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  1. 1. Information, médias et internet Cahiers français n° 338 Médias et démocratie 8 Médias et démocratie L’indépendance de l’information : quelles réalités ? Quelles évolutions ? Si la liberté de l’information constitue une exigence première des démocraties et si elle implique certaines conditions minimales, les fonctionnements du système médiatique participent d’un temps et d’un lieu donnés. La notion de champ permet d’analyser la structure interne de l’univers socioprofessionnel du journalisme aujourd’hui et ses interactions avec les acteurs d’autres sphères :politique,économique,publicitaire… La question de la liberté des médias et de leur influence rencontre celle de leurs relations avec le droit et le(s) pouvoir(s). Faut-il laisser aux journalistes toute latitude en matière de presse ou une régulation exogène peut-elle être parfois légitime ? Les médias constituent- ils vraiment un « quatrième pouvoir » ou leur influence ne doit-elle pas plutôt s’apprécier au cas par cas ? La préservation de l’indépendance éditoriale peut aussi pâtir du renforcement des concentrations économiques, mais l’intériorisation par le champ médiatique de la logique commerciale suffit déjà à appauvrir l’offre informationnelle. Déontologie de la presse, pluralisme des opinions, objectivité dans la relation des faits sociaux…,lejournalisme,expliqueAurélie Tavernier, aime les mythes. Mais des mythes qui renvoient aussi à cette réalité de l'indépendance de l'information en tant qu'horizon symbolique fondateur du pacte démocratique. C. F. Selon un récent sondage, 63 % des personnes interrogées « croient » que les journalistes ne sont pas indépendants face « aux pressions des partis politiques et du pouvoir » ; pour 60 % d’entre elles, ils ne le sont pas non plus face « aux pressions de l’argent » (1). On peut douter sérieusement de la pertinence et de la fiabilité d’un outil qui prétend mesurer « la confiance des Français dans les médias » (2). Mais l’exercice témoigne bien de l’enjeu, pour les commanditaires de l’enquête (reconduite chaque année) et pour ceux qui y répondent, de l’indépendance comme vertu cardinale du devoir des uns et du droit des autres à l’information. Disons-le d’emblée : l’information ne saurait être indépendante, ni du contexte, ni des structures dans lesquels elle est construite et perçue comme légitime. Mais pour comprendre le caractère fondateur de ce « mythe », il importe de replacer la notion d’indépendance dans l’évolution des pratiques et des institutions afin de percer à jour les logiques systémiques et symboliques qui l’organisent. Il convient également de contourner l’écueil qui consiste à assimiler toute tentative d’analyse soit à la critique liberticide, soit à la justification angélique des pratiques journalistiques. Plutôt que la critique, et contre l’angélisme, on peut substituer à la logique de la (l’in)dépendance celle de l’interdépendance : il s’agit d’envisager les acteurs non pas les uns par rapport aux autres, mais les uns et les autres par rapport aux pratiques et aux valeurs qu’ils défendent dans l’information. De l’ORTF à la blogosphère : une information de référence, ou de révérence ? L’indépendance de l’information est un enjeu politique : les médias apparaissent comme un rouage essentiel de la démocratie en tant qu’arène de formation et d’expression libre des opinions. Au fil de l’histoire, une constante se dégage : l’information est considérée comme le reflet et le garant de l’équilibre démocratique, tel qu’il se définit à un moment donné de l’histoire d’une société. La définition de l’information légitime n’est donc pas immuable. L’évolution de la presse écrite en France est sur ce point révélatrice : la période de l’immédiat après-guerre signe le déclin des journaux d’opinion, qui se présentaient depuis le XIXe siècle comme les organes des partis politiques. Avec la professionnalisation du journalisme, la notion même (1) Sondage TNS Sofres réalisé pour le quotidien La Croix les 7 et 8 février 2007 auprès d’un échantillon national de 1000 person- nes. La question posée était libellée comme suit : « Croyez-vous que les journalistes sont indépendants, c’est-à-dire qu’ils résistent : aux pressions des partis politiques et du pouvoir ; aux pressions de l’argent ? ». (2) Sur ce point, lire les travaux de Patrick Champagne, Faire l’opinion. Le nouveau jeu politique, Paris, Minuit, 1990 et de Loïc Blondiaux, La fabrique de l’opinion : une histoire sociale des son- dages, Paris, Seuil, 1998.
  2. 2. Information, médias et internet Cahiers français n° 338 Médias et démocratie 9 d’information change de signification : la promotion des faits se dissocie formellement du commentaire ; l’anonymisation bannit l’opinion dans le discours du journaliste, soumis au devoir d’objectivité. La voix de la France La séparation de l’information et de l’opinion politique esttouterelativelorsquelegénéraldeGaullecréel’ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française), en juin 1964. Le service public de l’audiovisuel est alors placé sous la tutelle de l’État, et non plus sous le contrôle direct du ministre de l’Information comme l’était l’ancienne RTF. L’indépendance n’y est pourtant pas de mise : l’information est centralisée par le SLII (Service de Liaison Interministériel pour l’Information), piloté à sa création parAlain Peyrefitte, qui conserve la mainmise sur le déroulement des actualités télévisées. Les événements de mai 1968 et la démission du général de Gaulleen1969précipitentunmouvementdelibéralisation de l’audiovisuel timidement amorcé par les radios dites « périphériques non brouillées ». Le nouveau gouvernement Pompidou entend faire de la télévision l’instrument du dialogue entre les gouvernants et les gouvernés. L’initiative revient toutefois aux premiers, comme le signifie clairement le chef de l’État aux journalistes : l’ORTF reste « la voix de la France » (3). Il sera désavoué sur ce point parValéry Giscard d’Estaing qui, dès son élection en 1974, affirme que l’information est libre à la radio et à la télévision. La diversification de l’information prend corps avec l’éclatement de l’ORTF en sept entités autonomes. Le ministère de l’Information disparaît au profit d’un secrétariat d’État « à la Propagande et à la Communication » en 1977, puis à la « Communication » tout court. La libéralisation des ondes est encore l’une des premières mesures que prend François Mitterrand dès l’été 1981, délégant progressivement la fonction de régulation à une autorité administrative indépendante (la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle en 1982, le Conseil National de la Communication et des Libertés en 1986 et, depuis 1989, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel). Les chaînes privées font leur apparition (Canal+ et La Cinq en 1984-1985, TF1 en 1987) : la scène informative se veut concurrentielle et contradictoire, semblant renvoyerlesinjonctionsdirectesdesgouvernantsaupassé. La marche de l’information vers l’indépendance n’est pourtant pas linéaire. S’il est tentant d'associer au temps de la vieille ORTF le ton compassé des présentateurs du journal télévisé à l’égard des dirigeants, la maîtrise par les gouvernants du choix des journalistes autorisés à les interviewerdemeureuneconstantesouslaVe République, comme d’ailleurs celle des thèmes et des dispositifs de mise en scène (4). La posture actuelle des journalistes raillant la « langue de bois » des politiques, tout comme leurs rappels à l’ordre de ces derniers (« Vous n’avez pas répondu à la question »), témoignent d’une stratégie d’autonomisation des journalistes par rapport à la parole politique. Mais elle s’effectue parallèlement à l’accroissement de la marge d’initiative des politiques, à mesure que ces derniers se familiarisent avec les logiques et les techniques journalistiques. On peut également voir dans la nomination des personnalités placées à la tête de l’audiovisuel public le signe d’une mainmise de l’État sur l’information, tant la valse des dirigeants semble rythmée par la cadence électorale (5). Il convient toutefois de ne pas céder à une vision unilatérale des relations entre information et pouvoir politique. En premier lieu, les stratégies de communication des politiques sont à replacer dans la configuration du jeu médiatique et sont à ce titre dépendantes des routines du journalisme d’information (6). En outre, la dénonciation certes salutairedesformesdepressionetdecensuredirectement exercées sur la production de l’information ne doit pas faire oublier les effets majeurs d’autocontrainte qui sont à l’œuvre : les injonctions à l’obéissance sont inutiles entre acteurs partageant une vision commune des enjeux et des intérêts qu’ils ont à défendre (7). Enfin, la notion même de pouvoir invite à relativiser la représentation unilatérale d’une dépendance de l’information aux politiques : « Le pouvoir n’est pas une amulette que l’un possède et l’autre non ; c’est une particularité structurelle desrelationshumaines–detouteslesrelationshumaines » (8). Il se comprend plutôt dans l’interdépendance, que la notion de champ doit à présent nous permettre de définir. Information et politique : éléments d’une interdépendance La notion de champ désigne un espace social et symbolique relativement autonome, « structuré par des jeux de rivalités dont la limite est une commune adhésion à des enjeux et des valeurs » (9). Elle permet de décrire l’activité propre à un univers socioprofessionnel, d’en analyser la structure interne, (3) Georges Pompidou, lors d’une conférence de presse en 1970. Cité par Christian Delporte, La France dans les yeux. Une histoire de la communication politique de 1930 à nos jours, Paris, Flamma- rion, 2007, p. 186. (4) Voir Marlène Coulomb-Gully, La démocratie mise en scènes. Télévision et élections, Paris, CNRS Éditions, 2001. (5) Voir Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Paris, Liber Raisons d’agir, 2005. (6) Ce que dénonce la critique de la soumission du politique et plus largement, de la culture et des savoirs, aux formats courts du jour- nalisme télévisé répandus dans l’ensemble du champ médiatique et aux diktats de l’infotainment. Sur ce point, voir notamment Serge Halimi, op. cit ; Pierre Bourdieu, Sur la télévision suivi de L’em- prise du journalisme, Paris, Liber Raisons d’Agir, 1996 ou Guy Debord, La société du spectacle, Paris, Gallimard Folio, 1996 (1967). (7) On pourra ainsi relire l’unanimité des médias français en faveur du « oui » au référendum sur la Constitution européenne de 2005, moins comme l’expression d’un complot que d’un aveuglement aux grilles de lecture concurrentes. « Il n’est pas nécessaire que les horloges conspirent pour donner pratiquement la même heure en même temps, il suffit qu’au départ elles aient été mises à l’heure et dotées du même type de mouvement, de sorte qu’en suivant son propre mouvement chacune d’elles s’accordera grosso modo avec toutes les autres. La similitude exclut toute machination », écrit Alain Accardo dans « Un journalisme de classe moyenne ». In Alain Durand (dir.), Médias et censure. Figures de l’orthodoxie, Liège, éditions de l’Université de Liège, 2004, pp. 46-47. (8) Norbert Elias, Qu’est-ce que la sociologie ?, La Tour d’Aigues, L’Aube, 1991 (1970). (9) Érik Neveu, Sociologie du journalisme, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2004, p. 36.
  3. 3. Information, médias et internet Cahiers français n° 338 Médias et démocratie 10 mais aussi les rapports avec d’autres secteurs, en fonction du degré d’autonomie qui caractérise l’exercice de l’activité socioprofessionnelle du champ considéré (10). L’activité d’information qui s’exerce dans le cadre du champ journalistique nécessite ainsi la coopération avec d’autres champs (politique, économique, publicitaire, culturel, universitaire, etc.). Dans le cas particulier des interactions entre le champ politique et le champ journalistique, on peut parler de rapports bi-sectoriels (11), résultant de la professionnalisation et de l’autonomisation progressive et réciproque de chacun des deux pôles (12). La lutte à laquelle se livrent les acteurs pour peser sur la production de l’information n’est pas immuable : elle dépend de la « configuration du jeu » (13). Cette métaphore permet d’expliciter la variabilité des interactions dans une conjoncture donnée et les marges d’actiondontdisposentrespectivementetréciproquement les individus. En période électorale, par exemple, la configuration dans laquelle se déploie l’information politique se caractérise par une interdépendance particulièrement étroite : les stratégies des journalistes sont fortement dépendantes de l’état du champ politique et de la compétition électorale qui lui est propre, en même temps que l’issue de cette compétition dépend de la capacité des acteurs politiques à se positionner dans le champ médiatique. En l’absence d’enjeux politiques majeurs au contraire, l’intérêt des acteurs à coopérer paraît moins consensuel et le rapport de force moins équilibré (14). Jean-Baptiste Legavre a analysé la variabilité de ce rapport à propos de la pratique du « off » (« Off the record »), qui résulte du compromis que trouvent les acteurs à coopérer, l’un pour obtenir une information, l’autre pour la donner, et l’un et l’autre pour la divulguer au moment qu’ils jugent stratégique selon les enjeux de leur propre champ (15). Les cas de figure sont extrêmement variables d’une configuration à l’autre, et montrent que journalistes et politiques se trouvent en position d’« associés-rivaux » (16) dans un continuum allant de la coopération au conflit. Le consensus qui s’établit provisoirement entre eux peut alors être facilité par la proximité objective de leurs socialisations respectives, ainsi que par la fréquence de leurs interactions et par la familiarité qu’elles instaurent, entre les acteurs mais aussi et peut-être surtout, entre leurs manières de voir – ce que Bourdieu appelle la « doxa » (17). Cette forme de connivence concerne toutefois une minorité de journalistes, parvenus au faîte de la hiérarchie professionnelle. Une information sans médias ? L’intégration croissante des techniques et des supports de diffusion de l’information a favorisé l’émergence de médias dits « alternatifs » (18), qui ambitionnent justement de se situer « hors champ » pour rétablir une information pluraliste indépendante des circuits de production dominants. L’alternative proposée recouvre une grande variété de pratiques, allant des réseaux associatifs au journalisme citoyen en passant par les médias autonomes tels que les blogs, les journaux de rue ou les radios pirates (19). Leur point commun réside dans la subversion qu’ils tentent de réaliser en brisant la chaîne d’information traditionnelle, vue comme unilatérale, pour lui opposer une logique de circulation de l’information ouverte et participative. Le terme même d’« alternative » conduit pourtant à interroger la capacité d’autonomie revendiquée, dans la mesure où il implique nécessairement une relation à l’autre. Les médias alternatifs se trouvent donc en situation d’interdépendance avec le champ médiatique ; ils se situent à la périphérie de ce dernier, mais ne sauraient fonctionner en mode autarcique. On peut en effet identifier de nombreuses lignes de continuitéentremédiasalternatifsetmédiastraditionnels. Ainsi, le terme de « blogosphère » tend à donner une représentation de l’espace et des pratiques des blogueurs comme autonomes et déconnectés de la sphère médiatique (20), alors que les sujets qui y sont évoqués nourrissent et se nourrissent de l’agenda des médias nationaux traditionnels, positivement (par exemple lorsque la participation citoyenne à la campagne électorale nationale se prolonge sur le web) ou négativement (pour dénoncer l’unanimité des médias en faveur du traité de Constitution européenne). Les initiateurs des premiers blogs furent d’ailleurs des journalistes professionnels, qui continuent d’utiliser l’Internet comme un espace d’expression alternatif au sens propre, c’est-à-dire en parallèle de leur activité dans les médias traditionnels. Ceux-ci sont eux-mêmes très présents sur le web : c’est notamment le cas pour l’ensemble des quotidiens nationaux et la quasi-totalité (10) Pierre Bourdieu, « Quelques propriétés des champs », in Ques- tions de sociologie, Paris, Minuit, 1980, pp. 113-120. Voir égale- ment du même auteur : Sur la télévision (…), op. cit., pp. 44-49 ; et Propos sur le champ politique, Lyon, PUL, 2000. (11) Jacques Le Bohec, Les rapports presse-politique. Mise au point d’une typologie « idéale », Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 1997. (12) Sur la professionnalisation des journalistes, voir Denis Ruellan, Les « pros » du journalisme. De l’état au statut, la construction d’un espace professionnel, Rennes, PUR, coll. « Res Publica », 1997. Sur la professionnalisation du champ politique, voir Daniel Gaxie, La démocratie représentative, Paris, Montchrestien coll. « Clefs », 2003 (4e éd.). Sur leur autonomisation progressive, voir enfin Thomas Ferenczi, L’invention du journalisme en France. Naissance de la presse moderne à la fin du XIXe siècle, Paris, Plon, 1993. (13) Norbert Elias, op. cit. (14) Voir Michel Dobry, Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de la FNSP, 1986. (15) Jean-Baptiste Legavre, « Off the record. Mode d’emploi d’un instrument de coordination », in Politix n° 19, L’activité journalis- tique, Paris, L’Harmattan, 3e trimestre 1992, pp. 135-157. (16) Rémy Rieffel, L’Élite des journalistes, Paris, PUF, 1984. (17) Voir « Espace social et pouvoir symbolique », in Pierre Bourdieu, Choses dites, Paris, Minuit, coll. « Le sens commun », pp. 147-166. Également dans Propos sur le champ politique, op. cit., p. 37. (18) Dominique Cardon et Fabien Granjon, « Médias alternatifs et médiactivistes », in Éric Agrikoliansky, Olivier Fillieule et Nonna Mayer (dir.), L’altermondialisme en France, Paris, Flammarion, 2005, pp. 175-198. (19) Andrea Langlois et Frédéric Dubois, Médias autonomes. Nourrir la résistance et la dissidence, Québec, Lux Éditeurs, coll. « Futur proche », 2007. (20) Laurence Allard et Frédéric Vandeberghe, « Expressif yourself. Les pages perso entre légitimation technopolitique de l’individua- lisme expressif et authenticité réflexive », in Hermès n°117, Les nouvelles formes de la consécration culturelle, Paris, CNRS Éditions, 2003, pp. 191-218.
  4. 4. Information, médias et internet Cahiers français n° 338 Médias et démocratie 11 des régionaux, qui mettent en ligne leurs éditions papier etproposentsouventdescontenusspécifiquementconçus pour l’espace numérique (21). Le positionnement des médias alternatifs dans l’espace journalistique n’est donc pas à analyser en termes de rupture, mais de continuité. Derrière la logique de différenciation qui les anime, on s’aperçoit que la recherche de l’indépendance de l’information se confond avec l’exigence de pluralisme et la revendication d’autodétermination : celle des citoyens, au nom du droit de savoir ; celle des médias, au nom du devoir d’informer et du droit fondamental à la liberté de la presse. Des journalistes sous pression ? L’information entre savoir et pouvoir(s) Si le droit de l’information et de la communication constitue un domaine juridique à part entière (22), les relations entre information, droit et pouvoir restent problématiques. L’article 10 de la Convention européenne de sauvergarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales paraît pourtant sans ambiguïté : « Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières » ; mais l’article reconnaît cependant la possibilité pour les législations nationales de restreindre ces libertés dans certaines circonstances (23). Une dialectique s’établit alors entre d’un côté, la liberté d’information comme condition suprême de son indépendance, et de l’autre, le droit et le pouvoir de l’État. Du droit de savoir au contre-pouvoir Cette dialectique s’explique parce que l’information est à la fois, l’expression et le garant des droits fondamentaux, et l’objet du droit, c’est-à-dire d’une régulation et d’un contrôle dont il convient dès lors de prescrire les limites (24). Juridiquement, l’intervention de l’État sera perçue comme légitime lorsqu’elle consiste à garantir et à réaffirmer les principes d’indépendance et de liberté. Ainsi des ordonnances de 1944 qui, au lendemain de la Libération, visaient à redorer le blason d’une presse largement délégitimée par la collaboration et à poser deux exigences corollaires : la transparence (le public a le droit de savoir qui l’informe, d’où la publication nominative des comptes), et le pluralisme (le public a le droit de choisir librement qui l’informe, d’où les entraves à la concentration). Il s’agit de restrictions « positives » du principe de liberté de la presse, également à l’œuvre dans les recommandations du Conseil de l'Europe exhortant les États membres à « prendre des mesures visant à prévenir et à démanteler la concentration des médias » (25). Ici, l’indépendance de l’information est posée comme consubstantielle à la démocratie, et la liberté de la presse, aux droits fondamentaux de l’individu. Cette indistinction légitime alors de façon paradoxale les restrictions « négatives » qu’impose le législateur à la presse, en matière de diffamation ou en vertu du respect de la vie privée et du secret de l’instruction par exemple. Expression des droits fondamentaux, l’information en est aussi le garant. En vertu de cette conception, les médias peuvent revendiquer un rôle de contre-pouvoir chargé de dénoncer les abus des pouvoirs en place et de veiller au respect de la démocratie. Cette fonction éminemment symbolique explique le statut législatif spécifique dont bénéficient les médias (aides directes et indirectes de l’État, exceptions pénales et fiscales (26)…). Mais elle conduit également à suspecter de liberticide toute tentative de régulation exogène non avalisée par la profession : la logique consiste alors à se prévaloir des garanties du droit pour adosser l’indépendance de l’information au principe de responsabilité et à l’éthique professionnelle des journalistes. Ici, l’indépendance de l’information se confond avec celle du groupe professionnel lui-même, ce qui se traduit au plan institutionnel par une forte tendance à l’endorégulation. Pour n’en prendre qu’un seul exemple, citons la Charte des devoirs professionnels des journalistes français qui stipule notamment qu’« Un journaliste digne de ce nom (…) ne reconnaît que la juridiction de ses pairs, souveraine en matière d’honneur professionnel » (27). On voit que l’équilibre entre droit et pouvoir relève de la seule conscience du journaliste, éclairé par sa déontologie. Un quatrième pouvoir ? La dialectique de l’indépendance entre liberté d’expression et expression du droit s’inscrit dans la logique de séparation des pouvoirs. Dans cette optique, les médias apparaissent naturellement comme un « quatrième pouvoir » affranchi des trois pouvoirs traditionnels (exécutif, législatif et judiciaire), car puisant sa légitimité dans un droit fondamental supérieur. À nouveau, cette définition repose sur une conception essentialiste du « pouvoir », dont nous avons au contraire (21) Cf. Maxime Baffert et Marc Tessier, La presse au défi du numérique. Rapport au ministre de la Culture et de la Communica- tion, février 2007 : www.culture.gouv.fr/culture/actualites/rapports/ tessier/rapport-fev2007.pdf (22) Voir Emmanuel Derieux, Droit des médias, Paris, Dalloz, coll. « Connaissance du droit », 2005. (23) Jean-Marie Charon, Les médias en France, Paris, La Décou- verte, coll. « Repères », 2003, p. 27. (24) Voir Guy Haarscher et Boris Libois (éds.), Les médias entre droit et pouvoir. Redéfinir la liberté de la presse, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 1995. (25) Recommandation du Conseil de l’Europe n°1791 relative à la situation des droits de l’Homme et de la démocratie (18 avril 2007, alinéa 17.1). (26) Claude-Jean Bertrand, L’arsenal de la démocratie. Médias, déontologie et MARS, Paris, Economica, 1999. (27) Jean-Marie Charon, op. cit., p. 114.
  5. 5. Information, médias et internet Cahiers français n° 338 Médias et démocratie 12 signalé le caractère relationnel. De nombreux travaux en sciences sociales en soulignent également la dimension équivoque et polysémique : la notion même de « pouvoir des médias » varie selon les contextes, les groupes sociaux considérés (28), les registres d’influence susceptibles d’être concernés (comportements, opinions, valeurs), ou encore les dispositifs de diffusion et de réception des messages médiatiques. Quant à la capacité d’influence des médias sur la société, il convient d’en relativiser la toute-puissance : la notion de pouvoir renvoie en effet à la « capacité d’imposer à autrui un mode d’autorité, de domination ou d’obéissance » (29) par la force ou par le calcul stratégique, ce qui ne saurait rendre compte de la plupart des situations de communication caractéristiques des sociétés démocratiques reposant plutôt sur des formes d’adhésion ou de persuasion (30). Il convient néanmoins de s’interroger sur la prégnance d’une telle représentation, qui témoigne sans doute d’une faible diffusion des acquis des sciences sociales. Mais on peut aussi penser que la croyance dans le pouvoir des médias est le produit de l’intérêt objectif des professionnels de l’information à la faire perdurer et à justifier l’absolue nécessité de leur activité. Ainsi du terme de « médiacratie », dont l’invention revient au journaliste-producteur de télévision François-Henri de Virieu (31) : ce néologisme désigne la passation de pouvoir qui se serait opérée de la sphère politique vers la sphère médiatique, en particulier la télévision, rendue maîtresse de la fonction représentative au détriment des instances délibératives traditionnelles. Or le propos, d’apparence critique, est pour le moins ambigu car il consacre la position dominante dans le champ de celui qui l’énonce. Des chercheurs évoquent également un « déplacement du centre de gravité de la vie politique vers les médias » (32), imposant un mode de sélection des acteurs politiques axé sur la performance télévisuelle. La marge d’initiative des journalistes s’avère toutefois limitée : « les journalistes ne consacrent que ceux qui sont déjà consacrés ; ils avalisent une hiérarchie préalablement établie sans eux » (33), ce qui renvoie à l’idée d’une interdépendance des instances de représentation du pouvoir dont les médias demeurent, à n’en point douter, une arène essentielle. Le pluralisme et l’économie Au nombre des pressions exercées à l’encontre de l’indépendance de l’information, il faut enfin évoquer celles du « pouvoir économique », principalement imputées à la concentration des entreprises de presse et à la marchandisation de l’information. Les médias sont des entreprises et la presse, une industrie. Mais la fonction symbolique de leur activité interdit de considérer l’information comme un produit purement commercial. Si la constitution de groupes de presse disposant de moyens financiers importants répond à une logique économique de rationalisation des coûts, celle-ci entre en contradiction avec les exigences démocratiques de pluralisme et d’indépendance. Les principales dispositions législatives régulant le secteur de la presse visent donc d’une part, à limiter la concentration et à rendre transparente la propriété (seuils de 20 à 30 % de la diffusion totale pour un même groupe, obligation de publier dans « l’ours » le nom des gestionnaires et la structure du capital de l’entreprise) ; et à garantir l’indépendance des publications par rapport aux financeurs d’autre part (interdiction de monnayer la publication d’une information, séparation des activités d’information et de publicité…) (34). Le constat est pourtant sans appel. Depuis le démantèlement du groupe Vivendi Universal en 2002, le géant de la communication Lagardère Médias s’impose comme le seul groupe français d’envergure internationale, et comme le principal acteur économique du « marché » de l’information nationale. Ses différentes filiales sont présentes aussi bien en presse écrite (Hachette Filipacchi Médias, premier éditeur mondial de presse magazine) qu’en radio (Lagardère Active, actionnaire d’Europe 1) et en télévision (chaînes thématiques, participation au capital d’opérateurs satellites), sans oublier le système de distribution des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (via la filiale Hachette Distribution Services) et d’édition (Hachette Livres) (35). D’autres groupes de moindre envergure concentrent également un grand nombre de journaux d’information : ainsi de la Socpresse, récemment rachetée par l’industriel Serge Dassault qui devenait du même coup l’actionnaire principal du Figaro et de nombreux quotidiens régionaux et magazines nationaux d’information générale. Le phénomène n’est pas nouveau dans le paysage médiatique français, dont la particularité tient à la fois au poids traditionnel du capitalisme familial et à la transmission héréditaire de ce patrimoine (36), mais aussi à l’implication de groupes industriels dont l’activité d’origine n’a rien à voir avec l’information (37). Cette tendance lourde interdit de « succomber au mythe d’un âge d’or des médias selon lequel, " autrefois ", les journalistes auraient exercé leur profession dans de bien meilleures conditions (28) Voir à cet égard l’enquête fondatrice du courant des effets limités menée par Paul Lazarsfeld, Bernard Berelson et Hazel Gaudet : The Peoples’s Choice. How the Voter Makes up his Mind in a Presidential Campaign, Columbia University, 1944. L’hypothèse du groupe social comme relais dans l’influence des médias sur les individus a été approfondie par Elihu Katz et formalisée dans « Les deux étages de la communication », (1956). In Daniel Bougnoux (dir.), Sciences de l’information et de la communication. Textes essentiels, Paris, Larousse, 1993, pp. 704-713. (29) Rémy Rieffel, Que sont les médias ? Paris, Gallimard, coll. « Folio Actuel », 2005, p. 17. (30) Voir Philippe Breton, La parole manipulée, Paris, La Découverte Poche, 2000. (31) La médiacratie, Paris, Flammarion, 1990. (32) Patrick Champagne, Faire l’opinion, op. cit. (33) Jacques Le Bohec, Élections et télévision, Grenoble, PUG, 2007, p. 58. (34) Voir Daniel Junqua, La presse, le citoyen et l’argent, Paris, Gallimard, coll. « Le Monde Actuel », 1999. (35) Pour une présentation détaillée, voir Jean-Marie Charon, op. cit., et Michel Mathien, Économie générale des médias, Paris, Ellipses, 2003. (36) On songe en particulier à l’ancien « empire » Hersant et aux actuels groupes Bouygues, LVMH, Bolloré ou Dassault : cf. Serge Halimi, op. cit., pp. 52-53. (37) Rémy Rieffel, Que sont les médias, op. cit., p. 83.
  6. 6. Information, médias et internet Cahiers français n° 338 Médias et démocratie 13 qu’aujourd’hui » (38). Toutefois, le jeu des concentrations s’est indéniablement accéléré dans le double contexte de l’internationalisation, qui favorise l’externalisation et l’intégration au sein de holdings, et de la privatisation du secteur audiovisuel français dans les années 80. Ce constat alimente le discours critique dénonçant pêle- mêle le libéralisme de marché, la « pensée unique » des médias d’information et le « complot » des puissances de l’argent pour museler des journalistes asservis à leurs intérêts. Mais il risque de passer sous silence les dynamiques plus sourdes qui accompagnent l’insinuation des logiques économiques dans l’activité d’information, et dont les flagrants délits de collusion entre hommes d’argent et journalistes ne sont que les saillances. On imagine mal Serge Dassault dicter aux journalistes du Figaro le contenu de leurs articles : des dispositions ont d’ailleurs été prises pour lever le soupçon, affichant la séparation formelle de la rédaction et de la structure financière (39). Mais s’en tenir à cette vigilance, c’est attribuer le poids des pressions économiques sur l’information à des forces qui lui seraient extérieures : or l’intégration des objectifs de rentabilité et de profit économique dans les pratiques journalistiques pèse lourdement sur l’information. De nombreux travaux montrent que la structure interne des médias d’information s’est progressivement convertie aux principes de l’économie libérale (40). Ils dénoncent la « montée du marketing rédactionnel », reliant la crise économique qui frappe la presse écrite à celle de son identité et à l’objectif prioritaire de reconquête de l’audience (41). La contamination à l’ensemble du champ médiatique de la logique commerciale caractéristique du secteur télévisuel est également vilipendée (42). À l’image de l’interdépendance qui configure les relations des journalistes et des politiques, la dépendance de l’information aux pressions économiques résulte donc largement de l’intériorisation des règles du jeu. Dans les deux cas, des formes d’autocontrainte sont à l’œuvre, jusque dans la définition par le groupe des journalistes des critères de professionnalisme et d’excellence journalistique. Ainsi des indicateurs d’audience, érigés en gages de qualité de l’information, ou des nécessités commerciales converties en vertus d’indépendance, comme dans ce propos d’un éditorialiste d’Europe 1 : « Quand une station est riche elle peut se permettre beaucoup de choses… » (43). L’indépendance, un mythe fondateur Ces différents éléments invitent à tenir compte des représentations qui sont associées à la notion d’indépendance, sans les dissocier des pratiques professionnelles. C’est alors dans le décalage entre l’imaginaire entourant la profession de journaliste et la réalité des pratiques quotidiennes que se comprend le mieux la fonction symbolique du « mythe » de l’indépendance. La fonction mythique de l’indépendance La notion de mythe s’entend ici comme une croyance largement illusoire et pourtant partagée par une grande partie des journalistes, en raison de l’utilité qu’elle présente pour « construire la légitimité sociale du journalisme [et] l’inscrire dans un corps de rôles, plus ou moins effectifs » (44). La typologie de ces représentations idéologiques montre les modèles pratiques et les registres de justification qu’elles permettent de mettre en œuvre (45). Parmi elles et pour faire écho aux dimensions évoquées précédemment, on mentionnera le mythe de « la » déontologie, qui tend à occulter le flou des critères qui l’organisent et à faire accroire en l’efficacité de l’endorégulation morale de la profession. On peut y voir une stratégie pour durcir les frontières du groupe professionnel et entretenir la vision idéalisée de leur fonction démocratique (46). Le mythe du pluralisme remplit la même fonction symbolique, alors que la définition sur laquelle s’accordent les professionnels confond la pluralité (diversité des publications) avec le pluralisme réel des lignes éditoriales, ce que contredisent les contraintes concurrentielles du champ et l’uniformisation des pratiques qui en découle. L’indépendance de l’information doit alors être envisagée comme un mythe fondateur, dans la mesure où elle constitue l’étendard de la fonction démocratique de la profession : elle agit de ce fait comme un argument d’autorité, un postulat non discuté, autour duquel s’organisent aussi bien les discours des journalistes que ceux des critiques. On voit ici l’utilité sociale du mythe, qui permet de produire une vision unifiée du rôle des journalistes et de fournir un critère de jugement de leur activité. La construction de l’information L’homogénéisation qui s’en dégage ne doit pourtant pas masquer l’extrême diversité des pratiques et des définitions de l’information légitime selon les supports, (38) Patrick Champagne, « Le journalisme à l’économie », in Actes de la recherche en sciences sociales n° 131-132, Paris, Seuil, 2000, pp. 3-7. (39) Le cas du quotidien Le Monde est également intéressant en la matière, les mêmes réserves pouvant d’ailleurs être formulées quant à l’efficacité de la séparation institutionnelle des instances de direc- tion sur les pratiques journalistiques : voir l’ouvrage de Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du « Monde », Paris, Mille et une nuits, 2003. (40) Voir en particulier Julien Duval, Critique de la raison journa- listique. Les transformations de la presse économique en France, Paris, Seuil, coll. « Liber », 2004. (41) Patrick Champagne, « Le journalisme à l’économie », op. cit., p. 4. (42) Pierre Bourdieu, Sur la télévision (…), op. cit. (43) Olivier Guland, « Les radios séduites par l’économie », Le Monde Télévision-Radio-Multimédia, 21-22 avril 1996, pp. 32-33. Cité par Julien Duval, op. cit., p. 317. (44) Denis Ruellan, Les « pros » du journalisme (…), op. cit, p. 127. (45) Jacques Le Bohec, Les mythes professionnels des journalistes. L’état des lieux en France, Paris/Montréal, L’Harmattan, 2000. (46) Voir Denis Ruellan, Le professionnalisme du flou. Identité et savoir-faire des journalistes français, Grenoble, PUG, 1993.
  7. 7. Information, médias et internet Cahiers français n° 338 Médias et démocratie 14 les genres journalistiques, mais aussi les contextes. En temps de guerre, l’union sacrée qui se produit généralement entre les médias et le gouvernement national résulte de l’inévitable implication des médias dans les stratégies d’action et de communication des états-majors. Mais elle est plus largement l’expression d’un déplacement de la menace, incarnée par l’ennemi commun : comment le discours d’information pourrait- il se construire de manière autonome, lors même que la sauvegarde de la démocratie dont il est l’instrument est mise en péril (47) ? L’information se définit comme un rapport social et à l’intérieur d’un rapport de force, dont la configuration est variable d’une conjoncture à l’autre. Le degré d’indépendance des médias dépend donc de leur position dans le processus de construction de l’information. Si l’information est une construction, c’est parce qu’elle consiste à mettre en forme et en sens les faits sociaux qui accèdent au statut d’événement. Dans l’absolu, la production d’une information indépendante exigerait des journalistes qu’ils se contentent de rendre compte de la réalité telle qu’elle est, en toute objectivité. Or « Les événements sociaux ne sont pas des objets qui se trouveraient tout faits quelque part dans la réalité et dont les médias nous feraient connaître les propriétés et les avatars après coup avec plus ou moins de fidélité. Ils n’existent que dans la mesure où ces médias les façonnent » (48). La production de l’information résulte en effet d’une série de choix, opérés en fonction des « cadrages » mis en œuvre et des « routines » professionnelles dont disposent les journalistes pour traiter l’actualité (49). La hiérarchisation des faits, leur ordonnancement dans les rubriques et les genres de l’écriture journalistique, le ton et le style adoptés, sont quelques-uns des nombreux modes de séquençage et de formatage des contenus médiatiques. Ces opérations constituent le quotidien du travail des journalistes, qui les ont intériorisées comme autant d’évidences ; mais elles font aussi partie du « contrat de lecture » auquel le public souscrit par son acte d’achat ou d’audience, en reconnaissant dans ces formes canoniques l’expression d’une définition légitime de l’information (50). * * * En avril 2007, les premières Assises internationales du journalisme ont placé au cœur des débats la question de l’indépendance et du pluralisme des médias (51). Les propositions auxquelles elles ont abouti témoignent du soucidesprofessionnelsetdescitoyensquiyparticipaient de renforcer la régulation éthique et le respect du droit et des libertés de l’information. Elles montrent également que l’indépendance demeure un horizon symbolique fondateur du pacte démocratique : la participation des citoyens aux débats internes à la profession et l’impulsion d’un dialogue avec le public et les chercheurs constitue sans doute l’une des clés de la réflexion. Aurélie Tavernier, Université de Paris VIII Pour en savoir plus Delporte Christian (1995), Histoire du journalisme et des journalistes en France, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? ». Derville Grégory (1997), Le pouvoir des médias. Mythes et réalités, Grenoble, PUG. Gerstlé Jacques (2004), La communication politique, Paris, Armand Colin. Giroux Guy (1991), « La déontologie professionnelle dans le champ du journalisme. Portée et limites », Communication, XIII, Laval. Martin Marc (dir.) (1991), Histoire et Médias. Journalisme et journalistes français 1950-1992, Paris, Bibliothèque Albin Michel, coll. « Bibliothèque des Idées ». (47) Ces dimensions ont été analysées par Isabelle Garcin-Marrou à propos de la menace terroriste, dans Terrorisme, médias et démocratie, Lyon, PUL coll. « Passerelles », 2001. Sur l’informa- tion en temps de guerre, voir également Michel Mathien (dir.), L’information dans les conflits armés, Paris, L’Harmattan, 2001. (48) Eliseo Veron, Construire l’événement : les médias et l’accident de Three Miles Island, Paris, Minuit, 1981, p. 1. (49) On pourra lire à ce sujet : Gérard Leblanc, Scénarios du réel. 2- Information, régimes de visibilité, Paris, L’Harmattan, 1997 ; Éric Macé et Angelina Péralva, Médias et violences urbaines. Débats politiques et construction journalistique, Paris, La Documentation française, 2002. (50) Patrick Charaudeau, Le discours d’information médiatique. La construction du miroir social, Paris, Nathan-Ina, coll. « Médias Recherches », 1997. (51) Assises Internationales du Journalisme, organisées à Lille et Arras du 7 au 9 mars 2007 par l’association Journalisme et citoyen- neté en partenariat avec des organisations syndicales et des écoles de journalisme. Programme et compte-rendu des journées : www.assisesdujournalisme.com Mercier Arnaud (1996), Le journal télévisé. Politique de l’information et information politique, Paris, Presses de la FNSP. Musso Pierre (2004), Berlusconi, le nouveau prince, La Tour d’Aigues, L’Aube. « L’éthique du journalisme » (1989), Médiaspouvoirs, n° 13. « Quels contre-pouvoirs au quatrième pouvoir ? » (1990), Le Débat, n° 60. « Société de l’information. Faut-il avoir peur des médias ? » (2007), Contretemps, n° 18.

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