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24                             APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE     plusieurs invraisemblances, absentes du ...
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26                         APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE               En dehors des bédouins, les autres...
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Chrono israelite1

  1. 1. Chronologie israélite synchronisée (partie 1) La chronologie israélite, qui est lune des plus anciennes connues, est encorerégulièrement étudiée dans des thèses1. La difficulté majeure, comme dans toutes leschronologies, est détablir des dates absolues obtenues grâce à des synchronismes datés parlastronomie. Or les règnes de David et de Salomon se situent dans une période (1100-750)la plus obscure de lhistoire2. La chronologie égyptienne fait exception, mais reste trèslacunaire3. Il y a cependant un obstacle encore plus redoutable à franchir: les préjugésreligieux. En effet, la chronologie israélite repose essentiellement sur les textes bibliques quisont aussi des textes religieux, ce qui entraîne fréquemment des réactions irrationnelles. Lorsque je lui ai soumis mon mémoire de thèse, la première réaction de mon anciendirecteur de thèse a été de me demander de retirer tout ce qui concernait les datationsdirectement liées à la Bible (datation de la mort dHérode, datation de la mort de Jésus etdatation de la domestication du chameau à lépoque dAbraham), ce que jai fait. Puis,lorsque mon directeur a appris mon appartenance religieuse, la soutenance de ma thèse aété suspendue, puis annulée. Jai donc recherché un nouveau directeur de thèse en luiexpliquant la situation. Surprise, Daniel Bodi était particulièrement intéressé par lachronologie israélite, il écrivait dailleurs dans sa lettre du 5 juin 2009: Par la présente, jacceptede diriger la recherche de M. Gérard GERTOUX en vue dune thèse de doctorat de lINALCO. Lecandidat prépare une thèse de doctorat relevant du domaine de lhistoire ancienne. Sa recherche porte sur lachronologie dIsraël ancien selon la Bible hébraïque à la lumière des données comparatives proche-orientales.Nouvelle déconvenue au moment de fixer la soutenance, la directrice de lINALCO arefusé mon transfert, ne voulant pas que son école soit classée comme fondamentaliste. Pourjustifier scientifiquement ce refus, Daniel Bodi mécrivait dans son courriel du 14septembre 2009: Le problème principal avec votre travail cest de trouver un jury qui accepte de siéger àvotre soutenance. Le jury que vous mavez proposé nest pas prêt à siéger pour cette thèse. Il faut trouver desprofesseurs qui acceptent les positions fondamantalistes que vous défendez. Il ne suffit pas de dire quelastronomie fournit la preuve scientifique que Jacob a vécu en 1878 av. J.-C. ; de placer les patriarchesdans un ordre "scientifique" grâce au présupposé de lastronomie ; daffirmer que la rédaction de la Genèsesest faite par Moïse en 1493! En quelle langue Moïse écrivit-il la Genèse? en égyptien hyéroglyphique, en1 M.C. TETLEY – The Reconstructed Chronology of the Divided KingdomWinona 2005 Ed. Eisenbrauns pp. 179-180.F. NOLEN JONES – The Chronology of the Old TestamentTexas 2005 Ed. Master Books pp. 170-173,326.2 Plusieurs empires "sévanouissent" durant cette période, comme lélamite et le mycénien (grec), le babylonien devenant lacunaire.3 R.K. RITNER – The Libyan Anarchy: Inscriptions from Egypts Third Intermediate PeriodAtlanta 2009 Ed. Society of Biblical Literature pp. 1-8.
  2. 2. 2 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE cunéiforme akkadien comme les lettres dEl-Amarna. Lalphabet démarre seulement avec Ugarit au XIIIe siècle avant J.-C. et le linéaire phénicien deux siècles plus tard. Ces considérations de lécriture utilisée ne semblent pas vous poser de problème. En dépit de ma bonne volonté je ne peux pas vous défendre, car je ne partage pas ce point de vue. Je vous propose donc de vous adresser aux facultés de théologie fondamantalistes baptistes comme Vaux-sur-Seine ou chez les ultra-calvinistes dAix-en-Provence. Je suis vraiment désolé mais je comprends maintenant la réaction de la commission doctorale de lINALCO. Mes collègues ne voulaient pas que lINALCO soit taxé décole fondamentaliste. Il faudrait mettre pratiquement chaque page en perspective et en contexte historique. Lastronomie est votre seule référence extérieure et cela ne suffit pas. Bien cordialement et bonne chance dans votre recherche dun jury approprié. P.S. Donner une appréciation "scientifique" à votre ms est très difficile: - dun côté, vous faites preuve de beaucoup de connaissances et dune érudition certaine dans les problèmes chronologiques, toujours difficiles, du Proche-Orient ancien, à tel point quune telle thèse ne peut être appréciée que par des spécialistes dans différents domaines: en particulier assyriologie et historiographie grecque pour la période achéménide, égyptologie et Bible/ancien Israël... - de lautre, il est clair que votre travail souffre de deux maux: il est apparemment en grande partie autodidacte (doù de graves lacunes dans la littérature secondaire et, dune façon générale, très peu de discussions sérieuses des opinons différentes de la votre, vous avez tendance à répéter pour convaincre) et, surtout, vous avez nettement une approche "fondamentaliste" par rapport au texte biblique en ce qui concerne les problèmes de chronologie: vous savez vous montrer critique par rapport aux chronologies akkadiennes ou égyptiennes, et à leur interprétation actuelle, mais jamais vis-à-vis du texte biblique à quelque époque que cela ait pu être écrit: larchéologie ou les autres textes du Proche-Orient ancien "confirment" toujours finalement le texte biblique ou "concordent" avec lui. Juste deux exemple flagrants de votre manque de sens critique vis-à-vis du texte biblique: p. 489: "Jacob (1878-1731), mort à lâge de 147 ans, a passé 20 ans en Mésopotamie (à Harrân). Joseph étant né dans la 91e année de Jacob (en -1788)"... Cela ne pose aucun problème !... p. 484: "le texte de la Genèse a été rédigé par Moïse, autour de -1493". Conclusion de ce courrier expéditif: lastronomie nest pas suffisante pour dater le texte (sans préciser par quel autre moyen), et le fait daccepter que Jacob ait vécu 147 ans, était scandaleusement fondamentaliste. À cause de ces deux remarques, jai trouvé judicieux dajouter un long préambule à cette chronologie israélite synchronisée, pour examiner en détail quelques points contestés comme: peut-on considérer la Bible comme un document historique et est-il scientifiquement impossible de vivre 147 ans et dêtre père à 91 ans?
  3. 3. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 3 LA BIBLE EST-ELLE UN DOCUMENT HISTORIQUE? La chronologie des peuples de lAntiquité (Égyptiens, Babyloniens, Assyriens,Élamites, etc.) na été reconstituée quà partir de documents, dont la plupart sont des écritsfortement influencés par la religion. La question de savoir sil sagit dune chronologie"religieuse" ne se pose même pas, vraisemblablement parce que tous ces cultes antiquessont tombés en désuétude. Il nen va pas de même avec la chronologie israélite, car le textebiblique, qui sert principalement à lélaboration de cette chronologie, contient unenseignement religieux qui est encore pratiqué. Cette ambiguïté est source dun paradoxeincroyable. En effet, depuis Hérodote les historiens savent que "la chronologie est lœil delhistoire", or la plupart des universitaires actuels refusent dexaminer la chronologie israéliteparce quils craignent (de manière irrationnelle) quen validant scientifiquement cettechronologie, ils cautionneraient en retour lenseignement religieux des textes bibliques, cequi les amène à dénier à la Bible tout caractère historique. Cette attitude est déraisonnablepour deux raisons: 1) il ne peut exister une chronologie "laïque" dun côté et unechronologie "religieuse" de lautre, scientifiquement cela est absurde, et 2) la chronologieisraélite constitue un pilier de la chronologie du monde oriental. Les deux seules thèsesconsacrées à la chronologie lui ont dailleurs accordé un volumineux chapitre4. Quelles sont les raisons qui poussent la plupart des universitaires à refuser dereconstituer une chronologie israélite à partir du texte biblique? Voici les principales: Il est absurde, dune part, de prendre le texte biblique pour un document historique, dautre part dinverser limportance des protagonistes: Israël nest mentionné quune seule fois sur une stèle de Mérenptah, alors que le mot Égypte est utilisé 680 fois dans la Bible (...) Les allusions à lÉgypte dans la Bible servent essentiellement à nourrir lhistoire interne des Hébreux, en donnant un vague décor à certains épisodes, et sont sans rapport avec ce que lhistoire actuelle enseigne5. Christiane Desroches Noblecourt, égyptologue, conservateur en chef honoraire des Antiquités égyptiennes du Louvre et ancien professeur darchéologie à lÉcole du Louvre. Dune façon générale, aucun archéologue sérieux ne croit plus aujourdhui que les événements rapportés dans le livre de Josué ont un fondement historique précis. Des prospections archéologiques, au début des années 1990, en particulier, ont révélé que la culture israélite a émergé dans les collines du centre du4 Mais aucune de ces thèses nutilise une datation des synchronismes par lastronomie:O.A. TOFFTEEN – Ancient ChronologyChicago 1907 The University of Chicago PressP.J. FURLONG - Aspects of ancient Near Eastern Chronology (c. 1600-700 BC)2008 The University of Melbourne.5 C. DESROCHES NOBLECOURT - Symboles de lÉgypteParis 2004 Éd. Desclée de Brouwer pp. 125-126.
  4. 4. 4 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE pays, en continuité avec la culture cananéenne de lépoque précédente6. Pierre de Miroschedji, archéologue, directeur de recherche au CNRS, centre de Jérusalem.  Puisque lhistoire des impurs est dépourvue de toute base historique, il est difficile dadmettre avec Manéthon et Flavius Josèphe que lexpulsion manu militari du pharaon dAvaris et de ses congénères soit le même événement que la libération des Hébreux arrachée par Moïse avec laide de Dieu... La grossière invention des scribes égyptiens, digne de la poubelle, ne saurait demeurer dans le dossier des historiens des temps de la Bible (...) Le travestissement apologétique imaginé par Flavius Josèphe ne vaut pas mieux que le travestissement diffamatoire de lÉgyptien7. Jean Yoyotte, égyptologue, titulaire de la chaire d’égyptologie du Collège de France de 1992 à 2000, directeur détudes à lÉcole pratique des hautes études.  Cette sortie dEgypte, connue depuis sous le nom dExode, constitue une péripétie essentielle du récit [Exode 13:14] (...) On en vient presque à oublier un fait fondamental: rien dans létat actuel de la documentation égyptienne plus ou moins contemporaine de ces événements, ne vient confirmer ce récit, ni même faire allusion, ne serait-ce que fugitivement, à lun des épisodes ou des personnages mentionnés. Rien!8 Alain Zivie, égyptologue, directeur de recherche au CNRS.  La plupart des historiens prennent le texte biblique de la conquête de Canaan pour une pieuse légende, une relecture idéologique et théologique des origines dIsraël (...) Ces cités sont, daprès la Bible, puissamment fortifiées. Or les fouilles archéologiques révèlent le contraire. Donc, aujourdhui, les fouilles des cités cananéennes et la lecture des tablettes de Tell el-Amarna révèlent que les victoires de Josué nont eu lieu que sur le papier9; Pour conclure laissons la parole à ces archéologues: “Il ny a pas eu dexode de masse en provenance de lEgypte. Le pays de Canaan na pas été conquis par la violence. La plupart de ceux qui ont constitué le premier noyau dIsraël étaient des gens du cru. Les premiers Israélites étaient dorigine cananéenne!”10 Richard Lebeau, égyptologue et historien des religions au Proche-Orient ancien.  Larchéologie moderne a donc prouvé que le concept darchives à Jérusalem ayant conservé des écrits du Xe siècle, est une absurdité fondée sur un témoignage biblique et non sur une évidence factuelle11. Les récits bibliques se rangeraient donc parmi les mythologies nationales, et nauraient pas plus de fondement historique que la saga homérique dUlysse, ou celle dÉnée, le fondateur de Rome, chantée 6 P. DE MIROSCHEDJI – Les archéologues réécrivent la Bible in: La Recherche n°391 (novembre 2005) p. 32. 7 J. YOYOTTE – En Égypte, le faux mystère des dynasties hyksos in: Le monde de la Bible n°146 (novembre 2002) pp. 44-45. 8 A. ZIVIE – Les Hébreux en Egypte: réalités et fantasmes in: Historia n°698 (février 2005) p. 59. 9 R. LEBEAU – La Terre promise était acquise in: Historia n°698 (février 2005) pp. 64, 65. 10 R. LEBEAU – LExode une fiction théologique in: Histoire Antique n°41 (février 2009) p. 79. 11 I. FINKELSTEIN – Le grand roi? Rien quun potentat local in: Historia n°698 (février 2005) p. 73.
  5. 5. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 5 par Virgile12. Israel Finkelstein, archéologue israélien, directeur de lInstitut dArchéologie de lUniversité de Tel-Aviv, auteur du célèbre ouvrage La Bible dévoilée. Lhistoire ne corrobore pas le fabuleux et miraculeux récit de lExode tel que nous le conte la Bible. Maintenant que nous sommes en possession de la récente documentation archéologique sur lémergence de lIsraël primitif en Canaan, cette série dévénements survenus dans une terre lointaine et étrangère ne nous est daucune utilité. Lexplication historique des origines dIsraël na plus besoin de lExode. Aussi dramatique soit-elle, et quel que soit le rôle central que cette histoire ait pu jouer dans lauto- identification ultérieure de lIsraël biblique —voire dans la construction de notre identité occidentale—, elle doit être considérée comme un mythe. Elle représente le type même du mythe fondateur, caractéristique de nombre de peuples passés ou présents (...) Plutôt que de tenter vainement de défendre lhistoricité de lExode, je suggère quil vaut mieux interpréter le récit comme un mythe, ou plutôt comme une “métaphore pour une libération”. William G. Dever, archéologue américain (université dArizona), spécialiste et défenseur (sic) de lhistoire de lIsraël biblique13. Les raisons invoquées sont les suivantes: absurde; aucun archéologue sérieux ne croit plusles événements rapportés dans le livre de Josué; digne de la poubelle; fait fondamental: rien; pieuse légende; ilny a pas eu dexode de masse en provenance de lEgypte; absurdité fondée sur un témoignage biblique; typemême du mythe fondateur. Par ces remarques cinglantes, qui apparaissent à partir de 198014, letexte de lAncien Testament est considéré comme étant sans valeur historique. Celaimplique une conséquence importante: le Nouveau Testament est lui même sans valeurpuisquil cautionne intégralement le texte de lAncien Testament, on lit en effet: Car si vouscroyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce que cest de moi quil a écrit. Mais si vous ne croyiez pas à cequil a écrit, comment croirez-vous à mes paroles?15. Mais les pharisiens objectèrent: Pourquoi alors Moïsea-t-il commandé à lhomme de remettre à sa femme un certificat de divorce quand il la répudie? Il [Jésus]leur répondit: Moïse vous a permis de renvoyer vos épouses parce que vous avez des cœurs de pierre16. Vousmettez de côté ce que Dieu a prescrit, pour vous attacher à la tradition des hommes! Puis il ajouta: Ah!vous vous entendez à merveille pour contourner et annuler la Loi de Dieu au profit de votre tradition!Ainsi, par exemple, Moïse a dit: “Honore ton père et ta mère” (...) navez-vous jamais lu dans le livre deMoïse, lorsquil est question du buisson ardent, en quels termes Dieu lui a parlé: Je suis le DieudAbraham, le Dieu dIsaac, le Dieu de Jacob17. Le texte biblique nest-il quune pieuse légende?12 I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoiléeParis 2002 Éd. Bayard pp. 51-53.13 W.G. DEVER – Aux origines dIsraël. Quand la Bible dit vraiParis 2005 Éd. Bayard pp. 255-256.14 J.K. H OFFMEIER – Israel in Egypt. The Evidence for the Authenticity of the Exodus TraditionNew York 1996 Ed. Oxford University Press pp. 3-5.15 Jean 5:46-47 Pirot et Clamer.16 Matthieu 19:7-8 Kuen.17 Marc 7:8-10; 12:26.
  6. 6. 6 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE En rangeant le récit de Moïse parmi les fables pieuses, comme lenseignent les égyptologues, on aboutit à un paradoxe étonnant, car les rédacteurs des textes évangéliques, qui condamnent invariablement les mythes, présentent aussi le récit de Moïse comme authentique: Cest à ce moment-là que naquit Moïse. Cétait un enfant dune beauté exceptionnelle. Dieu y prenait plaisir. Pendant trois mois, il fut élevé en cachette dans la maison de son père. Lorsque, finalement, les parents lexposèrent (sur le Nil), il fut recueilli par la fille de Pharaon qui ladopta et le fit élever comme son propre fils. Cest ainsi que Moïse fut initié à toute la science des Egyptiens et quil devint un habile orateur, aussi bien quun homme daction remarquable. Lorsquil eut atteint la quarantaine, lidée lui vint de voir dans quelles conditions vivaient ses frères de race, les Israélites. Il désirait leur venir en aide. Un jour il vit de ses yeux comment on maltraitait lun deux. Il prit sa défense et, pour venger ce frère, tua lEgyptien qui lopprimait. Il pensait que ses frères comprendraient que Dieu voulait se servir de lui pour les libérer. Mais ils ne comprirent pas. Le lendemain, il survint au moment où deux dentre eux se querellaient. Il sinterposa et essaya de réconcilier les adversaires. Mes amis, leur dit-il, nêtes-vous pas frères de même race? Pourquoi, alors, vous faites-vous réciproquement du mal? Celui qui était en train de frapper lautre et qui était dans son tort le repoussa en disant: De quoi te mêles-tu? Qui ta demandé dêtre notre chef ou de jouer au juge? Voudrais-tu par hasard aussi me tuer, comme hier tu as tué lEgyptien? Quand Moïse entendit cela, il prit la fuite et alla vivre en exilé dans le pays de Madian où il eut deux fils. Quarante années passèrent. Alors un ange lui apparut dans le désert du Mont Sinaï, au milieu dune flamme, dans un buisson de feu. Saisi détonnement à ce spectacle, Moïse sapprochait pour le considérer de plus près, lorsque la voix du Seigneur se fit entendre: “Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu dAbraham, dIsaac et de Jacob”. Moïse, tout bouleversé et tremblant, nosait plus lever les yeux. Alors le Seigneur lui dit: Ote tes sandales, car lendroit où tu te tiens est une terre sainte. Jai regardé et jai vu la misère de mon peuple en Egypte. Je sais quil est opprimé et quil souffre. Jai entendu ses gémissements et je suis descendu pour le délivrer. Et maintenant, je viens: Cest toi que je veux envoyer en Egypte”. Ainsi donc, cest bien ce même Moïse —celui que ses frères avaient repoussé en lui disant: De quoi te mêles-tu? Qui ta demandé dêtre notre chef ou de jouer au juge?— cest lui que Dieu a envoyé comme chef et libérateur du peuple avec lassistance de lange qui lui était apparu dans le buisson. Ce fut effectivement lui qui les a fait sortir du pays de lesclavage en accomplissant des prodiges et des miracles en Egypte, au passage de la Mer Rouge et, pendant quarante ans, durant la traversée du désert (Actes 7:20-36). Le Nouveau Testament retransmet donc fidèlement le Moïse de lAncien Testament. Si Moïse nétait quune pieuse légende, il devient difficile dexpliquer pourquoi tous les rédacteurs chrétiens, tout en retranscrivant sa vie, ont tant insisté pour dénoncer la futilité des mythes: Je tai encouragé à demeurer encore quelques temps à Éphèse pour avertir certains de ne pas introduire dans leur enseignement des nouveautés qui devient de la vraie doctrine. Quils ne se
  7. 7. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 7mettent pas à étudier des récits forgés de toutes pièces, à soccuper de mythes (...) Mais ferme ton esprit auxmythes impies et sans valeur, ne toccupe pas de ces contes de bonnes femmes qui nont rien à voir avec lavraie religion (...) Ayant la démangeaison dentendre des paroles qui chatouillent agréablement leurs oreilles,ils se détourneront de plus en plus de la vérité et se rabattront vers des mythes (...) Cest pourquoi nhésitepas à les reprendre ouvertement pour quils aient une foi saine et cessent de sintéresser à des légendes juives,des commandements dorigine purement humaine ou des préceptes formulés par des gens qui tournent le dos àla vérité (...) En effet, lorsque que nous vous avons fait connaître la puissance de notre Seigneur Jésus-Christet que nous vous avons annoncé son Retour, nous ne nous sommes pas laissé berner par des histoiresinventées ou des mythes ingénieusement arrangés18. Condamner les mythes pour mieux propagercelui de Moïse et de lExode serait dune extrême perversité et cette tromperie seraitdautant plus répréhensible que, selon les ultimes chapitres de la Bible19, les menteurs sontcondamnés à la disparition éternelle. Quel serait le but dun rédacteur qui condamnerait lafausseté pour mieux la répandre? Les rédacteurs bibliques seraient-ils tous schizophrènes? Un croyant rationnel, pour éviter lincohérence davoir une vérité sappuyant sur desmythes, pourrait supposer que lépisode de lExode fut en fait un événement mineur dont lerécit fut exagéré par la tradition. Cette dernière explication ne tient pas, car la Cène,instituée par Jésus lors de la Pâque, constitue la célébration fondamentale du christianisme,le Christ étant même "lagneau pascal" de cette Pâque. La foi chrétienne dépend ainsi de cetévénement central: Or il est écrit: “Celui qui est juste à mes yeux et qui me restera fidèle accèdera à laVie par la foi (...) Au moment de la naissance de Moïse, ce fut la foi qui donna à ses parents le courage dele cacher durant trois mois. Frappés par la beauté de lenfant, ils ne se laissèrent pas intimider par le décretdu roi (ordonnant la mise à mort de tous les enfants mâles). Poussé par cette même foi, Moïse lui-même, unefois devenu grand, renonça au titre de “fils de la fille de pharaon”. Il choisit de partager les souffrances dupeuple de Dieu plutôt que de jouir —pour bien peu de temps— des joies et des avantages dune vie dans lepéché. Subir le mépris et les outrages comme le Messie (à venir) lui paraissait un bien plus précieux que tousles trésors de lEgypte. Pourquoi? Parce quil avait les yeux fixés au loin sur la rétribution finale. Fortifiépar la foi, il brava la fureur du roi et quitta lEgypte, aussi intrépide et ferme que sil avait vu de ses yeuxle Dieu invisible. Dans cette même foi, il institua la Pâque et fit répandre (sur les portes) le sang (desagneaux immolés), pour que lange exterminateur épargnât les fils aînés des Hébreux. Cest la foi qui fittraverser les Israélites la Mer rouge comme on marche sur la terre ferme; les Egyptiens ont bien essayé de lesimiter, mais ils périrent engloutis par les flots20. Lépisode de lExode, commémoré par lacélébration de la Pâque, est bien un enseignement fondamental du Nouveau Testament.18 1Timothée 1:3-4; 4:7; 2Timothée 4:3-4; Tite 1:13-14; 2Pierre 1:16 .19 Révélation 21:8; 22:18,19.20 1Corinthiens 5:7; Hébreux 10:38; 11:23-29.
  8. 8. 8 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Lenseignement de la Bible sur lExode et celui des égyptologues sont inconciliables: mythe dun côté, vérité historique de lautre. Si cest un mythe, lenseignement de la Bible nest plus quune gigantesque imposture que lhistorien doit dénoncer, si par contre lExode est un fait historique, au même titre que la destruction du temple de Jérusalem en 70 par les armées romaines, pourquoi le refuser? En effet, même si le récit de lExode des Israélites avait été transmis de façon très déformée à cause dun antisémitisme latent, il était connu des historiens de lAntiquité21. Ce refus nest pas nouveau puisque après avoir cité les récits sur lExode de Manéthon (-280), de Chaerémon (-100) et de Lysimaque (50), Flavius Josèphe, historien juif du 1er siècle, précise les raisons de ce refus: Les calomnies à notre adresse vinrent dabord des Égyptiens, puis, dans lintention de leur être agréables, certains auteurs entreprirent daltérer la vérité; ils navouèrent pas larrivée de nos ancêtres en Égypte telle quelle eut lieu, ni ne racontèrent sincèrement la façon dont ils en sortirent. Les Égyptiens eurent bien des motifs de haine et denvie: à lorigine la domination de nos ancêtres sur leur pays, et leur prospérité quand ils leurent quitté pour retourner chez eux. Puis lopposition de leurs croyances et des nôtres leur inspira une haine profonde, car notre piété diffère de celle qui est en usage chez eux autant que lêtre divin est éloigné des animaux privés de raison. Toute leur nation, en effet, daprès une coutume héréditaire, prend les animaux pour des dieux, quils honorent dailleurs chacun à sa façon, et ces hommes tout à fait légers et insensés, qui dès lorigine sétaient accoutumés à des idées fausses sur les dieux, nont pas été capables de prendre modèle sur la dignité de notre religion, et nous ont jalousés en voyant combien elle trouvait de zélateurs. Quelques-uns dentre eux ont poussé la sottise et la petitesse au point de ne pas hésiter à se mettre en contradiction même avec leurs antiques annales, et, bien mieux, de ne pas sapercevoir, dans laveuglement de leur passion, que leurs propres écrits les contredisaient (Contre Apion I:223-226). Ce qui est paradoxal cest que, bien quil soit linventeur de la chronologie synchronisée (méthode élaborée en réaction des critiques portées à lencontre de ses Antiquités juives), Flavius Josèphe est toujours classé, par certains universitaires, parmi les apologistes dont lédifice chronologique manque de base solide22(!), plutôt quun historien. Bien quHérodote soit, lui, le "père de lhistoire", car il est le premier à avoir compris limportance de la chronologie dans létablissement de la vérité historique, ce sont cependant les copistes Juifs qui furent les premiers à reconstituer une chronologie fondée 21 P. SCHÄFER – Judeophobia. Attitudes toward the Jews in the Ancient World Massachusetts 1997 Ed. Harvard University Press pp. 15-33 J.G. GAGER – Moses in Greco-Roman Paganism New York 1972 Ed. Abingdon Press pp. 113-133. 22 T. REINACH, L. B LUM – Contre Apion Paris 2003 Éd. Les Belles Lettres pp. v, xxix, xxxv. Lauteur reconnaît cependant (ce qui le contredit et en dit long sur les préjugés) que la fidélité des citations de Josèphe est attestée par la comparaison avec des citations indépendantes dues à dautres compilateurs. De plus, il était dans lintérêt de Josèphe dêtre exact dans sa polémique, car les antisémites alexandrins étaient aux aguets et, comme ils disposaient de bibliothèques bien fournies, la moindre altération volontaire aurait vite été décelée, dénoncée, et aurait porté une atteinte grave à la crédibilité de lauteur et au succès de sa thèse.
  9. 9. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 9sur une "ère du monde (débutant avec Adam)" au lieu de chronographies nationales. Eneffet, les chronologies de Démétrius (220-200), Eupolème (-160) et du Livre des Jubilés (160-140) indiquent que, dès la fin du 4e siècle avant notre ère, ce type de calculs chronologiquesexistait23 (mais nétait pas encore standardisé)24: Démétrius Eupolème Josèphe année dAdam ère chrétienne année dAdam ère chrétienne ère chrétienne Adam 1 -5307 1 -5307 -5101 Déluge 2264 -3043 994 -4037 -2545 Naissance dAbraham 3334 -1973 2064 -3243 Entrée de Jacob en Égypte 3624 -1683 2354 -2953 Exode sous Moïse 3839 -1468 2569 -2738 -1650 Destruction du Temple -587 Ces calculs, même sils comportent dimportants écarts dus au choix du textebiblique de référence (Septante au texte massorétique), prouvent que le texte bibliquepermet la reconstitution dune chronologie. Fort de cette évidence, Flavius Josèphe25 avaitlui-même effectué ses propres calculs: Telle fut la fin des rois issus de la famille de David; ilsavaient été au nombre de vingt et un jusqu’au dernier roi et avaient régné en tout 514 ans, 6 mois et 10jours. Pendant 20 de ces années, le pouvoir avait appartenu au premier de leurs rois, Saül, qui était d’unetribu différente. Le Babylonien envoie à Jérusalem son général Nabouzardan pour piller le Temple; il avaitordre aussi de l’incendier ainsi que le palais royal, de raser la ville jusqu’au sol et de transporter le peuple enBabylonie Nabouzardan, arrivé à Jérusalem la 11e année du règne de Sédécias, pille le Temple, emporte lesvases d’or et d’argent consacrés à Dieu, ainsi que le grand bassin dédié par Salomon; il prit même lescolonnes d’airain avec leurs chapiteaux, les tables d’or et les candélabres. Après avoir enlevé ces ornements,il mit le feu au Temple le 1er jour du 5e mois, la 11e année du règne de Sédécias, 18e de Nabuchodonosor. Ilincendia également le palais et rasa la ville. Le Temple fut incendié 470 ans, 6 mois et 10 jours après sonédification: il y avait alors 1062 ans, 6 mois, 10 jours que le peuple était sorti d’Égypte. Depuis le délugejusqu’à la destruction du Temple, il s’était écoulé en tout 1957 ans, 6 mois, 10 jours. Et depuis lanaissance d’Adam jusqu’aux événements relatifs au Temple, 4513 ans, 6 mois, 10 jours. Voilà pour lecompte des années: quant à ce qui s’est accompli dans cet intervalle, nous l’avons indiqué événement parévénement. Flavius Josèphe va se servir de cette chronologie pour prouver lhistoricité de sesAntiquités juives. Il sagissait bien dune démarche scientifique et non religieuse (même silorigine de lère fait référence à un personnage biblique). Il expose la raison et la manièrede ses démarches: Jai déjà suffisamment montré, je pense, très puissant Épaphrodite, par mon histoire23 É. PUECH – Qumrân grotte a XXVIIin: Discoveries in the Judaean Desert XXXVII 2009 Ed. Clarendon Press pp. 263-267.24 J. FINEGAN - Handbook of Biblical ChronologyMassachusetts 1999 Ed. Hendrickson Publishers p. 145.25 Antiquités juives X:127-130.
  10. 10. 10 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE ancienne, à ceux qui la liront, et la très haute antiquité de notre race juive, et loriginalité de son noyau primitif, et la manière dont elle sest établie dans le pays que nous occupons aujourdhui; en effet 5000 ans sont compris dans lhistoire que jai racontée en grec daprès nos Livres sacrés. Mais puisque je vois bon nombre desprits, sattachant aux calomnies haineuses répandues par certaines gens, ne point ajouter foi aux récits de mon Histoire ancienne et alléguer pour preuve de lorigine assez récente de notre race que les historiens grecs célèbres ne lont jugée digne daucune mention, jai cru devoir traiter brièvement tous ces points afin de confondre la malveillance et les mensonges volontaires de nos détracteurs, redresser lignorance des autres, et instruire tous ceux qui veulent savoir la vérité sur lancienneté de notre race. Jappellerai, en témoignage de mes assertions, les écrivains les plus dignes de foi, au jugement des Grecs, sur toute lhistoire ancienne; quant aux auteurs décrits diffamatoires et mensongers à notre sujet, ils comparaîtront pour se confondre eux-mêmes. Jessaierai aussi dexpliquer pour quelles raisons peu dhistoriens grecs ont mentionné notre peuple ; mais, dautre part, je ferai connaître les auteurs qui nont pas négligé notre histoire à ceux qui les ignorent ou feignent de les ignorer (...) Ainsi, cest labsence, à la base de lhistoire, de toutes annales antérieures, propres à éclairer les hommes désireux de sinstruire et à confondre lerreur, qui explique les nombreuses divergences des historiens. En second lieu, il faut ajouter à celle-là une cause importante. Ceux qui ont entrepris décrire ne se sont point attachés à chercher la vérité, malgré la profession qui revient toujours sous leur plume, mais ils ont fait montre de leur talent décrivain; et si par un moyen quelconque ils pensaient pouvoir en cela surpasser la réputation des autres, ils sy pliaient, les uns se livrant aux récits mythiques, les autres, par flatterie, à léloge des cités et des rois. Dautres encore sadonnèrent à la critique des événements et des historiens, dans la pensée détablir ainsi leur réputation. Bref, rien nest plus opposé à lhistoire que la méthode dont ils usent continuellement. Car la preuve de la vérité historique serait la concordance sur les mêmes points des dires et des écrits de tous; et, au contraire, chacun deux, en donnant des mêmes faits une version différente, espérait paraître par là le plus véridique de tous. Ainsi pour léloquence et le talent littéraire nous devons céder le pas aux historiens grecs, mais non point aussi pour la vérité historique en ce qui concerne lantiquité, et principalement quand il sagit de lhistoire nationale de chaque pays26. La méthode est excellente, et cest dailleurs grâce à Flavius Josèphe que nous est parvenue la chronologie des dynasties égyptiennes établies par le prêtre Manéthon. Sans les travaux chronologiques de Flavius Josèphe sur la Bible, et malgré ses défauts, nous ne pourrions établir la chronologie égyptienne actuelle. En effet, par une ironie de lhistoire, les égyptologues qui refusent la chronologie israélite ne sont pas conscients dune double inconséquence: 1) si la chronologie israélite devait être rejetée à cause dun manque de fiabilité il faudrait aussi rejeter, pour les mêmes raisons, la chronologie égyptienne fondée sur les chiffres de Manéthon et 2) il faudrait retirer le seul 26 Contre Apion I:1-5,23-27.
  11. 11. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 11point dancrage de la 3e période intermédiaire puisque celui-ci dépend du règne de Chéchanq Ier(945-924) qui est lui-même calé sur la 5e année de Roboam calculée par Thiele! De façon surprenante une des rares dates pivots en égyptologie (-945) provient dunsynchronisme avec la chronologie biblique calculée par Thiele27! En effet, selon Kitchen28lattaque de Jérusalem par Chéchanq Ier qui coïncide avec sa campagne en Palestine(mentionnée sur une stèle datée de sa 21e et dernière année de règne) doit être datée de la 5eannée de Roboam29. En sappuyant ensuite sur la chronologie de Thiele, datant le règne deRoboam (930-913), il date sa 5e année en 925 (= 930 - 5), en supposant que la campagnedut se dérouler juste avant lan 21 de Chéchanq Ier (accession en 945 = 925 + 20). Si lacoïncidence avec lan 21 est supposée30, celle avec lan 5 est attestée31. La chronologiebiblique de Thiele est erronée (!), car il la ancrée sur un synchronisme supposé et non réelce qui la décalée denviron 45 ans. En effet, il a supposé que le tribut payé au roi assyrienPul par Ménahem était le même que celui mentionné dans les annales du roi babylonienPulu (surnom de Tiglath-phalazar III). Or, cette équivalence est impossible, Ménahemayant régné (771-760), 40 ans avant Pulu (728-727). Selon le texte biblique, le roi assyrienPul a précédé le roi assyrien Tiglath-phalazar III, car on lit32: Le dieu dIsraël excita lesprit dePhul, roi dAssyrie, et lesprit de Thelgathphalnasar, roi dAssyrie, il ny a donc pas déquivalence.Pulu est présenté comme un roi babylonien et non comme un roi assyrien et ce nom ne futjamais employé dans les textes babyloniens et assyriens33. Autre paradoxe, le tribut deMénahem (Me-ni-hi-im-me alSa-me-ri-na-a-a) apparaît dans les annales de Tiglath-phalazar IIIavant sa 9e campagne34, soit en -737, presque 10 ans avant quil ne devienne roi de Babylonesous le nom de Pulu. Ce synchronisme est donc anachronique et ne peut être utilisé pourancrer la chronologie israélite. Les thèses universitaires actuelles sur la chronologie israélitemontrent donc que le règne de Roboam doit débuter vers 980, avec un règne de 981-964 3527 E.R. THIELE – The Mysterious Numbers of the Hebrew KingsGrand Rapids 1983 Ed. The Zondervan Corporation p. 10.28 K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old TestamentCambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans pp. 30-34,108-110.29 1Rois 14:25,26; 2Chroniques 12:2-9. Le nom Chéchanq est écrit Šyšq et vocalisé Shishaq dans le texte massorétique, mais Šš(n)q dansles cartouches égyptiens. Le n devait vraisemblablement être nasalisé car il manque dans certains cartouches, ce qui induirait uneprononciation Chéchanq. Ce nom a été vocalisé Su-si-in-qu dans les annales dAssurbanipal (en -668), laissant supposer uneprononciation Shoshenq, mais les transcriptions akkadiennes des noms égyptiens sont souvent peu fidèles à loriginal.30 Le pylône où apparaît la scène de triomphe a été achevé par Ioupout un fils du roi, le II Shemou [?] de lan 21, soit peu avant la mortde Chéchanq Ier (R.A. CAMINOS – Gebel Es-Silsillah n°100 in: Journal of Egyptian Archaeology 38 (1952) pp. 46-61), ce qui nimplique pasde lien immédiat avec la campagne en Palestine, mais plutôt un délai de plusieurs années avant cet an 21, durée nécessaire à laconstruction à la construction du bâtiment commémorant le triomphe.31 K.A. WILSON – The Campaign of Pharaoh Shoshenq I into Palestine2005 Tübingen Ed. Mohr Siebeck pp. 97-99.32 1Chroniques 5:26 (Bible de Pirot-Clamer).33 G. FRAME – Babylonia 689-627 B.C.Istanbul 1992 Ed. Nederlands Historish-Archaeologish Instituut pp. 303-305.34 D.D. LUCKENBILL – Ancient Records of Assyria and BabyloniaChicago 1926 Ed. The University of Chicago Press pp. 276,277.35 M.C. TETLEY – The Reconstructed Chronology of the Divided KingdomWinona 2005 Ed. Eisenbrauns pp. 179-180.
  12. 12. 12 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE ou de 975-95936 et non de 930-913, soit un décalage de 45/50 ans. Malgré les progrès dans la précision de la chronologie israélite, les égyptologues actuels (dans leur immense majorité), ainsi que les archéologues, refusent toujours den tenir compte. Quelles sont les raisons de ce refus? La réponse de Christiane Desroches Noblecourt dans son courrier, daté du 9 août 2002, est révélatrice, elle écrit: Votre documentation sur ce que lon peut simaginer de lExode est impressionnante et ma beaucoup intéressée. En ce qui me concerne, comme vous devez le savoir, je ne suis absolument pas spécialiste de la question, mais jai dû my intéresser "de loin" lorsque jai organisé lexposition Ramsès II puis, par la suite au moment où jai écrit mon livre sur Ramsès. A cette époque, il me fallait faire au moins allusion à lExode puisque certains auteurs en avaient parlé. Vous avez dû constater que javais été prudente et quil sagissait surtout de situer le contexte correspondant à certains détails du récit biblique. Mais rien ne pouvait me permettre dêtre réellement affirmative. Et, depuis cette époque, je me range de plus en plus aux côtés de mon excellent collègue et ami, le Prof. Claude Vandersleyen qui place le contexte éventuel de la légende, jécris bien la légende de lExode autour du départ dÉgypte des Hyksos (...) Enfin pour répondre à certains intégristes qui veulent absolument que David et Salomon aient existé, faut-il se référer au travail de deux archéologues israéliens Israël Finkelstein et Asher Silberman. Les nouvelles révélations de larchéologie (Bayard Éditions). Les précisions de cette éminente égyptologue sont sidérantes, bien quelle ne soit "absolument pas spécialiste de la question" et quelle prétende ne pas être affirmative, elle se contredit immédiatement en affirmant de façon dogmatique "lExode est une légende" et elle accuse même ceux qui croient à lexistence de David et de Salomon dêtre des intégristes (le monde est donc plein dintégristes, à lexception bien sûr des égyptologues et des archéologues). Quels sont les arguments permettant des conclusions aussi provocantes? Aucun, sinon la référence à deux universitaires. Quels sont les arguments invoqués par les spécialistes pour refuser à la Bible sa prétention à être un document historique ? LA "VERITE" EST-ELLE HISTORIQUE OU ARCHEOLOGIQUE? Dans son livre La Bible dévoilée, larchéologue israélien Finkelstein expose les raisons de douter de lauthenticité de la Bible. Le titre même du livre "dévoile" son caractère subversif, et le sous-titre "Les nouvelles révélations de larchéologie" est une prétention quasi religieuse. Il écrit: Les savants qui prêtaient foi au compte rendu biblique commettaient lerreur de croire que lère des patriarches devait à tout prix être considérée comme la phase première dune histoire séquentielle dIsraël. Les spécialistes de la critique textuelle, qui avaient identifié les sources distinctives sous- 36F. NOLEN JONES – The Chronology of the Old Testament Texas 2005 Ed. Master Books pp. 170-173,326.
  13. 13. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 13jacentes du texte de la Genèse, répétaient avec insistance que le récit des patriarches avait été couché par écrità une date relativement récente, quils situaient à la période monarchique (Xe-VIIIe siècles av. J.C.) ... Lesrécits bibliques se rangeraient donc parmi les mythologies nationales, et nauraient pas plus de fondementhistorique que la saga homérique dUlysse, ou celle dÉnée, le fondateur de Rome (...) Lhistoire despatriarches est pleine de chameaux (...) Or, larchéologie révèle que le dromadaire ne fut pas domestiquéavant la fin du IIe millénaire37. Finkelstein fait référence à la critique biblique de Wellhausen,pour dater les récits du Pentateuque, or cette "critique" est sérieusement critiquée38 (ce quiest un comble). De plus, bien quil connaisse lexcellent travail de Bulliet sur ladomestication du chameau à la fin du 3e millénaire avant notre ère, il ne le cite jamais (oncomprend pourquoi). Concernant lexistence de David et Salomon39, après avoir préciséPosée de façon aussi abrupte, cette question risque de paraître intentionnellement provocatrice, il écrit:David et Salomon ont été élevés, au cours des siècles, au rang dicônes religieuses auréolées dun tel prestige—tant par le judaïsme que par le christianisme— que les déclarations récentes de certains biblistesradicaux, qui affirment que le roi David na pas davantage « de validité historique que le roi Arthur », ontété accueillies dans les cercles religieux et scientifiques avec un mépris hautain et scandalisé. Des historiensde la Bible comme Thomas Thompson et Niels Peter Lemche, de luniversité de Copenhague, et PhilipDavies, de luniversité de Sheffield, que leurs détracteurs surnomment les « minimalistes bibliques », nonten effet pas hésité à déclarer que David et Salomon, la monarchie unifiée, en réalité lentière descriptionbiblique de lhistoire dIsraël, nétaient rien de plus que des montages idéologiques, habilement élaborés,effectués par les différents cercles sacerdotaux de Jérusalem, durant la période postexilique, voirehellénistique. Dun point de vue purement littéraire et archéologique, certains arguments plaident en faveurdes minimalistes. La lecture attentive de la description biblique du règne de Salomon démontre clairementquil sagit de la peinture dun passé idéalisé, dune sorte dâge dor, nimbé de gloire. Le compte rendu de sesfabuleuses richesses (...) abonde en détails trop excessifs pour être crédibles. En outre, en dépit de leursprétendues richesses et pouvoirs, ni David ni Salomon ne figurent dans aucun texte égyptien oumésopotamien. Enfin, Jérusalem ne contient pas le moindre vestige archéologique des célèbres constructions deSalomon. Les fouilles entreprises à Jérusalem, autour et sur la colline du Temple, au cours du XIXe siècleet au début du XXe siècle, nont pas permis didentifier ne serait-ce quune trace du Temple de Salomon etde son palais (...) Quant aux édifices monumentaux attribués jadis à Salomon, les rapporter à dautres roisparaît aujourdhui beaucoup plus raisonnable. Les implications dun tel réexamen sont énormes. En effet,sil ny a pas eu de patriarches, ni dExode, ni de conquête de Canaan —ni de monarchie unifiée et37 I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoiléeParis 2002 Éd. Bayard pp. 50, 51.38 P. GUILLEMETTE, M. BRISEBOIS – introduction aux méthodes historico-critiquesQuébec 1987 Éd. Fides pp. 232-238.39 La Bible dévoilée pp. 150, 154-156.
  14. 14. 14 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE prospère sous David et Salomon—, devons-nous en conclure que lIsraël biblique tel que nous le décrivent les cinq livres de Moïse, et les livres de Josué, des Juges et de Samuel, na jamais existé. Pour résumer cette argumentation nihiliste: en dehors des vérités archéologiques point de salut, car toute histoire ne peut être que mythique. Cette conception du passé est extrêmement subversive. En effet, du point de vue archéologique, lexistence des chambres à gaz, par exemple (que jai choisi à dessein pour illustrer les conséquences dramatiques de cette idéologie), ne peuvent être prouvées, ce qui conduirait à la conclusion choquante dun "mythe des chambres à gaz". Finkelstein40 explique le but de son travail: Tout ceci démontre le pouvoir extraordinaire de larchéologie, témoin en temps réel des événements. Larchéologie doit prendre linitiative dans lécriture de lhistoire de lancien Israël; non pas larchéologie biblique traditionnelle, qui a assujetti larchéologie au texte et la surtout utilisée de manière « décorative » pour illustrer les histoires bibliques, mais larchéologie moderne, débarrassée de toute influence, indépendante (...) larchéologie est le seul témoin de lhistoire du Xe siècle avant notre ère. En réalité, larchéologie va bien plus loin que cela. Elle peut aussi largement nous renseigner sur les textes eux-mêmes (...) Me considérant comme un « historien qui pratique larchéologie », je traiterai avant tout dhistoire politique (...) Il faut reconnaître que nous manquons cruellement de documents historiques pour le fer I, période allant de la fin du XIIe à la fin du Xe siècle av. J.C. Bien que le texte biblique ait pu préserver des parcelles de souvenirs anciens, le matériau utilisé dans les livres de Josué et des Juges na que peu de rapport avec cette histoire formative de lhistoire de lancien Israël (...) Il va sans dire que je vais utiliser le système de la chronologie basse pour la datation des strates de lâge de fer (...) Je pense que la notion de grand État pan-israélite au Xe siècle av. J.C. est une invention des historiens deutéronomistes et a été dictée par lidéologie de Juda pendant la monarchie tardive. Il faudrait, selon Finkelstein, remplacer les historiens par les archéologues pour écrire lhistoire dIsraël. Formidable retour en arrière41. En effet, depuis Hérodote, les historiens se sont efforcés daméliorer la chronologie afin de trier entre les fables et lhistoire, les archéologues, qui ne peuvent dater leurs objets bien souvent quà un siècle près, voire pas du tout dans le cas des édifices en pierres, prétendent refaire lhistoire. Sans chronologie, lhistoire ne serait quune branche de la philosophie, sans les historiens, larchéologie ne peut être quune nouvelle branche de la mythologie. Dever42 résume le processus actuellement en cours: À la relecture de tout ce que Finkelstein a écrit sur le sujet, trois choses en particulier me surprennent. Premièrement, contrairement aux autres savants que jai mentionnés, 40 I. FINKELSTEIN – Un archéologue au pays de la Bible Paris 2008 Éd. Bayard pp. 32, 33, 52, 53. 41 Les historiens savent depuis longtemps que les faits nexistent pas en eux-mêmes, il faut se servir des témoignages historiques, puis les replacer dans le temps grâce à une chronologie précise, afin de dissocier les causes des conséquences. Les archéologues qui prétendent faire parler les pierres ‘oublient’ quils en deviennent les ventriloques, comme le prouvent les querelles entre leurs différentes chapelles. 42 W.G. DEVER – Aux origines dIsraël. Quand la Bible dit vrai Paris 2005 Éd. Bayard pp. 171-173, 245, 263..
  15. 15. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 15il ne donne aucune description claire et digne dêtre citée de lentité quil a jadis appelée l« Israël primitif »(...) Deuxièmement, dans les débats daprès 1995 (ceux de 1996, 1997, 1998, en particulier), il ne cessede se répéter, parfois mot pour mot. Troisièmement, Finkelstein rejette systématiquement toutes mes critiquesdans ses publications, mais il ne trouve à leur opposer que des attaques personnelles au lieu de donnéesconcrètes, quelles soient anciennes ou nouvelles. Non content de déformer mes propos (je nai jamais été un«gottwaldien »), il me prend pour un « archéologue biblique », alors que je critiquais déjà cette approchequand Finkelstein allait encore à lécole. Ces remarques illustrent les motivations derrière le débatdit "scientifique", dans lequel le fait dêtre qualifié "darchéologue biblique" constitue uneinsulte insupportable. En fait, contrairement à leur prétendue neutralité, les archéologuessont les parties prenantes dun débat idéologique. Dever conclut ainsi son analyse: Ce quiprécède se voulait une analyse critique des données archéologiques et bibliques en notre possession sur lesorigines dIsraël. Tout au long de cet exposé, jai tenté de démontrer que les témoignages archéologiques lesplus récents, dont certains représentent une révolution dans ce domaine, doivent être dorénavant considéréscomme notre source primordiale pour lécriture (ou la réécriture) de lhistoire des débuts dIsraël. Cetteaffirmation catégorique de la primauté de larchéologie en matière de recherche historique nen pose pasmoins un problème: elle relègue le texte biblique, avec ses hautes traditions, à un rang subalterne en tant quesource. On pourrait même linterpréter comme un rejet global de la Bible. Il devient en effet tentant dignorerles récits bibliques sur les origines dIsraël et son émergence historique en les prenant pour des textes depropagande théocratique trop tardifs, parfois divertissants, quelquefois édifiants, mais entièrement fictifs.Une porte est ouverte à travers laquelle ne manqueront pas de sengouffrer les révisionnistes, déjà trop enclinsà se servir du scepticisme des archéologues pour justifier leur programme nihiliste. Quest-ce qui motivecette démolition programmée de lhistoire biblique (et aussi par extension de lhistoire engénéral)? Dever en dévoile les raisons: Balter introduit avec soin la façon dont les diverses idéologies,religieuses ou politiques, se servent de larchéologie à des fins douteuses. Comme je lui ai dit: « Nous noussommes tellement battus pour faire de larchéologie une discipline respectable, pour la libérer de ce genre deproblème émotionnels... Nous y voilà de nouveau plongés jusquau cou ! » Balter fait correctement le lienentre le révisionnisme biblique originel et le nouveau révisionnisme archéologique. Il explique commentHamid Sali, un jeune archéologue palestinien de luniversité de Birzeit, se disait ravi de pouvoir enfinfouiller le sol de sa propre patrie (...) Khaled Nashef est un partisan fervent et redoutablement efficace delengagement de larchéologie locale dans la cause palestinienne. Il déclare que lhistoire de la Palestine a ététrop longtemps écrite et définie par les « archéologues bibliques », chrétiens ou israéliens. À présent, dit-il, ilappartient aux Palestiniens de réécrire cette histoire, en commençant par la redécouverte archéologique delancienne Palestine. Effectivement, selon le texte biblique, cest Dieu qui autorise les Israélitesà expulser des Cananéens de leur terre. Sagit-il dune interprétation religieuse?
  16. 16. 16 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE On le voit, linterprétation archéologique nest jamais neutre, ni religieusement, ni politiquement. De plus, sans chronologie précise, les objets archéologiques sont souvent ininterprétables, ce qui laisse donc place à toutes les spéculations43. Dans ces conditions, comment reconstituer lhistoire dIsraël ? Il faut laisser laffaire aux mains des historiens, et la meilleure méthode, instaurée par Hérodote, est celle qui sappuie sur des synchronismes historiques qui peuvent être datés par lastronomie. COMMENT RECONSTITUER LHISTOIRE DISRAËL? Roland de Vaux44 expose en préface la méthode utilisée pour reconstituer lhistoire dIsraël, il écrit: Jai longtemps hésité sur le titre quaurait cet ouvrage. Le nom d« Histoire dIsraël », donné souvent à des travaux analogues, a semblé inadéquat. En effet, « Israël » némerge dans lhistoire que comme le nom collectif donné à un groupe de tribus après leur installation en Canaan. Devenu une entité politique par linstitution de la monarchie sous Saül, réduit au royaume du Nord après la mort de Salomon, cet « Israël » a cessé dexister politiquement lorsque la chute de Samarie a consommé la réduction du royaume du Nord en provinces assyriennes (...) Dun autre côté, le nom d« Israël », avec sa connotation religieuse, est à partir du retour de lExil en compétition avec celui de « Judaïsme », désignant un mouvement qui, malgré toutes ses attaches avec le passé, est assez original pour justifier un nom nouveau (...) Puisque lAncien Testament est la source principale de cette histoire, la recherche doit partir de létude de son texte (...) La critique historique, enfin, travaille sur les éléments ainsi rassemblés. Elle recourt à lAncien Testament lui-même mais elle fait appel à des témoignages externes : la géographie humaine et historiques des territoires externes ; les textes anciens du Proche-Orient qui, par milliers, nous renseignent sur les peuples voisins dIsraël et permettent de reconstruire leur histoire, ou qui, rarement, contiennent une référence directe à un personnage ou à un événement de la Bible, ou qui, trouvés en Palestine ; larchéologie qui illustre ces textes orientaux et ceux de lAncien Testament qui les complète lorsquils sont défaillants. Aucun historien ne conteste la nécessité de tenir compte à la fois du texte biblique et de tout lapport des découvertes récentes. Il paraît effectivement raisonnable de restreindre lhistoire de lancien Israël à une période commençant au plus tôt avec Abraham, puisque avant lui il ny a pas de peuple (et donc pas de trace), et finissant au plus tard avec Bar-Kokhba, puisque après ce personnage il ny a plus de peuple localisé mais seulement une diaspora juive. La méthode consistant à comparer les textes anciens avec les inscriptions et les données archéologiques est excellente, même si les résultats sont généralement limités. 43 A. MAZAR – Archeology of the Land of the Bible New York 1990 Ed. Doubleday pp. 28-34, 232-530. 44 R. DE VAUX – Histoire ancienne dIsraël Paris 1986 Éd. Gabalda pp. 7-10.
  17. 17. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 17 Selon le texte biblique, Abraham était originaire dUr, personnage puissant45, ilaurait vécu autour de -1900. Le livre de la Genèse46 donne les noms de ses ancêtresimmédiats: Térah, Nahôr et Seroug. Selon larchéologie la ville dUr a bel et bien existé.Cétait une ville prestigieuse de Sumer qui eut son apogée vers la fin du 3e millénaire avantnotre ère. Les noms très rares des ancêtres dAbraham ont été retrouvés dans le nord de laMésopotamie, sous la forme Ša-ru-gi (Seroug) dans un document de Tello daté de la IIIedynastie dUr III (2020-1912), et sous la forme Na-ḫa-rum (Nahôr) dans un document de lamême époque à Nippur47. Un document de Mari48 précisant même que la ville de Nahourétait proche de Harrân49. Larchéologie a montré que Harrân fut une ville prospère à la findu 3e millénaire avant notre ère, période durant laquelle la Genèse place la vie dAbraham,puis cette ville végéta entre -1800 et -700. Même sil est le plus souvent difficile de dater avec précision les événementsbibliques par larchéologie, car ils sont nécessairement lacunaires sur ces époques reculées,certains détails donnent des renseignements que lon peut comparer à des empreintesdigitales. Cest dailleurs grâce à ces détails insoupçonnés que lon peut déterminer si unrécit peut être classé comme historique ou mythologique du type "il était une fois". Troiséléments apparemment anodins (à lépoque de la rédaction), permettent ainsi de dater unévénement de manière assez précise, soit: 1) Le taux dinflation du prix dun esclave. 2) La proportion de certains noms dans les documents. 3) La structure des traités connus. 4) La présence de mots rares liés à une époque précise. 1) Le premier élément de vérification de la chronologie israélite est fourni parlévolution du prix dun esclave. Celui-ci a augmenté avec le temps50, phénomène quonappelle inflation. Il est de 10 à 15 shekels à Akkad (-2200), de 10 shekels à Ur III (-2000),de 20 shekels dans le code dHammurabi et à Mari (-1700), de 30 shekels à Nuzi (-1400),entre 20 et 40 shekels à Ugarit (-1300), de 50 à 60 shekels en Assyrie (900-800), et entre 90et 120 shekels au début de lépoque perse (600-500).45 Genèse 11:31; 14:14.46 Genèse 11:22-26.47 R. DE VAUX - Histoire ancienne dIsraël des origines à linstallation en CanaanParis 1986 Éd. Gabalda p. 185.48 G. ROUX - La MésopotamieParis 1995 Éd. Seuil p. 256.The Biblical Archaeologist1948 p. 16.49 Genèse 29:4,5.50 E.M. B LAIKLOCK - The New International Dictionary of Biblical ArchaeologyMichigan 1983 Ed. Zondervan Publishing House p. 417.P. GARELLI, J.M. DURAND, H. GONNET, C. BRENIQUET - Le Proche-Orient AsiatiqueParis 1997 Éd. P.U.F. pp. 278-288.
  18. 18. 18 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE La corrélation entre la datation biblique et la période où les événements sont censés se produire est excellente. Le prix de 20 shekels fixé pour acheter Joseph (à lâge de 17 ans) comme esclave51 est en accord avec la période où il fut vendu (-1770), comme celui de 30 shekels en Exode52 avec la période où Moïse est censé avoir vécu (-1500). De même, le prix de 50 shekels53 correspond à la période où régna Ménahem (-770). Enfin, le prix de 90 shekels (3x30) se déduit à partir du texte de Zacharie54 qui écrivit vers -520. La somme de 30 shekels représentait un mois de salaire soit le tiers du prix dun esclave. En effet, un shekel valait 3 deniers, et un denier correspondait à une journée de travail au 1er siècle55. 2) Le deuxième élément de vérification de la chronologie israélite provient de la proportion des noms amorites comportant une forme conjuguée à limparfait (commençant souvent par un i ou un y) par rapport à lensemble des noms à une période donnée. Il est évident que certains noms (ou prénoms) sont caractéristiques dune époque, ce qui permet de les dater. Une étude56 portant sur 360 noms akkadiens du 3e millénaire avant notre ère, a montré une proportion de 20% de noms à limparfait, dont 80% commençant par y/i. Une autre étude57 portant sur 6000 noms a révélé que vers -1800 il y en avait 16% à limparfait, dont 55% commençant par y/i. Autour de -1300 sur 4050 noms il ny en a plus que 2% à limparfait, dont 30% commençant par y/i. Au début du 1er millénaire avant notre ère, sur 5000 noms, il nen reste que 0,25% à limparfait, dont 1,6% commençant par y/i: 51 Genèse 37:28. 52 Exode 21:32. 53 2Rois 15:20. 54 Zacharie 11:8,12. 55 Matthieu 20:2. 56 R.A. DI VITO - Studies in Third Millenium Sumerian and Akkadian Personal Names Roma 1993 Ed. Pontificio Istituto Biblico pp. 306-317. J. BRIGHT - A History of Israel London 1980 ED. SCM pp. 77, 78. K.A. KITCHEN - Ancient Orient and the Old Testament Chicago 1966 Ed. IVP pp. 48, 49. D.J. WISEMAN F.E. GAEBELEIN - Archaeology & The Old Testament in: Expositor’s Bible Commentary, Vol. 1, Grand Rapids 1983 Ed. Zondervan p. 316. 57 K.A. KITCHEN - Ancient Israel. A Short History from Abraham to the Destruction of the Tem. 1989 in: Themelios 15:1 Ed. H. Shanks pp. 25-28.
  19. 19. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 19 Dans les chapitres 16 à 50 du livre de la Genèse apparaissent vingt-quatredescendants dAbraham, dont quatre ont un nom commençant par y/i (Ismaël, Isaac,Jacob, Joseph), soit une proportion de 16%. La période où ces personnages ont vécusétend de -2000 à -1750 selon la Bible, ce qui est effectivement en très bon accord avec cesdonnées archéologiques. Détail digne dintérêt, toutes les divinités dont le nom commencepar y/i sont très anciennes, en fait avant le 2e millénaire avant notre ère; par exemple:Ishtar, Il, Igigi, Inanna, Ishkur, Ishara, Inshushinak, etc. 3) Le troisième élément de vérification de la chronologie israélite provient de lastructure des traités, également caractéristique de chaque époque. Une étude58 portant surcinquante-sept traités a montré que ceux-ci comportaient des parties spécifiques (témoins,titres, serments, engagements, malédictions, bénédictions, rappels historiques) présentésdans un ordre caractéristique propre à chaque époque. La Bible rapporte trois traités conclus à lépoque patriarcale: celui dAbraham avecAbimélek en Genèse 21, celui dIsaac avec Abimélek en Genèse 26, et celui de Jacob avecLaban en Genèse 31. Ces trois traités ont la même structure:1) des témoins59;2) un serment60;3) des engagements61;4) des malédictions et des bénédictions62.58 K.A. KITCHEN - The Patriarchal Age: Myth or History1995 in: Biblical Archaeology Review 21:2 pp. 48-57, 88-95.K.A. KITCHEN, R.S. HESS - Genesis 12-50 in the Near Eastern WorldCambridge 1993 in: He Swore an Oath Ed. Tyndale House pp. 67-92.59 Genèse 21:22; 26:28; 31:44-52.60 Genèse 21:23; 26:28; 31:44.61 Genèse 21:24,30; 26:29; 31:52.62 Genèse 21:33; 26:29; 31:53.
  20. 20. 20 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Les trois traités bibliques de lépoque patriarcale cadrent exactement avec ceux qui existaient au début du 2e millénaire avant notre ère, daprès les données archéologiques et linguistiques. Cette confrontation est pertinente puisquelle compare des données sensiblement du même lieu et de la même époque. 4) Le quatrième élément de vérification de la chronologie israélite provient de la présence de mots rares liés à une époque déterminée dans le temps. Cette méthode de datation par lanalyse linguistique nest possible que si le corpus est bien documenté, ce qui est rarement le cas. Le mot manne, par exemple, est traduit par "quest-ce [que cest]?63". Or ce mot "manne" est légèrement différent de sa définition hébraïque mâ-hou. Certains linguistes expliquent cet écart en invoquant une étymologie populaire basée sur le syriaque ou laraméen tardif. Cette explication érudite nest pas satisfaisante puisque le mot manne signifie "qui" et non "quest-ce" dans ces deux langues. La forme des pronoms interrogatifs dans les langues sémitiques anciennes64, est la suivante: Qui Quoi Langue attestée de - à: Égyptien ancien/moyen m m -2500 -1500 Akkadien ancien man min -2500 -2000 Assyro-Babylonien mannu(m) mînu(m) -1900 -600 Amorite manna ma -2500 -1500 Ugaritique my mh, mn -1500 -1100 Cananéen ancien miya manna -1800 -1100 Phénicien my m -1000 300 Hébreu mî mâ -1000 500 Araméen ancien/moyen man mâ -900 200 Syriaque ancien man mâ 0 200 63Exode 16:15. 64E. LIPINSKI - Semitic Languages Outline of a Comparative Grammar in: Orientalia Lovaniensia Analecta 80. Leuven 2001 Ed. Peeters pp. 336,337.
  21. 21. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 21 Le mot manne existait en cananéen ancien et avait le sens de "quest-ce", il se trouveécrit sous la forme ma-an-na dans une lettre à El-Amarna (EA 286), datée autour de -1350.Cette vocalisation est conservée par la Septante et par le Nouveau Testament. Le cananéenancien est un hébreu teinté dakkadien65, utilisé par des scribes dans leur correspondanceavec Canaan. Or, cet ancien dialecte a disparu après -1100. Un autre exemple détymologie,attestant de la très haute antiquité du texte biblique, est fourni par le mot hanikayw "seshommes délite" en Genèse 14:14. Cet hapax, dont on ignorait encore le sens exact il y apeu, fut découvert dans des textes égyptiens dexécration datés en 1900-1800 pour qualifier"les hommes délite" des princes cananéens. Ce mot rare66 apparaît ensuite, pour la dernièrefois, dans un texte trouvé à Taanach daté en 1500-1400. Comment un rédacteur tardif dutexte biblique aurait-il pu connaître un mot disparu depuis -1400? Lexplication la plussimple de cette étonnante précision nest-elle pas dadmettre que lauteur du texte ait vécu àlépoque des faits? La datation obtenue grâce à la linguistique est cependant balbutiante àcause du corpus très restreint sur lequel elle opère. Les mots rares de la Bible ont souventété supposés tardifs, et donc anachroniques. Ces conclusions, qui reposaient en fait surnotre ignorance des langues anciennes, ont régulièrement été démenties. Par exemple, selonun dictionnaire de référence67, les mots ketem "or" (Job 28:16,19), pardes "parc" (Cantiquedes cantiques 4:13; Ecclésiaste 2:5; Néhémie 2:8) et karoz "héraut" (Daniel 3:4) sont tardifspuisque pardes et karoz auraient été empruntés au grec (paradeisos "paradis" et kerux"héraut"), soit autour de -400. Selon un dictionnaire plus récent68, ces mots rares existaienten akkadien: kutîmu viendrait du sumérien KU-DIM "orfèvrerie" (avant -2000), pardêsu"enclos" du vieux perse "muret autour" (vers -600) et kirenzi "proclamation" seraitemprunté à la langue hourrite (vers -1500). Selon une étude plus approfondie, le mot vieuxperse pari-dîdâ "muraille autour", viendrait du mède pari-daiza. Or, la langue mède étaitparlée à Ecbatane et remonte au début du 1er millénaire avant notre ère69. Les affirmationsdanachronismes sont donc maintenant devenues anachroniques, elles reposaient en fait surune illusion, les mots disparus étant en fait des mots hibernants70.65 S. IZREEL - Canaano-AkkadianMunich 2005 Ed. Licom Europa pp. 1-4.66 R. DE VAUX - Histoire ancienne dIsraël des origines à linstallation en CanaanParis 1986 Éd. Gabalda pp. 208-209.67 F. BROWN, S.R. DRIVER, C.A. BRIGGS – A Hebrew and English Lexicon of the Old TestamentOxford 1951 Ed. Oxford University pp. 508, 825, 1097.68 J. BLACK, A. GEORGE, N. POSTGATE – A Concise Dictionary of AkkadianWiesbaden 2000 Ed.Harrassowitz Verlag pp. 159, 171, 266.69 F. JOANNES – Dictionnaire de la civilisation mésopotamienneParis 2001 Éd. Robet Laffont p. 517.70 A.R. MILLARD - The Tell Fekheriyeh Inscriptionsin: Biblical Archaeology Today 1990. Jerusalem 1993, Ed. Israel Exploration Society p. 523A.R. MILLARD - A Lexical Illusionin: Journal of Semitic Studies 31 (1986) pp. 1-3.
  22. 22. 22 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE Les fouilles de ras Shamra (en 1929), qui ont exhumé lantique ville dUgarit détruite en -1185, ont permis de démentir plusieurs préjugés de larchéologie. En effet, cette ville de Syrie connaissait déjà lalphabet (en cunéiforme) au 14e siècle avant notre ère71, sa langue étant très proche de lhébreu. Cela a dailleurs permis déclairer des expressions bibliques obscures72: šebîsîm "petits soleils" en Isaïe 3:18, šeta‘ "craindre/ terrifier" en Isaïe 41:10, bêt- hahopšît "maison de réclusion" en 2Rois 15:8, rokeb ba‘arabôt "chevaucheurs de nuées" en Psaumes 68:5, etc. Les connaissances archéologiques nen sont donc quà leur début. Les conclusions linguistiques sont encore faussées par dautres difficultés:  Selon le Talmud73, le texte biblique en paléo-hébreu a été réécrit en caractère araméen (appelé "hébreu carré") par Esdras (vers -400). Certains termes techniques archaïques ont été réactualisés, ce qui a généré des anachronismes artificiels. Le mot "darique" (1Chroniques 29:7), par exemple, est anachronique, puisque cette unité monétaire, apparue seulement au 6e siècle avant notre ère, était inconnue à lépoque de David, quatre siècles plus tôt. Esdras, lauteur présumé du livre des Chroniques, a donc effectué la conversion dune ancienne unité, inusitée à son époque, en une autre plus courante et familière: "la darique", comme il le fait en Esdras 8:27. Par contre, la qesitah (Genèse 33:19; Josué 24:32; Job 42:11) na pas été convertie par Esdras (les traducteurs de la Septante, eux, lont traduite par "agneau", créant ainsi un nouvel anachronisme).  Les aires géographiques de lAntiquité, dont le nom a été conservé, ont changé avec le temps. Selon le Nouveau Testament, le Sinaï (au nord de lÉgypte) était une montagne située en Arabie (Galates 4:25; Ac 7:29,30). De même, les traducteurs de la Septante situaient aussi (en -280) le pays de Goshèn en Arabie74. Il semble donc y avoir un anachronisme, cependant cette définition de lArabie recoupe celle des historiens de lépoque. Strabon75 (-64 21), historien grec du Pont, décrivait les frontières de lArabie comme allant du Golf persique à lEst jusquau Nil à lOuest, ce qui signifie que pour lui la péninsule arabique et la péninsule du Sinaï étaient incluses dans lArabie. De même, lhistorien grec Hérodote76 (495-425) appelait Arabie toute cette région allant de lEst du Nil à la Mer Rouge. LArabie de la Septante et du Nouveau Testament est donc différente de celle de lAncien Testament (qui correspond à la définition actuelle), mais était en accord avec celle des géographes grecs de leur époque. 71 Les archives dUgarit avant -1350 ont malheureusement disparu, peut-être parce que le support utilisé pour lécriture était la tablette de bois recouverte de cire (S. LACKENBACHER – Textes akkadiens dUgarit, in: LAPO 22, Éd. Cerf 2002, pp. 22-23). Les archives dÉbla (vers -2300), éclairent aussi lhébreu (M. DAHOOD – Eblaite and Biblical Hebrew in: Catholic Biblical Quaterly 44:1, 1982, pp. 1-24). 72 A. SCHOORS - Ugarit, in: Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Éd. Brepols 1987 pp. 1287-1290. 73 Talmud de Babylone: Baba Batra 14b; Sanhédrin 4:7 21b. 74 Genèse 45:10, 46:34. 75 Géographie 16:4:2; 17:1:21-31. 76 Enquête 2:8, 15, 19, 30, 75, 124, 158.
  23. 23. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 23 Les liens entre lethnicité et laire géographique ont évolué avec le temps. La précision "Ur des Chaldéens77" de lépoque dAbraham (autour de -2000), par exemple, est jugée anachronique puisque les Chaldéens napparaissent que 1000 ans plus tard. La Chaldée désigne une région au sud de la Babylonie. La Septante à traduit lexpression "Ur des Chaldéens" par "territoire des Chaldéens", ce qui est une précision géographique et non ethnique. Le mot grec kaldaiôn "Chaldéens" vient de lassyrien kaldu et provient du babylonien kašdu78 (avant -900). Or, le mot hébreu nest pas kaldu mais kašdim, léquivalent de kašdu. Ce mot pourrait provenir de kiššatu, qui désignait à la fois "la totalité" et "[lempire de] Kiš". Selon Joannès79: Les Chaldéens restent une population relativement mal connue. Il sagit vraisemblablement de sémites occidentaux, originellement nomades, dont on constate lapparition et linstallation dans lextrême sud de la basse Mésopotamie au début du Ier millénaire av. J.-C., au même moment que les Araméens auxquels ils sont peut-être apparentés. Cest dans une inscription dAššurbanipal II quils apparaissent pour la première fois en 872 av. J.- C. Si lon trouve des Chaldéens dans certaines grandes villes babyloniennes (Sippar, Kuta, Kiš, Nippur, Uruk), leur habitat privilégié semble avoir été le sud de la Babylonie et le pays des marais, où ils fondèrent des établissements permanents, que les rois assyriens eurent à conquérir (...) De la même manière que le terme Akkad renvoie à la capitale et au pays quelle dominait, le nom Kiš a désigné plusieurs siècles auparavant et dans la même région, à la fois la ville éponyme et lensemble géographique constitué entre les cours parallèle de lEuphrate et du Tigre à leur entrée en basse Mésopotamie. "Ur des Chaldéens" pourrait donc se référer à "Ur [de lempire] de Kiš". Bien que, selon la Liste royale sumérienne, Kiš fut la première ville à recevoir la royauté après le Déluge, le corpus provenant de cette antique civilisation80 reste encore très faible par rapport à celui de Sumer, le Shinéar de la Bible81. Les archéologues supposent "par principe" que le texte biblique est tardif. Ainsilorsque la tablette XI de Lépopée de Gilgamesh, donnant la version en sumérien du récitbiblique du Déluge (chapitres 7 et 8 de la Genèse), fut découverte en 1872, lexplication quisest vite imposée fut de considérer la version biblique comme un plagiat, Ziusudra, "vie delongs jours" en sumérien, devenant le modèle du Noé biblique. Une analyse critique82 de cecélèbre récit aboutit à une conclusion inverse. En effet, le récit sumérien comporte77 Genèse 11:28,31; 15:7.78 J. BLACK, A. GEORGE, N. POSTGATE – A Concise Dictionary of AkkadianWiesbaden 2000 Ed.Harrassowitz Verlag pp. 152, 162.79 F. JOANNES – Dictionnaire de la civilisation mésopotamienneParis 2001 Éd. Robet Laffont pp. 175-176, 448-449.80 E. LIPINSKI - Semitic Languages Outline of a Comparative Grammarin: Orientalia Lovaniensia Analecta 80. Leuven 2001 Ed. Peeters pp. 51-52.81 Bien que les empires dUruk, dAkkad et de Babylone soient présentés comme anciens (Genèse 10:10), celui de Kiš a pu les précéder.82 R.J. TOURNAY, A. SHAFFER – Lépopée de GilgameshParis 1994 Éd. Cerf pp. 222-247.
  24. 24. 24 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE plusieurs invraisemblances, absentes du texte biblique83. Le récit biblique du Déluge est donc plus conforme à la logique et contient une version plus proche de loriginal. Enfin, la différence majeure concerne le monothéisme strict du texte biblique par opposition au polythéisme grossier du récit sumérien. Or, les seuls monothéistes connus, à cette époque, sont les Hyksos. Selon les informations du prêtre égyptien Manéthon, rapportées par Flavius Josèphe84, les Hyksos vivaient à Avaris, une ville consacrée à Typhon/Seth (Seth est le nom égyptien de Baal, le "Seigneur" de Canaan)85. Apopi, le dernier Hyksos, est dailleurs le premier monothéiste connu86, un adorateur du seul "Seigneur". En fonction de ces quelques critères, la version monothéiste du Déluge na chronologiquement pu naître, ou être rapportée, quen milieu hyksos de lépoque dApopi. Ainsi, les conclusions linguistiques sont souvent utilisées à charge contre le texte biblique. Lorsquelles confirment la chronologie israélite, elles ne sont généralement pas retenues, les archéologues assimilant alors ces synchronismes à des "coïncidences" en se focalisant sur de prétendus anachronismes rédhibitoires. Lanachronisme le plus grave, selon Finkelstein étant celui-ci: Lhistoire des patriarches est pleine de chameaux (...) Or, larchéologie révèle que le dromadaire ne fut pas domestiqué avant la fin du IIe millénaire87. Alors que dit réellement larchéologie et quelles sont les preuves disponibles? Les chameaux dans le récit dAbraham sont-ils anachroniques? Plusieurs études mentionnent des vestiges, des textes et des restes animaux, qui appuient une domestication du chameau commençant en Arabie88 avant -2000. De nombreux pétroglyphes89 apparaissant sur des roches en Arabie appuient ce fait90. Sy ajoute la présence dossements de chameaux91 datés aux mêmes époques (fin du 3e millénaire). 83 1) Ziusudra construit un coffre cubique de 120 coudées de côté. Les grands pétroliers actuels, conçus pour transporter de gros volumes en toute sécurité et de manière stable, ont exactement les proportions que larche biblique (300, 50 et 30 coudées), soit un rapport longueur sur largeur de 6 à 1, ce qui constitue un rapport idéal pour la flottabilité daprès les spécialistes de la construction navale, alors quun cube est très instable; 2) Ziusudra lance une colombe qui revint vers larche, puis une hirondelle qui fit de même, et enfin un corbeau qui ne revint pas. Noé, lui, lâche un corbeau qui va et vient, puis une colombe qui revient, puis de nouveau la colombe qui revient avec une feuille dolivier, et enfin la colombe qui ne revient pas. Selon les naturalistes, lastucieux corbeau est un des oiseaux les plus capable de sadapter et un des plus ingénieux. Il était donc avisé de commencer par le corbeau pour tester létat du pays et de terminer par la colombe, un oiseau peu astucieux; 3) Ziusudra était un homme immortel et vivait dans une contrée appelée Dilmun (lactuelle île de Bahreïn). Même si les jours de Noé furent prolongés à 950 ans, il finit, lui, par mourir. 84 Contre Apion I:237-238. Typhon est le nom grec de Seth, selon Diodore (Bibliothèque historique I:21, I:88). 85 N. A LLON - Seth is Baal — Evidence from the Egyptian Script in: Ägypten und Levante XVII Wien 1997 pp. 15-22. 86 O. GOLDWASSER – King Apophis and the Emergence of Monotheism in: Timelines Studies in Honour of Manfred Bietak Vol. I (2006) pp. 129-133, 331-354. 87 I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoilée Paris 2002 Éd. Bayard pp. 50, 51. 88 S. AD SAUD ABDULLAH - The Domestication of Camels and Inland Trading Routes in Arabia in: Atlas. The Journal of Saudi Arabian Archaeology Vol. 14, Riyadh 1996 pp. 129-131. 89 E. ANATI - Rock-Art in Central Arabia Vol. 1 1968 Louvain Ed. Institut Orientaliste pp. 109-111. 90 E. ANATI - Rock-Art in Central Arabia Vol. 4 1974 Louvain Ed. Institut Orientaliste pp. 128, 234. 91 J. ZARINS - Camel in: The Anchor Bible Dictionary. New York 1992 Ed. Doubleday pp. 824-826.
  25. 25. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 25 En dehors de ces gravures sur pierre, les bédouins (transitant principalement sur laroute de lencens) nont apparemment laissé aucun texte. Lopinion courante veut que cetanimal ait été introduit en Syrie par les Araméens vers la fin du 2e millénaire pour prendrede limportance à lépoque néo-assyrienne à la fois comme animal de bât et animal demonte utilisé pour la guerre, en particulier par les Bédouins. Le roi arabe Gindibu auraitenvoyé 10 000 hommes à dos de chameau à la bataille de Karkar remportée en -853 parSalmanazar III. En -652, Šamaš-šum-ukîn, roi de Babylone, reçoit le renfort de troupesarabes montées à dos de chameau pour affronter Aššurbanipal. De telles troupes sont aussireprésentées sur les bas-reliefs du palais dAššurbanipal. En fait, les pétroglyphes de chameaux sont assez fréquents, mais la principaledifficulté est leur datation car la pierre ne peut être datée par le C14. Il ny a en fait quedeux autres moyens qui permettent de les dater: Létude de lenvironnement immédiat (poterie typée ou objet en bois datable par le C14) donne une datation approximative. Des études sur lart rupestre du Hemma (Djezireh syrienne), par exemple, ont révélé au moins une quinzaine de pétroglyphes de chameaux dont certains remonteraient au 12e siècle avant notre ère92. Il arrive de façon exceptionnelle que certains pétroglyphes soient accompagnés dun texte contenant les noms de personnages qui peuvent être situés dans le temps. Cest le cas de cette représentation (ci-dessous) découverte en Nubie93 dont linscription se lit: Le guide des bons chemins, pilote Imai. Le nom Imai (’Im3i) est peu courant et napparaît que sous le règne de Pépi II (2196-2136), ce qui situe linscription vers 2200-2100.92 http://www.espasoc.org/2004/he4_18drom.html93ZBYNEK ZABA - The Rock Inscriptions of Lower NubiaPrague 1974 Ed. Tzechoslovak Institute of Egyptology pp. 237, 238, Fig. 409 CCXXIX.
  26. 26. 26 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE En dehors des bédouins, les autres civilisations du passé ont peu apprécié ce type danimal. Les Sumériens et les Égyptiens, par exemple, ont toujours considéré le chameau (ou le dromadaire) comme un animal exotique. Ils ne sy sont guère intéressés (aujourdhui, de fait, à part les gens de cirque, qui sintéresse aux chameaux?). Il subsiste cependant quelques vestiges94. Les fouilles effectuées en Égypte ont livré dautres confirmations. Ainsi une corde tressée en poil de chameau, datée autour de -2500, a été exhumée à Pi-Ramsès dans le Fayoum. Un récipient en forme de chameau portant quatre amphores a été exhumé à Abusir el-Meleq95 (dans le Fayoum 10 kilomètres au sud du Caire). Au Wadi Nasib dans le Sinaï, une caravane de chameaux dont lun est tiré par un homme, apparaît sur des rochers96. Une statuette en forme de chameau portant des amphores a été trouvée à Rifeh. Abusir el-Meleq (Égypte, vers -2000) Wadi Nasib (Sinaï, vers -1500) Rifeh (Égypte, 13e siècle avant notre ère) Ces découvertes archéologiques fortuites montrent que si lÉgypte pharaonique ne mentionne pas le chameau elle ne lignorait pas. Les chameaux apparaissent à cette époque dans plusieurs cités97 qui se situent toutes autour de la célèbre Via Maris "route de la mer", un tronçon de la "route de lencens" qui reliait le Golf persique à lÉgypte en longeant la mer Méditerranée. 94 K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old Testament Cambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans pp. 338, 339, 640. 95 L. PIROT, A. C LAMERT - La Sainte Bible Tome I Paris 1953 Éd. Letouzey et Ané pp. 242, 243. F. VIGOUROUX - Dictionnaire de la Bible Tome 2 Paris 1899 Éd. Letouzey et Ané p. 525. 96 RANDALL W. YOUNKER - Late Bronze Age Camel Petroglyphs in the Wadi Nasib, Sinai in: Near East Archaeological Society Bulletin 42 (1997) pp. 47-54. 97 R.W. BULLIET - The Camel and the Wheel Cambridge Massachusetts 1975 Ed. Harvard University Press pp. 57-71.
  27. 27. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 27 Byblos (autour de -2000) Suse (autour de -2300)98 Ur (1900-1700)Sceau syrien (1800-1400) [dessin de la partie droite] Sceau dAsie centrale (autour de -2000)99 On a aussi retrouvé à Ur100, ville doù Abraham est parti, un petit chameau en or entrain de sagenouiller. Ce bijou faisait partie dun collier daté dans la IIIe dynastie soit autourde -2000. Toutes ces découvertes prouvent donc que la domestication des chameaux101remonte sans conteste au début du 3e millénaire, du moins en Arabie. Même si les textesmentionnant cette domestication sont rares, ils ne sont pas inexistants. Un texte en vieuxbabylonien trouvé à Nippur, daté entre -2000 et -1700, fait explicitement allusion au lait de98 E. VILLENEUVE - Archéologie: Bitume au natuel2002, in: Le monde de la Bible n°145 pp. 57-59.99 J. ARUZ Art of the First Cities. The Third Millenium B.C. from the Mediterranean to the IndusNew York 2003 Ed. The Metropolitan Museum of Art pp. 374, 375.100 E.M. B LAIKLOCK R.K. H ARRISON - The New International Dictionary of Biblical ArchaeologyMichigan 1983 Ed. Zondervan Publishing House pp. 115,116.101 G. RACHET -Dictionnaire des civilisations de lOrientParis 1999 Éd. Larousse-Bordas p. 109.
  28. 28. 28 APPROCHE SCIENTIFIQUE DUNE CHRONOLOGIE ABSOLUE chamelle102 (comment obtenir du lait dun animal sauvage?) Le chameau est en fait appelé le "pachyderme dHarrân". Toujours à Nippur, une liste sumérienne danimaux exotiques, remontant au babylonien ancien (daté entre 1900 et 1500), classe le chameau103 avec le tigre et léléphant dAsie. Un texte trouvé à Alalakh, daté entre 1800 et 1700, évoque le fourrage des chameaux104 (la lecture du mot [ANŠE]-GAM-MAL "chameau" est discutée). À partir du 11e siècle avant notre ère, les textes assyriens citant des chameaux domestiqués, comme celui du roi Assur-bêl-kala (1073-1056), sont de plus en plus nombreux105. Notre mot "camélidés" dérive de lakkadien gammalu, venant lui-même du sumérien [ANŠE]-GAM-MAL. La signification dun autre mot sumérien pour désigner le chameau, soit [ANŠE]-A-AB-BA "âne de la mer", est éclairante sur le rôle de cet animal à cette époque reculée. Ce classement sommaire du chameau par les Sumériens dans la catégorie de lâne montre que cet animal était peu commun. De plus, la précision surprenante "de la mer" est une confirmation indirecte de son origine arabe. En effet, les chameaux étaient surtout utilisés par les caravaniers arabes pour vendre de lencens106. Or ces marchands empruntaient une "route de lencens" qui reliait le Golfe persique à lÉgypte en passant le long de la mer Méditerranée107, doù son nom ultérieur de Via Maris108 (route de la mer), citée sous cette forme par le texte dIsaïe109. Une lettre du roi assyrien Shamshi-Adad Ier atteste de lutilisation de cette voie par son armée110 vers -1700 et la vente de Joseph à des marchands ismaélites est une bonne illustration du rôle de cette antique route commerciale111. Les découvertes112 archéologiques ont ainsi confirmé une domestication précoce du chameau en Arabie113 même si son développement fut très lent. 102 The Assyrian Dictionary Vol. 7 Chicago 1960 Ed. The Oriental Institute p. 2. 103 M. CIVIL - "Adamdun", the Hippopotamus, and the Crocodile in: Journal of Cuneiform Studies 50 (1998) p. 11. 104 A. GOETZE - Remarks on the Ration Lists from Alalakh VII in: Journal of Cuneiform Studies 13. New Haven 1959 pp. 29, 37. W.G. L AMBERT - The Domesticated Camel in the Second Millenium in: BASOR 160 (dec. 1960) pp. 42, 43. 105 A. KUHRT - The Exploitation of the Camel in the Neo-Assyrian Empire in: Studies on Ancient Egypt London 1999 Ed. The Egypt Exploration Society pp. 179-184. 106 Isaïe 60:6. 107 2Chroniques 20:2. 108 É. STERN - La Via Maris in: Les routes du Proche-Orient. Des séjours dAbraham aux caravanes de lencens Paris 2000 Éd. Desclée de Brouwer pp. 58-65. 109 Isaïe 8:23. 110 J.C. MARGUERON, L. PFIRSCH - Le Proche-Orient et lÉgypte antique Paris 2005 Éd. Hachette Supérieur p. 199. 111 Genèse 37:25. 112 JOHN J. DAVIS -The Camel In Biblical Narratives, in: A Tribute To Gleason Archer. Chicago 1986, Ed. Moody Press A.E. DAY R.K HARRISON G.W. BROMILEY - International Standard Bible Encyclopedia, Vol. 1 1979 Grand Rapids: Eerdmans: pp. 583-584. D.J. WISEMAN F.E. GAEBELEIN - Archaeology & The Old Testament in: Expositor’s Bible Commentary, Vol. 1, 1979 Grand Rapids: Zondervan p. 316. J.P. FREE - Abrahams Camels in: Journal of Near Eastern Studies 3, 1944, pp. 187-93. 113 I. KÖHLER-ROLLEFSON - Camels and Camel Pastoralism in Arabia in: Biblical Archaeologist 56 (1993) pp. 180-188.
  29. 29. CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 29 La lecture du récit biblique donne parfois limpression que les chameaux étaientabondamment utilisés en Mésopotamie dès lépoque patriarcale. Ce nest pas le cas.Quelques points permettent de le vérifier. Abraham eut des chameaux seulement après êtreparti dHarrân et être passé par le Négueb114. Les propriétaires de ces animaux étaient desbédouins arabes115 pour la plupart. La possession de chameaux était un signe de richessesurtout pour les peuples arabes116 comme les Madianites et les Edomites. En fait, lesdonnées bibliques concernant les chameaux concordent avec les découvertesarchéologiques. Les propriétaires de chameaux sont essentiellement en Arabie. Job, quimentionne les caravanes de Téma117, est un Oriental. La reine de Saba, arrivant avec seschameaux, séjournait dans le sud de lArabie118. Abraham, bien que propriétaire dechameaux ne le devint en fait quaprès le départ dHarrân119 sa ville daccueil. Ce richepropriétaire, originaire de la prospère ville dUr, opéra un choix judicieux en acquérant unecaravane de chameaux, probablement auprès de marchands arabes, car ces animaux sonttrès bien adaptés pour la vie nomade. Abraham, bien que résidant sous les tentes, nest pasprésenté comme un bédouin, mais comme un chef prestigieux, éleveur de bétailsédentarisé, se déplaçant parfois à cause dévénements extérieurs. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ces éléments provenant de larchéologiesont ignorés par la plupart des égyptologues. Lorsque jai envoyé mon dossier à ClaudeObsomer, il ma renvoyé aux livres de Finkelstein. Jai donc insisté en lui livrant mondossier sur la domestication des chameaux. Il ma répondu dans son courriel daté du 2septembre 2004: Cher Monsieur Gertoux, je vous remercie davoir persévéré. Effectivement, vous avez114 Genèse 12:9,16.115 Genèse 32:3,15; Juges 6:3,5.116 Job 1:3.117 Job 6.19.118 2Chroniques 9:1.119 Genèse 12:5.

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