N°272 - 24 octobre 2011
A quoi tient l’actuelle
mode Juppé ?
A quoi tient l’actuelle
mode Juppé ?
«Personne n’est imprévi-
sible» : dit la sagesse po-
pulaire et pourtant les ci-
toyens Bordelais comme
leur Premier Magistrat
sortant ont fait mentir cet
adage.
Et peut-être demain en
sera-t-il de même pour
les Français quand les
sondages donnent actuel-
lement une victoire de la
gauche aussi «évidente»
en mai 2012 ?
Les citoyens Bordelais
l’ont fait mentir à deux
reprises.
En juin 2007, ils condui-
sent Alain Juppé à la dé-
faite en pleine vague
pro-UMP.
En mars 2008, ils mènent
Alain Juppé à la victoire
contre une vague anti-
UMP.
Comment expliquer ces
«originalités» quand l’opi-
nion paraît pourtant aussi
prévisible avec des outils
de «dépistage» sans ces-
se améliorés ?
La victoire de Juppé
en mars 2008 rap-
pelle 5 fondamen-
taux de toute cam-
pagne
efficace de
communication
politique
Il ne faut pas confondre la
marque et son packaging.
La marque (Alain Juppé)
c’est la valeur ajoutée
spécifique. Le packaging
(UMP), c’est le superficiel
partagé et éphémère. En
mars 2008, seules les
vraies marques ont été
capables de résister à
l’handicap du packaging
pour les candidats UMP.
La clef de toute campa-
gne victorieuse est de dé-
finir un message très
clair. En mars 2008, Alain
Juppé l’a fait. Qu’y a-t-il
de plus simple que le
message « rien que Bor-
deaux mais tout pour
Bordeaux».
En choisissant ce messa-
ge, Alain Juppé s’est
échappé de l’embouteilla-
ge des offres. Il a consoli-
dé sa «marque» puisque
le propre d’une marque
c’est d’être capable de
faire vivre une différence.
Alain Juppé a rappelé
aussi que la seule straté-
gie dans une campagne
c’est de faire préférer un
nom à un autre. Rousset,
son concurrent PS, est
devenu «pire». Sur pla-
ce, la victoire s’est rapi-
dement dessinée dès
l’instant que le Président
de la Région Aquitaine
était défini comme
«l’autre Alain». Par cette
seule remarque, il était
devenu le second donc le
perdant.
Alain Juppé a bâti une
campagne reposant sur le
constat que chaque can-
didat avait son bilan. Il
est sorti de la logique où
le bilan serait le seul fait
du sortant tandis que le
2
A quoi tient l’actuelle mode Juppé ?
3
Bordeaux : la probable
plus belle ville de
France
Bordeaux est une Capitale
en région.
Elle a tous les atouts d’une
Capitale mais elle a la qua-
lité de vie des provinces
françaises.
Toute son originalité sous
Alain Juppé a résidé dans
cette conciliation entre
deux tendances souvent
opposées.
challenger n’aurait pas à
rendre compte de son
propre bilan. C’est proba-
blement la seconde inno-
vation majeure de la
campagne d’Alain Juppé.
Rousset est passé au
moins à parts égales pour
rendre compte de son bi-
lan pour Bordeaux à par-
tir des actions conduites
depuis la Présidence de
Région. Cette méthode a
rapidement placé l’inté-
ressé en position très dé-
fensive et peu crédible
pour incarner «un meil-
leur avenir».
Cet exemple Bordelais a
est intervenu dans un
contexte national marqué
par une forte volonté se
sanctionner le Président
Sarkozy.
Face à ce climat, il n’y
avait alors que deux ar-
guments à faire valoir.
D’une part, choisir sa pro-
pre voie sur le thème du
«lui c’est lui et moi c’est
moi». Pour cela, il fallait
avoir un positionnement
très référent et spécifique
pour exister non pas par
comparaison ou par asso-
ciation mais par sa propre
identité.
D’autre part, construire
une campagne très locali-
sée suscitant le rejet à
partir du challenger local
sur le thème «le challen-
ger ne peut pas faire
mieux donc pourquoi
changer ?».
Alain Juppé a occupé la
place de l’expérience, de
la confiance rassurante. Il
ne laissait à son opposant
qu’un seul créneau, celui
du tambour major. Les
jeux du menton, les su-
renchères, autant d’atti-
tudes éloignées des habi-
tudes culturelles des Bor-
delais ont dissocié Alain
Rousset du bon profil de
Premier Magistrat.
Par ce dispositif, Alain
Juppé a réduit à néant un
postulat selon lequel
«tout découlerait désor-
mais de l’Elysée».
Si la présidentialisation
du régime rime avec per-
sonnalisation, cette der-
nière peut aussi être le
meilleur moyen pour faire
vivre une vraie différence
et conserver un style qui
préserve encore de la
présidentialisation totale.
L’exemple de
Bordeaux
Dès la partielle d’octobre
2006, cette logique avait
été mise en marche.
La campagne déployée
pour la reconquête s’a-
dresse d’abord aux Bor-
delais mais, compte tenu
de la personnalité d’Alain
Juppé, elle s’inscrit dans
le paysage de la France
entière.
Dès cette partielle, Alain
Juppé initie une nouvelle
communication.
Tout d’abord, en ce qui
A quoi tient l’actuelle mode Juppé ?
4
concerne le style de la
communication, la cam-
pagne d’Alain Juppé repo-
se sur un style marqué
par la simplicité, la clarté
et la proximité.
Le message de fond s’ar-
ticule autour d‘une idée :
l’efficacité. L’idée majeure
consiste à créer les condi-
tions de reconduction de
confiance au profit d’une
équipe municipale qui a
fait ses preuves.
Les actions visent à éviter
deux écueils :
- ne pas tomber dans le-
triomphalisme,
- ne pas développer un
axe trop personnel.
Ensuite, en ce qui concer-
ne la création graphique,
c’est un logo simple com-
prenant d’ailleurs un clin
d’œil à la Province de
Québec où chaque plaque
de véhicule porte un
«j’aime Québec».
Enfin, s’agissant de la
place des différents mé-
dias, c’est une campagne
traditionnelle avec les
supports les plus classi-
ques et la mise en service
d’un site Internet qui de-
vient un outil de vue
d’ensemble de la campa-
gne (agenda, communi-
qués, dossiers…).
Bref, c’est une campagne
humble pour passer un
message simple : ne pas
casser le développement
municipal engagé sous
Alain Juppé.
Par rapport à l’importance
de ce retour d’Alain Juppé
dans la vie politique, ce
qui est un acte de pre-
mière importance, cette
campagne s’est définie
d’abord par ce qu’elle re-
fusait d’être :
- elle ne crée pas d’évè-
nement,
- elle n’accélère pas des
initiatives majeures y
compris par exemple par
des actions conduites par
le site Internet,
- elle ne réunit rien qui
puisse «faire vibrer» les
Bordelais et encore moins
à l’extérieur de Bordeaux.
C’est la proximité de ter-
rain qui communique.
Cette logique de campa-
gne était-elle purement
ponctuelle ou annonçait-
t-elle une approche diffé-
rente démultipliable lors
d’autres élections ?
Par le profil même d’Alain
Juppé et les circonstances
très spécifiques de cette
élection, il est certain
qu’elle était dotée d’un
particularisme indiscuta-
ble.
Mais bien au-delà de ce
particularisme, cette cam-
pagne de Bordeaux por-
tait déjà des enseigne-
ments pour les prochai-
nes élections locales.
C’est désormais le terrain
qui doit communiquer.
La campagne électorale
Bordeaux :
la «Vancouver de
France»
La Ville de Bordeaux est en
train de s'installer comme la
métropole française la plus
performante dans le
contexte international sur le
plan de la comparaison des
grandes villes d'avenir.
Alain Juppé multiplie en
effet les initiatives qui feront
référence sur le plan
national. Bordeaux devient
la "Vancouver de France",
c'est à dire la Ville qui
parvient le mieux à allier
développement et qualité de
vie.
Sous les mandats d'Alain
J u p p é , B o r d e a u x a
modernisé l'ensemble de
ses équipements, revitalisé
son centre ville et surtout
mis en place une intégration
p e r m a n e n t e d e
l’evironnement dans chaque
décision urbanistique.
Au moment où la réforme
territoriale pousse en faveur
de la naissance de grandes
capitales régionales, c'est
l'ensemble de la région Sud
Ouest qui peut désormais
compter sur l'atout d'une
Ville internationale qui
booste toutes ses références
é c o n o m i q u e s c o m m e
culturelles.
Bordeaux est devenue une
référence internationale de
ville ayant su concilier
développement et qualité de
vie. C’est une situation rare
parmi les villes françaises.
A quoi tient l’actuelle mode Juppé ?
5
est davantage une cam-
pagne d’information voire
même de relations publi-
ques qu’une campagne de
publicité.
La campagne d’informa-
tion vise à rendre compte
dans le détail des actions
conduites ou à conduire.
C’est la référence explica-
tive permanente sur le
quotidien de proximité.
La campagne de relations
publiques, c’est la ren-
contre organisée avec des
auditoires segmentés per-
mettant l’échange sur des
thèmes précis.
Cette logique marque une
inversion totale des ap-
proches classiques hier
dominées par la publicité
et complétées par l’infor-
mation et les relations
publiques.
Sous cet angle la campa-
gne de Bordeaux en octo-
bre 2006 pouvait techni-
quement intéresser bien
au-delà de Bordeaux.
Elle montrait que les
campagnes deviennent, à
l'exemple de ce qui est
vécu de longue date aux
Etats-Unis, une séquence
de temps dont l’essentiel
consiste à identifier la
question à laquelle les
électeurs entendront ré-
pondre le jour du vote.
Ce sont des campagnes à
enjeu. Donc des démar-
ches très simplificatrices
avec un électorat qui hé-
site le plus longtemps
possible avant de se fixer.
Enfin, et plus particulière-
ment en mars 2008,
l’exemple de Bordeaux a
montré que si rejet il y a
d’une certaine communi-
cation présidentielle, il ne
s’agit pas d’une «rupture
idéologique» conduisant à
l'émergence d'une nou-
velle mode de la gauche.
La gauche ne perce pas
dès qu’elle incarne des
repères dogmatiques in-
transigeants et déconnec-
tés de la réalité implaca-
ble.
Elle se met alors d’elle-
même en «hors jeu politi-
que».
Là aussi, le grand succès
d’Alain Juppé a été de
placer son concurrent so-
cialiste dans cette impas-
se du leader dogmatique.
A quoi tient l’actuelle mode Juppé ?
6
Sur tous ces marqueurs,
les campagnes de Bor-
deaux ont souvent préfi-
guré l’enjeu de mai 2012.
Comment faire prévaloir
la raison de l’efficacité sur
l’humeur ponctuelle des
sanctions de styles ?
Le nouveau
leadership
La présidentielle 2012 va
intervenir dans un
contexte très particulier.
La crise a accéléré la chu-
te des idoles. Tout est re-
mis en question. La socié-
té abat ses piliers. Elle
s’estime trompée. C’est la
méfiance généralisée.
Dans ce contexte, il y a
place pour deux profils :
- être à l’opposé d’une
idole en s’affichant un
candidat ordinaire : c’est
le positionnement de
François Hollande,
- être une idole déjà tom-
bée mais qui a su prouver
sa faculté de rebond et
surtout sa capacité à
avoir gagné les enseigne-
ments des épreuves.
C’est le positionnement
d’Alain Juppé. Il incarne
l’amélioration toujours
possible.
Il incarne le parcours de
celui qui sait que la vie
n’obéit pas à un scenario
classique. Il a pris sa vie
en main.
Il a connu et subi des
séismes mais il a pu
considéré que même cha-
que malheur a du bon. La
preuve, à la suite d’un ca-
taclysme d’une condam-
nation judiciaire, il a
construit le parcours d’un
survivant qui a su saisir
ses nouvelles chances.
Sous cet angle, Alain Jup-
pé a déjà vécu ce qui
guette le plus grand nom-
bre voire même notre so-
ciété dans son ensemble.
A quoi tient l’actuelle mode Juppé ?
7
partir.
Les échecs peuvent être
de deux sortes : celui qui
rêve sans agir ou celui qui
agit sans rêver.
Très engagé dans la gou-
vernance publique, il a
peut être longtemps agi
sans rêver. Aujourd’hui
l’opinion a le sentiment
qu’il est capable de conci-
lier ce rêve et l’action.
C’est sa force qui corres-
pond tant aux impératifs
du moment, d’où la mode
Juppé.
Il est donc armé pour les
temps très difficiles.
Alain Juppé porte un mes-
sage clair : la nouvelle
vie.
Peut-on restructurer sa
vie lorsqu’elle devient vic-
time de circonstances
hors de contrôle ? A cette
question incontournable
en période de faillites gé-
néralisées, Alain Juppé
apporte une réponse posi-
tive.
C’est possible. Mais à la
condition de tirer parti
des nouvelles forces.
Sous cet angle, Alain Jup-
pé s’est échappé de la
classe politique ordinaire.
Il fait désormais son che-
min sans allégeance ni
individuelle en n’évitant
jamais les différences si-
gnificatives qui peuvent
exister entre lui et Nicolas
Sarkozy ni dogmatique en
affichant un pragmatisme
détaché de celui qui est
revenu de si loin.
Pour lui, la vie devait être
facile par l’ampleur de ses
aptitudes comme par sa
«filiation» avec un Chef
d’Etat sortant. Mais sur ce
chemin pour se hisser au
sommet, il a dû connaître
l’abîme. Et il a alors dé-
montré tout le courage
requis pour s’attaquer à
une autre montagne : re-
Editeur :
Newday
www.exprimeo.fr
A quoi tient l’actuelle mode Juppé ?
8
François Hollande ou le présidentiable nouveau
9
Même si son cursus person-
nel est d’un grand classicis-
me (ENA, cabinets ministé-
riels, cumul des mandats
…), François Hollande tran-
che dans la liste des prési-
dentiables français habi-
tuels.
Comment expliquer cette
désignation à l’issue de pri-
maires qui ont marqué un
véritable engouement po-
pulaire ?
L’actuelle dynamique peut-
elle durer jusqu’en mai
2012 ?

Lettre 272

  • 1.
    N°272 - 24octobre 2011 A quoi tient l’actuelle mode Juppé ?
  • 2.
    A quoi tientl’actuelle mode Juppé ? «Personne n’est imprévi- sible» : dit la sagesse po- pulaire et pourtant les ci- toyens Bordelais comme leur Premier Magistrat sortant ont fait mentir cet adage. Et peut-être demain en sera-t-il de même pour les Français quand les sondages donnent actuel- lement une victoire de la gauche aussi «évidente» en mai 2012 ? Les citoyens Bordelais l’ont fait mentir à deux reprises. En juin 2007, ils condui- sent Alain Juppé à la dé- faite en pleine vague pro-UMP. En mars 2008, ils mènent Alain Juppé à la victoire contre une vague anti- UMP. Comment expliquer ces «originalités» quand l’opi- nion paraît pourtant aussi prévisible avec des outils de «dépistage» sans ces- se améliorés ? La victoire de Juppé en mars 2008 rap- pelle 5 fondamen- taux de toute cam- pagne efficace de communication politique Il ne faut pas confondre la marque et son packaging. La marque (Alain Juppé) c’est la valeur ajoutée spécifique. Le packaging (UMP), c’est le superficiel partagé et éphémère. En mars 2008, seules les vraies marques ont été capables de résister à l’handicap du packaging pour les candidats UMP. La clef de toute campa- gne victorieuse est de dé- finir un message très clair. En mars 2008, Alain Juppé l’a fait. Qu’y a-t-il de plus simple que le message « rien que Bor- deaux mais tout pour Bordeaux». En choisissant ce messa- ge, Alain Juppé s’est échappé de l’embouteilla- ge des offres. Il a consoli- dé sa «marque» puisque le propre d’une marque c’est d’être capable de faire vivre une différence. Alain Juppé a rappelé aussi que la seule straté- gie dans une campagne c’est de faire préférer un nom à un autre. Rousset, son concurrent PS, est devenu «pire». Sur pla- ce, la victoire s’est rapi- dement dessinée dès l’instant que le Président de la Région Aquitaine était défini comme «l’autre Alain». Par cette seule remarque, il était devenu le second donc le perdant. Alain Juppé a bâti une campagne reposant sur le constat que chaque can- didat avait son bilan. Il est sorti de la logique où le bilan serait le seul fait du sortant tandis que le 2
  • 3.
    A quoi tientl’actuelle mode Juppé ? 3 Bordeaux : la probable plus belle ville de France Bordeaux est une Capitale en région. Elle a tous les atouts d’une Capitale mais elle a la qua- lité de vie des provinces françaises. Toute son originalité sous Alain Juppé a résidé dans cette conciliation entre deux tendances souvent opposées.
  • 4.
    challenger n’aurait pasà rendre compte de son propre bilan. C’est proba- blement la seconde inno- vation majeure de la campagne d’Alain Juppé. Rousset est passé au moins à parts égales pour rendre compte de son bi- lan pour Bordeaux à par- tir des actions conduites depuis la Présidence de Région. Cette méthode a rapidement placé l’inté- ressé en position très dé- fensive et peu crédible pour incarner «un meil- leur avenir». Cet exemple Bordelais a est intervenu dans un contexte national marqué par une forte volonté se sanctionner le Président Sarkozy. Face à ce climat, il n’y avait alors que deux ar- guments à faire valoir. D’une part, choisir sa pro- pre voie sur le thème du «lui c’est lui et moi c’est moi». Pour cela, il fallait avoir un positionnement très référent et spécifique pour exister non pas par comparaison ou par asso- ciation mais par sa propre identité. D’autre part, construire une campagne très locali- sée suscitant le rejet à partir du challenger local sur le thème «le challen- ger ne peut pas faire mieux donc pourquoi changer ?». Alain Juppé a occupé la place de l’expérience, de la confiance rassurante. Il ne laissait à son opposant qu’un seul créneau, celui du tambour major. Les jeux du menton, les su- renchères, autant d’atti- tudes éloignées des habi- tudes culturelles des Bor- delais ont dissocié Alain Rousset du bon profil de Premier Magistrat. Par ce dispositif, Alain Juppé a réduit à néant un postulat selon lequel «tout découlerait désor- mais de l’Elysée». Si la présidentialisation du régime rime avec per- sonnalisation, cette der- nière peut aussi être le meilleur moyen pour faire vivre une vraie différence et conserver un style qui préserve encore de la présidentialisation totale. L’exemple de Bordeaux Dès la partielle d’octobre 2006, cette logique avait été mise en marche. La campagne déployée pour la reconquête s’a- dresse d’abord aux Bor- delais mais, compte tenu de la personnalité d’Alain Juppé, elle s’inscrit dans le paysage de la France entière. Dès cette partielle, Alain Juppé initie une nouvelle communication. Tout d’abord, en ce qui A quoi tient l’actuelle mode Juppé ? 4
  • 5.
    concerne le stylede la communication, la cam- pagne d’Alain Juppé repo- se sur un style marqué par la simplicité, la clarté et la proximité. Le message de fond s’ar- ticule autour d‘une idée : l’efficacité. L’idée majeure consiste à créer les condi- tions de reconduction de confiance au profit d’une équipe municipale qui a fait ses preuves. Les actions visent à éviter deux écueils : - ne pas tomber dans le- triomphalisme, - ne pas développer un axe trop personnel. Ensuite, en ce qui concer- ne la création graphique, c’est un logo simple com- prenant d’ailleurs un clin d’œil à la Province de Québec où chaque plaque de véhicule porte un «j’aime Québec». Enfin, s’agissant de la place des différents mé- dias, c’est une campagne traditionnelle avec les supports les plus classi- ques et la mise en service d’un site Internet qui de- vient un outil de vue d’ensemble de la campa- gne (agenda, communi- qués, dossiers…). Bref, c’est une campagne humble pour passer un message simple : ne pas casser le développement municipal engagé sous Alain Juppé. Par rapport à l’importance de ce retour d’Alain Juppé dans la vie politique, ce qui est un acte de pre- mière importance, cette campagne s’est définie d’abord par ce qu’elle re- fusait d’être : - elle ne crée pas d’évè- nement, - elle n’accélère pas des initiatives majeures y compris par exemple par des actions conduites par le site Internet, - elle ne réunit rien qui puisse «faire vibrer» les Bordelais et encore moins à l’extérieur de Bordeaux. C’est la proximité de ter- rain qui communique. Cette logique de campa- gne était-elle purement ponctuelle ou annonçait- t-elle une approche diffé- rente démultipliable lors d’autres élections ? Par le profil même d’Alain Juppé et les circonstances très spécifiques de cette élection, il est certain qu’elle était dotée d’un particularisme indiscuta- ble. Mais bien au-delà de ce particularisme, cette cam- pagne de Bordeaux por- tait déjà des enseigne- ments pour les prochai- nes élections locales. C’est désormais le terrain qui doit communiquer. La campagne électorale Bordeaux : la «Vancouver de France» La Ville de Bordeaux est en train de s'installer comme la métropole française la plus performante dans le contexte international sur le plan de la comparaison des grandes villes d'avenir. Alain Juppé multiplie en effet les initiatives qui feront référence sur le plan national. Bordeaux devient la "Vancouver de France", c'est à dire la Ville qui parvient le mieux à allier développement et qualité de vie. Sous les mandats d'Alain J u p p é , B o r d e a u x a modernisé l'ensemble de ses équipements, revitalisé son centre ville et surtout mis en place une intégration p e r m a n e n t e d e l’evironnement dans chaque décision urbanistique. Au moment où la réforme territoriale pousse en faveur de la naissance de grandes capitales régionales, c'est l'ensemble de la région Sud Ouest qui peut désormais compter sur l'atout d'une Ville internationale qui booste toutes ses références é c o n o m i q u e s c o m m e culturelles. Bordeaux est devenue une référence internationale de ville ayant su concilier développement et qualité de vie. C’est une situation rare parmi les villes françaises. A quoi tient l’actuelle mode Juppé ? 5
  • 6.
    est davantage unecam- pagne d’information voire même de relations publi- ques qu’une campagne de publicité. La campagne d’informa- tion vise à rendre compte dans le détail des actions conduites ou à conduire. C’est la référence explica- tive permanente sur le quotidien de proximité. La campagne de relations publiques, c’est la ren- contre organisée avec des auditoires segmentés per- mettant l’échange sur des thèmes précis. Cette logique marque une inversion totale des ap- proches classiques hier dominées par la publicité et complétées par l’infor- mation et les relations publiques. Sous cet angle la campa- gne de Bordeaux en octo- bre 2006 pouvait techni- quement intéresser bien au-delà de Bordeaux. Elle montrait que les campagnes deviennent, à l'exemple de ce qui est vécu de longue date aux Etats-Unis, une séquence de temps dont l’essentiel consiste à identifier la question à laquelle les électeurs entendront ré- pondre le jour du vote. Ce sont des campagnes à enjeu. Donc des démar- ches très simplificatrices avec un électorat qui hé- site le plus longtemps possible avant de se fixer. Enfin, et plus particulière- ment en mars 2008, l’exemple de Bordeaux a montré que si rejet il y a d’une certaine communi- cation présidentielle, il ne s’agit pas d’une «rupture idéologique» conduisant à l'émergence d'une nou- velle mode de la gauche. La gauche ne perce pas dès qu’elle incarne des repères dogmatiques in- transigeants et déconnec- tés de la réalité implaca- ble. Elle se met alors d’elle- même en «hors jeu politi- que». Là aussi, le grand succès d’Alain Juppé a été de placer son concurrent so- cialiste dans cette impas- se du leader dogmatique. A quoi tient l’actuelle mode Juppé ? 6
  • 7.
    Sur tous cesmarqueurs, les campagnes de Bor- deaux ont souvent préfi- guré l’enjeu de mai 2012. Comment faire prévaloir la raison de l’efficacité sur l’humeur ponctuelle des sanctions de styles ? Le nouveau leadership La présidentielle 2012 va intervenir dans un contexte très particulier. La crise a accéléré la chu- te des idoles. Tout est re- mis en question. La socié- té abat ses piliers. Elle s’estime trompée. C’est la méfiance généralisée. Dans ce contexte, il y a place pour deux profils : - être à l’opposé d’une idole en s’affichant un candidat ordinaire : c’est le positionnement de François Hollande, - être une idole déjà tom- bée mais qui a su prouver sa faculté de rebond et surtout sa capacité à avoir gagné les enseigne- ments des épreuves. C’est le positionnement d’Alain Juppé. Il incarne l’amélioration toujours possible. Il incarne le parcours de celui qui sait que la vie n’obéit pas à un scenario classique. Il a pris sa vie en main. Il a connu et subi des séismes mais il a pu considéré que même cha- que malheur a du bon. La preuve, à la suite d’un ca- taclysme d’une condam- nation judiciaire, il a construit le parcours d’un survivant qui a su saisir ses nouvelles chances. Sous cet angle, Alain Jup- pé a déjà vécu ce qui guette le plus grand nom- bre voire même notre so- ciété dans son ensemble. A quoi tient l’actuelle mode Juppé ? 7
  • 8.
    partir. Les échecs peuventêtre de deux sortes : celui qui rêve sans agir ou celui qui agit sans rêver. Très engagé dans la gou- vernance publique, il a peut être longtemps agi sans rêver. Aujourd’hui l’opinion a le sentiment qu’il est capable de conci- lier ce rêve et l’action. C’est sa force qui corres- pond tant aux impératifs du moment, d’où la mode Juppé. Il est donc armé pour les temps très difficiles. Alain Juppé porte un mes- sage clair : la nouvelle vie. Peut-on restructurer sa vie lorsqu’elle devient vic- time de circonstances hors de contrôle ? A cette question incontournable en période de faillites gé- néralisées, Alain Juppé apporte une réponse posi- tive. C’est possible. Mais à la condition de tirer parti des nouvelles forces. Sous cet angle, Alain Jup- pé s’est échappé de la classe politique ordinaire. Il fait désormais son che- min sans allégeance ni individuelle en n’évitant jamais les différences si- gnificatives qui peuvent exister entre lui et Nicolas Sarkozy ni dogmatique en affichant un pragmatisme détaché de celui qui est revenu de si loin. Pour lui, la vie devait être facile par l’ampleur de ses aptitudes comme par sa «filiation» avec un Chef d’Etat sortant. Mais sur ce chemin pour se hisser au sommet, il a dû connaître l’abîme. Et il a alors dé- montré tout le courage requis pour s’attaquer à une autre montagne : re- Editeur : Newday www.exprimeo.fr A quoi tient l’actuelle mode Juppé ? 8
  • 9.
    François Hollande oule présidentiable nouveau 9 Même si son cursus person- nel est d’un grand classicis- me (ENA, cabinets ministé- riels, cumul des mandats …), François Hollande tran- che dans la liste des prési- dentiables français habi- tuels. Comment expliquer cette désignation à l’issue de pri- maires qui ont marqué un véritable engouement po- pulaire ? L’actuelle dynamique peut- elle durer jusqu’en mai 2012 ?