Petits poèmes
entre amies
Lycée Toussaint Louverture - Pontarlier -
Valérie Liger, documentaliste ; Annie Seguin, professeur de lettres histoire
Avril 2015
Règles du jeu
Prenez de beaux recueils de poésie sortis des
rayons du CDI…
Offrez-les à la découverte et au feuilletage par
les mains de vos élèves.
Règles du jeu
Règles du jeu
Elles ont choisi leurs préférés.
Prenez de beaux livres pour découvrir l’art avec
plaisir. Lâchez entre les pattes des mêmes
élèves… pour qu’elles élisent l’oeuvre qui
accompagne leur poème.
Règles du jeu
Règles du jeu
Et puis, elles ont pris leur plume et ont à leur
tour écrit.
Voici leurs mots et leurs images.
Chardin
(1699 - 1779)
Le Bénédicité
Aube d’été de Georges Chennevière
Je n’ai pas ouvert les yeux,
Et je sens que le jour point.
Mon corps reste dans le lit,
Mais mon âme est déjà loin.
Elle goûte parmi l’aube
Un bonheur aérien,
Et revient de temps en temps
Me rappeler que j’existe.
La fenêtre est grande ouverte
Avec le store baissé.
Je suis baigné du même air
Que les feuilles et les nids.
J’ai ouvert aussi la porte ;
J’aperçois dans le couloir
Le premier rai de soleil
Qu’aucun pas ne trouble encore.
On dirait que les oiseaux
Chantent tous dans le même arbre,
Et j’entends le bruit d’épingles
De leurs pattes sur les toits.
On arrose la chaussée ;
Mes draps me semblent plus frais.
Je sens l’odeur du savon
Qui est près de la cuvette.
On n’a pas encor marché
Sur le sable des jardins,
Et toutes les rues sans hommes
Sont pareilles à des routes.
Le fleuve s’est rajeuni
D’une eau qui a traversé
Les campagnes et la nuit.
Remorqueur, tu peux chanter.
Le canal n’a plus de rides :
Marinier, tu peux partir.
L’aube est pleine de voyages
Qui ne devraient pas finir ! ...
Aube d’été de Georges Chennevière,
suite...
Allègement de la chair !
Il me semble que je baigne
Dans la paix d’une eau profonde
Qui diffuse le soleil ;
Et le matin est si net
Qu’on voit battre à petits coups,
Sous un voile de sommeil,
Le cœur délicat du monde.
Claude Monnet (1840 - 1926)
Le bassin aux nymphéas : harmonie verte
Divertissement
de Patrice de La Tour du Pin
Trois musiciens dans une clairière
Jouent au milieu des ronciers rouillés
Pour les passants nocturnes qui errent
Sans parvenir à s'ensommeiller.
Ils célèbrent d'infimes offrandes
A l'adresse des germes éclos,
Ou des fougères qui se détendent,
Ou du vol vespéral des corbeaux.
Trois musiciens dans une clairière
En habit de velours, avec des violons,
Enseignent la cérémonie
Des instants de grâce de la terre
Non par des mots chargés de passion,
Mais la vraie musique de fête de la vie.
Canaletto (1697-176), Le pont du Rialto
Charles d’Orléans
Le temps a laissé son manteau.
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.
Il n’y a bête, ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau.
Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Gouttes d’argent d’orfèvrerie,
Chacun s’habille de nouveau :
Le temps a laissé son manteau.
Vincent Van Gogh (1853 - 1890)
Le faucheur
Mignonne, allons voir si la rose de Pierre de Ronsard
A Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.
Las ! voyez comme en peu
d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Francois Boucher (1703-1770)
Jeune fille avec un bouquet de roses
J’me suis rendu ! de Grégoire Pellequer
Ca y est, j’me suis rendu en prison, me
Laissez pas ressortir, chuis un dangereux
P’tit gars, ouais, des gars comme moi,
Si vous saviez ce que je pense,
Si vous saviez ce que j’ai fais, vous
Ne me laisseriez pas en liberté.
Pierro Della Francesca (1416/17 - 1492)
Sigismondo Pandolfo Malatesta
J’me suis rendu ! de Grégoire Pellequer, suite
Ca y’est, j’me suis rendu en prison,
Il était temps, j’commençais à
M’faire chier dehors, y’a pas grand
Chose à faire et les loyers sont
Chèrs, alors qu’ici c’est gratuit, y’a
La télé, bon, c’est vrai, c’est un peu
Réduit, pour faire des fêtes c’est un
Peu juste, et puis pas d’alcool, pas
De pétards à faire tourner, c’est vrai, sinon
On f’rai tout pétaradé ! (...)
Pierro Della Francesca (1416/17 - 1492)
Sigismondo Pandolfo Malatesta
Botticelli (1445 - 1510)
La Vierge et l'enfant avec Saint-Jean
Baptiste enfant
Il était une feuille de Robert Desnos
Il était une feuille avec ses
lignes.
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur.
Il était une branche au bout
de la feuille.
Ligne fourchue, signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur.
Il était des racines au bout
de l'arbre.
Racine, signe de vie
Vignes de chance
Vigne de cœur.
Au bout de ces racines, il
était la Terre.
La Terre tout court.
La Terre toute ronde.
La Terre toute seule au
travers du ciel.
La Terre.
Il était un arbre au bout de la
branche.
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur.
Cœur gravé, percé, transpercé
Un arbre que nul jamais ne vit.
Jean-Baptiste Corot
(1796-1875)
Souvenir de Mortefontaine
Petits poèmes entre amies
Petits poèmes entre amies
Petits poèmes entre amies

Petits poèmes entre amies

  • 1.
    Petits poèmes entre amies LycéeToussaint Louverture - Pontarlier - Valérie Liger, documentaliste ; Annie Seguin, professeur de lettres histoire Avril 2015
  • 2.
    Règles du jeu Prenezde beaux recueils de poésie sortis des rayons du CDI… Offrez-les à la découverte et au feuilletage par les mains de vos élèves.
  • 3.
  • 4.
    Règles du jeu Ellesont choisi leurs préférés. Prenez de beaux livres pour découvrir l’art avec plaisir. Lâchez entre les pattes des mêmes élèves… pour qu’elles élisent l’oeuvre qui accompagne leur poème.
  • 5.
  • 6.
    Règles du jeu Etpuis, elles ont pris leur plume et ont à leur tour écrit. Voici leurs mots et leurs images.
  • 7.
  • 9.
    Aube d’été deGeorges Chennevière Je n’ai pas ouvert les yeux, Et je sens que le jour point. Mon corps reste dans le lit, Mais mon âme est déjà loin. Elle goûte parmi l’aube Un bonheur aérien, Et revient de temps en temps Me rappeler que j’existe. La fenêtre est grande ouverte Avec le store baissé. Je suis baigné du même air Que les feuilles et les nids. J’ai ouvert aussi la porte ; J’aperçois dans le couloir Le premier rai de soleil Qu’aucun pas ne trouble encore. On dirait que les oiseaux Chantent tous dans le même arbre, Et j’entends le bruit d’épingles De leurs pattes sur les toits. On arrose la chaussée ; Mes draps me semblent plus frais. Je sens l’odeur du savon Qui est près de la cuvette. On n’a pas encor marché Sur le sable des jardins, Et toutes les rues sans hommes Sont pareilles à des routes. Le fleuve s’est rajeuni D’une eau qui a traversé Les campagnes et la nuit. Remorqueur, tu peux chanter. Le canal n’a plus de rides : Marinier, tu peux partir. L’aube est pleine de voyages Qui ne devraient pas finir ! ...
  • 10.
    Aube d’été deGeorges Chennevière, suite... Allègement de la chair ! Il me semble que je baigne Dans la paix d’une eau profonde Qui diffuse le soleil ; Et le matin est si net Qu’on voit battre à petits coups, Sous un voile de sommeil, Le cœur délicat du monde. Claude Monnet (1840 - 1926) Le bassin aux nymphéas : harmonie verte
  • 11.
    Divertissement de Patrice deLa Tour du Pin Trois musiciens dans une clairière Jouent au milieu des ronciers rouillés Pour les passants nocturnes qui errent Sans parvenir à s'ensommeiller. Ils célèbrent d'infimes offrandes A l'adresse des germes éclos, Ou des fougères qui se détendent, Ou du vol vespéral des corbeaux. Trois musiciens dans une clairière En habit de velours, avec des violons, Enseignent la cérémonie Des instants de grâce de la terre Non par des mots chargés de passion, Mais la vraie musique de fête de la vie. Canaletto (1697-176), Le pont du Rialto
  • 12.
    Charles d’Orléans Le tempsa laissé son manteau. De vent, de froidure et de pluie, Et s’est vêtu de broderie, De soleil luisant, clair et beau. Il n’y a bête, ni oiseau Qu’en son jargon ne chante ou crie : Le temps a laissé son manteau. Rivière, fontaine et ruisseau Portent en livrée jolie, Gouttes d’argent d’orfèvrerie, Chacun s’habille de nouveau : Le temps a laissé son manteau. Vincent Van Gogh (1853 - 1890) Le faucheur
  • 13.
    Mignonne, allons voirsi la rose de Pierre de Ronsard A Cassandre Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au Soleil, A point perdu ceste vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil. Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez vostre jeunesse : Comme à ceste fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté. Las ! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place Las ! las ses beautez laissé cheoir ! Ô vrayment marastre Nature, Puis qu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir ! Francois Boucher (1703-1770) Jeune fille avec un bouquet de roses
  • 14.
    J’me suis rendu! de Grégoire Pellequer Ca y est, j’me suis rendu en prison, me Laissez pas ressortir, chuis un dangereux P’tit gars, ouais, des gars comme moi, Si vous saviez ce que je pense, Si vous saviez ce que j’ai fais, vous Ne me laisseriez pas en liberté. Pierro Della Francesca (1416/17 - 1492) Sigismondo Pandolfo Malatesta
  • 15.
    J’me suis rendu! de Grégoire Pellequer, suite Ca y’est, j’me suis rendu en prison, Il était temps, j’commençais à M’faire chier dehors, y’a pas grand Chose à faire et les loyers sont Chèrs, alors qu’ici c’est gratuit, y’a La télé, bon, c’est vrai, c’est un peu Réduit, pour faire des fêtes c’est un Peu juste, et puis pas d’alcool, pas De pétards à faire tourner, c’est vrai, sinon On f’rai tout pétaradé ! (...) Pierro Della Francesca (1416/17 - 1492) Sigismondo Pandolfo Malatesta
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    Botticelli (1445 -1510) La Vierge et l'enfant avec Saint-Jean Baptiste enfant
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    Il était unefeuille de Robert Desnos Il était une feuille avec ses lignes. Ligne de vie Ligne de chance Ligne de cœur. Il était une branche au bout de la feuille. Ligne fourchue, signe de vie Signe de chance Signe de cœur. Il était des racines au bout de l'arbre. Racine, signe de vie Vignes de chance Vigne de cœur. Au bout de ces racines, il était la Terre. La Terre tout court. La Terre toute ronde. La Terre toute seule au travers du ciel. La Terre. Il était un arbre au bout de la branche. Un arbre digne de vie Digne de chance Digne de cœur. Cœur gravé, percé, transpercé Un arbre que nul jamais ne vit.
  • 18.