Trombinoscopes "Chercheurs d’humanité"
Artistes
1- Architecture ; 2 - Sculpture ; 3 - Arts visuels : peinture, dessin, gravure ; 4 - Musique ;
5 - Littérature, poésie, fables ; 6 - Arts de la scène : théâtre, mime, cirque ; 7 - Cinéma ; 8 - Arts médiatiques : radio,
télévision, photographie ; 9 - Bande dessinée
1 – de l’Antiquité à 1399
Étienne Godinot .12.10.2024
2.
Rappel
Trombinoscopes "Chercheurs d’humanité"
Parmiles diaporamas en ligne sur ce site Internet figurent 7 familles
(et quelques sous-familles) de "trombinoscopes" ou galeries de portraits :
1 - Eco* - Penseurs et acteurs d’alternatives économiques
2 - Sté* - Penseurs et acteurs d’un changement sociétal (éducation, droits humains,
urbanisme, politique, journalisme, etc.)
3 - NV* - Penseurs et acteurs de la non-violence et de la résolution
non-violente des conflits
3 bis - Jus* - "Justes" ayant protégé des personnes persécutées
4 - Alter* - Penseurs et acteurs de l’écologie et de l’altercroissance
5 - Sci* - Chercheurs de connaissance, science et technique
6 - San* - Chercheurs et acteurs de la santé physique et psychique
7 - Sens* - Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité).
8- Art* - Artistes
* Abréviation de cette famille dans le répertoire alphabétique
Voir le diaporama « Présentation générale et mode d’emploi »
../..
3.
Ésope
(v. - 620- v. - 564), écrivain en langue grecque, peut-être originaire
de Nubie (actuel Soudan) et emmené comme esclave en Phrygie
(actuelle Turquie). On a souvent mis en doute la réalité historique de la
prodi-gieuse destinée de cet ancien esclave bègue et difforme qui réussit
à se faire affranchir et en vient à conseiller les rois grâce à son habileté à
résoudre des énigmes.
Auteur de fables, brefs récits de morale pratique, en prose et sans
prétention littéraire. Il est presque certain qu'il ne les écrivait pas et
qu’elles ont été recueillies par d’autres, comme Démétrios de Phalère. Le
nom d'Ésope a servi à regrouper plusieurs centaines récits qui circulaient
jusque-là de façon orale et qui présentaient des caractéristiques com-
munes.
Tout le récit de sa vie est parcouru par la thématique du rire, de la
bonne blague au moyen de laquelle le faible, l'exploité, prend le dessus
sur les maîtres, les puissants. En ce sens, Ésope est un précurseur de
l'antihéros, laid, méprisé, sans pouvoir initial, mais qui parvient à se tirer
d'affaire par son habileté et sa sagesse.
Socrate aurait consacré ses derniers moments de prison avant sa mort à
mettre en vers des fables d’Ésope. Phèdre (v. - 14 - v. + 50), autre fabuliste, et
beaucoup d’autres, dont Jean de la Fontaine (1621-1695), ont repris et adapté les
fables d’Ésope.
Le nom d'Ésope est attaché au palindrome : « Ésope reste ici et se repose »
4.
Eschyle
Aiskhúlos (v. -525, - 456), le plus ancien des trois grands tragiques
grecs. Participe à la naissance du genre tragique grâce à certaines
innovations, comme le nombre d'acteurs qu'il porte à deux. Auteur
d'environ 110 pièces dont 7 seulement nous ont été transmises.
S'il ne développe pas la psychologie des personnages, ses choix
lui permettent de mettre en valeur ses conceptions puissantes sur
l'équilibre de la cité, le dégoût de la démesure (hybris) qui met en danger
cet ordre, et le poids de la décision des dieux dans la conduite des
affaires humaines.
« Il (Zeus) a ouvert aux hommes les voies de la prudence, en leur
donnant pour loi : souffrir pour comprendre.»
C'est le "pour" qui est important. En elle même la souffrance n'a pas de
valeur. Il ne saurait être question de la cultiver pour elle-même. Elle ne
vaut que par ce qu'elle engendre. Parfois le pire, chez la personne qui se
venge, parfois le bien ou la sagesse, et très souvent rien du tout.
« Il ne s’agit plus seulement de s’instruire par l’épreuve, mais
davantage de devenir plus forts à partir de ce qui nous rend vulnérables,
plus vivants à partir de ce qui nous blesse à mort. »
Nathalie Sarthou-Lajus
5.
Pindare
(- 518, -438), poète lyrique grec. Profondément attaché à la religion
traditionnelle et à l'antique aristocratie dorienne qui prédomine à Thèbes.
Considéré dès l'Antiquité comme le maître incontesté et inimitable du
lyrisme choral grec, synthèse de l'art poétique, musical et chorégraphique.
Assiste le plus souvent aux jeux panhelléniques, dirige généralement lui-
même l'exécution de ses odes triomphales.
Subit l'influence des courants mystiques de son temps, orphisme,
pythagorisme, culte d’Éleusis. Sans être adepte d'aucune secte ni école
philosophique, éprouve un indéniable attrait pour les questions eschatolo-
giques* et mystiques, a connaissance d'une doctrine sur les destinées de
l'âme, croit à la métempsychose **
« Ne crois pas, ma chère âme, à la vie éternelle, mais épuise le champ
du possible ! » (Traduction de Paul Valéry)
« Qu’est ce que l’homme ? Que n’est-il pas ? L’homme est le songe de
l’ombre. »
« Principe de grande vertu, Vérité, ô Souveraine, fais que jamais mon
propos n'achoppe contre l'écueil du mensonge ! »
« Deviens qui tu es, quand tu l'auras appris. »***
* discours sur la fin du monde ou la fin des temps, derniers événements de l’histoire du monde ou
l’ultime destinée du genre humain.
** passage d'une âme dans un autre corps, qu'elle va animer.
*** ou encore « Ne deviens pas la copie de quiconque tu admires, et n’attends pas d’une personne
que tu aimes qu’elle devienne la copie de toi-même ! »
6.
Sophocle
(- 495, -406), dramaturge grec. Auteur de 123 pièces (dont une cen-
taine de tragédies), mais dont seules 8 nous sont parvenues. Ses pièces
mettent en scène des héros, souvent solitaires et même rejetés (Ajax,
Antigone, Œdipe, Élecre) confrontés à des problèmes moraux desquels
naît la situation tragique.
Le climat de ses pièces ne baigne plus dans le ritualisme religieux
des origines du théâtre, mais l'homme est "éphémère" et son sort dérisoire
devant le temps qui passe.
« Il n'est rien que n'efface le temps tout puissant. »
« Il est bien des merveilles en ce monde, il n’en est pas de plus
grande que l’homme. (…) Mais, ainsi maître d’un savoir dont les ingénieu-
ses ressources dépassent toute espérance, il peut prendre ensuite la route
du mal tout comme du bien. »
Pour lui (comme pour Qohélet), la sagesse tragique ne consiste
pas à se détacher des choses parce qu’elle sont changeantes et fragiles,
mais à accorder plus de valeur et d’attention à ce qui est en devenir et va
mourir. Elle suggère une voie de connaissance de soi et de transforma-
tion : « C’est quand je ne suis plus rien que je deviens vraiment un
homme. » La compassion est alors la passion dernière, portée par le
chœur dans la tragédie.
7.
Thiruvalluvar
Poète et philosophetamoul, très probablement jaïniste, ayant vécu
selon les auteurs entre le 4ème siècle avant J.-C et le début du 5ème siècle
après J.-C. Originaire d'un village situé près de Chennai (Madras), auteur
du Tirukkuṟaḷ.
À travers un ensemble de 1 330 maximes, livre sa vision de l'art de
vivre des Tamouls au début de notre ère. S'adresse à tout être humain
sans distinction de castes, classes sociales ou convictions. Propose des
recommandations pour une bonne conduite morale à travers des maximes
sur la connaissance de soi, la spiritualité, la prospérité et le bien-être, la
politique, l'économie, l'amour et les relations humaines.
Définit trois objectifs majeurs de la vie : la sagesse (bienfait de la
pluie, vie conjugale, enfants, hospitalité, équité, contrôle de soi, charité,
non consommation de viande, gestion de la colère, non-violence), la
fortune (politique, justice, richesse, éducation, agriculture) et l'amour.
Une traduction anglaise du Tirukkural a été établie en 1886 par le missionnaire
anglican George Uglow Pope (1820-1908), érudit en tamoul, en télougou et en
sanskrit, fondateur de plusieurs écoles, enseignant le latin, l'anglais, l'hébreu, les
mathématiques et la philosophie.
Photo : statue de Thiruvalluvar d'une hauteur de 40,5 m, érigée en 2000 à Kânyâkumârî
(Tamil Nadu).
8.
Térence
Publius Terentius Afer(v. -190, v. -159), poète comique latin,
Esclave vraisemblablement d'origine berbère, né à Carthage. Affranchi
par son maître Terentius Lucanus, fréquente les cercles cultivés des
Scipion et des Aemilii. Fait représenter 6 comédies de 166 à 160.
Ses pièces présentent un théâtre de la mesure et de l'équilibre où
l'analyse psychologique et le problème moral l'emportent sur les péri-
péties dramatiques et les rebondissements comiques.
Peu goûté du public romain qui préfère les effets purement comi-
ques et la fantaisie de Plaute, devient un modèle pour les classiques
français, notamment pour Molière.
« Il n'y a rien de si avantageux à l'homme que la complaisance et
la douceur. »
« La chance seconde le courage. »
« Plus on est puissant, riche, heureux, bien né, plus on doit se
porter à pratiquer la justice, si l'on veut passer pour homme de bien. »
../..
9.
Térence
« Qui nepeut comme il veut, doit vouloir comme il peut.»*
« Les actes font croire aux paroles.»
« Summa jus, summa injuria. La justice rigoureuse (ou l’appli-
cation aveugle des lois) est souvent une grande injustice. » (image du
haut)
« Un sage capitaine doit tenter toutes les voies de pacification
avant de recourir aux armes. »
« Homo sum : humani nihil a me alienum puto. Je suis
homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger .»**
* Le contraire de Hans im Schnokeloch, ( "Jean du trou aux moustiques")
dans la célèbre chanson populaire alsacienne : « Et ce qu'il a, il n'en veut pas,
Et ce qu'il veut, il ne l'a pas »
** Cette phrase, reprise dès l’Antiquité par Cicéron, Sénèque et les
Stoïciens, puis par Montaigne à la Renaissance, est considérée comme la devise
de l’humanisme antique.
10.
Lucrèce
Titus Lucretius Carus(v. - 98 - v. - 55), poète philosophe latin.
Premier auteur à exposer la doctrine épicurienne en langue latine. Auteur
d'un seul ouvrage en 6 parties, le De rerum natura (De la nature des
choses), long poème passionné qui décrit le monde selon les principes
d'Épicure, appel constant à l'avènement de la lumière. Vit dans une époque
troublée par les guerres civiles, les bannissements, la corruption, l’anarchie
politique, le banditisme, d’où ses pages sombres sur la mort, le dégoût de
la vie, la peste d’Athènes.
Sa passion anti-religieuse s’en prend avec acharnement aux cultes
et aux prêtres des religions romaines de son époque. Contre les positions
des univers cléricaux antiques (romains, grecs, etc.), propose de se
soustraire aux craintes religieuses, auxquelles il oppose une dimension
rationnelle.
Explique ainsi de façon matérielle les objets et le vivant, qui prennent
forme via des combinaisons d'atomes. Comme Épicure, pense que
l’univers ne se réduit pas à notre système solaire. Pressent la sélection
naturelle.
Unit à la science épicurienne, souvent difficile, la douceur et la
dimension visionnaire de la poésie.
11.
Omar Khayyām
(v.1048 -1131), mathématicien, astronome, poète et philosophe
libre-penseur persan musulman. Invité comme directeur de l’observa-
toire d’Ispahan par le sultan seldjoukide Mālikshāh Jalāl al-Dīn,
consacre 5 années à la réforme du calendrier solaire.
Auteur des Quatrains, vers sensuels et mystiques. Les agnosti-
ques voient en lui un de leurs frères né trop tôt, tandis que certains
musulmans perçoivent plutôt chez lui un symbolisme ésotérique,
rattaché au soufisme. Affirme que l'homme spirituel n'a pas besoin de
lieu dédié pour vénérer Dieu, et que la fréquentation des sanctuaires
religieux n'est ni une garantie du contact avec Dieu, ni un indicateur du
respect d'une discipline intérieure.
« Contente-toi de savoir que tout est mystère : la création du
monde et la tienne, la destinée du monde et la tienne. Souris à ces
mystères comme à un danger que tu mépriserais. Ne crois pas que tu
sauras quelque chose quand tu auras franchi la porte de la mort. Paix
à l'homme dans le noir silence de l'Au-delà ! »
« Considère avec indulgence les hommes qui s'enivrent. Dis-toi
que tu as d'autres défauts. Si tu veux connaître la paix, la sérénité,
penche-toi sur les déshérités de la vie, sur les humbles qui gémissent
dans l'infortune, et tu te trouveras heureux. »
12.
Nasr Eddin Hodja
ouNasreddin ou Nasredine ("victoire de la religion") ou Mulla
Nasrudin, serait un philosophe et turc (1208-1284). Selon d’autres
sources, aurait été maître d'école coranique, cadi, bouffon de Tamerlan ou
encore gardien d'oies, aurait vécu au 13ème siècle à Koufa, un village
d'Irak, mais deux tombes existeraient : l'une dans un village d'Anatolie et
l'autre en Algérie. On l'appelle aussi Goha en Égypte, Joha en Maroc,
Afandi en Chine.
Personnage mythique de la culture musulmane, ouléma* ingénu et
faux-naïf prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux.
Sa renommée va des Balkans à la Mongolie et ses aventures sont célé-
brées dans des dizaines de langues, y compris aujourd’hui en bandes
dessinées. Ses histoires courtes sont morales, bouffonnes, absurdes ou
parfois coquines. Une partie importante d'entre elles a la qualité d’ensei-
gnement : le bouffon dénonce les travers de l'être humain, la vanité, la
bêtise, la lâcheté, la cupidité. la bigoterie, etc.
Elles peuvent être appréciées pour l'absurdité amusante que révè-
lent la plupart des situations, mais aussi comme des contes moraux ou
des histoires présentant un contenu spirituel. Ainsi, l’écrivain et enseignant
Idries Shah (1924-1996, photo du bas) compile des recueils d'histoires de
Nasredine pouvant être lues sur un plan spirituel, suivant la tradition
soufie.
* ouléma (« savant ») : docteur de la loi coranique, juriste et théologien musulman, savant,
chercheur
13.
Saadi de Chiraz
Abū-MuḥammadMuṣliḥ al-Dīn bin Abdallāh Shīrāzī (v. 1210 - v.1291),
poète, conteur et moraliste persan. Enfance pauvre, études de sciences
islamiques, droit, histoire, littérature et la théologie. Voyage auprès de
soufis et maîtres spirituels dans tout le Moyen-Orient, en Inde et en Asie
centrale.
Auteur du Gulistan (‘Jardin de roses’), du Boustan (‘Jardin de fruits’)
et du Livre des conseils, mais aussi de poèmes lyriques. Prône un
soufisme modéré susceptible de convenir à la plupart des hommes et pas
seulement à une élite. Recommande la modération, la patience et la
bonté, l'autonomie afin de dépendre le moins possible des événements, la
bienveillance et la compassion, prône l'indifférence à l'égard du jugement
d'autrui. Partisan de l’ordre et de la stabilité, mysogyne. Sa compassion
pour le genre humain semble s’être bornée aux musulmans.
Quelques-uns de ses vers sont inscrits à l'entrée du siège de l'ONU
à New York : « Les hommes sont membres les uns des autres, et créés
tous de même matière. Si un membre s’est affligé les autres s’en
ressentent : Celui qui n’est touché du mal d'autrui ne mérite d’être appelé
homme. » ■