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Le
VRAI MESSIE,
ou
L'ANCIEN ET LE NOUVEAU
TESTAMENT
EXAMINÉS D'APRÈS LES PRINCIPES DE LA LANGUE
DE LA NAtURE;
PAR G . OEGGER,
ANCIEN PREMIER VICAIRE DE LA CATHEDRALE DE PARIS.
Un peu de philosophie éloigne du
christianisme, beaucoup de philoso
phie y ramène.
PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE FÉLIX LOCQUW,
RUE NOtRE-DAME-DES-VICtOIRES , N° j6.
1829.
C4- yjtuyZc,
Se t rouveaussi chez .
FROMENT, Libraire, galerie Véro-Dodat, n" 8.
H. SERYIER, Libraire, rae de l'Oratoire, n° 6.
LEVAVASSEUR , Libraire , Palais-Royal. _
Alex. MESNIER , Libraire , place de la Bourse.
L'AUTEUR , barrière de l'Étoile.,pince del'Arc-de-Triomphe ,
n» 3.
LE
OH
L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TE8TAMENS
tHWISF.S d'IPKÈS LES PRINCIPES 1»K IA I.UfljCÏ
DE LA NATURE.
Abbé Guillaume OEGGER Le Vrai Messie 1829
A MONSIEUR CHARLES COQLEREL,
RÉDACTEUR DE LA REVUE PROTESTANTE.
Monsieur,
Le p résent ouvrage expliquera suffisam
ment le long silence que j'ai gardé sur la
lettre que vous avez bien voulu m'adresser
en i827, relativement à une Profession de
foigénérale de toute l'Eglise Protestante.
Il me suffira donc d'ajouter ici deux ou trois
réflexions.
En premier lieu, je crois faire une chose
utile à toutes les communions, en rappelant
l'univers au dogme de Vunité absolue de
personne , comme d'être , dans la Divinité,
laquelle ne saurait être triple que considérée
par rapport à l'homme ; et cela, sans qu'au
cun parti puisse raisonnablement s'en plain
dre , vu la manière dont jeconsidère ensuite
VJ
la personne du CHRIST, auquel j'attribue
la divinité la plus absolue. Persuadé qu'il
faut, de toute nécessité, que tôt ou tard le
CRÉATEUR se manifestepersonnellement ,
soit dans cette vie, soit dans la vie future,
et qu'il sorte de son état d'être métaphy
sique, infini et insaisissable , pour entrer
en un rapport réel avec ses créatures,
j'aime autant croire que cette démarche a
déja étéfaite sur notre globe , ainsi que
l'histoire le raconte, que de la placer au-
delà de la tombe. JÉSUS-CHRIST me pa
raît l'être le plus parfait , le plus glorieux,
le meilleur dont la raison humaine puisse
concevoir L'idée; la bonté prouvant mieux
la divinité que toutes les auréoles de
gloire et que tous les miracles possibles.
Aucun ange de lumière ne peut, selon moi,
être comparé à JÉSUS-CHRIST : et par- là
même, si on me permet ces expressions,
JÉSUS- CHRIST est le côté apperceptible
de l'essence divine, laquelle demeurera
éternellement cachée en lui sous le nom de
Père; par-là même JÉSUS-CHRIST est le
foyer de cette gloire et de cette puissance
infinies avec lesquelles l'homme fini ne
saurait autrement avoir de point de contact.
Après la proclamation ( et l'adoption , sans
doute) du dogme de 1''unité absolue, ce
sera aux philosophes et aux Chrétiens à s'ex
pliquer sur le reste; et nécessairement on
sortira enfin du vague dans lequel une dis
tinction toute humaine , réprouvée par l'É
criture bien comprise ( et rappelant l'idée
d'une pluralité d'êtres ) , retient l'univers
depuis quinze siècles.
Quant à c eque j'entends par la Langue
de la nature , vous ne pourrez le voir que
par la lecture des principaux passages de
mon Introduction. Je vous avertirai simple
ment ici que cette Langue consiste à re
monter, en esprit, au-delà de toutes les
langues de convention , et à ne voir dans
les Livres-Saints ni de Vhébreu, ni du
grec, ni du latin^ etc; mais uniquement
des emblèmes naturels, des symboles, des
hiéroglyphes , tels qu'on a dû les employer
pour exprimer les idées de métaphysique
et de morale, avant qu'on eût créé les mots
conventionnels correspondant à ces idées.
En étudiant ce que les auteurs allemands
ont appelé la symbolique; en se rappelant
Vllj
quelle a du être la nature du langage hié
roglyphique des anciens prêtres égyptiens;
en examinant en outre les caractères du phé
nomène de Vextase moderne, et en compa
rant le tout avec les images prophétiques
et les paraboles de l'Évangile, oh trouve que
la plupart des livres que l'antiquité nous a
transmis comme inspirés, sont écrits, d'un
bout à l'autre, en images parlantes, prises
dans la nature visible, en d'autres termes,
en langue de la nature. Et de cette manière
aussi on. n'y trouve partout que la morale
la plus pure et la plus sublime, comme la
plus haute et la plus saine philosophie. A
quoi il faut sans doute ajouter une appari
tion de la Divinité en personne , appari
tion formant le seul mystère qui reste , et
constituant proprement ce christianisme
qui devait offrir des mystères d'amour plu
tôt que des mystères d'intelligence.
Ayant a insifait ma profession de foi bien
claire et bien nette, je puis, Monsieur,
déclarer maintenant, sans crainte comme
sans arrière- pensée,, que dans l'Eglise
extérieure, telle queje la conçois, l'admets
indistinctement tous les Chrétiens de
ix
la grande unité dont vous parlez dans
votre lettre ? même ceux qui se diraient
simplement Chrétiens : car s'ils se disent
Chrétiens, c'est que sans doute ils pour
ront un jour le devenir réellement , au
sein d'une Église dont Vunique but est de
faire naître CHRIST dans les cœurs qui
ne le connaissent pas , et de l'y faire
naître par la charité fraternelle encore
plutôt que par des instructions orales. Et
c'est dans le lien de cette même unité, dans
laquelle il me sera doux de voir entrer bien
tôt des Chrétiens de toutes tes dénomina
tions , que je vous prie d'agréer l'expression
des sentimens d'estime et d'amitié que je
vous ai voués.
Paris, c eier mai 182g.
OEGGER.
AUX AUTORITES
QUI SE CROIRONT COMPÉTENTES;
;
Le vrai sens des Livres-Saints étant
enfin irrévocablement fixé par la décou
verte de la Langue de la nature , le sous
signé demande que les diverses autorités
ecclésiastiques se hâtent de supprimer des
abus dorénavant incompatibles avec la
société perfectionnée, et d'organiser par
tout un cahesimple et sublime comme l'É
vangile.
S'il a rrivait,ce qu'il ne peut croire, qu'a
près un délai convenable les autorités
ecclésiastiques n'eussent point pris sa dé
marche en considération , le soussigné de
manderait alors , au nom des lois, qu'appré
ciant les effets des progrès toujours crois-
sans des lumières, le gouvernement lui
assignât, dans la capitale, une Église ou un
Temple où il pût commencer à exercer le
saint m inistèred'après ses nouvelles con
naissances acquises, et sans une odieuse
distinction des sectes; distinction aussi
contraire à VEvangile qu'à la raison et
au repos des États.
OEGGER,
Ancien p remierFicaire de la Cathédrale
de Paris.
Nota. En attendant l'accomplissement de ses vœux,
M. OEgger se fera un plaisir de correspondre avec les
personnes ou Sociétés qui prendraient à cœur la nou
velle cause de l'Évangile, et qui, après avoir lu le
présent ouvrage, auraient quelques éclaircissemens
ultérieurs à demander.
« Nous ne doutons pas que l'esprit de Dieu n'ait
» pu tracer dans une histoire admirable une histoire
» encore plus surprenante , et dans une prédiction une
» autre prédiction encore plus profonde. Mais j'en
» laisse l'explication à ceux qui verront venir de plus
» près le règne de Dieu, ou à ceux à qui Dieu fera la
» grâce d'en découvrir le mystère. Cependant l'homme
» chrétien adorera ce secret divin, et se soumettra par
» avance aux jugemens de Dieu , quels qu'ils doivent
» être, et dans quelque ordre qu'il lui plaise de les
» développer; seulement il demeurera aisément per-
>> suadé qu'il y aura quelque chose qui n'est point entré
» dans le cœur de l'homme. » (L'apocalypse expliquée
par Bossuet. Paris, in-8°, p. 43o.)
LE
V1M MESSIE,
on
L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TESTAMENS
lïjuirais d'aisés les principes de la langue
DE LA NATURE.
INTRODUCTION.
Il n 'estqu'un moyen de se former une
idée juste et précise de la personne de JÉ
SUS-CHRIST : ce moyen consiste à se mettre
avant tout en état de ne point profaner la
sainte vérité, si on vient à la reconnaître,
condition sans laquelle Dieu est forcé de
nous aveugler; puis à jeter un regard atten
tif et impartial sur l'Ancien et le Nouveau
Testamens. La première de ces dispositions
dépend principalement des individus et de
CELUI qui tient dans sa main le cœnr Ar
2 LE VRAI MESSIE.
l'homme ; mais l'histoire est du ressort de la
critique, et le raisonnement peut être soumis
à l'analyse. C'est donc sous ce dernier point de
vue, point de vuesi intéressant ,que nous nous
proposons de remplir une tâche utile. Faire
passer dans l'esprit de nos lecteurs une par
tie des convictions salutaires qui depuis
quelques années font notre plus douce con
solation , tel est notre désir. La carrière que
nous avons parcourue, et qui nous a mis à
même d'apercevoir le fort et le faible de la
pldpart des opinions philosophiques et reli
gieuses en vogue au dix-neuvième siècle ,
nous donne quelque espoir de réussite. Une
idée sur la langue de la nature piquera né
cessairement la curiosité des plus indifférens
en matière de religion; et cette idée est l'i
dée dominante de notre ouvrage. Pour abré
ger toutefois un travail que la frivolité du
siècle pourra trouver encore trop sérieux,
nous nous en tiendrons principalement à
Isaïe , le plus riche des prophètes , et à Saint-
Jean , le plus sublime des évangélistes, nous
contentant de ramener, dans l'occasion , à
ces deux sources principales, les passages les
plus frappans des autres écrivains extatiques.
LE VRAI MESSIE. 3
Prévenant, d'un autre côté, l'impatience
de ces lecteurs qui , avant de s'engager dans
nos dissertations, nous demanderaient quelle
sera l'issue de l'examen que nous leur pro
posons de faire , nous déclarerons ici , sans
détour, que l'issue de cet examen pourra
être pour eux ce qu'elle a été pour nous-
mêmes , savoir : la croyance à la divi
nité absolue de JÉSUS - CHRIST , et la
conviction intime qu'en tenant cette
croyance , on tient la vérité tout entière.
Une pareille promesse vaut bien la peine
que l'on parcoure quelques pages avec at
tention, quand bien même on serait averti
d'avance qu'il va être question de christia
nisme. La distinction de la vérité en vérité
chrétienne et vérité philosophique est une
absurdité qui n'eût jamais dû entrer dans
des têtes bien organisées. Que les lecteurs
apprennent donc qu'en commençant notre
travail , nous étions , comme ils peuvent
l'être, déistes ou quelque chose d'appro
chant, et qu'en le terminant , nous nous
sommes trouvé chrétiens , et chrétiens plus
profondément convaincus que jamais théo
4 LE VRAI MESSIE.
logien ne l'a été , parce que notre conviction
a été le résultat de l'usage le plus libre et le
plus légitime de notre raison individuelle.
Les témoignages qui s'accumulent, en effet,
par ce nouveau mode d'étudier les livres
saints, qui consiste à les lire comme écrits
d'un bout à l'autre dans la langue de la na-
ture , sont plus que suffisans pour convaincre
tout homme de bonne foi, ou plutôt tout
homme de bonne volonté , que JÉSUS-
CHRIST n'était pas seulement un homme
extraordinaire ou un prophêteplusgrand
que les autres; qu'il n'était pas seulement
une image de la Divinité, une étincelle de
la Divinité, ou un fils éternel de Dieu dis
tinct de lui quant à la personnalité; mais
qu'il étaitJÉHOVAH lui-même, JÉHOVAH
en personne; que c'est en se faisant JESUS-
CHRIST, que le Dieu caché, le Dieu méta
physique et insaisissable , s'est manifesté;
que c'est en se faisant JÉSUS-CHRIST , que
l'Etre infiniest entré en communication avec
les êtresfinis et enfouis dans la matière;
en un mot, qu'en paraissant sur les confins
de sa création pour montrer à des enfans
LE VRAI MESSIE. D
égarés a utantd'amour qu'il leur avait mon
tré de puissance , le Dieu CRÉATEUR est
devenu aussi RÉDEMPTEUR.
Nos i déesparaîtront extraordinaires, sans
doute, à plus d'un genre de lecteurs; mais
qui osera nous en faire un sujet de reproche ?
Quand , au dix-neuvième siècle , on voit en
core le christianisme dans un état si précaire,
que la philosophie ose douter de son triom
phe ultérieur, que risque-t-on à essayer
quelque grand moyen ? En jetant un regard
impartial sur la société chrétienne depuis
dix-huit cents ans, et ses haineuses et in
concevables divisions, n'est-on pas endroit
de soupçonner que, dès les premiers temps,
il a dû être commis quelque grande erreur
qui aura entravé l'œuvre de la régénération
de l'univers, et qu'il y a par conséquent
quelque grand obstacle à lever pour que
la vérité puisse se répandre ? N'est-il pas plus
que probable que depuis long-temps les In
fidèles et tous ces Chrétiens qui ne sont
Chrétiens que de nom, auraient embrassé la
vraiefoi, si la vraiefoi leur eût été bien
présentée? N'est-il pas plus que probable
que depuis long-temps les malheureux des
6 LE VRAI MESSIE.
cendans d'Israël , aussi bien que ceux d'entre
nos philosophes qui cherchent la vérité de
bonne foi, auraient reconnu le Dieu qui
s'est manifesté sur notre globe, si on n'en eût
pas, pour ainsi dire, dégradé la majesté?
Dût, en conséquence, notre profonde con
viction être taxée de témérité , dût notre
courage causer du scandale, nous ne recu
lerons pas , convaincus que nous sommes ,
avec Saint-Chrysostôme , que , quand bien
même la vérité causerait du scandale , il
faudrait encoreplutôtsouffrirce scandale
que de laisser périr la vérité.
Ce q ui nous a le plus enhardi dans cette
grande entreprise, c'est l'entière certitude
que nous avions acquise de nous trouver dé
finitivement sur la voie de cette langue de
la nature, que chacun concevra facilement
avoir dû précéder toutes les langues de con
vention ; dans laquelle nous avons trouvé,
en effet, la plupart de nos livres saints
écrits, et qui jette sur leur ensemble un jour
si inattendu et si vif, qu'il n'est guère possible
au déisme de résister.
Rien n 'estplus conforme à une saine phi
losophie que de reconnaître l'existence pri
LE V*AI MESSIE. 7
mitive d 'unelangue de la nature. Les plus
grands noms figdrent en tête de ceux d'entre
nos savans qui se sont occupés de ce qu'ils
appelaient une langue universelle , langue
dont ils sentaient par conséquent les avan
tages, et qu'ils ne croyaient point impossible
de réaliser sur notreglobe parmi les hommes
instruits. La langue de la nature ne diffère
de celle dont ces savans avaient conçu l'idée,
qu'en ce qu'elle doit moins servir à nos rela
tions terrestres qu'à celles que nous devons
avoir un jour avec l'universalité des êtres,
dans ce monde où tous les autres mondes
affluent, et où il nous faudra des moyens de
communication bien plus étendus que tous
ceux que requiert notre existence matérielle.
Le philosophe moraliste, qui est bien per
suadé de l'immortalité de Vhomme , doit
l'être, par-là même, de l'existence actuelle
d'une langue tout autre que celle qui con
siste en sons articulés moyennant l'élasticité
de l'air, et dont la signification n'est que pu
rement conventionnelle. Le moraliste pen
seur se persuadera même facilement que sur
notre globe terrestre lui-même, quelque
matériel qu'il puisse être aujourd'hui avec
8 LE VRAI MESSIE.
ses h abilansdégradés, il a dû exister, dans
des temps d'une plus grande perfection , des
moyens de communication différens de ceux
qui ne sont que de pure convention , vu
que, pour établir des conventions, il faut
de toute nécessité savoir déjà s'expliquer au
préalable. Jean -Jacques a avancé le plus
grand des paradoxes, quand il a dit que l'é
tat sauvage était l'état primitif de l'homme :
l'état sauvage n'est, au contraire, que l'état
de notre plus grande dégradation , quand ,
devenus incapables de nous relever par nous-
mêmes, Dieu est obligé de venir à notre se
cours. Toute connaissance, dît Platon , est
souvenir, et toute ignorance est oubli.
Primitivement l'homme a dû être parfait, du
moins dans son genre; et par suite il a dû
aussi avoir un langage parfait, langage qui
n'a pu se perdre que dans lA suite des temps,
et dont la philosophie pourra retrouver les
traces, quand elle voudra tourner ses inves
tigations de ce côté'là. . •
On pourra se former une idée générale
de la langue de la nature, par l'application
que nous avons faite de ses principes à une
explication nouvelle de plusieurs passages
LE VRAI MESSIE. Ç>
des s aintesÉcritures. Nous ne placerons ici
que quelques réflexions préliminaires qui
mettent les lecteurs à même d'entrer dans
toute notre pensée.
Avant d 'avoirréfléchi plus profondément,
on se persuade d'ordinaire que, quand Dieu
a produit notre univers visible, le choix qu'il
a fait des diverses formes et couleurs des
animaux, des plantes et des minéraux, a été
une chose absolument arbitraire de sa part.
Mais cette idée est entièrement fausse.
L'homme peut agir quelquefois par fantai
sie; Dieu ne le peut jamais. La création vi
sible ne peut et ne doit donc être , si on
nous permet ces expressions, que la circon
férence extérieure du monde invisible et
métaphysique; et les objets matériels ne
sauraient représenter que des espèces de
scories des pensées substantielles et intimes
du CRÉATEUR;scories qui doivent toujours
conserver une relation exacte avec leur pre
mière origine; en d'autres termes, la nature
visible a nécessairement un côté spirituel et
moral, Pour Dieu tout est , tout existe :
créery pour lui, n'emporte pas la même idée
que pour nous. Pour Dieu, créer n'est que
IO ht. VRAI MESSIE.
montrer. L'univers, jusque dans ses moin
dres détails, existait pour Dieu aussi réelle
ment avant la création qu'après la création ,
parce qu'il existait en lui substantiellement,
comme la statue existe dans le bloc de mar
bre dont le sculpteur la tire. Par la création,
nous seuls avons été mis en état de perce
voir une partie des richesses infinies éter
nellement enfouies dans l'abîme de l'essence
divine. Le parfait, surtout, a dû toujours
ainsi exister en Dieu. !imparfait seul a
pu recevoir une sorte de création, moyen
nant l'homme, agent libre , quoique encore
placé sous l'influence d'une Providence qui
ne le perd jamais de vue. Donc ni les for
mes, ni les couleurs d'aucun être, d'aucun
objet dans la nature entière , ne peuvent
avoir été choisies arbitrairement. Tout ce
que nous voyons, touchons, sentons, depuis
le soleil jusqu'au grain de sable, depuis notre
propre corps avec ses admirables organes,
jusqu'à celui du ciron , tout est proflué, avec
une raison suprême, du monde où tout est
esprit et vie. Nulle fibre dans l'animal , nul
brin d'herbe dans le règne végétal, nulle
forme de cristallisation dans la matière inerte,
1E VRAI MESSIE.- M
qui n 'aitson rapport bien clair et bien dé
terminé dans l'univers moral et métaphy
sique. Et si cela est vrai des couleurs et des
formes, à plus forte raison faut-il le dire des
instincts des animaux et desfacultés plus
étonnantes encore de l'homme. Les pen
sées, par conséquent, et les affections les
plus imperceptibles que nous croyons con
cevoir par nos propres forces, les composi
tions que nous croyons nôtres , dans les do
maines de la philosophie et de la littérature,
les inventions que nous croyons faire dans
les sciences et les arts, les monumens que
nous croyons ériger, les usages que nous
croyons établir, dans ce que les hommes es
timent grand, comme dans les transactions
les plus insignifiantes de la vie civile et ani
male: tout cela existait avant nous; tout cela
ne nous est simplement que donné, et donné
avec une raison suprême, selon nos divers
besoins du moment. Un degré infiniment
petit de consentement à recevoir, qui forme
notre liberté morale, est la seule chose que
* nous ayons en propre. Et à la seule inspec
tion, des objets qui entourent un homme,
ou de quelques-uns des usages qu'il a adop
i2 LE VRAI MESSIE.
tés, une intelligence supérieure doit pou
voir déterminer quel est le prix moral de
son être; car, à mesure que les êtres mo
raux, pour lesquels seuls la nature infé
rieure existe, se modifient, cette nature doit
admettre des emblèmes nouveaux, analogues
aux perfections ou aux dégradations surve-
nues.
Et, eu effet, sans tous ces emblèmes de
vie qu'offre la création , point d'idée morale,
point de sentiment moral appréciables ,
point de moyen possible de communiquer
une pensée, une affection, de la part de
Dieu, nous osons le dire, à sa créature, pas
plus que de la part d'un être sensible à un
autre. Point de communication possible,
surtout, entre l'état présent de l'homme , et
son état de transformation : tout est rompu,
tout est anéanti dans la nature sensible et
pensante : la vie la plus intime de l'être in
telligent s'efface et rentre dans le néant.
Des exemples peuvent rendre cette vérité
palpable. Sans ce qu'on appelle, par exemple,
un père selon la nature , pourriez-vous «
vous faire une idée de cette portion de la
bonté de Dieu, qui correspond à la tendresse
LE VRAI MESSIE. l3
d'un pere pour ses enfans? Pourriez-vous
même savoir en aucune façon ce que c'est
que tendresse paternelle ? Si jamais dans
la nature il n'avait existé d'homme géné
reux, pourriez-vous vous former une idée
de ce que c'est que générosité ? Si vous n'a
viez jamais rien aimé sur la terre , vous se
rait-il possible d'avoir la moindre notion de
ce que peut être Yamour? Ou bien, pour
choisir nos exemples dans l'ordre des dégra
dations, vous serait-il possible, sans les défec
tuosités , les maladies , et les souillures du
corps humain , de vous représenter les vices
honteux qui sont leurs analogues dans
l'homme moral? Si vous n'aviez jamais vu
tuer, tourmenter, dévorer des animaux,
l'idée de cruauté et de barbarie pourrait-
elle être communiquée à votre esprit? Si
enfin il ne vous était jamais rien parvenu re
lativement auxpersécutions, aux trahisons,
aux infidélités, aux attentatsparricides qui
régnent quelquefois sur la terre, votre âme se
rait-elle en état de recevoir le premier germe
des idées de haine, de perfidie, d'atrocité?
La chose ne paraît réellement pas possible.
Cette considération , d'ailleurs, de la né
l4 LE VRAI MESSIE.
cessité d e^constater,par dés emblèmes sen
sibles, des nuances morales, autrement inap-
perceptibles, explique seule ces phénomènes
terribles, ces monstruosités et ces images-dé
goûtantes, indignes évidemment du CRÉA
TEUR , qu'offre la nature aux yeux de
l'homme dégradé. Le fond de notre être,
véritable abîme , ne peut se révéler que par
des phénomènes de vie appréciables. Il en
est de nous, sous ce rapport, comme du
CRÉATEUR lui-même , à l'image duquel
nous avons été créés, et à la connaissance
duquel nous né pouvons nous élever que
moyennant ses merveilles visibles. La nature
est comme un livre dans lequel on lit les
perfections de Dieu , ou comme un miroir
dans lequel on les voit réfléchies. Il faut dire
la même chose de l'homme et des divers phé
nomènes qu'il offre dans sa manière de vivre,
desenourrir,desevêtir. Nous nousappuyons
sur la matière pour remonter aux substances
pures; et il nous faut encore des substances
et des images emblématiques , pour que
nous nous puissions élancer dans le monde
moral et métaphysique ; raison pour laquelle
le CRÉATEUR a été lui-même obligé de ve
LE VRAI MESSIE. l5
nir à n otrerencontre, en franchissant l'a
bîme qui nous sépare de son essence pre
mière. En tant que CRÉATEUR, Dieu a
de toute nécessité des moyens de communi
cation analogues à ceux qu'il nous a dépar
tis pour se faire remarquer de nous. Nous
sommes , pour ainsi dire , hommes créés, et
Dieu homme incréé. C'est au point intermé
diaire entrel'm/în/qui est tout, et Y'infiniqui
n'est rien , que Dieu et l'homme se sont
rencontrés. Et ce point , c'est la vie , la vie
manifestée, la vie révélée par des em
blèmes.
Avant t outesles langues de convention et
par sons articulés, quand le CRÉATEUR
a voulu se manifester ou se révéler pour la
première fois à l'homme , comment l'eût-il
pu faire autrement qu'en se montrant à cet
homme sous la forme substantielle d'un
PÈRE , emblème naturel de Dieu créateur?
L'esprit humain ne saurait véritablement
trouver un emblème différent, ni imaginer
un autre moyen de communiquer la pre
mière idée du CREATEUR à quelque intel
ligence secondaire que ce soit. Nous verrons
ailleurs que , quand les hommes n'auront
ï6 LE VRAI MESSIE.
plus voulu reconnaître pour leur CRÉA
TEUR cet Etre ineffable qui leur apparaissait
comme PERE, cet Etre a dû employer na
turellement, pour défendre ses droits, le
moyen que nous appelons la Rédemption du
genre humain , moyen évidemment divin ,
par lequel il a fait voir qu'il était plus intel
ligent, plus puissant, et surtout MEIL
LEUR qu'eux tous ; système immense qui ,
conduit depuis les temps les plus reculés
jusqu'à son entière exécution , avec une
science, une sagesse et une bonté infinies ,
écrase du moins le mortel dont il ne peut
toucher le cœur.
La n écessitéindispensable de ce que nous
appelons des emblèmes de iue, montre que
notre existence future elle-même ne saurait
être aussi métaphysique qu'on se l'imagine
quelquefois. Il faut qu'il y ait encore, dans '
notre état de transformation, des formes ap
préciables, des images substantielles, des
objets vus, sentis, perçus, comme cela se
passe dans le monde matériel. Hors de là une
existence quelconque, heureuse ou malheu
reuse, n'est qu'une vraie chimère. La vie
future, c'est évidemment le monde de Ber-
LE VRAI MESSIE. i7
keley. Ce philosophe n'a eu que le tort de
ne point faire une distinction claire et nette
entre le monde substance et le monde ma
tière, ou de ne point reconnaître la nuance
qui les sépare; car, s'il est vrai que la ma
tière existe , il est vrai aussi qu'elle n'est
étendue et impénétrable qu'autant que le
CRÉATEUR le veut , et que pour les êtres
qu'il désigne particulièrement à cet ef
fet. S'il y avait réellement Vinfini entre
la matière et l'esprit , on aurait pu sou
tenir avec raison l'impossibilité de la
création (i).
(1) S iune curiosité , fort naturelle sans doute, nous
demandait ici ce que nous verrons dans l'autre monde,
et ce que nous yferons, nous répondrions sans hésiter,
en nous fondant sur la nécessité indispensable des
emblèmes naturels, que nous nous y verrons entourés,
comme dans le monde matériel , d'un horizon plus ou
moins étendu, rempli par un plus ou moins grand
nombre à!images substantielles prises dans la nature
connue, et que nous nous y occuperons à peu près
comme on s'occupe sur terre quand on cherche le
logement, la nourriture et le vêtement : seulement les
images susdites seront alors en un rapport exact avec
notre être moral: c firmament , par exemple, re
présentant nos rapports célestes ; les divers objets de
la nature , nos affections sociales ; et le sol qui nous
1..
l8 LE VRAI MESSIE.
Donc, aurésumé, l'univers moral et mé
taphysique , en tant que se révélant succes
sivement aux êtres secondaires, c'est-à-dire,
à tous ceux qui ne sont point JEHOVAH,
ne peut être conçu possible que par des
emblèmes analogues dans l'univers des plié-
porte, la nature de noire confiance en CELUI qui
seul sait l'affermir sous nos pieds. Quant à nos oc
cupations diverses , elles seront celles que le Ciel
jugera les pluspropres à caractériser incessamment
l'intime de notre être moral, et les diverses manières
dont nous chercherons à nous approprier la nourri
ture spirituelle de I'amour et de la vérité, en
d'autres termes, k satisfaire a tous mos besoins mo
raux. Toutes ces idées , quoique neuves, ne surpren
dront aucun de ces philosophes qui savent que la na
ture est toujours conforme à elle-même , ou , comme
l'exprime Leibnitz, qu'elle ne fait jamais rien par-
sauts et par bonds. D'après cet apophthegme philo
sophique, notre existence future ne doit, en effet, diffé
rer de la présente que d'une nuance ; et cette nuance
est celle d'un monde matériel à un monde substan
tiel. Nous devons passer à l'existence future , comme
on entre dans un songe agréable : toute la nature
doit nous y accompagner. Cette vérité reçoit un sur
croît de probabilité, ou plutôt d'évidence, quand on
se rappelle que , examinée sans ces préjugés que
donne l'idée vague d'une puissance infinie , que les
LE VRAI MESSIE. i9
nomènes : phénomènes matériels pour le
monde physique , substantiels pour celui
qui ne l'est pas. Le monde moral et méta
physique, pour nous, est comme ancré ,
comme enraciné dans le monde visible , sur
lequel il repose comme sur une base indis
pensable.
bornes d e l'impossible, que la simplicité et l'à-pro-
pos ne restreignentjamais , je pourrais même dire,
examinée géométriquement, la chaîne des êtres est à
peu près complète ici-bas dans les trois règnes, et que
par conséquent la nature connue renferme elle-même
tous les élémens nécessaires au bonheur éternel des
créatures sensibles; ce qui rend aussi impossible
qu'inutile la destruction des images de la nature vi
sible , pour l'existence future. C'est le sentiment qui
fait le bonheur , et non la science; et par-là même le
cercle des choses possibles doit être bien plus res
treint qu'on ne le pense communément. Essayez de
supprimer l'horizon d'images célestes et terrestres qui
vous entoure, véritable Eden dans lequel vous vous
trouvez placés ; que restera-t-il pour former le pré
tendu ciel d'un esprit bienheureux ? Il ne restera rien .
Et si ces mêmes images, devenues capables de repaître
dignement les yeux des êtres immortels, enrevêtis-
sant un caractère tout-à-fait spirituel et moral, suffi
sent à votre bonheur, pourquoi les supprimer, ou
même pourquoi leur en substituer d'autres?
20 LE VRAI MESSIE.
L'expérience journalière pourrait prouver
ces vérités à tout le monde sans de grands
raisonnemens. Qu'on prenne un dictionnaire
de morale, qu'on en examine les termes, on
verra qu'ils sont tous dérivés de la vie cor
porelle et animale, depuis le premierjusqu'au
dernier. C'est la naissance, l'accroissement,
la décadence et la mort du corps , son état
de santé ou de maladie, de force ou de fai
blesse, qui ont seuls fourni les idées corres
pondantes dans l'homme moral. Chaque
membre de ce corps , considéré sous le rap
port de son emploi et de son utilité terres
tre , offre les mêmes résultats. Tous les em
blèmes que peuvent fournir l'agriculture,
les arts et métiers, les différentes manières
de se nourrir et de se vêtir chez les hommes,
ont été mis à contribution pour fournir des
moyens de caractériser les diverses nuances
de vie morale et intellectuelle, chez les in
dividus comme chez les sociétés ; et , sans
tous ces emblèmes que la nature elle-même
fournit, le monde moral et métaphysique
serait resté tout entier enseveli dans l'é
ternel abîme.
De l àdonc la réalité d'une langue de la
LE VRAI MESSIE. 21
nature , que la philosophie devrait déjà ad
mettre, quand bien même on ne pourrait
plus retrouver aucune des lettres de l'alpha
bet immense qui servait à la parler; car cette
langue n'est autre chose, après tout, que la
perception des emblèmes de vie et d'intel
ligence que la nature renferme dans son
sein , et la faculté de transmettre cette per
ception à d'autres êtres.
Toutefois, nous sommes bien éloignés
d'accorder que le dictionnaire de la langue
de la nature soit entièrement perdu; nous
pourrions en retrouver les traces même dans
les langues de convention, dérivées néces
sairement d'elle, si la Bible ne suffisait à elle
seule pour nous remettre en possession d'une
science aussi précieuse. Ce livre si peu connu
et si peu apprécié de l'univers prétendu
éclairé , n'aura pas simplement servi à nous
conserver la langue hébraïque, il nous aura
encore fourni tous les matériaux nécessaires
à la reconstruction de la langue dela nature.
Un c ertainnombre de nos premiers écri
vains ecclésiastiques, tels que l'apôtre Paul ,
Lactance, Origène,Jérôme et autres, étaient
évidemment sur la voie de cette langue, ainsi
22 LE VRAI MESSIE.
que l eur manière particulière d'écrire le
démontre : mais, par un secret jugement du
ciel, les traces précieuses en ont été aban
données presqu'aussitôt par leurs succes
seurs. On a traité ces écrivains de mystiques,
comme ou fait encore aujourd'hui de tous
ceux qui prétendent voir dans la parole de
Dieu quelque chose de plus que dans un
livre ordinaire. Du temps de Théophile, dit
Horsley, le grand art d'interpréter l'An
cien Testament consistait à trouver par
tout des types et des emblèmes. Si , au lieu
de se moquer de cet art, on eût cherché à
voir jusqu'à quel point il était fondé, on en
eût mieux compris les mystères de l'amour
et de la sagesse du PÈRE, et on ne se fût
point égaré pendant dix-huit siècles dans le
labyrinthe des pensées humaines. La parole
de Dieu doit nécessairement être plus riche
et plus féconde en sens que tous les vains
écrits des savans ; son sens doit même être
infini. : •
En abandon nant , en conséquence , la
fausse marche de l'école , qui consiste à
prendre chaque texte comme isolé, par où
on peut évidemment prouver les choses les
LE VRAI MESSIE. 23
plus c ontradictoires, et en étudiant Ven
semble des livres saints, on acquiert l'entière
certitude que tous les hommes extatiques,
depuis Abraham jusqu'au dernier des pro
phètes, et qu'après eux tous le RÉDEMP
TEUR lui-même, quoiqu'en s'exprimant par
des mots pris dans la langue conventionnelle
en usage de leur temps , ont néanmoins
toujours parlé la langue de la nature, et
que le sens qu'elle offre était le principal, si
ce n'est le seul , qu'ils avaient réellement
l'intention de transmettre à la postérité.
Pour ne parler ici que de JÉSUS - CHRIST ,
c'est là cette langue à laquelle il cherchait à
accoutumer ses apôtres pendant les trois an-
néesqu'il vécut avec eux; c'est là cette langue
qui les embarrassait souvent si fort , qui les
forçait à solliciter en particulier des expli
cations auprès de leur Maître, et même à le
prier de ne point parler ainsi en paraboles.
Quand une similitude, une comparaison est
suivie dans toutes ses branches , et soutenue
aussi longrtémps que JÉSUS-CHRIST l'a
fait, il en résulte une véritable langue ,
qui s'enlace, pour ainsi dire, dans le dis
cours ordinaire , et offre un sens suivi et plus
24 . LE VRAI MESSIE.
relevé à c ôtédu sens naturel. Qu'on se rap
pelle seulement jusqu'où JÉSUS-CHRIST a
porté la signification morale des mots man
ger et boire, on verra qu'il faut un nouveau
dictionnaire, un dictionnaire encore à faire,
pour comprendre l'Écriture sainte ; livre
non-seulement obscur , maisfermé et scellé
jusqu'à ce jour sous mille rapports ; et que
ce ne sera qu'à l'aide de ce dictionnaire que
l'on pourray trouver les richesses infinies que
la main de PÉTERNEL y a entassées. Celui
qui a la moindre idée des emblèmes de la
nature et de leur signification , lit la Bible
comme avec une loupe : il y voit ce qu'il
n'y avait jamais vu; il lui semble que ce soit
un autre livre. Ce sont, en effet, les hiéro
glyphes égyptiens lus moyennant le système
de M. Champollion. L'homme, dit JÉSUS-
CHRÏST, vit dela parole de Dieu, comme
il vit de pain. Le grain dont on fait le
pain est, selon lui , cette divine parole. Le
pain est la substance de Dieu que l'homme
doit s'approprier, parce que Dieu est bonté
et vérité, et que Phomme moral ne doit
point être autre chose. Le corps et la chair
de JÉSUS- CHRIST sont par conséquent
LE VRAI MESSIB. a5
aussi c epaifl; parce que JÉSUS-CHRIST
n'est que le Verbe ou la vérité divine,
incarnée par amour pour l'homme. Le
pain quotidien ne rappelle qu'une ap
propriation journalière de la bonté et
de la vérité, qui sont Dieu. Les multi
plications miraculeuses du pain opérées
par JÉSUS-CHRIST, signifient l'abon
dance des exemples de vertu ménagés aux
hommes par l'infinie miséricorde. J'ai à
manger d'un pain que vous ne connaissez
pas, dit le SEIGNEUR aux apôtres : mon
manger consiste à faire la volonté de mon
FÈRE. Celui qui mangera du pain que je
lui donnerai, ne mourra pas, mais il iwra
éternellement. Et ce pain, c'est ma pi'opre
chair; il faut que vous me mangiez, alors
seulement Vous aurez la vie en vous. Ex
pressions inconcevables et repoussantes dans
le sens de la langue conventionnelle, mais
riches autant que vraies dans la langue dela
nature. Je suis , dit encore JÉSUS-CHRIST,
le pain de vie descendu du ciel , figuré gros
sièrement par la manne dont vos pères ont
mangé dans le désert : ma chair est par con
séquent une vraie nourriture, comme mon
20 LE VRAI MESSIE.
sang e stune véritable boisson. Et cela,
ajoule-t-il, ne doit point vous scandaliser;
car ces paroles sont esprit et vie; la chair
en tant que chair ne sert de rien. Prenez
et mangez ce pain en mémoire de moi,
dit-il la veille de sa mort ; c'est le corps qui
sera livré demain pour.vous ; et cela signi
fie : appropriez-vous toujours davantage la
vérité et Vamour, qui sont DIEU , en vous
ressouvenant incessamment de mes exem
ples, f^oyez, je me tiens à la porte et je
frappe; celui qui m'ouvrira , j'entrerai
chez lui , je mangerai avec lui , et lui
AVEC MOI....
Qui ne voit qu'il est partout question ici
d'une manducation toute spirituelle? et que
ces dernières paroles, surtout, ne peuvent
el ne doivent être traduites que par celles-
ci : Celui qui m'ouvrira son cœur, je l'ai
merai et il m'aimera. Dieu ne saurait man
ger avec nous d'une autre façon que par
l'amour, ni, par conséquent, nous avec
lui. Cet autre passage de saint Jean , où
JÉSUS-CHRIST dit : De même que je vis
par le PÈRE , de même celui qui me man
gera vivra par MOI, rend cette vérité si
LE VRAI MESSIE. 2T
évidente, que la folie la plus caractérisée
pourrait seule la révoquer en doute.
Mais c en'est pas tout encore ; la compa
raison de la manducation matérielle, avec
l'appropriation de l'amour et de la vérité
qui font le bonheur de l'homme immortel ,
est encore portée plus loin dans l'Évangile.
Le semeur, y est-il dit, c'est Dieu; le
champ que l'on ensemence, c'est le cœur
de l'homme , où celte semence doit germer;
c'est une église tout entière qui doit por
ter du fruit au temps de la moisson. Le
froment représente les hommes aimant
Dieu; les pailles légères, les âmes sans
valeur morale. Le grenier renferme les ri
chesses du ciel; lefeu de l'enfer consume
la zizanie. Le van est le jugement sur les
bons et sur les méchans. Trois mesures de
farine ou de pâte représentent le royaume
des cieux; le levain des pharisiens , les
fausses doctrines, les disputes haineuses.
La meule elle-même conservera une signi
fication analogue; au renouvellement de
l'Église deuxfemmes tourneront la meule
dans un moulin; l'une sera prise > l'autre
laissée. A cause de leur manière différente
28 LE VRAI MESSIE.
d'annoncer la parole de Dieu, telle église
particulière sera approuvée , telle autre dé
sapprouvée au temps de l'arrivée du FILS
DE L'HOMME. Une meule attachée au cou
d'un homme scandaleux , et précipitée avec
lui dans la mer, sera un bonheur pour lui ;
car cette meule représente le moyen- de s'ap'
proprier la parole de Dieu , et la mer n'est
que la collection des vérités naturelles i
capables de préparer l'homme à la récep
tion des vérités divines, comme nous Tal
ions voir tout à l'heure ; l'eau, dans les dis
cours de JÉSUS- CHRIST, étant partout
l'emblème de la vérité.
Voici, en effet, une légère esquisse sur le
mot boire. De même que manger, c'est s'ap-
proprier l'amour de Dieu, ou la bonté
morale ; de même, boire , c'est s'approprier
la vérité. La vérité délaye pour ainsi dire
la bonté , qui , autrement , ne pourrait s'in
corporer à notre âme , la bonté sans la vé
rité n'étant point appréciable pour des
créatures , en d'autres termes , la bonté ma
nifestée devenant, par- là même, vérité.
Si vous m'aviez demandé de l'eau, dit
JÉSUS-CHRIST à la Samaritaine , je vous
V
LE VRAI MESSIE. 29
en a urais donné qui jaillitjusqu'à la vie
éternelle. Celui qui boira de l'eau que je
lui donnerai, n'aura plus de soif. Celui
qui reçoit ma doctrine , des Jleuves d'eau
jailliront de son cœur. Ces paroles n'ont pas
besoin de commentaire; non plus que celles-
ci , que JÉSUS-CHRIST prononça haute
ment en enseignant dans le Temple : Que
Celui qui a soif vienne boire. Suivez-moi,
jevais vousfairepécheurs dhommes, dit-il
aux apôtres en les associant à la prédication
de l'Évangile; car, des vérités naturelles , ils
devaient élever les hommes aux connaissan
ces spirituelles. De là l'usage du baptême ,
lequel n'est évidemment que l'emblème de
l'acquisition de la vraie doctrine , con
duisant l'homme à la pénitence et à la rési
piscence; car , encore une fois , l'eau ,
comme faisant le mirvir et réfléchissant les
images des objets, est l'hiéroglyphe de la
vérité, plutôt encore qu'elle n'est celui de
la purification. Le vin et le sang^ dans la
bouche de JÉSUS- CHRIST,- considérés
comme boissons, ont , par-là même, des si
gnifications analogues. Seulement ces em
blèmes seront d'un degré plus relevé; le
3o LE VRAI MESSIE.
sang é tantplus proche de la vie, et arrosant
la chair même des hommes et des animaux,
tandis que l'eau n'arrose en général que les
objets dont ils se nourrissent; et le vin
ayant , de son côté, plus d'affinité avec l'es
prit de l'homm-e dont il réjouit le cœur,
selon l'expression emblématique de David :
unique raison qui leur fait jouer un si grand
rôle dans les Saintes -Écritures , où il est
question, à chaque instant, du sang des
victimes et de la vigne du SEIGNEUR de
l'ancienne loi, et du sang de l'agneau, du
vin qui fait germer les vierges de la loi
nouvelle. Le premier miracle de JÉSUS-
CHRIST a consisté à changer de l'eau en
w'«, parce que le principal objet de son ap
parition était de changer les vérités natu
relles en vérités divines , et de substituer
sa doctrine à celle de la sagesse humaine. On
met le vin nouveau dans des outres neuves,*
dit-il, en parlant de cette doctrine. Prenez
et buvez, s'écrie-t-il à la dernière Cène, après
avoir préparé depuis long-temps les apôtres
. à un pareil langage , prenez et buvez; ce
vin est le sang de la nouvelle alliance;
c'est mon sang qui est répandu pour la ré-
LE VRAI MESSIE. 3l
mission d espéchés; c'est le Nouveau Tes
tament en mon sang. Et les apôlres ont si
bien compris la signification de tous ces dis
cours de leur maître, qu'ils ont donné gé
néralement, plus tard, le nom de Nouveau
Testament au recueil qui renferme sa doc
trine. Le sang de JÉSUS-CHRIST, par con
séquent, partout où il en est question dans
l'Évangile, ne rappelle et ne représente que
la collection des vérités de salut annon
cées par lui à l'univers ; vérités que l'univers
refusait de recevoir, comme il l'a prouvera/'
le fait, et par un embleme matériel, en
répandant sur le Calvaire le sang du RÉ
DEMPTEUR. Et il faut dire la même chose
du vin; car le vin n'est lui-même qu'un
emblème du sang. Je ne boiraiplus de ce
jus de la vigne,jusqu'à ce que je le boive
tout nouveau dans le royaume de mo n
PERE, ne peut signifier, comme on s'en con
vaincra pleinement dans le corps de notre
ouvrage , que l'union complète de la vé
rité divine et de l'amour divin dans la
personne de JÉSUS-CHRIST , en d'autres
termes, la glorification du VERBE dans
les cieux.
32 LE VRAI MESSIE.
Quand on connaît ainsi la vraie significa
tion de boire et de manger', en tant que
ces actions sont des emblèmes moraux, on
conçoit aussi très-bien la raison du choix de
ces mots coupe etplat, dont JESUS-CHRIST
s'est servi en faisant ce reproche aux Phari
siens : Pharisien aveugle , lave d'abord
l'intérieur de la coupe et du plat, afin
que l'extérieur soit propre aussi. lie plat
représente Vhomme, en tant qu'il est le ré
ceptacle de la bonté de Dieu; et la coupe le
mémehomme, en tant qu'il est le réceptacle
de la vérité. Dans un vase matériel, la pu
reté de Vintérieur n'entraîne point néces
sairement, comme chacun sait, la pureté de
l'extérieur. On voit aussi que ces paroles,
heureux ceux qui ontfaim et soif de la
justice, ne sont point choisies sans raison ,
mais qu'elles sont tout entières dans le gé
nie de la langue, de la nature. On comprend
enfin clairement ce texte si obscur de saint
Jean : Ily en a trois dans le ciel qui ren
dent témoignage , le Père, la Parole, et
l'Esprit; et ces trois ne sont qu'une même
chose : il y en a aussi trois qui rendent
témoignage sur la terre, savoir, /'esprit ,
" LE VRAI MESSIE. 33
I'eav e tle sang , et ces trois se rapportent
à la même chose ; où Veau signifie les véri
tés naturelles qui annoncent Dieu, le sang
les vérités évangéliques qui révèlent le
même Dieu , et l'esprit, l'action invi
sible de CELUI qui seul peut nous faire
goûter une vérité quelconque, même alors
qu'elle nous serait annoncée par quelque
prophète. Ces trois-là se rapportent à la
même chose , parce que et la raison , et l'É
vangile , et les personnes extatiques , par
lant par l'esprit, s'accordent, à témoigner
que le vrai Dieu n'est autre que le CHRIST
manifesté en chair. Nous verrons ailleurs
que Père, c'est Dieu dans son essence, ou
quant à son amour et sa puissance : parole ,
Dieu dans sa forme , ou la vérité, la sa
gesse divine , que l'on a appelée VERBE ou
FDL.S ; et Vesprit. Dieu dans son action
immédiate sut l'âme ou sur l'intime de tous
les êtres spirituels.
Les l umièresvictorieuses que la connais
sance des emblèmes naturels ou de la langue
universelle jette sur toute la parole de Dieu,
sont telles , que le mystère de la sainte Cène
se révèle lui-même tout entier. Quand on
3/( £E VRAI MESSIE, '
fait, e n effet, tous les rapprochemens que
nous venons de mettre sous les yeux des
lecteurs, et qu'on se rappelle qu'avant de
dire que le pain était son corps , JESUS -
CHRIST avait dit que son corps était du
pain, et qu'avant de dire que le vin était
son sang , ilavait dit que le sang était la
vérité, est-il possible qu'on s'y méprenne ?
N'est-il pas plus clair que le jour que, dans
tout cela , il n'a entendu parler que de l'a/M
propriation de Vamour divin et de vérité
divine ? Et ce dogme de la transsubstantia
tion, par lequel on est parvenu à éloigner
les hommes de la pratique la plus sainte et la
plus touchante dela terre etdescieux, n'est-
il pas aussi absurde que si l'on voulait sou
tenir que la parole de Dieu est réellement
dufroment, que JÉSUS-CHRIST est une
vigne véritable , ou que les vérités évan-
géliques sont réellement de Veau et du
sang(l)l
( i )Je conjure ceux de mes frères les catholiques ro
mains qui tiendraient encore à une transmutation de
substances proprement dite, de ne point regarder ici
le mot absurde comme une attaque injurieuse : la
force de la vérité a seule pu me l'arracher. On verra
LE VRAI MESSIE. 35
II nous serait facile de faire les mêmes re
marques sur nombre d'autres emHèmes na
turels familiers à JÉSUS-CHRIST dans ses
instructions, tels que ceux de pierre, de
que, p lusbas, je m'élève également plusieurs fois , et
avec force , non contre la Très-Sainte et Très-Ado
rable Trinité, devant laquelle toute intelligence
créée doit s'anéantir, mais contre une Trinité de trois
personnes réellement distinctes, sans que, dans tout
cela, il y ait aucune intention hostile. Je sais que ces
deux points importans étaient si difficiles à saisir
sans la connaissance de la langue de la nature , que
toutes les erreurs dans lesquelles ils ont fait tomber le
genre humain, sont excusables. Dieu étant triple, on
pouvait facilement le croire trois, et ne l'en aimer pas
moins. JÉSUS-CHRIST, dans les idées de la philo
sophie transcendentale , pouvant être considéré
comme placé entièrement hors du temps et de l'es
pace, même en tant qu'homme , certaines personnes
pouvaient aisément se persuader la possibilité d'une
manducation plus ou moins réelle de la chair du fils
de l'homme , et être , avec cela , des chrétiens très-
fidèles et très-aimans. Le zèle du cœur, au yeux du
SEIGNEUR , efface sans peine les méprises de l'esprit.
Et une preuve que les erreurs susdites , quoique graves
en elles-mêmes, pouvaient être tolérées jusqu'ici , c'est
que la Sagesse éternelle n'a pas jugé convenable de les
corriger plus tôt.
36 LE VRAI UTESSIE.
sable, de maison , déporte, de berger, de
brebis, d'arbre, de soleil, de lune, d'é
toiles ;.'par où l'on verrait, à n'en pouvoir
douter, que , même dans ses discours les
plus simples en apparence, il parlait néan
moins toujours la langue de la nature. Pierre,
pour en donner encore cet exemple, c'est
Dieu , c'est le rocher éternel et l'éter
nelle vérité; des principes généraux, des
vérités mères, sont des pierres particu
lières détachées de ce rocher; une maison,
un temple, bâtis avec ces pierres, c'est un
système religieux dont toutes les parties
sont parfaitement liées ; élevée sur le roc,
votre maison est éternelle comme Dieu;
élevée sur le sable incohérent des pensées
humaines, le torrent des tribulations la
renverse; une ville entière de maisons as
sises sur le rocher, c'est un ensemble de sys
tèmes réguliers et inébranlables; bâtie sur
une montagne , une telle ville éclaire toute
une contrée; enfin , construite entièrement
en pierres précieuses, cette même ville
n'est que la réunion générale de toutes les
vérités divines propres" h opérer le salut du
genre humain; en d'autres termes, c'est la
fc_
LE VRAI MESSIE. 3^
nouvelle Jérusalem descendant du ciel de
la part de Dieu.
Il f aut,par conséquent, connaître quel
que chose de la langue de la nature, et en
avoir étudié un peu le génie, pour savoir ce
que les hommes extatiques ont voulu dire;
et faute de cette science, Rome, aussi bien
que les autres sociétés chrétiennes que les
lumières croissantes lui ont successivement
arrachées , ont dû naturellement mal in
terprète^ l'Évangile sur différens points.
Il serait même miraculeux que cela n'eût
point eu lieu. Car, comment ne point.se
fourvoyer , quand on prend grossièrement à
la lettre les mots de père, defils, de man
ger , de boire, de monter, de descendre ,
d'envoyer, dans des discours où il n'est
question que de l'essence divine ? Les véri
tés du salut ont été forcément enveloppées
d'un langage tout humain, par CELUI qui
est sorti des splendeurs éternelles pour visi
ter notre retraite obscure; et il faut savoir
écarter de son langage l'alliage et les scories,
pour avoir purs l'or et l'argent de la doc
trine et de la vérité. Le langage embléma
tique est, comme nous l'avons montré, fondé
38 LE VRAI MESSIE.
sur l anature même des choses : tout autre
langage eût été absurde dans la bouche de
DIEU RÉDEMPTEUR. Des discours qui ne
se seraient adressés qu'à unefraction d'êtres
dans la création, eussent été indignes de
JÉSUS-CHRIST. La langue de la nature,
ou universelle, a des avantages qu'aucune
langue de convention ne peut réunir : seule
elle peut être rendue aussi riche et aussi
concise que le CRÉATEUR le juge néces
saire dans l'occasion ; seule elle peut se faire
entendre de la société éternelle de l'univer
salité des êtres , où la simple idée d'une
langue par sons articulés paraîtrait une ab
surdité. Même en se servant d'une langue
conventionnelle comme instrument, l'Etre
des. êtres a du encore s'adresser à toute sa
création, en enlaçant dans celte première
langue une autre langue tout-à-fait univer
selle. La création n'est, en effet, pour lui,
qu'une unité; et il doit toujours pouvoir
être compris de tous les êtres, depuis l'ange
le plus élevé jusqu'au plus pervers des dé
mons ; avec cette seule différence que , plus
un être a d'intelligence , mieux il démêle le
sens de ses oracles; tandis que celui qui est
LE VRAI MESSIE. 3g
indigne de les bien saisir, en voyant ne
voit point , et en entendant ne comprend
point. Cet objet, encore une fois, est indis
pensable dans les relations du CRÉATEUR
avec une société d'êtres dégradés, et les
emblèmes naturels peuvent seuls le rem
plir.
Que s iles contemporains de JÉSUS-
CHRIST n'ont pas saisi , de son temps, toute
la richesse de sa doctrine , c'est que cela ne
pouvait ni ne devait être : J'aurais encore
beaucoup de choses à vous dire, mais
vous n'êtes point en état maintenant
de les comprendre, dit le SEIGNEUR aux
apôtres. Que penserait-on aujourd'hui de
JÉSUS-CHRIST, si, pour faire comprendre
de son temps sa divine nature, il eût dit,
par exemple, en supprimant les emblèmes
de Père et de Fils : La cause première est
le moi universel; moi qui vous parle, je suis
ce même moi universel manifestéparticu
lièrement ? — L'univers alors n'était réelle
ment point assez avancé. Il fallut que le
genre, humain se cultivât peu à peu sous
l'influence de l'esprit et de la vertu d'en-
haut; il fallut qu'il apprit à réfléchir pro
40 LE VRAI MESSIE.
fondement ; il fallut qu'il parvint , avec la
philosophie, à s'élever entièrement au-des
sus des notions de temps et d'espace^ pour
apprécier tous les discours et toutes les dé
marches de son ÉTERNEL BIENFAITEUR.
Mais ces temps heureux sont arrivés à leur
tour. Non-seulement des individus isolés ,
mais la masse entière du genre humain est
prête aujourd'hui à entrer véritablement
dans les vues de l'amour divin. Dix-huit
cents ans sont à peine écoulés, et le plan
éternel de DIEU RÉDEMPTEUR peut se
développer! Une troisième explosion de la
miséricorde infinie, selon l'expression d'un
journal philosophique peut avoir lieu; et,
au moment où l'univers se croira le plus près
du déisme, il sera à la veille de devenir
plus véritablement chrétien qu'il ne l'a ja
mais été.
Nous t rouvantainsi mis sur la voie de la
langue de la nature par les livres inspirés,
nous pouvons maintenant, sans crainte de
nous tromper, citer quelques-uns de ces em
blèmes de la nature que les hommes eux-
mêmes ont conservés dans leur langage ,
sans savoir qu'ils appartiennent réellement
LE VRAI MESSIE. .( I
à une langue distincte. C'est ainsi que l'ins
tinct général du genre humain a déterminé
depuis longt-temps la signification morale
du soleil aussi bien que celle de sa chaleur
et de sa lumière. Le soleil a toujours été le
principal emblème de la Divinité sur la
terre; sa chaleur, celui de l'amour , et sa
lumière, celui de la vérité : de là, dans des
temps de superstition et de barbarie, l'ado
ration du soleil , et le culte du feu , que
l'on retrouve presque chez tous les peuples.
L'or signifie aussi, presque généralement
chez toutes les nations, ce qui est précieux ;
la pierre, ce qui est solide; la graisse, ce qui
est riche, et cent autres emblèmes qu'il "se
rait trop long de rappeler. Moins , en géné
ral, les peuples avaient de mots convention
nels, plus il leur fallait d'emblèmes naturels;
et quand ils n'avaient point de termes con
ventionnels du tout, ce qui se conçoit faci
lement, du moins pour les termes de mo
rale, alors ils n'avaient absolument que des
emblèmes dans leur langage.
Il n 'estqu'un seul de ces emblèmes au
quel nous devions nous arrêter encore un
instant ici, à cause de son importance : c'est
42 L E VRAI MESSIE.
celui de l'homme que l'on n'a pas toujours
remarqué autant que ceux qui sont hors de
nous, les objets extérieurs nous frappant, en
général, plus que notre propre être. Dans
tous les temps quelques esprits profonds ont
reconnu que l'homme était l'emblème le
plus parfait possible, l'emblème, par consé
quent , naturel et vrai de tout ce que l'on
peut appeler intelligence et vie. Le nom de
microcosme , ou de monde en petit, donné
à l'homme par les anciens sages, suffirait
pour le prouver. La forme humaine est,
en effet , une vraie forme d'amour et de
sagesse , capable , à elle seule, de caractéri
ser toutes les nuances possibles de l'être
moral' pris dans son état complexe. L'être
vivant et intelligent ne saurait avoir une
autre forme que laforme humaine. L'ange
n'est que l'homme esprit ou l'homme sub
stantiel. Et Dieu lui-même, quand on veut
bien y réfléchir, n'est réellement conçu par
l'esprit humain que comme homme divin.
L'homme divin est le seul côté apercep-
tible de Dieu; son essence infinie demeu
rant éternellement cachée dans cet homme
ou dans cette forme, laquelle nous ne con
LE VRAI MESSIE. 43
cevons p asvide et métapliysique , dans le
sens que l'on donne d'ordinaire à ce mot,
mais pleine et substantielle , puisque Dieu ,
pour paraître comme homme, n'a pas be
soin, à proprement parler, de créer cet
homme^ et qu'il ne fait que le montrer. Ce
qui rend encore l'homme un emblème si in
téressant, c'est le rapport qu'il a ensuite
avec tous les autres êtres vivans que nous
apercevons sur la terre. Après ce roi de la
nature, tous les autres animaux, formes de
vie toujours moins parfaites, inclinant tou
jours davantage la tête vers le sol, ne sont
que les emblèmes des diverses nuances pos
sibles de vie ou d'intelligence dégradée.
Quand l'homme est ce qu'il doit être , il ne
diffère de l'ange que par la pesanteur de sa
matière; quand l'homme se dégrade, il par
court la chaîne de tous les degrés de vie in
férieure, figurée par les animaux : chaque
animal, par ses formes et ses instincts, of
frant une nuance particulière de cette vie.
Tous les rayons du zénith à l'horizon, ou de
la perpendiculaire à la ligne horizontale,
sont ainsi remplis : L'homme et le serpent
forment l'angle droit; le reste des animaux
44 ï-E VRAI MESSIE.
remplit t outle quart du cercle ; et un autre
genre d'êtres est géométriquement impos
sible. '
Nous ne citerons pas un plus grand nom
bre d'emblèmes naturels, en cet endroit,
pour prouver notre thèse ; le corps de l'ou
vrage les fournira en abondance: car, en
envisageant sous, ce même point de vue
tous les objets de la nature, soit morte, soit
vivante, et les phénomènes sans nombre
qu'elle présente, dans un globe entier comme
dans un atome de ce globe, on voit claire
ment que, conservant toujours un rapport
réel, quoique éloigné, avec quelque nuance
de vie ou d'intelligence, non-seulement ils
peuvent servir à les caractériser, mais qu'ils
les caractérisent dans la réalité. Lapoussière
elle-même et la boue ont ainsi des significa
tions arrêtées. Elles représentent tout ce
qu'il y a de bas et de vil; le bas, le vil ,
l'abject et le dégoûtant, se retrouvant dans
la morale à côté du grand, du noble et du
relevé. C'est évidemment d'un souvenir
éloigné de toutes ces relations nécessaires
entre le monde moral et le monde phéno
ménal , que vient à l'homme ce goût décidé
LE VRAI MESSIE. ^5
pour l escomparaisons, dont toutes les
autres figures de rhétorique .ne sont, dans
le fait, qu'une variété. C'est de là que vient
à l'homme ce goût irrésistible pour les fables
et les paraboles; moyens sûrs de faire goûter
à la multitude les idées du juste et de l'in
juste, mais par où les peuples ont été portés
trop souvent à se composer des mythologies
absurdes. Le passage de la langue de la na
ture aux langues de convention, s'était fait
par des progrès si insensibles , que personne
n'avait jamais eu l'idée de remonter à la
source : on ne savait pas le chemin que l'on
avait fait; mais la distance paraît frappante
dès que l'on y est rendu attentif. Primitive
ment on n'aura pas nommé les objets , on
les aura montrés; non corporellement, il
est vrai , mais substantiellement et par la
force de la pensée , tels que ces objets exis
tent en Dieu, et tels que nous les apercevons
encore dans les songes, dans lesquels il y a
évidemment plus que de l'imagination (i).
(i) A moins que l'on n'avoue qu'avec cette imagi
nation on puisse former le monde de Berkeley tout
entier, et par conséquent tous les mondes possibles.
46 LE VRAI MESSIE.
Une communication de pensées et de senti-
mens immédiate est tout aussi concevable ,
et même plus simple -, que toutes celles qui
ne se font que. par des moyens plus ou moins
éloignés : et la richesse d'une pareille com
munication est telle , qu'elle ne souffre au
cune comparaison avec la pauvreté de toutes
les autres. Quand cette faculté primitive de
voir et de faire voir l'objet immédiat de la
pensée et l'emblème naturel des sentimens,
se sera affaiblie, alors seulement les signes
extérieurs seront venus s'y joindre. De là, le
langage des gestes, parlé d'abord plus parti
culièrement par les yeux, la bouche et la
composition particulière du visage, et qui
aura fini par amener les sons conventionnels,
et tous les signes extérieurs, tels que ceux
qui se retrouvent encore chez les sourds et
muets, et enfin ceux qu'offrent les hiéro
glyphes et l'Écriture. A. l'époque où les
deux manières de se parler, celles par em
blèmes naturels et celle par sons articu
lés , se seront mêlées, alors il en sera résulté
le langage que l'on appelle encore aujour
d'hui prophétique ou extatique , dans le
quel les mots conventionnels ne servent
LE VRAI MESSIE. 47
qu'à r appelerles emblèmes plus significatifs
de la nature.
C'est dans cette dernière langue ^évidem
ment. double, nous le répétons, que nous
avons trouvé écrit le plus grand nombre des
livres que l'antiquité nous a transmis comme
livres inspirés. Pour comprendre la Bible,
il ne suffît pas, par conséquent, de com
prendre X'hébreu, le grec , le latin, ou
tel autre idiome dans lequel elle est tra
duite; mais il faut encore comprendre la
langue de la nature; les auteurs sacrés
n'ayant primitivement emprunté du langage
usité de leur temps, que tout juste les mots
nécessaires pour retracer les images natu
relles qui parlent d'elles-mêmes. De là , pour
le dire en passant, ces bizarreries qui se
rencontrent dans les prophètes, et qui ont
si fort choqué des philosophes superficiels ,
ces images monstrueuses réunissant à la fois
les membres discordans de nombre d'ani
maux divers: car, en parlant de sociétés col-
. lectives, ou de diverses nuances du carac
tère moral du même individu, les prophètes
ont été forcés d'amalgamer les emblèmes
primitifs et d'en former de composites, tels
48 LE VRAI MESSIE.
qu'on e n remarque principalement dans
Ezéchiel , Daniel et saint J.ean. Tout cela
était entièrement dans le génie de la langue
de la nature, et, par suite, dans l'essence
des choses; et se moquer des animaux , des
cornes , des roues couvertes d'yeux , des
prophètes, du cheval blanc de l'Apoca
lypse, et même du déjeûner d'Ezéchiel ,
c'est ressembler un peu à ces ignorans qui
rient en voyant de l'écriture chinoise ou des
hiéroglyphes égyptiens (i).
Telles s ontles considérations qui nous
ont engagés à publier l'Essai qu'on va lire.
(i) En parlant de matières religieuses, Voltaire, le
plus souvent, ne raisonnait pas, il plaisantait. Quant
à Dupuis , il ne s'était point assez rendu maître de la
matière qu'il traitait. Une lecture attentive de la sym
bolique .de Kreutzer, ouvrage très-utile au philosophe
qui voudrait entreprendre l'étude de la langue de la
nature , fait voir avec une évidence qui exclut toute
espèce de doute, que les anciennes religions païennes
avec leurs diverses mythologies et cosmogonies , n'é
taient généralement nées que de la langue de la na
ture mal comprise, et que, par conséquent, le com
plément de la religion chrétienne , la seule véritable ,
consistera dans la connaissance de cette même lan
gue retrouvée , et portée à une certaine perfection.
LE VRAI MESSIE. 49
En é tudiant nous-mêmes les saintes Écri
tures avec cette nouvelle clef, nous y avons
vu si clairement les véritables intentions du
CRÉATEUR et RÉDEMPTEUR du genre
humain, que nous nous serions cru coupa
bles , si nous n'avions point fait part de nos
idées -à un mondé si dérouté dans toutes ses
conceptionsreligieuses, que l'on n'y rencon
tre à peine autre chose que de l'athéisme ou
delà susperstition.
Le moment, du reste, n'est point défa
vorable pour engager l'univers à soumettre
à un nouvel examen, à un examen sérieux
et réfléchi, ces événemens immenses qui
sur notre globe ont substitué le> Christia
nisme à l'Idolâtrie. La philosophie du dix-
neuvième siècle n'est réellement plus- celle
du dix-huitième. Depuis les dernières révo
lutions européennes, lesquelles ont été mo
rales autant que physiques, la philosophie
est devenue en grande partie spiritualiste,
de matérialiste qu'elle était. Plusieurs dé
nos penseurs modernes ont enfin reconnu
la vérité de cette prédiction de Platon, que
« ceux qui se livreront aux recherches pro
fondes (de tout ce qui se rattache à la mo
5o LE VRAI MESSIE.
raie e tà la religion) avec un esprit humble ,
et qui fuiront cette maniepeuphilosophique
et peu religieuse , de décider, de trancher
tout, à la première vue des difficultés, trou
veront que souvent ce qui leur paraissait le
plus incroyable, était ce qu'il y avait de
plus certain et de plus évident (i). ,» De
grands noms se rattachent déjà à ces nou
velles et rayonnantes doctrines d'un monde
lumière, d'un monde substance^ enclavé
partout dans le monde matière : doctrines
seules vivifiantes, seules vraies, et qui de
vaient triompher tôt ou tard (2).
Nous ne parlerons point ici de ces phé
nomènes qui sembleraient devoir familiari
ser la médecine elle-même avec ces idées
qui agrandissent l'univers de toute l'étendue
de l'espace. Quelques médecins distingués,
en France aussi bien qu'en Allemagne, s'é-
levant, comme on sait, au-dessus de deux
espèces de préjugés opposés, ont examiné,
(1) Ë pîtreà Denys.
(2) I lest inutile de dire qu'en tête de ces noms il
faut inscrire celui de M. Royer-Collard et de l'école
qu'il a formée.
.
LE VRAI MESSIE. 5l
avec quelque attention , cet étatparticulier
de l'organisme produit par les manipula
tions magnétiques, ou l'imposition des
mains, appelé depuis extase provoquée;
et ils ont reconnu la réalité de phénomènes
surprenans, connus évidemment dans l'an
tiquité, et qui montrent que l'homme,
même en restant dans les liens de l'existence
corporelle, peut néanmoins s'élever quel
quefois au-dessus de l'organisme, et fran
chir ainsi plus ou moins le temps et. l'espace.
Les mots de voyant , de prophète et iVins
piré, ont commencé en conséquence à pa
raître moins étranges à ces savans ; les
traces du langage emblématique ou prophé
tique, reparaissant assez souvent dans l'état
d'exaltation produite par le magnétisme.
Quelques philosophes modernes se sont
même convaincus par - là de la réalité de
certaines communications entre les hom
mes, qui , dépouillant leur enveloppe maté
rielle, ont passé dans ce monde lumière,
lequel se joue au milieu de tous les globes,
comme les rayons du soleil se jouent dans
un globe de cristal, et où se parle la langue
emb lématique, et des hommes vivant encore
.- 3 .
5.*? LE VRAI MESSIE.
sur l aterre, où jusqu'à présent on ne con
naissait que les langues de convention et par
sons articulés (i). Mais, outre que la méde-
(i) Les preuves de raisonnement que nous avons
données de l'existence primitive d'une langue natu
relle parmi les êtres intelligens, nous paraissaient si
claires et si convaincantes, que nous avions cru inu
tile de surcharger cet avant-propos de citations d'au-
îeurs anciens ayant les mêmes convictions que nous ,
ou rapportant des faits capables de les appuyer. Ici ,
toutefois , où nous touchons à la question délicate du
magnétisme animal, les remarques suivantes pourront
trouver leur place. Le pythagoricien Épicharme parlait
déjà de la manière suivante de ce que j'appelle les
formes substantielles : « L'art de jouer de la flûte,
dit-il , est sans doute quelque chose de séparé de
l'homme qui enjoué. Il en est de même de ce qui est
bien ou de ce qui est bon ; la bonté est nécessairement
une chose séparée de l'homme qui la possède. » A quoi
Alcime ajoute : « L'âme apprend certaines choses,
moyennant les sens, et d'autres sans leur secours,
parce qu'elle considère ces choses en elles-mêmes; »
ce qui prouve assez clairement que les anciens atta-
, citaient très-souvent l'idée de réalité à ce qui, pour les
modernes , n'a plus été qu'une qualité abstraite. (Voir
Diogène Laè'rce, m, i4, 12.) Philopone assure avoir
vu dans un des livres perdus d'Aristote sur le bien
ou laphilosophie , ces propres expressions: « Les idées
ou lesformesdes choses contiennent la matière, comme
i
LE VRAI MESSIE. 53
cine moderne est encore bien loin d'être
d'accord sur ces divers points; outre qu'il
doit être dangereux de chercher à établir
les nombres contiennent les choses nombrées ; car la
matière étant en soi une chose indéterminée, c'est-à-
dire, sans attributs réels, ce sont les formes seules
qui en font des objets. (De An. page 17, Venise, i535.)
En général, selon Pythagore et ses disciples, les
choses seules étaient des objets en soi, c'est-à-dire des
objets réels et éternels, quoique immatériels ; tandis
que les objets matériels, en tant que matériels, n'é
taient rien en soi. Leurs idées se rapprochaient beau
coup de celles émises parmi nous par Berkeley sur la
non-existence de la matière comme quelque chose en
soi; et quand , par suite, ils disaient le monde éternel,
ils n'entendaient souvent parler que des formes sub
stantielles du même monde , telles que chacun les voit
et palpe encore dans l'état de songe. Sous ce rapport,
les nouveaux phénomènes somnambuliques observés
en Allemagne semblent avoir mis quelques-uns de ses
savans à même de comprendre la philosophie des an
ciens, mieux qu'on ne l'avait jamais comprise. « Timée ,
dit Tiedeman dans sa vie de Pythagore, page 545,
promet à ceux qui observent les règles prescrites , la
vue des dieux ( c'est-à-dire , celle de leurs ancêtres
transformés); il en faut évidemment conclure que les
pithagoriciens avaient trouvé le moyen d'être en un
véritable état d'extase. » (État dans lequel l'homme in
térieur et immortel d'un individu , se réveillant pen-
54 1E VRAI MESSIE.
ces s ortes de communications entre le
monde naturel et l'univers des hommes-es
prits, vu la dégradation de notre être qui ne
nous permet nécessairement d'entrer en
rapport qu'avec d'autres êtres dégradés qui
dant un sommeil passager , peut naturellement s'en
tretenir avec ceux dont les organes matériels dorment
définitivement du sommeil de la mort.
Stillingfleet , qui, comme on sait, avait fait l'é
tude la plus profonde de l'antiquité, était convaincu,
comme nous, que, dans l'origine, le nom d'une chose
signifiait son essence. On peut consulter les Origines
sacrée ; on y verra la confirmation de presque toutes
nos idées. Le père Kircher était persuadé que la pre
mière langue n'avait pu être conventionnelle. Clément
d'Alexandrie dit en propres termes ( Stromates , L. v.)
que les anciens faisaient quelquefois la relation de
leurs actions par une suite de symboles. C'est de l'E
gypte que la Grèce reçut l'usage des symboles , sa my
thologie , ses temples pour la guérison des malades et
la reddition des oracles ; et l'Egypte elle-même n'avait
trouvé toutes ces choses que moyennant ses hommes
extatiques, ses prêtres et ses prêtresses. Il est impos
sible de se refuser à l'évidence des preuves que l'his
toire fournit à cet égard, et que de nouvelles expé
riences sont venues confirmer dans ces derniers temps.
Aristé Proconensis, qui vivait du temps de Cyrus, est
représenté par des historiens contemporains comme
LE VRAI MESSIE. 55
se trouvent à notre unisson, et que nous ne
serions point en état de bien comprendre,
même alors qu'ils seraient disposés à nous
être utiles; nous regardons les phénomènes
magnétiques comme de bien peu d'usage .
un homme qui pouvait faire sortir son âme de son
corps et l'yfaire rentrera volonté : ce n'était évidem
ment qu'un somnambule. Socrate lui-même, comme
tout le monde sait , entrait de temps en temps dans
l'exaltation magnétique : le démon ou esprit familier
qu'on lui attribue , n'a point d'autre origine. « Ces dé
mons des pythagoriciens , disait Diogène Laërce ( dé
mons, quij comme nous l'avons déjà dit, n'étaient que
les hommes substantiels de leurs ancêtres), influencent
les mortels par des pressentimens et des songes qu'ils
leur donnent; ils leur envoient la santé et la maladie,
et leur révèlent les choses cachées et les événemens fu
turs. » Tout le monde connaît la science cabalistique
des Rabbins, que plus d'une forte tête a défendue dans
les temps passés, et que le progrès des sciences a forcé
quelques savans. modernes à envisager avec un peu
moins de dédain. Enfin , tous les passages des épîtres
de saint Paul , où cet apôtre trace des règles touchant
l'ordre à garder parmi ceux qui parlent des langues
inconnues , ceux qui ont des visio?is, des révélations ,
et ceux qui interprètent les songes, prouvent que
l'imposition des mains , observée par lui, ressemblait
entièrement à nos modernes- expériences sur l'extase
56 LE VRAI MESSIE.
quand il s'agit de morale et de religion :
quoique, du reste, nous serions bien éloignés
de détou/ner de son entreprise celui qui
voudrait se confirmer dans la croyance à
l'immortalité par les expériences du som
provoquée. Il fallait, alors comme aujourd'hui, éprou
ver les esprits pour savoir s'ils sont de Dieu, et faire
la part à l'exaltation imaginaire ou simulée, à la
fourberie et à la.folie. Et ce que les apôtres, en per
sonne, nous ont appris à cet égard, nous dispense
d'entrer dans le détail de ce qu'en ont dit les SS. Pères
et les premiers écrivains ecclésiastiques , qui , sans en
excepter un seul, admettaient tous des extases, des
guérisons , des possessions, et en parlaient comme de
phénomènes connus de tout le monde, parmi les
païens aussi bien que parmi les chrétiens. Tertullien a
écrit à lui seul sept livres sur l'extase ; et il n'est de-:
venu montaniste que pour s'être laissé tromper par
l'extatique Montan, et ses deux compagnes, prophé-
lesses ou somnambules , comme on voudra les appe
ler. Il faut réellement n'avoir jamais ouvert un auteur
ancien, pour pouvoir sepersuader que l'étatparticulier
de l'organisme, appelé crise extatique par le docteur
Bertrand, n'a pas été connu de tout temps; qu'il n'a
pas fait souvent l'objet principal des recherches des
peuples , sous le rapport du culte comme sous celui de
la science thérapeutique, et que la plupart des reli
gions de l'univers , n'ont pas eu pour premier principe
cet étonnant phénomène.
LE VRAI MESSIE. 5^
tiambulisme artificiel, en se rendant témoin
oculaire de la clairvoyance physique ou
morale de certains individus extatiques,
dans lesquels l'état futur de l'homme dégagé
de la pesanteur de la matière, se montre
d'une manière aussi palpable que tous les
autres phénomènes de la nature.
Le c hrétienéclairé n'a jamais eu besoin
d'aucune de ces expériences tardives que
les sciences humaines viennent de temps
en temps ajouter à sa foi. Il lui a toujours
suffi de jeter un regard impartial sur l'ac
cord admirable de l'Ancien et du Nouveau
Testament, et sur le système immense et évi
demment au -dessus du pouvoir de toutes
les intelligence créées, qui en résulte, pour
reconnaître le doigt de Dieu. Mais il n'en
est point ainsi de ces chrétiens simplement
de nom^ qui dans la réalité ne savent plus
ce qu'ils croient, et qui enveloppent dans
un égal mépris et les abus religieux et les
principes les plus indispensables de la mo
rale et de la religion , faute de pouvoir dé
mêler la vérité d'avec des prétentions ab
surdes. Il n'en est point ainsi , surtout de
ces nombreux mécréans du jour, qui ont
3..
53 LE VRAI MESSIE.
souvent de si terribles préjugés à surmon
ter, ne conservant souvent pas la première
idée, la première notion d'une vie immor
telle et dégagée de la pesanteur de la ma
tière. Pour tous ceux-là , la plus simple
planche de passage devient la chose la plus
précieuse ; et l'idée de la langue de la na~
ture , retrouvée dans les livres saints,
nous a surtout paru propre à représenter
cette planche; nous nous en sommes em
paré avec d'autant plus d'empressement que
le nombre de ceux qui doivent y passer est
plus considérable.
Nous avons partagé notre ouvrage en
deux parties : la première traite de la vraie
nature de JÉSUS-CHRIST; la seconde, du
vrai sens de sa doctrine.
LE VRAI MESSIE. §ÇJ
CLEFS HIÉROGLYPHIQUES.
Avant de commencer notre explication
des principaux passages des Saintes-Écri
tures d'après les principes de la langue éton
nante dont nous venons de signaler l'exis
tence, nous voudrions de tout notre cœur
mettre sous les yeux du lecteur le diction
naire qui nous a guidé. Mais, comme c'est
véritablement ici le cas de dire avec Jean-
Jacques , que notre livre serait aussi gros
que le monde, que nous n'aurions point
épuisé notre sujet , nous nous bornerons à
quelques données absolument générales,
simples clefs^ au moyen desquelles le lecteur
lui-même pourra pénétrer plus avant dans
les domaines immenses de la nature. Tout
notre dictionnaire se réduira, en attendant,
aux mots suivans :
I. DIEU, AMOUR, VÉRITÉ.
II. SOLEIL , CHALEUR, LUMIÈRE.
6ô LE VRAI MESSIE.
III. HOMME ^ BONTÉ, SCIENCE.
IV. VIVRE, MANGER, BOIRE.
V. RÉGNE ANIMAL, règne végétal,
RÈGNE MINÉRAL.
VI. CRÉATION, PRODUCTION, DESTRUC
TION.
VII. SUBSTANCE, forme, couleur.
VIII. MARCHER, MONTER, DESCENDRE.
IX. MILIEU, DROITE, GAUCHE.
X. POINTS , NOMBRES , ÉLÉMENS.
I. DIEU, amour , vérité. Par-là même
que, dans sa première essence , Dieu est le
Grand -Tout, l'Etre infini; il n'est rien
pour nous, s'il ne concentre les rayons de
sa gloire éternelle sur un point déterminé ;
en d'autres termes,-*'// ne se présente à
l'homme sous l'image et la ressemblance
de l'homme. Même considéré dans la pre
mière grande division de son être, comme
amour, bonté ou puissance , et comme
vérité, ordre ou sagesse, Dieu ne devient
point encore apperceptible ni saisissable
pour nous. Non - seulement, en portant
notre attention sur ce* deux grands attri
butsprimitifs, son être déjà nous échappe;
LE VRAI MESSIE. # 6l
mais, c esattributs eux-mêmes ne nous
sont connus que par les emblèmes naturels
dont ils sont les abstractions. Comment
connaît-on , en effet, l'amour, si ce n'est par
le cœur? Et comment connaît-on la vérité,
si ce n'est par les objets quinous la révèlent?
De là, nécessité absolue pour toutes les
intelligences créées de n'atteindre Dieu
que moyennant l'emblème d'un homme-
Dieu, ou d'un Dieu-homme. L'homme , par
conséquent, est le véritable hiéroglyphe de
la Divinité: hiéroglyphe in/îni dans ses dé
tails , même à ne considérer l'homme qu'en
tant qu'il est uneforme matérielle, puis
que saforme matérielle n'est elle-même que
l'emblème de son être moral.
II. SOLEIL, chaledr, lumière. Quoi
que la vérité que nous venons d'exposer ne
puisse être méconnue par aucun esprit juste,
pour peu qu'il se rende attentif, les hom
mes, toutefois, n'ont pas cherché généra
lement Dieu dans le type si naturel du beau
idéal de la nature humaine. Guidés, sans
doute, par la conscience secrète dela dégra
dation de leur être , ils ont presque toujours
commencé par chercher Dieu dans un cm
62 LE VRAI MESSIE.
blême du second ordre; emblème inanimé,
et, sous ce rapport, moins susceptiblede dé
gradation, mais aussi d'une perfection pure
ment physique, nous voulons parler de Vas
tre du jour. Toutes les qualités inconceva
bles que l'on remarque dans l'Etre divin se
trouvent en effet tjpifiées d'une manière
presque aussi inconcevable dansle soleil. Le
soleil, dans le firmament , astre toujours le
méme,astre toujours nouveau^paraîtaussi
unique, éblouissant les regards des mor
tels, infiniparsa lumière, présent à toute
la terre , et principe de vie de toute la na
ture. Ses deux qualités essentielles, qui sont
la chaleur et la lumière, se rapportent éga
lement , la première à Vamour, la seconde
à la vérité. Feu mystérieux , dans sa mar-
ché^covame dans la nature de ses rayons ,
les hommes n'en connaissent clairement
que les bienfaits. Tout dans l'univer* est
comme nourri, comme formé de sa sub
stance, depuis Vherbe la plus tendre jus
qu'au diamant le plus dur. De là des mil
lions d'hiéroglyphes que chacun peut faci
lement retrouver. Tous les phénomènes de
la lumière réfléchie, toutes les couleurs,
LE V ftAI MESSIE. 63
conservent quelque rapport éloigné avec la
morale : depuis le blanc qui représente les
vérités complexes, jusqu'au noir qui rap
pelle les ténèbres de l'ignorance absolue;
depuis le pourpre qui eteVéclat dufeuet
de laflamme, jusqu'au violet leplusfaible>
à peine capable de caractériser les /ormes
des objets. Et cet examen étonnant de la
lumière morte, comparée à celle de l'esprit,
se soutient jusque dans les mystères de la
réfraction et des accès de transmission.
De quelque manière que l'on envisage la
lumière , sous quelque point de vue qu'on
la considère, elle répond toujours à quelque
nuance de vérité ; et l'œil de l'homme , qui
est l'emblème de son a/ne, n'est réellement
nourri que de lumière , dans la contempla
tion de la création entière.
III. HOMME, bonté, science. Nousavons
déjà dit un mot de l'homme dans notre In
troduction ; et on trouvera dans le corps de
notre ouvrage une esquisse assez détaillée
sur les hiéroglyphes sans nombre de ses dil*
t'érens organes. Nous dirons donc simple
ment ici que tout ce qui peut se remar
quer chez l'homme dans les parties végéta-*
64 LE VRAI MESSIE.
tive, i nstinctiveet animale de son être, se
retrouve également dans son être moral,
et n'est de ce dernier que l'hiéroglyphe de
détail. De même que l'homme civil est in
cessamment occupé à acquérir des qualités
personnelles , et à amasser des possessions
capables de le faire rechercher dans le
monde ," de même l'homme immortel ac- -
quiert à tout moment des vertus et des
connaissances célestes qui le rendent digne
• de la société éternelle ; et ces diverses qua
lités métaphysiques sont rendues sensibles
jusque dans leurs dernières nuances, par
les hiéroglyphes infinis des acquisitions
terrestres; hiéroglyphes dont les images
substantielles accompagneront nécessaire
ment l'homme dans son état de transforma
tion; que dis-je? qui l'accompagnent pro
bablement déjà aujourd'hui,quoique àson
insu. L'homme, comme tous les animaux,
peut être envisagé comme un cylindre
creux au travers duquel passent des matières
emblématiques. Tout ce qui entre figure des
appropriations morales ; tout ce qui sort,
des réfections. Autour de celte première
souche,se rangent ensuite tous les divers or-
I/E VRAI MESSIE. 65
ganes d essens, plus ou moins nombreux,
plus ou moins développés selon les sujets, et
qui, envisagés de la même façon, donnent
une masse d'hiéroglyphes moraux qu'il n'est
point au pouvoir humain de nombrer. Et
on remarquera encore ici cette différence
caractéristique, qu'en tout, la bonté perfec
tionne plutôt que la science, parce que la
bonté se rapporte à Vamour, la science a
la vérité. Considéré comme un appareil de
leviers, ou deforces quelconques, l'homme
offre encore un spectacle admirable. La
main est à elle seule un appareil tout entier;
chaque doigt même en est un. Ces appa
reils sont toujours divisés en trois leviers
distincts, pour les raisons que nous donne
rons en parlant de l'hiéroglyphe des nom
bres. Lepouce, placé à la racine de la main,
est l&force la plus considérable du même
appareil ; et en cela il correspond à l'e-
paule et à la hanche, qui sont placées de
même. Par un acte de volonté, de trois le
viers, l'homme n'en fait quhm. Uneforce
rendue nulle, le devient comme en trois
temps : la main plie d'abord , puis le coude,
puis l'épaule; et l'homme est vaincu. Ainsi
66 LE VRAI MESSIE.
se d istribuentsur hforme humaine comme
sur une échelle de proportion, les points
hiéroglyphiques de toutes les nuances pos
sibles de forces morales. D'après les don
nées que nous avons déjà à cet égard , nous
pourrons peut-être dire un jour, lesnuances
particulières de chaque doigt et de chaque
phalange.
IV. VIVRE, manger, boire. Dieu est la
vie; l'homme vit : en d'autres termes , chez
l'homme la vie est progressive; en Dieu,
non. Tout dans l'homme se fait par progrès
insensibles : le CRÉATEUR lui-même ne .
saurait intervertir cet ordre. Pour cette rai
son , le corps humain croît et décroît éga
lement par des accessions et des pertes qui
ne se remarquent qu'avec le temps. L'a-
mour même et la vérité , qui sont les pro
priétés exclusives de DIEU , ne peuvent
être appliqués à l'homme que par des
nuances imperceptibles. De là cette écono
mie si admirable de la réhabilitation du
genre humain dégradé, opérée dans un
laps de temps proportionné : vérité essen
tielle, qu'il ne faut jamais perdre de vue
un. instant quand on veut juger sainement
LE VRAI MESSIE. 67
de l amarche de DIEU RÉDEMPTEUR. Le
manger, dans l'homme physique, se rap
porte encore une fois à Vamour, et le boire
à la sagesse; et cela , jusque dans leursplus
petits détails. Il en est de la nourriture., en
général , comme du vêtir, lequel rappelle
de même Vamour ou la charité par la
chaleur, et la vérité par les couleurs et les
formes.
V. RÈGNE ANIMAL, règne végétal,
règne minéral. Tous les animaux, par
leurs formes corporelles, comme par leurs
instincts, sont autant d'hiéroglyphes des di
verses dégradations de la nature humaine,
ou des parties détachées de l'ensemble
d'organes de vie appelé homme. Qu'on exa
mine les formes animales géométriquement,
depuis ce même homme qui représente la
perpendiculaire, jusqu'au reptile qui forme
la ligne horizontale , et appliquant par con
séquent à cesformes les règles des sciences
exactes que la Divinité elle-même ne sau
rait changer, on verra que la nature visible.
les renferme toutes; que les combinaisons
des septformesprimitives sont entièrement
épuisées, et que par -là même elles peu
68 LE VRAI MESSIE.
vent r eprésentertoutes les nuances de mo
ralité possibles. De là la chaîne immense
des' types moraux , offerte par tous les ani
maux , dans leurs manières progressive
ment plus imparfaites de pourvoir à leur
frêle s ubsistance:types qui paraissent quel
quefois arbitraires, et même bizarres, aux
yeux du philosophe superficiel , mais qui ne
le sont plus pour le philosophe naturaliste,
lequel a étudié les rapports délicats des
formes et des instincts dans leurs détails
sans fin, et qui sait que chaquefbrille a été
disposée avec une raison suprême dans le
ciron comme dans l'éléphant. Quant aux
deux autres règnes, le règne végétal n'est
qu'une dégradation du règne animal par la
suppression des mouvemens volontaires; et
le règne minéral , qu'une -dégradation du
régne végétal , par la suppression de mou-
- vemens sensibles quelconques. Mais les rap
ports éloignés du bien et du vrai s'y trou
vent toujours conservés. L'herbe naissante,
par exemple, est le symbole d'une puissance
productive dans son germe; l'arbre, celui
d'une faculté pourvue de tous les moyens
nécessaires à la production de fruits de
LE VRAI MESSIE. 69
toute e spèce.Il en est de même des miné
raux. Les modes si variés de cristallisa
tion n'ont sans doute point été abandonnés
au hasard , ni choisis sans quelque raison
morale , par la Bonté et la Sagesse su
prêmes. Seulement la chaleur , dans le
règne minéral, est généralement moins
grande que dans le précédent, ainsi que
dans celui-ci elle est moindre que dans le
premier.
VI. CRÉATION, PRODUCTION, DESTRUC
TION. Si pour Dieu créer n'est pas un acte
proprement dit, c'est-à-dire un effort, chez
l'homme, faire le bien, c'est créer avec
Dieu et par Dieu. Et faire le mal, chez
lui, est créer en un sens encore plus réel;
car, dans le mal, l'homme agit seul; Dieu
ne crée point aVec lui. Aucun des emblèmes
parfaits n'a eu besoin d'une création propre
ment dite. Ils se trouvaient tous dans l'Être
infini, dans VEtre absolu qui peut tout
donner, parce qu'il possède tout. Mais quant
aux emblèmes imparfaits , ils ont tous été
créés ; et cela nécessairement, depuis l'em
blème de la hainefraternelle , laquelle s'est
peinte sur le visage du premier méchant>
70 LE VRAI MESSIE.
jusqu'à celui d'un Dieu cruéifié, qui n'est
qu'un Dieu outragé. Dans l'ordre simultané,
Vinfini est dit créer ou produire le/îni; le
tout est dit créer ou produire la partie.
Tout ce qui produit est créateur ou père ;
tout ce qui est produit estJîls ou vérité. La
substance produit laforme; la forme pro
duit la couleur, etc. La production se rap
porte au é/ett, à l'affirmation , à la réalité,
à l'ordre, à l'harmonie; la destruction , au
roa/, à la négation , à. lafausseté , au e?e-
sordre, à la désharmonie. La nature, dans
sa beauté, est l'emblème de la première ; les
phénomènes terribles , les élémens en co/i-
vulsion, sont l'emblème de la seconde.
L'économie admirable des hommes et des
animaux .se reproduisant entre eux , offre
l'hiéroglyphe de tous les co/yw moraux ,
lesquels ont aussi leur naissance, le temps
de leur croissance et leur dépérissement.
Quand le corps moral est considéré comme
ayant vie, il est représenté par un éVre w-
<»arc£ plus ou moins développé; quand ce
corps n'est qu'un ensemble sans vie, quoi
que régulier, il est figuré par un être mort ,
une statue plus ou moins parfaite, plus ou
LE VRAI MESSIE. 7 i
moins a chevée.Toule harmonie divine est
typifiée par les divers degrés des amours et
des unions légitimes et honnêtes; toule
désharmonie , tout péché, toute erreur,
par ceux des amours et des unions illégi
times et déshonnétes. Et ici , ce rapport se
soutient jusque dans les unions inorgani
ques et les attractions ou répulsions de la
matière. Il était métaphysiquement impos
sible , autrement , que toutes ces nuances
morales devinssent appréciables pour des
intelligences créées.
VIL SUBSTANCE, forme, couleur. Sub
stance est tout ce qui est réel. Le Créateur
est substance au suprême degré. Tout ce
qui se voit et tout ce qui se manie dans la
nature , est emblème de cette substance. En
ce sens, les objets que nous apercevons dans
l'état de songe, sont des substances comme
toutes les autres. Chez l'homme, c'est Ja
chair qui représente lasubstance ou lefond
de son- être ; les formes variées de cette
chair représentent ses qualités. Et la chair
de nouveau, comme substance , se rapporte
à Vamour, lesformes et les couleurs à la
vérité. De plus, toutes les formes géométri
72 L E VRAI MESSIE.
ques p ossibles sont autant de types mo
raux; et, considérées dans leurs dévetop-
l>emem primitifs, elles ne peuvent pas être
en plus grand nombre que les nuances pri
mitives des couleurs. Les trois dimensions
savoir, la longueur, la largeur et laprofbn-
deur^ ont par conséquent aussi leurs signi
fications arrêtées; seulement ^profondeur
devrait être nommée la première comme se
rapportant à la substance. Ces dimensions
doivent faire exactement le parallèle du cen
tre^ de la droite et de hgauche^ dont il sera
question tout à l'heure. Nous avons considéré
plus haut les hommes et les animaux comme
des cylindres creux, ou comme des vases ,
qui contiennent les matières emblémati
ques capables de caractériser leur être.
Que le lecteur étende maintenant cette
idée à tout ce qui est creux', il aura d'abord
Vhorizon et la coupole des cieux qui l'en
tourent comme d'immenses courbes figu
rant Véternité ; il aura ensuite leè édifices
faits de main d'homme de toutes lesformes
et de toutes les grandeurs, depuis le temple
hiéroglyphe de la demeure de la Divinité,
ou plutôt de la vérité divine , jusqu'au
LE VRAI MESSIE. ^3
moindre vase et à la plus petite boite. Et
tous les détails considérés dans leur rapport
avec la forme primitive , avec la forme uni
verselle qui est Vhomme , offriront le type
de quelque nuance morale plus ou moins
éloignée de la source première.
VIII. MARCHER, monter, descendre.
L:'action de marcher est l'emblème général
de la vie et des relations sociales. Dans son
origine, la locomotion chez l'homme est
d'une nature fort simple; mais lui-même la
varie ensuite à volonté : le cheval , Vélé
phantt le char., le vaisseau, le reçoivent
alternativement. Il se fait même des ailes,
et s'élève vers les cieux. De là des hiérogly
phes sans nombraide vie et de relations so
ciales , dont tomes les nuances diverses
peuvent être trouvées et appréciées. L'm-
telligence humaine elle - même , comme
partie abstraite, mettant tous ces appareils
en mouvement, eslfigurée par eux dan3
ses divers dévcloppemens. Et en cela le de
gré d'élévation du sol a aussi sa signification
particulière. Monter est pris en bonne part
et rappelle un rapprochement de la bonté
incréée; de là l'usage des anciens ^adorer
^4 LE VRAI MESSIE.
sur l esmontagnes. Descendre est pris dans
le sens opposé. Ces deux emblèmes toute-
lois se renversent complètement , quand il
s'agit du vice de l'orgueil et de la vertu de
Vhumilité, ainsi qu'il peut arriver à tous les
emblèmes en général. D'un autre côté, s'as
seoir^ c'est cesser d'agir, c'est se fixer,
c'est se reposer, et même se reposer sur soi.
Se coucher , c'est se reposer sur Dieu, sur
le ivcher éternel. Les. païens appelaient la
Terre la mère de toute la nature ; le Chré
tien sait que cette mère , c'est CELUI qui
n'abandonnerait pas ses enfans, quand bien
même une nourrice pourrait oublier le
nourrisson qu'elle a porté sous ses en
trailles. De là donc les«hiéroglyphes sans
nombre du sommeil de ld~Auit, du réveil ,
de la succession des jours et des travaux ,
et jusqu'à celui du lit , qui représente lafoi,
et de la couverture , qui représente la
charité.
IX. Le MILIEU, la droite, la gauche. Le
milieu représente en général la perfection,
le centre d'un tout, et, en première ligne
par conséquent, l'ÊTRE DES ÊTRES, placé
entièrement hors du temps et de Vespace.
LE VRAI MESSIE. ^5
La d roite rappelle la bonté, Impuissance;
la gauche , la vérité , la sagesse. II en est
évidemment de cet hiéroglyphe comme de
celui de la substance , de laforme et de la
couleur. Celui des points et des directions,
qui suit, s'y rapporte également et l'expli
quera tout-à-fait, sans qu'il soit besoin de
nous étendre davantage.
X. POINTS, nombres, élémens. En pla
çant -l'homme au zénith, il a derrière lui
Vorient, devant lui l'occident, à sa droite le
nord , à sa gauche le midi. L'orient , dans
cet état de choses, représente pour lui le
Créateur invisible , le Dieu caché, que la
foiseule peut atteindre. L''orient, caractérisé
par la marche du soleil, emblème matériel
de la Divinité, désigne également un ac-
cmissement dans la bonté et la vérité ;
et par-là même Voccident désigne un dé-
cix>issement analogue : tout comme lenord
rappelle une perte dans la charité, et le
midi , un progrès dans la vérité. Ici, sans
doute, l'ordre que nous remarquions tout à
l'heure par rapport au bien et au vrai , se
trouve renversé, puisque l'homme a la bonté
ou Vamour à sa gauche , et la vérité ou la
4-
76 LE VRAI MESSIE.
sagesse à sa droite. Mais on doit toujours
juger de ces choses, avant tout, par rapport
à ce Dieu , en présence de qui l'homme se
tient. Et dapkis l'homme lui-même, placé
naturellement d'abord par le CRÉATEUR
dans un état d:'accroissementpossible, dans
un état par conséquent de liberté morale
pleine et entière, doit faire servir le premier
usage de cette noble faculté à chercher son
CRÉATEUR, et à se tourner librement vers
lui. De là une signification morale de toutes
les directions vers les différens points de
l'immensité, auxquels autant de points
dans le corps humain se rapportent pour les
caractériser. Ces points sont plus réels en
core dans la nature intime de notre être
qu'ils ne le sont dans l'univers physique.
Comme nous l'avons dit, Vâme humaine ne
saurait être considérée sans cet ensemble
d'organes appelé homme; et par-là même
elle ne saurait être conçue sans droite , sans
gauche, ni sans toules les autres directions
qui s'ensuivent. Les points de hauteur nous
sont déjà connus comme rappelant la no
blesse , l'élévation de l'âme; ceux de pro
fondeur, comme rappelant la bassesse et
LE VRAI MESSIE. «7
Vabjection. Considérées comme enmouve-
ment, la direction en hauteur représente
en outre la vie céleste; la direction opposée,
lavie infernale. Les êtres d'une perfection
supérieure , quand ils apparaissent , sont
vus descendant d'en haut; les êtres dégra
dés arrivent d'era bas, quoique les lieux en
eux-mêmes ne soient rien de déterminé,
tout comme lesformes n'offrent jamais que
des grandeurs relatives. Tout le côté de la
face de l'homme correspond aussi à la bien
veillance , et tout le côté du dos à Vaver*
sion. Le même instinct fait avancer l'amitié,
et reculer l'horreur et le dégoût. Les di
versesformesproéminentes elles-mêmes du
corps chez les humains, désignent, comme
elles créent , leurs diverses affections.
Les nombres qui se rapportent aux points
ont aussi leurs significations arrêtées. Mai*
il n'y a que des considérations extrêmement
étendues et métaphysiques qui pourraient le
faire comprendre. Nous n'entrerons point
en discussion à cet égard. L'analogie que
cette matière a nécessairement avec tout le
reste, nous tiendra lieu de preuve. L'unité
se rapporte à Dieu; la dualité à Vamour et
78 LE VRAI MESSIE.
à l avérité. La dualité se rapporte par- là
même aussi à Yhomme , qui , pour cette
raison , a été créé mâle etfemelle; le mari
rappelant plutôt la sagesse, la.femme plu
tôt la bonté. La Trinité , ou le nombre
trois , désigne toujours la perfection d'un
être ou d'un objet, probablement à cause
des trois rapports distincts que l'esprit
humain peut y découvrir. Il sera ample
ment question , dans le corps de notre ou
vrage, des étonnantes propriétés du nombre
sept et du sabath de la nature humaine.
Nous n'ajouterons ici qu'un mot sur les
nombres dix et douze , pour faire comme
toucher au doigt à nos lecteurs que certains
nombres ne sauraient, en aucune façon,
être tout-à-fait arbitraires. La dizaine,
qui est prise du nombre de nos doigts, est
par -là même fondée dans la nature des
Choses ,, puisque le CRÉATEUR n'a pas
choisi ce nombre sans raison. Il en est de
même de la douzaine : Les différentes par
ties du jour et de la nuit, par exemple,
n'auraient jamais pu être divisées dans une
proportion différente. Les quatre points
radicaux qui leur servent de base, et dont
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Abbé Guillaume OEGGER Le Vrai Messie 1829

  • 1. Le VRAI MESSIE, ou L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TESTAMENT EXAMINÉS D'APRÈS LES PRINCIPES DE LA LANGUE DE LA NAtURE; PAR G . OEGGER, ANCIEN PREMIER VICAIRE DE LA CATHEDRALE DE PARIS. Un peu de philosophie éloigne du christianisme, beaucoup de philoso phie y ramène. PARIS, DE L'IMPRIMERIE DE FÉLIX LOCQUW, RUE NOtRE-DAME-DES-VICtOIRES , N° j6. 1829.
  • 3. Se t rouveaussi chez . FROMENT, Libraire, galerie Véro-Dodat, n" 8. H. SERYIER, Libraire, rae de l'Oratoire, n° 6. LEVAVASSEUR , Libraire , Palais-Royal. _ Alex. MESNIER , Libraire , place de la Bourse. L'AUTEUR , barrière de l'Étoile.,pince del'Arc-de-Triomphe , n» 3.
  • 4. LE OH L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TE8TAMENS tHWISF.S d'IPKÈS LES PRINCIPES 1»K IA I.UfljCÏ DE LA NATURE.
  • 6. A MONSIEUR CHARLES COQLEREL, RÉDACTEUR DE LA REVUE PROTESTANTE. Monsieur, Le p résent ouvrage expliquera suffisam ment le long silence que j'ai gardé sur la lettre que vous avez bien voulu m'adresser en i827, relativement à une Profession de foigénérale de toute l'Eglise Protestante. Il me suffira donc d'ajouter ici deux ou trois réflexions. En premier lieu, je crois faire une chose utile à toutes les communions, en rappelant l'univers au dogme de Vunité absolue de personne , comme d'être , dans la Divinité, laquelle ne saurait être triple que considérée par rapport à l'homme ; et cela, sans qu'au cun parti puisse raisonnablement s'en plain dre , vu la manière dont jeconsidère ensuite
  • 7. VJ la personne du CHRIST, auquel j'attribue la divinité la plus absolue. Persuadé qu'il faut, de toute nécessité, que tôt ou tard le CRÉATEUR se manifestepersonnellement , soit dans cette vie, soit dans la vie future, et qu'il sorte de son état d'être métaphy sique, infini et insaisissable , pour entrer en un rapport réel avec ses créatures, j'aime autant croire que cette démarche a déja étéfaite sur notre globe , ainsi que l'histoire le raconte, que de la placer au- delà de la tombe. JÉSUS-CHRIST me pa raît l'être le plus parfait , le plus glorieux, le meilleur dont la raison humaine puisse concevoir L'idée; la bonté prouvant mieux la divinité que toutes les auréoles de gloire et que tous les miracles possibles. Aucun ange de lumière ne peut, selon moi, être comparé à JÉSUS-CHRIST : et par- là même, si on me permet ces expressions, JÉSUS- CHRIST est le côté apperceptible de l'essence divine, laquelle demeurera éternellement cachée en lui sous le nom de Père; par-là même JÉSUS-CHRIST est le foyer de cette gloire et de cette puissance infinies avec lesquelles l'homme fini ne
  • 8. saurait autrement avoir de point de contact. Après la proclamation ( et l'adoption , sans doute) du dogme de 1''unité absolue, ce sera aux philosophes et aux Chrétiens à s'ex pliquer sur le reste; et nécessairement on sortira enfin du vague dans lequel une dis tinction toute humaine , réprouvée par l'É criture bien comprise ( et rappelant l'idée d'une pluralité d'êtres ) , retient l'univers depuis quinze siècles. Quant à c eque j'entends par la Langue de la nature , vous ne pourrez le voir que par la lecture des principaux passages de mon Introduction. Je vous avertirai simple ment ici que cette Langue consiste à re monter, en esprit, au-delà de toutes les langues de convention , et à ne voir dans les Livres-Saints ni de Vhébreu, ni du grec, ni du latin^ etc; mais uniquement des emblèmes naturels, des symboles, des hiéroglyphes , tels qu'on a dû les employer pour exprimer les idées de métaphysique et de morale, avant qu'on eût créé les mots conventionnels correspondant à ces idées. En étudiant ce que les auteurs allemands ont appelé la symbolique; en se rappelant
  • 9. Vllj quelle a du être la nature du langage hié roglyphique des anciens prêtres égyptiens; en examinant en outre les caractères du phé nomène de Vextase moderne, et en compa rant le tout avec les images prophétiques et les paraboles de l'Évangile, oh trouve que la plupart des livres que l'antiquité nous a transmis comme inspirés, sont écrits, d'un bout à l'autre, en images parlantes, prises dans la nature visible, en d'autres termes, en langue de la nature. Et de cette manière aussi on. n'y trouve partout que la morale la plus pure et la plus sublime, comme la plus haute et la plus saine philosophie. A quoi il faut sans doute ajouter une appari tion de la Divinité en personne , appari tion formant le seul mystère qui reste , et constituant proprement ce christianisme qui devait offrir des mystères d'amour plu tôt que des mystères d'intelligence. Ayant a insifait ma profession de foi bien claire et bien nette, je puis, Monsieur, déclarer maintenant, sans crainte comme sans arrière- pensée,, que dans l'Eglise extérieure, telle queje la conçois, l'admets indistinctement tous les Chrétiens de
  • 10. ix la grande unité dont vous parlez dans votre lettre ? même ceux qui se diraient simplement Chrétiens : car s'ils se disent Chrétiens, c'est que sans doute ils pour ront un jour le devenir réellement , au sein d'une Église dont Vunique but est de faire naître CHRIST dans les cœurs qui ne le connaissent pas , et de l'y faire naître par la charité fraternelle encore plutôt que par des instructions orales. Et c'est dans le lien de cette même unité, dans laquelle il me sera doux de voir entrer bien tôt des Chrétiens de toutes tes dénomina tions , que je vous prie d'agréer l'expression des sentimens d'estime et d'amitié que je vous ai voués. Paris, c eier mai 182g. OEGGER.
  • 11. AUX AUTORITES QUI SE CROIRONT COMPÉTENTES; ; Le vrai sens des Livres-Saints étant enfin irrévocablement fixé par la décou verte de la Langue de la nature , le sous signé demande que les diverses autorités ecclésiastiques se hâtent de supprimer des abus dorénavant incompatibles avec la société perfectionnée, et d'organiser par tout un cahesimple et sublime comme l'É vangile. S'il a rrivait,ce qu'il ne peut croire, qu'a près un délai convenable les autorités ecclésiastiques n'eussent point pris sa dé marche en considération , le soussigné de manderait alors , au nom des lois, qu'appré ciant les effets des progrès toujours crois- sans des lumières, le gouvernement lui assignât, dans la capitale, une Église ou un Temple où il pût commencer à exercer le
  • 12. saint m inistèred'après ses nouvelles con naissances acquises, et sans une odieuse distinction des sectes; distinction aussi contraire à VEvangile qu'à la raison et au repos des États. OEGGER, Ancien p remierFicaire de la Cathédrale de Paris. Nota. En attendant l'accomplissement de ses vœux, M. OEgger se fera un plaisir de correspondre avec les personnes ou Sociétés qui prendraient à cœur la nou velle cause de l'Évangile, et qui, après avoir lu le présent ouvrage, auraient quelques éclaircissemens ultérieurs à demander.
  • 13. « Nous ne doutons pas que l'esprit de Dieu n'ait » pu tracer dans une histoire admirable une histoire » encore plus surprenante , et dans une prédiction une » autre prédiction encore plus profonde. Mais j'en » laisse l'explication à ceux qui verront venir de plus » près le règne de Dieu, ou à ceux à qui Dieu fera la » grâce d'en découvrir le mystère. Cependant l'homme » chrétien adorera ce secret divin, et se soumettra par » avance aux jugemens de Dieu , quels qu'ils doivent » être, et dans quelque ordre qu'il lui plaise de les » développer; seulement il demeurera aisément per- >> suadé qu'il y aura quelque chose qui n'est point entré » dans le cœur de l'homme. » (L'apocalypse expliquée par Bossuet. Paris, in-8°, p. 43o.)
  • 14. LE V1M MESSIE, on L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TESTAMENS lïjuirais d'aisés les principes de la langue DE LA NATURE. INTRODUCTION. Il n 'estqu'un moyen de se former une idée juste et précise de la personne de JÉ SUS-CHRIST : ce moyen consiste à se mettre avant tout en état de ne point profaner la sainte vérité, si on vient à la reconnaître, condition sans laquelle Dieu est forcé de nous aveugler; puis à jeter un regard atten tif et impartial sur l'Ancien et le Nouveau Testamens. La première de ces dispositions dépend principalement des individus et de CELUI qui tient dans sa main le cœnr Ar
  • 15. 2 LE VRAI MESSIE. l'homme ; mais l'histoire est du ressort de la critique, et le raisonnement peut être soumis à l'analyse. C'est donc sous ce dernier point de vue, point de vuesi intéressant ,que nous nous proposons de remplir une tâche utile. Faire passer dans l'esprit de nos lecteurs une par tie des convictions salutaires qui depuis quelques années font notre plus douce con solation , tel est notre désir. La carrière que nous avons parcourue, et qui nous a mis à même d'apercevoir le fort et le faible de la pldpart des opinions philosophiques et reli gieuses en vogue au dix-neuvième siècle , nous donne quelque espoir de réussite. Une idée sur la langue de la nature piquera né cessairement la curiosité des plus indifférens en matière de religion; et cette idée est l'i dée dominante de notre ouvrage. Pour abré ger toutefois un travail que la frivolité du siècle pourra trouver encore trop sérieux, nous nous en tiendrons principalement à Isaïe , le plus riche des prophètes , et à Saint- Jean , le plus sublime des évangélistes, nous contentant de ramener, dans l'occasion , à ces deux sources principales, les passages les plus frappans des autres écrivains extatiques.
  • 16. LE VRAI MESSIE. 3 Prévenant, d'un autre côté, l'impatience de ces lecteurs qui , avant de s'engager dans nos dissertations, nous demanderaient quelle sera l'issue de l'examen que nous leur pro posons de faire , nous déclarerons ici , sans détour, que l'issue de cet examen pourra être pour eux ce qu'elle a été pour nous- mêmes , savoir : la croyance à la divi nité absolue de JÉSUS - CHRIST , et la conviction intime qu'en tenant cette croyance , on tient la vérité tout entière. Une pareille promesse vaut bien la peine que l'on parcoure quelques pages avec at tention, quand bien même on serait averti d'avance qu'il va être question de christia nisme. La distinction de la vérité en vérité chrétienne et vérité philosophique est une absurdité qui n'eût jamais dû entrer dans des têtes bien organisées. Que les lecteurs apprennent donc qu'en commençant notre travail , nous étions , comme ils peuvent l'être, déistes ou quelque chose d'appro chant, et qu'en le terminant , nous nous sommes trouvé chrétiens , et chrétiens plus profondément convaincus que jamais théo
  • 17. 4 LE VRAI MESSIE. logien ne l'a été , parce que notre conviction a été le résultat de l'usage le plus libre et le plus légitime de notre raison individuelle. Les témoignages qui s'accumulent, en effet, par ce nouveau mode d'étudier les livres saints, qui consiste à les lire comme écrits d'un bout à l'autre dans la langue de la na- ture , sont plus que suffisans pour convaincre tout homme de bonne foi, ou plutôt tout homme de bonne volonté , que JÉSUS- CHRIST n'était pas seulement un homme extraordinaire ou un prophêteplusgrand que les autres; qu'il n'était pas seulement une image de la Divinité, une étincelle de la Divinité, ou un fils éternel de Dieu dis tinct de lui quant à la personnalité; mais qu'il étaitJÉHOVAH lui-même, JÉHOVAH en personne; que c'est en se faisant JESUS- CHRIST, que le Dieu caché, le Dieu méta physique et insaisissable , s'est manifesté; que c'est en se faisant JÉSUS-CHRIST , que l'Etre infiniest entré en communication avec les êtresfinis et enfouis dans la matière; en un mot, qu'en paraissant sur les confins de sa création pour montrer à des enfans
  • 18. LE VRAI MESSIE. D égarés a utantd'amour qu'il leur avait mon tré de puissance , le Dieu CRÉATEUR est devenu aussi RÉDEMPTEUR. Nos i déesparaîtront extraordinaires, sans doute, à plus d'un genre de lecteurs; mais qui osera nous en faire un sujet de reproche ? Quand , au dix-neuvième siècle , on voit en core le christianisme dans un état si précaire, que la philosophie ose douter de son triom phe ultérieur, que risque-t-on à essayer quelque grand moyen ? En jetant un regard impartial sur la société chrétienne depuis dix-huit cents ans, et ses haineuses et in concevables divisions, n'est-on pas endroit de soupçonner que, dès les premiers temps, il a dû être commis quelque grande erreur qui aura entravé l'œuvre de la régénération de l'univers, et qu'il y a par conséquent quelque grand obstacle à lever pour que la vérité puisse se répandre ? N'est-il pas plus que probable que depuis long-temps les In fidèles et tous ces Chrétiens qui ne sont Chrétiens que de nom, auraient embrassé la vraiefoi, si la vraiefoi leur eût été bien présentée? N'est-il pas plus que probable que depuis long-temps les malheureux des
  • 19. 6 LE VRAI MESSIE. cendans d'Israël , aussi bien que ceux d'entre nos philosophes qui cherchent la vérité de bonne foi, auraient reconnu le Dieu qui s'est manifesté sur notre globe, si on n'en eût pas, pour ainsi dire, dégradé la majesté? Dût, en conséquence, notre profonde con viction être taxée de témérité , dût notre courage causer du scandale, nous ne recu lerons pas , convaincus que nous sommes , avec Saint-Chrysostôme , que , quand bien même la vérité causerait du scandale , il faudrait encoreplutôtsouffrirce scandale que de laisser périr la vérité. Ce q ui nous a le plus enhardi dans cette grande entreprise, c'est l'entière certitude que nous avions acquise de nous trouver dé finitivement sur la voie de cette langue de la nature, que chacun concevra facilement avoir dû précéder toutes les langues de con vention ; dans laquelle nous avons trouvé, en effet, la plupart de nos livres saints écrits, et qui jette sur leur ensemble un jour si inattendu et si vif, qu'il n'est guère possible au déisme de résister. Rien n 'estplus conforme à une saine phi losophie que de reconnaître l'existence pri
  • 20. LE V*AI MESSIE. 7 mitive d 'unelangue de la nature. Les plus grands noms figdrent en tête de ceux d'entre nos savans qui se sont occupés de ce qu'ils appelaient une langue universelle , langue dont ils sentaient par conséquent les avan tages, et qu'ils ne croyaient point impossible de réaliser sur notreglobe parmi les hommes instruits. La langue de la nature ne diffère de celle dont ces savans avaient conçu l'idée, qu'en ce qu'elle doit moins servir à nos rela tions terrestres qu'à celles que nous devons avoir un jour avec l'universalité des êtres, dans ce monde où tous les autres mondes affluent, et où il nous faudra des moyens de communication bien plus étendus que tous ceux que requiert notre existence matérielle. Le philosophe moraliste, qui est bien per suadé de l'immortalité de Vhomme , doit l'être, par-là même, de l'existence actuelle d'une langue tout autre que celle qui con siste en sons articulés moyennant l'élasticité de l'air, et dont la signification n'est que pu rement conventionnelle. Le moraliste pen seur se persuadera même facilement que sur notre globe terrestre lui-même, quelque matériel qu'il puisse être aujourd'hui avec
  • 21. 8 LE VRAI MESSIE. ses h abilansdégradés, il a dû exister, dans des temps d'une plus grande perfection , des moyens de communication différens de ceux qui ne sont que de pure convention , vu que, pour établir des conventions, il faut de toute nécessité savoir déjà s'expliquer au préalable. Jean -Jacques a avancé le plus grand des paradoxes, quand il a dit que l'é tat sauvage était l'état primitif de l'homme : l'état sauvage n'est, au contraire, que l'état de notre plus grande dégradation , quand , devenus incapables de nous relever par nous- mêmes, Dieu est obligé de venir à notre se cours. Toute connaissance, dît Platon , est souvenir, et toute ignorance est oubli. Primitivement l'homme a dû être parfait, du moins dans son genre; et par suite il a dû aussi avoir un langage parfait, langage qui n'a pu se perdre que dans lA suite des temps, et dont la philosophie pourra retrouver les traces, quand elle voudra tourner ses inves tigations de ce côté'là. . • On pourra se former une idée générale de la langue de la nature, par l'application que nous avons faite de ses principes à une explication nouvelle de plusieurs passages
  • 22. LE VRAI MESSIE. Ç> des s aintesÉcritures. Nous ne placerons ici que quelques réflexions préliminaires qui mettent les lecteurs à même d'entrer dans toute notre pensée. Avant d 'avoirréfléchi plus profondément, on se persuade d'ordinaire que, quand Dieu a produit notre univers visible, le choix qu'il a fait des diverses formes et couleurs des animaux, des plantes et des minéraux, a été une chose absolument arbitraire de sa part. Mais cette idée est entièrement fausse. L'homme peut agir quelquefois par fantai sie; Dieu ne le peut jamais. La création vi sible ne peut et ne doit donc être , si on nous permet ces expressions, que la circon férence extérieure du monde invisible et métaphysique; et les objets matériels ne sauraient représenter que des espèces de scories des pensées substantielles et intimes du CRÉATEUR;scories qui doivent toujours conserver une relation exacte avec leur pre mière origine; en d'autres termes, la nature visible a nécessairement un côté spirituel et moral, Pour Dieu tout est , tout existe : créery pour lui, n'emporte pas la même idée que pour nous. Pour Dieu, créer n'est que
  • 23. IO ht. VRAI MESSIE. montrer. L'univers, jusque dans ses moin dres détails, existait pour Dieu aussi réelle ment avant la création qu'après la création , parce qu'il existait en lui substantiellement, comme la statue existe dans le bloc de mar bre dont le sculpteur la tire. Par la création, nous seuls avons été mis en état de perce voir une partie des richesses infinies éter nellement enfouies dans l'abîme de l'essence divine. Le parfait, surtout, a dû toujours ainsi exister en Dieu. !imparfait seul a pu recevoir une sorte de création, moyen nant l'homme, agent libre , quoique encore placé sous l'influence d'une Providence qui ne le perd jamais de vue. Donc ni les for mes, ni les couleurs d'aucun être, d'aucun objet dans la nature entière , ne peuvent avoir été choisies arbitrairement. Tout ce que nous voyons, touchons, sentons, depuis le soleil jusqu'au grain de sable, depuis notre propre corps avec ses admirables organes, jusqu'à celui du ciron , tout est proflué, avec une raison suprême, du monde où tout est esprit et vie. Nulle fibre dans l'animal , nul brin d'herbe dans le règne végétal, nulle forme de cristallisation dans la matière inerte,
  • 24. 1E VRAI MESSIE.- M qui n 'aitson rapport bien clair et bien dé terminé dans l'univers moral et métaphy sique. Et si cela est vrai des couleurs et des formes, à plus forte raison faut-il le dire des instincts des animaux et desfacultés plus étonnantes encore de l'homme. Les pen sées, par conséquent, et les affections les plus imperceptibles que nous croyons con cevoir par nos propres forces, les composi tions que nous croyons nôtres , dans les do maines de la philosophie et de la littérature, les inventions que nous croyons faire dans les sciences et les arts, les monumens que nous croyons ériger, les usages que nous croyons établir, dans ce que les hommes es timent grand, comme dans les transactions les plus insignifiantes de la vie civile et ani male: tout cela existait avant nous; tout cela ne nous est simplement que donné, et donné avec une raison suprême, selon nos divers besoins du moment. Un degré infiniment petit de consentement à recevoir, qui forme notre liberté morale, est la seule chose que * nous ayons en propre. Et à la seule inspec tion, des objets qui entourent un homme, ou de quelques-uns des usages qu'il a adop
  • 25. i2 LE VRAI MESSIE. tés, une intelligence supérieure doit pou voir déterminer quel est le prix moral de son être; car, à mesure que les êtres mo raux, pour lesquels seuls la nature infé rieure existe, se modifient, cette nature doit admettre des emblèmes nouveaux, analogues aux perfections ou aux dégradations surve- nues. Et, eu effet, sans tous ces emblèmes de vie qu'offre la création , point d'idée morale, point de sentiment moral appréciables , point de moyen possible de communiquer une pensée, une affection, de la part de Dieu, nous osons le dire, à sa créature, pas plus que de la part d'un être sensible à un autre. Point de communication possible, surtout, entre l'état présent de l'homme , et son état de transformation : tout est rompu, tout est anéanti dans la nature sensible et pensante : la vie la plus intime de l'être in telligent s'efface et rentre dans le néant. Des exemples peuvent rendre cette vérité palpable. Sans ce qu'on appelle, par exemple, un père selon la nature , pourriez-vous « vous faire une idée de cette portion de la bonté de Dieu, qui correspond à la tendresse
  • 26. LE VRAI MESSIE. l3 d'un pere pour ses enfans? Pourriez-vous même savoir en aucune façon ce que c'est que tendresse paternelle ? Si jamais dans la nature il n'avait existé d'homme géné reux, pourriez-vous vous former une idée de ce que c'est que générosité ? Si vous n'a viez jamais rien aimé sur la terre , vous se rait-il possible d'avoir la moindre notion de ce que peut être Yamour? Ou bien, pour choisir nos exemples dans l'ordre des dégra dations, vous serait-il possible, sans les défec tuosités , les maladies , et les souillures du corps humain , de vous représenter les vices honteux qui sont leurs analogues dans l'homme moral? Si vous n'aviez jamais vu tuer, tourmenter, dévorer des animaux, l'idée de cruauté et de barbarie pourrait- elle être communiquée à votre esprit? Si enfin il ne vous était jamais rien parvenu re lativement auxpersécutions, aux trahisons, aux infidélités, aux attentatsparricides qui régnent quelquefois sur la terre, votre âme se rait-elle en état de recevoir le premier germe des idées de haine, de perfidie, d'atrocité? La chose ne paraît réellement pas possible. Cette considération , d'ailleurs, de la né
  • 27. l4 LE VRAI MESSIE. cessité d e^constater,par dés emblèmes sen sibles, des nuances morales, autrement inap- perceptibles, explique seule ces phénomènes terribles, ces monstruosités et ces images-dé goûtantes, indignes évidemment du CRÉA TEUR , qu'offre la nature aux yeux de l'homme dégradé. Le fond de notre être, véritable abîme , ne peut se révéler que par des phénomènes de vie appréciables. Il en est de nous, sous ce rapport, comme du CRÉATEUR lui-même , à l'image duquel nous avons été créés, et à la connaissance duquel nous né pouvons nous élever que moyennant ses merveilles visibles. La nature est comme un livre dans lequel on lit les perfections de Dieu , ou comme un miroir dans lequel on les voit réfléchies. Il faut dire la même chose de l'homme et des divers phé nomènes qu'il offre dans sa manière de vivre, desenourrir,desevêtir. Nous nousappuyons sur la matière pour remonter aux substances pures; et il nous faut encore des substances et des images emblématiques , pour que nous nous puissions élancer dans le monde moral et métaphysique ; raison pour laquelle le CRÉATEUR a été lui-même obligé de ve
  • 28. LE VRAI MESSIE. l5 nir à n otrerencontre, en franchissant l'a bîme qui nous sépare de son essence pre mière. En tant que CRÉATEUR, Dieu a de toute nécessité des moyens de communi cation analogues à ceux qu'il nous a dépar tis pour se faire remarquer de nous. Nous sommes , pour ainsi dire , hommes créés, et Dieu homme incréé. C'est au point intermé diaire entrel'm/în/qui est tout, et Y'infiniqui n'est rien , que Dieu et l'homme se sont rencontrés. Et ce point , c'est la vie , la vie manifestée, la vie révélée par des em blèmes. Avant t outesles langues de convention et par sons articulés, quand le CRÉATEUR a voulu se manifester ou se révéler pour la première fois à l'homme , comment l'eût-il pu faire autrement qu'en se montrant à cet homme sous la forme substantielle d'un PÈRE , emblème naturel de Dieu créateur? L'esprit humain ne saurait véritablement trouver un emblème différent, ni imaginer un autre moyen de communiquer la pre mière idée du CREATEUR à quelque intel ligence secondaire que ce soit. Nous verrons ailleurs que , quand les hommes n&