1944-2004
Rennes se souvient
 60e anniversaire de la Libération
1944-2004
Rennes se souvient
60e anniversaire de la Libération
Sommaire




  Histoire                                           60 ans après
                                           ...
Édito
                                          Le 4 août 1944, chacun le sait et s’en souvient,
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Rennes dans

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la drôle
   de guerre




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Été 1939. Au bord de la Vilaine, Rennes, diri-
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1     Rennes dans
          la drôle de guerre


étudier cette question posée trop tardivement. Le 17 juin, Pétain
succède...
17 juin 1940. Le bombardement de la plaine de Baud
                                                                       ...
2                Le quotidien
                   de l’Occupation



Dès le 18 juin 1940, Rennes vit à l’heure allemande et...
Été 1940. Soldats et officiers
                 allemands sur les quais.


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2        Le quotidien
                de l’Occupation


Privés de libertés (couvre-feu de 23 h
à 5 h du matin, presse aux ...
■Les lieux allemands à Rennes
                                                                    Le site www.liberation.r...
3   Résistance
    et
    répression




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Si la majorité des Rennais est à l’image
                              du pays, attentiste, au tout début de l’occupation
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Résistance
   3      et
          répression




de 25 résistants, proches des communistes, accusés de sabotage.
Ce drame ...
■Condamnées-libérées-déportées
                                                                           Dans une quête h...
4                  Rennes
                     sous les bombes



Déjà terriblement meurtrie                  par le bomba...
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4   Rennes
    sous les bombes




                                                                    11 mars 1943.
     ...
■L’Économique détruit...                             ■La vague post-débarquement
La société “ L’Économique “, société de  ...
5   4 août 1944 :
    Rennes libérée !




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Le 4 août 1944,             au milieu de la matinée,
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5       4 août 1944 :
           Rennes libérée !
                                                                        ...
■ La bataille de Maison-Blanche                                                ■Lefailli sauter la Tour
                  ...
6                Reconstruire
Quand Rennes commence à se relever de la guerre, celle-
ci continue encore. Et la vie quotid...
■ Panser les plaies                                              ■La réconciliation franco-allemande
En 1945, après le ret...
1944 - 2004
  60 ans après,
  Rennes se souvient



Chronologie des manifestations qui ont marqué, pendant l’année 2004
et...
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Annexe 1
 Discours d’Edmond Hervé,
 maire de Rennes

4 août 2004



                         lors de la réception    Notre...
d’Exeter, nous nous réjouissons de votre présence : la           d’Allemands ont été incarcérés dans les prisons nazies[4]...
Annexe 2
Conférences
de l’Hôtel de Ville


              La Ville de Rennes a         25 mai 2004
                        ...
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  1. 1. 1944-2004 Rennes se souvient 60e anniversaire de la Libération
  2. 2. 1944-2004 Rennes se souvient 60e anniversaire de la Libération
  3. 3. Sommaire Histoire 60 ans après 4 26 Expositions, conférences, théâtre, cinéma, cérémo- 4 Rennes dans la drôle de guerre nies commémoratives et hommages divers.... Comme 8 Le quotidien de l’Occupation elle l’avait fait en 1984 et 1994, Rennes a célébré 12 Résistance et répression le 60e anniversaire de sa libération par un intense 16 Rennes sous les bombes travail de mémoire qui a mobilisé toutes les géné- 20 4 août 1944 : Rennes libérée rations de Rennais. Rappel de la chronologie de ces 24 Reconstruire événements qui ont couru de fin 2003 à mi- 2005. — — 2
  4. 4. Édito Le 4 août 1944, chacun le sait et s’en souvient, la 4e Division blindée américaine, commandée par le général Wood, entrait dans Rennes et libérait la ville, après quatre années d’occupation et d’horreur. Cette grande date, il nous faut, sans cesse et sans cesse, la rappeler. Nous revient alors cette phrase de Victor Hugo : “Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates comme on allume des flambeaux”, non point pour figer ce temps comme un monument de marbre ou de bronze, mais pour faire vivre la mémoire, sentinelle de l’esprit, face à l’oubli. En hommage à toutes celles et tous ceux qui ont permis à notre pays d’être libre et de vivre, la Ville de Rennes – citée, faut-il le rappeler, à l’Ordre de l’Armée – commé- more cet anniversaire. Le soixantième est, bien évi- demment, marqué d’un sceau particulier : les manifesta- tions organisées, de par leur richesse, leur diversité et leur authenticité, ont traduit Annexes l’intérêt que la Ville de Rennes porte à cet indispensable 34 travail individuel et collectif de mémoire, laquelle prend Discours d’Edmond Hervé forme de contrat de vigilance entre les générations. 34 le 4 août 2004 La présente publication, promise et attendue, donne, à 36 Conférences de l’Hôtel de ville ce soixantième anniversaire, la place qui lui revient. Site internet 39 www.liberation.rennes.fr Edmond HERVE Jeannine HUON maire de Rennes adjointe au maire président de Rennes Métropole chargée des Relations extérieures, Relations publiques 3 — —
  5. 5. Rennes dans 1 la drôle de guerre — — 4
  6. 6. Été 1939. Au bord de la Vilaine, Rennes, diri- Septembre 1939. Suite à la gée par l’entrepreneur François Château, vit tran- mobilisation, les fantassins de l’armée française, en route pour le front, quillement sa vie de ville de 100 000 habitants, remontent la rue Gambetta. capitale administrative de la Bretagne. Mais dès la mobilisation générale, puis la déclaration de guerre, la cité, par sa situation de carrefour ferroviaire, son aérodrome, sa fonction militaire (hôtel de com- mandement de la Circonscription militaire de défense, Arsenal) vit de près la « drôle de guerre ». C’est bien sûr le départ des troupes pour le front, avec des défilés qui sortent de la caserne du Colombier sous les yeux émus des familles. C'est aussi l’hébergement, tout autour de Rennes, de soldats britanniques ou polonais. Puis un peu plus tard, l’arrivée de premiers réfugiés du Nord, dont l’Ille-et-Vilaine est département d’accueil. Mais ils viendront aussi de la région parisienne à partir de mai-juin 1940, quand la poussée allemande provoquera la débâcle. Ils seront alors bientôt 140 000, de passage ou à résidence. La solidarité se met en place : fin mai 1940, 17 000 repas sont servis par jour. Rennes se prépare à une guerre qui la touchera directement, contrairement à celle de 1914-1918 où les champs de bataille avaient épargné une bonne partie de la France. Le 31 octobre 1939, la municipalité met en place « Un comité national de secours de guerre ». Avec l'organisation de la Défense passive, la ville est partagée en 132 îlots. En juin 1940, quand les événements se précipitent (invasion allemande, déplacement du gouverne- ment à Bordeaux), Rennes est un temps au cœur d’un débat stratégique militaire : faut-il créer un réduit breton pour contrecarrer l’avancée alle- mande ? Le Général de Gaulle, (alors sous-secrétaire d’État à la Défense dans le gouvernement Reynaud) vient deux fois à Rennes, les 12 et 15 juin, pour 5 — —
  7. 7. 1 Rennes dans la drôle de guerre étudier cette question posée trop tardivement. Le 17 juin, Pétain succède à Reynaud et demande l’armistice. Le 18, de Gaulle est à Londres pour lancer son appel à la résistance. Rennes entre en guerre de façon brutale et tragique le 17 juin 1940 avec le bombardement allemand de la plaine de Baud. Quatre trains sont touchés : un de munitions, un de réfugiés, un de sol- dats français rapatriés du Nord et enfin un de soldats britan- niques. Le bilan du carnage est lourd : environ 2 000 morts. Le lendemain, Rennes est occupée. Septembre 1939. Le 41 régiment d’infanterie e défile devant la caserne du Colombier. 6 — —
  8. 8. 17 juin 1940. Le bombardement de la plaine de Baud vu d’un balcon de l’avenue Aristide-Briand. ■17témoignage: d’un secouriste ■À Pontchaillou, juin 1940 l’accueil des réfugiés le Le sergent François Limeul, membre de la 5 e compagnie du De mai à juillet 1940, l’écrivain Georges Duhamel est 42 e régiment régional de la Défense passive a participé durant alors jeune médecin. Il sert à Pontchaillou, où se déverse la guerre aux sauvetages de tous les bombardements le flot des réfugiés et des blessés de guerre. Il raconte sur Rennes. Mais il «n’a jamais vécu une journée plus terrible et ces moments dans « Lieux d’asile », un livre censuré par plus poignante que celle du 17 juin 1940 ». Témoignage. l’Occupant. Extrait. « Une formidable explosion, dont les effets se firent sentir à « Nous avons d’abord reçu les reliquats, les débris des plusieurs km, secoua la ville. Je me rendis immédiatement, hôpitaux submergés par la bataille, là-bas, sous le ciel du conformément aux ordres, vers la plaine Saint-Hélier. Les nord ; ceux qui venaient de subir une opération délicate et destructions et les incendies augmentaient à mesure que nous qui attendaient, immobiles dans un appareil rigide, que les approchions du sinistre. Mais je n’osais entrer dans la fournaise, tissus finissent par renaître et se recoller, ceux qui des wagons de munitions explosant sans arrêt, et qui semblaient pleuraient à la pensée qu’on pouvait déplacer d’un interdire tout secours aux blessés allongés sur le ballast et dans centimètre les poids de fer qui tiraient leur jambe brisée, la prairie de la ferme du général Lefort. ceux qui demandaient, le soir, un coussin supplémentaire À ma grande stupéfaction, j’ai vu le lieutenant Lebastard, des pour passer sans trop d’angoisse les longues heures de la Sapeurs-Pompiers, sortant seul des flammes, portant un blessé nuit, celles qui venaient d’enfanter douloureusement et dans ses bras et marchant tranquillement sous des avalanches de dont on disputait l’existence, heure par heure, à l’infection, portières de wagons et de ferrailles. Il m’a entraîné avec quatre les vieillards qui escomptaient une survie improbable avec brancardiers, portant lui-même un brancard sur les épaules. leur sonde de caoutchouc enfoncée dans le bas-ventre, ceux Sur place, il a rassemblé les bonnes volontés et organisé les secours, qui perdaient leurs excréments par une boutonnière du encourageant sans cesse les hommes par les paroles que je flanc et qu’il fallait changer de pansement au moins deux n’oublierai jamais : « Quand on fait cela, on est protégé ». À ceux fois par jour, les tuberculeux aux os cariés, emprisonnés qui n’en pouvaient plus, de fatigue et de peur, il demandait un peu dans de lourds corsets de plâtre, les agonisants qui ne de courage […] Une centaine de femmes, d’enfants et de soldats savaient même plus parler, même plus se plaindre… ont dû la vie au lieutenant Lebastard […] » Sont venus ensuite les blessés de cette guerre… » 7 — —
  9. 9. 2 Le quotidien de l’Occupation Dès le 18 juin 1940, Rennes vit à l’heure allemande et sous le régime de Vichy. L’hôtel Richelot, rue Martenot devient la Kreiskommandantur (commandement régional), le péristyle sud de la mairie abrite la Platzkommandantur et l’ancienne faculté des lettres de la place Hoche la Feldkommandantur. Près de 30 000 prisonniers de guerre français attendent leur départ pour l’Allemagne tandis que les soldats des territoires d’outre-mer sont confinés dans les casernes Margueritte, du Colombier, au parc des sports, route de Lorient, et dans le camp de la Marne, bd Jean- Mermoz. Juin 1940. Arrivée des soldats allemands place de la Mission. — — 8
  10. 10. Été 1940. Soldats et officiers allemands sur les quais. 9 — —
  11. 11. 2 Le quotidien de l’Occupation Privés de libertés (couvre-feu de 23 h à 5 h du matin, presse aux ordres, zone côtière interdite, introduction des aus- weiss-laisser-passer, interdiction des messes de minuit pour le Noël 40 etc.), les citoyens sont vite préoccupés par le problème majeur de l’époque : le ravitaillement dont le QG se trouve au Palais Saint- Georges. Les cartes de rationnement font leur apparition, la disette aussi, en 1941. Les règlements du gouvernement de Vichy contri- buent à aggraver la pénurie (et le marché noir), à laquelle s’ajou- tent les sévères réquisitions de l’occupant. Dès 1940, les 9/10e des stocks de l’Économique sont confisqués par les Allemands. Les Rennais qui ont des contacts avec les agriculteurs s’en tirent mieux. En janvier 1942, le préfet tire la sonnette d’alarme : « les légumes ont presque disparu, la viande est rare, et le cidre manque ». Ceci dans un département très agricole. Le 18 février 1944, les bou- langeries sont fermées les jeudi, dimanche et lundi, en raison de la pénurie de pain. Jusqu’en 1943, la vie scolaire se déroule tant bien que mal. En 1941, l’œuvre des cantines scolaires ouvre 14 lieux pour accueillir, L’ancienne Caisse d’Épargne, le midi, les enfants des écoles privées et publiques. Mais après les rue Martenot, investie par la Kreiskommandantur, premiers bombardements alliés de mars et mai 1943, très meur- l’Intendance allemande. triers, la population scolaire de Rennes est évacuée dans les cam- pagnes. 15 000 enfants, de 3 à 14 ans, sont répartis sur une vingtaine de communes. Même repli pour les trois établissements secondaires rennais. Direction La Guerche pour le lycée de jeunes filles. Le Collège Moderne s’éclate sur Champeaux et Le Theil. Enfin le lycée des garçons est disloqué en cinq parties : Tresboeuf, Lalleu, Thourie, Louvigné-de-Bais et Janzé. Cinémas et théâtre continuent à vivre sous l’Occupation mais sous liberté surveillée. Quant aux transports, ils sont essentiellement assurés par la bicyclette, instrument roi de l’époque. Pour l’ali- mentation en eau, gaz, électricité, tout ira en s’aggravant… 1o — —
  12. 12. ■Les lieux allemands à Rennes Le site www.liberation.rennes.fr propose de retrouver sur une carte les sites de la présence allemande à Rennes. En voici quelques exemples. Kreiskommandantur (direction régionale) : hôtel Richelot, rue Martenot. Platzkommandantur : commandement local de Rennes, péristyle sud de la mairie de Rennes. Feldkommandantur (commandement départemental) : place Hoche, ancienne faculté des lettres. SD (services de sécurité allemands) : cité des étudiants, rue Jules-Ferry. Bureau de la gestapo : rue de Fougères, hôtel de Caradeuc, angle rue Desfossés. Orpo (police spéciale) : 8, bd Volney. Un dépôt de matériel avait été aménagé dans le couvent des Jacobins et un service sanitaire à l’Hôtel-Dieu. Sans oublier la Kriegsmarine route de Lorient, l’occupation de l’aérodrome de Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande. Il faudrait énumérer aussi les sites dédiés à la Luftwaffe et les nombreuses réquisitions de logements ou de chambres chez les particuliers. Et puis aussi noter la présence sur la fin de l’Occupation de ■Les tracas quotidien d’une ménagère ce qu’on appellera longtemps le Bois des Allemands (aujourd’hui, le parc des Hautes-Ourmes). En mai 1944, les Allemands réquisitionnent cette propriété privée pour en faire un cimetière Dans un mémoire de maîtrise dirigé par Jacqueline régional pouvant accueillir jusqu'à 380 tombes. La première Sainclivier, Marie-Claude Le Gouenan traite des problèmes inhumation a lieu le 20 juin 1944. Il y en aura 190 jusqu’au de ravitaillement sous l’Occupation. Nous en extrayons le premier août, ainsi que 173 exhumations et transferts, du cimetière témoignage d’une Rennaise, Mme Guittier. de l’Est notamment. En 1961, toutes les dépouilles auront été « Pour avoir nos rations, je me rappelle avoir attendu près transférées au Mont d'Huisnes (ossuaire allemand en Normandie). d’une heure et demi devant la porte de mon boucher. Du jour ■Quelques menus de cantine au lendemain, les files d’attente sont devenues le lot quotidien de toutes les ménagères ». Les rations se réduisent, de 60 grammes de viande par jour à 100 grammes par semaine en octobre 1941… « Certes, cette mesure assurait Semaine du 15 au 20 décembre 1941. un minimum, mais la ration était si infime qu’on avait Lundi : soupe aux légumes, légumes de la soupe avec rillettes de porc. l’impression d’être complètement privé de viande ». Le Mardi : soupe aux légumes, légumes de la soupe avec rillettes de porc. poisson ? Mêmes files d’attente et raréfaction. « Que les Mercredi : pot-au-feu, viandes et légumes. rations de viande soient diminuées, tout le monde l’acceptait Jeudi : pot-au-feu, ragoût de bœuf aux pommes de terre. plus ou moins bien, mais qu’il n’y ait plus de poisson en Vendredi : bouillon au Kub, riz au gras. Bretagne, c’était un peu fort ! ». Et pour l’épicerie ? « Du Samedi : soupe aux légumes, pâtes au fromage. sucre, on n’en avait jamais assez, alors on utilisait de la Semaine du 27 avril au 2 mai 1942. saccharine. Ce n’était peut-être pas aussi bon, mais on ne Lundi : bouillon de haricots au vermicelle, haricots au gras, chocolat. faisait pas les difficiles ». Quant à l’huile, Mme Guittier Mardi : pot-au-feu, viande et légumes. trouve la parade à la pénurie : « je faisais fondre la graisse de Mercredi : bouillon de pot-au-feu, miroton de bœuf. la viande pour assaisonner mes salades ». Les œufs sont rares Jeudi : soupe de légumes, ragoût de bœuf. également : « mon épicier me répondait toujours qu’il n’en Vendredi : soupe aux légumes, bœuf vinaigrette. avait pas. On pouvait quand même avoir de temps en temps Samedi : soupe aux légumes, bœuf miroton. des conserves d’œufs mais des œufs frais, c’était impossible pour les gens comme moi qui n’avions pas la chance d’avoir Sources : « Parenthèses, anecdotes exhumées des archives municipales, des amis agriculteurs ». Rennes 39-45 », Germain Gérard. 11 — —
  13. 13. 3 Résistance et répression — — 12
  14. 14. Si la majorité des Rennais est à l’image du pays, attentiste, au tout début de l’occupation 11 mai 1941. allemande et du gouvernement Pétain, des actes Manifestation silencieuse individuels ou de petits groupes isolés montrent des Rennais, rue Le une certaine résistance. Il y a d’abord, dès le Bastard, à l’occasion de la 17 juin, avant l’appel du 18, ces deux jeunes fête de Jeanne d’Arc. apprentis rennais, Bernard Lucas et Roger Leprince, qui rejoignent Londres. Graffitis dans les urinoirs, affiches allemandes lacérées…, tous ces faits sont rigoureusement consignés par le commissaire de police dans ses rapports au préfet. Le 17 septembre 1940, Marcel Brossier, accusé d’avoir saboté un câble télépho- nique, est le premier fusillé de la Résistance à Rennes. Un embryon de réseau se constitue autour du rece- veur municipal Simon (en lien avec le groupe Maurel de Montfort) mais il faut attendre 1941, avec la publication d’un journal “La Bretagne enchaînée” pour voir émerger une Résistance orga- nisée qui s’enhardit publiquement avec une mani- festation devant le cimetière de l’Est, un an près le carnage de la plaine de Baud. 1942 est l’année de la radicalisation de part et d’autre. La Gestapo démantèle plusieurs réseaux, tandis que la Spac du gouvernement de Vichy (ser- vice de police anticommuniste) est à l’œuvre et amène des résistants devant la Section spéciale de la cour d’appel de Rennes. Le cheminot rennais Guy Courcier y est condamné. Les prisonniers poli- tiques sont incarcérés à Jacques Cartier et à la centrale des femmes. De nombreux convois de déportation vont partir de Rennes. Deux rafles provoquent, en 1942, l’arrestation de 128 juifs en Ille-et-Vilaine. 9 entreprises juives rennaises sont “aryanisées”. L’année se termine tragiquement pour la Résistance avec l’exécution à la Maltière 13 — —
  15. 15. Résistance 3 et répression de 25 résistants, proches des communistes, accusés de sabotage. Ce drame frappe l’opinion et contribue sans doute à un irrémé- diable retournement, sensible en 1943, cela malgré les bombar- dements alliés dont va terriblement souffrir la cité rennaise. Les réseaux de résistance, constitués en Mouvements (Libé-Nord, avec Honoré Commeurec), Défense de la France de Maurice Prestaut, FTP du commandant Pétri), se solidifient au fur et à mesure, où, sur le plan international, le rapport de force change au profit des Alliés. Deux commerces rennais servent de boîtes aux lettres et de rendez-vous : le Cheval d’Or de Mme Tanguy et l’épicerie de Mme Elie. La résistance cheminote s’active. La répres- sion nazie s’abat sur le réseau Buckmaster, tandis que la police tue, rue du Pré-Botté, Jean-Claude Camors (réseau Bordeaux- 17 septembre 1940. Loupiac). Le noyautage de l’administration préfectorale permet Annonce de la la “disparition” de 3 000 cartes de travailleurs pour le STO en condamnation à mort Allemagne. de Marcel Brossier, Début 1944, les occupants, sur le qui-vive, accentuent leur premier fusillé de la Résistance à Rennes. répression. Ils reçoivent le concours de la Milice et de tous les partis collaborateurs qui ont pignon sur rue à Rennes. Le 8 juin, 32 résistants, dont 9 Républicains espagnols, sont fusillés au Colombier. Parmi eux, Maurice Prestaut, chef de Défense de la France pour la Bretagne. Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, la Milice assassine Gaëtan Hervé, secrétaire général de la mairie, Louis Volclair, libraire, Pierre Lemoine, Félix Ollivier, et blesse Oscar Leroux, adjoint au maire. À la veille de la Libération, la Résistance ne peut empêcher deux derniers convois de déportés de partir pour l’Allemagne. Dans l’un d’eux, Mme Tanguy et sa fille Paulette… 14 — —
  16. 16. ■Condamnées-libérées-déportées Dans une quête historique liée à la déportation de sa grande tante, le Rennais Yves Boivin a retracé l’histoire de 245 femmes, jugées et condamnées pour activités communistes par les Sections spéciales, regroupées à la Centrale des femmes, et, à peine libérées par les autorités françaises, remises à l’occupant puis déportées. Trois convois, numéros 339, 350, 362, au départ de Rennes, les emmènent à Romainville puis Ravensbrück, les 5 avril, 2 et 16 mai 1944. Parmi elles, Lise London et… Raymonde Tillon, la future femme de Charles Tillon. Dans J’écris ton nom Liberté, elle raconte d’ailleurs une révolte survenue dans la prison. Dans cette prison, le 11 novembre 1942, des surveillantes portant la cocarde tricolore manifestent à leur façon. Ce geste sera renouvelé les 14 juillet et 11 novembre 1943. ■ L’adieu de Maurice Prestaut Dans ses souvenirs de Ravensbrück, M me Elie l’épicière résistante rennaise a raconté les derniers moments de Maurice Prestaut à la prison, avant qu’il soit fusillé, comme 31 autres camarades résistants, le 8 juin au Colombier. Chef régional de Défense de la France, Maurice Prestaut avait été arrêté le 10 mai 44, rue de Chateaudun, après avoir tué un milicien et en avoir blessé un autre. “ Le 6 juin 44, Maurice, après qu’il se fut un peu remis des ■Un an après la plaine de Baud... actes de torture, avait essayé de me trouver dans une des cellules, en appelant partout le prophète. Quelle émotion de retrouver sa voix, une voix de chef qui avait tout de Un an après le carnage allemand de la plaine de Baud, deux suite fait impression sur nous toutes. Alors, il me disait rassemblements sont prévus au cimetière de l’Est les 15 et qu’il était condamné à mort pour avoir tué deux miliciens 17 juin 1941 pour marquer ce triste anniversaire. Au-delà du pour se défendre, qu’il ne regrettait rien, seulement d’être souvenir et de l’hommage, il s’agit de manifester contre l’occupant fusillé au lieu de mourir au combat final, que nous serions et le régime de Vichy. Le 11 juin, le préfet adresse une circulaire tous sauvés très bientôt et que personnellement, mes aux maires du département : enfants étaient à l’abri. Il me dit un adieu que je n’oublierai jamais. Le 8 juin, au matin, nous étions “L’obéissance stricte au Maréchal reste notre seule chance de salut. réveillés par la Marseillaise chantée à pleins poumons, Je vous prie d’inviter de façon insistante la population à s’abstenir de Mourir pour la Patrie, et l’Internationale. Durant une tout rassemblement et de toute manifestation d’où pourraient minute, nous avions cru que les Alliés étaient tout près et désormais résulter des incidents graves avec les forces d’occupation et que les FFI commençaient déjà à venir nous délivrer. Hélas, des mesures sévères de répression auxquelles il me serait impossible nous avons entendu tourner les moteurs des camions et de faire obstacle”. En l’absence de réponse du maire de Rennes, le tout s’est tu. Le lendemain, la prison était triste. Personne préfet ordonne la fermeture du cimetière de l’Est les 15 et 17 et ne parlait plus aux fenêtres, ne chantait plus parmi les réitère ses interdictions. Les Rennais manifestent malgré tout hommes. Dans presque toutes les cellules, il manquait un pendant les deux jours. Le préfet décide de suspendre l’inspecteur de ami, un patriote “. sûreté de la police municipale de Rennes pour “refus d’obéissance”. (on peut lire ce texte sur le site www.liberation.rennes.fr) (In “Parenthèses” de Germain Gérard). 15 — —
  17. 17. 4 Rennes sous les bombes Déjà terriblement meurtrie par le bombardement allemand du 17 juin 1940, Rennes va souffrir des bombardements alliés. Du 18 février 1943 au 9 juillet 1944, treize raids font près de 655 morts et des dégâts considérables. Lâchées par les for- teresses volantes américaines, les bombes tombent souvent loin de leurs cibles (militaires, gare SNCF, ou dépôt de la Kriegsmarine route de Lorient). Rennes est victime d’autres bombardements, terrestres ceux-là, 8 mars 1943. au fur et à mesure que les Américains approchent de Rennes. Le centre de Rennes Deux vagues d’obus s’abattent sur la ville le 17 juillet 1944 tuant bombardé par les Américains : près de 123 personnes dont 98 à l’hôpital psychiatrique Saint-Méen. Le 300 morts. 31 juillet, la plaine de Baud est visée. Le 1er août, nouvelle salve qui touche le quartier Nord-Est, puis le 2 août à partir de 17 h et pendant une partie de la nuit. La population restée dans la cité se terre dans les abris. Les canons sont disposés à Maison- Blanche, près de Betton, où les forces américaines sont bloquées par les Allemands. Au total, les bombardements détruisent 500 immeubles et en endommagent près de 4 500. La ville paie un coût élevé pour la liberté. — — 16
  18. 18. 17 — —
  19. 19. 4 Rennes sous les bombes 11 mars 1943. Obsèques des victimes du bombardement du 8 mars. ■8 mars et 29 mai 1943 : la terreur Le premier gros bombardement allié frappe Rennes le 8 mars. Objectifs des B17 ou B 24 américains de la 8 e US Air Force : les voies ferrées et la gare de triage SNCF. 14 h 30 : 385 bombes sont larguées du ciel durant 6 minutes. Mais celles-ci atteignent surtout le quartier Saint-Hélier et le champ de foire (actuelle esplanade Charles de Gaulle) où la fête foraine bat son plein. 274 civils sont tués, 172 sont blessés. Deux entreprises sont laminées : la brasserie Graff rue Saint-Hélier et l’Économique. 137 immeubles sont détruits, 2 568 sont endommagés. Le 11 mars, des obsèques solennelles sont célébrées à la cathédrale, présidée par Mgr Roques. Sur la route du cimetière, le convoi s’arrête place de la mairie (rebaptisée place Pétain) où Pierre Cathala, secrétaire d’État à l’Économie nationale du gouvernement de Vichy prend la parole. La propagande allemande se sert du drame pour monter l’opinion contre les “Anglo-américains” Nouvelle terreur le 29 mai 1943, à 16 h. Les objectifs du raid allié (britannique et américain) sont militaires et visent particulièrement le dépôt de la Kriegsmarine route de Lorient. Mais les unités alliées, désorganisées par une attaque de la Luftwaffe sur la Manche, loupent leurs cibles. Le quartier Nord-Saint-Martin est l’épicentre du séisme qui dure de 5 à 6 minutes Le bilan est lourd : 195 morts, 188 blessés, 300 immeubles détruits, 1 700 endommagés. 450 bombes ont été larguées. À l’issue de ce bombardement, décision est prise de faire évacuer la population scolaire de Rennes dans la campagne. 18 — —
  20. 20. ■L’Économique détruit... ■La vague post-débarquement La société “ L’Économique “, société de Après le Débarquement, les opérations aériennes alliées s’intensifient. Objectif : distribution alimentaire du département, va couper toutes les liaisons notamment ferroviaires pour empêcher les payer un lourd tribut à la guerre. Dès le début Allemands de renforcer le front normand. Après Fougères (le centre-ville de l’Occupation, elle subit les réquisitions détruit à 80 %), Rennes est visé. Le 9 juin, entre 3 h et 4 h du matin, un raid allemandes (9/10e de ses stocks). Le 8 mars fait 107 tués. Le 12 juin, nouveau bombardement entre 12 h 30 et 13 h 30. 1943, l’épicerie est au cœur du cyclone, rue Mgr L’hospice de Pontchaillou est touché : 70 morts. Le 18 juin : un Duchesne, en plein quartier Saint-Hélier. Située bombardement affecte, vers 10 h, le quartier Alma-pont de Châtillon-rue de La près de la voie ferrée, l’entreprise est détruite. Motte-Picquet. Puis à partir de 15h 30, quatre autres alertes ont lieu pendant Les membres de la Défense passive vont retirer trois heures. Des bombes tombent sur Saint-Laurent et l’hippodrome. Le 5 des gravats, situés dans les caves qui servaient juillet, des avions surgissent au-dessus de la plaine de Baud, larguant d’abris, les corps calcinés de 71 employés. quelques bombes et mitraillant. Le 9 juillet, vers 9 h, un nouveau Chaque année, une cérémonie commémorant bombardement plaine de Baud ne fait pas de victimes. Le cimetière de l’Est cette tragédie a lieu au cimetière de l’Est. est touché. 19 — —
  21. 21. 5 4 août 1944 : Rennes libérée ! 2o — —
  22. 22. Le 4 août 1944, au milieu de la matinée, les premiers véhicules des libérateurs américains, éléments de la 4e DB du général Wood, surgissent place de la mairie de Rennes. Petit à petit, la foule grossit. La liesse s’installe. Rennes est libérée. Mais que de tensions avant ce moment tant espéré. Il y a bien sûr les bombardements alliés qui meurtrissent la ville, remplissent les abris tout en rappelant l’imminence de la Libération. Il y a aussi la répression des occupants et de leurs complices de la Milice française, particulièrement depuis le Débarquement de Normandie, le 6 juin. Ainsi, dès le 7 juin, 12 personnalités dont Yves Milon le futur maire de Rennes, sont prises en otage et internées dans la “fameuse baraque 14” du camp Margueritte. Le 8 juin, 32 patriotes sont fusillés au Colombier. La Résistance prépare la Libération mais prend des risques. Le 14 juillet, quatre patriotes sont tués par les Allemands à Vern-sur-Seiche. Et puis enfin et surtout la marche des Américains bloquée depuis le 2 août à Maison-Blanche, à Betton, aux portes de Rennes, par la DCA alle- mande. La bataille fait rage et des victimes de part et d’autre. Le verrou allemand finit par sauter dans la nuit du 3 au 4 août et les soldats du général Wood font leur entrée dans la ville. 4 août 1944. Rue d’Orléans, les Rennaises accueillent les libérateurs américains. 21 — —
  23. 23. 5 4 août 1944 : Rennes libérée ! 4 août 1944. Jean Marin, la “Voix de la France libre” à Londres, est porté en triomphe quai Lamartine. En mairie et en préfecture, tout est en place pour accueillir les libérateurs. Depuis la veille, le “ménage” a été fait, avec les démissions du préfet et du maire pétainiste Patay, qui avait suc- cédé à François Château, finalement révoqué par Vichy. Cette transition, suivie de l’affirmation de l’autorité française, avait été préparée par le comité départemental de libération présidée par Ernest Kérambrun. Le 19 mai, Victor Le Gorgeu, le nouveau préfet, était arrivé clandestinement à Rennes. C’est lui qui, le 4 août au matin, accueille les libérateurs avec Yves Milon . Les réjouissances commencent alors sur la place de la mairie. Mais deux ombres ternissent ce tableau. Tout d’abord, les Allemands ont fait sauter un grand nombre de ponts avant de s’enfuir. Heureusement, grâce au sang-froid de deux Rennais, le pont Legraverend et surtout un central téléphonique n’explo- sent pas comme prévu. Seconde ombre : le départ, dans la nuit, d’un ultime convoi de déportés, appelé le “train de Langeais”. 22 — —
  24. 24. ■ La bataille de Maison-Blanche ■Lefailli sauter la Tour château de a Le premier août 1944, une partie des forces américaines de la 4 e DB du général Wood fonce vers Rennes, sur la route d’Antrain. C’est un épisode peu connu de la Libération de Rennes. Mais en début d’après-midi, elle est stoppée à Maison-Blanche, Un vieil hôtel rennais, le château de la Tour, alors situé en Betton, par la Flak, la DCA allemande. En quelques minutes, tout près de la chapelle Saint-Yves, entre la rue Saint- les canons de 88 mm allemands détruisent une dizaine de chars Yves et le quai Duguay-Trouin, avait été transformé par américains et plusieurs véhicules blindés. Une cinquantaine de les Allemands en central téléphonique et de radio. Juste soldats américains est tuée. La bataille va durer trois jours, à avant de quitter Rennes, ceux-ci avaient bourré les lieux Maison-Blanche mais aussi à Saint-Laurent. d’explosifs. S’ils avaient fonctionné, les dégâts humains et 6 000 obus vont être tirés. L’aviation alliée pilonne les positions matériels auraient été considérables. Mais le sang-froid de allemandes. deux riverains du quartier, François Mahuas et Pierre Parthenay, empêcha le drame. Tous deux observaient le Le 3 août dans l’après-midi, les Allemands commencent à céder comportement des Allemands cette nuit-là. En les voyant le terrain. Leurs pertes sont aussi importantes : 60 tués, 130 subitement s’enfuir du château, ils comprirent le danger. blessés. Pendant ce temps, la 4e DB de Wood contourne Rennes par Arrivés sur place, ils constatèrent qu’un feu avait l’Ouest et libère Bain-de-Bretagne. Dans la nuit du 3 au 4 août, le démarré. Membre de la Défense passive, François Mahuas verrou allemand de Maison-Blanche saute définitivement. alla vite quérir un extincteur dans l’ancienne chapelle et La voie est libre pour les libérateurs qui filent vers Rennes. arriva à maîtriser le sinistre. ■ Un jour de liesse Le vendredi matin 4 août, les Américains entrent dans une ville vidée d’une partie de sa population. Les bombardements des jours précédents ont poussé les forces américaines et a été accueilli par Victor Le Gorgeu, Rennais vers la campagne. Mais très vite, le peuple rennais commissaire de la République. retrouve sa ville et la place de la mairie, à l’arrivée des jeeps Les groupes de résistance, qui ont préparé la Libération par et blindés alliés. Au fil de la journée, la foule grandit et la des sabotages, s’affichent avec les brassards FFI. Doyen de liesse s’installe. Les libérateurs américains sont fêtés par la la faculté des sciences, Yves Milon est installé à la tête de la population. On danse en farandole devant le Théâtre. En face, Délégation spéciale (autorité communale provisoire) et dans les locaux de la mairie, le nouveau pouvoir, installé la deviendra peu après maire de Rennes. Juché sur une veille, accueille les militaires. Le balcon de l’hôtel de ville est camionnette américaine, il s’adresse à la foule. Jean Marin, la orné de drapeaux français et américains. Le colonel de “voix de la France” à Londres, est porté en triomphe sur les Chevigné, commandant la Xe région, est entré en ville avant les quais. 23 — —
  25. 25. 6 Reconstruire Quand Rennes commence à se relever de la guerre, celle- ci continue encore. Et la vie quotidienne, une fois l’euphorie de la Libération passée, reste difficile. Au niveau du ravitaillement, les cartes de rationnement existeront encore jusqu’en 1949. En juillet 1945, près de 20 000 ménagères manifesteront à Rennes. L’inégalité avec la région parisienne est dénoncée. La question du logement est tout aussi cruciale. Près de 500 immeubles ont été détruits, plus de 4 000 ont été endommagés. Il faudra plus d’une dizaine d’années pour faire oublier les stigmates de la guerre. Les lendemains de guerre, c’est aussi l’épuration judiciaire. Rennes est le siège de la chambre civique et de la cour de jus- tice. La première va juger 1 046 personnes, la seconde 474. Et puis au printemps 1945, c’est le début du retour des dépor- tés des camps de concentration, pour ceux qui ont la chance de revenir. Après le 8 mai, la gare de Rennes livre son flot de pri- sonniers de guerre. Un comité d’accueil les attend place du Sur le chantier de construction Champ de Mars. Pour des soins médicaux, pour un accompa- des maisons Castors, dans gnement moral. Puis c’est la dernière “ vague “ de retours de les années cinquante, dans déportés. le quartier Sud-Gare. Bientôt se greffera aussi un autre problème, celui des prison- niers de guerre allemands. Au premier juin 1945, leur nombre avoisinera les 65 000. Ils sont regroupés dans trois camps ren- nais : camps de la Marne et de Verdun et un secteur santé à la Prévalaye. Par ailleurs, 700 internés administratifs seront placés au camp Margueritte. Il faudra du temps, beaucoup de temps, pour oublier les années noires. La page commence à être tournée vraiment au milieu des années 50. — — 24
  26. 26. ■ Panser les plaies ■La réconciliation franco-allemande En 1945, après le retour des prisonniers de guerre français, Il faut attendre le milieu des années 50 pour voir s’amorcer les des déportés survivants (269 d’Ille-et-Vilaine rentrent au premiers échanges franco-allemands, de type universitaire. Les pays sur les 606 déportés), il faut faire le deuil de tous les étudiants de médecine rennais vont ainsi se lier avec leurs disparus et puis faire justice. homologues de Kiel. Puis des liens se tissent avec Erlangen qui aboutissent au jumelage de 1964. Depuis, l’amitié entre Après l’épuration sauvage (quelques cas de tonte de femmes à les deux cités ne s’est jamais démentie. Elle a contribué à Rennes), vient le temps de l’épuration judiciaire. “À la date l’essor de l’esprit européen. du 12 mars 1946, écrit Jacqueline Sainclivier dans la “Bretagne de 1939 à nos jours” (éditions Ouest-France), les ■Construire des logements chambres civiques du ressort du commissariat de la République de Rennes ont instruit 2 261 dossiers dont 14 % ont entraîné un acquittement, 21,36 % une peine d’indignité nationale”. La cour de justice de Rennes a prononcé sur les 267 cas Outre le problème du ravitaillement, celui du logement est traités à cette même date, 34 peines de mort, 16 peines crucial au lendemain de la guerre. Selon une étude, “45 % des de travaux forcés à perpétuité et 89 peines d’éligibilité. logements rennais disposent de l’eau courante, 69 % du gaz”. Les deux instances ont une activité qui rayonne sur la Et encore cela est-il valable pour les habitants qui ont trouvé Bretagne. Enfin, dernier aspect de la guerre et non des de quoi se loger. Devant la pénurie, on s’organise. C’est le cas moindres finalement, le traitement des prisonniers de guerre du mouvement des Castors, lancé en 1946. Il faudra attendre allemands. Deux camps et le site de la Prévalaye ont hébergé toutefois 1953 pour qu’une antenne rennaise se lance. C’est jusqu’à 65 000 soldats de l’armée défaite, dans des conditions alors l’édification du fameux village dans le sud-gare. Toute que l’on connaît au lendemain de la Libération (difficultés de une aventure d’auto-construction de 170 maisons relatée par ravitaillement) etc. l’un de ses acteurs, Henri Leborgne dans son livre “Les Castors rennais, une aventure humaine de solidarité et de fraternité”. 25 — —
  27. 27. 1944 - 2004 60 ans après, Rennes se souvient Chronologie des manifestations qui ont marqué, pendant l’année 2004 et même un peu au-delà, la célébration du 60e anniversaire de la libération de Rennes. Un intense travail de mémoire qui a mobilisé toutes les générations de Rennais. 2003 seront jusqu’à 65 000) après la guerre. La soirée s’ap- puie sur l’important travail de recherches d’un groupe Jean-Claude Camors de l’Université du temps libre de Rennes, animé par 12 octobre. Dans la rue du quartier Saint-Martin Maxime Le Poulichet, et est illustrée par la projection qui porte son nom, associations patriotiques, Office d’un documentaire de la chaîne allemande ZDF. des anciens combattants et Ville de Rennes rendent Cimetière de l’Est hommage au résistant Jean-Claude Camors, assassiné par la police, rue du Pré-Botté. Jean-Claude Camors 8 mars. Au cimetière de l’Est, comme tous les ans, animait le réseau Bordeaux-Loupiac (récupération commémoration du bombardement qui détruisit l’É- d’aviateurs alliés). conomique et tua 71 employés. 1 Fusillés Espagnols 30 décembre. Le 30 décembre 1942, 25 patriotes sont 17 et 18 avril. La Maison de quartier Francisco- fusillés par les Allemands, sur le stand de tir de La Ferrer accueille l’exposition “La contribución de los Maltière en Saint-Jacques-de-la-Lande. Chaque année republicanos españoles de 1935 a 1945”, mise sur à cette date, une commémoration leur rend hommage. pied par le Centre culturel espagnol de Rennes. Une vingtaine de panneaux raconte l’exode des Républicains et leur engagement dans la Résistance. 2004 Théâtre Prisonniers allemands 20 avril. La compagnie professionnelle de théâtre 11 février. Conférence-débat, à l’Esat de Cesson- Patrick Cosnet présente pour la première fois à Sévigné, sur la question des prisonniers allemands Rennes sa pièce “Deux vies bouleversées”. Celle-ci incarcérés pendant quelques années à Rennes (ils retrace la déportation de jeunes juives à Auschwitz. 26 — —
  28. 28. 1 2 3 L’une, Etty Hillesum, hollandaise, est écrivain et durant la première guerre mondiale ont été repeintes. bénévole dans un camp de transit pour les juifs ; la Tout comme les 690 noms des jeunes tués lors de la seconde, Anita Lasker, allemande, est violoncelliste. seconde guerre mondiale et durant les campagnes Etty Hillesum mourra à Auschwitz. Anita survivra d’Indochine et d’Algérie. Ils bénéficient désormais grâce à la musique car elle appartiendra à l’orchestre d’un nouvel éclairage qui met également en lumière féminin du camp. La pièce est jouée dans plusieurs la toile de 26 m de long de l’artiste Camille Godet. collèges les 22, 23 et 30 avril, avec débats en pré- 2-3 Bornes sence de Violette Jacquet, déportée à Auschwitz, violoniste, membre du même orchestre qu’Anita 13 mai. À partir de 1946, pour marquer l’itinéraire Lasker. Ces représentations ont été permises par un de la IIIe armée de Patton, appelée voie de la partenariat Cie Cosnet-Ville de Rennes-Cercle Paul Liberté, de Cherbourg à Bastogne, des bornes de Bert-Fédération des œuvres laïques- rectorat d’aca- 600 kg en pierre blanche ont été posées tout au démie et office national des anciens combattants. long du chemin. Ce 13 mai 2004, des délégations d’élèves de 3e de sept collèges rennais (Hautes- Déportation Ourmes, La Motte-Brûlon, Saint-Vincent, Zola, 27 avril. À l’occasion de la Journée nationale de la Saint-Hélier, Le Landry, Laennec-Robidou) ont déportation, cérémonie en présence de nombreux “parrainé” ces bornes, au cours d’une brève céré- jeunes devant le Mémorial du Colombier. monie sur le site. Devant la borne des Hautes- Ourmes, en présence Jeannine Huon et Mireille Capitulation Massot, élues municipales, le général Keller, prési- 8 mai. C’est dans un Panthéon rénové qu’a lieu la dent du Souvenir Français a expliqué aux jeunes commémoration du 59e anniversaire de la capitulation présents que ces “bornes sont là pour rappeler au nazie. Les lettres, inscrites dans le marbre, des 936 passant les souffrances du peuple opprimé et le cou- noms des enfants de Rennes morts pour la Patrie rage de ses libérateurs”. 27 — —
  29. 29. 1944 - 2004 60 ans après, Rennes se souvient 5 6 4 Concours 4 Train 19 mai. Remise des prix aux lauréats du concours sco- 4 juin. Accueil en gare de Rennes du Train de la laire de la Résistance et de la déportation, à Saint- France Libre, proposé par la Fondation de la France Malo, avec représentation de “Deux vies bouleversées”. Libre. Cette exposition itinérante est aussi le théâtre d’expositions et d’échanges avec des historiens et Tanguy-Prigent des acteurs de l’époque. 25 mai. Conférence, à l’Hôtel de ville, sur “François Prisons Tanguy-Prigent, paysan-résistant-ministre” par Christian Bougeard, professeur d’histoire contemporaine 4 juin. Double cérémonie devant les prisons rennaises à l’Université de Bretagne occidentale (voir annexes). où les résistants ont été détenus : la centrale péni- tentiaire des femmes (245 femmes communistes de Willy Brandt la France y seront gardées avant d’être déportées) et 1er juin. Conférence, à l’Hôtel de ville, sur l’ex-chan- la maison d’arrêt Jacques-Cartier, aussi lieu de tor- celier allemand social-démocrate dont Mme Véronika tures. Devant chacun des établissements, un dépôt de Isenberg, son ancienne conseillère, évoque l’action gerbe a été effectué par les autorités pénitentiaires. d’homme d’État (voir annexes). 5-6 Mémoire Cheminots 4 juin. Place Bir-Hakeim, hommage aux résistants 3 juin. Évocation de la résistance cheminote à du quartier sud-gare, en présence des scolaires du l’auditorium du lycée Sainte-Geneviève, avec une quartier qui ont participé à un travail de mémoire. table ronde animée par Yves Rannou réunissant Cette initiative, due au conseil de quartier, en lien des témoins de l’époque. Les échanges avaient été avec le comité de pilotage des cérémonies du 60e précédés par la projection du film “La bataille du anniversaire piloté par Jeannine Huon, est notam- rail”. ment marquée par l’érection d’un mur symbolique 28 — —
  30. 30. 8 7 9 composé de 38 plaques de noms de résistants, Quico, ancien guérillero. Puis l’historien et écrivain déportés ou victimes de la seconde guerre mondiale. espagnol Francisco Espinosa donne, avec la participa- Des poèmes ou textes ont été lus par des élèves. Guy tion de Gabrielle Garcia, une conférence sur le thème : Faisant a rendu hommage à la mémoire de son com- “La Mémoire rétablie des Républicains espagnols”. pagnon de déportation Pascal Lafaye. Cette émou- vante cérémonie s’est terminée par un bal populaire Du 8 au 18 juin, le péristyle sud de la mairie dans la maison de quartier. accueille une exposition sur le thème : “De Rennes à Saint-Malo, les Républicains espagnols”. Premières 7 Débarquement victimes de l’occupant nazi, prisonniers et déportés, 6 juin. Un dépôt de gerbes au monument aux morts beaucoup d’entre eux ont payé au prix fort, leur marque le 60e anniversaire du D Day. À noter que ce engagement pour la libération de la France. fameux 6 juin 1944, devait se tenir, dans un hôtel 9 Veillée rennais, une réunion au sommet des autorités mili- taires allemandes du grand Ouest, censée évoquer les 8 juin. Veillée du 60e anniversaire de la Libération, parades possibles à un débarquement en Normandie... halle Martenot, en présence de 130 personnes. Si Ce Kriegspiel fut évidemment annulé en urgence ! la grande foule n’était pas au rendez-vous, en revanche, beaucoup de paroles ont surgi sur ces 8 Espagnols années troublées et troublantes. Cette soirée a été 7 et 8 juin. Évocation, à la Maison Internationale de permis par un partenariat Ouest-France, France- Rennes (Mir), du rôle des réfugiés Républicains espa- Bleu-Armorique, Ville de Rennes, TV-Rennes, gnols dans la Résistance. Une table ronde réunit Julian Mémorial de Caen. Les deux intervenants étaient Antonio Ramirez, ancien directeur de “Radio Paris” en Emmanuel Thiebot, du Mémorial, et Christian espagnol, Dolorès Cabra, présidente de l’association Bougeard, professeur d’histoire contemporaine à “Archivos de guerra y exilio”, Francisco Martinez dit l’Université de Bretagne occidentale. Ce même jour, 29 — —
  31. 31. 1944 - 2004 60 ans après, Rennes se souvient 10 11 12 Ouest-France lançait à Rennes, rue du Pré-Botté, participé à un “Parcours de mémoire” sur la Voie de son hors-série “L’Ille-et-Vilaine en guerre”. la Liberté, avec le concours de l’Usep (union sportive de l’enseignement du premier degré). Les écoles : Colombier Mauconseil, Robert Doisneau, Ille, Jules-Ferry, Jean- 8 juin. Commémoration de l’exécution de 32 Zay, Pablo Picasso, Louise Michel et Jules Isaac. patriotes caserne du Colombier. Parmi ces 32 fusillés, “Train de la Reconnaissance” neuf Républicains espagnols dont Pedro Flores, auteur d’un attentat dans un cinéma et Maurice Prestaut, Du 25 juin au 31 août. Grâce à Joël David (Ville de chef régional du mouvement Défense de la France. Rennes), une exposition raconte, durant tout l’été Une importante délégation espagnole est représentée. à l’Institut franco-américain, l’histoire étonnante du “Train de la reconnaissance”. En 1947, un train de 10 Femmes l’amitié comportant 700 wagons remplis de vête- 17 juin. Conférence, à l’Hôtel de ville, sur “Le rôle ments et de médicaments quitte les États-Unis pour des femmes en Bretagne durant la seconde guerre l’Europe. Son contenu est le fruit d’une collecte mondiale : vie quotidienne, résistances” par organisée au titre de la solidarité à l’égard d’une Jacqueline Sainclivier, professeur d’histoire contem- population éprouvée par la guerre. En retour, pour poraine à l’Université de Rennes-2 (voir annexes). manifester sa reconnaissance envers ses libérateurs, la France envoie un train de 48 wagons (un par État 11 Appel des USA) remplis de cadeaux faits par les habitants. 18 juin. Commémoration de l’Appel du général de Au nom de la Ville de Rennes, le maire Yves Milon Gaulle. offre une borne de la Liberté remplie de terre de Rennes. Le 14 janvier 1949, le train installé sur le Parcours Magellan (navire charbonnier) quitte Le Havre. 18 juin. Plusieurs écoles élémentaires rennaises ont 200 000 personnes l’accueillent à New-York. 3o — —
  32. 32. 14 13 15 Film 13-14 Tony Vaccaro Du 26 juin au 29 août. Le musée de Bretagne dif- Du 12 juillet au 31 août. Tony Vaccaro était à la fuse tous les jours un documentaire d’archives sur fois GI et photographe. Incorporé dans la IIIe armée “La Libération de Rennes”. de Patton, Tony Vaccaro a pris des milliers de clichés de la guerre, depuis le débarquement jusqu’à la capi- 12 “Cicatrices de guerre” tulation allemande, outre-Rhin. La photo embléma- Du 25 juin au 31 août. Des photos de Rennes tou- tique d’un soldat américain à genoux embrassant chée par la guerre, entre1940 et 1944, montrées sur une petite fille, c’est lui. La scène s’est passée à les lieux mêmes de ces “cicatrices de guerre” : Saint Briac. Elle a fait le tour du monde. Pendant avenue Janvier, les quais, la Gare, le Colombier, l’été, 80 de ses clichés sont présentés dans la gale- square de Kergus, lycée Émile-Zola, place Pasteur, rie du Parlement de Bretagne, grâce à la complicité passerelle et place Saint-Germain, place de la d’Éric Beaty, de l’Institut franco-américain. Des République et place de la Mission. Exposition réali- photos édifiantes tirées de son livre “Shots of war”. sée par la Ville de Rennes. 15-16-17-18 Libération Quartiers d’été 4 août. Trois temps forts marquent la commémo- Juillet. Présentation d’un documentaire réalisée par ration du 60e anniversaire de la Libération de des jeunes Rennais sur la Libération et la Résistance. Rennes, honoré de la présence de deux vétérans. D’abord un défilé d’une vingtaine de véhicules Cinéma d’époque, de Maison-Blanche à la place de la Juillet-août. Dans le cadre de “Mon été au ciné”, mairie de Rennes, grâce au concours de l’associa- projection du “Dictateur” de Charlie Chaplin (250 tion Groupe de conservation de véhicules mili- spectateurs) au parc de Maurepas et d’ “Effroyables taires. Puis la cérémonie officielle place de la jardins” de Jean Becker au Thabor (800 spectateurs). mairie, avec prise d’armes, évocation du 4 août 31 — —
  33. 33. 1944 - 2004 60 ans après, Rennes se souvient 16 17 18 1944 par les enfants des centres de loisirs, puis Maryvonne Prévot, docteur en histoire, de l’univer- lâcher de ballons. À l’issue de cette cérémonie, sité de Lille (voir annexes). Edmond Hervé rappelle dans son allocution que Honoré Commeurec “célébrer la Libération, c’est rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont fait acte de résis- 5 octobre. Conférence, à l’Hôtel de ville, sur “Honoré tance au nazisme”. D’abord en Allemagne. Le maire Commeurec, Charles Foulon et les combats des Droits de Rennes rend hommage aux grands absents de de l’homme”, par Charles-Louis Foulon, docteur en cette journée : Jean Marin et Lucien Rose, décédé histoire, de l’Institut d’études politiques de Paris un mois plus tôt. L’après-midi, au Thabor, l’en- (voir annexes). semble musical de la Région Terre Nord-Ouest et De Gaulle l’harmonie municipale donnent l’aubade, malgré la pluie. En soirée, le traditionnel bal de la Liberté, 9 novembre. Dévoilement d’une plaque au 10, rue aux couleurs des années 44, animé par l’orchestre de Robien. La maison abrita, durant ses études, de Gil Eckenschwiller, clôt cette journée intense Geneviève Anthonioz-de-Gaulle, résistante et dépor- en émotions. tée. Elle fut aussi le lieu d’interrogatoire de la police allemande (SD) et la résidence du maire de Rennes Provence de la Libération, Yves Milon. 15 août. Un dépôt de gerbes au monument aux morts Strasbourg commémore le 60e anniversaire du Débarquement en Provence. 23 novembre. Un dépôt de gerbes au monument aux morts marque le 60e anniversaire de la libéra- Alain Savary tion de la capitale alsacienne par la Division Leclerc. 23 septembre. Conférence, à l’Hôtel de ville, sur “Alain Savary : itinéraire d’un Français libre”, par 32 — —
  34. 34. 21 19 20 22 Héritage sage de paix et d’espérance. À noter l’émouvant 30 novembre. Conférence, à l’Hôtel de ville, sur témoignage de Simone Alizon qui, avec sa sœur “L’héritage de la Résistance dans la France d’au- Marie, s’est engagée dans la Résistance. Ces deux filles jourd’hui “ par Stéphane Hessel, ambassadeur de d’hôteliers rennais furent déportées à Auschwitz. France (voir annexes). Marie n’en reviendra pas. Simone Alizon a publié un livre sur cette période : “L’exercice de vivre” (Stock). Un hommage lui est rendu le 7 mai 2005 à Rennes. 2005 21-22 Fin Théâtre 8 mai. 60e anniversaire de la fin de la guerre en 11 mars. Dans le cadre de “Quartiers en scène”, Europe. Comme le veut la tradition, le 8 mai est nouvelle représentation, à la maison de quartier commémoré, place de la mairie à Rennes, par un de Villejean, de “Deux vies bouleversées” (voir plus défilé, remise de décorations, puis discours à l’Hôtel haut), et débat avec Guy Le Corre, Guy Faisant et de ville. Simone Alizon, à qui on a rendu hommage Violette Jacquet. la veille, dans une rue qui porte son nom ainsi que celui de la sœur, dédicace son ouvrage. 19-20 Témoignages Espagnols 12 avril. Trois cents lycéens rennais assistent, à l’Hôtel de ville, à une table ronde sur la résistance et Automne. Parution du livre “La mémoire retrouvée la déportation, réunissant : Simone Alizon, Jean des Républicains espagnols, paroles d’exilés en Ille- Torrès, juif de Gironde, déporté “Papon” et rescapé et-Vilaine”, cosigné par les Rennaises Gabrielle Garcia d’Auschwitz, Guy Faisant, résistant et déporté rennais et Isabelle Matas. Avec le soutien de plusieur parte- et Pierre Demalvilain, jeune résistant malouin. Durant naires dont la Ville de Rennes et le Centre culturel deux heures, ces quatre témoins font passer un mes- espagnol de Rennes et sa commission “Mémoires”. 33 — —
  35. 35. Annexe 1 Discours d’Edmond Hervé, maire de Rennes 4 août 2004 lors de la réception Notre première pensée va aux personnes qui y ont fait le sacrifice de leur vie, qui ont été blessées, qui y ont laissé en l’honneur du une part de leur jeunesse. Notre reconnaissance leur est 60e anniversaire de la due, ainsi qu’à leur famille. libération de la ville Nous aurons ce matin une pensée particulière pour notre ami Lucien Rose qui nous a quittés : aux siens, nous redi- sons notre affection. Le 26 juillet, nous l’avons conduit à sa dernière demeure, dans le petit cimetière de Laissaud, en Savoie. La Résistance fut sa lumière et son identité : la Ville de Rennes lui rendra un hommage officiel à la ren- trée. Comme tous ses camarades, il a su nous dire ce que fut la Libération. À Rennes, comme ailleurs, nous gardons de ce jour des images de fête, celles d’un peuple en liesse. Ces images sont vraies, mais ne laissons pas croire que la Libération fut une promenade : le temps qu’il fallut à nos libérateurs pour arriver à Rennes en est la preuve, les combats de Maison Blanche l’illustrent. Il fallut près de deux mois aux hommes de Patton et de Wood pour arriver ici : Coutances ne fut libérée que le 28 juillet, la meurtrière percée d’Avranches ne réussit que le 30 juillet, après la fameuse opération Cobra. Tout comme il fallut plusieurs semaines au 25e Corps d’Armée allemand, stationné en Bretagne, pour rejoindre Saint-Lô et la Normandie. La Libération ce fut la guerre, la violence et du temps : la poche de Lorient, tout comme Royan, ne fut libérée qu’au printemps 1945. C’est à ce moment-là que les prisonniers revinrent. Au temps de la Libération succéda celui de la reconstruction avec sa part d’enthousiasme, mais aussi de restriction et de traumatisme. Célébrer la libération de Rennes c’est également rendre hommage à toutes celles et à tous ceux qui se sont mobi- lisés pour la victoire. Ils ont été nombreux, venant de divers continents. Monsieur le Consul des États-Unis, je vous ai souvent dit la gratitude du peuple français pour le peuple américain : voyez dans cette période que nous commémorons la source d’une indéfectible amitié. Nous sommes heureux de retrouver Terry Matthews-Desaint et sa délégation représentant le maire et la Ville de Rochester. Je salue à nouveau John Kellas et Melving Gehring, vétérans de l’armée américaine. Madame le Maire 34 — —
  36. 36. d’Exeter, nous nous réjouissons de votre présence : la d’Allemands ont été incarcérés dans les prisons nazies[4]. France n’oublie pas que pendant toutes ces années dra- - En 1933, on estime que 60 000 communistes allemands matiques, Londres a accueilli le général de Gaulle et la auraient été emprisonnés, 2 000 auraient été exécutés. France Libre. Vous avez hébergé de nombreux compa- - 2 000 militants du Parti populaire bavarois se retrou- triotes, bretons notamment. Vous avez été la terre de vèrent en prison ou à Dachau (qui compta en 1944, départ du Jour J et les vôtres ont toujours fait preuve 300 prêtres catholiques allemands et autrichiens). d’une grande vaillance. - En novembre 1938, 30 000 juifs furent envoyés en camps et, suite à l’attentat du 20 juillet 1944, on estime que les Célébrer la libération de Rennes et de notre pays c’est éga- SS et la Gestapo arrêtèrent entre 5 000 et 7 000 per- lement rendre hommage à toutes celles et à tous ceux qui sonnes. ont fait acte de résistance au nazisme. Nous le devons au - En 1935, la France accueille 35 000 émigrés et exilés nom de l’égalité et de l’objectivité en nous rappelant que allemands. l’Histoire n’est jamais définitivement écrite. Pendant long- Le nazisme ce n’est pas simplement une idéologie : c’est temps, trop longtemps et encore de nos jours lorsque également une pratique et, à oublier celle-ci, on court le nous évoquons la Résistance, nous oublions la part que grand danger de voir la première triompher dans les nombre d’Allemands y ont prise. Pour courageuse qu’elle esprits. Malgré les arrestations, les précautions, il y a soit, veillons à ne pas la limiter à la tentative d’attentat toujours eu des personnes, des réseaux qui réussirent à contre Hitler le 20 juillet 1944. Les résistances à Hitler, vivre : l’esprit de démocratie, de justice, ne fut jamais différentes de la Résistance française, se manifestèrent anéanti. dès le 30 janvier 1933 lorsque l’auteur de “Mein Kampf” C’est cet esprit qui nourrit l’Europe que nous voulons. fut nommé chancelier. C’est cet esprit que j’ai trouvé lors de mes premières ren- contres avec Dietmar Hahlweg, bourgmestre d’Erlangen, Les tout premiers résistants allemands sont politiques ville d’Allemagne avec laquelle Rennes est jumelée. C’est (communistes, sociaux-démocrates, indépendants de avec des hommes de sa culture et de son idéal que la gauche), syndicalistes... Il y eut des résistants authen- réconciliation des peuples, des villes et des personnes a tiques dans les autres milieux, chrétiens, conservateurs, pu se faire. Je le revois encore, il y a plus de 20 ans, pré- militaires, ouvriers, intellectuels. Il faut se représenter ce sent devant le monument du Colombier participant à la qu’est le régime nazi pour comprendre la particularité, la cérémonie commémorative de la Libération des camps. Il diversité de ces résistances, qu’elles soient passives, idéo- y a quelques jours, il m’écrivait une très belle lettre pour logiques ou actives. Nous avons affaire à un régime tota- se réjouir des manifestations organisées pour célébrer le litaire, violent, à une dictature avec le peuple. Alors que 60e anniversaire du Débarquement. Preuve qu’il y a tou- la Résistance est sans le peuple[1]. Il lui a fallu durer 12 jours, par-delà les frontières, des hommes et des femmes, ans, sans soutien extérieur, être vécue dans la division, qui pensent et agissent pour l’humanité. comme un antipatriotisme. L’émigration commença dès Fidèles à la Libération, nous devons être citoyens actifs l’arrivée d’Hitler. Elle se poursuivit jusqu’en 1939. de la France, mais également de l’Europe et du monde. Si l’histoire des idées a son importance, la connaissance des faits a ses exigences : [1] La “SA”, milice terroriste d’État, a compté jusqu’à 3 millions - Avant l’arrivée du premier français à Dachau[2], d’adhérents, les SS étaient 200 000 en 1933. 100 000 Allemands y avaient séjourné. [2] Le 22 mars 1933 deux camps de concentration sont créés : - De 1934 à 1944, 100 000 Allemands furent condamnés Dachau et Oranienburg. à mort pour des raisons politiques ou assimilables et exé- [3] Cf Joseph Rovan “Histoire de l’Allemagne” Seuil 1999, p.688. cutés[3]. [4] Barbara Koehn “La résistance Allemande contre Hitler” 1933- - Barbara Koehn estime qu’entre 750 000 et 1,2 million 1945 PUF 2003. 35 — —
  37. 37. Annexe 2 Conférences de l’Hôtel de Ville La Ville de Rennes a 25 mai 2004 François Tanguy-Prigent organisé, à l’occasion du 60e anniversaire de la par Christian Bougeard, historien Libération, un cycle de Étonnant parcours que l’ascension d’un petit paysan du conférences consacré aux Trégor finistérien, devenu ministre de l’Agriculture du “combattants de la liberté général de Gaulle en septembre 1944. Authentique impliqués dans paysan, Tanguy-Prigent s’affirma comme militant socia- la République”. liste SFIO et militant agricole et coopératif dans les années 1930. À 25 ans, il devint le plus jeune conseiller Voici la synthèse de ces général de France, puis en 1936, le plus jeune député. En six exposés dont on peut juillet 1940, il fut l’un des quatre-vingts parlementaires retrouver l’intégralité sur refusant les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Maire de le site internet Saint-Jean-du-Doigt, il entra rapidement en résistance en jetant les bases en Bretagne du mouvement Libération- www.liberation.rennes.fr . Nord, puis de Résistance paysanne. Après la guerre, au gouvernement, il s’efforça d’amorcer la reconstruction et la modernisation de l’agriculture fran- çaise et d’y faire des réformes sociales (en faisant voter notamment, le statut du fermage et du métayage), dans une conjoncture de pénuries et de rationnement. Il devint l’une des principales personnalités socialistes de la Quatrième République, soutenant Guy Mollet dans sa poli- tique algérienne, jusqu’à la rupture provoquée par les conditions du retour au pouvoir du général de Gaulle, après le 13 mai 1958. Tanguy-Prigent rejoignit le PSA à la fin 1959, puis devint l’un des principaux dirigeants et le seul député du PSU de 1962 à 1967. Il mourut en 1970. La conférence de C. Bougeard n’a pu être mise en ligne sur le site internet, mais on peut lire l’ouvrage qu’il lui a consa- cré : “ Tanguy-Prigent, paysan ministre, Presses universi- taire de Rennes, 2002. “ 1 er juin 2004 Willy Brandt par Veronika Isenberg, ancienne collaboratrice du chancelier Dès l’âge de 20 ans, Willy Brandt a été l’homme du refus du nazisme. Elevé par un grand-père syndicaliste et socia- liste très combatif, il devint, à 16 ans, membre du SPD, le parti social-démocrate allemand, avant de rejoindre une petite formation d’extrême gauche, le SAP (parti socialiste ouvrier). Devant le danger d’arrestation, il pré- féra s’exiler en Norvège où il devint un relais très impor- 36 — —

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