IntroductionL’Université de Coimbra date de1290. En fait, elle est fondée à l’ori-gine à Lisbonne par le roi DomDinis. En ...
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té un mode de gestion autonomefonctionnant par “tours”. Schéma-tiquement, il y a des “ministros”des finances, etc., des “s...
en tant que néophyte, il “est là pourapprendre et savoir écouter” selonles propos d’un Mor), jusqu’auxannées 1960 il occup...
Sobas, Farol das Ilhas), se référerà la débauche, à la boisson ou aujeu (Palácio da Loucura, Baco,Bota-Abaixo, Trunfé-Kopo...
ou de l’abandon des études. C’estaussi à l’échelle de la maison, c’est-à-dire, concrètement, en convo-quant une reunião de...
le registre non-institutionnel et surl’implication des membres, plutôtque sur la centralisation des déci-sions et l’organi...
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Artigo de anibal frias em revista da frança 2002

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Artigo de anibal frias em revista da frança 2002

  1. 1. IntroductionL’Université de Coimbra date de1290. En fait, elle est fondée à l’ori-gine à Lisbonne par le roi DomDinis. En 1537 elle s’installe défini-tivement à Coimbra, après plusieursaller-retour entre les deux villes.Dès les premiers Statuts de 1308,accordés à l’universitas, c’est-à-direla corporation des maîtres et desétudiants, des mesures sont prisespour que les étudiants puissentlouer, à titre individuel ou collectif,des maisons à des propriétaires.Les repúblicas de Coimbra sontdes maisons étudiantes caractéri-sées par un mode de vie commu-nautaire, un investissement de leursmembres dans l’organisation quoti-dienne et un esprit de fraternité.Irréductibles à la fonction “habiter”,elles se distinguent des autres rési-dences universitaires plus conven-tionnelles. Bien qu’existant ailleurs,un tel modèle possède une singu-larité due aux caractéristiquessociales et historiques de l’Université,fondée en 1290, et aux marquesculturelles de l’Academia deCoimbra, où les repúblicas se trou-vent insérées.Ce cadre englobant, à la fois ins-titutionnel, territorial et social, seconfond avec la Alta, l’espaced’évolution des repúblicas. Il setrouve converti par le chercheur enune échelle d’observation de cesstructures et de leurs membres.Cette approche est complétée parl’étude de la vie interne des casascomunitárias puisqu’elles jouissentd’une grande autonomie.Traditions universitairesAvant 1910 (et parfois jusqu’àaujourd’hui), des pratiques et desaspects traditionnels se manifestentdans plusieurs registres. La coutu-me opère, tout d’abord, dans destraits institutionnels et des symbolesprofessoraux : Abertura solene doano lectivo, fastes ostentatoires dudoctorat, port de la borla et ducapelo (la toque et la toge) ou lec-tures cérémonielles ex catedra du“lente”, le maître dont l’enseigne-ment repose sur la lectio.Les traditions étudiantes, appe-lées “Praxe académica” (trotes auBrésil), forment un autre volet descoutumes, mêlant rituels, conduitesludiques, expressions graphiqueset transgressions stéréotypées. Ellessont faites de canulars et de paro-dies (partidas e piadas), de bri-mades rituelles exercées par lesplus anciens (appelés au XXe siècle“doutores”) sur les caloiros, les pre-mière année. Cette violence, nor-malement contrôlée par le groupe2,est caractérisée par la contraintephysique (canelões et palmatoadasau seuil de l’Université : la PortaFérrea) ou psychologique (paie-ment de la patente, “exploitation”des novices). A cela, il faut ajouterdes vols de poulets dans le voisi-nage de la part des repúblicas (unefresque murale dans le Prá-Kys-Tãoen témoigne), des bagarres ou desmauvais tours joués aux “futricas”,la population de la Baixa non-uni-versitaire.S’il fallait donner une définitionextensive de la Praxe, elle subsu-merait une multiplicité de compor-tements et de statuts hiérarchiques,de rites et de cérémonies, d’objetset d’insignes, de périodes où semêlent la fête, le cérémonial, le car-naval, des activités ludiques etmusicales intégrant la Latada,située en novembre, et la Queimadas Fitas en mai. La Praxe se com-pose encore d’un costume : la capae batina, avec les “façons” de laporter, de “trupes de doutores”,masculines ou féminines, partant àla “chasse au caloiro” après minuitsur la Alta, de groupes de chanteurset musiciens traditionnels (tunas),de serenatas, de groupes de fado,de biographies d’anciens et depoèmes, de journaux et revues, dediscours, d’épisodes drôles et d’his-toires, de cris stéréotypés, d’unegíria, d’hymnes, d’emblèmes, deblasons, de drapeaux, de couleurs,de rythmes temporels, d’un savoir-être (bohème, irrévérencieux), delieux et de territorialités, de socia-bilités et d’“excès”, de personnagestypés et de figures légendaires,d’images et de mythes, d’élémentsmodernes et traditionnels... A cetteliste ouverte, il faudrait ajouter lesrepúblicas qui possèdent elles aussileurs propres usages et statuts :noms, bannière, symboles, cri,hymne, surnoms, figures légen-daires, appellations, hiérarchie,rites, sociabilités, organisation tour-nante, réunions de casa, Conselhode Repúblicas...La bohème littéraire, poétique,théâtrale ou musicale s’est déve-loppée dans la seconde moitié duXIXe siècle, avec Eça de Queirós,Antero de Quental, Augusto Hilárioou António Nobre. Elle a envahi lesespaces de la taberna, des repúbli-cas, du théâtre, de la rue ou enco-re le Choupal, le Penedo daSaudade ou le Jardim Botânico.Dans ce contexte à la fois esthé-tique, culturel et politique (destextes de Proudhon circulent), lafigure du “cábula” s’oppose à l’étu-diant sérieux, l’“urso”, dans l’argot3estudiantin. Le Conselho deVeteranos, se posant en gardien destraditions, finira par réifier cesusages à travers la rédaction deCódigos da Praxe. Celui de 1957constitue un modèle pour ceux de1993 et de 2002 qui, du reste, lereproduisent presque à l’identique.A cette liste, il faut ajouter laLatada, sorte de charivari organisépour la première fois dans les41n° 14 - mai 2002LLAATTIITTUUDDEESSLes “Repúblicas” d’étudiantsà CoimbraAníbal Frias1à Alfredo Margarido
  2. 2. années 1880 par les quatrièmeannée de Droit. Elle survient le jourdu “Ponto” en mai, marquant la findes cours. Enfin, la parodie duCentenário da Sebenta, en 1899,est réitérée sous la forme duEnterro do Grau en 1905. LaQueima das Fitas actuelle, qui sedéroule en mai, en particulier leCortejo dos quartanistas, entourédes finalistas et des caloiros, endérive.Enfin, une dernière “tradition”instituée dès l’origine du EstudoGeral est celle qui associe religionet savoir, Eglise et Université, avec“uma mistura de serviço de Deus ede Minerva”4, selon l’expressiondu professeur de Mathématiques,Sidónio Pais, futur président de laRépublique. Par ces termes, cerépublicain critique l’obligation sta-tutaire faite aux universitaires de laoração ao Espírito Santo et du jura-mento à Imaculada Conceição. Sil’Université, cette nouvelle Athènesde la culture (on parle depuis leXVIe siècle de Lusa-Atenas), estessentiellement accessible à desélites, en particulier en Droit5 et enMédecine, elle est plus largementréservée à des initiés. C’est ce querappellent les rites d’initiation6 etl’isolement de l’Alma Mater sur la“colina sagrada”.L’ensemble de ces traditions,reposant sur un puissant systèmehiérarchique (professeur/étudiants,vétérans/novices) et distinctif (uni-versitaires/futricas), fait l’objet decontestations de la part des étu-diants et des enseignants républi-cains, tels que José de Arruela,Homem Cristo (filho), BernardinoMachado ou Teófilo Braga. Ces cri-tiques seront réitérées tout au longdu XXe siècle, en particulier lorsde la crise académica de 1969 etde la Révolution des Œillets.Depuis 1980 les traditions étu-diantes ont été “restaurées” àCoimbra. Des polémiques, et parfoisdes conflits s’en sont suivis. Ce mou-vement s’est traduit ailleurs, danstout le pays, par l’“invention” de tra-ditions académicas. Balançant entrel’emprunt au modèle coïmbrien et laréactivation de traits régionaux, ellesconfèrent une “âme” à des établisse-ments récents et ancrent une “identi-té étudiante” locale.Caractéristiques des repúblicasEn première approximation, lesrepúblicas de Coimbra sont desmaisons communautaires d’étu-diants, autonomes et auto-adminis-trées, dont les membres sont sou-dés par des liens affectifs. Parmi lesdivers types d’habitation étudianteen Espagne (posadas, pupilajes,colegios mayores), il en est un quiressemble fortement à la república- à commencer par son nom. Eneffet, les hospederías, datant pourle moins des XVI-XVIIe siècles, sontdésignées par le terme génériquegobernaciones. Elles se caractéri-sent par la cooptation desmembres, par des principes endo-gènes et un degré élevé d’autono-mie. Il s’agit des repúblicas de estu-diantes ou compañías. SelonMargarita Torremocha7 “los esco-lares optaban por alquilar ellos mis-mos una casa o unos cuartos y pororganizar su vida doméstica, biensolos o con la ayuda de una o variasmujeres a su servicio”. Il est pos-sible d’établir une continuité histo-rique entre les actuelles repúblicaset les maisons étudiantes ayant exis-té dès l’origine de l’Université, àCoimbra comme ailleurs enEurope8 ou à Ouro Preto, auBrésil9.Cette approche nécessaire com-porte un risque : celui de tomberdans l’anachronisme et l’anhistori-cisme. Tout change en effet en cedomaine, à l’image de l’Universitéet de la société globale. Ce qui sedéplace, ce sont les types de struc-tures, leur degré d’indépendance etd’institutionnalisation, les usagesinternes, le statut des résidents, lesformes relationnelles, les caractéris-tiques de l’étudiant - à commencerpar le nom república qui semblen’apparaître, dans les textes, quevers le début du XIXe siècle, avecl’influence de la période libérale.Une república a la taille d’unemaison, parfois spatieuse. Elle esthabitée par 7 à 10 personnes. A cechiffre, il faut ajouter 2 à 7 comen-sais partageant les repas. S’il existedes chambres doubles, leschambres individuelles sont deve-nues la norme. Il arrive que deuxlits disposés dans une même pièceaccueillent la nouvelle recrue et unplus ancien. Par là, l’adaptation dudernier venu à l’esprit de la maisonet aux membres en place s’en trou-ve favorisée. Une maison comporte,en général, au-delà des chambres,une ou deux salles de bains, unepièce commune accueillant des visi-teurs et l’organisation de soirées,une bibliothèque et une cuisine oùsont pris les repas sur une grandetable. Toutes les maisons ont adop-42 n° 14 - mai 2002LLAATTIITTUUDDEESSMembres de la república Rás-Te-Parta dans les années 1960. Tous sont revêtus de leur capa ebatina, qu’ils portent raçada pour marquer la pose solennelle. Ils entourent affectueusementla cuisinière de la maison à qui l’un d’eux à confié sa pasta da Praxe pourvue de fitas identi-fiant son statut de quintanista ou de veterano. Jusqu’aux années 1960, la cuisinière est la seuleprésence féminine effective dans les repúblicas, en dehors de prostituées occasionnelles.
  3. 3. té un mode de gestion autonomefonctionnant par “tours”. Schéma-tiquement, il y a des “ministros”des finances, etc., des “semanais”s’occupant de mettre la table oud’aider la cuisinière10 et un/e“administrador/a” (appelé “Shérif”au Bota-Abaixo) gérant l’alimenta-tion pour un mois. Une fois parsemaine, une ou deux personnesvont commander et se faire livrerpar les Serviços Sociais del’Université des aliments obtenusavec une réduction de 50 %.Les maisons sont louées à desparticuliers contre un loyer trèsfaible : entre 5 et 10 contos parmois. Quelques-unes se sont consti-tuées en association depuis lesannées 1990. La majorité sontmixtes depuis moins de 25 ans. En2001 il existe 27 repúblicas, dontdeux féminines : les Rosa doLuxemburgo fondées en 1972 et lesMarias do Loureiro datant de 1993.Certains témoignages se réfèrent,apparemment, à des “repúblicasféminines” qui auraient existé dèsles années 192011. Ces faits sem-blent être corroborés par un écritd’une voyageuse française de lamême époque12. Si l’on s’en tient àquelques traits rapportés, commeles tâches tournantes et l’autono-mie, ces résidences ressemblent eneffet à une república. Il est pro-bable que ces maisons fonction-nent à l’image des repúblicas mas-culines, les turbulences et lesbeuveries peut-être en moins. Lesmaisons féminines se structurentpar simple mimétisme sans vrai-ment fréquenter celles des garçons.Cette séparation se vérifie, du reste,dans la vida académica en généralpuisque les étudiantes ne portentpas le costume traditionnel, la capae batina, et ne participent guèreaux praxes et à la Queima das Fitasavant les années 1950. En réalité,seules les repúblicas des étudiantssont reconnues et légitimes, y com-pris dans les mémoires orales etécrites des anciens. D’ailleurs, uneexpression de Dionysia deMendonça va dans le sens d’unetelle interprétation : “A residênciados Palácios Confusos, a que àsvezes chamávamos a nossa‘República’, como aparece aqui eacolá no nosso ‘Diário’...”. Donc,l’appellation “república” ici est deconvenance et se restreint auxseules membres, n’étant en outrediffusée que sur un registre écrit,interne et privatif.La résidence étudiante “tradi-tionnelle” de Coimbra se caractéri-se par une forme de vie collectiveet une communauté de sentiments.L’esprit de solidarité et de fraternitén’empêche pas la présence, autre-fois, d’une hiérarchie entre lesmembres et, aujourd’hui, de diffé-rences statutaires. Le titre de presi-dente ou “Mor” (de majus : “plusgrand”) marque, avant 1969, unehiérarchie respectée. Elle se fondesur l’ancienneté, laquelle légitimel’exercice d’une autorité tradition-nelle, à la manière de la hiérarchieau sein de la Praxe académica oude l’Université. Le critère de l’an-cienneté résidentielle permet auMor de choisir sa chambre ou d’êtrepeut-être plus écouté dans les “reu-niões de casa” ; chez les Fantasmasson vote en reunião de casa comp-te plus que celui des autres (maisc’est un cas isolé). Son autorité estcependant devenue plus morale ens’atténuant. Le Mor fait partie des“elementos efectivos” qui sont défi-nitivement acceptés à l’unanimitélors d’un vote de “reunião de casa”où fonctionne une réelle démocra-tie participative. Après une discus-sion avec le candidat “à casa” etun vote à l’unanimité de la part desseuls elementos efectivos, le nou-veau est “à experiência” entre sixmois et un an. Finalement, le nomd’une república, la “repúblicaSpreit-ó-Furo” par exemple,désigne à la fois l’entité résidentiel-le et l’unité formée par ses habi-tants, les elementos à experiênciaet efectivos réunis, à l’exception descomensais.A ces individus résidant et man-geant dans ce qu’ils considèrentêtre leur maison, il faut inclure les“comensais” (appelés “kayos” chezles Prá-Kys-Tão) qui partagent uni-quement les repas collectifs. Desamis, ou bien des voyageurs depassage y trouvent facilement laporte ouverte (au sens propre jus-qu’à il y a peu), un repas et un lit :ce sont des “convidados”, au mêmetitre que les amis d’un elemento decasa venus partager un repas.L’appel aux repas se fait à l’aide dela voix ou d’une cloche, suivie del’énoncé crié : “à palha (seus ani-mais)!”. Le dernier étudiant inté-gré, donc “à experiência”, est géné-ralement un “caloiro de casa”. Sadésignation peut varier : il est le“menino do povo” chez les Bota-Abaixo ou le “homem da palha”chez les Palácio da Loucura.Actuellement, le terme “caloiro”,au même titre que les aspects quirappellent la Praxe, peut être récu-sé. C’est le cas dans les repúblicasMarias do Loureiro, Inkas ou Prá-Kys-Tão. Si le dernier intégré estdevenu l’égal des autres (bien que,43n° 14 - mai 2002LLAATTIITTUUDDEESSLes velhos repúblicos et la génération plus jeune commémorent la fondation deleur maison lors d’un centenário, autour d’un repas, d’un verre, de chansons etde saudades. La fresque murale représente une scène praxiste : un caloiro subitles brimades d’une trupe de doutores à l’aide du gourdin, l’un des trois symbolesde la Praxe académica, avec la paire de ciseaux et la cuillère en bois.
  4. 4. en tant que néophyte, il “est là pourapprendre et savoir écouter” selonles propos d’un Mor), jusqu’auxannées 1960 il occupe le bas de lahiérarchie interne. Cette positioningrate le prédispose à assumer lescorvées et à subir des vexationsplus ou moins rituelles de la partdu groupe, non dénuées d’humouret de brincadeira.A Coimbra, le mot “república” aun sens générique.Depuis 1948, date de lacréation du Conselho deRepúblicas (CR)13, troistypes de “repúblicas”sont distingués, avecune connotation légère-ment hiérarchique. Ilsdépendent, là encore,de l’ancienneté de lamaison en tant querepública. Il s’agit, dansun ordre croissant, dusolar, de la república(proprement dite) et dela real república. Lesderniers Estatutos duCR, refondus en 1986,ont aboli la distinctionhiérarchique entre cestrois catégories de mai-sons. Cela dit, si le solara le droit de participeret de voter dans un CR,il ne saurait le “convo-quer”, à la différencedes deux autres typesde maisons. Il peutcependant passer stra-tégiquement par unemaison amie ou, a for-tiori, par sa república“marraine”14 afin detraiter de questions etde défendre les intérêtsengageant l’ensembledes casas, ou bien deprendre collectivementune position sociale oupolitique sur un sujetdonné, comme les propinas dansles années 1990. L’atténuation de lahiérarchie entre ces entités résiden-tielles est visible, par exemple, aufait que certaines repúblicas ontconservé leur nom de solar, commeles Kapangas. En même temps,l’expression “ao servício da Praxe”,présente dans les premiers Estatutosdu CR, en 1948 (art. 1), a disparuavec le tournant contestataire destraditions et des hiérarchies (acadé-miques et sociales) en 1969 et, sur-tout, en 1974. A partir de cette datec’est même l’ensemble de la Praxeacadémica qui est suspendue et,pour ce qui concerne les repúbli-cas, le CR. Cette réaction a conduit,actuellement, à une sorte de décro-chage - sinon une opposition -entre la Praxe, et notamment leConselho de Veteranos qui l’incarne,et le CR.Les trois Códigos da Praxe deCoimbra (1957, 1993 et 2002) par-lent de la república comme formant“l’ensemble des étudiants vivant encommunauté domestique”. Cettedéfinition est trop large, puisqu’ilexiste à Coimbra des maisons quine sont pas des repúblicas tout en“vivant en communauté domes-tique”, comme les Cow Boys.D’autre part, les Symbas, bien queportant le nom de solar depuis1962, a été exclu du titre de repú-blica comme du CR pour des rai-sons politiques. La définition desCódigos est, en outre, incomplètecar pour qu’une república existe ilfaut qu’elle soit votée et reconnuepar le CR, sans nécessairement rem-plir toutes les conditionsformelles, et notammentl’“inauguration officiel-le”, prévues par leCódigo (1993 : art. 187).Les repúblicas ontjoué un rôle actif lorsdes conflits étudiants de1961 et de 1969 sousl’Estado Novo. Elles ontpu agir en tant qu’es-paces protecteurs d’op-posants (Mário Soaresfera une conférencedans la república dosKágados, en 1969), parle biais du journal OBadalo ou en créantune liste unique et uni-taire. Celle-ci a permisaux étudiants de gagnerles élections de l’Asso-ciation des étudiants(AAC), en 1961, contre laComissão Administrativaimposée par le gouver-nement. Alberto deSousa Martins ou CelsoCruzeiro15, entre autresleaders de la contesta-tion de 1969, étaient desrepúblicos. Entre 1969et 1974, elles sont pas-sées d’un praxisme “cul-turel” à un anti-praxis-me qui a pu être àl’occasion politique. Desmesures de l’Etat en 1982et 1986, ont conduit àprotéger les repúblicasen leur reconnaissant une valeurpatrimoniale16.Chaque maison possède unnom. L’appellation peut jouer surles mots (Prá-Kys-Tão, Kágados,Bota-Abaixo, Fantasmas, Rás-Te-Parta, etc.), puiser à une originegéographique des membres(Corsários das Ilhas, Solar dosestudantes açoreanos, Kimbo dos44 n° 14 - mai 2002LLAATTIITTUUDDEESSLa velha karapaça des Kágados en 1993, dont la façade comporte diversobjets hétéroclites, avant sa restauration. Pendant les travaux, ses habi-tants ont été relogés, emportant avec eux leur bannière et leur pancarteoùfigure le nom de la maison. Ils se réinstallent en janvier 1998 dans le local“historique”. Une plaque commémorative indique une autre date, maissymbolique : 25 de Abril de 1998. Dans la cuisine, un azulejo rappelleque Lili, la vieille cuisinière, est restée au service des Kágados durant 34
  5. 5. Sobas, Farol das Ilhas), se référerà la débauche, à la boisson ou aujeu (Palácio da Loucura, Baco,Bota-Abaixo, Trunfé-Kopos), au“milieu” (Ninho dos Matulões), àdes valeurs de virilité (Galifões),aux femmes (Ay-ó-Linda, Spreit-ó-Furo, Boa-Bay-Ela) ou à la cuisi-ne (Rapó-Táxo). L’identité nomi-nale peut encore provenir d’unévénement historique ou d’unpersonnage politique (5 deOutubro, RosaLuxemburgo), d’uneréférence exotique(Inkas) ou, simplement,du lieu (Marias doLoureiro, República daPraça, Solar do Kuarenta,Solar do 44).Toutes les repúbli-cas possèdent une ban-nière noire où sontvisibles le nom et undessin-logo empruntantses traits à l’humour, àla Praxe (les Marias oules Rosas), à la boisson,aux femmes, etc. Parfoisl’expression praxística“Dura Praxis, sedPraxis” est ajoutée,comme chez lesKágados. Toutes possè-dent un cri : “E-K-A”,pour les Kágados, “A-R-R-E”, pour les Boa-Bay-Ela ou bien “Ó égua !”,pour les Prá-Kys-Tão...17Elles se différencientégalement par leurhymne. Donnons celuides Boa-Bay-Ela : Estasmeninas de agora/Boaslascas à valer/Suspiramde hora a hora/Passama vida a dizer/Que amalta mais agradá-vel/Desta Coimbra tãobela/É a malta formidá-vel /E piramidável/ Da Boa-Bay-Ela. Dans cet exemple représenta-tif, on voit à l’œuvre à la foisl’affirmation identitaire, la valorisa-tion de la maison et l’affirmationd’un ethos masculin pointant unepériode où les étudiants étaientmajoritaires dans l’Université et lesseuls à habiter les repúblicas.Ajoutons, une référence à Coimbraet à une particularité de la repúbli-ca (cf. “Piramidável”).La production de liens et deculture dans les repúblicas : unexempleUne observation participante“de l’intérieur”, prolongée sur plu-sieurs années, fait apparaître l’am-plitude des activités au sein desrepúblicas en matière de sociabili-tés et de cultures. La propositionde résidence ne résultait pas d’unedémarche personnelle mais prove-nait d’une invitation de la maison ;en me faisant par là confiance, j’yvoyais le signe d’une “adoption”18Par-delà une unité réelle et soli-de entre tous les membres, deszones de différenciation et mêmede désaccord peuvent surgir. Lessignes de l’intimité entre deux outrois membres, en dehors des rela-tions amoureuses, rarement coha-bitantes, se remarque à l’échangedes numéros des telemóveis, à l’en-voi d’e-mails ou de messages surun telemóvel (durant l’éloignementdes vacances), au fait de se retrou-ver dans un café après les repaspris en commun, d’entreprendreconjointement des projets, de s’en-traider, ou bien d’invi-ter un ami résidant àpasser un week end“na terra”, dans safamille. Que les occa-sions de conflits soientrares, cela n’empêchepas le surgissement dedivergences et de dis-cussions parfois ani-mées. Le moment desrepas ou les cafés sontpropices aux bavar-dages collectifs, joyeux,spontanés et diversifiés.Tous les sujets de la viesont abordés, même siles conversations libress’orientent volontierssur les questions poli-tiques et religieuses etsur l’univers de la mai-son. C’est ainsi que, parexemple, l’attentat du11 septembre 2001 a étécommenté et a donnélieu à des confronta-tions de points de vuedifférents.Eu égard à la mai-son, des frictions ont puse manifester à proposde l’usage du telemóveldans les espaces com-muns (cuisine, salle) ;des “accusations” por-tées par un elementocontre d’autres membreset exprimées dans cetespace semi-public qu’est le caféhabituellement fréquenté par tous ;ou dans la décision à prendre, col-lectivement, à l’égard des bruitsnocturnes répétés (dus à un effetd’alcool) du Mor avec, surtout, desconséquences sur le voisinage plai-gnant - des excès qui font ressortird’autres griefs, à propos de ses“dettes” accumulées dans la maison45n° 14 - mai 2002LLAATTIITTUUDDEESSUn ancien decretus affiché dans une república. Avant 1969, à l’occasion d’uncentenário, le Conselho de Veteranos pouvait en émettre un afin de suspendrece jour-là la praxe de trupes. Aujourd’hui, quelques maisons produisent desdecretus à usage privatif, destinés à célébrer certains événements internes.
  6. 6. ou de l’abandon des études. C’estaussi à l’échelle de la maison, c’est-à-dire, concrètement, en convo-quant une reunião de casa, quedeux membres me font part, autourd’un verre, de leur intention de“poser le problème” de la conduited’un tiers membre qui, en pleinenuit et sous l’empire de l’alcool,s’est montré agressif vis-à-vis d’uneancienne de passage. La maisonsert encore d’unité de jugement oud’échelle de mesure dans le refusmanifesté par un “jeune” antigodevant l’annonce de la candidatureà “elemento de casa” de la part dedeux comensais qu’il juge “imma-tures” car ils se sont peu impliquésdans la vie de la república et parceque “é a primeira geração semconsciência política” risquant dedestabiliser la maison ; ou encoredans l’attitude à tenir face, moins àla cohabitation d’un couple forméde deux membres de la maison,qu’à son absence - imputée - desrepas, des réunions, de l’organisa-tion... Cette polémique est intéres-sante car elle fait affleurer certainesnormes implicites. L’une de cesrègles de vie commune est celle du“célibat” dans les repúblicas. Si ellen’interdit pas (en fait elle les favori-se) des rapports sexuels épiso-diques, voire des relations amou-reuses, elle encourage peu, enprincipe, le concubinat cohabitant.Pas tellement parce qu’il va contrela morale du groupe, mais parceque le lien “matrimonial” entraînedes inconvénients à l’égard de lamaison. Le devoir d’implication per-sonnelle dans le fonctionnementde la maison ou la nécessité d’uneprésence effective et affective, sontdeux autres règles, informellescertes, mais fortement contrai-gnantes.Une étude minutieuse de la vied’une república au cours d’uneseule année fait, en outre, appa-raître la diversité des activitéssociales, culturelles, festives,rituelles, politiques ou sportives quise développent en son sein. Cesmanifestations varient, bien sûr,d’une maison à une autre. A cetégard, la república étudiée ici avecle solar Marias do Loureiro, sontfortement actives. Peut-être parceque l’une est parmi la plus ancien-ne et l’autre est la plus jeune (etféminine), devant toutes les deuxaffirmer aux yeux des autres mai-sons, mais aussi de l’Université etde l’AAC, leur position. Les activi-tés mises en place par les membresd’une maison ou entre des repúbli-cas19 amies, pensées et organiséesen commun, sont par exemple desséances de poésie ou de cinéma(parfois à thème), des rencontressportives, des sardinhadas avec leshabitants du quartier, des sangrias,des éditions de textes poétiques(Plágio), des revues ou des jour-naux, notamment sur la vie d’unerepública, diffusés parfois surInternet (O Badalo, Riskos e Kakos,O Galinheiro, O Furinho...). Cesont encore des activités de tousordres qui sont élaborées dans laperspective du “centenário”, la fêteannuelle commémorant la fonda-tion de la maison. Cette date anni-versaire réunit les anciennes et lesactuelles générations autour d’unrepas pantagruélique (feijoada,carnes, marisco, arroz doce, bolos,vin ou bière), de chants et de gui-tares, d’histoires et de souvenirs,de palabres et d’émotions. Lesautres “repúblico” ainsi que les amispassent vers minuit. Chaque annéeles manifestations s’étendent surplus d’un mois : des expositions dephotographies, des défilés degigantes e cabeçudos, des séancesde fado, des animations auprèsd’enfants orphelins, des pièces dethéâtre, des liens avec des associa-tions à caractère récréatif, culturelou sportif, des “cafés concertos”,tels “Nós e o Zeca” commémorantJosé Afonso et réalisé en collabora-tion avec l’Ateneu de Coimbra et leGrémio Operário... Exigeant unepréparation de plusieurs semaineset une collaboration étroite entretous, ces événements contribuent àsouder les individus (et les anciens)d’une maison et quelques maisonsentre elles. Ils permettent de conso-lider les relations avec le voisinage,avec la population étudiante, avecdes organismes locaux ou avecd’autres villes (Ansião, Trancoso,Braga, São João da Madeira,Bragança). A cette longue liste, ilfaudrait ajouter la production,presque toujours circonstanciée, demultiples affiches, dessins, fresques,caricatures...20Une telle production culturelle,où l’informalité prime, jouit d’unefaible visibilité sociale, ne faisantl’objet que de brèves notices dansles journaux locaux. Elle demeureétrangement absente des rapportsuniversitaires portant sur la cultureà Coimbra. S’agissant de l’offre cul-turelle académica, ces études s’entiennent aux activités proposéespar l’AAC. Or, l’expression culturel-le des repúblicas est l’une des rares,à Coimbra, à provenir “spontané-ment” du corps social (lettré).Jamais complètement dissociée desoccasions et des liens sociaux queles repúblicas reflètent et consoli-dent, cette création échappe auxcatégories des observateurs. Est-ceseulement parce qu’elles jouent sur46 n° 14 - mai 2002LLAATTIITTUUDDEESSUn centenário récent. Le vin est ici préféré à la bière, même si cette dernière s’est imposéeparmi les étudiants. La présence du garrafão, de la marmite (de feijoada) et des longuestables sont à usage collectif et festif. Sur les murs, des affiches rappellent les manifestationsculturelles et artistiques survenues à l’occasion d’un centenário. Dans les repúblicas, le Checôtoie d’autres personnages emblématiques : Zeca Afonso, la Pasionaria, Marx ou Lénine.
  7. 7. le registre non-institutionnel et surl’implication des membres, plutôtque sur la centralisation des déci-sions et l’organisation rationnelled’une certaine légitimité culture ?Nous sommes loin, à l’évidence,d’une image sociale - “extérieure”et savante - des repúblicas (et plusgénéralement de la Praxe acadé-mica) qui, selon les propos... d’unanthropologue local, seraient “umamão cheia de nada, só são copos,bêbedos e drogas”...Un lieu créateur : l’exemple desKágadosOn vient de le voir, les repúbli-cas concentrent des activités cultu-relles. Elles sont en outre desespaces créatifs au plan esthétique,même si, à nouveau, cette créationvivante est ignorée. La culture, ici,est entendue à la fois dans le sensde marques identitaires et deformes esthétiques saisies, synthéti-quement, dans leur dynamiquecréative. Précisément, les archivesd’une república cristallisent, en lesmêlant, un tel savoir-être et un telsavoir-faire. Chaque maison possè-de ses archives, plus ou moinsimportantes en fonction de l’an-cienneté de la maison, du soinapporté à leur préservation ou dudegré de fureur destructrice lors dela Révolution de 1974.Par “archives”, il faut entendre,d’une part, des documents écrits,graphiques, photographiques ousonores, des objets matériels etimmatériels formant une sorte dedépot inerte, mais dont le sensobjectivé reste toujours question-nable ; et, d’autre part, la paroleparlante, orale et vivante, des“anciens”, réactivée lors de retrou-vailles, faite de souvenirs anecdo-tiques et d’une histoire livrée sousla forme d’“histoires” narrativisées.Ce passé émerge au prisme à la foisdu temps écoulé, propice à la sau-dade, et d’une mémoire partagéeau travers d’expériences vécuesconstitutives d’une même “généra-tion” ou, pour les plus jeunes, deréférences rapportées, lues ouentendues. La part des archives“dormantes” est ici confrontée, dumoins pour certains de ces maté-riaux ou épisodes, à la mémoirevive des individus. C’est donc laméthode compréhensive que l’on achoisie. Celle retenant le sens queles Kágados confèrent à un vécu“en personne” ou bien à une his-toire dite ou transcrite relevant,pour le chercheur, de données“froides”.En considérant les aspects infor-mels, quoique structurants, desKágados, il est possible de repérerdes signes identitaires et des formesexpressives. L’analyse se focaliserasur les archives, documentaires etmémorielles, afin de les faire “par-ler” par le biais des propos ou desusages des individus eux-mêmes.Le premier des éléments identi-taires n’est autre que le nom mêmede “Kágados”. Cette désignationrenvoyant à une entité collectivejoue d’ailleurs sur le versant del’identité/identification puisqu’elleopère, surtout dans les situationsformelles et écrites (publiques,réunions, courriers...), en tant queterme de référence et d’adresse. Larepública dos Kágados date du 1erdécembre 1933 ; elle a été fondéepar des étudiants minhotos à lasuite d’une scission au sein de larepública Porvir, fondée quinzeannées plutôt. Sur la photographiedes “fondateurs ”, il est écrit “cága-dos” ; ce n’est qu’en 1943 (lors du1er “milionário”) que la lettre “k”,d’allure plus savante et exotique,substitue le “c” d’origine. Si l’onretient le jeu de mots paillard(Kágado/ cagar) et les diversesvariations de sens que le vocablerecouvre, notamment celui dési-gnant un type de tortue (cágado),ou plutôt l’image sociale de cet ani-mal aquatique, les membres, actuelsou plus anciens, se réfèrent à quel-qu’un de lent (dans les études), de“rusé” (manhoso) et de malin (finó-rio) dans la vie. Au quotidien, touteune série de termes commençantpar la lettre “c” sont réécrits avecun “k”. Cette lettre est à rapprocherdu nom de la maison, à commen-cer par “kasa”. Cette graphie circu-le entre soi, entre initiés ou vis-à-vis des autres repúblicas. Elleprolifère sur de nombreuses cor-respondances et toutes sortes desupports-papiers. La “kasa” nedésigne alors pas n’importe quellemaison, mais bien la “nôtre” deve-nue référentielle. La lettre “k” s’ap-plique également à d’autresvocables spécifiques liés auxKágados, tels que “komensais”,“kandidatos”, “karaça” ou (velha)“karapaça” en rapport à l’habitatqu’est la república. Lorsqu’il s’estagi de trouver un nom pour larevue de poésie des Kágados, letitre en fut tout naturellement ortho-graphié “Riskos e Kakos”. De lamême façon, une fresque étudiantedatant de 1964, ayant par hasardsurvécue à la tabula rasa d’avril1974 et aux travaux effectués dansla maison en 1994-1997, représentela “dernière cène”. A la place deJésus Christ, trône un “J. K.” sacra-lisé et mythique (chez les Bota-Abaixo le “Bispo” est un ancien47n° 14 - mai 2002LLAATTIITTUUDDEESSMoment festif, culturel et émotionnel, largement informel, survenant avant le départ du Morde la república dos Kágados, en avril 2000. A cette occasion, l’un des amis de la maison,honoris Kágado, est venu avec sa guitare et de nombreuses chansons sont reprises en cœur,notamment de Zeca, lequel a d’ailleurs fréquenté la maison en voisin. Un canto ao desafio,lancé spontanément, durera près de trois quarts d’heure...
  8. 8. devenu “esprit”). Cette graphieidentitaire n’est pas dénuée d’hu-mour. Elle instaure parmi les rési-dents une certaine distance ludiqueà l’égard de leurs propres usages.Signe de reconnaissance et mani-festation affectueuse, elle rend sen-sible un bien vivre ensemble.Il existe par ailleurs un langagerelatif aux repúblicas ou àquelques-unes seulement. Commeà Ouro Preto, les Kágados possè-dent leurs habitudes langagières.Ces paroles se limitent à quelquesmots ou expressionsconnus et partagéspar tous les“membres”, au senséthnométhodologique.Nous avons déjàsignalé que dans lesrepúblicas l’usage denommer différents“ministros” s’est éta-bli depuis longtemps.Chez les Kágados,sont distingués, selonleur compétence per-sonnelle, des minis-tros das finanças, dosassuntos exteriores,do património artísti-co ou encore da cul-tura e das relaçõescomunitárias. Enfin,une petite commu-nauté étudiante comme lesKágados invente des surnoms oudes sobriquets, à partir du nom, duphysique, du caractère ou encored’épisodes fondateurs. Ils prennentquelquefois le pas sur les “identitésde papier” : “Barbas”, “SáCarneiro”, “Morcego”, “Mimi”,“Serginho”, “Maria Galega”,“M&M’S”, “Os três rapozinhos”. Dela même façon, dans la pure impro-visation, par emprunts ou « détour-nements », la maison fabrique desmots ou des expressions qui sontautant de private jokes : “miau”,“bota-lh’azeite”, “es uma ferra”,etc. Ces codes favorisent une com-plicité chaleureuse et une intercon-naissance intime. Ils sont le refletd’interactions quotidiennes, de liensfamiliers entre membres ou entreamis issus du voisinage et côtoyéstous les jours au café.Les formes expressives consti-tuent la seconde piste exploitée àpartir des archives, au sens où ceterme a été défini. Ces formesexpressives procèdent de la créa-tion individuelle ou collective. Sielles contiennent une touche esthé-tique, elles s’enferment peu dansun formalisme à la ligne épurée,ouvrant, au contraire, sur des fina-lités sociales, ludiques ou poli-tiques. Elles s’indexent donc à uncontexte culturel et occasionnel, oùla part informelle et récréative joueun rôle important. Nous avons déjàpu observer que les repúblicas sontdes lieux inventifs, développant desactivités sociales, graphiques et cul-turelles. Dans cette partie, on neretiendra qu’un seul exemple decréation.Il s’agit de dessins produits,spontanément, par l’“administra-ção kagadal”. Rappelons que l’ad-ministrateur/trice21 est l’elementoqui a en charge, pour un mois, lagestion de la cuisine, en particulierles dépenses et les achats de nour-riture et le calcul mensuel descomptes individuels des elementosde casa et des comensais en fonc-tion du nombre global des repas,de l’“IRAK”22, des frais courants dela maison (eau, gaz, électricité,loyer) et des retards ou des avancesfinancières éventuelles effectuéesau cours du mois écoulé. Les mon-tants qui en résultent sont lessommes dues par chaque person-ne. Ils sont suivis du nom (ou sur-nom) respectif des bénéficiaires etsont exposés dans la cuisine à l’at-tention des intéressés. Durant lesannées 1994/ 1995, les différentes“administrations”, s’imitant mutuel-lement, ont dépassé ces aspectstechniques et fonctionnels pourjouer sur l’identité de chaqueKágado, qu’il soit elemento de casaou comensal.En effet, parmi les archives dela maison, se trouvent des dessinsqui empruntent leur style à la cari-cature, figurant chacun des repú-blicos sous la forme d’un animal.La technique de lacaricature tient ici àl’“animalisation” despersonnes, rendantsaillants leurs traits ettravers grâce au gros-sissement de certainsdétails et à une cristal-lisation de “défauts”portés par une lignegraphique et textuelle.Avec l’aide d’unancien, j’ai saisi com-bien ce graphismeinformel, en apparen-ce insignifiant, pointe,beaucoup mieux qu’untexte ou une parole,certaines normes col-lectives à respecter etcertaines valeurs“transgressées” ainsimises en images. Ces portraits,balançant entre les cartoons et la“surcharge”, entre la légèreté de lasituation et la critique, révèlent enmême temps, d’une façon fort sub-tile et non sans une part de talentet de brincadeira, la personnalitéde chacun des étudiants à la faveurde relations longues et quoti-diennes.ConclusionAu terme, il est possible de don-ner une définition plus complètede la república, au moins dans saversion coïmbrienne et actuelle.Elle peut être caractérisée à partirde plusieurs critères convergents,marqués par le signe du lien (signi-fié ici par le radical “co/cum”).Ainsi une républica d’étudiantsest une maison communautairereposant sur une cohabitation spa-48 n° 14 - mai 2002LLAATTIITTUUDDEESSFévrier 1969. La frayeur qui est visible sur le visage de l’enfant laisse entrevoir,en arrière plan, la violence exercée par la PIDE contre les manifestants étu-diants lors de la Crise Académica de 1969, déclenchée au cours de la cérimo-nie del’inauguration de la Faculté de Mathématique de la Cidade Universitária.
  9. 9. tiale de ses membres efectivos et àexperiência, masculins et/ou fémi-nins, et à laquelle s’intègrent descomensais. Cette coprésence depersonnes cooptées (colegas decurso, conterrâneos, individusrecommandés) se prolonge sur uneligne générationnelle : les“anciens”. Elle favorise une multi-tude d’interactions, individuellesou de groupe et une forme decoopération, participative et tour-nante. Cette coopération écono-mique se double, surtout, d’un stylede vie identifié à un compagnon-nage convivial. Aux liens de réci-procité et à une éthique de laconfiance qui unissent les membresentre eux, s’ajoute un sentimentd’appartenance à une même mai-son. Celle-ci est constitutive d’uneunicité intra et inter-générationnel-le. Les repúblicas sont reliées entreelles par le biais (quasi-institution-nel) du Conselho de Repúblicas et,d’ordinaire, par des relationsmutuelles, de nature amicale, intel-lectuelle ou culturelle.Une illusion, socialement bienfondée, fait remonter les repúblicasà une époque reculée. La mêmelogique, entremêlant croyance etreprésentations collectives, consi-dère l’Université actuelle commeune institution “fondée par DomDinis”. Ces mythes, entretenus, sontsans doute pourvus d’une raison.Ils reposent sur l’apparence d’uncontinuum matériel (la maison oul’Université) et textuel (archives dacasa ou Estatutos de l’Université).La réactivation d’histoires et l’entre-tien d’une mémoire collective lientles repúblicos d’une même maison.De même, la Praxe académicaforge une identité étudiante tandisque les cérémonies et le patrimoi-ne universitaires inscrivent dans ladurée l’Université de Coimbra q1 Boursier de la Fundação para aCiência e a Tecnologia ; GAP, Paris.(afrias@msh-paris.fr).2 Anibal Frias, Traditions étudiantes etviolence, “Tam Tam, Journal des eth-nologues”, Université de PicardieJules Verne, n° 3, mars 1998, pp. 6-11.3 Sur l’argot des étudiants de Coimbra,se reporter à la Licenciaturad’Amilcar Ferreira de Castro, A gíriados estudantes de Coimbra,Université de Coimbra, 1947.4 L’emblème primitif du sceau del’universitas est la Sapientia biblique; elle est substituée par la suite parune autre figure, de nature allégo-rique : la déesse Minerve (ManuelAugusto Rodrigues, ChronologiaHistoriae UniversitatisConimbrigensis, Coimbra, Arquivo daUniversidade de Coimbra, 1988, p.27).5 Voir Maria Eduarda Cruzeiro,“Costumes estudantis de Coimbra noséculo XIX : tradição e conservaçãoinstitucional”, Análise Social, vol. XV(60), 4°, 1979, pp. 795-838.6 Sur la Praxe académica comme ritede passage, on pourra lire notrearticle : “La Praxe dos caloiros : unrite de passage”, Recherches enAnthropologie au Portugal, n° 5,1998, pp. 11-39.7 Margarita Torremocha, La vida estu-diantil en el Antiguo Régimen,Madrid, Alianza Editorial, 1998, p. 42.8 Pour un aperçu historique du loge-ment étudiant, voir Anibal Frias, « AUniversidade e as Repúblicas deCoimbra em Portugal », Octávio LuizMachado (coord.), Repúblicas deOuro Preto e Mariana, Laboratório dePesquisa Histórica, UFOP, 2002 (àparaître).9 Voir Octávio Luiz Machado (coord.),Repúblicas de Ouro Preto e Mariana,Laboratório de Pesquisa Histórica,UFOP, 2002 (à paraître).10 Certaines repúblicas n’ont pas decuisinière (appelée “cumadre” à OuroPreto), soit par choix (les Marias,incluant les elementos efectivos et àexperiência, cuisinent à tour de rôlechaque semaine), soit pour favoriserune plus grande implication dans lamaison des membres et réaliser uneéconomie (Prá-Kys-Tão, Ninho dosMatulões), soit parce que des soucisfinanciers passagers empêchent lepaiement du salaire de la cuisinière(Corsários, 44).11 Dionysia Camões de Mendonça,“Residências Independentes paraUniversitárias : 1920-1974”, Boletimda AAEC, n° 14, juin 1984, pp. 55-63.12 Lily Jean-Javal, Sous le charme duPortugal, Paris, Plon, 1931, pp. 155-158. Je remercie Manuel Madeira dem’avoir communiqué cet ouvrage.13 Sur le Conselho de Veteranos, voirAnibal Frias, “Praxe académica e cul-turas universitárias. Lógicas das tradi-ções e dinámicas identitárias”,Revista Crítica de Ciências Sociais,2002 (à paraître).14 Au moment du projet de loi sur ladépénalisation de l’avortement auPortugal, en 1998, les Marias ontainsi pu “convoquer” un CR grâce àl’appui de leur voisin et parrain, lesBaco. Indiquons que le parrainageentre maisons provient du fait que,pour passer à solar puis à república,une república reconnue “présente” lamaison candidate au cours d’un CR.Une telle mesure renforce - ou tisse -des liens faits d’entraides, de visitesréciproques et, éventuellement, derelations amoureuses.15 L’auteur a écrit le seul ouvrage exis-tant sur le sujet : Coimbra 1969,Porto, Edições Afrontamento, 1989.16 Sur cette question, voir Anibal Frias,“Patrimoine et traditions étudiantes àCoimbra (Portugal) : entre art et cul-ture”, Jean-Olivier Majastre et AlainPessin (dir.), Vers une sociologie desœuvres, tome I, Paris, L’Harmattan,2001, pp. 425-446.17 Le style et le rythme de ces crisdérivent sans doute du grito acadé-mico national : “F-R-A”, servant demodèle pour d’autres. Voici parexemple, in extenso, le cri desKágados :K...A...KA/K...E...KE/K...I...KI/K...O...KO/K...U...KU/Ká...ga...dos (3 fois)/Aguenta o gado.18 Par respect pour les membresactuels et plus anciens, je n’indiquepas le nom de la maison. L’exempleétudié est, du reste, envisagé commeun cas représentatif de l’ensembledes repúblicas.19 Les occasions de réunir toutes, ou laplupart des repúblicas sont moinsfréquentes : outre les CR, le jour duprintemps regroupe, rua daMatemática, les 7/8 maisons situées àproximité ; depuis quelques annéesla “Semana das repúblicas” est unmoment incitant aux rencontres spor-tives et culturelles.20 Le registre des expressions esthé-tiques étudiantes fait partie d’une cul-ture académique ; certains éléments,comme les graffiti, les fresques et lesaffiches constituent même des indica-teurs à la fois des valeurs politiquesainsi données à voir et des actionscollectives projetées sur les mursd’un territoire. Sur ces aspects,consulter Anibal Frias et PauloPeixoto : Esthétiques urbaines et jeuxd’échelles. Expressions graphiquesétudiantes et images du patrimoineau sein du monde universitaire àCoimbra, Oficina do Centro deEstudos Sociais, Universidade deCoimbra, n° 162, juin 2001.21 A la fin du XIXe siècle il est appelé“bolsa”. Doit-on voir dans ce termeun écho de la bursa qui, au MoyenAge, désigne à la fois l’étudiant“boursier” et un type de logement“économique” ?22 L’“Irak” désigne l’ImpostoRevolucionário da AlimentaçãoKagadal. Il s’agit de la part fixe -évolutive - payée par chaque ele-mento de casa et comensal, et dont lasomme peut être supérieure au salai-re payé à la cuisinière, dont le mon-tant en 2001 est de 68 contos.49n° 14 - mai 2002LLAATTIITTUUDDEESS

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