyer l'indignation de leurs peuples, et faire ainsi le lit des extrémistes qu'ils dénoncent. Le soi-disant choc des civilisations est revenu sur le tapis, se substituant à la lutte des classes. Bencheikh a bien raison à ce propos de dire "qu'il n'y a de choc que des incultures et des ignorants. Les civilisations entre elles ne s'entrechoquent pas… l'Occident doit beaucoup à Avicenne, Averroès, Al Kendi ou Al Radabi…". Je ne citerai pas les sourates du Coran, mais jugez plutôt de la résonance humaniste des Quatrains de Khyyäm, ce savant et poète persan des débuts du 1er millénaire, pour qui Dieu respecte la liberté de l'homme, la liberté d'exister sans lui. C'est un peu long, mais prenez la peine de savourer : “Si assuré et ferme que tu sois, ne cause de peine à personne; que personne n'ait à subir le poids de ta colère. Si le désir est en toi de la paix éternelle, souffre seul, sans que l'on puisse, ô victime, te traiter de bourreau (...) Le Coran que les hommes nomment le mot suprême, on le lit de temps à autre, mais qui le lit sans cesse ? (…) Dans la cellule et à l'école, au monastère et à la synagogue s'abritent ceux qui redoutent l'Enfer et recherchent le Ciel. Celui qui connaît les secrets de Dieu ne sème pas de telles semences dans le cœur de son cœur (…). L'enfer n'est qu'une étincelle à côté de ce qu'a subi mon âme et je ne crois au Paradis que lorsque je goûte un instant de paix (…). Je bois du vin, et l'on me dit à droite et à gauche : "ne bois pas de vin, c'est l'ennemi de la religion". Quand j'ai su que le vin Henri Levart était l'ennemi de la religion, j'ai dit : "Par Allah ! laissez-moi boire son sang, c'est un acte de piété" (…). Le bien et le mal qui sont dans la nature humaine, le bonheur et le malheur que nous garde le destin… n'en accuse pas le Ciel, car au point de vue de la Sagesse, le Ciel est mille fois plus impuissant que toi”. Dans cet esprit, Job, en son extrême dénuement, ne disait-il pas que l'on pouvait aimer Dieu pour rien ? Sait-on que sont attribués à Allah des qualificatifs les plus prestigieux, 99 "beaux noms", et qu'aucun d'entre eux n'évoque ni la guerre, ni la servitude ? Sait-on que Mahomet lui-même déconseilla les expropriations des tribus juives dans la région de Médine ? Faut-il évoquer l'Andalousie et son osmose des civilisations ? Ce rappel de notre commune humanité ne relève pas d'une incitation à la nostalgie. Les antagonismes, les conflits, les luttes fratricides suscités au cours des siècles, n'ont pas effacé les aspirations au dialogue, à la reconnaissance mutuelle. On apprend avec satisfaction que dans un tout récent sondage chez les musulmans de France, la révolte contre les dessins s'accompagnant d'une condamnation des violences, 84 % des interrogés trouvent que se moquer du judaïsme est " une mauvaise chose ". Mais pourquoi diable en arriver au judaïsme ? Car simplement pour moi, quand je vois aujourd'hui l'arabe, le musulman stigmatisés ainsi, je me souviens d'une époque, pas si lointaine, où s'affichaient sur les murs de nos villes des dessins représentant le juif avec le nez crochu, les cheveux hirsutes, les doigts accapareurs. L'antisémitisme a bien deux mamelles la judéophobie et l'islamophobie. Œuvre de fraternité : les Juifs de notre pays s'honoreraient en puisant aux sources de leur histoire, de leurs souffrances, de leur spiritualité, de leurs combats émancipateurs, de s'impliquer amplement dans l'action contre les injustices sociales, les discriminations, les préjugés raciaux, quelqu’ils soient. Si le climat actuel influencé par des modes médiatiques valorise le fatalisme, l'individualisme, la méfiance, la dérision et le cynisme, la lutte commune pour la dignité de chaque homme, de chaque femme permet de partager le meilleur. (1) Salah Stettié, ancien ambassadeur du Liban en France
  • 6. PNM FEV 06 -233 21/02/2006 6 Histoire 17:20 Page 6 P.N.M. FEVRIER 2006 L'activité de l'Union ORT en URSS pour un reclassement économique des Juifs soviétiques* Emmanuelle Polack Emmanuelle Polack est historienne et responsable du département archives de l’ORT France, institution juive d’éducation et de formation. Nous reproduisons ci-dessous un extrait de son ouvrage “Artisans et paysans du YIDDISHLAND“ *, avec l'aimable autorisation de son auteur. Ce en quoi le projet soviétique se vail constructif et productif en à relever leur niveau social: ainsi, a Révolution d'octobre 1917 distingue des idées préconisées par milieu rural et, à travers elle, de la pour permettre aux femmes des apporte son lot de promesses les penseurs juifs, tel que Nicolas création d'une paysannerie juive, colons du kolkhoze Molotov à et d'espoir pour les Juifs de Bakst pour n'en citer qu'un, c'est importante sur le plan symbolique. Eupatoria, en Crimée, de percevoir l'ancien Empire russe: ceux-ci, qu'il s'inscrit dans le double A l'étranger, en particulier en un revenu supplémentaire en hiver, ayant connu des vagues de persécucontexte d'un mouvement de proFrance, les communautés juives l'ORT organise des petites tions récurrentes durant la période pagation de l'athéisme, et de lutte voient dans les colonies agricoles fabriques de confection de chatsariste, voient dans les révolutionsans merci contre le sionisme: un moyen pour leurs coreligionpeaux en raphia ou d'objets en naires des alliés dans leur lutte pour d'une part, toutes les religions sont naires d'Europe centrale et orientaosier. l'émancipation. Et, de fait, les prepersécutées, y compris la religion le d'échapper à la situation de L'Union ORT et le comité ORT mières années du régime soviéjuive, dépeinte comme une idéoloLuftmenschen entassés en ville russe ont donc conduit, dans la tique permettent à la population gie réactionnaire utilisée par la dans des conditions déplorables. lignée des ambitions des autorités juive d'obtenir l'égalité des droits classe bourgeoise pour détourner Forte de ce succès, l'Union soviésoviétiques, de multiples actions en dans tous les domaines de la vie l'attention du prolétariat; d'autre tique décide, en mars 1928, d'enfaveur du reclassement des Juifs. politique et sociale, tandis que l'anpart, le mouvement sioniste est courager des Juifs à construire au Cependant, leur dynamisme s'est tisémitisme est sévèrement puni. perçu par le Birobidjan, trouvé rapidement freiné. En effet, Une section juive du Parti, la r é g i m e sur le fleuve la fin des années 1930 voit appaYevsektsia, est créée, sous l'égide comme un Amour, une raître des difficultés importantes: de Joseph Staline, alors avatar de l'imPalestine les autorités gouvernementales exiCommissaire aux nationalités, périalisme soviétique, gent de l'Union ORT qu'elle procèpour apporter une réponse spécibritannique et mais ce prode à la rénovation ou à la transforfique à la question juive. Dans le les sionistes jet de Région mation des locaux abritant ses inscadre de la nouvelle politique écos o n t juive autotitutions, ce qui entraîne des frais nomique (NEP) adoptée par Lénine contraints à la n o m e , considérables dans un contexte où en 1921 pour remédier à l'état de retraite polia u q u e l les subsides et les subventions de misère et de famine né de la guerre tique et à la l'ORT est l'Etat diminuent sensiblement. Très civile et du communisme de guerclandestinité, associée, se vite, d'autres mesures sont prises re, le gouvernement de Moscou sous peine révélera contre les intérêts des entreprises entend encourager les lishentsy, ces d'être envoyés rapidement juives. Si bien qu’à partir de 1937, centaines de milliers de personnes dans des non viable. le système bâti par l'ORT s'effondre Catalogue trilingue de l'exposition MAHJ (voir p.7) déclassées car interdites de profesfrançais / anglais / yiddish camps de traGrâce à un en Union soviétique: Les écoles ser leur métier, à se tourner vers vail ou encore a c c o r d sont réquisitionnées par les autoril'industrie ou l'agriculture. Etant d'être condamnés à l'exil en conclu avec les Soviets le 17 mai tés; de nombreux artisans juifs sont donné que par suite de la persécuSibérie. Les colonies agricoles 1928, l'Union ORT est autorisée à contraints d'intégrer les entreprises tion exercée par le régime tsariste, soviétiques sont donc conçues procéder à l'importation exonérée d'Etat; les purges staliniennes de qui ne permettait pas aux Juifs de comme un instrument au service de de tout droit de douane de matières 1937 et 1938, provoquant des s'occuper d'agriculture, la populala soviétisation de la population premières, de machines et d'outils coupes sombres au sein de la comtion juive se trouve dans une situajuive et comme une alternative aux destinés à équiper les ateliers. Dans munauté juive d'URSS, mettent un tion critique; que, d'autre part, colonies juives de Palestine. cette perspective, les familles point final à l'entreprise de l'ORT. 800 000 déciatines de terre restent Faute d'argent, le gouvernement juives d'Europe occidentale et Dès 1929, Albert Londres dénonincultes; qu'une colonisation soviétique fait appel à des organid'outre-mer, notamment celles des ça, dans une enquête qui l'avait intense est une nécessité urgente sations philanthropiques étrangères Etats-Unis, furent invitées à conduit de Londres à la Palestine, pour l'avenir économique du pays, pour l'aider à mener à bien ce proenvoyer à leurs parents de Russie en passant par la Pologne, la nous décidons que la République jet. Parmi elles figure, outre la JCA des machines ou des instruments de Transylvanie, la Bessarabie, la soviétique de l'Ukraine, d'accord et l'Agro Joint, l'ORT, avec laqueltravail. La Tool Supply Bucovine ou encore la Galicie, le avec le gouvernement fédéral de le un accord quinquennal conclu en Corporation, une annexe de drame des Juifs d'Europe centrale Moscou, prendra des mesures afin 1923 est renouvelé jusqu'en 1938. l'Union ORT, organise, via Berlin et orientale. Le grand reporter qu'il soit possible à la population Les interventions de ces organisaou Londres, le transport des s'était alors efforcé de sonder la juive des villes, ruinée économitions juives en matière agricole machines à destination des Juifs misère et de recenser les humiliaquement, de s'installer sur les sont formellement encadrées par le d'Union soviétique. Dans les quatre tions, les spoliations dont le terres incultes de l'Ukraine du sud KOMZET (Commission gouvernepremières années, les tailleurs, les peuple juif essuyait la violence. Si et du nord de la Crimée, et que la mentale pour l'établissement agricole menuisiers, les bonnetiers et les l’ouvrage issu de ce reportage question des fonds nécessaires à des Juifs) et l'OZET (Société d'agricordonniers ont ainsi pu bénéficier reçut un accueil ému de ses cette colonisation sera envisagée culture juive de Russie), deux institude 981 machines importées. contemporains, aujourd'hui ce entre le gouvernement de Moscou tions mises en place par le pouvoir En 1931, une résolution adoptée court temps historique, vaste chanet les organisations juives étranmoscovite en 1924 et 1925 pour coorpar l'OZET, conformément au printier à investiguer, demeure un pan gères qui déploient leur activité donner toutes les actions destinées à cipe de collectivisation généralisée, assez peu connu de l'histoire des sur le territoire de la République encourager les Juifs à travailler dans exige la transformation de toutes Juifs d'Europe de l'Est, alors même soviétique. Les Juifs se voient ainsi l'agriculture et à développer les cololes exploitations agricoles juives en qu'il s'imbrique dans l'histoire des attribuer des terres en Crimée et nies agricoles juives déjà existantes. fermes collectives. Celles-ci prencolonies agricoles juives dans d'autres régions de la Russie Ce sont donc les autorités soviétiques nent alors des noms imagés, d'Argentine, du Brésil et du du sud, là où autrefois étaient étaqui prennent la tête des opérations: la empruntés à la culture soviétique, Canada, et dans celle du Yishuv**. blies les anciennes colonies juives question juive apparaît implicitement comme, par exemple dans la région des provinces de Kherson et Les photographies de l’exposition être comprise par Moscou comme un d'Odessa, 1er mai, Chemin vers le d'Ekaterinoslav. Il s'agit ainsi pour (voir p.7), probablement issues problème d'Etat. socialisme, ou encore Staline, Karl le pouvoir soviétique non seuled'une campagne de propagande L'émigration intérieure des Juifs Marx et, en yiddish, Freiheit ment de peupler et de sécuriser les iconographique, nous apportent vers les terres agricoles, qui se (Liberté), Freiheim (Foyer libre), régions frontalières, mais aussi un témoignage rare sur cette développe ainsi en remplacement Èmès (Vérité), Sholem Aleikhem. d'intégrer les populations déclasparenthèse de l'histoire du judaïsde l'expatriation, rendue alors diffiA la même période, l'ORT organise sées et, plus précisément, de favome d'Europe de l'Est. cile par les événements, est perçue dans ces nouveaux kolkhozes un riser, dans le contexte de l'émer(*) Ed.SOMOGY, préface de S.Klarsfeld, avantpar le gouvernement soviétique réseau d'ateliers semi-industriels, gence d'une société soviétique d'un propos d’A.Grynberg - 29€, 96 p. comme une réussite: il se réjouit de en vue de faciliter l'intégration écotype nouveau, l'insertion écono(**) Communauté juive de Palestine avant 1948 la régénération des Juifs par le tranomique des Juifs et de contribuer mique et la socialisation des Juifs. L
  • 7. PNM FEV 06 -233 21/02/2006 17:20 Page 7 P.N.M. FEVRIER 2006 Histoire 7 Généraux allemands sur écoute britannique Lucien Steinberg P endant la deuxième guerAutre exemple : le colonel Hans re mondiale, plusieurs Reimann, fait prisonnier en Tunisie le centaines de généraux et 12 mai 1943, n’en croyait pas ses officiers supérieurs allemands, prisonoreilles lorsqu'un policier de haut rang niers de guerre, ont été internés dans un lui avait raconté, dans un train, des complexe dénommé Trent Park, à détails sur l'assassinat de milliers de quelque 60 km. au nord de Londres. juifs, femmes et enfants compris, à Les services de renseignement britanJitomir et Berditchev. Il a dû vider une niques ont décidé d'écouter les conversagrande partie d'une bouteille de vodka tions de ces militaires de haut rang. Des pour s'en remettre (page 145). micros ont été installés et leurs propos Le manque d'espace ne permet pas de enregistrés. Un historien allemand, citer d'autres exemples. Mais ces miliSönke Neitzel, a réussi à avoir accès à ces taires ont discuté aussi de l'attentat contre procès-verbaux, 60 ans environ après la Hitler du 20 juillet 1944. Dans leur majofin de la guerre. Il en a réuni un certain rité, ils le désapprouvaient, mais certains nombre, dans un ouvrage de 638 pages, auraient préféré son succès. Au fil des intitulé ABGEHÖRT (écoutés) paru l'an semaines, un nombre significatif de milidernier aux éditions Propyläen, Berlin. taires "avait compris" que leur Führer Bien entendu, ce livre ne contient qu'un était un criminel, voire un fou furieux. nombre limité de procès-verbaux ou d'exAucun des internés de Trent Park n'était traits. Ce qui peut intéresser plus particufavorable au Comité "Allemagne libre". lièrement nos lecteurs connaissant l'alleVotre chroniqueur, qui n'avait jamais mand, c'est que ces extraits portent sur les éprouvé d'admiration pour "l'honneur crimes de guerre allemands, surtout les militaire des militaires de la Wehrmacht" assassinats de juifs. Certes, presqu'aucun constate que ces hommes - du moins ceux de ces militaires ne va jusqu'à "avouer" y qui figurent dans le livre de Sönke avoir participé en personne, mais la plupart Neitzel, ne méritent que le mépris. indique en avoir eu connaissance, visuellePour compléter le tableau, il faut dire que ment ou par des propos d'autres militaires. les nazis, les SS, mais aussi les services du Le mythe d'une Wehrmacht pure, opposée Reichsmarschall Hermann Goering, aux SS assassins, est largement démenti. avaient recours, eux aussi, aux écoutes. On citera un nom bien Mais ils l'ont fait de connu en France, celui du façon, disons plus général Dietrich von mondaine. Choltitz. On en a beaucoup Il y avait à Berlin une parlé, entre autres dans le maison de rendez-vous cadre des cérémonies de la de grand luxe, un peu Libération. sur le modèle du On sait qu'il a capitulé le de SPHYNX 25 août 1944, devant le Von Choltitz en captivité anglaise, debout à gauche Montparnasse. C'était général Leclerc et le colole Salon Kitty, sis à nel Rol-Tanguy. J'avoue cependant Charlottenburg, Giesebrecht Strasse 21. avoir ignoré que, dès le 29 août 1944, Vers la fin des années 1930, les SS l'ont il se trouvait à Trent Park, où les proréquisitionné en quelque sorte, plantant pos qu'il tenait en compagnie de ses des micros dans tous les salons et camarades militaires ont commencé à chambres - et un personnel féminin spéêtre enregistrés. cialement formé pour des écoutes. Le Or, le 29 août 1944, dans une discussion salon était réservé aux diplomates étranavec le général von Thoma, il disait : “La gers et aux visiteurs dont on espérait qu'ils mission la plus dure que j'ai dû accomlaisseraient échapper des secrets. plir - et que j'ai accomplie de manière Etrangement, aucun des enregistrements très conséquente - a été la liquidation des n'a survécu, ou du moins n'a été découvert Juifs. Mais j'ai accompli cette mission à ce jour. Après la guerre, Salon Kitty a jusqu'aux dernières conséquences” connu le même sort que le SPHYNX - l'un (page 258). et l'autre ont été démolis et remplacés par L'auteur ajoute que Choltitz n'a pas indides immeubles sans caractère. qué les circonstances de cette affaire; cela devait porter sur l'époque où il commandait un régiment en Crimée, à l'auVIENNE 1913 tomne 41. Ajoutons que son fils, Timo E SPACE R ACHI von Choltitz, qui possède un site internet, C ENTRE D ’A RT ET DE C ULTURE ne confirme pas cet épisode. Le général de division Otto Elfeldt, qui La rencontre entre Freud, Jung, Klimt, commandait le LXXXIV° corps d'armée Hanish, la société viennoise, et ... le lorsqu'il fut fait prisonnier le 20 août jeune Adolf Hitler, élève à l’école des 1944 lors de la bataille de Falaise, avait beaux-arts. Pauvre, il rencontre un eu connaissance à l'automne 1941 du jeune homme riche, antisémite, ils massacre de 32 000 juifs près de Kiev consultent tous deux... Jung, puis (en fait à Babi Yar). Le chef d'un Freud ... Ainsi, ces deux jeunes gens bataillon de pionniers sous les ordres de vont se confronter à tous les aspects de Elfeldt était sous le choc de l'ordre qu’il la société viennoise et se forger avait reçu de faire sauter les fosses comquelques idéaux définitifs ... munes. Le général Elfeldt tenait ces proMercredi, jeudi, samedi : 20h45, dimanche pos moins de trois mois après avoir été 15h30 (jusqu’au 12 mars) Réservations : 01 42 17 10 38 fait prisonnier (p.179). Théâtre Cinéma TOUT ES T ILLUMINÉ (Cinéma Le Lincoln, à Paris) Belzec, documentaire, donnait à voir et comprendre un camp d’extermination dont les nazis avaient voulu ne laisser aucune trace. Mais la terre, elle, témoigne, tout comme la mémoire des habitants, si intelligemment sollicitée ... Livres EXIL IMP OSSIBLE* Le 17 juin 1939, les 907 passagers juifs du St. Louis accostent à Anvers, après un périple d’un mois, de Hambourg à la Havane, d’où ils espéraient gagner l'Amérique. Le décret du Président de Cuba, F.L.Bru, et l'Amérique du Pt Roosevelt les renvoient en Europe, où leur majorité sera bientôt prise dans l'étau nazi... Symbole de l'échec de l'accueil des réfugiés juifs, à la veille et pendant la Seconde Guerre mondiale ! Diane Ajoumado, l’auteur, dédicacera ce livre le mardi 21 mars à 20 heures, à la soirée “L’errance des juifs du paquebot “Saint Louis” organisée par l’UEVACJ, 26 rue du Renard Paris 3° (01 42 77 73 32) * Ed. L’Harmattan Paris 2005 • 284 p. 23 € Expositions Artisans et paysans du Yiddishland (1921-1938) Une soixantaine de photographies tirées à partir de plaques de verres originales découvertes par Emmanuelle Polack, historienne, dans les archives de l'ORT-France, sont montrées pour la première fois en France, après restauration jusqu’au 21 mai 2006, à la Galerie de l’auditorium du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) Conférences MAHJ Les Juifs dans l’Union soviétique des années 1920-1930 Mardi 21 mars 2006 à 19 h Rencontre animée par Anne Grynberg, avec la participation d’historiens. Projection du film Les Juifs sur la terre d’Abram Room MAHJ 71 rue du Temple, Paris 3° Tél : 01 53 01 86 60 MCY Le yiddish aux États-Unis Cycle de 6 conférences en français de P.Boukara 3. Mardi 7 mars à 20 h 30 D'une guerre mondiale à l'autre. L'impact du New Deal. 4. Mardi 21 mars à 20 h 30 Penser. L'enseignement et la recherche. Les idées et les prières. P.A.F. Réservation souhaitable au: 01 47 00 14 00 Tout est illuminé, lui, oeuvre de fiction inspirée du roman de J.S.Foer, retrace la “quête rigide” de Jonathan, jeune juif américain, qui recherche la femme qui sauva son grand-père de l’occupation nazie. Trachimbrod*, shtetl ukrainien, est-il la seule clé de cette quête ? Sa mémoire est pour sûr bien conservée ... Peut-être seul l’humour de ce film, proche d’un Woody Allen, peut-il rendre supportable certaines scènes où l’émotion vous submerge. Un film à voir. TRS * Trachimbrod shtetl ukrainien précurseur en 1941 d’Oradour-sur-Glane. HOMMAGE À RUTH BECKERMANN du 10 au 19 mars 2006 Le Festival International de films de femmes à la Maison des arts de Créteil (RER A Créteil Préfecture) rend cette année un hommage particulier à la réalisatrice autrichienne Ruth Beckermann, en présentant l'intégrale de ses films et pour la première fois en France, l’exposition Europamemoria. Ruth Beckermann, écrivain et cinéaste, née et ayant grandi à Vienne a séjourné à Tel Aviv et New-York, et participé à la fondation de Filmladen en 1978, maison de production et de distribution de films politiquement engagés. Par son histoire personnelle et la force de son travail, Ruth Beckermann représente le cinéma autrichien au féminin, elle restitue une formidable capacité de réflexion sur l'Europe d'aujourd'hui, et nous permet d'envisager son passé récent, de manière humaniste et constructive. Plus de renseignements sur le site : http://www.filmsdefemmes.com ou au 01 45 13 19 19 28° FESTIVAL INTERNATIONAL C INÉMA DU R ÉEL Parmi les nombreux documentaires présentés cette année au Centre Pompidou du 10 au 19 mars, aux thèmes les plus variés, plusieurs films évoquent, entre autres, le monde juif, de la bar mitzah au Birobidjian, de la Mémoire à l’architecture, l’habitat, l’histoire d’’Israël, de 3 villes palestiniennes dans un processus d’étouffement. Le dernier film d’Amos Gitaï y sera aussi présenté en avant-première "News from home, news from house" (une maison palestinienne devenue maison israélienne …) Programme détaillé au 01 44 78 44 21 ou 45 16 ou par Mèl : cinereel@bpi.fr MC DU
  • 8. PNM FEV 06 -233 21/02/2006 17:20 Page 8 P.N.M. FEVRIER 2006 8 Bineml, le fils de rabbi Motele Shloïmè Palant « Bineml » : suite et fin, par le père de notre ami Charles Palant, du récit publié dans la revue new yorkaise des anarchistes juifs : « Freie Arbeiter Stimme », en 1928, à l’occasion du sixième anniversaire de la mort de Bineml, et dont nous avions publié dans notre numéro de janvier le début de cet émouvant témoignage. Cet article a été traduit par Mme Batia Baum, dont le père a été fusillé en France par les nazis. Résumé Schloïmè se souvient. Il a dix ans. Un soir de shabbat au shtetl. Les gendarmes viennent arrêter le fils du très pieux rabbi Motele. Un vaurien,ce Bineml, un mécréant. Vraiment, son pauvre père n’a pas mérité ça. Curieux tout de même, un criminel dont les yeux brillent d’audace, quand tous les autres tremblent ! Ce jour là, Schloïmè ne le sait pas encore, mais il vient de devenir un révolutionnaire... Il retrouvera Bineml, qui lui expliquera : “combat, amour, esclavage, liberté, exploitation, égalité : chaque mot, avec une force inconcevable, me captivait...“. Vingt cinq ans plus tard…: P eu après Bineml est retourné à Lodz. Moi aussi j'ai quitté mon village natal. Puis sont venus le mouvement, la lutte, le combat, les persécutions, les arrestations et les souffrances, d'infinies souffrances. Et chaque fois que je me sentais faiblir, je pensais à Bineml, et cela m'inspirait et me donnait de nouvelles forces pour continuer le combat et supporter les souffrances. Avec Bineml, j'ai eu de fréquentes rencontres, et chaque fois j'ai eu quelque chose à apprendre de lui. Finalement je suis parti à l'étranger. Une dizaine d'années a passé, comme un souffle. La guerre1 est venue, puis la révolution russe, et je n'ai plus rien entendu ni rien su de Bineml. Mais comme aucune chose ni aucune situation ne dure éternellement, j'ai revu Bineml. C'était en 1921. Je rentrais de Russie, et par hasard j'avais dû rester un bout de temps dans mon village natal. Bineml ne se trouvait pas alors au shtetl, mais ayant appris que j'étais là, il était venu me voir. C'était une douce nuit d'automne. Bineml et moi sommes allés nous promener hors du shtetl, à travers cette bonne vieille campagne bien connue, mais comme tout a l'air différent à présent ! Bineml écoute avec attention tout ce que je lui raconte sur la Russie. Il me questionne longuement, à maintes reprises, et serre fort ma main qu'il tient entre les siennes. Je me tais, et nous marchons ainsi longtemps sans rien dire. Il voit mon abattement et cherche à me réconforter. "Cela m'étonne de toi - commencet-il - tu dois pourtant bien savoir que ce n'est pas la première fois, ni probablement la dernière, que les peuples se laissent dévoyer, tromper et opprimer. Mais il viendra un temps où l'humanité ne confiera plus son sort à quelques individus mais prendra elle-même son destin en mains, et veillera, de ses propres mains, sur la liberté chèrement gagnée. Ce qui se passe actuellement en Russie prouve que les masses russes ne sont pas encore conscientes, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas encore mûres pour être libres. Mais ce n'est pas de leur faute, c'est de la nôtre. Car nous nous sommes représenté la chose trop légèrement. Nous avons cru que pour que les peuples russes se libèrent, il suffirait de détruire l'ancien régime tsariste tyrannique, mais nous n'avons pas compris qu'il fallait aussi préparer les masses à accueillir cette nouvelle vie et savoir comment l'utiliser. Si ç'avait été le cas, ce qui se passe aujourd'hui en Russie aurait été impossible. Mais il n'y a pourtant pas de quoi désespérer. Nous devons à présent, avec des forces renouvelées, mener le combat contre tous les oppresseurs, anciens et nouveaux, et en même temps implanter dans le cœur des hommes la haine et le dégoût pour l'oppression et la servitude !". Il a relevé la tête et m'a regardé comme s'il attendait mon opinion sur ce qu'il venait de dire. Mais je n'avais aucune envie de discuter, et je lui ai demandé de me raconter ses expériences durant toutes ces années où nous ne nous étions vus. Bineml s'est absorbé un instant dans ses pensées, puis s'est mis à raconter des scènes de la guerre, toutes plus terribles les unes que les autres. Des scènes de sauvagerie, de bestialité. Il a parlé longtemps, décrivant chaque scène des perles à la pâle lueur de la lune. Nous avons marché très loin, sans dire un mot Apercevant un tas de pierres, instinctivement nous nous sommes assis. Je ne sais combien de temps nous sommes ainsi restés assis, muets. L'horloge indiquait qu’il était très tard quand nous sommes revenus au village. - Oui, il est temps d'aller se coucher ! ai-je dit, avec l'intention de mettre fin à ce pénible silence. Bineml alors a relevé la tête, mais au lieu de me répondre il m’a brusquement demandé : - Aujourd'hui, tu m'es toujours reconnaissant ? Sa question et son ton m'ont troublé. Je voulais lui répondre, trouver quelque chose à dire, mais j’étais hors d’état d’articuler un mot. Vladimir Ilitch Lenine peint en 1924 par Isaac Brodsky (1883-1939) Peintre de la Guerre Civile et de la Révolution d’octobre 1917 avec tant de clarté et de précision qu'un frisson d'horreur m'a transpercé les os. Je ne pouvais plus me contrôler et je me suis écrié: - Est-ce que ça vaut la peine de sacrifier toute sa vie pour une telle humanité ? - Oui, c'est vrai, a-t-il continué, comme s'il n'avait pas entendu ma question. C'est vrai, l'homme est obscur, mauvais et sanguinaire. Et c'est justement en un tel temps, alors que partout, où que tu tournes le regard, ne règne qu'obscurité, destruction et asservissement, c'est juste en un tel temps qu'est venue la révolution russe, tel un rayon de lumière dans un gouffre obscur, seul réconfort et seul espoir dans cette atmosphère étouffante et meurtrière de réaction et de servitude. Et aujourd'hui ! Il est resté silencieux, et en le regardant, j'ai été pris d'un frisson. Sur son visage blême coulaient de grosses larmes, étincelantes comme Peu de temps après cette rencontre, je suis reparti à l'étranger2. Puis m'est parvenue la triste nouvelle que Bineml était mort de la tuberculose. C'est maintenant seulement que je te donne ma réponse. - Oui, je te suis reconnaissant, cher camarade! Tu m'as révélé un nouveau monde, un monde plein de souffrances et de déceptions infinies, mais sans lesquelles la vie est vide et dépourvue de sens. Honneur à ton souvenir, cher camarade ! (1) 1914-1918 [NDLR] (2) S. Palant et sa jeune épouse, Fajga partirent pour Londres en 1912, où ils ont bénéficié de l’asile politique. En 1920, comme d'autres familles juives résidant en Angleterre, ils sont retournés en Russie où la révolution les "appelait". Mais à Moscou, les libertaires étaient accueillis comme des dissidents. Ils sont donc rentrés en Pologne: dans une Pologne reconstituée et redevenue indépendante.