Dépistage des AAA chez la femme 
(à propos des recommandations HAS 2012) 
F. Becker 
 
 
Au terme d'une longue gestation (2006‐2012) la HAS s'est prononcée sur la pertinence de la mise en 
place d'un programme de dépistage des AAA en France. La HAS recommande le dépistage unique 
ciblé opportuniste des AAA chez les hommes ayant au moins un des facteurs de risques suivants : 
‐âge compris entre 65 et 75 ans et tabagisme chronique actuel ou passé ; 
‐âge compris entre 50 et 75 ans et antécédents familiaux d’AAA. 
Le type de dépistage est bien cadré: unique (donc pas de répétition du dépistage après x années), 
ciblé (donc limité à une population définie par des facteurs de risque précis), opportuniste (donc lors 
d'un recours aux soins). Donc pas de dépistage systématique, pas de campagne de dépistage. 
La HAS insiste aussi vivement sur la prise en charge thérapeutique globale des personnes ayant été 
identifiées comme ayant un AAA. 
Le travail est certes remarquable, mais on peut s'interroger sur l'exclusion de fait des femmes de ce 
dépistage1
, même s'il n'est pas question de nier la moindre prévalence des AAA chez la femme2
 3
. 
En effet la femme a été constamment sous‐représentée dans les études de dépistage des AAA et les 
particularités de l'AAA chez la femme sont insuffisamment prises en compte quand elles ne sont pas 
tout simplement ignorées.  
 
D'abord comment a été défini un AAA dans les études épidémiologiques ? Un anévrysme est défini 
normalement comme une dilatation permanente, localisée, avec perte du parallélisme des bords, 
d’une artère dont le diamètre est augmenté d’au moins 50% par rapport à la normale. Par simplicité 
dans les études épidémiologiques, un AAA a été défini comme une dilatation localisée de l’aorte 
abdominale d’un diamètre antéro‐postérieur (AP) adventice‐adventice > 30 mm, soit une 
augmentation de 50% par rapport à un diamètre AP normal moyen de l’ordre de 20 mm ... chez 
l'homme ! Et pour cause, dans les études princeps américaine (ADAM study) anglaises (Gloucester, 
Birmingham) ou dans les études évaluant la normalité du calibre de l’aorte abdominale sous‐rénale, 
la population étudiée était exclusivement ou quasi exclusivement masculine. 
Or les artères de la femme sont en règle de plus petit calibre que celles de l'homme (tout territoire). 
Cela pose problème tant au plan de la définition d'un AAA dans les études épidémiologiques ou de 
dépistage qu'au plan du seuil d'indication opératoire. Le diamètre AP 
normal de l’aorte abdominale 
sous‐rénale, mesuré en échographie, chez le sujet de plus de 50 ans se situe entre 18 et 22 mm chez 
l’homme (moyenne : 20,1 mm, 1 ds : 3 à 6 mm), entre 16 et 18 mm chez la femme (moyenne : 17 
mm, 1 ds : 3 mm) selon les séries. Selon la définition classique d’un anévrysme, le diamètre AP seuil 
pour le diagnostic d’AAA chez la femme devrait donc être à 25 mm et non 30 mm. Un AAA de 30 mm 
AP chez la femme est l'équivalent d'un AAA de 35 mm AP chez l'homme (ratio 1.75). Un AAA de 42‐
45 mm chez la femme est l'équivalent d'un AAA de 50 mm AP chez l'homme (ratio 2.5). 
                                                            
1
 Comme les recommandations nord‐américaines (USPSTF) 
2
 Hors AAA dans le cadre de la maladie de Horton (15 à 20% des cas), de la maladie de Behcet. 
3
 L'artériomégalie, qui est en toile de fond de 20% des AAA et fait le lit de la dystrophie polyanévrysmale, est 
une dystrophie artérielle quasi exclusivement masculine (95%) 
Cet impact de la définition apparait en comparant études épidémiologiques et études autopsiques. 
Dans l'étude princeps ADAM (USA), la prévalence des AAA était de 4.3% chez l'homme vs 1% chez la 
femme; dans la plupart des études épidémiologiques le ratio homme:femme est de 4.8 à 5 pour 1. 
Mais dans les études autopsiques la différence homme vs femme s'amenuise, ainsi chez les plus de 
70 ans la prévalence des AAA est 2.25% chez la femme vs 3.6% chez l'homme. 
Enfin si l'artériomégalie est rare chez la femme, le risque d'AAA y est plus élevé chez la femme que 
chez l'homme; si les hormones féminines ont un rôle bénéfique sur la compliance artérielle, les 
dégradations de paroi sont plus marquées dans la 6ème
 et la 7ème
 décades, et les femmes qui sont 
opérées d’un AAA ont en moyenne au moins 4 à 5 ans de plus que les hommes. 
 
Les facteurs de risque de survenue d’un AAA sont les mêmes dans les deux sexes. 
Comme chez l’homme le tabagisme et les antécédents familiaux au 1er
 degré d’AAA sont au 1er
 plan 
 le tabagisme féminin est quasi égal à celui de l'homme (Le Faou et al. Tabagisme en France. Presse Médicale 
2012), à tabagisme égal les femmes semblent avoir même prévalence d’AAA que les hommes. 
 l’impact des antécédents familiaux au 1er
 degré est peut‐être plus important chez la femme que 
chez l’homme (Cronenwett. Reply to USPSTF recommendation statement on screening for AAA. Ann Intern Med 
2005). 
L’HTA est un facteur de risque 3 fois moindre que le tabagisme mais il est peut‐être plus important 
chez la femme que chez l’homme [RR lié à l’HTA pour la survenue d’un AAA > 35 mm : 2.02 chez la 
femme vs 1.61 chez l’homme in Tromsǿ study]. 
 
Concernant le tabagisme deux études publiées fin 2012 sont particulièrement intéressantes. 
 la Million Women study in the UK (Pirie  et al, Lancet oct. 2012) rapporte la prévalence et l'impact du 
tabagisme chez 1.3 million de femmes (recrutement 1996 à 2001, suivi 8 ans): en comparant 
tabagiques vs non‐tabagiques, les anévrysmes de l'aorte sont la 3ème
 cause de décès après les 
affections pulmonaires chroniques et le cancer du poumon (RR = 6.32). 
 Svensjö et al (Br J Surg, nov 2012) ont proposé un dépistage de l'AAA chez les femmes de plus de 70 
ans, 5140 ont été dépistées. Le calibre normal médian de l'aorte abdominale était de 16 mm.  Onze 
femmes avaient déjà été opérées d'un AAA (dont 5 en urgence), 1 AAA était déjà sous surveillance, 
ces 12 femmes étaient tabagiques. Par ailleurs 7 décès par rupture d'AAA étaient répertoriées. Un 
AAA > 30 mm a été découvert chez 19 femmes, 18 étaient tabagiques. Si au lieu d'utiliser la 
définition simplifiée d'un AAA (diamètre AP > 30 mm), on utilise la définition stricte (ratio > 1.5), il 
faut ajouter 30 AAA de 25 à 30 mm (16 mm *1.5 = 24 mm). Au total en limitant le dépistage aux 
femmes tabagiques et en veillant à définir un AAA par rapport au calibre normal de l'aorte de la 
femme, en prenant en compte les AAA connus, opérés ou rompus, on arrive à un taux de 4.5% 
d'AAA proche des taux chez les hommes.  
 
Risque de l'AAA chez la femme 
 le risque de rupture est 3 fois plus important chez la femme que chez l’homme et la rupture 
survient en moyenne pour une taille moindre que chez l’homme. 
 la croissance des AAA est plus rapide chez la femme que chez l'homme pour les AAA ≥ 40 mm 
 le risque opératoire est également plus élevé que chez l’homme (RR : 1.5) 
 
Au total, 
 la mesure d’un AAA chez la femme doit être faite en valeurs absolue et relative (diamètre AP de 
l’AAA / diamètre AP de l’aorte sous‐rénale normale). 
 la moindre prévalence des AAA chez la femme n’est pas un motif suffisant d’exclusion du dépistage 
et ce d’autant plus que le tabagisme féminin égale celui de l'homme et que l'impact des 
antécédents familiaux au 1er
 degré est au mieux le même. 
 
Nous n'avons pas de raison de revenir sur les recommandations de la Société Française de Médecine 
Vasculaire (J Mal Vasc 2006) quant au dépistage opportuniste4
 des AAA chez la femme ciblant 
 les femmes de 60 à 75 ans tabagiques ou hypertendues. 
 les femmes de plus de 75 ans tabagiques, sans co‐morbidité lourde et ayant une espérance de vie 
sensiblement normale pour l’âge. 
 les femmes de plus de 50 ans ayant une histoire familiale d’AAA (parents ou collatéraux au 1er
 
degré) et ce d’autant plus que plusieurs parents ou collatéraux ont été ou sont concernés ou qu’il y 
a un antécédent familial direct de rupture d’AAA. 
En cas de découverte d’un AAA de petite taille (diamètre AP >  30 mm ou ratio > 1.5, mais diamètre 
AP < 40‐45 mm), le suivi ne doit pas se limiter à la surveillance du calibre de cet AAA mais doit 
comprendre la prise en charge globale de la patiente et la réduction ou la suppression des facteurs 
de risque modifiables (tabagisme, HTA, hypercholestérolémie, obésité, broncho‐pneumopathie 
obstructive, sédentarité …). Cet objectif est de grande importance car il contribue non seulement à 
une réduction du risque cardio‐vasculaire, à une réduction du risque opératoire par une meilleure 
préparation de la patiente à cette éventualité, mais il a aussi une incidence sur la progression et le 
risque de rupture de l’AAA.  
En cas d’AAA > 40‐45 mm AP, la décision de poursuivre la surveillance ou de proposer une indication 
opératoire doit être prise de façon collégiale.  
 
 
 
Becker F., Baud J.M. Dépistage des anévrysmes de l’aorte abdominale et surveillance des petits anévrysmes de l’aorte 
abdominale : argumentaire et recommandations de la Société Française de Médecine Vasculaire. J Mal Vasc 2006, 31(5) : 
260‐76 
HAS. Pertinence de la mise en place d’un programme de dépistage des anévrismes de l’aorte abdominale en France. 
Novembre 2012 
                                                            
4
 Nous n'avons peut‐être pas assez fait attention au problème de terminologie, pas assez distinguer dépistage 
systématique et dépistage opportuniste. A l'époque, ce distinguo était encore confidentiel. 

Aaa chez la femme