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JAMT JUNE VOL 23 SERIE 3.docx
1
Editions Comerci, ‘Journal Of African Management Trends’
Directeur de Publication
Pr. Dr. Alain Ndedi
Secrétariat scientifique de rédaction :
Pr. Dr Emmanuel Innocents Edoun
Pr. Dr Paulin Mbecke
Pr. Dr. Francis Kemegue
Comité éditorial :
Dr. Nurudeen Oyekola, BoT Chair, Global Confederation of Certified
Entrepreneurship and Innovation Institutes (GCCEI)/Registrar Institute of Classic
Entrepreneurship (ICEnt)
Dr. Bamidele Wale-Oshinowo, University of Lagos, Nigeria
Pr. Dr. Rose Ikelle, ESSEC, Université de Douala, Cameroun
Dr Jules Banaken, Banque de Développement des Etats de l'Afrique Centrale
Dr Pierre-Joubert Nguetse Tegoum, Ministère de l’économie et de la Planification,
Cameroun
Pr. Dr. Alain Ndedi, International Council for Family Business /Charisma
University
Pr. Dr. Francis Kemegue, Boston Insights and Analytics, USA
Pr. Dr Emmanuel Innocents Edoun, Université de Johannesburg /Tshwane
University of Technology, RSA
Pr. Dr Paulin Mbecke, Université du Moyen Lualaba, DRC
Dr Polycarpe Feussi, Université de Johannesburg, RSA
Pr Dr Essombe Edimo Jean Roger, Université de Yaoundé II-Soa, Cameroun
Pr Dr Tchouassi Gérard, Université de Yaoundé II-Soa, Cameroun
Pr Dr Thierry Levy Tadjine, Université Paris 8, France
Pr Dr Mantsie Rufin W., Université Marien Ngouabi, Congo Brazzaville
Dr Kok Lawrence, University of Johannesburg, RSA
Pr Dr Makosso Bethuel, Université Marien Ngouabi, Congo Brazzaville
Volume 23, Série 3, Juin 2023,
Email : manuscrit.tma@gmail.com
ISSN : 9597 9871
2
TABLE DES MATIERES
P. 4
INTRODUCTION
P. 10-30
Économie Circulaire et entrepreneuriat dans la production du Café : Culture
paysanne d’exportation au Cameroun
Professeur Gérard TCHOUASSI
OWONA MBOUROU Alphonse Parfait
P. 31-51
Du changement climatique à la résilience des riziculteurs au Cameroun
Monsieur GODOM Moise
Professeur Gérard TCHOUASSI
P. 52-72
Agriculture et émergence économique du Cameroun : Est-ce le destin agricole
du libéralisme communautaire ?
Dr ONGUENE ATEBA Julien Grégoire
Mr Abdoulaye BENGALY
P. 73-96
Public Finance and Economic Growth in Cameroon's Post Covid-19 Context:
Analysis and implications
Dr NANA Emmanuel MBAFONG
Dr NGUELE Pierre Anicet
P. 98-115
Politique de gestion des compétences et performance organisationnelle: Cas
d’une PME camerounaise
Dr Bonaventure ABADA
Dr FANGUE NDJIOZE Laure.
Madame Diane EBENE NKOA
Dr NWAMEN Fidèle
3
4
INTRODUCTION
Nous sommes à l’ère de la quatrième révolution industrielle et face à une effervescence de
la révolution numérique, et à l’arrivée de la génération Z dans le monde du travail, les
entreprises qu’elles soient africaines ou mondiales ne cessent de revoir et d’adapter leurs
modes de management pour attirer et répondre aux attentes de cette nouvelle ère de
conflit entre les pays de l’Otan d’un côté, et les pays qui restent du pacte de Varsovie mené
par la Russie de l’autre côté.
Plusieurs tendances de nos jours se bousculent et s’imposent aux managers des entreprises
de petites comme de grande taille. Le design thinking est l’une d’elle. Elle offre la possibilité
à l’entreprise de travailler de manière transversale en responsabilisant les équipes et en
valorisant leurs productions. Travailler ainsi permet à tous les niveaux de l’entreprise
d’impliquer tous les employés, de les inciter à prendre des décisions et à proposer des
concepts nouveaux et importants au sein de l’entreprise. De plus, la connectivité
permanente du Design Thinking permet de se placer à la place des consommateurs afin de
comprendre ses besoins et proposer de manière intelligente, des solutions meilleures et
innovantes. De manière pratique, avec le Design Thinking, l’entreprise repense son business
model en lançant un processus d’innovation (innovation produit, innovation de rupture,
innovation incrémentale…).
A l’ère de la COVID 19, une autre tendance managériale appelée management bienveillant
a fait surface et tente à remettre le bien-être des salariés dans l’environnement
professionnel. Car, le bonheur des collaborateurs au travail commence par
une atmosphère positive et humaine. Les responsables au plus haut niveau de l’entreprise
devraient être à l’écoute des équipes inférieures pour instaurer une réelle relation de
confiance et de respect. Ils doivent comprendre leurs collaborateurs et leur proposer des
objectifs cohérents et atteignables par le biais d’une bonne communication. De plus, il faut
quand cela est nécessaire laisser le droit à l’erreur et accorder des encouragements et
félicitations aux intrapreneurs. En instituant des solutions de management bienveillant, les
équipes sont plus épanouies et donc plus productives puisqu’elles ne sont ni stressées ni
brusquées par un manager offensif ; car l’employé est placé au cœur même de l’entreprise.
À l’origine, la méthode agile était utilisée par les développeurs et les ingénieurs pour
faciliter leur organisation en équipe. De nos jours, cette technique se déploie au niveau des
organisations et révolutionne le management. La méthode dite agile, est une approche
collaborative de la gestion de projet et se base sur des feedbacks réguliers. Elle est appelée
agile parce qu’elle permet de laisser place aux imprévus et aux changements mais
également de rendre autonome et de responsabiliser les employés à tous les niveaux
Au niveau international, dans les tendances du management qui ont pignon sur rue, nous
retrouvons notamment la méthode Kanban qui est une résultante de l’application de la
méthode agile. La méthode Kanban qui est une résultante de l’application de la méthode agile,
a largement fait ses preuves et montrée son apport de valeurs aux projets. Cette méthode
prône un système visuel principalement connu pour sa représentation en tableau de
gestion de l’avancement des tâches. Elle consiste à découper un projet en plusieurs tâches
et à chaque acteur d’en suivre son évolution. Elle peut être utilisée pour installer une
nouvelle organisation ou bien pour un projet spécifique au travail.
5
Cependant, il ne faut pas confondre faire de l’agile (appliquer les méthodes comme celle de
Kanban par exemple) et être agile (valeurs, état d’esprit…). En effet, faire de l’agile est
relativement simple, il suffit de choisir une méthode et de l’appliquer tout bêtement. Quant
au terme être agile, lui signifie que tous les acteurs sont engagés et comprennent l’intention
derrière chaque rôle. Être agile est essentiellement un changement de
comportement individuel et collectif encore mindset change. Un changement d’habitude et
de culture ne se fait qu’en ancrant de nouvelles méthodes et s’avère donc bien plus long
que de faire de l’agile.
En général, faire évoluer ses habitudes managériales n’est pas une démarche évidente.
Néanmoins, il est conseillé d’apporter de nouvelles pratiques visant à mettre un terme à la
routine professionnelle. Ces innovations managériales sont de véritables enjeux
stratégiques et apportent un regain d’énergie et du renouveau dans l’engagement et la
productivité des équipes. Le manager pourra proposer à ses collaborateurs de toutes les
échelles que ce soit aux nouvelles formes de management pour recréer du lien entre les
différentes couches de l’entreprise. Les explications relatives à la quête de la modernité
entrepreneuriale interne seront nécessaires. À travers cette démarche, les managers
montrent leur capacité d’empathie et de proximité avec leurs collaborateurs.
Les tendances du management en cette ère de la COVID 19 ne se limitent pas à des
postures mentionnées plus haut. Il existe également de nombreuses autres méthodes pour
apporter motivation et bien-être aux employés. Le télétravail, les horaires aménagés ou
encore un espace de travail chaleureux booste la performance des équipes. Les managers
feront attention à ne pas changer le management interne sans une analyse profonde de
l’entreprise ; mais il faudra envisager un changement progressif pour laisser le temps aux
employés de comprendre et de s’impliquer aux projets.
En cette année 2023, le volume 23, la série 3 aborde des sujets variés qui affectent les
organisations publiques comme privées africaines dans leur ensemble.
Nous commençons cette série avec une contribution scientifique du Professeur Gérard
TCHOUASSI et de Monsieur OWONA MBOUROU Alphonse Parfait sur
l’économie circulaire et entrepreneuriat dans la production du café, culture
paysanne d’exportation au Cameroun est une application moderne de comment
la gestion environnementale pourrait sauver l’humanité. Initiée vers 1880 pour
diversifier les échanges sur la côte camerounaise, la production caféière a été
bâtie sur le modèle économique linéaire ‘produire, consommer, jeter’ qui, décrié
depuis lors par les marxistes et keynésiens, est aujourd’hui essoufflé et jugé peu
bénéfique pour le Cameroun. En effet, en plus d’en avoir fait une économie
extravertie, ce modèle a rendu l’économie camerounaise dépendante des
matières premières et ressources non renouvelables dont l’exploitation est
corrélée à la pollution induite par l’augmentation des déchets. Au plan mondial,
la communauté internationale milite davantage en faveur de la transition vers
l’économie circulaire (EC) fondée sur le principe de ‘produire, consommer,
recycler’ à tous les stades du cycle de vie des biens et services. En fait, l’EC offre
6
des opportunités multiples d’entrepreneuriat à travers de nouveaux modes de
production, de circuits de distribution, de partenariats, et donc de chaînes de
valeurs qui prennent en compte les spécificités et besoins actuels du marché. Le
Cameroun étant engagé dans un processus d’atteinte d’un taux minimal annuel
de croissance de 8% pour le secteur rural à l’horizon 2035, l’article interroge le
potentiel de contribution de l’EC à la matérialisation de cette vision en termes
de promotion de l’entrepreneuriat rural. Le café étant l’une des filières
stratégiques pour l’économie du Cameroun, il a été procédé à l’exploration
comparative des domaines de l’EC et de la production caféière par exploitation
de certaines données secondaires et primaires sur toutes les zones productrices
de café au Cameroun.
Avec le second article intitulé ‘Du changement climatique à la résilience des
riziculteurs au Cameroun’ écrit par Monsieur GODOM Moise et Professeur
Gérard TCHOUASSI, il vise à déterminer les différentes techniques de
résilience au changement climatique utilisées par les riziculteurs du
Cameroun. Pour y parvenir, une enquête exploratoire est menée auprès de 120
riziculteurs du village de Gounougou situé dans le département de la Bénoué
dans la région du Nord Cameroun. A l’issue de cette enquête, les techniques
de résilience face au changement climatique utilisées par ces riziculteurs sont
majoritairement les suivantes : i) l’évacuation de l’eau dans les parcelles
irriguées à travers les canaux d’évacuations en culture pluviale pour résister
aux effets d’inondations ; ii) Ressemer le champ avec les variétés à cycles courts
face aux dégâts causés par les sècheresses dans les parcelles non irriguées ; iii)
l’arrosage des hors parcelles1 par les moto pompes en culture non irriguée ou
l’ouverture des vannes d’irrigation en culture irriguée en cas de départs
précoces de pluies ; iv) l’arrosage des champs par irrigation ou l’utilisation des
variétés résistantes à la chaleur dans le cas de hausse de température. Ainsi,
l’article recommande aux riziculteurs de cette partie du territoire camerounais
de transformer les hors parcelles en parcelles irrigués pour une meilleure
maîtrise de la riziculture en fonction des évolutions du climat.
Le troisième article sur les liens entre l’Agriculture et émergence économique
du Cameroun : Est-ce le destin agricole du libéralisme communautaire ? écrit
par Docteur ONGUENE ATEBA Julien Grégoire et Monsieur Abdoulaye
BENGALY a pour objectif de projeter l’agriculture de seconde génération du
Cameroun à l’horizon 2035 en passant par le DSCE et la SND30. A la fin de
1 Terme communément employé par les riziculteurs de Gounougou pour désigner les parcelles
non irriguées
7
l’article, les auteurs se posent la question de savoir si le destin agricole du
Cameroun cadre avec le modèle agricole du libéralisme communautaire
proscrit par le président camerounais Paul Biya en 1987. Pour mesurer l'impact
de l'agriculture sur la croissance économique et par conséquent sur
l’émergence économique au Cameroun à l’horizon 2035, un modèle de
régression linéaire générale plus précisément le modèle de (Kanwar et Yao,
2000) nous permettra de définir la relation qui existe entre agriculture et
croissance économique. L'idée générale est qu'à partir des données sur les
différentes activités au Cameroun couvrant une longue période, il soit mis en
exergue, grâce aux techniques statistiques et économétriques, la relation qui
existe entre les performances économiques obtenues dans le secteur agricole et
les performances de l'économie dans son ensemble au Cameroun pour une
émergence à l’horizon 2035. In fine, quelques résultats en analyse rétrospective
et prospective ne rassurent pas sur l’atteinte de l’émergence économique sur la
base du levier agricole modélisé à l’horizon 2035 aussi bien dans le DSCE que
dans la SND 30.
L’article conjointement écrit par Dr NANA Emmanuel MBAFONG et Dr
NGUELE Pierre Anicet s’arrête sur l’analyse et les implications sur la finance
publique et la croissance économique au Cameroun après le Covid-19.
L'objectif de cet article est d'analyser dans le contexte camerounais du post
Covid-19, l'influence des finances publiques (FP) sur la croissance économique
pour la période allant de 1990 à 2021. L'approche méthodologique consiste à
collecter des données primaires et secondaires à partir d'ouvrages, d'articles
scientifiques, des rapports et de textes officiels traitant du sujet. Afin d'analyser
ces données, la méthode économétrique a été réalisée à l'aide des séries
temporelles et du modèle dynamique. Ainsi, les résultats empiriques entre
finances publiques et croissance économique ont été vérifiés à l'aide des tests
stationnaires tels que ADF, PP et KPSS ; tandis que l'évolution du produit
intérieur brut (PIB) et du solde budgétaire de 1990 à 2021, ont été testés à l'aide
de l'AIC, du SC, du HQ et du FPE. En outre, une corrélation directe a été établie
entre le PF et le PIB en explorant les techniques conceptuelles, les approches
d'analyse théorique, pratique, empirique et managériale. Les résultats
montrent que la situation des finances publiques a tendance à être bonne
pendant les expansions des activités économiques, et mauvaise pendant la
récession, notamment en temps de crise comme celle de Covid-19. De même,
les recettes publiques et le PIB évoluent dans le même sens au Cameroun
depuis 1996, avec une corrélation positive ; une augmentation de 0,1 % du PIB
entraînant une collecte de recettes de 0,08 %. En conséquence, le PIB a une
influence positive sur les finances publiques, tandis que les finances publiques
8
sont fortement dépendantes de la croissance économique dans le contexte post
Covid-19. L’article formule les recommandations suivantes : (1) intégrer cette
corrélation positive entre la croissance économique et les finances publiques
dans les mentalités des parties prenantes au Cameroun, afin de développer un
secteur ECOFI performant et durable et (2) mettre en place une plate-forme
tripartite entre les acteurs des secteurs public, privé et les chercheurs dans les
domaines ECOFI intitulée ‘ECOFI Networking’, pour le partage
d'informations et le développement de instruments innovants.
L’objectif général de cet article écrit par Dr Bonaventure ABADA, Dr
FANGUE NDJIOZE Laure, Madame Diane EBENE NKOA et Dr NWAMEN
Fidèle est de démontrer que la politique de gestion des compétences du
personnel impacte la performance organisationnelle des PME. La conception
de la PME n’est plus seulement comme un champ d’étude, mais bien au-delà
comme un objet d’étude. Il s’agira donc de voir comment la gestion des
compétences du personnel à travers des outils RH, influence la performance
organisationnelle de celle-ci. Dans le cadre de cet article, les auteurs ont choisi
de mener une étude auprès de 30 propriétaires et dirigeants de PME, sur les
outils mobilisés pour la gestion des compétences de leurs salariés (1182), la
stratégie mise en œuvre et l’impact sur la performance de leurs organisations.
Il ressort à la suite de cette étude qu’une politique de gestion des compétences
du personnel adossé à une stratégie et sur des activités RH alignées, telles que
la formation continue et l’évaluation des compétences influencent
positivement et durablement la performance organisationnelle.
Au nom du comité éditorial, mes sincères remerciements à tous les contributeurs
et à leurs institutions respectives, et une bonne lecture à tous.
Nous vous remercions de bien vouloir envoyer vos contributions au plus tard le
28 Juillet 2023 et commentaires par courriel le plus tôt possible aux adresses
suivantes: ndediaa@gmail.com et manuscrit.tma@gmail.com (secrétariat)
Prof. Dr. Alain Ndedi
9
10
Économie Circulaire et entrepreneuriat dans la production du Café : Culture
paysanne d’exportation au Cameroun
Professeur Gérard TCHOUASSI
Université de Yaoundé II-Soa, Yaoundé, Cameroun
Email : tchouassigerard@yahoo.fr
Mr OWONA MBOUROU Alphonse Parfait
Doctorant Économie Sociale et Solidaire, Cadre au Projet d’Appui à la
lutte Antifongique dans les filières Cacao et Café (PALAF2C)
Citer cet article : Tchouassi, G et Owona Mbourou, A, P. (2023), Économie Circulaire et
entrepreneuriat dans la production du Café : Culture paysanne d’exportation au Cameroun.
Journal of African Management Trends. Vol. 23, Série 3, Juin 2023. ¨Pp. 10-30.
RESUME
Initiée vers 1880 pour diversifier les échanges sur la côte camerounaise, la
production caféière a été bâtie sur le modèle économique linéaire ‘produire,
consommer, jeter’ qui, décrié depuis lors par les marxistes et keynésiens, est
aujourd’hui essoufflé et jugé peu bénéfique pour le Cameroun. En effet, en plus
d’en avoir fait une économie extravertie, ce modèle a rendu l’économie
camerounaise dépendante des matières premières et ressources non
renouvelables dont l’exploitation est corrélée à la pollution induite par
l’augmentation des déchets. Au plan mondial, la communauté internationale
milite davantage en faveur de la transition vers l’économie circulaire (EC)
fondée sur le principe de ‘produire, consommer, recycler’ à tous les stades du
cycle de vie des biens et services. En fait, l’EC offre des opportunités multiples
d’entrepreneuriat à travers de nouveaux modes de production, de circuits de
distribution, de partenariats, et donc de chaînes de valeurs qui prennent en
compte les spécificités et besoins actuels du marché. Le Cameroun étant
engagé dans un processus d’atteinte d’un taux minimal annuel de croissance
de 8% pour le secteur rural dès 2035, l’étude interroge le potentiel de
contribution de l’EC à la matérialisation de cette vision en termes de promotion
de l’entrepreneuriat rural. Le café étant l’une des filières stratégiques pour
l’économie du Cameroun, il a été procédé à l’exploration comparative des
domaines de l’EC et de la production caféière par exploitation de certaines
données secondaires et primaires sur toutes les zones productrices de café.
Mots-clés : Économie, circulaire, production caféière, chaînes de valeur,
entrepreneuriat rural, Cameroun.
ABSTRACT
Initiated around the 1880s in order to diversify trade on Cameroonian coast,
coffee production was build up on the linear economic model ‘produce,
11
consume, throw away’ nowadays out of breath and unbeneficial for Cameroon.
In fact, out of making it an extroverted economy, the linear model has made
the Cameroonian economy tightly dependent on raw materials and on non-
renewable resources of which main exploitation effect is pollution induced by
excessive waste accumulation. Abroad, the international community is
campaigning more in favour of the transition to the circular economy (CE) of
which principles are ‘produce, consume, recycle’ at every stages of the live cycle
of goods and services. In fact, CE offers multiple entrepreneurship
opportunities because of new production methods, new distribution channels,
new partnerships, thus new value chains that integrate the specificities and
current needs of the market. Cameroon targeting a minimum rate growth of
8% for the rural sector by 2035, the study assessed the potential contribution of
CE to the achievement of the 2035 vision in terms of rural entrepreneurship.
Coffee being one of Cameroon’s strategic sectors, the survey carried a
comparative exploration of domains of the CE and coffee production by the
exploitation of some secondary and primary data on all coffee production
regions.
Key words: Circular economy, coffee production, value chain, rural entreprenership,
Cameroon.
INTRODUCTION
Pays d’Afrique Centrale situé entre les parallèles 2° et 12° de latitude nord, le
Cameroun a engagé un processus d’émergence en 2035 (REPUBLIQUE DU
CAMEROUN, 2009a) ou d’acquisition du statut de pays en voie développement
à fort taux de croissance économique (Silem et Albertini, 2010). Par cette vision,
il est perceptible que la ligne de politique économique qui prévaudra de 2010
à 2035 au Cameroun sera à dominance capitaliste, système pourtant en perte
de popularité au plan mondial. En effet, fondé sur le modèle linéaire ‘produire,
consommer, jeter’ jugé destructeur de la nature et des hommes par Karl MARX,
le capitalisme a atteint son paroxysme d’émission des gaz à effets de serre et
donc de pollution atmosphérique (Roquet et Nicklaus, 2014). Par ce fait, la
communauté internationale milite davantage en faveur des modèles de
production et consommation responsables (ONU, 2015) en vue d’une
utilisation plus efficace et durable des ressources. En effet, l’enlisement du
modèle capitaliste a engendré de nouveaux modèles économiques jugés
porteurs d’innovations environnementales, d’opportunités économiques et de
création d’emplois (Benmessaoud, 2022) tels l’économie de communion,
l’économie sociale et solidaire, l’économie circulaire (EC) (ANOUK, 2017). Cette
dernière, fondée sur le modèle cyclique ‘produire-consommer-recycler’ à tout
stade du cycle de vie des biens et services (Geldron, 2014), offre moult
12
opportunités d’entrepreneuriat grâce aux nouveaux modes de production, de
circuits de distribution, de partenariats, et de propositions de valeur. Elle
permet de développer des logiques entrepreneuriales prenant en compte les
spécificité et besoins actuels du marché et la disponibilité des ressources ainsi
que la capacité d’assimilation de la pollution par l’environnement. À ce titre,
l’EC se positionne en modèle économique propice à l’essor socioéconomique
durable de l’Afrique en général et du Cameroun en particulier. En effet, la
matérialisation de la vision 2035 repose entre autres sur la modernisation du
tissu productif porté par 98,5% de très petites et petites entreprises, 1,3% de
moyennes entreprises et 0,2% de grandes entreprises. Au plan sectoriel, les
activités de 84,2% des entreprises nationales relèvent du tertiaire, contre 15,6%
pour le secondaire et 0,2% pour le secteur primaire (REPUBLIQUE DU CAMEROUN,
2020b). Du moment où ce dernier est dominé par le sous-secteur agricole qui
mobilise plus de 60% de la population active (BANQUE MONDIALE (BM), 1996 ;
BAD, 2016), il est peu compréhensible que les taux de pauvreté, d’insécurité
alimentaire, de chômage, etc. soient en hausse continue (REPUBLIQUE DU
CAMEROUN, 2020a) dans un pays à multiples potentialités de développement
autonome (Touzard et al, 1981 ; Assoumou, 1983 ; Ngoa Tabi, 2017 ; Touna
Mama, 2018). De ce contraste découle la nécessité de scruter le potentiel
d’employabilité du sous-secteur agricole du Cameroun. À ce titre, la présente
étude interroge les chaînes de valeur de la production caféière avec pour
hypothèse que l’EC est une clé pour l’impulsion du management de
l’entreprenariat rural au Cameroun en général et de la production caféière
durable en particulier.
Introduits au Cameroun vers 1800 par les anglais puis relayés par les
allemands (Chevalier, 1938 ; Champaud, 1969 ; Sanchez, 2002), les cafés arabica
et robusta ou Coffea arabica et Coffea robusta sont des outils de coopération avec
l’Occident, principal exutoire des cafés verts. En raison de la demande toujours
croissante, la production nationale des cafés verts est restée croissante depuis
les premières années de production avec une évolution en cloche sur la période
de 1961 à 2020 où elle affiche un taux moyen annuel de croissance de 3,44%
(FAOSTAT, 2022). Sur cette période, la production nationale des cafés verts a
évolué de 44 700 tonnes en 1961 à 36 207 tonnes en 2020, avec un pic de 137 900
tonnes en 1984. Parallèlement, les exportations des cafés verts ont évolué de
35 484 tonnes en 1961 à 19 210 tonnes en 2020 pour 10 791 tonnes en 2022 en
volume, et de 20 746 000 $US à 27 414 000 $US en 2020 en valeur (FAOSTAT,
2022 ; ONCC, 2022). Au plan économique, la contribution des exportations de
café au PIB national a reculé de 15% sur la double décennie 1960-1980 à près
de 1% depuis 2014 (REPUBLIQUE DU CAMEROUN, 2015). En dépit de cette baisse,
le café fait toujours office de filière stratégique pour l’économie nationale en
13
raison de son statut de source de devises du Cameroun. En milieu académique,
le café est qualifié d’outil de fragilisation des économies africaines (Assoumou,
1983) et donc moins bénéfique de par son caractère extraverti et embryonnaire
(Touna Mama, 2008). À ce titre il est peu justifiable que des ressources soient
continuellement mobilisées pour une activité dont à peine 6% des retombées
financières bénéficient aux producteurs (CICC, 2019). En fait, il est paradoxal
d’asseoir des ambitions de développement et de croissance économique fiable
sur un maillon économique dont les échanges sont bâtis sur un modèle de
consumérisme capitaliste (Kamdem, 2012). Eu égard à ces incongruités,
l’option d’exclusion de la production caféière du registre des activités
économiques a davantage pignon sur rue en Afrique où le café est présenté
comme culture coloniale car non consommé localement (Assoumou, 1983 ;
Lourme-Ruiz et al, 2016). À l’opposé, il est suggéré une révision des
fondements de l’agriculture familiale dont la vocation première est la
satisfaction des besoins existentiels de la famille en lieu et place de la
production des richesses. La conciliation des deux centres d’intérêts repose sur
l’optimisation du potentiel agricole, de la consommation des productions
agricoles locales, et donc la transformation de l’agriculture pour relever les
échanges de l’Afrique à l’échelle mondiale (Goiita Mamadou, 2014 ; BAD,
2016). Cette démarche implique une analyse combinée de la structure et des
chaînes de valeur des maillons et des filières agricoles.
1. REVUE DE LA LITTERATURE
Depuis son partage entre les puissances européennes en 1885, l’Afrique en
générale et le Cameroun en particulier a été soumis au suivisme des politiques
occidentales des suites de la rupture de son processus évolutif normal amorcée
depuis les années 1540 (Mveng, 1963; Touzard et al, 1981b). Malgré
l’indépendance, les politiques et programmes de formation académique et
professionnelle, de développement économique et social continuent d’épouser
la logique coloniale de concentration des ressources humaines dans les
administrations publiques au service du capitalisme occidental. En
conséquence, la quasi-totalité des branches d’activité économique nationale
demeure à dominance extravertie, l’exode rural, le chômage, le sous-emploi,
etc. s’accentuent à taux moyen annuel de 0,12% (REPUBLIQUE DU CAMEROUN,
2020a et 2020b). Sachant que le chômage est une connotation d’absence de
valorisation optimale du potentiel humain national, les aspirations de
développement exprimées ne demeureront que de simples slogans dénués de
toute certitude de matérialisation. Pour transformer ces vœux aux apparences
creuses en des réalités palpables, il faut explorer des pistes de mutation des
économies africaines extraverties en des économies à dominance intraverties.
14
En d’autres termes, il faut davantage développer des modèles de production
centrés sur la réduction de la totale dépendance des branches d’activités
économiques nationales vis-à-vis du marché extérieur. En ce sens, la structure
conceptuelle de l’EC en fait un support idoine pour le Cameroun.
La théorisation de l’économie circulaire aurait ses débuts vers 1972 (Geldron,
2014) avec pour ancrage la maxime de LAVOISIER ‘rien ne se perd, rien ne se crée,
tout se transforme’ reprenant le postulat du philosophe ANAXAGORE ‘rien ne naît
ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau’
(INSTITUT MONTAIGNE (IM), 2016). En plein regain depuis 2008 suite à la
promulgation de la ‘Loi de promotion de l’Économie Circulaire de la République
Populaire de Chine’, l’EC bénéficie de diverses orientations théoriques le plus
souvent établies à partir de celles de l’ONU et l’Agence De l’Environnement et
de Maîtrise de l’Énergie (ADEME). Pour cette dernière, l’EC est un ‘système
économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des
produits (biens et services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources
et à diminuer l’impact sur l’environnement tout en permettant le bien-être des
individus’ (Geldron, 2014). Pour l’ONU, l’EC est un ‘système de production,
d’échanges et de partage permettant le progrès social, la préservation du capital naturel
et le développement durable tel que défini par la commission Brundland’
(www.recita.org)2. Un essai de synthèse fait de l’EC un ‘ensemble des
transformations qui permettent de poursuivre la création de valeur pour les différents
acteurs économiques …, en préservant le capital naturel et en utilisant de moins en
moins les ressources existant en quantité limitée’ (IM, idem). Sous cet angle, l’EC a
la propension d’être le prototype de l’économie verte prônée par le Programme
des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) depuis 2008 (Benmessaoud,
2022) pour son rôle pionnier dans l’éradication de l’accumulation des déchets
et de création d’entreprises. En valorisant les domaines et piliers dont la figure
ci-dessous fait une synoptique, 14 000 entreprises de valorisation des déchets
ont été créées en Algérie Benmessaoud, 2022). Des réalisations de même
envergure ont été observées en Allemagne, en Chine, au Japon, aux Pays-Bas,
etc. (Rouquet et Nicklaus, 2014).
2
RECITA : RESEAU D’ÉCONOMIE CIRCULAIRE ET D’INNOVATION DE NOUVELLE AQUITAINE, FRANCE
15
Figure 1 : Représentation de la structure fonctionnelle de l’économie
circulaire
Source : Geldron (2014)
Face à l’accentuation des menaces sociales et environnementales induites par
l’expansion du capitalisme, l’EC se positionne en solution idoine à leur
atténuation (IM, 2016). En effet, inspirée des aptitudes de résilience observée
dans les écosystèmes naturels par le recyclage des ressources non
renouvelables, l’EC englobe toute pratique de maintien et optimisation de la
valeur des biens et services. Sortie du cadre théorique, l’EC se singularise par
son approche de conciliation du développement économique à la gestion et
préservation durable de l’environnement fondée sur trois piliers et sept
principes majeurs. Ces derniers se déclinent en écoconception, écologie
industrielle, économie de fonctionnalité, réemploi, réparation, réutilisation et
recyclage. Les sept principes sont regroupés sous trois piliers majeurs dont la
préservation et le développement du capital naturel, l’optimisation de
l’exploitation des ressources, la création des conditions propices au
développement de systèmes vertueux (Mosse, 2019) ou le recyclage. De ce
dernier est fondée l’opinion populaire qui fait de l’EC une économie de déchets
qui, bien que restrictive, sera davantage explorée par l’étude. Aussi, un pan de
réflexion sur la production responsable en termes de pression écologique sera
abordé. En fait, l’agriculture est productrice d’un important volume de
biomasse valorisable à des fins multidimensionnelles. Dès lors, l’agriculture
élargie son potentiel de chaînes de valeur et d’opportunités entrepreneuriales
et donc de création d’emplois et des richesses.
Concept initié vers les années 1600 par l’agronome Olivier de Serres à travers
l’ouvrage ‘Théâtre d’agriculture et mesnages des champs’ (Schmitt, 2019),
l’entrepreneuriat référait au processus de création et développement des
entreprises et au métier de créateur d’entreprises ou d’entrepreneur. Ce
16
dernier, désignant toute ‘personne qui engage des capitaux et utilise une main
d’œuvre salariée en vue d’une production déterminée’ (CNRTL, 2012), a davantage
vocation de catalyseur et de pourvoyeur des solutions aux problèmes
socioéconomiques et environnementaux du monde. À ce titre,
l’entrepreneuriat est perçu comme une action raisonnée de redynamisation des
entreprises, des institutions et des individus, et de création d’emplois
(Benmessaoud, 2022).
Dans ses dimensions sociale et économique, l’entrepreneuriat revêt cinq
formes principales : la reprise d’entreprise, la franchise, l’essaimage,
l’intrapreneuriat, et l’ex-nihilo (Ndedi, 2015). La production caféière étant à
dominance familiale, la mutation du système linéaire centré sur la graine en
système circulaire applicable à tout le processus d’obtention de celle-ci sera
assimilée à l’entrepreneuriat ex-nihilo ou à l’intrapreneuriat. Mais, ce dernier
est applicable en cas de développement de nouvelles aptitudes et habitudes
entrepreneuriales chez les producteurs pour optimiser le potentiel agricole,
économique et environnemental de la production caféière. Par contre, en tant
que concrétisation d’idée nouvelle, de création d’emplois nouveaux et
d’adoption de nouvelles aptitudes managériales, l’entrepreneuriat ex-nihilo
est la forme entrepreneuriale la mieux adaptée au contexte de l’étude.
La filière café est construite sur trois principaux maillons dont la production,
la transformation et la commercialisation structurés suivant une chaîne de
valeur de biens pour les deux premiers et une chaîne de valeur de services pour
le dernier (Pérez et Oddone, sd). Le maillon commercialisation est centré sur
la distribution à l’échelle nationale et internationale aussi bien des cafés verts
que des produits et sous-produits semi-finis et finis et relève de l’économie
tertiaire. Par contre, le maillon transformation, entretenu par les
transformateurs artisanaux et industriels, est centré sur les produits et sous-
produits semi-finis ou finis à base de café et relève de l’économie secondaire.
Quant au maillon production, qui relève de l’économie primaire, il est centré
sur les cafés verts et se subdivise en deux principaux sous-maillons dont la
production semencière et la production marchande. Si le premier sous-maillon
est constitué d’opérateurs qualifiés, le second est constitué à plus de 90% de
petits et très petits producteurs souvent regroupés en sociétés coopératives
pour la commercialisation groupée de leurs produits. À ce titre, la production
caféière est structurée autour de quatre principales chaînes de valeur agricole
dont la production, la collecte, la vente en gros, et le marché (Pepper et Ndiaye,
2017). Dans le cadre du présent travail, seule la chaîne de valeur production
sera davantage explorée en tant que ‘Chaîne de matière’ du point de vue de
l’économie circulaire (IM, 2016) en termes de gestion des déchets.
17
2. METHODOLOGIE DE RECHERCHE
S’étendant sur 475 650 km² dont 466 050 km² de terre ferme (INS, 2015) pour
9 750 km² de terre agricole (FAOSTAT, 2022), le Cameroun a statut de pays à
revenus intermédiaires de la tranche inférieure avec une économie dite de
services en raison du fort poids du secteur tertiaire sur le PIB. Pour atteindre
la forte croissance économique envisagée et migrer au statut de pays à revenus
intermédiaires de la tranche supérieure dès 2035, il est ciblé un taux annuel de
croissance du secteur agricole. A cet effet, huit défis sont à relever parmi
lesquels le rajeunissement des agriculteurs et l’émergence des jeunes
entrepreneurs ruraux, la modernisation de l’appareil de production agricole et
la facilitation de l’accès des ménages ruraux à l’électricité domestique en
accroissant la capacité de production d’énergie. Pour ce dernier, le taux d’accès
à l’électricité domestique est estimé à 90% en zones urbaines contre 20% en
zones rurales, d’où l’exode rural accru et donc l’affaiblissement de l’appareil
de production agricole dominé par les exploitations familiales à vocation
d’autosatisfaction des besoins familiaux. Dans ce contexte, la réalisation des
objectifs de développement durable nécessite des actions pertinentes de
révision des habitudes culturales des producteurs ruraux et de valorisation de
la force de la jeunesse pour une optimisation du potentiel agroéconomique du
secteur agricole au sens large. Du moment où plus de 90% des productions des
cultures pérennes sont destinées au marché, les producteurs doivent se doter
des aptitudes managériales leur permettant de tirer meilleur profit de leurs
activités.
L’étude a été conduite sous le prisme du diagnostic comparatif des pratiques
coutumières des chaînes de valeur café semence et café marchand et les
principes de l’économie circulaire à travers une exploitation des données
secondaires et primaires (Tchouassi et Tagne, 2020). Pour les données
secondaires, il a été prioritairement question d’évaluer le potentiel économique
en termes d’usages des produits et sous-produits du café d’une part, et des
besoins des producteurs susceptibles d’être comblés par la production caféière
d’autre part. Ici, l’attention est centrée sur le niveau de pression écologique de
la production des cafés verts sur la période de 1961 à 2020 en rapport avec les
domaines de l’approvisionnement durable et de l’écoconception. Pour les
données primaires, l’attention est centrée sur la distribution administrative et
spatiale du couvert végétal caféier au Cameroun d’une part, et la gestion des
rebuts des récoltes de café en rapport avec le recyclage ou la gestion des
déchets d’autre part. Pour cela, des travaux de terrain étaient effectuées dans
des caféières en vue d’apprécier in situ l’état de gestion des déchets et les
besoins essentiels en ressources humaines pour l’optimisation du potentiel
économique du café. L’estimation de la superficie caféière cultivée était limitée
18
aux « dires d’acteurs » ou approche déclarative triangulée des producteurs sur
une période de trois années consécutives.
3. RESULTATS EMPIRIQUES ET DISCUSSIONS
3.1.PRODUCTION RESPONSABLE ET ECOCONCEPTION DU CAFE AU CAMEROUN
3.1.1. DISTRIBUTION ET ETENDUE DU COUVERT CAFEIER AU CAMEROUN
La production des cafés verts est assurée dans huit des dix régions
administratives du Cameroun avec une concentration dans les régions du
Littoral et de l’Ouest qui assurent près de 92% de la production nationale de
café robusta. Par contre, la production de café arabica est confinée dans les
régions du Nord-Ouest et de l’Ouest (ONCC, 2023). Des investigations menées,
il résulte que le caféier est présent dans 140 arrondissements, soit un taux de
couverture d’arrondissement de 39%. À l’échelle des villages, la présence du
caféier est signalée dans 2 537 villages sur les 17 345 villages que compte le
Cameroun (BUCREP, 2005), dont 919 villages pour le caféier arabica et 1 618
villages pour le caféier robusta, soit un taux de couverture de 15% à l’échelle
des villages. Pour cette distribution, la superficie caféière totale du Cameroun
est évaluée à 165 743 hectares, dont la figure ci-après fait l’économie de la
configuration par région.
Figure 2 : Répartition régionale du couvert végétal caféier arabica et robusta
du Cameroun
Source : Auteur
0
5000
10000
15000
20000
25000
30000
35000
40000
45000
40756
13
534
1470
5
018
3
143
22
774
32
442
8
772
28
335
206
9
266
Superficie
déclarée
(Ha)
Régions administratives
DISTRIBUTION DU COUVERT VÉGÉTAL CAFÉIER DU CAMEROUN, 2022
Superficie caféier arabica Superficie caféier robusta
19
Du graphique ci-dessus, il se dégage que les régions du Littoral, de l’Ouest et
de l’Est abritent 76% de la superficie caféière robusta du Cameroun, soit un
cumul de 83 551 hectares en valeur absolue. La région du Sud-Ouest abrite le
4ème couvert caféier robusta important du pays, devant les régions du Nord-
Ouest, de l’Adamaoua, du Centre et du Sud, respectivement. Le caféier arabica
est présent dans les seules régions du Nord-Ouest, de l’Ouest et du Sud-Ouest,
avec une concentration dans la région du Nord-Ouest qui abrite 73% du
couvert national. Pour toutes ces superficies, le Cameroun a enregistré une
production totale de cafés verts évaluée à 11 557 tonnes sur la campagne
caféière 2021-2022 (ONCC, 2023) contre 36 207 tonnes en 2020 (FAOSTAT,
2022), ce qui génère un rendement moyen national de 0,218 T/Ha. Cependant,
par rapport à la superficie récoltée évaluée à 116 564 hectares en 2020
(FAOSTAT, 2022), le rendement moyen national des caféières en 2020 s’établi
à 0,311 T/Ha, soit près de 31% de la moyenne minimale de 01 T/Ha ciblée au
Cameroun dès 2030. Ce ratio présage d’une importante pression anthropique
sur le couvert végétal national.
3.1.2. PRESSION ECOLOGIQUE DE LA PRODUCTION CAFEIERE AU CAMEROUN
La pression écologique est un paramètre de la production agricole responsable
qui met en exergue le rapport entre la superficie emblavée et la production
agricole obtenue au cours d’une campagne ou une période de production
donnée. La figure ci-dessous donne un aperçu de l’évolution de la pression
écologique de la production caféière au Cameroun sur la période de 1961 à
2060.
Figure 3 : Évolution de la pression écologique de la production caféière au
Cameroun
Source : FAOSTAT, 2022 ; Auteur
0.000
1.000
2.000
3.000
4.000
5.000
6.000
7.000
1961
1964
1967
1970
1973
1976
1979
1982
1985
1988
1991
1994
1997
2000
2003
2006
2009
2012
2015
2018
2021
2024
2027
2030
2033
2036
2039
2042
2045
2048
2051
2054
2057
2060
SUPERFICIE/PRODUCTION
(HA/T)
ANNÉES ADMINISTRATIVES
EVOLUTION PRESSION ÉCOLOGIQUE PRODUCTION CAFÉIÈRE AU CAMEROUN, 1961-
2060
Valeurs Prévision Limite de confiance inférieure Limite de confiance supérieure
20
Le graphique ci-dessus illustre que la pression écologique due à la production
caféière a évolué de 2,2 Ha/T en 1961 à 3,2 Ha/T en 2020, soit une hausse de 1
Ha/T en soixante années consécutives. Ceci stipule qu’il fallait emblaver en
moyenne 2,2 hectares de terre agricole pour une tonne de cafés verts en 1961
contre 3,2 hectares en 2020. Ainsi, en soixante années consécutives, la pression
écologique a évolué à un taux moyen annuel 2,99% en valeur relative et de
0,018 Ha/T en valeur absolue. De cette performance, il se déduit que sur la
période de 2021 à 2060, la pression écologique de la production caféière
évoluera de 2,98 Ha/T à 3,25 Ha/T, respectivement, dans un intervalle de
confiance de 0,25 Ha/T à 2,94 Ha/T pour la limite inférieure, et de 3,68 Ha/T
à 6,14 Ha/T pour la limite supérieure. Sur la base du potentiel de 2,5 T/Ha en
milieu paysan, la pression écologique affichera son meilleur ratio à la
quinquennale 2048-2052 où il oscillera dans l’intervalle de 2,66 Ha/T à 2,90
Ha/T, respectivement. Cette évolution s’opérera dans l’intervalle de confiance
de 0,251 Ha/T à 0,78 Ha/T pour la limite inférieure et de 4,39 Ha/T à 5,02
Ha/T pour la limite supérieure. Du moment où le meilleur intervalle est celui
de 0,40 Ha/T à 0,50 Ha/T en milieu paysan, la figure ci-dessus amène à
conclure que la production caféière est sujet à inquiétudes écologiques ou
environnementales au Cameroun.
3.2.CHAINES DE VALEUR ET EMPLOYABILITE DU MAILLON PRODUCTION CAFEIERE
3.2.1. CHAINES DE VALEUR DU MAILLON PRODUCTION CAFEIERE
Des pratiques usuelles de production, la production caféière est centrée sur
deux chaînes de valeur dont celle du café semence et celle du café marchand à
circuit d’obtention quasi-identique subdivisé en trois phases majeures, dont la
phase ante récolte, la phase récolte et la phase post récolte. La phase ante
récolte englobe l’installation et la conduite de l’exploitation. Cette dernière se
résume en opérations de rabattage des mauvaises herbes et de taille de
formation des jeunes caféiers pendant leur phase de croissance, qui s’étend sur
deux à trois ans, de taille d’entretien, d’élimination des gourmands et de
récolte sanitaire dès l’entrée en production. Toutes ces opérations concourent
à la création des conditions idéales de croissance et de production optimales
des caféiers à travers le maintien de l’éclairage adéquat et la réduction de la
pression parasitaire. La récolte englobe les opérations de cueillette sélective et
groupage des cerises arrivées à maturité commerciale. La phase post récolte
englobe les opérations de dépulpage à la main, de fermentation, de lavage et
ressuyage des graines puis d’ensemencement des pépinières pour la
production du café semence. Pour le café marchand, la phase post récolte
englobe les opérations de lavage, décorticage, fermentation, séchage, triage, et
conditionnement. Pour toutes ces étapes, le maillon production génère des
21
parches de café d’une masse minimale de 187 kg et 438 kg pour une
productivité d’une tonne de café arabica et robusta, respectivement, ou 467 kg
et 876 kg pour 2,5 tonnes par hectare et par an (Owona Mbourou, sd). À l’ère
de la Vision 2035 où l’un des objectifs porte sur le renforcement et
l’optimisation de l’utilisation de la biomasse (REPUBLIQUE DU CAMEROUN, 2020),
les rebuts de récolte des caféières sont une alternative d’envergure pour la
résorption des problèmes énergétiques en zones rurales du Cameroun. En
effet, sachant qu’une tonne de matière sèche peut générer 0,450 m3 de biogaz
(Almoustapha et Millogo-Basolodimby, 2006 ; Almoustapha et al, 2008), la
seule masse de parches de café sus-évoquée peut donner au minimum 0,0838
m3 à 0,1971 m3 ou 83,82 litres à 197,1 litres de biogaz par an convertible en gaz
et électricité domestiques. Par ailleurs, il est possible de produire du carbone
écologique ou charbon vert à partir des mêmes rebuts de récolte (Théau et
Kinanga, 2021 ; PNUD, 2022) ainsi que des huiles essentielles. Au plan médical,
la consommation journalière de quatre tasses ou environ 300 mg de café
concourt à la prévention ou guérison de diverses pathologies cérébrales,
cardiaques, respiratoires, et dermiques. Au registre de celles-ci figurent entre
autres la goutte, l’Alzheimer, la Parkinson, le diabète de type 2, l’asthme,
l’hypertension, le cancer du foie et bien d’autres. Aussi, divers extraits de café
sont utilisés en confiserie et pâtisseries, dans la fabrication des sodas et
boissons énergisantes, les crèmes et liqueurs. Le marc de café, ou reste du café
moulu après obtention de la boisson de café, fait l’objet de plusieurs usages
allant du cosmétique à l’agriculture, en passant par les routes, et bien d’autres
utilisations. Il est sollicité en horticulture pour le bleuissement des fleurs, la
prévention contre les attaques de limaces, la production des carottes et des
radis, dans les jardins où il favorise la mobilisation des vers de terre utiles à la
fertilisation, la myciculture, et la fabrication du compost. En fait, des analyses
chimiques ont montré que le marc de café renferme 2,28%, 0,06% et 0,6%
d’azote, de phosphore et de potassium, respectivement, avec un rapport
Carbone/Azote de 24/1 pour un pH égal à 6,2.
Quant à la parche de café, ou ‘enveloppe scléreuse de la graine du caféier’, elle
renferme près de 45,3% de matière sèche, 2,74%, 0,105% et 2,75% d’azote, de
phosphate et de potassium, respectivement, augmenté de 1,12% de calcium,
0,30% de magnésium 70 ppm de manganèse et 1 270 ppm de fer. Les feuilles
de caféier servant de thé contiennent 10,29% d’humidité, 0,29% de théine,
18,45% de matières albuminoïdes, 8,92% de matières minérales, 30,15% de
matières extractives diverses, 0,42% de silice insoluble, 4,99% de cendre
insoluble et 3,83% de cendres solubles. Parmi les matières albuminoïdes, 5,10%
sont solubles et 13,35% insolubles ; 4,95% des matières minérales sont solubles
et 3,87% insolubles ; 19,81% des autres matières extractives sont solubles et
22
10,34% sont insolubles. Ces constituants offrent ainsi une opportunité d’usage
des rebuts de récoltes du café pour la fertilisation des sols, la réduction de
l’usage des produits inorganiques, et l’alimentation animale (D’Aulney, 1832 ;
Raoul et Darolles, 1897 ; Ding et al, 2014). Par ces faits, il se déduit que le
maillon production de la filière café est ouvert à moult secteurs d’activités au-
delà des seules cafés semences et café marchand.
3.2.2. EMPLOYABILITE DANS LE MAILLON PRODUCTION CAFEIERE
De tout ce qui précède, il résulte que le maillon production caféière englobe au
minimum huit chaînes de valeur dont celles semence, marchande, fertilisant
organique, biogaz, charbon vert, provende, liqueur, et huile essentielle. Si la
chaîne de valeur café marchand est la plus valorisée et ouverte à toutes les
catégories sociales et intellectuelles de la population, les autres chaînes
nécessitent un minimum de formation spécifique pour la mise en œuvre à
l’échelle artisanale, semi-artisanale ou industrielle. Et même, pour optimiser la
productivité des caféières et donc réduire la pression écologique due à la
production du café marchande, il faut développer des corps de métiers
agricoles centrés par exemple sur les pratiques de surveillance et des
interventions phytosanitaires. En effet, compte tenu de la précarité agricole et
la vision actuelle de modernisation de l’appareil de production (REPUBLIQUE
DU CAMEROUN, 2020b), la main d’œuvre requise pour la production d’une
tonne de café vert équivaut à deux ouvriers agricoles employés à temps plein.
Centré sur les besoins du producteur, un hectare de caféière emploiera à temps
partiel au moins six spécialistes des chaînes de valeur autres que celles des
graines de café et donc induire la création d’au moins six entreprises rurales.
Dès lors, il se déduit que la production caféière a un potentiel de création d’au
moins 133 entreprises employant au moins 24 salariés à plein temps à l’échelle
des arrondissements producteurs de café. Le tableau ci-après présente la
configuration d’employabilité du maillon production caféière au Cameroun.
23
Tableau 1 : Configuration régionale de l’employabilité de la production caféière au Cameroun
REGIONS
NOMBRE EMPLOIS FORMELS RATIO
(%)
ARRONDISSEMENTS ENTREPRISES SPECIALISES OUVRIERS TOTAL
Adamaoua 02 02 16 32 48 1,50
Centre 19 19 152 304 456 14,29
Est 25 25 200 400 600 18,80
Littoral 09 09 72 144 216 6,77
Nord-Ouest 32 29 232 464 696 21,80
Ouest 36 32 256 512 768 24,06
Sud 03 03 24 48 72 2,26
Sud-Ouest 14 14 112 224 336 10,52
TOTAL 140 133 1 064 2 128 3 192 100,00
Source : Auteur
Du tableau ci-dessus, il se dégage que la valorisation des rebuts et effluves de
récolte de café est porteuse d’au moins 1 064 emplois spécialisés et 2 128
emplois ouvriers, soit un total 3 192 emplois pour 133 entreprises créées sur la
base du domaine recyclage de l’économie circulaire. En plus des spécialisations
requises pour les chaînes de valeur ci-dessus évoquées, chaque unité devra
s’attacher les services d’au moins un spécialiste en administration et gestion
d’entreprise et d’un spécialiste en gestion des ressources humaines. Pour la
conduite des activités quotidiennes, chaque spécialiste devrait être assisté de
deux ouvriers au moins. Ainsi, chaque entreprise créée est susceptible
d’employer au moins huit spécialistes et seize ouvriers, soit un total de vingt-
et-quatre emplois formalisables sur la base des conventions collectives
régissant l’employabilité dans les secteurs secondaire et tertiaire au Cameroun.
Quant aux chaînes de valeur café semence et café marchand, la mobilisation
des ressources humaines, matérielles et financières nécessaires à leur
fonctionnement s’opère au sein des mouvements coopératifs dont les
compétences requises de gestion ne sont pas toujours disponibles. Dès lors, il
résulte que l’orientation gouvernementale de spécialisation ou de
professionnalisation agricole (REPUBLIQUE DU CAMEROUN, 2020b) induira la
création d’au moins 273 sociétés coopératives agricoles dont 133 coopératives
semencières et 140 sociétés coopératives de production. La structure
prévisionnelle des besoins en ressources humaines desdites sociétés
coopératives de production caféière est présentée dans le tableau ci-après.
24
Tableau 2 : Employabilité dans les chaînes de valeur fève semence et fève
marchande de café
REGIONS
ADMINISTRATIVES
SUPERFICIE
CAFEIERE (HA)
NOMBRE DE COOPERATIVES EMPLOIS FORMELS
SEMENCIERE PRODUCTION SPECIALISES OUVRIERS
Adamaoua 5 018 02 02 20 10 036
Centre 3 143 19 19 190 6 286
Est 22 774 25 25 250 45 548
Littoral 32 442 09 09 90 64 884
Nord-Ouest 49 528 29 32 305 99 056
Ouest 41 929 32 36 340 83 858
Sud 206 03 03 30 412
Sud-Ouest 10 736 14 14 140 21 472
TOTAL 165 743 133 140 1 275 331 486
Source : Auteur
Du tableau ci-dessus, il ressort que la production des cafés marchands
nécessite au moins 331 486 ouvriers agricoles pour impulser la production
caféière responsable au Cameroun et porter la production nationale de cafés
verts à 414 358 tonnes au moins à l’horizon 2035. En effet, les enquêtes
d’identification des activités dans les caféières et leur durée d’exécution
réalisées révèlent que la production d’une tonne de cafés verts nécessite en
moyenne 411 H/J à 656 H/J par campagne caféière (Owona Mbourou, sd). Ceci
stipule qu’il faut en moyenne deux ouvriers permanents pour la conduite d’un
hectare de caféière suivant les itinéraires techniques recommandables. En plus
de la main d’œuvre ouvrière, chaque coopérative agricole requiert au moins
cinq spécialistes dont un agronome, deux techniciens, un administrateur et
gestionnaire des coopératives, et un gestionnaire des ressources humaines.
Ainsi, les deux chaînes de valeur café semence et café marchand peuvent
générer 332 761 emplois stables formalisables conformément à la convention
collective nationale d’employabilité du secteur agricole au Cameroun. En
somme, le maillon production caféière est un important vivier d’emplois
stables et décents au Cameroun.
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Le présent article a pour fondement la contribution à la réalisation de l’objectif
national d’atteinte du statut de pays émergent à l’horizon 2035 en général, et à
la réduction de la pauvreté en zones rurales du Cameroun en particulier. En
effet, il est estimé que 90% de pauvres résident en zones rurales où la pauvreté
est endémique et multidimensionnelle. Pour en venir à bout, il est préconisé la
généralisation et l’amélioration des services sociaux, l’accélération de la
croissance par le biais de l’intensification des activités sylvicoles,
agropastorales et piscicoles et un saut technologique industriel axé sur la
valorisation des matières premières locales. Si l’objectif en lui-même est
25
louable, la logique capitaliste de mise en œuvre qui la gouverne donne à
réfléchir tant sa fiabilité à date est sujet à controverse à l’échiquier mondial. Par
contre, l’économie circulaire s’offre en alternative idoine en tant que moteur
conciliateur des aspirations de croissance, de développement et de gestion
durable de l’environnement. Dès lors que le café a statut de source de devises
du pays, l’ancrage de son processus de production au modèle de l’EC est
susceptible de soutenir durablement la marche du Cameroun vers l’émergence
à l’horizon 2035.
En effet, l’article relève que la production caféière centrée sur la seule graine
constitue un handicap à la réalisation des objectifs de développement durable
en termes d’éradication de la pauvreté et de la famine ainsi que de production
et de consommation responsables dès 2030. Pour la production, la pression
écologique due à la production caféière a évolué de 2,2 Ha/T en 1961 à 3,2
Ha/T en 2020, soit un taux moyen annuel de croissance de 2,99% en valeur
relative et 0,018 Ha/T en valeur absolue, et donc très élevée. Pour atteindre le
seuil moyen de 0,33 Ha/T à 0,50 Ha/T pour une production caféière
responsable, il faut mobiliser en moyenne deux ouvriers agricoles par hectare,
ce qui génère un besoin de 331 486 ouvriers agricoles au plan national. Par
ailleurs, sous les auspices de l’EC, la production caféière englobe au moins huit
chaînes de valeur dont celles café semence, café marchand, fertilisants
organiques, biogaz, charbon vert, provende, liqueur et huile essentielle. Pour
chacune des chaînes de valeur, il faut au minimum un spécialiste et deux
ouvriers. La mobilisation de ces compétences au sein d’une entreprise nécessite
aussi au moins deux spécialistes additionnels dont un administrateur et
gestionnaire des entreprises et un gestionnaire des ressources humaines. Au
demeurant, la valorisation des rebuts et effluves de récolte générés par la
production caféière offre la possibilité de création d’au moins 133 entreprises
employant chacune 24 personnes dont 8 spécialistes et 16 ouvriers, ce qui
donne un effectif total de 3 192 emplois formels.
En somme, le développement de la production caféière sous l’angle de
l’économie circulaire fait émerger au moins huit chaînes de valeur et donc la
création d’au moins huit entreprises portées vers la satisfaction des besoins des
populations locales. Elle offre ainsi une opportunité de rupture du modèle
économique imposé aux États africains depuis les années 1800. À ce titre, les
recommandations de l’article nécessitent d’être approfondies et à transposer à
d’autres pays producteurs des cafés, ainsi qu’à d’autres secteurs d’activités
économiques relevant du secteur rural aussi bien au Cameroun qu’en Afrique.
26
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31
Du changement climatique à la résilience des riziculteurs au Cameroun
Monsieur GODOM Moise
Doctorant en sciences économiques, université de Yaoundé 2,
Email : m.godom@yahoo.com
Professeur Gérard TCHOUASSI
Université de Yaoundé II-Soa, Yaoundé, Cameroun
Email : tchouassigerard@yahoo.fr
Citer cet article : Godom, M et Tchouassi, G. (2023), Du changement climatique à la
résilience des riziculteurs au Cameroun. Journal of African Management Trends. Vol.
23, Série 3, Juin 2023. ¨Pp. 31-51
RESUME :
Cet article a pour objectif de déterminer les différentes techniques de résilience
au changement climatique utilisées par les riziculteurs du Cameroun. Pour y
parvenir, une enquête exploratoire est menée auprès de 120 riziculteurs du
village de Gounougou situé dans le département de la Bénoué dans la région
du Nord. A l’issue de cette enquête, les techniques de résilience face au
changement climatique utilisées par ces riziculteurs sont majoritairement les
suivantes : i) L’évacuation de l’eau dans les parcelles irriguées à travers les
canaux d’évacuations en culture pluviale pour résister aux effets
d’inondations ; ii) Ressemer le champ avec les variétés à cycles courts face aux
dégâts causés par les sècheresses dans les parcelles non irriguées ; iii)
l’arrosage des hors parcelles3 par les moto pompes en culture non irriguée ou
l’ouverture des vannes d’irrigation en culture irriguée en cas de départs
précoces de pluies ; iv) l’arrosage des champs par irrigation ou l’utilisation des
variétés résistantes à la chaleur dans le cas de hausse de température. Ainsi,
nous recommandons aux riziculteurs de transformer les hors parcelles en
parcelles irrigués pour une meilleure maîtrise de la riziculture en fonction des
évolutions du climat.
Mots clés : Changement climatique, Résilience, Riziculteurs, Irrigation
ABSTRACT:
The objective of this article is to determine the different climate change
resilience techniques used by rice farmers in Cameroon. To achieve this, an
exploratory survey was conducted among 120 rice farmers in the village of
3 Terme communément employé par les riziculteurs de Gounougou pour désigner les parcelles
non irriguées
32
Gounougou, located in the Benue Department of the Northern Region. At the
end of this survey, the resilience techniques used by these rice farmers in the
face of climate change were mostly the following i) Evacuation of water in
irrigated plots through drainage channels in rain fed cultivation to resist the
effects of flooding; ii) Resowing the field with short-cycle varieties in the face
of damage caused by droughts in non-irrigated plots; iii) watering of off-plot
areas by motorcycle pumps in non-irrigated areas or opening of irrigation
valves in irrigated areas in the event of early rainfall; iv) watering of fields by
irrigation or use of heat-resistant varieties in the event of rising temperatures.
Thus, we recommend that rice farmers transform their off-field plots into
irrigated plots for better control of rice cultivation in response to climate
change.
Keywords : Climate change, Resilience, Rice farmer, Irrigation
INTRODUCTION
Les manifestations du changement climatique et leurs dégâts perpétrés sur le
secteur agricole sont partout ailleurs effectives (Dugué et al., 2012). Les
recherches se dirigeaient vers l’analyse des mauvaises productions céréalières
(ayant un fort pouvoir de garantie sur la sécurité alimentaire) suite à un certain
seuil de température et de pluviométrie (Mendelsohn et Dinar, 2003) et vers
l’intensification des techniques de résilience pour y faire face (Zoundji et al.,
2022). Ainsi, quand on parle des productions céréalières, le riz fait
fondamentalement partir de la liste des produits les plus impactés par le
changement climatique. Tabi et al, (2010) ont souligné que la réduction de la
quantité et modification des régimes de précipitations, leurs arrivées précoces
ou tardives et le raccourcissement saisonnier entraînent une pénurie d'eau en
dessous de certains seuils. Cette situation provoque l'assèchement des
marécages et par conséquent expose la culture du riz de plus en plus aux
vulnérabilités dans les régions semi-arides. Les effets de variations ou
d’évolutions de températures et de pluviométries sur les systèmes agricoles
principalement pluviaux restaient déplorables dans le temps et dans presque
toutes les régions d’Afrique (Dinar et al., 2008 ; Seo. et al., 2009). Ces effets sont
toujours d’actualité sur la riziculture en Afrique particulièrement au
Cameroun (Antu, et al., 2013 ; Godom, et Noumba, 2023). Dans le rapport de
la (BAD, 2012) indiquant les solutions pour le changement climatique en
Afrique, le directeur Dr Donald Kaberuka4 a déclaré que ‘La lutte contre la
pauvreté dans le monde et contre le changement climatique sont les deux
grandes batailles que nous devons livrer…. ‘. Toutefois, la lutte contre le
4
Président du Groupe de la Banque africaine de développement en 2012
33
changement climatique doit tout d’abord commencer par l’instauration des
possibilités d’adaptations et de résilience face aux répercussions qu’il ne cesse
de laisser sur plusieurs plans. Il s’agit de la vie sociale, croissance de migration,
conflits interpersonnels et troubles sociologiques (Berleman et Steinhardt, 2017
; Careleton et Hsiang, 2016 ; Harari et Ferrara, 2018), l’aggravation les inégalités
entre les sexes (Eastin, 2018), la santé et la stimulation des pertes en vies
humaines (Meirrieks, 2021) et la stimulation de la réduction de la productivité
agricole et de la croissance économique (Dell et al., 2014).
Pour transiter des effets du changement climatique sur l’agriculture vers
l’adaptation des agriculteurs, une étude a révélé que lorsque les agriculteurs
n'utilisent pas des techniques d'adaptation au changement climatique, une
augmentation de 2°C des températures normales entraînerait une diminution
de 11% des rendements des cultures d'hiver et une diminution de 5% des
pluviométries au cours de la même période entraîne une augmentation de 4%
des rendements des cultures (Gbetibouo and Hassan, 2005). Il faut du moins
autant revenir dans les études antérieures préciser que la persistance de la crise
climatique exige des efforts d’adaptation pour diminuer le risque et surmonter
sa contrainte (Houndénou, 1999). C’est ainsi que certains auteurs se sont
orientés vers les études d’adaptations et de résiliences des agriculteurs face au
changement climatique (Houssou-Goe, 2008 ; BAD, 2012 ; Dugué. et al., 2012 ;
CIRAD, 2015 ; Tchouassi et Kakmo, 2021 ; Tchouassi, 2022). D’autres
recherches vont plus loin dans la particularité s’intéresser sur les moyens
d’adaptations et de résiliences des riziculteurs aux chocs climatiques (Broudic
et al., 2019 ; Zoundji et al., 2022). L’on peut définir la résilience des riziculteurs
au changement climatique comme ‘un ensemble des techniques appliquées par
ces derniers pour résister aux menaces que reçoit la riziculture telles que des
inondations, hausses de températures, présence de sècheresse, arrivées
tardives et départs précoces des pluies’.
Au Cameroun, bien que les études sur les effets du changement climatique et
la riziculture s’intensifient (Antu et al., 2013 ; Godom et Noumba, 2023),
l’appréhension du changement climatique et de résilience des riziculteurs n’est
pas totalement connu surtout dans certaines zones reculées dans la région du
Nord comme le Lagdo. Nous avons donc trouvé opportun d’orienter notre
recherche vers cette localité afin d’obtenir des informations importantes en ce
qui concerne la résilience des riziculteurs face aux menaces qu’ils encourent en
tenant compte de leurs ignorances. Cependant, il nous sera utile de passer en
revue tour à tour quelques manifestations du changement climatique sur les
issues agricoles (1) ; les méthodes générales de résilience des agriculteurs (2) ;
les résiliences des riziculteurs Camerounais : Cas de la rizière de Gounougou
dans le Lagdo (3) et enfin de conclure notre étude.
34
1. LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET SES EFFETS SUR LA
RIZICULTURE
Selon Dugué et al. (2012) et FAO, (2013), le changement climatique se traduit
généralement par quatre principales évolutions susceptibles de modifier les
conditions de production agricole notamment le retard ou l’arrivée précoce
des pluies (suscitant les décalages dans les calendriers agricoles ; les
changements des quantités d’eau reçues annuellement (de nombreuses régions
connaissent des périodes de sécheresse plus marquées) ; la fréquence accrue
des phénomènes météorologiques extrêmes et des évènements anormaux
(cyclones, gelés, températures anormalement élevées) également une très forte
variabilité temporelle et spatiale des pluies au niveau local. Ces évaluations
des éléments du climat n’épargnent aucun domaine du secteur agricole.
Le changement climatique est un phénomène connu dangereux pour les
cultures agricoles et le bétail en Afrique (Molua, 2011). C’est ainsi que
l’agriculture est particulièrement vulnérable aux températures plus élevées
susceptibles de réduire les rendements de certaines cultures tout en stimulant
la prolifération les mauvaises herbes (impactant les rendements), les criquets,
des rats constituant des éléments ravageurs des récoltes et par ricochets
baissant la production (Nelson et al., 2012 ; Lobell et Gourdji, 2012 ; Ahmad et
al., 2014). Pour parler du climat et la riziculture de manière particulière, il faut
dire qu’une étude menée sur la vulnérabilité de la production de riz aux effets
des précipitations et des variations de température dans les marais de Ndop
(au Nord-Ouest du Cameroun) a révélé que, la variation de l'intensité des
précipitations pendant la saison pluvieuse affecte la production de riz inondé
(Antu et al., 2013). Dans le même ordre de considération, l’étude de la
variabilité climatique et production du riz dans le bas-fond de Dokomey au
Benin a montré que les conséquences des perturbations climatiques sur
l’écosystème se traduisent par l’érosion des terres, l’inondation, le tarissement
précoce des mares provoquant les pertes de production et la baisse des
rendements du riz (Atidegla et al., 2017). Tout récemment, une étude a
mentionné que l'augmentation violente de pluviométrie réduit le rendement
du riz dans le Grand-Nord du Cameroun pendant la saison pluvieuse (Godom
et Noumba., 2023).
Pour faire face à ces évolutions anormales du climat et ses effets pervers sur la
riziculture, la question des résiliences des riziculteurs au changement
climatique se pose avec insistance. Avant d’aborder les méthodes des
résiliences des riziculteurs du Cameroun, il nous sera important de présenter
les méthodes générales de résiliences au changement climatique.
35
2. LES METHODES DE RESILIENCE DES RIZICULTEURS AUX
CHANGEMENTS CLIMATIQUES
Les effets néfastes que laisse le changement climatique sur l’agriculture en
générale et sur la riziculture en particulier ne permettent pas aux riziculteurs
de rester sans riposte pour s’adapter afin de se résilier aux évolutions non
conforme des éléments du climat. Plusieurs méthodes de résiliences sont donc
appliquées en générale par les riziculteurs en tenant compte des différentes
manifestations du changement climatique citées plus haut :
-La pratique des variétés précoces adaptées permettant la réduction de la
durée des saisons suite la récession pluviométrique. Les riziculteurs estiment
que cette pratique pourrait diminuer le risque de mauvaise récolte ;
- La modification des dates et des techniques de l’opération de semis suite
à un retard dans le démarrage des pluies (CIRAD, 2015), puisque les
techniques de gestion et le calendrier agricole sont essentiels à la productivité
des terres arables (Dobor et al., 2016) ;
- La diversification des activités génératrices de revenus pour constituer
l’épargne de précaution. Ces activités génératrices des revenus peuvent
être entre autre le commerce, l’élevage, la pêche, le développement de
nouvelles productions agricoles (maraîchage et la cueillette) le transport, la
transformation agroalimentaire qui sont préciser par Houssou-Goe, (2008). Cet
auteur montre que le nombre moyen d’activités génératrices de revenu par
ménage en dehors des activités agricoles est fonction de la situation de
vulnérabilité au changement climatique ;
- L’utilisation des variétés à cycle court dans le cas de retard des
pluies (exemple : BKN);
- L’utilisation des variétés à cycle long dans le cas de la prolongation des
pluies (exemple : Ita 300) ;
- L’utilisation des variétés de riz résistantes à la sécheresse et chaleur dans
le cas de la hausse excessives de température. En utilisant les données
d’enquêtes au Népal et en Ouganda une étude a montré que ces variétés
présentent deux atouts par rapport aux variétés traditionnelles à savoir : la
conservation du rendement pendant l’année ayant la sécheresse et la
conservation du rendement pendant l’année favorable (Kate, 2021).
Bien qu’il existe plusieurs méthodes de résiliences des agriculteurs aux chocs
climatiques, mais il faut souligner que ces méthodes ne sont pas accessibles à
tous les agriculteurs. Les méthodes de résiliences dépendent des perceptions
de chaque agriculteur, de la localité voire même de mode de production
agricole mise en œuvre. Ainsi, l’objet de notre étude, s’il faut le rappeler encore,
est de déterminer les techniques de résilience des riziculteurs au Cameroun.
Pour ce faire, nous avons jugé important de mener cette étude dans une localité
36
de l’arrondissement de Lagdo dans la région du Nord précisément dans la
rizière de Gounougou.
3. ANALYSE DES RESILIENCES: CAS DES RIZICULTEURS DE
GOUNOUGOU AU CAMEROUN
Avec une superficie de 3 000 km2, Lagdo est situé dans la région du Nord dont
son caractéristique climatique le qualifie de la zone soudano-sahélienne du
Cameroun (Abdoulay, 2013). Il est donc soumis à un climat tropical à deux
saisons : une saison humide (de mai à octobre) et une saison sèche (de
novembre à Avril). Ce climat permet de déterminer deux saisons de
productions rizicoles : de juillet à Novembre en culture pluviale et de
décembre à mars en culture irriguée. Ce régime hydraulique de type tropical
est caractérisé par une période de hautes-eaux (entre juillet et octobre avec un
maximum en août-septembre) et une période de basses-eaux (entre janvier et
mai avec étiage en avril). La zone irriguée de Lagdo est alimentée par un réseau
de canaux principaux, secondaires et tertiaires constituant des quartiers. Les
parcelles d’un quartier sont dominées par un canal tertiaire dont la longueur
varie en général entre 600 et 1 000 m, et couvre une largeur de 150 à 200 m
(Abdoulay, 2013). Cette zone irriguée de Lagdo comporte quatre grands
espaces rizicoles irrigués qui sont : Dingalé, Ouro-doukoudjé, Bessoum et
Gounougou. Pour de besoin de circoncision de l’étude, nous allons nous
appesantir sur la localité de Gounougou pour comprendre les résiliences de
ses riziculteurs. Mais avant cela, nous passerons en revu la présentation de
cette localité.
3.1. Présentation et justification du choix de la zone d’étude
3.1.1. Présentation et avantage pour la riziculture irriguée
Sans toutefois entrer dans l’histoire, nous retenons que Gounougou est un
village situé dans l’arrondissement de Lagdo de département de la Bénoué de
la région du Nord du Cameroun ayant environ plus de 2800 habitants en
référence avec le recensement de 20055. Il est localisé géographiquement par
les coordonnées suivantes : 9° 25′ 30″ nord et 13° 23′ 12″ et avec une altitude de
280m lui permettant d’effectuer une diversité de culture agricole. Bien que la
population de Gounougou a au quotidien plusieurs activités en dehors de
l’agriculture, il faut noter qu’il est doté d'une station aquacole ayant permis
l’instauration des périmètres irriguées d’où sont effectués la riziculture
irriguée hors mise les cultures pluviales dans les parcelles non irriguées. Pour
5
Répertoire actualisé des villages du Cameroun. Troisième recensement général de la population et de l'habitat
du Cameroun, Bureau central des recensements et des études de population, vol. 4, tome 7, 2005
37
mieux appréhender la zone rizicole irriguée de Gounougou, la figure 1 ci-
dessous est soumise à notre disposition.
Figure 1 : Schéma de la zone rizicole irriguée de Gounougou
Source : Auteurs, à partir des observations
Canaux d’irrigation
Zones montagneuses
Champs de riz
Vannes d’irrigation
Cette figure montre tout d’abord que le canal principal d’irrigation est alimenté
par le lac d’eau à travers la vanne de commande. Le canal principal alimente
plusieurs zones d’irrigation par les vannes principales telles que : la vanne
principale de SAIB6, la vanne principal d’autres zones d’irrigation (Bessoum,
Dingalé et Ouro-Doukoudjé) et la vanne principale de Gounougou . La zone
irriguée de Gounougou est commandée par une vanne principale alimentant
le tuyau de canalisation souterrain venant du canal principal d’irrigation. Le
tuyau de canalisation alimente les canaux secondaires à travers les vannes
6
SAIB est une société agro industrielle de la Bénoué crée dans les année 1980
38
secondaires qui alimentent à leur tour les canaux d’irrigation tertiaire par les
vannes tertiaires. Les canaux tertiaires permettent à chaque riziculteur de faire
passer l’eau à volonté dans son champ. Il existe aussi des canaux d’évacuations
d’eau du champ en cas de surplus ou d’inondations en culture pluviale.
3.1.2. Caractéristique hydro-climatique, justification du choix de
Gounougou et échantillonnage
Comme déjà souligner, Gounougou, au même titre que Lagdo en générale
bénéficie d’un climat tropical à deux saisons : une saison sèche et une saison
pluvieuse. Selon les données qualitatives obtenues d’enquête sur le terrain, les
riziculteurs déclarent que la saison pluvieuse s’étale de mai à octobre et celle
qualifiée de sèche part de novembre à Mars, le mois d’avril est considéré
comme mois de transition. Ce climat leur permet de déterminer deux saisons
de productions rizicoles : de juillet à Novembre (inclus la période de récolte)
en culture pluviale et de décembre à mars en culture irriguée.
Le choix de cette zone d’étude se justifie par la disponibilité des riziculteurs
pour l’enquête et la volonté déployée des chefs des ménages pour la
riziculture. La présence des cultures de riz à la fois pluviale et irriguée au cours
de chaque année a attiré notre attention pour pouvoir se rapprocher des
riziculteurs afin de savoir comment ils résistent aux effets des variations
anormales de températures et de pluviométries quel soit pendant la riziculture
pluviale ou irriguée. Compte tenu de ces avantages, nous avons mené
l’enquête sur 120 riziculteurs ayant accepté de s’entretenir avec nous. Nos
questionnaires d’entretien s’orientent beaucoup plus vers leurs résiliences face
au changement, mais nous nous sommes aussi attarder premièrement sur les
manifestations que ces riziculteurs observent de l’évolution du climat actuel à
Gounougou (Questionnaires d’enquêtes dans l’annexe). Cependant, nous
avons insisté autant sur les états de scolarisation et les activités agricoles
principales de ces agriculteurs enquêtés.
3.1.3. Taux de scolarisation et activités agricoles principales des répondants
L’enquête a été effectuée sur 120 riziculteurs de Gounougou dont 81 hommes
et 39 femmes. Le tableau 1 ci-dessous permet de faire ressortir les détails des
taux de scolarisation des répondants dans la globalité et par sexe.
39
Tableau 1 : taux de scolarisations des agriculteurs répondants
Nombre Pourcentage Non
scolarisés
Pourcentage
non scolarisé
Scolarisés Pourcentage
scolarisé
Hommes 81 67,5% 21 25,93% 60 74,07%
Femmes 39 32,5% 20 51,28% 19 48,72%
Total 120 100% 41 34,17% 79 65,83%
Source : Calculs des auteurs, à partir des données d’enquêtes
Il en ressort de ce tableau 1 que 67,5% des riziculteurs enquêtés sont des
hommes dont leur taux de scolarisations est de 74,07% et 32,5% sont des
femmes dont leur taux de scolarisation est de 48,72%. Le taux de scolarisation
globale est donc de 65,83% qui nous a permis de mieux dégager nos
compréhensions des enquêtes sur leurs résiliences au changement climatique
en passant par la détermination du taux d’activité agricole principale contenu
dans le tableau 2 ci-dessous.
Tableau 2 : Taux de riziculture comme activité principale des répondants
Culture principale
Genre
Riz % Maïs %
%
Arachides % Coton %
Hommes 81 75 92,59 02 2,47 0 0 04 4,74
Femmes 39 36 92,31 01 2,56 02 5,13 0 0
Total 120 111 92,5 03 2,5 02 1,67 4 333
Source : Calculs des auteurs, à partir des données d’enquêtes
Ce tableau 2 montre que sur 120 riziculteurs enquêtés, 92,5% (92,59% des
hommes et 92,31% des femmes) exercent la riziculture comme leur activité
agricole principale, 2,5 (2,47% des hommes et 2,56 % des femmes) exercent la
culture de Maïs, 1,67% (0% des hommes et 5,13% des femmes) exercent
l’arachide et 3,33% (4,47%% des hommes et 0% des femmes) exercent le coton
culture comme activité agricole principale. La figure 2 ci-dessous permet de
représenter les pourcentages des cultures agricoles principales exercées par les
120 riziculteurs enquêtés.
40
Figure 2 : Pourcentage des cultures principales des agriculteurs enquêtés
Source : Auteurs, par Excel 2016, à partir des données d’enquêtes
Cette figure montre globalement que 92,5% des riziculteurs enquêtes de
Gounougou considèrent le riz comme une culture principale, les 7,5% des
riziculteurs, bien qu’ils cultivent le riz, mais considèrent le maïs, l’arachide et
le coton comme leur culture principale avec respectivement 2,5%, 1,67% et
3,33%. Ce qui nous a d’ailleurs donné la motivation pour leur poser les
questions sur leurs résiliences face au changement climatique dans leur
pratique de riziculture.
3.2. Les riziculteurs de Gounougou face au changement climatique
Avant d’aborder la question de résiliences des riziculteurs de Gounougou,
nous avons jugé important de les interroger sur l’effectivité du changement
climatique et son impact sur la riziculture.
3.2.1. Effectivité du changement climatique ressenti par les riziculteurs de
Gounougou
Pour confirmer l’effectivité du changement climatique dans la zone d’étude,
les questions à réponses fermées avec des possibilités des suggestions sont
posées aux riziculteurs (Section II des questionnaires d’enquête dans l’annexe).
Ces questions sont plus focalisées sur les évolutions des éléments du climat
telle que la température et la pluviométrie (périodes de hausse de
températures, l’arrivée tardive des pluies, les départs précoces de pluies,
92,5%
2.50%
1.67%
3.33%
Riz
Mais
Arachide
Coton
41
périodes d’inondations et des sècheresses) ainsi que leur manifestation sur la
riziculture. Le tableau 1 de l’annexe a permis de récapituler les réponses des
120 riziculteurs enquêtés sur l’effectivité d’inondations, de sècheresse, la
hausse de température, les retards et les départs précoces des pluies observées
pendant ces deux dernières années et les avis sur les manifestations observées
sur la riziculture. De ce tableau, il est ressorti pendant ces deux dernières
années que :
- 91,67% des répondants ont observé d’inondations et parmi eux, 100%
déclarent avoir observé la pourriture des plantes de riz comme
manifestation et 8,33 n’ont rien constaté ;
- 85% des répondants ont observé de sècheresses, 98% déclarent avoir
observé la fanure des plantes de riz et 2% déclarent avoir observé aucune
manifestation ;
- 95,83% confirment la hausse de températures, comme manifestations
dont 85,22% déclarent avoir observé les mauvaises fleuraisons et 14,78%
déclarent avoir observé les bonnes fleuraisons ;
- 99,17% confirment avoir observé les départs précoces des pluies dont
99,15% déclarent avoir observé des mauvais remplissages des graines (balles
vides) et 0,85%) ont observé la destruction des récoltes ;
- 98,33% déplorent les retards des pluies et comme manifestations, 98,30%
déclarent avoir observé le décalage de la date de semis et 1,70% déclarent avoir
observé le maintien de la date de semis.
Au regard des résultats obtenus nous retenons que le changement climatique
est effectif à Gounougou et se manifeste sur la riziculture à travers les
inondations, les sècheresses, les hausses de températures, les retards et les
départs précoces des pluies engendrant respectivement comme manifestation
: la pourriture des plantes de riz, la fanure des plantes de riz, les mauvaises
fleuraisons, le décalage de la date de semis et les mauvais remplissages des
graines (communément appelé par ces riziculteurs les balles vides). Pour ce
faire, l’on doit s’interroger sur les techniques appliquées par ces riziculteurs
pour contrecarrer ces effets.
3.2.2. Techniques de résiliences des riziculteurs de Gounougou face au
changement climatique
Face aux manifestations du changement climatique sur la riziculture confirmée
par les riziculteurs de Gounougou, Nous nous sommes intéressés de poser des
questions aux riziculteurs pour collecter les informations sur leurs divers
techniques de résistances utilisées en rapport avec chaque manifestation
(Section III des questionnaires d’enquête dans l’annexe). Le tableau 3 ci-
42
dessous restitue les résultats d’enquêtes en ce qui concerne les techniques de
résiliences des riziculteurs.
Tableau 3 : Récapitulatif des techniques de résiliences des riziculteurs face au
changement climatiques
Manifestations
Techniques de résiliences
adoptées par les riziculteurs
Répondants
ayant
confirmé
pourcentage
Inondations Evacuer l’eau du champ par les
canaux d’évacuations (parcelles
irrigués)
120 100%
Aucune action à faire 0 0%
Sècheresses avec
fanure de riz (hors
parcelle)
Ressemer le champ avec les variétés
à cycles courts
117 97,5%
Laisser le champ sans ressemer 03 2,5%
Retards des pluies
(culture pluviale
hors parcelle)
Préparer les pépinière pour le
repiquage
114 95%
Semer les variétés à cycle court 06 5%
Départs précoces
des pluies
Arroser les hors parcelles par les
moto pompes ou ouvrir les vannes
d’irrigation en culture irriguée
120 100%
Aucune action 0 0%
Hautes
températures
Culture irriguée
Arroser le champ par irrigation 108 90%
Aucune action à faire 12 10%
Haute
températures
Culture pluviale
Utiliser des variétés résistantes au
chaleurs
101 84,17%
Faire le mixage des variétés 19 15,83%
Préférence de
cultures
Culture irriguée 118 98,33%
Culture pluviale 02 1,67%
Source : Auteurs, à partir des données d’enquêtes
Ce tableau montre que, pour faire face aux dégâts perpétrés par le changement
climatique sur la riziculture, les riziculteurs de Gounougou optent pour divers
techniques en fonction des manifestations :
43
- Pour résister aux effets des inondations, tous les 120 riziculteurs (100%)
optent pour évacuer l’eau du champ dans les parcelles irriguées à travers
les canaux d’évacuations en culture pluviale ;
- En ce qui concerne les effets de sècheresses avec fanures de riz, 97,5% des
enquêtés partagent l’idée de ressemer le champ avec les variétés à cycles
courts (par exemple le BKN) pour permettre de rattraper la production ;
- Pour les départs précoces de pluies, tous les répondants recommandent
comme techniques utilisées de résiliences, l’arrosage des hors parcelles
par les moto pompes ou l’ouverture des vannes d’irrigation en culture
irriguée pour remonter le stress reçus par les plants de riz suite à
l’absence de pluies ;
- Dans le cas de hausse de températures en culture irriguée, 90% des
riziculteurs se sont prononcés pour l’arrosage des champs par irrigation
et dans le cas de culture pluviale, 84,17% utilisent des variétés résistantes
aux chaleurs ;
- Enfin pour la préférence en vue de mieux se résilier efficacement au
changement climatique quel que soit ses manifestations, 98,33% des
riziculteurs préfèrent pratiquer la culture irriguée.
CONCLUSION
Le changement climatique est un phénomène qui entre dans les
préoccupations quotidiennes de tous et n’a jamais laissé de causer des dégâts
dans le secteur agricole en générale. Les agriculteurs de façon globale et les
riziculteurs en particulier sont donc appelés à se résilier aux effets du
changement climatique. C’est dans ce contexte que s’inscrit cet article pour
déterminer les différentes techniques de résiliences appliquées par les
riziculteurs du Cameroun précisément ceux du village Gounougou situé dans
l’arrondissement de Lagdo, département de la Bénoué région du Nord. Pour y
parvenir, nous avons effectué une enquête sur 120 riziculteurs dont 92,5% font
de la riziculture leur activité agricole principale et ont confirmé les effectivités
du changement climatique ainsi que leurs manifestations menaçant la
riziculture.
Au terme des résultats d’enquêtes, l’article retient que les riziculteurs ont
adopté principalement quatre techniques de résiliences en fonction des
manifestations du changement climatique : i) La technique d’évacuation de
l’eau du champ dans les parcelles irriguées à travers les canaux d’évacuations
en culture pluviale pour résister aux effets d’inondations ;ii) Ressemer le
champ avec les variétés à cycles courts (par exemple le BKN) pour permettre
de rattraper la production afin de résoudre le problème de sècheresses dans les
parcelles non irriguées ; iii) l’arrosage des hors parcelles par les moto
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JAMT JUNE VOL 23 SERIE 3.docx

  • 2. 1 Editions Comerci, ‘Journal Of African Management Trends’ Directeur de Publication Pr. Dr. Alain Ndedi Secrétariat scientifique de rédaction : Pr. Dr Emmanuel Innocents Edoun Pr. Dr Paulin Mbecke Pr. Dr. Francis Kemegue Comité éditorial : Dr. Nurudeen Oyekola, BoT Chair, Global Confederation of Certified Entrepreneurship and Innovation Institutes (GCCEI)/Registrar Institute of Classic Entrepreneurship (ICEnt) Dr. Bamidele Wale-Oshinowo, University of Lagos, Nigeria Pr. Dr. Rose Ikelle, ESSEC, Université de Douala, Cameroun Dr Jules Banaken, Banque de Développement des Etats de l'Afrique Centrale Dr Pierre-Joubert Nguetse Tegoum, Ministère de l’économie et de la Planification, Cameroun Pr. Dr. Alain Ndedi, International Council for Family Business /Charisma University Pr. Dr. Francis Kemegue, Boston Insights and Analytics, USA Pr. Dr Emmanuel Innocents Edoun, Université de Johannesburg /Tshwane University of Technology, RSA Pr. Dr Paulin Mbecke, Université du Moyen Lualaba, DRC Dr Polycarpe Feussi, Université de Johannesburg, RSA Pr Dr Essombe Edimo Jean Roger, Université de Yaoundé II-Soa, Cameroun Pr Dr Tchouassi Gérard, Université de Yaoundé II-Soa, Cameroun Pr Dr Thierry Levy Tadjine, Université Paris 8, France Pr Dr Mantsie Rufin W., Université Marien Ngouabi, Congo Brazzaville Dr Kok Lawrence, University of Johannesburg, RSA Pr Dr Makosso Bethuel, Université Marien Ngouabi, Congo Brazzaville Volume 23, Série 3, Juin 2023, Email : manuscrit.tma@gmail.com ISSN : 9597 9871
  • 3. 2 TABLE DES MATIERES P. 4 INTRODUCTION P. 10-30 Économie Circulaire et entrepreneuriat dans la production du Café : Culture paysanne d’exportation au Cameroun Professeur Gérard TCHOUASSI OWONA MBOUROU Alphonse Parfait P. 31-51 Du changement climatique à la résilience des riziculteurs au Cameroun Monsieur GODOM Moise Professeur Gérard TCHOUASSI P. 52-72 Agriculture et émergence économique du Cameroun : Est-ce le destin agricole du libéralisme communautaire ? Dr ONGUENE ATEBA Julien Grégoire Mr Abdoulaye BENGALY P. 73-96 Public Finance and Economic Growth in Cameroon's Post Covid-19 Context: Analysis and implications Dr NANA Emmanuel MBAFONG Dr NGUELE Pierre Anicet P. 98-115 Politique de gestion des compétences et performance organisationnelle: Cas d’une PME camerounaise Dr Bonaventure ABADA Dr FANGUE NDJIOZE Laure. Madame Diane EBENE NKOA Dr NWAMEN Fidèle
  • 4. 3
  • 5. 4 INTRODUCTION Nous sommes à l’ère de la quatrième révolution industrielle et face à une effervescence de la révolution numérique, et à l’arrivée de la génération Z dans le monde du travail, les entreprises qu’elles soient africaines ou mondiales ne cessent de revoir et d’adapter leurs modes de management pour attirer et répondre aux attentes de cette nouvelle ère de conflit entre les pays de l’Otan d’un côté, et les pays qui restent du pacte de Varsovie mené par la Russie de l’autre côté. Plusieurs tendances de nos jours se bousculent et s’imposent aux managers des entreprises de petites comme de grande taille. Le design thinking est l’une d’elle. Elle offre la possibilité à l’entreprise de travailler de manière transversale en responsabilisant les équipes et en valorisant leurs productions. Travailler ainsi permet à tous les niveaux de l’entreprise d’impliquer tous les employés, de les inciter à prendre des décisions et à proposer des concepts nouveaux et importants au sein de l’entreprise. De plus, la connectivité permanente du Design Thinking permet de se placer à la place des consommateurs afin de comprendre ses besoins et proposer de manière intelligente, des solutions meilleures et innovantes. De manière pratique, avec le Design Thinking, l’entreprise repense son business model en lançant un processus d’innovation (innovation produit, innovation de rupture, innovation incrémentale…). A l’ère de la COVID 19, une autre tendance managériale appelée management bienveillant a fait surface et tente à remettre le bien-être des salariés dans l’environnement professionnel. Car, le bonheur des collaborateurs au travail commence par une atmosphère positive et humaine. Les responsables au plus haut niveau de l’entreprise devraient être à l’écoute des équipes inférieures pour instaurer une réelle relation de confiance et de respect. Ils doivent comprendre leurs collaborateurs et leur proposer des objectifs cohérents et atteignables par le biais d’une bonne communication. De plus, il faut quand cela est nécessaire laisser le droit à l’erreur et accorder des encouragements et félicitations aux intrapreneurs. En instituant des solutions de management bienveillant, les équipes sont plus épanouies et donc plus productives puisqu’elles ne sont ni stressées ni brusquées par un manager offensif ; car l’employé est placé au cœur même de l’entreprise. À l’origine, la méthode agile était utilisée par les développeurs et les ingénieurs pour faciliter leur organisation en équipe. De nos jours, cette technique se déploie au niveau des organisations et révolutionne le management. La méthode dite agile, est une approche collaborative de la gestion de projet et se base sur des feedbacks réguliers. Elle est appelée agile parce qu’elle permet de laisser place aux imprévus et aux changements mais également de rendre autonome et de responsabiliser les employés à tous les niveaux Au niveau international, dans les tendances du management qui ont pignon sur rue, nous retrouvons notamment la méthode Kanban qui est une résultante de l’application de la méthode agile. La méthode Kanban qui est une résultante de l’application de la méthode agile, a largement fait ses preuves et montrée son apport de valeurs aux projets. Cette méthode prône un système visuel principalement connu pour sa représentation en tableau de gestion de l’avancement des tâches. Elle consiste à découper un projet en plusieurs tâches et à chaque acteur d’en suivre son évolution. Elle peut être utilisée pour installer une nouvelle organisation ou bien pour un projet spécifique au travail.
  • 6. 5 Cependant, il ne faut pas confondre faire de l’agile (appliquer les méthodes comme celle de Kanban par exemple) et être agile (valeurs, état d’esprit…). En effet, faire de l’agile est relativement simple, il suffit de choisir une méthode et de l’appliquer tout bêtement. Quant au terme être agile, lui signifie que tous les acteurs sont engagés et comprennent l’intention derrière chaque rôle. Être agile est essentiellement un changement de comportement individuel et collectif encore mindset change. Un changement d’habitude et de culture ne se fait qu’en ancrant de nouvelles méthodes et s’avère donc bien plus long que de faire de l’agile. En général, faire évoluer ses habitudes managériales n’est pas une démarche évidente. Néanmoins, il est conseillé d’apporter de nouvelles pratiques visant à mettre un terme à la routine professionnelle. Ces innovations managériales sont de véritables enjeux stratégiques et apportent un regain d’énergie et du renouveau dans l’engagement et la productivité des équipes. Le manager pourra proposer à ses collaborateurs de toutes les échelles que ce soit aux nouvelles formes de management pour recréer du lien entre les différentes couches de l’entreprise. Les explications relatives à la quête de la modernité entrepreneuriale interne seront nécessaires. À travers cette démarche, les managers montrent leur capacité d’empathie et de proximité avec leurs collaborateurs. Les tendances du management en cette ère de la COVID 19 ne se limitent pas à des postures mentionnées plus haut. Il existe également de nombreuses autres méthodes pour apporter motivation et bien-être aux employés. Le télétravail, les horaires aménagés ou encore un espace de travail chaleureux booste la performance des équipes. Les managers feront attention à ne pas changer le management interne sans une analyse profonde de l’entreprise ; mais il faudra envisager un changement progressif pour laisser le temps aux employés de comprendre et de s’impliquer aux projets. En cette année 2023, le volume 23, la série 3 aborde des sujets variés qui affectent les organisations publiques comme privées africaines dans leur ensemble. Nous commençons cette série avec une contribution scientifique du Professeur Gérard TCHOUASSI et de Monsieur OWONA MBOUROU Alphonse Parfait sur l’économie circulaire et entrepreneuriat dans la production du café, culture paysanne d’exportation au Cameroun est une application moderne de comment la gestion environnementale pourrait sauver l’humanité. Initiée vers 1880 pour diversifier les échanges sur la côte camerounaise, la production caféière a été bâtie sur le modèle économique linéaire ‘produire, consommer, jeter’ qui, décrié depuis lors par les marxistes et keynésiens, est aujourd’hui essoufflé et jugé peu bénéfique pour le Cameroun. En effet, en plus d’en avoir fait une économie extravertie, ce modèle a rendu l’économie camerounaise dépendante des matières premières et ressources non renouvelables dont l’exploitation est corrélée à la pollution induite par l’augmentation des déchets. Au plan mondial, la communauté internationale milite davantage en faveur de la transition vers l’économie circulaire (EC) fondée sur le principe de ‘produire, consommer, recycler’ à tous les stades du cycle de vie des biens et services. En fait, l’EC offre
  • 7. 6 des opportunités multiples d’entrepreneuriat à travers de nouveaux modes de production, de circuits de distribution, de partenariats, et donc de chaînes de valeurs qui prennent en compte les spécificités et besoins actuels du marché. Le Cameroun étant engagé dans un processus d’atteinte d’un taux minimal annuel de croissance de 8% pour le secteur rural à l’horizon 2035, l’article interroge le potentiel de contribution de l’EC à la matérialisation de cette vision en termes de promotion de l’entrepreneuriat rural. Le café étant l’une des filières stratégiques pour l’économie du Cameroun, il a été procédé à l’exploration comparative des domaines de l’EC et de la production caféière par exploitation de certaines données secondaires et primaires sur toutes les zones productrices de café au Cameroun. Avec le second article intitulé ‘Du changement climatique à la résilience des riziculteurs au Cameroun’ écrit par Monsieur GODOM Moise et Professeur Gérard TCHOUASSI, il vise à déterminer les différentes techniques de résilience au changement climatique utilisées par les riziculteurs du Cameroun. Pour y parvenir, une enquête exploratoire est menée auprès de 120 riziculteurs du village de Gounougou situé dans le département de la Bénoué dans la région du Nord Cameroun. A l’issue de cette enquête, les techniques de résilience face au changement climatique utilisées par ces riziculteurs sont majoritairement les suivantes : i) l’évacuation de l’eau dans les parcelles irriguées à travers les canaux d’évacuations en culture pluviale pour résister aux effets d’inondations ; ii) Ressemer le champ avec les variétés à cycles courts face aux dégâts causés par les sècheresses dans les parcelles non irriguées ; iii) l’arrosage des hors parcelles1 par les moto pompes en culture non irriguée ou l’ouverture des vannes d’irrigation en culture irriguée en cas de départs précoces de pluies ; iv) l’arrosage des champs par irrigation ou l’utilisation des variétés résistantes à la chaleur dans le cas de hausse de température. Ainsi, l’article recommande aux riziculteurs de cette partie du territoire camerounais de transformer les hors parcelles en parcelles irrigués pour une meilleure maîtrise de la riziculture en fonction des évolutions du climat. Le troisième article sur les liens entre l’Agriculture et émergence économique du Cameroun : Est-ce le destin agricole du libéralisme communautaire ? écrit par Docteur ONGUENE ATEBA Julien Grégoire et Monsieur Abdoulaye BENGALY a pour objectif de projeter l’agriculture de seconde génération du Cameroun à l’horizon 2035 en passant par le DSCE et la SND30. A la fin de 1 Terme communément employé par les riziculteurs de Gounougou pour désigner les parcelles non irriguées
  • 8. 7 l’article, les auteurs se posent la question de savoir si le destin agricole du Cameroun cadre avec le modèle agricole du libéralisme communautaire proscrit par le président camerounais Paul Biya en 1987. Pour mesurer l'impact de l'agriculture sur la croissance économique et par conséquent sur l’émergence économique au Cameroun à l’horizon 2035, un modèle de régression linéaire générale plus précisément le modèle de (Kanwar et Yao, 2000) nous permettra de définir la relation qui existe entre agriculture et croissance économique. L'idée générale est qu'à partir des données sur les différentes activités au Cameroun couvrant une longue période, il soit mis en exergue, grâce aux techniques statistiques et économétriques, la relation qui existe entre les performances économiques obtenues dans le secteur agricole et les performances de l'économie dans son ensemble au Cameroun pour une émergence à l’horizon 2035. In fine, quelques résultats en analyse rétrospective et prospective ne rassurent pas sur l’atteinte de l’émergence économique sur la base du levier agricole modélisé à l’horizon 2035 aussi bien dans le DSCE que dans la SND 30. L’article conjointement écrit par Dr NANA Emmanuel MBAFONG et Dr NGUELE Pierre Anicet s’arrête sur l’analyse et les implications sur la finance publique et la croissance économique au Cameroun après le Covid-19. L'objectif de cet article est d'analyser dans le contexte camerounais du post Covid-19, l'influence des finances publiques (FP) sur la croissance économique pour la période allant de 1990 à 2021. L'approche méthodologique consiste à collecter des données primaires et secondaires à partir d'ouvrages, d'articles scientifiques, des rapports et de textes officiels traitant du sujet. Afin d'analyser ces données, la méthode économétrique a été réalisée à l'aide des séries temporelles et du modèle dynamique. Ainsi, les résultats empiriques entre finances publiques et croissance économique ont été vérifiés à l'aide des tests stationnaires tels que ADF, PP et KPSS ; tandis que l'évolution du produit intérieur brut (PIB) et du solde budgétaire de 1990 à 2021, ont été testés à l'aide de l'AIC, du SC, du HQ et du FPE. En outre, une corrélation directe a été établie entre le PF et le PIB en explorant les techniques conceptuelles, les approches d'analyse théorique, pratique, empirique et managériale. Les résultats montrent que la situation des finances publiques a tendance à être bonne pendant les expansions des activités économiques, et mauvaise pendant la récession, notamment en temps de crise comme celle de Covid-19. De même, les recettes publiques et le PIB évoluent dans le même sens au Cameroun depuis 1996, avec une corrélation positive ; une augmentation de 0,1 % du PIB entraînant une collecte de recettes de 0,08 %. En conséquence, le PIB a une influence positive sur les finances publiques, tandis que les finances publiques
  • 9. 8 sont fortement dépendantes de la croissance économique dans le contexte post Covid-19. L’article formule les recommandations suivantes : (1) intégrer cette corrélation positive entre la croissance économique et les finances publiques dans les mentalités des parties prenantes au Cameroun, afin de développer un secteur ECOFI performant et durable et (2) mettre en place une plate-forme tripartite entre les acteurs des secteurs public, privé et les chercheurs dans les domaines ECOFI intitulée ‘ECOFI Networking’, pour le partage d'informations et le développement de instruments innovants. L’objectif général de cet article écrit par Dr Bonaventure ABADA, Dr FANGUE NDJIOZE Laure, Madame Diane EBENE NKOA et Dr NWAMEN Fidèle est de démontrer que la politique de gestion des compétences du personnel impacte la performance organisationnelle des PME. La conception de la PME n’est plus seulement comme un champ d’étude, mais bien au-delà comme un objet d’étude. Il s’agira donc de voir comment la gestion des compétences du personnel à travers des outils RH, influence la performance organisationnelle de celle-ci. Dans le cadre de cet article, les auteurs ont choisi de mener une étude auprès de 30 propriétaires et dirigeants de PME, sur les outils mobilisés pour la gestion des compétences de leurs salariés (1182), la stratégie mise en œuvre et l’impact sur la performance de leurs organisations. Il ressort à la suite de cette étude qu’une politique de gestion des compétences du personnel adossé à une stratégie et sur des activités RH alignées, telles que la formation continue et l’évaluation des compétences influencent positivement et durablement la performance organisationnelle. Au nom du comité éditorial, mes sincères remerciements à tous les contributeurs et à leurs institutions respectives, et une bonne lecture à tous. Nous vous remercions de bien vouloir envoyer vos contributions au plus tard le 28 Juillet 2023 et commentaires par courriel le plus tôt possible aux adresses suivantes: ndediaa@gmail.com et manuscrit.tma@gmail.com (secrétariat) Prof. Dr. Alain Ndedi
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  • 11. 10 Économie Circulaire et entrepreneuriat dans la production du Café : Culture paysanne d’exportation au Cameroun Professeur Gérard TCHOUASSI Université de Yaoundé II-Soa, Yaoundé, Cameroun Email : tchouassigerard@yahoo.fr Mr OWONA MBOUROU Alphonse Parfait Doctorant Économie Sociale et Solidaire, Cadre au Projet d’Appui à la lutte Antifongique dans les filières Cacao et Café (PALAF2C) Citer cet article : Tchouassi, G et Owona Mbourou, A, P. (2023), Économie Circulaire et entrepreneuriat dans la production du Café : Culture paysanne d’exportation au Cameroun. Journal of African Management Trends. Vol. 23, Série 3, Juin 2023. ¨Pp. 10-30. RESUME Initiée vers 1880 pour diversifier les échanges sur la côte camerounaise, la production caféière a été bâtie sur le modèle économique linéaire ‘produire, consommer, jeter’ qui, décrié depuis lors par les marxistes et keynésiens, est aujourd’hui essoufflé et jugé peu bénéfique pour le Cameroun. En effet, en plus d’en avoir fait une économie extravertie, ce modèle a rendu l’économie camerounaise dépendante des matières premières et ressources non renouvelables dont l’exploitation est corrélée à la pollution induite par l’augmentation des déchets. Au plan mondial, la communauté internationale milite davantage en faveur de la transition vers l’économie circulaire (EC) fondée sur le principe de ‘produire, consommer, recycler’ à tous les stades du cycle de vie des biens et services. En fait, l’EC offre des opportunités multiples d’entrepreneuriat à travers de nouveaux modes de production, de circuits de distribution, de partenariats, et donc de chaînes de valeurs qui prennent en compte les spécificités et besoins actuels du marché. Le Cameroun étant engagé dans un processus d’atteinte d’un taux minimal annuel de croissance de 8% pour le secteur rural dès 2035, l’étude interroge le potentiel de contribution de l’EC à la matérialisation de cette vision en termes de promotion de l’entrepreneuriat rural. Le café étant l’une des filières stratégiques pour l’économie du Cameroun, il a été procédé à l’exploration comparative des domaines de l’EC et de la production caféière par exploitation de certaines données secondaires et primaires sur toutes les zones productrices de café. Mots-clés : Économie, circulaire, production caféière, chaînes de valeur, entrepreneuriat rural, Cameroun. ABSTRACT Initiated around the 1880s in order to diversify trade on Cameroonian coast, coffee production was build up on the linear economic model ‘produce,
  • 12. 11 consume, throw away’ nowadays out of breath and unbeneficial for Cameroon. In fact, out of making it an extroverted economy, the linear model has made the Cameroonian economy tightly dependent on raw materials and on non- renewable resources of which main exploitation effect is pollution induced by excessive waste accumulation. Abroad, the international community is campaigning more in favour of the transition to the circular economy (CE) of which principles are ‘produce, consume, recycle’ at every stages of the live cycle of goods and services. In fact, CE offers multiple entrepreneurship opportunities because of new production methods, new distribution channels, new partnerships, thus new value chains that integrate the specificities and current needs of the market. Cameroon targeting a minimum rate growth of 8% for the rural sector by 2035, the study assessed the potential contribution of CE to the achievement of the 2035 vision in terms of rural entrepreneurship. Coffee being one of Cameroon’s strategic sectors, the survey carried a comparative exploration of domains of the CE and coffee production by the exploitation of some secondary and primary data on all coffee production regions. Key words: Circular economy, coffee production, value chain, rural entreprenership, Cameroon. INTRODUCTION Pays d’Afrique Centrale situé entre les parallèles 2° et 12° de latitude nord, le Cameroun a engagé un processus d’émergence en 2035 (REPUBLIQUE DU CAMEROUN, 2009a) ou d’acquisition du statut de pays en voie développement à fort taux de croissance économique (Silem et Albertini, 2010). Par cette vision, il est perceptible que la ligne de politique économique qui prévaudra de 2010 à 2035 au Cameroun sera à dominance capitaliste, système pourtant en perte de popularité au plan mondial. En effet, fondé sur le modèle linéaire ‘produire, consommer, jeter’ jugé destructeur de la nature et des hommes par Karl MARX, le capitalisme a atteint son paroxysme d’émission des gaz à effets de serre et donc de pollution atmosphérique (Roquet et Nicklaus, 2014). Par ce fait, la communauté internationale milite davantage en faveur des modèles de production et consommation responsables (ONU, 2015) en vue d’une utilisation plus efficace et durable des ressources. En effet, l’enlisement du modèle capitaliste a engendré de nouveaux modèles économiques jugés porteurs d’innovations environnementales, d’opportunités économiques et de création d’emplois (Benmessaoud, 2022) tels l’économie de communion, l’économie sociale et solidaire, l’économie circulaire (EC) (ANOUK, 2017). Cette dernière, fondée sur le modèle cyclique ‘produire-consommer-recycler’ à tout stade du cycle de vie des biens et services (Geldron, 2014), offre moult
  • 13. 12 opportunités d’entrepreneuriat grâce aux nouveaux modes de production, de circuits de distribution, de partenariats, et de propositions de valeur. Elle permet de développer des logiques entrepreneuriales prenant en compte les spécificité et besoins actuels du marché et la disponibilité des ressources ainsi que la capacité d’assimilation de la pollution par l’environnement. À ce titre, l’EC se positionne en modèle économique propice à l’essor socioéconomique durable de l’Afrique en général et du Cameroun en particulier. En effet, la matérialisation de la vision 2035 repose entre autres sur la modernisation du tissu productif porté par 98,5% de très petites et petites entreprises, 1,3% de moyennes entreprises et 0,2% de grandes entreprises. Au plan sectoriel, les activités de 84,2% des entreprises nationales relèvent du tertiaire, contre 15,6% pour le secondaire et 0,2% pour le secteur primaire (REPUBLIQUE DU CAMEROUN, 2020b). Du moment où ce dernier est dominé par le sous-secteur agricole qui mobilise plus de 60% de la population active (BANQUE MONDIALE (BM), 1996 ; BAD, 2016), il est peu compréhensible que les taux de pauvreté, d’insécurité alimentaire, de chômage, etc. soient en hausse continue (REPUBLIQUE DU CAMEROUN, 2020a) dans un pays à multiples potentialités de développement autonome (Touzard et al, 1981 ; Assoumou, 1983 ; Ngoa Tabi, 2017 ; Touna Mama, 2018). De ce contraste découle la nécessité de scruter le potentiel d’employabilité du sous-secteur agricole du Cameroun. À ce titre, la présente étude interroge les chaînes de valeur de la production caféière avec pour hypothèse que l’EC est une clé pour l’impulsion du management de l’entreprenariat rural au Cameroun en général et de la production caféière durable en particulier. Introduits au Cameroun vers 1800 par les anglais puis relayés par les allemands (Chevalier, 1938 ; Champaud, 1969 ; Sanchez, 2002), les cafés arabica et robusta ou Coffea arabica et Coffea robusta sont des outils de coopération avec l’Occident, principal exutoire des cafés verts. En raison de la demande toujours croissante, la production nationale des cafés verts est restée croissante depuis les premières années de production avec une évolution en cloche sur la période de 1961 à 2020 où elle affiche un taux moyen annuel de croissance de 3,44% (FAOSTAT, 2022). Sur cette période, la production nationale des cafés verts a évolué de 44 700 tonnes en 1961 à 36 207 tonnes en 2020, avec un pic de 137 900 tonnes en 1984. Parallèlement, les exportations des cafés verts ont évolué de 35 484 tonnes en 1961 à 19 210 tonnes en 2020 pour 10 791 tonnes en 2022 en volume, et de 20 746 000 $US à 27 414 000 $US en 2020 en valeur (FAOSTAT, 2022 ; ONCC, 2022). Au plan économique, la contribution des exportations de café au PIB national a reculé de 15% sur la double décennie 1960-1980 à près de 1% depuis 2014 (REPUBLIQUE DU CAMEROUN, 2015). En dépit de cette baisse, le café fait toujours office de filière stratégique pour l’économie nationale en
  • 14. 13 raison de son statut de source de devises du Cameroun. En milieu académique, le café est qualifié d’outil de fragilisation des économies africaines (Assoumou, 1983) et donc moins bénéfique de par son caractère extraverti et embryonnaire (Touna Mama, 2008). À ce titre il est peu justifiable que des ressources soient continuellement mobilisées pour une activité dont à peine 6% des retombées financières bénéficient aux producteurs (CICC, 2019). En fait, il est paradoxal d’asseoir des ambitions de développement et de croissance économique fiable sur un maillon économique dont les échanges sont bâtis sur un modèle de consumérisme capitaliste (Kamdem, 2012). Eu égard à ces incongruités, l’option d’exclusion de la production caféière du registre des activités économiques a davantage pignon sur rue en Afrique où le café est présenté comme culture coloniale car non consommé localement (Assoumou, 1983 ; Lourme-Ruiz et al, 2016). À l’opposé, il est suggéré une révision des fondements de l’agriculture familiale dont la vocation première est la satisfaction des besoins existentiels de la famille en lieu et place de la production des richesses. La conciliation des deux centres d’intérêts repose sur l’optimisation du potentiel agricole, de la consommation des productions agricoles locales, et donc la transformation de l’agriculture pour relever les échanges de l’Afrique à l’échelle mondiale (Goiita Mamadou, 2014 ; BAD, 2016). Cette démarche implique une analyse combinée de la structure et des chaînes de valeur des maillons et des filières agricoles. 1. REVUE DE LA LITTERATURE Depuis son partage entre les puissances européennes en 1885, l’Afrique en générale et le Cameroun en particulier a été soumis au suivisme des politiques occidentales des suites de la rupture de son processus évolutif normal amorcée depuis les années 1540 (Mveng, 1963; Touzard et al, 1981b). Malgré l’indépendance, les politiques et programmes de formation académique et professionnelle, de développement économique et social continuent d’épouser la logique coloniale de concentration des ressources humaines dans les administrations publiques au service du capitalisme occidental. En conséquence, la quasi-totalité des branches d’activité économique nationale demeure à dominance extravertie, l’exode rural, le chômage, le sous-emploi, etc. s’accentuent à taux moyen annuel de 0,12% (REPUBLIQUE DU CAMEROUN, 2020a et 2020b). Sachant que le chômage est une connotation d’absence de valorisation optimale du potentiel humain national, les aspirations de développement exprimées ne demeureront que de simples slogans dénués de toute certitude de matérialisation. Pour transformer ces vœux aux apparences creuses en des réalités palpables, il faut explorer des pistes de mutation des économies africaines extraverties en des économies à dominance intraverties.
  • 15. 14 En d’autres termes, il faut davantage développer des modèles de production centrés sur la réduction de la totale dépendance des branches d’activités économiques nationales vis-à-vis du marché extérieur. En ce sens, la structure conceptuelle de l’EC en fait un support idoine pour le Cameroun. La théorisation de l’économie circulaire aurait ses débuts vers 1972 (Geldron, 2014) avec pour ancrage la maxime de LAVOISIER ‘rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme’ reprenant le postulat du philosophe ANAXAGORE ‘rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau’ (INSTITUT MONTAIGNE (IM), 2016). En plein regain depuis 2008 suite à la promulgation de la ‘Loi de promotion de l’Économie Circulaire de la République Populaire de Chine’, l’EC bénéficie de diverses orientations théoriques le plus souvent établies à partir de celles de l’ONU et l’Agence De l’Environnement et de Maîtrise de l’Énergie (ADEME). Pour cette dernière, l’EC est un ‘système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement tout en permettant le bien-être des individus’ (Geldron, 2014). Pour l’ONU, l’EC est un ‘système de production, d’échanges et de partage permettant le progrès social, la préservation du capital naturel et le développement durable tel que défini par la commission Brundland’ (www.recita.org)2. Un essai de synthèse fait de l’EC un ‘ensemble des transformations qui permettent de poursuivre la création de valeur pour les différents acteurs économiques …, en préservant le capital naturel et en utilisant de moins en moins les ressources existant en quantité limitée’ (IM, idem). Sous cet angle, l’EC a la propension d’être le prototype de l’économie verte prônée par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) depuis 2008 (Benmessaoud, 2022) pour son rôle pionnier dans l’éradication de l’accumulation des déchets et de création d’entreprises. En valorisant les domaines et piliers dont la figure ci-dessous fait une synoptique, 14 000 entreprises de valorisation des déchets ont été créées en Algérie Benmessaoud, 2022). Des réalisations de même envergure ont été observées en Allemagne, en Chine, au Japon, aux Pays-Bas, etc. (Rouquet et Nicklaus, 2014). 2 RECITA : RESEAU D’ÉCONOMIE CIRCULAIRE ET D’INNOVATION DE NOUVELLE AQUITAINE, FRANCE
  • 16. 15 Figure 1 : Représentation de la structure fonctionnelle de l’économie circulaire Source : Geldron (2014) Face à l’accentuation des menaces sociales et environnementales induites par l’expansion du capitalisme, l’EC se positionne en solution idoine à leur atténuation (IM, 2016). En effet, inspirée des aptitudes de résilience observée dans les écosystèmes naturels par le recyclage des ressources non renouvelables, l’EC englobe toute pratique de maintien et optimisation de la valeur des biens et services. Sortie du cadre théorique, l’EC se singularise par son approche de conciliation du développement économique à la gestion et préservation durable de l’environnement fondée sur trois piliers et sept principes majeurs. Ces derniers se déclinent en écoconception, écologie industrielle, économie de fonctionnalité, réemploi, réparation, réutilisation et recyclage. Les sept principes sont regroupés sous trois piliers majeurs dont la préservation et le développement du capital naturel, l’optimisation de l’exploitation des ressources, la création des conditions propices au développement de systèmes vertueux (Mosse, 2019) ou le recyclage. De ce dernier est fondée l’opinion populaire qui fait de l’EC une économie de déchets qui, bien que restrictive, sera davantage explorée par l’étude. Aussi, un pan de réflexion sur la production responsable en termes de pression écologique sera abordé. En fait, l’agriculture est productrice d’un important volume de biomasse valorisable à des fins multidimensionnelles. Dès lors, l’agriculture élargie son potentiel de chaînes de valeur et d’opportunités entrepreneuriales et donc de création d’emplois et des richesses. Concept initié vers les années 1600 par l’agronome Olivier de Serres à travers l’ouvrage ‘Théâtre d’agriculture et mesnages des champs’ (Schmitt, 2019), l’entrepreneuriat référait au processus de création et développement des entreprises et au métier de créateur d’entreprises ou d’entrepreneur. Ce
  • 17. 16 dernier, désignant toute ‘personne qui engage des capitaux et utilise une main d’œuvre salariée en vue d’une production déterminée’ (CNRTL, 2012), a davantage vocation de catalyseur et de pourvoyeur des solutions aux problèmes socioéconomiques et environnementaux du monde. À ce titre, l’entrepreneuriat est perçu comme une action raisonnée de redynamisation des entreprises, des institutions et des individus, et de création d’emplois (Benmessaoud, 2022). Dans ses dimensions sociale et économique, l’entrepreneuriat revêt cinq formes principales : la reprise d’entreprise, la franchise, l’essaimage, l’intrapreneuriat, et l’ex-nihilo (Ndedi, 2015). La production caféière étant à dominance familiale, la mutation du système linéaire centré sur la graine en système circulaire applicable à tout le processus d’obtention de celle-ci sera assimilée à l’entrepreneuriat ex-nihilo ou à l’intrapreneuriat. Mais, ce dernier est applicable en cas de développement de nouvelles aptitudes et habitudes entrepreneuriales chez les producteurs pour optimiser le potentiel agricole, économique et environnemental de la production caféière. Par contre, en tant que concrétisation d’idée nouvelle, de création d’emplois nouveaux et d’adoption de nouvelles aptitudes managériales, l’entrepreneuriat ex-nihilo est la forme entrepreneuriale la mieux adaptée au contexte de l’étude. La filière café est construite sur trois principaux maillons dont la production, la transformation et la commercialisation structurés suivant une chaîne de valeur de biens pour les deux premiers et une chaîne de valeur de services pour le dernier (Pérez et Oddone, sd). Le maillon commercialisation est centré sur la distribution à l’échelle nationale et internationale aussi bien des cafés verts que des produits et sous-produits semi-finis et finis et relève de l’économie tertiaire. Par contre, le maillon transformation, entretenu par les transformateurs artisanaux et industriels, est centré sur les produits et sous- produits semi-finis ou finis à base de café et relève de l’économie secondaire. Quant au maillon production, qui relève de l’économie primaire, il est centré sur les cafés verts et se subdivise en deux principaux sous-maillons dont la production semencière et la production marchande. Si le premier sous-maillon est constitué d’opérateurs qualifiés, le second est constitué à plus de 90% de petits et très petits producteurs souvent regroupés en sociétés coopératives pour la commercialisation groupée de leurs produits. À ce titre, la production caféière est structurée autour de quatre principales chaînes de valeur agricole dont la production, la collecte, la vente en gros, et le marché (Pepper et Ndiaye, 2017). Dans le cadre du présent travail, seule la chaîne de valeur production sera davantage explorée en tant que ‘Chaîne de matière’ du point de vue de l’économie circulaire (IM, 2016) en termes de gestion des déchets.
  • 18. 17 2. METHODOLOGIE DE RECHERCHE S’étendant sur 475 650 km² dont 466 050 km² de terre ferme (INS, 2015) pour 9 750 km² de terre agricole (FAOSTAT, 2022), le Cameroun a statut de pays à revenus intermédiaires de la tranche inférieure avec une économie dite de services en raison du fort poids du secteur tertiaire sur le PIB. Pour atteindre la forte croissance économique envisagée et migrer au statut de pays à revenus intermédiaires de la tranche supérieure dès 2035, il est ciblé un taux annuel de croissance du secteur agricole. A cet effet, huit défis sont à relever parmi lesquels le rajeunissement des agriculteurs et l’émergence des jeunes entrepreneurs ruraux, la modernisation de l’appareil de production agricole et la facilitation de l’accès des ménages ruraux à l’électricité domestique en accroissant la capacité de production d’énergie. Pour ce dernier, le taux d’accès à l’électricité domestique est estimé à 90% en zones urbaines contre 20% en zones rurales, d’où l’exode rural accru et donc l’affaiblissement de l’appareil de production agricole dominé par les exploitations familiales à vocation d’autosatisfaction des besoins familiaux. Dans ce contexte, la réalisation des objectifs de développement durable nécessite des actions pertinentes de révision des habitudes culturales des producteurs ruraux et de valorisation de la force de la jeunesse pour une optimisation du potentiel agroéconomique du secteur agricole au sens large. Du moment où plus de 90% des productions des cultures pérennes sont destinées au marché, les producteurs doivent se doter des aptitudes managériales leur permettant de tirer meilleur profit de leurs activités. L’étude a été conduite sous le prisme du diagnostic comparatif des pratiques coutumières des chaînes de valeur café semence et café marchand et les principes de l’économie circulaire à travers une exploitation des données secondaires et primaires (Tchouassi et Tagne, 2020). Pour les données secondaires, il a été prioritairement question d’évaluer le potentiel économique en termes d’usages des produits et sous-produits du café d’une part, et des besoins des producteurs susceptibles d’être comblés par la production caféière d’autre part. Ici, l’attention est centrée sur le niveau de pression écologique de la production des cafés verts sur la période de 1961 à 2020 en rapport avec les domaines de l’approvisionnement durable et de l’écoconception. Pour les données primaires, l’attention est centrée sur la distribution administrative et spatiale du couvert végétal caféier au Cameroun d’une part, et la gestion des rebuts des récoltes de café en rapport avec le recyclage ou la gestion des déchets d’autre part. Pour cela, des travaux de terrain étaient effectuées dans des caféières en vue d’apprécier in situ l’état de gestion des déchets et les besoins essentiels en ressources humaines pour l’optimisation du potentiel économique du café. L’estimation de la superficie caféière cultivée était limitée
  • 19. 18 aux « dires d’acteurs » ou approche déclarative triangulée des producteurs sur une période de trois années consécutives. 3. RESULTATS EMPIRIQUES ET DISCUSSIONS 3.1.PRODUCTION RESPONSABLE ET ECOCONCEPTION DU CAFE AU CAMEROUN 3.1.1. DISTRIBUTION ET ETENDUE DU COUVERT CAFEIER AU CAMEROUN La production des cafés verts est assurée dans huit des dix régions administratives du Cameroun avec une concentration dans les régions du Littoral et de l’Ouest qui assurent près de 92% de la production nationale de café robusta. Par contre, la production de café arabica est confinée dans les régions du Nord-Ouest et de l’Ouest (ONCC, 2023). Des investigations menées, il résulte que le caféier est présent dans 140 arrondissements, soit un taux de couverture d’arrondissement de 39%. À l’échelle des villages, la présence du caféier est signalée dans 2 537 villages sur les 17 345 villages que compte le Cameroun (BUCREP, 2005), dont 919 villages pour le caféier arabica et 1 618 villages pour le caféier robusta, soit un taux de couverture de 15% à l’échelle des villages. Pour cette distribution, la superficie caféière totale du Cameroun est évaluée à 165 743 hectares, dont la figure ci-après fait l’économie de la configuration par région. Figure 2 : Répartition régionale du couvert végétal caféier arabica et robusta du Cameroun Source : Auteur 0 5000 10000 15000 20000 25000 30000 35000 40000 45000 40756 13 534 1470 5 018 3 143 22 774 32 442 8 772 28 335 206 9 266 Superficie déclarée (Ha) Régions administratives DISTRIBUTION DU COUVERT VÉGÉTAL CAFÉIER DU CAMEROUN, 2022 Superficie caféier arabica Superficie caféier robusta
  • 20. 19 Du graphique ci-dessus, il se dégage que les régions du Littoral, de l’Ouest et de l’Est abritent 76% de la superficie caféière robusta du Cameroun, soit un cumul de 83 551 hectares en valeur absolue. La région du Sud-Ouest abrite le 4ème couvert caféier robusta important du pays, devant les régions du Nord- Ouest, de l’Adamaoua, du Centre et du Sud, respectivement. Le caféier arabica est présent dans les seules régions du Nord-Ouest, de l’Ouest et du Sud-Ouest, avec une concentration dans la région du Nord-Ouest qui abrite 73% du couvert national. Pour toutes ces superficies, le Cameroun a enregistré une production totale de cafés verts évaluée à 11 557 tonnes sur la campagne caféière 2021-2022 (ONCC, 2023) contre 36 207 tonnes en 2020 (FAOSTAT, 2022), ce qui génère un rendement moyen national de 0,218 T/Ha. Cependant, par rapport à la superficie récoltée évaluée à 116 564 hectares en 2020 (FAOSTAT, 2022), le rendement moyen national des caféières en 2020 s’établi à 0,311 T/Ha, soit près de 31% de la moyenne minimale de 01 T/Ha ciblée au Cameroun dès 2030. Ce ratio présage d’une importante pression anthropique sur le couvert végétal national. 3.1.2. PRESSION ECOLOGIQUE DE LA PRODUCTION CAFEIERE AU CAMEROUN La pression écologique est un paramètre de la production agricole responsable qui met en exergue le rapport entre la superficie emblavée et la production agricole obtenue au cours d’une campagne ou une période de production donnée. La figure ci-dessous donne un aperçu de l’évolution de la pression écologique de la production caféière au Cameroun sur la période de 1961 à 2060. Figure 3 : Évolution de la pression écologique de la production caféière au Cameroun Source : FAOSTAT, 2022 ; Auteur 0.000 1.000 2.000 3.000 4.000 5.000 6.000 7.000 1961 1964 1967 1970 1973 1976 1979 1982 1985 1988 1991 1994 1997 2000 2003 2006 2009 2012 2015 2018 2021 2024 2027 2030 2033 2036 2039 2042 2045 2048 2051 2054 2057 2060 SUPERFICIE/PRODUCTION (HA/T) ANNÉES ADMINISTRATIVES EVOLUTION PRESSION ÉCOLOGIQUE PRODUCTION CAFÉIÈRE AU CAMEROUN, 1961- 2060 Valeurs Prévision Limite de confiance inférieure Limite de confiance supérieure
  • 21. 20 Le graphique ci-dessus illustre que la pression écologique due à la production caféière a évolué de 2,2 Ha/T en 1961 à 3,2 Ha/T en 2020, soit une hausse de 1 Ha/T en soixante années consécutives. Ceci stipule qu’il fallait emblaver en moyenne 2,2 hectares de terre agricole pour une tonne de cafés verts en 1961 contre 3,2 hectares en 2020. Ainsi, en soixante années consécutives, la pression écologique a évolué à un taux moyen annuel 2,99% en valeur relative et de 0,018 Ha/T en valeur absolue. De cette performance, il se déduit que sur la période de 2021 à 2060, la pression écologique de la production caféière évoluera de 2,98 Ha/T à 3,25 Ha/T, respectivement, dans un intervalle de confiance de 0,25 Ha/T à 2,94 Ha/T pour la limite inférieure, et de 3,68 Ha/T à 6,14 Ha/T pour la limite supérieure. Sur la base du potentiel de 2,5 T/Ha en milieu paysan, la pression écologique affichera son meilleur ratio à la quinquennale 2048-2052 où il oscillera dans l’intervalle de 2,66 Ha/T à 2,90 Ha/T, respectivement. Cette évolution s’opérera dans l’intervalle de confiance de 0,251 Ha/T à 0,78 Ha/T pour la limite inférieure et de 4,39 Ha/T à 5,02 Ha/T pour la limite supérieure. Du moment où le meilleur intervalle est celui de 0,40 Ha/T à 0,50 Ha/T en milieu paysan, la figure ci-dessus amène à conclure que la production caféière est sujet à inquiétudes écologiques ou environnementales au Cameroun. 3.2.CHAINES DE VALEUR ET EMPLOYABILITE DU MAILLON PRODUCTION CAFEIERE 3.2.1. CHAINES DE VALEUR DU MAILLON PRODUCTION CAFEIERE Des pratiques usuelles de production, la production caféière est centrée sur deux chaînes de valeur dont celle du café semence et celle du café marchand à circuit d’obtention quasi-identique subdivisé en trois phases majeures, dont la phase ante récolte, la phase récolte et la phase post récolte. La phase ante récolte englobe l’installation et la conduite de l’exploitation. Cette dernière se résume en opérations de rabattage des mauvaises herbes et de taille de formation des jeunes caféiers pendant leur phase de croissance, qui s’étend sur deux à trois ans, de taille d’entretien, d’élimination des gourmands et de récolte sanitaire dès l’entrée en production. Toutes ces opérations concourent à la création des conditions idéales de croissance et de production optimales des caféiers à travers le maintien de l’éclairage adéquat et la réduction de la pression parasitaire. La récolte englobe les opérations de cueillette sélective et groupage des cerises arrivées à maturité commerciale. La phase post récolte englobe les opérations de dépulpage à la main, de fermentation, de lavage et ressuyage des graines puis d’ensemencement des pépinières pour la production du café semence. Pour le café marchand, la phase post récolte englobe les opérations de lavage, décorticage, fermentation, séchage, triage, et conditionnement. Pour toutes ces étapes, le maillon production génère des
  • 22. 21 parches de café d’une masse minimale de 187 kg et 438 kg pour une productivité d’une tonne de café arabica et robusta, respectivement, ou 467 kg et 876 kg pour 2,5 tonnes par hectare et par an (Owona Mbourou, sd). À l’ère de la Vision 2035 où l’un des objectifs porte sur le renforcement et l’optimisation de l’utilisation de la biomasse (REPUBLIQUE DU CAMEROUN, 2020), les rebuts de récolte des caféières sont une alternative d’envergure pour la résorption des problèmes énergétiques en zones rurales du Cameroun. En effet, sachant qu’une tonne de matière sèche peut générer 0,450 m3 de biogaz (Almoustapha et Millogo-Basolodimby, 2006 ; Almoustapha et al, 2008), la seule masse de parches de café sus-évoquée peut donner au minimum 0,0838 m3 à 0,1971 m3 ou 83,82 litres à 197,1 litres de biogaz par an convertible en gaz et électricité domestiques. Par ailleurs, il est possible de produire du carbone écologique ou charbon vert à partir des mêmes rebuts de récolte (Théau et Kinanga, 2021 ; PNUD, 2022) ainsi que des huiles essentielles. Au plan médical, la consommation journalière de quatre tasses ou environ 300 mg de café concourt à la prévention ou guérison de diverses pathologies cérébrales, cardiaques, respiratoires, et dermiques. Au registre de celles-ci figurent entre autres la goutte, l’Alzheimer, la Parkinson, le diabète de type 2, l’asthme, l’hypertension, le cancer du foie et bien d’autres. Aussi, divers extraits de café sont utilisés en confiserie et pâtisseries, dans la fabrication des sodas et boissons énergisantes, les crèmes et liqueurs. Le marc de café, ou reste du café moulu après obtention de la boisson de café, fait l’objet de plusieurs usages allant du cosmétique à l’agriculture, en passant par les routes, et bien d’autres utilisations. Il est sollicité en horticulture pour le bleuissement des fleurs, la prévention contre les attaques de limaces, la production des carottes et des radis, dans les jardins où il favorise la mobilisation des vers de terre utiles à la fertilisation, la myciculture, et la fabrication du compost. En fait, des analyses chimiques ont montré que le marc de café renferme 2,28%, 0,06% et 0,6% d’azote, de phosphore et de potassium, respectivement, avec un rapport Carbone/Azote de 24/1 pour un pH égal à 6,2. Quant à la parche de café, ou ‘enveloppe scléreuse de la graine du caféier’, elle renferme près de 45,3% de matière sèche, 2,74%, 0,105% et 2,75% d’azote, de phosphate et de potassium, respectivement, augmenté de 1,12% de calcium, 0,30% de magnésium 70 ppm de manganèse et 1 270 ppm de fer. Les feuilles de caféier servant de thé contiennent 10,29% d’humidité, 0,29% de théine, 18,45% de matières albuminoïdes, 8,92% de matières minérales, 30,15% de matières extractives diverses, 0,42% de silice insoluble, 4,99% de cendre insoluble et 3,83% de cendres solubles. Parmi les matières albuminoïdes, 5,10% sont solubles et 13,35% insolubles ; 4,95% des matières minérales sont solubles et 3,87% insolubles ; 19,81% des autres matières extractives sont solubles et
  • 23. 22 10,34% sont insolubles. Ces constituants offrent ainsi une opportunité d’usage des rebuts de récoltes du café pour la fertilisation des sols, la réduction de l’usage des produits inorganiques, et l’alimentation animale (D’Aulney, 1832 ; Raoul et Darolles, 1897 ; Ding et al, 2014). Par ces faits, il se déduit que le maillon production de la filière café est ouvert à moult secteurs d’activités au- delà des seules cafés semences et café marchand. 3.2.2. EMPLOYABILITE DANS LE MAILLON PRODUCTION CAFEIERE De tout ce qui précède, il résulte que le maillon production caféière englobe au minimum huit chaînes de valeur dont celles semence, marchande, fertilisant organique, biogaz, charbon vert, provende, liqueur, et huile essentielle. Si la chaîne de valeur café marchand est la plus valorisée et ouverte à toutes les catégories sociales et intellectuelles de la population, les autres chaînes nécessitent un minimum de formation spécifique pour la mise en œuvre à l’échelle artisanale, semi-artisanale ou industrielle. Et même, pour optimiser la productivité des caféières et donc réduire la pression écologique due à la production du café marchande, il faut développer des corps de métiers agricoles centrés par exemple sur les pratiques de surveillance et des interventions phytosanitaires. En effet, compte tenu de la précarité agricole et la vision actuelle de modernisation de l’appareil de production (REPUBLIQUE DU CAMEROUN, 2020b), la main d’œuvre requise pour la production d’une tonne de café vert équivaut à deux ouvriers agricoles employés à temps plein. Centré sur les besoins du producteur, un hectare de caféière emploiera à temps partiel au moins six spécialistes des chaînes de valeur autres que celles des graines de café et donc induire la création d’au moins six entreprises rurales. Dès lors, il se déduit que la production caféière a un potentiel de création d’au moins 133 entreprises employant au moins 24 salariés à plein temps à l’échelle des arrondissements producteurs de café. Le tableau ci-après présente la configuration d’employabilité du maillon production caféière au Cameroun.
  • 24. 23 Tableau 1 : Configuration régionale de l’employabilité de la production caféière au Cameroun REGIONS NOMBRE EMPLOIS FORMELS RATIO (%) ARRONDISSEMENTS ENTREPRISES SPECIALISES OUVRIERS TOTAL Adamaoua 02 02 16 32 48 1,50 Centre 19 19 152 304 456 14,29 Est 25 25 200 400 600 18,80 Littoral 09 09 72 144 216 6,77 Nord-Ouest 32 29 232 464 696 21,80 Ouest 36 32 256 512 768 24,06 Sud 03 03 24 48 72 2,26 Sud-Ouest 14 14 112 224 336 10,52 TOTAL 140 133 1 064 2 128 3 192 100,00 Source : Auteur Du tableau ci-dessus, il se dégage que la valorisation des rebuts et effluves de récolte de café est porteuse d’au moins 1 064 emplois spécialisés et 2 128 emplois ouvriers, soit un total 3 192 emplois pour 133 entreprises créées sur la base du domaine recyclage de l’économie circulaire. En plus des spécialisations requises pour les chaînes de valeur ci-dessus évoquées, chaque unité devra s’attacher les services d’au moins un spécialiste en administration et gestion d’entreprise et d’un spécialiste en gestion des ressources humaines. Pour la conduite des activités quotidiennes, chaque spécialiste devrait être assisté de deux ouvriers au moins. Ainsi, chaque entreprise créée est susceptible d’employer au moins huit spécialistes et seize ouvriers, soit un total de vingt- et-quatre emplois formalisables sur la base des conventions collectives régissant l’employabilité dans les secteurs secondaire et tertiaire au Cameroun. Quant aux chaînes de valeur café semence et café marchand, la mobilisation des ressources humaines, matérielles et financières nécessaires à leur fonctionnement s’opère au sein des mouvements coopératifs dont les compétences requises de gestion ne sont pas toujours disponibles. Dès lors, il résulte que l’orientation gouvernementale de spécialisation ou de professionnalisation agricole (REPUBLIQUE DU CAMEROUN, 2020b) induira la création d’au moins 273 sociétés coopératives agricoles dont 133 coopératives semencières et 140 sociétés coopératives de production. La structure prévisionnelle des besoins en ressources humaines desdites sociétés coopératives de production caféière est présentée dans le tableau ci-après.
  • 25. 24 Tableau 2 : Employabilité dans les chaînes de valeur fève semence et fève marchande de café REGIONS ADMINISTRATIVES SUPERFICIE CAFEIERE (HA) NOMBRE DE COOPERATIVES EMPLOIS FORMELS SEMENCIERE PRODUCTION SPECIALISES OUVRIERS Adamaoua 5 018 02 02 20 10 036 Centre 3 143 19 19 190 6 286 Est 22 774 25 25 250 45 548 Littoral 32 442 09 09 90 64 884 Nord-Ouest 49 528 29 32 305 99 056 Ouest 41 929 32 36 340 83 858 Sud 206 03 03 30 412 Sud-Ouest 10 736 14 14 140 21 472 TOTAL 165 743 133 140 1 275 331 486 Source : Auteur Du tableau ci-dessus, il ressort que la production des cafés marchands nécessite au moins 331 486 ouvriers agricoles pour impulser la production caféière responsable au Cameroun et porter la production nationale de cafés verts à 414 358 tonnes au moins à l’horizon 2035. En effet, les enquêtes d’identification des activités dans les caféières et leur durée d’exécution réalisées révèlent que la production d’une tonne de cafés verts nécessite en moyenne 411 H/J à 656 H/J par campagne caféière (Owona Mbourou, sd). Ceci stipule qu’il faut en moyenne deux ouvriers permanents pour la conduite d’un hectare de caféière suivant les itinéraires techniques recommandables. En plus de la main d’œuvre ouvrière, chaque coopérative agricole requiert au moins cinq spécialistes dont un agronome, deux techniciens, un administrateur et gestionnaire des coopératives, et un gestionnaire des ressources humaines. Ainsi, les deux chaînes de valeur café semence et café marchand peuvent générer 332 761 emplois stables formalisables conformément à la convention collective nationale d’employabilité du secteur agricole au Cameroun. En somme, le maillon production caféière est un important vivier d’emplois stables et décents au Cameroun. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS Le présent article a pour fondement la contribution à la réalisation de l’objectif national d’atteinte du statut de pays émergent à l’horizon 2035 en général, et à la réduction de la pauvreté en zones rurales du Cameroun en particulier. En effet, il est estimé que 90% de pauvres résident en zones rurales où la pauvreté est endémique et multidimensionnelle. Pour en venir à bout, il est préconisé la généralisation et l’amélioration des services sociaux, l’accélération de la croissance par le biais de l’intensification des activités sylvicoles, agropastorales et piscicoles et un saut technologique industriel axé sur la valorisation des matières premières locales. Si l’objectif en lui-même est
  • 26. 25 louable, la logique capitaliste de mise en œuvre qui la gouverne donne à réfléchir tant sa fiabilité à date est sujet à controverse à l’échiquier mondial. Par contre, l’économie circulaire s’offre en alternative idoine en tant que moteur conciliateur des aspirations de croissance, de développement et de gestion durable de l’environnement. Dès lors que le café a statut de source de devises du pays, l’ancrage de son processus de production au modèle de l’EC est susceptible de soutenir durablement la marche du Cameroun vers l’émergence à l’horizon 2035. En effet, l’article relève que la production caféière centrée sur la seule graine constitue un handicap à la réalisation des objectifs de développement durable en termes d’éradication de la pauvreté et de la famine ainsi que de production et de consommation responsables dès 2030. Pour la production, la pression écologique due à la production caféière a évolué de 2,2 Ha/T en 1961 à 3,2 Ha/T en 2020, soit un taux moyen annuel de croissance de 2,99% en valeur relative et 0,018 Ha/T en valeur absolue, et donc très élevée. Pour atteindre le seuil moyen de 0,33 Ha/T à 0,50 Ha/T pour une production caféière responsable, il faut mobiliser en moyenne deux ouvriers agricoles par hectare, ce qui génère un besoin de 331 486 ouvriers agricoles au plan national. Par ailleurs, sous les auspices de l’EC, la production caféière englobe au moins huit chaînes de valeur dont celles café semence, café marchand, fertilisants organiques, biogaz, charbon vert, provende, liqueur et huile essentielle. Pour chacune des chaînes de valeur, il faut au minimum un spécialiste et deux ouvriers. La mobilisation de ces compétences au sein d’une entreprise nécessite aussi au moins deux spécialistes additionnels dont un administrateur et gestionnaire des entreprises et un gestionnaire des ressources humaines. Au demeurant, la valorisation des rebuts et effluves de récolte générés par la production caféière offre la possibilité de création d’au moins 133 entreprises employant chacune 24 personnes dont 8 spécialistes et 16 ouvriers, ce qui donne un effectif total de 3 192 emplois formels. En somme, le développement de la production caféière sous l’angle de l’économie circulaire fait émerger au moins huit chaînes de valeur et donc la création d’au moins huit entreprises portées vers la satisfaction des besoins des populations locales. Elle offre ainsi une opportunité de rupture du modèle économique imposé aux États africains depuis les années 1800. À ce titre, les recommandations de l’article nécessitent d’être approfondies et à transposer à d’autres pays producteurs des cafés, ainsi qu’à d’autres secteurs d’activités économiques relevant du secteur rural aussi bien au Cameroun qu’en Afrique.
  • 27. 26 REFERENCES Anouk, G. (2017, 09-10 fév.), ‘Les principes de l’économie de communion : L’entreprise une affaire de don’ In : Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC) de Yaoundé. Synthèse du 1er colloque international sur l’économie de communion : La culture du don comme élément de refonte de l’économie pour une croissance socialement soutenable et durable. pp24-27 Almoustapha, O. et Millogo-Basolodimby, J. (2006), ‘Production de biogaz et de compost à partir de eichhornia crassipes, (mart) solms-laub (pontederiaceae) pour un développement durable en Afrique sahélienne’. https://doi.org/10.4000/vertigo.2221. Almoustapha, O., Millogo-Basolodimby, J. et Kenfack, S. (2008), Production de biogaz et de compost à partir de la jacinthe d’eau pour un développement durable en Afrique sahélienne. Disponible à : https://doi.org/10.4000/vertigo.1227. Accédé le 20 Mars 2023. ASSOUMOU, J. (1983) ‘Ordre international et croissance des jeunes nations : En finir avec le mercantilisme’. Les Nouvelles Éditions Africaines. ISBN : 2-7236- 0876-X. 299p BANQUE AFRICAINE DE DEVELOPPEMENT (BAD) (2016), ‘Nourrir l’Afrique : Stratégie pour la transformation de l’agriculture en Afrique pour la période 2016-2025’. 87p BANQUE MONDIALE (BM) (1996),‘Importance économique de l’agriculture’. Sommet mondial de l’alimentation : 13-17 novembre. Rome. Rapport. BUREAU CENTRAL DES RECENSEMENTS ET DES ÉTUDES DE POPULATION (BUCREP) (2005), ‘Répertoire actualisé des villages du Cameroun : Troisième recensement général de la population et de l’habitat du Cameroun’. Yaoundé. 436p Benmessaoud, K. (2022), L’entrepreneuriat vert en Algérie : Cas de la wilaya d’Oran. Université Oran 2 Mohamed Ben Ahmed. Laboratoire REFEIRI. Algérie. 14p. Champaud, J. (1969, janv.-mars), Coopérative et développement : l’UCCAO ». In : Les Cahiers d’Outre-Mer (85) : 95-100. 22ème année. doi : https://doi.org/10.3406/caoum.1969.4177. https://www.persee.fr/doc/caoum_0373_5834_1969_num_22_85_41 77. PDF Chevalier, A. (1938, juin), Sur quelques faux caféiers d’Afrique tropicale » In : Revue de botanique appliquée et d’agriculture coloniale, 18ème année, n°202. pp413-419. doi : https://doi.org/10.3406/jatha.1938.5874. https://www.persee.fr/doc/jatha_0370-3681_1938_num_202_5874. PDF généré le 03/05/2018
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  • 29. 28 Mosse, M. (2019, déc.), Économie circulaire et ressources humaines : Une étonnante corrélation. Revue HR SQUARE. ÉTUDES & DOSSIERS : Développement durable. POUR LA SOLIDARITÉ-PLS et Réseau sur les relations de travail et la GRH. 50p Mveng, E. (1963), Histoire du Cameroun. Présence Africaine. Paris Vè. 533p Ndedi, A, A, (2015), Théorie d’entrepreneuriat. Editions Universitaires Européennes. Ngoa Tabi, H. (DIR.) (2016), Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) au Cameroun : Comment atteindre une croissance à deux chiffres. Policy Brief. Université de Yaoundé II, Soa. AFREDIT. 231p OFFICE NATIONAL DU CAFE ET DU CAFE (ONCC) (2021), Bilan de la campagne caféière 2019-2020. PDF disponible sur www.oncc.cm. 57p Accédé le 20 Mars 2023. OFFICE NATIONAL DU CAFE ET DU CAFE (ONCC) (2022), Bilan de la campagne caféière 2021-2022 ». PDF disponible sur www.oncc.cm. 48p Accédé le 20 Mars 2023. ORGANISATION DES NATIONS UNIES (ONU) (2015), Transformer notre monde : Le Programme de développement durable à l’horizon 2030. Secrétariat Général, Genève. Owona Mbourou, A. P. (sd), Organisation de la protection phytosanitaire pour la production concertée des café et cafés durables au Cameroun. Thèse de doctorat. Université Internationale des Sciences Appliquées du Développement. Sao Tomé. 677p Pepper, A. et Ndiaye, W. (2017), Développement de la chaîne de valeur, genre et autonomisation des femmes au Ghana. VAM Étude et Marché n°1. Programme Alimentaire Mondial (PAM). Bureau Régional de Dakar. 72p Pérez, R. P., et Oddone, N. (sd), Manuel pour le renforcement des chaînes de valeur. FIDA et Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPALC). 172p PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT (PNUD) (2022, déc.), Le charbon écologique : une solution locale pour la transition énergétique du Cameroun ?. PNUD-Cameroun. https://www.undp.org/fr/cameroon/blog. PDF généré le 29/04/2023. 11p Accédé le 20 Mars 2023. Raoul, E., et Darolles, E. (1897), Culture du caféier : semis, plantation, taille, cueillette, dépulpation, décorticage, expédition, commerce, espèces et races. Manuel des Cultures Tropicales de E. RAOUL et P. SAGOT. Tome II, 1ère partie. PDF disponible en ligne sur www.manioc.org. Bibliothèque Schoelcher. 268p
  • 30. 29 REPUBLIQUE DU CAMEROUN (2009a), Cameroun Vision 2035 : Document de Travail. Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT). 76p REPUBLIQUE DU CAMEROUN (2009b), Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) : Cadre de référence de l’action gouvernementale 2010- 2020. PDF. 174p REPUBLIQUE DU CAMEROUN (2014), Plan de relance et de développement des filières café et cafés au Cameroun : Horizon 2020. Cellule Technique de Suivi et de Coordination des Filières Café et café. Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural. 106p REPUBLIQUE DU CAMEROUN (2020a), Stratégie nationale de développement 2020- 2030 (SND30) : Pour la transformation structurelle et le développement inclusif. 1ère Ed. MINEPAT. Yaoundé. ISBN : 978-9956-26-085-O. 231p REPUBLIQUE DU CAMEROUN (2020b), Stratégie de développement du secteur rural/Plan national d’investissement agricole SDSR/PNIA (2020-2030). MINADER. Yaoundé. 146p Rouquet, R et Nicklaus, D. (2014, janv.), Comparaison internationale des politiques publiques en matière d’économie circulaire. Collection ‘Études et Développement’ n°101. COMMISSARIAT GENERAL AU DEVELOPPEMENT DURABLE. Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie. France. PDF. 57p. Sanchez, S. (2002), Synthèse analytique sur l’évolution des systèmes de culture caféiers dans quatre zones de production du Moungo, du Kupe-Muanenguba et du Nkam. CIRAD/ IRAD. Yaoundé. 52p SILEM, A., et Albertini, J-M (DIR.) (2010), Lexique d’économie 11ème éd. DALLOZ. ISBN : 978-2-247-08888-1/978-2-247-08951-2. 856p Schmitt, C. (2019), Entrepreneuriat : concepts, méthodes, actions. DUNOD. ISBN 978-2-10-079562-8. 185p Tchouassi, G., et Tagne, J. S. (2020), Les incubateurs universitaires pour les jeunes entrepreneurs. In : Boudarbat et Mbaye (DIR.). Développement économique et emploi en Afrique francophone : L’entreprenariat comme moyen de réalisation. Collection Presses Universitaires de Montréal (PUM). pp248-266 Théau, B., et Kinanga, R. (2021), Guide de production du charbon vert. Initiatives Climat. www.initiativesclimat.org. Accédé le 20 Mars 2023. PDF. 58p Touna Mama (2008), L’économie camerounaise : vers un nouveau départ. AFREDIT. ISBN : 9956-428-38-8. 472p Touna Mama (2018), L’économie camerounaise à l’épreuve de l’émergence. AFREDIT. ISBN : 978-9956-486-34-5. 382 p
  • 31. 30 Touzard, P, Njoh Mouelle ; Owona, J ; Mbatonga, V ; Zanga, A ; Bebbe, C, H ; Bekolo Bekolo, P ; Ntah, A et Wete, F, (1981a), ‘L’encyclopédie du Cameroun. Tome troisième : L’économie’. Les Nouvelles Éditions Africaines. ISBN : 2-7236-0810-7. 312p Touzard, P, Njoh Mouelle ; Owona, J ; Mbatonga, V ; Zanga, A ; Bebbe, C, H ; Bekolo Bekolo, P ; Ntah, A et Wete, F, (1981b), ‘L’encyclopédie du Cameroun. Tome quatrième : La vie de la nation’. Les Nouvelles Éditions Africaines. ISBN : 2-7236-0810-7. 336p
  • 32. 31 Du changement climatique à la résilience des riziculteurs au Cameroun Monsieur GODOM Moise Doctorant en sciences économiques, université de Yaoundé 2, Email : m.godom@yahoo.com Professeur Gérard TCHOUASSI Université de Yaoundé II-Soa, Yaoundé, Cameroun Email : tchouassigerard@yahoo.fr Citer cet article : Godom, M et Tchouassi, G. (2023), Du changement climatique à la résilience des riziculteurs au Cameroun. Journal of African Management Trends. Vol. 23, Série 3, Juin 2023. ¨Pp. 31-51 RESUME : Cet article a pour objectif de déterminer les différentes techniques de résilience au changement climatique utilisées par les riziculteurs du Cameroun. Pour y parvenir, une enquête exploratoire est menée auprès de 120 riziculteurs du village de Gounougou situé dans le département de la Bénoué dans la région du Nord. A l’issue de cette enquête, les techniques de résilience face au changement climatique utilisées par ces riziculteurs sont majoritairement les suivantes : i) L’évacuation de l’eau dans les parcelles irriguées à travers les canaux d’évacuations en culture pluviale pour résister aux effets d’inondations ; ii) Ressemer le champ avec les variétés à cycles courts face aux dégâts causés par les sècheresses dans les parcelles non irriguées ; iii) l’arrosage des hors parcelles3 par les moto pompes en culture non irriguée ou l’ouverture des vannes d’irrigation en culture irriguée en cas de départs précoces de pluies ; iv) l’arrosage des champs par irrigation ou l’utilisation des variétés résistantes à la chaleur dans le cas de hausse de température. Ainsi, nous recommandons aux riziculteurs de transformer les hors parcelles en parcelles irrigués pour une meilleure maîtrise de la riziculture en fonction des évolutions du climat. Mots clés : Changement climatique, Résilience, Riziculteurs, Irrigation ABSTRACT: The objective of this article is to determine the different climate change resilience techniques used by rice farmers in Cameroon. To achieve this, an exploratory survey was conducted among 120 rice farmers in the village of 3 Terme communément employé par les riziculteurs de Gounougou pour désigner les parcelles non irriguées
  • 33. 32 Gounougou, located in the Benue Department of the Northern Region. At the end of this survey, the resilience techniques used by these rice farmers in the face of climate change were mostly the following i) Evacuation of water in irrigated plots through drainage channels in rain fed cultivation to resist the effects of flooding; ii) Resowing the field with short-cycle varieties in the face of damage caused by droughts in non-irrigated plots; iii) watering of off-plot areas by motorcycle pumps in non-irrigated areas or opening of irrigation valves in irrigated areas in the event of early rainfall; iv) watering of fields by irrigation or use of heat-resistant varieties in the event of rising temperatures. Thus, we recommend that rice farmers transform their off-field plots into irrigated plots for better control of rice cultivation in response to climate change. Keywords : Climate change, Resilience, Rice farmer, Irrigation INTRODUCTION Les manifestations du changement climatique et leurs dégâts perpétrés sur le secteur agricole sont partout ailleurs effectives (Dugué et al., 2012). Les recherches se dirigeaient vers l’analyse des mauvaises productions céréalières (ayant un fort pouvoir de garantie sur la sécurité alimentaire) suite à un certain seuil de température et de pluviométrie (Mendelsohn et Dinar, 2003) et vers l’intensification des techniques de résilience pour y faire face (Zoundji et al., 2022). Ainsi, quand on parle des productions céréalières, le riz fait fondamentalement partir de la liste des produits les plus impactés par le changement climatique. Tabi et al, (2010) ont souligné que la réduction de la quantité et modification des régimes de précipitations, leurs arrivées précoces ou tardives et le raccourcissement saisonnier entraînent une pénurie d'eau en dessous de certains seuils. Cette situation provoque l'assèchement des marécages et par conséquent expose la culture du riz de plus en plus aux vulnérabilités dans les régions semi-arides. Les effets de variations ou d’évolutions de températures et de pluviométries sur les systèmes agricoles principalement pluviaux restaient déplorables dans le temps et dans presque toutes les régions d’Afrique (Dinar et al., 2008 ; Seo. et al., 2009). Ces effets sont toujours d’actualité sur la riziculture en Afrique particulièrement au Cameroun (Antu, et al., 2013 ; Godom, et Noumba, 2023). Dans le rapport de la (BAD, 2012) indiquant les solutions pour le changement climatique en Afrique, le directeur Dr Donald Kaberuka4 a déclaré que ‘La lutte contre la pauvreté dans le monde et contre le changement climatique sont les deux grandes batailles que nous devons livrer…. ‘. Toutefois, la lutte contre le 4 Président du Groupe de la Banque africaine de développement en 2012
  • 34. 33 changement climatique doit tout d’abord commencer par l’instauration des possibilités d’adaptations et de résilience face aux répercussions qu’il ne cesse de laisser sur plusieurs plans. Il s’agit de la vie sociale, croissance de migration, conflits interpersonnels et troubles sociologiques (Berleman et Steinhardt, 2017 ; Careleton et Hsiang, 2016 ; Harari et Ferrara, 2018), l’aggravation les inégalités entre les sexes (Eastin, 2018), la santé et la stimulation des pertes en vies humaines (Meirrieks, 2021) et la stimulation de la réduction de la productivité agricole et de la croissance économique (Dell et al., 2014). Pour transiter des effets du changement climatique sur l’agriculture vers l’adaptation des agriculteurs, une étude a révélé que lorsque les agriculteurs n'utilisent pas des techniques d'adaptation au changement climatique, une augmentation de 2°C des températures normales entraînerait une diminution de 11% des rendements des cultures d'hiver et une diminution de 5% des pluviométries au cours de la même période entraîne une augmentation de 4% des rendements des cultures (Gbetibouo and Hassan, 2005). Il faut du moins autant revenir dans les études antérieures préciser que la persistance de la crise climatique exige des efforts d’adaptation pour diminuer le risque et surmonter sa contrainte (Houndénou, 1999). C’est ainsi que certains auteurs se sont orientés vers les études d’adaptations et de résiliences des agriculteurs face au changement climatique (Houssou-Goe, 2008 ; BAD, 2012 ; Dugué. et al., 2012 ; CIRAD, 2015 ; Tchouassi et Kakmo, 2021 ; Tchouassi, 2022). D’autres recherches vont plus loin dans la particularité s’intéresser sur les moyens d’adaptations et de résiliences des riziculteurs aux chocs climatiques (Broudic et al., 2019 ; Zoundji et al., 2022). L’on peut définir la résilience des riziculteurs au changement climatique comme ‘un ensemble des techniques appliquées par ces derniers pour résister aux menaces que reçoit la riziculture telles que des inondations, hausses de températures, présence de sècheresse, arrivées tardives et départs précoces des pluies’. Au Cameroun, bien que les études sur les effets du changement climatique et la riziculture s’intensifient (Antu et al., 2013 ; Godom et Noumba, 2023), l’appréhension du changement climatique et de résilience des riziculteurs n’est pas totalement connu surtout dans certaines zones reculées dans la région du Nord comme le Lagdo. Nous avons donc trouvé opportun d’orienter notre recherche vers cette localité afin d’obtenir des informations importantes en ce qui concerne la résilience des riziculteurs face aux menaces qu’ils encourent en tenant compte de leurs ignorances. Cependant, il nous sera utile de passer en revue tour à tour quelques manifestations du changement climatique sur les issues agricoles (1) ; les méthodes générales de résilience des agriculteurs (2) ; les résiliences des riziculteurs Camerounais : Cas de la rizière de Gounougou dans le Lagdo (3) et enfin de conclure notre étude.
  • 35. 34 1. LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET SES EFFETS SUR LA RIZICULTURE Selon Dugué et al. (2012) et FAO, (2013), le changement climatique se traduit généralement par quatre principales évolutions susceptibles de modifier les conditions de production agricole notamment le retard ou l’arrivée précoce des pluies (suscitant les décalages dans les calendriers agricoles ; les changements des quantités d’eau reçues annuellement (de nombreuses régions connaissent des périodes de sécheresse plus marquées) ; la fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes et des évènements anormaux (cyclones, gelés, températures anormalement élevées) également une très forte variabilité temporelle et spatiale des pluies au niveau local. Ces évaluations des éléments du climat n’épargnent aucun domaine du secteur agricole. Le changement climatique est un phénomène connu dangereux pour les cultures agricoles et le bétail en Afrique (Molua, 2011). C’est ainsi que l’agriculture est particulièrement vulnérable aux températures plus élevées susceptibles de réduire les rendements de certaines cultures tout en stimulant la prolifération les mauvaises herbes (impactant les rendements), les criquets, des rats constituant des éléments ravageurs des récoltes et par ricochets baissant la production (Nelson et al., 2012 ; Lobell et Gourdji, 2012 ; Ahmad et al., 2014). Pour parler du climat et la riziculture de manière particulière, il faut dire qu’une étude menée sur la vulnérabilité de la production de riz aux effets des précipitations et des variations de température dans les marais de Ndop (au Nord-Ouest du Cameroun) a révélé que, la variation de l'intensité des précipitations pendant la saison pluvieuse affecte la production de riz inondé (Antu et al., 2013). Dans le même ordre de considération, l’étude de la variabilité climatique et production du riz dans le bas-fond de Dokomey au Benin a montré que les conséquences des perturbations climatiques sur l’écosystème se traduisent par l’érosion des terres, l’inondation, le tarissement précoce des mares provoquant les pertes de production et la baisse des rendements du riz (Atidegla et al., 2017). Tout récemment, une étude a mentionné que l'augmentation violente de pluviométrie réduit le rendement du riz dans le Grand-Nord du Cameroun pendant la saison pluvieuse (Godom et Noumba., 2023). Pour faire face à ces évolutions anormales du climat et ses effets pervers sur la riziculture, la question des résiliences des riziculteurs au changement climatique se pose avec insistance. Avant d’aborder les méthodes des résiliences des riziculteurs du Cameroun, il nous sera important de présenter les méthodes générales de résiliences au changement climatique.
  • 36. 35 2. LES METHODES DE RESILIENCE DES RIZICULTEURS AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES Les effets néfastes que laisse le changement climatique sur l’agriculture en générale et sur la riziculture en particulier ne permettent pas aux riziculteurs de rester sans riposte pour s’adapter afin de se résilier aux évolutions non conforme des éléments du climat. Plusieurs méthodes de résiliences sont donc appliquées en générale par les riziculteurs en tenant compte des différentes manifestations du changement climatique citées plus haut : -La pratique des variétés précoces adaptées permettant la réduction de la durée des saisons suite la récession pluviométrique. Les riziculteurs estiment que cette pratique pourrait diminuer le risque de mauvaise récolte ; - La modification des dates et des techniques de l’opération de semis suite à un retard dans le démarrage des pluies (CIRAD, 2015), puisque les techniques de gestion et le calendrier agricole sont essentiels à la productivité des terres arables (Dobor et al., 2016) ; - La diversification des activités génératrices de revenus pour constituer l’épargne de précaution. Ces activités génératrices des revenus peuvent être entre autre le commerce, l’élevage, la pêche, le développement de nouvelles productions agricoles (maraîchage et la cueillette) le transport, la transformation agroalimentaire qui sont préciser par Houssou-Goe, (2008). Cet auteur montre que le nombre moyen d’activités génératrices de revenu par ménage en dehors des activités agricoles est fonction de la situation de vulnérabilité au changement climatique ; - L’utilisation des variétés à cycle court dans le cas de retard des pluies (exemple : BKN); - L’utilisation des variétés à cycle long dans le cas de la prolongation des pluies (exemple : Ita 300) ; - L’utilisation des variétés de riz résistantes à la sécheresse et chaleur dans le cas de la hausse excessives de température. En utilisant les données d’enquêtes au Népal et en Ouganda une étude a montré que ces variétés présentent deux atouts par rapport aux variétés traditionnelles à savoir : la conservation du rendement pendant l’année ayant la sécheresse et la conservation du rendement pendant l’année favorable (Kate, 2021). Bien qu’il existe plusieurs méthodes de résiliences des agriculteurs aux chocs climatiques, mais il faut souligner que ces méthodes ne sont pas accessibles à tous les agriculteurs. Les méthodes de résiliences dépendent des perceptions de chaque agriculteur, de la localité voire même de mode de production agricole mise en œuvre. Ainsi, l’objet de notre étude, s’il faut le rappeler encore, est de déterminer les techniques de résilience des riziculteurs au Cameroun. Pour ce faire, nous avons jugé important de mener cette étude dans une localité
  • 37. 36 de l’arrondissement de Lagdo dans la région du Nord précisément dans la rizière de Gounougou. 3. ANALYSE DES RESILIENCES: CAS DES RIZICULTEURS DE GOUNOUGOU AU CAMEROUN Avec une superficie de 3 000 km2, Lagdo est situé dans la région du Nord dont son caractéristique climatique le qualifie de la zone soudano-sahélienne du Cameroun (Abdoulay, 2013). Il est donc soumis à un climat tropical à deux saisons : une saison humide (de mai à octobre) et une saison sèche (de novembre à Avril). Ce climat permet de déterminer deux saisons de productions rizicoles : de juillet à Novembre en culture pluviale et de décembre à mars en culture irriguée. Ce régime hydraulique de type tropical est caractérisé par une période de hautes-eaux (entre juillet et octobre avec un maximum en août-septembre) et une période de basses-eaux (entre janvier et mai avec étiage en avril). La zone irriguée de Lagdo est alimentée par un réseau de canaux principaux, secondaires et tertiaires constituant des quartiers. Les parcelles d’un quartier sont dominées par un canal tertiaire dont la longueur varie en général entre 600 et 1 000 m, et couvre une largeur de 150 à 200 m (Abdoulay, 2013). Cette zone irriguée de Lagdo comporte quatre grands espaces rizicoles irrigués qui sont : Dingalé, Ouro-doukoudjé, Bessoum et Gounougou. Pour de besoin de circoncision de l’étude, nous allons nous appesantir sur la localité de Gounougou pour comprendre les résiliences de ses riziculteurs. Mais avant cela, nous passerons en revu la présentation de cette localité. 3.1. Présentation et justification du choix de la zone d’étude 3.1.1. Présentation et avantage pour la riziculture irriguée Sans toutefois entrer dans l’histoire, nous retenons que Gounougou est un village situé dans l’arrondissement de Lagdo de département de la Bénoué de la région du Nord du Cameroun ayant environ plus de 2800 habitants en référence avec le recensement de 20055. Il est localisé géographiquement par les coordonnées suivantes : 9° 25′ 30″ nord et 13° 23′ 12″ et avec une altitude de 280m lui permettant d’effectuer une diversité de culture agricole. Bien que la population de Gounougou a au quotidien plusieurs activités en dehors de l’agriculture, il faut noter qu’il est doté d'une station aquacole ayant permis l’instauration des périmètres irriguées d’où sont effectués la riziculture irriguée hors mise les cultures pluviales dans les parcelles non irriguées. Pour 5 Répertoire actualisé des villages du Cameroun. Troisième recensement général de la population et de l'habitat du Cameroun, Bureau central des recensements et des études de population, vol. 4, tome 7, 2005
  • 38. 37 mieux appréhender la zone rizicole irriguée de Gounougou, la figure 1 ci- dessous est soumise à notre disposition. Figure 1 : Schéma de la zone rizicole irriguée de Gounougou Source : Auteurs, à partir des observations Canaux d’irrigation Zones montagneuses Champs de riz Vannes d’irrigation Cette figure montre tout d’abord que le canal principal d’irrigation est alimenté par le lac d’eau à travers la vanne de commande. Le canal principal alimente plusieurs zones d’irrigation par les vannes principales telles que : la vanne principale de SAIB6, la vanne principal d’autres zones d’irrigation (Bessoum, Dingalé et Ouro-Doukoudjé) et la vanne principale de Gounougou . La zone irriguée de Gounougou est commandée par une vanne principale alimentant le tuyau de canalisation souterrain venant du canal principal d’irrigation. Le tuyau de canalisation alimente les canaux secondaires à travers les vannes 6 SAIB est une société agro industrielle de la Bénoué crée dans les année 1980
  • 39. 38 secondaires qui alimentent à leur tour les canaux d’irrigation tertiaire par les vannes tertiaires. Les canaux tertiaires permettent à chaque riziculteur de faire passer l’eau à volonté dans son champ. Il existe aussi des canaux d’évacuations d’eau du champ en cas de surplus ou d’inondations en culture pluviale. 3.1.2. Caractéristique hydro-climatique, justification du choix de Gounougou et échantillonnage Comme déjà souligner, Gounougou, au même titre que Lagdo en générale bénéficie d’un climat tropical à deux saisons : une saison sèche et une saison pluvieuse. Selon les données qualitatives obtenues d’enquête sur le terrain, les riziculteurs déclarent que la saison pluvieuse s’étale de mai à octobre et celle qualifiée de sèche part de novembre à Mars, le mois d’avril est considéré comme mois de transition. Ce climat leur permet de déterminer deux saisons de productions rizicoles : de juillet à Novembre (inclus la période de récolte) en culture pluviale et de décembre à mars en culture irriguée. Le choix de cette zone d’étude se justifie par la disponibilité des riziculteurs pour l’enquête et la volonté déployée des chefs des ménages pour la riziculture. La présence des cultures de riz à la fois pluviale et irriguée au cours de chaque année a attiré notre attention pour pouvoir se rapprocher des riziculteurs afin de savoir comment ils résistent aux effets des variations anormales de températures et de pluviométries quel soit pendant la riziculture pluviale ou irriguée. Compte tenu de ces avantages, nous avons mené l’enquête sur 120 riziculteurs ayant accepté de s’entretenir avec nous. Nos questionnaires d’entretien s’orientent beaucoup plus vers leurs résiliences face au changement, mais nous nous sommes aussi attarder premièrement sur les manifestations que ces riziculteurs observent de l’évolution du climat actuel à Gounougou (Questionnaires d’enquêtes dans l’annexe). Cependant, nous avons insisté autant sur les états de scolarisation et les activités agricoles principales de ces agriculteurs enquêtés. 3.1.3. Taux de scolarisation et activités agricoles principales des répondants L’enquête a été effectuée sur 120 riziculteurs de Gounougou dont 81 hommes et 39 femmes. Le tableau 1 ci-dessous permet de faire ressortir les détails des taux de scolarisation des répondants dans la globalité et par sexe.
  • 40. 39 Tableau 1 : taux de scolarisations des agriculteurs répondants Nombre Pourcentage Non scolarisés Pourcentage non scolarisé Scolarisés Pourcentage scolarisé Hommes 81 67,5% 21 25,93% 60 74,07% Femmes 39 32,5% 20 51,28% 19 48,72% Total 120 100% 41 34,17% 79 65,83% Source : Calculs des auteurs, à partir des données d’enquêtes Il en ressort de ce tableau 1 que 67,5% des riziculteurs enquêtés sont des hommes dont leur taux de scolarisations est de 74,07% et 32,5% sont des femmes dont leur taux de scolarisation est de 48,72%. Le taux de scolarisation globale est donc de 65,83% qui nous a permis de mieux dégager nos compréhensions des enquêtes sur leurs résiliences au changement climatique en passant par la détermination du taux d’activité agricole principale contenu dans le tableau 2 ci-dessous. Tableau 2 : Taux de riziculture comme activité principale des répondants Culture principale Genre Riz % Maïs % % Arachides % Coton % Hommes 81 75 92,59 02 2,47 0 0 04 4,74 Femmes 39 36 92,31 01 2,56 02 5,13 0 0 Total 120 111 92,5 03 2,5 02 1,67 4 333 Source : Calculs des auteurs, à partir des données d’enquêtes Ce tableau 2 montre que sur 120 riziculteurs enquêtés, 92,5% (92,59% des hommes et 92,31% des femmes) exercent la riziculture comme leur activité agricole principale, 2,5 (2,47% des hommes et 2,56 % des femmes) exercent la culture de Maïs, 1,67% (0% des hommes et 5,13% des femmes) exercent l’arachide et 3,33% (4,47%% des hommes et 0% des femmes) exercent le coton culture comme activité agricole principale. La figure 2 ci-dessous permet de représenter les pourcentages des cultures agricoles principales exercées par les 120 riziculteurs enquêtés.
  • 41. 40 Figure 2 : Pourcentage des cultures principales des agriculteurs enquêtés Source : Auteurs, par Excel 2016, à partir des données d’enquêtes Cette figure montre globalement que 92,5% des riziculteurs enquêtes de Gounougou considèrent le riz comme une culture principale, les 7,5% des riziculteurs, bien qu’ils cultivent le riz, mais considèrent le maïs, l’arachide et le coton comme leur culture principale avec respectivement 2,5%, 1,67% et 3,33%. Ce qui nous a d’ailleurs donné la motivation pour leur poser les questions sur leurs résiliences face au changement climatique dans leur pratique de riziculture. 3.2. Les riziculteurs de Gounougou face au changement climatique Avant d’aborder la question de résiliences des riziculteurs de Gounougou, nous avons jugé important de les interroger sur l’effectivité du changement climatique et son impact sur la riziculture. 3.2.1. Effectivité du changement climatique ressenti par les riziculteurs de Gounougou Pour confirmer l’effectivité du changement climatique dans la zone d’étude, les questions à réponses fermées avec des possibilités des suggestions sont posées aux riziculteurs (Section II des questionnaires d’enquête dans l’annexe). Ces questions sont plus focalisées sur les évolutions des éléments du climat telle que la température et la pluviométrie (périodes de hausse de températures, l’arrivée tardive des pluies, les départs précoces de pluies, 92,5% 2.50% 1.67% 3.33% Riz Mais Arachide Coton
  • 42. 41 périodes d’inondations et des sècheresses) ainsi que leur manifestation sur la riziculture. Le tableau 1 de l’annexe a permis de récapituler les réponses des 120 riziculteurs enquêtés sur l’effectivité d’inondations, de sècheresse, la hausse de température, les retards et les départs précoces des pluies observées pendant ces deux dernières années et les avis sur les manifestations observées sur la riziculture. De ce tableau, il est ressorti pendant ces deux dernières années que : - 91,67% des répondants ont observé d’inondations et parmi eux, 100% déclarent avoir observé la pourriture des plantes de riz comme manifestation et 8,33 n’ont rien constaté ; - 85% des répondants ont observé de sècheresses, 98% déclarent avoir observé la fanure des plantes de riz et 2% déclarent avoir observé aucune manifestation ; - 95,83% confirment la hausse de températures, comme manifestations dont 85,22% déclarent avoir observé les mauvaises fleuraisons et 14,78% déclarent avoir observé les bonnes fleuraisons ; - 99,17% confirment avoir observé les départs précoces des pluies dont 99,15% déclarent avoir observé des mauvais remplissages des graines (balles vides) et 0,85%) ont observé la destruction des récoltes ; - 98,33% déplorent les retards des pluies et comme manifestations, 98,30% déclarent avoir observé le décalage de la date de semis et 1,70% déclarent avoir observé le maintien de la date de semis. Au regard des résultats obtenus nous retenons que le changement climatique est effectif à Gounougou et se manifeste sur la riziculture à travers les inondations, les sècheresses, les hausses de températures, les retards et les départs précoces des pluies engendrant respectivement comme manifestation : la pourriture des plantes de riz, la fanure des plantes de riz, les mauvaises fleuraisons, le décalage de la date de semis et les mauvais remplissages des graines (communément appelé par ces riziculteurs les balles vides). Pour ce faire, l’on doit s’interroger sur les techniques appliquées par ces riziculteurs pour contrecarrer ces effets. 3.2.2. Techniques de résiliences des riziculteurs de Gounougou face au changement climatique Face aux manifestations du changement climatique sur la riziculture confirmée par les riziculteurs de Gounougou, Nous nous sommes intéressés de poser des questions aux riziculteurs pour collecter les informations sur leurs divers techniques de résistances utilisées en rapport avec chaque manifestation (Section III des questionnaires d’enquête dans l’annexe). Le tableau 3 ci-
  • 43. 42 dessous restitue les résultats d’enquêtes en ce qui concerne les techniques de résiliences des riziculteurs. Tableau 3 : Récapitulatif des techniques de résiliences des riziculteurs face au changement climatiques Manifestations Techniques de résiliences adoptées par les riziculteurs Répondants ayant confirmé pourcentage Inondations Evacuer l’eau du champ par les canaux d’évacuations (parcelles irrigués) 120 100% Aucune action à faire 0 0% Sècheresses avec fanure de riz (hors parcelle) Ressemer le champ avec les variétés à cycles courts 117 97,5% Laisser le champ sans ressemer 03 2,5% Retards des pluies (culture pluviale hors parcelle) Préparer les pépinière pour le repiquage 114 95% Semer les variétés à cycle court 06 5% Départs précoces des pluies Arroser les hors parcelles par les moto pompes ou ouvrir les vannes d’irrigation en culture irriguée 120 100% Aucune action 0 0% Hautes températures Culture irriguée Arroser le champ par irrigation 108 90% Aucune action à faire 12 10% Haute températures Culture pluviale Utiliser des variétés résistantes au chaleurs 101 84,17% Faire le mixage des variétés 19 15,83% Préférence de cultures Culture irriguée 118 98,33% Culture pluviale 02 1,67% Source : Auteurs, à partir des données d’enquêtes Ce tableau montre que, pour faire face aux dégâts perpétrés par le changement climatique sur la riziculture, les riziculteurs de Gounougou optent pour divers techniques en fonction des manifestations :
  • 44. 43 - Pour résister aux effets des inondations, tous les 120 riziculteurs (100%) optent pour évacuer l’eau du champ dans les parcelles irriguées à travers les canaux d’évacuations en culture pluviale ; - En ce qui concerne les effets de sècheresses avec fanures de riz, 97,5% des enquêtés partagent l’idée de ressemer le champ avec les variétés à cycles courts (par exemple le BKN) pour permettre de rattraper la production ; - Pour les départs précoces de pluies, tous les répondants recommandent comme techniques utilisées de résiliences, l’arrosage des hors parcelles par les moto pompes ou l’ouverture des vannes d’irrigation en culture irriguée pour remonter le stress reçus par les plants de riz suite à l’absence de pluies ; - Dans le cas de hausse de températures en culture irriguée, 90% des riziculteurs se sont prononcés pour l’arrosage des champs par irrigation et dans le cas de culture pluviale, 84,17% utilisent des variétés résistantes aux chaleurs ; - Enfin pour la préférence en vue de mieux se résilier efficacement au changement climatique quel que soit ses manifestations, 98,33% des riziculteurs préfèrent pratiquer la culture irriguée. CONCLUSION Le changement climatique est un phénomène qui entre dans les préoccupations quotidiennes de tous et n’a jamais laissé de causer des dégâts dans le secteur agricole en générale. Les agriculteurs de façon globale et les riziculteurs en particulier sont donc appelés à se résilier aux effets du changement climatique. C’est dans ce contexte que s’inscrit cet article pour déterminer les différentes techniques de résiliences appliquées par les riziculteurs du Cameroun précisément ceux du village Gounougou situé dans l’arrondissement de Lagdo, département de la Bénoué région du Nord. Pour y parvenir, nous avons effectué une enquête sur 120 riziculteurs dont 92,5% font de la riziculture leur activité agricole principale et ont confirmé les effectivités du changement climatique ainsi que leurs manifestations menaçant la riziculture. Au terme des résultats d’enquêtes, l’article retient que les riziculteurs ont adopté principalement quatre techniques de résiliences en fonction des manifestations du changement climatique : i) La technique d’évacuation de l’eau du champ dans les parcelles irriguées à travers les canaux d’évacuations en culture pluviale pour résister aux effets d’inondations ;ii) Ressemer le champ avec les variétés à cycles courts (par exemple le BKN) pour permettre de rattraper la production afin de résoudre le problème de sècheresses dans les parcelles non irriguées ; iii) l’arrosage des hors parcelles par les moto