Le rôle de la confiance en soi
chez le joueur de tennis
par Sophie Maurissen,
psychologue du sport spécialisée dans le ten...
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E mag mars avril 2015

  1. 1. Le rôle de la confiance en soi chez le joueur de tennis par Sophie Maurissen, psychologue du sport spécialisée dans le tennis, intervenante dans la formation DE Tennis d’Île-de-France, doctorante en psychanalyse à l’université Paris–VII « Federer m’avait battu très facile- ment, plus facilement que si j’avais eu davantage de confiance en moi. En revanche, la défaite de 2007, qui s’était déroulée en cinq sets, m’avait complètement démoli. Car je savais que j’aurais pu faire mieux, que ce n’étaient ni mes capacités techniques ni la qualité de mon jeu qui étaient en cause, mais une fai- blesse psychologique. »1 Ce témoignage de Rafael Nadal après sa défaite à Wimbledon sou- ligne l’importance de la confiance en soi dans la pratique du tennis de compétition. Nous nous propo- sons d’éclairer et d’analyser cette capacité interne afin de souligner quelques pistes de travail pédagogique pour les enseignants et les entraîneurs de tennis dans un prochain numéro. Introduction Comme dans de nombreux sports, la pratique du tennis en compétition confronte le joueur au regard du public, qu’il craint souvent de décevoir tel un gla- diateur au milieu de l’arène. Face à l’enjeu, certains compétiteurs entrevoient la défaite avant même d’avoir saisi la raquette et d’avoir engagé la pre- mière balle. Le fait que certains se réfèrent à leur adversaire – parfois moins bien classé – comme à un « très bon joueur » qu’ils redoutent nous amène à nous demander s’il s’agit d’humilité de leur part ou d’un manque de confiance en soi ? D’emblée, il est important d’établir une distinction entre la confiance et la confiance en soi afin de pou- voir les différencier et mieux saisir leur imbrication. 3 Rafael Nadal Préparation mentale Comment l’enseignant peut-il renforcer cette capacité interne auprès des joueurs ?
  2. 2. 4 Confiance/Confiance en soi Étymologiquement, le mot confiance provient du latin con (« avec », « ensemble ») et fidere (« se fier », « croire »). La confiance implique un partage avec quelqu’un. En effet, nous faisons confiance à certaines personnes en particulier. Dans le cadre de la pratique du tennis de compétition, cela engage en général pour le joueur une confiance en son entourage sportif, composé principalement de ses parents et de son entraîneur. La confiance engage donc également une confiance dans la parole. La confiance en soi – du latin per se (« par  soi ») – suppose une alliance avec soi-même. Ceci démontre que cette capacité dépend de la faculté de l’individu de croire en lui. Dès lors, pour avoir confiance en soi, il est nécessaire de croire en ses capacités. Seul ce processus mental inconscient permet à l’individu de se faire confiance : pour entreprendre une action, il faut croire à la possibi- lité de sa réalisation. C’est en cela que la psychologie tente d’entrevoir ce qui échappe à l’individu lui-même afin de lui fournir les moyens nécessaires à son auto-réalisation. Pour ce faire, il est fondamental de prendre en considé- ration l’histoire subjective de chaque individu. C’est au cours de la plus tendre enfance que la confiance prend racine, s’élabore et se ressourcera plus tard. Un individu qui aura pu intérioriser un amour parental au cours de son développement sera plus apte à s’aimer et par conséquent à se faire confiance. À l’inverse, un individu longtemps déni- gré par ses proches, prendra l’habitude de se déva- loriser et appréhendera toute circonstance qui le mettrait en valeur. D’autre part, la confiance en soi, tel que l’indique son étymologie, dépend en grande partie de la relation du sujet à ses croyances2 . Selon Donald Winnicott3 , le rapport de l’individu à ses croyances est déterminé par sa relation à sa mère ou à son substitut. Elle constitue la base de la qualité de la relation du futur adulte avec son entourage. Si l’issue de cette relation primaire avec la mère est satisfaisante, l’individu acquerra un nar- cissisme adéquat. Étant donné que le narcissisme est le fondement de la confiance en soi, il pourra déployer un degré satisfaisant d’investissement sur lui-même. L’individu possédant un narcissisme adéquat pourra se sentir aimé sans sentiment de toute-puissance, en confiance, sécurisé dans les actions de sa vie et capable de vivre un échec sans se désorganiser. Ainsi, il sera apte à se reconstruire après des épreuves difficiles, sensible aux marques d’attention de son entourage et recherchera leur reconnaissance sans pour autant se trouver dans une relation de dépendance. Si au contraire cette relation avec la mère ou son substitut est excessive, l’individu développera une tendance à investir plutôt sur lui-même. Cet excès dans la relation est à entendre aussi bien dans le sens du trop que dans celui du pas assez. Si cette relation est démesurée dans le sens du trop, l’indi- vidu pourra manifester un excès d’amour de soi. Il accordera une trop grande importance à l’image de soi et fera preuve d’un narcissisme excessif4 . Si, dans le cas inverse, cette relation est insuffi- sante – dans le pas assez –, l’individu pourra déve- lopper une carence narcissique issue de blessures dans l’amour de soi et de manques affectifs qui n’ont pas été comblés. Ces deux pathologies nar- cissiques proviennent du même manque : manque de constance et de solidité dans la mise en place de l’amour de soi. Cela entraînera des répercussions sur la confiance en soi qui aura tendance à se déve- lopper sur le même versant. Lerôledelaconfianceensoichezlejoueurdetennis Aminata Sall (ligue du Val d'Oise)
  3. 3. 5 Lerôledelaconfianceensoichezlejoueurdetennis Le cas de Paul Prenons le cas concret d’un joueur de 11 ans. Dans son club, Paul est le meilleur de sa catégorie d’âge. Il lui arrive même de battre certains adultes de son club. Son entraîneur voit en lui un joueur avec beaucoup de potentiel. C’est la première fois qu’il entraîne un jeune d’un si bon niveau. Il consacre beaucoup de temps à Paul et s’investit considéra- blement : il l’accompagne fréquemment lors des tournois, au détriment des autres joueurs du club. Considéré comme une « petite vedette » dans son club, Paul est le réceptacle de nombreuses marques d’attention de la part de son entourage sportif (par- tenaires de jeu, entraîneur, autres enseignants du club, dirigeants, parents, parfois parents de cama- rades de jeu). Il en reçoit peut-être même trop ; ce qui renforce de façon démesurée la confiance qu’il a en lui et son amour-propre. Au fur et à mesure de son évolution dans le tennis et des marques d’attention qui lui sont portées (encouragements, louanges, entraînements mis en place spécifique- ment pour lui, parents qui sacrifient leurs activi- tés pour l’accompagner en tournoi, articles à son sujet dans le journal local, etc.), Paul a développé un narcissisme excessif. Un jour, le conseiller tech- nique régional lui propose de s’entraîner à la ligue avec les joueurs de son âge qui figurent parmi les meilleurs de sa région. Paul se trouve alors confronté à des situations de défaite à l’entraîne- ment et ne retrouve plus ni la reconnaissance ni les marques d’attention qui lui étaient particulièrement accordées. Pourtant il en reçoit toujours de la part de son entourage sportif habituel (ses parents et les membres de son club) et de son nouvel entou- rage (les membres de la ligue). Mais Paul se sent comme un joueur parmi d'autres. Ce changement radical d’environnement va le perturber. Il démontre alors des comportements agressifs – il jette pour la première fois sa raquette pendant un match et lors des entraînements, il pique des colères –, devient perturbateur, agité et insolent sur le court. Toutes ces attitudes représentent des tentatives de la part de Paul d’attirer l'attention sur lui, celle à laquelle il était habitué. Ces comportements manifestent un excès de demande d’attentions et de recon- naissance de sa part. Malheureusement, celles- ci ne sont plus associées à des valeurs positives (qui menaient à des louanges), mais négatives (qui Dylan Polderman (ligue de Paris)
  4. 4. 6 Lerôledelaconfianceensoichezlejoueurdetennis conduisent à des réprimandes, des punitions). Face à cette frustration, Paul se trouve dans l’impossi- bilité d’entendre et d’accepter la moindre critique et commence progressivement à perdre sa motiva- tion, ainsi que sa confiance en lui. La critique pro- voquera chez lui une désorganisation totale de ses assises narcissiques. À travers l’exemple de Paul, nous pouvons entre- voir l’importance d’accorder une attention mesu- rée et équilibrée au joueur dès le début de sa pratique tennistique. Cette capacité-là revient sur- tout à ses parents et à son entraîneur. Il incombe à l’entraîneur de veiller sur l’équilibre du joueur et de développer une relation mesurée qui ne se situe pas dans l’excès (trop ou pas assez). Pour cela, il est nécessaire que l’enseignant ne tombe pas dans le piège d’une quête narcissique pour lui-même. Celle-ci pourrait se manifester par le fait d’entraî- ner un bon, voire un très bon joueur. L’entraîneur doit d’abord savoir mesurer son investissement sur le joueur et les attentes – voire les espérances – qu’il projette sur ce dernier. Comme nous pouvons le constater à travers l’ana- lyse du cas de Paul, au cours de la maturation de l’individu, la confiance en soi n’est pas figée. En effet, Paul avait développé un degré satisfaisant de confiance en lui et un narcissisme mesuré lors de son enfance. À travers son évolution dans le cadre du tennis, cette élaboration narcissique a été ébran- lée et s’est transformée en une construction exces- sive. Ne retrouvant plus ses repères narcissiques, Paul a ensuite manifesté un manque de confiance en lui. La confiance en soi se déploie et n’a de cesse d’évoluer tout au long de la vie de l’individu. Elle est particulièrement importante pendant les pre- mières années de l’enfance, mais également pen- dant la période de l’adolescence. À cette étape sensible du développement de la personnalité, il se produit un bouleversement qui rend l’adolescent vulnérable par la spécificité même des effets phy- siques et psychiques de la puberté. Ces change- ments sexualisent et conflictualisent les liens avec son entourage, et plus particulièrement avec ses parents. L’adolescent doit alors trouver de nou- velles distances relationnelles, au risque de perdre le cocon de l’enfance. Ainsi, il est probable qu’il perde en partie l’appui naturel qu’il pouvait cher- cher et trouver facilement auprès des adultes. Cette perte partielle potentielle et l’établissement de nou- velles distances affectives le conduisent à douter et à s’interroger sur la solidité de ses acquis et de ses capacités. La confiance en soi est fortement ébran- lée à cette période où les enjeux peuvent être déter- minants pour l’avenir. Tom Paris, Raphaël Renaudie et Franck Petit Brisson (ligue du Lyonnais)
  5. 5. 7 Lerôledelaconfianceensoichezlejoueurdetennis Cependant, « ce qui fait la vulnérabilité de l’ado- lescent peut être aussi sa chance. Cette fragilisation apportée par la puberté le contraint au changement et l’ouvre à l’influence des autres avec ses risques, mais aussi ses avantages. La prise de distance du milieu familial peut aider à rompre l’enfermement d’une enfance difficile et offrir d’autres alternatives que la fatalité de la répétition »5 . Comme nous pouvons le constater lors de l’ado- lescence, le processus d’acquisition et de dévelop- pement de la confiance en soi s’avère long et ne s’accomplit pas en général sans heurts. Ceci sou- ligne à quel point l’enseignant doit rester patient, modeste et à la fois ambitieux dans les objectifs à atteindre pour le joueur. Les exigences internes du joueur Au cours de sa maturation, le joueur acquiert des exigences internes qui correspondent à celles des adultes et qui influenceront le déploiement de sa confiance en lui. Nadal affirme : « Ma famille proche, ma famille étendue et mon équipe profes- sionnelle (qui sont tous un peu comme ma famille) forment trois cercles concentriques autour de moi […], ils créent à eux tous l’environnement d’af- fection et de confiance qui m’est nécessaire pour déployer mon talent […] ; chacun joue son propre rôle pour m’aider à réduire mes points faibles et à développer mes points forts »6 . Les exigences des membres de ces « trois cercles concentriques » se traduisent par une confiance en soi satisfaisante ou, au contraire, par des autocritiques qui induisent des frustrations pour le joueur (rater un coup peut provoquer une totale remise en question). Pour pouvoir exploiter son potentiel, il est nécessaire que le joueur acquière une confiance en soi suffisante afin qu’il puisse se sentir capable d’accomplir un acte sportif dans des moments difficiles. Pour cela, il doit repérer les différentes parties qui composent le jeu :  le jeu externe et le jeu interne7 . Le jeu externe, c'est jouer contre un adversaire pour dépasser des obstacles externes (qualité de frappe, ajustement/placement sur le terrain, rotation du corps, organisation gestuelle, etc.) et atteindre un objectif externe. Le jeu interne a lieu dans la tête du joueur. Il se joue contre des obstacles tels que des absences de concentration, une nervosité, le doute de soi-même, l’auto-jugement et l’auto-condamna- tion. Il est important de souligner qu’il n’existe pas un clivage net entre le jeu interne et le jeu externe. Ces deux composantes sont imbriquées et peuvent parfois être confondues. Leur importance réside, entre autres, dans le fait qu’elles sont à la portée du compétiteur : à travers le jeu interne, le joueur peut très bien, par exemple, dépasser les habi- tudes mentales qui inhibent son excellence dans la performance.  Nous avons ici analysé la constitution de la confiance en soi chez le joueur et repéré les divers éléments qui interviennent lors du développement de celle-ci. Dans un prochain numéro, nous spé- cifierons comment cette confiance en soi peut se manifester chez le joueur lors d’un match, quelles sont ses conséquences, et quels sont les outils que l’enseignant de tennis peut développer afin de ren- forcer la confiance en soi chez ses joueurs. 1 R. Nadal, J. Carlin, Rafa, Éditions JC Lattès, 2012. 2 Le terme croyance se réfère ici à l’action de croire : croire en soi, croire en ses capacités, croire en l’amour que lui portent ses parents, croire en son entourage (parents, entraîneur, entre autres) et en leur parole, etc. 3 D.W. Winnicott, La mère suffisamment bonne, Petite Bibliothèque Payot, 2006. 4 S. Freud, Pour introduire le narcissisme, Petite Bibliothèque Payot, 2012. 5 P. Jeammet, Spécificités de la psychothérapie psychanalytique à l’adolescence, Psychothérapies 2002/2 (Vol. 22), p. 77-87. 6 R. Nadal, J. Carlin, Rafa, Éditions JC Lattès, 2012, p. 29. 7 W. T. Gallwey, The Inner Game of Tennis. The Classic Guide to the Mental Side of Peak Performance, Random House Trade Paperbacks, 2008.

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