Trombinoscopes "Chercheurs d’humanité"
Penseurs et acteurs
d’un changement sociétal
3 - de 1885 à 1899
É. G. 21.08.2023
Georges Mandel
de son vrai nom Louis Georges Rothschild (1885-1944), homme
politique et Résistant français. Originaire d’une famille juive alsacienne,
s’engage en faveur d’Alfred Dreyfus, est journaliste à L’Aurore. Chef de
cabinet du Premier ministre Georges Clémenceau en 1917. Député,
président du Conseil général de la Gironde, maire de Soulac, ministre
de droite très innovant des ‘Postes, Télégraphes et Téléphones’ entre
1934 et 1936.
Dès les années 1930, avertit des dangers de l’Allemagne nazie.
Ministre des Colonies, puis de l’Intérieur. Après l’arrivée au pouvoir du
maréchal Philippe Pétain, a une influence directe dans le choix du
nouveau sous-secrétaire d'État à la Guerre, le général Charles de
Gaulle, pour représenter la France à Londres, conformément au vœu de
Churchill. Arrêté en juin 1940 sur ordre de Pétain (manipulé Raphaël
Alibert) qui lui présente ses excuses. Opposé à l’armistice, arrêté au
Maroc, emprisonné au fort du Portalet, dans les Pyrénées, puis à
Buchenwald avec Léon Blum, puis à la prison de la Santé à Paris.
Abattu en juillet 1977 par la Milice en forêt de Fontainebleau.
« Mourir n’est rien. Ce qui est triste c’est de mourir avant d’avoir vu
la libération de son pays et la restauration de la République. »
François Mauriac
(1885-1970), écrivain français. Lors de la mort de sa grand-mère
en 1902, constate la profonde hypocrisie de sa famille religieuse et
bourgeoise qui se partage déjà l'héritage à côté de l'agonisante.
Carrière littéraire interrompue par la Première Guerre mondiale,
durant laquelle il s'engage un temps, bien que réformé et de santé
précaire, dans un hôpital de la Croix-Rouge à Salonique. Engagements
politiques guidés par un idéal chrétien socialisant (suit un temps ‘Le
Sillon’ de Marc Sangnier et s'oppose à ‘l'Action française’), mais avant
tout occupé par la composition d'une œuvre romanesque où il se révèle
un analyste des passions de l'âme et un pourfendeur de la bourgeoisie
provinciale. Élu à l'Académie française en 1933. Critique le régime de
Vichy, s’oppose aux excès de l’épuration. Prix Nobel de littérature en
1952. Soutient Mendès-France, puis de Gaulle.
Prend position en faveur de l'indépendance du Maroc et de la
Tunisie, puis de l'Algérie, et condamne l'usage de la torture par l'armée
française (écrit L'Imitation des bourreaux de Jésus-Christ, jeûne avec
Lanza del Vasto, l’abbé Pierre et Louis Massignon). Préside le ‘Comité
de soutien aux chrétiens d'URSS’.
Célestin Freinet
(1886-1966), instituteur Français, se lance dans le mouvement de
l'Éducation nouvelle. Certaines lectures l'aident à concevoir une pratique
pédagogique qu'il appellera moderne” : s'inspire notamment du philosophe
‟
américain John Dewey
Promoteur des méthodes actives d’enseignement : plan de travail,
production de textes libres, imprimerie, individualisation du travail, enquêtes et
exposés, ateliers de création et d’expression, éducation corporelle,
correspondance interscolaire, coopérative scolaire, tâtonnement expérimental.
Militant engagé, politiquement et syndicalement, en une époque marquée
par de forts conflits idéologiques, conçoit l’éducation comme un moyen de
progrès et d’émancipation politique et civique.
Accueille dans son école à Vence les élèves juifs allemands qui fuient la
nazisme et les enfants de Juifs espagnols fuyant le franquisme.
« On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l’école. Un
régime autoritaire à l’école ne saurait être formateur de citoyens et de
démocrates. »
Robert Schuman
(1886-1963), homme politique français, né de père lorrain et de mère
luxembourgeoise. Études supérieures en Allemagne et à Strasbourg,
avocat à Metz. Député de la Moselle en 1918, Secrétaire d’État pour le
réfugiés en 1940. Arrêté par la Gestapo, mis en résidence surveillée,
évadé, entre dans la clandestinité. Président du Conseil (1947) puis
Ministre des Affaires étrangères (1948-1952).
Initiateur de la réconciliation franco-allemande, grand
négociateur de tous les Traités majeurs à la fin de la dernière Guerre
mondiale (Conseil de l'Europe, Traité de l'Atlantique Nord, Communauté
européenne du charbon et de l'acier (CECA).
De 1958 à 1960, 1er
Président du Parlement européen qui lui décerne,
à la fin de son mandat, le titre de " Père de l'Europe ".
« L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction
d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une
solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que
l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée. L'action
entreprise doit toucher au premier chef la France et l'Allemagne.»
Robert Schuman
« Cet ensemble ne pourra et ne devra pas rester une entreprise
économique. Il lui faut une âme, la conscience de ses affinités
historiques et de ses responsabilités présentes et futures, une volonté
politique au service d'un même idéal humain.»
« Quand je n’ai rien de positif à dire sur quelqu’un, je me tais
pour éviter d’en dire du mal. » R. S.
« Pour atteindre son but, même le plus important, il n'a jamais
employé un moyen vulgaire, exagéré le poids d'un argument, ni élevé la
voix. Mais par-dessus tout, il restera dans la mémoire de ceux qui l'ont
connu comme le type du vrai démocrate, imaginatif et créateur, combatif
dans sa douceur, toujours respectueux de l'homme, fidèle à une
vocation intime qui donnait le sens à la vie. »
André Philip, ancien ministre
Marc Bloch
(1886-1944), historien et Résistant français. Issu d'une famille juive
d'optants*, ‘École normale supérieure’, agrégé d'histoire et géographie, parle
une dizaine de langues. Suit pendant une année les cours des facultés de
Berlin et de Leipzig, pensionnaire à la Fondation Thiers, enseigne au lycée
de Montpellier puis d'Amiens. Sergent puis capitaine pendant la 1ère
Guerre
Mondiale.
Professeur d'histoire du Moyen Âge à la faculté de Strasbourg.
Fondateur en 1929 avec Lucien Febvre des Annales d'histoire économique
et sociale. Après 1936, professeur d’histoire économique à la Sorbonne.
Demande à combattre pendant la 2ème
Guerre Mondiale malgré son âge (53
ans), sa polyarthrite invalidante et ses 6 enfants. Exclu de la fonction
publique à cause de ses origines juives, rétabli dans son poste par Jacques
Chevalier, est professeur à Clermont-Ferrand, puis Montpellier.
S'engage dans la Résistance, dont il devient un des chefs pour la
région lyonnaise au sein de ‘Franc-Tireur’, puis dans les ‘Mouvements unis
de la Résistance’ (MUR). Rédacteur en chef de la revue Les Cahiers
politiques de la France combattante, dont l’objet est de réfléchir aux réformes
constitutionnelles, politiques, économiques et sociales ainsi qu’à
l’organisation administrative au lendemain de la Libération. ../..
* Optants : qui ont quitté l’Alsace-Moselle après l’annexion allemande en 1971 et opté pour la
nationalité française.
Marc Bloch
Arrêté, torturé à la prison de Montluc à Lyon par les hommes de
Klaus Barbie, fusillé le 16 juin 1944 aux côtés de 27 autres résistants
qu'il anime de son courage.
Dans L’étrange défaite (1940), analyse les causes de la défaite et
exprime son écœurement devant l'attitude d'une partie de la bourgeoisie
française, qui a contribué de manière décisive à la défaite et ensuite s‘est
alliée au fascisme en collaborant activement avec l’occupant.
Fustige l’enseignement, dont l’objectif premier, à ses yeux, est de
repérer, favoriser, former « les futurs gardiens de l’orthodoxie » et de
repousser « les têtes folles ». Il en découle fatalement « la crainte de
toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves ; la négation de
toute libre curiosité ; le culte du succès substitué au goût de la connais-
sance.» Affirme impératif et urgent de réformer la formation des élèves et
étudiants, des maîtres, des cadres de la haute administration en déve-
loppant la curiosité intellectuelle et la culture générale.
« Ceux qui veulent à tout prix donner au peuple un maître accepte-
ront bientôt de prendre ce maître à l’étranger. Pas de liberté du peuple
sans souveraineté du peuple, c’est-à-dire sans République. »
« La vertu, si elle ne s’accompagne pas d’une sévère critique de
l’intelligence, risque toujours de se retourner contre ses buts les plus
chers. »
René Cassin
(1887-1976), juriste, diplomate et homme politique français.
Membre du gouvernement de la France libre pendant la
seconde Guerre mondiale, un des auteurs (avec Eleanor Roosevelt) de
la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948.
Président de la Cour européenne des droits de l'homme de
1965 à 1968. Prix Nobel de la paix en 1968. Permet une harmonisation
des législations européennes dans les domaine de l'extradition de
prisonniers. Est à la base de signatures de conventions culturelles pour
la protection des langues régionales, des minorités, des brevets, la
télévision sans frontière (eurovision).Œuvre pour l'abolition de la
torture, de l'esclavage.
« Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de
l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience
de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains
seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère,
a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme. »
« Il n'y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de
l'homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit. »
Vincent Moulia
(1888-1984), soldat français de la Première Guerre mondiale. Deux
fois blessé au combat, décoré de la ‘Croix de guerre’ en 1916 à Verdun,
promu caporal. En 1917, prend part les 4 et 5 mai aux combats pour la
prise de Craonne lors de la bataille du Chemin des Dames : 20 officiers et
824 hommes du 18e
régiment d'infanterie de ligne sont tués. Est proposé
pour une citation.
Après la mutinerie du 27 mai 2017 au sein de son régiment à Villers-
sur-Fère, est condamné à mort pour l'exemple avec 4 autres soldats .
S'évade à l’occasion d’un bombardement. Se réfugie dans les Landes puis
en Espagne. Amnistié en 1933, ne rentre en France qu'en 1936.
En 1979, Alain Decaux raconte son histoire dans son émission télévisée et
demande « Qui rendra sa Croix de guerre au caporal Moulia ? » En 1955, grâce à la
pugnacité des anciens de son régiment, sa carte d'ancien combattant lui sera délivrée,
mais son carnet militaire et ses décorations ne lui seront pas rendus.
Près de 8 millions d'hommes furent mobilisés de 1914 à 1918.
2 400 poilus ont été condamnés à mort et 612 fusillés pour l’exemple, les
autres voyant leur peine commuée en travaux forcés. Ce chiffre de 612
fusillés ne prend pas en compte les exécutions sommaires.
Louis Lecoin
(1888-1971), militant pacifiste libertaire français.
Passe 12 années de sa vie en prison pour ses idées. Incarcéré
à plusieurs reprises pendant la 1ère
guerre mondiale pour délit
d’objection et pendant la 2è pour appel à désertion.
Un des meneurs du comité de soutien à Sacco et Vanzetti,
militants américains exécutés aux États-Unis.
En juin 1962, fait une grève de la faim de 22 jours alors qu’il
a 74 ans, pour demander au Président de Gaulle un statut légal de
l’objection de conscience au service militaire. Ce statut sera
promulgué le 23 décembre 1963, et tous les objecteurs libérés.
Fondateur de l’Union Pacifiste de France.
“S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre, mon idéal avait des
chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car
on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de
cadavres.”
Jean Monnet
(1888-1979), homme politique français, un des pères de l'Europe.
Responsable de la coordination des ressources alliées pendant la
première Guerre mondiale. Un des principaux promoteurs de la ‘Société
des Nations’ en 1919. Fait fortune grâce à la vente de cognac pendant la
prohibition, fonde en 1929 à Chicago la Bancamerica.
Agent d'influence au service de la France, puis des Alliés pendant la
Seconde Guerre mondiale, propose en 1940 le projet d'Union franco-
britannique. Devient un des artisans de la "planification à la française" au
moment du ‘Plan Marshall’. Propose la création d'une armée européenne,
présentée par René Pleven dans le cadre d'un plan de ‘Communauté
européenne de défense’ (CED). Fonde le ‘Comité d'action pour les États-
Unis d'Europe’. Un des principaux fondateurs de la ‘Communauté
économique européenne’ (traité de Rome de 1957) et du ‘Marché
commun européen’ (1968). Promoteur de l'atlantisme et du libre-échange.
« Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et
ils ne voient la nécessité que dans la crise. »
« Il n'y a pas d'idées prématurées, il y a des moments opportuns qu'il
faut savoir attendre. »
« Les institutions peuvent, si elles sont bien construites, accumuler
et transmettre la sagesse des générations successives. »
Lamine Senghor
(1889-1927), militant politique sénégalais. Ancien tirailleur
sénégalais, est envoyé au front pendant la Première Guerre mondiale*.
Il participa à une mutinerie à Fréjus. Devient par la suite facteur à Paris,
embauché comme indicateur par le ténébreux CAI (‘Service de contrôle
et d’assistance aux indigènes’), retourne sa veste et embrasse la cause
militante de ceux qu’il espionnait pour le ministère des Colonies. Milite
au Parti communiste français (PCF). Reçoit l'interdiction de rentrer au
Sénégal, les autorités coloniales craignant qu'il y diffuse les idées
communistes. Candidat du PCF aux élections dans le 18ème
arrondissement de Paris en 1924. Souffrant de tuberculose et de
séquelles du gaz toxique inhalé pendant la guerre, s'installe dans le
Var. Crée en mars 1926 le ‘Comité de Défense de la Race Nègre’.
En février 1927, participe au Congrès constitutif de la ‘Ligue
contre l’impérialisme et l’oppression coloniale’, organisé à Bruxelles par
Willi Munzenberg, l'un des responsables de l’Internationale commu-
niste. Y prononce un discours fort remarqué,
est arrêté quelques jours
après et emprisonné quelques semaines à Draguignan. Sa santé
continue de se dégrader jusqu'à sa mort.
* plus de 130 000 soldats de l’Afrique noire participent aux combats, plus de 30 000 morts.
Charlie Chaplin
Charles Spencer Chaplin, (1889-1977), acteur, réalisateur et
scénariste britannique. Devient une icône du cinéma muet grâce à
son personnage de Charlot. Durant sa carrière de plus de 65 ans,
joue dans plus de 80 films, souvent marqués par les thèmes sociaux
et politiques et très émouvants.
Sa rencontre avec Gandhi à Londres en septembre 1931 (photo)
est un grand moment de rire entre les deux hommes.
Refuse de passer au cinéma sonore et continue de produire des
films muets dans les années 1930 comme Les Lumières de la ville (1931)
et Les Temps modernes (1936).
Ses œuvres deviennent ensuite plus politiques avec notamment Le
Dictateur (1940, photo) dans lequel il se moque d'Adolf Hitler.
Accusé de sympathies communistes pendant la période maccarthyste,
quitte les États-Unis pour la Suisse en 1952.
« Le grand thème de la vie, c'est la lutte et la souffrance. (…) L'humour
renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d'esprit. »
Victor Serge
Viktor Lvovitch Kibaltchiche (1890-1947), né à Bruxelles d'un ancien
officier russe et d'une mère de la noblesse polonaise. Dès 15 ans, ouvrier
typographe, fréquente les milieux libertaires. Côtoie la ‘Bande à Bonnot’, 5
ans de prison en France. Libéré en 1917, prend part à l'insurrection
avortée de Barcelone, puis après de la prison en France, arrive en 1919
en Russie.
Après la mort de Lénine (1924), se rapproche de Léon Trotski dans
l'opposition à la politique de Staline accusé de confisquer la Révolution.
Radié du parti en 1928, arrêté par la Guépéou en 1933 et déporté en
Sibérie. Une campagne internationale de gauche menée en sa faveur
(Trotski, André Gide, André Malraux, Romain Rolland, Henri Barbusse et
le Cercle communiste démocratique) parvient à le faire libérer en 1936.
Banni d'URSS, persécuté jusqu'à sa mort par la police politique
soviétique pour ses idées libertaires, se réfugie en Belgique puis à
Marseille, avant de rejoindre le Mexique où il meurt dans le dénuement.
Un des premiers à dénoncer le totalitarisme stalinien.
Cora Berliner
(1890-1942), fonctionnaire et militante juive allemande. Étudie les
mathématiques, les sciences politiques et le droit à Berlin et à Heidel-berg,
doctorat en 1916. Employée par l'administration de l'arrondisse-ment de
Berlin-Schöneberg, puis Présidente de la ‘Fédération des associations de
jeunesse juive’ à Heidelberg. Conseillère et directrice du Bureau de
l'économie du Reich en 1923. En 1927, conseillère au dépar-tement
d'économie de l'ambassade d'Allemagne à Londres. En 1930, professeure
d’économie à l'Institut de formation professionnelle de Berlin.
Renvoyée de la fonction publique en 1933, travaille pour ‘l’Agence
nationale des Juifs allemands’ (Reichsvertretung der deutschen Juden),
notamment en tant que chef du département de l'émigration. Vice-
présidente de ‘l'Association des femmes juives’ (Jüdischer Frauenbund).
Pionnière du travail social, trouve des moyens, même sous la
dictature national-socialiste, de mettre ses connaissances à disposition en
tant qu'enseignante, par le biais de cours de formation des ensei-gnants et
des travailleurs sociaux.
En juin 1942, déportée à Minsk en Biélorussie, et assassinée dans le
camp d’extermination de Maly Trostinets. Le ‘Mémorial aux Juifs assassinés
d’Europe’ à Berlin (photo du haut) se trouve dans la rue Cora Berliner.
Suzanne de Dietrich
et Madeleine Barot
S. de D. (1891-1981) théologienne et bibliste protestante
d'origine alsacienne, engagée en faveur de l'œcuménisme.
Participe à la fondation en 1939 de la CIMADE, le Comité inter-
mouvements auprès des évacués.
En 1941, participe à la rédaction des thèses de Pomeyrol, qui
prônent une résistance spirituelle à l'égard de l'idéologie nazie.
Participe aux débuts de l'Institut œcuménique de Bossey, fondé par
Willem Visser 't Hooft. Engagée pour le rapprochement des Églises
chrétiennes.
M. B. (1909-1995). Études d’histoire, bibliothécaire française.
Nommée en août 1940 secrétaire générale de la CIMADE, au cours
d’une réunion des responsables des mouvements protestants de
jeunesse.
Occupe ensuite des postes importants à la Fédération
protestante de France, à l'ACAT (Action des chrétiens pour l'abolition
de la torture) et à la Conférence des religions pour la paix.
Antonio Gramsci
(1891-1937), penseur et homme politique italien sarde. Issu d’un
milieu pauvre, élève très brillant et très tôt atteint de tuberculose
osseuse qui le maintient à une petite taille.
Membre cofondateur en 1921 du ‘Parti communiste italien’,
dont il devient Secrétaire général en 1926. Appelle à une vraie
révolution, c’est-à-dire une réforme éthique et morale. Député de
Venise, est emprisonné par le régime mussolinien pendant 10 ans, à
partir de 1927. Meurt quelques jours après sa libération sous condition.
Intellectuel marxiste, développe une théorie de l'hégémonie
culturelle : la force des représentations individuelles et collectives, la
force des idées. La force et le consentement sont les deux piliers d’une
hégémonie. Le pouvoir se gagne par les idées : articles de journal,
pièces de théâtre, chansons, films, etc.
« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à appa-
raître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »
« Je suis pessimiste par l'intelligence, mais optimiste par la
volonté. (…) Je me suis toujours armé d’une patience illimitée, non
passive, inerte, mais animée de persévérance. »
William Moulton Marston
(1893-1947), psychologue, inventeur et écrivain états-unien.
Doctorat en psychologie à l'université Harvard.
Féministe, défenseur des droits des femmes, marqué par ses
deux femmes, Elizabeth Holloway (1893-1993) et Olivia Byrne (1904-
1985), et par le combat des suffragettes. Concepteur d’une théorie du
comportement humain nommé ‘dispositif d’ingénierie socio-cognitive’,
qui montre que les femmes sont plus honnêtes et fiables que la gent
masculine, plus efficaces et concentrées dans le travail.
Dit un jour à son épouse Elizabeth qu’il a envie de créer un
personnage qui ne tirerait pas son pouvoir de son arme ou de sa force
physique, mais de son intelligence et de sa bonté (les critiques taxaient
Superman, créé en 1933 par Jerry Siegel et Joe Shuster, de héros
fasciste). Elle lui suggère de créer un personnage féminin. Crée la
super-héroïne Wonder Woman en 1941 en s’inspirant de la mythologie
gréco-romaine et d’œuvres comme L’Odyssée. Cette héroïne est une
« alternative à toute la violence masculine » présente dans les comic
books (bandes dessinées) de l'époque.
Dès son lancement, la BD rencontre un immense succès et fait
avancer la cause féministe à une époque où la question de la place des
femmes dans société ne se posait même pas.
Leonard et Dorothy Elmhirst
L. E. (1893-1974), philanthrope et agronome anglais. Études
d’histoire et de théologie au Trinity College de Cambridge. En 1914,
jugé inapte au service militaire, se porte volontaire pour servir au
‘YMCA’ en Inde. Est démobilisé en 1919 et entre à l'Université Cornell à
Ithaca (New York), pour étudier l'agriculture.
Rencontre aux États-Unis Rabindranath Tagore, dont il devient le
secrétaire en Inde. En 1922, crée pour Tagore un Institut de reconstruc-
tion rurale dans le village de Surul (Bengale occidental). Son expérience
des problèmes de l'Inde rurale change l'orientation de sa vie.
Cofonde avec son épouse états-unienne Dorothy Payne Whitney
(1887-1968) l’institution Dartington Hall Trust (à Totnes, Devon) :
restauration des bâtiments du domaine (dont école, moulin, verrerie) et
mise en place d'une multitude de projets agricoles, forestiers et
éducatifs. Dartington attire vite des artistes, architectes, écrivains,
chercheurs, philosophes et musiciens du monde entier, et devient un
centre exceptionnel d'activité créative : Manifeste travailliste d’après-
guerre, Université d’été internationale des musiciens, Research in
Practice for Adults en travail social, Schumacher College, The Shops at
Dartington, White Hart, Dartington Conference Center, Agroforestry
Research Trust, etc.
Louise Weiss
(1893-1983) journaliste, écrivaine, militante féministe et femme
politique française. Agrégée de lettres à 21 ans et diplômée
d'Oxford.
Marquée par l'horreur du premier conflit mondial, cherche
à rapprocher la France et l'Allemagne, fonde et dirige entre 1920 et
1934 la revue L'Europe nouvelle.
S'engage en 1936 dans le combat féministe, se présente
aux élections législatives, mène des actions spectaculaires pour
attirer l'attention de la presse, fonde l'association ‘La Femme
nouvelle’.
Couvre le procès de Nuremberg comme journaliste en
1945-46.
À 86 ans, prononce en 1979, au titre de doyenne, le
discours d'ouverture lors de la première session du Parlement
européen à Strasbourg.
Richard Coudenhove-Kalergi
Richard Niklaus von Coudenhove-Kalergi (1894-1972), homme
politique, essayiste, historien et philosophe d'origine austro-hongroise par
son père et japonaise par sa mère. Naturalisé Français en 1939 après
avoir fui le nazisme.
En juillet 1922, lance son premier appel à l'unité de l'Europe,
intitulé La Question européenne, dans la Neue Freie Presse de Vienne et
la Vossische Zeitung de Berlin. En 1923 est publié à Vienne son livre
Paneuropa. Il développe l'idée de réunir le charbon allemand et l'acier
français.
En 1929, Aristide Briand présente l'idée européenne à la Société
des Nations à Genève : « Entre des peuples qui sont géographiquement
groupés comme les peuples d'Europe, il doit exister une sorte de lien
fédéral ». R. N. de Coudenhove-Kalergi propose la création de l'hymne
national européen sur une musique de Beethoven, l’Ode à la joie de la
neuvième symphonie.
En 1930, au IIème
‘Congrès Paneuropéen’ à Berlin, propose de
célébrer une journée de l'Europe au mois de mai. En décembre 1933 est
inauguré le ‘Centre économique Paneuropéen’ à Vienne. En 1952, est élu
président d'honneur du ‘Mouvement Européen’.
Jean Rostand
(1894-1977), biologiste, historien des sciences, écrivain, moraliste.
Vulgarise la biologie auprès d'un large public et alerte l'opinion sur la
gravité des problèmes humains que posent les nouvelles technologie.
Milite contre l'armement et contre l’énergie nucléaires.
Agnostique, libre penseur, montre une grande ouverture d'esprit et
beaucoup d'honnêteté intellectuelle.
« La science a fait de nous des dieux, avant même que nous
méritions d'être des hommes. »
« Quand on voit les sommes fabuleuses gaspillées pour des
armements qui ne serviront jamais, ou qui, si par malheur ils servaient,
mettraient en péril l’espèce entière, comment peut-on ne pas être citoyen
du monde ? (…) Il n’est qu’un moyen de prévenir le déchaînement de
forces infernales : c’est la constitution d’un gouvernement mondial. »
Ernst Friedrich
(1894-1967), pacifiste anarchiste allemand puis français. Pendant la
Première Guerre mondiale, condamné à la prison pour sabotage.
Organisateur de Freien Jugend ("Jeunesse Libre") à Berlin qui rejoint en
1923 les Syndikalistisch-Anarchistische Jugend Deutschlands (SAJD), qui
prône l'antimilitarisme. Son livre Krieg dem Kriege ("Guerre à la Guerre" -
1924) montre une documentation photographique des horreurs de la
guerre.
Arrêté par les nazis en février 1933, réfugié en Belgique puis en
France. Arrêté par la Gestapo en 1943, évadé, rejoint la Résistance. Sauve
70 enfants juifs avant leur déportation. Participe à la libération de Nîmes et
d'Alès.
Après la guerre, devient militant socialiste. Dès 1947, fait campa-gne
à Paris pour la reconstruction d'un musée anti-guerre. Grâce à un fonds
international, achète une barge et fonde "L'Arche de Noé", un bateau pour
la paix qu'il installe à Villeneuve-la-Garenne. Achète 3 000 m2
de forêt sur
une île de la Seine près du Perreux-sur-Marne, y construit un centre
international de jeunesse en 1954. À Berlin, l'Anti-Kriegs-Museum (Musée
contre la guerre) est recréé en 1982.
Dolores Ibárruri
(1895-1989), femme politique basque espagnole. Fille de mineur,
milite à la ‘Fédération des Jeunesses socialistes’ du ‘PSOE’, écrit dans la
presse ouvrière sous le pseudonyme de La Pasionaria.
Cofondatrice du ‘Parti communiste espagnol’ (PCE) en 1920 (en
sera Secrétaire générale entre 1942 et 1960, et Présidente entre 1960 et
1989). Arrêtée et emprisonnée à plusieurs reprises en raison de ses
activités. Députée des Asturies, travaille à l'amélioration de la condition
féminine.
Quand la guerre civile éclate en juillet 1936, se dresse pour
défendre la République avec le célèbre slogan "No pasarán !" ("Ils ne
passeront pas !"), prononcé au balcon du ministère de l'Intérieur. Élue
vice-présidente des Cortes en 1937.
Après la victoire de Francisco Franco, s’exile en URSS. Après la
mort de Franco en 1975, revient en Espagne, est élue députée aux
Cortes en juin 1977, participe à la restauration de la démocratie. Meurt
après être retournée à la foi catholique de son enfance.
« Mieux vaut mourir debout, que de vivre à genoux ».
« Voyons si les petits vieux que nous sommes devenus pourront
utiliser le temps qu'il nous reste à vivre en un chant de louanges et
d'action de grâce au Dieu-Amour, comme une préparation de notre
vocation éternelle ».
Image du bas : statue de D. I. à Glasgow (Écosse)
Gaston Berger
(1896-1960). Industriel français, Résistant, puis philosophe,
directeur des enseignements supérieurs au ministère de l’Éducation
nationale de 1953 à 1960.
Mène des travaux sur Husserl, sur la caractérologie et sur la
prospective (étude des futurs possibles). Fondateur en 1857 de la
revue Prospective.
« Il est urgent de se défendre contre l’accumulation de connaissances,
si parfaitement symétrique de l’embouteillage de nos rues. »
«La science peut donner aux individus et aux sociétés les moyens de
vivre, elle ne saurait donner à personne des raisons de vivre. »
« Regarder un atome le change, regarder un homme le transforme,
regarder l’avenir le bouleverse. (…) La prospective nous libère du
fatalisme. »
Gaston Berger
« Nous commettrions plus d’une faute si nous cachions à nos enfants
que le monde dans lequel ils s’engagent n’est pas un monde assuré
(…),si nous ne leur disions pas que ce qui a disparu définitivement du
monde, c’est la tranquillité, une situation tranquille, un avenir
tranquille. »
« Nous avons laissé loin derrière nous l’ère de l’esclave (…). Nous
avons aussi dépassé le stade du conducteur qui utilisait la force de
l’animal ou de la vapeur (…). Nous sommes en train de dépasser la
période du contrôleur, qui a seulement pour tâche de surveiller
l’exécution du travail (…).
Au stade où nous sommes, il nous faut des inventeurs, soit pour la
recherche fondamentale, soit pour la transformation des vérités
scientifiques en règles techniques, soit pour la création administrative
ou sociale. Ce sont ces inventeurs que la formation doit promouvoir ».
Theodore Richard Milford
(1896-1987), vicaire de Sainte-Marie, l'église de l'Université
d'Oxford, cofondateur en 1942 du Oxford Committee for Famine
Relief ("Comité d'Oxford de secours contre la famine"), groupe de
quakers, militants sociaux et universitaires apportant une aide
alimentaire aux Grecs sous l’occupation allemande.
Oxfam International est aujourd’hui une confédération
composée de 17 organisations indépendantes de même sensibilité
qui agissent contre les injustices et la misère et pour un
développement durable et juste : commerce équitable,
souveraineté alimentaire, réglementation des armes, éducation
pour tous, etc.
Elles travaillent ensemble et en collaboration avec des
partenaires locaux répartis dans plus de 90 pays.
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Quelques figures d’Oxfam
• Winnie Byanyima, Ougandaise, défenseure des droits humains,
haute fonctionnaire internationale et spécialiste des droits des
femmes, actuelle directrice générale d’Oxfam International.
• Babaa Maal, chanteur sénégalais, figure emblématique de la
musique d’Afrique de l’Ouest, ambassadeur d’Oxfam International
• Marc Olivier Herman, quand il travaillait à l’association Broederlijk
Delen ("Partage Fraternel"), a dénoncé les massacres liés à
l’exploitation des mines de coltan au Congo-Zaïre. Chez Oxfam,
dénonce le recours aux agrocarburants, car leur utilisation excessive
menace la sécurité alimentaire des pays pauvres.
Paulette Nardal
(1896-1985) femme de lettres et journaliste française martiniquaise.
Arrière-grand-mère née esclave. Institutrice, décide, à l'âge de 24 ans, de
rejoindre la France métropolitaine pour poursuivre ses études de lettres à la
Sorbonne. Thèse sur l'écrivaine et abolitionniste américaine Harriet Beecher
Stowe, auteure en 1852 de La Case de l'oncle Tom.
Militante de la cause noire avec sa sœur Jeanne, une des inspira-
trices du courant littéraire de la négritude. Fonde en 1931, avec les écri-vains
haïtien Léo Sajous et guyanais René Maran, La Revue du Monde Noir,
éditée en français et anglais. Son objectif est de « créer entre les Noirs du
monde entier, sans distinction de nationalité, un lien intellectuel et moral qui
leur permette de mieux se connaître, de s’aimer fraternellement, de défendre
plus efficacement leurs intérêts collectifs et d’illustrer leur race. »
Très attachée à la France, défend une pleine intégration de l’île dans le
cadre de l’empire colonial français d’alors et dans un texte de 1932 « trouve
stupide l’idée de l’indépendance des Antilles ».
Avant la fin de la Seconde Guerre mondiale approche, part pour les
États–Unis, où elle devient la secrétaire particulière de Ralph Bunche,
militant pour les droits civiques.
De retour en Martinique, y fonde la chorale ‘Joie de chanter’ avec sa
sœur Alice, tout en poursuivant son activité militante en faveur de la
promotion de la femme, la culture, la littérature et l’histoire.
Milena Jesenská
(1896-1944), journaliste, écrivaine et traductrice tchèque. Son
père la trouve trop anticonformiste et la fait enfermer quelque temps pour
la plier. Abandonne des études de médecine, traductrice. Passion
dévorante avec Franz Kafka qu’elle traduit et qui lui adresse ses Lettres
à Milena. Journaliste à Vienne puis à Prague. Indépendante, douée
d’une grande sensibilité, d’une finesse et d’une intelligence rares.
Dénonce la montée du nazisme, enquête notamment sur l’atroce
condition matérielle et morale des réfugiés allemands antinazis.
Féministe, quitte le Parti communiste en 1936.
Après l'occupation de la Tchécoslovaquie par l'armée allemande,
entre dans une organisation de résistance militaire secrète. La Gestapo
l'arrête en novembre 1939. L'année suivante, est déportée au camp de
concentration de Ravensbrück, où elle travaille comme infirmière et
apporte un soutien psychologique et moral aux autres prisonniers. Y
rencontre la résistante allemande Margarete Buber-Neumann qui devint
son amie.
« Comme pèse le poids du monde pour que tous ces êtres,
englués dans leur routine, ne se révoltent pas, ne crient pas, ne soient
pas pris de fureur, et qu'ils s'abstiennent même de blasphémer ! ».
Hersch Lauterpacht
et Raphael Lemkin
H. L. (1897-1960), juriste international britannique. Né dans une
famille juive près de Lemberg (aujourd'hui Lviv, en Galicie - Ukraine), à
l'époque en Autriche-Hongrie. Études de droit à Vienne, docteur en science
politique. Renonce à la nationalité polonaise, imposée après le traité de
Versailles, acquiert la nationalité britannique. Avocat au Barreau de Londres
en 1933. Professeur à Harvard (États-Unis), retourne à Londres et travaille
auprès de Arnolds McNair, au Comité sur les crimes de guerre. En 1943, fait
la lecture de son premier projet de Charte des droits de l'homme.
En 1944, publie son livre majeur : An International Bill of the rights of
Man. Conseiller au procès de Nuremberg (20 novembre 1945 - 1er
octobre
1946), où il impose le concept de crime contre l'humanité, précisant « crime
contre l'humanité de l’homme ». S'oppose à l'intégra-tion du concept de
génocide promu par Raphael Lemkin, comme inutile, émotionnel, dangereux
et impraticable. Le Tribunal de Nuremberg affirme que les individus ont des
devoirs envers la communauté internationale qui « priment leur devoir
d’obéissance envers l’État dont ils sont ressor-tissants ». Concepteur de la
charte des droits de l'homme promue par l'ONU, juge de la Cour
internationale de justice (CIJ), siégeant à La Haye (Pays-Bas).
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Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin
Raphael Lemkin (1900-1959), juriste juif polonais puis états-unien,
né dans en Biélorussie dans une région polonaise annexée par la Russie
en 1795. Docteur en droit en 1926, à l’université Jean-Casimir de Lwow
(Lviv), actuellement en Ukraine. Procureur puis avocat à Varsovie, contri-
bue aux efforts organisés par la Société des Nations (SDN) pour déve-
lopper un droit international humanitaire en travaillant à la rédaction d'une
loi internationale qui sanctionnerait la destruction de groupes ethniques,
nationaux et religieux. Professeur de droit aux États-Unis où il émigre en
1941.
Forge en 1943 le terme et le concept de génocide* et le fait valoir
d’abord au tribunal de Nuremberg, puis auprès de l’ONU. En décembre
1946, l'Assemblée générale de l'ONU adopte la résolution 96, qui affirme
que le génocide « nie le droit à l'existence de groupes humains entiers » et
qu'il est « un crime au regard du droit international ». Le terme prend vie en
droit positif avec l’adoption à Paris, au palais de Chaillot, le 9 décembre
1948, de la ‘Convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide’ dont Lemkin est le principal rédacteur.
* associant le mot genos, en grec ancien, lignée, famille, clan, groupe, race, et le suffixe « -
cide », du mot latin caedere signifiant tuer.
Herbert Marcuse
(1898-1979), philosophe et sociologue américain d’origine juive
allemande.
Affirme que la société industrielle avancée crée des besoins
illusoires qui intègrent les individus au système de production-
consommation par le crédit, la publicité, les médias, qu’ « elle met au pas
et intègres toutes les dimensions de l’existence, privée et publi- que. »
Selon lui, une société non répressive implique un changement dans
les techniques, et pas seulement dans les rapports de production comme
le disait Marx.
L’espoir du monde est dans le rôle des minorités non-confor-
mistes.
« Une des réalisations de la société industrielle avancée est la
régression démocratique de la liberté, la non-liberté lisse, efficace,
raisonnable qui semble plonger ses racines dans le progrès technique lui-
même. »
Ludwig Guttmann
(1899-1980), neurochirurgien britannique d'origine allemande. Issu
d’une famille juive, infirmier en 1917-1918, études de médecine à Breslau,
puis à Würtzburg et Freiburg. Fuit le nazisme en 1939, devient citoyen
britannique en 1945.
Pionnier dans la rééducation des blessés médullaires, fonde le
National Spinal Injuries Centre (‘Centre national des blessés de la moelle
spinale’
) au sein du Stoke Mandeville Hospital près de Londres. Dirige ce
centre jusqu'en 1966. S'intéresse à la rééducation psychologique et socia-
le de ses patients, imagine et met au point une thérapie basée sur le
sport : tennis de table, billard, basket-ball, tir à l’arc, etc.
Organise les Jeux de Stoke Mandeville, première compétition
nationale le 28 juillet 1948, veille des Jeux olympiques d'été à Londres.
Seuls le tir à l'arc et le basket sont alors pratiqués. En 1956, le Comité
International Olympique (CIO) accorde le statut de jeux olympiques à ces
jeux. En 1960 ont lieu les premiers Jeux paralympiques d'été à Rome : le
pape Jean XXIII surnomme Guttmann « le De Coubertin* des paralysés ».
* sauf que le baron Pierre de Coubertin (1863-1938), promoteur des JO modernes et
fondateur du CIO, était un admirateur d’Hitler et un colonialiste revendiqué, pour qui les femmes
étaient juste bonnes à remettre les médailles aux hommes. La devise olympique « Plus vite, plus
haut, plus fort » est un bon résumé du capitalisme actuel dont on mesure chaque jour les excès et
les dérives. Pour l’athlète français Tony Estanguet, « les jeux paralympiques dépassent le sport :
c’est du sport et des leçons de vie. » Par un curieux renversement, le paralympisme montre
désormais la voie à l’olympisme.
Jean Moulin
(1899-1943) haut-fonctionnaire et Résistant français. Plus jeune
préfet de France. Alors préfet d’Eure-et-Loir, arrêté en juin 1940 par les
Allemands parce qu'il refuse d'accuser une troupe de tirailleurs sénéga-
lais de l'Armée française d'avoir commis de prétendues atrocités envers
des civils à Saint-Georges-sur-Eure, en réalité victimes de bombarde-
ments allemands. Tente de se suicider en se tranchant la gorge avec un
débris de verre. Évite la mort de peu et conserve ensuite une cicatrice
qu'il cache sous un foulard. Révoqué en novembre 1940 par le gouver-
nement de Vichy.
Refusant l'occupation nazie, rejoint en septembre 1941 l'organi-
sation de résistance ‘la France libre’ à Londres. Est reçu par Charles de
Gaulle à qui il fait un compte rendu de l’état de la Résistance en France
et de ses besoins, notamment financiers et en armement. Envoyé à Lyon
par de Gaulle pour unifier les mouvements de la Résistance, préside en
mai 1943 le premier ‘Conseil National de la Résistance’. Arrêté à Caluire
en juin 1943, torturé au siège de la Gestapo à Lyon. Meurt des suites de
ses sévices dans le train qui le déporte en Allemagne en juillet 1943.
« Je ne savais pas que c'était si simple de faire son devoir quand
on est en danger. » ■

Penseurs et acteurs d’un changement sociétal. — 03. De 1885 à 1899

  • 1.
    Trombinoscopes "Chercheurs d’humanité" Penseurset acteurs d’un changement sociétal 3 - de 1885 à 1899 É. G. 21.08.2023
  • 2.
    Georges Mandel de sonvrai nom Louis Georges Rothschild (1885-1944), homme politique et Résistant français. Originaire d’une famille juive alsacienne, s’engage en faveur d’Alfred Dreyfus, est journaliste à L’Aurore. Chef de cabinet du Premier ministre Georges Clémenceau en 1917. Député, président du Conseil général de la Gironde, maire de Soulac, ministre de droite très innovant des ‘Postes, Télégraphes et Téléphones’ entre 1934 et 1936. Dès les années 1930, avertit des dangers de l’Allemagne nazie. Ministre des Colonies, puis de l’Intérieur. Après l’arrivée au pouvoir du maréchal Philippe Pétain, a une influence directe dans le choix du nouveau sous-secrétaire d'État à la Guerre, le général Charles de Gaulle, pour représenter la France à Londres, conformément au vœu de Churchill. Arrêté en juin 1940 sur ordre de Pétain (manipulé Raphaël Alibert) qui lui présente ses excuses. Opposé à l’armistice, arrêté au Maroc, emprisonné au fort du Portalet, dans les Pyrénées, puis à Buchenwald avec Léon Blum, puis à la prison de la Santé à Paris. Abattu en juillet 1977 par la Milice en forêt de Fontainebleau. « Mourir n’est rien. Ce qui est triste c’est de mourir avant d’avoir vu la libération de son pays et la restauration de la République. »
  • 3.
    François Mauriac (1885-1970), écrivainfrançais. Lors de la mort de sa grand-mère en 1902, constate la profonde hypocrisie de sa famille religieuse et bourgeoise qui se partage déjà l'héritage à côté de l'agonisante. Carrière littéraire interrompue par la Première Guerre mondiale, durant laquelle il s'engage un temps, bien que réformé et de santé précaire, dans un hôpital de la Croix-Rouge à Salonique. Engagements politiques guidés par un idéal chrétien socialisant (suit un temps ‘Le Sillon’ de Marc Sangnier et s'oppose à ‘l'Action française’), mais avant tout occupé par la composition d'une œuvre romanesque où il se révèle un analyste des passions de l'âme et un pourfendeur de la bourgeoisie provinciale. Élu à l'Académie française en 1933. Critique le régime de Vichy, s’oppose aux excès de l’épuration. Prix Nobel de littérature en 1952. Soutient Mendès-France, puis de Gaulle. Prend position en faveur de l'indépendance du Maroc et de la Tunisie, puis de l'Algérie, et condamne l'usage de la torture par l'armée française (écrit L'Imitation des bourreaux de Jésus-Christ, jeûne avec Lanza del Vasto, l’abbé Pierre et Louis Massignon). Préside le ‘Comité de soutien aux chrétiens d'URSS’.
  • 4.
    Célestin Freinet (1886-1966), instituteurFrançais, se lance dans le mouvement de l'Éducation nouvelle. Certaines lectures l'aident à concevoir une pratique pédagogique qu'il appellera moderne” : s'inspire notamment du philosophe ‟ américain John Dewey Promoteur des méthodes actives d’enseignement : plan de travail, production de textes libres, imprimerie, individualisation du travail, enquêtes et exposés, ateliers de création et d’expression, éducation corporelle, correspondance interscolaire, coopérative scolaire, tâtonnement expérimental. Militant engagé, politiquement et syndicalement, en une époque marquée par de forts conflits idéologiques, conçoit l’éducation comme un moyen de progrès et d’émancipation politique et civique. Accueille dans son école à Vence les élèves juifs allemands qui fuient la nazisme et les enfants de Juifs espagnols fuyant le franquisme. « On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l’école. Un régime autoritaire à l’école ne saurait être formateur de citoyens et de démocrates. »
  • 5.
    Robert Schuman (1886-1963), hommepolitique français, né de père lorrain et de mère luxembourgeoise. Études supérieures en Allemagne et à Strasbourg, avocat à Metz. Député de la Moselle en 1918, Secrétaire d’État pour le réfugiés en 1940. Arrêté par la Gestapo, mis en résidence surveillée, évadé, entre dans la clandestinité. Président du Conseil (1947) puis Ministre des Affaires étrangères (1948-1952). Initiateur de la réconciliation franco-allemande, grand négociateur de tous les Traités majeurs à la fin de la dernière Guerre mondiale (Conseil de l'Europe, Traité de l'Atlantique Nord, Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). De 1958 à 1960, 1er Président du Parlement européen qui lui décerne, à la fin de son mandat, le titre de " Père de l'Europe ". « L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée. L'action entreprise doit toucher au premier chef la France et l'Allemagne.»
  • 6.
    Robert Schuman « Cetensemble ne pourra et ne devra pas rester une entreprise économique. Il lui faut une âme, la conscience de ses affinités historiques et de ses responsabilités présentes et futures, une volonté politique au service d'un même idéal humain.» « Quand je n’ai rien de positif à dire sur quelqu’un, je me tais pour éviter d’en dire du mal. » R. S. « Pour atteindre son but, même le plus important, il n'a jamais employé un moyen vulgaire, exagéré le poids d'un argument, ni élevé la voix. Mais par-dessus tout, il restera dans la mémoire de ceux qui l'ont connu comme le type du vrai démocrate, imaginatif et créateur, combatif dans sa douceur, toujours respectueux de l'homme, fidèle à une vocation intime qui donnait le sens à la vie. » André Philip, ancien ministre
  • 7.
    Marc Bloch (1886-1944), historienet Résistant français. Issu d'une famille juive d'optants*, ‘École normale supérieure’, agrégé d'histoire et géographie, parle une dizaine de langues. Suit pendant une année les cours des facultés de Berlin et de Leipzig, pensionnaire à la Fondation Thiers, enseigne au lycée de Montpellier puis d'Amiens. Sergent puis capitaine pendant la 1ère Guerre Mondiale. Professeur d'histoire du Moyen Âge à la faculté de Strasbourg. Fondateur en 1929 avec Lucien Febvre des Annales d'histoire économique et sociale. Après 1936, professeur d’histoire économique à la Sorbonne. Demande à combattre pendant la 2ème Guerre Mondiale malgré son âge (53 ans), sa polyarthrite invalidante et ses 6 enfants. Exclu de la fonction publique à cause de ses origines juives, rétabli dans son poste par Jacques Chevalier, est professeur à Clermont-Ferrand, puis Montpellier. S'engage dans la Résistance, dont il devient un des chefs pour la région lyonnaise au sein de ‘Franc-Tireur’, puis dans les ‘Mouvements unis de la Résistance’ (MUR). Rédacteur en chef de la revue Les Cahiers politiques de la France combattante, dont l’objet est de réfléchir aux réformes constitutionnelles, politiques, économiques et sociales ainsi qu’à l’organisation administrative au lendemain de la Libération. ../.. * Optants : qui ont quitté l’Alsace-Moselle après l’annexion allemande en 1971 et opté pour la nationalité française.
  • 8.
    Marc Bloch Arrêté, torturéà la prison de Montluc à Lyon par les hommes de Klaus Barbie, fusillé le 16 juin 1944 aux côtés de 27 autres résistants qu'il anime de son courage. Dans L’étrange défaite (1940), analyse les causes de la défaite et exprime son écœurement devant l'attitude d'une partie de la bourgeoisie française, qui a contribué de manière décisive à la défaite et ensuite s‘est alliée au fascisme en collaborant activement avec l’occupant. Fustige l’enseignement, dont l’objectif premier, à ses yeux, est de repérer, favoriser, former « les futurs gardiens de l’orthodoxie » et de repousser « les têtes folles ». Il en découle fatalement « la crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves ; la négation de toute libre curiosité ; le culte du succès substitué au goût de la connais- sance.» Affirme impératif et urgent de réformer la formation des élèves et étudiants, des maîtres, des cadres de la haute administration en déve- loppant la curiosité intellectuelle et la culture générale. « Ceux qui veulent à tout prix donner au peuple un maître accepte- ront bientôt de prendre ce maître à l’étranger. Pas de liberté du peuple sans souveraineté du peuple, c’est-à-dire sans République. » « La vertu, si elle ne s’accompagne pas d’une sévère critique de l’intelligence, risque toujours de se retourner contre ses buts les plus chers. »
  • 9.
    René Cassin (1887-1976), juriste,diplomate et homme politique français. Membre du gouvernement de la France libre pendant la seconde Guerre mondiale, un des auteurs (avec Eleanor Roosevelt) de la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948. Président de la Cour européenne des droits de l'homme de 1965 à 1968. Prix Nobel de la paix en 1968. Permet une harmonisation des législations européennes dans les domaine de l'extradition de prisonniers. Est à la base de signatures de conventions culturelles pour la protection des langues régionales, des minorités, des brevets, la télévision sans frontière (eurovision).Œuvre pour l'abolition de la torture, de l'esclavage. « Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme. » « Il n'y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l'homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit. »
  • 10.
    Vincent Moulia (1888-1984), soldatfrançais de la Première Guerre mondiale. Deux fois blessé au combat, décoré de la ‘Croix de guerre’ en 1916 à Verdun, promu caporal. En 1917, prend part les 4 et 5 mai aux combats pour la prise de Craonne lors de la bataille du Chemin des Dames : 20 officiers et 824 hommes du 18e régiment d'infanterie de ligne sont tués. Est proposé pour une citation. Après la mutinerie du 27 mai 2017 au sein de son régiment à Villers- sur-Fère, est condamné à mort pour l'exemple avec 4 autres soldats . S'évade à l’occasion d’un bombardement. Se réfugie dans les Landes puis en Espagne. Amnistié en 1933, ne rentre en France qu'en 1936. En 1979, Alain Decaux raconte son histoire dans son émission télévisée et demande « Qui rendra sa Croix de guerre au caporal Moulia ? » En 1955, grâce à la pugnacité des anciens de son régiment, sa carte d'ancien combattant lui sera délivrée, mais son carnet militaire et ses décorations ne lui seront pas rendus. Près de 8 millions d'hommes furent mobilisés de 1914 à 1918. 2 400 poilus ont été condamnés à mort et 612 fusillés pour l’exemple, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés. Ce chiffre de 612 fusillés ne prend pas en compte les exécutions sommaires.
  • 11.
    Louis Lecoin (1888-1971), militantpacifiste libertaire français. Passe 12 années de sa vie en prison pour ses idées. Incarcéré à plusieurs reprises pendant la 1ère guerre mondiale pour délit d’objection et pendant la 2è pour appel à désertion. Un des meneurs du comité de soutien à Sacco et Vanzetti, militants américains exécutés aux États-Unis. En juin 1962, fait une grève de la faim de 22 jours alors qu’il a 74 ans, pour demander au Président de Gaulle un statut légal de l’objection de conscience au service militaire. Ce statut sera promulgué le 23 décembre 1963, et tous les objecteurs libérés. Fondateur de l’Union Pacifiste de France. “S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre, mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres.”
  • 12.
    Jean Monnet (1888-1979), hommepolitique français, un des pères de l'Europe. Responsable de la coordination des ressources alliées pendant la première Guerre mondiale. Un des principaux promoteurs de la ‘Société des Nations’ en 1919. Fait fortune grâce à la vente de cognac pendant la prohibition, fonde en 1929 à Chicago la Bancamerica. Agent d'influence au service de la France, puis des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, propose en 1940 le projet d'Union franco- britannique. Devient un des artisans de la "planification à la française" au moment du ‘Plan Marshall’. Propose la création d'une armée européenne, présentée par René Pleven dans le cadre d'un plan de ‘Communauté européenne de défense’ (CED). Fonde le ‘Comité d'action pour les États- Unis d'Europe’. Un des principaux fondateurs de la ‘Communauté économique européenne’ (traité de Rome de 1957) et du ‘Marché commun européen’ (1968). Promoteur de l'atlantisme et du libre-échange. « Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. » « Il n'y a pas d'idées prématurées, il y a des moments opportuns qu'il faut savoir attendre. » « Les institutions peuvent, si elles sont bien construites, accumuler et transmettre la sagesse des générations successives. »
  • 13.
    Lamine Senghor (1889-1927), militantpolitique sénégalais. Ancien tirailleur sénégalais, est envoyé au front pendant la Première Guerre mondiale*. Il participa à une mutinerie à Fréjus. Devient par la suite facteur à Paris, embauché comme indicateur par le ténébreux CAI (‘Service de contrôle et d’assistance aux indigènes’), retourne sa veste et embrasse la cause militante de ceux qu’il espionnait pour le ministère des Colonies. Milite au Parti communiste français (PCF). Reçoit l'interdiction de rentrer au Sénégal, les autorités coloniales craignant qu'il y diffuse les idées communistes. Candidat du PCF aux élections dans le 18ème arrondissement de Paris en 1924. Souffrant de tuberculose et de séquelles du gaz toxique inhalé pendant la guerre, s'installe dans le Var. Crée en mars 1926 le ‘Comité de Défense de la Race Nègre’. En février 1927, participe au Congrès constitutif de la ‘Ligue contre l’impérialisme et l’oppression coloniale’, organisé à Bruxelles par Willi Munzenberg, l'un des responsables de l’Internationale commu- niste. Y prononce un discours fort remarqué, est arrêté quelques jours après et emprisonné quelques semaines à Draguignan. Sa santé continue de se dégrader jusqu'à sa mort. * plus de 130 000 soldats de l’Afrique noire participent aux combats, plus de 30 000 morts.
  • 14.
    Charlie Chaplin Charles SpencerChaplin, (1889-1977), acteur, réalisateur et scénariste britannique. Devient une icône du cinéma muet grâce à son personnage de Charlot. Durant sa carrière de plus de 65 ans, joue dans plus de 80 films, souvent marqués par les thèmes sociaux et politiques et très émouvants. Sa rencontre avec Gandhi à Londres en septembre 1931 (photo) est un grand moment de rire entre les deux hommes. Refuse de passer au cinéma sonore et continue de produire des films muets dans les années 1930 comme Les Lumières de la ville (1931) et Les Temps modernes (1936). Ses œuvres deviennent ensuite plus politiques avec notamment Le Dictateur (1940, photo) dans lequel il se moque d'Adolf Hitler. Accusé de sympathies communistes pendant la période maccarthyste, quitte les États-Unis pour la Suisse en 1952. « Le grand thème de la vie, c'est la lutte et la souffrance. (…) L'humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d'esprit. »
  • 15.
    Victor Serge Viktor LvovitchKibaltchiche (1890-1947), né à Bruxelles d'un ancien officier russe et d'une mère de la noblesse polonaise. Dès 15 ans, ouvrier typographe, fréquente les milieux libertaires. Côtoie la ‘Bande à Bonnot’, 5 ans de prison en France. Libéré en 1917, prend part à l'insurrection avortée de Barcelone, puis après de la prison en France, arrive en 1919 en Russie. Après la mort de Lénine (1924), se rapproche de Léon Trotski dans l'opposition à la politique de Staline accusé de confisquer la Révolution. Radié du parti en 1928, arrêté par la Guépéou en 1933 et déporté en Sibérie. Une campagne internationale de gauche menée en sa faveur (Trotski, André Gide, André Malraux, Romain Rolland, Henri Barbusse et le Cercle communiste démocratique) parvient à le faire libérer en 1936. Banni d'URSS, persécuté jusqu'à sa mort par la police politique soviétique pour ses idées libertaires, se réfugie en Belgique puis à Marseille, avant de rejoindre le Mexique où il meurt dans le dénuement. Un des premiers à dénoncer le totalitarisme stalinien.
  • 16.
    Cora Berliner (1890-1942), fonctionnaireet militante juive allemande. Étudie les mathématiques, les sciences politiques et le droit à Berlin et à Heidel-berg, doctorat en 1916. Employée par l'administration de l'arrondisse-ment de Berlin-Schöneberg, puis Présidente de la ‘Fédération des associations de jeunesse juive’ à Heidelberg. Conseillère et directrice du Bureau de l'économie du Reich en 1923. En 1927, conseillère au dépar-tement d'économie de l'ambassade d'Allemagne à Londres. En 1930, professeure d’économie à l'Institut de formation professionnelle de Berlin. Renvoyée de la fonction publique en 1933, travaille pour ‘l’Agence nationale des Juifs allemands’ (Reichsvertretung der deutschen Juden), notamment en tant que chef du département de l'émigration. Vice- présidente de ‘l'Association des femmes juives’ (Jüdischer Frauenbund). Pionnière du travail social, trouve des moyens, même sous la dictature national-socialiste, de mettre ses connaissances à disposition en tant qu'enseignante, par le biais de cours de formation des ensei-gnants et des travailleurs sociaux. En juin 1942, déportée à Minsk en Biélorussie, et assassinée dans le camp d’extermination de Maly Trostinets. Le ‘Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe’ à Berlin (photo du haut) se trouve dans la rue Cora Berliner.
  • 17.
    Suzanne de Dietrich etMadeleine Barot S. de D. (1891-1981) théologienne et bibliste protestante d'origine alsacienne, engagée en faveur de l'œcuménisme. Participe à la fondation en 1939 de la CIMADE, le Comité inter- mouvements auprès des évacués. En 1941, participe à la rédaction des thèses de Pomeyrol, qui prônent une résistance spirituelle à l'égard de l'idéologie nazie. Participe aux débuts de l'Institut œcuménique de Bossey, fondé par Willem Visser 't Hooft. Engagée pour le rapprochement des Églises chrétiennes. M. B. (1909-1995). Études d’histoire, bibliothécaire française. Nommée en août 1940 secrétaire générale de la CIMADE, au cours d’une réunion des responsables des mouvements protestants de jeunesse. Occupe ensuite des postes importants à la Fédération protestante de France, à l'ACAT (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture) et à la Conférence des religions pour la paix.
  • 18.
    Antonio Gramsci (1891-1937), penseuret homme politique italien sarde. Issu d’un milieu pauvre, élève très brillant et très tôt atteint de tuberculose osseuse qui le maintient à une petite taille. Membre cofondateur en 1921 du ‘Parti communiste italien’, dont il devient Secrétaire général en 1926. Appelle à une vraie révolution, c’est-à-dire une réforme éthique et morale. Député de Venise, est emprisonné par le régime mussolinien pendant 10 ans, à partir de 1927. Meurt quelques jours après sa libération sous condition. Intellectuel marxiste, développe une théorie de l'hégémonie culturelle : la force des représentations individuelles et collectives, la force des idées. La force et le consentement sont les deux piliers d’une hégémonie. Le pouvoir se gagne par les idées : articles de journal, pièces de théâtre, chansons, films, etc. « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à appa- raître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » « Je suis pessimiste par l'intelligence, mais optimiste par la volonté. (…) Je me suis toujours armé d’une patience illimitée, non passive, inerte, mais animée de persévérance. »
  • 19.
    William Moulton Marston (1893-1947),psychologue, inventeur et écrivain états-unien. Doctorat en psychologie à l'université Harvard. Féministe, défenseur des droits des femmes, marqué par ses deux femmes, Elizabeth Holloway (1893-1993) et Olivia Byrne (1904- 1985), et par le combat des suffragettes. Concepteur d’une théorie du comportement humain nommé ‘dispositif d’ingénierie socio-cognitive’, qui montre que les femmes sont plus honnêtes et fiables que la gent masculine, plus efficaces et concentrées dans le travail. Dit un jour à son épouse Elizabeth qu’il a envie de créer un personnage qui ne tirerait pas son pouvoir de son arme ou de sa force physique, mais de son intelligence et de sa bonté (les critiques taxaient Superman, créé en 1933 par Jerry Siegel et Joe Shuster, de héros fasciste). Elle lui suggère de créer un personnage féminin. Crée la super-héroïne Wonder Woman en 1941 en s’inspirant de la mythologie gréco-romaine et d’œuvres comme L’Odyssée. Cette héroïne est une « alternative à toute la violence masculine » présente dans les comic books (bandes dessinées) de l'époque. Dès son lancement, la BD rencontre un immense succès et fait avancer la cause féministe à une époque où la question de la place des femmes dans société ne se posait même pas.
  • 20.
    Leonard et DorothyElmhirst L. E. (1893-1974), philanthrope et agronome anglais. Études d’histoire et de théologie au Trinity College de Cambridge. En 1914, jugé inapte au service militaire, se porte volontaire pour servir au ‘YMCA’ en Inde. Est démobilisé en 1919 et entre à l'Université Cornell à Ithaca (New York), pour étudier l'agriculture. Rencontre aux États-Unis Rabindranath Tagore, dont il devient le secrétaire en Inde. En 1922, crée pour Tagore un Institut de reconstruc- tion rurale dans le village de Surul (Bengale occidental). Son expérience des problèmes de l'Inde rurale change l'orientation de sa vie. Cofonde avec son épouse états-unienne Dorothy Payne Whitney (1887-1968) l’institution Dartington Hall Trust (à Totnes, Devon) : restauration des bâtiments du domaine (dont école, moulin, verrerie) et mise en place d'une multitude de projets agricoles, forestiers et éducatifs. Dartington attire vite des artistes, architectes, écrivains, chercheurs, philosophes et musiciens du monde entier, et devient un centre exceptionnel d'activité créative : Manifeste travailliste d’après- guerre, Université d’été internationale des musiciens, Research in Practice for Adults en travail social, Schumacher College, The Shops at Dartington, White Hart, Dartington Conference Center, Agroforestry Research Trust, etc.
  • 21.
    Louise Weiss (1893-1983) journaliste,écrivaine, militante féministe et femme politique française. Agrégée de lettres à 21 ans et diplômée d'Oxford. Marquée par l'horreur du premier conflit mondial, cherche à rapprocher la France et l'Allemagne, fonde et dirige entre 1920 et 1934 la revue L'Europe nouvelle. S'engage en 1936 dans le combat féministe, se présente aux élections législatives, mène des actions spectaculaires pour attirer l'attention de la presse, fonde l'association ‘La Femme nouvelle’. Couvre le procès de Nuremberg comme journaliste en 1945-46. À 86 ans, prononce en 1979, au titre de doyenne, le discours d'ouverture lors de la première session du Parlement européen à Strasbourg.
  • 22.
    Richard Coudenhove-Kalergi Richard Niklausvon Coudenhove-Kalergi (1894-1972), homme politique, essayiste, historien et philosophe d'origine austro-hongroise par son père et japonaise par sa mère. Naturalisé Français en 1939 après avoir fui le nazisme. En juillet 1922, lance son premier appel à l'unité de l'Europe, intitulé La Question européenne, dans la Neue Freie Presse de Vienne et la Vossische Zeitung de Berlin. En 1923 est publié à Vienne son livre Paneuropa. Il développe l'idée de réunir le charbon allemand et l'acier français. En 1929, Aristide Briand présente l'idée européenne à la Société des Nations à Genève : « Entre des peuples qui sont géographiquement groupés comme les peuples d'Europe, il doit exister une sorte de lien fédéral ». R. N. de Coudenhove-Kalergi propose la création de l'hymne national européen sur une musique de Beethoven, l’Ode à la joie de la neuvième symphonie. En 1930, au IIème ‘Congrès Paneuropéen’ à Berlin, propose de célébrer une journée de l'Europe au mois de mai. En décembre 1933 est inauguré le ‘Centre économique Paneuropéen’ à Vienne. En 1952, est élu président d'honneur du ‘Mouvement Européen’.
  • 23.
    Jean Rostand (1894-1977), biologiste,historien des sciences, écrivain, moraliste. Vulgarise la biologie auprès d'un large public et alerte l'opinion sur la gravité des problèmes humains que posent les nouvelles technologie. Milite contre l'armement et contre l’énergie nucléaires. Agnostique, libre penseur, montre une grande ouverture d'esprit et beaucoup d'honnêteté intellectuelle. « La science a fait de nous des dieux, avant même que nous méritions d'être des hommes. » « Quand on voit les sommes fabuleuses gaspillées pour des armements qui ne serviront jamais, ou qui, si par malheur ils servaient, mettraient en péril l’espèce entière, comment peut-on ne pas être citoyen du monde ? (…) Il n’est qu’un moyen de prévenir le déchaînement de forces infernales : c’est la constitution d’un gouvernement mondial. »
  • 24.
    Ernst Friedrich (1894-1967), pacifisteanarchiste allemand puis français. Pendant la Première Guerre mondiale, condamné à la prison pour sabotage. Organisateur de Freien Jugend ("Jeunesse Libre") à Berlin qui rejoint en 1923 les Syndikalistisch-Anarchistische Jugend Deutschlands (SAJD), qui prône l'antimilitarisme. Son livre Krieg dem Kriege ("Guerre à la Guerre" - 1924) montre une documentation photographique des horreurs de la guerre. Arrêté par les nazis en février 1933, réfugié en Belgique puis en France. Arrêté par la Gestapo en 1943, évadé, rejoint la Résistance. Sauve 70 enfants juifs avant leur déportation. Participe à la libération de Nîmes et d'Alès. Après la guerre, devient militant socialiste. Dès 1947, fait campa-gne à Paris pour la reconstruction d'un musée anti-guerre. Grâce à un fonds international, achète une barge et fonde "L'Arche de Noé", un bateau pour la paix qu'il installe à Villeneuve-la-Garenne. Achète 3 000 m2 de forêt sur une île de la Seine près du Perreux-sur-Marne, y construit un centre international de jeunesse en 1954. À Berlin, l'Anti-Kriegs-Museum (Musée contre la guerre) est recréé en 1982.
  • 25.
    Dolores Ibárruri (1895-1989), femmepolitique basque espagnole. Fille de mineur, milite à la ‘Fédération des Jeunesses socialistes’ du ‘PSOE’, écrit dans la presse ouvrière sous le pseudonyme de La Pasionaria. Cofondatrice du ‘Parti communiste espagnol’ (PCE) en 1920 (en sera Secrétaire générale entre 1942 et 1960, et Présidente entre 1960 et 1989). Arrêtée et emprisonnée à plusieurs reprises en raison de ses activités. Députée des Asturies, travaille à l'amélioration de la condition féminine. Quand la guerre civile éclate en juillet 1936, se dresse pour défendre la République avec le célèbre slogan "No pasarán !" ("Ils ne passeront pas !"), prononcé au balcon du ministère de l'Intérieur. Élue vice-présidente des Cortes en 1937. Après la victoire de Francisco Franco, s’exile en URSS. Après la mort de Franco en 1975, revient en Espagne, est élue députée aux Cortes en juin 1977, participe à la restauration de la démocratie. Meurt après être retournée à la foi catholique de son enfance. « Mieux vaut mourir debout, que de vivre à genoux ». « Voyons si les petits vieux que nous sommes devenus pourront utiliser le temps qu'il nous reste à vivre en un chant de louanges et d'action de grâce au Dieu-Amour, comme une préparation de notre vocation éternelle ». Image du bas : statue de D. I. à Glasgow (Écosse)
  • 26.
    Gaston Berger (1896-1960). Industrielfrançais, Résistant, puis philosophe, directeur des enseignements supérieurs au ministère de l’Éducation nationale de 1953 à 1960. Mène des travaux sur Husserl, sur la caractérologie et sur la prospective (étude des futurs possibles). Fondateur en 1857 de la revue Prospective. « Il est urgent de se défendre contre l’accumulation de connaissances, si parfaitement symétrique de l’embouteillage de nos rues. » «La science peut donner aux individus et aux sociétés les moyens de vivre, elle ne saurait donner à personne des raisons de vivre. » « Regarder un atome le change, regarder un homme le transforme, regarder l’avenir le bouleverse. (…) La prospective nous libère du fatalisme. »
  • 27.
    Gaston Berger « Nouscommettrions plus d’une faute si nous cachions à nos enfants que le monde dans lequel ils s’engagent n’est pas un monde assuré (…),si nous ne leur disions pas que ce qui a disparu définitivement du monde, c’est la tranquillité, une situation tranquille, un avenir tranquille. » « Nous avons laissé loin derrière nous l’ère de l’esclave (…). Nous avons aussi dépassé le stade du conducteur qui utilisait la force de l’animal ou de la vapeur (…). Nous sommes en train de dépasser la période du contrôleur, qui a seulement pour tâche de surveiller l’exécution du travail (…). Au stade où nous sommes, il nous faut des inventeurs, soit pour la recherche fondamentale, soit pour la transformation des vérités scientifiques en règles techniques, soit pour la création administrative ou sociale. Ce sont ces inventeurs que la formation doit promouvoir ».
  • 28.
    Theodore Richard Milford (1896-1987),vicaire de Sainte-Marie, l'église de l'Université d'Oxford, cofondateur en 1942 du Oxford Committee for Famine Relief ("Comité d'Oxford de secours contre la famine"), groupe de quakers, militants sociaux et universitaires apportant une aide alimentaire aux Grecs sous l’occupation allemande. Oxfam International est aujourd’hui une confédération composée de 17 organisations indépendantes de même sensibilité qui agissent contre les injustices et la misère et pour un développement durable et juste : commerce équitable, souveraineté alimentaire, réglementation des armes, éducation pour tous, etc. Elles travaillent ensemble et en collaboration avec des partenaires locaux répartis dans plus de 90 pays. ../..
  • 29.
    Quelques figures d’Oxfam •Winnie Byanyima, Ougandaise, défenseure des droits humains, haute fonctionnaire internationale et spécialiste des droits des femmes, actuelle directrice générale d’Oxfam International. • Babaa Maal, chanteur sénégalais, figure emblématique de la musique d’Afrique de l’Ouest, ambassadeur d’Oxfam International • Marc Olivier Herman, quand il travaillait à l’association Broederlijk Delen ("Partage Fraternel"), a dénoncé les massacres liés à l’exploitation des mines de coltan au Congo-Zaïre. Chez Oxfam, dénonce le recours aux agrocarburants, car leur utilisation excessive menace la sécurité alimentaire des pays pauvres.
  • 30.
    Paulette Nardal (1896-1985) femmede lettres et journaliste française martiniquaise. Arrière-grand-mère née esclave. Institutrice, décide, à l'âge de 24 ans, de rejoindre la France métropolitaine pour poursuivre ses études de lettres à la Sorbonne. Thèse sur l'écrivaine et abolitionniste américaine Harriet Beecher Stowe, auteure en 1852 de La Case de l'oncle Tom. Militante de la cause noire avec sa sœur Jeanne, une des inspira- trices du courant littéraire de la négritude. Fonde en 1931, avec les écri-vains haïtien Léo Sajous et guyanais René Maran, La Revue du Monde Noir, éditée en français et anglais. Son objectif est de « créer entre les Noirs du monde entier, sans distinction de nationalité, un lien intellectuel et moral qui leur permette de mieux se connaître, de s’aimer fraternellement, de défendre plus efficacement leurs intérêts collectifs et d’illustrer leur race. » Très attachée à la France, défend une pleine intégration de l’île dans le cadre de l’empire colonial français d’alors et dans un texte de 1932 « trouve stupide l’idée de l’indépendance des Antilles ». Avant la fin de la Seconde Guerre mondiale approche, part pour les États–Unis, où elle devient la secrétaire particulière de Ralph Bunche, militant pour les droits civiques. De retour en Martinique, y fonde la chorale ‘Joie de chanter’ avec sa sœur Alice, tout en poursuivant son activité militante en faveur de la promotion de la femme, la culture, la littérature et l’histoire.
  • 31.
    Milena Jesenská (1896-1944), journaliste,écrivaine et traductrice tchèque. Son père la trouve trop anticonformiste et la fait enfermer quelque temps pour la plier. Abandonne des études de médecine, traductrice. Passion dévorante avec Franz Kafka qu’elle traduit et qui lui adresse ses Lettres à Milena. Journaliste à Vienne puis à Prague. Indépendante, douée d’une grande sensibilité, d’une finesse et d’une intelligence rares. Dénonce la montée du nazisme, enquête notamment sur l’atroce condition matérielle et morale des réfugiés allemands antinazis. Féministe, quitte le Parti communiste en 1936. Après l'occupation de la Tchécoslovaquie par l'armée allemande, entre dans une organisation de résistance militaire secrète. La Gestapo l'arrête en novembre 1939. L'année suivante, est déportée au camp de concentration de Ravensbrück, où elle travaille comme infirmière et apporte un soutien psychologique et moral aux autres prisonniers. Y rencontre la résistante allemande Margarete Buber-Neumann qui devint son amie. « Comme pèse le poids du monde pour que tous ces êtres, englués dans leur routine, ne se révoltent pas, ne crient pas, ne soient pas pris de fureur, et qu'ils s'abstiennent même de blasphémer ! ».
  • 32.
    Hersch Lauterpacht et RaphaelLemkin H. L. (1897-1960), juriste international britannique. Né dans une famille juive près de Lemberg (aujourd'hui Lviv, en Galicie - Ukraine), à l'époque en Autriche-Hongrie. Études de droit à Vienne, docteur en science politique. Renonce à la nationalité polonaise, imposée après le traité de Versailles, acquiert la nationalité britannique. Avocat au Barreau de Londres en 1933. Professeur à Harvard (États-Unis), retourne à Londres et travaille auprès de Arnolds McNair, au Comité sur les crimes de guerre. En 1943, fait la lecture de son premier projet de Charte des droits de l'homme. En 1944, publie son livre majeur : An International Bill of the rights of Man. Conseiller au procès de Nuremberg (20 novembre 1945 - 1er octobre 1946), où il impose le concept de crime contre l'humanité, précisant « crime contre l'humanité de l’homme ». S'oppose à l'intégra-tion du concept de génocide promu par Raphael Lemkin, comme inutile, émotionnel, dangereux et impraticable. Le Tribunal de Nuremberg affirme que les individus ont des devoirs envers la communauté internationale qui « priment leur devoir d’obéissance envers l’État dont ils sont ressor-tissants ». Concepteur de la charte des droits de l'homme promue par l'ONU, juge de la Cour internationale de justice (CIJ), siégeant à La Haye (Pays-Bas). ../..
  • 33.
    Hersch Lauterpacht etRaphael Lemkin Raphael Lemkin (1900-1959), juriste juif polonais puis états-unien, né dans en Biélorussie dans une région polonaise annexée par la Russie en 1795. Docteur en droit en 1926, à l’université Jean-Casimir de Lwow (Lviv), actuellement en Ukraine. Procureur puis avocat à Varsovie, contri- bue aux efforts organisés par la Société des Nations (SDN) pour déve- lopper un droit international humanitaire en travaillant à la rédaction d'une loi internationale qui sanctionnerait la destruction de groupes ethniques, nationaux et religieux. Professeur de droit aux États-Unis où il émigre en 1941. Forge en 1943 le terme et le concept de génocide* et le fait valoir d’abord au tribunal de Nuremberg, puis auprès de l’ONU. En décembre 1946, l'Assemblée générale de l'ONU adopte la résolution 96, qui affirme que le génocide « nie le droit à l'existence de groupes humains entiers » et qu'il est « un crime au regard du droit international ». Le terme prend vie en droit positif avec l’adoption à Paris, au palais de Chaillot, le 9 décembre 1948, de la ‘Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide’ dont Lemkin est le principal rédacteur. * associant le mot genos, en grec ancien, lignée, famille, clan, groupe, race, et le suffixe « - cide », du mot latin caedere signifiant tuer.
  • 34.
    Herbert Marcuse (1898-1979), philosopheet sociologue américain d’origine juive allemande. Affirme que la société industrielle avancée crée des besoins illusoires qui intègrent les individus au système de production- consommation par le crédit, la publicité, les médias, qu’ « elle met au pas et intègres toutes les dimensions de l’existence, privée et publi- que. » Selon lui, une société non répressive implique un changement dans les techniques, et pas seulement dans les rapports de production comme le disait Marx. L’espoir du monde est dans le rôle des minorités non-confor- mistes. « Une des réalisations de la société industrielle avancée est la régression démocratique de la liberté, la non-liberté lisse, efficace, raisonnable qui semble plonger ses racines dans le progrès technique lui- même. »
  • 35.
    Ludwig Guttmann (1899-1980), neurochirurgienbritannique d'origine allemande. Issu d’une famille juive, infirmier en 1917-1918, études de médecine à Breslau, puis à Würtzburg et Freiburg. Fuit le nazisme en 1939, devient citoyen britannique en 1945. Pionnier dans la rééducation des blessés médullaires, fonde le National Spinal Injuries Centre (‘Centre national des blessés de la moelle spinale’ ) au sein du Stoke Mandeville Hospital près de Londres. Dirige ce centre jusqu'en 1966. S'intéresse à la rééducation psychologique et socia- le de ses patients, imagine et met au point une thérapie basée sur le sport : tennis de table, billard, basket-ball, tir à l’arc, etc. Organise les Jeux de Stoke Mandeville, première compétition nationale le 28 juillet 1948, veille des Jeux olympiques d'été à Londres. Seuls le tir à l'arc et le basket sont alors pratiqués. En 1956, le Comité International Olympique (CIO) accorde le statut de jeux olympiques à ces jeux. En 1960 ont lieu les premiers Jeux paralympiques d'été à Rome : le pape Jean XXIII surnomme Guttmann « le De Coubertin* des paralysés ». * sauf que le baron Pierre de Coubertin (1863-1938), promoteur des JO modernes et fondateur du CIO, était un admirateur d’Hitler et un colonialiste revendiqué, pour qui les femmes étaient juste bonnes à remettre les médailles aux hommes. La devise olympique « Plus vite, plus haut, plus fort » est un bon résumé du capitalisme actuel dont on mesure chaque jour les excès et les dérives. Pour l’athlète français Tony Estanguet, « les jeux paralympiques dépassent le sport : c’est du sport et des leçons de vie. » Par un curieux renversement, le paralympisme montre désormais la voie à l’olympisme.
  • 36.
    Jean Moulin (1899-1943) haut-fonctionnaireet Résistant français. Plus jeune préfet de France. Alors préfet d’Eure-et-Loir, arrêté en juin 1940 par les Allemands parce qu'il refuse d'accuser une troupe de tirailleurs sénéga- lais de l'Armée française d'avoir commis de prétendues atrocités envers des civils à Saint-Georges-sur-Eure, en réalité victimes de bombarde- ments allemands. Tente de se suicider en se tranchant la gorge avec un débris de verre. Évite la mort de peu et conserve ensuite une cicatrice qu'il cache sous un foulard. Révoqué en novembre 1940 par le gouver- nement de Vichy. Refusant l'occupation nazie, rejoint en septembre 1941 l'organi- sation de résistance ‘la France libre’ à Londres. Est reçu par Charles de Gaulle à qui il fait un compte rendu de l’état de la Résistance en France et de ses besoins, notamment financiers et en armement. Envoyé à Lyon par de Gaulle pour unifier les mouvements de la Résistance, préside en mai 1943 le premier ‘Conseil National de la Résistance’. Arrêté à Caluire en juin 1943, torturé au siège de la Gestapo à Lyon. Meurt des suites de ses sévices dans le train qui le déporte en Allemagne en juillet 1943. « Je ne savais pas que c'était si simple de faire son devoir quand on est en danger. » ■