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investi une image de psychose qui
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et autres ethnologues et
anthropologues sur ces Algériens
confinés et isolés, déportés et
exilés ou tout simplement « partis
ailleurs » depuis des siècles
d'histoire sur les noms et les lieux.
Pourtant, c'est le contraire qu'il
faudrait révéler.
Je voudrais à travers ces lignes rendre
un vibrant hommage a ces Hommes
non transcrit symboliquement parlant
sur la « la première liste nominative de
l'état civil des Algériens de la fin du 19°
siècle».Ils portèrent malgré tout
l'Algérie dans leurs coeurs, accrochés à
un espoir de retour de cet espace
géographique dépassant les vingt milles
km ainsi qu'a tous ceux qui ont travaillé
dans tous les domaines confondus à
faire connaître dans notre pays d'autres
Algériens garants de l'espoir immuable
d'un futur toujours optimiste et confiant
dans l'avenir de l'Algérie.
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Propos recueillis par Mohamed
Bensalah
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Akram Belkaïd
Le baril sous la barre des 50
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Quotidien d'Oran : Une seule
Terre suffit !
Bjørn Lomborg*
La reprise est provisoire
Nouriel Roubini
Un devoir de mémoire
Il est donc de notre devoir de mémoire
envers ces algériens de donner une
image valorisante de leur Histoire
ambiguë certes mais surtout inconnu,
sur la base de leurs noms propres qui
restèrent comme seuls valeurs et
apports spécifiques encore enfuis dans
les sources d'archives des registres
matriciels d'outre mer (État-civil,
registres de l'Administration
pénitentiaire, courriers municipaux,
lettres des missionnaires, comptes
rendus et sources orales mais aussi les
remarquables ouvrages de ces
dernières années ).
C'est un essai d'Histoire, je dirai
patronymique de ces Algériens « héros
malheureux », ou plutôt d'une
présentation qui correspond
conventionnellement à la conséquence
des insurrections successives en
Algérie ; des Ouled sidi Cheikh en 1864
(178 condamnés), Celle de Mokrani
Ahmed et Cheikh Améziane Mohand El-
Haddad en 1871, et d'El-Amri (Biskra)
en 1876 (120 embarqués) et enfin
l'insurrection du sud oranais en 1881-
1882.
Le revers pervers de la défaite
Cette période de l'histoire de l'Algérie a
été peu prolifique en écrits. Durant la
période 1870-1871, la France coloniale
subissait l'humiliation de la défaite et la
reddition de Napoléon III face au
chancelier Prussien Bismarck. Une
instabilité gouvernementale s'ajouta
aux événements graves de la commune
de Paris. Cependant la France a
finalement franchi cette crise, elle se
tourna tout de suite vers l'Algérie pour
lui régler son compte aussitôt
l'installation du nouveau pouvoir à Paris
de la III° république.
Santé
La réanimation médicale
Senouci M. Mostefa *
Publicité
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Les déportés oubliés de l'état civil
Face à une puissance coloniale
ressuscitée par un effectif militaire
puissamment armé venu en renfort,
Les insurgés algériens de l'insurrection
d'Ahmed Mokrani et Cheikh El-Haddad,
optèrent pour un soulèvement total.
Mais Vaincus après le 30 du mois de
juin 1871, les insurgés subissent le
revers pervers de la défaite. La
répression fut terrible. La volonté de
punir s'abat sur ces révoltés. Le
colonisateur ne perdez rien pour
attendre. Il adopta d'abord des lois sur
mesure. A cela s'ajoutaient les
interminables dépossessions de tous les
biens et les terres qui étaient
redistribuées aux nouveaux
indésirables venus de la métropole et
de la nostalgique région d'Alsace
Lorraine suite à un appel qui avait été
lancé en leur direction. L'occupant avait
décidé que les propriétés des insurgés
seraient spoliées et remises à des
colons français.
On attribua aux nouveaux venus plus
de cent mille hectares. Le nombre de
familles implantées a été estimé à 1183
dont chacune a pu bénéficier de
l'allocation de 6500 francs. De même
que les fermiers du Sud-Est de la
France avaient été attirés puisque le
nombre de familles implantées fut
estimé à quatre mille. Cette politique a
porté la superficie des terres attribuées
aux colons à 347268 hectares entre
1871 et 1882, ce qui a également
permis la création de 197 villages de
colonisation.
La déportation : quelle logique ?
Leur Histoire commence après le grand
soulèvement de la fatidique année
1871. Les uns exécutés sommairement
par les conseils de guerre mais les
autres miraculés furent jugés et
condamnés sans appel à partir du 10
mars 1873 par le tribunal de grande
instance à Constantine. Ils étaient des
centaines de chefs de sections de
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Les déportés oubliés de l'état civil
tribus, mais notre mémoire nationale
n'en retient que trois (Mokrani
Boumezrag, M'hamed Ben Cheikh El
Haddad et son frère cadet Aziz).
Le 23 mars 1872, l'assemblée nationale
Française a adopté une loi désignant les
lieux de déportation. L'article 2 avait
déclaré le lieu enceinte fortifiée, dans
l'article 3 était mentionné l'ile des Pins
en cas d'insuffisance, l'ile de Marré
dépendante de la Nouvelle Calédonie. Il
faut noter que les déportés durent
attendre plusieurs mois avant leur
embarquement dans les convois
destinés aux colonies françaises d'outre
mer. C'est la raison pour laquelle ces «
prisonniers politiques » furent internés
dans des dépôts ou lieux de détentions
comme le fort de Quélerin (Brest) et à
l'île d'Oléron ou du port de Toulon
avant leurs départs définitifs en
Nouvelle Calédonie à plus de 24 000
km de leur pays natal pour un exil
forcé. Une traversée de cinq mois (145
jours environ).
La Nouvelle-Calédonie était devenue
française depuis la date du 24
septembre 1853. La ville de Nouméa
fut crée un an après. Comme en
Algérie, la France avait choisi la
colonisation de peuplement et agraire
pour assimiler cette partie du monde. A
ce type de colonisation venais s'ajouter
dès 1864 celle d'origine pénitentiaire
depuis la création du bagne par
Napoléon III.
Ces iles lointaines occupent, dans
l'histoire coloniale, une place
singulière : une terre d'expérimentation
où il est possible, d'harceler sans répit
le passé pour arriver à comprendre la
logique de cette violence. Les
condamnés étaient exilés pour le
restant de leur existence (les
condamnés anglais à l'exil, quant à
eux, avaient toujours le droit de rentrer
en Grande-Bretagne, une fois leur
peine achevée). « La logique de l'exil
fonctionnait à plein régime », écrivait
Ouennoughi (Malica) dans son
remarquable ouvrage 1.
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Les déportés oubliés de l'état civil
Le pouvoir colonial imposait tout
d'abord, aux déportés, la règle de l'exil
à vie pour rendre leur retour impossible
ou extrêmement difficile. En échange,
elle promet de façon beaucoup plus
systématique, la propriété du sol. Les
valeurs sont là, bien françaises : « la
terre est rédemptrice de tous les vices
» 2.
Partis pour ne plus revenir. Absents en
Algérie malgré eux. Seulement les
absents ont toujours tord, disaient une
institutrices à nos parents. Ces
Algériens ont donc raté la transcription
officielle de l'état civil promulgué par la
puissance coloniale en ce même mois
de mars onze années après, plus
exactement le 23 mars 1882.
Cantonnement ou Refoulement ?
Le pouvoir colonial en Algérie comme
en Amérique du nord, insistait à
enfermer la masse dite « indigène » et
« indienne »dans des réserves qu'elles
les pensent promis à une disparition
inéluctable. La question se posait de
savoir quelle politique appliquer aux «
indigènes » d'Algérie ? Les détruire ou
tout au moins les refoulés ? L'idée de
les déporter, a germé dans la tête de
plusieurs officiers français bien avant
1872.Le colonel Montagnac, ne voulait-
il pas déporter tous les Algériens aux
îles Marquises ? En 1897, Maurice
Wahl, et avant lui en 1880, le fameux
docteur René RICOUX, ne prédisaient-
ils pas que : « les indigènes étaient en
voie d'extinction et la loi supérieure qui
fait disparaître les peuples arriérés se
vérifiait une fois de plus » ! Il calculait
déjà le nombre d'années que
nécessiterait une disparition totale. En
1880, il publiait un ouvrage intitulé La
démographie figurée de l'Algérie. Il
écrivait: « On ne peut le nier, comparés
aux Européens, Arabes et Berbères
sont certainement de races inférieures
et surtout de races dégénérées... Et,
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Les déportés oubliés de l'état civil
dans un siècle ou deux, que seront-ils ?
Combien seront-ils ? Car c'est
indiscutable, ce peuple tend à
disparaître d'une façon régulière et
rapide ».Il précisa clairement l'idéologie
coloniale. La prédiction ne s'est pas
réalisée, mais la lecture de ce texte est
intéressante en ce qu'elle met en
évidence les conceptions racistes de
nombreux scientifiques de cette
époque.
Alors que partout ailleurs dans l'Empire,
la France renonce à appliquer le
cantonnement des autochtones. Le
cantonnement fut abandonné en
Algérie en 1873 ; puisque la loi Warnier
avait imposé la propriété privée la
même année. Les Kanaks de la
nouvelle Calédonie étaient, quant à
eux, relégués dans de véritables
réserves, à l'instar des Indiens
d'Amérique ou des Aborigènes
d'Australie.
La présence de ces Algériens dans ces
îles trop petite, trop lointaine, trop
marginale, fait partie de ces « études »
que l'historiographie a tendance à
ignorer. Pourtant, dès qu'on s'y
intéresse, se révèle une histoire
étonnante qui, aussi paradoxal que cela
puisse paraître, s'inscrit au coeur de «
grandes questions ». Fondée sur un
véritable projet idéologique de
peuplement soumis à une double
logique volontaire et en même temps
factice parmi eux des Algériens forcés à
l'exil sans retour. C'est vraiment une
expérience sans précédent dans
l'Histoire.
La problématique foncière.
En effet, l'approche coloniale basée sur
l'occupation de l'espace s'inscrit aussi
dans une problématique foncière tout à
fait spécifique et très particulière.
Contrairement à l'évolution qu'à connu
l'Algérie, en nouvelles Calédonie
l'administration française refusa, de
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Les déportés oubliés de l'état civil
privatiser les terres et ce contre l'avis
même du ministère des Colonies à
cette époque.
L'enjeu essentiel, « était lié aux
logiques mêmes de la colonisation, qui
consistait à maintenir un contrôle
rigoureux sur la répartition des terres
fertiles dans ses iles du pacifique.
Plutôt que d'accorder la propriété
privée aux tributs autochtones et
autoriser ainsi les ventes directes entre
indigènes et colons, au risque d'une
dilapidation rapide des ressources
foncières, les autorités locales
préféraient plutôt le principe du
cantonnement » 3.
Le cantonnement est abandonné en
Algérie en 1873 ; la loi Warnier
imposant la propriété privée aux
indigènes pour créer un domaine
foncier soumis à la loi du marché. En
quelques années de spéculations
intenses, une grande majorité
d'Algériens est expropriée au profit de
colons qui se constituent d'immenses
domaines 4.
En effet, une autre nécessité a éclatée
après 1871. Son but statué sur le cas
épineux de l'état civil des Algériens.
Elle apparaissait de plus en plus comme
une nécessité très urgente et assez
pressante. La pression venait surtout
de la part des colons très presser de
conclure des actes de vente notariales
avec les « naïfs » habitants de douars,
puisque la loi qui encouragée la
colonisation « privé » cette fois, exigée
un patronyme des deux signataires.
L'Algérie depuis a connu un vaste
mouvement d'implantation de l'élément
européen aux dépens de l'élément
algérien. Certains facteurs parmi
lesquels l'émigration, le déplacement et
la déportation des populations ainsi que
les massacres collectifs avaient failli
détruire de façon quasi définitive la
structure sociale de la société
algérienne.
Le total des terres remises aux colons
entre 1871 et 1908 s'élevait à
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Les déportés oubliés de l'état civil
1.137.823 ha environ parmi les
meilleures terres agricoles. Le pouvoir
colonial a mit en place les modes et les
formes juridiques afin d'orienter les
transformations radicales dans la
structure sociale, politique et
économique de la société algérienne.
Ceci ne pouvait avoir lieu, selon le
pouvoir colonial, sans la destruction de
tout ce qui avait un rapport direct avec
les croyances des autochtones et leurs
systèmes ancestraux.Ainsi, sera
parachevée l'entreprise de démolition
et destruction de toutes les valeurs de
la société algérienne qui se soumettra
au fait accompli imposé par les forces
de d'occupation, ce qui facilitera son
assimilation et son assujettissement.
Privés de la loi d'amnistie.
Cependant quand les temps ont
changés en France, les républicains ont
amnistié les déportés communards
français. Les Algériens eux ; seront
privés de la loi d'amnistie. Parce qu'ils
étaient toujours restés un danger pour
le pouvoir colonial.
Déjà mentionnée dans la désormais
célèbre formule « Jugés
potentiellement dangereux ».
Pourtant deux lois d'amnistie des
déportés étaient promulguées par le
gouvernement français. Une loi
d'amnistie partielle datée du « 3 mars
1879 » et une loi d'amnistie générale
datée du 11 juillet 1880. Ces lois
concernaient tous les déportés sans
discrimination aucune mais
l'administration coloniale locale ne
libéra que les déportés issus de la
révolte de la commune de Paris. Ces
déportés français, amnistiés,
regagneront, dans leur immense
majorité, la France.
Il faut rappeler que les grands écrivains
de l'époque comme Victor Hugo et
Emile Zola militèrent sans relâche pour
http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (8 sur 13)11/01/2010 00:40:16
Les déportés oubliés de l'état civil
l'amnistie des déportés de la commune
de Paris, mais aucun écrit ne
mentionne qu'ils aient associé dans
leurs actions le cas des déportés
algériens.
Pourtant les vaincus des barricades de
la commune de Paris assis côte à côte
avec les vaincus d'Algérie, écrivirent
beaucoup sur leur déportation selon
Lallaoui Mehdi (Algériens du Pacifique,
les déportés de Nouvelle-Calédonie).
Les Grands Absents de l'état civil.
La mesure coloniale de l'état civil des
Algériens fut déposée le 08 mars,
certains esprits avisés avaient demandé
une application progressive de la loi, ils
plaidèrent pour une expérience
préalable dans une seule région comme
la Kabylie, mais c'était perdu d'avance
puisque leurs amendements furent
rejetés. La loi fut donc promulguée le
23 mars 1882, un signe distinctif d'une
volonté toujours assimilationniste.
Derrière cet acte officiel de nomination,
il y avait un véritable processus
d'individualisation qui introduisait un
nouvel ordre socioculturel dans lequel
était mise en avant la « personnalité »
avant la communauté5. Son objectif
était clair ; individualiser les personnes
pour pouvoir les dominer facilement et
les responsabiliser dans le domaine des
impôts et la circonscription militaire et
autres devoirs d'assujettis. Dans l'esprit
de certains administrateurs insistait
Agéron: « la constitution de l'état civil
[était] et [devrait] être une oeuvre de
dépersonnalisation, l'intérêt de celle-ci
étant de «préparer la fusion ». La non-
observation du nom patronymique et
les retards dans les déclarations d'état-
civil a était ajouté par la loi du 27 juin
1888 comme infraction au terrible code
de l'indigénat.
En 1886, son application se porta sur
seize douars la plupart dans le
périmètre ou s'est déroulé le grand
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Les déportés oubliés de l'état civil
soulèvement de 1871; à la fin de
l'année 523.000 Indigènes seulement
avaient été dotes d'un état-civil.
Dans les communes du territoire civil,
on avait inscrit au total 3.069.268 dits
« Indigènes », pourtant dans le
dénombrement de 1896 bien que peu
plausible on en recensait bien plus !
Cette mesure fut appliquée dans les dix
années qui suivirent. Les Algériens
avaient en principe le choix de leur
patronyme, mais comme ils s'en
désintéressaient, les commissaires de
l'état civil chargés de ce travail se firent
parfois remarquer sans souci d'aucune
règle (qu'il n'est pas possible de citer
dans cet espace restreint). Ces mêmes
commissaires enquêteurs toujours
hantés par les insurrections
permanentes des Algériens avaient
distribué à toute une population d'un
certain Douar des patronymes distincts
commençant tous par la lettre A et la
lettre B pour le douar voisin et le C
pour le troisième ainsi de suite... Sans
doute la même méthode employée en
groupes taxinomiques dans une
expérience en laboratoire de sciences
naturelles pour distinguer facilement
les « individus » et non les « personnes
».
D'ailleurs les noms authentiques
continuèrent à exister puisqu'ils
restèrent inscrits au verso de la carte
d'identité (Nekwa), en caractères
arabes. Ce qui explique que beaucoup
d'Algériens ont conservé jusqu'a nos
jours le souvenir de leur véritable
dénomination familiale, mais aussi
presque toujours de leurs filiations, qui
constituent les éléments de notre
identité personnelle, notre « état civil »
national. Ces déportés Algériens ont
donc raté la transcription officielle de
l'état civil promulgué en ce même mois
de mars onze années après, appliquée
officiellement, durant douze ans, de
1882 à 1894.S'ils étaient revenus dans
leurs pays natal après une vingtaine
d'années ils auraient été devenus des «
sans papiers » dans leurs propre pays !
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Les déportés oubliés de l'état civil
Nekwa et Résistance nationale.
Il est vrai que pour les Algériens des
douars cette mesure était douteuse,
d'abord pour eux ; cette pondération
était comme une violation des secrets
de famille, mais aussi une tentative
d'enlèvement d'enfants musulmans
dont on prenait les noms pour les
déporter plus tard en Nouvelle
Calédonie ou Cayenne. Les rumeurs
propagées dans les Douras constitués
par les Meddahs et autres Berrahs,
avaient rendu l'administration coloniale
impuissante et donnèrent lieu à de
telles résistances qu'on n'insista pas.
Plusieurs journaux en effet signalèrent
en 1885 et 1886 que les Indigènes
cachèrent avec soin leurs enfants males
6.
Devant la commission sénatoriale, 1'ex-
administrateur Sabatier indiqua que,
selon lui, « la constitution de 1'état-civil
(était) et (devait) être une oeuvre de
dénationalisation, 1'intérêt de celle-ci
étant de « préparer la fusion ». Son
idée était de franciser plus résolument
encore les patronymes indigènes pour
favoriser les mariages mixtes
exactement ce qui c'est passé pour les
déportés algériens en Nouvelle
Calédonie tous mariés avec des Kanaks
ou des colons blancs (Au fait y avait-il
parmi les déportés algériens des
Algériennes ?).
Jusqu'en 1936, la loi dans ce pays
interdisait l'attribution de prénoms
algériens aux enfants. Après cette
année, les garçons ont retrouvé le
prénom algérien que leurs avait donné
leurs pères (François, Louis, Jean-
pierre, Henri, Joseph sont devenus
Missoum, Ahmed, Taieb, Miloud,
Youcef... selon Malica Ouennoughi.
En effet, malgré la loi coloniale, les
enfants ont grandi avec deux prénoms
(un pour l'état civil et un pour la
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Les déportés oubliés de l'état civil
famille ).
L'affirmation identitaire se manifesta de
façon très nette chez les Calédoniens
d'origine algérienne à travers la
persistance dans le choix pour les
enfants de prénoms arabo-musulmans,
pourtant très stigmatisés selon Melica
OUENNOUGHI. De toute évidence,
l'attachement des « Algériens » à leur
(s) nom(s) et prénom(s) traduit une
volonté de démarquage. C'est donc une
résistance en situation de défense.
L'attachement devient un symbole de
fidélité à ceux qui sont restés au « pays
» et, résister ainsi à la tentation de
l'oubli des « siens ». Mais là une autre
Histoire.
CONCLUSION
Je voudrais, pour conclure, insister sur
l'écriture d'Histoire en Algérie qui est
une force de proposition d'avenir
devrait permettre, dans tous les
domaines, l'émergence de solutions
nationales globales et favoriser pour le
mieux une meilleure utilisation des
données qui bénéficiera nécessairement
du soutien des travaux de laboratoires
de recherche des Universités
algériennes.
*Maître de Conférence - Université
Djillali Liabes-SBA
Notes et Référence :
1-OUENNOUGHI (Melica): Les Déportés
maghrébins en Nouvelle-Calédonie et la
Culture du Palmier Dattier,
(1864 à nos jours), éd-l'harmattan,
janvier 2006, (374 pages).
2- Merle (Isabelle) : « La Nouvelle-
Calédonie, 1853-1920. Naissance d'une
société coloniale »,
In Revue les Cahiers du Centre de
Recherches Historiques, 11 | 1993.
Référence électronique [En ligne], mis
http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (12 sur 13)11/01/2010 00:40:16
Les déportés oubliés de l'état civil
en ligne le 05 mars 2009.
Adresse URL : http://ccrh.revues.org/
index2762.html. Consulté le 06 mars
2009.
3 -OUENNOUGHI (M)in revue Insaniyat
-CRASC (Oran-).N° 32-33 du
04/09/2007.
4- Ageron(Ch-R.), Les Algériens
Musulmans et la France, 1871-1919,
PUF, 1968 ;
P. Bourdieu et A. Sayad, Le
déracinement, Éditions de Minuit, 1964.
5 -Lamri (Sophia): « Un état civil
tronqué », In El-WATAN , 1er décembre
2004.
6- C.A.O.M-Aix en Provence, Série F
80 /1817-Etablissement des registres
matrices par les commissaires
spéciaux.
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Les déportés oubliés de l'état civil
Par: Karim Ouldennebia*
Publié le: 22/04/2009
L'historiographie coloniale de l'Algérie a malencontreusement investi une image de psychose qui a
longtemps obsédé les Historiens et autres ethnologues et anthropologues sur ces Algériens confinés et isolés,
déportés et exilés ou tout simplement « partis ailleurs » depuis des siècles d'histoire sur les noms et les lieux.
Pourtant, c'est le contraire qu'il faudrait révéler. Je voudrais à travers ces lignes rendre un vibrant
hommage a ces Hommes non transcrit symboliquement parlant sur la « la première liste nominative de l'état
civil des Algériens de la fin du 19°siècle».Ils portèrent malgré tout l'Algérie dans leurs coeurs, accrochés à
un espoir de retour de cet espace géographique dépassant les vingt milles km ainsi qu'a tous ceux qui ont
travaillé dans tous les domaines confondus à faire connaître dans notre pays d'autres Algériens garants de
l'espoir immuable d'un futur toujours optimiste et confiant dans l'avenir de l'Algérie.
Un devoir de mémoire Il est donc de notre devoir de mémoire envers ces algériens de donner une
image valorisante de leur Histoire ambiguà« certes mais surtout inconnu, sur la base de leurs noms propres
qui restèrent comme seuls valeurs et apports spécifiques encore enfuis dans les sources d'archives des
registres matriciels d'outre mer (à‰tat-civil, registres de l'Administration pénitentiaire, courriers municipaux,
lettres des missionnaires, comptes rendus et sources orales mais aussi les remarquables ouvrages de ces
dernières années ). C'est un essai d'Histoire, je dirai patronymique de ces Algériens « héros malheureux »,
ou plutôt d'une présentation qui correspond conventionnellement à la conséquence des insurrections
successives en Algérie ; des Ouled sidi Cheikh en 1864 (178 condamnés), Celle de Mokrani Ahmed et Cheikh
Améziane Mohand El-Haddad en 1871, et d'El-Amri (Biskra) en 1876 (120 embarqués) et enfin l'insurrection
du sud oranais en 1881-1882.
Le revers pervers de la défaite Cette période de l'histoire de l'Algérie a été peu prolifique en écrits.
Durant la période 1870-1871, la France coloniale subissait l'humiliation de la défaite et la reddition de
Napoléon III face au chancelier Prussien Bismarck. Une instabilité gouvernementale s'ajouta aux événements
graves de la commune de Paris. Cependant la France a finalement franchi cette crise, elle se tourna tout de
suite vers l'Algérie pour lui régler son compte aussitôt l'installation du nouveau pouvoir à Paris de la III°
république. Face à une puissance coloniale ressuscitée par un effectif militaire puissamment armé venu en
renfort, Les insurgés algériens de l'insurrection d'Ahmed Mokrani et Cheikh El-Haddad, optèrent pour un
soulèvement total. Mais Vaincus après le 30 du mois de juin 1871, les insurgés subissent le revers pervers de
la défaite. La répression fut terrible. La volonté de punir s'abat sur ces révoltés. Le colonisateur ne perdez
rien pour attendre. Il adopta d'abord des lois sur mesure. A cela s'ajoutaient les interminables dépossessions
de tous les biens et les terres qui étaient redistribuées aux nouveaux indésirables venus de la métropole et de
la nostalgique région d'Alsace Lorraine suite à un appel qui avait été lancé en leur direction. L'occupant avait
décidé que les propriétés des insurgés seraient spoliées et remises à des colons français. On attribua aux
nouveaux venus plus de cent mille hectares. Le nombre de familles implantées a été estimé à 1183 dont
chacune a pu bénéficier de l'allocation de 6500 francs. De même que les fermiers du Sud-Est de la France
avaient été attirés puisque le nombre de familles implantées fut estimé à quatre mille. Cette politique a porté
la superficie des terres attribuées aux colons à 347268 hectares entre 1871 et 1882, ce qui a également permis
la création de 197 villages de colonisation.
La déportation : quelle logique ? Leur Histoire commence après le grand soulèvement de la fatidique
année 1871. Les uns exécutés sommairement par les conseils de guerre mais les autres miraculés furent jugés
et condamnés sans appel à partir du 10 mars 1873 par le tribunal de grande instance à Constantine. Ils étaient
des centaines de chefs de sections de tribus, mais notre mémoire nationale n'en retient que trois (Mokrani
Boumezrag, M'hamed Ben Cheikh El Haddad et son frère cadet Aziz). Le 23 mars 1872, l'assemblée
nationale Française a adopté une loi désignant les lieux de déportation. L'article 2 avait déclaré le lieu
enceinte fortifiée, dans l'article 3 était mentionné l'ile des Pins en cas d'insuffisance, l'ile de Marré
dépendante de la Nouvelle Calédonie. Il faut noter que les déportés durent attendre plusieurs mois avant leur
embarquement dans les convois destinés aux colonies françaises d'outre mer. C'est la raison pour laquelle ces
« prisonniers politiques » furent internés dans des dépôts ou lieux de détentions comme le fort de Quélerin
(Brest) et à l'île d'Oléron ou du port de Toulon avant leurs départs définitifs en Nouvelle Calédonie à plus de
24 000 km de leur pays natal pour un exil forcé. Une traversée de cinq mois (145 jours environ). La
Nouvelle-Calédonie était devenue française depuis la date du 24 septembre 1853. La ville de Nouméa fut crée
un an après. Comme en Algérie, la France avait choisi la colonisation de peuplement et agraire pour assimiler
cette partie du monde. A ce type de colonisation venais s'ajouter dès 1864 celle d'origine pénitentiaire depuis
la création du bagne par Napoléon III. Ces iles lointaines occupent, dans l'histoire coloniale, une place
singulière : une terre d'expérimentation o๠il est possible, d'harceler sans répit le passé pour arriver à
comprendre la logique de cette violence. Les condamnés étaient exilés pour le restant de leur existence (les
condamnés anglais à l'exil, quant à eux, avaient toujours le droit de rentrer en Grande-Bretagne, une fois leur
peine achevée). « La logique de l'exil fonctionnait à plein régime », écrivait Ouennoughi (Malica) dans son
remarquable ouvrage 1. Le pouvoir colonial imposait tout d'abord, aux déportés, la règle de l'exil à vie pour
rendre leur retour impossible ou extrêmement difficile. En échange, elle promet de façon beaucoup plus
systématique, la propriété du sol. Les valeurs sont là , bien françaises : « la terre est rédemptrice de tous les
vices » 2. Partis pour ne plus revenir. Absents en Algérie malgré eux. Seulement les absents ont toujours
tord, disaient une institutrices à nos parents. Ces Algériens ont donc raté la transcription officielle de l'état
civil promulgué par la puissance coloniale en ce même mois de mars onze années après, plus exactement le
23 mars 1882.
Cantonnement ou Refoulement ? Le pouvoir colonial en Algérie comme en Amérique du nord, insistait
à enfermer la masse dite « indigène » et « indienne »dans des réserves qu'elles les pensent promis à une
disparition inéluctable. La question se posait de savoir quelle politique appliquer aux « indigènes » d'Algérie ?
Les détruire ou tout au moins les refoulés ? L'idée de les déporter, a germé dans la tête de plusieurs officiers
français bien avant 1872.Le colonel Montagnac, ne voulait-il pas déporter tous les Algériens aux îles
Marquises ? En 1897, Maurice Wahl, et avant lui en 1880, le fameux docteur René RICOUX, ne
prédisaient-ils pas que : « les indigènes étaient en voie d'extinction et la loi supérieure qui fait disparaître les
peuples arriérés se vérifiait une fois de plus » ! Il calculait déjà le nombre d'années que nécessiterait une
disparition totale. En 1880, il publiait un ouvrage intitulé La démographie figurée de l'Algérie. Il écrivait: «
On ne peut le nier, comparés aux Européens, Arabes et Berbères sont certainement de races inférieures et
surtout de races dégénérées... Et, dans un siècle ou deux, que seront-ils ? Combien seront-ils ? Car c'est
indiscutable, ce peuple tend à disparaître d'une façon régulière et rapide ».Il précisa clairement l'idéologie
coloniale. La prédiction ne s'est pas réalisée, mais la lecture de ce texte est intéressante en ce qu'elle met en
évidence les conceptions racistes de nombreux scientifiques de cette époque. Alors que partout ailleurs
dans l'Empire, la France renonce à appliquer le cantonnement des autochtones. Le cantonnement fut
abandonné en Algérie en 1873 ; puisque la loi Warnier avait imposé la propriété privée la même année. Les
Kanaks de la nouvelle Calédonie étaient, quant à eux, relégués dans de véritables réserves, à l'instar des
Indiens d'Amérique ou des Aborigènes d'Australie. La présence de ces Algériens dans ces îles trop petite,
trop lointaine, trop marginale, fait partie de ces « études » que l'historiographie a tendance à ignorer.
Pourtant, dès qu'on s'y intéresse, se révèle une histoire étonnante qui, aussi paradoxal que cela puisse paraître,
s'inscrit au coeur de « grandes questions ». Fondée sur un véritable projet idéologique de peuplement soumis
à une double logique volontaire et en même temps factice parmi eux des Algériens forcés à l'exil sans
retour. C'est vraiment une expérience sans précédent dans l'Histoire.
La problématique foncière. En effet, l'approche coloniale basée sur l'occupation de l'espace s'inscrit
aussi dans une problématique foncière tout à fait spécifique et très particulière. Contrairement à l'évolution
qu'à connu l'Algérie, en nouvelles Calédonie l'administration française refusa, de privatiser les terres et ce
contre l'avis même du ministère des Colonies à cette époque. L'enjeu essentiel, « était lié aux logiques
mêmes de la colonisation, qui consistait à maintenir un contrôle rigoureux sur la répartition des terres fertiles
dans ses iles du pacifique. Plutôt que d'accorder la propriété privée aux tributs autochtones et autoriser ainsi
les ventes directes entre indigènes et colons, au risque d'une dilapidation rapide des ressources foncières, les
autorités locales préféraient plutôt le principe du cantonnement » 3. Le cantonnement est abandonné en
Algérie en 1873 ; la loi Warnier imposant la propriété privée aux indigènes pour créer un domaine foncier
soumis à la loi du marché. En quelques années de spéculations intenses, une grande majorité d'Algériens est
expropriée au profit de colons qui se constituent d'immenses domaines 4. En effet, une autre nécessité a
éclatée après 1871. Son but statué sur le cas épineux de l'état civil des Algériens. Elle apparaissait de plus en
plus comme une nécessité très urgente et assez pressante. La pression venait surtout de la part des colons très
presser de conclure des actes de vente notariales avec les « naïfs » habitants de douars, puisque la loi qui
encouragée la colonisation « privé » cette fois, exigée un patronyme des deux signataires. L'Algérie depuis
a connu un vaste mouvement d'implantation de l'élément européen aux dépens de l'élément algérien. Certains
facteurs parmi lesquels l'émigration, le déplacement et la déportation des populations ainsi que les massacres
collectifs avaient failli détruire de façon quasi définitive la structure sociale de la société algérienne. Le total
des terres remises aux colons entre 1871 et 1908 s'élevait à 1.137.823 ha environ parmi les meilleures terres
agricoles. Le pouvoir colonial a mit en place les modes et les formes juridiques afin d'orienter les
transformations radicales dans la structure sociale, politique et économique de la société algérienne. Ceci ne
pouvait avoir lieu, selon le pouvoir colonial, sans la destruction de tout ce qui avait un rapport direct avec les
croyances des autochtones et leurs systèmes ancestraux.Ainsi, sera parachevée l'entreprise de démolition et
destruction de toutes les valeurs de la société algérienne qui se soumettra au fait accompli imposé par les
forces de d'occupation, ce qui facilitera son assimilation et son assujettissement.
Privés de la loi d'amnistie. Cependant quand les temps ont changés en France, les républicains ont
amnistié les déportés communards français. Les Algériens eux ; seront privés de la loi d'amnistie. Parce qu'ils
étaient toujours restés un danger pour le pouvoir colonial. Déjà mentionnée dans la désormais célèbre
formule « Jugés potentiellement dangereux ». Pourtant deux lois d'amnistie des déportés étaient
promulguées par le gouvernement français. Une loi d'amnistie partielle datée du « 3 mars 1879 » et une loi
d'amnistie générale datée du 11 juillet 1880. Ces lois concernaient tous les déportés sans discrimination
aucune mais l'administration coloniale locale ne libéra que les déportés issus de la révolte de la commune de
Paris. Ces déportés français, amnistiés, regagneront, dans leur immense majorité, la France. Il faut rappeler
que les grands écrivains de l'époque comme Victor Hugo et Emile Zola militèrent sans relâche pour l'amnistie
des déportés de la commune de Paris, mais aucun écrit ne mentionne qu'ils aient associé dans leurs actions le
cas des déportés algériens. Pourtant les vaincus des barricades de la commune de Paris assis côte à côte
avec les vaincus d'Algérie, écrivirent beaucoup sur leur déportation selon Lallaoui Mehdi (Algériens du
Pacifique, les déportés de Nouvelle-Calédonie).
Les Grands Absents de l'état civil. La mesure coloniale de l'état civil des Algériens fut déposée le 08
mars, certains esprits avisés avaient demandé une application progressive de la loi, ils plaidèrent pour une
expérience préalable dans une seule région comme la Kabylie, mais c'était perdu d'avance puisque leurs
amendements furent rejetés. La loi fut donc promulguée le 23 mars 1882, un signe distinctif d'une volonté
toujours assimilationniste. Derrière cet acte officiel de nomination, il y avait un véritable processus
d'individualisation qui introduisait un nouvel ordre socioculturel dans lequel était mise en avant la «
personnalité » avant la communauté5. Son objectif était clair ; individualiser les personnes pour pouvoir les
dominer facilement et les responsabiliser dans le domaine des impôts et la circonscription militaire et autres
devoirs d'assujettis. Dans l'esprit de certains administrateurs insistait Agéron: « la constitution de l'état civil
[était] et [devrait] être une oeuvre de dépersonnalisation, l'intérêt de celle-ci étant de «préparer la fusion ». La
non-observation du nom patronymique et les retards dans les déclarations d'état-civil a était ajouté par la loi
du 27 juin 1888 comme infraction au terrible code de l'indigénat. En 1886, son application se porta sur seize
douars la plupart dans le périmètre ou s'est déroulé le grand soulèvement de 1871; à la fin de l'année 523.000
Indigènes seulement avaient été dotes d'un état-civil. Dans les communes du territoire civil, on avait inscrit
au total 3.069.268 dits « Indigènes », pourtant dans le dénombrement de 1896 bien que peu plausible on en
recensait bien plus ! Cette mesure fut appliquée dans les dix années qui suivirent. Les Algériens avaient en
principe le choix de leur patronyme, mais comme ils s'en désintéressaient, les commissaires de l'état civil
chargés de ce travail se firent parfois remarquer sans souci d'aucune règle (qu'il n'est pas possible de citer
dans cet espace restreint). Ces mêmes commissaires enquêteurs toujours hantés par les insurrections
permanentes des Algériens avaient distribué à toute une population d'un certain Douar des patronymes
distincts commençant tous par la lettre A et la lettre B pour le douar voisin et le C pour le troisième ainsi de
suite... Sans doute la même méthode employée en groupes taxinomiques dans une expérience en laboratoire
de sciences naturelles pour distinguer facilement les « individus » et non les « personnes ». D'ailleurs les
noms authentiques continuèrent à exister puisqu'ils restèrent inscrits au verso de la carte d'identité (Nekwa),
en caractères arabes. Ce qui explique que beaucoup d'Algériens ont conservé jusqu'a nos jours le souvenir de
leur véritable dénomination familiale, mais aussi presque toujours de leurs filiations, qui constituent les
éléments de notre identité personnelle, notre « état civil » national. Ces déportés Algériens ont donc raté la
transcription officielle de l'état civil promulgué en ce même mois de mars onze années après, appliquée
officiellement, durant douze ans, de 1882 à 1894.S'ils étaient revenus dans leurs pays natal après une
vingtaine d'années ils auraient été devenus des « sans papiers » dans leurs propre pays !
Nekwa et Résistance nationale. Il est vrai que pour les Algériens des douars cette mesure était
douteuse, d'abord pour eux ; cette pondération était comme une violation des secrets de famille, mais aussi
une tentative d'enlèvement d'enfants musulmans dont on prenait les noms pour les déporter plus tard en
Nouvelle Calédonie ou Cayenne. Les rumeurs propagées dans les Douras constitués par les Meddahs et autres
Berrahs, avaient rendu l'administration coloniale impuissante et donnèrent lieu à de telles résistances qu'on
n'insista pas. Plusieurs journaux en effet signalèrent en 1885 et 1886 que les Indigènes cachèrent avec soin
leurs enfants males 6. Devant la commission sénatoriale, 1'ex-administrateur Sabatier indiqua que, selon lui,
« la constitution de 1'état-civil (était) et (devait) être une oeuvre de dénationalisation, 1'intérêt de celle-ci
étant de « préparer la fusion ». Son idée était de franciser plus résolument encore les patronymes indigènes
pour favoriser les mariages mixtes exactement ce qui c'est passé pour les déportés algériens en Nouvelle
Calédonie tous mariés avec des Kanaks ou des colons blancs (Au fait y avait-il parmi les déportés algériens
des Algériennes ?). Jusqu'en 1936, la loi dans ce pays interdisait l'attribution de prénoms algériens aux
enfants. Après cette année, les garçons ont retrouvé le prénom algérien que leurs avait donné leurs pères
(François, Louis, Jean-pierre, Henri, Joseph sont devenus Missoum, Ahmed, Taieb, Miloud, Youcef... selon
Malica Ouennoughi. En effet, malgré la loi coloniale, les enfants ont grandi avec deux prénoms (un pour
l'état civil et un pour la famille ). L'affirmation identitaire se manifesta de façon très nette chez les
Calédoniens d'origine algérienne à travers la persistance dans le choix pour les enfants de prénoms
arabo-musulmans, pourtant très stigmatisés selon Melica OUENNOUGHI. De toute évidence, l'attachement
des « Algériens » à leur(s) nom(s) et prénom(s) traduit une volonté de démarquage. C'est donc une résistance
en situation de défense. L'attachement devient un symbole de fidélité à ceux qui sont restés au « pays » et,
résister ainsi à la tentation de l'oubli des « siens ». Mais là une autre Histoire. CONCLUSION Je
voudrais, pour conclure, insister sur l'écriture d'Histoire en Algérie qui est une force de proposition d'avenir
devrait permettre, dans tous les domaines, l'émergence de solutions nationales globales et favoriser pour le
mieux une meilleure utilisation des données qui bénéficiera nécessairement du soutien des travaux de
laboratoires de recherche des Universités algériennes.
*Maître de Conférence - Université Djillali Liabes-SBA
Notes et Référence : 1-OUENNOUGHI (Melica): Les Déportés maghrébins en Nouvelle-Calédonie et la
Culture du Palmier Dattier, (1864 à nos jours), éd-l'harmattan, janvier 2006, (374 pages). 2- Merle
(Isabelle) : « La Nouvelle-Calédonie, 1853-1920. Naissance d'une société coloniale », In Revue les Cahiers
du Centre de Recherches Historiques, 11 | 1993. Référence électronique [En ligne], mis en ligne le 05 mars
2009. Adresse URL : http://ccrh.revues.org/index2762.html. Consulté le 06 mars 2009. 3
-OUENNOUGHI (M)in revue Insaniyat -CRASC (Oran-).N° 32-33 du 04/09/2007. 4- Ageron(Ch-R.),
Les Algériens Musulmans et la France, 1871-1919, PUF, 1968 ; P. Bourdieu et A. Sayad, Le déracinement,
à‰ditions de Minuit, 1964. 5 -Lamri (Sophia): « Un état civil tronqué », In El-WATAN , 1er décembre
2004. 6- C.A.O.M-Aix en Provence, Série F 80 /1817-Etablissement des registres matrices par les
commissaires spéciaux.
Les déportés oubliés de l'état civil - Par: Karim Ouldennebia*
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  • 2. Les déportés oubliés de l'état civil Boutef III Abed Charef La France rattrapée par son passé Nom de code : gerboise bleue Mohamed Bensalah Larbi Benchiha au Quotidien d'Oran Propos recueillis par Mohamed Bensalah « « Diachronique et réminiscences de l'émigration... » » Houssine Mourad Salim Taxi de nuit Akram Belkaïd Le baril sous la barre des 50 dollars Pierre Morville Project Syndicate pour Le Quotidien d'Oran : Une seule Terre suffit ! Bjørn Lomborg* La reprise est provisoire Nouriel Roubini Un devoir de mémoire Il est donc de notre devoir de mémoire envers ces algériens de donner une image valorisante de leur Histoire ambiguë certes mais surtout inconnu, sur la base de leurs noms propres qui restèrent comme seuls valeurs et apports spécifiques encore enfuis dans les sources d'archives des registres matriciels d'outre mer (État-civil, registres de l'Administration pénitentiaire, courriers municipaux, lettres des missionnaires, comptes rendus et sources orales mais aussi les remarquables ouvrages de ces dernières années ). C'est un essai d'Histoire, je dirai patronymique de ces Algériens « héros malheureux », ou plutôt d'une présentation qui correspond conventionnellement à la conséquence des insurrections successives en Algérie ; des Ouled sidi Cheikh en 1864 (178 condamnés), Celle de Mokrani Ahmed et Cheikh Améziane Mohand El- Haddad en 1871, et d'El-Amri (Biskra) en 1876 (120 embarqués) et enfin l'insurrection du sud oranais en 1881- 1882. Le revers pervers de la défaite Cette période de l'histoire de l'Algérie a été peu prolifique en écrits. Durant la période 1870-1871, la France coloniale subissait l'humiliation de la défaite et la reddition de Napoléon III face au chancelier Prussien Bismarck. Une instabilité gouvernementale s'ajouta aux événements graves de la commune de Paris. Cependant la France a finalement franchi cette crise, elle se tourna tout de suite vers l'Algérie pour lui régler son compte aussitôt l'installation du nouveau pouvoir à Paris de la III° république. Santé La réanimation médicale Senouci M. Mostefa * Publicité http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (2 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 3. Les déportés oubliés de l'état civil Face à une puissance coloniale ressuscitée par un effectif militaire puissamment armé venu en renfort, Les insurgés algériens de l'insurrection d'Ahmed Mokrani et Cheikh El-Haddad, optèrent pour un soulèvement total. Mais Vaincus après le 30 du mois de juin 1871, les insurgés subissent le revers pervers de la défaite. La répression fut terrible. La volonté de punir s'abat sur ces révoltés. Le colonisateur ne perdez rien pour attendre. Il adopta d'abord des lois sur mesure. A cela s'ajoutaient les interminables dépossessions de tous les biens et les terres qui étaient redistribuées aux nouveaux indésirables venus de la métropole et de la nostalgique région d'Alsace Lorraine suite à un appel qui avait été lancé en leur direction. L'occupant avait décidé que les propriétés des insurgés seraient spoliées et remises à des colons français. On attribua aux nouveaux venus plus de cent mille hectares. Le nombre de familles implantées a été estimé à 1183 dont chacune a pu bénéficier de l'allocation de 6500 francs. De même que les fermiers du Sud-Est de la France avaient été attirés puisque le nombre de familles implantées fut estimé à quatre mille. Cette politique a porté la superficie des terres attribuées aux colons à 347268 hectares entre 1871 et 1882, ce qui a également permis la création de 197 villages de colonisation. La déportation : quelle logique ? Leur Histoire commence après le grand soulèvement de la fatidique année 1871. Les uns exécutés sommairement par les conseils de guerre mais les autres miraculés furent jugés et condamnés sans appel à partir du 10 mars 1873 par le tribunal de grande instance à Constantine. Ils étaient des centaines de chefs de sections de http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (3 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 4. Les déportés oubliés de l'état civil tribus, mais notre mémoire nationale n'en retient que trois (Mokrani Boumezrag, M'hamed Ben Cheikh El Haddad et son frère cadet Aziz). Le 23 mars 1872, l'assemblée nationale Française a adopté une loi désignant les lieux de déportation. L'article 2 avait déclaré le lieu enceinte fortifiée, dans l'article 3 était mentionné l'ile des Pins en cas d'insuffisance, l'ile de Marré dépendante de la Nouvelle Calédonie. Il faut noter que les déportés durent attendre plusieurs mois avant leur embarquement dans les convois destinés aux colonies françaises d'outre mer. C'est la raison pour laquelle ces « prisonniers politiques » furent internés dans des dépôts ou lieux de détentions comme le fort de Quélerin (Brest) et à l'île d'Oléron ou du port de Toulon avant leurs départs définitifs en Nouvelle Calédonie à plus de 24 000 km de leur pays natal pour un exil forcé. Une traversée de cinq mois (145 jours environ). La Nouvelle-Calédonie était devenue française depuis la date du 24 septembre 1853. La ville de Nouméa fut crée un an après. Comme en Algérie, la France avait choisi la colonisation de peuplement et agraire pour assimiler cette partie du monde. A ce type de colonisation venais s'ajouter dès 1864 celle d'origine pénitentiaire depuis la création du bagne par Napoléon III. Ces iles lointaines occupent, dans l'histoire coloniale, une place singulière : une terre d'expérimentation où il est possible, d'harceler sans répit le passé pour arriver à comprendre la logique de cette violence. Les condamnés étaient exilés pour le restant de leur existence (les condamnés anglais à l'exil, quant à eux, avaient toujours le droit de rentrer en Grande-Bretagne, une fois leur peine achevée). « La logique de l'exil fonctionnait à plein régime », écrivait Ouennoughi (Malica) dans son remarquable ouvrage 1. http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (4 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 5. Les déportés oubliés de l'état civil Le pouvoir colonial imposait tout d'abord, aux déportés, la règle de l'exil à vie pour rendre leur retour impossible ou extrêmement difficile. En échange, elle promet de façon beaucoup plus systématique, la propriété du sol. Les valeurs sont là, bien françaises : « la terre est rédemptrice de tous les vices » 2. Partis pour ne plus revenir. Absents en Algérie malgré eux. Seulement les absents ont toujours tord, disaient une institutrices à nos parents. Ces Algériens ont donc raté la transcription officielle de l'état civil promulgué par la puissance coloniale en ce même mois de mars onze années après, plus exactement le 23 mars 1882. Cantonnement ou Refoulement ? Le pouvoir colonial en Algérie comme en Amérique du nord, insistait à enfermer la masse dite « indigène » et « indienne »dans des réserves qu'elles les pensent promis à une disparition inéluctable. La question se posait de savoir quelle politique appliquer aux « indigènes » d'Algérie ? Les détruire ou tout au moins les refoulés ? L'idée de les déporter, a germé dans la tête de plusieurs officiers français bien avant 1872.Le colonel Montagnac, ne voulait- il pas déporter tous les Algériens aux îles Marquises ? En 1897, Maurice Wahl, et avant lui en 1880, le fameux docteur René RICOUX, ne prédisaient- ils pas que : « les indigènes étaient en voie d'extinction et la loi supérieure qui fait disparaître les peuples arriérés se vérifiait une fois de plus » ! Il calculait déjà le nombre d'années que nécessiterait une disparition totale. En 1880, il publiait un ouvrage intitulé La démographie figurée de l'Algérie. Il écrivait: « On ne peut le nier, comparés aux Européens, Arabes et Berbères sont certainement de races inférieures et surtout de races dégénérées... Et, http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (5 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 6. Les déportés oubliés de l'état civil dans un siècle ou deux, que seront-ils ? Combien seront-ils ? Car c'est indiscutable, ce peuple tend à disparaître d'une façon régulière et rapide ».Il précisa clairement l'idéologie coloniale. La prédiction ne s'est pas réalisée, mais la lecture de ce texte est intéressante en ce qu'elle met en évidence les conceptions racistes de nombreux scientifiques de cette époque. Alors que partout ailleurs dans l'Empire, la France renonce à appliquer le cantonnement des autochtones. Le cantonnement fut abandonné en Algérie en 1873 ; puisque la loi Warnier avait imposé la propriété privée la même année. Les Kanaks de la nouvelle Calédonie étaient, quant à eux, relégués dans de véritables réserves, à l'instar des Indiens d'Amérique ou des Aborigènes d'Australie. La présence de ces Algériens dans ces îles trop petite, trop lointaine, trop marginale, fait partie de ces « études » que l'historiographie a tendance à ignorer. Pourtant, dès qu'on s'y intéresse, se révèle une histoire étonnante qui, aussi paradoxal que cela puisse paraître, s'inscrit au coeur de « grandes questions ». Fondée sur un véritable projet idéologique de peuplement soumis à une double logique volontaire et en même temps factice parmi eux des Algériens forcés à l'exil sans retour. C'est vraiment une expérience sans précédent dans l'Histoire. La problématique foncière. En effet, l'approche coloniale basée sur l'occupation de l'espace s'inscrit aussi dans une problématique foncière tout à fait spécifique et très particulière. Contrairement à l'évolution qu'à connu l'Algérie, en nouvelles Calédonie l'administration française refusa, de http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (6 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 7. Les déportés oubliés de l'état civil privatiser les terres et ce contre l'avis même du ministère des Colonies à cette époque. L'enjeu essentiel, « était lié aux logiques mêmes de la colonisation, qui consistait à maintenir un contrôle rigoureux sur la répartition des terres fertiles dans ses iles du pacifique. Plutôt que d'accorder la propriété privée aux tributs autochtones et autoriser ainsi les ventes directes entre indigènes et colons, au risque d'une dilapidation rapide des ressources foncières, les autorités locales préféraient plutôt le principe du cantonnement » 3. Le cantonnement est abandonné en Algérie en 1873 ; la loi Warnier imposant la propriété privée aux indigènes pour créer un domaine foncier soumis à la loi du marché. En quelques années de spéculations intenses, une grande majorité d'Algériens est expropriée au profit de colons qui se constituent d'immenses domaines 4. En effet, une autre nécessité a éclatée après 1871. Son but statué sur le cas épineux de l'état civil des Algériens. Elle apparaissait de plus en plus comme une nécessité très urgente et assez pressante. La pression venait surtout de la part des colons très presser de conclure des actes de vente notariales avec les « naïfs » habitants de douars, puisque la loi qui encouragée la colonisation « privé » cette fois, exigée un patronyme des deux signataires. L'Algérie depuis a connu un vaste mouvement d'implantation de l'élément européen aux dépens de l'élément algérien. Certains facteurs parmi lesquels l'émigration, le déplacement et la déportation des populations ainsi que les massacres collectifs avaient failli détruire de façon quasi définitive la structure sociale de la société algérienne. Le total des terres remises aux colons entre 1871 et 1908 s'élevait à http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (7 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 8. Les déportés oubliés de l'état civil 1.137.823 ha environ parmi les meilleures terres agricoles. Le pouvoir colonial a mit en place les modes et les formes juridiques afin d'orienter les transformations radicales dans la structure sociale, politique et économique de la société algérienne. Ceci ne pouvait avoir lieu, selon le pouvoir colonial, sans la destruction de tout ce qui avait un rapport direct avec les croyances des autochtones et leurs systèmes ancestraux.Ainsi, sera parachevée l'entreprise de démolition et destruction de toutes les valeurs de la société algérienne qui se soumettra au fait accompli imposé par les forces de d'occupation, ce qui facilitera son assimilation et son assujettissement. Privés de la loi d'amnistie. Cependant quand les temps ont changés en France, les républicains ont amnistié les déportés communards français. Les Algériens eux ; seront privés de la loi d'amnistie. Parce qu'ils étaient toujours restés un danger pour le pouvoir colonial. Déjà mentionnée dans la désormais célèbre formule « Jugés potentiellement dangereux ». Pourtant deux lois d'amnistie des déportés étaient promulguées par le gouvernement français. Une loi d'amnistie partielle datée du « 3 mars 1879 » et une loi d'amnistie générale datée du 11 juillet 1880. Ces lois concernaient tous les déportés sans discrimination aucune mais l'administration coloniale locale ne libéra que les déportés issus de la révolte de la commune de Paris. Ces déportés français, amnistiés, regagneront, dans leur immense majorité, la France. Il faut rappeler que les grands écrivains de l'époque comme Victor Hugo et Emile Zola militèrent sans relâche pour http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (8 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 9. Les déportés oubliés de l'état civil l'amnistie des déportés de la commune de Paris, mais aucun écrit ne mentionne qu'ils aient associé dans leurs actions le cas des déportés algériens. Pourtant les vaincus des barricades de la commune de Paris assis côte à côte avec les vaincus d'Algérie, écrivirent beaucoup sur leur déportation selon Lallaoui Mehdi (Algériens du Pacifique, les déportés de Nouvelle-Calédonie). Les Grands Absents de l'état civil. La mesure coloniale de l'état civil des Algériens fut déposée le 08 mars, certains esprits avisés avaient demandé une application progressive de la loi, ils plaidèrent pour une expérience préalable dans une seule région comme la Kabylie, mais c'était perdu d'avance puisque leurs amendements furent rejetés. La loi fut donc promulguée le 23 mars 1882, un signe distinctif d'une volonté toujours assimilationniste. Derrière cet acte officiel de nomination, il y avait un véritable processus d'individualisation qui introduisait un nouvel ordre socioculturel dans lequel était mise en avant la « personnalité » avant la communauté5. Son objectif était clair ; individualiser les personnes pour pouvoir les dominer facilement et les responsabiliser dans le domaine des impôts et la circonscription militaire et autres devoirs d'assujettis. Dans l'esprit de certains administrateurs insistait Agéron: « la constitution de l'état civil [était] et [devrait] être une oeuvre de dépersonnalisation, l'intérêt de celle-ci étant de «préparer la fusion ». La non- observation du nom patronymique et les retards dans les déclarations d'état- civil a était ajouté par la loi du 27 juin 1888 comme infraction au terrible code de l'indigénat. En 1886, son application se porta sur seize douars la plupart dans le périmètre ou s'est déroulé le grand http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (9 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 10. Les déportés oubliés de l'état civil soulèvement de 1871; à la fin de l'année 523.000 Indigènes seulement avaient été dotes d'un état-civil. Dans les communes du territoire civil, on avait inscrit au total 3.069.268 dits « Indigènes », pourtant dans le dénombrement de 1896 bien que peu plausible on en recensait bien plus ! Cette mesure fut appliquée dans les dix années qui suivirent. Les Algériens avaient en principe le choix de leur patronyme, mais comme ils s'en désintéressaient, les commissaires de l'état civil chargés de ce travail se firent parfois remarquer sans souci d'aucune règle (qu'il n'est pas possible de citer dans cet espace restreint). Ces mêmes commissaires enquêteurs toujours hantés par les insurrections permanentes des Algériens avaient distribué à toute une population d'un certain Douar des patronymes distincts commençant tous par la lettre A et la lettre B pour le douar voisin et le C pour le troisième ainsi de suite... Sans doute la même méthode employée en groupes taxinomiques dans une expérience en laboratoire de sciences naturelles pour distinguer facilement les « individus » et non les « personnes ». D'ailleurs les noms authentiques continuèrent à exister puisqu'ils restèrent inscrits au verso de la carte d'identité (Nekwa), en caractères arabes. Ce qui explique que beaucoup d'Algériens ont conservé jusqu'a nos jours le souvenir de leur véritable dénomination familiale, mais aussi presque toujours de leurs filiations, qui constituent les éléments de notre identité personnelle, notre « état civil » national. Ces déportés Algériens ont donc raté la transcription officielle de l'état civil promulgué en ce même mois de mars onze années après, appliquée officiellement, durant douze ans, de 1882 à 1894.S'ils étaient revenus dans leurs pays natal après une vingtaine d'années ils auraient été devenus des « sans papiers » dans leurs propre pays ! http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (10 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 11. Les déportés oubliés de l'état civil Nekwa et Résistance nationale. Il est vrai que pour les Algériens des douars cette mesure était douteuse, d'abord pour eux ; cette pondération était comme une violation des secrets de famille, mais aussi une tentative d'enlèvement d'enfants musulmans dont on prenait les noms pour les déporter plus tard en Nouvelle Calédonie ou Cayenne. Les rumeurs propagées dans les Douras constitués par les Meddahs et autres Berrahs, avaient rendu l'administration coloniale impuissante et donnèrent lieu à de telles résistances qu'on n'insista pas. Plusieurs journaux en effet signalèrent en 1885 et 1886 que les Indigènes cachèrent avec soin leurs enfants males 6. Devant la commission sénatoriale, 1'ex- administrateur Sabatier indiqua que, selon lui, « la constitution de 1'état-civil (était) et (devait) être une oeuvre de dénationalisation, 1'intérêt de celle-ci étant de « préparer la fusion ». Son idée était de franciser plus résolument encore les patronymes indigènes pour favoriser les mariages mixtes exactement ce qui c'est passé pour les déportés algériens en Nouvelle Calédonie tous mariés avec des Kanaks ou des colons blancs (Au fait y avait-il parmi les déportés algériens des Algériennes ?). Jusqu'en 1936, la loi dans ce pays interdisait l'attribution de prénoms algériens aux enfants. Après cette année, les garçons ont retrouvé le prénom algérien que leurs avait donné leurs pères (François, Louis, Jean- pierre, Henri, Joseph sont devenus Missoum, Ahmed, Taieb, Miloud, Youcef... selon Malica Ouennoughi. En effet, malgré la loi coloniale, les enfants ont grandi avec deux prénoms (un pour l'état civil et un pour la http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (11 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 12. Les déportés oubliés de l'état civil famille ). L'affirmation identitaire se manifesta de façon très nette chez les Calédoniens d'origine algérienne à travers la persistance dans le choix pour les enfants de prénoms arabo-musulmans, pourtant très stigmatisés selon Melica OUENNOUGHI. De toute évidence, l'attachement des « Algériens » à leur (s) nom(s) et prénom(s) traduit une volonté de démarquage. C'est donc une résistance en situation de défense. L'attachement devient un symbole de fidélité à ceux qui sont restés au « pays » et, résister ainsi à la tentation de l'oubli des « siens ». Mais là une autre Histoire. CONCLUSION Je voudrais, pour conclure, insister sur l'écriture d'Histoire en Algérie qui est une force de proposition d'avenir devrait permettre, dans tous les domaines, l'émergence de solutions nationales globales et favoriser pour le mieux une meilleure utilisation des données qui bénéficiera nécessairement du soutien des travaux de laboratoires de recherche des Universités algériennes. *Maître de Conférence - Université Djillali Liabes-SBA Notes et Référence : 1-OUENNOUGHI (Melica): Les Déportés maghrébins en Nouvelle-Calédonie et la Culture du Palmier Dattier, (1864 à nos jours), éd-l'harmattan, janvier 2006, (374 pages). 2- Merle (Isabelle) : « La Nouvelle- Calédonie, 1853-1920. Naissance d'une société coloniale », In Revue les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 11 | 1993. Référence électronique [En ligne], mis http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (12 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 13. Les déportés oubliés de l'état civil en ligne le 05 mars 2009. Adresse URL : http://ccrh.revues.org/ index2762.html. Consulté le 06 mars 2009. 3 -OUENNOUGHI (M)in revue Insaniyat -CRASC (Oran-).N° 32-33 du 04/09/2007. 4- Ageron(Ch-R.), Les Algériens Musulmans et la France, 1871-1919, PUF, 1968 ; P. Bourdieu et A. Sayad, Le déracinement, Éditions de Minuit, 1964. 5 -Lamri (Sophia): « Un état civil tronqué », In El-WATAN , 1er décembre 2004. 6- C.A.O.M-Aix en Provence, Série F 80 /1817-Etablissement des registres matrices par les commissaires spéciaux. http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5119594&archive_date=2009-04-22 (13 sur 13)11/01/2010 00:40:16
  • 14. Les déportés oubliés de l'état civil Par: Karim Ouldennebia* Publié le: 22/04/2009 L'historiographie coloniale de l'Algérie a malencontreusement investi une image de psychose qui a longtemps obsédé les Historiens et autres ethnologues et anthropologues sur ces Algériens confinés et isolés, déportés et exilés ou tout simplement « partis ailleurs » depuis des siècles d'histoire sur les noms et les lieux. Pourtant, c'est le contraire qu'il faudrait révéler. Je voudrais à travers ces lignes rendre un vibrant hommage a ces Hommes non transcrit symboliquement parlant sur la « la première liste nominative de l'état civil des Algériens de la fin du 19°siècle».Ils portèrent malgré tout l'Algérie dans leurs coeurs, accrochés à un espoir de retour de cet espace géographique dépassant les vingt milles km ainsi qu'a tous ceux qui ont travaillé dans tous les domaines confondus à faire connaître dans notre pays d'autres Algériens garants de l'espoir immuable d'un futur toujours optimiste et confiant dans l'avenir de l'Algérie. Un devoir de mémoire Il est donc de notre devoir de mémoire envers ces algériens de donner une image valorisante de leur Histoire ambiguà« certes mais surtout inconnu, sur la base de leurs noms propres qui restèrent comme seuls valeurs et apports spécifiques encore enfuis dans les sources d'archives des registres matriciels d'outre mer (à‰tat-civil, registres de l'Administration pénitentiaire, courriers municipaux, lettres des missionnaires, comptes rendus et sources orales mais aussi les remarquables ouvrages de ces dernières années ). C'est un essai d'Histoire, je dirai patronymique de ces Algériens « héros malheureux », ou plutôt d'une présentation qui correspond conventionnellement à la conséquence des insurrections successives en Algérie ; des Ouled sidi Cheikh en 1864 (178 condamnés), Celle de Mokrani Ahmed et Cheikh Améziane Mohand El-Haddad en 1871, et d'El-Amri (Biskra) en 1876 (120 embarqués) et enfin l'insurrection du sud oranais en 1881-1882. Le revers pervers de la défaite Cette période de l'histoire de l'Algérie a été peu prolifique en écrits. Durant la période 1870-1871, la France coloniale subissait l'humiliation de la défaite et la reddition de Napoléon III face au chancelier Prussien Bismarck. Une instabilité gouvernementale s'ajouta aux événements graves de la commune de Paris. Cependant la France a finalement franchi cette crise, elle se tourna tout de suite vers l'Algérie pour lui régler son compte aussitôt l'installation du nouveau pouvoir à Paris de la III° république. Face à une puissance coloniale ressuscitée par un effectif militaire puissamment armé venu en renfort, Les insurgés algériens de l'insurrection d'Ahmed Mokrani et Cheikh El-Haddad, optèrent pour un soulèvement total. Mais Vaincus après le 30 du mois de juin 1871, les insurgés subissent le revers pervers de la défaite. La répression fut terrible. La volonté de punir s'abat sur ces révoltés. Le colonisateur ne perdez rien pour attendre. Il adopta d'abord des lois sur mesure. A cela s'ajoutaient les interminables dépossessions de tous les biens et les terres qui étaient redistribuées aux nouveaux indésirables venus de la métropole et de la nostalgique région d'Alsace Lorraine suite à un appel qui avait été lancé en leur direction. L'occupant avait décidé que les propriétés des insurgés seraient spoliées et remises à des colons français. On attribua aux nouveaux venus plus de cent mille hectares. Le nombre de familles implantées a été estimé à 1183 dont chacune a pu bénéficier de l'allocation de 6500 francs. De même que les fermiers du Sud-Est de la France avaient été attirés puisque le nombre de familles implantées fut estimé à quatre mille. Cette politique a porté la superficie des terres attribuées aux colons à 347268 hectares entre 1871 et 1882, ce qui a également permis la création de 197 villages de colonisation. La déportation : quelle logique ? Leur Histoire commence après le grand soulèvement de la fatidique année 1871. Les uns exécutés sommairement par les conseils de guerre mais les autres miraculés furent jugés et condamnés sans appel à partir du 10 mars 1873 par le tribunal de grande instance à Constantine. Ils étaient des centaines de chefs de sections de tribus, mais notre mémoire nationale n'en retient que trois (Mokrani Boumezrag, M'hamed Ben Cheikh El Haddad et son frère cadet Aziz). Le 23 mars 1872, l'assemblée nationale Française a adopté une loi désignant les lieux de déportation. L'article 2 avait déclaré le lieu enceinte fortifiée, dans l'article 3 était mentionné l'ile des Pins en cas d'insuffisance, l'ile de Marré dépendante de la Nouvelle Calédonie. Il faut noter que les déportés durent attendre plusieurs mois avant leur embarquement dans les convois destinés aux colonies françaises d'outre mer. C'est la raison pour laquelle ces « prisonniers politiques » furent internés dans des dépôts ou lieux de détentions comme le fort de Quélerin (Brest) et à l'île d'Oléron ou du port de Toulon avant leurs départs définitifs en Nouvelle Calédonie à plus de 24 000 km de leur pays natal pour un exil forcé. Une traversée de cinq mois (145 jours environ). La
  • 15. Nouvelle-Calédonie était devenue française depuis la date du 24 septembre 1853. La ville de Nouméa fut crée un an après. Comme en Algérie, la France avait choisi la colonisation de peuplement et agraire pour assimiler cette partie du monde. A ce type de colonisation venais s'ajouter dès 1864 celle d'origine pénitentiaire depuis la création du bagne par Napoléon III. Ces iles lointaines occupent, dans l'histoire coloniale, une place singulière : une terre d'expérimentation o๠il est possible, d'harceler sans répit le passé pour arriver à comprendre la logique de cette violence. Les condamnés étaient exilés pour le restant de leur existence (les condamnés anglais à l'exil, quant à eux, avaient toujours le droit de rentrer en Grande-Bretagne, une fois leur peine achevée). « La logique de l'exil fonctionnait à plein régime », écrivait Ouennoughi (Malica) dans son remarquable ouvrage 1. Le pouvoir colonial imposait tout d'abord, aux déportés, la règle de l'exil à vie pour rendre leur retour impossible ou extrêmement difficile. En échange, elle promet de façon beaucoup plus systématique, la propriété du sol. Les valeurs sont là , bien françaises : « la terre est rédemptrice de tous les vices » 2. Partis pour ne plus revenir. Absents en Algérie malgré eux. Seulement les absents ont toujours tord, disaient une institutrices à nos parents. Ces Algériens ont donc raté la transcription officielle de l'état civil promulgué par la puissance coloniale en ce même mois de mars onze années après, plus exactement le 23 mars 1882. Cantonnement ou Refoulement ? Le pouvoir colonial en Algérie comme en Amérique du nord, insistait à enfermer la masse dite « indigène » et « indienne »dans des réserves qu'elles les pensent promis à une disparition inéluctable. La question se posait de savoir quelle politique appliquer aux « indigènes » d'Algérie ? Les détruire ou tout au moins les refoulés ? L'idée de les déporter, a germé dans la tête de plusieurs officiers français bien avant 1872.Le colonel Montagnac, ne voulait-il pas déporter tous les Algériens aux îles Marquises ? En 1897, Maurice Wahl, et avant lui en 1880, le fameux docteur René RICOUX, ne prédisaient-ils pas que : « les indigènes étaient en voie d'extinction et la loi supérieure qui fait disparaître les peuples arriérés se vérifiait une fois de plus » ! Il calculait déjà le nombre d'années que nécessiterait une disparition totale. En 1880, il publiait un ouvrage intitulé La démographie figurée de l'Algérie. Il écrivait: « On ne peut le nier, comparés aux Européens, Arabes et Berbères sont certainement de races inférieures et surtout de races dégénérées... Et, dans un siècle ou deux, que seront-ils ? Combien seront-ils ? Car c'est indiscutable, ce peuple tend à disparaître d'une façon régulière et rapide ».Il précisa clairement l'idéologie coloniale. La prédiction ne s'est pas réalisée, mais la lecture de ce texte est intéressante en ce qu'elle met en évidence les conceptions racistes de nombreux scientifiques de cette époque. Alors que partout ailleurs dans l'Empire, la France renonce à appliquer le cantonnement des autochtones. Le cantonnement fut abandonné en Algérie en 1873 ; puisque la loi Warnier avait imposé la propriété privée la même année. Les Kanaks de la nouvelle Calédonie étaient, quant à eux, relégués dans de véritables réserves, à l'instar des Indiens d'Amérique ou des Aborigènes d'Australie. La présence de ces Algériens dans ces îles trop petite, trop lointaine, trop marginale, fait partie de ces « études » que l'historiographie a tendance à ignorer. Pourtant, dès qu'on s'y intéresse, se révèle une histoire étonnante qui, aussi paradoxal que cela puisse paraître, s'inscrit au coeur de « grandes questions ». Fondée sur un véritable projet idéologique de peuplement soumis à une double logique volontaire et en même temps factice parmi eux des Algériens forcés à l'exil sans retour. C'est vraiment une expérience sans précédent dans l'Histoire. La problématique foncière. En effet, l'approche coloniale basée sur l'occupation de l'espace s'inscrit aussi dans une problématique foncière tout à fait spécifique et très particulière. Contrairement à l'évolution qu'à connu l'Algérie, en nouvelles Calédonie l'administration française refusa, de privatiser les terres et ce contre l'avis même du ministère des Colonies à cette époque. L'enjeu essentiel, « était lié aux logiques mêmes de la colonisation, qui consistait à maintenir un contrôle rigoureux sur la répartition des terres fertiles dans ses iles du pacifique. Plutôt que d'accorder la propriété privée aux tributs autochtones et autoriser ainsi les ventes directes entre indigènes et colons, au risque d'une dilapidation rapide des ressources foncières, les autorités locales préféraient plutôt le principe du cantonnement » 3. Le cantonnement est abandonné en Algérie en 1873 ; la loi Warnier imposant la propriété privée aux indigènes pour créer un domaine foncier soumis à la loi du marché. En quelques années de spéculations intenses, une grande majorité d'Algériens est expropriée au profit de colons qui se constituent d'immenses domaines 4. En effet, une autre nécessité a éclatée après 1871. Son but statué sur le cas épineux de l'état civil des Algériens. Elle apparaissait de plus en plus comme une nécessité très urgente et assez pressante. La pression venait surtout de la part des colons très presser de conclure des actes de vente notariales avec les « naïfs » habitants de douars, puisque la loi qui encouragée la colonisation « privé » cette fois, exigée un patronyme des deux signataires. L'Algérie depuis
  • 16. a connu un vaste mouvement d'implantation de l'élément européen aux dépens de l'élément algérien. Certains facteurs parmi lesquels l'émigration, le déplacement et la déportation des populations ainsi que les massacres collectifs avaient failli détruire de façon quasi définitive la structure sociale de la société algérienne. Le total des terres remises aux colons entre 1871 et 1908 s'élevait à 1.137.823 ha environ parmi les meilleures terres agricoles. Le pouvoir colonial a mit en place les modes et les formes juridiques afin d'orienter les transformations radicales dans la structure sociale, politique et économique de la société algérienne. Ceci ne pouvait avoir lieu, selon le pouvoir colonial, sans la destruction de tout ce qui avait un rapport direct avec les croyances des autochtones et leurs systèmes ancestraux.Ainsi, sera parachevée l'entreprise de démolition et destruction de toutes les valeurs de la société algérienne qui se soumettra au fait accompli imposé par les forces de d'occupation, ce qui facilitera son assimilation et son assujettissement. Privés de la loi d'amnistie. Cependant quand les temps ont changés en France, les républicains ont amnistié les déportés communards français. Les Algériens eux ; seront privés de la loi d'amnistie. Parce qu'ils étaient toujours restés un danger pour le pouvoir colonial. Déjà mentionnée dans la désormais célèbre formule « Jugés potentiellement dangereux ». Pourtant deux lois d'amnistie des déportés étaient promulguées par le gouvernement français. Une loi d'amnistie partielle datée du « 3 mars 1879 » et une loi d'amnistie générale datée du 11 juillet 1880. Ces lois concernaient tous les déportés sans discrimination aucune mais l'administration coloniale locale ne libéra que les déportés issus de la révolte de la commune de Paris. Ces déportés français, amnistiés, regagneront, dans leur immense majorité, la France. Il faut rappeler que les grands écrivains de l'époque comme Victor Hugo et Emile Zola militèrent sans relâche pour l'amnistie des déportés de la commune de Paris, mais aucun écrit ne mentionne qu'ils aient associé dans leurs actions le cas des déportés algériens. Pourtant les vaincus des barricades de la commune de Paris assis côte à côte avec les vaincus d'Algérie, écrivirent beaucoup sur leur déportation selon Lallaoui Mehdi (Algériens du Pacifique, les déportés de Nouvelle-Calédonie). Les Grands Absents de l'état civil. La mesure coloniale de l'état civil des Algériens fut déposée le 08 mars, certains esprits avisés avaient demandé une application progressive de la loi, ils plaidèrent pour une expérience préalable dans une seule région comme la Kabylie, mais c'était perdu d'avance puisque leurs amendements furent rejetés. La loi fut donc promulguée le 23 mars 1882, un signe distinctif d'une volonté toujours assimilationniste. Derrière cet acte officiel de nomination, il y avait un véritable processus d'individualisation qui introduisait un nouvel ordre socioculturel dans lequel était mise en avant la « personnalité » avant la communauté5. Son objectif était clair ; individualiser les personnes pour pouvoir les dominer facilement et les responsabiliser dans le domaine des impôts et la circonscription militaire et autres devoirs d'assujettis. Dans l'esprit de certains administrateurs insistait Agéron: « la constitution de l'état civil [était] et [devrait] être une oeuvre de dépersonnalisation, l'intérêt de celle-ci étant de «préparer la fusion ». La non-observation du nom patronymique et les retards dans les déclarations d'état-civil a était ajouté par la loi du 27 juin 1888 comme infraction au terrible code de l'indigénat. En 1886, son application se porta sur seize douars la plupart dans le périmètre ou s'est déroulé le grand soulèvement de 1871; à la fin de l'année 523.000 Indigènes seulement avaient été dotes d'un état-civil. Dans les communes du territoire civil, on avait inscrit au total 3.069.268 dits « Indigènes », pourtant dans le dénombrement de 1896 bien que peu plausible on en recensait bien plus ! Cette mesure fut appliquée dans les dix années qui suivirent. Les Algériens avaient en principe le choix de leur patronyme, mais comme ils s'en désintéressaient, les commissaires de l'état civil chargés de ce travail se firent parfois remarquer sans souci d'aucune règle (qu'il n'est pas possible de citer dans cet espace restreint). Ces mêmes commissaires enquêteurs toujours hantés par les insurrections permanentes des Algériens avaient distribué à toute une population d'un certain Douar des patronymes distincts commençant tous par la lettre A et la lettre B pour le douar voisin et le C pour le troisième ainsi de suite... Sans doute la même méthode employée en groupes taxinomiques dans une expérience en laboratoire de sciences naturelles pour distinguer facilement les « individus » et non les « personnes ». D'ailleurs les noms authentiques continuèrent à exister puisqu'ils restèrent inscrits au verso de la carte d'identité (Nekwa), en caractères arabes. Ce qui explique que beaucoup d'Algériens ont conservé jusqu'a nos jours le souvenir de leur véritable dénomination familiale, mais aussi presque toujours de leurs filiations, qui constituent les éléments de notre identité personnelle, notre « état civil » national. Ces déportés Algériens ont donc raté la transcription officielle de l'état civil promulgué en ce même mois de mars onze années après, appliquée officiellement, durant douze ans, de 1882 à 1894.S'ils étaient revenus dans leurs pays natal après une vingtaine d'années ils auraient été devenus des « sans papiers » dans leurs propre pays !
  • 17. Nekwa et Résistance nationale. Il est vrai que pour les Algériens des douars cette mesure était douteuse, d'abord pour eux ; cette pondération était comme une violation des secrets de famille, mais aussi une tentative d'enlèvement d'enfants musulmans dont on prenait les noms pour les déporter plus tard en Nouvelle Calédonie ou Cayenne. Les rumeurs propagées dans les Douras constitués par les Meddahs et autres Berrahs, avaient rendu l'administration coloniale impuissante et donnèrent lieu à de telles résistances qu'on n'insista pas. Plusieurs journaux en effet signalèrent en 1885 et 1886 que les Indigènes cachèrent avec soin leurs enfants males 6. Devant la commission sénatoriale, 1'ex-administrateur Sabatier indiqua que, selon lui, « la constitution de 1'état-civil (était) et (devait) être une oeuvre de dénationalisation, 1'intérêt de celle-ci étant de « préparer la fusion ». Son idée était de franciser plus résolument encore les patronymes indigènes pour favoriser les mariages mixtes exactement ce qui c'est passé pour les déportés algériens en Nouvelle Calédonie tous mariés avec des Kanaks ou des colons blancs (Au fait y avait-il parmi les déportés algériens des Algériennes ?). Jusqu'en 1936, la loi dans ce pays interdisait l'attribution de prénoms algériens aux enfants. Après cette année, les garçons ont retrouvé le prénom algérien que leurs avait donné leurs pères (François, Louis, Jean-pierre, Henri, Joseph sont devenus Missoum, Ahmed, Taieb, Miloud, Youcef... selon Malica Ouennoughi. En effet, malgré la loi coloniale, les enfants ont grandi avec deux prénoms (un pour l'état civil et un pour la famille ). L'affirmation identitaire se manifesta de façon très nette chez les Calédoniens d'origine algérienne à travers la persistance dans le choix pour les enfants de prénoms arabo-musulmans, pourtant très stigmatisés selon Melica OUENNOUGHI. De toute évidence, l'attachement des « Algériens » à leur(s) nom(s) et prénom(s) traduit une volonté de démarquage. C'est donc une résistance en situation de défense. L'attachement devient un symbole de fidélité à ceux qui sont restés au « pays » et, résister ainsi à la tentation de l'oubli des « siens ». Mais là une autre Histoire. CONCLUSION Je voudrais, pour conclure, insister sur l'écriture d'Histoire en Algérie qui est une force de proposition d'avenir devrait permettre, dans tous les domaines, l'émergence de solutions nationales globales et favoriser pour le mieux une meilleure utilisation des données qui bénéficiera nécessairement du soutien des travaux de laboratoires de recherche des Universités algériennes. *Maître de Conférence - Université Djillali Liabes-SBA Notes et Référence : 1-OUENNOUGHI (Melica): Les Déportés maghrébins en Nouvelle-Calédonie et la Culture du Palmier Dattier, (1864 à nos jours), éd-l'harmattan, janvier 2006, (374 pages). 2- Merle (Isabelle) : « La Nouvelle-Calédonie, 1853-1920. Naissance d'une société coloniale », In Revue les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 11 | 1993. Référence électronique [En ligne], mis en ligne le 05 mars 2009. Adresse URL : http://ccrh.revues.org/index2762.html. Consulté le 06 mars 2009. 3 -OUENNOUGHI (M)in revue Insaniyat -CRASC (Oran-).N° 32-33 du 04/09/2007. 4- Ageron(Ch-R.), Les Algériens Musulmans et la France, 1871-1919, PUF, 1968 ; P. Bourdieu et A. Sayad, Le déracinement, à‰ditions de Minuit, 1964. 5 -Lamri (Sophia): « Un état civil tronqué », In El-WATAN , 1er décembre 2004. 6- C.A.O.M-Aix en Provence, Série F 80 /1817-Etablissement des registres matrices par les commissaires spéciaux. Les déportés oubliés de l'état civil - Par: Karim Ouldennebia* Copyright © 2007 Le Quotidien d'Oran- Tous droits réservés