Culture & Economie
Enjeux et opportunités pour
 les entrepreneurs culturels
      et créatifs en Belgique
Remerciements
Nous tenons à remercier les 213 personnes qui              n  ric
                                                             E       LOWIE, directeur, Green l.f.ant Music Company
ont accepté de répondre à l’enquête entre juillet
                                                           n  urélio
                                                             A     MATTERN, chanteur dans le groupe de
et septembre 2011. Par ailleurs, nous remercions
                                                             musique Lucy Lucy !
chaleureusement les personnes suivantes qui ont
accepté de répondre à nos questions lors des entretiens    n  livier
                                                             O      MAETERLINCK, directeur, Belgian
individuels :                                                Entertainment Association (BEA)
n Julian    ALVAREZ, consultant en serious game            n  atacha
                                                             N           MALOU, galeriste, Art Temptation
n  hibault
  T           ANDERLIN, directeur marketing, Forest        n  rédéric
                                                             F           MESEEUW, conseiller institutionnel, BOZAR
  National
                                                           n  n
                                                             A     MOONS, chercheuse au CultuurLab, IBBT/SMIT
n Delphine     BEKAERT, galeriste, Hoet-Bekaert
                                                           n  ean-François
                                                             J                 NIVART, Fondateur d’intoPIX
n  ernard
  B        BOON-FALLEUR, président du Réseau des
                                                           n  e
                                                             M  Philippe PETERS/Me Patrice VANDERBEEKEN,
  arts, Bruxelles
                                                             avocats spécialisés dans la propriété intellectuelle,
n  ylvie
  S    BOUFFA, CEO Talking French  Flemish, Inc.,           NautaDutilh
  New York
                                                           n  arie
                                                             M    POK, coordinatrice Design September et
n  ulie
  J     BRUNEL et Jean-Louis DE RIDDER, président            rédactrice en chef à La Libre essentielle Focus
  de l’Union des Designers belges (UDB)
                                                           n  arie-Chantal
                                                             M                 REGOUT, fondatrice, Rue Blanche
n  uzana
  S      CAMPO-GRANDE, conseillère en innovation,
                                                           n  aren
                                                             K         RENDERS, directrice, Art Brussels
  Fedustria
                                                           n  avid
                                                             D         ROULIN, associé, architecte, Art  Build
n  irginie
  V           CIVRAIS, directrice, fonds ST’ART Invest
                                                           n sabelle
                                                             I         SCHMITT, directrice des relations
n  uc
  L   COLLIN (BATEM), dessinateur de la BD
  Marsupilami                                                institutionnelles ; Dirk VAN SOOM, directeur
                                                             opérationnel perceptions et répartitions individuelles ;
n  ulie
  J        CONSTANT, Fair Manager, Affordable Art Fair       Saldavor FERREIRA, account manager arts plastiques
n  ierre
  P         COLLIN, administrateur-gérant, cluster TWIST     et littérature, SABAM
                                                           n  enoit
                                                             B          SIMON, fondateur, Vivanova
n  aul
  P   CORTHOUTS, directeur, Overleg
  Kunstenorganisaties                                      n  irk
                                                             D       SNAUWAERT, directeur, centre d’art WIELS
n  eorges
  G       DANTINE, architecte d’intérieur et fondateur     n  enis
                                                             D        STEISEL, CEO, Emakina
  de RAVIK Design
                                                           n  nya
                                                             E        VANDENHENDE, créatrice de mode
n  iet
  P       DE KONINCK, directeur artistique, Studio 100
                                                           n  ony
                                                             R    VANDERMEERSCH, directeur, atelier de
n  arie-Laure
  M             DELABY, coordinatrice, iMAL (center for      confection Celesta
  digital cultures  technologies)
                                                           n  aul
                                                             P       VAN HAVER (Stromae), auteur-compositeur
n  hilippe
  P           DELABY, dessinateur de la BD Murena
                                                           n  an
                                                             J       VAN LOOY, senior researcher, IBBT
n  rançois
  F      DELPIERRE, directeur artistique, et Marc
  MEURISSE, CEO, Belle Productions                         n  an
                                                             J       VAN MOL, Fondateur, Addict Lab
n  ik
  R      DE NOLF, CEO groupe Media Roularta                n  eert
                                                             G   VAN DER HASSELT et Katya VAN DER
                                                             HASSELT, manager et chanteuse
n  rnaud
  A           DE PARTZ, co-fondateur de Banque dessinée
                                                           n  annes
                                                             H          VAN SEVEREN, artiste contemporain
n  uc
  L       DESHAYES, créateur de lingerie de luxe
                                                           n  armelo
                                                             C           VIRONE, directeur, bureau d’études SmartBe
n  ominique
  D              DE VILLEGAS, directeur de la maison
  Horta                                                    n  arlo
                                                             C     VUIJLSTEKE, directeur de projet sur les
                                                             industries créatives, Flanders DC
n  éborah
  D            DRION et Cédric LEGEIN, CEO, Cook 
  Book                                                     n  livier
                                                             O          WILLOCX, administrateur-délégué, BECI
n  elphine
  D        DUPONT et Flore VAN RYN,
  administratrices, Face to Face design                    Nous remercions aussi les structures de soutien aux
                                                           industries créatives et culturelles qui nous ont aidé dans
n  regory
  G           GOEMAERE, fondateur, AKA music               la diffusion de notre enquête en ligne :
n  aurent
  L           GRUMIAUX, directeur, Fishing Cactus          n  WIST,
                                                             T        Modo Brussels, WCC-BF, ASBL artistes
n  rançoise
  F        GUERIN et Monika RAHMAN, fondatrices,             contemporains, réseau Artistes Belges, Point Contact
  Cookie Therapy                                             Culture, WBI (musique, image, architecture, théâtre/
                                                             danse, mode/design), l’AEB, l’UDB, Mowda, De
n  e
  M Michel GYORY, avocat, professeur HEC Liège,              Invasie, Pepibru, Mowda, CEBEDEM, BUP, ACC, IAB,
  membre du collège d’autorisation et de contrôle au         FEBELMA, AZIMUT, Cinergie.be, FAB, Creative Club,
  CSA                                                        SmartBe, Codefrisko, Artistproject, Rydesigners,
n  aniel
  D    HANSSENS, comédien, directeur de la                   SABAM...
  Comédie de Bruxelles
n  odolphe
  R             JANSSEN, galeriste, Galerie Rodolphe       Ainsi que :
  Janssen                                                  n  lain
                                                             A        HEUREUX, Managing Director, The Egg
n  lexandra
  A          LAMBERT, directrice du Centre du Design
  et de la Mode, Bruxelles
                                                           Les auteurs de l’étude KURT SALMON :
n  enny
  L         LELEU, créatrice de mode
                                                           n  nne
                                                             A    MAGNUS, Alexandre MOENS, Adeline d’URSEL,
n  icholas
  N           LEWIS, éditeur en chef, The WORD               Vincent Fosty et Luc Moeremans
Avant-propos
La culture, économie ancienne, est entrée depuis
10 ans dans un nouveau paradigme, qui l’oblige à
se réinventer rapidement.
D’abord, la culture est devenue globale.
L’économie de marché marque toujours plus
fortement son empreinte sur la culture. Le bien
culturel reste un bien différent mais il change de
nature : l’œuvre artistique devient aussi com-
merciale avec des logiques inspirées du secteur
privé (ROI, investissement, positionnement mar-
keting…). La nature des biens et services cultu-                         Table basse magnétique « Belgique », ©Raphaël Charles,
rels est double : culturelle et économique. L’art                                collection privée du Prince Philippe de Belgique.
contemporain par exemple, est devenu un art en
quête constante de singularité dans un monde
sans frontières, et un objet de spéculation finan-
cière dans une économie turbulente.                          n’est pas suffisant. Les conditions-cadre de l’épa-
Ensuite, la révolution numérique : avec 1,6 milliard         nouissement de l’écosystème créatif doivent être
d’abonnés à Internet à travers le monde, un mil-             en place. En clair, les politiques publiques qui tou-
liard de GSM, et toujours plus de smartphones,               chent au secteur culturel (culture, enseignement,
elle affecte la manière dont nous produisons et              économie, tourisme, commerce international)
consommons la culture. Internet permet certes                sont à coordonner et adapter aux besoins de ces
d’acheter en ligne un infini de biens culturels              entrepreneurs.
(musique, livre…), mais aussi d’interagir et de              L’heure est à l’action. 75  % des entrepreneurs
financer les créateurs de leur choix.                        créatifs en Belgique que nous avons interrogés,
Enfin, les révolutions arabes, les crises financières,       pensent que l’industrie culturelle et créative est
sociales, institutionnelles impactent la culture.            un secteur d’avenir, mais tout juste 51  % d’entre
Jamais en Europe la culture n’a tant été sous                eux pensent que la Belgique est un très bon pays
tension, menacée de coupes budgétaires sévères.              pour entreprendre dans ce secteur.
Jamais la culture n’a tant été au centre des                 En 2009 et 2010, Kurt Salmon avait choisi
espoirs d’une nouvelle Renaissance de l’Europe.              d’étudier pour le Forum d’Avignon les liens
Les industries culturelles et créatives offrent une          entre culture et attractivité des territoires dans
réponse à la crise, parce qu’elles permettent de             50  villes des 5  continents. En 2011, nous avions
stimuler la créativité, les savoir-faire, l’innovation       choisi d’investiguer les modèles de décision liés
dans toute l’économie, de créer des emplois, d’ali-          à l’investissement dans un projet culturel sur la
menter la rénovation urbaine, le « place-making »,           base d’entretiens de près de soixante décideurs
et le lien social.                                           publics et privés, de porteurs de projet, d’artistes
Dans ce contexte complexe, fluctuant, fluide,                et de créateurs, mais aussi d’experts, mobilisés
comment pouvons-nous mieux aider les indus-                  autour d’un investissement de nature «  cultu-
tries culturelles et créatives (ICC) en Belgique  ?          relle » (infrastructure, événements industries…) et
Avec le souci de l’accès à la culture au plus grand          confrontés à un moment ou un autre à cette prise
nombre et le respect de la diversité culturelle  ?           de décision en Belgique et à travers le monde.
Quelles sont les responsabilités du secteur public,          En complément de ces travaux, la présente étude
des associations professionnelles, du secteur                se propose de mettre en exergue les défis quo-
privé, et des publics pour soutenir l’économie               tidiens et les besoins des entrepreneurs belges
mauve ?                                                      des industries culturelles et créatives, au-delà
En commençant peut être par mieux reconnaître                de leurs différences sur quatre volets  : l’acquisi-
la nécessaire dimension entrepreneuriale des                 tion des compétences entrepreneuriales, l’accès
métiers de la création. Entreprendre en culture              au financement, l’innovation et sa protection, et
est une aventure merveilleuse qui nécessite du               l’internationalisation.
talent d’abord, de la chance ensuite. Mais cela              Bonne lecture.




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Sommaire

L’économie mauve : vers une
reconnaissance des industries
culturelles et créatives
La culture est au cœur du développement
durable. Elle est source de cohésion sociale
et territoriale. Plus encore, elle contribue au
développement économique, à l’innovation
                                                               6
et à l’emploi. Les industries culturelles et
créatives alimentent et régénèrent des
industries traditionnelles et de pointe, dans
la création de contenus, de produits et de
services à forte intensité de connaissances.

7   Que sont les industries culturelles et créatives ?
8   La culture, arme anticrise ?
9   Objectifs de l’étude
9   Méthodologie et partis pris de l’étude




                                               Les industries culturelles et créatives
                                               belges : les entrepreneurs témoignent
                                               Quelles sont les forces et les faiblesses des
                                               industries créatives et culturelles belges?
                                               Si l’avenir est à l’optimisme, les défis rencontrés
                                               par les entrepreneurs sont nombreux et
                                               partagés quelque soit le secteur.

                                               12    Constats généraux
                                               14    Made in Belgium : la Belgique, un vivier de talents
                                                     et de créativité
                                               16 Formation à l’entrepreneuriat culturel




               12
                                               19 L’accès au financement
                                               22 Innovation
                                               27 Les industries créatives et culturelles à l’international




                                                 4
Nouveau monde, nouvelles idées
Les pistes de réflexion de Kurt Salmon
pour ouvrir le débat.

30   Mieux connaître l’économie créative et
                                                        30
     culturelle et évaluer en continu les actions
     de soutien
31   Rassembler les forces vives des industries
     créatives et culturelles




                   33                                   Annexes
                                                        Trois focus sur les industries
                                                        créatives et culturelles belges :

                                                        34 Le marché de l’art : un marché
                                                             qui traverse la crise
                                                        36   L’industrie du gaming en
                                                             Belgique : un secteur créatif
                                                             émergent aux opportunités
                                                             à objectiver
                                                        38   L’industrie de la mode en
                                                             Belgique : un atout fragilisé




                                                    5
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique




L’économie mauve : vers une
reconnaissance des industries
culturelles et créatives
La culture n’est pas une bulle à part. Jusqu’il y
a 10 ans, le secteur artistique et culturel était          The concept of creative entrepreneurship
perçu comme une partie de la politique sociale,            goes far beyond a CEO running to the opera,
secondaire en termes d’économie et de marché               visiting a coincidental art exhibition, or pain-
de l’emploi. La culture relevait de l’exception,           ting a sunset over the weekend. Not that
incompatible à l’analyse des critères économiques          that won’t help, since running a business
                                                           requires eye openers all the time.
standards.
                                                           Creativity is not about art. It’s about human-
Désormais, on parle d’économisation de la                  kind finding solutions that weren’t there at
culture et d’esthétisation des biens de l’économie         first sight. Hence, creativity can be found in
traditionnelle. Cette perméabilité, poussée par le         all human activities. We just have to identify
développement rapide de la numérisation et la              what created the mental spark that made it
forte progression de la demande des ménages et             the right idea for that specific target.
des sociétés en produits et services culturels, a          In times of economical turmoil, standing still
fait émerger les industries culturelles et créatives       is just not an option. It’s in those circums-
(ICC).                                                     tances the industry needs to think out of the
                                                           box, and look for unexpected answers.
                                                           That is why a direct link between culture
                                                           and commerce is so much needed. Since we
                                                           should learn from each other, creative thin-
                                                           king can lead to art. But it can also lead to
                                                           innovation.
                                                           One can’t change the world while being an
                                                           artist sitting on a cloud. Together with entre-
                                                           preneurs, new ideas can turn into vision, and
                                                           once implemented, to sustainable change.
                                                           That is how we move forward.
                                                           Jan Van Mol, CEO Addict Lab




                                                       6
l  ue sont les industries culturelles et créatives ?
  Q
La culture est une matière vivante en constante
réinvention. Sans renier l’importance des dis-
ciplines classiques (peinture, musique, littéra-
ture, théâtre…), tous les experts notent que de
nouvelles disciplines se voient régulièrement
intégrées au champ des ICC. Une définition
des ICC peut être trouvée dans une étude réa-
lisée en 2006 pour le compte de la Commission
européenne :
n  es industries culturelles : pour ces industries,
  L
  la culture constitue le produit final qui peut
  être consommé sur place (ex. : un concert, une
  exposition d’art) ou destiné à la reproduction/
  consommation de masse (ex. : un livre, un film).
  Dans notre étude, les segments «  culturels  »
  retenus sont les suivants  : presse écrite (livre
   presse), les arts du spectacle, les arts visuels
   artisanat d’art, l’audiovisuel, la musique, et le
  patrimoine.
n  es industries créatives  : pour ces industries,
  L
  la culture (les traditions, les symboles, les
  textes, etc. d’un groupe socioéconomique) ali-              2000. La consécration est venue en 2009,
  mente le processus de production d’un produit               lorsque l’UNESCO a inscrit cette activité dans
  « créatif ». Dans notre étude, nous retiendrons             le périmètre de ses statistiques culturelles.
  le design, l’architecture, la mode, la publicité,
  les nouveaux médias, et les jeux vidéo.                   n  ne révolution technologique  : les nou-
                                                              u
                                                             velles possibilités technologiques (animation
Les produits dits de l’économie mauve se dif-                3D, réalité augmentée, motion capture, slow
férentient par leur valeur symbolique, esthé-                motion, NFC…) ouvrent des terrains d’expé-
tique, et communautaire. Les smartphones ou                  rimentation aux créatifs, pour répondre à la
tablettes incarnent à merveille la rencontre                 demande en contenus de plus en plus interac-
entre une technologie avancée, dont le coût de               tifs et personnalisés ou aux nouveaux usages
production est désormais relativement faible,                liés par exemple à la mobilité (avec les smart-
et du design épuré. Ce design créé de la valeur              phones, par exemple).
ajoutée économique et une expérience – client
affirmée comme un accessoire de mode, un                    n  ne révolution financière : les modèles écono-
                                                              u
style de vie.                                                 miques traditionnels des ICC sont bousculés
                                                              par l’essor du téléchargement légal et illégal
L’essor du numérique a déplacé les frontières de              qui annonce la disparition possible des sup-
la culture en ouvrant la voie à trois révolutions :           ports physiques et doivent se réinventer pour
n  ne révolution artistique  : de nouveaux
  u                                                           capter de nouvelles sources de financement.
  champs de création (jeux vidéo, cinéma 3D,                De nombreuses politiques nationales et régio-
  arts numériques, web design…) sont nés avec               nales en faveur de l’économie créative ont vu
  l’avènement du numérique. Par conséquent,                 le jour depuis une dizaine d’années à travers
  de nouveaux emplois se développent croisant               le monde. Mais l’évaluation de leurs impacts
  les savoir-faire artistiques et informatiques. Le         qualitatifs et quantitatifs (en termes d’emplois,
  secteur du jeu vidéo est passé du statut d’in-            de créations d’entreprises et de contribution
  dustrie du divertissement à un statut d’indus-            au PIB) reste délicate. La délinéation statis-
  trie culturelle, à partir de la moitié des années         tique des activités économiques et de l’emploi



                                                        7
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



culturel varie selon les définitions retenues                Nonobstant ces difficultés méthodologiques,
par les pays, les métropoles ou les organismes               les ICC sont auscultées avec de plus en plus
supranationaux. L’absence de mise en œuvre                   d’intérêt en Grande-Bretagne, en Allemagne, en
d’un schéma de comparabilité internationale en               région Ile-de-France, en Flandre, en Chine, au
est la cause.                                                Danemark, en Australie, etc.



l  a culture, arme anticrise ?
  L
Economiquement, l’empreinte de la culture                    fondée sur la connaissance et l’innovation. Les
s’amplifie en Europe                                         ICC sont identifiées comme un secteur capable
                                                             de rencontrer cet objectif car elles représentent
La culture est au cœur du développement
                                                             une grande source de créativité et d’innovation,
durable. La culture est source de beauté, de dia-
                                                             dans toutes ses formes. Les ICC alimentent et
logue. L’économie créative crée et enrichit, de
                                                             régénèrent des industries traditionnelles et de
manière non quantifiable, le lien social, l’identité
                                                             pointe, dans la création de contenus, de produits,
et l’attractivité des territoires qui les accueillent.
                                                             et de services à forte intensité de connaissances.
Elle est écologique au sens où elle consomme
                                                             Les ICC ouvrent de nouveaux horizons sur de
peu de matières premières. Enfin, elle contribue
                                                             nouveaux biens et services ou transforment des
au développement économique, à l’innovation,
                                                             produits mâtures plus beaux, plus intelligents,
et à l’emploi, de l’artisanat d’art à la culture
                                                             parfois plus chers.
numérique.
Le rapport sur les industries créatives 2010 publié
                                                              Les huit filières du secteur culturel et leurs
par la Conférence des Nations Unies sur le com-
                                                              liens et capilarité avec les autres secteurs
merce et le développement évalue la croissance
                                                              économiques
annuelle mondiale dans ce secteur à 14  % entre
2002 et 2008. En 2008, le secteur employait
3,8 % de la population active totale de l’UE soit                                                          Bâtiment
                                                                                     Urbanisme
environ 8,5 millions de personnes, c’est-à-dire plus                                                             Hôtellerie
que les populations actives réunies de la Grèce et                          Génie civil
                                                                                                                    Restauration
de l’Irlande ! La valeur ajoutée du secteur prend                                                          Patrimoine
                                                                                          Architecture
aussi de l’ampleur  : il représente 4,5  % du PIB               Automobile                Architecture,
                                                                                                           Archéologie,
                                                                                                           musées,
                                                                                                                                   Croisièrisme
                                                                                           paysagisme
de l’UE. C’est plus que l’industrie des produits                                                     …
                                                                                                           monuments,
                                                                                                           restauration
chimiques, du caoutchouc et du plastique (2,3 %).                           Design
                                                                            et services
                                                                                                           …               Spectacle
                                                                                                                              vivant
                                                              Emballage                                                                  Transport
Entre 2002 et 2008, l’Europe a été le plus gros                             créatifs                                Concert, festival,
                                                                            Stylisme, graphisme…                     danse, cirque…
exportateur de produits culturels et créatifs, et la
Belgique s’est placée dans le Top  10 des expor-                          Audiovisuel et médias                           Arts visuels
                                                                          Cinéma, vidéo, radio,                            Sculpture,
tateurs de produits créatifs et culturels des pays                        télévision, disques,                          photographie,
                                                                                                                                         Publicité
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développés. En Flandre, près de 70  000  per-                   Télécom                          Livres,   orphèvrerie,    peinture…
                                                                                          bibliothèque,    haute couture,
sonnes sont actives dans les ICC, ce qui repré-                                             archivage…     maroquinerie,              Communi-
                                                                                                           ébénisterie…                cation
sente près de 3 % de son PIB.                                                                  Edition
                                                                                              et livres Métiers d’arts
La culture engendre aussi des effets de levier                                                                       Prêt-à-porter
considérables sur les territoires. C’est ce que                                   Education
souligne, par exemple, l’analyse économétrique                                                             Ameublement
menée en 2011 pour le Forum d’Avignon par le
cabinet Tera Consultants à partir de la base de
données constituée en 2009 et 2010 par Kurt
Salmon pour un panel international de 47  villes             Pour maximiser ce potentiel, le Livre Vert « Libérer
de 21  pays. Cette analyse démontre qu’une                   le potentiel des industries culturelles et créatives »
augmentation de 10  % de dépense culturelle                  publié par la Commission européenne en avril
par habitant de la ville, soit 18,6  €, génère une           2010, précise qu’il est indispensable de renforcer,
augmentation de PIB par habitant de 1,7  %, soit             à tous les niveaux de pouvoir, l’appui à l’économie
625,4 €.                                                     culturelle en tissant les liens entre culture, éco-
                                                             nomie, monde académique, recherche, tourisme,
Institutionnellement, les politiques                         city-marketing, et secteurs publics.
culturelles et économiques doivent
                                                             Cependant, la réalité du budget européen 2007-
se rapprocher pour innover davantage
                                                             2013 est là : 0,04 % budget européen est alloué
La culture pense l’impensé, le monde de demain.              à la culture. A cela s’ajoute 1,6 % des fonds struc-
La Stratégie Europe 2020, feuille de route de                turels qui sont destinés à des projets culturels.
l’UE pour la décennie en cours qui vise à engen-             Pour ce qui concerne l’audiovisuel : 750 millions
drer une croissance intelligente, durable et inclu-          sont prévus pour le programme Media et 15 mil-
sive dans l’UE, entend développer une économie               lions pour le programme Mundus.



                                                         8
L’un des grands objectifs du prochain pro-                  entendent bien conquérir ce champ aussi en se
gramme cadre « L’Europe créative » (2014-2020)              professionnalisant et en se diversifiant rapide-
de la Commission européenne sera précisé-                   ment (cinéma, mode, animation, gaming…).
ment de convaincre les Etats membres d’adop-
                                                            Dans ce contexte porteur mais incertain, la
ter une augmentation de + 37 % pour la culture
                                                            culture voit apparaître de nouveaux investisseurs,
et l’audiovisuel par rapport à la période 2007-
                                                            de nouveaux types de projets de territoire, des
2013 (soit 1,6  milliard d’euros du budget de la
                                                            partenariats public-privé d’une ampleur inédite,
Commission) et de renforcer la compétitivité des
                                                            des politiques culturelles nationales redéfinies
secteurs culturels et créatifs. Le but : mieux aider
                                                            malgré des budgets sous tension…
les entreprises de ces secteurs à affronter la
concurrence internationale et être plus présentes           Concrètement, travailler et investir dans le
sur la scène mondiale. Si l’Europe a un avantage            domaine culturel et créatif devient une affaire
concurrentiel fort dans les ICC par rapport au              de professionnels en Europe. Qu’en est-il en
Brésil, à la Russie, l’Inde ou la Chine, ces derniers       Belgique ?



l  bjectifs de l’étude
  O
La présente étude vise à offrir une meilleure                 défis se posent à eux  : les compétences en
compréhension du fonctionnement et des                        termes de création d’entreprises, l’accès au
besoins des entreprises du secteur culturel et                financement, l’innovation et sa protection, et
créatif en Belgique. L’intention n’est pas de pré-            l’internationalisation des activités ;
senter un panorama exhaustif des filières ou une            n llustrer les enjeux belges par des regards inter-
                                                              i
analyse statistique des ICC belges.                           nationaux et formuler des pistes de réflexions
                                                              visant à renforcer les industries créatives cultu-
Concrètement, l’étude entend :                                relles dans leur ensemble ;
n  pporter un nouveau regard sur les défis trans-
  a                                                         n  tudier de manière plus approfondie les dyna-
                                                              é
  versaux, récurrents, et communs à tous les                  miques de trois segments de l’économie cultu-
  entrepreneurs créatifs et culturels en Belgique,            relle belge  : le marché de l’art, les jeux vidéo
  en allant à leur rencontre, sur le terrain. Quatre          (serious game), et la mode.



l  éthodologie et partis pris de l’étude
  M
L’étude s’appuie sur une démarche méthodolo-
gique en deux volets :
n  ne analyse quantitative grâce à une enquête
  u
  en ligne ouverte de juillet à mi-octobre 2011.
  Au total, 213  entrepreneurs (129  hommes et
  84  femmes) issus des 12  segments des indus-
  tries culturelles et créatives en Belgique y ont
  répondu. Les deux tiers de ces entreprises ont
  été créés après l’an 2000 ;
n  ne analyse qualitative menée auprès d’une
  u
  soixantaine d’entrepreneurs des ICC des
  3  régions de Belgique (des artistes, des
  employés de sociétés de protection de droits
  d’auteur, des directeurs de musées, des
  investisseurs privés, des indépendants, des
  entrepreneurs ICC…) et une revue de la biblio-
  graphie internationale sur l’économie culturelle.
  Vous trouverez la liste des entretiens à la page            statistique claire des industries culturelles
  des remerciements et une bibliographie des                  et créatives dans leur ensemble. Il n’y a pas
  sources utilisées en fin d’étude.                           de chiffres officiels concernant le poids de
                                                              l’économie créative en termes d’entreprises,
Précisément, les partis pris de l’étude Kurt
                                                              d’emplois, de contribution au PIB. Le système
Salmon sont les suivants :
                                                              statistique existant ne prend pas objectivement
n  ’analyse statistique a été écartée par précau-
  L                                                           en compte un périmètre des ICC pertinent, qui
  tion intellectuelle. A ce jour, la Belgique n’a             doit inclure le système de l’intermittence et du
  pas de définition nationale, ni de nomenclature             poly-emploi, et résoudre des incohérences du



                                                        9
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique




• Les partis pris métodologiques
  

                 Entrepreneurs belges                              Champ culturel et créatif

     • ndépendants/artistes
       I                                          •  esign
                                                    D                                  •  ouveaux médias
                                                                                         N
     •  icro entreprises
       M                                          •  rchitecture
                                                    A                                  •  resse écrite
                                                                                         P
     •  ME
       P                                          •  rts du spectacle
                                                    A                                  •  ode
                                                                                         M
                                                  •  ublicité et communication
                                                    P                                  •  udiovisuel
                                                                                         A
     •  randes entreprises
       G
                                                  •  atrimoine
                                                    P                                  •  aming
                                                                                         G
                                                  •  rts visuels et artisanat d’art
                                                    A                                  •  usique
                                                                                         M


                     Défis communs                                   Approche bottom-up

     •   E
          ntreprenariat                          • Enquête en ligne bilingue destinée aux entrepreneurs
     •    inancement
         F                                        • Interviews avec entrepreneurs et experts
     •   nnovation
         I                                        • Etude documentaire et benchmarking
     •   nternational
         I                                        • Focus sur l’art contemporain, la mode, le gaming




  droit. La nomenclature NACEBEL de l’ONSS                  intercommunautaire. Les politiques de soutien
  est très peu adaptée aux « réalités du terrain »          aux ICC spécifiques à chacune des régions
  des différents segments des ICC.                          et communautés linguistiques ont été prises
                                                            en compte pour les variables explicatives, si
 De plus, quand les données statistiques sur                besoin.
 un secteur existent, elles datent souvent de
 2007/2008 (avant la crise), avec un décalage              n  e périmètre retenu des industries culturelles
                                                             L
 temporel parfois différent par code NACEBEL.               et créatives (ICC) s’inscrivant dans la lignée
 Dans la mode, par exemple, si l’on prend en                des dernières études internationales (Unesco,
 compte tous les codes NACEBEL qui se rap-                  Commission européenne, Grande-Bretagne,
 portent à la création, la production et la distri-         Allemagne, Flanders DC…), nous parlerons
 bution de produits de mode au sens large, on               délibérément des «  industries culturelles et
 constate que le périmètre de la mode défini par            créatives  ». Les ICC comprennent les seg-
 les codes NACEBEL englobe des « segments »                 ments suivants  : design, architecture, arts du
 non créatifs ou culturels, en l’occurrence la              spectacle, publicité, musique, patrimoine, arts
 « préparation de fibres textiles et filature » ou          visuels et artisanat d’art, nouveaux médias,
 des succursales assez éloignées de la création             presse écrite (livre et presse), mode, audiovi-
 (HM, Inno…). L’ONSS retient 46  170  emplois              suel et jeux vidéo. Ces activités reposent sur
 plein temps dans la mode belge en 2010, alors              des valeurs culturelles et/ou des expressions
 que l’association professionnelle belge Crea               artistiques et créatives, et font potentiellement
 Moda n’en retient que 15 000.                              appel à la propriété intellectuelle.

 La Belgique illustre donc parfaitement la diffi-           Les activités des entreprises des ICC retenues
 culté que représente l’objectivation du poids              dans l’étude ont une valeur marchande et sont
 socio-économique de la culture. Le fait de                 positionnées dans la chaîne de valeur du cycle
 considérer les activités culturelles et créatives          culturel  : la création, la production, la diffu-
 comme un secteur économique à part entière,                sion ou la préservation de biens et de services
 a longtemps fait l’objet d’un tabou (« l’art pour          incorporant des expressions culturelles, artis-
 l’art  »). La culture et l’économie fonctionnent           tiques ou créatives.
 encore largement en silos, et la coordination              A l’heure actuelle, la gastronomie est exclue du
 des priorités et actions politiques de soutien             champ, même si elle comporte une dimension
 en faveur des ICC entre les régions est quasi              créative reconnue à travers le monde et tout
 inexistante. Rien qu’en Région de Bruxelles-               à l’honneur de la Belgique (chocolats «  haute
 Capitale, 42  responsables politiques gèrent               couture  » de Pierre Marcolini, les biscuits de
 des lignes budgétaires dédiées à la culture. La            Stephen Destrée, ou encore l’art de la fête du
 culture est une compétence des communautés,                traiteur Lauriers…).
 des régions, des communes, sans compter le
                                                           n  ne démarche de terrain à la rencontre de
                                                             U
 Ministre en charge des affaires économiques.
 Toutes ces instances opèrent sans cellule de               l’entrepreneur créatif et culturel  : pendant
 coordination entre la communauté flamande et               4 mois, Kurt Salmon a fait le choix de rencon-
 française.                                                 trer, d’écouter les entrepreneurs eux-mêmes,
                                                            de comprendre leur quotidien, et de travailler
n  ’échelle de la Belgique : indépendante, l’étude
  L                                                         sur la base de leurs témoignages. En complé-
  Kurt Salmon prend le parti pris de couvrir les            ment, des associations professionnelles, des
  trois régions belges, nonobstant le contexte              experts et acteurs de l’écosystème des ICC ont
  politique et la concurrence/l’émulation                   été interviewés.



                                                      10
Quelle est votre activité principale ?

    Arts visuels  Artisanat d’art
                     Audiovisuel
      Publicité  Communication
                    Architecture
               Arts du spectacle
               Nouveaux médias
                            Mode
                          Design
    Presse écrite (livre  presse)
                         Musique
                         Gaming
                      Patrimoine
                                     0   2,5        5         7,5       10        12,5    15        17,5        20 %



L’année fiscale précédente, quel était le chiffre d’affaires de votre entreprise ?


                    à 50 000 €
        de 50 000 à 500 000 €
  de 1 000 001 à € 5 000 000 €
    de 500 001 à € 1 000 000 €
  de 5 000 001 à € 50 000 000
               à 50 000 000 €
                                  0            10               20               30            40               50   %



Nous reconnaissons que le terme d’entrepre-                   Où se situe votre siège social ?
neur est parfois mal accepté par certains, réti-
cents à parler de la dimension économique et
                                                                            3%
commerciale de l’organisation ou gestion de
leurs activités créatives. Un entrepreneur est                       21 %                           Bruxelles
une « personne qui veut et qui est capable de
                                                                                   42 %             Flandre
transformer une idée ou une invention en inno-
vation réussie » (J. Schumpeter), car ce dernier                                                    Wallonie
est guidé par son enthousiasme, par sa capacité                       34 %                          International
à avoir une vision, en prenant des risques. Plus
précisément, un entrepreneur créatif et culturel
« créé ou commercialise un produit ou un service
culturel ou créatif et qui utilise des principes
entrepreneuriaux pour organiser ou gérer son                   de soutien à la culture (Star’t, Culturinvest…),
activité créative d’une manière commerciale ».1                les organismes de redistribution/régulateurs, les
                                                               associations professionnelles, ou les structures
Le panel de l’enquête en ligne couvre les trois                étant subventionnées à plus de 50 % (musées,
régions, à proportions comparables. Les entre-                 RTBF/VRT, certains théâtres…).
prises retenues, au-delà des différences de
statut juridique, ont une activité commerciale
déclarée, et intègrent à la fois des entreprises
unipersonnelles (statut d’artistes, d’indépen-
dant), des micro-entreprises (2-5  employés),
des PME ou des grandes entreprises. Le principe
a été pris de ne retenir que celles qui ont plus             1- Etude The entrepreneurial dimension of the cultu-
de 50  % de capitaux privés. Sont écartés les                ral and creative industries, Utrecht School of Arts 
entités culturelles publiques ou parapubliques               Eurokleis, 2010.



                                                        11
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique




Les industries culturelles
et créatives belges :
les entrepreneurs témoignent
Pour répondre à la question « Comment                    n les compétences en termes de création
construire des ponts entre économie, culture,              d’entreprises,
secteur public et l’enseignement pour inspirer           n l’accès au financement,
l’économie culturelle de demain, à côtés des
industries vertes, des biotechnologies… ? »,             n l’innovation et sa protection,
Kurt Salmon a analysé des défis communs aux              n et l’internationalisation des activités.
entrepreneurs créatifs et culturels. Quatre défis
                                                         Chacun de ces points est nourri par l’analyse
communs se posent aux entrepreneurs des ICC
                                                         croisée de la littérature spécialisée, de l’actualité
en Belgique, au-delà de sensibilités propres à
                                                         belge et internationale, de l’enquête en ligne Kurt
chacune des filières :
                                                         Salmon, et des entretiens individuels.



                                                         l Constats généraux
                                                         Une majorité d’indépendants et de PME
                                                         Le secteur de la culture reste très atomisé en
                                                         Belgique : les petites et moyennes entre-
                                                         prises y sont surreprésentées. Dans le panel
                                                         des 213 entreprises de notre enquête en ligne,
                                                         76 % des entreprises répondantes ont moins de
                                                         5 employés et 6 % ont plus de 50 employés.
                                                         Seule une minorité de grandes entreprises réalise
                                                         la plus grande part du chiffre d’affaires total du
                                                         secteur.




                                                    12
Ces tendances sont en ligne avec la réalité euro-          1 et 3 salariés) ou des entrepreneurs individuels.
péenne  : 80  % des entreprises ICC de l’UE sont           Les grandes entreprises (plus de 50  salariés), si
des PME, des micro-entreprises (surtout entre              elles représentent moins de 1  % des entreprises
                                                           des ICC du panel, génèrent plus de 40  % du
 Quelle est la taille de votre entreprise ?                chiffre d’affaire total des ICC.
                                                           Enfin, dans notre panel, 50  % des répondants
                 6%                                        disent ne pas avoir subi l’impact de la crise de
                                    Grande
                      10 %          ( à 50 employés)      2008. L’avenir est même à l’optimisme : 75 % des
                                                           répondants considèrent que l’industrie cultu-
                        8%          Moyenne
                                    (13-50 employés)       relle et créative est un secteur porteur dans le
                                                           futur en Belgique. 63 % attendent une hausse de
        76 %                        Petite
                                    (6-12 employés)        revenus dans les années à venir et 30 % pensent
                                                           recruter de nouveaux employés.
                                    Max 5 employés
                                                           Certains secteurs souffrent plus de la crise, i.e.
                                                           de la baisse de consommation de biens créa-
                                                           tifs  : mode, arts du spectacle, presse  édition,
                                                           labels indépendants de musique… D’autres sec-
 Part du chiffre d’affaire global du panel
                                                           teurs profitent mieux de la révolution numérique
 en fonction du nombre d’employés
                                                           (médias sociaux, réalité augmentée, smart-
                                                           phones et tablettes…), comme les entreprises
         7%
       4%                           Grande                 des nouveaux medias (web design, applications
                                    ( à 50 employés)      design…).
                                    Moyenne                Si la diffusion de contenus numériques a permis
    30 %                            (13-50 employés)       d’éviter le coût de la production de supports
                      59 %
                                    Petite                 physiques, elle ne compense qu’en partie la des-
                                    (6-12 employés)        truction d’emploi engendrée par la crise, la dis-
                                    Max 5 employés         parition des supports physiques (DVD, CD) et les
                                                           pertes de revenus générées par le piratage (par
                                                           exemple de la musique).


 Quel(s) type(s) d’évolution(s) prévoyez-vous dans les années à venir au sein de votre entreprise ?

                 Croissance des revenus
  Recrutement de nouveaux employés
    Recherche de financements publics
               Ouverture à l'international
     Recherche de financements privés
               Intégrer un cluster créatif
         Créer une startup en Belgique
       Partenariat avec entreprises ICC
  Partenariat avec entreprises non-ICC
  Investir dans une autre entreprise ICC
    Me faire racheter par un concurrent
                                             0   10       20        30        40          50   60     70 %




                                                         Arts visuels  Artisanat d’art
                                                        13
                                                                          Audiovisuel
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



De nouvelles professions créatives émergent en                 commerce, juristes, financiers et comptables
lien avec la maîtrise de langages numériques et                sont de plus en plus sollicités. Les juristes, par
du design pour répondre aux nouveaux besoins                   exemple, sont de plus en plus sollicités pour
matériels et émotionnels des consommateurs.                    aider les créatifs à résoudre les litiges concer-
Les métiers dits de « back office » et de gestion              nant la protection des revenus générés par la
ne sont pas en reste  : les représentants de                   propriété intellectuelle.



l  ade in Belgium : la Belgique, un vivier de talents
  M
  et de créativité
La Belgique est un petit pays au carrefour de
l’Europe qui carbure à la diversité et au libéra-
lisme culturel. Au XIXe et XXe siècles, Bruxelles
a accueilli des penseurs de tous les horizons
comme Victor Hugo, Emily Brontë, Karl Marx… Les
icônes belges n’ont pas à faire rougir  : un patri-
moine architectural éclectique et relativement
préservé (gothique, classique, art nouveau, art
déco…), des peintres de renom international (fla-
mands primitifs, le mouvement Cobra, Magritte…),
des écrivains (Hugo Claus, Hendrik Conscience,
Guido Gezelle…), le berceau de la bande-dessinée
européenne (Hergé, Franquin, Van Hamme…), des
chanteurs (Brel, Adamo, Axelle Red, Arno…).

Quel est le portefeuille culturel belge
actuel visible à l’international ?                             s’exportent, sans qu’ils ne soient néanmoins as-
                                                               sociés à l’une ou l’autre région, ni même à la Bel-
La concurrence intercommunautaire stimulerait                  gique : dEUS, K’s Choice, Selah Sue, Hooverphonic,
l’émulation dans la création, avec deux pôles                  Axelle Red, Arno ou encore Stromae. Sur le grand
forts dans le secteur de la mode :                             écran, citons les frères Dardenne et Jaco Van Dor-
n  nvers, qui est devenue depuis la fin des
  A                                                            mael, Bouli Lanners, Cécile de France, Benoît Poel-
  années 1980, l’une des places fortes de la                   voorde, Michaël R.Roskam… A la plume : Amélie
  mode européenne, grâce au 6 d’Anvers (Ann                    Nothomb, Xavier Deutsch, Dimitri Verhulst, Tom
  Demeulemeester, Dries Van Noten, Walter Van                  Lanoye… Enfin, certains artistes contemporains
  Beirendonck, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs                ont révolutionné l’art – Alechinsky, Francys Alys,
  et Marina Yee) et à son école l’Académie                     Chris Martin, Marcel Broodthaers, Wim Delvoye,
  d’Anvers (le département mode de Hogeschool                  Luc Tuymans… – sans parler du rayonnement in-
  Antwerpen), vivier de talents et de marques                  ternational de la bande dessinée belge.
  (Martin Margiela, Essentiel…).                               Parmi toutes ces disciplines, il semble qu’il y ait
n  ruxelles, avec son école de La Cambre Mode/s/
  B                                                            une « Belgian touch » distinctive des autres pays.
  et le quartier Dansaert n’est plus en reste. La ville        « This is so Belgium ! ». De nos entretiens, il sem-
  a vu son nombre de magasins indépendants de                  blerait que les observateurs étrangers perçoivent
  créateurs de mode augmenter fortement ces                    de la création belge, un goût du « surréalisme »,
                                  dernières années.            du hors normes, un «  humour décalé  » voire
                                  Les créateurs bel­           trash, un sens de l’absurde, une capacité à rire
                                  ges débutants et             de soi. Aujourd’hui, à tort ou à raison, Bruxelles
                                  confirmés s’y re-            devient depuis 3-4  ans pour les artistes the
                                  trouvent de plus             «  next place to be  » en Europe, en particulier
                                  en plus.                     dans l’art contemporain.
                                  La Belgique est              Le New York Times parle même d’une «  Belge
                                  également de-                Epoque », et plus précisément d’une « Renaissance
                                  venue un centre              créative de Bruxelles  »2. Précisément, Bruxelles
                                  européen de la               dispose d’un environnement très attractif pour
                                  danse contempo-              les créatifs, forte de la qualité de certaines
                                  raine grâce aux              écoles artistiques (mode, cinéma, architecture,
                                  célèbres choré-              dessin), la qualité de l’événementiel et le prestige
                                  graphies de Anne             de certaines institutions culturelles (Europalia,
                                  Teresa De Keers-
                                  maeker. Quelques             2- Monica Khemsurov, (21 septembre 2011), Belge épo­
                                  musiciens belges             que, New York Times.



                                                          14
concours Reine Elisabeth, la Monnaie…), la vie               Un autre    regard 
nocturne insolite (soirées High needs Low…).
Citons aussi l’extrême cosmopolitisme des expa-
triés autour des institutions européennes (l’an-
glais est pratiqué quotidiennement par près de
15  % de la population ; 27 % de la population
bruxelloise est d’origine étrangère dont plus de
60 % sont de l’UE), les dessertes Eurostar et
Thalys qui permettent de fluidifier les échanges
d’idées et d’artistes, les lieux de référence
(Recyclart, WIELS, Bozar, Botanique, Ancienne
Belgique…), les concept stores  hôtels (Haleluja,
MAPP, Hunting and collecting, White hotel,
Bloom…), et le prix de l’immobilier y est relative-
ment abordable comparé à Londres et Paris.
Enfin, la Belgique perd beaucoup de talents qui
préfèrent vendre ou entreprendre à l’étranger.
Chez les artistes-plasticiens et stylistes de renom,         La naissance d’une vitrine
Luc Tuymans a sa galerie à New York, Chris                   « made in Belgium » à Manhattan
Martin en Allemagne, Francis Alys est au Mexique,            Les entrepreneurs créatifs belges ne man-
Laetitia Crahay travaille à Paris pour la Maison             quent pas d’ambition comme en témoigne
Michel et Chanel, Olivier Theyskens vit et travaille         l’aventure de Sylvie Bouffa, fondatrice de
à New York…                                                  Talking French  Flemish Inc. Initiative pure-
                                                             ment privée, développée sans aides finan-
La Belgique recèle de formations artistiques
                                                             cière publiques, cette structure de 3 500 m
excellentes et très reconnues à l’international : La
                                                             sera une vitrine de la créativité belge à
Cambre, Saint-Luc, la Kask et l’Académie Royale
                                                             Manhattan, New York.
d’Anvers, écoles ultra-sélectives et attirant des
étudiants des 4 coins du monde mettent l’accent              Sylvie est partie du constat que les Améri­
sur la créativité. Les étudiants fraîchement diplô-          cains adoraient le design belge quand ils
més rêvent souvent d’une carrière internationale,            le voyaient, et étaient prêts à payer une
voir d’être repérés en fin d’étude pour travailler à         fortune pour l’avoir, mais peu en connais-
l’étranger (Paris, Londres, Milan, New York). Deux           saient l’origine.
raisons sont mentionnées pour expliquer cette                Elle a donc décidé d’ouvrir un magasin
fuite des talents :                                          exposant tout ce que la Belgique propose de
n e manque de grands donneurs d’ordres belges
  l                                                          meilleur  : les Carrières du Hainaut, les cho-
  en Belgique, ce qui implique la nécessité de               colats Marcolini, les baignoires Aquamass, le
  s’expatrier pour trouver de l’emploi et/ou pour            design XVL, une galerie d’art contemporain,
  se faire un nom ;                                          les montres Raidillon, un restaurant « bistro-
                                                             nomique », et bien d’autres encore…
n e marché de consommateurs n’atteint pas une
  l
  taille critique suffisante pour absorber l’offre           Si cette première vitrine belge est un succès,
  de produit et services culturels et créatifs.              Sylvie compte bien dupliquer le concept
                                                             ailleurs sur le «  Nouveau Continent  » mais
L’e-commerce créatif : de nouvelles                          également en Chine, au Brésil et en Inde.
stratégies web                                               L’ouverture de Talking French  Flemish Inc.
                                                             New York est prévue pour le printemps 2012.
Seuls 11  % des sondés vendent leurs produits
culturels en ligne (eBay, Amazon…). Cela n’est
pas dû au manque de présence par les entre-
                                                            méthode la plus efficace et fiable de publicité.
prises sur le web (84  %), mais bien à la faible
                                                            D’ailleurs, les entreprises de publicité se sont
demande des Belges pour l’achat en ligne ou
                                                            tournées vers l’activation de marque sur inter-
la méconnaissance de certaines plateformes
                                                            net. C’est une nouvelle niche publicitaire qui a
dédiées aux ICC (99design, behance, mondres-
                                                            permis au secteur de la publicité de se réinventer
sing.be…).
                                                            en temps de crise. Cette nouvelle manière de
67  % des entreprises sondées sont présentes                communiquer, associée à une logique de social
sur les réseaux sociaux, principalement                     CRM /brandwatching, permet de communiquer à
Facebook, LinkedIn et Twitter. Les effets pro-              une cible très précise et d’entretenir une relation
duits par cette présence sont, par ordre d’im-              d’échange avec les consom’acteurs, qui influen-
portance, l’amélioration du networking, du                  cent en retour le produit/le marché...
branding et des ventes.
                                                            Seuls 3  % des répondants ne sont en aucune
Le «  bouche à oreille  », la prescription par des          façon connectés, souvent par défaut de maîtrise
tiers ambassadeurs d’une marque, devient la                 des outils.



                                                       15
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique




l  ormation à l’entrepreneuriat culturel
  F
Entreprendre et réussir dans la culture, c’est être                       compétences en administration/finance (38  %)
en capacité de réconcilier deux logiques encore                           sont considérées comme les plus essentielles.
fortement ressenties comme antagonistes  :
d’une part, la dimension de création (l’art pour                          Or seulement 34  % des répondants résidant en
l’art) et d’autre part, la dimension économique                           Wallonie, 18  % en Flandres et 13  % à Bruxelles
(vivre de son art). C’est tout l’enjeu de la for-                         estiment avoir été bien préparés aux compé-
mation initiale et continue adaptée à l’entre-                            tences managériales, pourtant ressenties comme
preneuriat culturel et créatif. L’icône de l’artiste                      fondamentales.
«  complet  » reste Léonard de Vinci. Peintre et                          Si l’on distingue les entrepreneurs des ICC qui
homme d’esprit universel, à la fois artiste, scien-                       ont suivi une formation supérieure de type cultu-
tifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, peintre,                       relle ou créative (60  % des répondants), des
sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musi-                        entrepreneurs des ICC qui ont suivi uniquement
cien, poète, philosophe et écrivain, il n’en fut pas                      une formation supérieure de type économie ou
moins « commerçant  » en attirant l’attention de                          gestion ou autre (40  %), un constat se pose  :
mécènes pour vivre de ses arts.                                           l’étudiant dans un cursus créatif « pur » rencon-
                                                                          trera tendanciellement plus de difficultés sur le
De l’idée créative à l’entreprise                                         marché du travail sur la dimension économique
Si un certain nombre d’écoles supérieures belges                          de son activité professionnelle. Par exemple, il
dédiées aux ICC sont reconnues pour leurs exi-                            ressort des entretiens que le « créatif pur » aura
gences de travail et l’extrême qualité du transfert                       tendance à sous-estimer la valeur de ses œuvres/
de savoir-faire créatifs, des marges de progrès                           services, il aura des difficultés à monter son
sont possibles.                                                           business plan, à réfléchir en termes de stratégies
                                                                          financières, commerciales et marketing. Certains
En effet, dans le panel de répondants à notre                             témoignent avoir été sollicités par des intermé-
enquête en ligne, seuls 17 % des actifs travaillant                       diaires peu scrupuleux exploitant une certaine
dans les ICC estiment avoir été bien préparés à                           candeur des jeunes diplômés.
l’entreprenariat culturel et créatif. Précisément,
hormis les compétences artistiques incontour-                             Il semblerait donc que les compétences entre-
nables, les compétences managériales (73 %), les                          preneuriales ne soient pas assez bien transmises
relations publiques et presse (61 %) ainsi que les                        dans les formations de type créatif et culturel.


 Hormis la créativité, quelles sont les compétences les plus importantes pour les entrepreneurs
 créatifs et culturels ?


  Managériales (vision business plan, gestion de risques…)
                            Relations publiques  presse
                                  Administration/finance
                                                    Langues
                          Connaissances IT/social media
   Juridiques (législation sociale, droit d’auteur, contrats…)
                                                                 0        10    20    30    40    50    60     70    80 %



 Auxquelles de ces compétences estimez-vous avoir été bien préparé lors de votre formation
 en Belgique ?

                                                   Langues
  Managériales (vision business plan, gestion de risques…)
                            Relations publiques  presse
                                  Administration/finance
  Juridiques (législation sociale, droit d’auteur, contrats…)
                          Connaissances IT/social media
                                                                 0        10    20    30    40    50    60     70    80 %




                                                                     16
Le recours au système D
Pour palier au manque de compétences « entre-
preneuriales  », les créatifs belges sondés ont
recours au «  système D  » (amis, famille, entre-
prises privées). Les entreprises privées sont
majoritairement consultées pour les matières
comptables, administratives, financières et
informatiques. Les amis et la famille sont plutôt
consultés sur les sujets en lien avec les médias
sociaux et le networking.
Les structures d’aides publiques ou associa-
tions professionnelles sont moins consultées.
D’ailleurs, 72  % des répondants de notre panel
pensent que les entreprises culturelles et créa-
tives ne sont pas suffisamment bien épaulées par
leurs associations professionnelles. Variant de
l’une à l’autre, elles ont pour mission d’assurer la         été transmises dans leur formation supérieure. Le
représentation des intérêts du secteur aux déci-             talent et la culture générale ne suffisent pas pour
deurs publics, la promotion du secteur, le conseil           s’improviser du jour au lendemain entrepreneur
en affaires, l’information sur les financements              culturel. Celui-ci doit être capable de se financer,
disponibles, développer le networking, diffuser              de protéger ses créations, et de convaincre de
les appels à projets, des propositions de travail            la valeur ajoutée symbolique de son produit ou
collaboratif sur projets… Mais les entreprises ne            service. Dès lors, une réflexion s’impose sur les
se retrouvent plus dans cette profusion de struc-            compétences idéales de l’entrepreneur culturel
tures et d’aides disponibles. Une simple carto-              et/ou créatif.
graphie de structures publiques et associations
                                                             Pendant les études dédiées à la création, il
professionnelles belges dédiées aux ICC permet
                                                             conviendrait de renforcer substantiellement
de recenser plus d’une quarantaine de structures
                                                             l’apprentissage de l’anglais, des bases du droit
en Belgique ! Pour aider le design par exemple, il
                                                             de la propriété intellectuelle, de la comptabi-
n’y a pas moins d’une vingtaine de structures en
                                                             lité/finance (i.e. savoir faire un business plan),
Wallonie.
                                                             du marketing/PR (savoir communiquer), et des
Outre l’illisibilité, une autre critique se dégage de        logiques des chaînes de valeur du secteur. Le
nos entretiens : les activités créatives englobant           stage en entreprise est un exercice désormais
plusieurs secteurs ICC, ou celles, plus récentes             incontournable. De plus, des interventions des
(webdesign), ne se retrouvent pas forcément                  structures de soutien du secteur (association
dans ce paysage foisonnant de structures inter-              professionnelle, entités en charge de l’interna-
médiaires fonctionnant souvent en silos. La                  tional/export, sociétés de gestion des droits
gestion segmentée de ces différents secteurs                 d’auteur…), des interventions de professionnels
entrave le développement de la pensée latérale               étrangers, d’alumni, des visites d’entreprises…
et de l’innovation.                                          seraient à encourager tout au long du cursus.
                                                             Il est important d’ouvrir l’enseignement créatif
Revoir les cursus dédié à l’entrepreneuriat                  aux autres économies. Citons par exemple le
créatif                                                      Programme d’entrepreneuriat créatif Goldsmith
                                                             de l’Université de Londres, destinés aux étu-
De plus en plus d’entrepreneurs culturels et créa-
                                                             diants voulant entreprendre dans le secteur de la
tifs vivent de leur art (Stromae, Francys Alys,
                                                             création. Cette formation enseigne les pré-requis
Jean-Claude Van Damme, les frères d’Ardenne
                                                             nécessaires à l’entreprenariat ainsi que les attri-
ou encore Amélie Nothomb). Pas étonnant que
                                                             buts nécessaires à la commercialisation de leur
les étudiants des filières artistiques soient aussi
                                                             produits/service créatif et/ou culturel. L’objectif
désireux de faire carrière et espèrent pouvoir
                                                             est de former les étudiants à l’économie cultu-
vivre de leur capital culturel et créatif. La clef du
                                                             relle, à innover par rapport aux différents
succès, selon le chanteur Stromae, «  c’est 40  %
                                                             business model possibles et de développer leurs
de chance, 40 % de travail et 20 % de talent. L’art
                                                             compétences entrepreneuriales (finance, chaîne
pour l’art, c’est bien, mais il faut tenir compte de
                                                             de valeurs…), de communication (leadership,
la réalité du marché ».
                                                             marketing…)  légales (propriété intellectuelle…).
A contrario, les histoires de « galères », d’incom-
                                                             Des opportunités de networking, de cours ou
préhension des règles du jeu, de petits revenus,
                                                             d’expériences communes pendant les études
sont nombreuses.
                                                             sont à imaginer pour faire se rencontrer les
Pour pallier à ces problèmes, les entrepreneurs              profils de créatifs avec les profils de gestion-
des ICC de l’enquête en ligne ayant suivis des               naire d’entreprise ICC. L’objectif  : encourager
cursus purement créatifs regrettent que les                  les projets multidisciplinaires entre le monde de
notions de base de l’entrepreneuriat n’aient pas             l’entreprise et les créatifs pour casser les clichés.



                                                        17
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



L’intermédiaire de l’artiste est une nouvelle pro-         Master en production de projets artistiques.
fession qui vient en soutien des artistes pour leur        Ce nouveau Master inclurait un certain nombre
permettre de trouver leur «  marché  », en par-            de cours ou de modules de formation destinés
ticulier en assurant le PR, marketing, CRM… Si             à familiariser les étudiants avec des concepts
ce type d’entrepreneur culturel a toujours existé          et des outils utiles à la production de projets  :
d’une façon ou d’une autre dans l’histoire de la           aspects juridiques et institutionnels, notions de
culture (ex. : le marchand de tableaux, l’agent…),         comptabilité, outils de communication, etc. Un
nous avons la conviction qu’il devient aujourd’hui         cycle de rencontres – 2  rencontres par mois-
essentiel de crédibiliser leur formation et leur           permettrait d’alimenter les étudiants (et leurs
mise en contact avec les créatifs.                         projets) par l’expérience de professionnels.
Le système éducatif francophone commence                   Un débat plus large se développe en Europe en
à bouger pour concilier la création et l’esprit            faveur d’une meilleure prise en compte des cours
d’entreprise. ARTES, une plate-forme trans-                se basant sur la créativité au cœur de l’enseigne-
disciplinaire de 3  écoles supérieures des arts            ment dès le plus jeune âge, pour forger les talents
de la Communauté Française à Bruxelles (le                 et alimenter l’innovation de demain. Les écoles
Conservatoire, La Cambre et l’INSAS) vient de              de Singapour généralisent déjà les cours de créa-
solliciter une habilitation nouvelle, commune,             tivité tout au long de l’enseignement primaire et
trans-domaines, pour la création d’un nouveau              secondaire afin de booster l’innovation du futur.


 Compétences idéales à l’entreprenariat culturel et créatif
•

             Talent créatif               Communication                            Entreprenariat

      •   P
           ensée latérale         •  eadership
                                     L                                       • Compétences managériale
      •   C
           réativité              •  arketing
                                     M                                       • Compétences informatiques
      •   E
           xcellence              •  elations publiques et presse
                                     R                                       • Compétences juridiques
                                   • Social CRM                              • Compétences économiques
      •   I
          nnovation
                                   • Langues                                 • Administration…




 Un autre       regard 
  Polimoda
  Polimoda est l’exemple d’une école d’entrepre-
  neurs de la mode à Florence, ville historique
  de la mode italienne. Elle est née du besoin
  de l’industrie florentine du luxe de s’adap-
  ter au marché global de la mode, de plus en
  plus concurrentiel. L’école est une initiative
  publique/privée lancée en 1986 et financée
  par les villes de Florence et Prato, les associa-
  tions professionnelles, la région Toscane, et les
                                                           encouragés en lien avec les districts industriels
  fonds sociaux européens. Présidée et dirigée
                                                           et les maisons de mode.
  par deux noms de la mode internationale
  Francesco Ferragamo et Linda Loppa, l’école              – Les projets des élèves sont régulièrement
  se veut ancrée dans les réalités du marché de            présentés devant la presse, les décideurs
  la mode. Elle associe les professionnels locaux          publics, le secteur privé, dans le cadre de
  dans la construction des cursus pédagogiques             foires et galas locaux et dans les vitrines com-
  (Chambre de commerce, filière de la chaus-               merçantes de la ville.
  sure, filière de la mode…).                              – Au sein de l’école, une spin-off, présidée par
  – En réponse aux besoins du marché ont                   le Président de la marque Versace, offre des
  été créés les Masters «  Fashion Stylists  »,            prestations de conseil en stratégie marketing
  «  Fashion Brand  », 25  Masters en anglais, et          auprès de 35 entreprises de mode (Ferragamo,
  des Summer school en chinois.                            Gucci, Tod’s, au Quatar, en Inde…). Cette filiale
                                                           capte les tendances des marchés et facilite le
  – Les étudiants sont formés sur toute la chaîne
                                                           placement des étudiants.
  de valeur de la mode, de la création de col-
  lections haute couture, jusqu’à la commercia-            – 94 % des diplômés trouvent un emploi dans
  lisation (achat/vente, relation client, art de la        les 6 mois, dans les grandes maisons de mode
  mise en vitrine…). Les stages et projets sont            du monde.




                                                      18
l  ’accès au financement
  L
Un des obstacles les plus importants rencon-              que les entreprises du domaine de la publicité),
trés par les professionnels des secteurs cultu-           du stade de développement des entreprises
rels et créatifs est l’accès au financement dont          (phase d’amorçage, phase de croissance, phase
ils ont besoin pour mener à bien leurs activités.         de transformation, etc.).
En Europe, 85  % des entreprises des industries
ICC éprouvent des difficultés à trouver des finan-        Le recours principal aux « friends, family
cements3. D’autant plus qu’en temps de crise,             and fools »
la culture est souvent la première victime des            En Belgique, selon notre enquête en ligne, les
coupes budgétaires. La recherche de finance-              entreprises ICC sont d’abord financées en fonds
ments mixtes (public-privé) s’accélère, tant pour         propres (76  %), grâce à des économies person-
les institutions culturelles que pour les entre-          nelles ou des sources «  FFF  » («  friends, family
prises créatives. Internet, source fantastique            and… fools »).
d’opportunités pour la culture, a aussi mis à mal
                                                          46  % des répondants ont déjà fait appel à des
certaines entreprises créatives qui voient leurs
                                                          sources de financements externes (prêt, sub-
sources de revenus traditionnels s’éroder à cause
                                                          sides publiques, sponsoring, business angels…).
de la disparition des supports physiques, du télé-
                                                          Ces sources externes sont difficiles d’accès pour
chargement illégal de contenus. Les entreprises
                                                          près de 88 % des répondants, et ce, d’autant plus
se voient alors obligés de penser de nouveaux
                                                          lorsqu’elles relèvent du secteur privé.
modèles économiques.
Les besoins de financements diffèrent en fonc-
tion des secteurs ICC (par exemple, les arts du           3- Commission européenne, (2011), Livre Vert - « Libérer
spectacle sont typiquement plus subventionnés             le potentiel des industries culturelles et créatives ».



 Quelles sont les sources de financement les plus importantes pour votre entreprise ?

             Fonds propres
              Prêt bancaire
        Bourses publiques/
        financement public
                Sponsoring
           Incitation fiscale
             Capital risque
         Financement viral
  Financement d'amorçage
           Business Angels
                  Donation
     Introduction en bourse
                                0   10   20   30          40       50      60     70     80      90     100 %



 Comment qualifiez-vous l’accès aux sources de financement externes suivantes ?

             Prêt bancaire
         Financement viral
           Bourses privées
         Bourses publiques
                Sponsoring
           Business Angels
                  Donation
  Financement d'amorçage
             Capital risque
                              0     10   20   30          40      50       60    70      80      90     100 %
                                              Facile           Difficile




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Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



Les bourses publiques sont utilisées dans 21,6 %            n  es fonds publics alloués aux ICC, quelles
                                                              L
des cas.                                                      que soient les régions, feraient l’objet de vifs
La principale forme de soutien émanant du                     débats. Les interviewés (bénéficiaires ou non)
secteur privé est le sponsoring avec 8,1  % des               admettent que les subsides publics peuvent
réponses.                                                     avoir un effet salutaire dans le soutien de
                                                              choix créatifs risqués. Néanmoins, il est admis
Le recours au crowdfunding, modèle de finance-                qu’une certaine dépendance aux subsides peut
ment où une multitude d’internautes financent                 «  endormir  » la créativité et n’exclue pas un
des projets créatifs en achetant des «  parts  »              interventionnisme politique dans la program-
via un site internet, est récent et encore mar-               mation. Les subsides devraient être alloués de
ginal car ces plateformes web sont rares et                   manière prioritaire à des projets expérimen-
doivent encore faire leur preuve (Aka music,                  taux pour permettre le développement de nou-
Mymajorcompany…).                                             veaux produits culturels et créatifs. Néanmoins,
Les soutiens financiers publics apportés aux                  les organes publics en charge des soutiens
ICC rencontrent des avis mitigés. Une majo-                   financiers aux ICC devraient régulièrement
rité des répondants et interviewés n’ont jamais               évaluer la pertinence, les résultats qualitatifs
demandé de subsides. Ceux qui ont introduit une               et quantitatifs, l’efficience des subsides alloués.
première demande de soutien financier public
sont généralement déçus du résultat obtenu par              Le secteur privé frileux dans le soutien
rapport aux efforts fournis et n’ont plus retenté           aux ICC, par méconnaissance et méfiance
l’expérience.                                               réciproque
                                                            L’enquête en ligne indique que le prêt bancaire
 Ces 12 derniers mois, avez-vous fait appel                 est considéré comme la source de financement
 à une source de financement externe ?                      la plus accessible. Cependant il ressort de nos
                                                            entretiens que les banques restent frileuses pour
                                                            investir dans les ICC. Pour arriver à rapprocher
                                                            le secteur privé et les ICC, il faut leur apprendre
                                                            à parler un langage commun, à se départir de
                                Au moins une fois           clichés qui prévalent tant chez les investisseurs
     54 %         46 %                                      privés que chez les créatifs.
                                Non                         n  a méfiance des investisseurs privés s’expli-
                                                              L
                                                              querait par le fait que l’industrie créative est
                                                              considérée comme un secteur à risque. Les
                                                              ICC sont une économie singulière qui se base
                                                              sur des concepts certes peu quantifiables tels
                                                              que la beauté artistique ou la valeur symbo-
Les raisons évoquées sont diverses et multiples :             lique des produits, dont le « hype » auprès de
                                                              la demande est imprévisible. Dans la plupart
n  es entretiens précisent que la distribution
  L                                                           des cas, les entreprises des ICC utilisent des
  des bourses ne fait pas toujours l’objet d’une              biens immatériels (des idées, des brevets, etc.),
  grille de décision transparente poussant ainsi              garantie souvent considérée comme insuffi-
  les créatifs à devoir faire du lobbying politique.          sante par les investisseurs privés.
  Certains secteurs semblent plus soutenus que
                                                            	Or, contrairement à cette idée reçue, investir
  d’autres, soutien variant au gré des intérêts
                                                              dans des entreprises créatives n’est pas plus
  des décideurs politiques, et moins dans une
                                                              risqué que dans les autres pans de l’écono-
  logique de stratégie avec des priorités claires,
                                                              mie4. Dans une étude menée en Angleterre, il a
  objectivées, ou au regard de potentiels de
                                                              été démontré que le taux de survie des entre-
  développement à long terme.
                                                              prises ICC après 5 années d’existence est plus
n  e paysage des structures d’aides et de soutien
  L                                                           élevé que celui des entreprises traditionnelles
  publiques aux filières est particulièrement illi-           (49,7  % contre 46,6  %). Il est même suggéré
  sible, au-delà des différences régionales. Aussi,           que les ICC ont plus de facilités à traverser des
  un nombre croissant d’entreprises multidisci-               périodes difficiles en se « serrant la ceinture »
  plinaires dans leurs activités, en particulier sur          que les autres entreprises.
  le champ numérique, se voit refuser l’accès aux           	 secteur privé est une source complémen-
                                                              Le
  financements publics soumis à une segmenta-                 taire aux subsides publics. En effet, grâce à ses
  tion ressentie comme trop stricte.                          outils, son savoir-faire, ses carnets d’adresses
n  es entretiens menés mettent en exergue une
  L                                                           internationaux…, le secteur privé est parfois
  tendance au « saupoudrage » des aides finan-
  cières par les institutions publiques. De ce
  fait, les montants octroyés sont faibles et ne            4- Helen Burrows and Kitty Ussher, (October 2011), The
  permettent pas aux entrepreneurs ICC de se                lazy assumption that the creative industries are inhe-
  lancer dans des projets ambitieux.                        rently risky is harming Britain’s path to growth…, DEMOS



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plus à même que les fonction-                                                        Un autre    regard 
  naires de sélectionner les projets     Gateway2Investment
  prometteurs créatifs repérés à         Pour résoudre les problèmes de méconnaissance entre
  l’étranger et les faire grandir ou     les entrepreneurs des ICC et les investisseurs potentiels,
  les croiser avec des secteurs          cette initiative anglaise, (bien que non spécifiques aux sec-
  économiques insolites. A l’in-
                                         teurs ICC) sort du lot. Cette action soutenue par le London
  verse, la présence de créatifs
                                         Development Agency et le FEDER, propose aux entre-
  dans les comités de direction
                                         preneurs des ICC un programme intitulé Understanding
  des entreprises de l’économie
                                         Finance for Business qui a pour but de maximiser les
  traditionnelle pourrait être un
  levier de provocation, de créa-        chances de récolte de fonds pour les PME. Les cours sont
  tion et d’innovation.                  donnés par des experts
                                         et des spécialistes de
n  our les entrepreneurs des
  P                                      4  agences de conseil
  ICC, les solutions de finance-         issus du secteur privé
  ment privées sont peu connues          et une ASBL. Pour la
  en Belgique. L’incapacité des          somme de 1 000 €, l’en-
  secteurs créatifs à fédérer leur       trepreneur des ICC par-
  action collective ne facilite          ticipera à 4 stages :
  pas le changement d’attitude
  et la transmission d’informa-          • Une séance d’informa-
  tion sur leurs potentiels auprès       tion, gratuite et ouverte
  des investisseurs privés. Enfin,       à tous, où ils seront informés sur les différentes formes de
  notons que certains créatifs           financement publics et privés disponibles ainsi que sur
  voient le recours aux fonds            leurs exigences.
  privés et aux indicateurs de per-      • Un training d’un jour et demi où les entrepreneurs créa-
  formance (évolution du public,         tifs apprendront à penser comme un investisseur pour
  des recettes…) comme un frein          mieux savoir ce qu’ils recherchent : établir un management
  à l’indépendance de la créa-           solide, savoir évaluer les opportunités de croissance de
  tion, en particulier sur certains
                                         l’entreprise, faire une étude de marché ainsi qu’un business
  secteurs très subsidiés (ex.  :
                                         modèle, savoir quelles sont les possibilités de sortie pour
  théâtre).
                                         les investisseurs, etc. Les entrepreneurs devront prépa-
                                         rer une présentation de leur entreprise incorporant les
Le levier fiscal à repenser              connaissances apprises.
Fort de son succès dans l’audio-          • Un training où l’entrepreneur se voit attribuer un mentor
visuel, le débat est ouvert quant         avec qui il développera un plan d’action personnalisé pour
à l’élargissement du tax shelter à        développer sa compréhension du marché et une stratégie
d’autres secteurs créatifs. Le tax        financière détaillée pour le démarchage d’investisseurs
shelter actuel vise à stimuler fisca-     potentiels. L’entrepreneur aura également la possibilité de
lement les investissements privés
                                          travailler avec un étudiant MBA pour élaborer une étude
dans l’audiovisuel belge. L’incitant
                                          spécifique à son marché.
consiste en l’exonération du béné-
fice imposable à concurrence              • Le dernier stage met l’entrepreneur en relation avec une
de 150  % de l’investissement fait        équipe d’experts en relation avec l’investisseur et l’aide
dans un projet audiovisuel (pour          à développer un «  pitch  » pour présenter le projet ICC
maximum 500  000  € exonérés              aux investisseurs appropriés (identifiés pendant le second
par an et par société). Un élar-          stage). L’entrepreneur sera aussi invité à des évènements
gissement du tax shelter (mode,           de réseautage, des dîners avec des investisseurs, etc.
musique, gaming), augmenterait
dans l’absolu les investissements
privés dans les industries créa-
tives, mais il diminuerait potentiellement la part     techniciens pour la rénovation du musée. Le
d’investissements fléchés vers l’audiovisuel (un       marché de la philanthropie est assez peu trans-
segment à fort besoin en capital). Le risque est       parent en Belgique et pose la question d’une
celui d’un accroissement du « saupoudrage » des        meilleure organisation du marché entre deman-
fonds sur des projets « moyens ».                      deurs et pourvoyeurs de dons (ex.  : plateforme
Un consensus clair se dégage en faveur d’une           en ligne de l’offre et la demande), du pilotage, et
revalorisation de l’exonération fiscale en matière     des retours d’expériences.
de mécénat culturel par les personnes physiques           Enfin, au niveau européen, une harmonisation
ou morales, et d’une reconnaissance du mécénat            de la TVA sur les transactions de biens cultu-
de compétences. Prenons l’exemple du Musée                rels pourrait stimuler le marché. Par exemple, aux
Magritte à Bruxelles  : il a pu voir le jour grâce        Etats-Unis, il n’y a pas de TVA sur l’achat en ligne
au mécénat inédit de GDF Suez qui a fourni des            de ces biens.



                                                     21
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



Explorer plus avant les financements                          Pour bénéficier de ces fonds, les ICC ne doivent
mixtes de la culture                                          généralement pas donner de garanties, mais
                                                              prouver la rentabilité attendue du bien ou du
Les gouvernements restent encore les plus                     service culturel/créatif ainsi que sa valeur ajoutée
grands financeurs de la culture (subventions,                 pour le marché.
allocations et prix). Un changement de para-
                                                              L’intervention publique pour la culture a permis
digme récent s’observe  : d’une logique de
                                                              d’en démocratiser l’accès. C’est un acquis indis-
guichet vers une logique de placement. Les
                                                              cutable. Néanmoins les acteurs publics ont
fonds d’investissement (capital risque) pour les
                                                              également la responsabilité d’encourager les ini-
entreprises culturelles et créatives ont été mis
                                                              tiatives de la société civile qui opèrent en paral-
en place pour répondre aux baisses des budgets
                                                              lèle : les entreprises et les organismes à but non
publics pour la culture.
                                                              lucratifs (fondations, fonds de dotation…). Il ne
                                                              s’agit pas de transférer les charges mais de mul-
D’abord Brustart (1992) à Bruxelles (qui ne
                                                              tiplier les moyens et leurs provenances.
s’occupe pas exclusivement des secteurs ICC),
ensuite Culturinvest en Flandre (2006), et plus               Sans quoi, il semble incohérent de se plaindre
récemment St’art Invest (2009) en Wallonie.                   de revenus insuffisants dédiés à la culture, en
Ce sont des entreprises privées (sociétés ano-                renonçant à explorer les investissements privés
nymes) avec des actionnaires publics et privés,               et la fiscalité culturelle. Les décideurs publics
qui financent la croissance des ICC par l’octroi              ont un rôle essentiel pour stimuler, augmenter,
de prêts, généralement à un taux plus élevé que               et réguler l’engagement du milieu des affaires et
la moyenne, mais aussi par des participations                 de l’épargne du grand public auprès du monde
au capital des entreprises, ou des microcrédits               culturel, et ainsi soutenir la créativité, l’économie
(dans le cas de Brustart).                                    culturelle et le rayonnement du territoire.



l nnovation
  I
L’innovation dans les ICC est abordée sous deux               sur un projet commun (71 %). Un producteur de
angles :                                                      films va facilement travailler avec un groupe de
n e recours à des partenariats, au clustering ou au
  l                                                           musique connu afin d’augmenter les chances de
  Living Lab pour favoriser la fertilisation croisée ;        succès sur son produit final.

n a protection du droit d’auteur.
  l                                                           Néanmoins, seulement 8  % des ICC s’ouvrent à
                                                              des projets collaboratifs avec des entreprises
                                                              non-ICC. Ces chiffres témoignent d’un angle
Partenariats croisés, clustering, Living Lab
                                                              mort sur l’apport pourtant réel de la créativité
ou comment ouvrir des zones blanches
                                                              à l’économie traditionnelle. C’est un manque à
de l’innovation
                                                              gagner puisque les ICC sont intrinsèquement
Les réseaux sont les sources les plus importantes             porteuses d’innovation et capables d’assurer
d’innovation et la gestion de ceux-ci deviendra               l’interface entre les diverses activités indus-
une compétence générale d’entreprise. Une entre-              trielles grâce à leur langage universel. En effet,
prise créative sur deux engage des partenariats               les ICC, particulièrement le design, croisées aux
avec d’autres entreprises des ICC. Une grande                 industries traditionnelles permettent d’amélio-
majorité des partenariats se font entre entreprises           rer l’expérience-client par rapport à un nouveau
du même segment. Ces entreprises engagent                     produit scientifique ou technologique. Elles ont
majoritairement des partenariats afin de coopérer             le potentiel de rendre le produit plus facile à
                                                              comprendre et à utiliser5. A titre d’illustration,
                                                              notons les pyjamas calmants, le papier peint
 Ces 2 dernières années, votre entreprise a-t-                utilisant la fibre optique ou les technologies thé-
 elle engagé concrètement des partenariats                    rapeutiques pour les diabétiques portables en
 avec d’autres entreprises dans le but de créer               bijou. Une étude menée aux Pays-Bas démontre
 de nouveaux produits/services ?                              que l’investissement dans les services créa-
                                                              tifs (soft innovation) est généralement moins
                                                              coûteux et génère autant de revenus que l’in-
                                                              vestissement dans l’innovation technologique
                                                              (hard innovation)6.
                                          Oui
            52 %         48 %
                                          Non                 5- Lowry Adam  Ryan Eric (2011), Creating ama-
                                                              zing customer experiences through soft innovation,
                                                              FastCompany
                                                              6- Klom Luuk  Meurink André (2001), CBS, Soft inno-
                                                              vation just as important as hard innovation, Statistics
                                                              Netherlands



                                                         22
capacité de l’industrie traditionnelle à se rajeunir.
                                                             L’AWEX va dans ce sens lorsqu’elle organise des
                                                             after-work entre designers et exportateurs. Dans
                                                             son programme « Spécialiste en design », l’AWEX
                                                             propose le remboursement aux PME wallonnes
                                                             d’une grande partie des honoraires d’experts pour
                                                             les prestations axées sur l’adaptation du design
                                                             des produits en vue de l’exportation.
                                                             La compétitivité des entreprises culturelles et
                                                             créatives peut être accélérée en les incitant à
                                                             se regrouper et à coopérer dans une logique
                                                             de cluster, de réseau, ou de Living Lab. Dans
                                                             l’économie culturelle belge, majoritairement
                                                             constituée de très petites entreprises (moins de
A Manchester, les «  Creative Credits  » permet-             10  personnes), il semble essentiel de créer un
tent d’allouer aux entreprises traditionnelles des           écosystème rassemblant les énergies les plus en
chèques (4  000  £) de montants restreints afin              pointe de la création et de l’innovation.
qu’elles achètent des services à des entreprises
créatives. Ces chèques sont nés du constat que               Seuls 9  % des entreprises créatives répondant
les entreprises passant 2 fois plus de temps que             à l’enquête travaillent dans une logique de clus-
la moyenne des entreprises à faire usage de ser-             ters créatifs. La notion de cluster est complexe et
vices créatifs pour développer leurs produits, ont           porte facilement à contresens  : un cluster n’est
25 % de chance en plus de développer de l’inno-              pas un réseau d’entreprises, un laboratoire, ou
vation dans leur produit.                                    une association professionnelle.

Georges Dantine, architecte d’intérieur, témoigne :          L’objectif d’un cluster est de mettre en commun
« lors de la crise en 2008, parmi mes clients, les           des ressources au sein de réseaux et parte-
entreprises qui ont continué à investir dans mes             nariats, sur un espace géographique délimité,
services pour organiser leurs magasins et vitrines           dans le but de stimuler et de croiser les activi-
s’en sont très bien sorties, si pas mieux. Les entre-        tés, booster la créativité et réaliser des écono-
prises plus frileuses, qui ont préféré couper les            mies d’échelles. L’animateur du cluster fait se
budgets sont en plus mauvaise santé aujourd’hui.             rencontrer des entreprises d’un même secteur/
Ce sont les entreprises qui ont osé se renouveler/           domaine, experts, universités, pouvoir publics
innover, qui ont attiré tous les clients des entre-
prises plus frileuses… ».                                     Travaillez-vous au sein d’un cluster ?

Par ailleurs, selon Jan Van Mol, fondateur de
Addict LAB, une entreprise visant à accélé-                                           9%
rer le développement de talents et la produc-
tion d’idées à travers un processus collaboratif                                                       Oui
(crowd-sourcing), « les ICC ont la capacité d’ap-
porter une vision out of the box à l’économie                                                          Non
traditionnelle  : d’où l’idée de faire travailler les                          91 %
économies créatives et traditionnelles ensemble
à la production d’idées et de développer ainsi le
latéral thinking ». Elles ont un impact réel sur la


 Quel est votre degré de satisfaction quant à votre activité au sein d’un cluster ?

         Partage des connaissances
    Bénéfice de l'émulation interne
         Innovation/RD au travers
                     de partenariats
  Partage des outils de productions
 “Chasse en meute” sur les marchés
                          étrangers
  Partage  échange de ressources
                 humaines créatives
  Réalisation d’économies d’échelle
  Obtention de fonds/financements
                          communs
                                       0   10   20       30       40     50      60         70   80   90     100 %
                                                             Satisfait        Insatisfait




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Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



pour travailler ensemble en mode-projet à la RD            pénètre les organisations, par la périphérie et
de nouveaux produits et services culturels ou               par le croisement des filières. Ainsi, dans les
créatifs destinés à rencontrer un marché de niche           Living Labs, les notions de pluridisciplinarité et
porteur. Le clustering favorise le partage des              transversalité sont très fortes. Tous les acteurs
connaissances, l’émulation sur un même secteur,             (acteurs présents dans les clusters citoyens sur
l’innovation et la concentration en masse critique          le territoire, acteurs concernés par l’innovation…)
d’une expertise dans un pays. Le cluster suit un            se rassemblent et font de l’innovation ensemble,
modèle vertical et descendant : le processus d’in-          c’est-à-dire de la co-innovation, en adhérant à la
novation démarre de l’entreprise pour atteindre             démarche Living Lab.
le grand public, mais aussi les entreprises.                Les Living Labs ont plutôt l’ambition de facili-
Aujourd’hui, l’innovation ne passe plus seulement           ter la qualité de l’innovation en termes de ren-
par une approche classique (recherche en labo-              contre avec des besoins sociaux (et non pas la
ratoires, RD, puis développement industriel),              qualité technique et technologique du produit).
mais aussi par les usagers (end-user innova-                Ils capitalisent sur l’usager (groupe d’entreprises,
tion). Tendanciellement, l’innovation de rupture            grande entreprise, client).



            The Egg : le Living Lab de Bruxelles
            Interview avec Alain Heureux, Managing Director
             Quelle est la valeur ajoutée/l’intérêt         permettre de jouer
            de The Egg pour les entreprises créa-           un rôle important
  tives et culturelles en Belgique ?                        au sein du réseau.
  The Egg se veut être un endroit où cohabitent
                                                            Quels seront les
  de façon permanente des univers différents
                                                            domaines d’expé-
  tels que les médias, les jeunes entrepreneurs,
                                                            rimentation sur les-
  le théâtre, l’art, la recherche ou encore l’édu-
                                                            quels The Egg va se
  cation. La cohabitation va éveiller l’intérêt et
                                                            spécialiser pour avoir un
  le respect, et inciter à terme l’échange ou la
                                                            avantage discriminant ?
  découverte qui stimulent l’innovation et la
  créativité. The Egg est évidement ouvert au               Etant, entre autres, le nid des média belges
  monde extérieur du Quartier créant un Cercle              mais étant également désireux d’enrichir la
  Urbain mais également à toute entreprise ou               visite de chaque hôte, nous allons investir dans
  individu qui désire se mélanger au projet The             des applications mobiles et dans des écrans
  Egg afin d’y développer son activité qui va sti-          digitaux afin de faciliter l’interaction entre le
  muler encore plus l’échange et l’ouverture !              contenu, le bâtiment et chaque visiteur. Les
                                                            rôles d’écrans et d’outils mobiles sont straté-
  The Egg est membre de European Networks                   giques tant dans l’univers professionnel que
  of Living Labs (www.openlivinglabs.eu/).                  privé ou culturel, et nous désirons spécialiser
  Pourquoi ?                                                une partie de nos activités vers ces domaines
  La reconnaissance de The Egg en tant que                  en sachant que nous désirons également
  Living Lab est essentielle afin de faciliter l’hé-        rester ouvert pour des recherches ponctuelles
  bergement de projet de recherche tant au                  en tout genre.
  niveau belge qu’européen mais également
  afin d’échanger des idées et projets avec les             Comment accélérer la créativité et l’innovation
  autres Living Labs en Europe. The Egg se situe            dans l’économie belge ? Quels freins faudrait-il
                               à 500 m de la gare           débloquer ?
                               du Midi qui est un           Il faut d’abord une ouverture d’esprit et de
                               point de rencontre           l’audace, qui malheureusement ne sont pas
                               direct entre Paris-          toujours des points forts de notre civilisation
                               Londres-Cologne-             européenne ou belge. Il faut dès lors espérer
                               Amsterdam mais               que des initiatives privées telles que The
                               indirectement                Egg et autres lieux vont pouvoir favoriser les
                               avec toute l’Eu-             échanges et inciter les individus à s’ouvrir et à
                               rope au travers              s’intéresser aux autres. Les autorités publiques
                               de la connexion              devraient dégager des moyens comme la
                               avec Zaventem. De            région flamande vient de le décider malgré la
                               plus, The Egg est            crise économique. L’Europe va devoir unir ses
                               situé au cœur de             Etats si nous désirons encore pouvoir jouer un
                               Bruxelles… capi-             rôle demain parmi les grandes économies exis-
                               tale de l’Europe ce          tantes et émergentes… le talent est présent,
                               qui devrait nous             mais il faut s’unir et fédérer nos forces !




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Soutenir la création par une meilleure                         de la valeur de la création (musique, cinéma…)
protection du droit d’auteur                                   comme en témoigne le succès du peer-to-peer,
                                                               du streaming gratuit… Ces développements
                                                               menacent la création et la rémunération juste et
 Est-ce important pour vous de souscrire
                                                               équitable des ayants droits. Le piratage dans les
 à la protection de droits d’auteur ?
                                                               industries culturelles et créatives européennes
                                                               aurait engendré une perte de chiffre d’affaires
                                                               de 9,9 milliards d’euros et plus de 185 000 des-
                                                               tructions d’emploi en 2008. A ce rythme et en
           34 %                           Oui                  l’absence de mesures correctrices de la régle-
                                                               mentation, les industries créatives européennes
                        66 %                                   pourraient accuser un manque à gagner cumulé
                                          Non
                                                               de 240  milliards d’euros d’ici 2015, induisant
                                                               1,2 million de pertes d’emplois d’ici là.
                                                               Musique, film, contrefaçon dans la mode et l’art…
                                                               plus aucun secteur n’est épargné, comme en
                                                               témoigne l’actualité fin 2011 concernant la danse
La protection de la création est nécessaire pour               belge. Après la compagnie Rosas de Teresa De
préserver les emplois actuels et futurs dans les               Keersmaeker, plagiée par le clip «  Countdown  »
ICC. 66  % des répondants de notre enquête en                  de Beyoncé, la compagnie Charleroi-Danses a
ligne reconnaissent l’importance de la souscrip-               réagi à la nouvelle campagne Chanel, «  Shade
tion aux droits d’auteurs. La gestion collective               Parade  », en raison de divers points communs
des droits d’auteur en musique, par exemple,                   avec le spectacle « Kiss  Cry » de Michèle-Anne
est une source de revenus significative pour les               De Mey et Jaco Van Dormael.
artistes, les éditeurs et les producteurs.                     Certains acteurs pensent que le droit d’auteur
58 % estiment que la protection du droit d’auteur              n’est plus adapté aux évolutions numériques
est d’abord importante au niveau international.                puisque le web repose en grande partie sur
Les droits d’auteur7 constituent une contrepartie              une culture du partage, d’open-innovation et
à la fois morale et économique incitant à la créa-             du remix de morceaux de musique, d’extraits
tivité et l’inventivité, et à l’investissement dans            de film… D’autres experts notent une évolution
de nouvelles œuvres. Le droit moral prime sur le               inexorable vers le double domaine  : le domaine
bénéfice économique associé.                                   partagé et le domaine protégé.
Internet rend la protection du droit d’auteur de               Le droit d’auteur est à la croisée des chemins,
plus en plus difficile. La Fédération Internationale           comme en témoigne le vif débat de société  :
de l’Industrie Phonographie (IFPI) estimait que,               « Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère de
en 2008, près de 40 milliards de fichiers étaient              “free culture” où le droit d’auteur est dépassé ? »
partagés illégalement en ligne, et seulement 5 %               ou bien faut-il «  conserver les principes inscrits
des chansons ont été téléchargées légalement.                  dans la loi et appliquer le droit d’auteur de force
Au premier semestre 2011, selon la Belgian Anti-               (ex. : loi Hadopi en France )? »
piracy federation 1,3  millions de fichiers illicites          Les questions sont nombreuses  : Qui doit payer
ont été supprimés, 154  819  contrefaçons saisies              pour la création sur internet  ? Le site de télé-
et 829  interventions des services de police, de               chargement illégal  ? L’utilisateur téléchargeant
douane et du SPF Economie. Au total, plus de                   illégalement ? Les fournisseurs d’accès à internet
1 300  artistes et groupes sont concernés, parmi               (FAI) et les opérateurs télécoms ?
lesquels figurent en tristement bonne place
des talents locaux tels que Axel Red, Selah                    7- La notion de « droit d’auteur » en Europe continen-
                                                               tale se distingue de celle du « copyright » anglo-saxon,
Sue, Stromae, Hooverphonic, Adamo, Daan…                       notamment par le droit patrimonial et moral attaché à
mais aussi des films belges comme «  Goodbye                   la personne de l’auteur d’avantage qu’à son œuvre en
Bafana », « Mister Nobody » ou « Largo Winch 2 ».              droit d’auteur, ou par les exceptions au monopole de
                                                               l’ayant-droit. Pour le propos de cette étude, le droit
Le piratage numérique est d’abord un pro-                      d’auteur est utilisé de façon générique pour désigner le
blème d’individus qui ont perdu la conscience                  droit qui protège les auteurs.


 Vous souscrivez à la protection des droits d’auteur, pourquoi ?

               Protéger la propriété intellectuelle
        de la contrefaçon au niveau international
      Récolter des droits de propriété et d’auteur
               Protéger la propriété intellectuelle
               de la contrefaçon au niveau belge
                     Faire connaître mon produit
                                                      0    10         20       30        40       50       60 %




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Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



Le modèle du «  tout droit réservé  » fait douce-
ment place au modèle « certains droits réservés »                   Allier les outils technologiques
avec des solutions contractuelles  : le renforce-                   aux outils juridiques :
ment des soft law non juridiquement contrai-                        quelle est la bonne formule ?
gnante (codes de bonne conduite, Memorendum                         L’outil juridique est indispensable mais
of Understanding…), les licences-types Créative                     pas assez efficace, seul, pour remédier à la
Commons qui laissent à leurs titulaires la possi-                   violation des droits de propriété intellec-
bilité d’établir à l’avance les droits qui leurs sont               tuelle. Diverses solutions techniques exis-
réservés et de fixer le degré de liberté laissé à                   tent contre l’utilisation non-autorisée  : le
l’utilisation par le public…                                        tatouage numérique, les empreintes numé-
La Commission européenne a l’intention de fixer                     riques, le cloud computing… Ces systèmes
de nouvelles règles permettant d’établir le juste                   de traçage peuvent aider à l’identification
équilibre entre la rémunération des entreprises et                  d’un bien/service, la protection de celui-ci et
des auteurs et l’accès large aux biens et services                  sa prévention. Reste à savoir à qui incombe
protégés pour les citoyens européens8. Plusieurs                    la responsabilité d’investir dans ces techno-
propositions sont posées, sans qu’une solution                      logies et réguler l’utilisation de celles-ci.
européenne ne soit encore en vue9.                                  Pour Michel Gyory, avocat spécialiste du
                                                                    droit d’auteur, il faut se poser la question
 Un autre      regard                                               de savoir si certaines mesures actuellement
                                                                    envisagées sont susceptibles de consti-
  Un centre d’information sur les droits                            tuer un soutien efficace aux créateurs en
  d’auteurs aux Etats-Unis                                          Belgique et en Europe. Selon lui, une licence
  En réponse à l’augmentation des téléchar-                         globale ou le paiement d’une rémunération
  gements illégaux de contenus en ligne, les                        imposée aux FAI ne permettrait pas aux
  industries du cinéma, de la musique et de la                      jeunes créateurs de vivre de leur création et
  télévision, en partenariat avec des fournis-                      ne les stimulerait plus. « S’il suffisait de payer
        seurs d’accès à internet, ont constitué                     50  euros par an pour se servir librement
          un centre d’information sur le droit                      dans un supermarché, les produits qui y sont
           d’auteur. Celui-ci a pour mission                        vendus disparaîtraient très vite du marché ».
           d’alerter les internautes quant à                        C’est pourquoi, il se prononce plutôt en
           leur consultation de sites internet                      faveur d’un système de «  licence d’utilisa-
          frauduleux.                                               tion privée  » à travers un système de fac-
                                                                    turation individuelle d’œuvres protégées,
      Ayant une vocation pédagogique, cet
                                                                    « marquées » de façon à pouvoir être iden-
  outil fonctionne au travers d’un système
                                                                    tifiées automatiquement par les fournis-
  d’alertes consécutives  : les deux premières                      seurs d’accès qui seraient rémunérés pour
  sont informatives, les troisième et quatrième                     ce service. Avec ce modèle de traçage du
  alertes obligent l’utilisateur à en accuser                       «  clic  », l’abonné retrouverait sur sa facture
  réception. Arrivé à la 5e alerte, le FAI prend                    téléphone/internet le détail de sa consom-
  des sanctions pour remédier à la fraude par                       mation d’œuvres protégées téléchargées
  des moyens tels que la diminution provisoire                      au départ de sources non autorisées par les
  de la bande passante, la réorientation vers                        ayants droit.
  une page d’accueil jusqu’à ce que l’inter-
  naute contacte le FAI et soit informé de ses
  obligations au regard du droit d’auteur, ou                     Vers une gestion plus optimale
  autres mesures.                                                 de la perception des droits d’auteurs
  Le but final de ce travail de sensibilisation                   Les entretiens de terrain ont mis en évidence
  est d’encourager les internautes à renoncer                     un problème de suivi et de perception des
  à la consultation de sites frauduleux.                          droits d’auteur par les sociétés de gestion.
                                                                  Conséquence  : un manque à gagner pour les
                                                                  entrepreneurs dû à une charge supplémen-
8- Communication of the European Commission « A                   taire en termes de temps et de backoffice pour
single market for intellectual property rights – boosting         assurer le suivi de la diffusion des œuvres à
creativity and innovation to provide economic growth,             la radio, publications, festivals…. Or, ces coûts
high quality jobs and first class products and services in        sont parfois supérieurs aux recettes attendues
Europe » 24 mai 2011.                                             (petits concerts…). Les fermes recommandations
9- En septembre 2010, le Parlement européen adoptait              de la Commission européenne pour optimiser
le rapport Marielle Gallo appelant de ses vœux une                le management des sociétés de gestion, et le
harmonisation des législations en matière de Droit d’au-
                                                                  développement de nouvelles technologies de
teur. Au printemps 2011, la Commission européenne a
dévoilé une nouvelle stratégie en matière de propriété            type I-collector pour le suivi des morceaux sur
intellectuelle (pour plus d’informations www.ec.europa.           les radios, devraient permettre une gestion plus
eu/internal_market/indprop/index_fr.htm)                          sereine des droits d’auteur.



                                                             26
l  es industries créatives et culturelles à l’international
  L
Les entrepreneurs créatifs belges ont la répu-                marché belge est insuffisante à un certain niveau
tation d’être assez ouverts au monde, cosmo-                  d’ambition. 62  % des personnes interrogées
polites et de s’adapter facilement. Mais une                  affirment être déjà présents à l’étranger et 18 %
ouverture à l’international est aussi synonyme de             le seront dans un futur proche. Les répondants
contraintes pour les entrepreneurs. Les pouvoirs              basés en Wallonie (54  %) exporteraient moins
publics peuvent agir sur ces contraintes.                     par rapport à ceux basés à Bruxelles (69  %) ou
                                                              en Flandre (65 %).
                                                              L’Europe reste la destination principale en
                                                              matière d’exports, le plus souvent les pays limi-
 Etes-vous présent à l’international ?
                                                              trophes à la Belgique. Les exportations se font
                                                              le plus souvent en destination de la France pour
                                                              les entrepreneurs francophones ou les Pays-Bas
         18 %                                                 pour les néerlandophones. Mais les pays émer-
                                      Oui
                                                              gents (BRIC, Moyen Orient) sont clairement iden-
                                      Non                     tifiés comme des marchés porteurs dans le cadre
     20 %            62 %                                     d’exports de produits dits « de luxe » comme la
                                                              lingerie fine ou les accessoires de mode.
                                      Non, mais prévu
                                                              Si une majorité des répondants est déjà présente
                                                              à l’étranger, sous une forme ou une autre, la
                                                              part du chiffre d’affaire de cette présence reste
                                                              modeste. 58 % des entreprises exportatrices réa-
L’exportation des créations belges :                          lisent moins de 20  % de leur chiffre d’affaire à
un passage obligé mais avec des résultats                     l’export.
encore timides                                                La forme que revêt la présence à l’international
Les entreprises créatives belges qui veulent                  des entreprises créatives est variée  : l’export de
un certain rayonnement, réalisent tôt ou tard                 produits et services (66 %), des partenariats avec
qu’elles ont besoin de se tourner vers l’interna-             des entreprises étrangères (41 %), la présence sur
tional pour soutenir leur croissance. La taille du            les foires, salons  showrooms (36 %).


 Quelle part de votre chiffre d’affaires est due à vos activités à l’étranger ?


                              80 % à 100 %
                               60 % à 80 %
                               40 % à 60 %
                               20 % à 40 %
                            Moins de 20 %
                                        0%
                                                0   10        20       30       40       50      60       70 %



 Quelle forme votre internationalisation a-t-elle prise ?


            Export de produits  services
                   Partenaires à l’étranger
              Présence sur foires, salons 
                    showroom à l’étranger
 Participation à des conférences à l’étranger
  Employés/talents venant de l'étranger
            Import de produits  services
     Bureau à l’étranger (sous ma marque)
      Le siège social de mon entreprise
                    se trouve à l’étranger
                                                0   10        20       30       40       50      60       70 %




                    80 % à 100 %
                                                         27
                     60 % à 80 %
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



S’expatrier ne fait pas nécessairement le bonheur.         Les besoins rencontrés sur le volet
Certains entrepreneurs de la mode interrogés               internationalisation
ont choisi de rester à Bruxelles plutôt que de
                                                           Près de 50  % des entreprises créatives belges
s’installer à Paris, cela pour bénéficier de condi-
                                                           répondant à l’enquête en ligne désirent plus de
tions favorables à la création dans la mode.
                                                           soutien financier de la part des pouvoirs publics
                                                           pour monter à l’international. Les opportunités
 Un autre      regard                                      de réseautage avec des partenaires à l’étranger
                                                           sont également une priorité à soutenir pour les
 Le Québec lance en 2011 un fonds                          entrepreneurs.
 de 100 millions de dollars pour exporter
 la culture québécoise                                     La rétention des RH qualifiées et la maîtrise de
                                                           l’anglais sont des enjeux clés pour tout dévelop-
 Conscient de l’importance d’une bonne visi-               pement économique hors Belgique.
 bilité de ses créateurs à l’international, le
                                                           L’accès à l’information sur les marchés inter-
 gouvernement québécois à lancé un fonds
                                                           nationaux, tendances et notes de prospective
 de 100 millions de dollars canadiens destiné
                                                           posent difficulté (études de marchés, aides dis-
 à « soutenir des projets culturels qui veulent
                                                           ponibles…) pour plus de 20 % des répondants.
 obtenir un rayonnement international  ». Le
 fonds sera alimenté pour sa totalité par des              Les ICC belges investiraient trop peu dans les
 institutions publiques : la société de dévelop-           relations publiques (outils de communication et
 pement des entreprises culturelles (SODEC)                marketing, attachés de presse…), contrairement
 et le fonds de solidarité (FTQ). Le fonds                 aux homologues étrangers. Citons les chambres
 n’agira pas via des subventions mais bien                 de commerces italiennes ou françaises qui achè-
                                                           tent des encarts publicitaires pour leurs produits
 par des participations aux frais de promotion
                                                           créatifs et culturels dans les magazines de luxe
 internationale.
                                                           des villes stratégiques (NY, Tokyo…). Au niveau
 Les investissements proposés s’échelonnent                local, à Bruxelles, la démultiplication des offices
 entre 2 millions $ au minimum et 20 millions              de tourisme et agendas culturels non exhaustifs,
 $ au maximum. Le promoteur d’un projet                    l’absence de stratégie de city-marketing évidente
 créatif doit donc investir lui aussi et devra             à Bruxelles, nuisent à la bonne compréhension
 démontrer l’intérêt et la rentabilité de l’inves-         des touristes et expatriés de la richesse de la
 tissement pour obtenir les fonds demandés.                création culturelle belge, alors que ces cibles
 Le gestionnaire du fonds, André Provencher                sont aussi des prescripteurs de tendances.
 (ancien patron d’une société dans le secteur              La «  chasse en meute  » interrégionale existe
 de la presse audiovisuelle et de l’édition), vise         mais reste rare. Le Flanders Fashion Institute et
 une rentabilité de 12 à 17 %. Pour l’instant, la          Wallonie Bruxelles Design Mode partagent une
 durée de vie du fonds est limitée à 8 ans mais            plateforme pour pouvoir bénéficier du succès
 il pourra être pérennisé, si les résultats sont           du « label belge ». Pour la promotion du cinéma
 concluants.                                               belge au Festival de Cannes en 2010, Wallonie
                                                           Bruxelles Images (WBI) et Flanders Image ont


 Quels éléments cités ci-dessous aideraient votre entreprise à être plus forte/compétitive
 au niveau international ?


                    Support financier

            Partenariats/networking
         avec entreprises étrangères
     RH bien qualifiées et informées
         sur le marché international

          Connaissance des langues

       L’amélioration des structures
    d'aide spécifiques à mon métier
            Accès à des études de
     marchés étrangers spécifiques
  Législation européenne commune
          (le droit d’auteur, fiscalité)
              Services intermédiaires
                     d’import/export
           Services de logistique et
   d’assurances pour import/export
                                           0    10             20           30           40            50 %




                                                      28
Un autre   regard 
 DUTCH Design Fashion Architecture,
 un exemple d’investissement dans
 la mise en place des conditions
 d’installation des industries culturelles
 et créatives aux Pays-Bas
 Aux Pays-Bas, le programme stratégique
 DUTCH Design Fashion Architecture (DUTCH
 DFA) d’une durée de 4 ans (2009- 2012) vise à
 renforcer la position internationale de trois sec-
 teurs d’activité : le design, la mode, l’architec-
 ture d’extérieur et d’intérieur. Quatre marchés
 cibles sont visés : la Chine, l’Inde, l’Allemagne et
 la Turquie. Ce programme se déploie à travers
 une approche partenariale publique/privée
 entre les six associations professionnelles repré-
 sentant les entreprises des trois branches aux
 Pays-Bas, le ministère néerlandais de l’Educa-              de renforcer le chiffre d’affaires des entreprises
 tion de la Culture et des Sciences, le ministère            participantes au programme et de soutenir l’en-
 des Affaires étrangères, le ministère des Affaires          trepreneuriat international, en capitalisant sur
 économiques, les villes Amsterdam, Eindhoven                les réseaux diplomatiques et les contacts étran-
 et Rotterdam, et le bureau du maître architecte             gers existants. Concrètement, le programme
 du gouvernement. A vocation temporaire, il                  soutient des visites d’étude, la mise en relation
 opère en addition des structures sectorielles et            d’entreprises (matchmaking), les incubateurs, la
 des infrastructures existantes pour soutenir l’in-          participation à des Forums et expositions pro-
 ternationalisation des ces trois secteurs.                  fessionnelles dédiés… Le budget est de 3 mil-
 L’originalité de DUTCH DFA est la collaboration             lions d’euros par an en provenance des trois
 multi-disciplinaire et l’approche de long terme. Il         ministères, complété d’environ 25  000  euros
 s’agit de limiter les barrières d’accès à ces pays,         par an par deux institutions culturelles.



loué un appartement avec une terrasse située en              zone est consacrée aux seuls architectes, présen-
face du Palais pour y organiser des soirées et des           tés de manière très professionelle ».
rencontres dans le cadre du « off » de Cannes.               Au global, la communication à l’international sur
Un certain nombre d’entreprises exportatrices                les créatifs belges est plutôt « déterritorialisée ».
interviewées souhaitent une action/ambition                  Les références aux régions ou à la Belgique dans
plus forte de la part des autorités publiques                les médias professionnels de la culture restent
pour la promotion des ICC belges à l’interna-                discrètes.
tional et une meilleure sensibilisation des fonc-            Résultat : les spectateurs s’émerveillent devant
tionnaires aux logiques économiques propres                  les films 3D réalisés par les studios américains et
de chacune des ICC. L’architecte David Roulin                ignorent que ces techniques de 3D ont été déve-
témoigne «  au MIPIM par exemple, (ndlr : le                 loppées par des entreprises belges. Aussi, les
marché de l’immobilier qui se tient chaque année             amateurs d’art saluent la qualité des expositions
à Cannes) Bruxelles, pourtant capitale de l’Eu-              du MOMA mais ne savent pas que cette même
rope, est représentée très timidement au travers             exposition était présentée au Wiels quelques
d’un stand peu emblématique. Les architectes                 mois auparavant. A plusieurs reprises au cours
y bénéficient d’un morceau de comptoir sur                   de nos entretiens, la création d’un département
lequel quelques brochures sont disposées, en                 presse structuré à l’étranger soutenu par le gou-
désordre... En comparaison, la ville de Londres              vernement fédéral, a été souhaité pour faire du
loue un chapiteau entier dans lequel toute une               bruit dans la rumeur du monde.




                                                        29
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique




Nouveau monde, nouvelles idées
La culture a prouvé qu’elle pouvait être un           (formation, accès au financement, innovation et
vecteur de croissance qui contribue à la dyna-        droit d’auteur, internationalisation) : les industries
mique de l’économie générale d’une ville, d’une       créatives et culturelles ont besoin de l’ensemble
région, au point de devenir un élément signifi-       des structures de gouvernance et de l’atten-
catif dans la compétition que se livrent les terri-   tion politique qu’ont les secteurs de l’économie
toires pour attirer les entreprises.                  traditionnelle.
Les constats des entrepreneurs belges inter-          En guise de conclusion, il nous semble essentiel
viewés ou sondés sont relativement homo-              de poser deux débats pour inspirer l’action en
gènes sur les 3 régions et les 4 thèmes balayés       faveur des entrepreneurs de la culture.




l   Mieux connaître l’économie créative et culturelle
    et évaluer en continu les actions de soutiens
La culture est considérée traditionnellement          certain dogmatisme ou élitisme des représen-
comme relevant exclusivement de la gestion            tations et d’une logique d’action en silos. Les
publique (notamment des Communautés lin-              lignes bougent : le secteur public se soucie de
guistiques en Belgique) et souffre parfois d’un       rentabilité et le privé s’attache au non-écono-
                                                      mique. La culture est une économie en soi qui
                                                      suppose une coordination des actions entre poli-
                                                      tiques (culture, tourisme, éducation, économie,
                                                      recherche…) et entre niveaux de pouvoirs, pour
                                                      mieux stimuler ce nouveau moteur de créativité
                                                      et d’innovation.
Pour gagner en lisibilité, responsabilisation et
légitimité, un travail de connaissance sur les
dynamiques de soutien à l’économie culturelle et
créative, au sens large, nous semble un préalable.
La communauté flamande a fait un énorme effort
de soutien à la culture, notamment à travers
le kunstendecreet qui permet d’objectiver ses
initiatives et arbitrer des décisions d’investisse-
ments dans les arts/ICC (musique, arts visuels,
audiovisuel, nouveaux médias ainsi qu’à leurs
croisements hybrides). Cette démarche permet
de mettre les demandeurs de subsides sur un
certain pied d’égalité, de délimiter le lobbying
politique et ainsi d’apporter plus de transpa-
rence et d’objectivité aux décisions. La question
de l’évaluation des politiques culturelles et ses
investissements est essentielle  : objectiver, c’est
légitimer l’action publique auprès des publics.
C’est pourquoi, Kurt Salmon formule les pistes de
réflexion suivantes :                                        ou créative  : le renouvellement des subsides
n  élinéariser l’économie créative et culturelle :
  D                                                          devrait être mis en regard avec ce baromètre
  cette délinéarisation dans le cadre statistique            qualitatif et quantitatif, pour sortir d’une
  belge (en synergie avec les travaux d’ESS-net/             logique de guichet et renforcer la légitimité
  Eurostat) facilitera l’appréciation du poids, des          du soutien par l’argent public de zones d’ex-
  évolutions et impacts des ICC sur l’économie.              périmentation créative forte, dans le respect
                                                             de la diversité culturelle. Prenons par exemple,
n  valuer en continu les politiques de soutien à
  E
                                                             un faisceau d’indices documentant la part du
  l’économie créative et culturelle  : ces évalua-
                                                             mécénat et sponsoring des entreprises ICC, les
  tions (ex ante, in itinere, ex post) permettraient
                                                             recettes de ventes de billets, la croissance du
  d’objectiver les débats grâce à des rapports
                                                             public/clients, la fidélisation des abonnés… Une
  publics, à l’instar des études d’impacts des
                                                             part des subsides alloués (5  % par exemple)
  programmes européens ou des capitales euro-
                                                             pourrait être attribuée par le récipiendaire au
  péennes de la culture.
                                                             temps-homme pour mener l’évaluation de ce
n  ettre en place un baromètre global d’indica-
  M                                                          subside sur les résultats quantitatifs et qualita-
  teurs du «  succès  » de l’entreprise culturelle           tifs à l’attention de l’administration.




l   Rassembler les forces vives des industries créatives
    
    et culturelles
L’aide aux ICC existe. Les décideurs politiques             Sur la base de ces constats, Kurt Salmon formule
ont pris conscience de l’importance de l’écono-             les pistes de réflexion suivantes :
mie mauve, vectrice d’innovation et créatrice               n  outenir la création de guichet unique/plate-
                                                              S
d’emplois. Néanmoins, il semble que les initia-              forme inter-ICC : au niveau de chaque région,
tives prises à leur égard ne sont pas d’une effica-          cette plate-forme favoriserait la lisibilité
cité optimale.                                               du paysage d’acteurs représentant les inté-
Nous l’avons vu, l’écosystème créatif et cultu-              rêts des ICC en Belgique et à l’international.
rel comprend une nébuleuse d’acteurs (entre-                 Outre la simplification administrative possible
preneurs, créateurs, associations, organismes                des formulaires, des critères de sélection, et
publics/parapublics), de sources de financement              calendrier des appels d’offres, cette logique
possibles (fonds d’investissements), de formu-               permettrait des économies d’échelle par la
laires, de guichets, d’agendas… dans laquelle l’en-          mutualisation des ressources, mais aussi de
trepreneur créatif doit se retrouver.                        fluidifier l’échange de savoirs, d’opportunités



                                                       31
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



                                                            centre de recherche et des nouvelles technolo-
                                                            gies. L’objectif étant d’encourager les initiatives
                                                            et projets innovants par la fertilisation croisée
                                                            des expertises. Par exemple, nous pensons aux
                                                            actions suivantes :
                                                           –  réer une cellule de coordination interrégio-
                                                             C
                                                             nale des politiques culturelles.
                                                           –  évelopper des pépinières de «  start-up
                                                             D
                                                             culturelles  » en partenariat avec des com-
                                                             munes/régions, des campus de grandes
                                                             entreprises ou d’universités.
                                                             D
                                                           –  évelopper le système de chèques de type
                                                             « creative credits » pour encourager l’écono-
                                                             mie traditionnelle à travailler avec les créatifs
                                                             et soutenir l’innovation soft.
                                                           –  uvrir les théâtres, galeries, musées, cinémas,
                                                             O
                                                             autant de lieux qui en dehors de leur fonc-
 entre les associations professionnelles des                 tion première pourraient être appropriés par
 ICC, les organismes publics et les entreprises.             les entrepreneurs et la société civile, comme
 Flanders DC est une structure ombrelle qui                  des hubs de business créatifs, des lieux
 s’est déjà bien imposée comme un centre de                  d’échange.
 ressources, de lobbying des ICC de la région.             –  rganiser le prix de l’entrepreneur créatif/
                                                             O
 Un site web et une web tv (ex.  : Lab2010.tv                culturel de l’année, en lien avec les médias
 pour la région de la Ruhr) facilitent la commu-             afin de booster une excellence dans ces sec-
 nication multidisciplinaire sur une région et à             teurs et une reconnaissance/valorisation des
 l’étranger.                                                 talents nationaux.
n  réer des espaces, des moments, des outils
  C                                                       Les entrepreneurs belges rencontrés en témoi-
 de rencontre : il s’agit de permettre un contact         gnent. Malgré la crise, on ne peut plus ignorer les
 régulier entre artistes, financeurs en tout genre        dynamiques de l’économie mauve en Belgique,
 –  de la grande banque aux business angels  –,           qui représente le futur, et non le passé. C’est le
 grandes entreprises des industries culturelles,          moment d’investir.




                                                     32
Annexes




          Kurt Salmon vous propose trois études de cas
          sur le marché de l’art, le gaming et la mode en
          Belgique.
          Ils nous ont permis de comprendre les écosys-
          tèmes, les chaînes de valeur et jeux d’acteurs
          spécifiques à ces segments, mais aussi de mettre
          en relation leurs défis communs.
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



l  e marché de l’art : un marché qui traverse la crise
  L
Le marché de l’art a relativement bien résisté à la        traditionnelle d’intermédiation artiste-client, vers
crise de 2008. Seules les attitudes des acheteurs          une fonction de production : la galerie prend de
ont changé en faveur de l’investissement dans les          plus en plus souvent à sa charge une partie des
valeurs confirmées à l’international ou dans de            frais de production des artistes.
jeunes talents prometteurs de l’art contemporain.          Les Foires d’art, lieu de rencontre entre les col-
En effet, l’investissement dans l’art contemporain         lectionneurs et les galeries, visent à offrir aux
est devenu une « valeur refuge » très crédible à           galeries participantes de la visibilité au niveau
côté des investissements en bourse et en immo-             national et international. Aujourd’hui, la plus
bilier, moins attractifs depuis 2008.                      grande foire d’art contemporain européenne est
Le commerce de l’art génère directement 2,3 mil-           Art Basel  : il faut y être invité pour y exposer,
lions d’emplois directs dans le monde. A cela,             sélectivité qui tient compte de la qualité de la
s’ajoutent les emplois dans la vente d’art (res-           programmation des galeries. En 2011, seules
tauration, marketing, foire, transport…), soit             8  galeries belges y sont invitées (Hufkens,
325  000  emplois supplémentaires. La Belgique             Janssen, Zeno X, Greta Meert Micheline Szwajcer,
occupe la 4e place en termes d’emploi dans le              Baronian, MFC Michèle Didier, Jan Mot, Meessen
commerce de l’art en Europe, derrière la France,           de Clerq).
la Grande-Bretagne et l’Italie.                            Notons également un développement de nou-
                                                           veaux intermédiaires : les entreprises de leasing
Définitions                                                d’œuvres d’art (procédé de location d’œuvres
n  e marché de l’art (Fine Art Market) désigne
  L                                                        sur une durée déterminée plus ou moins longue
  l’ensemble des transactions portant sur les arts         avec possibilité d’achat à prix fixé au terme du
  plastiques, graphiques (sculpture, peinture,             contrat) et les assistants aux artistes pour gérer
  photo) et sur les objets de collection (bijoux,          leur PR/back office.
  mobilier…) ;                                             Enfin, c’est par le biais de maisons de ventes et
n  ’art contemporain est l’art qui est «  en train
  L                                                        de leurs ventes publiques qu’on parvient à fixer
  de se faire  » et désigne, par convention, les           le prix d’un artiste  : l’offre et la demande pour
  œuvres des années 1960 à aujourd’hui. La                 une œuvre d’art s’y rencontrent.
  non-reproductibilité du processus de créa-
  tion, la convention d’originalité, et une pré-           Positionnement international
  sence tant sur le marché primaire (galeries)             de la Belgique et chiffres clefs
  que sur le marché secondaire caractérisent l’art         La Chine est désormais numéro 1 des ventes aux
  contemporain.                                            enchères de Fine Art, suivi des Etats-Unis et de
                                                           la Grande-Bretagne. Néanmoins, la Belgique,
Les acteurs économiques du marché                          pour sa petite taille, se défend sur ce marché,
de l’art contemporain belge                                avec une vingtaine d’artistes (Wim Delvoye,
Les œuvres d’artistes commencent souvent                   Chris Martin, David Claerbout, Luc Tuymans,
leur parcours dans des galeries. On distingue              Marcel Broodthaers, Francys Alys…) reconnus
3  types de galeries
en Belgique  : l’espace
à disposition contre
loyer (75  %), les gale-
r i e s co m m e r ç a n te s
(15  %) et les galeries
de promotion (10  %).
Les galeries de promo-
tion génèrent les plus
gros chiffres d’affaires,
variant entre 500  000
et 25  millions d’euros.
Les galeries sont la
plupart du temps des
PME, prenant la forme
d’une SA ou d’une
SPRL et employant
en moyenne 2-3  per-
sonnes à temps plein.
Depuis les années
90, le rôle des gale-
r i e s d e p ro m o t i o n
évolue, d’une fonction


                                                      34
internationalement et présentés dans
les musées (MOMA, Guggenheim,
Tate Modern à Londres…). Depuis
2008, chaque année, ARTPRICE
recense 3  artistes belges contem-
porains dans son Top  500 des
artistes les mieux vendus au monde.
Bruxelles, berceau de la bande-
dessinée, bénéficie également d’un
marché en pleine croissance, celui du
9e art.
Parmi les foires d’art Linéart et la
BRAFA (antiquités), Art Brussels
se positionne comme 3e  foire d’art
contemporain de l’Union euro-
péenne, après Art Basel (n°  1)
et la Frieze à Londres (n°  2).
Elle attire chaque année entre
25  000 et 30  000  visiteurs. Le
succès des foires en Belgique
est reconnu. A titre d’exemple,
l’Affordable Art Fair (AAF), à
Bruxelles a connu à son lancement, en 2009,                 mais aussi, dans une moindre mesure, à Knokke,
un succès inespéré par rapport aux lancements               Gand et Anvers. Le nombre de salles de vente
des AAF dans les métropoles voisines (Londres,              en Belgique augmente également chaque année
Paris, Amsterdam). Et cet engouement se                     selon Dominique de Villegas, directeur de la
confirme : 10 500 visiteurs en 2009 (1re édition),          maison Horta : on en compte 48 aujourd’hui.
11 500 en 2010, et 15 000 en 2011.                          Le mot se donne ou bien se construit : Bruxelles
                                                            est considéré comme un nouveau « spot » pour
Le marché de l’art contemporain                             artistes. Elle a toutes les qualités de Berlin, mais
en Belgique : les forces en présence                        avec les acheteurs en plus ! Les prix relativement
                                                            compétitifs de l’immobilier, la multiculturalité de
Le centre d’art contemporain WIELS a ouvert                 la capitale européenne, la concentration et la tra-
en 2007 suite à la reconnaissance d’un certain              dition de collectionneurs d’arts avec un certain
manque d’art contemporain d’envergure, à                    pouvoir d’achat, et l’enseignement supérieur de
Bruxelles. Aujourd’hui, il est perçu comme                  pointe en arts plastiques (La Cambre à Bruxelles,
un acteur et un catalyseur d’art contemporain               la Koninklijke Académie voor Schone Kunsten à
incontournable en Belgique, et en Europe. Son               Gand, St-Luc à Bruxelles, et à Liège) de la ville
programme de résidence d’artistes est reconnu               poussent de plus en plus les artistes et galeries à
internationalement : le WIELS coopère avec des              venir s’installer en Belgique.
institutions culturelles à travers le monde, en par-
ticulier avec le MOMA (Museum of Modern Art à               Pistes de réflexion pour le marché
New York) ou la Tate Modern (à Londres).                    de l’art contemporain belge
Par ailleurs, selon des observateurs avisés, la             L’art contemporain et le 9e art attirent galeries,
Belgique a probablement, avec la Suisse, le plus            foires, touristes et collectionneurs en Belgique.
fort ratio de collections d’entreprises (Belgacom,          Le sait-on seulement ? Sur le thème de la com-
Dexia, ING, Lhoiste, D’hont-Dhaes, Vanhaerents…)            munication de cette singularité qui relève du
privées et de particuliers d’art par habitant. Ces          city marketing, les entretiens menés convergent
collectionneurs, progressistes et friands d’art             pour témoigner d’une tendance au saupoudrage
étranger, sont vus comme des experts, voire                 des subsides, d’un foisonnement tout azimut de
des « trend-setters ». Les galeries étrangères se           projets sans stratégie culturelle claire, du moins
bousculent pour vendre leurs œuvres à des col-              pour Bruxelles-Capitale, et sans objectivation ex
lectionneurs belges car cela produit un « effet de          ante ou ex post suffisantes des décisions poli-
prestige » en retour pour la galerie dans le milieu         tiques. Une meilleure reconnaissance des acteurs
de l’art.                                                   du monde de l’art contemporain dans la gouver-
Il n’est dès lors pas étonnant de voir les lieux            nance culturelle urbaine est souhaitée pour favo-
d’arts contemporains se multiplier : le site britan-        riser le rayonnement international de Bruxelles
nique www.artfacts.net recense une augmenta-                et de l’art contemporain belge. Enfin le déficit
tion des lieux d’arts contemporains en Belgique,            dans la connaissance des langues (anglais) et des
passant de 267 à 503 entre 2009 et 2011. Le                 nouveaux médias de l’art par les artistes du sud
nombre de galeries privées d’art contemporain               du pays est mis en évidence. D’où des créations
augmente de 240 à 297 entre 2009 et 2011.                   « déjà vues ailleurs » et moyennes, déconnectées
Celles-ci se concentrent surtout à Bruxelles,               des dernières réflexions internationales.



                                                       35
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique




l  ’industrie du gaming en Belgique : un secteur créatif
  L
  émergent aux opportunités à objectiver
Malgré la crise économique, l’industrie du jeu                Acteurs du secteur du gaming
vidéo n’a cessé de croître à travers le monde ces
                                                              L’aventure du jeu vidéo commence chez les
dernières années. En 2011, il y aurait 500  mil-
                                                              développeurs ou les studios. Un studio emploie
lions de «  gamers  » dans le monde, et l’indus-
                                                              des managers de projet, des scénaristes, des
trie capitaliserait à elle seule $65 milliards, ce qui
                                                              programmateurs, des game designers, des
représente une croissance de 54 % par rapport à
                                                              modeleurs 3D, des animateurs, des acteurs, etc.
2007. Les plus gros développeurs se situent au
                                                              Ensemble, ils « inventent » le jeu vidéo. Souvent,
Japon (Nintendo, Sony, SEGA) et aux Etats-Unis
                                                              ils créeront d’abord une «  démo  » avec laquelle
(Blizzard, Electronic Arts, Microsoft). La France
                                                              ils démarcheront les éditeurs pour obtenir les
est le seul pays d’Europe dans le Top 10 avec
                                                              fonds nécessaires pour terminer le jeu. Les édi-
Ubisoft en 7e position. Les tendances du marché
                                                              teurs financent les projets et en assurent la cam-
sont à l’augmentation des ventes de jeux online
                                                              pagne marketing. Etant donné qu’il n’y a plus
(jeux sur réseaux sociaux comme Farmville de
                                                              d’éditeurs belges de jeu vidéo, les développeurs
Facebook) et la dématérialisation de la distribu-
                                                              du pays doivent se tourner vers les acteurs fran-
tion des jeux vidéo ainsi que l’augmentation des
                                                              çais ou hollandais. Une fois le jeu terminé, il sera
développeurs de jeux vidéo indépendants.
                                                              envoyé aux distributeurs, qui assurent le lien
En Belgique, les studios de développement sont                entre les éditeurs et les commerces (les points
apparus depuis une quinzaine d’années et gran-                de vente). Ce rôle est de plus en plus souvent
dissent en taille et en capacité, mais souffrent              assuré par les éditeurs.
d’un manque d’investissements publics et privés.
                                                              Avec l’arrivée des jeux vidéo en ligne et sur
                                                              téléphone mobile, les développeurs indépen-
                                                              dants touchent les consommateurs directement,
                                                              sans passer par des intermédiaires, ce qui leur
                                                              assure une marge plus confortable sur les ventes
                                                              et permet la survie des studios belges comme
                                                              Larian Studios, Fishing Cactus, Belle Production,
                                                              GriN Multimédia, etc.

                                                              Positionnement et chiffres clés du marché
                                                              du gaming belge
                                                              En 2009, le marché du gaming belge atteignait
                                                              570 millions d’euros (revenus surtout issus de la
                                                              distribution de jeux vidéo) et la Belgique comp-
                                                              tait 4,7 millions de gamers.
                                                              Depuis quelques années, la Belgique voit appa-
                                                              raitre dans ses écoles supérieures des cours
                                                              spécialisés en création de jeux vidéo  : une spé-
                                                              cialisation en Game Design à l’école provinciale
                                                              du Limbourg  ; un Bachelier en «  digital arts
                                                              and entertainment  » à HOWEST (Courtrai)  ; un
                                                              master en eMedia au Group T (Louvain) ; l’univer-
Définitions                                                   sité d’Hasselt à développé un centre d’expertise;
                                                              un cursus en infographie en jeu vidéo à la Haute
n  eu vidéo  : œuvre audiovisuelle interactive et
  J
                                                              Ecole Albert Jaquard (Namur).
  ludique où le joueur contrôle l’action qui s’y
  déroule, dans un but de divertissement ou de                Au total, la Belgique compte une trentaine
  compétition                                                 d’entreprises dans le secteur du gaming qui
                                                              emploient environs 400  personnes répartis
n  obile game : jeu vidéo sur téléphone mobile/
  M                                                           entre la Flandre (Gand et Anvers), Bruxelles et
  tablette                                                    la Wallonie (Mons, Genval, Namur, Louvain-la-
n  erious game  : logiciel qui combine une
  S                                                           Neuve). Le pays compte une petite dizaine de
  intention sérieuse, de type pédagogique,                    studios. A l’heure actuelle, aucune entreprise
  informative, communicationnelle, marketing,                 belge ne crée exclusivement du serious game.
  idéologique ou d’entraînement avec des res-                 Par rapport à ses voisins du nord et du sud, la
  sorts ludiques. Les deux types de serious                   Belgique accuse un léger retard, qui s’explique.
  games les plus répandus en Belgique sont les                en premier lieu pour des raisons de taille et de
  édugames (jeux éducatifs) et les advergames                 géographie : la Belgique a « typiquement » tou-
  (jeux promotionnels).                                       jours quelques années de retard avant d’adopter



                                                         36
les nouvelles technologies des grands pays
voisins. Le pays souffre également d’un manque
d’investissement public et privé, voire d’intérêt,
dans le secteur à forts besoins capitalistiques.
Un serious game de base coûterait entre 50 et
200 K€10.
Là où la France stimule la création d’entreprises
par des investissements massifs (20  millions  €
dans le serious game via le Grand Emprunt
2011) et des crédits d’impôts (20  % du montant
des dépenses éligibles jusqu’à maximum 3  mil-
lions € par entreprise et par année), la Belgique
ne compte à ce jour qu’une poignée d’institu-
tions susceptibles de mettre de l’argent dans
le secteur  : Wallimage Cross Media, St’art pour
Wallonie-Bruxelles, et l’IWT, Culturinvest et
l’IBBT (via un financement public de projets de            concentrer longtemps sur un jeu attractif, que
recherche auxquels des entreprises de gaming               dans une salle de classe ou pendant une forma-
peuvent s’associer) pour la Flandre. Les clusters          tion traditionnelle!
qui abritent les entreprises de gaming belges              Développer un serious game coûte au minimum
sont  : TWIST, Infopôle TIC, et un cluster en              10 K€ et est reproductible à l’infini. Les produits
Flandre : ICT voor Socio-economische innovatie,            belges de serious games sont encore en nombre
ainsi que des partenariats transfrontaliers (par           limités, d’envergure régionale, et à petit budgets
ex. : l’association professionnelle game.IN lancés         (50 à 100  K€), en comparaison avec la France
en 2009) avec la région du Nord-Pas-de-Calais.             où les projets sont 10 fois plus grands en termes
                                                           de budget. Cette force de frappe voisine cau-
Le Belgique a tout à gagner à se lancer dans le
                                                           serait un positionnement plus difficile pour les
développement de jeux vidéo (sérieux) dans une
                                                           développeurs belges par rapport au marketing
dynamique transfrontalière. Ici aussi, elle peut
                                                           et à la distribution des grands studios interna-
compter sur sa forte tradition créative dans le
                                                           tionaux. Pourtant, la Belgique n’a pas à rougir
dessin (animation et bande dessinée) et la créa-
                                                           de son talent  : une expertise belge commence
tion artistique (cinéma, son, etc.). Même si le
                                                           à se structurer et à se faire connaître avec par
marché belge est petit, le jeu vidéo a l’avantage
                                                           exemple Neurodyssée, un jeu sérieux déve-
non négligeable de dépasser les frontières de la
                                                           loppé par Belle Production pour développer les
culture et de la langue. Enfin, plusieurs acteurs
                                                           connaissances de l’Europe, qui a remporté le prix
du marché du gaming interrogés sont d’avis que
                                                           spécial du jury lors du salon Serious Game à Lyon
l’élargissement de la loi du tax shelter pour sou-
                                                           en 2010.
tenir le gaming serait un atout pour la stimulation
du l’industrie, comme c’est le cas pour le cinéma
                                                           Pistes de réflexion pour le marché
belge depuis 2003.
                                                           du serious game belge
Le potentiel du serious game en Belgique                   L’attente des entrepreneurs du secteur est forte
                                                           en direction des pouvoirs publics. Le secteur
Le phénomène serious gaming est récent. Il n’y
                                                           souhaite un soutien adapté à la création d’un
a donc pas encore de chiffres fiables quant à
                                                           serious game « phare » exportable, une meilleure
leur impact socio-économique en Belgique,
                                                           sensibilisation de sa valeur ajoutée game auprès
outre la faiblesse de la nomenclature statistique
                                                           des entreprises (training…) et investisseurs, et
NACEBEL sur les ICC, ce qui freine réellement
                                                           une aide à la promotion de l’expertise singu-
leur promotion auprès des entreprises belges
                                                           lière à l’international. Préalablement, selon plu-
(et étrangères). La non-connaissance engendre
                                                           sieurs experts, il faudrait objectiver le potentiel
la non-reconnaissance… Toutefois, l’adoption
                                                           de développement du marché sur la base d’une
du serious game est observée dans certaines
                                                           étude d’impact économique et social du produit
grandes entreprises du pays (ex. : Belgacom
                                                           créatif en Belgique pour mieux convaincre les
et BNP-Fortis pour la formation managériale)
                                                           potentiels clients.
ainsi que dans les écoles (à l’Ecole Communale
d’Estienne, on utilise les serious games pour              Enfin, il est aussi primordial de développer des
enseigner différentes matières aux élèves des              synergies entre les différentes filières de l’image
primaires ou pour les sensibiliser à une théma-            (jeu vidéo, cinéma, audiovisuel, animation et mul-
tique comme l’handicap).                                   timédia) pour augmenter les transferts de savoirs
                                                           et la compétitivité en matière de création, de
En effet, le serious game offre plusieurs avan-            production et de diffusion de serious games.
tages : la formation personnalisable est efficace,
avec un droit à l’erreur et une évaluation objec-          10- Stéphane de Buttet, (2008), Les serious games,
tive. Pour la nouvelle génération, née dans la             nouvelle génération de processus d’apprentissage, Inffo
technologie multimédia, il est plus facile de se           Flash n° 743.



                                                      37
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique




l  ’industrie de la mode en Belgique : un atout fragilisé
  L
Le marché de la mode est dans la tourmente. En              n  es principaux entrepreneurs de la mode sont
                                                              L
Europe, la production accuse une baisse conti-                le créateur, le fabriquant/producteur, le com-
nue depuis 1994 suite à l’entrée dans le marché               merçant de gros et de détail.
des pays à faible coût de main-d’œuvre et la fin
des quotas sur le textile chinois en 2005.                  Positionnement et chiffres clés
La Belgique occupait jusqu’en 1998 la position              de la mode belge
de leader européen (UE-15). La production a                 La Belgique possède deux écoles connues dans
diminué de presque de moitié pour atteindre                 le milieu international de la mode : l’Académie
1,5 milliards d’euros en 2009. En 2010, l’industrie         d’Anvers et La Cambre Mode/s à Bruxelles.
belge de l’habillement et de la confection repré-
sentait 2  milliards d’euros et employait près de           Anvers et Bruxelles sont les deux pôles belges
15  000 personnes répartis dans 750  entreprises            incontournables de la planète mode. A défaut de
(dont 95 % employaient moins de 50 personnes).              Fashion Week belge, les défilés de la Cambre et
La part du chiffre d’affaire à l’exportation des            de l’académie d’Anvers sont les plus gros évè-
industries de l’habillement et de la confec-                nements mode en Belgique. Ils attirent les pro-
tion représente 65  % en 2010. L’export (transit            fessionnels de la mode (Paris, Londres) et les
inclus) se fait principalement à destination de             journalistes pour dénicher les jeunes talents.
la France (43  %) et l’Allemagne (11  %).Ce qui             Néanmoins, la mode belge souffre d’un certain
s’exporte le mieux aujourd’hui, ce sont les acces-          manque de fierté de ses créatifs et d’une certaine
soires comme les sacs à main, les bijoux ou les             méconnaissance par les décideurs et le grand
chapeaux… Delvaux, qui a connu ses heures de                public de ses porte-drapeaux. Les entretiens
gloire dans les années 70 et 80, vient de traver-           menés témoignent : les créateurs s’expatrient (à
ser des années difficiles. Au terme de l’exercice           Paris, Londres, Milan ou New York) pour obtenir
2008-2009, la société accusait une perte nette              une légitimité internationale, et être reconnu en
de 6,7  millions d’euros et un Ebitda négatif de            retour en Belgique, et y revenir peut être.
3,5 millions. Pour pérenniser sa marque, Delvaux
                                                            Depuis la fin des années 1980, Anvers est
a offert à Fung Brands Limited, une filiale du
                                                            devenue, l’un des pôles créatifs incontournables
géant chinois de l’habillement Li  Fung, une
                                                            de la mode européenne. L’histoire des « Six
prise de participation dans son capital.
                                                            d’Anvers » (Dries Van Noten, Dirk Bikkembergs,
                                                            Ann Demeulemeester, Walter Van Beirendonck,
                                                            Dirk Van Saene et Marina Yee), créateurs de
                                                            mode d’avant-garde a fait le tour du monde.
                                                            Dans les années 2000, les créateurs de mode
                                                            tels que Essentiel, Rue Blanche, Olivier Strelli,
                                                            Natan, Elvis Pompilio, Christophe Coppens,
                                                            Carine Gilson, Jean-Paul Knott, Sofie D’Hoore,
                                                            AF Vandevorst, Vandevelde… sont également
                                                            présents dans la presse étrangère, française et
                                                            japonaise surtout.
                                                            Anvers est reconnue comme la ville de la mode
                                                            avec 5 zones urbaines dédiées à un parcours tou-
                                                            ristique de la mode incluant le Musée de la mode.
                                                            La même logique se développe à Bruxelles
                                                            autour de la rue A. Dansaert (ouverture du Centre
                                                            de la mode et du design, au 10 rue du Nouveau
                                                            Marché aux Grains, prévue pour 2013/2014 et
                                                            développement d’une logique de parcours tou-
                                                            ristique, de « personnal shoppers »).
                                                            Des jeunes créateurs font appel à des ateliers de
                                                            production en Belgique pour des petites quanti-
                                                            tés mais les plus grandes marques délocalisent
                                                            leur production vers les pays à la main d’œuvre
Définitions                                                 compétitive. Pour rester attractif, l’innovation à
n  ’industrie de la mode comprend les activités
  L                                                         travers le textile, utilisant le savoir-faire belge,
  suivantes : la création, la production et la vente        semble être un impératif pour concurrencer les
  de vêtements, d’articles chaussants et de pulls,          produits basics importés. Travailler le design
  d’articles de maroquinerie, de chaussures, de             textile ou avec des textiles innovants peut per-
  parfums et de bijoux. Sont inclus le produit              mettre aux créateurs de créer des vêtements
  standard et le prêt-à porter de luxe.                     libérant des composantes chimiques à effets



                                                       38
l’entreprenariat dans la
                                                                                  mode.
                                                                                  Par ailleurs, beaucoup
                                                                                  de difficultés sont
                                                                                  rencontrées dans la
                                                                                  recherche de finan-
                                                                                  cements au stade
                                                                                  d e d é ve l o p p e m e n t
                                                                                  (intermédiaire) d’une
                                                                                  entreprise de mode,
                                                                                  pour passer du stade
                                                                                  micro au rang de PME.
                                                                                  La mise en place d’in-
                                                                                  citants fiscaux, même
                                                                                  si un tax shelter ne
                                                                                  convainc pas encore,
                                                                                  ou des modalités de
                                                                                  crowdfunding pour-
                                                                                  rait stimuler l’inves-
                                                                                  tissement privé dans
                                                                                  celles-ci.
                                                                                  Ensuite, les ateliers de
                                                                                  fabrications localisés
                                                                                  en Belgique sont en
                                                                                  voie disparition. Il est
                                                                                  néanmoins primor-
                                                                                  dial de préserver leur
                                                                                  savoir-faire propre à la
                                                                                  Belgique. Ne serait-ce
                                                                                  que pour laisser la pos-
                                                                                  sibilité aux plus petits
particuliers : collants amincissants, pyjama             créateurs de commencer avec des séries limi-
calmant pour bébé, vêtements anti-UV…                    tées. Une solution avancée, serait d’inciter les
Enfin, force est de constater que l’image de             grandes maisons belges à produire, à minima,
la mode « belge » prime sur l’ancrage régio-             leurs prototypes dans les ateliers de production
nal/métropolitain (mode d’Anvers, mode de                en Belgique.
Bruxelles). L’aide publique à l’internationalisa-
tion des entreprises de création de la mode se
fait au niveau de la participation aux salons à
l’international, l’invitation de décideurs étran-
gers du secteur aux défilés en Belgique et par
le développement de supports de promotion
(WBDM, Brussels Invest  Export, FIT, FFI et
Modo Brussels).

Pistes de réflexion
Les entretiens et l’enquête en ligne soulignent
une volonté d’avoir plus de stages pendant la
formation, des cours de gestion, et de comptabi-
lité adapté aux secteurs de la mode pour mieux
« se vendre ».
Afin de palier au manque de visibilité du « made
in Belgium  » à l’international (et en Belgique),
une attention soutenue devrait être donnée au
démarchage d’attachés de presse/marketing
pour aider les créateurs à se positionner à l’in-
ternational. La mise en place d’un centre d’in-
formation technique  : approvisionnement de
matières, base de données d’agents de presse
et d’ateliers de productions, d’études de marché
et de tendances, d’information sur les oppor-
tunités de financements faciliterait également



                                                    39
INEUM Kurt Salmon                           QUADRICHROMIE
                                                             INE_06_0409_Logo_CMYK
                                                             14/12/2010
                                              24, rue Salomon de Rothschild - 92288 Suresnes - FRANCE    M100 Y100
                                              Tél. : +33 (0)1 57 32 87 00 / Fax : +33 (0)1 57 32 87 87
                                              Web : www.carrenoir.com
                                                                                                         M65 Y100
                                                      Ce fichier est un document d’exécution créé sur
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                                                                                                         K100




Depuis le 1er 1er janvier 2011,
    Depuis le janvier 2011,       Cabinet de conseil en stratégie, organisation
                                  et management, conseil en stratégie, organisation
                                        Cabinet de Kurt Salmon compte 1 400
Ineum Consulting et et
    Ineum Consulting              consultants, regroupésKurtsein de practices1 400
                                        et management, au Salmon compte
                                  sectorielles ou fonctionnelles,au sein dedans
                                        consultants, regroupés œuvrant practices
    Kurt Salmon Associates
Kurt Salmon Associates            13 pays.
                                        sectorielles ou fonctionnelles, œuvrant
ont ont fusionné pour créer
     fusionné pour créer                 dans 13 pays.
                                  Dans un environnement de plus en plus
uneune organisation unique,
     organisation unique,         complexe, nous sommes convaincus que nous
                                         Dans un environnement de plus en plus
                                  ne devons pas nous contenter d’être un cabinet que
                                         complexe, nous sommes convaincus
intégrée et globale quiqui
    intégrée et globale           de conseil. ne devons pas nous contenter d’être
                                         nous
opère sur sur 4 continents,
    opère 4 continents,                  un cabinet de conseil.
                                  Nous voyons notre rôle comme celui d’un
sous une même marque : :
    sous une même marque          partenaire de confiance, qui, auxcomme celui d’un
                                         Nous voyons notre rôle côtés de ses
                                  clients, conçoit et met confiance les stratégiescôtés
                                         partenaire de en œuvre qui, aux
    Kurt Salmon
Kurt Salmon.                      et les de ses clients, conçoit et à la mesure
                                         solutions les plus pertinentes, met en oeuvre
                                         les stratégies et les solutions les plus
                                  de leurs ambitions.
                                         pertinentes, à la mesure de leurs ambitions.
                                  Forts de notre expérience, notre préoccu-
                                  pation permanente est de leur apporter des notre
                                         Forts     de     notre     expérience,
                                  résultats mesurables et d’assurer leest de leur
                                         préoccupation permanente succès
                                  de leurs projets, des manière significative et
                                         apporter de résultats mesurables et
                                         d’assurer le succès de leurs projets, de
                                  durable.
                                         manière significative et durable.
                                  Notre signature : l’excellence dans l’exécution.
                                         Notre signature : l’excellence dans
                                         l’exécution.
                                  www.kurtsalmon.com
                                       www.kurtsalmon.com
Avertissement
                                                                                                       Ce dossier réalisé par Kurt Salmon contient
                                                                                                       des renseignements généraux fournis « tels
                                                                                                       quels ». Dans la présente étude, Kurt Salmon
                                                                                                       fournit des renseignements, informations
                                                                                                       diverses, données et autres ressources
                                                                                                       (le « contenu ») à des fins d’information
                                                                                                       générale. Kurt Salmon peut modifier ou
                                                                                                       mettre à jour l’information et la référence
                                                                                                       à sa source à n’importe quel moment et
                                                                                                       notamment s’engage à rectifier toute erreur
                                                                                                       ou omission qui pourrait être décelée
                                                                                                       (directement ou par l’action d’un tiers).
                                                                                                       Kurt Salmon a mis en œuvre tous les efforts
                                                                                                       possibles pour garantir que le contenu
                                                                                                       de cette étude et ses éventuelles révisions
                                                                                                       soient à jour et précis bien que fournis
                                                                                                       « tels quels ». Kurt Salmon ne garantit rien
                                                                                                       d’autre et décline toute responsabilité,
                                                                                                       en son nom, celui de ses agents, conseils,
                                                                                                       employés, préposés ou représentants :
                                                                                                       •  u sujet des sources d’information citées
                                                                                                         a
                                                                                                         dans cette étude ;
                                                                                                       •  u sujet de son utilité ou de son à-propos
                                                                                                         a
                                                                                                         à l’égard d’une fin ou d’une utilisation
                                                                                                         quelconque ;
                                                                                                       •  u sujet des résultats que l’utilisateur
                                                                                                         a
                                                                                                         obtiendra en se servant du contenu.
                                                                                                       Tout différend relatif à cette étude ou
                                                                                                       à son contenu sera régi par la loi belge
                                                                                                       et compétence sera donnée aux Tribunaux
                                                                                                       de Bruxelles.

                                                                                                       Liens avec les marques et/ou
                                                                                                       sociétés citées
                                                                                                       La référence aux marques/sociétés citées
                                                                                                       a été réalisée pour faciliter la lecture de
                                                                                                       cette étude. Kurt Salmon ne cautionne ni
                                                                                                       les sociétés, ni les marques, ni les sites
                                                                                                       Internet de ces dernières ou les entités
                                                                                                       qui les exploitent. En outre, Kurt Salmon
                                                                                                       n’affirme rien et décline toute responsabilité
                                                                                                       afférente auxdits sites Internet :
                                                                                                       • quant à leur contenu ;
                                                                                                       •  toute action, erreur ou omission des
                                                                                                         à
                                                                                                         personnes ou des entités les exploitant.

                                                                                                       Droit d’auteur
                                                                                                       ©2012, Kurt Salmon.
                                                                                                       Kurt Salmon est propriétaire du droit
                                                                                                       d’auteur visant le contenu, les documents
                                                                                                       et l’information trouvés dans la présente
Contact à Bruxelles :                                                                                  étude, sauf indications contraires précisées
Anne Magnus                                                                                            dans ladite étude. Kurt Salmon autorise
Senior consultante développement économique et innovation                                              toute personne utilisant la présente étude,
anne.magnus@kurtsalmon.com                                                                             sans payer de quelconque redevance
                                                                                                       ou demander une autre permission, de
                                                                                                       reproduire et distribuer l’information, les
                                                                                                       éléments du contenu et les documents se
                                                                                                       trouvant dans cette étude, seulement à des
                                                                                                       fins personnelles sans but lucratif et aux
                                                                                                       conditions suivantes :
                                                                                                       •  ’indiquer clairement que Kurt Salmon
                                                                                                         d
                                                                                                         est la source de l’étude reproduite ;
                                                                                                       •  ’inclure dans toutes les reproductions
                                                                                                         d
                                                                                                         et copies le présent préambule.
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                                                                                                       forme que ce soit, est interdite sans avoir
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Etude culture

  • 1.
    Culture & Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique
  • 2.
    Remerciements Nous tenons àremercier les 213 personnes qui n  ric E LOWIE, directeur, Green l.f.ant Music Company ont accepté de répondre à l’enquête entre juillet n  urélio A MATTERN, chanteur dans le groupe de et septembre 2011. Par ailleurs, nous remercions musique Lucy Lucy ! chaleureusement les personnes suivantes qui ont accepté de répondre à nos questions lors des entretiens n  livier O MAETERLINCK, directeur, Belgian individuels : Entertainment Association (BEA) n Julian ALVAREZ, consultant en serious game n  atacha N MALOU, galeriste, Art Temptation n  hibault T ANDERLIN, directeur marketing, Forest n  rédéric F MESEEUW, conseiller institutionnel, BOZAR National n  n A MOONS, chercheuse au CultuurLab, IBBT/SMIT n Delphine BEKAERT, galeriste, Hoet-Bekaert n  ean-François J NIVART, Fondateur d’intoPIX n  ernard B BOON-FALLEUR, président du Réseau des n  e M Philippe PETERS/Me Patrice VANDERBEEKEN, arts, Bruxelles avocats spécialisés dans la propriété intellectuelle, n  ylvie S BOUFFA, CEO Talking French Flemish, Inc., NautaDutilh New York n  arie M POK, coordinatrice Design September et n  ulie J BRUNEL et Jean-Louis DE RIDDER, président rédactrice en chef à La Libre essentielle Focus de l’Union des Designers belges (UDB) n  arie-Chantal M REGOUT, fondatrice, Rue Blanche n  uzana S CAMPO-GRANDE, conseillère en innovation, n  aren K RENDERS, directrice, Art Brussels Fedustria n  avid D ROULIN, associé, architecte, Art Build n  irginie V CIVRAIS, directrice, fonds ST’ART Invest n sabelle I SCHMITT, directrice des relations n  uc L COLLIN (BATEM), dessinateur de la BD Marsupilami institutionnelles ; Dirk VAN SOOM, directeur opérationnel perceptions et répartitions individuelles ; n  ulie J CONSTANT, Fair Manager, Affordable Art Fair Saldavor FERREIRA, account manager arts plastiques n  ierre P COLLIN, administrateur-gérant, cluster TWIST et littérature, SABAM n  enoit B SIMON, fondateur, Vivanova n  aul P CORTHOUTS, directeur, Overleg Kunstenorganisaties n  irk D SNAUWAERT, directeur, centre d’art WIELS n  eorges G DANTINE, architecte d’intérieur et fondateur n  enis D STEISEL, CEO, Emakina de RAVIK Design n  nya E VANDENHENDE, créatrice de mode n  iet P DE KONINCK, directeur artistique, Studio 100 n  ony R VANDERMEERSCH, directeur, atelier de n  arie-Laure M DELABY, coordinatrice, iMAL (center for confection Celesta digital cultures technologies) n  aul P VAN HAVER (Stromae), auteur-compositeur n  hilippe P DELABY, dessinateur de la BD Murena n  an J VAN LOOY, senior researcher, IBBT n  rançois F DELPIERRE, directeur artistique, et Marc MEURISSE, CEO, Belle Productions n  an J VAN MOL, Fondateur, Addict Lab n  ik R DE NOLF, CEO groupe Media Roularta n  eert G VAN DER HASSELT et Katya VAN DER HASSELT, manager et chanteuse n  rnaud A DE PARTZ, co-fondateur de Banque dessinée n  annes H VAN SEVEREN, artiste contemporain n  uc L DESHAYES, créateur de lingerie de luxe n  armelo C VIRONE, directeur, bureau d’études SmartBe n  ominique D DE VILLEGAS, directeur de la maison Horta n  arlo C VUIJLSTEKE, directeur de projet sur les industries créatives, Flanders DC n  éborah D DRION et Cédric LEGEIN, CEO, Cook Book n  livier O WILLOCX, administrateur-délégué, BECI n  elphine D DUPONT et Flore VAN RYN, administratrices, Face to Face design Nous remercions aussi les structures de soutien aux industries créatives et culturelles qui nous ont aidé dans n  regory G GOEMAERE, fondateur, AKA music la diffusion de notre enquête en ligne : n  aurent L GRUMIAUX, directeur, Fishing Cactus n  WIST, T Modo Brussels, WCC-BF, ASBL artistes n  rançoise F GUERIN et Monika RAHMAN, fondatrices, contemporains, réseau Artistes Belges, Point Contact Cookie Therapy Culture, WBI (musique, image, architecture, théâtre/ danse, mode/design), l’AEB, l’UDB, Mowda, De n  e M Michel GYORY, avocat, professeur HEC Liège, Invasie, Pepibru, Mowda, CEBEDEM, BUP, ACC, IAB, membre du collège d’autorisation et de contrôle au FEBELMA, AZIMUT, Cinergie.be, FAB, Creative Club, CSA SmartBe, Codefrisko, Artistproject, Rydesigners, n  aniel D HANSSENS, comédien, directeur de la SABAM... Comédie de Bruxelles n  odolphe R JANSSEN, galeriste, Galerie Rodolphe Ainsi que : Janssen n  lain A HEUREUX, Managing Director, The Egg n  lexandra A LAMBERT, directrice du Centre du Design et de la Mode, Bruxelles Les auteurs de l’étude KURT SALMON : n  enny L LELEU, créatrice de mode n  nne A MAGNUS, Alexandre MOENS, Adeline d’URSEL, n  icholas N LEWIS, éditeur en chef, The WORD Vincent Fosty et Luc Moeremans
  • 3.
    Avant-propos La culture, économieancienne, est entrée depuis 10 ans dans un nouveau paradigme, qui l’oblige à se réinventer rapidement. D’abord, la culture est devenue globale. L’économie de marché marque toujours plus fortement son empreinte sur la culture. Le bien culturel reste un bien différent mais il change de nature : l’œuvre artistique devient aussi com- merciale avec des logiques inspirées du secteur privé (ROI, investissement, positionnement mar- keting…). La nature des biens et services cultu- Table basse magnétique « Belgique », ©Raphaël Charles, rels est double : culturelle et économique. L’art collection privée du Prince Philippe de Belgique. contemporain par exemple, est devenu un art en quête constante de singularité dans un monde sans frontières, et un objet de spéculation finan- cière dans une économie turbulente. n’est pas suffisant. Les conditions-cadre de l’épa- Ensuite, la révolution numérique : avec 1,6 milliard nouissement de l’écosystème créatif doivent être d’abonnés à Internet à travers le monde, un mil- en place. En clair, les politiques publiques qui tou- liard de GSM, et toujours plus de smartphones, chent au secteur culturel (culture, enseignement, elle affecte la manière dont nous produisons et économie, tourisme, commerce international) consommons la culture. Internet permet certes sont à coordonner et adapter aux besoins de ces d’acheter en ligne un infini de biens culturels entrepreneurs. (musique, livre…), mais aussi d’interagir et de L’heure est à l’action. 75  % des entrepreneurs financer les créateurs de leur choix. créatifs en Belgique que nous avons interrogés, Enfin, les révolutions arabes, les crises financières, pensent que l’industrie culturelle et créative est sociales, institutionnelles impactent la culture. un secteur d’avenir, mais tout juste 51  % d’entre Jamais en Europe la culture n’a tant été sous eux pensent que la Belgique est un très bon pays tension, menacée de coupes budgétaires sévères. pour entreprendre dans ce secteur. Jamais la culture n’a tant été au centre des En 2009 et 2010, Kurt Salmon avait choisi espoirs d’une nouvelle Renaissance de l’Europe. d’étudier pour le Forum d’Avignon les liens Les industries culturelles et créatives offrent une entre culture et attractivité des territoires dans réponse à la crise, parce qu’elles permettent de 50  villes des 5  continents. En 2011, nous avions stimuler la créativité, les savoir-faire, l’innovation choisi d’investiguer les modèles de décision liés dans toute l’économie, de créer des emplois, d’ali- à l’investissement dans un projet culturel sur la menter la rénovation urbaine, le « place-making », base d’entretiens de près de soixante décideurs et le lien social. publics et privés, de porteurs de projet, d’artistes Dans ce contexte complexe, fluctuant, fluide, et de créateurs, mais aussi d’experts, mobilisés comment pouvons-nous mieux aider les indus- autour d’un investissement de nature «  cultu- tries culturelles et créatives (ICC) en Belgique  ? relle » (infrastructure, événements industries…) et Avec le souci de l’accès à la culture au plus grand confrontés à un moment ou un autre à cette prise nombre et le respect de la diversité culturelle  ? de décision en Belgique et à travers le monde. Quelles sont les responsabilités du secteur public, En complément de ces travaux, la présente étude des associations professionnelles, du secteur se propose de mettre en exergue les défis quo- privé, et des publics pour soutenir l’économie tidiens et les besoins des entrepreneurs belges mauve ? des industries culturelles et créatives, au-delà En commençant peut être par mieux reconnaître de leurs différences sur quatre volets  : l’acquisi- la nécessaire dimension entrepreneuriale des tion des compétences entrepreneuriales, l’accès métiers de la création. Entreprendre en culture au financement, l’innovation et sa protection, et est une aventure merveilleuse qui nécessite du l’internationalisation. talent d’abord, de la chance ensuite. Mais cela Bonne lecture. Crédits photos : © Fotolia. 3
  • 4.
    Sommaire L’économie mauve :vers une reconnaissance des industries culturelles et créatives La culture est au cœur du développement durable. Elle est source de cohésion sociale et territoriale. Plus encore, elle contribue au développement économique, à l’innovation 6 et à l’emploi. Les industries culturelles et créatives alimentent et régénèrent des industries traditionnelles et de pointe, dans la création de contenus, de produits et de services à forte intensité de connaissances. 7 Que sont les industries culturelles et créatives ? 8 La culture, arme anticrise ? 9 Objectifs de l’étude 9 Méthodologie et partis pris de l’étude Les industries culturelles et créatives belges : les entrepreneurs témoignent Quelles sont les forces et les faiblesses des industries créatives et culturelles belges? Si l’avenir est à l’optimisme, les défis rencontrés par les entrepreneurs sont nombreux et partagés quelque soit le secteur. 12 Constats généraux 14 Made in Belgium : la Belgique, un vivier de talents et de créativité 16 Formation à l’entrepreneuriat culturel 12 19 L’accès au financement 22 Innovation 27 Les industries créatives et culturelles à l’international 4
  • 5.
    Nouveau monde, nouvellesidées Les pistes de réflexion de Kurt Salmon pour ouvrir le débat. 30 Mieux connaître l’économie créative et 30 culturelle et évaluer en continu les actions de soutien 31 Rassembler les forces vives des industries créatives et culturelles 33 Annexes Trois focus sur les industries créatives et culturelles belges : 34 Le marché de l’art : un marché qui traverse la crise 36 L’industrie du gaming en Belgique : un secteur créatif émergent aux opportunités à objectiver 38 L’industrie de la mode en Belgique : un atout fragilisé 5
  • 6.
    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique L’économie mauve : vers une reconnaissance des industries culturelles et créatives La culture n’est pas une bulle à part. Jusqu’il y a 10 ans, le secteur artistique et culturel était The concept of creative entrepreneurship perçu comme une partie de la politique sociale, goes far beyond a CEO running to the opera, secondaire en termes d’économie et de marché visiting a coincidental art exhibition, or pain- de l’emploi. La culture relevait de l’exception, ting a sunset over the weekend. Not that incompatible à l’analyse des critères économiques that won’t help, since running a business requires eye openers all the time. standards. Creativity is not about art. It’s about human- Désormais, on parle d’économisation de la kind finding solutions that weren’t there at culture et d’esthétisation des biens de l’économie first sight. Hence, creativity can be found in traditionnelle. Cette perméabilité, poussée par le all human activities. We just have to identify développement rapide de la numérisation et la what created the mental spark that made it forte progression de la demande des ménages et the right idea for that specific target. des sociétés en produits et services culturels, a In times of economical turmoil, standing still fait émerger les industries culturelles et créatives is just not an option. It’s in those circums- (ICC). tances the industry needs to think out of the box, and look for unexpected answers. That is why a direct link between culture and commerce is so much needed. Since we should learn from each other, creative thin- king can lead to art. But it can also lead to innovation. One can’t change the world while being an artist sitting on a cloud. Together with entre- preneurs, new ideas can turn into vision, and once implemented, to sustainable change. That is how we move forward. Jan Van Mol, CEO Addict Lab 6
  • 7.
    l uesont les industries culturelles et créatives ? Q La culture est une matière vivante en constante réinvention. Sans renier l’importance des dis- ciplines classiques (peinture, musique, littéra- ture, théâtre…), tous les experts notent que de nouvelles disciplines se voient régulièrement intégrées au champ des ICC. Une définition des ICC peut être trouvée dans une étude réa- lisée en 2006 pour le compte de la Commission européenne : n es industries culturelles : pour ces industries, L la culture constitue le produit final qui peut être consommé sur place (ex. : un concert, une exposition d’art) ou destiné à la reproduction/ consommation de masse (ex. : un livre, un film). Dans notre étude, les segments «  culturels  » retenus sont les suivants  : presse écrite (livre presse), les arts du spectacle, les arts visuels artisanat d’art, l’audiovisuel, la musique, et le patrimoine. n es industries créatives  : pour ces industries, L la culture (les traditions, les symboles, les textes, etc. d’un groupe socioéconomique) ali- 2000. La consécration est venue en 2009, mente le processus de production d’un produit lorsque l’UNESCO a inscrit cette activité dans « créatif ». Dans notre étude, nous retiendrons le périmètre de ses statistiques culturelles. le design, l’architecture, la mode, la publicité, les nouveaux médias, et les jeux vidéo. n ne révolution technologique  : les nou- u velles possibilités technologiques (animation Les produits dits de l’économie mauve se dif- 3D, réalité augmentée, motion capture, slow férentient par leur valeur symbolique, esthé- motion, NFC…) ouvrent des terrains d’expé- tique, et communautaire. Les smartphones ou rimentation aux créatifs, pour répondre à la tablettes incarnent à merveille la rencontre demande en contenus de plus en plus interac- entre une technologie avancée, dont le coût de tifs et personnalisés ou aux nouveaux usages production est désormais relativement faible, liés par exemple à la mobilité (avec les smart- et du design épuré. Ce design créé de la valeur phones, par exemple). ajoutée économique et une expérience – client affirmée comme un accessoire de mode, un n ne révolution financière : les modèles écono- u style de vie. miques traditionnels des ICC sont bousculés par l’essor du téléchargement légal et illégal L’essor du numérique a déplacé les frontières de qui annonce la disparition possible des sup- la culture en ouvrant la voie à trois révolutions : ports physiques et doivent se réinventer pour n ne révolution artistique  : de nouveaux u capter de nouvelles sources de financement. champs de création (jeux vidéo, cinéma 3D, De nombreuses politiques nationales et régio- arts numériques, web design…) sont nés avec nales en faveur de l’économie créative ont vu l’avènement du numérique. Par conséquent, le jour depuis une dizaine d’années à travers de nouveaux emplois se développent croisant le monde. Mais l’évaluation de leurs impacts les savoir-faire artistiques et informatiques. Le qualitatifs et quantitatifs (en termes d’emplois, secteur du jeu vidéo est passé du statut d’in- de créations d’entreprises et de contribution dustrie du divertissement à un statut d’indus- au PIB) reste délicate. La délinéation statis- trie culturelle, à partir de la moitié des années tique des activités économiques et de l’emploi 7
  • 8.
    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique culturel varie selon les définitions retenues Nonobstant ces difficultés méthodologiques, par les pays, les métropoles ou les organismes les ICC sont auscultées avec de plus en plus supranationaux. L’absence de mise en œuvre d’intérêt en Grande-Bretagne, en Allemagne, en d’un schéma de comparabilité internationale en région Ile-de-France, en Flandre, en Chine, au est la cause. Danemark, en Australie, etc. l a culture, arme anticrise ? L Economiquement, l’empreinte de la culture fondée sur la connaissance et l’innovation. Les s’amplifie en Europe ICC sont identifiées comme un secteur capable de rencontrer cet objectif car elles représentent La culture est au cœur du développement une grande source de créativité et d’innovation, durable. La culture est source de beauté, de dia- dans toutes ses formes. Les ICC alimentent et logue. L’économie créative crée et enrichit, de régénèrent des industries traditionnelles et de manière non quantifiable, le lien social, l’identité pointe, dans la création de contenus, de produits, et l’attractivité des territoires qui les accueillent. et de services à forte intensité de connaissances. Elle est écologique au sens où elle consomme Les ICC ouvrent de nouveaux horizons sur de peu de matières premières. Enfin, elle contribue nouveaux biens et services ou transforment des au développement économique, à l’innovation, produits mâtures plus beaux, plus intelligents, et à l’emploi, de l’artisanat d’art à la culture parfois plus chers. numérique. Le rapport sur les industries créatives 2010 publié Les huit filières du secteur culturel et leurs par la Conférence des Nations Unies sur le com- liens et capilarité avec les autres secteurs merce et le développement évalue la croissance économiques annuelle mondiale dans ce secteur à 14  % entre 2002 et 2008. En 2008, le secteur employait 3,8 % de la population active totale de l’UE soit Bâtiment Urbanisme environ 8,5 millions de personnes, c’est-à-dire plus Hôtellerie que les populations actives réunies de la Grèce et Génie civil Restauration de l’Irlande ! La valeur ajoutée du secteur prend Patrimoine Architecture aussi de l’ampleur  : il représente 4,5  % du PIB Automobile Architecture, Archéologie, musées, Croisièrisme paysagisme de l’UE. C’est plus que l’industrie des produits … monuments, restauration chimiques, du caoutchouc et du plastique (2,3 %). Design et services … Spectacle vivant Emballage Transport Entre 2002 et 2008, l’Europe a été le plus gros créatifs Concert, festival, Stylisme, graphisme… danse, cirque… exportateur de produits culturels et créatifs, et la Belgique s’est placée dans le Top  10 des expor- Audiovisuel et médias Arts visuels Cinéma, vidéo, radio, Sculpture, tateurs de produits créatifs et culturels des pays télévision, disques, photographie, Publicité jeux vidéo… Joallerie, développés. En Flandre, près de 70  000  per- Télécom Livres, orphèvrerie, peinture… bibliothèque, haute couture, sonnes sont actives dans les ICC, ce qui repré- archivage… maroquinerie, Communi- ébénisterie… cation sente près de 3 % de son PIB. Edition et livres Métiers d’arts La culture engendre aussi des effets de levier Prêt-à-porter considérables sur les territoires. C’est ce que Education souligne, par exemple, l’analyse économétrique Ameublement menée en 2011 pour le Forum d’Avignon par le cabinet Tera Consultants à partir de la base de données constituée en 2009 et 2010 par Kurt Salmon pour un panel international de 47  villes Pour maximiser ce potentiel, le Livre Vert « Libérer de 21  pays. Cette analyse démontre qu’une le potentiel des industries culturelles et créatives » augmentation de 10  % de dépense culturelle publié par la Commission européenne en avril par habitant de la ville, soit 18,6  €, génère une 2010, précise qu’il est indispensable de renforcer, augmentation de PIB par habitant de 1,7  %, soit à tous les niveaux de pouvoir, l’appui à l’économie 625,4 €. culturelle en tissant les liens entre culture, éco- nomie, monde académique, recherche, tourisme, Institutionnellement, les politiques city-marketing, et secteurs publics. culturelles et économiques doivent Cependant, la réalité du budget européen 2007- se rapprocher pour innover davantage 2013 est là : 0,04 % budget européen est alloué La culture pense l’impensé, le monde de demain. à la culture. A cela s’ajoute 1,6 % des fonds struc- La Stratégie Europe 2020, feuille de route de turels qui sont destinés à des projets culturels. l’UE pour la décennie en cours qui vise à engen- Pour ce qui concerne l’audiovisuel : 750 millions drer une croissance intelligente, durable et inclu- sont prévus pour le programme Media et 15 mil- sive dans l’UE, entend développer une économie lions pour le programme Mundus. 8
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    L’un des grandsobjectifs du prochain pro- entendent bien conquérir ce champ aussi en se gramme cadre « L’Europe créative » (2014-2020) professionnalisant et en se diversifiant rapide- de la Commission européenne sera précisé- ment (cinéma, mode, animation, gaming…). ment de convaincre les Etats membres d’adop- Dans ce contexte porteur mais incertain, la ter une augmentation de + 37 % pour la culture culture voit apparaître de nouveaux investisseurs, et l’audiovisuel par rapport à la période 2007- de nouveaux types de projets de territoire, des 2013 (soit 1,6  milliard d’euros du budget de la partenariats public-privé d’une ampleur inédite, Commission) et de renforcer la compétitivité des des politiques culturelles nationales redéfinies secteurs culturels et créatifs. Le but : mieux aider malgré des budgets sous tension… les entreprises de ces secteurs à affronter la concurrence internationale et être plus présentes Concrètement, travailler et investir dans le sur la scène mondiale. Si l’Europe a un avantage domaine culturel et créatif devient une affaire concurrentiel fort dans les ICC par rapport au de professionnels en Europe. Qu’en est-il en Brésil, à la Russie, l’Inde ou la Chine, ces derniers Belgique ? l bjectifs de l’étude O La présente étude vise à offrir une meilleure défis se posent à eux  : les compétences en compréhension du fonctionnement et des termes de création d’entreprises, l’accès au besoins des entreprises du secteur culturel et financement, l’innovation et sa protection, et créatif en Belgique. L’intention n’est pas de pré- l’internationalisation des activités ; senter un panorama exhaustif des filières ou une n llustrer les enjeux belges par des regards inter- i analyse statistique des ICC belges. nationaux et formuler des pistes de réflexions visant à renforcer les industries créatives cultu- Concrètement, l’étude entend : relles dans leur ensemble ; n pporter un nouveau regard sur les défis trans- a n tudier de manière plus approfondie les dyna- é versaux, récurrents, et communs à tous les miques de trois segments de l’économie cultu- entrepreneurs créatifs et culturels en Belgique, relle belge  : le marché de l’art, les jeux vidéo en allant à leur rencontre, sur le terrain. Quatre (serious game), et la mode. l éthodologie et partis pris de l’étude M L’étude s’appuie sur une démarche méthodolo- gique en deux volets : n ne analyse quantitative grâce à une enquête u en ligne ouverte de juillet à mi-octobre 2011. Au total, 213  entrepreneurs (129  hommes et 84  femmes) issus des 12  segments des indus- tries culturelles et créatives en Belgique y ont répondu. Les deux tiers de ces entreprises ont été créés après l’an 2000 ; n ne analyse qualitative menée auprès d’une u soixantaine d’entrepreneurs des ICC des 3  régions de Belgique (des artistes, des employés de sociétés de protection de droits d’auteur, des directeurs de musées, des investisseurs privés, des indépendants, des entrepreneurs ICC…) et une revue de la biblio- graphie internationale sur l’économie culturelle. Vous trouverez la liste des entretiens à la page statistique claire des industries culturelles des remerciements et une bibliographie des et créatives dans leur ensemble. Il n’y a pas sources utilisées en fin d’étude. de chiffres officiels concernant le poids de l’économie créative en termes d’entreprises, Précisément, les partis pris de l’étude Kurt d’emplois, de contribution au PIB. Le système Salmon sont les suivants : statistique existant ne prend pas objectivement n ’analyse statistique a été écartée par précau- L en compte un périmètre des ICC pertinent, qui tion intellectuelle. A ce jour, la Belgique n’a doit inclure le système de l’intermittence et du pas de définition nationale, ni de nomenclature poly-emploi, et résoudre des incohérences du 9
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique • Les partis pris métodologiques Entrepreneurs belges Champ culturel et créatif • ndépendants/artistes I • esign D • ouveaux médias N • icro entreprises M • rchitecture A • resse écrite P • ME P • rts du spectacle A • ode M • ublicité et communication P • udiovisuel A • randes entreprises G • atrimoine P • aming G • rts visuels et artisanat d’art A • usique M Défis communs Approche bottom-up • E ntreprenariat • Enquête en ligne bilingue destinée aux entrepreneurs • inancement F • Interviews avec entrepreneurs et experts • nnovation I • Etude documentaire et benchmarking • nternational I • Focus sur l’art contemporain, la mode, le gaming droit. La nomenclature NACEBEL de l’ONSS intercommunautaire. Les politiques de soutien est très peu adaptée aux « réalités du terrain » aux ICC spécifiques à chacune des régions des différents segments des ICC. et communautés linguistiques ont été prises en compte pour les variables explicatives, si De plus, quand les données statistiques sur besoin. un secteur existent, elles datent souvent de 2007/2008 (avant la crise), avec un décalage n e périmètre retenu des industries culturelles L temporel parfois différent par code NACEBEL. et créatives (ICC) s’inscrivant dans la lignée Dans la mode, par exemple, si l’on prend en des dernières études internationales (Unesco, compte tous les codes NACEBEL qui se rap- Commission européenne, Grande-Bretagne, portent à la création, la production et la distri- Allemagne, Flanders DC…), nous parlerons bution de produits de mode au sens large, on délibérément des «  industries culturelles et constate que le périmètre de la mode défini par créatives  ». Les ICC comprennent les seg- les codes NACEBEL englobe des « segments » ments suivants  : design, architecture, arts du non créatifs ou culturels, en l’occurrence la spectacle, publicité, musique, patrimoine, arts « préparation de fibres textiles et filature » ou visuels et artisanat d’art, nouveaux médias, des succursales assez éloignées de la création presse écrite (livre et presse), mode, audiovi- (HM, Inno…). L’ONSS retient 46  170  emplois suel et jeux vidéo. Ces activités reposent sur plein temps dans la mode belge en 2010, alors des valeurs culturelles et/ou des expressions que l’association professionnelle belge Crea artistiques et créatives, et font potentiellement Moda n’en retient que 15 000. appel à la propriété intellectuelle. La Belgique illustre donc parfaitement la diffi- Les activités des entreprises des ICC retenues culté que représente l’objectivation du poids dans l’étude ont une valeur marchande et sont socio-économique de la culture. Le fait de positionnées dans la chaîne de valeur du cycle considérer les activités culturelles et créatives culturel  : la création, la production, la diffu- comme un secteur économique à part entière, sion ou la préservation de biens et de services a longtemps fait l’objet d’un tabou (« l’art pour incorporant des expressions culturelles, artis- l’art  »). La culture et l’économie fonctionnent tiques ou créatives. encore largement en silos, et la coordination A l’heure actuelle, la gastronomie est exclue du des priorités et actions politiques de soutien champ, même si elle comporte une dimension en faveur des ICC entre les régions est quasi créative reconnue à travers le monde et tout inexistante. Rien qu’en Région de Bruxelles- à l’honneur de la Belgique (chocolats «  haute Capitale, 42  responsables politiques gèrent couture  » de Pierre Marcolini, les biscuits de des lignes budgétaires dédiées à la culture. La Stephen Destrée, ou encore l’art de la fête du culture est une compétence des communautés, traiteur Lauriers…). des régions, des communes, sans compter le n ne démarche de terrain à la rencontre de U Ministre en charge des affaires économiques. Toutes ces instances opèrent sans cellule de l’entrepreneur créatif et culturel  : pendant coordination entre la communauté flamande et 4 mois, Kurt Salmon a fait le choix de rencon- française. trer, d’écouter les entrepreneurs eux-mêmes, de comprendre leur quotidien, et de travailler n ’échelle de la Belgique : indépendante, l’étude L sur la base de leurs témoignages. En complé- Kurt Salmon prend le parti pris de couvrir les ment, des associations professionnelles, des trois régions belges, nonobstant le contexte experts et acteurs de l’écosystème des ICC ont politique et la concurrence/l’émulation été interviewés. 10
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    Quelle est votreactivité principale ? Arts visuels Artisanat d’art Audiovisuel Publicité Communication Architecture Arts du spectacle Nouveaux médias Mode Design Presse écrite (livre presse) Musique Gaming Patrimoine 0 2,5 5 7,5 10 12,5 15 17,5 20 % L’année fiscale précédente, quel était le chiffre d’affaires de votre entreprise ? à 50 000 € de 50 000 à 500 000 € de 1 000 001 à € 5 000 000 € de 500 001 à € 1 000 000 € de 5 000 001 à € 50 000 000 à 50 000 000 € 0 10 20 30 40 50 % Nous reconnaissons que le terme d’entrepre- Où se situe votre siège social ? neur est parfois mal accepté par certains, réti- cents à parler de la dimension économique et 3% commerciale de l’organisation ou gestion de leurs activités créatives. Un entrepreneur est 21 % Bruxelles une « personne qui veut et qui est capable de 42 % Flandre transformer une idée ou une invention en inno- vation réussie » (J. Schumpeter), car ce dernier Wallonie est guidé par son enthousiasme, par sa capacité 34 % International à avoir une vision, en prenant des risques. Plus précisément, un entrepreneur créatif et culturel « créé ou commercialise un produit ou un service culturel ou créatif et qui utilise des principes entrepreneuriaux pour organiser ou gérer son de soutien à la culture (Star’t, Culturinvest…), activité créative d’une manière commerciale ».1 les organismes de redistribution/régulateurs, les associations professionnelles, ou les structures Le panel de l’enquête en ligne couvre les trois étant subventionnées à plus de 50 % (musées, régions, à proportions comparables. Les entre- RTBF/VRT, certains théâtres…). prises retenues, au-delà des différences de statut juridique, ont une activité commerciale déclarée, et intègrent à la fois des entreprises unipersonnelles (statut d’artistes, d’indépen- dant), des micro-entreprises (2-5  employés), des PME ou des grandes entreprises. Le principe a été pris de ne retenir que celles qui ont plus 1- Etude The entrepreneurial dimension of the cultu- de 50  % de capitaux privés. Sont écartés les ral and creative industries, Utrecht School of Arts entités culturelles publiques ou parapubliques Eurokleis, 2010. 11
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique Les industries culturelles et créatives belges : les entrepreneurs témoignent Pour répondre à la question « Comment n les compétences en termes de création construire des ponts entre économie, culture, d’entreprises, secteur public et l’enseignement pour inspirer n l’accès au financement, l’économie culturelle de demain, à côtés des industries vertes, des biotechnologies… ? », n l’innovation et sa protection, Kurt Salmon a analysé des défis communs aux n et l’internationalisation des activités. entrepreneurs créatifs et culturels. Quatre défis Chacun de ces points est nourri par l’analyse communs se posent aux entrepreneurs des ICC croisée de la littérature spécialisée, de l’actualité en Belgique, au-delà de sensibilités propres à belge et internationale, de l’enquête en ligne Kurt chacune des filières : Salmon, et des entretiens individuels. l Constats généraux Une majorité d’indépendants et de PME Le secteur de la culture reste très atomisé en Belgique : les petites et moyennes entre- prises y sont surreprésentées. Dans le panel des 213 entreprises de notre enquête en ligne, 76 % des entreprises répondantes ont moins de 5 employés et 6 % ont plus de 50 employés. Seule une minorité de grandes entreprises réalise la plus grande part du chiffre d’affaires total du secteur. 12
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    Ces tendances sonten ligne avec la réalité euro- 1 et 3 salariés) ou des entrepreneurs individuels. péenne  : 80  % des entreprises ICC de l’UE sont Les grandes entreprises (plus de 50  salariés), si des PME, des micro-entreprises (surtout entre elles représentent moins de 1  % des entreprises des ICC du panel, génèrent plus de 40  % du Quelle est la taille de votre entreprise ? chiffre d’affaire total des ICC. Enfin, dans notre panel, 50  % des répondants 6% disent ne pas avoir subi l’impact de la crise de Grande 10 % ( à 50 employés) 2008. L’avenir est même à l’optimisme : 75 % des répondants considèrent que l’industrie cultu- 8% Moyenne (13-50 employés) relle et créative est un secteur porteur dans le futur en Belgique. 63 % attendent une hausse de 76 % Petite (6-12 employés) revenus dans les années à venir et 30 % pensent recruter de nouveaux employés. Max 5 employés Certains secteurs souffrent plus de la crise, i.e. de la baisse de consommation de biens créa- tifs  : mode, arts du spectacle, presse édition, labels indépendants de musique… D’autres sec- Part du chiffre d’affaire global du panel teurs profitent mieux de la révolution numérique en fonction du nombre d’employés (médias sociaux, réalité augmentée, smart- phones et tablettes…), comme les entreprises 7% 4% Grande des nouveaux medias (web design, applications ( à 50 employés) design…). Moyenne Si la diffusion de contenus numériques a permis 30 % (13-50 employés) d’éviter le coût de la production de supports 59 % Petite physiques, elle ne compense qu’en partie la des- (6-12 employés) truction d’emploi engendrée par la crise, la dis- Max 5 employés parition des supports physiques (DVD, CD) et les pertes de revenus générées par le piratage (par exemple de la musique). Quel(s) type(s) d’évolution(s) prévoyez-vous dans les années à venir au sein de votre entreprise ? Croissance des revenus Recrutement de nouveaux employés Recherche de financements publics Ouverture à l'international Recherche de financements privés Intégrer un cluster créatif Créer une startup en Belgique Partenariat avec entreprises ICC Partenariat avec entreprises non-ICC Investir dans une autre entreprise ICC Me faire racheter par un concurrent 0 10 20 30 40 50 60 70 % Arts visuels Artisanat d’art 13 Audiovisuel
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique De nouvelles professions créatives émergent en commerce, juristes, financiers et comptables lien avec la maîtrise de langages numériques et sont de plus en plus sollicités. Les juristes, par du design pour répondre aux nouveaux besoins exemple, sont de plus en plus sollicités pour matériels et émotionnels des consommateurs. aider les créatifs à résoudre les litiges concer- Les métiers dits de « back office » et de gestion nant la protection des revenus générés par la ne sont pas en reste  : les représentants de propriété intellectuelle. l ade in Belgium : la Belgique, un vivier de talents M et de créativité La Belgique est un petit pays au carrefour de l’Europe qui carbure à la diversité et au libéra- lisme culturel. Au XIXe et XXe siècles, Bruxelles a accueilli des penseurs de tous les horizons comme Victor Hugo, Emily Brontë, Karl Marx… Les icônes belges n’ont pas à faire rougir  : un patri- moine architectural éclectique et relativement préservé (gothique, classique, art nouveau, art déco…), des peintres de renom international (fla- mands primitifs, le mouvement Cobra, Magritte…), des écrivains (Hugo Claus, Hendrik Conscience, Guido Gezelle…), le berceau de la bande-dessinée européenne (Hergé, Franquin, Van Hamme…), des chanteurs (Brel, Adamo, Axelle Red, Arno…). Quel est le portefeuille culturel belge actuel visible à l’international ? s’exportent, sans qu’ils ne soient néanmoins as- sociés à l’une ou l’autre région, ni même à la Bel- La concurrence intercommunautaire stimulerait gique : dEUS, K’s Choice, Selah Sue, Hooverphonic, l’émulation dans la création, avec deux pôles Axelle Red, Arno ou encore Stromae. Sur le grand forts dans le secteur de la mode : écran, citons les frères Dardenne et Jaco Van Dor- n nvers, qui est devenue depuis la fin des A mael, Bouli Lanners, Cécile de France, Benoît Poel- années 1980, l’une des places fortes de la voorde, Michaël R.Roskam… A la plume : Amélie mode européenne, grâce au 6 d’Anvers (Ann Nothomb, Xavier Deutsch, Dimitri Verhulst, Tom Demeulemeester, Dries Van Noten, Walter Van Lanoye… Enfin, certains artistes contemporains Beirendonck, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs ont révolutionné l’art – Alechinsky, Francys Alys, et Marina Yee) et à son école l’Académie Chris Martin, Marcel Broodthaers, Wim Delvoye, d’Anvers (le département mode de Hogeschool Luc Tuymans… – sans parler du rayonnement in- Antwerpen), vivier de talents et de marques ternational de la bande dessinée belge. (Martin Margiela, Essentiel…). Parmi toutes ces disciplines, il semble qu’il y ait n ruxelles, avec son école de La Cambre Mode/s/ B une « Belgian touch » distinctive des autres pays. et le quartier Dansaert n’est plus en reste. La ville « This is so Belgium ! ». De nos entretiens, il sem- a vu son nombre de magasins indépendants de blerait que les observateurs étrangers perçoivent créateurs de mode augmenter fortement ces de la création belge, un goût du « surréalisme », dernières années. du hors normes, un «  humour décalé  » voire Les créateurs bel­ trash, un sens de l’absurde, une capacité à rire ges débutants et de soi. Aujourd’hui, à tort ou à raison, Bruxelles confirmés s’y re- devient depuis 3-4  ans pour les artistes the trouvent de plus «  next place to be  » en Europe, en particulier en plus. dans l’art contemporain. La Belgique est Le New York Times parle même d’une «  Belge également de- Epoque », et plus précisément d’une « Renaissance venue un centre créative de Bruxelles  »2. Précisément, Bruxelles européen de la dispose d’un environnement très attractif pour danse contempo- les créatifs, forte de la qualité de certaines raine grâce aux écoles artistiques (mode, cinéma, architecture, célèbres choré- dessin), la qualité de l’événementiel et le prestige graphies de Anne de certaines institutions culturelles (Europalia, Teresa De Keers- maeker. Quelques 2- Monica Khemsurov, (21 septembre 2011), Belge épo­ musiciens belges que, New York Times. 14
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    concours Reine Elisabeth,la Monnaie…), la vie Un autre regard  nocturne insolite (soirées High needs Low…). Citons aussi l’extrême cosmopolitisme des expa- triés autour des institutions européennes (l’an- glais est pratiqué quotidiennement par près de 15  % de la population ; 27 % de la population bruxelloise est d’origine étrangère dont plus de 60 % sont de l’UE), les dessertes Eurostar et Thalys qui permettent de fluidifier les échanges d’idées et d’artistes, les lieux de référence (Recyclart, WIELS, Bozar, Botanique, Ancienne Belgique…), les concept stores hôtels (Haleluja, MAPP, Hunting and collecting, White hotel, Bloom…), et le prix de l’immobilier y est relative- ment abordable comparé à Londres et Paris. Enfin, la Belgique perd beaucoup de talents qui préfèrent vendre ou entreprendre à l’étranger. Chez les artistes-plasticiens et stylistes de renom, La naissance d’une vitrine Luc Tuymans a sa galerie à New York, Chris « made in Belgium » à Manhattan Martin en Allemagne, Francis Alys est au Mexique, Les entrepreneurs créatifs belges ne man- Laetitia Crahay travaille à Paris pour la Maison quent pas d’ambition comme en témoigne Michel et Chanel, Olivier Theyskens vit et travaille l’aventure de Sylvie Bouffa, fondatrice de à New York… Talking French Flemish Inc. Initiative pure- ment privée, développée sans aides finan- La Belgique recèle de formations artistiques cière publiques, cette structure de 3 500 m excellentes et très reconnues à l’international : La sera une vitrine de la créativité belge à Cambre, Saint-Luc, la Kask et l’Académie Royale Manhattan, New York. d’Anvers, écoles ultra-sélectives et attirant des étudiants des 4 coins du monde mettent l’accent Sylvie est partie du constat que les Améri­ sur la créativité. Les étudiants fraîchement diplô- cains adoraient le design belge quand ils més rêvent souvent d’une carrière internationale, le voyaient, et étaient prêts à payer une voir d’être repérés en fin d’étude pour travailler à fortune pour l’avoir, mais peu en connais- l’étranger (Paris, Londres, Milan, New York). Deux saient l’origine. raisons sont mentionnées pour expliquer cette Elle a donc décidé d’ouvrir un magasin fuite des talents : exposant tout ce que la Belgique propose de n e manque de grands donneurs d’ordres belges l meilleur  : les Carrières du Hainaut, les cho- en Belgique, ce qui implique la nécessité de colats Marcolini, les baignoires Aquamass, le s’expatrier pour trouver de l’emploi et/ou pour design XVL, une galerie d’art contemporain, se faire un nom ; les montres Raidillon, un restaurant « bistro- nomique », et bien d’autres encore… n e marché de consommateurs n’atteint pas une l taille critique suffisante pour absorber l’offre Si cette première vitrine belge est un succès, de produit et services culturels et créatifs. Sylvie compte bien dupliquer le concept ailleurs sur le «  Nouveau Continent  » mais L’e-commerce créatif : de nouvelles également en Chine, au Brésil et en Inde. stratégies web L’ouverture de Talking French Flemish Inc. New York est prévue pour le printemps 2012. Seuls 11  % des sondés vendent leurs produits culturels en ligne (eBay, Amazon…). Cela n’est pas dû au manque de présence par les entre- méthode la plus efficace et fiable de publicité. prises sur le web (84  %), mais bien à la faible D’ailleurs, les entreprises de publicité se sont demande des Belges pour l’achat en ligne ou tournées vers l’activation de marque sur inter- la méconnaissance de certaines plateformes net. C’est une nouvelle niche publicitaire qui a dédiées aux ICC (99design, behance, mondres- permis au secteur de la publicité de se réinventer sing.be…). en temps de crise. Cette nouvelle manière de 67  % des entreprises sondées sont présentes communiquer, associée à une logique de social sur les réseaux sociaux, principalement CRM /brandwatching, permet de communiquer à Facebook, LinkedIn et Twitter. Les effets pro- une cible très précise et d’entretenir une relation duits par cette présence sont, par ordre d’im- d’échange avec les consom’acteurs, qui influen- portance, l’amélioration du networking, du cent en retour le produit/le marché... branding et des ventes. Seuls 3  % des répondants ne sont en aucune Le «  bouche à oreille  », la prescription par des façon connectés, souvent par défaut de maîtrise tiers ambassadeurs d’une marque, devient la des outils. 15
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique l ormation à l’entrepreneuriat culturel F Entreprendre et réussir dans la culture, c’est être compétences en administration/finance (38  %) en capacité de réconcilier deux logiques encore sont considérées comme les plus essentielles. fortement ressenties comme antagonistes  : d’une part, la dimension de création (l’art pour Or seulement 34  % des répondants résidant en l’art) et d’autre part, la dimension économique Wallonie, 18  % en Flandres et 13  % à Bruxelles (vivre de son art). C’est tout l’enjeu de la for- estiment avoir été bien préparés aux compé- mation initiale et continue adaptée à l’entre- tences managériales, pourtant ressenties comme preneuriat culturel et créatif. L’icône de l’artiste fondamentales. «  complet  » reste Léonard de Vinci. Peintre et Si l’on distingue les entrepreneurs des ICC qui homme d’esprit universel, à la fois artiste, scien- ont suivi une formation supérieure de type cultu- tifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, peintre, relle ou créative (60  % des répondants), des sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musi- entrepreneurs des ICC qui ont suivi uniquement cien, poète, philosophe et écrivain, il n’en fut pas une formation supérieure de type économie ou moins « commerçant  » en attirant l’attention de gestion ou autre (40  %), un constat se pose  : mécènes pour vivre de ses arts. l’étudiant dans un cursus créatif « pur » rencon- trera tendanciellement plus de difficultés sur le De l’idée créative à l’entreprise marché du travail sur la dimension économique Si un certain nombre d’écoles supérieures belges de son activité professionnelle. Par exemple, il dédiées aux ICC sont reconnues pour leurs exi- ressort des entretiens que le « créatif pur » aura gences de travail et l’extrême qualité du transfert tendance à sous-estimer la valeur de ses œuvres/ de savoir-faire créatifs, des marges de progrès services, il aura des difficultés à monter son sont possibles. business plan, à réfléchir en termes de stratégies financières, commerciales et marketing. Certains En effet, dans le panel de répondants à notre témoignent avoir été sollicités par des intermé- enquête en ligne, seuls 17 % des actifs travaillant diaires peu scrupuleux exploitant une certaine dans les ICC estiment avoir été bien préparés à candeur des jeunes diplômés. l’entreprenariat culturel et créatif. Précisément, hormis les compétences artistiques incontour- Il semblerait donc que les compétences entre- nables, les compétences managériales (73 %), les preneuriales ne soient pas assez bien transmises relations publiques et presse (61 %) ainsi que les dans les formations de type créatif et culturel. Hormis la créativité, quelles sont les compétences les plus importantes pour les entrepreneurs créatifs et culturels ? Managériales (vision business plan, gestion de risques…) Relations publiques presse Administration/finance Langues Connaissances IT/social media Juridiques (législation sociale, droit d’auteur, contrats…) 0 10 20 30 40 50 60 70 80 % Auxquelles de ces compétences estimez-vous avoir été bien préparé lors de votre formation en Belgique ? Langues Managériales (vision business plan, gestion de risques…) Relations publiques presse Administration/finance Juridiques (législation sociale, droit d’auteur, contrats…) Connaissances IT/social media 0 10 20 30 40 50 60 70 80 % 16
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    Le recours ausystème D Pour palier au manque de compétences « entre- preneuriales  », les créatifs belges sondés ont recours au «  système D  » (amis, famille, entre- prises privées). Les entreprises privées sont majoritairement consultées pour les matières comptables, administratives, financières et informatiques. Les amis et la famille sont plutôt consultés sur les sujets en lien avec les médias sociaux et le networking. Les structures d’aides publiques ou associa- tions professionnelles sont moins consultées. D’ailleurs, 72  % des répondants de notre panel pensent que les entreprises culturelles et créa- tives ne sont pas suffisamment bien épaulées par leurs associations professionnelles. Variant de l’une à l’autre, elles ont pour mission d’assurer la été transmises dans leur formation supérieure. Le représentation des intérêts du secteur aux déci- talent et la culture générale ne suffisent pas pour deurs publics, la promotion du secteur, le conseil s’improviser du jour au lendemain entrepreneur en affaires, l’information sur les financements culturel. Celui-ci doit être capable de se financer, disponibles, développer le networking, diffuser de protéger ses créations, et de convaincre de les appels à projets, des propositions de travail la valeur ajoutée symbolique de son produit ou collaboratif sur projets… Mais les entreprises ne service. Dès lors, une réflexion s’impose sur les se retrouvent plus dans cette profusion de struc- compétences idéales de l’entrepreneur culturel tures et d’aides disponibles. Une simple carto- et/ou créatif. graphie de structures publiques et associations Pendant les études dédiées à la création, il professionnelles belges dédiées aux ICC permet conviendrait de renforcer substantiellement de recenser plus d’une quarantaine de structures l’apprentissage de l’anglais, des bases du droit en Belgique ! Pour aider le design par exemple, il de la propriété intellectuelle, de la comptabi- n’y a pas moins d’une vingtaine de structures en lité/finance (i.e. savoir faire un business plan), Wallonie. du marketing/PR (savoir communiquer), et des Outre l’illisibilité, une autre critique se dégage de logiques des chaînes de valeur du secteur. Le nos entretiens : les activités créatives englobant stage en entreprise est un exercice désormais plusieurs secteurs ICC, ou celles, plus récentes incontournable. De plus, des interventions des (webdesign), ne se retrouvent pas forcément structures de soutien du secteur (association dans ce paysage foisonnant de structures inter- professionnelle, entités en charge de l’interna- médiaires fonctionnant souvent en silos. La tional/export, sociétés de gestion des droits gestion segmentée de ces différents secteurs d’auteur…), des interventions de professionnels entrave le développement de la pensée latérale étrangers, d’alumni, des visites d’entreprises… et de l’innovation. seraient à encourager tout au long du cursus. Il est important d’ouvrir l’enseignement créatif Revoir les cursus dédié à l’entrepreneuriat aux autres économies. Citons par exemple le créatif Programme d’entrepreneuriat créatif Goldsmith de l’Université de Londres, destinés aux étu- De plus en plus d’entrepreneurs culturels et créa- diants voulant entreprendre dans le secteur de la tifs vivent de leur art (Stromae, Francys Alys, création. Cette formation enseigne les pré-requis Jean-Claude Van Damme, les frères d’Ardenne nécessaires à l’entreprenariat ainsi que les attri- ou encore Amélie Nothomb). Pas étonnant que buts nécessaires à la commercialisation de leur les étudiants des filières artistiques soient aussi produits/service créatif et/ou culturel. L’objectif désireux de faire carrière et espèrent pouvoir est de former les étudiants à l’économie cultu- vivre de leur capital culturel et créatif. La clef du relle, à innover par rapport aux différents succès, selon le chanteur Stromae, «  c’est 40  % business model possibles et de développer leurs de chance, 40 % de travail et 20 % de talent. L’art compétences entrepreneuriales (finance, chaîne pour l’art, c’est bien, mais il faut tenir compte de de valeurs…), de communication (leadership, la réalité du marché ». marketing…) légales (propriété intellectuelle…). A contrario, les histoires de « galères », d’incom- Des opportunités de networking, de cours ou préhension des règles du jeu, de petits revenus, d’expériences communes pendant les études sont nombreuses. sont à imaginer pour faire se rencontrer les Pour pallier à ces problèmes, les entrepreneurs profils de créatifs avec les profils de gestion- des ICC de l’enquête en ligne ayant suivis des naire d’entreprise ICC. L’objectif  : encourager cursus purement créatifs regrettent que les les projets multidisciplinaires entre le monde de notions de base de l’entrepreneuriat n’aient pas l’entreprise et les créatifs pour casser les clichés. 17
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique L’intermédiaire de l’artiste est une nouvelle pro- Master en production de projets artistiques. fession qui vient en soutien des artistes pour leur Ce nouveau Master inclurait un certain nombre permettre de trouver leur «  marché  », en par- de cours ou de modules de formation destinés ticulier en assurant le PR, marketing, CRM… Si à familiariser les étudiants avec des concepts ce type d’entrepreneur culturel a toujours existé et des outils utiles à la production de projets  : d’une façon ou d’une autre dans l’histoire de la aspects juridiques et institutionnels, notions de culture (ex. : le marchand de tableaux, l’agent…), comptabilité, outils de communication, etc. Un nous avons la conviction qu’il devient aujourd’hui cycle de rencontres – 2  rencontres par mois- essentiel de crédibiliser leur formation et leur permettrait d’alimenter les étudiants (et leurs mise en contact avec les créatifs. projets) par l’expérience de professionnels. Le système éducatif francophone commence Un débat plus large se développe en Europe en à bouger pour concilier la création et l’esprit faveur d’une meilleure prise en compte des cours d’entreprise. ARTES, une plate-forme trans- se basant sur la créativité au cœur de l’enseigne- disciplinaire de 3  écoles supérieures des arts ment dès le plus jeune âge, pour forger les talents de la Communauté Française à Bruxelles (le et alimenter l’innovation de demain. Les écoles Conservatoire, La Cambre et l’INSAS) vient de de Singapour généralisent déjà les cours de créa- solliciter une habilitation nouvelle, commune, tivité tout au long de l’enseignement primaire et trans-domaines, pour la création d’un nouveau secondaire afin de booster l’innovation du futur. Compétences idéales à l’entreprenariat culturel et créatif • Talent créatif Communication Entreprenariat • P ensée latérale • eadership L • Compétences managériale • C réativité • arketing M • Compétences informatiques • E xcellence • elations publiques et presse R • Compétences juridiques • Social CRM • Compétences économiques • I nnovation • Langues • Administration… Un autre regard  Polimoda Polimoda est l’exemple d’une école d’entrepre- neurs de la mode à Florence, ville historique de la mode italienne. Elle est née du besoin de l’industrie florentine du luxe de s’adap- ter au marché global de la mode, de plus en plus concurrentiel. L’école est une initiative publique/privée lancée en 1986 et financée par les villes de Florence et Prato, les associa- tions professionnelles, la région Toscane, et les encouragés en lien avec les districts industriels fonds sociaux européens. Présidée et dirigée et les maisons de mode. par deux noms de la mode internationale Francesco Ferragamo et Linda Loppa, l’école – Les projets des élèves sont régulièrement se veut ancrée dans les réalités du marché de présentés devant la presse, les décideurs la mode. Elle associe les professionnels locaux publics, le secteur privé, dans le cadre de dans la construction des cursus pédagogiques foires et galas locaux et dans les vitrines com- (Chambre de commerce, filière de la chaus- merçantes de la ville. sure, filière de la mode…). – Au sein de l’école, une spin-off, présidée par – En réponse aux besoins du marché ont le Président de la marque Versace, offre des été créés les Masters «  Fashion Stylists  », prestations de conseil en stratégie marketing «  Fashion Brand  », 25  Masters en anglais, et auprès de 35 entreprises de mode (Ferragamo, des Summer school en chinois. Gucci, Tod’s, au Quatar, en Inde…). Cette filiale capte les tendances des marchés et facilite le – Les étudiants sont formés sur toute la chaîne placement des étudiants. de valeur de la mode, de la création de col- lections haute couture, jusqu’à la commercia- – 94 % des diplômés trouvent un emploi dans lisation (achat/vente, relation client, art de la les 6 mois, dans les grandes maisons de mode mise en vitrine…). Les stages et projets sont du monde. 18
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    l ’accèsau financement L Un des obstacles les plus importants rencon- que les entreprises du domaine de la publicité), trés par les professionnels des secteurs cultu- du stade de développement des entreprises rels et créatifs est l’accès au financement dont (phase d’amorçage, phase de croissance, phase ils ont besoin pour mener à bien leurs activités. de transformation, etc.). En Europe, 85  % des entreprises des industries ICC éprouvent des difficultés à trouver des finan- Le recours principal aux « friends, family cements3. D’autant plus qu’en temps de crise, and fools » la culture est souvent la première victime des En Belgique, selon notre enquête en ligne, les coupes budgétaires. La recherche de finance- entreprises ICC sont d’abord financées en fonds ments mixtes (public-privé) s’accélère, tant pour propres (76  %), grâce à des économies person- les institutions culturelles que pour les entre- nelles ou des sources «  FFF  » («  friends, family prises créatives. Internet, source fantastique and… fools »). d’opportunités pour la culture, a aussi mis à mal 46  % des répondants ont déjà fait appel à des certaines entreprises créatives qui voient leurs sources de financements externes (prêt, sub- sources de revenus traditionnels s’éroder à cause sides publiques, sponsoring, business angels…). de la disparition des supports physiques, du télé- Ces sources externes sont difficiles d’accès pour chargement illégal de contenus. Les entreprises près de 88 % des répondants, et ce, d’autant plus se voient alors obligés de penser de nouveaux lorsqu’elles relèvent du secteur privé. modèles économiques. Les besoins de financements diffèrent en fonc- tion des secteurs ICC (par exemple, les arts du 3- Commission européenne, (2011), Livre Vert - « Libérer spectacle sont typiquement plus subventionnés le potentiel des industries culturelles et créatives ». Quelles sont les sources de financement les plus importantes pour votre entreprise ? Fonds propres Prêt bancaire Bourses publiques/ financement public Sponsoring Incitation fiscale Capital risque Financement viral Financement d'amorçage Business Angels Donation Introduction en bourse 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 % Comment qualifiez-vous l’accès aux sources de financement externes suivantes ? Prêt bancaire Financement viral Bourses privées Bourses publiques Sponsoring Business Angels Donation Financement d'amorçage Capital risque 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 % Facile Difficile 19
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique Les bourses publiques sont utilisées dans 21,6 % n es fonds publics alloués aux ICC, quelles L des cas. que soient les régions, feraient l’objet de vifs La principale forme de soutien émanant du débats. Les interviewés (bénéficiaires ou non) secteur privé est le sponsoring avec 8,1  % des admettent que les subsides publics peuvent réponses. avoir un effet salutaire dans le soutien de choix créatifs risqués. Néanmoins, il est admis Le recours au crowdfunding, modèle de finance- qu’une certaine dépendance aux subsides peut ment où une multitude d’internautes financent «  endormir  » la créativité et n’exclue pas un des projets créatifs en achetant des «  parts  » interventionnisme politique dans la program- via un site internet, est récent et encore mar- mation. Les subsides devraient être alloués de ginal car ces plateformes web sont rares et manière prioritaire à des projets expérimen- doivent encore faire leur preuve (Aka music, taux pour permettre le développement de nou- Mymajorcompany…). veaux produits culturels et créatifs. Néanmoins, Les soutiens financiers publics apportés aux les organes publics en charge des soutiens ICC rencontrent des avis mitigés. Une majo- financiers aux ICC devraient régulièrement rité des répondants et interviewés n’ont jamais évaluer la pertinence, les résultats qualitatifs demandé de subsides. Ceux qui ont introduit une et quantitatifs, l’efficience des subsides alloués. première demande de soutien financier public sont généralement déçus du résultat obtenu par Le secteur privé frileux dans le soutien rapport aux efforts fournis et n’ont plus retenté aux ICC, par méconnaissance et méfiance l’expérience. réciproque L’enquête en ligne indique que le prêt bancaire Ces 12 derniers mois, avez-vous fait appel est considéré comme la source de financement à une source de financement externe ? la plus accessible. Cependant il ressort de nos entretiens que les banques restent frileuses pour investir dans les ICC. Pour arriver à rapprocher le secteur privé et les ICC, il faut leur apprendre à parler un langage commun, à se départir de Au moins une fois clichés qui prévalent tant chez les investisseurs 54 % 46 % privés que chez les créatifs. Non n a méfiance des investisseurs privés s’expli- L querait par le fait que l’industrie créative est considérée comme un secteur à risque. Les ICC sont une économie singulière qui se base sur des concepts certes peu quantifiables tels que la beauté artistique ou la valeur symbo- Les raisons évoquées sont diverses et multiples : lique des produits, dont le « hype » auprès de la demande est imprévisible. Dans la plupart n es entretiens précisent que la distribution L des cas, les entreprises des ICC utilisent des des bourses ne fait pas toujours l’objet d’une biens immatériels (des idées, des brevets, etc.), grille de décision transparente poussant ainsi garantie souvent considérée comme insuffi- les créatifs à devoir faire du lobbying politique. sante par les investisseurs privés. Certains secteurs semblent plus soutenus que Or, contrairement à cette idée reçue, investir d’autres, soutien variant au gré des intérêts dans des entreprises créatives n’est pas plus des décideurs politiques, et moins dans une risqué que dans les autres pans de l’écono- logique de stratégie avec des priorités claires, mie4. Dans une étude menée en Angleterre, il a objectivées, ou au regard de potentiels de été démontré que le taux de survie des entre- développement à long terme. prises ICC après 5 années d’existence est plus n e paysage des structures d’aides et de soutien L élevé que celui des entreprises traditionnelles publiques aux filières est particulièrement illi- (49,7  % contre 46,6  %). Il est même suggéré sible, au-delà des différences régionales. Aussi, que les ICC ont plus de facilités à traverser des un nombre croissant d’entreprises multidisci- périodes difficiles en se « serrant la ceinture » plinaires dans leurs activités, en particulier sur que les autres entreprises. le champ numérique, se voit refuser l’accès aux secteur privé est une source complémen- Le financements publics soumis à une segmenta- taire aux subsides publics. En effet, grâce à ses tion ressentie comme trop stricte. outils, son savoir-faire, ses carnets d’adresses n es entretiens menés mettent en exergue une L internationaux…, le secteur privé est parfois tendance au « saupoudrage » des aides finan- cières par les institutions publiques. De ce fait, les montants octroyés sont faibles et ne 4- Helen Burrows and Kitty Ussher, (October 2011), The permettent pas aux entrepreneurs ICC de se lazy assumption that the creative industries are inhe- lancer dans des projets ambitieux. rently risky is harming Britain’s path to growth…, DEMOS 20
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    plus à mêmeque les fonction- Un autre regard  naires de sélectionner les projets Gateway2Investment prometteurs créatifs repérés à Pour résoudre les problèmes de méconnaissance entre l’étranger et les faire grandir ou les entrepreneurs des ICC et les investisseurs potentiels, les croiser avec des secteurs cette initiative anglaise, (bien que non spécifiques aux sec- économiques insolites. A l’in- teurs ICC) sort du lot. Cette action soutenue par le London verse, la présence de créatifs Development Agency et le FEDER, propose aux entre- dans les comités de direction preneurs des ICC un programme intitulé Understanding des entreprises de l’économie Finance for Business qui a pour but de maximiser les traditionnelle pourrait être un levier de provocation, de créa- chances de récolte de fonds pour les PME. Les cours sont tion et d’innovation. donnés par des experts et des spécialistes de n our les entrepreneurs des P 4  agences de conseil ICC, les solutions de finance- issus du secteur privé ment privées sont peu connues et une ASBL. Pour la en Belgique. L’incapacité des somme de 1 000 €, l’en- secteurs créatifs à fédérer leur trepreneur des ICC par- action collective ne facilite ticipera à 4 stages : pas le changement d’attitude et la transmission d’informa- • Une séance d’informa- tion sur leurs potentiels auprès tion, gratuite et ouverte des investisseurs privés. Enfin, à tous, où ils seront informés sur les différentes formes de notons que certains créatifs financement publics et privés disponibles ainsi que sur voient le recours aux fonds leurs exigences. privés et aux indicateurs de per- • Un training d’un jour et demi où les entrepreneurs créa- formance (évolution du public, tifs apprendront à penser comme un investisseur pour des recettes…) comme un frein mieux savoir ce qu’ils recherchent : établir un management à l’indépendance de la créa- solide, savoir évaluer les opportunités de croissance de tion, en particulier sur certains l’entreprise, faire une étude de marché ainsi qu’un business secteurs très subsidiés (ex.  : modèle, savoir quelles sont les possibilités de sortie pour théâtre). les investisseurs, etc. Les entrepreneurs devront prépa- rer une présentation de leur entreprise incorporant les Le levier fiscal à repenser connaissances apprises. Fort de son succès dans l’audio- • Un training où l’entrepreneur se voit attribuer un mentor visuel, le débat est ouvert quant avec qui il développera un plan d’action personnalisé pour à l’élargissement du tax shelter à développer sa compréhension du marché et une stratégie d’autres secteurs créatifs. Le tax financière détaillée pour le démarchage d’investisseurs shelter actuel vise à stimuler fisca- potentiels. L’entrepreneur aura également la possibilité de lement les investissements privés travailler avec un étudiant MBA pour élaborer une étude dans l’audiovisuel belge. L’incitant spécifique à son marché. consiste en l’exonération du béné- fice imposable à concurrence • Le dernier stage met l’entrepreneur en relation avec une de 150  % de l’investissement fait équipe d’experts en relation avec l’investisseur et l’aide dans un projet audiovisuel (pour à développer un «  pitch  » pour présenter le projet ICC maximum 500  000  € exonérés aux investisseurs appropriés (identifiés pendant le second par an et par société). Un élar- stage). L’entrepreneur sera aussi invité à des évènements gissement du tax shelter (mode, de réseautage, des dîners avec des investisseurs, etc. musique, gaming), augmenterait dans l’absolu les investissements privés dans les industries créa- tives, mais il diminuerait potentiellement la part techniciens pour la rénovation du musée. Le d’investissements fléchés vers l’audiovisuel (un marché de la philanthropie est assez peu trans- segment à fort besoin en capital). Le risque est parent en Belgique et pose la question d’une celui d’un accroissement du « saupoudrage » des meilleure organisation du marché entre deman- fonds sur des projets « moyens ». deurs et pourvoyeurs de dons (ex.  : plateforme Un consensus clair se dégage en faveur d’une en ligne de l’offre et la demande), du pilotage, et revalorisation de l’exonération fiscale en matière des retours d’expériences. de mécénat culturel par les personnes physiques Enfin, au niveau européen, une harmonisation ou morales, et d’une reconnaissance du mécénat de la TVA sur les transactions de biens cultu- de compétences. Prenons l’exemple du Musée rels pourrait stimuler le marché. Par exemple, aux Magritte à Bruxelles  : il a pu voir le jour grâce Etats-Unis, il n’y a pas de TVA sur l’achat en ligne au mécénat inédit de GDF Suez qui a fourni des de ces biens. 21
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique Explorer plus avant les financements Pour bénéficier de ces fonds, les ICC ne doivent mixtes de la culture généralement pas donner de garanties, mais prouver la rentabilité attendue du bien ou du Les gouvernements restent encore les plus service culturel/créatif ainsi que sa valeur ajoutée grands financeurs de la culture (subventions, pour le marché. allocations et prix). Un changement de para- L’intervention publique pour la culture a permis digme récent s’observe  : d’une logique de d’en démocratiser l’accès. C’est un acquis indis- guichet vers une logique de placement. Les cutable. Néanmoins les acteurs publics ont fonds d’investissement (capital risque) pour les également la responsabilité d’encourager les ini- entreprises culturelles et créatives ont été mis tiatives de la société civile qui opèrent en paral- en place pour répondre aux baisses des budgets lèle : les entreprises et les organismes à but non publics pour la culture. lucratifs (fondations, fonds de dotation…). Il ne s’agit pas de transférer les charges mais de mul- D’abord Brustart (1992) à Bruxelles (qui ne tiplier les moyens et leurs provenances. s’occupe pas exclusivement des secteurs ICC), ensuite Culturinvest en Flandre (2006), et plus Sans quoi, il semble incohérent de se plaindre récemment St’art Invest (2009) en Wallonie. de revenus insuffisants dédiés à la culture, en Ce sont des entreprises privées (sociétés ano- renonçant à explorer les investissements privés nymes) avec des actionnaires publics et privés, et la fiscalité culturelle. Les décideurs publics qui financent la croissance des ICC par l’octroi ont un rôle essentiel pour stimuler, augmenter, de prêts, généralement à un taux plus élevé que et réguler l’engagement du milieu des affaires et la moyenne, mais aussi par des participations de l’épargne du grand public auprès du monde au capital des entreprises, ou des microcrédits culturel, et ainsi soutenir la créativité, l’économie (dans le cas de Brustart). culturelle et le rayonnement du territoire. l nnovation I L’innovation dans les ICC est abordée sous deux sur un projet commun (71 %). Un producteur de angles : films va facilement travailler avec un groupe de n e recours à des partenariats, au clustering ou au l musique connu afin d’augmenter les chances de Living Lab pour favoriser la fertilisation croisée ; succès sur son produit final. n a protection du droit d’auteur. l Néanmoins, seulement 8  % des ICC s’ouvrent à des projets collaboratifs avec des entreprises non-ICC. Ces chiffres témoignent d’un angle Partenariats croisés, clustering, Living Lab mort sur l’apport pourtant réel de la créativité ou comment ouvrir des zones blanches à l’économie traditionnelle. C’est un manque à de l’innovation gagner puisque les ICC sont intrinsèquement Les réseaux sont les sources les plus importantes porteuses d’innovation et capables d’assurer d’innovation et la gestion de ceux-ci deviendra l’interface entre les diverses activités indus- une compétence générale d’entreprise. Une entre- trielles grâce à leur langage universel. En effet, prise créative sur deux engage des partenariats les ICC, particulièrement le design, croisées aux avec d’autres entreprises des ICC. Une grande industries traditionnelles permettent d’amélio- majorité des partenariats se font entre entreprises rer l’expérience-client par rapport à un nouveau du même segment. Ces entreprises engagent produit scientifique ou technologique. Elles ont majoritairement des partenariats afin de coopérer le potentiel de rendre le produit plus facile à comprendre et à utiliser5. A titre d’illustration, notons les pyjamas calmants, le papier peint Ces 2 dernières années, votre entreprise a-t- utilisant la fibre optique ou les technologies thé- elle engagé concrètement des partenariats rapeutiques pour les diabétiques portables en avec d’autres entreprises dans le but de créer bijou. Une étude menée aux Pays-Bas démontre de nouveaux produits/services ? que l’investissement dans les services créa- tifs (soft innovation) est généralement moins coûteux et génère autant de revenus que l’in- vestissement dans l’innovation technologique (hard innovation)6. Oui 52 % 48 % Non 5- Lowry Adam Ryan Eric (2011), Creating ama- zing customer experiences through soft innovation, FastCompany 6- Klom Luuk Meurink André (2001), CBS, Soft inno- vation just as important as hard innovation, Statistics Netherlands 22
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    capacité de l’industrietraditionnelle à se rajeunir. L’AWEX va dans ce sens lorsqu’elle organise des after-work entre designers et exportateurs. Dans son programme « Spécialiste en design », l’AWEX propose le remboursement aux PME wallonnes d’une grande partie des honoraires d’experts pour les prestations axées sur l’adaptation du design des produits en vue de l’exportation. La compétitivité des entreprises culturelles et créatives peut être accélérée en les incitant à se regrouper et à coopérer dans une logique de cluster, de réseau, ou de Living Lab. Dans l’économie culturelle belge, majoritairement constituée de très petites entreprises (moins de A Manchester, les «  Creative Credits  » permet- 10  personnes), il semble essentiel de créer un tent d’allouer aux entreprises traditionnelles des écosystème rassemblant les énergies les plus en chèques (4  000  £) de montants restreints afin pointe de la création et de l’innovation. qu’elles achètent des services à des entreprises créatives. Ces chèques sont nés du constat que Seuls 9  % des entreprises créatives répondant les entreprises passant 2 fois plus de temps que à l’enquête travaillent dans une logique de clus- la moyenne des entreprises à faire usage de ser- ters créatifs. La notion de cluster est complexe et vices créatifs pour développer leurs produits, ont porte facilement à contresens  : un cluster n’est 25 % de chance en plus de développer de l’inno- pas un réseau d’entreprises, un laboratoire, ou vation dans leur produit. une association professionnelle. Georges Dantine, architecte d’intérieur, témoigne : L’objectif d’un cluster est de mettre en commun « lors de la crise en 2008, parmi mes clients, les des ressources au sein de réseaux et parte- entreprises qui ont continué à investir dans mes nariats, sur un espace géographique délimité, services pour organiser leurs magasins et vitrines dans le but de stimuler et de croiser les activi- s’en sont très bien sorties, si pas mieux. Les entre- tés, booster la créativité et réaliser des écono- prises plus frileuses, qui ont préféré couper les mies d’échelles. L’animateur du cluster fait se budgets sont en plus mauvaise santé aujourd’hui. rencontrer des entreprises d’un même secteur/ Ce sont les entreprises qui ont osé se renouveler/ domaine, experts, universités, pouvoir publics innover, qui ont attiré tous les clients des entre- prises plus frileuses… ». Travaillez-vous au sein d’un cluster ? Par ailleurs, selon Jan Van Mol, fondateur de Addict LAB, une entreprise visant à accélé- 9% rer le développement de talents et la produc- tion d’idées à travers un processus collaboratif Oui (crowd-sourcing), « les ICC ont la capacité d’ap- porter une vision out of the box à l’économie Non traditionnelle  : d’où l’idée de faire travailler les 91 % économies créatives et traditionnelles ensemble à la production d’idées et de développer ainsi le latéral thinking ». Elles ont un impact réel sur la Quel est votre degré de satisfaction quant à votre activité au sein d’un cluster ? Partage des connaissances Bénéfice de l'émulation interne Innovation/RD au travers de partenariats Partage des outils de productions “Chasse en meute” sur les marchés étrangers Partage échange de ressources humaines créatives Réalisation d’économies d’échelle Obtention de fonds/financements communs 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 % Satisfait Insatisfait 23
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique pour travailler ensemble en mode-projet à la RD pénètre les organisations, par la périphérie et de nouveaux produits et services culturels ou par le croisement des filières. Ainsi, dans les créatifs destinés à rencontrer un marché de niche Living Labs, les notions de pluridisciplinarité et porteur. Le clustering favorise le partage des transversalité sont très fortes. Tous les acteurs connaissances, l’émulation sur un même secteur, (acteurs présents dans les clusters citoyens sur l’innovation et la concentration en masse critique le territoire, acteurs concernés par l’innovation…) d’une expertise dans un pays. Le cluster suit un se rassemblent et font de l’innovation ensemble, modèle vertical et descendant : le processus d’in- c’est-à-dire de la co-innovation, en adhérant à la novation démarre de l’entreprise pour atteindre démarche Living Lab. le grand public, mais aussi les entreprises. Les Living Labs ont plutôt l’ambition de facili- Aujourd’hui, l’innovation ne passe plus seulement ter la qualité de l’innovation en termes de ren- par une approche classique (recherche en labo- contre avec des besoins sociaux (et non pas la ratoires, RD, puis développement industriel), qualité technique et technologique du produit). mais aussi par les usagers (end-user innova- Ils capitalisent sur l’usager (groupe d’entreprises, tion). Tendanciellement, l’innovation de rupture grande entreprise, client). The Egg : le Living Lab de Bruxelles Interview avec Alain Heureux, Managing Director Quelle est la valeur ajoutée/l’intérêt permettre de jouer de The Egg pour les entreprises créa- un rôle important tives et culturelles en Belgique ? au sein du réseau. The Egg se veut être un endroit où cohabitent Quels seront les de façon permanente des univers différents domaines d’expé- tels que les médias, les jeunes entrepreneurs, rimentation sur les- le théâtre, l’art, la recherche ou encore l’édu- quels The Egg va se cation. La cohabitation va éveiller l’intérêt et spécialiser pour avoir un le respect, et inciter à terme l’échange ou la avantage discriminant ? découverte qui stimulent l’innovation et la créativité. The Egg est évidement ouvert au Etant, entre autres, le nid des média belges monde extérieur du Quartier créant un Cercle mais étant également désireux d’enrichir la Urbain mais également à toute entreprise ou visite de chaque hôte, nous allons investir dans individu qui désire se mélanger au projet The des applications mobiles et dans des écrans Egg afin d’y développer son activité qui va sti- digitaux afin de faciliter l’interaction entre le muler encore plus l’échange et l’ouverture ! contenu, le bâtiment et chaque visiteur. Les rôles d’écrans et d’outils mobiles sont straté- The Egg est membre de European Networks giques tant dans l’univers professionnel que of Living Labs (www.openlivinglabs.eu/). privé ou culturel, et nous désirons spécialiser Pourquoi ? une partie de nos activités vers ces domaines La reconnaissance de The Egg en tant que en sachant que nous désirons également Living Lab est essentielle afin de faciliter l’hé- rester ouvert pour des recherches ponctuelles bergement de projet de recherche tant au en tout genre. niveau belge qu’européen mais également afin d’échanger des idées et projets avec les Comment accélérer la créativité et l’innovation autres Living Labs en Europe. The Egg se situe dans l’économie belge ? Quels freins faudrait-il à 500 m de la gare débloquer ? du Midi qui est un Il faut d’abord une ouverture d’esprit et de point de rencontre l’audace, qui malheureusement ne sont pas direct entre Paris- toujours des points forts de notre civilisation Londres-Cologne- européenne ou belge. Il faut dès lors espérer Amsterdam mais que des initiatives privées telles que The indirectement Egg et autres lieux vont pouvoir favoriser les avec toute l’Eu- échanges et inciter les individus à s’ouvrir et à rope au travers s’intéresser aux autres. Les autorités publiques de la connexion devraient dégager des moyens comme la avec Zaventem. De région flamande vient de le décider malgré la plus, The Egg est crise économique. L’Europe va devoir unir ses situé au cœur de Etats si nous désirons encore pouvoir jouer un Bruxelles… capi- rôle demain parmi les grandes économies exis- tale de l’Europe ce tantes et émergentes… le talent est présent, qui devrait nous mais il faut s’unir et fédérer nos forces ! 24
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    Soutenir la créationpar une meilleure de la valeur de la création (musique, cinéma…) protection du droit d’auteur comme en témoigne le succès du peer-to-peer, du streaming gratuit… Ces développements menacent la création et la rémunération juste et Est-ce important pour vous de souscrire équitable des ayants droits. Le piratage dans les à la protection de droits d’auteur ? industries culturelles et créatives européennes aurait engendré une perte de chiffre d’affaires de 9,9 milliards d’euros et plus de 185 000 des- tructions d’emploi en 2008. A ce rythme et en 34 % Oui l’absence de mesures correctrices de la régle- mentation, les industries créatives européennes 66 % pourraient accuser un manque à gagner cumulé Non de 240  milliards d’euros d’ici 2015, induisant 1,2 million de pertes d’emplois d’ici là. Musique, film, contrefaçon dans la mode et l’art… plus aucun secteur n’est épargné, comme en témoigne l’actualité fin 2011 concernant la danse La protection de la création est nécessaire pour belge. Après la compagnie Rosas de Teresa De préserver les emplois actuels et futurs dans les Keersmaeker, plagiée par le clip «  Countdown  » ICC. 66  % des répondants de notre enquête en de Beyoncé, la compagnie Charleroi-Danses a ligne reconnaissent l’importance de la souscrip- réagi à la nouvelle campagne Chanel, «  Shade tion aux droits d’auteurs. La gestion collective Parade  », en raison de divers points communs des droits d’auteur en musique, par exemple, avec le spectacle « Kiss Cry » de Michèle-Anne est une source de revenus significative pour les De Mey et Jaco Van Dormael. artistes, les éditeurs et les producteurs. Certains acteurs pensent que le droit d’auteur 58 % estiment que la protection du droit d’auteur n’est plus adapté aux évolutions numériques est d’abord importante au niveau international. puisque le web repose en grande partie sur Les droits d’auteur7 constituent une contrepartie une culture du partage, d’open-innovation et à la fois morale et économique incitant à la créa- du remix de morceaux de musique, d’extraits tivité et l’inventivité, et à l’investissement dans de film… D’autres experts notent une évolution de nouvelles œuvres. Le droit moral prime sur le inexorable vers le double domaine  : le domaine bénéfice économique associé. partagé et le domaine protégé. Internet rend la protection du droit d’auteur de Le droit d’auteur est à la croisée des chemins, plus en plus difficile. La Fédération Internationale comme en témoigne le vif débat de société  : de l’Industrie Phonographie (IFPI) estimait que, « Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère de en 2008, près de 40 milliards de fichiers étaient “free culture” où le droit d’auteur est dépassé ? » partagés illégalement en ligne, et seulement 5 % ou bien faut-il «  conserver les principes inscrits des chansons ont été téléchargées légalement. dans la loi et appliquer le droit d’auteur de force Au premier semestre 2011, selon la Belgian Anti- (ex. : loi Hadopi en France )? » piracy federation 1,3  millions de fichiers illicites Les questions sont nombreuses  : Qui doit payer ont été supprimés, 154  819  contrefaçons saisies pour la création sur internet  ? Le site de télé- et 829  interventions des services de police, de chargement illégal  ? L’utilisateur téléchargeant douane et du SPF Economie. Au total, plus de illégalement ? Les fournisseurs d’accès à internet 1 300  artistes et groupes sont concernés, parmi (FAI) et les opérateurs télécoms ? lesquels figurent en tristement bonne place des talents locaux tels que Axel Red, Selah 7- La notion de « droit d’auteur » en Europe continen- tale se distingue de celle du « copyright » anglo-saxon, Sue, Stromae, Hooverphonic, Adamo, Daan… notamment par le droit patrimonial et moral attaché à mais aussi des films belges comme «  Goodbye la personne de l’auteur d’avantage qu’à son œuvre en Bafana », « Mister Nobody » ou « Largo Winch 2 ». droit d’auteur, ou par les exceptions au monopole de l’ayant-droit. Pour le propos de cette étude, le droit Le piratage numérique est d’abord un pro- d’auteur est utilisé de façon générique pour désigner le blème d’individus qui ont perdu la conscience droit qui protège les auteurs. Vous souscrivez à la protection des droits d’auteur, pourquoi ? Protéger la propriété intellectuelle de la contrefaçon au niveau international Récolter des droits de propriété et d’auteur Protéger la propriété intellectuelle de la contrefaçon au niveau belge Faire connaître mon produit 0 10 20 30 40 50 60 % 25
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique Le modèle du «  tout droit réservé  » fait douce- ment place au modèle « certains droits réservés » Allier les outils technologiques avec des solutions contractuelles  : le renforce- aux outils juridiques : ment des soft law non juridiquement contrai- quelle est la bonne formule ? gnante (codes de bonne conduite, Memorendum L’outil juridique est indispensable mais of Understanding…), les licences-types Créative pas assez efficace, seul, pour remédier à la Commons qui laissent à leurs titulaires la possi- violation des droits de propriété intellec- bilité d’établir à l’avance les droits qui leurs sont tuelle. Diverses solutions techniques exis- réservés et de fixer le degré de liberté laissé à tent contre l’utilisation non-autorisée  : le l’utilisation par le public… tatouage numérique, les empreintes numé- La Commission européenne a l’intention de fixer riques, le cloud computing… Ces systèmes de nouvelles règles permettant d’établir le juste de traçage peuvent aider à l’identification équilibre entre la rémunération des entreprises et d’un bien/service, la protection de celui-ci et des auteurs et l’accès large aux biens et services sa prévention. Reste à savoir à qui incombe protégés pour les citoyens européens8. Plusieurs la responsabilité d’investir dans ces techno- propositions sont posées, sans qu’une solution logies et réguler l’utilisation de celles-ci. européenne ne soit encore en vue9. Pour Michel Gyory, avocat spécialiste du droit d’auteur, il faut se poser la question Un autre regard  de savoir si certaines mesures actuellement envisagées sont susceptibles de consti- Un centre d’information sur les droits tuer un soutien efficace aux créateurs en d’auteurs aux Etats-Unis Belgique et en Europe. Selon lui, une licence En réponse à l’augmentation des téléchar- globale ou le paiement d’une rémunération gements illégaux de contenus en ligne, les imposée aux FAI ne permettrait pas aux industries du cinéma, de la musique et de la jeunes créateurs de vivre de leur création et télévision, en partenariat avec des fournis- ne les stimulerait plus. « S’il suffisait de payer seurs d’accès à internet, ont constitué 50  euros par an pour se servir librement un centre d’information sur le droit dans un supermarché, les produits qui y sont d’auteur. Celui-ci a pour mission vendus disparaîtraient très vite du marché ». d’alerter les internautes quant à C’est pourquoi, il se prononce plutôt en leur consultation de sites internet faveur d’un système de «  licence d’utilisa- frauduleux. tion privée  » à travers un système de fac- turation individuelle d’œuvres protégées, Ayant une vocation pédagogique, cet « marquées » de façon à pouvoir être iden- outil fonctionne au travers d’un système tifiées automatiquement par les fournis- d’alertes consécutives  : les deux premières seurs d’accès qui seraient rémunérés pour sont informatives, les troisième et quatrième ce service. Avec ce modèle de traçage du alertes obligent l’utilisateur à en accuser «  clic  », l’abonné retrouverait sur sa facture réception. Arrivé à la 5e alerte, le FAI prend téléphone/internet le détail de sa consom- des sanctions pour remédier à la fraude par mation d’œuvres protégées téléchargées des moyens tels que la diminution provisoire au départ de sources non autorisées par les de la bande passante, la réorientation vers ayants droit. une page d’accueil jusqu’à ce que l’inter- naute contacte le FAI et soit informé de ses obligations au regard du droit d’auteur, ou Vers une gestion plus optimale autres mesures. de la perception des droits d’auteurs Le but final de ce travail de sensibilisation Les entretiens de terrain ont mis en évidence est d’encourager les internautes à renoncer un problème de suivi et de perception des à la consultation de sites frauduleux. droits d’auteur par les sociétés de gestion. Conséquence  : un manque à gagner pour les entrepreneurs dû à une charge supplémen- 8- Communication of the European Commission « A taire en termes de temps et de backoffice pour single market for intellectual property rights – boosting assurer le suivi de la diffusion des œuvres à creativity and innovation to provide economic growth, la radio, publications, festivals…. Or, ces coûts high quality jobs and first class products and services in sont parfois supérieurs aux recettes attendues Europe » 24 mai 2011. (petits concerts…). Les fermes recommandations 9- En septembre 2010, le Parlement européen adoptait de la Commission européenne pour optimiser le rapport Marielle Gallo appelant de ses vœux une le management des sociétés de gestion, et le harmonisation des législations en matière de Droit d’au- développement de nouvelles technologies de teur. Au printemps 2011, la Commission européenne a dévoilé une nouvelle stratégie en matière de propriété type I-collector pour le suivi des morceaux sur intellectuelle (pour plus d’informations www.ec.europa. les radios, devraient permettre une gestion plus eu/internal_market/indprop/index_fr.htm) sereine des droits d’auteur. 26
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    l esindustries créatives et culturelles à l’international L Les entrepreneurs créatifs belges ont la répu- marché belge est insuffisante à un certain niveau tation d’être assez ouverts au monde, cosmo- d’ambition. 62  % des personnes interrogées polites et de s’adapter facilement. Mais une affirment être déjà présents à l’étranger et 18 % ouverture à l’international est aussi synonyme de le seront dans un futur proche. Les répondants contraintes pour les entrepreneurs. Les pouvoirs basés en Wallonie (54  %) exporteraient moins publics peuvent agir sur ces contraintes. par rapport à ceux basés à Bruxelles (69  %) ou en Flandre (65 %). L’Europe reste la destination principale en matière d’exports, le plus souvent les pays limi- Etes-vous présent à l’international ? trophes à la Belgique. Les exportations se font le plus souvent en destination de la France pour les entrepreneurs francophones ou les Pays-Bas 18 % pour les néerlandophones. Mais les pays émer- Oui gents (BRIC, Moyen Orient) sont clairement iden- Non tifiés comme des marchés porteurs dans le cadre 20 % 62 % d’exports de produits dits « de luxe » comme la lingerie fine ou les accessoires de mode. Non, mais prévu Si une majorité des répondants est déjà présente à l’étranger, sous une forme ou une autre, la part du chiffre d’affaire de cette présence reste modeste. 58 % des entreprises exportatrices réa- L’exportation des créations belges : lisent moins de 20  % de leur chiffre d’affaire à un passage obligé mais avec des résultats l’export. encore timides La forme que revêt la présence à l’international Les entreprises créatives belges qui veulent des entreprises créatives est variée  : l’export de un certain rayonnement, réalisent tôt ou tard produits et services (66 %), des partenariats avec qu’elles ont besoin de se tourner vers l’interna- des entreprises étrangères (41 %), la présence sur tional pour soutenir leur croissance. La taille du les foires, salons showrooms (36 %). Quelle part de votre chiffre d’affaires est due à vos activités à l’étranger ? 80 % à 100 % 60 % à 80 % 40 % à 60 % 20 % à 40 % Moins de 20 % 0% 0 10 20 30 40 50 60 70 % Quelle forme votre internationalisation a-t-elle prise ? Export de produits services Partenaires à l’étranger Présence sur foires, salons showroom à l’étranger Participation à des conférences à l’étranger Employés/talents venant de l'étranger Import de produits services Bureau à l’étranger (sous ma marque) Le siège social de mon entreprise se trouve à l’étranger 0 10 20 30 40 50 60 70 % 80 % à 100 % 27 60 % à 80 %
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique S’expatrier ne fait pas nécessairement le bonheur. Les besoins rencontrés sur le volet Certains entrepreneurs de la mode interrogés internationalisation ont choisi de rester à Bruxelles plutôt que de Près de 50  % des entreprises créatives belges s’installer à Paris, cela pour bénéficier de condi- répondant à l’enquête en ligne désirent plus de tions favorables à la création dans la mode. soutien financier de la part des pouvoirs publics pour monter à l’international. Les opportunités Un autre regard  de réseautage avec des partenaires à l’étranger sont également une priorité à soutenir pour les Le Québec lance en 2011 un fonds entrepreneurs. de 100 millions de dollars pour exporter la culture québécoise La rétention des RH qualifiées et la maîtrise de l’anglais sont des enjeux clés pour tout dévelop- Conscient de l’importance d’une bonne visi- pement économique hors Belgique. bilité de ses créateurs à l’international, le L’accès à l’information sur les marchés inter- gouvernement québécois à lancé un fonds nationaux, tendances et notes de prospective de 100 millions de dollars canadiens destiné posent difficulté (études de marchés, aides dis- à « soutenir des projets culturels qui veulent ponibles…) pour plus de 20 % des répondants. obtenir un rayonnement international  ». Le fonds sera alimenté pour sa totalité par des Les ICC belges investiraient trop peu dans les institutions publiques : la société de dévelop- relations publiques (outils de communication et pement des entreprises culturelles (SODEC) marketing, attachés de presse…), contrairement et le fonds de solidarité (FTQ). Le fonds aux homologues étrangers. Citons les chambres n’agira pas via des subventions mais bien de commerces italiennes ou françaises qui achè- tent des encarts publicitaires pour leurs produits par des participations aux frais de promotion créatifs et culturels dans les magazines de luxe internationale. des villes stratégiques (NY, Tokyo…). Au niveau Les investissements proposés s’échelonnent local, à Bruxelles, la démultiplication des offices entre 2 millions $ au minimum et 20 millions de tourisme et agendas culturels non exhaustifs, $ au maximum. Le promoteur d’un projet l’absence de stratégie de city-marketing évidente créatif doit donc investir lui aussi et devra à Bruxelles, nuisent à la bonne compréhension démontrer l’intérêt et la rentabilité de l’inves- des touristes et expatriés de la richesse de la tissement pour obtenir les fonds demandés. création culturelle belge, alors que ces cibles Le gestionnaire du fonds, André Provencher sont aussi des prescripteurs de tendances. (ancien patron d’une société dans le secteur La «  chasse en meute  » interrégionale existe de la presse audiovisuelle et de l’édition), vise mais reste rare. Le Flanders Fashion Institute et une rentabilité de 12 à 17 %. Pour l’instant, la Wallonie Bruxelles Design Mode partagent une durée de vie du fonds est limitée à 8 ans mais plateforme pour pouvoir bénéficier du succès il pourra être pérennisé, si les résultats sont du « label belge ». Pour la promotion du cinéma concluants. belge au Festival de Cannes en 2010, Wallonie Bruxelles Images (WBI) et Flanders Image ont Quels éléments cités ci-dessous aideraient votre entreprise à être plus forte/compétitive au niveau international ? Support financier Partenariats/networking avec entreprises étrangères RH bien qualifiées et informées sur le marché international Connaissance des langues L’amélioration des structures d'aide spécifiques à mon métier Accès à des études de marchés étrangers spécifiques Législation européenne commune (le droit d’auteur, fiscalité) Services intermédiaires d’import/export Services de logistique et d’assurances pour import/export 0 10 20 30 40 50 % 28
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    Un autre regard  DUTCH Design Fashion Architecture, un exemple d’investissement dans la mise en place des conditions d’installation des industries culturelles et créatives aux Pays-Bas Aux Pays-Bas, le programme stratégique DUTCH Design Fashion Architecture (DUTCH DFA) d’une durée de 4 ans (2009- 2012) vise à renforcer la position internationale de trois sec- teurs d’activité : le design, la mode, l’architec- ture d’extérieur et d’intérieur. Quatre marchés cibles sont visés : la Chine, l’Inde, l’Allemagne et la Turquie. Ce programme se déploie à travers une approche partenariale publique/privée entre les six associations professionnelles repré- sentant les entreprises des trois branches aux Pays-Bas, le ministère néerlandais de l’Educa- de renforcer le chiffre d’affaires des entreprises tion de la Culture et des Sciences, le ministère participantes au programme et de soutenir l’en- des Affaires étrangères, le ministère des Affaires trepreneuriat international, en capitalisant sur économiques, les villes Amsterdam, Eindhoven les réseaux diplomatiques et les contacts étran- et Rotterdam, et le bureau du maître architecte gers existants. Concrètement, le programme du gouvernement. A vocation temporaire, il soutient des visites d’étude, la mise en relation opère en addition des structures sectorielles et d’entreprises (matchmaking), les incubateurs, la des infrastructures existantes pour soutenir l’in- participation à des Forums et expositions pro- ternationalisation des ces trois secteurs. fessionnelles dédiés… Le budget est de 3 mil- L’originalité de DUTCH DFA est la collaboration lions d’euros par an en provenance des trois multi-disciplinaire et l’approche de long terme. Il ministères, complété d’environ 25  000  euros s’agit de limiter les barrières d’accès à ces pays, par an par deux institutions culturelles. loué un appartement avec une terrasse située en zone est consacrée aux seuls architectes, présen- face du Palais pour y organiser des soirées et des tés de manière très professionelle ». rencontres dans le cadre du « off » de Cannes. Au global, la communication à l’international sur Un certain nombre d’entreprises exportatrices les créatifs belges est plutôt « déterritorialisée ». interviewées souhaitent une action/ambition Les références aux régions ou à la Belgique dans plus forte de la part des autorités publiques les médias professionnels de la culture restent pour la promotion des ICC belges à l’interna- discrètes. tional et une meilleure sensibilisation des fonc- Résultat : les spectateurs s’émerveillent devant tionnaires aux logiques économiques propres les films 3D réalisés par les studios américains et de chacune des ICC. L’architecte David Roulin ignorent que ces techniques de 3D ont été déve- témoigne «  au MIPIM par exemple, (ndlr : le loppées par des entreprises belges. Aussi, les marché de l’immobilier qui se tient chaque année amateurs d’art saluent la qualité des expositions à Cannes) Bruxelles, pourtant capitale de l’Eu- du MOMA mais ne savent pas que cette même rope, est représentée très timidement au travers exposition était présentée au Wiels quelques d’un stand peu emblématique. Les architectes mois auparavant. A plusieurs reprises au cours y bénéficient d’un morceau de comptoir sur de nos entretiens, la création d’un département lequel quelques brochures sont disposées, en presse structuré à l’étranger soutenu par le gou- désordre... En comparaison, la ville de Londres vernement fédéral, a été souhaité pour faire du loue un chapiteau entier dans lequel toute une bruit dans la rumeur du monde. 29
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique Nouveau monde, nouvelles idées La culture a prouvé qu’elle pouvait être un (formation, accès au financement, innovation et vecteur de croissance qui contribue à la dyna- droit d’auteur, internationalisation) : les industries mique de l’économie générale d’une ville, d’une créatives et culturelles ont besoin de l’ensemble région, au point de devenir un élément signifi- des structures de gouvernance et de l’atten- catif dans la compétition que se livrent les terri- tion politique qu’ont les secteurs de l’économie toires pour attirer les entreprises. traditionnelle. Les constats des entrepreneurs belges inter- En guise de conclusion, il nous semble essentiel viewés ou sondés sont relativement homo- de poser deux débats pour inspirer l’action en gènes sur les 3 régions et les 4 thèmes balayés faveur des entrepreneurs de la culture. l Mieux connaître l’économie créative et culturelle et évaluer en continu les actions de soutiens La culture est considérée traditionnellement certain dogmatisme ou élitisme des représen- comme relevant exclusivement de la gestion tations et d’une logique d’action en silos. Les publique (notamment des Communautés lin- lignes bougent : le secteur public se soucie de guistiques en Belgique) et souffre parfois d’un rentabilité et le privé s’attache au non-écono- mique. La culture est une économie en soi qui suppose une coordination des actions entre poli- tiques (culture, tourisme, éducation, économie, recherche…) et entre niveaux de pouvoirs, pour mieux stimuler ce nouveau moteur de créativité et d’innovation.
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    Pour gagner enlisibilité, responsabilisation et légitimité, un travail de connaissance sur les dynamiques de soutien à l’économie culturelle et créative, au sens large, nous semble un préalable. La communauté flamande a fait un énorme effort de soutien à la culture, notamment à travers le kunstendecreet qui permet d’objectiver ses initiatives et arbitrer des décisions d’investisse- ments dans les arts/ICC (musique, arts visuels, audiovisuel, nouveaux médias ainsi qu’à leurs croisements hybrides). Cette démarche permet de mettre les demandeurs de subsides sur un certain pied d’égalité, de délimiter le lobbying politique et ainsi d’apporter plus de transpa- rence et d’objectivité aux décisions. La question de l’évaluation des politiques culturelles et ses investissements est essentielle  : objectiver, c’est légitimer l’action publique auprès des publics. C’est pourquoi, Kurt Salmon formule les pistes de réflexion suivantes : ou créative  : le renouvellement des subsides n élinéariser l’économie créative et culturelle : D devrait être mis en regard avec ce baromètre cette délinéarisation dans le cadre statistique qualitatif et quantitatif, pour sortir d’une belge (en synergie avec les travaux d’ESS-net/ logique de guichet et renforcer la légitimité Eurostat) facilitera l’appréciation du poids, des du soutien par l’argent public de zones d’ex- évolutions et impacts des ICC sur l’économie. périmentation créative forte, dans le respect de la diversité culturelle. Prenons par exemple, n valuer en continu les politiques de soutien à E un faisceau d’indices documentant la part du l’économie créative et culturelle  : ces évalua- mécénat et sponsoring des entreprises ICC, les tions (ex ante, in itinere, ex post) permettraient recettes de ventes de billets, la croissance du d’objectiver les débats grâce à des rapports public/clients, la fidélisation des abonnés… Une publics, à l’instar des études d’impacts des part des subsides alloués (5  % par exemple) programmes européens ou des capitales euro- pourrait être attribuée par le récipiendaire au péennes de la culture. temps-homme pour mener l’évaluation de ce n ettre en place un baromètre global d’indica- M subside sur les résultats quantitatifs et qualita- teurs du «  succès  » de l’entreprise culturelle tifs à l’attention de l’administration. l Rassembler les forces vives des industries créatives et culturelles L’aide aux ICC existe. Les décideurs politiques Sur la base de ces constats, Kurt Salmon formule ont pris conscience de l’importance de l’écono- les pistes de réflexion suivantes : mie mauve, vectrice d’innovation et créatrice n outenir la création de guichet unique/plate- S d’emplois. Néanmoins, il semble que les initia- forme inter-ICC : au niveau de chaque région, tives prises à leur égard ne sont pas d’une effica- cette plate-forme favoriserait la lisibilité cité optimale. du paysage d’acteurs représentant les inté- Nous l’avons vu, l’écosystème créatif et cultu- rêts des ICC en Belgique et à l’international. rel comprend une nébuleuse d’acteurs (entre- Outre la simplification administrative possible preneurs, créateurs, associations, organismes des formulaires, des critères de sélection, et publics/parapublics), de sources de financement calendrier des appels d’offres, cette logique possibles (fonds d’investissements), de formu- permettrait des économies d’échelle par la laires, de guichets, d’agendas… dans laquelle l’en- mutualisation des ressources, mais aussi de trepreneur créatif doit se retrouver. fluidifier l’échange de savoirs, d’opportunités 31
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique centre de recherche et des nouvelles technolo- gies. L’objectif étant d’encourager les initiatives et projets innovants par la fertilisation croisée des expertises. Par exemple, nous pensons aux actions suivantes : – réer une cellule de coordination interrégio- C nale des politiques culturelles. – évelopper des pépinières de «  start-up D culturelles  » en partenariat avec des com- munes/régions, des campus de grandes entreprises ou d’universités. D – évelopper le système de chèques de type « creative credits » pour encourager l’écono- mie traditionnelle à travailler avec les créatifs et soutenir l’innovation soft. – uvrir les théâtres, galeries, musées, cinémas, O autant de lieux qui en dehors de leur fonc- entre les associations professionnelles des tion première pourraient être appropriés par ICC, les organismes publics et les entreprises. les entrepreneurs et la société civile, comme Flanders DC est une structure ombrelle qui des hubs de business créatifs, des lieux s’est déjà bien imposée comme un centre de d’échange. ressources, de lobbying des ICC de la région. – rganiser le prix de l’entrepreneur créatif/ O Un site web et une web tv (ex.  : Lab2010.tv culturel de l’année, en lien avec les médias pour la région de la Ruhr) facilitent la commu- afin de booster une excellence dans ces sec- nication multidisciplinaire sur une région et à teurs et une reconnaissance/valorisation des l’étranger. talents nationaux. n réer des espaces, des moments, des outils C Les entrepreneurs belges rencontrés en témoi- de rencontre : il s’agit de permettre un contact gnent. Malgré la crise, on ne peut plus ignorer les régulier entre artistes, financeurs en tout genre dynamiques de l’économie mauve en Belgique, –  de la grande banque aux business angels  –, qui représente le futur, et non le passé. C’est le grandes entreprises des industries culturelles, moment d’investir. 32
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    Annexes Kurt Salmon vous propose trois études de cas sur le marché de l’art, le gaming et la mode en Belgique. Ils nous ont permis de comprendre les écosys- tèmes, les chaînes de valeur et jeux d’acteurs spécifiques à ces segments, mais aussi de mettre en relation leurs défis communs.
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique l e marché de l’art : un marché qui traverse la crise L Le marché de l’art a relativement bien résisté à la traditionnelle d’intermédiation artiste-client, vers crise de 2008. Seules les attitudes des acheteurs une fonction de production : la galerie prend de ont changé en faveur de l’investissement dans les plus en plus souvent à sa charge une partie des valeurs confirmées à l’international ou dans de frais de production des artistes. jeunes talents prometteurs de l’art contemporain. Les Foires d’art, lieu de rencontre entre les col- En effet, l’investissement dans l’art contemporain lectionneurs et les galeries, visent à offrir aux est devenu une « valeur refuge » très crédible à galeries participantes de la visibilité au niveau côté des investissements en bourse et en immo- national et international. Aujourd’hui, la plus bilier, moins attractifs depuis 2008. grande foire d’art contemporain européenne est Le commerce de l’art génère directement 2,3 mil- Art Basel  : il faut y être invité pour y exposer, lions d’emplois directs dans le monde. A cela, sélectivité qui tient compte de la qualité de la s’ajoutent les emplois dans la vente d’art (res- programmation des galeries. En 2011, seules tauration, marketing, foire, transport…), soit 8  galeries belges y sont invitées (Hufkens, 325  000  emplois supplémentaires. La Belgique Janssen, Zeno X, Greta Meert Micheline Szwajcer, occupe la 4e place en termes d’emploi dans le Baronian, MFC Michèle Didier, Jan Mot, Meessen commerce de l’art en Europe, derrière la France, de Clerq). la Grande-Bretagne et l’Italie. Notons également un développement de nou- veaux intermédiaires : les entreprises de leasing Définitions d’œuvres d’art (procédé de location d’œuvres n e marché de l’art (Fine Art Market) désigne L sur une durée déterminée plus ou moins longue l’ensemble des transactions portant sur les arts avec possibilité d’achat à prix fixé au terme du plastiques, graphiques (sculpture, peinture, contrat) et les assistants aux artistes pour gérer photo) et sur les objets de collection (bijoux, leur PR/back office. mobilier…) ; Enfin, c’est par le biais de maisons de ventes et n ’art contemporain est l’art qui est «  en train L de leurs ventes publiques qu’on parvient à fixer de se faire  » et désigne, par convention, les le prix d’un artiste  : l’offre et la demande pour œuvres des années 1960 à aujourd’hui. La une œuvre d’art s’y rencontrent. non-reproductibilité du processus de créa- tion, la convention d’originalité, et une pré- Positionnement international sence tant sur le marché primaire (galeries) de la Belgique et chiffres clefs que sur le marché secondaire caractérisent l’art La Chine est désormais numéro 1 des ventes aux contemporain. enchères de Fine Art, suivi des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Néanmoins, la Belgique, Les acteurs économiques du marché pour sa petite taille, se défend sur ce marché, de l’art contemporain belge avec une vingtaine d’artistes (Wim Delvoye, Les œuvres d’artistes commencent souvent Chris Martin, David Claerbout, Luc Tuymans, leur parcours dans des galeries. On distingue Marcel Broodthaers, Francys Alys…) reconnus 3  types de galeries en Belgique  : l’espace à disposition contre loyer (75  %), les gale- r i e s co m m e r ç a n te s (15  %) et les galeries de promotion (10  %). Les galeries de promo- tion génèrent les plus gros chiffres d’affaires, variant entre 500  000 et 25  millions d’euros. Les galeries sont la plupart du temps des PME, prenant la forme d’une SA ou d’une SPRL et employant en moyenne 2-3  per- sonnes à temps plein. Depuis les années 90, le rôle des gale- r i e s d e p ro m o t i o n évolue, d’une fonction 34
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    internationalement et présentésdans les musées (MOMA, Guggenheim, Tate Modern à Londres…). Depuis 2008, chaque année, ARTPRICE recense 3  artistes belges contem- porains dans son Top  500 des artistes les mieux vendus au monde. Bruxelles, berceau de la bande- dessinée, bénéficie également d’un marché en pleine croissance, celui du 9e art. Parmi les foires d’art Linéart et la BRAFA (antiquités), Art Brussels se positionne comme 3e  foire d’art contemporain de l’Union euro- péenne, après Art Basel (n°  1) et la Frieze à Londres (n°  2). Elle attire chaque année entre 25  000 et 30  000  visiteurs. Le succès des foires en Belgique est reconnu. A titre d’exemple, l’Affordable Art Fair (AAF), à Bruxelles a connu à son lancement, en 2009, mais aussi, dans une moindre mesure, à Knokke, un succès inespéré par rapport aux lancements Gand et Anvers. Le nombre de salles de vente des AAF dans les métropoles voisines (Londres, en Belgique augmente également chaque année Paris, Amsterdam). Et cet engouement se selon Dominique de Villegas, directeur de la confirme : 10 500 visiteurs en 2009 (1re édition), maison Horta : on en compte 48 aujourd’hui. 11 500 en 2010, et 15 000 en 2011. Le mot se donne ou bien se construit : Bruxelles est considéré comme un nouveau « spot » pour Le marché de l’art contemporain artistes. Elle a toutes les qualités de Berlin, mais en Belgique : les forces en présence avec les acheteurs en plus ! Les prix relativement compétitifs de l’immobilier, la multiculturalité de Le centre d’art contemporain WIELS a ouvert la capitale européenne, la concentration et la tra- en 2007 suite à la reconnaissance d’un certain dition de collectionneurs d’arts avec un certain manque d’art contemporain d’envergure, à pouvoir d’achat, et l’enseignement supérieur de Bruxelles. Aujourd’hui, il est perçu comme pointe en arts plastiques (La Cambre à Bruxelles, un acteur et un catalyseur d’art contemporain la Koninklijke Académie voor Schone Kunsten à incontournable en Belgique, et en Europe. Son Gand, St-Luc à Bruxelles, et à Liège) de la ville programme de résidence d’artistes est reconnu poussent de plus en plus les artistes et galeries à internationalement : le WIELS coopère avec des venir s’installer en Belgique. institutions culturelles à travers le monde, en par- ticulier avec le MOMA (Museum of Modern Art à Pistes de réflexion pour le marché New York) ou la Tate Modern (à Londres). de l’art contemporain belge Par ailleurs, selon des observateurs avisés, la L’art contemporain et le 9e art attirent galeries, Belgique a probablement, avec la Suisse, le plus foires, touristes et collectionneurs en Belgique. fort ratio de collections d’entreprises (Belgacom, Le sait-on seulement ? Sur le thème de la com- Dexia, ING, Lhoiste, D’hont-Dhaes, Vanhaerents…) munication de cette singularité qui relève du privées et de particuliers d’art par habitant. Ces city marketing, les entretiens menés convergent collectionneurs, progressistes et friands d’art pour témoigner d’une tendance au saupoudrage étranger, sont vus comme des experts, voire des subsides, d’un foisonnement tout azimut de des « trend-setters ». Les galeries étrangères se projets sans stratégie culturelle claire, du moins bousculent pour vendre leurs œuvres à des col- pour Bruxelles-Capitale, et sans objectivation ex lectionneurs belges car cela produit un « effet de ante ou ex post suffisantes des décisions poli- prestige » en retour pour la galerie dans le milieu tiques. Une meilleure reconnaissance des acteurs de l’art. du monde de l’art contemporain dans la gouver- Il n’est dès lors pas étonnant de voir les lieux nance culturelle urbaine est souhaitée pour favo- d’arts contemporains se multiplier : le site britan- riser le rayonnement international de Bruxelles nique www.artfacts.net recense une augmenta- et de l’art contemporain belge. Enfin le déficit tion des lieux d’arts contemporains en Belgique, dans la connaissance des langues (anglais) et des passant de 267 à 503 entre 2009 et 2011. Le nouveaux médias de l’art par les artistes du sud nombre de galeries privées d’art contemporain du pays est mis en évidence. D’où des créations augmente de 240 à 297 entre 2009 et 2011. « déjà vues ailleurs » et moyennes, déconnectées Celles-ci se concentrent surtout à Bruxelles, des dernières réflexions internationales. 35
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique l ’industrie du gaming en Belgique : un secteur créatif L émergent aux opportunités à objectiver Malgré la crise économique, l’industrie du jeu Acteurs du secteur du gaming vidéo n’a cessé de croître à travers le monde ces L’aventure du jeu vidéo commence chez les dernières années. En 2011, il y aurait 500  mil- développeurs ou les studios. Un studio emploie lions de «  gamers  » dans le monde, et l’indus- des managers de projet, des scénaristes, des trie capitaliserait à elle seule $65 milliards, ce qui programmateurs, des game designers, des représente une croissance de 54 % par rapport à modeleurs 3D, des animateurs, des acteurs, etc. 2007. Les plus gros développeurs se situent au Ensemble, ils « inventent » le jeu vidéo. Souvent, Japon (Nintendo, Sony, SEGA) et aux Etats-Unis ils créeront d’abord une «  démo  » avec laquelle (Blizzard, Electronic Arts, Microsoft). La France ils démarcheront les éditeurs pour obtenir les est le seul pays d’Europe dans le Top 10 avec fonds nécessaires pour terminer le jeu. Les édi- Ubisoft en 7e position. Les tendances du marché teurs financent les projets et en assurent la cam- sont à l’augmentation des ventes de jeux online pagne marketing. Etant donné qu’il n’y a plus (jeux sur réseaux sociaux comme Farmville de d’éditeurs belges de jeu vidéo, les développeurs Facebook) et la dématérialisation de la distribu- du pays doivent se tourner vers les acteurs fran- tion des jeux vidéo ainsi que l’augmentation des çais ou hollandais. Une fois le jeu terminé, il sera développeurs de jeux vidéo indépendants. envoyé aux distributeurs, qui assurent le lien En Belgique, les studios de développement sont entre les éditeurs et les commerces (les points apparus depuis une quinzaine d’années et gran- de vente). Ce rôle est de plus en plus souvent dissent en taille et en capacité, mais souffrent assuré par les éditeurs. d’un manque d’investissements publics et privés. Avec l’arrivée des jeux vidéo en ligne et sur téléphone mobile, les développeurs indépen- dants touchent les consommateurs directement, sans passer par des intermédiaires, ce qui leur assure une marge plus confortable sur les ventes et permet la survie des studios belges comme Larian Studios, Fishing Cactus, Belle Production, GriN Multimédia, etc. Positionnement et chiffres clés du marché du gaming belge En 2009, le marché du gaming belge atteignait 570 millions d’euros (revenus surtout issus de la distribution de jeux vidéo) et la Belgique comp- tait 4,7 millions de gamers. Depuis quelques années, la Belgique voit appa- raitre dans ses écoles supérieures des cours spécialisés en création de jeux vidéo  : une spé- cialisation en Game Design à l’école provinciale du Limbourg  ; un Bachelier en «  digital arts and entertainment  » à HOWEST (Courtrai)  ; un master en eMedia au Group T (Louvain) ; l’univer- Définitions sité d’Hasselt à développé un centre d’expertise; un cursus en infographie en jeu vidéo à la Haute n eu vidéo  : œuvre audiovisuelle interactive et J Ecole Albert Jaquard (Namur). ludique où le joueur contrôle l’action qui s’y déroule, dans un but de divertissement ou de Au total, la Belgique compte une trentaine compétition d’entreprises dans le secteur du gaming qui emploient environs 400  personnes répartis n obile game : jeu vidéo sur téléphone mobile/ M entre la Flandre (Gand et Anvers), Bruxelles et tablette la Wallonie (Mons, Genval, Namur, Louvain-la- n erious game  : logiciel qui combine une S Neuve). Le pays compte une petite dizaine de intention sérieuse, de type pédagogique, studios. A l’heure actuelle, aucune entreprise informative, communicationnelle, marketing, belge ne crée exclusivement du serious game. idéologique ou d’entraînement avec des res- Par rapport à ses voisins du nord et du sud, la sorts ludiques. Les deux types de serious Belgique accuse un léger retard, qui s’explique. games les plus répandus en Belgique sont les en premier lieu pour des raisons de taille et de édugames (jeux éducatifs) et les advergames géographie : la Belgique a « typiquement » tou- (jeux promotionnels). jours quelques années de retard avant d’adopter 36
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    les nouvelles technologiesdes grands pays voisins. Le pays souffre également d’un manque d’investissement public et privé, voire d’intérêt, dans le secteur à forts besoins capitalistiques. Un serious game de base coûterait entre 50 et 200 K€10. Là où la France stimule la création d’entreprises par des investissements massifs (20  millions  € dans le serious game via le Grand Emprunt 2011) et des crédits d’impôts (20  % du montant des dépenses éligibles jusqu’à maximum 3  mil- lions € par entreprise et par année), la Belgique ne compte à ce jour qu’une poignée d’institu- tions susceptibles de mettre de l’argent dans le secteur  : Wallimage Cross Media, St’art pour Wallonie-Bruxelles, et l’IWT, Culturinvest et l’IBBT (via un financement public de projets de concentrer longtemps sur un jeu attractif, que recherche auxquels des entreprises de gaming dans une salle de classe ou pendant une forma- peuvent s’associer) pour la Flandre. Les clusters tion traditionnelle! qui abritent les entreprises de gaming belges Développer un serious game coûte au minimum sont  : TWIST, Infopôle TIC, et un cluster en 10 K€ et est reproductible à l’infini. Les produits Flandre : ICT voor Socio-economische innovatie, belges de serious games sont encore en nombre ainsi que des partenariats transfrontaliers (par limités, d’envergure régionale, et à petit budgets ex. : l’association professionnelle game.IN lancés (50 à 100  K€), en comparaison avec la France en 2009) avec la région du Nord-Pas-de-Calais. où les projets sont 10 fois plus grands en termes de budget. Cette force de frappe voisine cau- Le Belgique a tout à gagner à se lancer dans le serait un positionnement plus difficile pour les développement de jeux vidéo (sérieux) dans une développeurs belges par rapport au marketing dynamique transfrontalière. Ici aussi, elle peut et à la distribution des grands studios interna- compter sur sa forte tradition créative dans le tionaux. Pourtant, la Belgique n’a pas à rougir dessin (animation et bande dessinée) et la créa- de son talent  : une expertise belge commence tion artistique (cinéma, son, etc.). Même si le à se structurer et à se faire connaître avec par marché belge est petit, le jeu vidéo a l’avantage exemple Neurodyssée, un jeu sérieux déve- non négligeable de dépasser les frontières de la loppé par Belle Production pour développer les culture et de la langue. Enfin, plusieurs acteurs connaissances de l’Europe, qui a remporté le prix du marché du gaming interrogés sont d’avis que spécial du jury lors du salon Serious Game à Lyon l’élargissement de la loi du tax shelter pour sou- en 2010. tenir le gaming serait un atout pour la stimulation du l’industrie, comme c’est le cas pour le cinéma Pistes de réflexion pour le marché belge depuis 2003. du serious game belge Le potentiel du serious game en Belgique L’attente des entrepreneurs du secteur est forte en direction des pouvoirs publics. Le secteur Le phénomène serious gaming est récent. Il n’y souhaite un soutien adapté à la création d’un a donc pas encore de chiffres fiables quant à serious game « phare » exportable, une meilleure leur impact socio-économique en Belgique, sensibilisation de sa valeur ajoutée game auprès outre la faiblesse de la nomenclature statistique des entreprises (training…) et investisseurs, et NACEBEL sur les ICC, ce qui freine réellement une aide à la promotion de l’expertise singu- leur promotion auprès des entreprises belges lière à l’international. Préalablement, selon plu- (et étrangères). La non-connaissance engendre sieurs experts, il faudrait objectiver le potentiel la non-reconnaissance… Toutefois, l’adoption de développement du marché sur la base d’une du serious game est observée dans certaines étude d’impact économique et social du produit grandes entreprises du pays (ex. : Belgacom créatif en Belgique pour mieux convaincre les et BNP-Fortis pour la formation managériale) potentiels clients. ainsi que dans les écoles (à l’Ecole Communale d’Estienne, on utilise les serious games pour Enfin, il est aussi primordial de développer des enseigner différentes matières aux élèves des synergies entre les différentes filières de l’image primaires ou pour les sensibiliser à une théma- (jeu vidéo, cinéma, audiovisuel, animation et mul- tique comme l’handicap). timédia) pour augmenter les transferts de savoirs et la compétitivité en matière de création, de En effet, le serious game offre plusieurs avan- production et de diffusion de serious games. tages : la formation personnalisable est efficace, avec un droit à l’erreur et une évaluation objec- 10- Stéphane de Buttet, (2008), Les serious games, tive. Pour la nouvelle génération, née dans la nouvelle génération de processus d’apprentissage, Inffo technologie multimédia, il est plus facile de se Flash n° 743. 37
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    Culture Economie Enjeuxet opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique l ’industrie de la mode en Belgique : un atout fragilisé L Le marché de la mode est dans la tourmente. En n es principaux entrepreneurs de la mode sont L Europe, la production accuse une baisse conti- le créateur, le fabriquant/producteur, le com- nue depuis 1994 suite à l’entrée dans le marché merçant de gros et de détail. des pays à faible coût de main-d’œuvre et la fin des quotas sur le textile chinois en 2005. Positionnement et chiffres clés La Belgique occupait jusqu’en 1998 la position de la mode belge de leader européen (UE-15). La production a La Belgique possède deux écoles connues dans diminué de presque de moitié pour atteindre le milieu international de la mode : l’Académie 1,5 milliards d’euros en 2009. En 2010, l’industrie d’Anvers et La Cambre Mode/s à Bruxelles. belge de l’habillement et de la confection repré- sentait 2  milliards d’euros et employait près de Anvers et Bruxelles sont les deux pôles belges 15  000 personnes répartis dans 750  entreprises incontournables de la planète mode. A défaut de (dont 95 % employaient moins de 50 personnes). Fashion Week belge, les défilés de la Cambre et La part du chiffre d’affaire à l’exportation des de l’académie d’Anvers sont les plus gros évè- industries de l’habillement et de la confec- nements mode en Belgique. Ils attirent les pro- tion représente 65  % en 2010. L’export (transit fessionnels de la mode (Paris, Londres) et les inclus) se fait principalement à destination de journalistes pour dénicher les jeunes talents. la France (43  %) et l’Allemagne (11  %).Ce qui Néanmoins, la mode belge souffre d’un certain s’exporte le mieux aujourd’hui, ce sont les acces- manque de fierté de ses créatifs et d’une certaine soires comme les sacs à main, les bijoux ou les méconnaissance par les décideurs et le grand chapeaux… Delvaux, qui a connu ses heures de public de ses porte-drapeaux. Les entretiens gloire dans les années 70 et 80, vient de traver- menés témoignent : les créateurs s’expatrient (à ser des années difficiles. Au terme de l’exercice Paris, Londres, Milan ou New York) pour obtenir 2008-2009, la société accusait une perte nette une légitimité internationale, et être reconnu en de 6,7  millions d’euros et un Ebitda négatif de retour en Belgique, et y revenir peut être. 3,5 millions. Pour pérenniser sa marque, Delvaux Depuis la fin des années 1980, Anvers est a offert à Fung Brands Limited, une filiale du devenue, l’un des pôles créatifs incontournables géant chinois de l’habillement Li Fung, une de la mode européenne. L’histoire des « Six prise de participation dans son capital. d’Anvers » (Dries Van Noten, Dirk Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Walter Van Beirendonck, Dirk Van Saene et Marina Yee), créateurs de mode d’avant-garde a fait le tour du monde. Dans les années 2000, les créateurs de mode tels que Essentiel, Rue Blanche, Olivier Strelli, Natan, Elvis Pompilio, Christophe Coppens, Carine Gilson, Jean-Paul Knott, Sofie D’Hoore, AF Vandevorst, Vandevelde… sont également présents dans la presse étrangère, française et japonaise surtout. Anvers est reconnue comme la ville de la mode avec 5 zones urbaines dédiées à un parcours tou- ristique de la mode incluant le Musée de la mode. La même logique se développe à Bruxelles autour de la rue A. Dansaert (ouverture du Centre de la mode et du design, au 10 rue du Nouveau Marché aux Grains, prévue pour 2013/2014 et développement d’une logique de parcours tou- ristique, de « personnal shoppers »). Des jeunes créateurs font appel à des ateliers de production en Belgique pour des petites quanti- tés mais les plus grandes marques délocalisent leur production vers les pays à la main d’œuvre Définitions compétitive. Pour rester attractif, l’innovation à n ’industrie de la mode comprend les activités L travers le textile, utilisant le savoir-faire belge, suivantes : la création, la production et la vente semble être un impératif pour concurrencer les de vêtements, d’articles chaussants et de pulls, produits basics importés. Travailler le design d’articles de maroquinerie, de chaussures, de textile ou avec des textiles innovants peut per- parfums et de bijoux. Sont inclus le produit mettre aux créateurs de créer des vêtements standard et le prêt-à porter de luxe. libérant des composantes chimiques à effets 38
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    l’entreprenariat dans la mode. Par ailleurs, beaucoup de difficultés sont rencontrées dans la recherche de finan- cements au stade d e d é ve l o p p e m e n t (intermédiaire) d’une entreprise de mode, pour passer du stade micro au rang de PME. La mise en place d’in- citants fiscaux, même si un tax shelter ne convainc pas encore, ou des modalités de crowdfunding pour- rait stimuler l’inves- tissement privé dans celles-ci. Ensuite, les ateliers de fabrications localisés en Belgique sont en voie disparition. Il est néanmoins primor- dial de préserver leur savoir-faire propre à la Belgique. Ne serait-ce que pour laisser la pos- sibilité aux plus petits particuliers : collants amincissants, pyjama créateurs de commencer avec des séries limi- calmant pour bébé, vêtements anti-UV… tées. Une solution avancée, serait d’inciter les Enfin, force est de constater que l’image de grandes maisons belges à produire, à minima, la mode « belge » prime sur l’ancrage régio- leurs prototypes dans les ateliers de production nal/métropolitain (mode d’Anvers, mode de en Belgique. Bruxelles). L’aide publique à l’internationalisa- tion des entreprises de création de la mode se fait au niveau de la participation aux salons à l’international, l’invitation de décideurs étran- gers du secteur aux défilés en Belgique et par le développement de supports de promotion (WBDM, Brussels Invest Export, FIT, FFI et Modo Brussels). Pistes de réflexion Les entretiens et l’enquête en ligne soulignent une volonté d’avoir plus de stages pendant la formation, des cours de gestion, et de comptabi- lité adapté aux secteurs de la mode pour mieux « se vendre ». Afin de palier au manque de visibilité du « made in Belgium  » à l’international (et en Belgique), une attention soutenue devrait être donnée au démarchage d’attachés de presse/marketing pour aider les créateurs à se positionner à l’in- ternational. La mise en place d’un centre d’in- formation technique  : approvisionnement de matières, base de données d’agents de presse et d’ateliers de productions, d’études de marché et de tendances, d’information sur les oppor- tunités de financements faciliterait également 39
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    INEUM Kurt Salmon QUADRICHROMIE INE_06_0409_Logo_CMYK 14/12/2010 24, rue Salomon de Rothschild - 92288 Suresnes - FRANCE M100 Y100 Tél. : +33 (0)1 57 32 87 00 / Fax : +33 (0)1 57 32 87 87 Web : www.carrenoir.com M65 Y100 Ce fichier est un document d’exécution créé sur Illustrator version CS3. K100 Depuis le 1er 1er janvier 2011, Depuis le janvier 2011, Cabinet de conseil en stratégie, organisation et management, conseil en stratégie, organisation Cabinet de Kurt Salmon compte 1 400 Ineum Consulting et et Ineum Consulting consultants, regroupésKurtsein de practices1 400 et management, au Salmon compte sectorielles ou fonctionnelles,au sein dedans consultants, regroupés œuvrant practices Kurt Salmon Associates Kurt Salmon Associates 13 pays. sectorielles ou fonctionnelles, œuvrant ont ont fusionné pour créer fusionné pour créer dans 13 pays. Dans un environnement de plus en plus uneune organisation unique, organisation unique, complexe, nous sommes convaincus que nous Dans un environnement de plus en plus ne devons pas nous contenter d’être un cabinet que complexe, nous sommes convaincus intégrée et globale quiqui intégrée et globale de conseil. ne devons pas nous contenter d’être nous opère sur sur 4 continents, opère 4 continents, un cabinet de conseil. Nous voyons notre rôle comme celui d’un sous une même marque : : sous une même marque partenaire de confiance, qui, auxcomme celui d’un Nous voyons notre rôle côtés de ses clients, conçoit et met confiance les stratégiescôtés partenaire de en œuvre qui, aux Kurt Salmon Kurt Salmon. et les de ses clients, conçoit et à la mesure solutions les plus pertinentes, met en oeuvre les stratégies et les solutions les plus de leurs ambitions. pertinentes, à la mesure de leurs ambitions. Forts de notre expérience, notre préoccu- pation permanente est de leur apporter des notre Forts de notre expérience, résultats mesurables et d’assurer leest de leur préoccupation permanente succès de leurs projets, des manière significative et apporter de résultats mesurables et d’assurer le succès de leurs projets, de durable. manière significative et durable. Notre signature : l’excellence dans l’exécution. Notre signature : l’excellence dans l’exécution. www.kurtsalmon.com www.kurtsalmon.com
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    Avertissement Ce dossier réalisé par Kurt Salmon contient des renseignements généraux fournis « tels quels ». Dans la présente étude, Kurt Salmon fournit des renseignements, informations diverses, données et autres ressources (le « contenu ») à des fins d’information générale. Kurt Salmon peut modifier ou mettre à jour l’information et la référence à sa source à n’importe quel moment et notamment s’engage à rectifier toute erreur ou omission qui pourrait être décelée (directement ou par l’action d’un tiers). Kurt Salmon a mis en œuvre tous les efforts possibles pour garantir que le contenu de cette étude et ses éventuelles révisions soient à jour et précis bien que fournis « tels quels ». Kurt Salmon ne garantit rien d’autre et décline toute responsabilité, en son nom, celui de ses agents, conseils, employés, préposés ou représentants : • u sujet des sources d’information citées a dans cette étude ; • u sujet de son utilité ou de son à-propos a à l’égard d’une fin ou d’une utilisation quelconque ; • u sujet des résultats que l’utilisateur a obtiendra en se servant du contenu. Tout différend relatif à cette étude ou à son contenu sera régi par la loi belge et compétence sera donnée aux Tribunaux de Bruxelles. Liens avec les marques et/ou sociétés citées La référence aux marques/sociétés citées a été réalisée pour faciliter la lecture de cette étude. Kurt Salmon ne cautionne ni les sociétés, ni les marques, ni les sites Internet de ces dernières ou les entités qui les exploitent. En outre, Kurt Salmon n’affirme rien et décline toute responsabilité afférente auxdits sites Internet : • quant à leur contenu ; • toute action, erreur ou omission des à personnes ou des entités les exploitant. Droit d’auteur ©2012, Kurt Salmon. Kurt Salmon est propriétaire du droit d’auteur visant le contenu, les documents et l’information trouvés dans la présente Contact à Bruxelles : étude, sauf indications contraires précisées Anne Magnus dans ladite étude. Kurt Salmon autorise Senior consultante développement économique et innovation toute personne utilisant la présente étude, anne.magnus@kurtsalmon.com sans payer de quelconque redevance ou demander une autre permission, de reproduire et distribuer l’information, les éléments du contenu et les documents se trouvant dans cette étude, seulement à des fins personnelles sans but lucratif et aux conditions suivantes : • ’indiquer clairement que Kurt Salmon d est la source de l’étude reproduite ; • ’inclure dans toutes les reproductions d et copies le présent préambule. Toute reproduction, à quelqu’autre fin que ce soit et par quelque moyen et sous quelque forme que ce soit, est interdite sans avoir obtenu par écrit la permission formelle de Kurt Salmon. Kurt Salmon interdit de modifier l’information ou les documents reproduits Imprimé sur papier 60 % recyclé et 40 % certifié FSC (issu de forêts durablement gérées). ou copiés à partir de la présente étude.
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    Nos bureaux ALLEMAGNE -DUSSELDORF ETATS-UNIS - SAN BRUNO LUXEMBOURG - LEUDELANGE Königsallee 11 1250 Bayhill Drive, Suite 315 41, Zone d’activité Am Bann 40212 Düsseldorf San Bruno, CA 94066 L-3372 Leudelange T +49 (0)211 7595 0 T +1 650 616 7200 T +352 26 37 74 1 BELGIQUE - BRUXELLES ETATS-UNIS - SAN FRANCISCO MAROC - CASABLANCA Bd la Woluwelaan 2 box 4 345 California Street, Suite 2500 Twin Center, Tour Ouest 1150 Brussels San Francisco, CA 94104 Angle des bds Zerktouni et T +32 (0)2 663 79 20 T +1 415 296 9200 Al-Massira 20100 Casablanca CHINE- HONG KONG FRANCE - LYON T +212 (0)5 22 95 83 21 99 Queen’s Road - 66/F - The Center Immeuble Le Front de Parc Central - Hong Kong 109, boulevard de Stalingrad ROYAUME-UNI - LONDRES T +1 852 3960 6448 BP 11259 10 Fleet Place 69608 Villeurbanne cedex London, EC4M 7RB CHINE - SHANGHAI T +33 4 72 82 52 00 T +44 20 7710 5200 #1702 Evergo Tower FRANCE - MARSEILLE ROYAUME-UNI - Manchester 1325 Central Huaihai Rd 5, place de la Joliette 25 Hale Road 200031 Shanghai 13002 Marseille Altrincham WA14 2EY T +86 21 6121 3668 T +33 4 26 84 58 50 United Kingdom ETATS-UNIS - ATLANTA T +44 0161 925 2727 FRANCE - NANTES 1355 Peachtree Street, N.E., Impasse Augustin-Fresnel SUISSE - GENEVE Suite 900 BP 80363 105, rue de Lyon Atlanta, GA 30309 44816 Saint-Herblain cedex 1203 – Genève T +1 404 892 0321 T +33 2 51 80 14 06 T +41 2 23 89 42 00 ETATS-UNIS - SOUTHERN FRANCE - PARIS TUNISIE - TUNIS CALIFORNIA 159, avenue Charles de Gaulle Immeuble Carthage centre 100 Pacifica, Suite 470 92521 Neuilly-sur-Seine cedex Rue du Lac de Constance Irvine, CA 92618 T +33 1 55 24 30 00 Bloc A 2e étage T +1 949 609 0123 1053 Les Berges du Lac – Tunis ITALIE - ROME T +216 71 96 50 57 ETATS-UNIS - MINNEAPOLIS Via Attilio Regolo, 19 120 S. 6th Street, Suite 1600 I-00192 Roma Minneapolis, MN 55402 T +39 06 3280 3235 T +1 612 378 1700 JAPON - TOKYO ETATS-UNIS - NEW YORK Akasaka Nakagawa Bldg. 650 Fifth Avenue, 30th Floor 3-11-3 Akasaka, Minato-ku New York, NY 10019 107-0052 Tokyo T +1 212 319 9450 T +81 3 3586 6840 www.kurtsalmon.com