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UNIVERSITE PAUL CEZANNE-AIX-MARSEILLE III
FACULTE DE DROIT ET DE SCIENCES POLITIQUES
L’ARRIMAGE DES
CONTENEURS
MASTER II DE DROIT MARITIME ET DES
TRANSPORTS
AU T E U R : E M M A N U E L L E B I L Y
D I R E C T E U R D E R E C H E R C H E S : M . C H R I S T I A N S C A P E L
A N N E E 2 0 0 6 - 2 0 0 7
REMERCIEMENTS
J’adresse en premier lieu mes plus chaleureux remerciements à l’équipe du service
juridique de la Compagnie MARFRET, pour m’avoir permis de m’imprégner de
leur passionnante expérience du transport maritime pendant ces six mois de stage,
mais aussi pour leurs réponses patientes et détaillées à mes nombreuses questions.
Mes respectueux remerciements vont ensuite à Monsieur Christian SCAPEL et
Monsieur le Professeur Pierre BONASSIES pour l’excellence de leurs
enseignements et pour l’honneur qu’ils me font en jugeant ce travail.
Je tiens également à remercier l’ensemble des professeurs et intervenants
professionnels du Master II de Droit Maritime et des Transports pour la qualité de
leurs interventions et leurs apports documentaires concernant cette étude.
Je remercie enfin tous ceux qui de près ou de loin m’ont aidée et soutenue dans la
rédaction de ce travail de recherche.
2
INTRODUCTION
« Un faux problème : celui des conteneurs »1. Contrairement à cette fameuse
formule du Doyen René Rodière en 1968, ce « machin pour mettre des trucs
dedans »2 a véritablement révolutionné le monde du transport. Comme toute
révolution, cette technique de transport, qui enregistre des développements on ne
peut plus positifs, n’est pas sans poser de « vrais problèmes ».
La conteneurisation apparaît aujourd’hui comme un phénomène majeur qui a
marqué la circulation maritime, et au-delà, l’économie générale, et qui continuera à
le faire.
La conteneurisation est un domaine où la chasse aux records est permanente. La
croissance des trafics est forte et personne ne sait en prédire le terme. Une
nouvelle période s’est ouverte avec les premières années du XXIème : des navires
porte-conteneurs géants annoncent l’essor de la productivité des flottes. Les
armements conteneurs se sont lancés très tôt dans les politiques d’expansion de
flotte et d’accroissement des capacités de transport afin d’aligner un nombre
suffisant de porte-conteneurs sur l’ensemble des lignes pour massifier les trafics,
réaliser des économies d’échelle et atteindre une taille critique suffisante. Le
développement des compagnies maritimes conteneurisées s’est traduit par la mise
en place de réseaux de lignes maritimes, organisation qui permet de rationaliser les
activités et de planifier les flux. Les armements mondiaux ont d’abord construit
leur puissance sur les échanges Est-Ouest, reliant l’Asie, l’Europe et l’Amérique du
Nord, avant d’investir les créneaux Nord-Sud. Les clients exigeant de plus en plus
de services et de simplification administrative lors d’opérations de transport de
plus en plus complexes, les armements conteneurisés ont progressivement étoffé
1 « Un faux problème : celui des conteneurs » - Doyen R. Rodière – DMF 1968, p 709.
2 « Le contenu juridique du conteneur » - H. Schadee – DMF 1967, p 602.
3
leur offre, englobant les services de manutention, les services à la marchandise et
les transports routiers, ferroviaires et fluviaux, afin d’offrir une prestation globale
de transport basée sur le contrôle des coûts de l’ensemble de la chaîne logistique,
dans le cadre de l’organisation dite « d’opérateur unique », l’armement devenant
organisateur de transport et gérant tous les paramètres logistiques pour un client
dont il est alors le seul interlocuteur.
Dans l'antiquité les navires transportaient en Méditerranée des amphores de
diverses tailles, adaptées à la nature et au poids des marchandises.
« Par la suite les emballages se sont diversifiés et les navires mettaient dans leurs
cales des cartons, des palettes, des fûts, et même des marchandises sans emballage.
Cette situation avait pour inconvénient de générer beaucoup de manipulations au
cours de la chaîne de transport, et par conséquent beaucoup de détériorations et
de vols de marchandise », précise Jean François Mahé, Directeur logistique
conteneur à CGM-CMA3. Une situation qui perdure jusqu'à ce que Malcom Lean,
transporteur routier américain et certainement le plus grand révolutionnaire de
l'histoire du commerce maritime, décide de se lancer dans le transport maritime et
propose de mettre toutes ces marchandises dans des boîtes : c’est la naissance du
conteneur, dont la longueur est de 35 pieds. L’idée de cette boîte au concept
simple serait née, selon certains historiens, lors d’un congrès automobile à Rome
en 1928, les constructeurs, s’inquiétant des disparitions de pièces lors des voyages
maritimes, ne voulaient plus expédier leur marchandise que dans des boîtes de
bois aux formes rectangulaires4. Avant l’avènement de la conteneurisation, les
pratiques de manutention du fret n’avaient pas évolué depuis plus de 100 ans. La
construction de palettes et leur chargement dans la cale des navires constituaient
un processus lent qui exigeait beaucoup de main-d’œuvre, et les cargaisons
pouvaient facilement être endommagées et volées. C’est pourquoi l’invention de
la conteneurisation est considérée par certains comme la plus importante
innovation du XXe siècle dans le transport des marchandises.
3 Ambitions Sud International – Fos-sur Mer, un carrefour maritime et fluvial : de l’amphore aux
conteneurs – Bimestriel 2cnomique Région PACA.
4 50 ans, la maturité et encore toute le fougue de la jeunesse – JMM 24 novembre 2006.
4
« En 1960 l'International Standard Organisation fixe les normes du conteneur à 20
pieds ou 40 pieds. On utilise depuis une mesure des volumes d'activité en Teu,
twenty foot equivalent unit, ou équivalent 20 pieds », continue M. Mahé. « Cette
technique de transport s’est généralisée » poursuit-il, « plus de 80% des
marchandises diverses sont maintenant transportés en conteneurs ». Un
phénomène qui a entraîné une certaine standardisation des navires et une
flexibilité demeurant un atout majeur de la mondialisation des échanges.
Selon la définition du Professeur Putzeys, le conteneur « se distingue de tout
emballage par ses dimensions standardisées et par le fait qu’il se prête à des usages
répétés. Il a pour effets principaux de supprimer les ruptures de charge et de
pouvoir indifféremment être arrimé sur des barges, des camions ou des wagons de
chemin de fer. »5 La conteneurisation étant devenue incontournable, il a donc été
nécessaire d’établir une réglementation particulière. La Convention Internationale
pour la Sécurité des Conteneurs (CSC) faite à Genève le 2 décembre 1972, entrée
en vigueur en France le 6 septembre 19776, normalise la définition du conteneur
aux termes de son article II, paragraphe 1 :
« Le conteneur est un engin de transport de caractère permanent, et de ce fait assez
résistant pour permettre un usage répété, spécialement conçu pour faciliter le
transport des marchandises sans rupture de charge par un ou plusieurs modes de
transport, conçu pour être assujetti et/ou manipulé facilement, des accessoires ayant
été prévus à cet effet. »
Il est plus épineux d’en donner une définition juridique précise, tant les
conventions et les lois internes ont omis de le qualifier juridiquement. En droit
international, le Protocole de 1968, autrement appelé les « Règles de Visby »,
modifiant la Convention de Bruxelles de 19247, fait une place au conteneur mais
seulement pour le calcul de la responsabilité du transporteur maritime. Les Règles
5 Sur les Quais… - Andrée Chao – BTL N° 2541 8 novembre 1993.
6 D. n°77-1043, 9 sept 1977 : Journal Officiel 18 septembre 1977.
7 Convention internationale pour l'unification de certaines règles en matière de connaissement du
25 août 1924.
5
de Hambourg8, considérant simplement le conteneur du point de vue des limites
de la responsabilité du transporteur, le caractérise d’engin « utilisé pour grouper
des marchandises. » La loi française n°79-1103 du 21 décembre 1979, qui a
modifié la loi n° 66-420 du 18 juin 1966, n’apporte aucune avancée sur la
qualification juridique se limitant à instituer un régime dérogatoire pour le
chargement en pontée des conteneurs et à individualiser le conteneur au regard du
mode de réparation due par le transporteur.
De son côté, la jurisprudence a dans de rares décisions tenté d’apporté une
définition au conteneur, néanmoins celles-ci n’ont pas fait l’unanimité. Il est
intéressant de citer une approche, qui a été abandonnée par la suite, faisant du
conteneur l’accessoire nécessaire du navire (cellule amovible du navire); le porte-
conteneurs serait en quelque sorte un assemblage de conteneurs. Mais aussi
séduisante que pouvait être cette définition, c’était écarter la nature multimodale
du conteneur, pouvant passer d’un navire à l’autre ou d’un navire à un camion ou
à un wagon de chemin de fer ou encore à une barge. Une autre analyse
jurisprudentielle a vu dans le conteneur « un simple mode d’emballage comme l’est
une valise pour les bagages d’un passager ».9Le Professeur Pierre Bonassies a
observé dans un article paru au Droit Maritime Français en 1994, que s’il on veut
voir dans le conteneur un emballage, il s’agit forcément d’un emballage « qui n’est
pas comme les autres » et son statut juridique reflétera ce particularisme.
« La conteneurisation, c'est la transposition du principe de la production en série
au transport des marchandises générales. »10 Les tendances économiques, comme
la mondialisation de la chaîne d’approvisionnement et la libéralisation des
échanges, ont grandement stimulé la demande de transport conteneurisé.
L’utilisation d’une « boîte » d’acier aux dimensions normalisées (l’équivalent vingt
pieds – EVP – étant l’unité de mesure utilisée) pour le transport des marchandises
comporte un certain nombre d’avantages. Le plus important est la réduction de
8 La Convention des Nations Unies sur le transport de marchandises par mer, dite Règles de
Hambourg a été adoptée le 31 mars 1978.
9 CA Aix-en –Provence, 2ème Ch, 19 décembre 1979, Navire Zim Ibéria – DMF 1980 p 731.
6
l’ensemble des délais, parce que les conteneurs peuvent être transférés très
rapidement du navire au train et au camion, et inversement. Le conteneur est donc
le vecteur de l’intermodalité11. Les opérations de manutention dans les ports sont
considérablement simplifiées, les temps de chargement et déchargement des
navires sont divisés par deux ou plus, ceux-ci peuvent donc effectuer un plus
grand nombre de rotations. L’empilement des boîtes dans la cale ou sur le pont
permet d’augmenter considérablement le taux de remplissage donc la rentabilité
des navires. La marchandise, empotée chez l’expéditeur et dépotée chez le
destinataire, voyage de manière anonyme, ce qui réduit considérablement les
pertes, les casses ou les vols. Par rapport au transport maritime conventionnel, tel
qu’il se pratiquait dans les années 1960, le conteneur a permis de diviser par deux
les délais d’acheminement et au moins par trois les coûts de transport.
En fonction des besoins, il est apparu une gamme de types de conteneurs adaptés
aux diverses marchandises transportées. De manière générale, on distingue deux
catégories de conteneurs : les conteneurs pour marchandises générales et les
conteneurs pour marchandises spécifiques, dont les dimensions sont variables.
L’International Standards Organisation (ISO) s’est efforcée d'obtenir des
dimensions appropriées, s'agissant du gabarit, en longueur, largeur et hauteur, des
supports utilisés : camions, wagons de chemin de fer notamment. Conformément
à la norme internationale, les types de conteneurs les plus répandus sont les 20
pieds (6,05m) et les 40 pieds (12,19m), qui ont respectivement comme volume
intérieur 32m³ et 65m³. Le plus ordinaire des conteneurs destiné à des
marchandises générales et sèches, communément appelé « DRY », est un
conteneur fermé muni d’une porte verrouillable, à deux battants à une extrémité et
d’anneaux de saisissage à l’intérieur. Le conteneur peut être à toit ouvert, OPEN
TOP, pour pouvoir être chargé par le haut ou conventionnellement par les portes
10 Définition donnée par la Compagnie Générale Maritime – CGM, devenue aujourd’hui la CMA-
CGM.
11 « L’intermodalité est la mise en œuvre de services de bout en bout au moyen de modules ou
vecteurs permettant l’acheminement des marchandises de porte à porte, en utilisant différents
modes de transport sans rupture de charge. » Les échanges de marchandises dans le monde par
voie maritime – La conteneurisation - Fiche n°3 – Ministère de l’Equipement, des Transports et
du Logement février 2002.
7
arrières ; le toit pouvant être recouvert par une bâche. Le conteneur de type plate-
forme, FLAT, est utilisé pour des colis hors-gabarit. Pour des marchandises
spécifiques ont été mis au point, entre autre, les conteneurs réfrigérés, REEFER,
permettant le transport sous température dirigée ou encore les conteneurs
citernes, TANKTAINER afin de transporter des produits liquides ou gazeux,
inoffensifs ou dangereux.
L’innovation la plus considérable dans la conception des conteneurs par rapport à
n’importe quelle autre « caisse » est l’adoption des « pièces de coins », « corner
fittings » en anglais. Chacun des huit coins du container est équipé d’un cube en
acier percé sur chacune de ses trois faces visibles. La dimension de ces coins et
surtout leur écartement en largeur et en hauteur est défini au millimètre près par la
norme ISO 668 car ils sont utilisés pour la manutention par des chariots
spécialisés, mais surtout pour l’arrimage des containers sur le pont des bateaux, sur
les camions ou sur les wagons ainsi que pour les superposer. Ce sont ces coins
ISO qui ont donné au container son intermodalité et assuré de ce fait son succès
planétaire.
"En 1970, il fallait 108 hommes pendant cinq jours pour décharger un cargo
transporteur de bois. Puis il y a eu la conteneurisation. Huit hommes en un jour
suffisent aujourd'hui pour la même tâche. En jours-personnes, cela représente une
diminution de 98,5%, de 540 au total à seulement 8." 12
L’apparition des conteneurs en transport maritime a fait évoluer les techniques de
manutention dans les ports : unités de charge plus importantes, besoins en
arrimage. « Les pièces de coin telles qu’imaginées par Mc Lean visent à rationaliser
la manutention et l’arrimage des boîtes »13. La conteneurisation a une fonction
économique essentielle : augmenter la capacité du navire par la superposition des
conteneurs et l’exploitation au maximum du transport en pontée. Ces prouesses
techniques ne sont réalisables qu’à la condition que les conteneurs soient
correctement arrimés au navire. En effet, les contraintes mécaniques subies par le
12 Time Magasine Asia – 22 mai 2000.
8
conteneur pendant le transport par mer sont énormes et seul un système
d’arrimage approprié garantira la sécurité de la marchandise et de l’expédition
maritime.
L’arrimage est un terme technique définissant deux phases du transport. Le Doyen
RODIERE définit l’arrimage comme étant « la distribution des marchandises à
l’intérieur des espaces destinés à les recevoir et la fixation des divers éléments »14. Cette
première approche de l’arrimage aborde la notion d’empotage de la marchandise
dans le conteneur. L’empotage du conteneur comprend le chargement des
marchandises à l’intérieur du conteneur et leur arrimage, que la pratique désigne
sous le terme de « calage », l’objectif à atteindre étant la stabilité de la marchandise
pendant toute la durée du transport.
L’arrimage est aussi constitué par l’ensemble des opérations matérielles destinées
à répartir et à fixer les conteneurs dans le navire. M. Bonassies et M. Scapel
définissent l’arrimage comme suit :
« L’opération consistant à disposer méthodiquement les marchandises et à assurer
solidement le chargement d’un navire en assujettissant chaque marchandise par le
jeu de câbles, cordages ou étais divers. Cette opération présente une grande
importance du point de vue technique : elle conditionne la stabilité et donc la sécurité
du navire. »15
L’expérience de cinquante années de conteneurisation a révélé les problématiques
inhérentes au transport par conteneurs. Les questions liées aux techniques
d’arrimage sont aujourd’hui au cœur des préoccupations de tous les acteurs du
commerce maritime. Les autorités internationales et nationales se sont aussi
inquiétées de la complexité des multiples problèmes liés à l’arrimage. En effet,
l’évolution rapide du transport maritime conteneurisé n’a été rendu possible que
par d’importants investissements des autorités portuaires dans des infrastructures
13 L’épopée du conteneur – Le Marin – Hors Séries – Novembre 1993.
14 Traité général de Droit Maritime, Tome II - R.RODIERE Dalloz, page 152.
15 Droit Maritime – P. Bonassies ; C. Scapel – LGDJ, page 645.
9
et équipements spécialisés aux terminaux portuaires afin de transférer les
conteneurs des navires aux trains et aux camions, et inversement. Les
professionnels considèrent que les principaux freins à la croissance actuelle et
future du commerce de marchandises conteneurisées se situent dans la capacité
des terminaux portuaires et des réseaux de distribution de surface. Il est
avantageux que les terminaux disposent de suffisamment d’espace pour empiler et
emmagasiner les conteneurs, offrent des prises électriques pour brancher les
conteneurs réfrigérés et soient équipés de systèmes informatisés pour localiser et
suivre le mouvement des conteneurs. En outre, afin de maximiser leur capacité de
manutention des conteneurs, les terminaux portuaires doivent creuser des canaux
profonds permettant l’accès des gros navires et disposer d’équipements suffisants
et efficients (ponts roulants à portique, chariots élévateurs, etc.) sur le quai pour
charger et décharger rapidement. Les navires porteurs ont dû être modifiés afin de
pouvoir y assujettir les boîtes et, normalement, les empiler. Puisque la demande de
conteneurs a augmenté, la taille des navires qui les transportent s’est également
amplifiée de manière impressionnante. Au début des années 1980, le plus gros
porte-conteneurs du monde avait une capacité de charge de 3 400 EVP, alors
qu’actuellement circule le dernier-né des géants de la mer, l’Emma Maersk, qui
peut emporter jusqu’à 13 500 EVP.
Les problématiques économiques et les contraintes techniques de l’arrimage sont
une réalité qui tient en partie au gigantisme des nouveaux navires qui a remis en
question les systèmes d’arrimage, l’organisation des opérations de manutention et
les risques nautiques, environnementaux et surtout financiers en cas
d’évènements de mer. (Partie I)
Les « vrais problèmes » posés par le conteneur et son arrimage se posent aussi du
point de vue juridique. Déterminer sur qui repose la responsabilité de l’arrimage
et, particulièrement du défaut d’arrimage ou du désarrimage, est souvent délicat,
que ce soit sous couvert d’un contrat de transport maritime ou d’un contrat
d’affrètement et plus encore, lors de pertes de conteneurs à la mer, la
responsabilité envers l’Etat côtier et les tiers. (Partie II)
10
PARTIE 1
P R O B L E M AT I Q U E S E C O N O M I Q U E S
E T C O N T R A I N T E S T E C H N I Q U E S D E
L ’ A R R I M AG E D E S C O N T E N E U R S
11
CHAPITRE 1
L’ARRIMAGE ET LE SAISISSAGE DES
MARCHANDISES DANS LE CONTENEUR.
Le mauvais arrimage et saisissage des marchandises dans le conteneur sont
des problèmes auxquels sont fréquemment confrontés les transporteurs
maritimes. La mise à disposition du conteneur et l’empotage de la
marchandise à l’intérieur de celui-ci constituent la phase préliminaire de
l’expédition maritime. La bonne réalisation de ces opérations est capitale
pour assurer la stabilité de la marchandise et la sécurité du transport. Un
arrimage et un saisissage conformes permettront à l’ayant droit de la
marchandise de se prémunir d’une avarie au cours du transport.
Il est tout d’abord fondamental de choisir un conteneur adapté à la
marchandise qui fera l’objet du transport (Section 1). Il faut ensuite accorder
une grande importance à la manière dont seront empotées les marchandises
(Section II).
12
SECTION 1 CHOIX D’UN CONTENEUR ADAPTE A LA
MARCHANDISE.
L’usage du conteneur sur le droit des transports se manifeste avant même le
commencement de l’opération de transport et, ensuite, à ses différents stades. Il
est important de déterminer à qui revient le choix du conteneur (§1) et quels sont
les impératifs en matière de conditionnement de la marchandise pour le transport
(§2).
§1Le choix du conteneur.
La première question que doit se poser tout chargeur est de savoir si le transport
par conteneur est adapté au type de marchandises qu’il désire transporter. Si tel est
le cas, la seconde question a trait au choix du conteneur. Il existe en effet une
grande variété de conteneurs correspondant aux besoins de certaines
marchandises. Le chargeur est responsable du type de conteneur choisi, ie une
conteneur 20 pieds plutôt qu’un 40 pieds ou encore un conteneur DRY plutôt
qu’un conteneur réfrigéré. Le transporteur est néanmoins tenu d’un devoir de
conseil concernant la conformité du conteneur relativement à la nature de la
marchandise, à la destination de celle-ci et à la saison où le transport doit
s’effectuer.
En effet, si nous prenons comme exemple le transport de dattes entre Tunis et
Marseille, les marchandises pourront être empotées dans un conteneur DRY
pendant la période hivernale. En revanche, les dattes pouvant devenir sirupeuses à
partir de 20°C, afin de prévenir toute avarie, il est préférable de les transporter
dans un conteneur ventilé ou réfrigéré lorsque les températures saisonnières sont
au dessus de cette limite.
Une fois le type de conteneur arrêté, celui-ci est mis à disposition de l’expéditeur
afin de procéder à l’empotage.
13
§2 La mise à disposition du conteneur.
Une autre problématique quant au choix du conteneur est que le conteneur n’est
pas toujours, voire même rarement, la propriété de celui qui l’utilise. Le plus
souvent, le conteneur fait l’objet d’une location, ou d’une mise à disposition, soit
par le transporteur maritime lui-même16, soit par une entreprise spécialisée. Le
parc de conteneurs disponibles est une des composantes qui fait la force du
transporteur maritime. D’un point de vue économique pour le transporteur
maritime, le conteneur a favorisé une meilleure gestion des flux, une réduction du
transit time et une amélioration du coefficient de remplissage des navires. Mais il
ne faudrait pas oublier que des points négatifs sont aussi perceptibles comme les
déséquilibres de remplissage des portes conteneurs sur certains axes (ex : USA ->
Asie). Ainsi, tous les transporteurs maritimes sont confrontés au problème des
conteneurs vides qui s’entassent sur les terminaux alors que d’autres terminaux
manquent de conteneurs pour être mis à la disposition des chargeurs.
Lorsque le transporteur met à disposition un conteneur, il le fait à titre accessoire
du contrat de transport. La jurisprudence analyse cette mise à disposition comme
étant une location de meubles. Le transporteur conserve la maîtrise et la garde des
conteneurs placés sur son navire, depuis d’embarquement jusqu’au port de
destination, mais cela ne fait pas obstacle à ce que la jouissance des conteneurs
soit transférée à l’expéditeur locataire, qui en fait un usage temporaire, conforme à
leur destination, pour la conservation des marchandises pendant la durée de la
traversée. En tant que loueur de conteneurs, le transporteur maritime doit garantir
et indemniser le locataire expéditeur des dommages résultant des vices et défauts
16 Le transporteur maritime dispose d’un parc de conteneurs qu’il met à la disposition de ses
clients. Ces conteneurs sont aussi bien des conteneurs en propriété que des conteneurs loués. Les
problèmes liés à la location de conteneurs sont de taille pour le transporteur. Lorsque le
destinataire de la marchandise ne restitue pas celui-ci dans les temps, le transporteur a paye la
location du conteneur à fonds perdus, et il s’expose même au paiement de surestaries en cas de
non restitution au loueur.
14
de la chose louée « quand même il ne les aurait pas connus lors de la passation du
contrat de louage. »17
Contrairement à l’hypothèse précédente où il existe une interaction entre le
contrat de transport et le contrat de location qui complexifie les relations
juridiques, lorsque le conteneur est mis à disposition par une entreprise spécialisée
dans la gestion d’un parc de conteneurs, la relation contractuelle est fondée sur un
contrat de louage de choses.
Dans les deux cas, l’opérateur qui met le conteneur à disposition doit fournir un
conteneur en bon état considérant l’obligation d’entretien qui pèse sur lui.
Cependant, la parade généralement mise en avant par celui qui met le conteneur à
disposition est que le chargeur a le « devoir » de vérifier le conteneur qu’on lui
propose, et de le rejeter si celui-ci semble impropre au transport de la marchandise
considérée. Les juges ont ainsi pu décider que la Convention de Bruxelles de 1924
qui, s’agissant de la responsabilité du transporteur, ne couvre que la période
antérieure au chargement sur le navire, n’interdisait pas d’insérer dans le contrat
une clause suivant laquelle le locataire qui accepte le conteneur proposé sans faire
de réserves renonce à engager la responsabilité du transporteur.18
Le choix du conteneur est particulière fondamental à la réussite du transport.
Cependant, en ce qui concerne plus précisément l’arrimage, l’emballage et le
conditionnement de la marchandise sont des opérations cruciales pour assurer la
sécurité des produits transportés.
17 Cour d’Appel de Versailles, 14 janvier 1999 – DMF 1999, p 933, Obs C. Humann.
18 Cour d’Appel de Rouen, 7 février 1985 – DMF 1987, p 510.
15
§3 Emballage et conditionnement de la marchandise.
Cette phase pré-transport relève entièrement de la responsabilité de l’expéditeur.
Les marchandises doivent être convenablement emballées et marquées. « Le
conditionnement doit respecter les usages du commerce, les règles de l’art, voire
les prescriptions légales applicables en pareille matière, et, en particulier, les
dispositions très détaillées du Code IMDG (International Maritime Dangerous
Goods ».19 La difficulté réside dans le fait qu’il n’existe pas – sauf pour les
matières dangereuses – de réglementation spéciale précisant les caractéristiques
des emballages maritimes et du conditionnement intérieur. Le chargeur doit donc
veiller à ce que les marchandises soient soigneusement emballées et conditionnées
de manière à ce qu’elles soient en mesure de subir sans dommages les contraintes
physiques liés au transport maritime. Un mauvais conditionnement pourra avoir
des incidences sur la qualité de l’arrimage dans le conteneur de la marchandise,
mais surtout, augmentera les conséquences lourdement préjudiciables en cas de
désarrimage de la marchandise dans la mesure où les produits seront
insuffisamment protégés. De plus, il faudra au chargeur accorder une attention
encore plus importante aux marchandises répertoriées dans le Code IMDG. Ce
code donne une liste des marchandises pouvant présenter des dangers pendant
leur transport et prescrit l’utilisation d’emballages et de conditionnements adaptés
à chaque type de marchandises selon leur niveau de dangerosité.
« Les textes ne prescrivent pas directement au chargeur ces obligations, mais elles
résultent indiscutablement de l’économie du système de responsabilité propre au
transport maritime. En effet, les textes que ce soit la Convention de Bruxelles (art
4 § 2, n et o) ou la loi française du 18 juin 1966 (art 27, g) exonèrent le
transporteur de toute responsabilité pour le dommage résultant des insuffisances
19 Droit Maritime – P. Bonassies ; C. Scapel – LGDJ, page 665.
16
d’emballage, ainsi que de l’insuffisance ou de l’imperfection des marques apposées
par le chargeur. »20
Il est donc crucial pour le chargeur de procéder de manière appropriée et
soigneuse à l’emballage et au conditionnement de la marchandise au regard de la
responsabilité qu’il devra supporter en cas de dommage. Le conteneur ayant été
choisi, mis à disposition et la marchandise prête au transport, la phase suivante
consiste en l’empotage de cette dernière dans le conteneur.
20 Droit Maritime – P. Bonassies ; C. Scapel – LGDJ, page 666.
17
SECTION 2 EMPOTAGE DU CONTENEUR ET DECLARATION
DU CHARGEUR.
« L’arrimage des marchandises dans les conteneurs n’apparaît pas dans la
déclaration du chargeur et n’est garanti par aucun transporteur. Un mauvais
arrimage peut être à l’origine d’avaries à la marchandise, à d’autres conteneurs et
générer des désarrimages. Le problème devient très délicat lorsque les conteneurs
renferment des marchandises dangereuses. »21
§1 L’empotage du conteneur.
L’empotage du conteneur comprend non seulement le chargement des
marchandises à l’intérieur du conteneur, mais encore leur arrimage, l’objectif à
atteindre étant la stabilité de la marchandise pendant le durée du transport.
Concernant l’empotage, il existe des clauses spécifiques du contrat de transport
par conteneur. Un conteneur FWL (Fully loaded weight and capacity) est
intégralement rempli en poids et en volume, alors qu’un conteneur LCL (Less
than container load) reçoit des lots de marchandises, qui envisagées séparément,
ne suffiraient pas à le remplir. Dans ce dernier cas, pour des raisons d’économie,
on procédera le plus souvent à un groupage de marchandises provenant de
différents chargeurs. L’empotage incombe alors à celui qui effectue le groupage.
Si le conteneur est FCL (Full Container Load), il sera remis, par le chargeur,
complet au transporteur maritime, plombé, sans que ce dernier ne soit intervenu
pour l’empotage des marchandises, ce qui entraîne des conséquences quant à la
responsabilité dans l’exécution du transport. Lorsqu’il est prouvé que les
dommages subis par la marchandise proviennent exclusivement de la faute de
21 Rapport d’étape – Transport de marchandises par conteneurs – Vigipol.
18
l’expéditeur dan l’empotage du conteneur, la jurisprudence consacre sa
responsabilité.
Si le conteneur est LCL (Less than Container Load), ce qui est rare, l’empotage
sera de la responsabilité du transporteur qui effectuera cette opération dans le
cadre du contrat de transport. La responsabilité du transporteur peut être
recherchée sur le fondement de la Convention de Bruxelles pour avoir commis
une faute en empotant la marchandise dans un conteneur vétuste et
insuffisamment étanche.
L’OMI (Organisation Maritime Internationale) a élaboré des directives relatives à
la formation en matière de chargement des cargaisons dans les conteneurs afin de
mettre en lumière les principes essentiels à la sécurité de l’empotage.22 Ainsi, il est
important d’étudier l’arrimage de l’ensemble de la cargaison avant de remplir le
conteneur et de placer côte à côte des marchandises ayant une résistance
appropriée de manière à obtenir un arrimage solidaire et à veiller à la compatibilité
des marchandises entre elles (dangerosité de certaines cargaisons selon le Code
IMDG). Les directives insistent sur le fait qu’il convient d’apporter un soin
particulier à l’assujettissement des unités lourdes dans un conteneur pour
empêcher leur mouvement.
§2Les risques de désarrimage et d’avarie de la marchandise.
Bien qu’offrant une protection remarquable à la marchandise qu’il contient, le
conteneur ne peut lui épargner les violents efforts qui s’exercent
longitudinalement et transversalement lors de la traversée maritime, ou
verticalement, lors des opérations de manutention. Les soins à apporter lors de
22 Directives OMCI – OIT – La formation en matière de chargement des cargaisons dans les
conteneurs – Londres 1978.
19
l’empotage du conteneur, tant au niveau du calage que de la disposition interne
des marchandises (il faut équilibrer la charge) sont d’une grande importance.
Le bon déroulement de ces opérations est une des préoccupations des P&I
Clubs23 et des Sociétés de Classification24 qui rappellent régulièrement, dans leurs
notes d’information aux transporteurs maritimes, les procédures à respecter et les
risques encourus. Ainsi, le Bureau Véritas, dans une note d’information du 14
décembre 200625, donne une liste des principales causes des désarrimages des
conteneurs. Sur les six causes évoquées, quatre sont relative à l’empotage :
la surcharge pondérale des conteneurs ;
la déformation du conteneur (défaut d’entretien) ;
défaut d’arrimage à l’intérieur du conteneur ;
explosion ou incendie ;
saisissage défectueux ;
mauvaise répartition verticale des poids.
L’empotage intéressant donc la sécurité de l’expédition maritime, que ce soit pour
la marchandise elle-même, pour les autres conteneurs adjacents ou pour la stabilité
du navire, les juridictions en sanctionnent les défauts. Ainsi, la Cour d’Appel
d’Aix-en-Provence, dans un arrêt du 10 octobre 2005, a attribué à un mauvais
empotage l’avarie subie par les marchandises. En l’espèce, une société achète des
lots de bobines de tôle à acheminer à La Réunion. Les conteneurs sont chargés sur
le navire après empotage par un manutentionnaire à Anvers. Entre Dunkerque et
Montoir, le navire essuie une tempête d’une exceptionnelle violence. A Marseille,
23 Les P&I Club (Protection and Indemnity Club) sont l’autre composante de l’assurance
maritime. les P&I Clubs couvrent ce que les assureurs corps et facultés ne prennent pas ou peu
en charge : les dommages causés aux tiers lors de l’exploitation du navire (pollution, collision,
levage, maladies ou accidents survenant aux marins ou aux passagers…) La plupart des clubs sont
anglo-saxons et fonctionnent sur un principe non lucratif et mutualiste.
24 Une société de classification est une organisation qui établit et applique des standards
techniques au projet, à la construction et à l'inspection des facilités relatives à la marine, incluant
les navires et les structures Off-shore.
25 Perte des conteneurs à la mer – J.F. Segretain – Bureau Véritas, 14 décembre 2006, Brest.
20
on constate le désarrimage de la marchandise. La Cour soutient que si le navire
avait rencontré un quasi ouragan , pouvant être libératoire de responsabilité sur le
fondement de la force majeure, il n’est reste pas moins que la faute commise par le
manutentionnaire qui a empoté la marchandise est caractérisée et engage sa
responsabilité quasi-délictuelle : « si l’arrimage des colis avait été réalisé selon les
règles de l’art (bobines reliées entre elles et à la structure du conteneur), comme
cela a été fait pour a suite du voyage vers La Réunion, aucun dommage ne serait
survenu. »26
L’empotage et ses risques nécessitent réellement une attention particulière. Un
autre sujet d’importance est la déclaration par le chargeur de la nature de la
marchandise remise au transporteur.
§3 La déclaration du chargeur.
Selon la Convention de Bruxelles (art 3) et la loi française, Décret du 31 décembre
1966, art 35, le chargeur doit d’une part, déclarer par écrit au transporteur tous les
éléments permettant d’identifier la marchandise (marques, nombre, quantité, poids
et faire une déclaration spéciale pour les marchandises dangereuses ; et d’autre
part, apposer sur les colis des marques d’une lisibilité suffisante pour en permettre
l’identification jusqu’à la fin du voyage. Ces indications doivent être portées sur le
connaissement. Aux termes de l’art 31 de la loi du 18 juin 1966 :
« Lorsque le chargeur a fait sciemment une déclaration inexacte de la nature ou de
la valeur des marchandises, le transporteur n’encourt aucune responsabilité pour les
pertes ou dommages survenus à ces marchandises. »
La déclaration exacte du poids du conteneur est importante pour apprécier
l’existence de manquants à la livraison mais principalement pour élaborer le plan
26 Cour d’Appel d’Aix-en –Provence, 10 octobre 2005, BTL N° 3136du 3 juillet 2006.
21
de chargement du navire. Une fausse déclaration du poids du conteneur peut avoir
des conséquences majeures : si le conteneur est chargé au-delà de son tonnage
maximum ou si le poids est supérieur ou inférieur à celui indiqué au
connaissement, la probabilité d’un désarrimage et de dommages est fortement
envisageable.
La fausse déclaration portant sur des matières dangereuses peut avoir des
conséquences bien plus dommageables encore. Les marchandises dangereuses,
inflammables ou explosives, font l’objet des dispositions spéciales. Le chargeur
doit signaler au transporteur leur nature particulière et dans les conditions prévues
par la réglementation. Les marchandises au chargement desquelles le transporteur
n’aurait pas consenti s’il avait eu connaissance de leur nature dangereuse,
inflammable ou explosive, peuvent être déchargées, rendues inoffensives ou
même détruites et le chargeur peut être rendu responsable de tout dommage
résultant directement ou indirectement de leur embarquement. Cette
responsabilité peut être extrêmement lourde compte tenu des prescriptions du
Code IMDG imposant le transport en pontée des marchandises dangereuses, si le
transporteur les arrime en cale, par ignorance de leur nature, et qu’un incendie ou
une explosion se produit et détruit les autres conteneurs de la cale et la structure
du navire, voire entraîne le naufrage du navire, ce genre d’accident peut coûter des
millions d’euros au chargeur ayant fait une fausse déclaration.
22
Cette responsabilité de chargeur est à mettre en parallèle avec le gigantisme des
navires sortant aujourd’hui des chantiers de construction. Les risques
économiques d’une fausse déclaration peuvent être démesurés. Il est donc capital
que le chargeur, conseillé par le transporteur maritime comme le conseillent les
Sociétés de Classification et les P&I Clubs, apporte tous les soins et l’attention
nécessaire pour éliminer au maximum les risques tenant à l’empotage du
conteneur et à la marchandise transportée.
L’étape suivante dans la chaîne du transport maritime consiste en la prise en
charge du conteneur par le transporteur maritime, sa mise à bord et son arrimage.
Ces phases sont encore plus cruciales que l’empotage dans la mesure où c’est à ce
stade que le transporteur peut refuser de prendre une marchandise qu’il considère
comme risquée pour l’expédition ou que les décisions fondamentales concernant
le plan de chargement sont prises, décisions qui influeront sur la sécurité de la
traversée.
23
CHAPITRE 2
L’ARRIMAGE DES CONTENEURS SUR LE NAVIRE
La conteneurisation peut se résumer à trois caractéristiques : la spécialisation, le
gigantisme des navires et la standardisation qui débouche en premier lieu sur une
manutention rationalisée. Cinquante ans après l'épopée de l'" Ideal-X ", premier
navire ayant embarqué des conteneurs, près de 12 millions de conteneurs circulent
dans le monde. Il s'en construit plus de 1,5 million par an, dont les deux tiers en
Chine. Et le marché continue de croître : 12 % en moyenne par an depuis 2000.
Aujourd'hui, les conteneurs représentent à eux seuls 80 % de la valeur totale des
marchandises transportées par voie maritime. Les bateaux eux-mêmes n'ont cessé
de grossir. L'" Ideal-X " faisait à peine 200 mètres de long. De nos jours, les plus
gros porte-containers font près de 400 mètres de long, 40 mètres de large et
peuvent embarquer jusqu'à 12.000 containers. Cette évolution s’accompagne
impérativement d’une réponse adaptée au niveau des infrastructures terrestres et
portuaires (dont les engins de manutention) mais aussi d’organisations permettant
d’évacuer massivement les flux.
Pour garantir la sécurité de l’arrimage et du navire (Section 1), il a donc fallu
adapter les techniques de manutention en fonction de ce type de transport en
faisant appel à de nouveaux acteurs, les ship planners qui opère aux côtés du
capitaine (Section 2), et faire évoluer les entreprises de manutention (Section 3).
24
SECTION 1 L’INCIDENCE DE L’ARRIMAGE SUR LA
SECURITE DU NAVIRE.
Les conteneurs peuvent être chargés sur des navires de charges classiques ou
d’une manière plus générale sur les porte-conteneurs intégraux (§1). Néanmoins,
quelque soit le type de navire sur lequel sont chargés les conteneurs, l’incidence
d’un bon arrimage sur la sécurité de la traversée et sur la stabilité du navire est la
même (§2).
§1 Les différents navires embarquant des conteneurs.
Aujourd’hui, la conteneurisation est un tel phénomène que la plupart des navires
sont amenés à transporter des conteneurs27. Les conteneurs sont donc embarqués
sur des navires transportant des marchandises dites conventionnelles, c'est-à-dire
non conteneurisées, sur des navires rouliers, dits RoRos (Roll on – Roll Off, à
manutention horizontale) voire même sur des navires vraquiers. Ces différents
types de navires ne sont pas nécessairement équipés de structures spécialement
destinées à recevoir des conteneurs. Il existe une grande variété de modes
d’arrimage suivant le type de navire et son équipement. Le Gard P&I Club fait
remarquer qu’un bon plan d’arrimage conforme au « Container Stowage and
Securing Plans » (manuel d’assujettissement) sur un navire roulier serait aussi sûr
que le transport sur un porte-conteneurs cellularisé, même en cas de gros temps.
Avec l’avènement du conteneur, les navires se sont spécialisés dans un souci de
déchargement et de manutention plus sûrs, plus rapides, moins chers et avec une
sécurité accrue. La deuxième partie du 20ème siècle voit l’arrivée des premiers
porte-conteneurs. Pour une traversée maritime de six (6) jours, là il faut 42 jours à
27 Containers on non-cellular ships – J. Fairclough, Brookes Bell Jarrett Kirman, London – Gard
News N° 159 (P&I Club Norvégien).
25
un navire classique pour acheminer une même marchandise (chargement,
transport, déchargement compris), il ne faut que neuf (9) à dix (10) jours à un
porte-conteneurs. Ces navires sont dotés d’installations particulières notamment le
système de guidage à glissières, grâce auquel les conteneurs s’emboîtent quasi
automatiquement dans les espaces cellulaires et qui facilite l’arrimage et le
saisissage. La capacité d’un porte-conteneurs se mesure en TEU (twenty feet
equivalent unit), équivalent au nombre de conteneurs de 20 pieds pouvant être
chargés. « Depuis la mise en service des premiers porte-conteneurs, on assiste à un
accroissement de la taille et de la capacité de ces navires : les premiers porte-
conteneurs de 3 000 TEU ont vu le jour en 1972, et l’on s’est cantonné jusqu’à la
fin des années 1980 au gabarit panamax qui ne permettait pas de dépasser les
4 800 TEU. Ce gabarit est essentiel puisqu’il correspond à la dimension maximale
des navires pouvant passer de l’Atlantique au Pacifique via le Canal de Panama.
Au cours de année 1990, on s’est affranchi de ce carcan avec les navires dit Over-
panamax, dont les plus grandes unités en fonction atteignaient 8 000 TEU pour
une largeur de 42,80m et une longueur de 350m. »28 Une nouvelle génération est
née depuis peu et les navires ont été baptisés des Mégaships. Cette tendance vise à
construire des navires de 12 000 TEU avec des projets de navires à 18 000 TEU
pour les plus avant-gardistes. Le concept est cette fois-ci celui du « Malaccamax »,
c'est-à-dire que la limite de tirant d’eau de ces navires est annexée sur la capacité
du détroit de Malacca. Le dernier né de cette génération étant l’Emma Maersk,
lancé en 2006. Ce super porte-conteneurs n’a laissé indifférent aucun des acteurs
du monde maritime et a immédiatement suscité de nombreuses interrogations
quant aux conséquences d’une possible défaillance d’un tel géant, pouvant
transporter des milliers de conteneurs, représentant en valeur le Produit Intérieur
Brut de certains pays comme la Mauritanie ou la Sierra Leone.29
L’arrimage des conteneurs sur ces nouveaux navires, tout autant que sur n’importe
quel autre navire, est une opération délicate dans la mesure où elle intéresse la
sécurité et la stabilité du bâtiment.
28 La révolution du conteneur – Isemar - Note de synthèse N°49- Novembre 2002.
29 Emma Maesrk : les conteneurs de trop ? – Fortunes de Mer, janvier 2007.
26
§2 L’arrimage et la stabilité du navire et sa sécurité.
De nombreux textes ont été élaborés sur le sujet. Pour exemple, on peut citer le
recueil de stabilité de l’OMI qui traite dans son chapitre 4 « des critères particuliers
des porte-conteneurs d’une longueur de plus de 100m » ou encore les règles
SOLAS (Safety of Life at Sea) II – 1/22 qui prévoient une expérience de stabilité
après achèvement du navire permettant ainsi de déterminer les éléments de
stabilité.
La stabilité du navire fait par ailleurs l’objet d’un contrôle strict de la part des
Sociétés de Classification lorsqu’elles attribuent une classe au navire. Lors de la
construction, les conditions difficiles de navigation sont prises en compte pour les
échantillonnages de structure. Les différents efforts auxquels sont soumis les
navires sont également intégrés. Toutes ces données permettent à la Société de
Classification d’établir un plan d’arrimage des marchandises, ou Cargo Stowage
and Securing Plan », que le transporteur maritime sera tenu de respecter. Des
études ont montré récemment les dangers associés aux porte-conteneurs.30
« Quelques un des accidents les plus marquants concernant les porte-conteneurs
sont les collisions, les feux de conteneurs, fatigue des bordées, dommages causés
par impacts sur l’étrave, perte de conteneurs, roulis paramétrique et diverses
réclamations sur la cargaison concernant souvent les conteneurs réfrigérés. »
Vigipol, dans son Rapport d’étape sur le Transport Maritime de Marchandises par
Conteneurs, apporte quelques propositions pour palier certains de ces problèmes,
notamment l’installation de capteurs de fatigue de coque de navire aux endroits les
plus sollicités par conditions météorologiques difficiles permettant d’aider le
Capitaine dans ses décisions quant au ralentissement, changement de route ou
relâche. Vigipol remarque aussi que toutes les Sociétés de Classification
30 La sécurité des porte-conteneurs, une préoccupation croissante – AFCAN.
27
n’apportent pas les meilleures garanties et qu’il est souhaitable de « faire le ménage
parmi les Sociétés de Classification complaisantes ».
Les porte-conteneurs sont soumis à deux forces : son poids, s’appliquant en son
centre de gravité, et sa poussée, exercée par l’eau de mer, qui s’applique au centre
de sa carène, c'est-à-dire le centre de gravité de l’eau déplacée par la coque du
navire. Ces deux forces sont égales et leurs points d’application sont situés sur la
même ligne verticale. La stabilité du navire est sa faculté à revenir naturellement à
cet état d’équilibre lorsqu’il en est écarté par une perturbation. Malgré cette
faculté, de nombreux facteurs sont susceptibles de porter atteinte à la stabilité des
porte-conteneurs, notamment le chargement de poids importants en tête de piles
ou une cargaison mal arrimée. Un mauvais arrimage des conteneurs peut faire
basculer les conteneurs en bloc d’un même côté sous l’effet du roulis
paramétrique31 ou de la gîte. Des coups de roulis soudains peuvent se produire
sans préavis, entraînant les piles de conteneurs à basculer comme des dominos
(malgré un arrimage et un assujettissement approprié et soigneux), produisant des
pertes sévères.
Le Commandant P. Sussac dans un article paru sur le site de l’AFCAN apporte un
éclairage sur les risques inhérents à ces navires :
« En pratique, les efforts [auxquels sont soumis les navires] sont négligés en cours
d’opérations [de chargement et de manutention] pendant lesquelles les calculs de
torsion, très longs, sont pratiquement impossibles à faire. En escale, il est mis une
paire de ballast en automatique pour tenir le navire droit, et le terminal suit son
programme en vidant des tranches entières latérales sans que quiconque suive les
efforts de coque. Il est déjà assez laborieux d’avoir des calculs de stabilité faits dans
de bonnes conditions, à vérifier aux mouvements du navire, quand on connaît en
plus la fiabilité générale des poids indiqués des conteneurs. […] Tout cela vient se
rajouter aux inconvénients que tout le monde connaît, et rappelés pour le danger
31 Le roulis paramétrique peut se produire par mer de l’avant avec une combinaison défavorable
de hauteur, de longueur et de période de vague en fonction de la longueur du navire.
28
d’incendie : dangereux camouflés, mauvais arrimage dans les conteneurs…et aussi
au renouvellement d’eau des ballasts. »
Ceci nous amène à présenter la manière dont est planifié l’arrimage des conteneurs
sur le navire.
SECTION 2 LA REPARTITION DE LA MARCHANDISE SUR LE
NAVIRE
La spécialisation et le gigantisme des navires a imposé aux acteurs du transport
maritime de repenser l’organisation des opérations de manutention et d’arrimage.
Au 19ème siècle, le commandant cherchait le port idéal pour faire du commerce. Il
avait toute latitude vis-à-vis de son armateur pour embarquer et négocier la
marchandise lors de son chargement, de son achat et de sa vente. Aujourd’hui, le
rôle du commandant est beaucoup plus limité et certaines de ses attributions ont
été confiées au nouvel acteur du transport maritime qu’est le ship planner (§1).
Cependant, le commandant, dépossédé de certaines fonctions, demeurent
pleinement responsable (§2).
§1 Le transfert des attributions du commandant au ship planner.
Aujourd’hui, lorsque le navire arrive au port, les agents commerciaux ont déjà
collecté la marchandise qui s’apprête à embarquer. L’agent consignataire signe les
connaissements et le plan de chargement est donné au commandant. Le
commandant a donc été « dépossédé » d’une large partie de ses attributions lors
des escales. Le ship planner a pris le relai du bord en prenant en charge le plan de
29
chargement. Les gros porte-conteneurs sont intégrés dans des services regroupant
souvent plusieurs armateurs. Les horaires sont réguliers et prévus à l’avance. Le
problème majeur est lié à la vitesse des rotations et aux impératifs d’horaire. La
brièveté des escales ne laissant pas la place à l’improvisation, un planificateur
central, travaillant pour un centre opérationnel a été chargé du suivi du navire.
Avant d’établir le plan de chargement, le ship planner doit nécessairement
connaître les termes de la charte-partie liant l’armateur et l’affréteur, notamment
les clauses concernant la possibilité qui lui est donnée de charger à bord des
marchandises dangereuses ou les responsabilités entre affréteur et armateur sur les
marchandises transportées. Il doit aussi être parfaitement au fait des
caractéristiques dynamiques et les capacités du navire32 ; des accords entre la ligne
et le stevedore, lui permettant de prévoir les temps et possibilités de déchargement
et chargement, mais aussi des caractéristiques de ports touchés par la ligne.
Le plan de chargement est donc élaboré en fonction de toutes ces données et est
soumis au Second Capitaine pour approbation. Il s’agira en règle générale d’un
pré-plan par port de destination et par groupe de poids indiquant précisément les
positions de tous les « spéciaux » (marchandises dangereuses, conteneurs réfrigérés
à brancher). Le plan définitif avec tous les numéros de conteneurs et leurs poids
exacts est finalisé par l’entreprise de manutention. Le ship planner précise
également l’ordre des opérations commerciales en fonction des contraintes liées au
navire et de celles liées au stockage sur le terminal. Le plan de chargement est
constitué par les vues transversales dans lesquelles sont notés les numéros de
conteneurs, leurs poids, leurs destinations ainsi que leurs caractéristiques
principales (20 ou 40 pieds ; hors gabarit ; réfrigéré ; dangereux).
La réalisation d’un plan de chargement peut s’apparenter à un véritable casse-tête
sur les navires à fort tonnage compte tenu de nombre de paramètres à intégrer. Le
ship planner doit d’abord veiller à la sécurité et à la stabilité du navire, tout en
32 Il s’agit ici du lashing agreement (capacité de transport de la marchandise en pontée et en cale) ;
les capacités de ballastage ; les tirants d’eaux maximums suivant les zones traversées ; la position
et le nombre des prises électriques sur le pont afin de brancher les conteneurs réfrigérés ; le poids
maximum par pile de 20 et 40 pieds ; les ouvertures de panneaux de cale…
30
plaçant les conteneurs de façon à faciliter leur enlèvement dans la chronologie des
ports de débarquement, en ayant prévu les problématiques des conteneurs
spéciaux, ou des marchandises incompatibles… A ces contraintes techniques
s’ajoutent les contraintes économiques des transporteurs maritime pour qui il est
nécessaire d’obtenir un taux de remplissage maximum du navire afin de
rentabiliser la rotation et plus généralement la ligne.
On comprend donc aisément que la conception des plans de chargement ne relève
plus du commandant mais fasse l’objet d’une profession à part entière. Ayant
perdu certaines de leurs attributions, les capitaines de navire n’en demeurent pas
moins responsable de l’arrimage des conteneurs et doté d’un pouvoir de décision
en dernier ressort.
§2 Le pouvoir décisionnel et la responsabilité du capitaine.
Le capitaine est maître de la sécurité de l’expédition maritime. Par delà les
pratiques, les tensions et les ingérences de toutes sortes qui se concentrent sur lui,
il est juridiquement responsable de ce qui se rapporte à la sécurité en mer, alors
même qu’il est sous l’influence permanente de l’armateur via les divers moyens de
communication. Il a le pouvoir de décider ou non de l’appareillage du navire et
commet une faute et engage la responsabilité de l’armateur, s’il appareille avec un
navire impropre à la navigation. En tant que maître de la sécurité, il doit maintenir
le navire en état de navigabilité, contrôler le chargement, l’arrimage et la
préservation des marchandises. La règle est formelle, le capitaine, ou plus
précisément le capitaine en second, doit impérativement veiller à l’arrimage dans la
mesure où la sécurité du navire est en cause. Cette règle résulte pour partie des
termes de la Convention de Bruxelles et de la réglementation française, disposant
que les opérations de chargement et d’arrimage incombent au transporteur, qui
doit les exécuter de façon « appropriée et soigneuse ».
31
L’obligation est impérative et les opérations sont effectuées sous sa responsabilité
exclusive, même si, en fait, il les fait exécuter par une entreprise de manutention
indépendante et même si le prix en est décompté séparément du fret et mis à la
charge de la marchandise.
Ainsi, les opérations d’arrimage et de saisissage sont faites sous le contrôle du
second capitaine qui validera le plan de chargement produit par le ship planner.
Concrètement, le second capitaine vérifie en lieu et place du commandant la
conformité du plan de chargement, en y apportant des modifications si elles sont
nécessaires pour préserver la marchandise et la stabilité du navire.
Il faut néanmoins souligner que si le capitaine a perdu ses attributions lorsque le
navire est à quai, celui-ci retrouve toute latitude lorsque le navire appareille. Les
soins appropriés à apporter à la marchandise ne se limitant pas au moment de la
mise à bord et de l’arrimage, il sera de son ressort d’organiser des « rondes de
saisissage » pendant le voyage afin de vérifier que les systèmes de saisissage,
particulièrement lorsque des conditions météorologiques difficiles sont annoncées.
La perte de souveraineté du capitaine, autrefois « seul maître à bord après Dieu »,
correspond à des exigences économiques ayant rationalisées les tâches d’arrimage
et de manutention. La conteneurisation a aussi remodelé les pratiques des
entreprises de manutention.
32
SECTION 3 L’ENTREPRISE DE MANUTENTION ET
L’ARRIMAGE DES CONTENEURS.
Les opérations de manutention ont été véritablement révolutionnées en l’espace
de cinquante ans. La conteneurisation a nécessité une adaptation des techniques et
appareillages de manutention (§1). L’entrepreneur de manutention, en tant que
sous-traitant du transport maritime, dispose d’un régime juridique particulier qui a
été calqué sur le régime de son donneur d’ordre. (§2)
§1L’entreprise de manutention et son évolution.
La Convention de Bruxelles de 1924 ne fait pas allusion aux entreprises de
manutention ne gouvernant uniquement que, d'après son article premier, le trajet
maritime et laissant aux textes internes le soin de régler les phases terrestres du
transport maritime. Cependant, aux termes des articles 50 à 57 de la loi 66-420 du
18 juin 1966 relative aux contrats d’affrètement et de transports maritimes,
l’entrepreneur de manutention maritime a, d’une part, un rôle lui donnant la
charge de toutes les opérations qui réalisent la mise à bord et le débarquement des
marchandises, et de toutes les opérations de mise et de reprise sous hangar ou sur
terre-plein qui sont le préalable ou la suite nécessaire des opérations précédentes.
Un rôle supplémentaire, s’il est requis par le transporteur maritime, le chargeur ou
le réceptionnaire, qui lui permet de reconnaître, de réceptionner, de garder à terre
et de délivrer les marchandises après débarquement. L’entrepreneur de
manutention peut être chargé de ces opérations s’il s’agit des usages du port ou
bien s’il s’agit d’une activité prévue au contrat de manutention.
En effet, on distingue traditionnellement en France, deux catégories
d'entrepreneurs de manutention portuaire. Ils diffèrent par la nature des
opérations qu'ils accomplissent et par leur localisation géographique. Les
entrepreneurs des ports de l'Atlantique, de la Mer du Nord et de la Manche sont
33
appelés "stevedores" et leurs fonctions se limitent à l'accomplissement
d'opérations matérielles de chargement et de déchargement des navires de
commerce. Les entrepreneurs des ports méditerranéens, appelés "acconiers",
accomplissent outre ces opérations matérielles, les opérations de réception,
reconnaissance, garde et livraison à terre des marchandises.
L’article 57 de la loi de 1966 prévoit que sur le plan international, les contrats et
actes des entreprises de manutention sont régis par la loi du port où opèrent ces
derniers.
La conteneurisation a suscité en outre l'avènement des navires spécialisés ce qui a
entraîné la nécessité de mettre en place de nouvelles structures dans les ports, et
de les équiper notamment d'appareils de levage spéciaux.
Outre la modification des infrastructures et de l'outillage, la conteneurisation a en
quelque sorte crée de nouvelles tâches pour les entrepreneurs de manutention. Ils
ont de ce fait modifié leur façon de travailler face aux nouveaux besoins de leurs
cocontractants : ainsi, ont-ils commencer à procéder à la vérification de l'état des
conteneurs, à l'empotage et aux dépotage des marchandises, aux déplacement et
stockage des conteneurs vides, à prendre soin des conteneurs réfrigérés, autant de
tâches qui ont une rémunération mais aussi qui nécessitent la mise en place de
nouvelles installations.
La conteneurisation a par ailleurs « engendré l’industrialisation du transport
maritime en faisant pénétrer les grands principes d’organisation industrielle
comme les effets d’économie d’échelle, l’interchangeabilité du fret grâce à un
contenant standardisé »33. En 1970, René Rodière notait l'industrialisation
profonde de la profession, se marquant dans l'usage d'appareils de divers types,
dont certains extrêmement coûteux comme les portiques34.
33 FIORE (C), Lignes tour du monde ou réseaux :le point du débat en matière de maîtrise de la
circulation des conteneurs, Annales de l’I.M.T.M 1986, Vol.3, p.49.
34 RODIERE (R), Traité, p.23.
34
Aujourd’hui, l’outillage des entreprises comporte essentiellement, des grues de
quais, automotrices ou flottantes, des portiques (pour les conteneurs ou les
minerais), des chariots élévateurs (pour les marchandises diverses en palettes), des
cavaliers (destinés à la manutention des conteneurs du quai au lieu de stockage),
des tracteurs (pour les remorques en Ro/Ro). En règle générale, compte tenu de
l’ampleur de l’investissement, l’outillage portuaire comme les grues ou les
portiques, est loué par le port ou la chambre de commerce, financeurs de ces
installations, et est sous la responsabilité de l’entrepreneur.
L’activité des manutentionnaires a donc considérablement changée avec
l’avènement du conteneur, apportant plus de sécurité dans la manipulation des
marchandises et moins de risques pour le personnel chargée de l’arrimage. Il reste
au demeurant que les dommages aux conteneurs pendant la phase d’arrimage est
chose courante, ce qui entraîne la responsabilité de l’entreprise de manutention.
§2 L’arrimage et la responsabilité de l’entreprise de manutention.
Les opérations matérielles de mise à bord des conteneurs, d’arrimage et de
déchargement sont effectuées par les entreprises de manutention, qui les réalisent
avec l’aide des dockers. Il est relativement fréquent que lors de ruptures de
charges, c’est-à-dire au cours des opérations de chargement et de déchargement,
les conteneurs subissent des dommages du fait d’actes de manutention plus ou
moins brutaux, voire à la suite d’accidents, telle la rupture d’un portique de levage
entraînant la chute du conteneur. L’évolution technologique liée à la
conteneurisation a profondément modifié les conditions de travail des dockers : ils
sont moins nombreux, mais plus spécialisés et qualifiés. Les dockers préparent le
matériel, participent à l’ouverture des panneaux de cale, guident les conducteurs
de portiques et pilotent les engins de levage à terre. Préalablement à l’arrimage, le
35
portiqueur (grutier) connecte le spreader35 à l’aplomb du conteneur afin de le
déplacer du quai à bord du navire ou inversement. Cette opération nécessite une
grande précision dans le maniement du portique. Le portiqueur se trouvant dans
une cabine placée au dessus du navire, sa première préoccupation est de veiller à
ne pas blesser les dockers se trouvant à bord du navire. Une autre préoccupation
d’importance est de ne pas heurter le conteneur avec le spreader, risquant de le
percer, et de réussir du haut de sa grue, à placer le conteneur, sans endommagées
les autres conteneurs, dans les glissières de cale, conçue spécialement pour
recevoir les conteneurs. A bord du navire, les dockers arriment (à l’export) et
désarriment (à l’import) les conteneurs qui sont liés les un aux autres par les pièces
de coin durant la traversée. Les dockers doivent se conformer au manuel
d’arrimage du navire et employer le matériel de saisissage du bord. Lors de la
réalisation de cette opération, l’entrepreneur de manutention doit avoir en tête
que : « Le bon transport dépendant de l’arrimage, l’arrimage doit être tel que la
marchandise puisse, dans des conditions normales, voyager sans dommages sur le
navire »36.
La bonne réalisation des opérations de mise à bord, d’arrimage et de saisissage
sont capitales dans la mesure où l’entrepreneur de manutention est « responsable
des dommages qui lui sont imputables » pour les opérations de manutention37.
L’entreprise de manutention est astreinte à une obligation de moyens et sa
responsabilité ne peut être engagée que sur le fondement de la faute. Opérant
pour le compte de celui qui a requis ses services, le transporteur maritime le plus
souvent, sa responsabilité est engagée qu’envers celui-ci qui, seul, a une action
contre lui. Sa responsabilité sera engagée lorsqu'il sera prouvé qu'il a commis une
faute38 et que sera rapportée la preuve d’un lien de causalité entre la faute
commise et le dommage39. Le degré de gravité de la faute n’importe pas ici, la
35 Spreader : structure où sont fixés les verrous permettant d’accrocher et de soulever le
conteneur.
36 Traité Général de Droit Maritime – Tome II, p 152 - René Rodière.
37 Art 53 a – loi du 18 juin 1966.
38
C.A Aix 17 octobre 1985, Revue Scapel 1987, p.5.
39
T.C Paris 9 avril 1975, D.M.F 1975, p.625 (sur le défaut de lien de causalité entre le dommage
et l’acte de l’entreprise).
36
preuve de toute faute, même légère engage la responsabilité de l’entrepreneur.
Ainsi constituera une faute de l’entrepreneur dans les opérations matérielles de
manutention, une mauvaise manipulation des marchandises40 en cours de
chargement ou de déchargement, un mauvais arrimage de la cargaison dans le
navire41. Par ailleurs, lorsqu'il reçoit et reconnaît le conteneur, l'entrepreneur sera
déclaré responsable des dommages survenus à la marchandise s'il ne procède pas
correctement au pointage et à l'examen de celui-ci : il s’agit donc d’une
présomption de responsabilité.
40 A propos d’une chute de la marchandise, C.A Paris 24 novembre 1976, D.M.F 1977, p.162
37
Les opérations de chargement et d’arrimage des conteneurs sont donc des phases
où le conteneur est le plus exposé à des dommages du fait de son déplacement.
Emballage solide, le conteneur n’est pas indestructible et révèle fréquemment ses
fragilités lors de la manutention ou même la fragilité de l’empotage et de l’arrimage
de la marchandise dans le conteneur. Les services contentieux des transporteurs
maritimes reçoivent un nombre considérable de réclamations pour lesquels sont
en cause des mauvaises manipulations du conteneur ou un mauvais arrimage.
L’évolution du transport maritime par conteneurs a nécessité la généralisation du
transport en pontée. En effet, sur le pont des porte-conteneurs, se trouvent des
sabots d’ancrage destinés à recevoir les pièces de coin des conteneurs et des
boucles ou des pièces de saisissage pour la fixation des chaînes ou des barres de
saisie qui sont reliées aux pièces de coin du conteneur par des crocs, des « oeils »
ou des cordes. La question essentielle qui se pose toujours dans le transport
maritime de marchandises par conteneurs est de savoir s’il est permis de charger
en pontée, ou si les conteneurs doivent être placés en cale.
41 Sur le mauvais arrimage en cale de tubes d’acier, C.A Aix 15 juillet 1987, Revue Scapel 1987,
p.3.
38
CHAPITRE 3
L’ARRIMAGE ET LE SAISISSAGE DES
CONTENEURS EN PONTEE.
« Semblable arrimage, qui peut être dangereux pour la navire, dont il encombre le
pont et modifie la stabilité, fait surtout courir des risques supplémentaires à la
marchandise, dépourvue de protection contre les éléments, vent, vagues, embruns,
froid ou canicule, alors que les marchandises chargées en cale s’en trouvent,
normalement, protégées. »42 L’arrimage des conteneurs en pontée a fait l’objet
d’un long questionnement dans la mesure où la conteneurisation, apparue après
l’adoption de la Convention de Bruxelles et de la loi de 1966 régissant le transport
maritime de marchandises, n’avait pas été intégrée dans la rédaction de ces deux
textes fondamentaux. Le transport de conteneur en pontée répond à un régime
particulier. (Section 1)
La problématique du régime juridique du transport de conteneurs en pontée
s’accompagne d’une problématique technique. En effet, en cale, les conteneurs,
empilés les uns sur les autres, sont maintenus et guidés par des glissières qui
assurent la stabilité de l’arrimage. A l’exception des navires sans panneaux de cale
dotés de glissières de cales prolongées au-delà du pont, le transport en pontée de
conteneurs nécessite un arrimage spécifique réalisé grâce à du matériel de
saisissage plus ou moins élaboré. (Section 2)
39
SECTION 1 LE REGIME JURIDIQUE DU TRANSPORT DE
CONTENEURS EN PONTEE
« L’idée est tellement ancrée dans l’esprit des chargeurs (et des assureurs facultés)
que la solution de principe n’a pas changé. Même à l’époque actuelle, le
chargement en pontée qui entraîne en général une surprime dans l’assurance sur
facultés, ne peut se faire en principe qu’avec l’accord du chargeur (§1). Cette règle
s’explique, même pour le transport par conteneur parce que, s’il est plus rare que
le capitaine se résolve à ordonner le jet à la mer pour sauver le navire, la
jurisprudence récente offre de nombreux exemples de conteneurs chargés en
pontée qui, au cours d’une tempête se désarriment du pont du navire, et tombent
à la mer.»43 Par ailleurs, l’arrimage en pontée peut être une obligation résultant des
prescriptions des règlements nationaux et internationaux (§2).
§1La réglementation du transport en pontée.
En droit français, le chargement des conteneurs sur le pont, avant une réforme de
1979, était interdit en principe, sauf trois exceptions : le petit cabotage, le
consentement du chargeur et lorsque la réglementation l’impose44. La Convention
de Bruxelles de 1924 stipule que le mot « marchandises » signifie, au regard de
l’application de la convention, « biens, objets, marchandises et articles de nature
quelconque, à l’exception des animaux vivants et de la cargaison, qui par le contrat
de transport, est déclarée comme mise sur le pont et, en fait, ainsi transportée », ce
qui implique que la marchandise chargée en pontée sans l’accord du chargeur reste
soumise à la Convention de Bruxelles, au regard de laquelle ce procédé constitue
une faute caractérisée. Lorsque la pontée est régulière, le transporteur peut éluder
par avance sa responsabilité ou limiter sa dette de réparation soit, en transport
42 Droit Maritime – P. Bonassies ; C. Scapel – LGDJ, page 645.
43 JurisClasseur Transport – Cote 05,2003 – Fasc. 975 : Transport par conteneur, p 38-39.
40
inter, par l’effet de l’article 30 de la loi française qui l’y autorise expressément, soit,
en international, parce que la Convention de Bruxelles s’effaçant, le transporteur
jouit de sa liberté contractuelle. Le transport en pontée des conteneurs donne
toujours lieu à un abondant contentieux malgré la réforme apportée par la loi du
21 décembre 1979. Cette loi est venue modifier l’article 22 de la loi de 1966 en lui
ajoutant un deuxième alinéa : « en cas de chargement de conteneur à bord de
navires munis d’installations appropriées pour ce type de transport ». En pareil
cas, le transporteur peut, sans commettre de faute, arrimer le conteneur sur le
pont du navire, car le consentement du chargeur est supposé donné ». Cette loi a
parallèlement modifié le texte de l’article 30 de la loi de 1966 en soumettant le
transporteur maritime au régime de responsabilité de plein droit, sauf à faire
preuve d’un cas excepté. Il en résulte que le transport d’un conteneur en pontée,
sur un navire porte-conteneur, ne peut pas faire l’objet d’une clause limitant ou
supprimant la responsabilité du transporteur, à la différence du transport d’un
conteneur chargé sur un navire non aménagé en porte-conteneur.
L’aménagement de la législation française a certes simplifié les problèmes posés
par le transport en pontée de conteneurs sur les porte-conteneurs. Il demeure
néanmoins beaucoup de contentieux sur la régularité de pontée. En premier lieu,
le problème ressurgit lorsque le conteneur est transporté en pontée sur un navire
qui n’est pas muni d’installations appropriées, ce qui est chose courante comme
nous l’avant vu. Dans ce cas, l’acceptation du chargeur reste indispensable, mais la
jurisprudence n’est pas très exigeante sur la preuve de cette acceptation. Ainsi,
celle-ci n’a pas besoin d’être renouvelée à chaque expédition, si le chargeur est
habitué à ce que ses marchandises soient chargées en pontée45. Pour contourner
cette exigence, les transporteurs maritimes ont inséré dans leurs connaissements
des clauses générales aux termes desquelles, « le transporteur est autorisé par le
chargeur à placer les marchandises sur le pont du navire aux frais et risques
desdites marchandises, sans être tenu d’aucun avis du chargeur ». De telles clauses
n’ont pas toujours été très bien accueillies par les juges, la raison tenant au fait que
44 Art 22 loi du 18 juin 1966.
45 Cass. Com. 16 décembre 1965 – JCP G 66, II, 14634, note R. Rodière.
41
les polices d’assurance facultés excluent très souvent de la garantie les cargaisons
voyageant sur le pont. Il est donc primordial pour le chargeur de connaître le sort
de sa marchandise afin d’en étendre éventuellement la couverture par le paiement
d’un supplément de prime.
Un second problème résulte d’un fait récemment discuté par la Cour d’Appel
d’Aix-en-Provence46 concernant le transport d’un conteneur en pontée sous
couvert d’un connaissement au dos duquel était inscrite la clause ci-dessus citée
mais soumis au régime de la Convention de Bruxelles. Le transporteur maritime a
tenté de revenir sous le régime de la loi française qui connaît la présomption de
consentement du chargeur à la pontée. Or, les juges n’ont pas suivis
l’argumentation fondée sur le mutisme de la Convention en la matière et ont
considéré que, non déclarée, la pontée était irrégulière et se retrouvait donc dans le
champ d’application de la Convention de Bruxelles, donnant au transporteur la
latitude d’invoquer les cas exceptés exonératoires de responsabilité : l’irrégularité
de la pontée n’empêchant pas le transporteur de plaider victorieusement les cas
exceptés dans la mesure où elle est sans lien causal avec le dommage.
Un dernier problème a été soulevé par la Cour de Cassation dans un arrêt du 7
février 200647 :
« Si le consentement du chargeur à un chargement en pontée est supposé donné en
cas de chargement en conteneur à bord de navires munis d’installations appropriées,
cette présomption ne s’applique pas au chargement en conteneurs ouverts. Commet
une faute qui fait obstacle à ce qu’il soit déchargé en totalité de sa responsabilité à
l’égard du chargeur le transporteur maritime qui place une marchandise en pontée
sur des conteneurs de type plateau en l’absence de consentement du chargeur
mentionné sur le connaissement. »
46 Cour d’Appel d’Aix-en-Provence, 30 novembre 2006 – BTL N°3161 29 janvier 2007.
47 Cass. Com, 7 février 2006, Navire Contship Germany – DMF Juin 2006 N° 671, p 499 - Note
Y. Tassel.
42
Cet arrêt est très sévère pour les transporteurs maritimes et les obligent en
conséquence à demander l’avis du chargeur dans une telle hypothèse. L’arrêt est
sévère en ce sens qu’il ne tient pas compte de la réalité du transport maritime :
l’utilisation de conteneurs ouverts est dans la grande majorité des cas destinée au
transport de marchandises hors-gabarit, ne pouvant être empotées dans un
conteneur général. La sur-dimension de la marchandise oblige le transporteur
maritime à l’arrimer sur le pont du navire dans la mesure où les cales ne peuvent
recevoir une telle cargaison. La résultante en est que le transporteur ne peut, qu’à
regret, se plier à la jurisprudence en demandant l’accord du chargeur pour le
chargement en pontée de conteneurs ouverts, au risque s’il ne le fait pas de se voir
condamné.
Le régime du transport en pontée des conteneurs est donc soumis à certaines
obligations selon la législation nationale et internationale. Un des cas autorisant la
pontée aussi bien dans la loi française que dans la Convention de Bruxelles est
celui des marchandises dangereuses.
§2 Le transport en conteneurs de marchandises dangereuses.
Les règlements internationaux et nationaux distinguent plusieurs classes de
produits dans lesquels figurent les explosifs, les gaz comprimés ou liquéfiés, les
liquides et matières inflammables, les peroxydes organiques, les matières toxiques
infectieuses, radioactives et corrosives. Les risques d’explosions et d’incendies
caractéristiques de ces produits imposent un conditionnement et un arrimage du
conteneur particuliers.
Le Code IMDG, Code Maritime International des Marchandises Dangereuses,
adopté par la Résolution A 31 VI du 27 septembre 1965 de l’OMI, détermine,
lorsqu’une marchandise relève d’une des classes de ce code, les conditions de son
transport : emballage, étiquetage, arrimage à bord. Il appartient au chargeur
43
d’indiquer la désignation officielle de la marchandise, sa classe et la page du code
où la marchandise fait l’objet d’une fiche donnant toutes les prescriptions. Les
produits dangereux font l’objet d’un chargement en pontée facilitant leur éventuel
jet à la mer en cas d’incident. La règle primordiale à respecter en matière
d’arrimage des matières dangereuses est le respect des incompatibilités entre
certaines substances. Ces prescriptions réglementaires sont prises en compte dans
les logiciels aidant à la réalisation du plan de chargement par le ship planner. Ainsi,
les concepteurs de ces logiciels ont référencé la liste des marchandises dangereuses
et un message d’avertissement apparaît à l’écran lorsque la position du conteneur
ne correspond pas aux recommandations du code IMDG. Par ailleurs, il faut
rappeler que les marchandises au chargement desquelles le transporteur n’aurait
pas consenti s’il avait eu connaissance de leur nature dangereuse, inflammable ou
explosive, peuvent être déchargées, rendues inoffensives ou même détruites et le
chargeur peut être rendu responsable de tout dommage résultant directement ou
indirectement de leur embarquement.
Il suffit de considérer le cas du Hyundai Fortune pour prendre conscience des
risques que constitue le transport de marchandises dangereuses par conteneurs. Le
porte-conteneurs coréen Hyundai Fortune a été ravagé par les flammes, mardi 20
mars 2006, dans le golfe d'Aden, au sud des côtes yéménites. Plusieurs dizaines de
conteneurs, situés derrière le château, on été ravagés par les flammes, une
vingtaine passant par-dessus bord. Suite à l'accident, une zone de sécurité nautique
avait été établie et des avis aux navigateurs lancés. L'incendie, qui s'est
probablement déclenché dans les machines, s'est propagé à un chargement de feux
d'artifices, provoquant une violente explosion. Présentant une brèche de 12 mètres
dans la coque, le Hyundai Fortune avait été secouru par la frégate néerlandaise de
Zeven Provincien. Les dommages au navire et à la cargaison ont été considérables
et illustrent bien la problématique du transport par conteneurs de marchandises
dangereuses et leur arrimage.
44
Le transport en pontée des conteneurs est aujourd’hui incontournable et il a fallu
adapter les systèmes d’arrimages afin de garantir la stabilité et la sécurité du navire
et des marchandises transportées.
SECTION 2 LES PROBLEMATIQUES DES SYSTEMES
D’ARRIMAGE ET DE SAISISSAGE.
Les systèmes de saisissage des conteneurs en pontée sont, en général, presque tous
les mêmes : réalisés à partir de barres métalliques, de ridoirs et de twist-locks (§1).
Ces systèmes d’arrimage ont évolué afin de garantir au maximum la sécurité des
dockers lorsqu’ils arriment et désarriment les conteneurs, et d’autre part garantir
un arrimage suffisamment résistant pour affronter les contraintes mécaniques
auxquels sont soumis les conteneurs pendant le transport. Néanmoins, ces
systèmes d’arrimage ont fait l’objet de critiques lors de désarrimages massifs. (§2)
§1 Le materiel de saisissage.
La conception des systèmes d’arrimage résulte d’une coopération entre le chantier
constructeur, l’armateur et les fabricants de matériel. Elle dépend du nombre de
couches de conteneurs et du poids des piles. La société de classification approuve
ensuite le système et donne une marque spéciale dans la cote du navire.
Le matériel de saisissage est conçu et réalisé par des entreprises spécialisées. Il est
contrôlé avant la livraison par le fabricant et la société de classification. Jusqu’à ce
stade, les marges de sécurité sont très strictement contrôlées.
45
La norme, ISO 1161, Pièces de coin, forme la base des travaux très fructueux de
l'ISO sur les conteneurs pour le transport de marchandises et de la réussite
commerciale du concept de conteneur. C’est en effet ces pièces de con qui
serviront au saisissage des conteneurs entre eux par des cônes doubles ou simples,
verrouillable ou non48. Les cônes verrouillables sont appelés twist-locks. Pour des
raisons de sécurité, l’utilisation des twist-locks semi-automatiques et automatiques
est maintenant généralisée. Le matériel de saisissage à utiliser est spécifié par le
manuel d’assujettissement. Le North of England, P&I Club, précise dans une de
ses notes d’information :
« It is mandatory requirement under SOLAS that a Cargo Securing Manual,
which has been approved by the Administration, is provided on board. A booklet,
Guidelines for the Preparation of the Cargo Securing Manual, was published by the
IMO in 1997 to show how a manual should be arranged and what it should
contain.”
L’innovation des twist-locks automatiques et semi-automatiques a permis de
sécuriser au mieux les conteneurs lorsqu’ils sont chargés en pontée. Cette avancée
technique a aussi été saluée par les dockers, notamment les dockers australiens qui
ont mené une campagne pour que tous les navires touchant le port de Sydney
soient équipés de cette nouvelle génération de système de saisissage. En mettant
en avant les multiples avantages de ces mécanismes, les syndicats ont obtenu des
armateurs l’équipement de leurs navires de ce type de matériel :
« Getting al ships to have semi-automatic twist-locks means our members safer and
the job easier, so the union and the workers are happy. Productivity has improved so
the stevedoring companies are happy. And the ship spent less time in port therefore
paying less in charges, so the shipping companies are happy too.”49
48 Le détail des systèmes d’arrimage et de saisissage est présenté dans les annexes de cette étude.
49 Twist and Shout – Maritime Union of Australia: Workers Journal.
46
Si ces matériels d’arrimage font la joie des dockers australiens, il est nécessaire de
souligner que les systèmes de saisissage ne sont pas sans présenter certains
défauts, dont peuvent résulter d’importants dommages.
§2 Les défaillances des systèmes d’arrimage et de saisissage.
La fiabilité du matériel d’arrimage et de saisissage, aussi performant soit-il, n’est
pas imperfectible et a été remis en question par de nombreux acteurs du transport
maritime. En effet, au stade de la conception des systèmes d’arrimage, les
contrôles sont suffisants. Les choses se compliquent durant leur utilisation car la
mise en place du saisissage est faite par les sociétés de manutention des terminaux.
Le contrôle du saisissage est du ressort de l’équipage du navire. Les réductions
d’effectifs, parfois le manque de qualification des équipages et la brièveté des
escales font qu’il est matériellement impossible aux équipages d’exercer ce
contrôle. Il n’est pas rare, en effet, de voir les équipes de saisissage débarquer alors
qu’on commence à larguer les amarres. De plus, le nombre de pile augmente avec
la taille des navires, actuellement huit, or les conteneurs n’ont pas tous la même
hauteur. Les piles du haut, normalement destinées aux conteneurs vides,
comportent souvent des conteneurs pleins. Cela modifie considérablement les
efforts en haut de pile lorsque le navire roule et tangue, ce qui peut affecter la
stabilité transversale de façon notoire50.
Une autre problématique est celle du contrôle et de l’entretien régulier du matériel
de saisissage. Une sentence de la Chambre Arbitrale Maritime de Paris a retenu à
la charge de l’armateur un défaut d’entretien du matériel de saisissage et d’arrimage
et relevé les négligences du bord dans le contrôle des opérations de chargement. Il
a aussi été reconnu à la charge de l’affréteur des négligences dans la vérification du
nombre des divers matériels de saisissage nécessaires pour satisfaire ses projets de
chargement, et surtout, les multiples défectuosités constatées dans l’arrimage et le
47
gerbage des conteneurs. En l’espèce, il s’agissait d’un navire « général cargo »,
aménagé en porte-conteneur, affrété à temps, qui lors d’une traversée de
l’Atlantique Nord au mois de novembre a été confronté à une forte tempête. Le
capitaine voyant la stabilité du navire compromise et la sécurité de la cargaison en
danger, a décidé de faire demi-tour et de revenir au port de départ. Au cours de ce
trajet retour, des conteneurs de l’une des travées sont tombés à la mer.51
Ce genre d’incident n’est pas rare et les lettres d’information des P&I Club
regorgent d’exemples de ce type accompagnés de mises en garde et de conseils
pour maintenir la sécurité de l’arrimage.
Il est à noter qu’aux termes d’une information en date du 6 mars 2006, environ
400 à 500 conteneurs ont été recensés comme perdus à la mer au cours d’une
vingtaine d’incidents. Un facteur commun semble être le fait que tous les navires
impliqués utilisaient ce que l’on appelle des FAT « fully automatic twist-locks ». un
examen du FAT de Mc Gregor, fabricant de ce système d’arrimage, semble
indiquer que le système, accrochage par un point, utilisé par tous les FAT du
marché, pourrait, lorsqu’il est utilisé avec des conteneurs sous tolérance ISO et
certaines conditions, ne pas se verrouiller correctement, et de ce fait contribuer
aux avaries. Le Germanisher Lloyd a donné des instructions de vérifier
visuellement que les twist-locks en question soient réellement verrouillés sur
chaque conteneur lors du chargement, ce qui peut être difficile ou onéreux à
réaliser. Les FAT ont été retirés du marché par Mc Gregor afin d’éviter de
nouveaux désarrimages et d’étudier les raisons de cette défaillance.52
Cependant, les systèmes d’arrimage et de saisissage ne sont pas toujours à blâmer
en cas de désarrimage des conteneurs. En effet, comme le souligne le Standard
Club, P&I Club, les conditions météorologiques d’une extrême violence que sont
amenés à rencontrer les navires mettent à rude épreuve le matériel
50 Rapport d’étape – Transport de marchandises par conteneurs – Vigipol.
51 Sentence 1082 du 14 mars 2003 – CAMP.
52 Standard Club News – Automatic Twist Locks – Losses Continue - Container collapses
prompt recall of automatic twist-locks – M. Grey, 21 mars 2006.
48
d’assujettissement53. Aussi, même l’arrimage et le saisissage le plus soigneux et
rigoureux, à l’aide d’un système neuf, ne résiste pas lorsque les mouvements du
navire imposent des contraintes irrésistibles pour le conteneur et son arrimage. Le
conseil que prodigue le club est alors destiné au Capitaine qui doit veiller à adapter
la vitesse de son navire au mauvais temps et décider de changer de route s’il
estime que la sécurité de l’expédition maritime est menacée.
L’apport sécuritaire du conteneur pour les marchandises fait que les assureurs
facultés accordent généralement des rabais lorsque les marchandises sont
transportées par voie de conteneurs. Ce rabais consacre la contribution des
assureurs maritimes à la prévention des avaries. D’après les spécialistes prés de
70% des avaries qui surviennent sont des avaries que l’on peut éviter on utilisant le
conteneur. Ainsi, la généralisation de l’utilisation du conteneur, ne pourrait que
réduire les risques d’avaries et par conséquent réduire les taux d’assurance.
« Ce développement est accompagné de points positifs à la foi économiques,
écologiques et assurantiels. Le conteneur permet une organisation multimodale
totale et efficace avec des post et pré acheminements par voies ferroviaires et
fluviales. Il en ressort un apport écologique évident car en utilisant le conteneur
nous pouvons espérer réduire l’utilisation du transport par route au profit de
modes de transport plus respectueux de l’environnement. En tant qu’assureur,
nous avons pu observer une baisse importante des sinistres de fréquence. Les
marchandises transportées par conteneur sont moins sensibles aux chocs, à la
mouille et au vol. Au final, tous les agents économiques du monde du transport
devraient donc se réjouir du développement de la conteneurisation. Mais là où
53 The Standard Club – Maritime Matters December 1999 – Cargo Claims – Lost containers.
49
nous nous devons être plus vigilants c’est sur le risque catastrophique que peut
entraîner la conteneurisation.
Pourquoi un risque catastrophique ?
1°/ 60% des valeurs transportées dans le monde voyagent par mer, mais
2°/ ces valeurs se concentrent de plus en plus sur les mêmes navires, les portes
conteneurs,
3°/ l’organisation hub and spokes entraîne une massification cascade des flux
4°/ et au final nous nous trouvons face à un maximum de valeur concentrée sur
un seul navire : le méga porte conteneur qui a été alimenté par un nombre
important de feeders. Face aux récents évènements de l’APL PANAMA (27
décembre 2005 avarie commune estimée à 75%) et du HYUNDAI FORTUNE
(21 mars 2006), nous nous devons, en tant que deuxième assureur transport du
marché français, de mettre en garde les chargeurs contre le risque d’avarie
commune. A défaut d’une assurance facultés, vous devrez supporter seuls ces
coûts. »54
Conscient des risques de toute expédition maritime, les acteurs de la chaîne de
transport doivent apporter une attention particulière aux opérations d’arrimage,
dont la mauvaise réalisation peut entraîner des dommages considérables. La
répartition des responsabilités liées à une défaillance dans l’arrimage des
conteneurs est différente selon que le transport est couvert par un contrat de
transport, un connaissement, ou par une charte-partie d’affrètement. En outre, la
perte des conteneurs à la mer est un phénomène qui a fait réagir les autorités
publiques, qui tendent à durcir les contraintes imposées au transporteur.
54 La face cachée de la conteneurisation - Groupama Transport Newsletter Mai 2006.
50
PARTIE 2
R E G I M E J U R I D I Q U E E T
R E S P O N S A B I L I T E D E L ’ A R R I M AG E
D E S C O N T E N E U R S.
51
CHAPITRE 1
LA RESPONSABILITE DE L’ARRIMAGE DES
CONTENEURS DANS LE CONTRAT DE
TRANSPORT.
Les contentieux en matière d’arrimage de conteneurs sont nombreux. En effet, il
est fréquent que les conteneurs subissent des dommages lors des opérations de
manutention ou encore lorsque le navire rencontre une tempête et que le
conteneur se désarrime. Ces évènements peuvent atteindre uniquement le
conteneur, en tant « qu’emballage » de la marchandise, mais bien souvent le
contentieux nait de l’avarie subie par la cargaison chargée dans le conteneur.
L’ayant droit à la marchandise, s’il a été diligent et a souscrit une assurance pour
les marchandises transportées, obtiendra d’une manière générale le paiement des
dommages subis par son assureur. L’assureur se chargera ensuite de récupérer les
sommes par lui déboursées pour le règlement de l’avarie. La question se pose alors
de savoir qui est responsable de l’avarie lorsque celle-ci résulte d’un vice ou défaut
d’arrimage. L’arrimage des conteneurs est envisagé dans le contrat de transport.
L’opération incombe alors impérativement au transporteur maritime. Tout
dommage subi par la marchandise et par le conteneur par suite d’un défaut
d’arrimage engage donc la responsabilité du transporteur (Section 1).
Les règles internationales et nationales en matière de contrat de transport maritime
ont tout de même aménagé ce régime de responsabilité automatique, en prévoyant
d’une part des cas dans lesquels le transporteur maritime pourra être exonéré de
toute responsabilité et d’autre part un plafond de réparation (Section 2).
52
SECTION 1 LA RESPONSABILITE DE PLEIN DROIT DU
TRANSPORTEUR MARITIME EN CAS DE DEFAUT
D’ARRIMAGE DU CONTENEUR.
Le contrat de transport maritime de marchandises est un contrat synallagmatique,
imposant donc des obligations aux deux parties en présence. Dans le régime
international et interne, les obligations du transporteur maritime en matière
d’arrimage sont sans équivoques : le transporteur doit procéder de façon
appropriée et soigneuse au chargement, à la manutention et à l’arrimage des
marchandises (§1). De cette obligation, il résulte que dès lors que l’avarie
provoquée par le défaut d’arrimage s’est réalisée alors que le conteneur était sous
la garde du transporteur maritime, celui-ci supportera une responsabilité de plein
droit.
§1L’obligation de procéder de façon appropriée et soigneuse à l’arrimage des
conteneurs.
Aux termes du paragraphe 2 de l’article 3 de la Convention de Bruxelles de 1924,
le transporteur, après avoir fait diligence pour assurer la navigabilité de son navire,
doit procéder « de façon appropriée et soigneuse au chargement, à la manutention,
à l’arrimage, au transport, à la garde, aux soins et au déchargement des
marchandises transportées. » En droit interne, la transposition de cette obligation
est à chercher dans l’article 38 du décret du 31 décembre 1966. Cette obligation a
un caractère d’ordre public et s’applique à chacun des moments du transport,
notamment la phase d’arrimage du conteneur. En tant qu’obligation personnelle
du transporteur maritime, la faute commise par le capitaine pour n’avoir pas
surveillé et contrôlé de « façon approprié et soigneuse » les opérations de
chargement et l’arrimage sera analysée par les juges comme une faute du
transporteur, le capitaine étant considéré comme un préposé du transporteur
53
maritime. Le capitaine doit impérativement veiller à l’arrimage dans la mesure où
la sécurité du navire est en cause.
L’appréciation du caractère approprié et soigneux de l’arrimage sera fait au cas par
cas par les juridictions en se référant aux pratiques du transport maritime et aux
manuels d’arrimage se trouvant à bord de chaque navire. Si cette recherche met en
évidence que le transporteur maritime n’a pas été diligent dans le respect de cette
obligation, la responsabilité auquel il s’expose est une responsabilité de plein droit,
automatiquement reconnue.
§2 Le défaut d’arrimage des conteneurs et la présomption de responsabilité du
transporteur.
A Présomption de responsabilité et conteneur sous la garde du
transporteur maritime.
Lorsque le conteneur et/ou la marchandise ont subis une avarie au cours de leur
transport, il appartiendra à l’ayant droit de la marchandise de démontrer que le
dommage s’est réalisé alors que le conteneur était sous la garde du transporteur
maritime. En effet, le transporteur maritime n’est pas nécessairement responsable
lorsqu’une marchandise ou un conteneur est reçu endommagé par le destinataire.
Il ne l’est que si le dommage est survenu pendant que la marchandise était sous sa
garde. L’article 1 (e) de la Convention de Bruxelles précise que « le transport de
marchandises couvre le temps écoulé depuis le chargement des marchandises à
bord du navire jusqu’à leur déchargement du navire. » L’imprécision des notions
de chargement et de déchargement permettent aux juges, au cas par cas, de fixer le
début et la fin des opérations de transport maritime.
L’article 15 de la loi de 1966 précise la période pendant laquelle le transporteur est
considéré comme ayant la garde de la marchandise s’étend « depuis la prise en
charge jusqu’à la livraison ».
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  • 2. REMERCIEMENTS J’adresse en premier lieu mes plus chaleureux remerciements à l’équipe du service juridique de la Compagnie MARFRET, pour m’avoir permis de m’imprégner de leur passionnante expérience du transport maritime pendant ces six mois de stage, mais aussi pour leurs réponses patientes et détaillées à mes nombreuses questions. Mes respectueux remerciements vont ensuite à Monsieur Christian SCAPEL et Monsieur le Professeur Pierre BONASSIES pour l’excellence de leurs enseignements et pour l’honneur qu’ils me font en jugeant ce travail. Je tiens également à remercier l’ensemble des professeurs et intervenants professionnels du Master II de Droit Maritime et des Transports pour la qualité de leurs interventions et leurs apports documentaires concernant cette étude. Je remercie enfin tous ceux qui de près ou de loin m’ont aidée et soutenue dans la rédaction de ce travail de recherche. 2
  • 3. INTRODUCTION « Un faux problème : celui des conteneurs »1. Contrairement à cette fameuse formule du Doyen René Rodière en 1968, ce « machin pour mettre des trucs dedans »2 a véritablement révolutionné le monde du transport. Comme toute révolution, cette technique de transport, qui enregistre des développements on ne peut plus positifs, n’est pas sans poser de « vrais problèmes ». La conteneurisation apparaît aujourd’hui comme un phénomène majeur qui a marqué la circulation maritime, et au-delà, l’économie générale, et qui continuera à le faire. La conteneurisation est un domaine où la chasse aux records est permanente. La croissance des trafics est forte et personne ne sait en prédire le terme. Une nouvelle période s’est ouverte avec les premières années du XXIème : des navires porte-conteneurs géants annoncent l’essor de la productivité des flottes. Les armements conteneurs se sont lancés très tôt dans les politiques d’expansion de flotte et d’accroissement des capacités de transport afin d’aligner un nombre suffisant de porte-conteneurs sur l’ensemble des lignes pour massifier les trafics, réaliser des économies d’échelle et atteindre une taille critique suffisante. Le développement des compagnies maritimes conteneurisées s’est traduit par la mise en place de réseaux de lignes maritimes, organisation qui permet de rationaliser les activités et de planifier les flux. Les armements mondiaux ont d’abord construit leur puissance sur les échanges Est-Ouest, reliant l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord, avant d’investir les créneaux Nord-Sud. Les clients exigeant de plus en plus de services et de simplification administrative lors d’opérations de transport de plus en plus complexes, les armements conteneurisés ont progressivement étoffé 1 « Un faux problème : celui des conteneurs » - Doyen R. Rodière – DMF 1968, p 709. 2 « Le contenu juridique du conteneur » - H. Schadee – DMF 1967, p 602. 3
  • 4. leur offre, englobant les services de manutention, les services à la marchandise et les transports routiers, ferroviaires et fluviaux, afin d’offrir une prestation globale de transport basée sur le contrôle des coûts de l’ensemble de la chaîne logistique, dans le cadre de l’organisation dite « d’opérateur unique », l’armement devenant organisateur de transport et gérant tous les paramètres logistiques pour un client dont il est alors le seul interlocuteur. Dans l'antiquité les navires transportaient en Méditerranée des amphores de diverses tailles, adaptées à la nature et au poids des marchandises. « Par la suite les emballages se sont diversifiés et les navires mettaient dans leurs cales des cartons, des palettes, des fûts, et même des marchandises sans emballage. Cette situation avait pour inconvénient de générer beaucoup de manipulations au cours de la chaîne de transport, et par conséquent beaucoup de détériorations et de vols de marchandise », précise Jean François Mahé, Directeur logistique conteneur à CGM-CMA3. Une situation qui perdure jusqu'à ce que Malcom Lean, transporteur routier américain et certainement le plus grand révolutionnaire de l'histoire du commerce maritime, décide de se lancer dans le transport maritime et propose de mettre toutes ces marchandises dans des boîtes : c’est la naissance du conteneur, dont la longueur est de 35 pieds. L’idée de cette boîte au concept simple serait née, selon certains historiens, lors d’un congrès automobile à Rome en 1928, les constructeurs, s’inquiétant des disparitions de pièces lors des voyages maritimes, ne voulaient plus expédier leur marchandise que dans des boîtes de bois aux formes rectangulaires4. Avant l’avènement de la conteneurisation, les pratiques de manutention du fret n’avaient pas évolué depuis plus de 100 ans. La construction de palettes et leur chargement dans la cale des navires constituaient un processus lent qui exigeait beaucoup de main-d’œuvre, et les cargaisons pouvaient facilement être endommagées et volées. C’est pourquoi l’invention de la conteneurisation est considérée par certains comme la plus importante innovation du XXe siècle dans le transport des marchandises. 3 Ambitions Sud International – Fos-sur Mer, un carrefour maritime et fluvial : de l’amphore aux conteneurs – Bimestriel 2cnomique Région PACA. 4 50 ans, la maturité et encore toute le fougue de la jeunesse – JMM 24 novembre 2006. 4
  • 5. « En 1960 l'International Standard Organisation fixe les normes du conteneur à 20 pieds ou 40 pieds. On utilise depuis une mesure des volumes d'activité en Teu, twenty foot equivalent unit, ou équivalent 20 pieds », continue M. Mahé. « Cette technique de transport s’est généralisée » poursuit-il, « plus de 80% des marchandises diverses sont maintenant transportés en conteneurs ». Un phénomène qui a entraîné une certaine standardisation des navires et une flexibilité demeurant un atout majeur de la mondialisation des échanges. Selon la définition du Professeur Putzeys, le conteneur « se distingue de tout emballage par ses dimensions standardisées et par le fait qu’il se prête à des usages répétés. Il a pour effets principaux de supprimer les ruptures de charge et de pouvoir indifféremment être arrimé sur des barges, des camions ou des wagons de chemin de fer. »5 La conteneurisation étant devenue incontournable, il a donc été nécessaire d’établir une réglementation particulière. La Convention Internationale pour la Sécurité des Conteneurs (CSC) faite à Genève le 2 décembre 1972, entrée en vigueur en France le 6 septembre 19776, normalise la définition du conteneur aux termes de son article II, paragraphe 1 : « Le conteneur est un engin de transport de caractère permanent, et de ce fait assez résistant pour permettre un usage répété, spécialement conçu pour faciliter le transport des marchandises sans rupture de charge par un ou plusieurs modes de transport, conçu pour être assujetti et/ou manipulé facilement, des accessoires ayant été prévus à cet effet. » Il est plus épineux d’en donner une définition juridique précise, tant les conventions et les lois internes ont omis de le qualifier juridiquement. En droit international, le Protocole de 1968, autrement appelé les « Règles de Visby », modifiant la Convention de Bruxelles de 19247, fait une place au conteneur mais seulement pour le calcul de la responsabilité du transporteur maritime. Les Règles 5 Sur les Quais… - Andrée Chao – BTL N° 2541 8 novembre 1993. 6 D. n°77-1043, 9 sept 1977 : Journal Officiel 18 septembre 1977. 7 Convention internationale pour l'unification de certaines règles en matière de connaissement du 25 août 1924. 5
  • 6. de Hambourg8, considérant simplement le conteneur du point de vue des limites de la responsabilité du transporteur, le caractérise d’engin « utilisé pour grouper des marchandises. » La loi française n°79-1103 du 21 décembre 1979, qui a modifié la loi n° 66-420 du 18 juin 1966, n’apporte aucune avancée sur la qualification juridique se limitant à instituer un régime dérogatoire pour le chargement en pontée des conteneurs et à individualiser le conteneur au regard du mode de réparation due par le transporteur. De son côté, la jurisprudence a dans de rares décisions tenté d’apporté une définition au conteneur, néanmoins celles-ci n’ont pas fait l’unanimité. Il est intéressant de citer une approche, qui a été abandonnée par la suite, faisant du conteneur l’accessoire nécessaire du navire (cellule amovible du navire); le porte- conteneurs serait en quelque sorte un assemblage de conteneurs. Mais aussi séduisante que pouvait être cette définition, c’était écarter la nature multimodale du conteneur, pouvant passer d’un navire à l’autre ou d’un navire à un camion ou à un wagon de chemin de fer ou encore à une barge. Une autre analyse jurisprudentielle a vu dans le conteneur « un simple mode d’emballage comme l’est une valise pour les bagages d’un passager ».9Le Professeur Pierre Bonassies a observé dans un article paru au Droit Maritime Français en 1994, que s’il on veut voir dans le conteneur un emballage, il s’agit forcément d’un emballage « qui n’est pas comme les autres » et son statut juridique reflétera ce particularisme. « La conteneurisation, c'est la transposition du principe de la production en série au transport des marchandises générales. »10 Les tendances économiques, comme la mondialisation de la chaîne d’approvisionnement et la libéralisation des échanges, ont grandement stimulé la demande de transport conteneurisé. L’utilisation d’une « boîte » d’acier aux dimensions normalisées (l’équivalent vingt pieds – EVP – étant l’unité de mesure utilisée) pour le transport des marchandises comporte un certain nombre d’avantages. Le plus important est la réduction de 8 La Convention des Nations Unies sur le transport de marchandises par mer, dite Règles de Hambourg a été adoptée le 31 mars 1978. 9 CA Aix-en –Provence, 2ème Ch, 19 décembre 1979, Navire Zim Ibéria – DMF 1980 p 731. 6
  • 7. l’ensemble des délais, parce que les conteneurs peuvent être transférés très rapidement du navire au train et au camion, et inversement. Le conteneur est donc le vecteur de l’intermodalité11. Les opérations de manutention dans les ports sont considérablement simplifiées, les temps de chargement et déchargement des navires sont divisés par deux ou plus, ceux-ci peuvent donc effectuer un plus grand nombre de rotations. L’empilement des boîtes dans la cale ou sur le pont permet d’augmenter considérablement le taux de remplissage donc la rentabilité des navires. La marchandise, empotée chez l’expéditeur et dépotée chez le destinataire, voyage de manière anonyme, ce qui réduit considérablement les pertes, les casses ou les vols. Par rapport au transport maritime conventionnel, tel qu’il se pratiquait dans les années 1960, le conteneur a permis de diviser par deux les délais d’acheminement et au moins par trois les coûts de transport. En fonction des besoins, il est apparu une gamme de types de conteneurs adaptés aux diverses marchandises transportées. De manière générale, on distingue deux catégories de conteneurs : les conteneurs pour marchandises générales et les conteneurs pour marchandises spécifiques, dont les dimensions sont variables. L’International Standards Organisation (ISO) s’est efforcée d'obtenir des dimensions appropriées, s'agissant du gabarit, en longueur, largeur et hauteur, des supports utilisés : camions, wagons de chemin de fer notamment. Conformément à la norme internationale, les types de conteneurs les plus répandus sont les 20 pieds (6,05m) et les 40 pieds (12,19m), qui ont respectivement comme volume intérieur 32m³ et 65m³. Le plus ordinaire des conteneurs destiné à des marchandises générales et sèches, communément appelé « DRY », est un conteneur fermé muni d’une porte verrouillable, à deux battants à une extrémité et d’anneaux de saisissage à l’intérieur. Le conteneur peut être à toit ouvert, OPEN TOP, pour pouvoir être chargé par le haut ou conventionnellement par les portes 10 Définition donnée par la Compagnie Générale Maritime – CGM, devenue aujourd’hui la CMA- CGM. 11 « L’intermodalité est la mise en œuvre de services de bout en bout au moyen de modules ou vecteurs permettant l’acheminement des marchandises de porte à porte, en utilisant différents modes de transport sans rupture de charge. » Les échanges de marchandises dans le monde par voie maritime – La conteneurisation - Fiche n°3 – Ministère de l’Equipement, des Transports et du Logement février 2002. 7
  • 8. arrières ; le toit pouvant être recouvert par une bâche. Le conteneur de type plate- forme, FLAT, est utilisé pour des colis hors-gabarit. Pour des marchandises spécifiques ont été mis au point, entre autre, les conteneurs réfrigérés, REEFER, permettant le transport sous température dirigée ou encore les conteneurs citernes, TANKTAINER afin de transporter des produits liquides ou gazeux, inoffensifs ou dangereux. L’innovation la plus considérable dans la conception des conteneurs par rapport à n’importe quelle autre « caisse » est l’adoption des « pièces de coins », « corner fittings » en anglais. Chacun des huit coins du container est équipé d’un cube en acier percé sur chacune de ses trois faces visibles. La dimension de ces coins et surtout leur écartement en largeur et en hauteur est défini au millimètre près par la norme ISO 668 car ils sont utilisés pour la manutention par des chariots spécialisés, mais surtout pour l’arrimage des containers sur le pont des bateaux, sur les camions ou sur les wagons ainsi que pour les superposer. Ce sont ces coins ISO qui ont donné au container son intermodalité et assuré de ce fait son succès planétaire. "En 1970, il fallait 108 hommes pendant cinq jours pour décharger un cargo transporteur de bois. Puis il y a eu la conteneurisation. Huit hommes en un jour suffisent aujourd'hui pour la même tâche. En jours-personnes, cela représente une diminution de 98,5%, de 540 au total à seulement 8." 12 L’apparition des conteneurs en transport maritime a fait évoluer les techniques de manutention dans les ports : unités de charge plus importantes, besoins en arrimage. « Les pièces de coin telles qu’imaginées par Mc Lean visent à rationaliser la manutention et l’arrimage des boîtes »13. La conteneurisation a une fonction économique essentielle : augmenter la capacité du navire par la superposition des conteneurs et l’exploitation au maximum du transport en pontée. Ces prouesses techniques ne sont réalisables qu’à la condition que les conteneurs soient correctement arrimés au navire. En effet, les contraintes mécaniques subies par le 12 Time Magasine Asia – 22 mai 2000. 8
  • 9. conteneur pendant le transport par mer sont énormes et seul un système d’arrimage approprié garantira la sécurité de la marchandise et de l’expédition maritime. L’arrimage est un terme technique définissant deux phases du transport. Le Doyen RODIERE définit l’arrimage comme étant « la distribution des marchandises à l’intérieur des espaces destinés à les recevoir et la fixation des divers éléments »14. Cette première approche de l’arrimage aborde la notion d’empotage de la marchandise dans le conteneur. L’empotage du conteneur comprend le chargement des marchandises à l’intérieur du conteneur et leur arrimage, que la pratique désigne sous le terme de « calage », l’objectif à atteindre étant la stabilité de la marchandise pendant toute la durée du transport. L’arrimage est aussi constitué par l’ensemble des opérations matérielles destinées à répartir et à fixer les conteneurs dans le navire. M. Bonassies et M. Scapel définissent l’arrimage comme suit : « L’opération consistant à disposer méthodiquement les marchandises et à assurer solidement le chargement d’un navire en assujettissant chaque marchandise par le jeu de câbles, cordages ou étais divers. Cette opération présente une grande importance du point de vue technique : elle conditionne la stabilité et donc la sécurité du navire. »15 L’expérience de cinquante années de conteneurisation a révélé les problématiques inhérentes au transport par conteneurs. Les questions liées aux techniques d’arrimage sont aujourd’hui au cœur des préoccupations de tous les acteurs du commerce maritime. Les autorités internationales et nationales se sont aussi inquiétées de la complexité des multiples problèmes liés à l’arrimage. En effet, l’évolution rapide du transport maritime conteneurisé n’a été rendu possible que par d’importants investissements des autorités portuaires dans des infrastructures 13 L’épopée du conteneur – Le Marin – Hors Séries – Novembre 1993. 14 Traité général de Droit Maritime, Tome II - R.RODIERE Dalloz, page 152. 15 Droit Maritime – P. Bonassies ; C. Scapel – LGDJ, page 645. 9
  • 10. et équipements spécialisés aux terminaux portuaires afin de transférer les conteneurs des navires aux trains et aux camions, et inversement. Les professionnels considèrent que les principaux freins à la croissance actuelle et future du commerce de marchandises conteneurisées se situent dans la capacité des terminaux portuaires et des réseaux de distribution de surface. Il est avantageux que les terminaux disposent de suffisamment d’espace pour empiler et emmagasiner les conteneurs, offrent des prises électriques pour brancher les conteneurs réfrigérés et soient équipés de systèmes informatisés pour localiser et suivre le mouvement des conteneurs. En outre, afin de maximiser leur capacité de manutention des conteneurs, les terminaux portuaires doivent creuser des canaux profonds permettant l’accès des gros navires et disposer d’équipements suffisants et efficients (ponts roulants à portique, chariots élévateurs, etc.) sur le quai pour charger et décharger rapidement. Les navires porteurs ont dû être modifiés afin de pouvoir y assujettir les boîtes et, normalement, les empiler. Puisque la demande de conteneurs a augmenté, la taille des navires qui les transportent s’est également amplifiée de manière impressionnante. Au début des années 1980, le plus gros porte-conteneurs du monde avait une capacité de charge de 3 400 EVP, alors qu’actuellement circule le dernier-né des géants de la mer, l’Emma Maersk, qui peut emporter jusqu’à 13 500 EVP. Les problématiques économiques et les contraintes techniques de l’arrimage sont une réalité qui tient en partie au gigantisme des nouveaux navires qui a remis en question les systèmes d’arrimage, l’organisation des opérations de manutention et les risques nautiques, environnementaux et surtout financiers en cas d’évènements de mer. (Partie I) Les « vrais problèmes » posés par le conteneur et son arrimage se posent aussi du point de vue juridique. Déterminer sur qui repose la responsabilité de l’arrimage et, particulièrement du défaut d’arrimage ou du désarrimage, est souvent délicat, que ce soit sous couvert d’un contrat de transport maritime ou d’un contrat d’affrètement et plus encore, lors de pertes de conteneurs à la mer, la responsabilité envers l’Etat côtier et les tiers. (Partie II) 10
  • 11. PARTIE 1 P R O B L E M AT I Q U E S E C O N O M I Q U E S E T C O N T R A I N T E S T E C H N I Q U E S D E L ’ A R R I M AG E D E S C O N T E N E U R S 11
  • 12. CHAPITRE 1 L’ARRIMAGE ET LE SAISISSAGE DES MARCHANDISES DANS LE CONTENEUR. Le mauvais arrimage et saisissage des marchandises dans le conteneur sont des problèmes auxquels sont fréquemment confrontés les transporteurs maritimes. La mise à disposition du conteneur et l’empotage de la marchandise à l’intérieur de celui-ci constituent la phase préliminaire de l’expédition maritime. La bonne réalisation de ces opérations est capitale pour assurer la stabilité de la marchandise et la sécurité du transport. Un arrimage et un saisissage conformes permettront à l’ayant droit de la marchandise de se prémunir d’une avarie au cours du transport. Il est tout d’abord fondamental de choisir un conteneur adapté à la marchandise qui fera l’objet du transport (Section 1). Il faut ensuite accorder une grande importance à la manière dont seront empotées les marchandises (Section II). 12
  • 13. SECTION 1 CHOIX D’UN CONTENEUR ADAPTE A LA MARCHANDISE. L’usage du conteneur sur le droit des transports se manifeste avant même le commencement de l’opération de transport et, ensuite, à ses différents stades. Il est important de déterminer à qui revient le choix du conteneur (§1) et quels sont les impératifs en matière de conditionnement de la marchandise pour le transport (§2). §1Le choix du conteneur. La première question que doit se poser tout chargeur est de savoir si le transport par conteneur est adapté au type de marchandises qu’il désire transporter. Si tel est le cas, la seconde question a trait au choix du conteneur. Il existe en effet une grande variété de conteneurs correspondant aux besoins de certaines marchandises. Le chargeur est responsable du type de conteneur choisi, ie une conteneur 20 pieds plutôt qu’un 40 pieds ou encore un conteneur DRY plutôt qu’un conteneur réfrigéré. Le transporteur est néanmoins tenu d’un devoir de conseil concernant la conformité du conteneur relativement à la nature de la marchandise, à la destination de celle-ci et à la saison où le transport doit s’effectuer. En effet, si nous prenons comme exemple le transport de dattes entre Tunis et Marseille, les marchandises pourront être empotées dans un conteneur DRY pendant la période hivernale. En revanche, les dattes pouvant devenir sirupeuses à partir de 20°C, afin de prévenir toute avarie, il est préférable de les transporter dans un conteneur ventilé ou réfrigéré lorsque les températures saisonnières sont au dessus de cette limite. Une fois le type de conteneur arrêté, celui-ci est mis à disposition de l’expéditeur afin de procéder à l’empotage. 13
  • 14. §2 La mise à disposition du conteneur. Une autre problématique quant au choix du conteneur est que le conteneur n’est pas toujours, voire même rarement, la propriété de celui qui l’utilise. Le plus souvent, le conteneur fait l’objet d’une location, ou d’une mise à disposition, soit par le transporteur maritime lui-même16, soit par une entreprise spécialisée. Le parc de conteneurs disponibles est une des composantes qui fait la force du transporteur maritime. D’un point de vue économique pour le transporteur maritime, le conteneur a favorisé une meilleure gestion des flux, une réduction du transit time et une amélioration du coefficient de remplissage des navires. Mais il ne faudrait pas oublier que des points négatifs sont aussi perceptibles comme les déséquilibres de remplissage des portes conteneurs sur certains axes (ex : USA -> Asie). Ainsi, tous les transporteurs maritimes sont confrontés au problème des conteneurs vides qui s’entassent sur les terminaux alors que d’autres terminaux manquent de conteneurs pour être mis à la disposition des chargeurs. Lorsque le transporteur met à disposition un conteneur, il le fait à titre accessoire du contrat de transport. La jurisprudence analyse cette mise à disposition comme étant une location de meubles. Le transporteur conserve la maîtrise et la garde des conteneurs placés sur son navire, depuis d’embarquement jusqu’au port de destination, mais cela ne fait pas obstacle à ce que la jouissance des conteneurs soit transférée à l’expéditeur locataire, qui en fait un usage temporaire, conforme à leur destination, pour la conservation des marchandises pendant la durée de la traversée. En tant que loueur de conteneurs, le transporteur maritime doit garantir et indemniser le locataire expéditeur des dommages résultant des vices et défauts 16 Le transporteur maritime dispose d’un parc de conteneurs qu’il met à la disposition de ses clients. Ces conteneurs sont aussi bien des conteneurs en propriété que des conteneurs loués. Les problèmes liés à la location de conteneurs sont de taille pour le transporteur. Lorsque le destinataire de la marchandise ne restitue pas celui-ci dans les temps, le transporteur a paye la location du conteneur à fonds perdus, et il s’expose même au paiement de surestaries en cas de non restitution au loueur. 14
  • 15. de la chose louée « quand même il ne les aurait pas connus lors de la passation du contrat de louage. »17 Contrairement à l’hypothèse précédente où il existe une interaction entre le contrat de transport et le contrat de location qui complexifie les relations juridiques, lorsque le conteneur est mis à disposition par une entreprise spécialisée dans la gestion d’un parc de conteneurs, la relation contractuelle est fondée sur un contrat de louage de choses. Dans les deux cas, l’opérateur qui met le conteneur à disposition doit fournir un conteneur en bon état considérant l’obligation d’entretien qui pèse sur lui. Cependant, la parade généralement mise en avant par celui qui met le conteneur à disposition est que le chargeur a le « devoir » de vérifier le conteneur qu’on lui propose, et de le rejeter si celui-ci semble impropre au transport de la marchandise considérée. Les juges ont ainsi pu décider que la Convention de Bruxelles de 1924 qui, s’agissant de la responsabilité du transporteur, ne couvre que la période antérieure au chargement sur le navire, n’interdisait pas d’insérer dans le contrat une clause suivant laquelle le locataire qui accepte le conteneur proposé sans faire de réserves renonce à engager la responsabilité du transporteur.18 Le choix du conteneur est particulière fondamental à la réussite du transport. Cependant, en ce qui concerne plus précisément l’arrimage, l’emballage et le conditionnement de la marchandise sont des opérations cruciales pour assurer la sécurité des produits transportés. 17 Cour d’Appel de Versailles, 14 janvier 1999 – DMF 1999, p 933, Obs C. Humann. 18 Cour d’Appel de Rouen, 7 février 1985 – DMF 1987, p 510. 15
  • 16. §3 Emballage et conditionnement de la marchandise. Cette phase pré-transport relève entièrement de la responsabilité de l’expéditeur. Les marchandises doivent être convenablement emballées et marquées. « Le conditionnement doit respecter les usages du commerce, les règles de l’art, voire les prescriptions légales applicables en pareille matière, et, en particulier, les dispositions très détaillées du Code IMDG (International Maritime Dangerous Goods ».19 La difficulté réside dans le fait qu’il n’existe pas – sauf pour les matières dangereuses – de réglementation spéciale précisant les caractéristiques des emballages maritimes et du conditionnement intérieur. Le chargeur doit donc veiller à ce que les marchandises soient soigneusement emballées et conditionnées de manière à ce qu’elles soient en mesure de subir sans dommages les contraintes physiques liés au transport maritime. Un mauvais conditionnement pourra avoir des incidences sur la qualité de l’arrimage dans le conteneur de la marchandise, mais surtout, augmentera les conséquences lourdement préjudiciables en cas de désarrimage de la marchandise dans la mesure où les produits seront insuffisamment protégés. De plus, il faudra au chargeur accorder une attention encore plus importante aux marchandises répertoriées dans le Code IMDG. Ce code donne une liste des marchandises pouvant présenter des dangers pendant leur transport et prescrit l’utilisation d’emballages et de conditionnements adaptés à chaque type de marchandises selon leur niveau de dangerosité. « Les textes ne prescrivent pas directement au chargeur ces obligations, mais elles résultent indiscutablement de l’économie du système de responsabilité propre au transport maritime. En effet, les textes que ce soit la Convention de Bruxelles (art 4 § 2, n et o) ou la loi française du 18 juin 1966 (art 27, g) exonèrent le transporteur de toute responsabilité pour le dommage résultant des insuffisances 19 Droit Maritime – P. Bonassies ; C. Scapel – LGDJ, page 665. 16
  • 17. d’emballage, ainsi que de l’insuffisance ou de l’imperfection des marques apposées par le chargeur. »20 Il est donc crucial pour le chargeur de procéder de manière appropriée et soigneuse à l’emballage et au conditionnement de la marchandise au regard de la responsabilité qu’il devra supporter en cas de dommage. Le conteneur ayant été choisi, mis à disposition et la marchandise prête au transport, la phase suivante consiste en l’empotage de cette dernière dans le conteneur. 20 Droit Maritime – P. Bonassies ; C. Scapel – LGDJ, page 666. 17
  • 18. SECTION 2 EMPOTAGE DU CONTENEUR ET DECLARATION DU CHARGEUR. « L’arrimage des marchandises dans les conteneurs n’apparaît pas dans la déclaration du chargeur et n’est garanti par aucun transporteur. Un mauvais arrimage peut être à l’origine d’avaries à la marchandise, à d’autres conteneurs et générer des désarrimages. Le problème devient très délicat lorsque les conteneurs renferment des marchandises dangereuses. »21 §1 L’empotage du conteneur. L’empotage du conteneur comprend non seulement le chargement des marchandises à l’intérieur du conteneur, mais encore leur arrimage, l’objectif à atteindre étant la stabilité de la marchandise pendant le durée du transport. Concernant l’empotage, il existe des clauses spécifiques du contrat de transport par conteneur. Un conteneur FWL (Fully loaded weight and capacity) est intégralement rempli en poids et en volume, alors qu’un conteneur LCL (Less than container load) reçoit des lots de marchandises, qui envisagées séparément, ne suffiraient pas à le remplir. Dans ce dernier cas, pour des raisons d’économie, on procédera le plus souvent à un groupage de marchandises provenant de différents chargeurs. L’empotage incombe alors à celui qui effectue le groupage. Si le conteneur est FCL (Full Container Load), il sera remis, par le chargeur, complet au transporteur maritime, plombé, sans que ce dernier ne soit intervenu pour l’empotage des marchandises, ce qui entraîne des conséquences quant à la responsabilité dans l’exécution du transport. Lorsqu’il est prouvé que les dommages subis par la marchandise proviennent exclusivement de la faute de 21 Rapport d’étape – Transport de marchandises par conteneurs – Vigipol. 18
  • 19. l’expéditeur dan l’empotage du conteneur, la jurisprudence consacre sa responsabilité. Si le conteneur est LCL (Less than Container Load), ce qui est rare, l’empotage sera de la responsabilité du transporteur qui effectuera cette opération dans le cadre du contrat de transport. La responsabilité du transporteur peut être recherchée sur le fondement de la Convention de Bruxelles pour avoir commis une faute en empotant la marchandise dans un conteneur vétuste et insuffisamment étanche. L’OMI (Organisation Maritime Internationale) a élaboré des directives relatives à la formation en matière de chargement des cargaisons dans les conteneurs afin de mettre en lumière les principes essentiels à la sécurité de l’empotage.22 Ainsi, il est important d’étudier l’arrimage de l’ensemble de la cargaison avant de remplir le conteneur et de placer côte à côte des marchandises ayant une résistance appropriée de manière à obtenir un arrimage solidaire et à veiller à la compatibilité des marchandises entre elles (dangerosité de certaines cargaisons selon le Code IMDG). Les directives insistent sur le fait qu’il convient d’apporter un soin particulier à l’assujettissement des unités lourdes dans un conteneur pour empêcher leur mouvement. §2Les risques de désarrimage et d’avarie de la marchandise. Bien qu’offrant une protection remarquable à la marchandise qu’il contient, le conteneur ne peut lui épargner les violents efforts qui s’exercent longitudinalement et transversalement lors de la traversée maritime, ou verticalement, lors des opérations de manutention. Les soins à apporter lors de 22 Directives OMCI – OIT – La formation en matière de chargement des cargaisons dans les conteneurs – Londres 1978. 19
  • 20. l’empotage du conteneur, tant au niveau du calage que de la disposition interne des marchandises (il faut équilibrer la charge) sont d’une grande importance. Le bon déroulement de ces opérations est une des préoccupations des P&I Clubs23 et des Sociétés de Classification24 qui rappellent régulièrement, dans leurs notes d’information aux transporteurs maritimes, les procédures à respecter et les risques encourus. Ainsi, le Bureau Véritas, dans une note d’information du 14 décembre 200625, donne une liste des principales causes des désarrimages des conteneurs. Sur les six causes évoquées, quatre sont relative à l’empotage : la surcharge pondérale des conteneurs ; la déformation du conteneur (défaut d’entretien) ; défaut d’arrimage à l’intérieur du conteneur ; explosion ou incendie ; saisissage défectueux ; mauvaise répartition verticale des poids. L’empotage intéressant donc la sécurité de l’expédition maritime, que ce soit pour la marchandise elle-même, pour les autres conteneurs adjacents ou pour la stabilité du navire, les juridictions en sanctionnent les défauts. Ainsi, la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence, dans un arrêt du 10 octobre 2005, a attribué à un mauvais empotage l’avarie subie par les marchandises. En l’espèce, une société achète des lots de bobines de tôle à acheminer à La Réunion. Les conteneurs sont chargés sur le navire après empotage par un manutentionnaire à Anvers. Entre Dunkerque et Montoir, le navire essuie une tempête d’une exceptionnelle violence. A Marseille, 23 Les P&I Club (Protection and Indemnity Club) sont l’autre composante de l’assurance maritime. les P&I Clubs couvrent ce que les assureurs corps et facultés ne prennent pas ou peu en charge : les dommages causés aux tiers lors de l’exploitation du navire (pollution, collision, levage, maladies ou accidents survenant aux marins ou aux passagers…) La plupart des clubs sont anglo-saxons et fonctionnent sur un principe non lucratif et mutualiste. 24 Une société de classification est une organisation qui établit et applique des standards techniques au projet, à la construction et à l'inspection des facilités relatives à la marine, incluant les navires et les structures Off-shore. 25 Perte des conteneurs à la mer – J.F. Segretain – Bureau Véritas, 14 décembre 2006, Brest. 20
  • 21. on constate le désarrimage de la marchandise. La Cour soutient que si le navire avait rencontré un quasi ouragan , pouvant être libératoire de responsabilité sur le fondement de la force majeure, il n’est reste pas moins que la faute commise par le manutentionnaire qui a empoté la marchandise est caractérisée et engage sa responsabilité quasi-délictuelle : « si l’arrimage des colis avait été réalisé selon les règles de l’art (bobines reliées entre elles et à la structure du conteneur), comme cela a été fait pour a suite du voyage vers La Réunion, aucun dommage ne serait survenu. »26 L’empotage et ses risques nécessitent réellement une attention particulière. Un autre sujet d’importance est la déclaration par le chargeur de la nature de la marchandise remise au transporteur. §3 La déclaration du chargeur. Selon la Convention de Bruxelles (art 3) et la loi française, Décret du 31 décembre 1966, art 35, le chargeur doit d’une part, déclarer par écrit au transporteur tous les éléments permettant d’identifier la marchandise (marques, nombre, quantité, poids et faire une déclaration spéciale pour les marchandises dangereuses ; et d’autre part, apposer sur les colis des marques d’une lisibilité suffisante pour en permettre l’identification jusqu’à la fin du voyage. Ces indications doivent être portées sur le connaissement. Aux termes de l’art 31 de la loi du 18 juin 1966 : « Lorsque le chargeur a fait sciemment une déclaration inexacte de la nature ou de la valeur des marchandises, le transporteur n’encourt aucune responsabilité pour les pertes ou dommages survenus à ces marchandises. » La déclaration exacte du poids du conteneur est importante pour apprécier l’existence de manquants à la livraison mais principalement pour élaborer le plan 26 Cour d’Appel d’Aix-en –Provence, 10 octobre 2005, BTL N° 3136du 3 juillet 2006. 21
  • 22. de chargement du navire. Une fausse déclaration du poids du conteneur peut avoir des conséquences majeures : si le conteneur est chargé au-delà de son tonnage maximum ou si le poids est supérieur ou inférieur à celui indiqué au connaissement, la probabilité d’un désarrimage et de dommages est fortement envisageable. La fausse déclaration portant sur des matières dangereuses peut avoir des conséquences bien plus dommageables encore. Les marchandises dangereuses, inflammables ou explosives, font l’objet des dispositions spéciales. Le chargeur doit signaler au transporteur leur nature particulière et dans les conditions prévues par la réglementation. Les marchandises au chargement desquelles le transporteur n’aurait pas consenti s’il avait eu connaissance de leur nature dangereuse, inflammable ou explosive, peuvent être déchargées, rendues inoffensives ou même détruites et le chargeur peut être rendu responsable de tout dommage résultant directement ou indirectement de leur embarquement. Cette responsabilité peut être extrêmement lourde compte tenu des prescriptions du Code IMDG imposant le transport en pontée des marchandises dangereuses, si le transporteur les arrime en cale, par ignorance de leur nature, et qu’un incendie ou une explosion se produit et détruit les autres conteneurs de la cale et la structure du navire, voire entraîne le naufrage du navire, ce genre d’accident peut coûter des millions d’euros au chargeur ayant fait une fausse déclaration. 22
  • 23. Cette responsabilité de chargeur est à mettre en parallèle avec le gigantisme des navires sortant aujourd’hui des chantiers de construction. Les risques économiques d’une fausse déclaration peuvent être démesurés. Il est donc capital que le chargeur, conseillé par le transporteur maritime comme le conseillent les Sociétés de Classification et les P&I Clubs, apporte tous les soins et l’attention nécessaire pour éliminer au maximum les risques tenant à l’empotage du conteneur et à la marchandise transportée. L’étape suivante dans la chaîne du transport maritime consiste en la prise en charge du conteneur par le transporteur maritime, sa mise à bord et son arrimage. Ces phases sont encore plus cruciales que l’empotage dans la mesure où c’est à ce stade que le transporteur peut refuser de prendre une marchandise qu’il considère comme risquée pour l’expédition ou que les décisions fondamentales concernant le plan de chargement sont prises, décisions qui influeront sur la sécurité de la traversée. 23
  • 24. CHAPITRE 2 L’ARRIMAGE DES CONTENEURS SUR LE NAVIRE La conteneurisation peut se résumer à trois caractéristiques : la spécialisation, le gigantisme des navires et la standardisation qui débouche en premier lieu sur une manutention rationalisée. Cinquante ans après l'épopée de l'" Ideal-X ", premier navire ayant embarqué des conteneurs, près de 12 millions de conteneurs circulent dans le monde. Il s'en construit plus de 1,5 million par an, dont les deux tiers en Chine. Et le marché continue de croître : 12 % en moyenne par an depuis 2000. Aujourd'hui, les conteneurs représentent à eux seuls 80 % de la valeur totale des marchandises transportées par voie maritime. Les bateaux eux-mêmes n'ont cessé de grossir. L'" Ideal-X " faisait à peine 200 mètres de long. De nos jours, les plus gros porte-containers font près de 400 mètres de long, 40 mètres de large et peuvent embarquer jusqu'à 12.000 containers. Cette évolution s’accompagne impérativement d’une réponse adaptée au niveau des infrastructures terrestres et portuaires (dont les engins de manutention) mais aussi d’organisations permettant d’évacuer massivement les flux. Pour garantir la sécurité de l’arrimage et du navire (Section 1), il a donc fallu adapter les techniques de manutention en fonction de ce type de transport en faisant appel à de nouveaux acteurs, les ship planners qui opère aux côtés du capitaine (Section 2), et faire évoluer les entreprises de manutention (Section 3). 24
  • 25. SECTION 1 L’INCIDENCE DE L’ARRIMAGE SUR LA SECURITE DU NAVIRE. Les conteneurs peuvent être chargés sur des navires de charges classiques ou d’une manière plus générale sur les porte-conteneurs intégraux (§1). Néanmoins, quelque soit le type de navire sur lequel sont chargés les conteneurs, l’incidence d’un bon arrimage sur la sécurité de la traversée et sur la stabilité du navire est la même (§2). §1 Les différents navires embarquant des conteneurs. Aujourd’hui, la conteneurisation est un tel phénomène que la plupart des navires sont amenés à transporter des conteneurs27. Les conteneurs sont donc embarqués sur des navires transportant des marchandises dites conventionnelles, c'est-à-dire non conteneurisées, sur des navires rouliers, dits RoRos (Roll on – Roll Off, à manutention horizontale) voire même sur des navires vraquiers. Ces différents types de navires ne sont pas nécessairement équipés de structures spécialement destinées à recevoir des conteneurs. Il existe une grande variété de modes d’arrimage suivant le type de navire et son équipement. Le Gard P&I Club fait remarquer qu’un bon plan d’arrimage conforme au « Container Stowage and Securing Plans » (manuel d’assujettissement) sur un navire roulier serait aussi sûr que le transport sur un porte-conteneurs cellularisé, même en cas de gros temps. Avec l’avènement du conteneur, les navires se sont spécialisés dans un souci de déchargement et de manutention plus sûrs, plus rapides, moins chers et avec une sécurité accrue. La deuxième partie du 20ème siècle voit l’arrivée des premiers porte-conteneurs. Pour une traversée maritime de six (6) jours, là il faut 42 jours à 27 Containers on non-cellular ships – J. Fairclough, Brookes Bell Jarrett Kirman, London – Gard News N° 159 (P&I Club Norvégien). 25
  • 26. un navire classique pour acheminer une même marchandise (chargement, transport, déchargement compris), il ne faut que neuf (9) à dix (10) jours à un porte-conteneurs. Ces navires sont dotés d’installations particulières notamment le système de guidage à glissières, grâce auquel les conteneurs s’emboîtent quasi automatiquement dans les espaces cellulaires et qui facilite l’arrimage et le saisissage. La capacité d’un porte-conteneurs se mesure en TEU (twenty feet equivalent unit), équivalent au nombre de conteneurs de 20 pieds pouvant être chargés. « Depuis la mise en service des premiers porte-conteneurs, on assiste à un accroissement de la taille et de la capacité de ces navires : les premiers porte- conteneurs de 3 000 TEU ont vu le jour en 1972, et l’on s’est cantonné jusqu’à la fin des années 1980 au gabarit panamax qui ne permettait pas de dépasser les 4 800 TEU. Ce gabarit est essentiel puisqu’il correspond à la dimension maximale des navires pouvant passer de l’Atlantique au Pacifique via le Canal de Panama. Au cours de année 1990, on s’est affranchi de ce carcan avec les navires dit Over- panamax, dont les plus grandes unités en fonction atteignaient 8 000 TEU pour une largeur de 42,80m et une longueur de 350m. »28 Une nouvelle génération est née depuis peu et les navires ont été baptisés des Mégaships. Cette tendance vise à construire des navires de 12 000 TEU avec des projets de navires à 18 000 TEU pour les plus avant-gardistes. Le concept est cette fois-ci celui du « Malaccamax », c'est-à-dire que la limite de tirant d’eau de ces navires est annexée sur la capacité du détroit de Malacca. Le dernier né de cette génération étant l’Emma Maersk, lancé en 2006. Ce super porte-conteneurs n’a laissé indifférent aucun des acteurs du monde maritime et a immédiatement suscité de nombreuses interrogations quant aux conséquences d’une possible défaillance d’un tel géant, pouvant transporter des milliers de conteneurs, représentant en valeur le Produit Intérieur Brut de certains pays comme la Mauritanie ou la Sierra Leone.29 L’arrimage des conteneurs sur ces nouveaux navires, tout autant que sur n’importe quel autre navire, est une opération délicate dans la mesure où elle intéresse la sécurité et la stabilité du bâtiment. 28 La révolution du conteneur – Isemar - Note de synthèse N°49- Novembre 2002. 29 Emma Maesrk : les conteneurs de trop ? – Fortunes de Mer, janvier 2007. 26
  • 27. §2 L’arrimage et la stabilité du navire et sa sécurité. De nombreux textes ont été élaborés sur le sujet. Pour exemple, on peut citer le recueil de stabilité de l’OMI qui traite dans son chapitre 4 « des critères particuliers des porte-conteneurs d’une longueur de plus de 100m » ou encore les règles SOLAS (Safety of Life at Sea) II – 1/22 qui prévoient une expérience de stabilité après achèvement du navire permettant ainsi de déterminer les éléments de stabilité. La stabilité du navire fait par ailleurs l’objet d’un contrôle strict de la part des Sociétés de Classification lorsqu’elles attribuent une classe au navire. Lors de la construction, les conditions difficiles de navigation sont prises en compte pour les échantillonnages de structure. Les différents efforts auxquels sont soumis les navires sont également intégrés. Toutes ces données permettent à la Société de Classification d’établir un plan d’arrimage des marchandises, ou Cargo Stowage and Securing Plan », que le transporteur maritime sera tenu de respecter. Des études ont montré récemment les dangers associés aux porte-conteneurs.30 « Quelques un des accidents les plus marquants concernant les porte-conteneurs sont les collisions, les feux de conteneurs, fatigue des bordées, dommages causés par impacts sur l’étrave, perte de conteneurs, roulis paramétrique et diverses réclamations sur la cargaison concernant souvent les conteneurs réfrigérés. » Vigipol, dans son Rapport d’étape sur le Transport Maritime de Marchandises par Conteneurs, apporte quelques propositions pour palier certains de ces problèmes, notamment l’installation de capteurs de fatigue de coque de navire aux endroits les plus sollicités par conditions météorologiques difficiles permettant d’aider le Capitaine dans ses décisions quant au ralentissement, changement de route ou relâche. Vigipol remarque aussi que toutes les Sociétés de Classification 30 La sécurité des porte-conteneurs, une préoccupation croissante – AFCAN. 27
  • 28. n’apportent pas les meilleures garanties et qu’il est souhaitable de « faire le ménage parmi les Sociétés de Classification complaisantes ». Les porte-conteneurs sont soumis à deux forces : son poids, s’appliquant en son centre de gravité, et sa poussée, exercée par l’eau de mer, qui s’applique au centre de sa carène, c'est-à-dire le centre de gravité de l’eau déplacée par la coque du navire. Ces deux forces sont égales et leurs points d’application sont situés sur la même ligne verticale. La stabilité du navire est sa faculté à revenir naturellement à cet état d’équilibre lorsqu’il en est écarté par une perturbation. Malgré cette faculté, de nombreux facteurs sont susceptibles de porter atteinte à la stabilité des porte-conteneurs, notamment le chargement de poids importants en tête de piles ou une cargaison mal arrimée. Un mauvais arrimage des conteneurs peut faire basculer les conteneurs en bloc d’un même côté sous l’effet du roulis paramétrique31 ou de la gîte. Des coups de roulis soudains peuvent se produire sans préavis, entraînant les piles de conteneurs à basculer comme des dominos (malgré un arrimage et un assujettissement approprié et soigneux), produisant des pertes sévères. Le Commandant P. Sussac dans un article paru sur le site de l’AFCAN apporte un éclairage sur les risques inhérents à ces navires : « En pratique, les efforts [auxquels sont soumis les navires] sont négligés en cours d’opérations [de chargement et de manutention] pendant lesquelles les calculs de torsion, très longs, sont pratiquement impossibles à faire. En escale, il est mis une paire de ballast en automatique pour tenir le navire droit, et le terminal suit son programme en vidant des tranches entières latérales sans que quiconque suive les efforts de coque. Il est déjà assez laborieux d’avoir des calculs de stabilité faits dans de bonnes conditions, à vérifier aux mouvements du navire, quand on connaît en plus la fiabilité générale des poids indiqués des conteneurs. […] Tout cela vient se rajouter aux inconvénients que tout le monde connaît, et rappelés pour le danger 31 Le roulis paramétrique peut se produire par mer de l’avant avec une combinaison défavorable de hauteur, de longueur et de période de vague en fonction de la longueur du navire. 28
  • 29. d’incendie : dangereux camouflés, mauvais arrimage dans les conteneurs…et aussi au renouvellement d’eau des ballasts. » Ceci nous amène à présenter la manière dont est planifié l’arrimage des conteneurs sur le navire. SECTION 2 LA REPARTITION DE LA MARCHANDISE SUR LE NAVIRE La spécialisation et le gigantisme des navires a imposé aux acteurs du transport maritime de repenser l’organisation des opérations de manutention et d’arrimage. Au 19ème siècle, le commandant cherchait le port idéal pour faire du commerce. Il avait toute latitude vis-à-vis de son armateur pour embarquer et négocier la marchandise lors de son chargement, de son achat et de sa vente. Aujourd’hui, le rôle du commandant est beaucoup plus limité et certaines de ses attributions ont été confiées au nouvel acteur du transport maritime qu’est le ship planner (§1). Cependant, le commandant, dépossédé de certaines fonctions, demeurent pleinement responsable (§2). §1 Le transfert des attributions du commandant au ship planner. Aujourd’hui, lorsque le navire arrive au port, les agents commerciaux ont déjà collecté la marchandise qui s’apprête à embarquer. L’agent consignataire signe les connaissements et le plan de chargement est donné au commandant. Le commandant a donc été « dépossédé » d’une large partie de ses attributions lors des escales. Le ship planner a pris le relai du bord en prenant en charge le plan de 29
  • 30. chargement. Les gros porte-conteneurs sont intégrés dans des services regroupant souvent plusieurs armateurs. Les horaires sont réguliers et prévus à l’avance. Le problème majeur est lié à la vitesse des rotations et aux impératifs d’horaire. La brièveté des escales ne laissant pas la place à l’improvisation, un planificateur central, travaillant pour un centre opérationnel a été chargé du suivi du navire. Avant d’établir le plan de chargement, le ship planner doit nécessairement connaître les termes de la charte-partie liant l’armateur et l’affréteur, notamment les clauses concernant la possibilité qui lui est donnée de charger à bord des marchandises dangereuses ou les responsabilités entre affréteur et armateur sur les marchandises transportées. Il doit aussi être parfaitement au fait des caractéristiques dynamiques et les capacités du navire32 ; des accords entre la ligne et le stevedore, lui permettant de prévoir les temps et possibilités de déchargement et chargement, mais aussi des caractéristiques de ports touchés par la ligne. Le plan de chargement est donc élaboré en fonction de toutes ces données et est soumis au Second Capitaine pour approbation. Il s’agira en règle générale d’un pré-plan par port de destination et par groupe de poids indiquant précisément les positions de tous les « spéciaux » (marchandises dangereuses, conteneurs réfrigérés à brancher). Le plan définitif avec tous les numéros de conteneurs et leurs poids exacts est finalisé par l’entreprise de manutention. Le ship planner précise également l’ordre des opérations commerciales en fonction des contraintes liées au navire et de celles liées au stockage sur le terminal. Le plan de chargement est constitué par les vues transversales dans lesquelles sont notés les numéros de conteneurs, leurs poids, leurs destinations ainsi que leurs caractéristiques principales (20 ou 40 pieds ; hors gabarit ; réfrigéré ; dangereux). La réalisation d’un plan de chargement peut s’apparenter à un véritable casse-tête sur les navires à fort tonnage compte tenu de nombre de paramètres à intégrer. Le ship planner doit d’abord veiller à la sécurité et à la stabilité du navire, tout en 32 Il s’agit ici du lashing agreement (capacité de transport de la marchandise en pontée et en cale) ; les capacités de ballastage ; les tirants d’eaux maximums suivant les zones traversées ; la position et le nombre des prises électriques sur le pont afin de brancher les conteneurs réfrigérés ; le poids maximum par pile de 20 et 40 pieds ; les ouvertures de panneaux de cale… 30
  • 31. plaçant les conteneurs de façon à faciliter leur enlèvement dans la chronologie des ports de débarquement, en ayant prévu les problématiques des conteneurs spéciaux, ou des marchandises incompatibles… A ces contraintes techniques s’ajoutent les contraintes économiques des transporteurs maritime pour qui il est nécessaire d’obtenir un taux de remplissage maximum du navire afin de rentabiliser la rotation et plus généralement la ligne. On comprend donc aisément que la conception des plans de chargement ne relève plus du commandant mais fasse l’objet d’une profession à part entière. Ayant perdu certaines de leurs attributions, les capitaines de navire n’en demeurent pas moins responsable de l’arrimage des conteneurs et doté d’un pouvoir de décision en dernier ressort. §2 Le pouvoir décisionnel et la responsabilité du capitaine. Le capitaine est maître de la sécurité de l’expédition maritime. Par delà les pratiques, les tensions et les ingérences de toutes sortes qui se concentrent sur lui, il est juridiquement responsable de ce qui se rapporte à la sécurité en mer, alors même qu’il est sous l’influence permanente de l’armateur via les divers moyens de communication. Il a le pouvoir de décider ou non de l’appareillage du navire et commet une faute et engage la responsabilité de l’armateur, s’il appareille avec un navire impropre à la navigation. En tant que maître de la sécurité, il doit maintenir le navire en état de navigabilité, contrôler le chargement, l’arrimage et la préservation des marchandises. La règle est formelle, le capitaine, ou plus précisément le capitaine en second, doit impérativement veiller à l’arrimage dans la mesure où la sécurité du navire est en cause. Cette règle résulte pour partie des termes de la Convention de Bruxelles et de la réglementation française, disposant que les opérations de chargement et d’arrimage incombent au transporteur, qui doit les exécuter de façon « appropriée et soigneuse ». 31
  • 32. L’obligation est impérative et les opérations sont effectuées sous sa responsabilité exclusive, même si, en fait, il les fait exécuter par une entreprise de manutention indépendante et même si le prix en est décompté séparément du fret et mis à la charge de la marchandise. Ainsi, les opérations d’arrimage et de saisissage sont faites sous le contrôle du second capitaine qui validera le plan de chargement produit par le ship planner. Concrètement, le second capitaine vérifie en lieu et place du commandant la conformité du plan de chargement, en y apportant des modifications si elles sont nécessaires pour préserver la marchandise et la stabilité du navire. Il faut néanmoins souligner que si le capitaine a perdu ses attributions lorsque le navire est à quai, celui-ci retrouve toute latitude lorsque le navire appareille. Les soins appropriés à apporter à la marchandise ne se limitant pas au moment de la mise à bord et de l’arrimage, il sera de son ressort d’organiser des « rondes de saisissage » pendant le voyage afin de vérifier que les systèmes de saisissage, particulièrement lorsque des conditions météorologiques difficiles sont annoncées. La perte de souveraineté du capitaine, autrefois « seul maître à bord après Dieu », correspond à des exigences économiques ayant rationalisées les tâches d’arrimage et de manutention. La conteneurisation a aussi remodelé les pratiques des entreprises de manutention. 32
  • 33. SECTION 3 L’ENTREPRISE DE MANUTENTION ET L’ARRIMAGE DES CONTENEURS. Les opérations de manutention ont été véritablement révolutionnées en l’espace de cinquante ans. La conteneurisation a nécessité une adaptation des techniques et appareillages de manutention (§1). L’entrepreneur de manutention, en tant que sous-traitant du transport maritime, dispose d’un régime juridique particulier qui a été calqué sur le régime de son donneur d’ordre. (§2) §1L’entreprise de manutention et son évolution. La Convention de Bruxelles de 1924 ne fait pas allusion aux entreprises de manutention ne gouvernant uniquement que, d'après son article premier, le trajet maritime et laissant aux textes internes le soin de régler les phases terrestres du transport maritime. Cependant, aux termes des articles 50 à 57 de la loi 66-420 du 18 juin 1966 relative aux contrats d’affrètement et de transports maritimes, l’entrepreneur de manutention maritime a, d’une part, un rôle lui donnant la charge de toutes les opérations qui réalisent la mise à bord et le débarquement des marchandises, et de toutes les opérations de mise et de reprise sous hangar ou sur terre-plein qui sont le préalable ou la suite nécessaire des opérations précédentes. Un rôle supplémentaire, s’il est requis par le transporteur maritime, le chargeur ou le réceptionnaire, qui lui permet de reconnaître, de réceptionner, de garder à terre et de délivrer les marchandises après débarquement. L’entrepreneur de manutention peut être chargé de ces opérations s’il s’agit des usages du port ou bien s’il s’agit d’une activité prévue au contrat de manutention. En effet, on distingue traditionnellement en France, deux catégories d'entrepreneurs de manutention portuaire. Ils diffèrent par la nature des opérations qu'ils accomplissent et par leur localisation géographique. Les entrepreneurs des ports de l'Atlantique, de la Mer du Nord et de la Manche sont 33
  • 34. appelés "stevedores" et leurs fonctions se limitent à l'accomplissement d'opérations matérielles de chargement et de déchargement des navires de commerce. Les entrepreneurs des ports méditerranéens, appelés "acconiers", accomplissent outre ces opérations matérielles, les opérations de réception, reconnaissance, garde et livraison à terre des marchandises. L’article 57 de la loi de 1966 prévoit que sur le plan international, les contrats et actes des entreprises de manutention sont régis par la loi du port où opèrent ces derniers. La conteneurisation a suscité en outre l'avènement des navires spécialisés ce qui a entraîné la nécessité de mettre en place de nouvelles structures dans les ports, et de les équiper notamment d'appareils de levage spéciaux. Outre la modification des infrastructures et de l'outillage, la conteneurisation a en quelque sorte crée de nouvelles tâches pour les entrepreneurs de manutention. Ils ont de ce fait modifié leur façon de travailler face aux nouveaux besoins de leurs cocontractants : ainsi, ont-ils commencer à procéder à la vérification de l'état des conteneurs, à l'empotage et aux dépotage des marchandises, aux déplacement et stockage des conteneurs vides, à prendre soin des conteneurs réfrigérés, autant de tâches qui ont une rémunération mais aussi qui nécessitent la mise en place de nouvelles installations. La conteneurisation a par ailleurs « engendré l’industrialisation du transport maritime en faisant pénétrer les grands principes d’organisation industrielle comme les effets d’économie d’échelle, l’interchangeabilité du fret grâce à un contenant standardisé »33. En 1970, René Rodière notait l'industrialisation profonde de la profession, se marquant dans l'usage d'appareils de divers types, dont certains extrêmement coûteux comme les portiques34. 33 FIORE (C), Lignes tour du monde ou réseaux :le point du débat en matière de maîtrise de la circulation des conteneurs, Annales de l’I.M.T.M 1986, Vol.3, p.49. 34 RODIERE (R), Traité, p.23. 34
  • 35. Aujourd’hui, l’outillage des entreprises comporte essentiellement, des grues de quais, automotrices ou flottantes, des portiques (pour les conteneurs ou les minerais), des chariots élévateurs (pour les marchandises diverses en palettes), des cavaliers (destinés à la manutention des conteneurs du quai au lieu de stockage), des tracteurs (pour les remorques en Ro/Ro). En règle générale, compte tenu de l’ampleur de l’investissement, l’outillage portuaire comme les grues ou les portiques, est loué par le port ou la chambre de commerce, financeurs de ces installations, et est sous la responsabilité de l’entrepreneur. L’activité des manutentionnaires a donc considérablement changée avec l’avènement du conteneur, apportant plus de sécurité dans la manipulation des marchandises et moins de risques pour le personnel chargée de l’arrimage. Il reste au demeurant que les dommages aux conteneurs pendant la phase d’arrimage est chose courante, ce qui entraîne la responsabilité de l’entreprise de manutention. §2 L’arrimage et la responsabilité de l’entreprise de manutention. Les opérations matérielles de mise à bord des conteneurs, d’arrimage et de déchargement sont effectuées par les entreprises de manutention, qui les réalisent avec l’aide des dockers. Il est relativement fréquent que lors de ruptures de charges, c’est-à-dire au cours des opérations de chargement et de déchargement, les conteneurs subissent des dommages du fait d’actes de manutention plus ou moins brutaux, voire à la suite d’accidents, telle la rupture d’un portique de levage entraînant la chute du conteneur. L’évolution technologique liée à la conteneurisation a profondément modifié les conditions de travail des dockers : ils sont moins nombreux, mais plus spécialisés et qualifiés. Les dockers préparent le matériel, participent à l’ouverture des panneaux de cale, guident les conducteurs de portiques et pilotent les engins de levage à terre. Préalablement à l’arrimage, le 35
  • 36. portiqueur (grutier) connecte le spreader35 à l’aplomb du conteneur afin de le déplacer du quai à bord du navire ou inversement. Cette opération nécessite une grande précision dans le maniement du portique. Le portiqueur se trouvant dans une cabine placée au dessus du navire, sa première préoccupation est de veiller à ne pas blesser les dockers se trouvant à bord du navire. Une autre préoccupation d’importance est de ne pas heurter le conteneur avec le spreader, risquant de le percer, et de réussir du haut de sa grue, à placer le conteneur, sans endommagées les autres conteneurs, dans les glissières de cale, conçue spécialement pour recevoir les conteneurs. A bord du navire, les dockers arriment (à l’export) et désarriment (à l’import) les conteneurs qui sont liés les un aux autres par les pièces de coin durant la traversée. Les dockers doivent se conformer au manuel d’arrimage du navire et employer le matériel de saisissage du bord. Lors de la réalisation de cette opération, l’entrepreneur de manutention doit avoir en tête que : « Le bon transport dépendant de l’arrimage, l’arrimage doit être tel que la marchandise puisse, dans des conditions normales, voyager sans dommages sur le navire »36. La bonne réalisation des opérations de mise à bord, d’arrimage et de saisissage sont capitales dans la mesure où l’entrepreneur de manutention est « responsable des dommages qui lui sont imputables » pour les opérations de manutention37. L’entreprise de manutention est astreinte à une obligation de moyens et sa responsabilité ne peut être engagée que sur le fondement de la faute. Opérant pour le compte de celui qui a requis ses services, le transporteur maritime le plus souvent, sa responsabilité est engagée qu’envers celui-ci qui, seul, a une action contre lui. Sa responsabilité sera engagée lorsqu'il sera prouvé qu'il a commis une faute38 et que sera rapportée la preuve d’un lien de causalité entre la faute commise et le dommage39. Le degré de gravité de la faute n’importe pas ici, la 35 Spreader : structure où sont fixés les verrous permettant d’accrocher et de soulever le conteneur. 36 Traité Général de Droit Maritime – Tome II, p 152 - René Rodière. 37 Art 53 a – loi du 18 juin 1966. 38 C.A Aix 17 octobre 1985, Revue Scapel 1987, p.5. 39 T.C Paris 9 avril 1975, D.M.F 1975, p.625 (sur le défaut de lien de causalité entre le dommage et l’acte de l’entreprise). 36
  • 37. preuve de toute faute, même légère engage la responsabilité de l’entrepreneur. Ainsi constituera une faute de l’entrepreneur dans les opérations matérielles de manutention, une mauvaise manipulation des marchandises40 en cours de chargement ou de déchargement, un mauvais arrimage de la cargaison dans le navire41. Par ailleurs, lorsqu'il reçoit et reconnaît le conteneur, l'entrepreneur sera déclaré responsable des dommages survenus à la marchandise s'il ne procède pas correctement au pointage et à l'examen de celui-ci : il s’agit donc d’une présomption de responsabilité. 40 A propos d’une chute de la marchandise, C.A Paris 24 novembre 1976, D.M.F 1977, p.162 37
  • 38. Les opérations de chargement et d’arrimage des conteneurs sont donc des phases où le conteneur est le plus exposé à des dommages du fait de son déplacement. Emballage solide, le conteneur n’est pas indestructible et révèle fréquemment ses fragilités lors de la manutention ou même la fragilité de l’empotage et de l’arrimage de la marchandise dans le conteneur. Les services contentieux des transporteurs maritimes reçoivent un nombre considérable de réclamations pour lesquels sont en cause des mauvaises manipulations du conteneur ou un mauvais arrimage. L’évolution du transport maritime par conteneurs a nécessité la généralisation du transport en pontée. En effet, sur le pont des porte-conteneurs, se trouvent des sabots d’ancrage destinés à recevoir les pièces de coin des conteneurs et des boucles ou des pièces de saisissage pour la fixation des chaînes ou des barres de saisie qui sont reliées aux pièces de coin du conteneur par des crocs, des « oeils » ou des cordes. La question essentielle qui se pose toujours dans le transport maritime de marchandises par conteneurs est de savoir s’il est permis de charger en pontée, ou si les conteneurs doivent être placés en cale. 41 Sur le mauvais arrimage en cale de tubes d’acier, C.A Aix 15 juillet 1987, Revue Scapel 1987, p.3. 38
  • 39. CHAPITRE 3 L’ARRIMAGE ET LE SAISISSAGE DES CONTENEURS EN PONTEE. « Semblable arrimage, qui peut être dangereux pour la navire, dont il encombre le pont et modifie la stabilité, fait surtout courir des risques supplémentaires à la marchandise, dépourvue de protection contre les éléments, vent, vagues, embruns, froid ou canicule, alors que les marchandises chargées en cale s’en trouvent, normalement, protégées. »42 L’arrimage des conteneurs en pontée a fait l’objet d’un long questionnement dans la mesure où la conteneurisation, apparue après l’adoption de la Convention de Bruxelles et de la loi de 1966 régissant le transport maritime de marchandises, n’avait pas été intégrée dans la rédaction de ces deux textes fondamentaux. Le transport de conteneur en pontée répond à un régime particulier. (Section 1) La problématique du régime juridique du transport de conteneurs en pontée s’accompagne d’une problématique technique. En effet, en cale, les conteneurs, empilés les uns sur les autres, sont maintenus et guidés par des glissières qui assurent la stabilité de l’arrimage. A l’exception des navires sans panneaux de cale dotés de glissières de cales prolongées au-delà du pont, le transport en pontée de conteneurs nécessite un arrimage spécifique réalisé grâce à du matériel de saisissage plus ou moins élaboré. (Section 2) 39
  • 40. SECTION 1 LE REGIME JURIDIQUE DU TRANSPORT DE CONTENEURS EN PONTEE « L’idée est tellement ancrée dans l’esprit des chargeurs (et des assureurs facultés) que la solution de principe n’a pas changé. Même à l’époque actuelle, le chargement en pontée qui entraîne en général une surprime dans l’assurance sur facultés, ne peut se faire en principe qu’avec l’accord du chargeur (§1). Cette règle s’explique, même pour le transport par conteneur parce que, s’il est plus rare que le capitaine se résolve à ordonner le jet à la mer pour sauver le navire, la jurisprudence récente offre de nombreux exemples de conteneurs chargés en pontée qui, au cours d’une tempête se désarriment du pont du navire, et tombent à la mer.»43 Par ailleurs, l’arrimage en pontée peut être une obligation résultant des prescriptions des règlements nationaux et internationaux (§2). §1La réglementation du transport en pontée. En droit français, le chargement des conteneurs sur le pont, avant une réforme de 1979, était interdit en principe, sauf trois exceptions : le petit cabotage, le consentement du chargeur et lorsque la réglementation l’impose44. La Convention de Bruxelles de 1924 stipule que le mot « marchandises » signifie, au regard de l’application de la convention, « biens, objets, marchandises et articles de nature quelconque, à l’exception des animaux vivants et de la cargaison, qui par le contrat de transport, est déclarée comme mise sur le pont et, en fait, ainsi transportée », ce qui implique que la marchandise chargée en pontée sans l’accord du chargeur reste soumise à la Convention de Bruxelles, au regard de laquelle ce procédé constitue une faute caractérisée. Lorsque la pontée est régulière, le transporteur peut éluder par avance sa responsabilité ou limiter sa dette de réparation soit, en transport 42 Droit Maritime – P. Bonassies ; C. Scapel – LGDJ, page 645. 43 JurisClasseur Transport – Cote 05,2003 – Fasc. 975 : Transport par conteneur, p 38-39. 40
  • 41. inter, par l’effet de l’article 30 de la loi française qui l’y autorise expressément, soit, en international, parce que la Convention de Bruxelles s’effaçant, le transporteur jouit de sa liberté contractuelle. Le transport en pontée des conteneurs donne toujours lieu à un abondant contentieux malgré la réforme apportée par la loi du 21 décembre 1979. Cette loi est venue modifier l’article 22 de la loi de 1966 en lui ajoutant un deuxième alinéa : « en cas de chargement de conteneur à bord de navires munis d’installations appropriées pour ce type de transport ». En pareil cas, le transporteur peut, sans commettre de faute, arrimer le conteneur sur le pont du navire, car le consentement du chargeur est supposé donné ». Cette loi a parallèlement modifié le texte de l’article 30 de la loi de 1966 en soumettant le transporteur maritime au régime de responsabilité de plein droit, sauf à faire preuve d’un cas excepté. Il en résulte que le transport d’un conteneur en pontée, sur un navire porte-conteneur, ne peut pas faire l’objet d’une clause limitant ou supprimant la responsabilité du transporteur, à la différence du transport d’un conteneur chargé sur un navire non aménagé en porte-conteneur. L’aménagement de la législation française a certes simplifié les problèmes posés par le transport en pontée de conteneurs sur les porte-conteneurs. Il demeure néanmoins beaucoup de contentieux sur la régularité de pontée. En premier lieu, le problème ressurgit lorsque le conteneur est transporté en pontée sur un navire qui n’est pas muni d’installations appropriées, ce qui est chose courante comme nous l’avant vu. Dans ce cas, l’acceptation du chargeur reste indispensable, mais la jurisprudence n’est pas très exigeante sur la preuve de cette acceptation. Ainsi, celle-ci n’a pas besoin d’être renouvelée à chaque expédition, si le chargeur est habitué à ce que ses marchandises soient chargées en pontée45. Pour contourner cette exigence, les transporteurs maritimes ont inséré dans leurs connaissements des clauses générales aux termes desquelles, « le transporteur est autorisé par le chargeur à placer les marchandises sur le pont du navire aux frais et risques desdites marchandises, sans être tenu d’aucun avis du chargeur ». De telles clauses n’ont pas toujours été très bien accueillies par les juges, la raison tenant au fait que 44 Art 22 loi du 18 juin 1966. 45 Cass. Com. 16 décembre 1965 – JCP G 66, II, 14634, note R. Rodière. 41
  • 42. les polices d’assurance facultés excluent très souvent de la garantie les cargaisons voyageant sur le pont. Il est donc primordial pour le chargeur de connaître le sort de sa marchandise afin d’en étendre éventuellement la couverture par le paiement d’un supplément de prime. Un second problème résulte d’un fait récemment discuté par la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence46 concernant le transport d’un conteneur en pontée sous couvert d’un connaissement au dos duquel était inscrite la clause ci-dessus citée mais soumis au régime de la Convention de Bruxelles. Le transporteur maritime a tenté de revenir sous le régime de la loi française qui connaît la présomption de consentement du chargeur à la pontée. Or, les juges n’ont pas suivis l’argumentation fondée sur le mutisme de la Convention en la matière et ont considéré que, non déclarée, la pontée était irrégulière et se retrouvait donc dans le champ d’application de la Convention de Bruxelles, donnant au transporteur la latitude d’invoquer les cas exceptés exonératoires de responsabilité : l’irrégularité de la pontée n’empêchant pas le transporteur de plaider victorieusement les cas exceptés dans la mesure où elle est sans lien causal avec le dommage. Un dernier problème a été soulevé par la Cour de Cassation dans un arrêt du 7 février 200647 : « Si le consentement du chargeur à un chargement en pontée est supposé donné en cas de chargement en conteneur à bord de navires munis d’installations appropriées, cette présomption ne s’applique pas au chargement en conteneurs ouverts. Commet une faute qui fait obstacle à ce qu’il soit déchargé en totalité de sa responsabilité à l’égard du chargeur le transporteur maritime qui place une marchandise en pontée sur des conteneurs de type plateau en l’absence de consentement du chargeur mentionné sur le connaissement. » 46 Cour d’Appel d’Aix-en-Provence, 30 novembre 2006 – BTL N°3161 29 janvier 2007. 47 Cass. Com, 7 février 2006, Navire Contship Germany – DMF Juin 2006 N° 671, p 499 - Note Y. Tassel. 42
  • 43. Cet arrêt est très sévère pour les transporteurs maritimes et les obligent en conséquence à demander l’avis du chargeur dans une telle hypothèse. L’arrêt est sévère en ce sens qu’il ne tient pas compte de la réalité du transport maritime : l’utilisation de conteneurs ouverts est dans la grande majorité des cas destinée au transport de marchandises hors-gabarit, ne pouvant être empotées dans un conteneur général. La sur-dimension de la marchandise oblige le transporteur maritime à l’arrimer sur le pont du navire dans la mesure où les cales ne peuvent recevoir une telle cargaison. La résultante en est que le transporteur ne peut, qu’à regret, se plier à la jurisprudence en demandant l’accord du chargeur pour le chargement en pontée de conteneurs ouverts, au risque s’il ne le fait pas de se voir condamné. Le régime du transport en pontée des conteneurs est donc soumis à certaines obligations selon la législation nationale et internationale. Un des cas autorisant la pontée aussi bien dans la loi française que dans la Convention de Bruxelles est celui des marchandises dangereuses. §2 Le transport en conteneurs de marchandises dangereuses. Les règlements internationaux et nationaux distinguent plusieurs classes de produits dans lesquels figurent les explosifs, les gaz comprimés ou liquéfiés, les liquides et matières inflammables, les peroxydes organiques, les matières toxiques infectieuses, radioactives et corrosives. Les risques d’explosions et d’incendies caractéristiques de ces produits imposent un conditionnement et un arrimage du conteneur particuliers. Le Code IMDG, Code Maritime International des Marchandises Dangereuses, adopté par la Résolution A 31 VI du 27 septembre 1965 de l’OMI, détermine, lorsqu’une marchandise relève d’une des classes de ce code, les conditions de son transport : emballage, étiquetage, arrimage à bord. Il appartient au chargeur 43
  • 44. d’indiquer la désignation officielle de la marchandise, sa classe et la page du code où la marchandise fait l’objet d’une fiche donnant toutes les prescriptions. Les produits dangereux font l’objet d’un chargement en pontée facilitant leur éventuel jet à la mer en cas d’incident. La règle primordiale à respecter en matière d’arrimage des matières dangereuses est le respect des incompatibilités entre certaines substances. Ces prescriptions réglementaires sont prises en compte dans les logiciels aidant à la réalisation du plan de chargement par le ship planner. Ainsi, les concepteurs de ces logiciels ont référencé la liste des marchandises dangereuses et un message d’avertissement apparaît à l’écran lorsque la position du conteneur ne correspond pas aux recommandations du code IMDG. Par ailleurs, il faut rappeler que les marchandises au chargement desquelles le transporteur n’aurait pas consenti s’il avait eu connaissance de leur nature dangereuse, inflammable ou explosive, peuvent être déchargées, rendues inoffensives ou même détruites et le chargeur peut être rendu responsable de tout dommage résultant directement ou indirectement de leur embarquement. Il suffit de considérer le cas du Hyundai Fortune pour prendre conscience des risques que constitue le transport de marchandises dangereuses par conteneurs. Le porte-conteneurs coréen Hyundai Fortune a été ravagé par les flammes, mardi 20 mars 2006, dans le golfe d'Aden, au sud des côtes yéménites. Plusieurs dizaines de conteneurs, situés derrière le château, on été ravagés par les flammes, une vingtaine passant par-dessus bord. Suite à l'accident, une zone de sécurité nautique avait été établie et des avis aux navigateurs lancés. L'incendie, qui s'est probablement déclenché dans les machines, s'est propagé à un chargement de feux d'artifices, provoquant une violente explosion. Présentant une brèche de 12 mètres dans la coque, le Hyundai Fortune avait été secouru par la frégate néerlandaise de Zeven Provincien. Les dommages au navire et à la cargaison ont été considérables et illustrent bien la problématique du transport par conteneurs de marchandises dangereuses et leur arrimage. 44
  • 45. Le transport en pontée des conteneurs est aujourd’hui incontournable et il a fallu adapter les systèmes d’arrimages afin de garantir la stabilité et la sécurité du navire et des marchandises transportées. SECTION 2 LES PROBLEMATIQUES DES SYSTEMES D’ARRIMAGE ET DE SAISISSAGE. Les systèmes de saisissage des conteneurs en pontée sont, en général, presque tous les mêmes : réalisés à partir de barres métalliques, de ridoirs et de twist-locks (§1). Ces systèmes d’arrimage ont évolué afin de garantir au maximum la sécurité des dockers lorsqu’ils arriment et désarriment les conteneurs, et d’autre part garantir un arrimage suffisamment résistant pour affronter les contraintes mécaniques auxquels sont soumis les conteneurs pendant le transport. Néanmoins, ces systèmes d’arrimage ont fait l’objet de critiques lors de désarrimages massifs. (§2) §1 Le materiel de saisissage. La conception des systèmes d’arrimage résulte d’une coopération entre le chantier constructeur, l’armateur et les fabricants de matériel. Elle dépend du nombre de couches de conteneurs et du poids des piles. La société de classification approuve ensuite le système et donne une marque spéciale dans la cote du navire. Le matériel de saisissage est conçu et réalisé par des entreprises spécialisées. Il est contrôlé avant la livraison par le fabricant et la société de classification. Jusqu’à ce stade, les marges de sécurité sont très strictement contrôlées. 45
  • 46. La norme, ISO 1161, Pièces de coin, forme la base des travaux très fructueux de l'ISO sur les conteneurs pour le transport de marchandises et de la réussite commerciale du concept de conteneur. C’est en effet ces pièces de con qui serviront au saisissage des conteneurs entre eux par des cônes doubles ou simples, verrouillable ou non48. Les cônes verrouillables sont appelés twist-locks. Pour des raisons de sécurité, l’utilisation des twist-locks semi-automatiques et automatiques est maintenant généralisée. Le matériel de saisissage à utiliser est spécifié par le manuel d’assujettissement. Le North of England, P&I Club, précise dans une de ses notes d’information : « It is mandatory requirement under SOLAS that a Cargo Securing Manual, which has been approved by the Administration, is provided on board. A booklet, Guidelines for the Preparation of the Cargo Securing Manual, was published by the IMO in 1997 to show how a manual should be arranged and what it should contain.” L’innovation des twist-locks automatiques et semi-automatiques a permis de sécuriser au mieux les conteneurs lorsqu’ils sont chargés en pontée. Cette avancée technique a aussi été saluée par les dockers, notamment les dockers australiens qui ont mené une campagne pour que tous les navires touchant le port de Sydney soient équipés de cette nouvelle génération de système de saisissage. En mettant en avant les multiples avantages de ces mécanismes, les syndicats ont obtenu des armateurs l’équipement de leurs navires de ce type de matériel : « Getting al ships to have semi-automatic twist-locks means our members safer and the job easier, so the union and the workers are happy. Productivity has improved so the stevedoring companies are happy. And the ship spent less time in port therefore paying less in charges, so the shipping companies are happy too.”49 48 Le détail des systèmes d’arrimage et de saisissage est présenté dans les annexes de cette étude. 49 Twist and Shout – Maritime Union of Australia: Workers Journal. 46
  • 47. Si ces matériels d’arrimage font la joie des dockers australiens, il est nécessaire de souligner que les systèmes de saisissage ne sont pas sans présenter certains défauts, dont peuvent résulter d’importants dommages. §2 Les défaillances des systèmes d’arrimage et de saisissage. La fiabilité du matériel d’arrimage et de saisissage, aussi performant soit-il, n’est pas imperfectible et a été remis en question par de nombreux acteurs du transport maritime. En effet, au stade de la conception des systèmes d’arrimage, les contrôles sont suffisants. Les choses se compliquent durant leur utilisation car la mise en place du saisissage est faite par les sociétés de manutention des terminaux. Le contrôle du saisissage est du ressort de l’équipage du navire. Les réductions d’effectifs, parfois le manque de qualification des équipages et la brièveté des escales font qu’il est matériellement impossible aux équipages d’exercer ce contrôle. Il n’est pas rare, en effet, de voir les équipes de saisissage débarquer alors qu’on commence à larguer les amarres. De plus, le nombre de pile augmente avec la taille des navires, actuellement huit, or les conteneurs n’ont pas tous la même hauteur. Les piles du haut, normalement destinées aux conteneurs vides, comportent souvent des conteneurs pleins. Cela modifie considérablement les efforts en haut de pile lorsque le navire roule et tangue, ce qui peut affecter la stabilité transversale de façon notoire50. Une autre problématique est celle du contrôle et de l’entretien régulier du matériel de saisissage. Une sentence de la Chambre Arbitrale Maritime de Paris a retenu à la charge de l’armateur un défaut d’entretien du matériel de saisissage et d’arrimage et relevé les négligences du bord dans le contrôle des opérations de chargement. Il a aussi été reconnu à la charge de l’affréteur des négligences dans la vérification du nombre des divers matériels de saisissage nécessaires pour satisfaire ses projets de chargement, et surtout, les multiples défectuosités constatées dans l’arrimage et le 47
  • 48. gerbage des conteneurs. En l’espèce, il s’agissait d’un navire « général cargo », aménagé en porte-conteneur, affrété à temps, qui lors d’une traversée de l’Atlantique Nord au mois de novembre a été confronté à une forte tempête. Le capitaine voyant la stabilité du navire compromise et la sécurité de la cargaison en danger, a décidé de faire demi-tour et de revenir au port de départ. Au cours de ce trajet retour, des conteneurs de l’une des travées sont tombés à la mer.51 Ce genre d’incident n’est pas rare et les lettres d’information des P&I Club regorgent d’exemples de ce type accompagnés de mises en garde et de conseils pour maintenir la sécurité de l’arrimage. Il est à noter qu’aux termes d’une information en date du 6 mars 2006, environ 400 à 500 conteneurs ont été recensés comme perdus à la mer au cours d’une vingtaine d’incidents. Un facteur commun semble être le fait que tous les navires impliqués utilisaient ce que l’on appelle des FAT « fully automatic twist-locks ». un examen du FAT de Mc Gregor, fabricant de ce système d’arrimage, semble indiquer que le système, accrochage par un point, utilisé par tous les FAT du marché, pourrait, lorsqu’il est utilisé avec des conteneurs sous tolérance ISO et certaines conditions, ne pas se verrouiller correctement, et de ce fait contribuer aux avaries. Le Germanisher Lloyd a donné des instructions de vérifier visuellement que les twist-locks en question soient réellement verrouillés sur chaque conteneur lors du chargement, ce qui peut être difficile ou onéreux à réaliser. Les FAT ont été retirés du marché par Mc Gregor afin d’éviter de nouveaux désarrimages et d’étudier les raisons de cette défaillance.52 Cependant, les systèmes d’arrimage et de saisissage ne sont pas toujours à blâmer en cas de désarrimage des conteneurs. En effet, comme le souligne le Standard Club, P&I Club, les conditions météorologiques d’une extrême violence que sont amenés à rencontrer les navires mettent à rude épreuve le matériel 50 Rapport d’étape – Transport de marchandises par conteneurs – Vigipol. 51 Sentence 1082 du 14 mars 2003 – CAMP. 52 Standard Club News – Automatic Twist Locks – Losses Continue - Container collapses prompt recall of automatic twist-locks – M. Grey, 21 mars 2006. 48
  • 49. d’assujettissement53. Aussi, même l’arrimage et le saisissage le plus soigneux et rigoureux, à l’aide d’un système neuf, ne résiste pas lorsque les mouvements du navire imposent des contraintes irrésistibles pour le conteneur et son arrimage. Le conseil que prodigue le club est alors destiné au Capitaine qui doit veiller à adapter la vitesse de son navire au mauvais temps et décider de changer de route s’il estime que la sécurité de l’expédition maritime est menacée. L’apport sécuritaire du conteneur pour les marchandises fait que les assureurs facultés accordent généralement des rabais lorsque les marchandises sont transportées par voie de conteneurs. Ce rabais consacre la contribution des assureurs maritimes à la prévention des avaries. D’après les spécialistes prés de 70% des avaries qui surviennent sont des avaries que l’on peut éviter on utilisant le conteneur. Ainsi, la généralisation de l’utilisation du conteneur, ne pourrait que réduire les risques d’avaries et par conséquent réduire les taux d’assurance. « Ce développement est accompagné de points positifs à la foi économiques, écologiques et assurantiels. Le conteneur permet une organisation multimodale totale et efficace avec des post et pré acheminements par voies ferroviaires et fluviales. Il en ressort un apport écologique évident car en utilisant le conteneur nous pouvons espérer réduire l’utilisation du transport par route au profit de modes de transport plus respectueux de l’environnement. En tant qu’assureur, nous avons pu observer une baisse importante des sinistres de fréquence. Les marchandises transportées par conteneur sont moins sensibles aux chocs, à la mouille et au vol. Au final, tous les agents économiques du monde du transport devraient donc se réjouir du développement de la conteneurisation. Mais là où 53 The Standard Club – Maritime Matters December 1999 – Cargo Claims – Lost containers. 49
  • 50. nous nous devons être plus vigilants c’est sur le risque catastrophique que peut entraîner la conteneurisation. Pourquoi un risque catastrophique ? 1°/ 60% des valeurs transportées dans le monde voyagent par mer, mais 2°/ ces valeurs se concentrent de plus en plus sur les mêmes navires, les portes conteneurs, 3°/ l’organisation hub and spokes entraîne une massification cascade des flux 4°/ et au final nous nous trouvons face à un maximum de valeur concentrée sur un seul navire : le méga porte conteneur qui a été alimenté par un nombre important de feeders. Face aux récents évènements de l’APL PANAMA (27 décembre 2005 avarie commune estimée à 75%) et du HYUNDAI FORTUNE (21 mars 2006), nous nous devons, en tant que deuxième assureur transport du marché français, de mettre en garde les chargeurs contre le risque d’avarie commune. A défaut d’une assurance facultés, vous devrez supporter seuls ces coûts. »54 Conscient des risques de toute expédition maritime, les acteurs de la chaîne de transport doivent apporter une attention particulière aux opérations d’arrimage, dont la mauvaise réalisation peut entraîner des dommages considérables. La répartition des responsabilités liées à une défaillance dans l’arrimage des conteneurs est différente selon que le transport est couvert par un contrat de transport, un connaissement, ou par une charte-partie d’affrètement. En outre, la perte des conteneurs à la mer est un phénomène qui a fait réagir les autorités publiques, qui tendent à durcir les contraintes imposées au transporteur. 54 La face cachée de la conteneurisation - Groupama Transport Newsletter Mai 2006. 50
  • 51. PARTIE 2 R E G I M E J U R I D I Q U E E T R E S P O N S A B I L I T E D E L ’ A R R I M AG E D E S C O N T E N E U R S. 51
  • 52. CHAPITRE 1 LA RESPONSABILITE DE L’ARRIMAGE DES CONTENEURS DANS LE CONTRAT DE TRANSPORT. Les contentieux en matière d’arrimage de conteneurs sont nombreux. En effet, il est fréquent que les conteneurs subissent des dommages lors des opérations de manutention ou encore lorsque le navire rencontre une tempête et que le conteneur se désarrime. Ces évènements peuvent atteindre uniquement le conteneur, en tant « qu’emballage » de la marchandise, mais bien souvent le contentieux nait de l’avarie subie par la cargaison chargée dans le conteneur. L’ayant droit à la marchandise, s’il a été diligent et a souscrit une assurance pour les marchandises transportées, obtiendra d’une manière générale le paiement des dommages subis par son assureur. L’assureur se chargera ensuite de récupérer les sommes par lui déboursées pour le règlement de l’avarie. La question se pose alors de savoir qui est responsable de l’avarie lorsque celle-ci résulte d’un vice ou défaut d’arrimage. L’arrimage des conteneurs est envisagé dans le contrat de transport. L’opération incombe alors impérativement au transporteur maritime. Tout dommage subi par la marchandise et par le conteneur par suite d’un défaut d’arrimage engage donc la responsabilité du transporteur (Section 1). Les règles internationales et nationales en matière de contrat de transport maritime ont tout de même aménagé ce régime de responsabilité automatique, en prévoyant d’une part des cas dans lesquels le transporteur maritime pourra être exonéré de toute responsabilité et d’autre part un plafond de réparation (Section 2). 52
  • 53. SECTION 1 LA RESPONSABILITE DE PLEIN DROIT DU TRANSPORTEUR MARITIME EN CAS DE DEFAUT D’ARRIMAGE DU CONTENEUR. Le contrat de transport maritime de marchandises est un contrat synallagmatique, imposant donc des obligations aux deux parties en présence. Dans le régime international et interne, les obligations du transporteur maritime en matière d’arrimage sont sans équivoques : le transporteur doit procéder de façon appropriée et soigneuse au chargement, à la manutention et à l’arrimage des marchandises (§1). De cette obligation, il résulte que dès lors que l’avarie provoquée par le défaut d’arrimage s’est réalisée alors que le conteneur était sous la garde du transporteur maritime, celui-ci supportera une responsabilité de plein droit. §1L’obligation de procéder de façon appropriée et soigneuse à l’arrimage des conteneurs. Aux termes du paragraphe 2 de l’article 3 de la Convention de Bruxelles de 1924, le transporteur, après avoir fait diligence pour assurer la navigabilité de son navire, doit procéder « de façon appropriée et soigneuse au chargement, à la manutention, à l’arrimage, au transport, à la garde, aux soins et au déchargement des marchandises transportées. » En droit interne, la transposition de cette obligation est à chercher dans l’article 38 du décret du 31 décembre 1966. Cette obligation a un caractère d’ordre public et s’applique à chacun des moments du transport, notamment la phase d’arrimage du conteneur. En tant qu’obligation personnelle du transporteur maritime, la faute commise par le capitaine pour n’avoir pas surveillé et contrôlé de « façon approprié et soigneuse » les opérations de chargement et l’arrimage sera analysée par les juges comme une faute du transporteur, le capitaine étant considéré comme un préposé du transporteur 53
  • 54. maritime. Le capitaine doit impérativement veiller à l’arrimage dans la mesure où la sécurité du navire est en cause. L’appréciation du caractère approprié et soigneux de l’arrimage sera fait au cas par cas par les juridictions en se référant aux pratiques du transport maritime et aux manuels d’arrimage se trouvant à bord de chaque navire. Si cette recherche met en évidence que le transporteur maritime n’a pas été diligent dans le respect de cette obligation, la responsabilité auquel il s’expose est une responsabilité de plein droit, automatiquement reconnue. §2 Le défaut d’arrimage des conteneurs et la présomption de responsabilité du transporteur. A Présomption de responsabilité et conteneur sous la garde du transporteur maritime. Lorsque le conteneur et/ou la marchandise ont subis une avarie au cours de leur transport, il appartiendra à l’ayant droit de la marchandise de démontrer que le dommage s’est réalisé alors que le conteneur était sous la garde du transporteur maritime. En effet, le transporteur maritime n’est pas nécessairement responsable lorsqu’une marchandise ou un conteneur est reçu endommagé par le destinataire. Il ne l’est que si le dommage est survenu pendant que la marchandise était sous sa garde. L’article 1 (e) de la Convention de Bruxelles précise que « le transport de marchandises couvre le temps écoulé depuis le chargement des marchandises à bord du navire jusqu’à leur déchargement du navire. » L’imprécision des notions de chargement et de déchargement permettent aux juges, au cas par cas, de fixer le début et la fin des opérations de transport maritime. L’article 15 de la loi de 1966 précise la période pendant laquelle le transporteur est considéré comme ayant la garde de la marchandise s’étend « depuis la prise en charge jusqu’à la livraison ». 54