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Culture & Economie
Enjeux et opportunités pour
 les entrepreneurs culturels
      et créatifs en Belgique
Remerciements
Nous tenons à remercier les 213 personnes qui              n  ric
                                                             E       LOWIE, directeur, Green l.f.ant Music Company
ont accepté de répondre à l’enquête entre juillet
                                                           n  urélio
                                                             A     MATTERN, chanteur dans le groupe de
et septembre 2011. Par ailleurs, nous remercions
                                                             musique Lucy Lucy !
chaleureusement les personnes suivantes qui ont
accepté de répondre à nos questions lors des entretiens    n  livier
                                                             O      MAETERLINCK, directeur, Belgian
individuels :                                                Entertainment Association (BEA)
n Julian    ALVAREZ, consultant en serious game            n  atacha
                                                             N           MALOU, galeriste, Art Temptation
n  hibault
  T           ANDERLIN, directeur marketing, Forest        n  rédéric
                                                             F           MESEEUW, conseiller institutionnel, BOZAR
  National
                                                           n  n
                                                             A     MOONS, chercheuse au CultuurLab, IBBT/SMIT
n Delphine     BEKAERT, galeriste, Hoet-Bekaert
                                                           n  ean-François
                                                             J                 NIVART, Fondateur d’intoPIX
n  ernard
  B        BOON-FALLEUR, président du Réseau des
                                                           n  e
                                                             M  Philippe PETERS/Me Patrice VANDERBEEKEN,
  arts, Bruxelles
                                                             avocats spécialisés dans la propriété intellectuelle,
n  ylvie
  S    BOUFFA, CEO Talking French  Flemish, Inc.,           NautaDutilh
  New York
                                                           n  arie
                                                             M    POK, coordinatrice Design September et
n  ulie
  J     BRUNEL et Jean-Louis DE RIDDER, président            rédactrice en chef à La Libre essentielle Focus
  de l’Union des Designers belges (UDB)
                                                           n  arie-Chantal
                                                             M                 REGOUT, fondatrice, Rue Blanche
n  uzana
  S      CAMPO-GRANDE, conseillère en innovation,
                                                           n  aren
                                                             K         RENDERS, directrice, Art Brussels
  Fedustria
                                                           n  avid
                                                             D         ROULIN, associé, architecte, Art  Build
n  irginie
  V           CIVRAIS, directrice, fonds ST’ART Invest
                                                           n sabelle
                                                             I         SCHMITT, directrice des relations
n  uc
  L   COLLIN (BATEM), dessinateur de la BD
  Marsupilami                                                institutionnelles ; Dirk VAN SOOM, directeur
                                                             opérationnel perceptions et répartitions individuelles ;
n  ulie
  J        CONSTANT, Fair Manager, Affordable Art Fair       Saldavor FERREIRA, account manager arts plastiques
n  ierre
  P         COLLIN, administrateur-gérant, cluster TWIST     et littérature, SABAM
                                                           n  enoit
                                                             B          SIMON, fondateur, Vivanova
n  aul
  P   CORTHOUTS, directeur, Overleg
  Kunstenorganisaties                                      n  irk
                                                             D       SNAUWAERT, directeur, centre d’art WIELS
n  eorges
  G       DANTINE, architecte d’intérieur et fondateur     n  enis
                                                             D        STEISEL, CEO, Emakina
  de RAVIK Design
                                                           n  nya
                                                             E        VANDENHENDE, créatrice de mode
n  iet
  P       DE KONINCK, directeur artistique, Studio 100
                                                           n  ony
                                                             R    VANDERMEERSCH, directeur, atelier de
n  arie-Laure
  M             DELABY, coordinatrice, iMAL (center for      confection Celesta
  digital cultures  technologies)
                                                           n  aul
                                                             P       VAN HAVER (Stromae), auteur-compositeur
n  hilippe
  P           DELABY, dessinateur de la BD Murena
                                                           n  an
                                                             J       VAN LOOY, senior researcher, IBBT
n  rançois
  F      DELPIERRE, directeur artistique, et Marc
  MEURISSE, CEO, Belle Productions                         n  an
                                                             J       VAN MOL, Fondateur, Addict Lab
n  ik
  R      DE NOLF, CEO groupe Media Roularta                n  eert
                                                             G   VAN DER HASSELT et Katya VAN DER
                                                             HASSELT, manager et chanteuse
n  rnaud
  A           DE PARTZ, co-fondateur de Banque dessinée
                                                           n  annes
                                                             H          VAN SEVEREN, artiste contemporain
n  uc
  L       DESHAYES, créateur de lingerie de luxe
                                                           n  armelo
                                                             C           VIRONE, directeur, bureau d’études SmartBe
n  ominique
  D              DE VILLEGAS, directeur de la maison
  Horta                                                    n  arlo
                                                             C     VUIJLSTEKE, directeur de projet sur les
                                                             industries créatives, Flanders DC
n  éborah
  D            DRION et Cédric LEGEIN, CEO, Cook 
  Book                                                     n  livier
                                                             O          WILLOCX, administrateur-délégué, BECI
n  elphine
  D        DUPONT et Flore VAN RYN,
  administratrices, Face to Face design                    Nous remercions aussi les structures de soutien aux
                                                           industries créatives et culturelles qui nous ont aidé dans
n  regory
  G           GOEMAERE, fondateur, AKA music               la diffusion de notre enquête en ligne :
n  aurent
  L           GRUMIAUX, directeur, Fishing Cactus          n  WIST,
                                                             T        Modo Brussels, WCC-BF, ASBL artistes
n  rançoise
  F        GUERIN et Monika RAHMAN, fondatrices,             contemporains, réseau Artistes Belges, Point Contact
  Cookie Therapy                                             Culture, WBI (musique, image, architecture, théâtre/
                                                             danse, mode/design), l’AEB, l’UDB, Mowda, De
n  e
  M Michel GYORY, avocat, professeur HEC Liège,              Invasie, Pepibru, Mowda, CEBEDEM, BUP, ACC, IAB,
  membre du collège d’autorisation et de contrôle au         FEBELMA, AZIMUT, Cinergie.be, FAB, Creative Club,
  CSA                                                        SmartBe, Codefrisko, Artistproject, Rydesigners,
n  aniel
  D    HANSSENS, comédien, directeur de la                   SABAM...
  Comédie de Bruxelles
n  odolphe
  R             JANSSEN, galeriste, Galerie Rodolphe       Ainsi que :
  Janssen                                                  n  lain
                                                             A        HEUREUX, Managing Director, The Egg
n  lexandra
  A          LAMBERT, directrice du Centre du Design
  et de la Mode, Bruxelles
                                                           Les auteurs de l’étude KURT SALMON :
n  enny
  L         LELEU, créatrice de mode
                                                           n  nne
                                                             A    MAGNUS, Alexandre MOENS, Adeline d’URSEL,
n  icholas
  N           LEWIS, éditeur en chef, The WORD               Vincent Fosty et Luc Moeremans
Avant-propos
La culture, économie ancienne, est entrée depuis
10 ans dans un nouveau paradigme, qui l’oblige à
se réinventer rapidement.
D’abord, la culture est devenue globale.
L’économie de marché marque toujours plus
fortement son empreinte sur la culture. Le bien
culturel reste un bien différent mais il change de
nature : l’œuvre artistique devient aussi com-
merciale avec des logiques inspirées du secteur
privé (ROI, investissement, positionnement mar-
keting…). La nature des biens et services cultu-                         Table basse magnétique « Belgique », ©Raphaël Charles,
rels est double : culturelle et économique. L’art                                collection privée du Prince Philippe de Belgique.
contemporain par exemple, est devenu un art en
quête constante de singularité dans un monde
sans frontières, et un objet de spéculation finan-
cière dans une économie turbulente.                          n’est pas suffisant. Les conditions-cadre de l’épa-
Ensuite, la révolution numérique : avec 1,6 milliard         nouissement de l’écosystème créatif doivent être
d’abonnés à Internet à travers le monde, un mil-             en place. En clair, les politiques publiques qui tou-
liard de GSM, et toujours plus de smartphones,               chent au secteur culturel (culture, enseignement,
elle affecte la manière dont nous produisons et              économie, tourisme, commerce international)
consommons la culture. Internet permet certes                sont à coordonner et adapter aux besoins de ces
d’acheter en ligne un infini de biens culturels              entrepreneurs.
(musique, livre…), mais aussi d’interagir et de              L’heure est à l’action. 75  % des entrepreneurs
financer les créateurs de leur choix.                        créatifs en Belgique que nous avons interrogés,
Enfin, les révolutions arabes, les crises financières,       pensent que l’industrie culturelle et créative est
sociales, institutionnelles impactent la culture.            un secteur d’avenir, mais tout juste 51  % d’entre
Jamais en Europe la culture n’a tant été sous                eux pensent que la Belgique est un très bon pays
tension, menacée de coupes budgétaires sévères.              pour entreprendre dans ce secteur.
Jamais la culture n’a tant été au centre des                 En 2009 et 2010, Kurt Salmon avait choisi
espoirs d’une nouvelle Renaissance de l’Europe.              d’étudier pour le Forum d’Avignon les liens
Les industries culturelles et créatives offrent une          entre culture et attractivité des territoires dans
réponse à la crise, parce qu’elles permettent de             50  villes des 5  continents. En 2011, nous avions
stimuler la créativité, les savoir-faire, l’innovation       choisi d’investiguer les modèles de décision liés
dans toute l’économie, de créer des emplois, d’ali-          à l’investissement dans un projet culturel sur la
menter la rénovation urbaine, le « place-making »,           base d’entretiens de près de soixante décideurs
et le lien social.                                           publics et privés, de porteurs de projet, d’artistes
Dans ce contexte complexe, fluctuant, fluide,                et de créateurs, mais aussi d’experts, mobilisés
comment pouvons-nous mieux aider les indus-                  autour d’un investissement de nature «  cultu-
tries culturelles et créatives (ICC) en Belgique  ?          relle » (infrastructure, événements industries…) et
Avec le souci de l’accès à la culture au plus grand          confrontés à un moment ou un autre à cette prise
nombre et le respect de la diversité culturelle  ?           de décision en Belgique et à travers le monde.
Quelles sont les responsabilités du secteur public,          En complément de ces travaux, la présente étude
des associations professionnelles, du secteur                se propose de mettre en exergue les défis quo-
privé, et des publics pour soutenir l’économie               tidiens et les besoins des entrepreneurs belges
mauve ?                                                      des industries culturelles et créatives, au-delà
En commençant peut être par mieux reconnaître                de leurs différences sur quatre volets  : l’acquisi-
la nécessaire dimension entrepreneuriale des                 tion des compétences entrepreneuriales, l’accès
métiers de la création. Entreprendre en culture              au financement, l’innovation et sa protection, et
est une aventure merveilleuse qui nécessite du               l’internationalisation.
talent d’abord, de la chance ensuite. Mais cela              Bonne lecture.




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                                                         3
Sommaire

L’économie mauve : vers une
reconnaissance des industries
culturelles et créatives
La culture est au cœur du développement
durable. Elle est source de cohésion sociale
et territoriale. Plus encore, elle contribue au
développement économique, à l’innovation
                                                               6
et à l’emploi. Les industries culturelles et
créatives alimentent et régénèrent des
industries traditionnelles et de pointe, dans
la création de contenus, de produits et de
services à forte intensité de connaissances.

7   Que sont les industries culturelles et créatives ?
8   La culture, arme anticrise ?
9   Objectifs de l’étude
9   Méthodologie et partis pris de l’étude




                                               Les industries culturelles et créatives
                                               belges : les entrepreneurs témoignent
                                               Quelles sont les forces et les faiblesses des
                                               industries créatives et culturelles belges?
                                               Si l’avenir est à l’optimisme, les défis rencontrés
                                               par les entrepreneurs sont nombreux et
                                               partagés quelque soit le secteur.

                                               12    Constats généraux
                                               14    Made in Belgium : la Belgique, un vivier de talents
                                                     et de créativité
                                               16 Formation à l’entrepreneuriat culturel




               12
                                               19 L’accès au financement
                                               22 Innovation
                                               27 Les industries créatives et culturelles à l’international




                                                 4
Nouveau monde, nouvelles idées
Les pistes de réflexion de Kurt Salmon
pour ouvrir le débat.

30   Mieux connaître l’économie créative et
                                                        30
     culturelle et évaluer en continu les actions
     de soutien
31   Rassembler les forces vives des industries
     créatives et culturelles




                   33                                   Annexes
                                                        Trois focus sur les industries
                                                        créatives et culturelles belges :

                                                        34 Le marché de l’art : un marché
                                                             qui traverse la crise
                                                        36   L’industrie du gaming en
                                                             Belgique : un secteur créatif
                                                             émergent aux opportunités
                                                             à objectiver
                                                        38   L’industrie de la mode en
                                                             Belgique : un atout fragilisé




                                                    5
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique




L’économie mauve : vers une
reconnaissance des industries
culturelles et créatives
La culture n’est pas une bulle à part. Jusqu’il y
a 10 ans, le secteur artistique et culturel était          The concept of creative entrepreneurship
perçu comme une partie de la politique sociale,            goes far beyond a CEO running to the opera,
secondaire en termes d’économie et de marché               visiting a coincidental art exhibition, or pain-
de l’emploi. La culture relevait de l’exception,           ting a sunset over the weekend. Not that
incompatible à l’analyse des critères économiques          that won’t help, since running a business
                                                           requires eye openers all the time.
standards.
                                                           Creativity is not about art. It’s about human-
Désormais, on parle d’économisation de la                  kind finding solutions that weren’t there at
culture et d’esthétisation des biens de l’économie         first sight. Hence, creativity can be found in
traditionnelle. Cette perméabilité, poussée par le         all human activities. We just have to identify
développement rapide de la numérisation et la              what created the mental spark that made it
forte progression de la demande des ménages et             the right idea for that specific target.
des sociétés en produits et services culturels, a          In times of economical turmoil, standing still
fait émerger les industries culturelles et créatives       is just not an option. It’s in those circums-
(ICC).                                                     tances the industry needs to think out of the
                                                           box, and look for unexpected answers.
                                                           That is why a direct link between culture
                                                           and commerce is so much needed. Since we
                                                           should learn from each other, creative thin-
                                                           king can lead to art. But it can also lead to
                                                           innovation.
                                                           One can’t change the world while being an
                                                           artist sitting on a cloud. Together with entre-
                                                           preneurs, new ideas can turn into vision, and
                                                           once implemented, to sustainable change.
                                                           That is how we move forward.
                                                           Jan Van Mol, CEO Addict Lab




                                                       6
l  ue sont les industries culturelles et créatives ?
  Q
La culture est une matière vivante en constante
réinvention. Sans renier l’importance des dis-
ciplines classiques (peinture, musique, littéra-
ture, théâtre…), tous les experts notent que de
nouvelles disciplines se voient régulièrement
intégrées au champ des ICC. Une définition
des ICC peut être trouvée dans une étude réa-
lisée en 2006 pour le compte de la Commission
européenne :
n  es industries culturelles : pour ces industries,
  L
  la culture constitue le produit final qui peut
  être consommé sur place (ex. : un concert, une
  exposition d’art) ou destiné à la reproduction/
  consommation de masse (ex. : un livre, un film).
  Dans notre étude, les segments «  culturels  »
  retenus sont les suivants  : presse écrite (livre
   presse), les arts du spectacle, les arts visuels
   artisanat d’art, l’audiovisuel, la musique, et le
  patrimoine.
n  es industries créatives  : pour ces industries,
  L
  la culture (les traditions, les symboles, les
  textes, etc. d’un groupe socioéconomique) ali-              2000. La consécration est venue en 2009,
  mente le processus de production d’un produit               lorsque l’UNESCO a inscrit cette activité dans
  « créatif ». Dans notre étude, nous retiendrons             le périmètre de ses statistiques culturelles.
  le design, l’architecture, la mode, la publicité,
  les nouveaux médias, et les jeux vidéo.                   n  ne révolution technologique  : les nou-
                                                              u
                                                             velles possibilités technologiques (animation
Les produits dits de l’économie mauve se dif-                3D, réalité augmentée, motion capture, slow
férentient par leur valeur symbolique, esthé-                motion, NFC…) ouvrent des terrains d’expé-
tique, et communautaire. Les smartphones ou                  rimentation aux créatifs, pour répondre à la
tablettes incarnent à merveille la rencontre                 demande en contenus de plus en plus interac-
entre une technologie avancée, dont le coût de               tifs et personnalisés ou aux nouveaux usages
production est désormais relativement faible,                liés par exemple à la mobilité (avec les smart-
et du design épuré. Ce design créé de la valeur              phones, par exemple).
ajoutée économique et une expérience – client
affirmée comme un accessoire de mode, un                    n  ne révolution financière : les modèles écono-
                                                              u
style de vie.                                                 miques traditionnels des ICC sont bousculés
                                                              par l’essor du téléchargement légal et illégal
L’essor du numérique a déplacé les frontières de              qui annonce la disparition possible des sup-
la culture en ouvrant la voie à trois révolutions :           ports physiques et doivent se réinventer pour
n  ne révolution artistique  : de nouveaux
  u                                                           capter de nouvelles sources de financement.
  champs de création (jeux vidéo, cinéma 3D,                De nombreuses politiques nationales et régio-
  arts numériques, web design…) sont nés avec               nales en faveur de l’économie créative ont vu
  l’avènement du numérique. Par conséquent,                 le jour depuis une dizaine d’années à travers
  de nouveaux emplois se développent croisant               le monde. Mais l’évaluation de leurs impacts
  les savoir-faire artistiques et informatiques. Le         qualitatifs et quantitatifs (en termes d’emplois,
  secteur du jeu vidéo est passé du statut d’in-            de créations d’entreprises et de contribution
  dustrie du divertissement à un statut d’indus-            au PIB) reste délicate. La délinéation statis-
  trie culturelle, à partir de la moitié des années         tique des activités économiques et de l’emploi



                                                        7
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



culturel varie selon les définitions retenues                Nonobstant ces difficultés méthodologiques,
par les pays, les métropoles ou les organismes               les ICC sont auscultées avec de plus en plus
supranationaux. L’absence de mise en œuvre                   d’intérêt en Grande-Bretagne, en Allemagne, en
d’un schéma de comparabilité internationale en               région Ile-de-France, en Flandre, en Chine, au
est la cause.                                                Danemark, en Australie, etc.



l  a culture, arme anticrise ?
  L
Economiquement, l’empreinte de la culture                    fondée sur la connaissance et l’innovation. Les
s’amplifie en Europe                                         ICC sont identifiées comme un secteur capable
                                                             de rencontrer cet objectif car elles représentent
La culture est au cœur du développement
                                                             une grande source de créativité et d’innovation,
durable. La culture est source de beauté, de dia-
                                                             dans toutes ses formes. Les ICC alimentent et
logue. L’économie créative crée et enrichit, de
                                                             régénèrent des industries traditionnelles et de
manière non quantifiable, le lien social, l’identité
                                                             pointe, dans la création de contenus, de produits,
et l’attractivité des territoires qui les accueillent.
                                                             et de services à forte intensité de connaissances.
Elle est écologique au sens où elle consomme
                                                             Les ICC ouvrent de nouveaux horizons sur de
peu de matières premières. Enfin, elle contribue
                                                             nouveaux biens et services ou transforment des
au développement économique, à l’innovation,
                                                             produits mâtures plus beaux, plus intelligents,
et à l’emploi, de l’artisanat d’art à la culture
                                                             parfois plus chers.
numérique.
Le rapport sur les industries créatives 2010 publié
                                                              Les huit filières du secteur culturel et leurs
par la Conférence des Nations Unies sur le com-
                                                              liens et capilarité avec les autres secteurs
merce et le développement évalue la croissance
                                                              économiques
annuelle mondiale dans ce secteur à 14  % entre
2002 et 2008. En 2008, le secteur employait
3,8 % de la population active totale de l’UE soit                                                          Bâtiment
                                                                                     Urbanisme
environ 8,5 millions de personnes, c’est-à-dire plus                                                             Hôtellerie
que les populations actives réunies de la Grèce et                          Génie civil
                                                                                                                    Restauration
de l’Irlande ! La valeur ajoutée du secteur prend                                                          Patrimoine
                                                                                          Architecture
aussi de l’ampleur  : il représente 4,5  % du PIB               Automobile                Architecture,
                                                                                                           Archéologie,
                                                                                                           musées,
                                                                                                                                   Croisièrisme
                                                                                           paysagisme
de l’UE. C’est plus que l’industrie des produits                                                     …
                                                                                                           monuments,
                                                                                                           restauration
chimiques, du caoutchouc et du plastique (2,3 %).                           Design
                                                                            et services
                                                                                                           …               Spectacle
                                                                                                                              vivant
                                                              Emballage                                                                  Transport
Entre 2002 et 2008, l’Europe a été le plus gros                             créatifs                                Concert, festival,
                                                                            Stylisme, graphisme…                     danse, cirque…
exportateur de produits culturels et créatifs, et la
Belgique s’est placée dans le Top  10 des expor-                          Audiovisuel et médias                           Arts visuels
                                                                          Cinéma, vidéo, radio,                            Sculpture,
tateurs de produits créatifs et culturels des pays                        télévision, disques,                          photographie,
                                                                                                                                         Publicité
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développés. En Flandre, près de 70  000  per-                   Télécom                          Livres,   orphèvrerie,    peinture…
                                                                                          bibliothèque,    haute couture,
sonnes sont actives dans les ICC, ce qui repré-                                             archivage…     maroquinerie,              Communi-
                                                                                                           ébénisterie…                cation
sente près de 3 % de son PIB.                                                                  Edition
                                                                                              et livres Métiers d’arts
La culture engendre aussi des effets de levier                                                                       Prêt-à-porter
considérables sur les territoires. C’est ce que                                   Education
souligne, par exemple, l’analyse économétrique                                                             Ameublement
menée en 2011 pour le Forum d’Avignon par le
cabinet Tera Consultants à partir de la base de
données constituée en 2009 et 2010 par Kurt
Salmon pour un panel international de 47  villes             Pour maximiser ce potentiel, le Livre Vert « Libérer
de 21  pays. Cette analyse démontre qu’une                   le potentiel des industries culturelles et créatives »
augmentation de 10  % de dépense culturelle                  publié par la Commission européenne en avril
par habitant de la ville, soit 18,6  €, génère une           2010, précise qu’il est indispensable de renforcer,
augmentation de PIB par habitant de 1,7  %, soit             à tous les niveaux de pouvoir, l’appui à l’économie
625,4 €.                                                     culturelle en tissant les liens entre culture, éco-
                                                             nomie, monde académique, recherche, tourisme,
Institutionnellement, les politiques                         city-marketing, et secteurs publics.
culturelles et économiques doivent
                                                             Cependant, la réalité du budget européen 2007-
se rapprocher pour innover davantage
                                                             2013 est là : 0,04 % budget européen est alloué
La culture pense l’impensé, le monde de demain.              à la culture. A cela s’ajoute 1,6 % des fonds struc-
La Stratégie Europe 2020, feuille de route de                turels qui sont destinés à des projets culturels.
l’UE pour la décennie en cours qui vise à engen-             Pour ce qui concerne l’audiovisuel : 750 millions
drer une croissance intelligente, durable et inclu-          sont prévus pour le programme Media et 15 mil-
sive dans l’UE, entend développer une économie               lions pour le programme Mundus.



                                                         8
L’un des grands objectifs du prochain pro-                  entendent bien conquérir ce champ aussi en se
gramme cadre « L’Europe créative » (2014-2020)              professionnalisant et en se diversifiant rapide-
de la Commission européenne sera précisé-                   ment (cinéma, mode, animation, gaming…).
ment de convaincre les Etats membres d’adop-
                                                            Dans ce contexte porteur mais incertain, la
ter une augmentation de + 37 % pour la culture
                                                            culture voit apparaître de nouveaux investisseurs,
et l’audiovisuel par rapport à la période 2007-
                                                            de nouveaux types de projets de territoire, des
2013 (soit 1,6  milliard d’euros du budget de la
                                                            partenariats public-privé d’une ampleur inédite,
Commission) et de renforcer la compétitivité des
                                                            des politiques culturelles nationales redéfinies
secteurs culturels et créatifs. Le but : mieux aider
                                                            malgré des budgets sous tension…
les entreprises de ces secteurs à affronter la
concurrence internationale et être plus présentes           Concrètement, travailler et investir dans le
sur la scène mondiale. Si l’Europe a un avantage            domaine culturel et créatif devient une affaire
concurrentiel fort dans les ICC par rapport au              de professionnels en Europe. Qu’en est-il en
Brésil, à la Russie, l’Inde ou la Chine, ces derniers       Belgique ?



l  bjectifs de l’étude
  O
La présente étude vise à offrir une meilleure                 défis se posent à eux  : les compétences en
compréhension du fonctionnement et des                        termes de création d’entreprises, l’accès au
besoins des entreprises du secteur culturel et                financement, l’innovation et sa protection, et
créatif en Belgique. L’intention n’est pas de pré-            l’internationalisation des activités ;
senter un panorama exhaustif des filières ou une            n llustrer les enjeux belges par des regards inter-
                                                              i
analyse statistique des ICC belges.                           nationaux et formuler des pistes de réflexions
                                                              visant à renforcer les industries créatives cultu-
Concrètement, l’étude entend :                                relles dans leur ensemble ;
n  pporter un nouveau regard sur les défis trans-
  a                                                         n  tudier de manière plus approfondie les dyna-
                                                              é
  versaux, récurrents, et communs à tous les                  miques de trois segments de l’économie cultu-
  entrepreneurs créatifs et culturels en Belgique,            relle belge  : le marché de l’art, les jeux vidéo
  en allant à leur rencontre, sur le terrain. Quatre          (serious game), et la mode.



l  éthodologie et partis pris de l’étude
  M
L’étude s’appuie sur une démarche méthodolo-
gique en deux volets :
n  ne analyse quantitative grâce à une enquête
  u
  en ligne ouverte de juillet à mi-octobre 2011.
  Au total, 213  entrepreneurs (129  hommes et
  84  femmes) issus des 12  segments des indus-
  tries culturelles et créatives en Belgique y ont
  répondu. Les deux tiers de ces entreprises ont
  été créés après l’an 2000 ;
n  ne analyse qualitative menée auprès d’une
  u
  soixantaine d’entrepreneurs des ICC des
  3  régions de Belgique (des artistes, des
  employés de sociétés de protection de droits
  d’auteur, des directeurs de musées, des
  investisseurs privés, des indépendants, des
  entrepreneurs ICC…) et une revue de la biblio-
  graphie internationale sur l’économie culturelle.
  Vous trouverez la liste des entretiens à la page            statistique claire des industries culturelles
  des remerciements et une bibliographie des                  et créatives dans leur ensemble. Il n’y a pas
  sources utilisées en fin d’étude.                           de chiffres officiels concernant le poids de
                                                              l’économie créative en termes d’entreprises,
Précisément, les partis pris de l’étude Kurt
                                                              d’emplois, de contribution au PIB. Le système
Salmon sont les suivants :
                                                              statistique existant ne prend pas objectivement
n  ’analyse statistique a été écartée par précau-
  L                                                           en compte un périmètre des ICC pertinent, qui
  tion intellectuelle. A ce jour, la Belgique n’a             doit inclure le système de l’intermittence et du
  pas de définition nationale, ni de nomenclature             poly-emploi, et résoudre des incohérences du



                                                        9
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique




• Les partis pris métodologiques
  

                 Entrepreneurs belges                              Champ culturel et créatif

     • ndépendants/artistes
       I                                          •  esign
                                                    D                                  •  ouveaux médias
                                                                                         N
     •  icro entreprises
       M                                          •  rchitecture
                                                    A                                  •  resse écrite
                                                                                         P
     •  ME
       P                                          •  rts du spectacle
                                                    A                                  •  ode
                                                                                         M
                                                  •  ublicité et communication
                                                    P                                  •  udiovisuel
                                                                                         A
     •  randes entreprises
       G
                                                  •  atrimoine
                                                    P                                  •  aming
                                                                                         G
                                                  •  rts visuels et artisanat d’art
                                                    A                                  •  usique
                                                                                         M


                     Défis communs                                   Approche bottom-up

     •   E
          ntreprenariat                          • Enquête en ligne bilingue destinée aux entrepreneurs
     •    inancement
         F                                        • Interviews avec entrepreneurs et experts
     •   nnovation
         I                                        • Etude documentaire et benchmarking
     •   nternational
         I                                        • Focus sur l’art contemporain, la mode, le gaming




  droit. La nomenclature NACEBEL de l’ONSS                  intercommunautaire. Les politiques de soutien
  est très peu adaptée aux « réalités du terrain »          aux ICC spécifiques à chacune des régions
  des différents segments des ICC.                          et communautés linguistiques ont été prises
                                                            en compte pour les variables explicatives, si
 De plus, quand les données statistiques sur                besoin.
 un secteur existent, elles datent souvent de
 2007/2008 (avant la crise), avec un décalage              n  e périmètre retenu des industries culturelles
                                                             L
 temporel parfois différent par code NACEBEL.               et créatives (ICC) s’inscrivant dans la lignée
 Dans la mode, par exemple, si l’on prend en                des dernières études internationales (Unesco,
 compte tous les codes NACEBEL qui se rap-                  Commission européenne, Grande-Bretagne,
 portent à la création, la production et la distri-         Allemagne, Flanders DC…), nous parlerons
 bution de produits de mode au sens large, on               délibérément des «  industries culturelles et
 constate que le périmètre de la mode défini par            créatives  ». Les ICC comprennent les seg-
 les codes NACEBEL englobe des « segments »                 ments suivants  : design, architecture, arts du
 non créatifs ou culturels, en l’occurrence la              spectacle, publicité, musique, patrimoine, arts
 « préparation de fibres textiles et filature » ou          visuels et artisanat d’art, nouveaux médias,
 des succursales assez éloignées de la création             presse écrite (livre et presse), mode, audiovi-
 (HM, Inno…). L’ONSS retient 46  170  emplois              suel et jeux vidéo. Ces activités reposent sur
 plein temps dans la mode belge en 2010, alors              des valeurs culturelles et/ou des expressions
 que l’association professionnelle belge Crea               artistiques et créatives, et font potentiellement
 Moda n’en retient que 15 000.                              appel à la propriété intellectuelle.

 La Belgique illustre donc parfaitement la diffi-           Les activités des entreprises des ICC retenues
 culté que représente l’objectivation du poids              dans l’étude ont une valeur marchande et sont
 socio-économique de la culture. Le fait de                 positionnées dans la chaîne de valeur du cycle
 considérer les activités culturelles et créatives          culturel  : la création, la production, la diffu-
 comme un secteur économique à part entière,                sion ou la préservation de biens et de services
 a longtemps fait l’objet d’un tabou (« l’art pour          incorporant des expressions culturelles, artis-
 l’art  »). La culture et l’économie fonctionnent           tiques ou créatives.
 encore largement en silos, et la coordination              A l’heure actuelle, la gastronomie est exclue du
 des priorités et actions politiques de soutien             champ, même si elle comporte une dimension
 en faveur des ICC entre les régions est quasi              créative reconnue à travers le monde et tout
 inexistante. Rien qu’en Région de Bruxelles-               à l’honneur de la Belgique (chocolats «  haute
 Capitale, 42  responsables politiques gèrent               couture  » de Pierre Marcolini, les biscuits de
 des lignes budgétaires dédiées à la culture. La            Stephen Destrée, ou encore l’art de la fête du
 culture est une compétence des communautés,                traiteur Lauriers…).
 des régions, des communes, sans compter le
                                                           n  ne démarche de terrain à la rencontre de
                                                             U
 Ministre en charge des affaires économiques.
 Toutes ces instances opèrent sans cellule de               l’entrepreneur créatif et culturel  : pendant
 coordination entre la communauté flamande et               4 mois, Kurt Salmon a fait le choix de rencon-
 française.                                                 trer, d’écouter les entrepreneurs eux-mêmes,
                                                            de comprendre leur quotidien, et de travailler
n  ’échelle de la Belgique : indépendante, l’étude
  L                                                         sur la base de leurs témoignages. En complé-
  Kurt Salmon prend le parti pris de couvrir les            ment, des associations professionnelles, des
  trois régions belges, nonobstant le contexte              experts et acteurs de l’écosystème des ICC ont
  politique et la concurrence/l’émulation                   été interviewés.



                                                      10
Quelle est votre activité principale ?

    Arts visuels  Artisanat d’art
                     Audiovisuel
      Publicité  Communication
                    Architecture
               Arts du spectacle
               Nouveaux médias
                            Mode
                          Design
    Presse écrite (livre  presse)
                         Musique
                         Gaming
                      Patrimoine
                                     0   2,5        5         7,5       10        12,5    15        17,5        20 %



L’année fiscale précédente, quel était le chiffre d’affaires de votre entreprise ?


                    à 50 000 €
        de 50 000 à 500 000 €
  de 1 000 001 à € 5 000 000 €
    de 500 001 à € 1 000 000 €
  de 5 000 001 à € 50 000 000
               à 50 000 000 €
                                  0            10               20               30            40               50   %



Nous reconnaissons que le terme d’entrepre-                   Où se situe votre siège social ?
neur est parfois mal accepté par certains, réti-
cents à parler de la dimension économique et
                                                                            3%
commerciale de l’organisation ou gestion de
leurs activités créatives. Un entrepreneur est                       21 %                           Bruxelles
une « personne qui veut et qui est capable de
                                                                                   42 %             Flandre
transformer une idée ou une invention en inno-
vation réussie » (J. Schumpeter), car ce dernier                                                    Wallonie
est guidé par son enthousiasme, par sa capacité                       34 %                          International
à avoir une vision, en prenant des risques. Plus
précisément, un entrepreneur créatif et culturel
« créé ou commercialise un produit ou un service
culturel ou créatif et qui utilise des principes
entrepreneuriaux pour organiser ou gérer son                   de soutien à la culture (Star’t, Culturinvest…),
activité créative d’une manière commerciale ».1                les organismes de redistribution/régulateurs, les
                                                               associations professionnelles, ou les structures
Le panel de l’enquête en ligne couvre les trois                étant subventionnées à plus de 50 % (musées,
régions, à proportions comparables. Les entre-                 RTBF/VRT, certains théâtres…).
prises retenues, au-delà des différences de
statut juridique, ont une activité commerciale
déclarée, et intègrent à la fois des entreprises
unipersonnelles (statut d’artistes, d’indépen-
dant), des micro-entreprises (2-5  employés),
des PME ou des grandes entreprises. Le principe
a été pris de ne retenir que celles qui ont plus             1- Etude The entrepreneurial dimension of the cultu-
de 50  % de capitaux privés. Sont écartés les                ral and creative industries, Utrecht School of Arts 
entités culturelles publiques ou parapubliques               Eurokleis, 2010.



                                                        11
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique




Les industries culturelles
et créatives belges :
les entrepreneurs témoignent
Pour répondre à la question « Comment                    n les compétences en termes de création
construire des ponts entre économie, culture,              d’entreprises,
secteur public et l’enseignement pour inspirer           n l’accès au financement,
l’économie culturelle de demain, à côtés des
industries vertes, des biotechnologies… ? »,             n l’innovation et sa protection,
Kurt Salmon a analysé des défis communs aux              n et l’internationalisation des activités.
entrepreneurs créatifs et culturels. Quatre défis
                                                         Chacun de ces points est nourri par l’analyse
communs se posent aux entrepreneurs des ICC
                                                         croisée de la littérature spécialisée, de l’actualité
en Belgique, au-delà de sensibilités propres à
                                                         belge et internationale, de l’enquête en ligne Kurt
chacune des filières :
                                                         Salmon, et des entretiens individuels.



                                                         l Constats généraux
                                                         Une majorité d’indépendants et de PME
                                                         Le secteur de la culture reste très atomisé en
                                                         Belgique : les petites et moyennes entre-
                                                         prises y sont surreprésentées. Dans le panel
                                                         des 213 entreprises de notre enquête en ligne,
                                                         76 % des entreprises répondantes ont moins de
                                                         5 employés et 6 % ont plus de 50 employés.
                                                         Seule une minorité de grandes entreprises réalise
                                                         la plus grande part du chiffre d’affaires total du
                                                         secteur.




                                                    12
Ces tendances sont en ligne avec la réalité euro-          1 et 3 salariés) ou des entrepreneurs individuels.
péenne  : 80  % des entreprises ICC de l’UE sont           Les grandes entreprises (plus de 50  salariés), si
des PME, des micro-entreprises (surtout entre              elles représentent moins de 1  % des entreprises
                                                           des ICC du panel, génèrent plus de 40  % du
 Quelle est la taille de votre entreprise ?                chiffre d’affaire total des ICC.
                                                           Enfin, dans notre panel, 50  % des répondants
                 6%                                        disent ne pas avoir subi l’impact de la crise de
                                    Grande
                      10 %          ( à 50 employés)      2008. L’avenir est même à l’optimisme : 75 % des
                                                           répondants considèrent que l’industrie cultu-
                        8%          Moyenne
                                    (13-50 employés)       relle et créative est un secteur porteur dans le
                                                           futur en Belgique. 63 % attendent une hausse de
        76 %                        Petite
                                    (6-12 employés)        revenus dans les années à venir et 30 % pensent
                                                           recruter de nouveaux employés.
                                    Max 5 employés
                                                           Certains secteurs souffrent plus de la crise, i.e.
                                                           de la baisse de consommation de biens créa-
                                                           tifs  : mode, arts du spectacle, presse  édition,
                                                           labels indépendants de musique… D’autres sec-
 Part du chiffre d’affaire global du panel
                                                           teurs profitent mieux de la révolution numérique
 en fonction du nombre d’employés
                                                           (médias sociaux, réalité augmentée, smart-
                                                           phones et tablettes…), comme les entreprises
         7%
       4%                           Grande                 des nouveaux medias (web design, applications
                                    ( à 50 employés)      design…).
                                    Moyenne                Si la diffusion de contenus numériques a permis
    30 %                            (13-50 employés)       d’éviter le coût de la production de supports
                      59 %
                                    Petite                 physiques, elle ne compense qu’en partie la des-
                                    (6-12 employés)        truction d’emploi engendrée par la crise, la dis-
                                    Max 5 employés         parition des supports physiques (DVD, CD) et les
                                                           pertes de revenus générées par le piratage (par
                                                           exemple de la musique).


 Quel(s) type(s) d’évolution(s) prévoyez-vous dans les années à venir au sein de votre entreprise ?

                 Croissance des revenus
  Recrutement de nouveaux employés
    Recherche de financements publics
               Ouverture à l'international
     Recherche de financements privés
               Intégrer un cluster créatif
         Créer une startup en Belgique
       Partenariat avec entreprises ICC
  Partenariat avec entreprises non-ICC
  Investir dans une autre entreprise ICC
    Me faire racheter par un concurrent
                                             0   10       20        30        40          50   60     70 %




                                                         Arts visuels  Artisanat d’art
                                                        13
                                                                          Audiovisuel
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



De nouvelles professions créatives émergent en                 commerce, juristes, financiers et comptables
lien avec la maîtrise de langages numériques et                sont de plus en plus sollicités. Les juristes, par
du design pour répondre aux nouveaux besoins                   exemple, sont de plus en plus sollicités pour
matériels et émotionnels des consommateurs.                    aider les créatifs à résoudre les litiges concer-
Les métiers dits de « back office » et de gestion              nant la protection des revenus générés par la
ne sont pas en reste  : les représentants de                   propriété intellectuelle.



l  ade in Belgium : la Belgique, un vivier de talents
  M
  et de créativité
La Belgique est un petit pays au carrefour de
l’Europe qui carbure à la diversité et au libéra-
lisme culturel. Au XIXe et XXe siècles, Bruxelles
a accueilli des penseurs de tous les horizons
comme Victor Hugo, Emily Brontë, Karl Marx… Les
icônes belges n’ont pas à faire rougir  : un patri-
moine architectural éclectique et relativement
préservé (gothique, classique, art nouveau, art
déco…), des peintres de renom international (fla-
mands primitifs, le mouvement Cobra, Magritte…),
des écrivains (Hugo Claus, Hendrik Conscience,
Guido Gezelle…), le berceau de la bande-dessinée
européenne (Hergé, Franquin, Van Hamme…), des
chanteurs (Brel, Adamo, Axelle Red, Arno…).

Quel est le portefeuille culturel belge
actuel visible à l’international ?                             s’exportent, sans qu’ils ne soient néanmoins as-
                                                               sociés à l’une ou l’autre région, ni même à la Bel-
La concurrence intercommunautaire stimulerait                  gique : dEUS, K’s Choice, Selah Sue, Hooverphonic,
l’émulation dans la création, avec deux pôles                  Axelle Red, Arno ou encore Stromae. Sur le grand
forts dans le secteur de la mode :                             écran, citons les frères Dardenne et Jaco Van Dor-
n  nvers, qui est devenue depuis la fin des
  A                                                            mael, Bouli Lanners, Cécile de France, Benoît Poel-
  années 1980, l’une des places fortes de la                   voorde, Michaël R.Roskam… A la plume : Amélie
  mode européenne, grâce au 6 d’Anvers (Ann                    Nothomb, Xavier Deutsch, Dimitri Verhulst, Tom
  Demeulemeester, Dries Van Noten, Walter Van                  Lanoye… Enfin, certains artistes contemporains
  Beirendonck, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs                ont révolutionné l’art – Alechinsky, Francys Alys,
  et Marina Yee) et à son école l’Académie                     Chris Martin, Marcel Broodthaers, Wim Delvoye,
  d’Anvers (le département mode de Hogeschool                  Luc Tuymans… – sans parler du rayonnement in-
  Antwerpen), vivier de talents et de marques                  ternational de la bande dessinée belge.
  (Martin Margiela, Essentiel…).                               Parmi toutes ces disciplines, il semble qu’il y ait
n  ruxelles, avec son école de La Cambre Mode/s/
  B                                                            une « Belgian touch » distinctive des autres pays.
  et le quartier Dansaert n’est plus en reste. La ville        « This is so Belgium ! ». De nos entretiens, il sem-
  a vu son nombre de magasins indépendants de                  blerait que les observateurs étrangers perçoivent
  créateurs de mode augmenter fortement ces                    de la création belge, un goût du « surréalisme »,
                                  dernières années.            du hors normes, un «  humour décalé  » voire
                                  Les créateurs bel­           trash, un sens de l’absurde, une capacité à rire
                                  ges débutants et             de soi. Aujourd’hui, à tort ou à raison, Bruxelles
                                  confirmés s’y re-            devient depuis 3-4  ans pour les artistes the
                                  trouvent de plus             «  next place to be  » en Europe, en particulier
                                  en plus.                     dans l’art contemporain.
                                  La Belgique est              Le New York Times parle même d’une «  Belge
                                  également de-                Epoque », et plus précisément d’une « Renaissance
                                  venue un centre              créative de Bruxelles  »2. Précisément, Bruxelles
                                  européen de la               dispose d’un environnement très attractif pour
                                  danse contempo-              les créatifs, forte de la qualité de certaines
                                  raine grâce aux              écoles artistiques (mode, cinéma, architecture,
                                  célèbres choré-              dessin), la qualité de l’événementiel et le prestige
                                  graphies de Anne             de certaines institutions culturelles (Europalia,
                                  Teresa De Keers-
                                  maeker. Quelques             2- Monica Khemsurov, (21 septembre 2011), Belge épo­
                                  musiciens belges             que, New York Times.



                                                          14
concours Reine Elisabeth, la Monnaie…), la vie               Un autre    regard 
nocturne insolite (soirées High needs Low…).
Citons aussi l’extrême cosmopolitisme des expa-
triés autour des institutions européennes (l’an-
glais est pratiqué quotidiennement par près de
15  % de la population ; 27 % de la population
bruxelloise est d’origine étrangère dont plus de
60 % sont de l’UE), les dessertes Eurostar et
Thalys qui permettent de fluidifier les échanges
d’idées et d’artistes, les lieux de référence
(Recyclart, WIELS, Bozar, Botanique, Ancienne
Belgique…), les concept stores  hôtels (Haleluja,
MAPP, Hunting and collecting, White hotel,
Bloom…), et le prix de l’immobilier y est relative-
ment abordable comparé à Londres et Paris.
Enfin, la Belgique perd beaucoup de talents qui
préfèrent vendre ou entreprendre à l’étranger.
Chez les artistes-plasticiens et stylistes de renom,         La naissance d’une vitrine
Luc Tuymans a sa galerie à New York, Chris                   « made in Belgium » à Manhattan
Martin en Allemagne, Francis Alys est au Mexique,            Les entrepreneurs créatifs belges ne man-
Laetitia Crahay travaille à Paris pour la Maison             quent pas d’ambition comme en témoigne
Michel et Chanel, Olivier Theyskens vit et travaille         l’aventure de Sylvie Bouffa, fondatrice de
à New York…                                                  Talking French  Flemish Inc. Initiative pure-
                                                             ment privée, développée sans aides finan-
La Belgique recèle de formations artistiques
                                                             cière publiques, cette structure de 3 500 m
excellentes et très reconnues à l’international : La
                                                             sera une vitrine de la créativité belge à
Cambre, Saint-Luc, la Kask et l’Académie Royale
                                                             Manhattan, New York.
d’Anvers, écoles ultra-sélectives et attirant des
étudiants des 4 coins du monde mettent l’accent              Sylvie est partie du constat que les Améri­
sur la créativité. Les étudiants fraîchement diplô-          cains adoraient le design belge quand ils
més rêvent souvent d’une carrière internationale,            le voyaient, et étaient prêts à payer une
voir d’être repérés en fin d’étude pour travailler à         fortune pour l’avoir, mais peu en connais-
l’étranger (Paris, Londres, Milan, New York). Deux           saient l’origine.
raisons sont mentionnées pour expliquer cette                Elle a donc décidé d’ouvrir un magasin
fuite des talents :                                          exposant tout ce que la Belgique propose de
n e manque de grands donneurs d’ordres belges
  l                                                          meilleur  : les Carrières du Hainaut, les cho-
  en Belgique, ce qui implique la nécessité de               colats Marcolini, les baignoires Aquamass, le
  s’expatrier pour trouver de l’emploi et/ou pour            design XVL, une galerie d’art contemporain,
  se faire un nom ;                                          les montres Raidillon, un restaurant « bistro-
                                                             nomique », et bien d’autres encore…
n e marché de consommateurs n’atteint pas une
  l
  taille critique suffisante pour absorber l’offre           Si cette première vitrine belge est un succès,
  de produit et services culturels et créatifs.              Sylvie compte bien dupliquer le concept
                                                             ailleurs sur le «  Nouveau Continent  » mais
L’e-commerce créatif : de nouvelles                          également en Chine, au Brésil et en Inde.
stratégies web                                               L’ouverture de Talking French  Flemish Inc.
                                                             New York est prévue pour le printemps 2012.
Seuls 11  % des sondés vendent leurs produits
culturels en ligne (eBay, Amazon…). Cela n’est
pas dû au manque de présence par les entre-
                                                            méthode la plus efficace et fiable de publicité.
prises sur le web (84  %), mais bien à la faible
                                                            D’ailleurs, les entreprises de publicité se sont
demande des Belges pour l’achat en ligne ou
                                                            tournées vers l’activation de marque sur inter-
la méconnaissance de certaines plateformes
                                                            net. C’est une nouvelle niche publicitaire qui a
dédiées aux ICC (99design, behance, mondres-
                                                            permis au secteur de la publicité de se réinventer
sing.be…).
                                                            en temps de crise. Cette nouvelle manière de
67  % des entreprises sondées sont présentes                communiquer, associée à une logique de social
sur les réseaux sociaux, principalement                     CRM /brandwatching, permet de communiquer à
Facebook, LinkedIn et Twitter. Les effets pro-              une cible très précise et d’entretenir une relation
duits par cette présence sont, par ordre d’im-              d’échange avec les consom’acteurs, qui influen-
portance, l’amélioration du networking, du                  cent en retour le produit/le marché...
branding et des ventes.
                                                            Seuls 3  % des répondants ne sont en aucune
Le «  bouche à oreille  », la prescription par des          façon connectés, souvent par défaut de maîtrise
tiers ambassadeurs d’une marque, devient la                 des outils.



                                                       15
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique




l  ormation à l’entrepreneuriat culturel
  F
Entreprendre et réussir dans la culture, c’est être                       compétences en administration/finance (38  %)
en capacité de réconcilier deux logiques encore                           sont considérées comme les plus essentielles.
fortement ressenties comme antagonistes  :
d’une part, la dimension de création (l’art pour                          Or seulement 34  % des répondants résidant en
l’art) et d’autre part, la dimension économique                           Wallonie, 18  % en Flandres et 13  % à Bruxelles
(vivre de son art). C’est tout l’enjeu de la for-                         estiment avoir été bien préparés aux compé-
mation initiale et continue adaptée à l’entre-                            tences managériales, pourtant ressenties comme
preneuriat culturel et créatif. L’icône de l’artiste                      fondamentales.
«  complet  » reste Léonard de Vinci. Peintre et                          Si l’on distingue les entrepreneurs des ICC qui
homme d’esprit universel, à la fois artiste, scien-                       ont suivi une formation supérieure de type cultu-
tifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, peintre,                       relle ou créative (60  % des répondants), des
sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musi-                        entrepreneurs des ICC qui ont suivi uniquement
cien, poète, philosophe et écrivain, il n’en fut pas                      une formation supérieure de type économie ou
moins « commerçant  » en attirant l’attention de                          gestion ou autre (40  %), un constat se pose  :
mécènes pour vivre de ses arts.                                           l’étudiant dans un cursus créatif « pur » rencon-
                                                                          trera tendanciellement plus de difficultés sur le
De l’idée créative à l’entreprise                                         marché du travail sur la dimension économique
Si un certain nombre d’écoles supérieures belges                          de son activité professionnelle. Par exemple, il
dédiées aux ICC sont reconnues pour leurs exi-                            ressort des entretiens que le « créatif pur » aura
gences de travail et l’extrême qualité du transfert                       tendance à sous-estimer la valeur de ses œuvres/
de savoir-faire créatifs, des marges de progrès                           services, il aura des difficultés à monter son
sont possibles.                                                           business plan, à réfléchir en termes de stratégies
                                                                          financières, commerciales et marketing. Certains
En effet, dans le panel de répondants à notre                             témoignent avoir été sollicités par des intermé-
enquête en ligne, seuls 17 % des actifs travaillant                       diaires peu scrupuleux exploitant une certaine
dans les ICC estiment avoir été bien préparés à                           candeur des jeunes diplômés.
l’entreprenariat culturel et créatif. Précisément,
hormis les compétences artistiques incontour-                             Il semblerait donc que les compétences entre-
nables, les compétences managériales (73 %), les                          preneuriales ne soient pas assez bien transmises
relations publiques et presse (61 %) ainsi que les                        dans les formations de type créatif et culturel.


 Hormis la créativité, quelles sont les compétences les plus importantes pour les entrepreneurs
 créatifs et culturels ?


  Managériales (vision business plan, gestion de risques…)
                            Relations publiques  presse
                                  Administration/finance
                                                    Langues
                          Connaissances IT/social media
   Juridiques (législation sociale, droit d’auteur, contrats…)
                                                                 0        10    20    30    40    50    60     70    80 %



 Auxquelles de ces compétences estimez-vous avoir été bien préparé lors de votre formation
 en Belgique ?

                                                   Langues
  Managériales (vision business plan, gestion de risques…)
                            Relations publiques  presse
                                  Administration/finance
  Juridiques (législation sociale, droit d’auteur, contrats…)
                          Connaissances IT/social media
                                                                 0        10    20    30    40    50    60     70    80 %




                                                                     16
Le recours au système D
Pour palier au manque de compétences « entre-
preneuriales  », les créatifs belges sondés ont
recours au «  système D  » (amis, famille, entre-
prises privées). Les entreprises privées sont
majoritairement consultées pour les matières
comptables, administratives, financières et
informatiques. Les amis et la famille sont plutôt
consultés sur les sujets en lien avec les médias
sociaux et le networking.
Les structures d’aides publiques ou associa-
tions professionnelles sont moins consultées.
D’ailleurs, 72  % des répondants de notre panel
pensent que les entreprises culturelles et créa-
tives ne sont pas suffisamment bien épaulées par
leurs associations professionnelles. Variant de
l’une à l’autre, elles ont pour mission d’assurer la         été transmises dans leur formation supérieure. Le
représentation des intérêts du secteur aux déci-             talent et la culture générale ne suffisent pas pour
deurs publics, la promotion du secteur, le conseil           s’improviser du jour au lendemain entrepreneur
en affaires, l’information sur les financements              culturel. Celui-ci doit être capable de se financer,
disponibles, développer le networking, diffuser              de protéger ses créations, et de convaincre de
les appels à projets, des propositions de travail            la valeur ajoutée symbolique de son produit ou
collaboratif sur projets… Mais les entreprises ne            service. Dès lors, une réflexion s’impose sur les
se retrouvent plus dans cette profusion de struc-            compétences idéales de l’entrepreneur culturel
tures et d’aides disponibles. Une simple carto-              et/ou créatif.
graphie de structures publiques et associations
                                                             Pendant les études dédiées à la création, il
professionnelles belges dédiées aux ICC permet
                                                             conviendrait de renforcer substantiellement
de recenser plus d’une quarantaine de structures
                                                             l’apprentissage de l’anglais, des bases du droit
en Belgique ! Pour aider le design par exemple, il
                                                             de la propriété intellectuelle, de la comptabi-
n’y a pas moins d’une vingtaine de structures en
                                                             lité/finance (i.e. savoir faire un business plan),
Wallonie.
                                                             du marketing/PR (savoir communiquer), et des
Outre l’illisibilité, une autre critique se dégage de        logiques des chaînes de valeur du secteur. Le
nos entretiens : les activités créatives englobant           stage en entreprise est un exercice désormais
plusieurs secteurs ICC, ou celles, plus récentes             incontournable. De plus, des interventions des
(webdesign), ne se retrouvent pas forcément                  structures de soutien du secteur (association
dans ce paysage foisonnant de structures inter-              professionnelle, entités en charge de l’interna-
médiaires fonctionnant souvent en silos. La                  tional/export, sociétés de gestion des droits
gestion segmentée de ces différents secteurs                 d’auteur…), des interventions de professionnels
entrave le développement de la pensée latérale               étrangers, d’alumni, des visites d’entreprises…
et de l’innovation.                                          seraient à encourager tout au long du cursus.
                                                             Il est important d’ouvrir l’enseignement créatif
Revoir les cursus dédié à l’entrepreneuriat                  aux autres économies. Citons par exemple le
créatif                                                      Programme d’entrepreneuriat créatif Goldsmith
                                                             de l’Université de Londres, destinés aux étu-
De plus en plus d’entrepreneurs culturels et créa-
                                                             diants voulant entreprendre dans le secteur de la
tifs vivent de leur art (Stromae, Francys Alys,
                                                             création. Cette formation enseigne les pré-requis
Jean-Claude Van Damme, les frères d’Ardenne
                                                             nécessaires à l’entreprenariat ainsi que les attri-
ou encore Amélie Nothomb). Pas étonnant que
                                                             buts nécessaires à la commercialisation de leur
les étudiants des filières artistiques soient aussi
                                                             produits/service créatif et/ou culturel. L’objectif
désireux de faire carrière et espèrent pouvoir
                                                             est de former les étudiants à l’économie cultu-
vivre de leur capital culturel et créatif. La clef du
                                                             relle, à innover par rapport aux différents
succès, selon le chanteur Stromae, «  c’est 40  %
                                                             business model possibles et de développer leurs
de chance, 40 % de travail et 20 % de talent. L’art
                                                             compétences entrepreneuriales (finance, chaîne
pour l’art, c’est bien, mais il faut tenir compte de
                                                             de valeurs…), de communication (leadership,
la réalité du marché ».
                                                             marketing…)  légales (propriété intellectuelle…).
A contrario, les histoires de « galères », d’incom-
                                                             Des opportunités de networking, de cours ou
préhension des règles du jeu, de petits revenus,
                                                             d’expériences communes pendant les études
sont nombreuses.
                                                             sont à imaginer pour faire se rencontrer les
Pour pallier à ces problèmes, les entrepreneurs              profils de créatifs avec les profils de gestion-
des ICC de l’enquête en ligne ayant suivis des               naire d’entreprise ICC. L’objectif  : encourager
cursus purement créatifs regrettent que les                  les projets multidisciplinaires entre le monde de
notions de base de l’entrepreneuriat n’aient pas             l’entreprise et les créatifs pour casser les clichés.



                                                        17
Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



L’intermédiaire de l’artiste est une nouvelle pro-         Master en production de projets artistiques.
fession qui vient en soutien des artistes pour leur        Ce nouveau Master inclurait un certain nombre
permettre de trouver leur «  marché  », en par-            de cours ou de modules de formation destinés
ticulier en assurant le PR, marketing, CRM… Si             à familiariser les étudiants avec des concepts
ce type d’entrepreneur culturel a toujours existé          et des outils utiles à la production de projets  :
d’une façon ou d’une autre dans l’histoire de la           aspects juridiques et institutionnels, notions de
culture (ex. : le marchand de tableaux, l’agent…),         comptabilité, outils de communication, etc. Un
nous avons la conviction qu’il devient aujourd’hui         cycle de rencontres – 2  rencontres par mois-
essentiel de crédibiliser leur formation et leur           permettrait d’alimenter les étudiants (et leurs
mise en contact avec les créatifs.                         projets) par l’expérience de professionnels.
Le système éducatif francophone commence                   Un débat plus large se développe en Europe en
à bouger pour concilier la création et l’esprit            faveur d’une meilleure prise en compte des cours
d’entreprise. ARTES, une plate-forme trans-                se basant sur la créativité au cœur de l’enseigne-
disciplinaire de 3  écoles supérieures des arts            ment dès le plus jeune âge, pour forger les talents
de la Communauté Française à Bruxelles (le                 et alimenter l’innovation de demain. Les écoles
Conservatoire, La Cambre et l’INSAS) vient de              de Singapour généralisent déjà les cours de créa-
solliciter une habilitation nouvelle, commune,             tivité tout au long de l’enseignement primaire et
trans-domaines, pour la création d’un nouveau              secondaire afin de booster l’innovation du futur.


 Compétences idéales à l’entreprenariat culturel et créatif
•

             Talent créatif               Communication                            Entreprenariat

      •   P
           ensée latérale         •  eadership
                                     L                                       • Compétences managériale
      •   C
           réativité              •  arketing
                                     M                                       • Compétences informatiques
      •   E
           xcellence              •  elations publiques et presse
                                     R                                       • Compétences juridiques
                                   • Social CRM                              • Compétences économiques
      •   I
          nnovation
                                   • Langues                                 • Administration…




 Un autre       regard 
  Polimoda
  Polimoda est l’exemple d’une école d’entrepre-
  neurs de la mode à Florence, ville historique
  de la mode italienne. Elle est née du besoin
  de l’industrie florentine du luxe de s’adap-
  ter au marché global de la mode, de plus en
  plus concurrentiel. L’école est une initiative
  publique/privée lancée en 1986 et financée
  par les villes de Florence et Prato, les associa-
  tions professionnelles, la région Toscane, et les
                                                           encouragés en lien avec les districts industriels
  fonds sociaux européens. Présidée et dirigée
                                                           et les maisons de mode.
  par deux noms de la mode internationale
  Francesco Ferragamo et Linda Loppa, l’école              – Les projets des élèves sont régulièrement
  se veut ancrée dans les réalités du marché de            présentés devant la presse, les décideurs
  la mode. Elle associe les professionnels locaux          publics, le secteur privé, dans le cadre de
  dans la construction des cursus pédagogiques             foires et galas locaux et dans les vitrines com-
  (Chambre de commerce, filière de la chaus-               merçantes de la ville.
  sure, filière de la mode…).                              – Au sein de l’école, une spin-off, présidée par
  – En réponse aux besoins du marché ont                   le Président de la marque Versace, offre des
  été créés les Masters «  Fashion Stylists  »,            prestations de conseil en stratégie marketing
  «  Fashion Brand  », 25  Masters en anglais, et          auprès de 35 entreprises de mode (Ferragamo,
  des Summer school en chinois.                            Gucci, Tod’s, au Quatar, en Inde…). Cette filiale
                                                           capte les tendances des marchés et facilite le
  – Les étudiants sont formés sur toute la chaîne
                                                           placement des étudiants.
  de valeur de la mode, de la création de col-
  lections haute couture, jusqu’à la commercia-            – 94 % des diplômés trouvent un emploi dans
  lisation (achat/vente, relation client, art de la        les 6 mois, dans les grandes maisons de mode
  mise en vitrine…). Les stages et projets sont            du monde.




                                                      18
l  ’accès au financement
  L
Un des obstacles les plus importants rencon-              que les entreprises du domaine de la publicité),
trés par les professionnels des secteurs cultu-           du stade de développement des entreprises
rels et créatifs est l’accès au financement dont          (phase d’amorçage, phase de croissance, phase
ils ont besoin pour mener à bien leurs activités.         de transformation, etc.).
En Europe, 85  % des entreprises des industries
ICC éprouvent des difficultés à trouver des finan-        Le recours principal aux « friends, family
cements3. D’autant plus qu’en temps de crise,             and fools »
la culture est souvent la première victime des            En Belgique, selon notre enquête en ligne, les
coupes budgétaires. La recherche de finance-              entreprises ICC sont d’abord financées en fonds
ments mixtes (public-privé) s’accélère, tant pour         propres (76  %), grâce à des économies person-
les institutions culturelles que pour les entre-          nelles ou des sources «  FFF  » («  friends, family
prises créatives. Internet, source fantastique            and… fools »).
d’opportunités pour la culture, a aussi mis à mal
                                                          46  % des répondants ont déjà fait appel à des
certaines entreprises créatives qui voient leurs
                                                          sources de financements externes (prêt, sub-
sources de revenus traditionnels s’éroder à cause
                                                          sides publiques, sponsoring, business angels…).
de la disparition des supports physiques, du télé-
                                                          Ces sources externes sont difficiles d’accès pour
chargement illégal de contenus. Les entreprises
                                                          près de 88 % des répondants, et ce, d’autant plus
se voient alors obligés de penser de nouveaux
                                                          lorsqu’elles relèvent du secteur privé.
modèles économiques.
Les besoins de financements diffèrent en fonc-
tion des secteurs ICC (par exemple, les arts du           3- Commission européenne, (2011), Livre Vert - « Libérer
spectacle sont typiquement plus subventionnés             le potentiel des industries culturelles et créatives ».



 Quelles sont les sources de financement les plus importantes pour votre entreprise ?

             Fonds propres
              Prêt bancaire
        Bourses publiques/
        financement public
                Sponsoring
           Incitation fiscale
             Capital risque
         Financement viral
  Financement d'amorçage
           Business Angels
                  Donation
     Introduction en bourse
                                0   10   20   30          40       50      60     70     80      90     100 %



 Comment qualifiez-vous l’accès aux sources de financement externes suivantes ?

             Prêt bancaire
         Financement viral
           Bourses privées
         Bourses publiques
                Sponsoring
           Business Angels
                  Donation
  Financement d'amorçage
             Capital risque
                              0     10   20   30          40      50       60    70      80      90     100 %
                                              Facile           Difficile




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Culture  Economie
Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique



Les bourses publiques sont utilisées dans 21,6 %            n  es fonds publics alloués aux ICC, quelles
                                                              L
des cas.                                                      que soient les régions, feraient l’objet de vifs
La principale forme de soutien émanant du                     débats. Les interviewés (bénéficiaires ou non)
secteur privé est le sponsoring avec 8,1  % des               admettent que les subsides publics peuvent
réponses.                                                     avoir un effet salutaire dans le soutien de
                                                              choix créatifs risqués. Néanmoins, il est admis
Le recours au crowdfunding, modèle de finance-                qu’une certaine dépendance aux subsides peut
ment où une multitude d’internautes financent                 «  endormir  » la créativité et n’exclue pas un
des projets créatifs en achetant des «  parts  »              interventionnisme politique dans la program-
via un site internet, est récent et encore mar-               mation. Les subsides devraient être alloués de
ginal car ces plateformes web sont rares et                   manière prioritaire à des projets expérimen-
doivent encore faire leur preuve (Aka music,                  taux pour permettre le développement de nou-
Mymajorcompany…).                                             veaux produits culturels et créatifs. Néanmoins,
Les soutiens financiers publics apportés aux                  les organes publics en charge des soutiens
ICC rencontrent des avis mitigés. Une majo-                   financiers aux ICC devraient régulièrement
rité des répondants et interviewés n’ont jamais               évaluer la pertinence, les résultats qualitatifs
demandé de subsides. Ceux qui ont introduit une               et quantitatifs, l’efficience des subsides alloués.
première demande de soutien financier public
sont généralement déçus du résultat obtenu par              Le secteur privé frileux dans le soutien
rapport aux efforts fournis et n’ont plus retenté           aux ICC, par méconnaissance et méfiance
l’expérience.                                               réciproque
                                                            L’enquête en ligne indique que le prêt bancaire
 Ces 12 derniers mois, avez-vous fait appel                 est considéré comme la source de financement
 à une source de financement externe ?                      la plus accessible. Cependant il ressort de nos
                                                            entretiens que les banques restent frileuses pour
                                                            investir dans les ICC. Pour arriver à rapprocher
                                                            le secteur privé et les ICC, il faut leur apprendre
                                                            à parler un langage commun, à se départir de
                                Au moins une fois           clichés qui prévalent tant chez les investisseurs
     54 %         46 %                                      privés que chez les créatifs.
                                Non                         n  a méfiance des investisseurs privés s’expli-
                                                              L
                                                              querait par le fait que l’industrie créative est
                                                              considérée comme un secteur à risque. Les
                                                              ICC sont une économie singulière qui se base
                                                              sur des concepts certes peu quantifiables tels
                                                              que la beauté artistique ou la valeur symbo-
Les raisons évoquées sont diverses et multiples :             lique des produits, dont le « hype » auprès de
                                                              la demande est imprévisible. Dans la plupart
n  es entretiens précisent que la distribution
  L                                                           des cas, les entreprises des ICC utilisent des
  des bourses ne fait pas toujours l’objet d’une              biens immatériels (des idées, des brevets, etc.),
  grille de décision transparente poussant ainsi              garantie souvent considérée comme insuffi-
  les créatifs à devoir faire du lobbying politique.          sante par les investisseurs privés.
  Certains secteurs semblent plus soutenus que
                                                            	Or, contrairement à cette idée reçue, investir
  d’autres, soutien variant au gré des intérêts
                                                              dans des entreprises créatives n’est pas plus
  des décideurs politiques, et moins dans une
                                                              risqué que dans les autres pans de l’écono-
  logique de stratégie avec des priorités claires,
                                                              mie4. Dans une étude menée en Angleterre, il a
  objectivées, ou au regard de potentiels de
                                                              été démontré que le taux de survie des entre-
  développement à long terme.
                                                              prises ICC après 5 années d’existence est plus
n  e paysage des structures d’aides et de soutien
  L                                                           élevé que celui des entreprises traditionnelles
  publiques aux filières est particulièrement illi-           (49,7  % contre 46,6  %). Il est même suggéré
  sible, au-delà des différences régionales. Aussi,           que les ICC ont plus de facilités à traverser des
  un nombre croissant d’entreprises multidisci-               périodes difficiles en se « serrant la ceinture »
  plinaires dans leurs activités, en particulier sur          que les autres entreprises.
  le champ numérique, se voit refuser l’accès aux           	 secteur privé est une source complémen-
                                                              Le
  financements publics soumis à une segmenta-                 taire aux subsides publics. En effet, grâce à ses
  tion ressentie comme trop stricte.                          outils, son savoir-faire, ses carnets d’adresses
n  es entretiens menés mettent en exergue une
  L                                                           internationaux…, le secteur privé est parfois
  tendance au « saupoudrage » des aides finan-
  cières par les institutions publiques. De ce
  fait, les montants octroyés sont faibles et ne            4- Helen Burrows and Kitty Ussher, (October 2011), The
  permettent pas aux entrepreneurs ICC de se                lazy assumption that the creative industries are inhe-
  lancer dans des projets ambitieux.                        rently risky is harming Britain’s path to growth…, DEMOS



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Etude culture
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Etude culture
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  • 1. Culture & Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique
  • 2. Remerciements Nous tenons à remercier les 213 personnes qui n  ric E LOWIE, directeur, Green l.f.ant Music Company ont accepté de répondre à l’enquête entre juillet n  urélio A MATTERN, chanteur dans le groupe de et septembre 2011. Par ailleurs, nous remercions musique Lucy Lucy ! chaleureusement les personnes suivantes qui ont accepté de répondre à nos questions lors des entretiens n  livier O MAETERLINCK, directeur, Belgian individuels : Entertainment Association (BEA) n Julian ALVAREZ, consultant en serious game n  atacha N MALOU, galeriste, Art Temptation n  hibault T ANDERLIN, directeur marketing, Forest n  rédéric F MESEEUW, conseiller institutionnel, BOZAR National n  n A MOONS, chercheuse au CultuurLab, IBBT/SMIT n Delphine BEKAERT, galeriste, Hoet-Bekaert n  ean-François J NIVART, Fondateur d’intoPIX n  ernard B BOON-FALLEUR, président du Réseau des n  e M Philippe PETERS/Me Patrice VANDERBEEKEN, arts, Bruxelles avocats spécialisés dans la propriété intellectuelle, n  ylvie S BOUFFA, CEO Talking French Flemish, Inc., NautaDutilh New York n  arie M POK, coordinatrice Design September et n  ulie J BRUNEL et Jean-Louis DE RIDDER, président rédactrice en chef à La Libre essentielle Focus de l’Union des Designers belges (UDB) n  arie-Chantal M REGOUT, fondatrice, Rue Blanche n  uzana S CAMPO-GRANDE, conseillère en innovation, n  aren K RENDERS, directrice, Art Brussels Fedustria n  avid D ROULIN, associé, architecte, Art Build n  irginie V CIVRAIS, directrice, fonds ST’ART Invest n sabelle I SCHMITT, directrice des relations n  uc L COLLIN (BATEM), dessinateur de la BD Marsupilami institutionnelles ; Dirk VAN SOOM, directeur opérationnel perceptions et répartitions individuelles ; n  ulie J CONSTANT, Fair Manager, Affordable Art Fair Saldavor FERREIRA, account manager arts plastiques n  ierre P COLLIN, administrateur-gérant, cluster TWIST et littérature, SABAM n  enoit B SIMON, fondateur, Vivanova n  aul P CORTHOUTS, directeur, Overleg Kunstenorganisaties n  irk D SNAUWAERT, directeur, centre d’art WIELS n  eorges G DANTINE, architecte d’intérieur et fondateur n  enis D STEISEL, CEO, Emakina de RAVIK Design n  nya E VANDENHENDE, créatrice de mode n  iet P DE KONINCK, directeur artistique, Studio 100 n  ony R VANDERMEERSCH, directeur, atelier de n  arie-Laure M DELABY, coordinatrice, iMAL (center for confection Celesta digital cultures technologies) n  aul P VAN HAVER (Stromae), auteur-compositeur n  hilippe P DELABY, dessinateur de la BD Murena n  an J VAN LOOY, senior researcher, IBBT n  rançois F DELPIERRE, directeur artistique, et Marc MEURISSE, CEO, Belle Productions n  an J VAN MOL, Fondateur, Addict Lab n  ik R DE NOLF, CEO groupe Media Roularta n  eert G VAN DER HASSELT et Katya VAN DER HASSELT, manager et chanteuse n  rnaud A DE PARTZ, co-fondateur de Banque dessinée n  annes H VAN SEVEREN, artiste contemporain n  uc L DESHAYES, créateur de lingerie de luxe n  armelo C VIRONE, directeur, bureau d’études SmartBe n  ominique D DE VILLEGAS, directeur de la maison Horta n  arlo C VUIJLSTEKE, directeur de projet sur les industries créatives, Flanders DC n  éborah D DRION et Cédric LEGEIN, CEO, Cook Book n  livier O WILLOCX, administrateur-délégué, BECI n  elphine D DUPONT et Flore VAN RYN, administratrices, Face to Face design Nous remercions aussi les structures de soutien aux industries créatives et culturelles qui nous ont aidé dans n  regory G GOEMAERE, fondateur, AKA music la diffusion de notre enquête en ligne : n  aurent L GRUMIAUX, directeur, Fishing Cactus n  WIST, T Modo Brussels, WCC-BF, ASBL artistes n  rançoise F GUERIN et Monika RAHMAN, fondatrices, contemporains, réseau Artistes Belges, Point Contact Cookie Therapy Culture, WBI (musique, image, architecture, théâtre/ danse, mode/design), l’AEB, l’UDB, Mowda, De n  e M Michel GYORY, avocat, professeur HEC Liège, Invasie, Pepibru, Mowda, CEBEDEM, BUP, ACC, IAB, membre du collège d’autorisation et de contrôle au FEBELMA, AZIMUT, Cinergie.be, FAB, Creative Club, CSA SmartBe, Codefrisko, Artistproject, Rydesigners, n  aniel D HANSSENS, comédien, directeur de la SABAM... Comédie de Bruxelles n  odolphe R JANSSEN, galeriste, Galerie Rodolphe Ainsi que : Janssen n  lain A HEUREUX, Managing Director, The Egg n  lexandra A LAMBERT, directrice du Centre du Design et de la Mode, Bruxelles Les auteurs de l’étude KURT SALMON : n  enny L LELEU, créatrice de mode n  nne A MAGNUS, Alexandre MOENS, Adeline d’URSEL, n  icholas N LEWIS, éditeur en chef, The WORD Vincent Fosty et Luc Moeremans
  • 3. Avant-propos La culture, économie ancienne, est entrée depuis 10 ans dans un nouveau paradigme, qui l’oblige à se réinventer rapidement. D’abord, la culture est devenue globale. L’économie de marché marque toujours plus fortement son empreinte sur la culture. Le bien culturel reste un bien différent mais il change de nature : l’œuvre artistique devient aussi com- merciale avec des logiques inspirées du secteur privé (ROI, investissement, positionnement mar- keting…). La nature des biens et services cultu- Table basse magnétique « Belgique », ©Raphaël Charles, rels est double : culturelle et économique. L’art collection privée du Prince Philippe de Belgique. contemporain par exemple, est devenu un art en quête constante de singularité dans un monde sans frontières, et un objet de spéculation finan- cière dans une économie turbulente. n’est pas suffisant. Les conditions-cadre de l’épa- Ensuite, la révolution numérique : avec 1,6 milliard nouissement de l’écosystème créatif doivent être d’abonnés à Internet à travers le monde, un mil- en place. En clair, les politiques publiques qui tou- liard de GSM, et toujours plus de smartphones, chent au secteur culturel (culture, enseignement, elle affecte la manière dont nous produisons et économie, tourisme, commerce international) consommons la culture. Internet permet certes sont à coordonner et adapter aux besoins de ces d’acheter en ligne un infini de biens culturels entrepreneurs. (musique, livre…), mais aussi d’interagir et de L’heure est à l’action. 75  % des entrepreneurs financer les créateurs de leur choix. créatifs en Belgique que nous avons interrogés, Enfin, les révolutions arabes, les crises financières, pensent que l’industrie culturelle et créative est sociales, institutionnelles impactent la culture. un secteur d’avenir, mais tout juste 51  % d’entre Jamais en Europe la culture n’a tant été sous eux pensent que la Belgique est un très bon pays tension, menacée de coupes budgétaires sévères. pour entreprendre dans ce secteur. Jamais la culture n’a tant été au centre des En 2009 et 2010, Kurt Salmon avait choisi espoirs d’une nouvelle Renaissance de l’Europe. d’étudier pour le Forum d’Avignon les liens Les industries culturelles et créatives offrent une entre culture et attractivité des territoires dans réponse à la crise, parce qu’elles permettent de 50  villes des 5  continents. En 2011, nous avions stimuler la créativité, les savoir-faire, l’innovation choisi d’investiguer les modèles de décision liés dans toute l’économie, de créer des emplois, d’ali- à l’investissement dans un projet culturel sur la menter la rénovation urbaine, le « place-making », base d’entretiens de près de soixante décideurs et le lien social. publics et privés, de porteurs de projet, d’artistes Dans ce contexte complexe, fluctuant, fluide, et de créateurs, mais aussi d’experts, mobilisés comment pouvons-nous mieux aider les indus- autour d’un investissement de nature «  cultu- tries culturelles et créatives (ICC) en Belgique  ? relle » (infrastructure, événements industries…) et Avec le souci de l’accès à la culture au plus grand confrontés à un moment ou un autre à cette prise nombre et le respect de la diversité culturelle  ? de décision en Belgique et à travers le monde. Quelles sont les responsabilités du secteur public, En complément de ces travaux, la présente étude des associations professionnelles, du secteur se propose de mettre en exergue les défis quo- privé, et des publics pour soutenir l’économie tidiens et les besoins des entrepreneurs belges mauve ? des industries culturelles et créatives, au-delà En commençant peut être par mieux reconnaître de leurs différences sur quatre volets  : l’acquisi- la nécessaire dimension entrepreneuriale des tion des compétences entrepreneuriales, l’accès métiers de la création. Entreprendre en culture au financement, l’innovation et sa protection, et est une aventure merveilleuse qui nécessite du l’internationalisation. talent d’abord, de la chance ensuite. Mais cela Bonne lecture. Crédits photos : © Fotolia. 3
  • 4. Sommaire L’économie mauve : vers une reconnaissance des industries culturelles et créatives La culture est au cœur du développement durable. Elle est source de cohésion sociale et territoriale. Plus encore, elle contribue au développement économique, à l’innovation 6 et à l’emploi. Les industries culturelles et créatives alimentent et régénèrent des industries traditionnelles et de pointe, dans la création de contenus, de produits et de services à forte intensité de connaissances. 7 Que sont les industries culturelles et créatives ? 8 La culture, arme anticrise ? 9 Objectifs de l’étude 9 Méthodologie et partis pris de l’étude Les industries culturelles et créatives belges : les entrepreneurs témoignent Quelles sont les forces et les faiblesses des industries créatives et culturelles belges? Si l’avenir est à l’optimisme, les défis rencontrés par les entrepreneurs sont nombreux et partagés quelque soit le secteur. 12 Constats généraux 14 Made in Belgium : la Belgique, un vivier de talents et de créativité 16 Formation à l’entrepreneuriat culturel 12 19 L’accès au financement 22 Innovation 27 Les industries créatives et culturelles à l’international 4
  • 5. Nouveau monde, nouvelles idées Les pistes de réflexion de Kurt Salmon pour ouvrir le débat. 30 Mieux connaître l’économie créative et 30 culturelle et évaluer en continu les actions de soutien 31 Rassembler les forces vives des industries créatives et culturelles 33 Annexes Trois focus sur les industries créatives et culturelles belges : 34 Le marché de l’art : un marché qui traverse la crise 36 L’industrie du gaming en Belgique : un secteur créatif émergent aux opportunités à objectiver 38 L’industrie de la mode en Belgique : un atout fragilisé 5
  • 6. Culture Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique L’économie mauve : vers une reconnaissance des industries culturelles et créatives La culture n’est pas une bulle à part. Jusqu’il y a 10 ans, le secteur artistique et culturel était The concept of creative entrepreneurship perçu comme une partie de la politique sociale, goes far beyond a CEO running to the opera, secondaire en termes d’économie et de marché visiting a coincidental art exhibition, or pain- de l’emploi. La culture relevait de l’exception, ting a sunset over the weekend. Not that incompatible à l’analyse des critères économiques that won’t help, since running a business requires eye openers all the time. standards. Creativity is not about art. It’s about human- Désormais, on parle d’économisation de la kind finding solutions that weren’t there at culture et d’esthétisation des biens de l’économie first sight. Hence, creativity can be found in traditionnelle. Cette perméabilité, poussée par le all human activities. We just have to identify développement rapide de la numérisation et la what created the mental spark that made it forte progression de la demande des ménages et the right idea for that specific target. des sociétés en produits et services culturels, a In times of economical turmoil, standing still fait émerger les industries culturelles et créatives is just not an option. It’s in those circums- (ICC). tances the industry needs to think out of the box, and look for unexpected answers. That is why a direct link between culture and commerce is so much needed. Since we should learn from each other, creative thin- king can lead to art. But it can also lead to innovation. One can’t change the world while being an artist sitting on a cloud. Together with entre- preneurs, new ideas can turn into vision, and once implemented, to sustainable change. That is how we move forward. Jan Van Mol, CEO Addict Lab 6
  • 7. l ue sont les industries culturelles et créatives ? Q La culture est une matière vivante en constante réinvention. Sans renier l’importance des dis- ciplines classiques (peinture, musique, littéra- ture, théâtre…), tous les experts notent que de nouvelles disciplines se voient régulièrement intégrées au champ des ICC. Une définition des ICC peut être trouvée dans une étude réa- lisée en 2006 pour le compte de la Commission européenne : n es industries culturelles : pour ces industries, L la culture constitue le produit final qui peut être consommé sur place (ex. : un concert, une exposition d’art) ou destiné à la reproduction/ consommation de masse (ex. : un livre, un film). Dans notre étude, les segments «  culturels  » retenus sont les suivants  : presse écrite (livre presse), les arts du spectacle, les arts visuels artisanat d’art, l’audiovisuel, la musique, et le patrimoine. n es industries créatives  : pour ces industries, L la culture (les traditions, les symboles, les textes, etc. d’un groupe socioéconomique) ali- 2000. La consécration est venue en 2009, mente le processus de production d’un produit lorsque l’UNESCO a inscrit cette activité dans « créatif ». Dans notre étude, nous retiendrons le périmètre de ses statistiques culturelles. le design, l’architecture, la mode, la publicité, les nouveaux médias, et les jeux vidéo. n ne révolution technologique  : les nou- u velles possibilités technologiques (animation Les produits dits de l’économie mauve se dif- 3D, réalité augmentée, motion capture, slow férentient par leur valeur symbolique, esthé- motion, NFC…) ouvrent des terrains d’expé- tique, et communautaire. Les smartphones ou rimentation aux créatifs, pour répondre à la tablettes incarnent à merveille la rencontre demande en contenus de plus en plus interac- entre une technologie avancée, dont le coût de tifs et personnalisés ou aux nouveaux usages production est désormais relativement faible, liés par exemple à la mobilité (avec les smart- et du design épuré. Ce design créé de la valeur phones, par exemple). ajoutée économique et une expérience – client affirmée comme un accessoire de mode, un n ne révolution financière : les modèles écono- u style de vie. miques traditionnels des ICC sont bousculés par l’essor du téléchargement légal et illégal L’essor du numérique a déplacé les frontières de qui annonce la disparition possible des sup- la culture en ouvrant la voie à trois révolutions : ports physiques et doivent se réinventer pour n ne révolution artistique  : de nouveaux u capter de nouvelles sources de financement. champs de création (jeux vidéo, cinéma 3D, De nombreuses politiques nationales et régio- arts numériques, web design…) sont nés avec nales en faveur de l’économie créative ont vu l’avènement du numérique. Par conséquent, le jour depuis une dizaine d’années à travers de nouveaux emplois se développent croisant le monde. Mais l’évaluation de leurs impacts les savoir-faire artistiques et informatiques. Le qualitatifs et quantitatifs (en termes d’emplois, secteur du jeu vidéo est passé du statut d’in- de créations d’entreprises et de contribution dustrie du divertissement à un statut d’indus- au PIB) reste délicate. La délinéation statis- trie culturelle, à partir de la moitié des années tique des activités économiques et de l’emploi 7
  • 8. Culture Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique culturel varie selon les définitions retenues Nonobstant ces difficultés méthodologiques, par les pays, les métropoles ou les organismes les ICC sont auscultées avec de plus en plus supranationaux. L’absence de mise en œuvre d’intérêt en Grande-Bretagne, en Allemagne, en d’un schéma de comparabilité internationale en région Ile-de-France, en Flandre, en Chine, au est la cause. Danemark, en Australie, etc. l a culture, arme anticrise ? L Economiquement, l’empreinte de la culture fondée sur la connaissance et l’innovation. Les s’amplifie en Europe ICC sont identifiées comme un secteur capable de rencontrer cet objectif car elles représentent La culture est au cœur du développement une grande source de créativité et d’innovation, durable. La culture est source de beauté, de dia- dans toutes ses formes. Les ICC alimentent et logue. L’économie créative crée et enrichit, de régénèrent des industries traditionnelles et de manière non quantifiable, le lien social, l’identité pointe, dans la création de contenus, de produits, et l’attractivité des territoires qui les accueillent. et de services à forte intensité de connaissances. Elle est écologique au sens où elle consomme Les ICC ouvrent de nouveaux horizons sur de peu de matières premières. Enfin, elle contribue nouveaux biens et services ou transforment des au développement économique, à l’innovation, produits mâtures plus beaux, plus intelligents, et à l’emploi, de l’artisanat d’art à la culture parfois plus chers. numérique. Le rapport sur les industries créatives 2010 publié Les huit filières du secteur culturel et leurs par la Conférence des Nations Unies sur le com- liens et capilarité avec les autres secteurs merce et le développement évalue la croissance économiques annuelle mondiale dans ce secteur à 14  % entre 2002 et 2008. En 2008, le secteur employait 3,8 % de la population active totale de l’UE soit Bâtiment Urbanisme environ 8,5 millions de personnes, c’est-à-dire plus Hôtellerie que les populations actives réunies de la Grèce et Génie civil Restauration de l’Irlande ! La valeur ajoutée du secteur prend Patrimoine Architecture aussi de l’ampleur  : il représente 4,5  % du PIB Automobile Architecture, Archéologie, musées, Croisièrisme paysagisme de l’UE. C’est plus que l’industrie des produits … monuments, restauration chimiques, du caoutchouc et du plastique (2,3 %). Design et services … Spectacle vivant Emballage Transport Entre 2002 et 2008, l’Europe a été le plus gros créatifs Concert, festival, Stylisme, graphisme… danse, cirque… exportateur de produits culturels et créatifs, et la Belgique s’est placée dans le Top  10 des expor- Audiovisuel et médias Arts visuels Cinéma, vidéo, radio, Sculpture, tateurs de produits créatifs et culturels des pays télévision, disques, photographie, Publicité jeux vidéo… Joallerie, développés. En Flandre, près de 70  000  per- Télécom Livres, orphèvrerie, peinture… bibliothèque, haute couture, sonnes sont actives dans les ICC, ce qui repré- archivage… maroquinerie, Communi- ébénisterie… cation sente près de 3 % de son PIB. Edition et livres Métiers d’arts La culture engendre aussi des effets de levier Prêt-à-porter considérables sur les territoires. C’est ce que Education souligne, par exemple, l’analyse économétrique Ameublement menée en 2011 pour le Forum d’Avignon par le cabinet Tera Consultants à partir de la base de données constituée en 2009 et 2010 par Kurt Salmon pour un panel international de 47  villes Pour maximiser ce potentiel, le Livre Vert « Libérer de 21  pays. Cette analyse démontre qu’une le potentiel des industries culturelles et créatives » augmentation de 10  % de dépense culturelle publié par la Commission européenne en avril par habitant de la ville, soit 18,6  €, génère une 2010, précise qu’il est indispensable de renforcer, augmentation de PIB par habitant de 1,7  %, soit à tous les niveaux de pouvoir, l’appui à l’économie 625,4 €. culturelle en tissant les liens entre culture, éco- nomie, monde académique, recherche, tourisme, Institutionnellement, les politiques city-marketing, et secteurs publics. culturelles et économiques doivent Cependant, la réalité du budget européen 2007- se rapprocher pour innover davantage 2013 est là : 0,04 % budget européen est alloué La culture pense l’impensé, le monde de demain. à la culture. A cela s’ajoute 1,6 % des fonds struc- La Stratégie Europe 2020, feuille de route de turels qui sont destinés à des projets culturels. l’UE pour la décennie en cours qui vise à engen- Pour ce qui concerne l’audiovisuel : 750 millions drer une croissance intelligente, durable et inclu- sont prévus pour le programme Media et 15 mil- sive dans l’UE, entend développer une économie lions pour le programme Mundus. 8
  • 9. L’un des grands objectifs du prochain pro- entendent bien conquérir ce champ aussi en se gramme cadre « L’Europe créative » (2014-2020) professionnalisant et en se diversifiant rapide- de la Commission européenne sera précisé- ment (cinéma, mode, animation, gaming…). ment de convaincre les Etats membres d’adop- Dans ce contexte porteur mais incertain, la ter une augmentation de + 37 % pour la culture culture voit apparaître de nouveaux investisseurs, et l’audiovisuel par rapport à la période 2007- de nouveaux types de projets de territoire, des 2013 (soit 1,6  milliard d’euros du budget de la partenariats public-privé d’une ampleur inédite, Commission) et de renforcer la compétitivité des des politiques culturelles nationales redéfinies secteurs culturels et créatifs. Le but : mieux aider malgré des budgets sous tension… les entreprises de ces secteurs à affronter la concurrence internationale et être plus présentes Concrètement, travailler et investir dans le sur la scène mondiale. Si l’Europe a un avantage domaine culturel et créatif devient une affaire concurrentiel fort dans les ICC par rapport au de professionnels en Europe. Qu’en est-il en Brésil, à la Russie, l’Inde ou la Chine, ces derniers Belgique ? l bjectifs de l’étude O La présente étude vise à offrir une meilleure défis se posent à eux  : les compétences en compréhension du fonctionnement et des termes de création d’entreprises, l’accès au besoins des entreprises du secteur culturel et financement, l’innovation et sa protection, et créatif en Belgique. L’intention n’est pas de pré- l’internationalisation des activités ; senter un panorama exhaustif des filières ou une n llustrer les enjeux belges par des regards inter- i analyse statistique des ICC belges. nationaux et formuler des pistes de réflexions visant à renforcer les industries créatives cultu- Concrètement, l’étude entend : relles dans leur ensemble ; n pporter un nouveau regard sur les défis trans- a n tudier de manière plus approfondie les dyna- é versaux, récurrents, et communs à tous les miques de trois segments de l’économie cultu- entrepreneurs créatifs et culturels en Belgique, relle belge  : le marché de l’art, les jeux vidéo en allant à leur rencontre, sur le terrain. Quatre (serious game), et la mode. l éthodologie et partis pris de l’étude M L’étude s’appuie sur une démarche méthodolo- gique en deux volets : n ne analyse quantitative grâce à une enquête u en ligne ouverte de juillet à mi-octobre 2011. Au total, 213  entrepreneurs (129  hommes et 84  femmes) issus des 12  segments des indus- tries culturelles et créatives en Belgique y ont répondu. Les deux tiers de ces entreprises ont été créés après l’an 2000 ; n ne analyse qualitative menée auprès d’une u soixantaine d’entrepreneurs des ICC des 3  régions de Belgique (des artistes, des employés de sociétés de protection de droits d’auteur, des directeurs de musées, des investisseurs privés, des indépendants, des entrepreneurs ICC…) et une revue de la biblio- graphie internationale sur l’économie culturelle. Vous trouverez la liste des entretiens à la page statistique claire des industries culturelles des remerciements et une bibliographie des et créatives dans leur ensemble. Il n’y a pas sources utilisées en fin d’étude. de chiffres officiels concernant le poids de l’économie créative en termes d’entreprises, Précisément, les partis pris de l’étude Kurt d’emplois, de contribution au PIB. Le système Salmon sont les suivants : statistique existant ne prend pas objectivement n ’analyse statistique a été écartée par précau- L en compte un périmètre des ICC pertinent, qui tion intellectuelle. A ce jour, la Belgique n’a doit inclure le système de l’intermittence et du pas de définition nationale, ni de nomenclature poly-emploi, et résoudre des incohérences du 9
  • 10. Culture Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique • Les partis pris métodologiques Entrepreneurs belges Champ culturel et créatif • ndépendants/artistes I • esign D • ouveaux médias N • icro entreprises M • rchitecture A • resse écrite P • ME P • rts du spectacle A • ode M • ublicité et communication P • udiovisuel A • randes entreprises G • atrimoine P • aming G • rts visuels et artisanat d’art A • usique M Défis communs Approche bottom-up • E ntreprenariat • Enquête en ligne bilingue destinée aux entrepreneurs • inancement F • Interviews avec entrepreneurs et experts • nnovation I • Etude documentaire et benchmarking • nternational I • Focus sur l’art contemporain, la mode, le gaming droit. La nomenclature NACEBEL de l’ONSS intercommunautaire. Les politiques de soutien est très peu adaptée aux « réalités du terrain » aux ICC spécifiques à chacune des régions des différents segments des ICC. et communautés linguistiques ont été prises en compte pour les variables explicatives, si De plus, quand les données statistiques sur besoin. un secteur existent, elles datent souvent de 2007/2008 (avant la crise), avec un décalage n e périmètre retenu des industries culturelles L temporel parfois différent par code NACEBEL. et créatives (ICC) s’inscrivant dans la lignée Dans la mode, par exemple, si l’on prend en des dernières études internationales (Unesco, compte tous les codes NACEBEL qui se rap- Commission européenne, Grande-Bretagne, portent à la création, la production et la distri- Allemagne, Flanders DC…), nous parlerons bution de produits de mode au sens large, on délibérément des «  industries culturelles et constate que le périmètre de la mode défini par créatives  ». Les ICC comprennent les seg- les codes NACEBEL englobe des « segments » ments suivants  : design, architecture, arts du non créatifs ou culturels, en l’occurrence la spectacle, publicité, musique, patrimoine, arts « préparation de fibres textiles et filature » ou visuels et artisanat d’art, nouveaux médias, des succursales assez éloignées de la création presse écrite (livre et presse), mode, audiovi- (HM, Inno…). L’ONSS retient 46  170  emplois suel et jeux vidéo. Ces activités reposent sur plein temps dans la mode belge en 2010, alors des valeurs culturelles et/ou des expressions que l’association professionnelle belge Crea artistiques et créatives, et font potentiellement Moda n’en retient que 15 000. appel à la propriété intellectuelle. La Belgique illustre donc parfaitement la diffi- Les activités des entreprises des ICC retenues culté que représente l’objectivation du poids dans l’étude ont une valeur marchande et sont socio-économique de la culture. Le fait de positionnées dans la chaîne de valeur du cycle considérer les activités culturelles et créatives culturel  : la création, la production, la diffu- comme un secteur économique à part entière, sion ou la préservation de biens et de services a longtemps fait l’objet d’un tabou (« l’art pour incorporant des expressions culturelles, artis- l’art  »). La culture et l’économie fonctionnent tiques ou créatives. encore largement en silos, et la coordination A l’heure actuelle, la gastronomie est exclue du des priorités et actions politiques de soutien champ, même si elle comporte une dimension en faveur des ICC entre les régions est quasi créative reconnue à travers le monde et tout inexistante. Rien qu’en Région de Bruxelles- à l’honneur de la Belgique (chocolats «  haute Capitale, 42  responsables politiques gèrent couture  » de Pierre Marcolini, les biscuits de des lignes budgétaires dédiées à la culture. La Stephen Destrée, ou encore l’art de la fête du culture est une compétence des communautés, traiteur Lauriers…). des régions, des communes, sans compter le n ne démarche de terrain à la rencontre de U Ministre en charge des affaires économiques. Toutes ces instances opèrent sans cellule de l’entrepreneur créatif et culturel  : pendant coordination entre la communauté flamande et 4 mois, Kurt Salmon a fait le choix de rencon- française. trer, d’écouter les entrepreneurs eux-mêmes, de comprendre leur quotidien, et de travailler n ’échelle de la Belgique : indépendante, l’étude L sur la base de leurs témoignages. En complé- Kurt Salmon prend le parti pris de couvrir les ment, des associations professionnelles, des trois régions belges, nonobstant le contexte experts et acteurs de l’écosystème des ICC ont politique et la concurrence/l’émulation été interviewés. 10
  • 11. Quelle est votre activité principale ? Arts visuels Artisanat d’art Audiovisuel Publicité Communication Architecture Arts du spectacle Nouveaux médias Mode Design Presse écrite (livre presse) Musique Gaming Patrimoine 0 2,5 5 7,5 10 12,5 15 17,5 20 % L’année fiscale précédente, quel était le chiffre d’affaires de votre entreprise ? à 50 000 € de 50 000 à 500 000 € de 1 000 001 à € 5 000 000 € de 500 001 à € 1 000 000 € de 5 000 001 à € 50 000 000 à 50 000 000 € 0 10 20 30 40 50 % Nous reconnaissons que le terme d’entrepre- Où se situe votre siège social ? neur est parfois mal accepté par certains, réti- cents à parler de la dimension économique et 3% commerciale de l’organisation ou gestion de leurs activités créatives. Un entrepreneur est 21 % Bruxelles une « personne qui veut et qui est capable de 42 % Flandre transformer une idée ou une invention en inno- vation réussie » (J. Schumpeter), car ce dernier Wallonie est guidé par son enthousiasme, par sa capacité 34 % International à avoir une vision, en prenant des risques. Plus précisément, un entrepreneur créatif et culturel « créé ou commercialise un produit ou un service culturel ou créatif et qui utilise des principes entrepreneuriaux pour organiser ou gérer son de soutien à la culture (Star’t, Culturinvest…), activité créative d’une manière commerciale ».1 les organismes de redistribution/régulateurs, les associations professionnelles, ou les structures Le panel de l’enquête en ligne couvre les trois étant subventionnées à plus de 50 % (musées, régions, à proportions comparables. Les entre- RTBF/VRT, certains théâtres…). prises retenues, au-delà des différences de statut juridique, ont une activité commerciale déclarée, et intègrent à la fois des entreprises unipersonnelles (statut d’artistes, d’indépen- dant), des micro-entreprises (2-5  employés), des PME ou des grandes entreprises. Le principe a été pris de ne retenir que celles qui ont plus 1- Etude The entrepreneurial dimension of the cultu- de 50  % de capitaux privés. Sont écartés les ral and creative industries, Utrecht School of Arts entités culturelles publiques ou parapubliques Eurokleis, 2010. 11
  • 12. Culture Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique Les industries culturelles et créatives belges : les entrepreneurs témoignent Pour répondre à la question « Comment n les compétences en termes de création construire des ponts entre économie, culture, d’entreprises, secteur public et l’enseignement pour inspirer n l’accès au financement, l’économie culturelle de demain, à côtés des industries vertes, des biotechnologies… ? », n l’innovation et sa protection, Kurt Salmon a analysé des défis communs aux n et l’internationalisation des activités. entrepreneurs créatifs et culturels. Quatre défis Chacun de ces points est nourri par l’analyse communs se posent aux entrepreneurs des ICC croisée de la littérature spécialisée, de l’actualité en Belgique, au-delà de sensibilités propres à belge et internationale, de l’enquête en ligne Kurt chacune des filières : Salmon, et des entretiens individuels. l Constats généraux Une majorité d’indépendants et de PME Le secteur de la culture reste très atomisé en Belgique : les petites et moyennes entre- prises y sont surreprésentées. Dans le panel des 213 entreprises de notre enquête en ligne, 76 % des entreprises répondantes ont moins de 5 employés et 6 % ont plus de 50 employés. Seule une minorité de grandes entreprises réalise la plus grande part du chiffre d’affaires total du secteur. 12
  • 13. Ces tendances sont en ligne avec la réalité euro- 1 et 3 salariés) ou des entrepreneurs individuels. péenne  : 80  % des entreprises ICC de l’UE sont Les grandes entreprises (plus de 50  salariés), si des PME, des micro-entreprises (surtout entre elles représentent moins de 1  % des entreprises des ICC du panel, génèrent plus de 40  % du Quelle est la taille de votre entreprise ? chiffre d’affaire total des ICC. Enfin, dans notre panel, 50  % des répondants 6% disent ne pas avoir subi l’impact de la crise de Grande 10 % ( à 50 employés) 2008. L’avenir est même à l’optimisme : 75 % des répondants considèrent que l’industrie cultu- 8% Moyenne (13-50 employés) relle et créative est un secteur porteur dans le futur en Belgique. 63 % attendent une hausse de 76 % Petite (6-12 employés) revenus dans les années à venir et 30 % pensent recruter de nouveaux employés. Max 5 employés Certains secteurs souffrent plus de la crise, i.e. de la baisse de consommation de biens créa- tifs  : mode, arts du spectacle, presse édition, labels indépendants de musique… D’autres sec- Part du chiffre d’affaire global du panel teurs profitent mieux de la révolution numérique en fonction du nombre d’employés (médias sociaux, réalité augmentée, smart- phones et tablettes…), comme les entreprises 7% 4% Grande des nouveaux medias (web design, applications ( à 50 employés) design…). Moyenne Si la diffusion de contenus numériques a permis 30 % (13-50 employés) d’éviter le coût de la production de supports 59 % Petite physiques, elle ne compense qu’en partie la des- (6-12 employés) truction d’emploi engendrée par la crise, la dis- Max 5 employés parition des supports physiques (DVD, CD) et les pertes de revenus générées par le piratage (par exemple de la musique). Quel(s) type(s) d’évolution(s) prévoyez-vous dans les années à venir au sein de votre entreprise ? Croissance des revenus Recrutement de nouveaux employés Recherche de financements publics Ouverture à l'international Recherche de financements privés Intégrer un cluster créatif Créer une startup en Belgique Partenariat avec entreprises ICC Partenariat avec entreprises non-ICC Investir dans une autre entreprise ICC Me faire racheter par un concurrent 0 10 20 30 40 50 60 70 % Arts visuels Artisanat d’art 13 Audiovisuel
  • 14. Culture Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique De nouvelles professions créatives émergent en commerce, juristes, financiers et comptables lien avec la maîtrise de langages numériques et sont de plus en plus sollicités. Les juristes, par du design pour répondre aux nouveaux besoins exemple, sont de plus en plus sollicités pour matériels et émotionnels des consommateurs. aider les créatifs à résoudre les litiges concer- Les métiers dits de « back office » et de gestion nant la protection des revenus générés par la ne sont pas en reste  : les représentants de propriété intellectuelle. l ade in Belgium : la Belgique, un vivier de talents M et de créativité La Belgique est un petit pays au carrefour de l’Europe qui carbure à la diversité et au libéra- lisme culturel. Au XIXe et XXe siècles, Bruxelles a accueilli des penseurs de tous les horizons comme Victor Hugo, Emily Brontë, Karl Marx… Les icônes belges n’ont pas à faire rougir  : un patri- moine architectural éclectique et relativement préservé (gothique, classique, art nouveau, art déco…), des peintres de renom international (fla- mands primitifs, le mouvement Cobra, Magritte…), des écrivains (Hugo Claus, Hendrik Conscience, Guido Gezelle…), le berceau de la bande-dessinée européenne (Hergé, Franquin, Van Hamme…), des chanteurs (Brel, Adamo, Axelle Red, Arno…). Quel est le portefeuille culturel belge actuel visible à l’international ? s’exportent, sans qu’ils ne soient néanmoins as- sociés à l’une ou l’autre région, ni même à la Bel- La concurrence intercommunautaire stimulerait gique : dEUS, K’s Choice, Selah Sue, Hooverphonic, l’émulation dans la création, avec deux pôles Axelle Red, Arno ou encore Stromae. Sur le grand forts dans le secteur de la mode : écran, citons les frères Dardenne et Jaco Van Dor- n nvers, qui est devenue depuis la fin des A mael, Bouli Lanners, Cécile de France, Benoît Poel- années 1980, l’une des places fortes de la voorde, Michaël R.Roskam… A la plume : Amélie mode européenne, grâce au 6 d’Anvers (Ann Nothomb, Xavier Deutsch, Dimitri Verhulst, Tom Demeulemeester, Dries Van Noten, Walter Van Lanoye… Enfin, certains artistes contemporains Beirendonck, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs ont révolutionné l’art – Alechinsky, Francys Alys, et Marina Yee) et à son école l’Académie Chris Martin, Marcel Broodthaers, Wim Delvoye, d’Anvers (le département mode de Hogeschool Luc Tuymans… – sans parler du rayonnement in- Antwerpen), vivier de talents et de marques ternational de la bande dessinée belge. (Martin Margiela, Essentiel…). Parmi toutes ces disciplines, il semble qu’il y ait n ruxelles, avec son école de La Cambre Mode/s/ B une « Belgian touch » distinctive des autres pays. et le quartier Dansaert n’est plus en reste. La ville « This is so Belgium ! ». De nos entretiens, il sem- a vu son nombre de magasins indépendants de blerait que les observateurs étrangers perçoivent créateurs de mode augmenter fortement ces de la création belge, un goût du « surréalisme », dernières années. du hors normes, un «  humour décalé  » voire Les créateurs bel­ trash, un sens de l’absurde, une capacité à rire ges débutants et de soi. Aujourd’hui, à tort ou à raison, Bruxelles confirmés s’y re- devient depuis 3-4  ans pour les artistes the trouvent de plus «  next place to be  » en Europe, en particulier en plus. dans l’art contemporain. La Belgique est Le New York Times parle même d’une «  Belge également de- Epoque », et plus précisément d’une « Renaissance venue un centre créative de Bruxelles  »2. Précisément, Bruxelles européen de la dispose d’un environnement très attractif pour danse contempo- les créatifs, forte de la qualité de certaines raine grâce aux écoles artistiques (mode, cinéma, architecture, célèbres choré- dessin), la qualité de l’événementiel et le prestige graphies de Anne de certaines institutions culturelles (Europalia, Teresa De Keers- maeker. Quelques 2- Monica Khemsurov, (21 septembre 2011), Belge épo­ musiciens belges que, New York Times. 14
  • 15. concours Reine Elisabeth, la Monnaie…), la vie Un autre regard  nocturne insolite (soirées High needs Low…). Citons aussi l’extrême cosmopolitisme des expa- triés autour des institutions européennes (l’an- glais est pratiqué quotidiennement par près de 15  % de la population ; 27 % de la population bruxelloise est d’origine étrangère dont plus de 60 % sont de l’UE), les dessertes Eurostar et Thalys qui permettent de fluidifier les échanges d’idées et d’artistes, les lieux de référence (Recyclart, WIELS, Bozar, Botanique, Ancienne Belgique…), les concept stores hôtels (Haleluja, MAPP, Hunting and collecting, White hotel, Bloom…), et le prix de l’immobilier y est relative- ment abordable comparé à Londres et Paris. Enfin, la Belgique perd beaucoup de talents qui préfèrent vendre ou entreprendre à l’étranger. Chez les artistes-plasticiens et stylistes de renom, La naissance d’une vitrine Luc Tuymans a sa galerie à New York, Chris « made in Belgium » à Manhattan Martin en Allemagne, Francis Alys est au Mexique, Les entrepreneurs créatifs belges ne man- Laetitia Crahay travaille à Paris pour la Maison quent pas d’ambition comme en témoigne Michel et Chanel, Olivier Theyskens vit et travaille l’aventure de Sylvie Bouffa, fondatrice de à New York… Talking French Flemish Inc. Initiative pure- ment privée, développée sans aides finan- La Belgique recèle de formations artistiques cière publiques, cette structure de 3 500 m excellentes et très reconnues à l’international : La sera une vitrine de la créativité belge à Cambre, Saint-Luc, la Kask et l’Académie Royale Manhattan, New York. d’Anvers, écoles ultra-sélectives et attirant des étudiants des 4 coins du monde mettent l’accent Sylvie est partie du constat que les Améri­ sur la créativité. Les étudiants fraîchement diplô- cains adoraient le design belge quand ils més rêvent souvent d’une carrière internationale, le voyaient, et étaient prêts à payer une voir d’être repérés en fin d’étude pour travailler à fortune pour l’avoir, mais peu en connais- l’étranger (Paris, Londres, Milan, New York). Deux saient l’origine. raisons sont mentionnées pour expliquer cette Elle a donc décidé d’ouvrir un magasin fuite des talents : exposant tout ce que la Belgique propose de n e manque de grands donneurs d’ordres belges l meilleur  : les Carrières du Hainaut, les cho- en Belgique, ce qui implique la nécessité de colats Marcolini, les baignoires Aquamass, le s’expatrier pour trouver de l’emploi et/ou pour design XVL, une galerie d’art contemporain, se faire un nom ; les montres Raidillon, un restaurant « bistro- nomique », et bien d’autres encore… n e marché de consommateurs n’atteint pas une l taille critique suffisante pour absorber l’offre Si cette première vitrine belge est un succès, de produit et services culturels et créatifs. Sylvie compte bien dupliquer le concept ailleurs sur le «  Nouveau Continent  » mais L’e-commerce créatif : de nouvelles également en Chine, au Brésil et en Inde. stratégies web L’ouverture de Talking French Flemish Inc. New York est prévue pour le printemps 2012. Seuls 11  % des sondés vendent leurs produits culturels en ligne (eBay, Amazon…). Cela n’est pas dû au manque de présence par les entre- méthode la plus efficace et fiable de publicité. prises sur le web (84  %), mais bien à la faible D’ailleurs, les entreprises de publicité se sont demande des Belges pour l’achat en ligne ou tournées vers l’activation de marque sur inter- la méconnaissance de certaines plateformes net. C’est une nouvelle niche publicitaire qui a dédiées aux ICC (99design, behance, mondres- permis au secteur de la publicité de se réinventer sing.be…). en temps de crise. Cette nouvelle manière de 67  % des entreprises sondées sont présentes communiquer, associée à une logique de social sur les réseaux sociaux, principalement CRM /brandwatching, permet de communiquer à Facebook, LinkedIn et Twitter. Les effets pro- une cible très précise et d’entretenir une relation duits par cette présence sont, par ordre d’im- d’échange avec les consom’acteurs, qui influen- portance, l’amélioration du networking, du cent en retour le produit/le marché... branding et des ventes. Seuls 3  % des répondants ne sont en aucune Le «  bouche à oreille  », la prescription par des façon connectés, souvent par défaut de maîtrise tiers ambassadeurs d’une marque, devient la des outils. 15
  • 16. Culture Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique l ormation à l’entrepreneuriat culturel F Entreprendre et réussir dans la culture, c’est être compétences en administration/finance (38  %) en capacité de réconcilier deux logiques encore sont considérées comme les plus essentielles. fortement ressenties comme antagonistes  : d’une part, la dimension de création (l’art pour Or seulement 34  % des répondants résidant en l’art) et d’autre part, la dimension économique Wallonie, 18  % en Flandres et 13  % à Bruxelles (vivre de son art). C’est tout l’enjeu de la for- estiment avoir été bien préparés aux compé- mation initiale et continue adaptée à l’entre- tences managériales, pourtant ressenties comme preneuriat culturel et créatif. L’icône de l’artiste fondamentales. «  complet  » reste Léonard de Vinci. Peintre et Si l’on distingue les entrepreneurs des ICC qui homme d’esprit universel, à la fois artiste, scien- ont suivi une formation supérieure de type cultu- tifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, peintre, relle ou créative (60  % des répondants), des sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musi- entrepreneurs des ICC qui ont suivi uniquement cien, poète, philosophe et écrivain, il n’en fut pas une formation supérieure de type économie ou moins « commerçant  » en attirant l’attention de gestion ou autre (40  %), un constat se pose  : mécènes pour vivre de ses arts. l’étudiant dans un cursus créatif « pur » rencon- trera tendanciellement plus de difficultés sur le De l’idée créative à l’entreprise marché du travail sur la dimension économique Si un certain nombre d’écoles supérieures belges de son activité professionnelle. Par exemple, il dédiées aux ICC sont reconnues pour leurs exi- ressort des entretiens que le « créatif pur » aura gences de travail et l’extrême qualité du transfert tendance à sous-estimer la valeur de ses œuvres/ de savoir-faire créatifs, des marges de progrès services, il aura des difficultés à monter son sont possibles. business plan, à réfléchir en termes de stratégies financières, commerciales et marketing. Certains En effet, dans le panel de répondants à notre témoignent avoir été sollicités par des intermé- enquête en ligne, seuls 17 % des actifs travaillant diaires peu scrupuleux exploitant une certaine dans les ICC estiment avoir été bien préparés à candeur des jeunes diplômés. l’entreprenariat culturel et créatif. Précisément, hormis les compétences artistiques incontour- Il semblerait donc que les compétences entre- nables, les compétences managériales (73 %), les preneuriales ne soient pas assez bien transmises relations publiques et presse (61 %) ainsi que les dans les formations de type créatif et culturel. Hormis la créativité, quelles sont les compétences les plus importantes pour les entrepreneurs créatifs et culturels ? Managériales (vision business plan, gestion de risques…) Relations publiques presse Administration/finance Langues Connaissances IT/social media Juridiques (législation sociale, droit d’auteur, contrats…) 0 10 20 30 40 50 60 70 80 % Auxquelles de ces compétences estimez-vous avoir été bien préparé lors de votre formation en Belgique ? Langues Managériales (vision business plan, gestion de risques…) Relations publiques presse Administration/finance Juridiques (législation sociale, droit d’auteur, contrats…) Connaissances IT/social media 0 10 20 30 40 50 60 70 80 % 16
  • 17. Le recours au système D Pour palier au manque de compétences « entre- preneuriales  », les créatifs belges sondés ont recours au «  système D  » (amis, famille, entre- prises privées). Les entreprises privées sont majoritairement consultées pour les matières comptables, administratives, financières et informatiques. Les amis et la famille sont plutôt consultés sur les sujets en lien avec les médias sociaux et le networking. Les structures d’aides publiques ou associa- tions professionnelles sont moins consultées. D’ailleurs, 72  % des répondants de notre panel pensent que les entreprises culturelles et créa- tives ne sont pas suffisamment bien épaulées par leurs associations professionnelles. Variant de l’une à l’autre, elles ont pour mission d’assurer la été transmises dans leur formation supérieure. Le représentation des intérêts du secteur aux déci- talent et la culture générale ne suffisent pas pour deurs publics, la promotion du secteur, le conseil s’improviser du jour au lendemain entrepreneur en affaires, l’information sur les financements culturel. Celui-ci doit être capable de se financer, disponibles, développer le networking, diffuser de protéger ses créations, et de convaincre de les appels à projets, des propositions de travail la valeur ajoutée symbolique de son produit ou collaboratif sur projets… Mais les entreprises ne service. Dès lors, une réflexion s’impose sur les se retrouvent plus dans cette profusion de struc- compétences idéales de l’entrepreneur culturel tures et d’aides disponibles. Une simple carto- et/ou créatif. graphie de structures publiques et associations Pendant les études dédiées à la création, il professionnelles belges dédiées aux ICC permet conviendrait de renforcer substantiellement de recenser plus d’une quarantaine de structures l’apprentissage de l’anglais, des bases du droit en Belgique ! Pour aider le design par exemple, il de la propriété intellectuelle, de la comptabi- n’y a pas moins d’une vingtaine de structures en lité/finance (i.e. savoir faire un business plan), Wallonie. du marketing/PR (savoir communiquer), et des Outre l’illisibilité, une autre critique se dégage de logiques des chaînes de valeur du secteur. Le nos entretiens : les activités créatives englobant stage en entreprise est un exercice désormais plusieurs secteurs ICC, ou celles, plus récentes incontournable. De plus, des interventions des (webdesign), ne se retrouvent pas forcément structures de soutien du secteur (association dans ce paysage foisonnant de structures inter- professionnelle, entités en charge de l’interna- médiaires fonctionnant souvent en silos. La tional/export, sociétés de gestion des droits gestion segmentée de ces différents secteurs d’auteur…), des interventions de professionnels entrave le développement de la pensée latérale étrangers, d’alumni, des visites d’entreprises… et de l’innovation. seraient à encourager tout au long du cursus. Il est important d’ouvrir l’enseignement créatif Revoir les cursus dédié à l’entrepreneuriat aux autres économies. Citons par exemple le créatif Programme d’entrepreneuriat créatif Goldsmith de l’Université de Londres, destinés aux étu- De plus en plus d’entrepreneurs culturels et créa- diants voulant entreprendre dans le secteur de la tifs vivent de leur art (Stromae, Francys Alys, création. Cette formation enseigne les pré-requis Jean-Claude Van Damme, les frères d’Ardenne nécessaires à l’entreprenariat ainsi que les attri- ou encore Amélie Nothomb). Pas étonnant que buts nécessaires à la commercialisation de leur les étudiants des filières artistiques soient aussi produits/service créatif et/ou culturel. L’objectif désireux de faire carrière et espèrent pouvoir est de former les étudiants à l’économie cultu- vivre de leur capital culturel et créatif. La clef du relle, à innover par rapport aux différents succès, selon le chanteur Stromae, «  c’est 40  % business model possibles et de développer leurs de chance, 40 % de travail et 20 % de talent. L’art compétences entrepreneuriales (finance, chaîne pour l’art, c’est bien, mais il faut tenir compte de de valeurs…), de communication (leadership, la réalité du marché ». marketing…) légales (propriété intellectuelle…). A contrario, les histoires de « galères », d’incom- Des opportunités de networking, de cours ou préhension des règles du jeu, de petits revenus, d’expériences communes pendant les études sont nombreuses. sont à imaginer pour faire se rencontrer les Pour pallier à ces problèmes, les entrepreneurs profils de créatifs avec les profils de gestion- des ICC de l’enquête en ligne ayant suivis des naire d’entreprise ICC. L’objectif  : encourager cursus purement créatifs regrettent que les les projets multidisciplinaires entre le monde de notions de base de l’entrepreneuriat n’aient pas l’entreprise et les créatifs pour casser les clichés. 17
  • 18. Culture Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique L’intermédiaire de l’artiste est une nouvelle pro- Master en production de projets artistiques. fession qui vient en soutien des artistes pour leur Ce nouveau Master inclurait un certain nombre permettre de trouver leur «  marché  », en par- de cours ou de modules de formation destinés ticulier en assurant le PR, marketing, CRM… Si à familiariser les étudiants avec des concepts ce type d’entrepreneur culturel a toujours existé et des outils utiles à la production de projets  : d’une façon ou d’une autre dans l’histoire de la aspects juridiques et institutionnels, notions de culture (ex. : le marchand de tableaux, l’agent…), comptabilité, outils de communication, etc. Un nous avons la conviction qu’il devient aujourd’hui cycle de rencontres – 2  rencontres par mois- essentiel de crédibiliser leur formation et leur permettrait d’alimenter les étudiants (et leurs mise en contact avec les créatifs. projets) par l’expérience de professionnels. Le système éducatif francophone commence Un débat plus large se développe en Europe en à bouger pour concilier la création et l’esprit faveur d’une meilleure prise en compte des cours d’entreprise. ARTES, une plate-forme trans- se basant sur la créativité au cœur de l’enseigne- disciplinaire de 3  écoles supérieures des arts ment dès le plus jeune âge, pour forger les talents de la Communauté Française à Bruxelles (le et alimenter l’innovation de demain. Les écoles Conservatoire, La Cambre et l’INSAS) vient de de Singapour généralisent déjà les cours de créa- solliciter une habilitation nouvelle, commune, tivité tout au long de l’enseignement primaire et trans-domaines, pour la création d’un nouveau secondaire afin de booster l’innovation du futur. Compétences idéales à l’entreprenariat culturel et créatif • Talent créatif Communication Entreprenariat • P ensée latérale • eadership L • Compétences managériale • C réativité • arketing M • Compétences informatiques • E xcellence • elations publiques et presse R • Compétences juridiques • Social CRM • Compétences économiques • I nnovation • Langues • Administration… Un autre regard  Polimoda Polimoda est l’exemple d’une école d’entrepre- neurs de la mode à Florence, ville historique de la mode italienne. Elle est née du besoin de l’industrie florentine du luxe de s’adap- ter au marché global de la mode, de plus en plus concurrentiel. L’école est une initiative publique/privée lancée en 1986 et financée par les villes de Florence et Prato, les associa- tions professionnelles, la région Toscane, et les encouragés en lien avec les districts industriels fonds sociaux européens. Présidée et dirigée et les maisons de mode. par deux noms de la mode internationale Francesco Ferragamo et Linda Loppa, l’école – Les projets des élèves sont régulièrement se veut ancrée dans les réalités du marché de présentés devant la presse, les décideurs la mode. Elle associe les professionnels locaux publics, le secteur privé, dans le cadre de dans la construction des cursus pédagogiques foires et galas locaux et dans les vitrines com- (Chambre de commerce, filière de la chaus- merçantes de la ville. sure, filière de la mode…). – Au sein de l’école, une spin-off, présidée par – En réponse aux besoins du marché ont le Président de la marque Versace, offre des été créés les Masters «  Fashion Stylists  », prestations de conseil en stratégie marketing «  Fashion Brand  », 25  Masters en anglais, et auprès de 35 entreprises de mode (Ferragamo, des Summer school en chinois. Gucci, Tod’s, au Quatar, en Inde…). Cette filiale capte les tendances des marchés et facilite le – Les étudiants sont formés sur toute la chaîne placement des étudiants. de valeur de la mode, de la création de col- lections haute couture, jusqu’à la commercia- – 94 % des diplômés trouvent un emploi dans lisation (achat/vente, relation client, art de la les 6 mois, dans les grandes maisons de mode mise en vitrine…). Les stages et projets sont du monde. 18
  • 19. l ’accès au financement L Un des obstacles les plus importants rencon- que les entreprises du domaine de la publicité), trés par les professionnels des secteurs cultu- du stade de développement des entreprises rels et créatifs est l’accès au financement dont (phase d’amorçage, phase de croissance, phase ils ont besoin pour mener à bien leurs activités. de transformation, etc.). En Europe, 85  % des entreprises des industries ICC éprouvent des difficultés à trouver des finan- Le recours principal aux « friends, family cements3. D’autant plus qu’en temps de crise, and fools » la culture est souvent la première victime des En Belgique, selon notre enquête en ligne, les coupes budgétaires. La recherche de finance- entreprises ICC sont d’abord financées en fonds ments mixtes (public-privé) s’accélère, tant pour propres (76  %), grâce à des économies person- les institutions culturelles que pour les entre- nelles ou des sources «  FFF  » («  friends, family prises créatives. Internet, source fantastique and… fools »). d’opportunités pour la culture, a aussi mis à mal 46  % des répondants ont déjà fait appel à des certaines entreprises créatives qui voient leurs sources de financements externes (prêt, sub- sources de revenus traditionnels s’éroder à cause sides publiques, sponsoring, business angels…). de la disparition des supports physiques, du télé- Ces sources externes sont difficiles d’accès pour chargement illégal de contenus. Les entreprises près de 88 % des répondants, et ce, d’autant plus se voient alors obligés de penser de nouveaux lorsqu’elles relèvent du secteur privé. modèles économiques. Les besoins de financements diffèrent en fonc- tion des secteurs ICC (par exemple, les arts du 3- Commission européenne, (2011), Livre Vert - « Libérer spectacle sont typiquement plus subventionnés le potentiel des industries culturelles et créatives ». Quelles sont les sources de financement les plus importantes pour votre entreprise ? Fonds propres Prêt bancaire Bourses publiques/ financement public Sponsoring Incitation fiscale Capital risque Financement viral Financement d'amorçage Business Angels Donation Introduction en bourse 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 % Comment qualifiez-vous l’accès aux sources de financement externes suivantes ? Prêt bancaire Financement viral Bourses privées Bourses publiques Sponsoring Business Angels Donation Financement d'amorçage Capital risque 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 % Facile Difficile 19
  • 20. Culture Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique Les bourses publiques sont utilisées dans 21,6 % n es fonds publics alloués aux ICC, quelles L des cas. que soient les régions, feraient l’objet de vifs La principale forme de soutien émanant du débats. Les interviewés (bénéficiaires ou non) secteur privé est le sponsoring avec 8,1  % des admettent que les subsides publics peuvent réponses. avoir un effet salutaire dans le soutien de choix créatifs risqués. Néanmoins, il est admis Le recours au crowdfunding, modèle de finance- qu’une certaine dépendance aux subsides peut ment où une multitude d’internautes financent «  endormir  » la créativité et n’exclue pas un des projets créatifs en achetant des «  parts  » interventionnisme politique dans la program- via un site internet, est récent et encore mar- mation. Les subsides devraient être alloués de ginal car ces plateformes web sont rares et manière prioritaire à des projets expérimen- doivent encore faire leur preuve (Aka music, taux pour permettre le développement de nou- Mymajorcompany…). veaux produits culturels et créatifs. Néanmoins, Les soutiens financiers publics apportés aux les organes publics en charge des soutiens ICC rencontrent des avis mitigés. Une majo- financiers aux ICC devraient régulièrement rité des répondants et interviewés n’ont jamais évaluer la pertinence, les résultats qualitatifs demandé de subsides. Ceux qui ont introduit une et quantitatifs, l’efficience des subsides alloués. première demande de soutien financier public sont généralement déçus du résultat obtenu par Le secteur privé frileux dans le soutien rapport aux efforts fournis et n’ont plus retenté aux ICC, par méconnaissance et méfiance l’expérience. réciproque L’enquête en ligne indique que le prêt bancaire Ces 12 derniers mois, avez-vous fait appel est considéré comme la source de financement à une source de financement externe ? la plus accessible. Cependant il ressort de nos entretiens que les banques restent frileuses pour investir dans les ICC. Pour arriver à rapprocher le secteur privé et les ICC, il faut leur apprendre à parler un langage commun, à se départir de Au moins une fois clichés qui prévalent tant chez les investisseurs 54 % 46 % privés que chez les créatifs. Non n a méfiance des investisseurs privés s’expli- L querait par le fait que l’industrie créative est considérée comme un secteur à risque. Les ICC sont une économie singulière qui se base sur des concepts certes peu quantifiables tels que la beauté artistique ou la valeur symbo- Les raisons évoquées sont diverses et multiples : lique des produits, dont le « hype » auprès de la demande est imprévisible. Dans la plupart n es entretiens précisent que la distribution L des cas, les entreprises des ICC utilisent des des bourses ne fait pas toujours l’objet d’une biens immatériels (des idées, des brevets, etc.), grille de décision transparente poussant ainsi garantie souvent considérée comme insuffi- les créatifs à devoir faire du lobbying politique. sante par les investisseurs privés. Certains secteurs semblent plus soutenus que Or, contrairement à cette idée reçue, investir d’autres, soutien variant au gré des intérêts dans des entreprises créatives n’est pas plus des décideurs politiques, et moins dans une risqué que dans les autres pans de l’écono- logique de stratégie avec des priorités claires, mie4. Dans une étude menée en Angleterre, il a objectivées, ou au regard de potentiels de été démontré que le taux de survie des entre- développement à long terme. prises ICC après 5 années d’existence est plus n e paysage des structures d’aides et de soutien L élevé que celui des entreprises traditionnelles publiques aux filières est particulièrement illi- (49,7  % contre 46,6  %). Il est même suggéré sible, au-delà des différences régionales. Aussi, que les ICC ont plus de facilités à traverser des un nombre croissant d’entreprises multidisci- périodes difficiles en se « serrant la ceinture » plinaires dans leurs activités, en particulier sur que les autres entreprises. le champ numérique, se voit refuser l’accès aux secteur privé est une source complémen- Le financements publics soumis à une segmenta- taire aux subsides publics. En effet, grâce à ses tion ressentie comme trop stricte. outils, son savoir-faire, ses carnets d’adresses n es entretiens menés mettent en exergue une L internationaux…, le secteur privé est parfois tendance au « saupoudrage » des aides finan- cières par les institutions publiques. De ce fait, les montants octroyés sont faibles et ne 4- Helen Burrows and Kitty Ussher, (October 2011), The permettent pas aux entrepreneurs ICC de se lazy assumption that the creative industries are inhe- lancer dans des projets ambitieux. rently risky is harming Britain’s path to growth…, DEMOS 20