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SOCIÉTÉ D’ÉCONOMIE POLITIQUE ET
D’ÉCONOMIE SOCIALE DE LYON
LES FACTEURS-CLÉS DU SUCCÈS DE LA
DYNAMIQUE INDUSTRIELLE ET DE
L’ANCRAGE DES ENTREPRISES DANS LA
MÉTROPOLE LYONNAISE
Synthèse des travaux de la session 2012-2013
Editeur : SEPL
3
SOCIÉTÉ D’ÉCONOMIE POLITIQUE ET D’ÉCONOMIE SOCIALE DE
LYON
Sommaire
1 –Note de synthèse des travaux de l’année 2012-2013…...... 7
2 –Comptes-rendus des conférences de l’année
2012-2013................................................................................ 13
- Philippe GRILLOT, Président de la Chambre de
Commerce et d’Industrie de Lyon et
Nicolas Millet, Directeur de la Direction du développement
industriel et territorial à la CCI de Lyon
« Enjeux de l’industrie à l’échelle du pôle métropolitain »..... 15
- Bruno BONNELL, Chairman de ROBOPOLIS et Président
de SYROBO (Syndicat de la Robotique Française)
« l’Innovation par l’excellence technologique »…………….. 21
- Norbert FONTANEL, Président du Directoire du Groupe
FONTANEL et
Ulrike MAYRHOFER, Professeur de management
international à l’IAE Lyon
« Stratégie comparée des PME familiales France
et en Allemagne »……………................................................ 25
- François GAUDICHET, Directeur Régional de la Banque
de France
« Forces et faiblesses du tissu économique rhônalpin »……..... 29
4
- Gaëtan de SAINTE MARIE, Président de PME
CENTRALE ET Marie-Christine CHALUS-
SAUVANNET, Maître de conférences à l’Université
Grenoble 2
« La productivité par les réseaux professionnels ou comment
repousser nos limites à plusieurs »………………............ 33
Hôte d’Honneur
- Alain MERIEUX, Président de l’INSTITUT
MERIEUX
« Racines lyonnaises et ambition internationale : l’approche
Mérieux »…………………………………………………….. 37
3) Annexes…………………………………………………...... 69
5
Contacts :
Yves MINSSIEUX, Président de la SEPL
e.mail : minssiye@gmx.fr
Gaétane HAZERAN, Vice-Présidente
e.mail : gaetane.hazeran@arcansas.fr
Robert PARIS, past Président de la SEPL
e.mail : paris_robert@yahoo.fr
Philippe HUET, Secrétaire Général
e.mail : p.huet@bartec.eu
Renée JIMBERT, Secrétaire Administrative de la SEPL
e.mail : renee.jimbert@lcl.fr
Le travail de synthèse a été coordonné par Marc BONNET,
Président d’Honneur.
7
NOTE DE SYNTHÈSE ET PROPOSITIONS
DE LA SEPL
LES FACTEURS-CLÉS DU SUCCÈS DE LA DYNAMIQUE
INDUSTRIELLE ET DE L’ANCRAGE DES ENTREPRISES
DANS LA MÉTROPOLE LYONNAISE
Le thème choisi par la SEPL en 2012-2013 pour ses travaux de réflexion
et de proposition a porté sur "les facteurs-clés du succès de la dynamique
industrielle et de l'ancrage des entreprises dans la métropole lyonnaise".
Le choix de ce thème s’inscrit dans la lignée des travaux des années
précédentes sur l’accélération du renouveau industriel de la métropole et
sur le renforcement des synergies entre recherche et industrie à Lyon et
dans sa région. Le sujet de l’ancrage des entreprises dans la métropole a
été choisi en raison du constat que de nombreuses entreprises sont
passées dans le giron d’autres groupes dont le siège n’était pas situé dans
la région. Dans plusieurs autres cas, des entreprises ayant grandi dans
notre territoire ont ensuite déplacé leur siège en région parisienne ou à
l’étranger. Ces départs successifs, bien que chaque fois justifiés, ont été
préjudiciables au rayonnement de notre métropole, à la différence de
métropoles allemandes qui conservent des sièges de grandes entreprises
multinationales (comme Stuttgart, avec Mercédès et Porsche), la perte de
pôles de décision économiques peut être perçue à Lyon comme une
fatalité.
Par ailleurs, dans cette période de crise économique, les entreprises
créatrices de richesses méritent une attention plus particulière et les bons
modèles de développement doivent être soigneusement étudiés.
Pour mener à bien le travail de réflexion sur ce sujet, des grands témoins
ont apporté leurs idées à l’occasion de conférences qui ont eu lieu à la
CCI de Lyon. Ces conférences ont été préparées avec les membres du
Bureau de la SEPL. Afin de croiser les regards entre approches
théoriques et pratiques, plusieurs conférences ont été co-animées par des
dirigeants d’entreprises et des professeurs de l’IAE Lyon. Le rôle de ces
derniers consistait à resituer les problèmes rencontrés dans un cadre plus
général des stratégies d’entreprise et de territoire. Chacune des
conférences a été suivie par un dîner de travail avec les grands témoins,
pour débattre sur les causes profondes des difficultés rencontrées et pour
proposer des pistes de solutions.
8
Les conférenciers ont été choisis pour représenter une variété d’acteurs
de l’ancrage des entreprises à Lyon et dans sa région : le Président de la
CCI de Lyon, un grand groupe dans le domaine pharmaceutique, une
entreprise de haute technologie, une entreprise du BTP, une entreprise de
mutualisation de moyens pour les PME, le Directeur Régional de la
Banque de France. Les six conférences de la session 2012-2013 étaient
ainsi les suivantes :
- Philippe GRILLOT, Président de la Chambre de Commerce et
d'Industrie de Lyon : "Les enjeux de l'industrie à l'échelle du pôle
métropolitain" -
- Bruno BONNELL, Chairman de ROBOPOLIS, Président de SYROBO
(Syndicat de la robotique française) : "L'innovation par l'excellence
technologique" -
- Norbert FONTANEL, Président du Directoire du Groupe FONTANEL,
et Ulrike MAYRHOFER, Professeur à l'IAE Lyon, Université Lyon 3 -
Directrice du Centre de Recherche Magellan : "La stratégie des PME
familiales en France et en Allemagne" -
- François GAUDICHET, Directeur Régional de la Banque de France :
"Forces et faiblesses du tissu économique rhônalpin" -
- Gaëtan de SAINTE MARIE, Président de PME CENTRALE et Marie-
Christine CHALUS-SAUVANNET, Maître de conférences à l'IAE Lyon
: "La productivité par les réseaux professionnels ou comment repousser
nos limites à plusieurs" –
- Hôte d'Honneur : Alain MERIEUX, Président de l'Institut MERIEUX :
"Racines lyonnaises et ambition internationale : l'approche MERIEUX".
1) Points forts et points faibles pour l’ancrage des entreprises
dans le territoire
Tous les conférenciers ont souligné que la région urbaine de Lyon
conserve de nombreux atouts pour créer, attirer et retenir des entreprises
dans le territoire. Tout en rappelant les points forts tels que les
infrastructures, le positionnement géographique et l’histoire industrielle
de Lyon, ils ont mis l’accent sur la qualité des formations, en particulier
dans les domaines scientifiques et d’ingéniérie, ainsi que dans celui des
formations au management. La métropole parvient à retenir des
entreprises très performantes dans des secteurs traditionnels tels que la
pharmacie, les sous-traitances aéronautiques et mécaniques, la chimie,
l’agro-alimentaire etc. Il existe aussi un nombre significatif d’entreprises
dans les domaines de haute technologie : sciences du vivant, énergie et
matériaux, robotique, etc. Lyon est ainsi devenue la capitale de la
première région industrielle de France après la région parisienne, avec un
taux de valeur ajoutée supérieur à celui des autres régions françaises.
9
Malgré ces points forts, les témoignages ont une fois de plus souligné les
faiblesses du tissu économique pour ancrer durablement les entreprises
dans le territoire :
- les sièges des grandes entreprises nationales ayant des établissements
dans la région urbaine de Lyon sont de moins en moins implantés à Lyon.
- il n’y a pas assez d’entreprises de taille intermédiaire (ETI : 250 à 5000
employés). De plus, le vivier d’ETI futures est insuffisant, car très peu de
PME ou PMI ont le potentiel de devenir des ETI. Une des causes
invoquées est la difficulté de transmission du capital, compte tenu du
système fiscal français : de nombreuses PMI ou ETI innovantes sont
revendues à des groupes extérieurs à la région lyonnaise, faute d’avoir pu
gérer financièrement le processus de transmission.
- comme dans le reste de la France, les entreprises de la région ne sont
pas encore assez innovantes et leur niveau d’investissement en recherche-
développement est très inférieur en moyenne à celui de pays plus avancés
comme l’Allemagne ou les Etats-Unis.
- les PME constituent la plus grande partie du poids économique de notre
métropole, mais elles ne sont pas assez structurées et équipées pour
aborder les marchés à l’international : il y a un manque de travail en
équipe pour le faire, à la différence des PMI allemandes, qui sont
accompagnées à l’international par les grandes entreprises dont
elles sont partenaires.
2) Menaces et opportunités
Les conférenciers invités ont rappelé que la mondialisation remet en
cause les activités économiques de notre métropole. Si la mondialisation
est une opportunité pour nombre d’activités de notre cité, elle est perçue
en premier lieu comme une menace très sérieuse pour la pérennité et
l’emploi en raison d’une difficulté à accélérer les processus d’innovation
et de développement des entreprises. Pourtant, de nombreuses
opportunités existent pour les entreprises de la région lyonnaise. En effet,
le tissu industriel varié peut favoriser des possibilités de fertilisation
croisées entre spécialités. A titre d’exemple, toutes les compétences
existent dans la région lyonnaise pour équiper les villes des pays dont
l’expansion démographique est rapide : infrastructures et bâtiments
innovants, énergie, santé, etc. (cf. expérience du réseau city techs).
Lors du dîner de clôture, Alain Mérieux a repris de façon plus incisive les
idées de synthèse sur les menaces et opportunités de Lyon et de sa région.
Il a fait passer un message en tant que dirigeant attaché à ses racines
lyonnaises et au maintien de l’emploi en France : plus du tiers des
effectifs de son groupe restent en France, bien que plus de 90 % du
chiffre d’affaires soit réalisé à l’étranger. Quelques extraits de son
10
discours peuvent être considérés comme partie intégrante de la synthèse
des travaux de l’année :
a) Menaces pour Lyon dans le contexte de la mondialisation :
« Imaginer une seconde que l’on vivra à Lyon, avec principalement
des services, avec du tourisme, est une idée que je ne partage pas…Il
faut donc réindustrialiser... ». « Vous ne pouvez pas demander à des
personnes qui ont une démographie galopante avec des besoins
ahurissants à couvrir, de rester et d’attendre les lyonnais… ».
b) Discrétion et manque de mobilisation de Lyon et des lyonnais face
aux menaces extérieures: « Je dis simplement qu’il y a une certaine
mollesse par rapport au reste du monde. Je trouve que notre ville de
Lyon est un peu molle quand même dans le sens de la prise de
conscience de ce qui se passe dans le monde ». « Je pense que tout est
foutu, si on veut bien que tout soit foutu. C’est ce que j’ai appris de la
vie et je crois qu’aucune bataille n’est perdue tant qu’elle n’est pas
livrée ».
c) Opportunités de la mobilisation de tous pour l’avenir des entreprises
de la région lyonnaise: « Quand on est à l’étranger, c’est sans savoir
ce qui suivra ou se passera ». « Le seul risque dans la vie est de ne
pas prendre de risque ». « Se battre et se mobiliser procure une
certaine joie de vivre ». « Je pense sincèrement que l’entreprise
engendre une vraie richesse, celle qui se crée et qui se partage ». « Le
rôle d’un gouvernement est de faire comprendre que le monde
universitaire et le monde économique et industriel ne sont pas en
opposition, mais qu’ils travaillent ensemble et qu’il est nécessaire de
le faire intelligemment dans l’intérêt collectif et public ».
Ces quelques extraits du message d’Alain Mérieux, l’un des
entrepreneurs les plus emblématiques de notre territoire, s’adressent à
tous les acteurs de la vie économique et sociale à Lyon. Parmi ces
acteurs, la SEPL s’est donnée pour mission depuis son origine il y a 150
ans de contribuer à rassembler les idées de projet. Elle tente de mobiliser
les acteurs de la région lyonnaise pour permettre un développement
économique et social durable au niveau de notre territoire. A titre
d’exemple, les livres collectifs édités par la SEPL dans les cinq dernières
années rassemblent les idées de projet proposés par les grands témoins :
- Rapport SEPL 2009 : « Accélérer le renouveau industriel de la
métropole lyonnaise ».
- Rapport SEPL 2010 : « Renforcer les synergies entre recherche et
industrie dans la métropole lyonnaise ».
11
- Rapport SEPL 2011-2012 : « Organiser la synergie entre monde rural et
monde urbain dans la métropole lyonnaise : Vers un modèle de métropole
industrielle verte ».
Les propositions formulées dans cet ouvrage par les grands témoins de
l’année 2013 peuvent être synthétisées autour de trois principaux axes :
a) S’internationaliser tout en étant ancrés dans le territoire : cela
consiste à aller chercher les marchés à l’international, comme le
font les ETI du Mittelstand allemand, et à s’appuyer sur les
savoir-faire variés de notre territoire lyonnais pour construire une
offre adaptée. Cela suppose notamment de renforcer
l’accompagnement des entreprises, de leur donner les moyens
financiers, et de mieux former les jeunes lyonnais aux langues
étrangères.
b) Mettre en réseau les PME-PMI et mutualiser les moyens pour
innover: les entreprises de la région lyonnaise, comme d’ailleurs
les entreprises françaises en général, sont trop petites en taille
pour faire face à la concurrence, pour aborder des gros marchés
et pour innover. Il convient ainsi de renforcer la culture de travail
en réseau et les dispositifs de coopération inter-entreprises dans
de nombreux domaines : achats, innovation, marchés à l’export,
etc. Il faut renforcer le dispositif d’accompagnement financier et
fiscal pour les transmissions et fusions-absorptions de PME-PMI,
afin de conserver les centres de décision au niveau de notre
territoire.
c) Développer une véritable coopération entre les entreprises et les
universités : au-delà des « déclarations fracassantes et peu
suivies d’actions concrètes », comme cela a été évoqué par
plusieurs grands témoins, les entreprises se sentent
insuffisamment « aimées », alors qu’elles contribuent à la
création de valeur ajoutée du territoire et à l’emploi. Cette
coopération commence par le développement de l’alternance
université-entreprises dans toutes les filières de formation. Elle
nécessite aussi de développer davantage les partenariats de
recherche-développement menés conjointement par des
laboratoires privés et publics et par les entreprises sur des projets
de recherche-développement concrets. Comme l’avaient souligné
les grands témoins des années précédentes, notamment Bernard
BIGOT, Administrateur Général du CEA, notre pays a
surdéveloppé la recherche pure par rapport aux allemands qui ont
su équilibrer recherche fondamentale et recherche-
développement. Aurons-nous le courage et la volonté de
12
persévérer dans cette voie si nécessaire, mais en même temps si
délicate pour de nombreux acteurs ?
Conclusion
L’amélioration de l’ancrage des entreprises dans notre région urbaine de
Lyon ne se limite pas à des actions au niveau français ou européen. Notre
territoire a tous les atouts en main pour permettre aux entreprises de notre
région urbaine de se développer sur place, et permettre aux jeunes de
notre cité de trouver un avenir brillant dans les entreprises petites ou
grandes de la région. Il manque seulement un projet fédérateur pour
mobiliser les énergies. Sans cela, nous risquons de connaître un déclin
accéléré de nos entreprises et de notre industrie compte tenu des
tourmentes liées à la mondialisation actuelle. Les jeunes les plus favorisés
iraient alors chercher fortune ailleurs, et ceux qui ne le peuvent pas
risquent de connaître la fatalité et le désespoir, ce qui serait sûrement
aussi préjudiciable pour les générations actuellement en position de
responsabilité.
Afin de stimuler davantage un projet ambitieux au niveau de la métropole
et de la région urbaine de Lyon, la SEPL propose à nouveau qu’un projet
global soit lancé pour renforcer la stratégie de développement
économique de notre cité. Ce projet comprendrait en particulier des
actions sur les trois domaines évoqués au cours de l’année 2012-2013 de
la SEPL : internationaliser davantage les entreprises du territoire, mieux
mettre en réseau les entreprises, et accélérer la recherche-développement.
Afin d’éviter la dispersion des énergies et des initiatives, le projet
stratégique évoqué ci-dessus devrait être dirigé par un groupe de pilotage
comprenant à la fois la CCI de Lyon, le Grand Lyon et les services de
l’Etat et de la Région.
A cet égard, la création effective de la Métropole Lyonnaise que la SEPL
a appelé de ses vœux à plusieurs reprises, notamment en 2008, constitue
une réelle opportunité.
COMPTES-RENDUS DES
CONFÉRENCES DE LA SESSION
2012-2013
15
« Enjeux de l’industrie à l’échelle du pôle
métropolitain »
Philippe GRILLOT
Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon
Nicolas MILLET
Directeur de la Direction du Développement industriel et territorial
à la CCI de Lyon
Le Président Yves MINSSIEUX présente Philippe GRILLOT, d’origine
bourguignonne. Il a créé une entreprise de transport de matières
dangereuses. Avant d’être élu en tant que Président de la CCI, il a été
Président du Tribunal de Commerce de Lyon et il est membre du CESER
Rhône-Alpes. Il a aussi joué un rôle important pour la mise en place de
dispositifs de prévention des difficultés des entreprises. Autodidacte, il a
su développer ses connaissances en management, notamment au travers
du Centre des Jeunes Dirigeants. Il a su également saisir l’opportunité
offerte par son 1er
patron qui souhaitait former ses collaborateurs.
1) Exposé de Philippe GRILLOT sur la politique de la CCI en
matière d’industrialisation
Philippe GRILLOT remercie et ajoute que l’on peut créer une entreprise
aujourd’hui, même sans diplôme. Le CJD a été pour lui une école des
affaires et de l’amitié où il a suivi des formations le soir et où il côtoyait
d’autres entrepreneurs, qu’ils soient héritiers, cadres ou jeunes créateurs
d’entreprises.
Il vit un apprentissage au quotidien à la CCI pour mettre à disposition les
meilleurs outils au service de la croissance des 71 000 entreprises du
territoire.
Il rappelle en premier lieu que Rhône-Alpes est maintenant la première
région industrielle de France, malgré la rude concurrence à laquelle nos
entreprises sont confrontées. La région lyonnaise commence à mettre en
place un pôle métropolitain où il convient de mettre en commun les
moyens pour soutenir notre industrie.
16
Il s’agit notamment de faire évoluer positivement l’interaction entre 4
éléments qui structurent notre territoire métropolitain : les acteurs
économiques, les acteurs des collectivités, le monde de l’enseignement et
de la recherche, enfin les acteurs de la culture et de la citoyenneté. Il faut
savoir parler de l’entreprise au travers de son implication dans la vie
sociale et culturelle de la cité ; les PME-TPE participent à l’élan général
du développement dans leur environnement. Des actions traduisent déjà
cette orientation : l’Ecole de la 2e
chance à Vaulx-en-Velin, Sport dans la
ville ou « nos quartiers ont du talent ».
Il existe une alchimie qui nous permet de conserver et d’attirer des
entreprises industrielles sur notre territoire, à la différence d’autres
régions qui n’ont pas de tradition industrielle : nous pouvons en effet
nous appuyer sur la culture de l’industrie que possèdent les hommes et les
femmes de notre région, avec un savoir-faire qui permet d’être compétitif
et une productivité qui est l’une des meilleures du monde, même si les
salaires sont plus élevés que dans d’autres pays. L’Aderly attire chaque
année une soixantaine d’entreprises. Nous avons aussi un appareil de
formation très complet, avec des coopérations qui sont prometteuses,
comme celle qui est mise en place entre Centrale et EM Lyon, où les
ingénieurs et les managers apprennent à travailler ensemble. Il y a aussi
un rapprochement qui s’opère entre écoles et entreprises. Au plan de la
recherche, des relations se développent avec le CEA et Lyon coopère
avec Grenoble sur les nanotechnologies. On peut aussi mentionner les
réalisations sur le design avec Saint-Etienne, ainsi que les
rapprochements en cours avec CPE (dont la CCI est partenaire), l’IAE
Lyon (présidé par Bruno Rousset) et l’ENS Lyon : tous ces
rapprochements contribuent à faire entendre la voix des entreprises dans
le PRES de Lyon et à travailler ensemble pour le développement
industriel.
Malgré ces réalisations, beaucoup de progrès restent à faire, en particulier
dans quatre domaines :
-Les systèmes d’innovation : notre effort est encore insuffisant, surtout
quand on se compare avec des pays comme l’Allemagne. Le monde
économique ne peut rien sans la coopération avec les acteurs de la
recherche.
- L’international : nos entreprises ne savent pas assez exporter et nos
cadres ne parlent pas assez les langues. A titre d’exemple, il est dommage
de constater que notre pays n’a réussi à vendre qu’un matériel de 15 k€
pour le marché de construction du tunnel sous le Bosphore, représentant
un marché total de 3 milliards d’Euros. Il reste à travailler sur les réseaux
à l’export, avec des clubs d’entrepreneurs et l’aide d’experts pour nous
sensibiliser à l’export.
17
- La formation : certaines branches n’arrivent pas à recruter les
ingénieurs dont elles ont besoin, et on observe encore des
déséquilibres entre l’offre et la demande, en particulier quand il y
a des reprises économiques. Il convient aussi de mettre l’accent
sur l’insertion des personnes en difficulté et faire en sorte que le
système de formation prépare l’avenir des jeunes et permette de
donner une deuxième chance à ceux qui ne sont plus dans
l’emploi.
- La réglementation : le plus grand obstacle que nous rencontrons
pour faire venir les investisseurs sur notre territoire est
l’instabilité réglementaire, car cela entraîne un manque de
visibilité pour les décideurs.
La ré-industrialisation ou plus précisément le renforcement du tissu
industriel passe par la densification des échanges économiques au sein du
Pôle Métropolitain (G4) et la valorisation du goût d’apprendre
notamment chez les jeunes. Nous vivons une période pas facile mais au
lieu de recevoir un discours défaitiste, il faut leur montrer les réalisations
exemplaires – à l’image de celle du CEA ou des nano-biotechnologies –
ou leur présenter les filières qui recrutent car trop souvent on constate
encore une dichotomie entre l’appareil de formation et la réalité du
marché du travail. Il faudrait prendre des initiatives avec toutes les parties
prenantes pour apporter des solutions concrètes. Mais, seul, le monde
économique ne peut rien.
2) Exposé de Nicolas MILLET sur la stratégie de
renforcement de notre base productive
Le Président GRILLOT donne la parole à Nicolas MILLET pour
présenter les actions de la CCI de Lyon destinés à renforcer notre base
productive à l’échelle métropolitaine. Il y a quatre moteurs principaux,
dont deux premiers qui sont endogènes et deux autres qui sont exogènes :
- L’entrepreneuriat, qui améliore notre agilité et permet
d’accélérer la sophistication technologique : la CCI reçoit de
5000 à 7000 porteurs de projets/an, dont 40 % de demandeurs
d’emplois, 53 % de salariés et de dirigeants, ce qui est un signe
de vitalité. Toutefois, il faut agir pour améliorer l’entrepreneuriat
au niveau des jeunes diplômés.
- Le Pôle de recherche et d’enseignement supérieur et les
laboratoires qui nous aident à progresser vers la société de la
connaissance : Lyon fait partie des 100 premiers pôles
18
universitaires dans le monde. Il reste à améliorer le lien avec
l’industrie et à accélérer l’internationalisation.
- Les ETI qui permettent de réduire les délais d’innovation : il y
en a 70 qui sont présentes sur Lyon, même si nous avons très peu
de sièges.
- Les réseaux métropolitains, qui peuvent nous aider à mutualiser
des moyens, par exemple pour mieux attaquer « en meute » des
marchés à l’export. La métropole lyonnaise doit évidemment
coopérer avec les autres métropoles voisines dans certains
domaines : Grenoble pour les nanotechnologies, Genève pour
l’industrie du luxe, Paris pour l’ingéniérie financière, etc.
Ces quatre moteurs peuvent nous aider à mieux valoriser nos nombreux
points forts tels que les suivants :
- L’agro-alimentaire : nous savons « nourrir la planète »et
préparer des plats gourmets.
- La santé : technologies médicales, ingénierie de construction
d’hôpitaux (GFC), etc.
- L’urbanisme : construction de la ville et savoir-faire
d’embellissement, ingénierie des transports et du métro, etc.
3) Débat
B. DE SAINTE-MARIE : comment faire pour défendre les entreprises
patrimoniales ?
P. GRILLOT : avec un budget global de 50 M€ (fiscalité + subventions +
facturations), on essaie à la CCI de Lyon de notre mieux d’apporter un
accompagnement efficace à toutes les entreprises, dont les entreprises
patrimoniales. Les collectivités, dont la Région Rhône-Alpes, ont la
légitimité pour traiter du développement économique, mais les réformes
proposées dans l’acte III de la décentralisation font craindre une
complexification accrue.
M. THOMAS : comment voyez-vous la flexibilité des salariés et des
citoyens pour leur permettre de changer de métier ? Comment, à ce sujet,
mettre de « l’huile dans les têtes et par seulement dans les textes» ?
P. GRILLOT : les jeunes doivent choisir une filière qui les motive, mais
il faut leur proposer un éventail complet de filières. Il est essentiel de
19
promouvoir la formation professionnelle tout au long de la vie. La
compétence technique doit s’accompagner d’une compétence humaine
qui se trouve dans l’étude des « humanités. Enfin, il faut savoir approcher
et maîtriser les langues et les cultures ; ce sont ceux qui bougent le plus
qui s’en sortent le mieux et ceci est vrai pour les individus comme pour
les entreprises.
Y. MINSSIEUX : il est nécessaire de faire partager cette « culture de la
flexibilité par les politiques ».
P. GRILLOT : il faut expliquer en toute occasion ce qui fonde
l’économie. Les politiques ont envie de se confronter au monde
économique, il faut aller à leur rencontre comme à celle des acteurs
culturels.
Un participant : quid du dossier de la cité internationale de la
gastronomie ?
M. DELOCHE : considérez-vous le tourisme comme une industrie à part
entière ?
P. GRILLOT : le tourisme est une industrie à part entière comme le
prouve le tourisme d’affaires et les activités d’Eurexpo. Il faut que Lyon
progresse encore sur ses activités nocturnes et sur l’ouverture dominicale.
G. HAZERAN : comment faire bouger les lignes dans nos échanges avec
l’UE ?
P. GRILLOT : la CCI de Lyon participe à un réseau européen des CCI
métropolitaines et discute de ce sujet avec des partenaires européens.
L’ouverture de notre métropole demeure un objectif prioritaire de notre
action.
Remarque complémentaire :
JP DUFFLOT (LCL) : les banques doivent évoluer dans leur offre de
service aux entreprises. On pourrait s'intéresser à une interaction avec le
monde de la recherche et des pôles de compétitivité en structurant une
offre spécifique.
21
« L’innovation par l’excellence
technologique »
Bruno BONNELL
Chairman de ROBOPOLIS
et Président de Syrobo (Syndicat de la Robotique Française)
Le Président Yves MINSSIEUX donne en premier lieu la parole
à François VERGES, président de la commission industrie de la CCI-
Lyon. Celui-ci se réjouit d’accueillir le conférencier de ce soir et rappelle
l’importance de l’innovation en tant que levier du développement
industriel durable de la métropole. Lyon est classée au premier rang des
villes françaises où il fait bon innover. La CCI-Lyon apporte une réponse
complète pour accompagner les entreprises dans leur processus
d’innovation et cette aide a concerné plus de 120 entreprises en 2012. Le
président présente ensuite le conférencier, Bruno BONNELL. Né en
1958, il est diplômé de CPE Lyon et de l’Université Paris-Dauphine. Il a
créé Infogrames en 1983, la première société européenne du jeu vidéo,
qui a connu un développement fulgurant mais a été victime de sa
croissance trop rapide. Après le rachat de celle-ci par ATARI, Bruno
Bonnell s’expatrie cinq ans à New York où il se familiarise avec la
robotique et la domotique. Il crée en 1995, la première société fournisseur
d’internet en France, Infonie, puis la chaîne de télévision MTV. En 2007,
il a créé Robopolis qui conçoit et commercialise des produits de
domotique en France, Belgique, Allemagne, Autriche et Luxembourg. Il a
aussi fondé en 2011 Awabot, entreprise tournée vers le marché des
logiciels éducatifs et de loisirs. Il est aussi président du salon
international de la robotique « Innorobo » qui se tient à Lyon depuis 3
ans. Ce salon est organisé cette année simultanément avec « European
Robot Forum », qui accueille à Lyon 400 chercheurs internationaux dans
le domaine de la robotique.
Bruno BONNELL commence son exposé en décrivant
l’accélération des impacts de l’innovation sur les évolutions sociétales : il
n’y avait que 10 000 abonnés internet en France en 1998, contre plus de
30 millions aujourd’hui. l’I-phone ne date que de 2007 et les smart-
phones ont maintenant conquis le monde. Les tablettes tactiles ne datent
que de trois ans et la téléphonie 4G était impensable il y a seulement deux
ans. Un exemple de cette révolution sociétale est le glissement
sémantique de termes tels que « PC » (autrefois, un « poste de
commandement »), « souris », « tablettes », etc. La diffusion des
nouvelles technologies s’accélère ainsi depuis les dernières décennies :
22
les années1980 ont été celles du numérique, les années 90 celles du
développement du téléphone sans fil. La décennie de 2000 à 2010 a été
marquée par la diffusion de l’Internet, puis du smartphone et de la
téléphonie mobile à haut débit, une opportunité économique en partie
ratée par la France, malgré le génie français pour la télématique. Ces
évolutions se retrouvent dans la consommation des ménages, puisque
depuis 2010, les télécommunications sont devenues le deuxième poste de
dépense des ménages, devant l’automobile, la nourriture et l’habillement.
La prochaine révolution sera celle de la robotique. Le robot,
terme tchèque qui signifie « esclave » et qui a été popularisé par Kapek,
est une combinaison de capteurs, de processeurs embarqués et
d’actionneurs-activateurs. C’est en quelque sorte une solidification du
numérique, un transfert d’une partie de l’intelligence vers les machines,
et c’est une évolution qui s’inscrit dans une chaîne logique des progrès de
l’humanité depuis l’invention des outils, des machines et de l’électricité.
Les robots permettent de gérer des opérations complexes. La ligne
automatique du métro est une forme de gros robot, et les Airbus A 380 ne
fonctionneraient pas sans les robots. A l’avenir, ils vont gérer les flux
d’air dans les bâtiments BBC, les examens de santé à domicile ou encore
les déplacements urbains, avec des voitures robotisées. Tout comme
l’Internet a transformé les services, la robotique va transformer l’industrie
et la révolution robotique va amener à réinventer les produits à l’avenir,
en leur donnant de nouveaux usages. L’appropriation de ces nouvelles
technologies est de plus en plus rapide, avec dans certains cas des
progressions exponentielles. Par exemple, Robopolis a vendu 800
aspirateurs-robots en 2006, et 120 000 en 2012, avec un phénomène de
doublement des ventes chaque année. Dans son livre «Viva
la robolution » Bruno BONNELL explique pourquoi et comment les
robots vont radicalement transformer notre vie quotidienne, pour donner
à chacun plus de temps et pour être davantage présent pour les autres.
La France et Lyon ont des atouts pour réussir la ré-
industrialisation par le développement de la robotique, à condition de
prendre la « vague » au bon moment, comme au surf, en évitant les
échecs d’innovation arrivées trop tôt, telles que le Newton d’Apple
ou encore les moteurs de recherche du Minitel dans le cas français.
Il n’y a pas besoin d’être chinois pour réussir dans l’innovation
robotique. Les Français ont devant eux un « boulevard », car ils
sont formés à des méthodes globales et ils sont bons dans les
sciences de l’agrégation et de l’assemblage, tandis que les
Allemands ont une culture complémentaire et davantage
« verticale ». L’innovation dans le domaine de la robotique viendra
23
davantage des petites entreprises en lien avec les recherches
universitaires (comme à l’EPFL de Lausanne) que des grandes
entreprises car ces dernières ont une plus forte aversion au risque
(exemples récents de Nokia et de Microsoft). En robotique comme dans
d’autres domaines, les grandes innovations viendront d’un foisonnement
d’essais-erreurs, dans un processus où il ne faut jamais s’arrêter d’essayer
et de favoriser la diversité. A la différence des innovations passées, tirées
principalement par la recherche dans le domaine de l’armement, les
innovations en robotique seront davantage tirées par les marchés de
grande consommation et par la recherche du confort de vie.
Dans le cas de Lyon, nous avons la chance d’avoir des champions de la
robotique et d’organiser en mars 2013 le salon « Innorobo » qui a pris de
l’ampleur depuis la première version en 2011. Innorobo, consolide en
effet sa position d’évènement international dédié à la robotique de
service. Ce salon propose également un cycle de conférences de haut
niveau ainsi qu’une surface d’exposition représentative de la robotique
mondiale. Cette année la partie exposition comptera plus de 120 sociétés
et seront représentés 14 pays différents.
Par ailleurs, cette année nous avons la chance d’accueillir à Lyon, en
même temps qu’Innorobo, le European Robotics Forum 2013.
L'objectif de ce Forum est de créer un évènement majeur et européen
autour de l'investissement en Robotique. Il veut permettre à des sociétés
européennes de la robotique de rencontrer des investisseurs
professionnels, soit directement lors des sessions du matin, soit de
manière informelle tout au long de la journée. Un grand débat sera aussi
organisé sur l'investissement en Robotique afin de fédérer les différents
acteurs européens du Capital Risque, des Associations de Business
Angels, des décideurs Européens autour des start-ups et PME du secteur.
25
« Stratégie comparée des PME familiales
France et en Allemagne »
Norbert FONTANEL
Président du Directoire du Groupe Fontanel
Ulrike MAYRHOFER
Professeur de management international à l’IAE Lyon
Le Président Yves Minssieux présente les deux conférenciers :
- Ulrike Mayrhofer est professeur à l’Université Jean Moulin
Lyon 3 et directrice du Centre de Recherche Magellan de l’IAE Lyon.
Ses publications portent sur les stratégies d’internationalisation des
entreprises. Elle présentera le modèle économique du mittelstand, très
répandu dans le Sud de l’Allemagne, et qui est formé de grosses PME à
capitaux familiaux et fortement exportatrices.
- Norbert Fontanel est Président du Directoire du groupe
FONTANEL, entreprise familiale de 240 salariés pour un chiffre
d’affaires de 100 M€, membre élu de la CCI Lyon, et membre de la
Fédération Française du Bâtiment. Il parlera de l’expérience du groupe
FONTANEL en tant qu’entreprise de taille intermédiaire de la métropole
lyonnaise. Le Président Minssieux annonce que les conférenciers
alterneront leurs interventions afin de mieux identifier les enseignements
à retirer du modèle allemand pour les ETI de la métropole lyonnaise.
Dans un premier temps, Mme Mayrhofer présente une analyse
comparée de la stratégie des entreprises familiales françaises et
allemandes. Elle rappelle la classification selon les effectifs des
entreprises : Très Petites Entreprises (moins de 10 salariés), PME (entre
10 et 250 salariés) et ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire, de 250 à
5 000 salariés). Les PME françaises ont en moyenne 180 salariés pour 46
millions d’euros de chiffre d’affaires annuel tandis qu’en moyenne les
PME allemandes ont un effectif moyen de 450 salariés pour 108 millions
d’euros de chiffre d’affaires. En France, le tissu des PME/ETI est
davantage fragmenté qu’en Allemagne : 36 000 entreprises en France,
soit 1,5% des entreprises contre 21 000 en Allemagne soit 1,2% des
entreprises. En outre, les PME-ETI allemandes pèsent au total davantage
dans le PIB (produit intérieur brut) et le volume d’emploi que leurs
équivalentes françaises : 2300 milliards d’Euros en Allemagne et 34,5 %
26
de l’emploi salarié, contre 1700 milliards d’Euros en France et 28,8 % de
l’emploi. L’effort de compétitivité par l’innovation des PME/ETI
allemandes (500 000 brevets déposés par an contre 217 000 pour les
PME/ETI françaises) contribue à la progression des exportations des
entreprises allemandes : 56% du chiffre d’affaires des allemandes contre
42% des françaises.
Norbert Fontanel donne alors l’exemple de l’entreprise qu’il
dirige. Avec plus de 250 salariés permanents en plus des intérimaires et
de la sous-traitance, c’est une ETI française caractéristique, la plus grosse
entreprise de bâtiment dans le département du Rhône. Elle s’est
développée en saisissant les opportunités de croissance depuis plus de 50
ans. L’entreprise a été créée par le père de Norbert Fontanel, autodidacte
et fils d’un artisan maçon. Grâce à sa capacité de travail, il relève le
challenge de grosses commandes et peut embaucher son 1er
cadre en
1972, et il transforme le statut de l’entreprise en Société Anonyme. En
1986, l’entreprise FONTANEL se professionnalise en développant ses
compétences, afin de s’adapter à une stratégie de recentrage des chantiers
sur le territoire de la ville de Lyon intra-muros, en se spécialisant dans la
construction d’immeubles. C’est à ce moment là que Norbert Fontanel
entre dans l’entreprise, avant d’en prendre la présidence en 2002. En
1990, de grandes mutations ont lieu dans le domaine du bâtiment. La
direction de l’entreprise décide alors de restructurer l’entreprise et de
s’orienter vers la recherche des gros marchés. Une stratégie de flexibilité
a été choisie en recrutant des sous-traitants pour ne pas augmenter la
masse salariale et maintenir la compétitivité par la réduction des coûts
fixes et le recentrage sur les compétences clés. En 1998, une holding est
créée, afin de préparer la succession, puis d’ouvrir à hauteur de 20 % le
capital de la société à des fonds d’investissements à partir de 2010.
Ulrike Mayrhofer reprend la parole pour présenter les
caractéristiques du modèle du Mittelstand : forte spécialisation des
métiers de base, partenariat avec les autres entreprises du territoire pour
les activités qui ne sont pas au cœur du métier, externalisation des
activités à faible valeur ajoutée (18 % d’externalisation). La
concentration des compétences clés permet aux PME/ETI allemandes de
mieux focaliser leurs efforts de financement de la recherche-
développement ainsi que leurs investissements en marketing et
commercialisation. En moyenne, les entreprises du Mittelstand
externalisent 18 % de leurs activités auprès de sous-traitants avec qui
elles entretiennent une relation partenariale très étroite. L’investissement
en R&D s’élève à 4 ,5 % en moyenne, ce qui permet de renforcer en
permanence la compétitivité dans le cadre de la concurrence mondiale.
Ce modèle allemand est reconnu pour sa compétitivité sur les marchés
internationaux : 75 % des entreprises du Mittelstand allemand sont
27
exportatrices et environ 90 % des entreprises de taille intermédiaire
réalisent plus de la moitié de leur chiffre d’affaires à l’export. Cela
s’explique notamment par un niveau élevé d’investissement dans
l’innovation qui permet d’accélérer la création de produits nouveaux,
l’automatisation des procédés, les services associés aux produits, et
l’innovation par l’anticipation des besoins permettant de fidéliser la
clientèle. Cet effort d’innovation est complété par des stratégies
partenariales : prospection avec les fournisseurs, mise en place de
contrats de coopération (34%), création de filiales commerciales (21%) et
de production (14%), ou encore de sociétés communes (9% en joint
venture) et de franchises (6%). Cet effort d’innovation s’appuie dans 80
% des cas sur le personnel et les ressources internes des entreprises. Bien
davantage qu’en France, il est complété par le travail de recherche réalisé
en coopération inter-entreprises (42% des cas) et par des partenariats avec
38% des laboratoires de recherches privés ou universitaires.
Un autre facteur de compétitivité est celui de la qualité des
processus de formation des salariés allemands. A la différence de la
France, marquée par la tradition des formations généralistes et par un
poids moins important de l’alternance, les entreprises allemandes ont
l’habitude de l’apprentissage et de la formation continue. Le style de
management est aussi très responsabilisant, avec l’accent mis sur
l’implication, la culture d’entreprise, la flexibilité et les aménagements
d’horaires et le travail à distance. Le « made in Germany » est aussi
devenu un facteur de compétitivité car il est un gage reconnu de qualité
sur les marchés internationaux, justifiant des prix plus élevés et des
marges d’autofinancement réinvesties en innovations. C’est ainsi que les
ETI allemandes préservent leur indépendance. Elles sont en proportion
50% plus nombreuses que leurs homologues françaises à connaître des
taux annuels de croissance de leur chiffre d’affaires supérieurs à 10%.
Norbert Fontanel présente certains rapprochements entre le
modèle du mittelstand et celui de l’entreprise qu’il dirige : regroupement
d’entreprises pour faire face à de gros marchés, coopération avec des
PME locales afin d’assurer une complémentarité des métiers, embauche
d’ingénieurs et de jeunes talents pour accélérer les processus
d’innovation, proposition de services et produits nouveaux afin de
renforcer l’image et la réputation de l’entreprise. La gouvernance
familiale de l’entreprise et la transmission au sein de la famille permettent
aussi de contribuer à la pérennité et à l’ancrage dans le territoire, tout en
se gardant de l’écueil de devenir une entreprise communautaire, car l’ETI
« ne doit pas ressembler à son patron, mais à son temps ». Comme dans le
modèle de l’entreprise allemande, les succès de FONTANEL et la
capacité de l’entreprise à franchir des seuils de développement et à saisir
les opportunités tiennent à la passion des équipes dirigeantes pour
28
l’innovation et pour les projets de l’entreprise ainsi qu’à la rigueur et au
travail acharné. La gestion de personnel est attractive en offrant des
possibilités de carrière et de participation financière (jusqu’à l’équivalent
de 4 mois de salaire par an) et en favorisant la diversité des profils.
L’entreprise attire des jeunes, notamment grâce à l’alternance, car ils
apportent de l’énergie et des idées nouvelles. Norbert Fontanel indique
que la moyenne d’âge de l’entreprise qu’il dirige est de 39 ans et qu’il ne
croit pas à la croissance durable d’entreprises dont le personnel vieillit.
Cela suppose de prendre en compte les attentes des jeunes qui ne veulent
pas investir tout leur temps dans l’entreprise.
Norbert Fontanel regrette cependant que l’environnement de
notre pays ne soit pas aussi favorable pour les ETI qu’en Allemagne. Il
déplore par exemple que de nombreuses ETI françaises passent dans le
giron de grands groupes étrangers, qui savent échapper à l’Impôt sur les
Sociétés, à l’ISF et au coût de transmission entre générations. La
complexité et l’instabilité fiscale et réglementaire constituent aussi un
handicap, à la différence de l’Allemagne. A titre d’exemple, les
entreprises allemandes ont su reconstruire l’Est du pays en dérogeant aux
accords de branche et en développant la flexibilité du temps de travail.
Les mentalités doivent aussi changer dans notre pays où les entreprises ne
sont pas toujours aimées et où les gens qui entreprennent sont critiqués.
29
"Forces et faiblesses du tissu économique
rhônalpin"
François GAUDICHET
Directeur Régional de la Banque de France
Le Président Yves Minssieux présente le conférencier, Monsieur
Gaudichet, Directeur Régional de la Banque de France à Lyon. M
Gaudichet est lui-même membre du Conseil de la SEPL, dont il a
participé aux travaux, notamment en ce qui concerne la réflexion sur les
pôles de compétitivité industrielle.
M Gaudichet propose de s’appuyer sur son expérience d’observateur de
l’économie régionale pour esquisser une stratégie de développement de
notre tissu économique rhônalpin. Celui-ci a jusqu’à maintenant pu
résister dans un environnement économique français défavorable à la
suite de la crise financière de 2008.
a) Un environnement peu favorable pour la compétitivité
française dans l’économie mondiale
L’économie mondiale a connu une croissance économique soutenue
depuis 20 ans, avec une forte progression des pays émergents, notamment
en Chine. Le ralentissement conjoncturel enregistré depuis la crise
financière de 2008 a accentué les divergences entre pays. En se centrant
plus particulièrement sur la zone Euro, les trajectoires sont très
hétérogènes et même divergentes, avec un fort rebond positif de
l’Allemagne, tandis que des pays comme l’Espagne, l’Italie, et à un degré
moindre la France, ont subi des forts ralentissements économiques. Si
l’endettement avait permis aux économies occidentales de soutenir la
croissance dans un premier temps, puis de faire face à la crise de 2008, il
risque désormais de rendre structurel le phénomène actuel de
ralentissement.
En ce qui concerne la France, on a pu observer que son activité
économique avait stagné au cours des cinq dernières années en même
temps que la profitabilité des entreprises fléchissait sensiblement.
En particulier, la part de marché à l’export de notre pays s’est
détériorée. Le change Euro contre Dollar n’apporte qu’une
explication partielle à ce repli. L’évolution du coût du travail nous
30
a pénalisés depuis 10 ans par rapport à l’Allemagne, alors même
qu’il évoluait comme la moyenne des autres pays européens ; or les
enquêtes montrent que l’Allemagne est notre principal concurrent
sur les marchés étrangers. En outre, notre niveau d’investissement
en recherche-développement est resté relativement stable sur la
période tandis que l’effort de R.D. de l’Allemagne a pour sa part
progressé de plus de 11 % sur la période en poids relatif par rapport
au PIB.
b) Une économie qui reste solide en Rhône-Alpes
Il peut être intéressant d’étudier les positions des économies
régionales françaises, hors Paris. Cela fait apparaître Rhône-Alpes en
leader des régions, avec un poids supérieur de 50 % à celui du Nord-Pas
de Calais, loin devant les autres grandes régions comme PACA, les Pays
de Loire, la Bretagne ou l’Aquitaine. En ce qui concerne plus
particulièrement l’industrie, le taux de valeur ajoutée de l’industrie dans
la région est supérieur à la moyenne nationale (28, 1 contre 25, 7%) et
son économie est globalement exportatrice, malgré un recul par rapport à
2010-2011. Les entreprises sont relativement solides, comme l’indique la
cote Banque de France (cotes 3 et 4) des entreprises de Rhône-Alpes, en
moyenne meilleure que le niveau national. Ces entreprises bénéficient
d’un système financier robuste et efficace. Ce raisonnement est
particulièrement vrai pour l’industrie : les secteurs les plus performants
sont notamment l’industrie pharmaceutique, la sous-traitance
aéronautique, les produits chimiques, l’agroalimentaire. En outre, la
région dispose de domaines d’excellence dans les hautes technologies :
sciences du vivant, nano-sciences, micro-électronique, énergie-matériaux
et chimie durables. Il y a aussi des positions fortes dans des secteurs plus
classiques comme la sous-traitance mécanique, l’industrie du son de
l’image et de la lumière, le tourisme et les produits agricoles.
La région attire les entreprises, comme en témoigne notamment le
nombre d’implantations : par exemple 71 nouvelles implantations ont été
recensées en région lyonnaise par l’Aderly en 2012. Les facteurs
d’attractivité peuvent être rappelés: le positionnement technologique des
entreprises est globalement plutôt favorable et on observe une capacité
d’innovation et de formation de talents de haut niveau, une main d’œuvre
de haute qualité dans un contexte de démographie dynamique. Le
positionnement géographique constitue un atout, avec de nombreuses
infrastructures de communication dans une région agréable pour y
résider. Le tissu universitaire est de qualité. Il faut mentionner à ce sujet
le développement de pôles de collaboration université-entreprises-secteur
31
public, au travers des pôles de compétitivité et clusters tel que celui des
nano-technologies initié par le CEA.
Malgré ces aspects positifs, certains points faibles de notre tissu
économique perdurent :
- Des secteurs industriels rhônalpins importants sont impactés par la crise
actuelle, en particulier l’industrie automobile et sa sous-traitance, ainsi
que la métallurgie où l’on observe une baisse de rentabilité. En outre,
l’image internationale de nos entreprises industrielles régionales reste à
renforcer.
- La région a trop peu d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) dans le
domaine industriel : en 2010, 139 ETI employaient 106 000 personnes
pour une valeur ajoutée totale de 7 milliards d’Euros. Toutefois, ces ETI
sont relativement petites, avec une moyenne de 768 personnes, et une
seule dépasse le seuil de 4000 salariés. Les ETI constituent des moteurs
de l’activité économique dans la région car elles sont financièrement
assez solides (80 % sont classées par la Banque de France en bonne ou
excellente santé financière) et elles sont davantage orientées à l’export
que les PME : 38, 3 % du chiffre d’affaires réalisé à l’export pour les ETI
contre 20, 2 % pour les PME. Cependant, le nombre d’ETI est insuffisant
pour tirer la croissance et l’exportation. En outre, il semble difficile
d’augmenter le nombre d’ETI, car peu de PMI actuelles s’orientent dans
cette voie: il y a seulement 82 PME à fort potentiel repérées par la
Banque de France, avec 2, 3 milliards d’Euros de CA cumulé. En outre,
ces PME ayant du potentiel sont moins performantes à l’export que les
ETI, et leur santé financière est plus fragile que celle des ETI.
Une stratégie de développement dans un contexte peu porteur
Trois types d’orientations peuvent être évoqués, au niveau des
entreprises, de la région, et au niveau national et européen :
- Au niveau des entreprises, il est souhaitable d’augmenter le vivier des
futures ETI en favorisant le regroupement des petites PME et en leur
permettant de lever des fonds propres pour franchir les étapes successives
de développement. Il faut pour cela orienter davantage l’épargne vers
l’industrie et renforcer les appuis à l’export. Il faut aussi maintenir
l’effort de mise en place des structures collaboratives telles que celles des
12 clusters et 13 pôles de compétitivité qui existent déjà en Rhône-Alpes.
- Au niveau de la région, des priorités ont été définies : biotechnologies,
nanotechnologies et sciences de la vie ; environnement, notamment la
chimie verte ; ingénierie et énergies renouvelables. Dans ce cadre, faut-il
soutenir les entreprises existantes et celles de tous les territoires avec un
32
risque de dispersion et de manque de mise en synergie entre territoires et
entreprises ? Faut-il au contraire conforter des positions fortes ou élitistes
sur des filières classiques ou technologiques, voire tout miser sur le
passage aux énergies renouvelable, avec dans ce cas le risque d’une
économie à deux vitesses et d’un développement inégal du territoire ? Le
CESER a montré qu’il fallait opter pour l’intelligence et la cohésion,
l’économie de la connaissance dans un monde multipolaire et favoriser
un climat de développement durable. Cette préconisation suppose
toutefois que l’on s’inscrive dans une économie européenne dynamique,
marquée par une grande cohésion. Nous n’échapperons pas à la nécessité
de faire des choix.
Un point fort de Rhône-Alpes est certainement sa capacité à associer
et faire travailler ensemble les différents secteurs dans la région. Il
convient pour cela d’associer financements publics et privés et de
positionner l’effort de la région sur ses points forts, notamment
technologiques. Selon l’adage de Louis Gallois, il ne faut pas sélectionner
les industries les plus à la mode, mais mettre les technologies les plus
innovantes dans chacune des industries en montant en gamme.
- A un niveau plus global, l’Union Européenne recommande une
politique de spécialisation intelligente : découverte entrepreneuriale,
choix de spécialités entretenant des relations étroites pour créer des
synergies, focalisation des ressources sur les points forts à l’échelle
internationale et viser une taille critique via des coopérations en ciblant
des créneaux précis.
Cela rejoint bien les prescriptions précédentes.
33
« La productivité par les réseaux
professionnels ou comment repousser nos
limites à plusieurs »
Gaëtan de Sainte Marie
Président de PME CENTRALE
Marie-Christine Chalus-Sauvannet
Maître de Conférences à l’Université Grenoble 2
Le Président Yves Minssieux resitue la conférence de ce jour dans le
programme de travail de la SEPL de cette année. La productivité par les
réseaux professionnels est en effet un thème particulièrement important
pour la métropole lyonnaise, car le tissu économique de notre région
urbaine est constitué en majorité de PME et PMI. Il remercie aussi M
Emmanuel Imberton, qui représente ce jour le Président de la CCI de
Lyon. Emmanuel Imberton rappelle à ce sujet que la CCI de Lyon joue
un rôle considérable pour la mise en réseau des entreprises, en particulier
pour le suivi des parcours des créateurs d’entreprise et l’entrepreneuriat :
la CCI a également contribué à regrouper toutes les structures de la
création d’entreprise et a labellisé les actions.
Yves Minssieux présente alors les deux conférenciers. L’un est un
praticien dirigeant d’une entreprise et l’autre est universitaire, et tous
deux ont l’expérience des réseaux d’entreprise. Ils ont préparé ensemble
leur exposé, de façon à éclairer le sujet des réseaux de PME à la fois par
la théorie et par la pratique, afin d’en tirer des enseignements pour notre
région urbaine de Lyon.
Gaëtan de Sainte Marie a été président du CJD de Lyon et est
membre du bureau national. Il a aussi contribué au développement du
projet « Ruche », qui a pour ambition de devenir un think-tank de
l’entrepreneuriat à Lyon. Il a créé une centrale d’achats qui aide les PME
à obtenir une puissance d’achats comparable à celle des grandes
entreprises.
Marie-Christine Chalus-Sauvannet a entamé une carrière
universitaire après avoir travaillé dans le domaine du bâtiment et réalisé
un doctorat à l’Iseor. Elle a conduit des recherches sur l’efficacité de la
mise en réseau des entreprises pour faire face aux exigences de
compétitivité dans un contexte de concurrence mondiale. Elle enseigne le
management stratégique à l’Université de Grenoble et à l’IAE Lyon.
34
1) Exposé de Gaëtan de Sainte Marie
Gaëtan de Sainte Marie remercie le Président et affirme son grand
intérêt pour les travaux de la SEPL, dont il est familier depuis longtemps
d’autant plus que son aïeul Auguste Isaac était un ancien président de la
SEPL et de la CCI de Lyon.
Il explique pourquoi il a fondé PME Centrale il y a 12 ans à Lyon.
C’est une entreprise d’une quinzaine de salariés qui joue le rôle d’une
centrale d’achats pour les PME et TPE. L’idée de créer PME Centrale lui
est venue lorsqu’il travaillait chez Péchiney en Australie : il était étonné
par la différence de puissance d’achat entre les grandes et petites
entreprises. Il a pensé que les PME devraient se regrouper pour avoir les
mêmes atouts, ce qu’il a expérimenté en créant une première centrale
d’achats pour PME à Sydney.
De retour à Lyon, il a rencontré des chefs d’entreprise du BTP. Un
de leurs concurrents venait d’être racheté par un grand groupe et
bénéficiait de conditions d’achats privilégiées. Cette situation a favorisé
la création de PME Centrale, qui est une forme de centrale d’achats
indépendante : elle adopte les mêmes méthodes d’achats que les grands
groupes. Le lancement de l’entreprise a nécessité de susciter l’adhésion
des PME et des ETI pour obtenir une force d’achat comparable à celle
des grandes entreprises, au moins pour les achats non stratégiques. Par
exemple, PME Centrale représente aujourd’hui plus d’un million d’euros
d’achats par an pour les fournitures du bureau. Cette force d’achat
permet aux adhérents de réaliser 20 % d’économies sur des commandes
telles que les véhicules d’entreprise, les consommables, le petit matériel,
ainsi que pour les achats durables. Il y a 100 principaux fournisseurs
référencés pour un montant total d’achats annuels de 60 millions d’Euros.
Par exemple PME Centrale négocie l’achat de plus de 600 véhicules par
an, ce qui lui permet de figurer dans la liste des clients principaux
français de PSA. Un autre exemple est celui de la téléphonie mobile avec
15 000 lignes aujourd’hui gérées avec SFR.
PME Centrale regroupe actuellement 4 000 entreprises adhérentes
représentant 60 000 salariés. 50 % des entreprises adhérentes sont dans le
BTP et 25 % dans l’industrie. Ce sont principalement des TPE, des PME
et des regroupements d’artisans. Il y a aussi des entreprises de 600 ou 700
personnes, ainsi qu’une ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire) de 1300
employés.
Les adhérents se réunissent régulièrement pour échanger sur des
idées de synergie, au-delà des achats : par exemple, une entreprise de
BTP lyonnaise ayant un chantier à Montpellier a négocié avec un autre
adhérent de PME Centrale le fait de stocker les équipements sur place
pendant les week-ends. Cela a permis des économies de temps et de coût
de transport. Un autre exemple concerne la prise en compte des variables
liées au respect de l’environnement. C’est un domaine où il ne sert pas à
35
grand-chose de faire écrire des rapports de développement durable aux
PME, mais PME Centrale a pu avancer de façon pragmatique avec ses
adhérents, par exemple pour l’achat de toilettes sèches de chantier : ce
projet marche très bien car il permet de faire des économies tout en
respectant l’environnement. Ces exemples illustrent le fait que les
nouvelles générations d’entrepreneurs s’habituent à travailler en réseau,
ce qui permet de créer des dynamiques communes.
Les négociations menées par PME Centrale respectent une logique
gagnant-gagnant car elles ne sont pas préjudiciables aux fournisseurs,
bien que ces derniers aient été hostiles au départ. Les fournisseurs
bénéficient en effet d’une augmentation de leur part de marché chez les
adhérents. A titre d’exemple, l’un des principaux fournisseurs de location
de matériel a continué à progresser en chiffre d’affaires avec les
adhérents de PME Centrale, alors que le marché était en crise en 2008. La
crise actuelle a d’ailleurs renforcé la pertinence de ce modèle au point
que certains fournisseurs deviennent des prescripteurs de PME Centrale.
Les principes de management de PME Centrale visent à développer
l’agilité entrepreneuriale telle qu’elle est décrite par le CJD : « Etre
capable de s’adapter sans stress tout en conservant son identité ». Pour y
parvenir, il faut enchanter le client, travailler par itération, se confronter
au terrain, laisser les personnes s’auto-organiser dans un cadre défini,
fonctionner par subsidiarité, laisser le droit à l’erreur, communiquer. Le
rôle du dirigeant est de favoriser et de servir l’initiative des collaborateurs
tout en balisant le terrain. L’objectif de l’entreprise est celui d’une
performance globale et d’une prospérité qui est favorisée par une mise en
réseau.
2) Exposé de Marie-Christine Chalus-Sauvannet.
Marie-Christine Chalus-Sauvannet propose d’apporter un éclairage
théorique à partir du cas de PME Centrale. Elle s’inspire pour cela des
études et recherches qu’elle a menées sur le sujet de la coopération inter-
entreprises. A son avis, le cas de PME Centrale illustre quatre principales
problématiques de notre région urbaine de Lyon :
a) L’impératif de la mutualisation : La crise financière de 2008 a
accru la pression concurrentielle sur les PME et TPE. Cette
pression était déjà forte en raison de la mondialisation et de la
généralisation des nouvelles technologies d’information et de
communication. Dans ce contexte, la taille est un facteur-clé de
succès. Pour les PME et TPE, la mutualisation de moyens leur
permet d’obtenir des économies d’échelle et de mieux centrer
leurs efforts sur leur cœur de métier. Le cas de PME centrale
montre bien l’intérêt d’une mutualisation des achats, même s’il
serait aussi nécessaire de mutualiser d’autres activités.
36
b) La nécessité d’une diversité de formes de réseaux : Il existe
des formes variées de mise en réseau des PME et TPE. PME
Centrale est un exemple de coopération au travers d’une
entreprise de services. Il faut aussi mentionner le rôle des CCI
qui aident les entreprises à se mettre en réseau. Les syndicats
professionnels ont aussi un rôle de mise en équipe d’entreprises,
comme dans le cas du secteur des fournitures pour bâtiment où il
a été possible de coopérer afin d’éviter des pratiques
concurrentielles internationales déloyales. Un autre exemple
spectaculaire est celui de coopératives comme Limagrain, un des
leaders mondiaux dans son domaine, et où les petits coopérateurs
sont à la fois clients, fournisseurs et actionnaires. Les pôles de
compétitivité mettent aussi en réseau des TPE-PME, des grandes
entreprises et des organismes publics pour développer les
innovations (80 % des adhérents des pôles sont des PME).
c) L’avantage compétitif des PME en réseau par rapport aux
grandes entreprises : même si les grandes entreprises disposent
d’un avantage lié à leur taille et à leur internationalisation, les
PME et TPE ont deux atouts que les grandes entreprises ont du
mal à faire jouer : l’enracinement local et l’agilité. Les PME et
TPE peuvent d’autant mieux tirer avantage de ces atouts qu’elles
se mettent en équipe pour procéder à une vigilance stratégique,
comme dans l’exemple des achats écologiques présenté par
Gaëtan de Sainte Marie.
d) La nécessité d’une stratégie de territoire pour favoriser la
mise en réseau : Il existe des difficultés et des freins pour la mise
en réseau des TPE et PME. La première concerne le manque de
confiance entre partenaires, de nombreuses PME craignant de se
faire piller leurs technologies et leurs idées. Une autre difficulté
tient au manque de ressources dans les TPE et PME pour
consacrer du temps et des moyens aux projets d’innovation. Pour
éviter ces obstacles et apprendre à coopérer entre partenaires (qui
peuvent en même temps être concurrents dans ce qu’on appelle la
« coopétition ») il faut à la fois construire un socle de culture
commune et renouveler les dispositifs d’accompagnement. Dans
le cas de région lyonnaise, une certaine culture de réseau existe
déjà, mais il faut sans doute renforcer cette culture de partenariat,
par exemple en donnant un nouveau souffle à des dispositifs tels
que « Grand Lyon Esprit d’Entreprise ».
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SOCIÉTÉ D’ÉCONOMIE POLITIQUE ET
D’ÉCONOMIE SOCIALE DE LYON
– : –
DÎNER-DÉBAT du MARDI 4 JUIN 2013
Sur le thème :
« Racines lyonnaises et ambition
internationale : l’approche Mérieux »
La séance est ouverte à 20 heures 30.
M. THOMAS.- Merci à Monsieur le
représentant de son Éminence le cardinal d'avoir obtenu le
silence avec une cloche, c'est de circonstance !
Chers amis, au sens protocolaire, je déclare la
séance ouverte. Sans attendre, je passe la parole à Yves
Minssieux, Président de la Société d'Économie Politique de
Lyon.
Y. MINSSIEUX.- Le silence est
impressionnant. Merci.
Bonjour à tous et merci d'être venus aussi
nombreux entourer notre prestigieux conférencier. Cela
pour mettre un peu la pression à Alain Mérieux qui nous
fait le grand bonheur et le grand plaisir d'être parmi nous.
Vous voyez l'effet d'attraction qu'il sait exercer sur chacun
d'entre nous.
 Monsieur le Maire de Lyon, représenté par
son adjoint aux finances, Me Richard Brumm que nous
avons eu le plaisir d’accueillir à l’apéritif.
Je remercie les deux maires de communes
proches d'être présents et de porter les pavillons
municipaux :
 Cher Paul Minssieux de Brignais
 Cher Yves-Marie Uhlrich d’Écully.
38
 Mesdames et Messieurs les élus, vous êtes
évidemment nombreux dans cette salle.
Je souligne les présences de Messieurs les
Consuls :
 Michel Pierre Deloche en tant que
Consul du Danemark ;
 Mon ami Jean-Jacques Rinck, Consul des
Philippines ;
Je salue la double représentation régionale
de la Belgique qui est chère à mon cœur et à mon
engagement :
 Peter Verplancken pour la Flandre
 David Thonon pour la Wallonie.
La Belgique marche de cette façon et cela
fonctionne bien.
 Monsieur le Président de l’Université Lyon
3, Jacques Comby ;
 Monsieur le représentant du Cardinal
Philippe Barbarin, Etienne Piquet-Gauthier, merci d'être là.
 Merci aussi à Jean-Paul Mauduy que nous
avons vu en premier accueil et qui part piloter une mission
de chefs d’entreprise en Turquie. Il m’avait assuré de sa
présence ; je l’ai vraiment appréciée.
 Monsieur le Vice-Président de la Chambre
de Commerce de Lyon, cher Emmanuel Imberton, toi aussi,
tu as su prendre le relais comme cela se pratique dans les
entreprises.
 Monsieur le Président de la CCI de l'Ain,
Jean-Marc Bailly, merci d'être là.
 Messieurs les Président du MEDEF Rhône-
Alpes et du MEDEF du Rhône, cher Bernard Gaud, et cher
Bernard Fontanel, merci aussi d'être là.
 Madame Laurence Eymieu, Directrice
Régionale de la SNCF, et là nous sommes dans l’actualité,
puisque vous l'avez découverte dans le Progrès
aujourd'hui ; merci d'avoir choisi de passer ce jour
d'inauguration avec nous.
39
(Applaudissements)
 Madame la Directrice Générale Adjointe du
CIC Lyonnaise de Banque, Présidente du Comité régional
des Banques, chère Isabelle Bourgade, merci d'être là, c'est
un grand plaisir que tu sois à mes côtés. Vous savez que la
Lyonnaise de Banque est une part très importante de ma vie
et je ne peux m’en cacher.
 Monsieur le Directeur de Réseau Rhône-
Alpes Auvergne de LCL, Jean-Luc Duflot ; merci Jean-Luc
de nous accompagner fidèlement et puissamment dans nos
engagements.
 Monsieur le Président de la Fondation
Marius Berliet, Philippe Brossette ; merci Philippe d'être
parmi nous.
 Je saluerai aussi les plus jeunes, les
représentants de la Jeune Chambre Economique de Lyon :
Cette instance est très impliquée et c'est un mouvement
tourné vers l'avenir. Merci d'être là autour de son Président
Damien Baptiste. Pour la SEPL, sachez qu’il est important
d'avoir cette ouverture sur la jeunesse que vous nous
apportez.
 Et puis, Monsieur le Directeur Général de la
Fondation pour l'Université de Lyon, cher Bernard Sinou,
sans toi cette soirée n’aurait pu être celle-ci. Merci de ta
complicité et de ton amitié.
 Pour aller plus vite, Mesdames et Messieurs
les représentants du monde économique, des universités, des
grandes écoles, du secteur associatif, de la presse, merci
d'être avec nous.
 Mesdames et Messieurs les adhérents de la
SEPL, merci d'être chez vous dans cette réunion.
Chers amis, merci d'être aussi nombreux.
J’espère que de ce fait en tant qu’amis, cela vous conduira à
entrer dans la catégorie des adhérents. Cela nous ferait
réellement plaisir pour le développement de la Société
d'Économie Politique de Lyon.
Il est important de saluer le soutien de
nos deux grands partenaires historiques :
 CCIL (la Chambre de Commerce et
d'Industrie de Lyon)
40
 LCL (le Crédit lyonnais). Sans eux, et j'y
viendrai rapidement tout à l'heure, la SEPL n'existerait pas
et ne pourrait pas continuer de fonctionner. Soyez à
nouveau remerciés.
Je dirai un mot aussi des partenaires qui nous
accompagnent ce soir :
 La CCI Rhône-Alpes, encore une fois, merci
à Jean-Paul MAUDUY de nous avoir épaulés.
 Les MEDEF LYON RHONE, merci Bernard
FONTANEL ; le MEDEF RHONE-ALPES, merci Bernard
GAUD également.
 La CIC Lyonnaise de Banque autour de toi
Isabelle BOURGADE et autour de Philippe Guillaud ;
 Le Crédit Agricole du Sud-Est qui est un
partenaire très régulier de nos manifestations ;
 L'IAE autour de son directeur, Jérôme Rive,
que je salue ;
 ISEOR auprès de Marc Bonnet que je salue
aussi ; il est, par ailleurs, Président d’Honneur de la
SEPL ;
 L'association des Diplômés de Sciences
Politiques que je trouve tout à fait à sa place avec nous ;
merci Christian Laroche d'avoir su créer cette dynamique.
Je terminerai ces remerciements en saluant le
travail exceptionnel de Madame Jimbert. Je le vis comme
vous régulièrement. Merci Madame Jimbert, la préparation
d’une soirée comme celle-ci est un travail considérable et
croyez bien que nous en avons conscience.
(Applaudissements)
Je partage le compliment avec Mesdames
Ferrandez et Meissonnier qui vous accompagnent dans ce
moment.
J'ai tenté l’exercice difficile d’être exhaustif,
si j’ai froissé quelques-uns d’entre vous, ne m'en voulez
pas, le souci de bien faire m’amène à être large.
La Société d'Économie Politique a été créée en
1866, il y a presque 150 ans. Elle s'inscrit dans le grand
changement qu’a connu notre pays dans la période libérale
41
du Second Empire à partir de 1860. Napoléon III partageait
l'enthousiasme Saint-Simonien pour le progrès industriel.
À cette époque, notre Lyon moderne s'est
largement construit sur le plan urbanistique. Quelques
souvenirs prestigieux nous viennent naturellement en tête :
la rue de la République, (ex. rue Impériale), le Palais du
Commerce (n'est-ce pas Emmanuel Imberton ?) qui date
précisément de 1860 et puis, le parc de la Tête d'Or.
Les écoles, on parlait des universités, des
grandes écoles. De cette époque datent exactement celles
qui s'appelaient « l'Ecole Supérieure de Commerce et de
Tissage », pour faire référence à son savoir-faire textile, et
« l’Ecole Centrale ». La soierie lyonnaise a également
explosé aux quatre coins du monde en entraînant des
métiers qui ont été collatéraux et sont devenus principaux,
comme la chimie et la mécanique.
À cet égard, cette période a vraiment été
novatrice et pour accompagner ce changement, il fallait des
banques et elles se sont créées à ce moment là de façon
active dans la région lyonnaise : en 1863, LCL Crédit
Lyonnais à l’époque, et puis CIC Lyonnaise de Banque en
1865. Avouez que ce n'est pas un hasard mais c'est une
grande concordance de période.
La SEPL (la Société d'Economie Politique) est
née avec la vocation de constituer une société de libre
réflexion sur des questions d'économie politique dans notre
grande région lyonnaise. Les débats étaient organisés dans
un restaurant installé rue du Bât d'Argent qui s'appelait
Casati et Henri Germain, Président du Crédit Lyonnais ainsi
que Jean Tisseur, Secrétaire Général de la CCIL, y étaient
réunis. On retrouve l'histoire.
Cette pratique a perduré 150 ans, avec des
réunions mensuelles organisées autour d'un thème annuel
suivi d'un dîner de gala au mois de juin. Vous voyez que le
fil de l'organisation historique n’est pas perturbé.
Pour impressionner Alain Mérieux, je citerai
nos derniers invités d’honneur : Jean-Pierre Raffarin,
Gérard Collomb, Luc Ferry, Bernard Bigot. Cette année,
nous avons choisi comme thème « les facteurs clés du
succès de la dynamique industrielle et de l'ancrage des
entreprises dans la Métropole lyonnaise. »
Plusieurs témoignages d'entrepreneurs et
d'universitaires ont illustré ce programme. Pour notre
dernier dîner annuel, notre Bureau a souhaité accueillir un
42
entrepreneur emblématique, issu de notre terroir, ayant
porté loin et haut son savoir-faire industriel, Alain Mérieux.
L’entreprise, plus que jamais, par sa
dynamique de création de richesse mais aussi
d'épanouissement humain, doit rester au cœur des réflexions
et du nouveau modèle que la crise économique induit. Merci
à Alain Mérieux de nous faire partager son expérience et sa
foi dans l'avenir.
(Applaudissements)
Vous devez encore m'écouter une minute ou
deux, le temps de partager sur le dispositif de l’organisation
avec Michel Thomas, Président d’Honneur de la Société
d'Economie Politique de Lyon.
(Applaudissements)
Il sera le « Monsieur Loyal » de cette soirée et
la loyauté te va bien. Michel, comme le dirait l’un de nos
amis : « je te laisse le chantier pour nous expliquer le
déroulement de la soirée ».
M. THOMAS.- Merci ami et cher président.
Le dispositif est fort simple.
 Je dirai quelques mots, sans faire la
présentation du conférencier puisque, a priori, nombre de
personnes ici le connaissent ou au moins en ont entendu
parler.
 Ensuite, je lui passerai la parole pour son
intervention pendant que vous dégusterez l’entrée de ce
repas.
 Puis, pendant le déroulement du repas, à
chaque table, vous réfléchirez et préparerez une ou deux
questions à poser à notre conférencier.
 Au moment du fromage, je passerai entre
celles-ci, récupérer les questions que j'essaierai d'ordonner
pour les regrouper sur quelques thèmes fédérateurs et je les
lui poserai en votre nom. De cette façon, nous essaierons de
faire une réunion organisée. Bien entendu, vous pourrez, si
vous le jugez utile, solliciter une intervention personnelle.
Ensuite, je rendrai la parole au président car il est le
Président tout de même !
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Nous allons commencer par quelques mots
pour présenter Alain Mérieux, notre conférencier.
Comme je viens de vous le dire, quand on se
nomme la Société d'Économie Politique de Lyon dont tous
les membres sont issus du monde économique ou
universitaire lyonnais, cela n'a évidemment aucun sens de
présenter Alain Mérieux tant son nom et celui de sa famille
sont intimement liés à l'histoire économique lyonnaise
depuis quatre générations. Marcel Mérieux, son grand-père,
fut l'élève de Louis Pasteur. En 1897, il fonda un
laboratoire d'analyses médicales à Lyon qui devint ensuite
le prestigieux Institut Mérieux. En 1937, son fils le docteur
Charles Mérieux prit les rênes du laboratoire au décès de
son père. Dans le courant des années 40, il introduisit une
technique, développée par un hollandais, nommé Frenkel -
la culture in vitro - qui révolutionna la fabrication des
vaccins et conduisit à la production de réactifs pour les
tests de diagnostic in vitro.
En 1938, naquit Alain Mérieux. Il avait un
frère qui faisait médecine, une sœur qui faisait pharmacie,
lui, il a fait les deux : il est titulaire d'un doctorat en
pharmacie et ancien interne des Hôpitaux de Lyon, il est
également ancien élève de la Harvard Business School. Lui
aussi, on pourrait l'appeler «le Docteur », si ce qualificatif
n'évoquait pas aujourd’hui encore l'extraordinaire
personnalité de son père. Face à la statue et à la stature du
Commandeur, il a parfaitement su s'affirmer et devenir à
son tour un membre à part entière de ce que l'on peut
appeler la « saga » Mérieux.
Jugez-en ! En 1963, il crée BD Mérieux
détenue à parts égales entre l'Institut Mérieux et Becton
Dickinson, offrant ainsi une large gamme de produits pour
laboratoires d'analyses médicales. Lorsqu’il en devint en
1974 l'actionnaire majoritaire, la société prit le nom de
BioMérieux. Alain Mérieux y est toujours très présent même
s'il n'assume plus directement de fonction opérationnelle.
BioMérieux est aujourd’hui l’une des dix premières sociétés
mondiales de diagnostic biologique. Ses produits sont
utilisés dans le diagnostic des maladies infectieuses
utilisées pour les urgences cardiovasculaires, le dépistage et
le suivi des cancers, ainsi que pour la détection de micro-
organismes dans les produits agroalimentaires, pharma-
ceutiques et cosmétiques. La société BioMérieux est
présente dans plus de 150 pays au travers de filiales et d'un
large réseau de distributeurs. Parallèlement, en 1968 Alain
44
Mérieux prend la présidence de l'Institut Mérieux et donne
au groupe sa place de leader mondial dans le domaine des
vaccins, à la fois en médecine humaine et en médecine
vétérinaire. Il assure cette présidence jusque 1994, ayant en
1985 pris le contrôle de l'Institut Pasteur Production en
France et réalisé en 1989 l'acquisition des laboratoires
Connaught en Amérique du Nord. De 1991 à 2002, il assure
également celle de Transgène, société de biotechnologies
spécialisée en thérapie génétique.
De 1986 à 1998, il fait une incursion dans le
monde politique en assumant un mandat de Conseiller
municipal à Lyon, puis la fonction de Premier Vice-
Président du Conseil Régional Rhône-Alpes en charge des
Relations Internationales, du Développement Economique,
de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur. Son
implication dans le domaine de l'enseignement et de la
formation reste toujours l'une de ses priorités puisqu’il a
récemment accepté d'assumer la présidence de la Fondation
pour l'Université de Lyon et il préside également le comité
mécénat de l'Université catholique de Lyon.
Mais la politique, ce n’est pas vraiment son
monde et il semble bien qu’il ne la regrette pas, même s'il
s’y est taillé de solides amitiés, appartenant à une large part
de l'échiquier politique. Il fait également partie du cénacle
des grands industriels, même si à ma connaissance il n'a
jamais brigué de mandat dans ce domaine. Il y a bien une
place à prendre au MEDEF, je crois, mais il y a déjà des
candidats, je pense que ce n'est pas pour cette fois…
Car Alain Mérieux, c’est d’abord et avant tout,
et c’est ce qui justifie sa présence ici parmi nous ce soir, un
« patron », au plein sens du terme : un patron familial, ce
qui ne veut pas dire « paternaliste » ; c'est aussi un patron
« entrepreneur », c’est-à-dire un patron doté d'une vision
stratégique et d'une capacité d'anticipation qui lui vaudront
quelques solides désaccords avec le monde de la finance,
souvent plus intéressé par des profits à court terme et sans
lendemain que par la construction pas à pas d'une industrie
de pointe reposant sur un projet à long terme, clair et
maîtrisé : c’est ce qui le poussera à vendre à Rhône Poulenc
le reste de ses parts de l’Institut Mérieux, à la surprise de
son père, quand il en aura assez de voter au Conseil
d’Administration avec les représentants de la CGT ; il
récupérera le nom de l'Institut Mérieux lorsque Sanofi aura
à son tour mis la main sur Rhône Poulenc ; Alain Mérieux,
encore patron « patriote » maintiendra, et c'est le cas encore
45
aujourd'hui, 35 % de ses effectifs en France, alors que cette
année (il me l’a dit il n'y a pas bien longtemps) près de
90 % du chiffre d'affaires sera réalisé à l'étranger.
Alain Mérieux enfin, est un ami fidèle et de
bon conseil pour tous ceux qui, un jour ou l'autre, ont été
amenés à en solliciter de sa part. Ces amitiés sont parfois
très anciennes comme par exemple celles qui datent de sa
scolarité chez les Jésuites, (et il y a ici ce soir un
représentant éminent que je connais particulièrement bien)
mais aussi de son passage chez les parachutistes des
bataillons de choc ayant eu à s'exposer en Algérie dans les
années 60 et également de ses innombrables rencontres dans
le paysage économique et politique français. Ces amitiés-là
ne s'oublient pas, surtout quand elles ont puissamment aidé
en particulier à surmonter de lourdes épreuves familiales,
celles que la vie réserve parfois même à ceux que l'on croit
à l'abri.
Alain Mérieux, c’est enfin et surtout ce qui
nous a conduit à solliciter son intervention aujourd'hui en
qualité d’hôte d'honneur de la Société d’Économie Politique
de Lyon, c’est l'homme d'une expérience irremplaçable
d'industriel international dynamique, présent sur les cinq
continents, ayant réussi à marier ces deux concepts,
pourtant a priori aussi éloignés l'un de l'autre, que sont les
racines locales profondément ancrées et une ambition
internationale caractérisée et concrétisée par la réussite que
l’on connaît.
C'est donc en vous assurant, Monsieur Alain
Mérieux, que tous les Lyonnais sont fiers de vous, que je
vous cède la parole pour nous expliquer comment vous y
êtes parvenu.
(Applaudissements)
M. MÉRIEUX.- Monsieur le Président, tout a
été dit, on en a même trop dit. Je suis un peu confus de
cette profusion d'éloges qui ne correspondent pas tellement
à mon caractère. Ce soir, je suis heureux d’être ici pour
parler de ce que j’essaie de faire de ma vie professionnelle
et de ma vie tout court, les deux étant extraordinairement
imbriqués. Il est vrai que, dans ma vie, j'ai eu la chance de
participer et d’avoir eu avec mon père une aventure
industrielle avec l'ouverture de la vaccinologie à travers le
monde. Si je suis tourné vers l’international, je le dois aux
46
virus et aux bactéries qui nous entourent et ne connaissent
pas les frontières tout en se promenant allègrement en
faisant des allers-retours fréquents à travers le monde.
Aujourd'hui, la globalisation telle que nous la vivons, avec
des échanges d’hommes, les émigrations, les voyages, les
vacances, les échanges agroalimentaires, fait que le monde
est devenu un extraordinaire bouillon de culture dans lequel
virus et bactéries trouvent une part très heureuse. Je pense
d’ailleurs que la globalisation profite essentiellement à
deux espèces : d’un côté les bactéries et les virus, et de
l’autre les mafias. Ce sont certainement les deux espèces
qui sont les plus heureuses à court terme dans la
globalisation et c’est face à cela que nous devons travailler.
J’ai eu la chance de travailler le vaccin
pendant 25 ans dans une bonne ambiance. Je dois
reconnaître que le meilleur moment de ma vie a été quand
Rhône Poulenc, qui avait 51 % chez nous, a été nationalisé.
C'était un grand moment de ma vie puisque je travaillais
sans contraintes avec un gouvernement qui m’a soutenu
totalement. Je me rappelle d’un dîner avec M. Fauroux et
M. Curien, deux grands ministres, un directeur de cabinet,
Jean-Pierre Jouyet. Nous avions élaboré sans bruit une
stratégie pour les vaccins qui a payé puisque nous avons été
en quelques années les premiers au monde. Nous avions un
actionnaire de référence qui partageait la finalité du
dirigeant et nous avons pu ensemble faire beaucoup de
choses.
C'était l'époque assez glorieuse où j’ai appris à
me méfier des grandes sémantiques : libéralisme,
nationalisation ou autres. Il y a à boire et à manger partout
et il faut essayer de s'adapter au terrain. Plus j'avance en
âge et plus mon modèle est la bactérie. Elle s'adapte sans
arrêt à un environnement qui change. Elle a quelques
milliards d'années et a un gros avantage sur nous, elle ne
fait pas de déclarations fracassantes mais elle s'adapte de
façon permanente et totalement à travers le monde. Donc,
c’est mon modèle ! J'essaie de m'adapter à un monde, à un
environnement que je ne contrôle pas et que nous ne
contrôlons pas.
Aujourd’hui, il faut avoir l'honnêteté
d'accepter le fait que nous sommes dans un environnement
que personne ne dirige et ne contrôle. Cela rend un peu
humble et vous évite de faire de grandes déclarations que
l'on retrouve trop souvent dans les partis politiques à droite
47
comme à gauche. Il faut garder raison et essayer encore une
fois de s'adapter à cet environnement.
Aujourd'hui, quelle est mon activité ? Je suis
président d'une Holding, comme on dit maintenant, dans le
domaine financier. Ma fierté est d'avoir récupéré le nom
ancestral de mon grand-père « l’Institut Mérieux » lorsque
j'ai vendu l'affaire Shantha et Hagen à Sanofi en échange de
quelques picaillons. Oui, quand on est Lyonnais, on reste
Lyonnais ! Au niveau des grandes idées, nous sommes assez
pragmatiques pour les problèmes financiers. Et ainsi, nous
avons récupéré le drapeau qui est à l'Institut Mérieux, qui
est maintenant la Holding et qui a retrouvé ses racines, 17
rue Bourgelat où mes grands-parents habitaient en 1911.
Cela fait plus d'un siècle que la famille est présente ici, et
c’est la Holding ! Cette holding contrôle trois sociétés :
. BioMérieux, cotée en bourse, à 59 %,
. Transgène, dont vous avez parlé, nous en
détenons la majorité, cotée en Bourse de Paris, puisque
c'était la thèse de mon fils Christophe en médecine, en 1997
et pour cette raison, je poursuis sa vision,
. La troisième société la plus importante est
Mérieux NutriSciences : c’était la vision de Rodolphe quand
j’étais avec lui aux États-Unis ; il avait 25 ans et il m'avait
dit d’aller non seulement dans le diagnostic industriel mais
aussi dans le service.
Après son départ, nous avons acquis une toute
petite société qui s'appelait Silliker à Chicago. Aujourd’hui,
elle est dirigée par Philippe Sans avec 4 500 personnes et
450 millions de dollars de chiffre d'affaires. Comme quoi le
rêve d’un jeune homme est lourd de promesses lorsqu’on
fait confiance à ces jeunes gens qui ont de l'enthousiasme et
également le courage et la fierté d'entreprendre.
Aujourd'hui, au total, nous sommes plus de
12 000 personnes. Le chiffre d'affaires de BioMérieux est
réalisé à 88 % en dehors de France et celui de Mérieux
NutriSciences est réalisé à 80 % en dehors de France.
Le point important est que nous avons gardé
notre siège à Lyon, nos racines lyonnaises. Même si Lyon
ne va pas assez vite, - et cela m'énerve parfois -, nous
sommes tout de même bien ici, la ville est belle. Le
Sénateur Maire, pour lequel je ne fais pas campagne (je
tiens à le dire) a une oreille attentive aux problèmes
48
industriels. L’environnement universitaire est cohérent avec
nos ambitions. Nous avons la chance d'avoir des
collaborateurs qui ont été formés par les universités, par
l’INSA, par Lyon 1. Nos techniciens de laboratoire viennent
pratiquement tous de la « Catho » comme nous la nommons
(Faculté Catholique de Lyon), de l’ESCV. Depuis 50 ans,
nous formons des techniciens de laboratoire à travers le
monde. Nous avons la chance d'avoir un terreau en termes
d’éducation de la formation qui est excellent et auquel je
rends souvent hommage.
Nous sommes attachés à notre ville. Nous y
avons beaucoup travaillé. Mon père a créé sa fondation, il a
racheté l'Institut Pasteur de Lyon, Mérial, dont nous avons
repris les locaux et a créé Bioforce ; il a créé également le
P4 qui est aujourd'hui phare pour l’infectiologie. Christophe
a développé et présidé Lyonbiopôle. Cela a été un choc
parce que ce fut le premier pôle de compétitivité reconnu au
niveau mondial. Aujourd’hui la suite logique est l'IRT
(l’Institut de Recherche Technologie sur les maladies
infectieuses) que je préside provisoirement.
Nous savons qu'il est important d'avoir des
racines, de les cultiver et de renvoyer, comme disait
l’Evangile, ce que Dieu nous a donné. Je suis réceptif à
cette ville qui a gardé pour moi beaucoup de charme et
d'attraits, tout en conservant également un certain bon sens
financier avec une certaine humilité. Je crois que l’humilité
est une denrée qui manque beaucoup à certains hommes qui
nous dirigent. Plus la vie avance et plus on devient modeste
et humble. La vie nous apprend que rien n'est jamais acquis,
donc nous nous efforçons de vivre intensément notre
développement industriel.
J’ai eu la chance de créer une entreprise à
l’âge de 25 ans, elle a 50 ans cette année. Vous voyez que
je ne cache pas mon âge ! J’ai eu la chance également de la
développer à travers le monde. La partie la plus difficile
aujourd’hui est de savoir passer la main et transmettre. En
effet, quand vous avez fait quelque chose, il est difficile de
passer la main. Aujourd’hui, j’ai la chance de le faire avec
à mes côtés, Alexandre et Jean-Luc Bélingard qui préside
BioMérieux. Dans quelques semaines, Alexandre sera le
Président de Mérieux NutriSciences et mon ami Philippe
Archinard, est Président de Transgène.
Tous, nous essayons de partager ce que
j'appelle une vision d’ensemble. Dans une entreprise, il est
important d'avoir quelque part quelque chose qui rassemble
49
et, qui soit une vision. Notre vision a été de servir. J’ai été
élevé ainsi : servir la santé publique à travers le monde, à
travers les vaccins et le diagnostic et le faire de façon
partagée.
Maintenant, je ne suis plus directement
opérationnel mais quand je retrouve nos partenaires
sociaux, je pense qu'en 50 ans, nous avons eu une paix
sociale totale car nous partageons avec nos amis de la CGT
et de la CFDT la même vision d'entreprise. Il n'y a rien qui
nous sépare, même si on se dispute et que nous sommes en
désaccord sur les salaires. C’est normal mais, sur la finalité
de l'entreprise, sur la façon de la driver pour le futur, là où
nous voulons aller, le consensus est total dans l'entreprise
et c'est fondamental.
Rien ne se fait, si on le fait contre les autres !
Il faut le faire ensemble et avec beaucoup de discussions,
d'aller-retours. En fin de carrière, ce qui est mon cas, cela
apporte une certaine joie de retrouver des partenaires
sociaux sans hostilité et avec une certaine philosophie
commune.
Vous avez signalé dans mes fonctions que j'ai
été appelé à de nombreux postes un peu bizarroïdes. Le gros
avantage, quand une vie est longue, est que vous avez des
souvenirs mais le gros désavantage est celui de perdre la
mémoire. Mais je me rappelle que j'avais été nommé par
Jacques Chirac administrateur de Rhône Poulenc
nationalisé. Ensuite est survenue la dénationalisation et je
me suis trouvé en parfaite opposition avec la Direction
Générale du groupe. Il est vrai qu'à plusieurs reprises j'ai
voté avec la CGT et la CFDT contre le management et
comme j'étais le plus capitaliste autour de la table, cela
faisait désordre. Je suis allé voir le président Jean-René
Fourtou et je lui ai dit : « Personne n'y comprend plus rien,
donc je vais quitter le Conseil.» Les seuls à me regretter ont
été les camarades ! Les autres m'ont vu partir vers d’autres
cieux avec une certaine allégresse.
Il est important de partager ses convictions
avec ceux qui travaillent avec nous. Ma formation en
relation humaine est issue de deux milieux de culture que je
fréquentais intensément : l'hôpital et l'armée. Là on est
direct, on n’a pas de galon sur les épaules. Si, à l'armée
nous en avons ! Mais à l'hôpital, nous vivons et travaillons
ensemble et cela soude de partager les mêmes joies, les
mêmes espoirs et désespoirs. L'armée c'est la même chose,
surtout quand on est en Algérie. Ce sont des moments
50
durant lesquels nous retrouvions une amitié extraordinaire.
Nous étions une bande d'amis, de cinglés, il y avait
l'extrême droite et l'extrême gauche.
J'ai servi avec Simeoni, un Corse qui tirait sur
les gendarmes mais qui est comme un frère pour moi. C’est
important. J’ai été interviewé pour « Challenges » par une
jeune femme très gentille qui portait mon homonyme et
disait : « Il y a une partie de votre vie quand même… ! »
Elle cherchait des choses croustillantes. Elle connaissait le
parrain de mon fils, patron des Renseignements Généraux,
et elle me disait : « Alors, Simeoni ? » Alors que j’étais à
l’étranger, cette jeune femme a eu l'intelligence d'appeler
Edmond, en Corse. Je rentre et je vois trois messages de
Simeoni. Je lui demande ce qu’il se passe et il me répond :
- « Alain, une fille qui porte ton nom, m'a
interrogé sur toi avec des questions indiscrètes. Tu sais, je
n'ai rien dit. J'ai dit que je ne te connaissais pas ! »
À l’époque de la grande médiatisation, j'ai
trouvé cela très sympathique, de tomber sur des potes
solides, de mon âge et en Corse, qui disent
- « Monsieur Mérieux ? Je ne connais pas ! »
Cela rend la vie un peu plus joyeuse comparée
à certaines réunions officielles où l'on s'ennuie assez
fortement. Je parle de cela pour vous dire que la vie est
assez étrange et qu'elle nous mène à des endroits vers
lesquels on ne pensait pas aller.
L'international m'a passionné, et me passionne
toujours. Par l’amitié que je porte au Liban, ce matin j'étais
aux côté du président Jacques Saadé qui a lancé son fameux
bateau de 360 mètres de long. J’ai travaillé au Liban et on y
a fait beaucoup de choses. Jacques Saadé est un grand ami
et ce fut très beau de retrouver cette amitié franco -
libanaise avec le plus grand bateau portant le pavillon
tricolore. Notre président l’a inauguré difficilement puisque
les deux premières bouteilles ont éclaté avant qu’il
n’arrive ! La troisième bouteille a tenu et il l’a poussée et
boum ! Nous avons beaucoup stressé ce matin à Marseille.
Donc, l'international m'a beaucoup apporté.
J’ai la chance et la ferme volonté de prolonger mes activités
industrielles par des activités de Fondation. Mon père avait
créé une Fondation qui a maintenant 45 ans. J’ai créé une
fondation qui porte le nom de mes fils et qui est à l'Institut
de France. Elle détient un tiers du capital de la société
51
Institut Mérieux et est la seule actionnaire habilitée, de mon
vivant, à toucher des dividendes. Tout cela car nous avons
fait beaucoup de choses à l’étranger en me rendant dans des
pays comme le Mali, Madagascar, le Cambodge, Haïti.
Alors qu’à Lyon on se couche avec l’impression de ne pas
toujours avoir été très utile, là-bas au contraire nous
apportons ce que nous savons à des gens qui en ont grand
besoin !
Cette activité internationale qui me passionne,
m’a toujours motivé et quand j’étais à la Région, il est vrai
que j’ai vécu de grands moments. En 1986, sans trop
comprendre, j'ai été élu en battant Raymond Barre. Ce
n’était pas difficile car il n’était pas très bon en campagne.
À cette époque, j’avais 9 % d'intentions de vote, contre
27 % pour lui. À la surprise générale et à la mienne, j’ai
terminé plus haut et je fus désigné vice-président de la
Région.
Je travaillais avec Charles BERAUDIER que
certains d’entre vous ont connu, homme plus large que
grand et assez haut en couleur. Au bout d'un mois, il me
dit : « Ecoute gone (il tutoyait tout le monde) viens bouffer
avec moi, j’ai trouvé un type, on va bouffer des cardons ! »
Message culturel important ! Et c'était un Chinois et
personne ne parlait anglais dans la Région. Il m’a dit : « Tu
verras, il n'est pas con. »
C'était génial ! Il a signé un accord avec
Shanghai dont le maire était Jiang Zemin qui est devenu
président de la Chine. C'est la raison pour laquelle j'étais en
charge des contacts avec Shanghai d’où la raison de mon
amitié pour la Chine et de ma visite avec les universitaires
de Lyon et Grenoble pendant Tian’anmen. Mes collègues
universitaires Gauche et Droite confondus ont dit : « on
gardera des liens avec nos collègues chinois », parce que la
Chine sortait des gardes rouges. Nos collègues univer-
sitaires chinois ont dit : « Si vous refermez la porte, c'est
dramatique pour nous. » Nous nous sommes battus et nous
avons gardé des liens avec Shanghai. Les Chinois ne l’ont
jamais oublié et je suis très ami avec Xu Kuangdi, le maire
de l'époque qui est devenu premier ministre. Il m'a présenté
à Xi Jinping, qui est maintenant le Président de la Chine, et
j’ai eu l'honneur d'être porté par les camarades chinois
devant tout l’état-major de leur gouvernement à l’occasion
de la récente visite officielle de François HOLLANDE en
Chine. Cela m’a évidemment beaucoup valorisé aux yeux de
notre gouvernement actuel !
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  • 2.
  • 3. 3 SOCIÉTÉ D’ÉCONOMIE POLITIQUE ET D’ÉCONOMIE SOCIALE DE LYON Sommaire 1 –Note de synthèse des travaux de l’année 2012-2013…...... 7 2 –Comptes-rendus des conférences de l’année 2012-2013................................................................................ 13 - Philippe GRILLOT, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon et Nicolas Millet, Directeur de la Direction du développement industriel et territorial à la CCI de Lyon « Enjeux de l’industrie à l’échelle du pôle métropolitain »..... 15 - Bruno BONNELL, Chairman de ROBOPOLIS et Président de SYROBO (Syndicat de la Robotique Française) « l’Innovation par l’excellence technologique »…………….. 21 - Norbert FONTANEL, Président du Directoire du Groupe FONTANEL et Ulrike MAYRHOFER, Professeur de management international à l’IAE Lyon « Stratégie comparée des PME familiales France et en Allemagne »……………................................................ 25 - François GAUDICHET, Directeur Régional de la Banque de France « Forces et faiblesses du tissu économique rhônalpin »……..... 29
  • 4. 4 - Gaëtan de SAINTE MARIE, Président de PME CENTRALE ET Marie-Christine CHALUS- SAUVANNET, Maître de conférences à l’Université Grenoble 2 « La productivité par les réseaux professionnels ou comment repousser nos limites à plusieurs »………………............ 33 Hôte d’Honneur - Alain MERIEUX, Président de l’INSTITUT MERIEUX « Racines lyonnaises et ambition internationale : l’approche Mérieux »…………………………………………………….. 37 3) Annexes…………………………………………………...... 69
  • 5. 5 Contacts : Yves MINSSIEUX, Président de la SEPL e.mail : minssiye@gmx.fr Gaétane HAZERAN, Vice-Présidente e.mail : gaetane.hazeran@arcansas.fr Robert PARIS, past Président de la SEPL e.mail : paris_robert@yahoo.fr Philippe HUET, Secrétaire Général e.mail : p.huet@bartec.eu Renée JIMBERT, Secrétaire Administrative de la SEPL e.mail : renee.jimbert@lcl.fr Le travail de synthèse a été coordonné par Marc BONNET, Président d’Honneur.
  • 6.
  • 7. 7 NOTE DE SYNTHÈSE ET PROPOSITIONS DE LA SEPL LES FACTEURS-CLÉS DU SUCCÈS DE LA DYNAMIQUE INDUSTRIELLE ET DE L’ANCRAGE DES ENTREPRISES DANS LA MÉTROPOLE LYONNAISE Le thème choisi par la SEPL en 2012-2013 pour ses travaux de réflexion et de proposition a porté sur "les facteurs-clés du succès de la dynamique industrielle et de l'ancrage des entreprises dans la métropole lyonnaise". Le choix de ce thème s’inscrit dans la lignée des travaux des années précédentes sur l’accélération du renouveau industriel de la métropole et sur le renforcement des synergies entre recherche et industrie à Lyon et dans sa région. Le sujet de l’ancrage des entreprises dans la métropole a été choisi en raison du constat que de nombreuses entreprises sont passées dans le giron d’autres groupes dont le siège n’était pas situé dans la région. Dans plusieurs autres cas, des entreprises ayant grandi dans notre territoire ont ensuite déplacé leur siège en région parisienne ou à l’étranger. Ces départs successifs, bien que chaque fois justifiés, ont été préjudiciables au rayonnement de notre métropole, à la différence de métropoles allemandes qui conservent des sièges de grandes entreprises multinationales (comme Stuttgart, avec Mercédès et Porsche), la perte de pôles de décision économiques peut être perçue à Lyon comme une fatalité. Par ailleurs, dans cette période de crise économique, les entreprises créatrices de richesses méritent une attention plus particulière et les bons modèles de développement doivent être soigneusement étudiés. Pour mener à bien le travail de réflexion sur ce sujet, des grands témoins ont apporté leurs idées à l’occasion de conférences qui ont eu lieu à la CCI de Lyon. Ces conférences ont été préparées avec les membres du Bureau de la SEPL. Afin de croiser les regards entre approches théoriques et pratiques, plusieurs conférences ont été co-animées par des dirigeants d’entreprises et des professeurs de l’IAE Lyon. Le rôle de ces derniers consistait à resituer les problèmes rencontrés dans un cadre plus général des stratégies d’entreprise et de territoire. Chacune des conférences a été suivie par un dîner de travail avec les grands témoins, pour débattre sur les causes profondes des difficultés rencontrées et pour proposer des pistes de solutions.
  • 8. 8 Les conférenciers ont été choisis pour représenter une variété d’acteurs de l’ancrage des entreprises à Lyon et dans sa région : le Président de la CCI de Lyon, un grand groupe dans le domaine pharmaceutique, une entreprise de haute technologie, une entreprise du BTP, une entreprise de mutualisation de moyens pour les PME, le Directeur Régional de la Banque de France. Les six conférences de la session 2012-2013 étaient ainsi les suivantes : - Philippe GRILLOT, Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Lyon : "Les enjeux de l'industrie à l'échelle du pôle métropolitain" - - Bruno BONNELL, Chairman de ROBOPOLIS, Président de SYROBO (Syndicat de la robotique française) : "L'innovation par l'excellence technologique" - - Norbert FONTANEL, Président du Directoire du Groupe FONTANEL, et Ulrike MAYRHOFER, Professeur à l'IAE Lyon, Université Lyon 3 - Directrice du Centre de Recherche Magellan : "La stratégie des PME familiales en France et en Allemagne" - - François GAUDICHET, Directeur Régional de la Banque de France : "Forces et faiblesses du tissu économique rhônalpin" - - Gaëtan de SAINTE MARIE, Président de PME CENTRALE et Marie- Christine CHALUS-SAUVANNET, Maître de conférences à l'IAE Lyon : "La productivité par les réseaux professionnels ou comment repousser nos limites à plusieurs" – - Hôte d'Honneur : Alain MERIEUX, Président de l'Institut MERIEUX : "Racines lyonnaises et ambition internationale : l'approche MERIEUX". 1) Points forts et points faibles pour l’ancrage des entreprises dans le territoire Tous les conférenciers ont souligné que la région urbaine de Lyon conserve de nombreux atouts pour créer, attirer et retenir des entreprises dans le territoire. Tout en rappelant les points forts tels que les infrastructures, le positionnement géographique et l’histoire industrielle de Lyon, ils ont mis l’accent sur la qualité des formations, en particulier dans les domaines scientifiques et d’ingéniérie, ainsi que dans celui des formations au management. La métropole parvient à retenir des entreprises très performantes dans des secteurs traditionnels tels que la pharmacie, les sous-traitances aéronautiques et mécaniques, la chimie, l’agro-alimentaire etc. Il existe aussi un nombre significatif d’entreprises dans les domaines de haute technologie : sciences du vivant, énergie et matériaux, robotique, etc. Lyon est ainsi devenue la capitale de la première région industrielle de France après la région parisienne, avec un taux de valeur ajoutée supérieur à celui des autres régions françaises.
  • 9. 9 Malgré ces points forts, les témoignages ont une fois de plus souligné les faiblesses du tissu économique pour ancrer durablement les entreprises dans le territoire : - les sièges des grandes entreprises nationales ayant des établissements dans la région urbaine de Lyon sont de moins en moins implantés à Lyon. - il n’y a pas assez d’entreprises de taille intermédiaire (ETI : 250 à 5000 employés). De plus, le vivier d’ETI futures est insuffisant, car très peu de PME ou PMI ont le potentiel de devenir des ETI. Une des causes invoquées est la difficulté de transmission du capital, compte tenu du système fiscal français : de nombreuses PMI ou ETI innovantes sont revendues à des groupes extérieurs à la région lyonnaise, faute d’avoir pu gérer financièrement le processus de transmission. - comme dans le reste de la France, les entreprises de la région ne sont pas encore assez innovantes et leur niveau d’investissement en recherche- développement est très inférieur en moyenne à celui de pays plus avancés comme l’Allemagne ou les Etats-Unis. - les PME constituent la plus grande partie du poids économique de notre métropole, mais elles ne sont pas assez structurées et équipées pour aborder les marchés à l’international : il y a un manque de travail en équipe pour le faire, à la différence des PMI allemandes, qui sont accompagnées à l’international par les grandes entreprises dont elles sont partenaires. 2) Menaces et opportunités Les conférenciers invités ont rappelé que la mondialisation remet en cause les activités économiques de notre métropole. Si la mondialisation est une opportunité pour nombre d’activités de notre cité, elle est perçue en premier lieu comme une menace très sérieuse pour la pérennité et l’emploi en raison d’une difficulté à accélérer les processus d’innovation et de développement des entreprises. Pourtant, de nombreuses opportunités existent pour les entreprises de la région lyonnaise. En effet, le tissu industriel varié peut favoriser des possibilités de fertilisation croisées entre spécialités. A titre d’exemple, toutes les compétences existent dans la région lyonnaise pour équiper les villes des pays dont l’expansion démographique est rapide : infrastructures et bâtiments innovants, énergie, santé, etc. (cf. expérience du réseau city techs). Lors du dîner de clôture, Alain Mérieux a repris de façon plus incisive les idées de synthèse sur les menaces et opportunités de Lyon et de sa région. Il a fait passer un message en tant que dirigeant attaché à ses racines lyonnaises et au maintien de l’emploi en France : plus du tiers des effectifs de son groupe restent en France, bien que plus de 90 % du chiffre d’affaires soit réalisé à l’étranger. Quelques extraits de son
  • 10. 10 discours peuvent être considérés comme partie intégrante de la synthèse des travaux de l’année : a) Menaces pour Lyon dans le contexte de la mondialisation : « Imaginer une seconde que l’on vivra à Lyon, avec principalement des services, avec du tourisme, est une idée que je ne partage pas…Il faut donc réindustrialiser... ». « Vous ne pouvez pas demander à des personnes qui ont une démographie galopante avec des besoins ahurissants à couvrir, de rester et d’attendre les lyonnais… ». b) Discrétion et manque de mobilisation de Lyon et des lyonnais face aux menaces extérieures: « Je dis simplement qu’il y a une certaine mollesse par rapport au reste du monde. Je trouve que notre ville de Lyon est un peu molle quand même dans le sens de la prise de conscience de ce qui se passe dans le monde ». « Je pense que tout est foutu, si on veut bien que tout soit foutu. C’est ce que j’ai appris de la vie et je crois qu’aucune bataille n’est perdue tant qu’elle n’est pas livrée ». c) Opportunités de la mobilisation de tous pour l’avenir des entreprises de la région lyonnaise: « Quand on est à l’étranger, c’est sans savoir ce qui suivra ou se passera ». « Le seul risque dans la vie est de ne pas prendre de risque ». « Se battre et se mobiliser procure une certaine joie de vivre ». « Je pense sincèrement que l’entreprise engendre une vraie richesse, celle qui se crée et qui se partage ». « Le rôle d’un gouvernement est de faire comprendre que le monde universitaire et le monde économique et industriel ne sont pas en opposition, mais qu’ils travaillent ensemble et qu’il est nécessaire de le faire intelligemment dans l’intérêt collectif et public ». Ces quelques extraits du message d’Alain Mérieux, l’un des entrepreneurs les plus emblématiques de notre territoire, s’adressent à tous les acteurs de la vie économique et sociale à Lyon. Parmi ces acteurs, la SEPL s’est donnée pour mission depuis son origine il y a 150 ans de contribuer à rassembler les idées de projet. Elle tente de mobiliser les acteurs de la région lyonnaise pour permettre un développement économique et social durable au niveau de notre territoire. A titre d’exemple, les livres collectifs édités par la SEPL dans les cinq dernières années rassemblent les idées de projet proposés par les grands témoins : - Rapport SEPL 2009 : « Accélérer le renouveau industriel de la métropole lyonnaise ». - Rapport SEPL 2010 : « Renforcer les synergies entre recherche et industrie dans la métropole lyonnaise ».
  • 11. 11 - Rapport SEPL 2011-2012 : « Organiser la synergie entre monde rural et monde urbain dans la métropole lyonnaise : Vers un modèle de métropole industrielle verte ». Les propositions formulées dans cet ouvrage par les grands témoins de l’année 2013 peuvent être synthétisées autour de trois principaux axes : a) S’internationaliser tout en étant ancrés dans le territoire : cela consiste à aller chercher les marchés à l’international, comme le font les ETI du Mittelstand allemand, et à s’appuyer sur les savoir-faire variés de notre territoire lyonnais pour construire une offre adaptée. Cela suppose notamment de renforcer l’accompagnement des entreprises, de leur donner les moyens financiers, et de mieux former les jeunes lyonnais aux langues étrangères. b) Mettre en réseau les PME-PMI et mutualiser les moyens pour innover: les entreprises de la région lyonnaise, comme d’ailleurs les entreprises françaises en général, sont trop petites en taille pour faire face à la concurrence, pour aborder des gros marchés et pour innover. Il convient ainsi de renforcer la culture de travail en réseau et les dispositifs de coopération inter-entreprises dans de nombreux domaines : achats, innovation, marchés à l’export, etc. Il faut renforcer le dispositif d’accompagnement financier et fiscal pour les transmissions et fusions-absorptions de PME-PMI, afin de conserver les centres de décision au niveau de notre territoire. c) Développer une véritable coopération entre les entreprises et les universités : au-delà des « déclarations fracassantes et peu suivies d’actions concrètes », comme cela a été évoqué par plusieurs grands témoins, les entreprises se sentent insuffisamment « aimées », alors qu’elles contribuent à la création de valeur ajoutée du territoire et à l’emploi. Cette coopération commence par le développement de l’alternance université-entreprises dans toutes les filières de formation. Elle nécessite aussi de développer davantage les partenariats de recherche-développement menés conjointement par des laboratoires privés et publics et par les entreprises sur des projets de recherche-développement concrets. Comme l’avaient souligné les grands témoins des années précédentes, notamment Bernard BIGOT, Administrateur Général du CEA, notre pays a surdéveloppé la recherche pure par rapport aux allemands qui ont su équilibrer recherche fondamentale et recherche- développement. Aurons-nous le courage et la volonté de
  • 12. 12 persévérer dans cette voie si nécessaire, mais en même temps si délicate pour de nombreux acteurs ? Conclusion L’amélioration de l’ancrage des entreprises dans notre région urbaine de Lyon ne se limite pas à des actions au niveau français ou européen. Notre territoire a tous les atouts en main pour permettre aux entreprises de notre région urbaine de se développer sur place, et permettre aux jeunes de notre cité de trouver un avenir brillant dans les entreprises petites ou grandes de la région. Il manque seulement un projet fédérateur pour mobiliser les énergies. Sans cela, nous risquons de connaître un déclin accéléré de nos entreprises et de notre industrie compte tenu des tourmentes liées à la mondialisation actuelle. Les jeunes les plus favorisés iraient alors chercher fortune ailleurs, et ceux qui ne le peuvent pas risquent de connaître la fatalité et le désespoir, ce qui serait sûrement aussi préjudiciable pour les générations actuellement en position de responsabilité. Afin de stimuler davantage un projet ambitieux au niveau de la métropole et de la région urbaine de Lyon, la SEPL propose à nouveau qu’un projet global soit lancé pour renforcer la stratégie de développement économique de notre cité. Ce projet comprendrait en particulier des actions sur les trois domaines évoqués au cours de l’année 2012-2013 de la SEPL : internationaliser davantage les entreprises du territoire, mieux mettre en réseau les entreprises, et accélérer la recherche-développement. Afin d’éviter la dispersion des énergies et des initiatives, le projet stratégique évoqué ci-dessus devrait être dirigé par un groupe de pilotage comprenant à la fois la CCI de Lyon, le Grand Lyon et les services de l’Etat et de la Région. A cet égard, la création effective de la Métropole Lyonnaise que la SEPL a appelé de ses vœux à plusieurs reprises, notamment en 2008, constitue une réelle opportunité.
  • 13. COMPTES-RENDUS DES CONFÉRENCES DE LA SESSION 2012-2013
  • 14.
  • 15. 15 « Enjeux de l’industrie à l’échelle du pôle métropolitain » Philippe GRILLOT Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon Nicolas MILLET Directeur de la Direction du Développement industriel et territorial à la CCI de Lyon Le Président Yves MINSSIEUX présente Philippe GRILLOT, d’origine bourguignonne. Il a créé une entreprise de transport de matières dangereuses. Avant d’être élu en tant que Président de la CCI, il a été Président du Tribunal de Commerce de Lyon et il est membre du CESER Rhône-Alpes. Il a aussi joué un rôle important pour la mise en place de dispositifs de prévention des difficultés des entreprises. Autodidacte, il a su développer ses connaissances en management, notamment au travers du Centre des Jeunes Dirigeants. Il a su également saisir l’opportunité offerte par son 1er patron qui souhaitait former ses collaborateurs. 1) Exposé de Philippe GRILLOT sur la politique de la CCI en matière d’industrialisation Philippe GRILLOT remercie et ajoute que l’on peut créer une entreprise aujourd’hui, même sans diplôme. Le CJD a été pour lui une école des affaires et de l’amitié où il a suivi des formations le soir et où il côtoyait d’autres entrepreneurs, qu’ils soient héritiers, cadres ou jeunes créateurs d’entreprises. Il vit un apprentissage au quotidien à la CCI pour mettre à disposition les meilleurs outils au service de la croissance des 71 000 entreprises du territoire. Il rappelle en premier lieu que Rhône-Alpes est maintenant la première région industrielle de France, malgré la rude concurrence à laquelle nos entreprises sont confrontées. La région lyonnaise commence à mettre en place un pôle métropolitain où il convient de mettre en commun les moyens pour soutenir notre industrie.
  • 16. 16 Il s’agit notamment de faire évoluer positivement l’interaction entre 4 éléments qui structurent notre territoire métropolitain : les acteurs économiques, les acteurs des collectivités, le monde de l’enseignement et de la recherche, enfin les acteurs de la culture et de la citoyenneté. Il faut savoir parler de l’entreprise au travers de son implication dans la vie sociale et culturelle de la cité ; les PME-TPE participent à l’élan général du développement dans leur environnement. Des actions traduisent déjà cette orientation : l’Ecole de la 2e chance à Vaulx-en-Velin, Sport dans la ville ou « nos quartiers ont du talent ». Il existe une alchimie qui nous permet de conserver et d’attirer des entreprises industrielles sur notre territoire, à la différence d’autres régions qui n’ont pas de tradition industrielle : nous pouvons en effet nous appuyer sur la culture de l’industrie que possèdent les hommes et les femmes de notre région, avec un savoir-faire qui permet d’être compétitif et une productivité qui est l’une des meilleures du monde, même si les salaires sont plus élevés que dans d’autres pays. L’Aderly attire chaque année une soixantaine d’entreprises. Nous avons aussi un appareil de formation très complet, avec des coopérations qui sont prometteuses, comme celle qui est mise en place entre Centrale et EM Lyon, où les ingénieurs et les managers apprennent à travailler ensemble. Il y a aussi un rapprochement qui s’opère entre écoles et entreprises. Au plan de la recherche, des relations se développent avec le CEA et Lyon coopère avec Grenoble sur les nanotechnologies. On peut aussi mentionner les réalisations sur le design avec Saint-Etienne, ainsi que les rapprochements en cours avec CPE (dont la CCI est partenaire), l’IAE Lyon (présidé par Bruno Rousset) et l’ENS Lyon : tous ces rapprochements contribuent à faire entendre la voix des entreprises dans le PRES de Lyon et à travailler ensemble pour le développement industriel. Malgré ces réalisations, beaucoup de progrès restent à faire, en particulier dans quatre domaines : -Les systèmes d’innovation : notre effort est encore insuffisant, surtout quand on se compare avec des pays comme l’Allemagne. Le monde économique ne peut rien sans la coopération avec les acteurs de la recherche. - L’international : nos entreprises ne savent pas assez exporter et nos cadres ne parlent pas assez les langues. A titre d’exemple, il est dommage de constater que notre pays n’a réussi à vendre qu’un matériel de 15 k€ pour le marché de construction du tunnel sous le Bosphore, représentant un marché total de 3 milliards d’Euros. Il reste à travailler sur les réseaux à l’export, avec des clubs d’entrepreneurs et l’aide d’experts pour nous sensibiliser à l’export.
  • 17. 17 - La formation : certaines branches n’arrivent pas à recruter les ingénieurs dont elles ont besoin, et on observe encore des déséquilibres entre l’offre et la demande, en particulier quand il y a des reprises économiques. Il convient aussi de mettre l’accent sur l’insertion des personnes en difficulté et faire en sorte que le système de formation prépare l’avenir des jeunes et permette de donner une deuxième chance à ceux qui ne sont plus dans l’emploi. - La réglementation : le plus grand obstacle que nous rencontrons pour faire venir les investisseurs sur notre territoire est l’instabilité réglementaire, car cela entraîne un manque de visibilité pour les décideurs. La ré-industrialisation ou plus précisément le renforcement du tissu industriel passe par la densification des échanges économiques au sein du Pôle Métropolitain (G4) et la valorisation du goût d’apprendre notamment chez les jeunes. Nous vivons une période pas facile mais au lieu de recevoir un discours défaitiste, il faut leur montrer les réalisations exemplaires – à l’image de celle du CEA ou des nano-biotechnologies – ou leur présenter les filières qui recrutent car trop souvent on constate encore une dichotomie entre l’appareil de formation et la réalité du marché du travail. Il faudrait prendre des initiatives avec toutes les parties prenantes pour apporter des solutions concrètes. Mais, seul, le monde économique ne peut rien. 2) Exposé de Nicolas MILLET sur la stratégie de renforcement de notre base productive Le Président GRILLOT donne la parole à Nicolas MILLET pour présenter les actions de la CCI de Lyon destinés à renforcer notre base productive à l’échelle métropolitaine. Il y a quatre moteurs principaux, dont deux premiers qui sont endogènes et deux autres qui sont exogènes : - L’entrepreneuriat, qui améliore notre agilité et permet d’accélérer la sophistication technologique : la CCI reçoit de 5000 à 7000 porteurs de projets/an, dont 40 % de demandeurs d’emplois, 53 % de salariés et de dirigeants, ce qui est un signe de vitalité. Toutefois, il faut agir pour améliorer l’entrepreneuriat au niveau des jeunes diplômés. - Le Pôle de recherche et d’enseignement supérieur et les laboratoires qui nous aident à progresser vers la société de la connaissance : Lyon fait partie des 100 premiers pôles
  • 18. 18 universitaires dans le monde. Il reste à améliorer le lien avec l’industrie et à accélérer l’internationalisation. - Les ETI qui permettent de réduire les délais d’innovation : il y en a 70 qui sont présentes sur Lyon, même si nous avons très peu de sièges. - Les réseaux métropolitains, qui peuvent nous aider à mutualiser des moyens, par exemple pour mieux attaquer « en meute » des marchés à l’export. La métropole lyonnaise doit évidemment coopérer avec les autres métropoles voisines dans certains domaines : Grenoble pour les nanotechnologies, Genève pour l’industrie du luxe, Paris pour l’ingéniérie financière, etc. Ces quatre moteurs peuvent nous aider à mieux valoriser nos nombreux points forts tels que les suivants : - L’agro-alimentaire : nous savons « nourrir la planète »et préparer des plats gourmets. - La santé : technologies médicales, ingénierie de construction d’hôpitaux (GFC), etc. - L’urbanisme : construction de la ville et savoir-faire d’embellissement, ingénierie des transports et du métro, etc. 3) Débat B. DE SAINTE-MARIE : comment faire pour défendre les entreprises patrimoniales ? P. GRILLOT : avec un budget global de 50 M€ (fiscalité + subventions + facturations), on essaie à la CCI de Lyon de notre mieux d’apporter un accompagnement efficace à toutes les entreprises, dont les entreprises patrimoniales. Les collectivités, dont la Région Rhône-Alpes, ont la légitimité pour traiter du développement économique, mais les réformes proposées dans l’acte III de la décentralisation font craindre une complexification accrue. M. THOMAS : comment voyez-vous la flexibilité des salariés et des citoyens pour leur permettre de changer de métier ? Comment, à ce sujet, mettre de « l’huile dans les têtes et par seulement dans les textes» ? P. GRILLOT : les jeunes doivent choisir une filière qui les motive, mais il faut leur proposer un éventail complet de filières. Il est essentiel de
  • 19. 19 promouvoir la formation professionnelle tout au long de la vie. La compétence technique doit s’accompagner d’une compétence humaine qui se trouve dans l’étude des « humanités. Enfin, il faut savoir approcher et maîtriser les langues et les cultures ; ce sont ceux qui bougent le plus qui s’en sortent le mieux et ceci est vrai pour les individus comme pour les entreprises. Y. MINSSIEUX : il est nécessaire de faire partager cette « culture de la flexibilité par les politiques ». P. GRILLOT : il faut expliquer en toute occasion ce qui fonde l’économie. Les politiques ont envie de se confronter au monde économique, il faut aller à leur rencontre comme à celle des acteurs culturels. Un participant : quid du dossier de la cité internationale de la gastronomie ? M. DELOCHE : considérez-vous le tourisme comme une industrie à part entière ? P. GRILLOT : le tourisme est une industrie à part entière comme le prouve le tourisme d’affaires et les activités d’Eurexpo. Il faut que Lyon progresse encore sur ses activités nocturnes et sur l’ouverture dominicale. G. HAZERAN : comment faire bouger les lignes dans nos échanges avec l’UE ? P. GRILLOT : la CCI de Lyon participe à un réseau européen des CCI métropolitaines et discute de ce sujet avec des partenaires européens. L’ouverture de notre métropole demeure un objectif prioritaire de notre action. Remarque complémentaire : JP DUFFLOT (LCL) : les banques doivent évoluer dans leur offre de service aux entreprises. On pourrait s'intéresser à une interaction avec le monde de la recherche et des pôles de compétitivité en structurant une offre spécifique.
  • 20.
  • 21. 21 « L’innovation par l’excellence technologique » Bruno BONNELL Chairman de ROBOPOLIS et Président de Syrobo (Syndicat de la Robotique Française) Le Président Yves MINSSIEUX donne en premier lieu la parole à François VERGES, président de la commission industrie de la CCI- Lyon. Celui-ci se réjouit d’accueillir le conférencier de ce soir et rappelle l’importance de l’innovation en tant que levier du développement industriel durable de la métropole. Lyon est classée au premier rang des villes françaises où il fait bon innover. La CCI-Lyon apporte une réponse complète pour accompagner les entreprises dans leur processus d’innovation et cette aide a concerné plus de 120 entreprises en 2012. Le président présente ensuite le conférencier, Bruno BONNELL. Né en 1958, il est diplômé de CPE Lyon et de l’Université Paris-Dauphine. Il a créé Infogrames en 1983, la première société européenne du jeu vidéo, qui a connu un développement fulgurant mais a été victime de sa croissance trop rapide. Après le rachat de celle-ci par ATARI, Bruno Bonnell s’expatrie cinq ans à New York où il se familiarise avec la robotique et la domotique. Il crée en 1995, la première société fournisseur d’internet en France, Infonie, puis la chaîne de télévision MTV. En 2007, il a créé Robopolis qui conçoit et commercialise des produits de domotique en France, Belgique, Allemagne, Autriche et Luxembourg. Il a aussi fondé en 2011 Awabot, entreprise tournée vers le marché des logiciels éducatifs et de loisirs. Il est aussi président du salon international de la robotique « Innorobo » qui se tient à Lyon depuis 3 ans. Ce salon est organisé cette année simultanément avec « European Robot Forum », qui accueille à Lyon 400 chercheurs internationaux dans le domaine de la robotique. Bruno BONNELL commence son exposé en décrivant l’accélération des impacts de l’innovation sur les évolutions sociétales : il n’y avait que 10 000 abonnés internet en France en 1998, contre plus de 30 millions aujourd’hui. l’I-phone ne date que de 2007 et les smart- phones ont maintenant conquis le monde. Les tablettes tactiles ne datent que de trois ans et la téléphonie 4G était impensable il y a seulement deux ans. Un exemple de cette révolution sociétale est le glissement sémantique de termes tels que « PC » (autrefois, un « poste de commandement »), « souris », « tablettes », etc. La diffusion des nouvelles technologies s’accélère ainsi depuis les dernières décennies :
  • 22. 22 les années1980 ont été celles du numérique, les années 90 celles du développement du téléphone sans fil. La décennie de 2000 à 2010 a été marquée par la diffusion de l’Internet, puis du smartphone et de la téléphonie mobile à haut débit, une opportunité économique en partie ratée par la France, malgré le génie français pour la télématique. Ces évolutions se retrouvent dans la consommation des ménages, puisque depuis 2010, les télécommunications sont devenues le deuxième poste de dépense des ménages, devant l’automobile, la nourriture et l’habillement. La prochaine révolution sera celle de la robotique. Le robot, terme tchèque qui signifie « esclave » et qui a été popularisé par Kapek, est une combinaison de capteurs, de processeurs embarqués et d’actionneurs-activateurs. C’est en quelque sorte une solidification du numérique, un transfert d’une partie de l’intelligence vers les machines, et c’est une évolution qui s’inscrit dans une chaîne logique des progrès de l’humanité depuis l’invention des outils, des machines et de l’électricité. Les robots permettent de gérer des opérations complexes. La ligne automatique du métro est une forme de gros robot, et les Airbus A 380 ne fonctionneraient pas sans les robots. A l’avenir, ils vont gérer les flux d’air dans les bâtiments BBC, les examens de santé à domicile ou encore les déplacements urbains, avec des voitures robotisées. Tout comme l’Internet a transformé les services, la robotique va transformer l’industrie et la révolution robotique va amener à réinventer les produits à l’avenir, en leur donnant de nouveaux usages. L’appropriation de ces nouvelles technologies est de plus en plus rapide, avec dans certains cas des progressions exponentielles. Par exemple, Robopolis a vendu 800 aspirateurs-robots en 2006, et 120 000 en 2012, avec un phénomène de doublement des ventes chaque année. Dans son livre «Viva la robolution » Bruno BONNELL explique pourquoi et comment les robots vont radicalement transformer notre vie quotidienne, pour donner à chacun plus de temps et pour être davantage présent pour les autres. La France et Lyon ont des atouts pour réussir la ré- industrialisation par le développement de la robotique, à condition de prendre la « vague » au bon moment, comme au surf, en évitant les échecs d’innovation arrivées trop tôt, telles que le Newton d’Apple ou encore les moteurs de recherche du Minitel dans le cas français. Il n’y a pas besoin d’être chinois pour réussir dans l’innovation robotique. Les Français ont devant eux un « boulevard », car ils sont formés à des méthodes globales et ils sont bons dans les sciences de l’agrégation et de l’assemblage, tandis que les Allemands ont une culture complémentaire et davantage « verticale ». L’innovation dans le domaine de la robotique viendra
  • 23. 23 davantage des petites entreprises en lien avec les recherches universitaires (comme à l’EPFL de Lausanne) que des grandes entreprises car ces dernières ont une plus forte aversion au risque (exemples récents de Nokia et de Microsoft). En robotique comme dans d’autres domaines, les grandes innovations viendront d’un foisonnement d’essais-erreurs, dans un processus où il ne faut jamais s’arrêter d’essayer et de favoriser la diversité. A la différence des innovations passées, tirées principalement par la recherche dans le domaine de l’armement, les innovations en robotique seront davantage tirées par les marchés de grande consommation et par la recherche du confort de vie. Dans le cas de Lyon, nous avons la chance d’avoir des champions de la robotique et d’organiser en mars 2013 le salon « Innorobo » qui a pris de l’ampleur depuis la première version en 2011. Innorobo, consolide en effet sa position d’évènement international dédié à la robotique de service. Ce salon propose également un cycle de conférences de haut niveau ainsi qu’une surface d’exposition représentative de la robotique mondiale. Cette année la partie exposition comptera plus de 120 sociétés et seront représentés 14 pays différents. Par ailleurs, cette année nous avons la chance d’accueillir à Lyon, en même temps qu’Innorobo, le European Robotics Forum 2013. L'objectif de ce Forum est de créer un évènement majeur et européen autour de l'investissement en Robotique. Il veut permettre à des sociétés européennes de la robotique de rencontrer des investisseurs professionnels, soit directement lors des sessions du matin, soit de manière informelle tout au long de la journée. Un grand débat sera aussi organisé sur l'investissement en Robotique afin de fédérer les différents acteurs européens du Capital Risque, des Associations de Business Angels, des décideurs Européens autour des start-ups et PME du secteur.
  • 24.
  • 25. 25 « Stratégie comparée des PME familiales France et en Allemagne » Norbert FONTANEL Président du Directoire du Groupe Fontanel Ulrike MAYRHOFER Professeur de management international à l’IAE Lyon Le Président Yves Minssieux présente les deux conférenciers : - Ulrike Mayrhofer est professeur à l’Université Jean Moulin Lyon 3 et directrice du Centre de Recherche Magellan de l’IAE Lyon. Ses publications portent sur les stratégies d’internationalisation des entreprises. Elle présentera le modèle économique du mittelstand, très répandu dans le Sud de l’Allemagne, et qui est formé de grosses PME à capitaux familiaux et fortement exportatrices. - Norbert Fontanel est Président du Directoire du groupe FONTANEL, entreprise familiale de 240 salariés pour un chiffre d’affaires de 100 M€, membre élu de la CCI Lyon, et membre de la Fédération Française du Bâtiment. Il parlera de l’expérience du groupe FONTANEL en tant qu’entreprise de taille intermédiaire de la métropole lyonnaise. Le Président Minssieux annonce que les conférenciers alterneront leurs interventions afin de mieux identifier les enseignements à retirer du modèle allemand pour les ETI de la métropole lyonnaise. Dans un premier temps, Mme Mayrhofer présente une analyse comparée de la stratégie des entreprises familiales françaises et allemandes. Elle rappelle la classification selon les effectifs des entreprises : Très Petites Entreprises (moins de 10 salariés), PME (entre 10 et 250 salariés) et ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire, de 250 à 5 000 salariés). Les PME françaises ont en moyenne 180 salariés pour 46 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel tandis qu’en moyenne les PME allemandes ont un effectif moyen de 450 salariés pour 108 millions d’euros de chiffre d’affaires. En France, le tissu des PME/ETI est davantage fragmenté qu’en Allemagne : 36 000 entreprises en France, soit 1,5% des entreprises contre 21 000 en Allemagne soit 1,2% des entreprises. En outre, les PME-ETI allemandes pèsent au total davantage dans le PIB (produit intérieur brut) et le volume d’emploi que leurs équivalentes françaises : 2300 milliards d’Euros en Allemagne et 34,5 %
  • 26. 26 de l’emploi salarié, contre 1700 milliards d’Euros en France et 28,8 % de l’emploi. L’effort de compétitivité par l’innovation des PME/ETI allemandes (500 000 brevets déposés par an contre 217 000 pour les PME/ETI françaises) contribue à la progression des exportations des entreprises allemandes : 56% du chiffre d’affaires des allemandes contre 42% des françaises. Norbert Fontanel donne alors l’exemple de l’entreprise qu’il dirige. Avec plus de 250 salariés permanents en plus des intérimaires et de la sous-traitance, c’est une ETI française caractéristique, la plus grosse entreprise de bâtiment dans le département du Rhône. Elle s’est développée en saisissant les opportunités de croissance depuis plus de 50 ans. L’entreprise a été créée par le père de Norbert Fontanel, autodidacte et fils d’un artisan maçon. Grâce à sa capacité de travail, il relève le challenge de grosses commandes et peut embaucher son 1er cadre en 1972, et il transforme le statut de l’entreprise en Société Anonyme. En 1986, l’entreprise FONTANEL se professionnalise en développant ses compétences, afin de s’adapter à une stratégie de recentrage des chantiers sur le territoire de la ville de Lyon intra-muros, en se spécialisant dans la construction d’immeubles. C’est à ce moment là que Norbert Fontanel entre dans l’entreprise, avant d’en prendre la présidence en 2002. En 1990, de grandes mutations ont lieu dans le domaine du bâtiment. La direction de l’entreprise décide alors de restructurer l’entreprise et de s’orienter vers la recherche des gros marchés. Une stratégie de flexibilité a été choisie en recrutant des sous-traitants pour ne pas augmenter la masse salariale et maintenir la compétitivité par la réduction des coûts fixes et le recentrage sur les compétences clés. En 1998, une holding est créée, afin de préparer la succession, puis d’ouvrir à hauteur de 20 % le capital de la société à des fonds d’investissements à partir de 2010. Ulrike Mayrhofer reprend la parole pour présenter les caractéristiques du modèle du Mittelstand : forte spécialisation des métiers de base, partenariat avec les autres entreprises du territoire pour les activités qui ne sont pas au cœur du métier, externalisation des activités à faible valeur ajoutée (18 % d’externalisation). La concentration des compétences clés permet aux PME/ETI allemandes de mieux focaliser leurs efforts de financement de la recherche- développement ainsi que leurs investissements en marketing et commercialisation. En moyenne, les entreprises du Mittelstand externalisent 18 % de leurs activités auprès de sous-traitants avec qui elles entretiennent une relation partenariale très étroite. L’investissement en R&D s’élève à 4 ,5 % en moyenne, ce qui permet de renforcer en permanence la compétitivité dans le cadre de la concurrence mondiale. Ce modèle allemand est reconnu pour sa compétitivité sur les marchés internationaux : 75 % des entreprises du Mittelstand allemand sont
  • 27. 27 exportatrices et environ 90 % des entreprises de taille intermédiaire réalisent plus de la moitié de leur chiffre d’affaires à l’export. Cela s’explique notamment par un niveau élevé d’investissement dans l’innovation qui permet d’accélérer la création de produits nouveaux, l’automatisation des procédés, les services associés aux produits, et l’innovation par l’anticipation des besoins permettant de fidéliser la clientèle. Cet effort d’innovation est complété par des stratégies partenariales : prospection avec les fournisseurs, mise en place de contrats de coopération (34%), création de filiales commerciales (21%) et de production (14%), ou encore de sociétés communes (9% en joint venture) et de franchises (6%). Cet effort d’innovation s’appuie dans 80 % des cas sur le personnel et les ressources internes des entreprises. Bien davantage qu’en France, il est complété par le travail de recherche réalisé en coopération inter-entreprises (42% des cas) et par des partenariats avec 38% des laboratoires de recherches privés ou universitaires. Un autre facteur de compétitivité est celui de la qualité des processus de formation des salariés allemands. A la différence de la France, marquée par la tradition des formations généralistes et par un poids moins important de l’alternance, les entreprises allemandes ont l’habitude de l’apprentissage et de la formation continue. Le style de management est aussi très responsabilisant, avec l’accent mis sur l’implication, la culture d’entreprise, la flexibilité et les aménagements d’horaires et le travail à distance. Le « made in Germany » est aussi devenu un facteur de compétitivité car il est un gage reconnu de qualité sur les marchés internationaux, justifiant des prix plus élevés et des marges d’autofinancement réinvesties en innovations. C’est ainsi que les ETI allemandes préservent leur indépendance. Elles sont en proportion 50% plus nombreuses que leurs homologues françaises à connaître des taux annuels de croissance de leur chiffre d’affaires supérieurs à 10%. Norbert Fontanel présente certains rapprochements entre le modèle du mittelstand et celui de l’entreprise qu’il dirige : regroupement d’entreprises pour faire face à de gros marchés, coopération avec des PME locales afin d’assurer une complémentarité des métiers, embauche d’ingénieurs et de jeunes talents pour accélérer les processus d’innovation, proposition de services et produits nouveaux afin de renforcer l’image et la réputation de l’entreprise. La gouvernance familiale de l’entreprise et la transmission au sein de la famille permettent aussi de contribuer à la pérennité et à l’ancrage dans le territoire, tout en se gardant de l’écueil de devenir une entreprise communautaire, car l’ETI « ne doit pas ressembler à son patron, mais à son temps ». Comme dans le modèle de l’entreprise allemande, les succès de FONTANEL et la capacité de l’entreprise à franchir des seuils de développement et à saisir les opportunités tiennent à la passion des équipes dirigeantes pour
  • 28. 28 l’innovation et pour les projets de l’entreprise ainsi qu’à la rigueur et au travail acharné. La gestion de personnel est attractive en offrant des possibilités de carrière et de participation financière (jusqu’à l’équivalent de 4 mois de salaire par an) et en favorisant la diversité des profils. L’entreprise attire des jeunes, notamment grâce à l’alternance, car ils apportent de l’énergie et des idées nouvelles. Norbert Fontanel indique que la moyenne d’âge de l’entreprise qu’il dirige est de 39 ans et qu’il ne croit pas à la croissance durable d’entreprises dont le personnel vieillit. Cela suppose de prendre en compte les attentes des jeunes qui ne veulent pas investir tout leur temps dans l’entreprise. Norbert Fontanel regrette cependant que l’environnement de notre pays ne soit pas aussi favorable pour les ETI qu’en Allemagne. Il déplore par exemple que de nombreuses ETI françaises passent dans le giron de grands groupes étrangers, qui savent échapper à l’Impôt sur les Sociétés, à l’ISF et au coût de transmission entre générations. La complexité et l’instabilité fiscale et réglementaire constituent aussi un handicap, à la différence de l’Allemagne. A titre d’exemple, les entreprises allemandes ont su reconstruire l’Est du pays en dérogeant aux accords de branche et en développant la flexibilité du temps de travail. Les mentalités doivent aussi changer dans notre pays où les entreprises ne sont pas toujours aimées et où les gens qui entreprennent sont critiqués.
  • 29. 29 "Forces et faiblesses du tissu économique rhônalpin" François GAUDICHET Directeur Régional de la Banque de France Le Président Yves Minssieux présente le conférencier, Monsieur Gaudichet, Directeur Régional de la Banque de France à Lyon. M Gaudichet est lui-même membre du Conseil de la SEPL, dont il a participé aux travaux, notamment en ce qui concerne la réflexion sur les pôles de compétitivité industrielle. M Gaudichet propose de s’appuyer sur son expérience d’observateur de l’économie régionale pour esquisser une stratégie de développement de notre tissu économique rhônalpin. Celui-ci a jusqu’à maintenant pu résister dans un environnement économique français défavorable à la suite de la crise financière de 2008. a) Un environnement peu favorable pour la compétitivité française dans l’économie mondiale L’économie mondiale a connu une croissance économique soutenue depuis 20 ans, avec une forte progression des pays émergents, notamment en Chine. Le ralentissement conjoncturel enregistré depuis la crise financière de 2008 a accentué les divergences entre pays. En se centrant plus particulièrement sur la zone Euro, les trajectoires sont très hétérogènes et même divergentes, avec un fort rebond positif de l’Allemagne, tandis que des pays comme l’Espagne, l’Italie, et à un degré moindre la France, ont subi des forts ralentissements économiques. Si l’endettement avait permis aux économies occidentales de soutenir la croissance dans un premier temps, puis de faire face à la crise de 2008, il risque désormais de rendre structurel le phénomène actuel de ralentissement. En ce qui concerne la France, on a pu observer que son activité économique avait stagné au cours des cinq dernières années en même temps que la profitabilité des entreprises fléchissait sensiblement. En particulier, la part de marché à l’export de notre pays s’est détériorée. Le change Euro contre Dollar n’apporte qu’une explication partielle à ce repli. L’évolution du coût du travail nous
  • 30. 30 a pénalisés depuis 10 ans par rapport à l’Allemagne, alors même qu’il évoluait comme la moyenne des autres pays européens ; or les enquêtes montrent que l’Allemagne est notre principal concurrent sur les marchés étrangers. En outre, notre niveau d’investissement en recherche-développement est resté relativement stable sur la période tandis que l’effort de R.D. de l’Allemagne a pour sa part progressé de plus de 11 % sur la période en poids relatif par rapport au PIB. b) Une économie qui reste solide en Rhône-Alpes Il peut être intéressant d’étudier les positions des économies régionales françaises, hors Paris. Cela fait apparaître Rhône-Alpes en leader des régions, avec un poids supérieur de 50 % à celui du Nord-Pas de Calais, loin devant les autres grandes régions comme PACA, les Pays de Loire, la Bretagne ou l’Aquitaine. En ce qui concerne plus particulièrement l’industrie, le taux de valeur ajoutée de l’industrie dans la région est supérieur à la moyenne nationale (28, 1 contre 25, 7%) et son économie est globalement exportatrice, malgré un recul par rapport à 2010-2011. Les entreprises sont relativement solides, comme l’indique la cote Banque de France (cotes 3 et 4) des entreprises de Rhône-Alpes, en moyenne meilleure que le niveau national. Ces entreprises bénéficient d’un système financier robuste et efficace. Ce raisonnement est particulièrement vrai pour l’industrie : les secteurs les plus performants sont notamment l’industrie pharmaceutique, la sous-traitance aéronautique, les produits chimiques, l’agroalimentaire. En outre, la région dispose de domaines d’excellence dans les hautes technologies : sciences du vivant, nano-sciences, micro-électronique, énergie-matériaux et chimie durables. Il y a aussi des positions fortes dans des secteurs plus classiques comme la sous-traitance mécanique, l’industrie du son de l’image et de la lumière, le tourisme et les produits agricoles. La région attire les entreprises, comme en témoigne notamment le nombre d’implantations : par exemple 71 nouvelles implantations ont été recensées en région lyonnaise par l’Aderly en 2012. Les facteurs d’attractivité peuvent être rappelés: le positionnement technologique des entreprises est globalement plutôt favorable et on observe une capacité d’innovation et de formation de talents de haut niveau, une main d’œuvre de haute qualité dans un contexte de démographie dynamique. Le positionnement géographique constitue un atout, avec de nombreuses infrastructures de communication dans une région agréable pour y résider. Le tissu universitaire est de qualité. Il faut mentionner à ce sujet le développement de pôles de collaboration université-entreprises-secteur
  • 31. 31 public, au travers des pôles de compétitivité et clusters tel que celui des nano-technologies initié par le CEA. Malgré ces aspects positifs, certains points faibles de notre tissu économique perdurent : - Des secteurs industriels rhônalpins importants sont impactés par la crise actuelle, en particulier l’industrie automobile et sa sous-traitance, ainsi que la métallurgie où l’on observe une baisse de rentabilité. En outre, l’image internationale de nos entreprises industrielles régionales reste à renforcer. - La région a trop peu d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) dans le domaine industriel : en 2010, 139 ETI employaient 106 000 personnes pour une valeur ajoutée totale de 7 milliards d’Euros. Toutefois, ces ETI sont relativement petites, avec une moyenne de 768 personnes, et une seule dépasse le seuil de 4000 salariés. Les ETI constituent des moteurs de l’activité économique dans la région car elles sont financièrement assez solides (80 % sont classées par la Banque de France en bonne ou excellente santé financière) et elles sont davantage orientées à l’export que les PME : 38, 3 % du chiffre d’affaires réalisé à l’export pour les ETI contre 20, 2 % pour les PME. Cependant, le nombre d’ETI est insuffisant pour tirer la croissance et l’exportation. En outre, il semble difficile d’augmenter le nombre d’ETI, car peu de PMI actuelles s’orientent dans cette voie: il y a seulement 82 PME à fort potentiel repérées par la Banque de France, avec 2, 3 milliards d’Euros de CA cumulé. En outre, ces PME ayant du potentiel sont moins performantes à l’export que les ETI, et leur santé financière est plus fragile que celle des ETI. Une stratégie de développement dans un contexte peu porteur Trois types d’orientations peuvent être évoqués, au niveau des entreprises, de la région, et au niveau national et européen : - Au niveau des entreprises, il est souhaitable d’augmenter le vivier des futures ETI en favorisant le regroupement des petites PME et en leur permettant de lever des fonds propres pour franchir les étapes successives de développement. Il faut pour cela orienter davantage l’épargne vers l’industrie et renforcer les appuis à l’export. Il faut aussi maintenir l’effort de mise en place des structures collaboratives telles que celles des 12 clusters et 13 pôles de compétitivité qui existent déjà en Rhône-Alpes. - Au niveau de la région, des priorités ont été définies : biotechnologies, nanotechnologies et sciences de la vie ; environnement, notamment la chimie verte ; ingénierie et énergies renouvelables. Dans ce cadre, faut-il soutenir les entreprises existantes et celles de tous les territoires avec un
  • 32. 32 risque de dispersion et de manque de mise en synergie entre territoires et entreprises ? Faut-il au contraire conforter des positions fortes ou élitistes sur des filières classiques ou technologiques, voire tout miser sur le passage aux énergies renouvelable, avec dans ce cas le risque d’une économie à deux vitesses et d’un développement inégal du territoire ? Le CESER a montré qu’il fallait opter pour l’intelligence et la cohésion, l’économie de la connaissance dans un monde multipolaire et favoriser un climat de développement durable. Cette préconisation suppose toutefois que l’on s’inscrive dans une économie européenne dynamique, marquée par une grande cohésion. Nous n’échapperons pas à la nécessité de faire des choix. Un point fort de Rhône-Alpes est certainement sa capacité à associer et faire travailler ensemble les différents secteurs dans la région. Il convient pour cela d’associer financements publics et privés et de positionner l’effort de la région sur ses points forts, notamment technologiques. Selon l’adage de Louis Gallois, il ne faut pas sélectionner les industries les plus à la mode, mais mettre les technologies les plus innovantes dans chacune des industries en montant en gamme. - A un niveau plus global, l’Union Européenne recommande une politique de spécialisation intelligente : découverte entrepreneuriale, choix de spécialités entretenant des relations étroites pour créer des synergies, focalisation des ressources sur les points forts à l’échelle internationale et viser une taille critique via des coopérations en ciblant des créneaux précis. Cela rejoint bien les prescriptions précédentes.
  • 33. 33 « La productivité par les réseaux professionnels ou comment repousser nos limites à plusieurs » Gaëtan de Sainte Marie Président de PME CENTRALE Marie-Christine Chalus-Sauvannet Maître de Conférences à l’Université Grenoble 2 Le Président Yves Minssieux resitue la conférence de ce jour dans le programme de travail de la SEPL de cette année. La productivité par les réseaux professionnels est en effet un thème particulièrement important pour la métropole lyonnaise, car le tissu économique de notre région urbaine est constitué en majorité de PME et PMI. Il remercie aussi M Emmanuel Imberton, qui représente ce jour le Président de la CCI de Lyon. Emmanuel Imberton rappelle à ce sujet que la CCI de Lyon joue un rôle considérable pour la mise en réseau des entreprises, en particulier pour le suivi des parcours des créateurs d’entreprise et l’entrepreneuriat : la CCI a également contribué à regrouper toutes les structures de la création d’entreprise et a labellisé les actions. Yves Minssieux présente alors les deux conférenciers. L’un est un praticien dirigeant d’une entreprise et l’autre est universitaire, et tous deux ont l’expérience des réseaux d’entreprise. Ils ont préparé ensemble leur exposé, de façon à éclairer le sujet des réseaux de PME à la fois par la théorie et par la pratique, afin d’en tirer des enseignements pour notre région urbaine de Lyon. Gaëtan de Sainte Marie a été président du CJD de Lyon et est membre du bureau national. Il a aussi contribué au développement du projet « Ruche », qui a pour ambition de devenir un think-tank de l’entrepreneuriat à Lyon. Il a créé une centrale d’achats qui aide les PME à obtenir une puissance d’achats comparable à celle des grandes entreprises. Marie-Christine Chalus-Sauvannet a entamé une carrière universitaire après avoir travaillé dans le domaine du bâtiment et réalisé un doctorat à l’Iseor. Elle a conduit des recherches sur l’efficacité de la mise en réseau des entreprises pour faire face aux exigences de compétitivité dans un contexte de concurrence mondiale. Elle enseigne le management stratégique à l’Université de Grenoble et à l’IAE Lyon.
  • 34. 34 1) Exposé de Gaëtan de Sainte Marie Gaëtan de Sainte Marie remercie le Président et affirme son grand intérêt pour les travaux de la SEPL, dont il est familier depuis longtemps d’autant plus que son aïeul Auguste Isaac était un ancien président de la SEPL et de la CCI de Lyon. Il explique pourquoi il a fondé PME Centrale il y a 12 ans à Lyon. C’est une entreprise d’une quinzaine de salariés qui joue le rôle d’une centrale d’achats pour les PME et TPE. L’idée de créer PME Centrale lui est venue lorsqu’il travaillait chez Péchiney en Australie : il était étonné par la différence de puissance d’achat entre les grandes et petites entreprises. Il a pensé que les PME devraient se regrouper pour avoir les mêmes atouts, ce qu’il a expérimenté en créant une première centrale d’achats pour PME à Sydney. De retour à Lyon, il a rencontré des chefs d’entreprise du BTP. Un de leurs concurrents venait d’être racheté par un grand groupe et bénéficiait de conditions d’achats privilégiées. Cette situation a favorisé la création de PME Centrale, qui est une forme de centrale d’achats indépendante : elle adopte les mêmes méthodes d’achats que les grands groupes. Le lancement de l’entreprise a nécessité de susciter l’adhésion des PME et des ETI pour obtenir une force d’achat comparable à celle des grandes entreprises, au moins pour les achats non stratégiques. Par exemple, PME Centrale représente aujourd’hui plus d’un million d’euros d’achats par an pour les fournitures du bureau. Cette force d’achat permet aux adhérents de réaliser 20 % d’économies sur des commandes telles que les véhicules d’entreprise, les consommables, le petit matériel, ainsi que pour les achats durables. Il y a 100 principaux fournisseurs référencés pour un montant total d’achats annuels de 60 millions d’Euros. Par exemple PME Centrale négocie l’achat de plus de 600 véhicules par an, ce qui lui permet de figurer dans la liste des clients principaux français de PSA. Un autre exemple est celui de la téléphonie mobile avec 15 000 lignes aujourd’hui gérées avec SFR. PME Centrale regroupe actuellement 4 000 entreprises adhérentes représentant 60 000 salariés. 50 % des entreprises adhérentes sont dans le BTP et 25 % dans l’industrie. Ce sont principalement des TPE, des PME et des regroupements d’artisans. Il y a aussi des entreprises de 600 ou 700 personnes, ainsi qu’une ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire) de 1300 employés. Les adhérents se réunissent régulièrement pour échanger sur des idées de synergie, au-delà des achats : par exemple, une entreprise de BTP lyonnaise ayant un chantier à Montpellier a négocié avec un autre adhérent de PME Centrale le fait de stocker les équipements sur place pendant les week-ends. Cela a permis des économies de temps et de coût de transport. Un autre exemple concerne la prise en compte des variables liées au respect de l’environnement. C’est un domaine où il ne sert pas à
  • 35. 35 grand-chose de faire écrire des rapports de développement durable aux PME, mais PME Centrale a pu avancer de façon pragmatique avec ses adhérents, par exemple pour l’achat de toilettes sèches de chantier : ce projet marche très bien car il permet de faire des économies tout en respectant l’environnement. Ces exemples illustrent le fait que les nouvelles générations d’entrepreneurs s’habituent à travailler en réseau, ce qui permet de créer des dynamiques communes. Les négociations menées par PME Centrale respectent une logique gagnant-gagnant car elles ne sont pas préjudiciables aux fournisseurs, bien que ces derniers aient été hostiles au départ. Les fournisseurs bénéficient en effet d’une augmentation de leur part de marché chez les adhérents. A titre d’exemple, l’un des principaux fournisseurs de location de matériel a continué à progresser en chiffre d’affaires avec les adhérents de PME Centrale, alors que le marché était en crise en 2008. La crise actuelle a d’ailleurs renforcé la pertinence de ce modèle au point que certains fournisseurs deviennent des prescripteurs de PME Centrale. Les principes de management de PME Centrale visent à développer l’agilité entrepreneuriale telle qu’elle est décrite par le CJD : « Etre capable de s’adapter sans stress tout en conservant son identité ». Pour y parvenir, il faut enchanter le client, travailler par itération, se confronter au terrain, laisser les personnes s’auto-organiser dans un cadre défini, fonctionner par subsidiarité, laisser le droit à l’erreur, communiquer. Le rôle du dirigeant est de favoriser et de servir l’initiative des collaborateurs tout en balisant le terrain. L’objectif de l’entreprise est celui d’une performance globale et d’une prospérité qui est favorisée par une mise en réseau. 2) Exposé de Marie-Christine Chalus-Sauvannet. Marie-Christine Chalus-Sauvannet propose d’apporter un éclairage théorique à partir du cas de PME Centrale. Elle s’inspire pour cela des études et recherches qu’elle a menées sur le sujet de la coopération inter- entreprises. A son avis, le cas de PME Centrale illustre quatre principales problématiques de notre région urbaine de Lyon : a) L’impératif de la mutualisation : La crise financière de 2008 a accru la pression concurrentielle sur les PME et TPE. Cette pression était déjà forte en raison de la mondialisation et de la généralisation des nouvelles technologies d’information et de communication. Dans ce contexte, la taille est un facteur-clé de succès. Pour les PME et TPE, la mutualisation de moyens leur permet d’obtenir des économies d’échelle et de mieux centrer leurs efforts sur leur cœur de métier. Le cas de PME centrale montre bien l’intérêt d’une mutualisation des achats, même s’il serait aussi nécessaire de mutualiser d’autres activités.
  • 36. 36 b) La nécessité d’une diversité de formes de réseaux : Il existe des formes variées de mise en réseau des PME et TPE. PME Centrale est un exemple de coopération au travers d’une entreprise de services. Il faut aussi mentionner le rôle des CCI qui aident les entreprises à se mettre en réseau. Les syndicats professionnels ont aussi un rôle de mise en équipe d’entreprises, comme dans le cas du secteur des fournitures pour bâtiment où il a été possible de coopérer afin d’éviter des pratiques concurrentielles internationales déloyales. Un autre exemple spectaculaire est celui de coopératives comme Limagrain, un des leaders mondiaux dans son domaine, et où les petits coopérateurs sont à la fois clients, fournisseurs et actionnaires. Les pôles de compétitivité mettent aussi en réseau des TPE-PME, des grandes entreprises et des organismes publics pour développer les innovations (80 % des adhérents des pôles sont des PME). c) L’avantage compétitif des PME en réseau par rapport aux grandes entreprises : même si les grandes entreprises disposent d’un avantage lié à leur taille et à leur internationalisation, les PME et TPE ont deux atouts que les grandes entreprises ont du mal à faire jouer : l’enracinement local et l’agilité. Les PME et TPE peuvent d’autant mieux tirer avantage de ces atouts qu’elles se mettent en équipe pour procéder à une vigilance stratégique, comme dans l’exemple des achats écologiques présenté par Gaëtan de Sainte Marie. d) La nécessité d’une stratégie de territoire pour favoriser la mise en réseau : Il existe des difficultés et des freins pour la mise en réseau des TPE et PME. La première concerne le manque de confiance entre partenaires, de nombreuses PME craignant de se faire piller leurs technologies et leurs idées. Une autre difficulté tient au manque de ressources dans les TPE et PME pour consacrer du temps et des moyens aux projets d’innovation. Pour éviter ces obstacles et apprendre à coopérer entre partenaires (qui peuvent en même temps être concurrents dans ce qu’on appelle la « coopétition ») il faut à la fois construire un socle de culture commune et renouveler les dispositifs d’accompagnement. Dans le cas de région lyonnaise, une certaine culture de réseau existe déjà, mais il faut sans doute renforcer cette culture de partenariat, par exemple en donnant un nouveau souffle à des dispositifs tels que « Grand Lyon Esprit d’Entreprise ».
  • 37. 37 SOCIÉTÉ D’ÉCONOMIE POLITIQUE ET D’ÉCONOMIE SOCIALE DE LYON – : – DÎNER-DÉBAT du MARDI 4 JUIN 2013 Sur le thème : « Racines lyonnaises et ambition internationale : l’approche Mérieux » La séance est ouverte à 20 heures 30. M. THOMAS.- Merci à Monsieur le représentant de son Éminence le cardinal d'avoir obtenu le silence avec une cloche, c'est de circonstance ! Chers amis, au sens protocolaire, je déclare la séance ouverte. Sans attendre, je passe la parole à Yves Minssieux, Président de la Société d'Économie Politique de Lyon. Y. MINSSIEUX.- Le silence est impressionnant. Merci. Bonjour à tous et merci d'être venus aussi nombreux entourer notre prestigieux conférencier. Cela pour mettre un peu la pression à Alain Mérieux qui nous fait le grand bonheur et le grand plaisir d'être parmi nous. Vous voyez l'effet d'attraction qu'il sait exercer sur chacun d'entre nous.  Monsieur le Maire de Lyon, représenté par son adjoint aux finances, Me Richard Brumm que nous avons eu le plaisir d’accueillir à l’apéritif. Je remercie les deux maires de communes proches d'être présents et de porter les pavillons municipaux :  Cher Paul Minssieux de Brignais  Cher Yves-Marie Uhlrich d’Écully.
  • 38. 38  Mesdames et Messieurs les élus, vous êtes évidemment nombreux dans cette salle. Je souligne les présences de Messieurs les Consuls :  Michel Pierre Deloche en tant que Consul du Danemark ;  Mon ami Jean-Jacques Rinck, Consul des Philippines ; Je salue la double représentation régionale de la Belgique qui est chère à mon cœur et à mon engagement :  Peter Verplancken pour la Flandre  David Thonon pour la Wallonie. La Belgique marche de cette façon et cela fonctionne bien.  Monsieur le Président de l’Université Lyon 3, Jacques Comby ;  Monsieur le représentant du Cardinal Philippe Barbarin, Etienne Piquet-Gauthier, merci d'être là.  Merci aussi à Jean-Paul Mauduy que nous avons vu en premier accueil et qui part piloter une mission de chefs d’entreprise en Turquie. Il m’avait assuré de sa présence ; je l’ai vraiment appréciée.  Monsieur le Vice-Président de la Chambre de Commerce de Lyon, cher Emmanuel Imberton, toi aussi, tu as su prendre le relais comme cela se pratique dans les entreprises.  Monsieur le Président de la CCI de l'Ain, Jean-Marc Bailly, merci d'être là.  Messieurs les Président du MEDEF Rhône- Alpes et du MEDEF du Rhône, cher Bernard Gaud, et cher Bernard Fontanel, merci aussi d'être là.  Madame Laurence Eymieu, Directrice Régionale de la SNCF, et là nous sommes dans l’actualité, puisque vous l'avez découverte dans le Progrès aujourd'hui ; merci d'avoir choisi de passer ce jour d'inauguration avec nous.
  • 39. 39 (Applaudissements)  Madame la Directrice Générale Adjointe du CIC Lyonnaise de Banque, Présidente du Comité régional des Banques, chère Isabelle Bourgade, merci d'être là, c'est un grand plaisir que tu sois à mes côtés. Vous savez que la Lyonnaise de Banque est une part très importante de ma vie et je ne peux m’en cacher.  Monsieur le Directeur de Réseau Rhône- Alpes Auvergne de LCL, Jean-Luc Duflot ; merci Jean-Luc de nous accompagner fidèlement et puissamment dans nos engagements.  Monsieur le Président de la Fondation Marius Berliet, Philippe Brossette ; merci Philippe d'être parmi nous.  Je saluerai aussi les plus jeunes, les représentants de la Jeune Chambre Economique de Lyon : Cette instance est très impliquée et c'est un mouvement tourné vers l'avenir. Merci d'être là autour de son Président Damien Baptiste. Pour la SEPL, sachez qu’il est important d'avoir cette ouverture sur la jeunesse que vous nous apportez.  Et puis, Monsieur le Directeur Général de la Fondation pour l'Université de Lyon, cher Bernard Sinou, sans toi cette soirée n’aurait pu être celle-ci. Merci de ta complicité et de ton amitié.  Pour aller plus vite, Mesdames et Messieurs les représentants du monde économique, des universités, des grandes écoles, du secteur associatif, de la presse, merci d'être avec nous.  Mesdames et Messieurs les adhérents de la SEPL, merci d'être chez vous dans cette réunion. Chers amis, merci d'être aussi nombreux. J’espère que de ce fait en tant qu’amis, cela vous conduira à entrer dans la catégorie des adhérents. Cela nous ferait réellement plaisir pour le développement de la Société d'Économie Politique de Lyon. Il est important de saluer le soutien de nos deux grands partenaires historiques :  CCIL (la Chambre de Commerce et d'Industrie de Lyon)
  • 40. 40  LCL (le Crédit lyonnais). Sans eux, et j'y viendrai rapidement tout à l'heure, la SEPL n'existerait pas et ne pourrait pas continuer de fonctionner. Soyez à nouveau remerciés. Je dirai un mot aussi des partenaires qui nous accompagnent ce soir :  La CCI Rhône-Alpes, encore une fois, merci à Jean-Paul MAUDUY de nous avoir épaulés.  Les MEDEF LYON RHONE, merci Bernard FONTANEL ; le MEDEF RHONE-ALPES, merci Bernard GAUD également.  La CIC Lyonnaise de Banque autour de toi Isabelle BOURGADE et autour de Philippe Guillaud ;  Le Crédit Agricole du Sud-Est qui est un partenaire très régulier de nos manifestations ;  L'IAE autour de son directeur, Jérôme Rive, que je salue ;  ISEOR auprès de Marc Bonnet que je salue aussi ; il est, par ailleurs, Président d’Honneur de la SEPL ;  L'association des Diplômés de Sciences Politiques que je trouve tout à fait à sa place avec nous ; merci Christian Laroche d'avoir su créer cette dynamique. Je terminerai ces remerciements en saluant le travail exceptionnel de Madame Jimbert. Je le vis comme vous régulièrement. Merci Madame Jimbert, la préparation d’une soirée comme celle-ci est un travail considérable et croyez bien que nous en avons conscience. (Applaudissements) Je partage le compliment avec Mesdames Ferrandez et Meissonnier qui vous accompagnent dans ce moment. J'ai tenté l’exercice difficile d’être exhaustif, si j’ai froissé quelques-uns d’entre vous, ne m'en voulez pas, le souci de bien faire m’amène à être large. La Société d'Économie Politique a été créée en 1866, il y a presque 150 ans. Elle s'inscrit dans le grand changement qu’a connu notre pays dans la période libérale
  • 41. 41 du Second Empire à partir de 1860. Napoléon III partageait l'enthousiasme Saint-Simonien pour le progrès industriel. À cette époque, notre Lyon moderne s'est largement construit sur le plan urbanistique. Quelques souvenirs prestigieux nous viennent naturellement en tête : la rue de la République, (ex. rue Impériale), le Palais du Commerce (n'est-ce pas Emmanuel Imberton ?) qui date précisément de 1860 et puis, le parc de la Tête d'Or. Les écoles, on parlait des universités, des grandes écoles. De cette époque datent exactement celles qui s'appelaient « l'Ecole Supérieure de Commerce et de Tissage », pour faire référence à son savoir-faire textile, et « l’Ecole Centrale ». La soierie lyonnaise a également explosé aux quatre coins du monde en entraînant des métiers qui ont été collatéraux et sont devenus principaux, comme la chimie et la mécanique. À cet égard, cette période a vraiment été novatrice et pour accompagner ce changement, il fallait des banques et elles se sont créées à ce moment là de façon active dans la région lyonnaise : en 1863, LCL Crédit Lyonnais à l’époque, et puis CIC Lyonnaise de Banque en 1865. Avouez que ce n'est pas un hasard mais c'est une grande concordance de période. La SEPL (la Société d'Economie Politique) est née avec la vocation de constituer une société de libre réflexion sur des questions d'économie politique dans notre grande région lyonnaise. Les débats étaient organisés dans un restaurant installé rue du Bât d'Argent qui s'appelait Casati et Henri Germain, Président du Crédit Lyonnais ainsi que Jean Tisseur, Secrétaire Général de la CCIL, y étaient réunis. On retrouve l'histoire. Cette pratique a perduré 150 ans, avec des réunions mensuelles organisées autour d'un thème annuel suivi d'un dîner de gala au mois de juin. Vous voyez que le fil de l'organisation historique n’est pas perturbé. Pour impressionner Alain Mérieux, je citerai nos derniers invités d’honneur : Jean-Pierre Raffarin, Gérard Collomb, Luc Ferry, Bernard Bigot. Cette année, nous avons choisi comme thème « les facteurs clés du succès de la dynamique industrielle et de l'ancrage des entreprises dans la Métropole lyonnaise. » Plusieurs témoignages d'entrepreneurs et d'universitaires ont illustré ce programme. Pour notre dernier dîner annuel, notre Bureau a souhaité accueillir un
  • 42. 42 entrepreneur emblématique, issu de notre terroir, ayant porté loin et haut son savoir-faire industriel, Alain Mérieux. L’entreprise, plus que jamais, par sa dynamique de création de richesse mais aussi d'épanouissement humain, doit rester au cœur des réflexions et du nouveau modèle que la crise économique induit. Merci à Alain Mérieux de nous faire partager son expérience et sa foi dans l'avenir. (Applaudissements) Vous devez encore m'écouter une minute ou deux, le temps de partager sur le dispositif de l’organisation avec Michel Thomas, Président d’Honneur de la Société d'Economie Politique de Lyon. (Applaudissements) Il sera le « Monsieur Loyal » de cette soirée et la loyauté te va bien. Michel, comme le dirait l’un de nos amis : « je te laisse le chantier pour nous expliquer le déroulement de la soirée ». M. THOMAS.- Merci ami et cher président. Le dispositif est fort simple.  Je dirai quelques mots, sans faire la présentation du conférencier puisque, a priori, nombre de personnes ici le connaissent ou au moins en ont entendu parler.  Ensuite, je lui passerai la parole pour son intervention pendant que vous dégusterez l’entrée de ce repas.  Puis, pendant le déroulement du repas, à chaque table, vous réfléchirez et préparerez une ou deux questions à poser à notre conférencier.  Au moment du fromage, je passerai entre celles-ci, récupérer les questions que j'essaierai d'ordonner pour les regrouper sur quelques thèmes fédérateurs et je les lui poserai en votre nom. De cette façon, nous essaierons de faire une réunion organisée. Bien entendu, vous pourrez, si vous le jugez utile, solliciter une intervention personnelle. Ensuite, je rendrai la parole au président car il est le Président tout de même !
  • 43. 43 Nous allons commencer par quelques mots pour présenter Alain Mérieux, notre conférencier. Comme je viens de vous le dire, quand on se nomme la Société d'Économie Politique de Lyon dont tous les membres sont issus du monde économique ou universitaire lyonnais, cela n'a évidemment aucun sens de présenter Alain Mérieux tant son nom et celui de sa famille sont intimement liés à l'histoire économique lyonnaise depuis quatre générations. Marcel Mérieux, son grand-père, fut l'élève de Louis Pasteur. En 1897, il fonda un laboratoire d'analyses médicales à Lyon qui devint ensuite le prestigieux Institut Mérieux. En 1937, son fils le docteur Charles Mérieux prit les rênes du laboratoire au décès de son père. Dans le courant des années 40, il introduisit une technique, développée par un hollandais, nommé Frenkel - la culture in vitro - qui révolutionna la fabrication des vaccins et conduisit à la production de réactifs pour les tests de diagnostic in vitro. En 1938, naquit Alain Mérieux. Il avait un frère qui faisait médecine, une sœur qui faisait pharmacie, lui, il a fait les deux : il est titulaire d'un doctorat en pharmacie et ancien interne des Hôpitaux de Lyon, il est également ancien élève de la Harvard Business School. Lui aussi, on pourrait l'appeler «le Docteur », si ce qualificatif n'évoquait pas aujourd’hui encore l'extraordinaire personnalité de son père. Face à la statue et à la stature du Commandeur, il a parfaitement su s'affirmer et devenir à son tour un membre à part entière de ce que l'on peut appeler la « saga » Mérieux. Jugez-en ! En 1963, il crée BD Mérieux détenue à parts égales entre l'Institut Mérieux et Becton Dickinson, offrant ainsi une large gamme de produits pour laboratoires d'analyses médicales. Lorsqu’il en devint en 1974 l'actionnaire majoritaire, la société prit le nom de BioMérieux. Alain Mérieux y est toujours très présent même s'il n'assume plus directement de fonction opérationnelle. BioMérieux est aujourd’hui l’une des dix premières sociétés mondiales de diagnostic biologique. Ses produits sont utilisés dans le diagnostic des maladies infectieuses utilisées pour les urgences cardiovasculaires, le dépistage et le suivi des cancers, ainsi que pour la détection de micro- organismes dans les produits agroalimentaires, pharma- ceutiques et cosmétiques. La société BioMérieux est présente dans plus de 150 pays au travers de filiales et d'un large réseau de distributeurs. Parallèlement, en 1968 Alain
  • 44. 44 Mérieux prend la présidence de l'Institut Mérieux et donne au groupe sa place de leader mondial dans le domaine des vaccins, à la fois en médecine humaine et en médecine vétérinaire. Il assure cette présidence jusque 1994, ayant en 1985 pris le contrôle de l'Institut Pasteur Production en France et réalisé en 1989 l'acquisition des laboratoires Connaught en Amérique du Nord. De 1991 à 2002, il assure également celle de Transgène, société de biotechnologies spécialisée en thérapie génétique. De 1986 à 1998, il fait une incursion dans le monde politique en assumant un mandat de Conseiller municipal à Lyon, puis la fonction de Premier Vice- Président du Conseil Régional Rhône-Alpes en charge des Relations Internationales, du Développement Economique, de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur. Son implication dans le domaine de l'enseignement et de la formation reste toujours l'une de ses priorités puisqu’il a récemment accepté d'assumer la présidence de la Fondation pour l'Université de Lyon et il préside également le comité mécénat de l'Université catholique de Lyon. Mais la politique, ce n’est pas vraiment son monde et il semble bien qu’il ne la regrette pas, même s'il s’y est taillé de solides amitiés, appartenant à une large part de l'échiquier politique. Il fait également partie du cénacle des grands industriels, même si à ma connaissance il n'a jamais brigué de mandat dans ce domaine. Il y a bien une place à prendre au MEDEF, je crois, mais il y a déjà des candidats, je pense que ce n'est pas pour cette fois… Car Alain Mérieux, c’est d’abord et avant tout, et c’est ce qui justifie sa présence ici parmi nous ce soir, un « patron », au plein sens du terme : un patron familial, ce qui ne veut pas dire « paternaliste » ; c'est aussi un patron « entrepreneur », c’est-à-dire un patron doté d'une vision stratégique et d'une capacité d'anticipation qui lui vaudront quelques solides désaccords avec le monde de la finance, souvent plus intéressé par des profits à court terme et sans lendemain que par la construction pas à pas d'une industrie de pointe reposant sur un projet à long terme, clair et maîtrisé : c’est ce qui le poussera à vendre à Rhône Poulenc le reste de ses parts de l’Institut Mérieux, à la surprise de son père, quand il en aura assez de voter au Conseil d’Administration avec les représentants de la CGT ; il récupérera le nom de l'Institut Mérieux lorsque Sanofi aura à son tour mis la main sur Rhône Poulenc ; Alain Mérieux, encore patron « patriote » maintiendra, et c'est le cas encore
  • 45. 45 aujourd'hui, 35 % de ses effectifs en France, alors que cette année (il me l’a dit il n'y a pas bien longtemps) près de 90 % du chiffre d'affaires sera réalisé à l'étranger. Alain Mérieux enfin, est un ami fidèle et de bon conseil pour tous ceux qui, un jour ou l'autre, ont été amenés à en solliciter de sa part. Ces amitiés sont parfois très anciennes comme par exemple celles qui datent de sa scolarité chez les Jésuites, (et il y a ici ce soir un représentant éminent que je connais particulièrement bien) mais aussi de son passage chez les parachutistes des bataillons de choc ayant eu à s'exposer en Algérie dans les années 60 et également de ses innombrables rencontres dans le paysage économique et politique français. Ces amitiés-là ne s'oublient pas, surtout quand elles ont puissamment aidé en particulier à surmonter de lourdes épreuves familiales, celles que la vie réserve parfois même à ceux que l'on croit à l'abri. Alain Mérieux, c’est enfin et surtout ce qui nous a conduit à solliciter son intervention aujourd'hui en qualité d’hôte d'honneur de la Société d’Économie Politique de Lyon, c’est l'homme d'une expérience irremplaçable d'industriel international dynamique, présent sur les cinq continents, ayant réussi à marier ces deux concepts, pourtant a priori aussi éloignés l'un de l'autre, que sont les racines locales profondément ancrées et une ambition internationale caractérisée et concrétisée par la réussite que l’on connaît. C'est donc en vous assurant, Monsieur Alain Mérieux, que tous les Lyonnais sont fiers de vous, que je vous cède la parole pour nous expliquer comment vous y êtes parvenu. (Applaudissements) M. MÉRIEUX.- Monsieur le Président, tout a été dit, on en a même trop dit. Je suis un peu confus de cette profusion d'éloges qui ne correspondent pas tellement à mon caractère. Ce soir, je suis heureux d’être ici pour parler de ce que j’essaie de faire de ma vie professionnelle et de ma vie tout court, les deux étant extraordinairement imbriqués. Il est vrai que, dans ma vie, j'ai eu la chance de participer et d’avoir eu avec mon père une aventure industrielle avec l'ouverture de la vaccinologie à travers le monde. Si je suis tourné vers l’international, je le dois aux
  • 46. 46 virus et aux bactéries qui nous entourent et ne connaissent pas les frontières tout en se promenant allègrement en faisant des allers-retours fréquents à travers le monde. Aujourd'hui, la globalisation telle que nous la vivons, avec des échanges d’hommes, les émigrations, les voyages, les vacances, les échanges agroalimentaires, fait que le monde est devenu un extraordinaire bouillon de culture dans lequel virus et bactéries trouvent une part très heureuse. Je pense d’ailleurs que la globalisation profite essentiellement à deux espèces : d’un côté les bactéries et les virus, et de l’autre les mafias. Ce sont certainement les deux espèces qui sont les plus heureuses à court terme dans la globalisation et c’est face à cela que nous devons travailler. J’ai eu la chance de travailler le vaccin pendant 25 ans dans une bonne ambiance. Je dois reconnaître que le meilleur moment de ma vie a été quand Rhône Poulenc, qui avait 51 % chez nous, a été nationalisé. C'était un grand moment de ma vie puisque je travaillais sans contraintes avec un gouvernement qui m’a soutenu totalement. Je me rappelle d’un dîner avec M. Fauroux et M. Curien, deux grands ministres, un directeur de cabinet, Jean-Pierre Jouyet. Nous avions élaboré sans bruit une stratégie pour les vaccins qui a payé puisque nous avons été en quelques années les premiers au monde. Nous avions un actionnaire de référence qui partageait la finalité du dirigeant et nous avons pu ensemble faire beaucoup de choses. C'était l'époque assez glorieuse où j’ai appris à me méfier des grandes sémantiques : libéralisme, nationalisation ou autres. Il y a à boire et à manger partout et il faut essayer de s'adapter au terrain. Plus j'avance en âge et plus mon modèle est la bactérie. Elle s'adapte sans arrêt à un environnement qui change. Elle a quelques milliards d'années et a un gros avantage sur nous, elle ne fait pas de déclarations fracassantes mais elle s'adapte de façon permanente et totalement à travers le monde. Donc, c’est mon modèle ! J'essaie de m'adapter à un monde, à un environnement que je ne contrôle pas et que nous ne contrôlons pas. Aujourd’hui, il faut avoir l'honnêteté d'accepter le fait que nous sommes dans un environnement que personne ne dirige et ne contrôle. Cela rend un peu humble et vous évite de faire de grandes déclarations que l'on retrouve trop souvent dans les partis politiques à droite
  • 47. 47 comme à gauche. Il faut garder raison et essayer encore une fois de s'adapter à cet environnement. Aujourd'hui, quelle est mon activité ? Je suis président d'une Holding, comme on dit maintenant, dans le domaine financier. Ma fierté est d'avoir récupéré le nom ancestral de mon grand-père « l’Institut Mérieux » lorsque j'ai vendu l'affaire Shantha et Hagen à Sanofi en échange de quelques picaillons. Oui, quand on est Lyonnais, on reste Lyonnais ! Au niveau des grandes idées, nous sommes assez pragmatiques pour les problèmes financiers. Et ainsi, nous avons récupéré le drapeau qui est à l'Institut Mérieux, qui est maintenant la Holding et qui a retrouvé ses racines, 17 rue Bourgelat où mes grands-parents habitaient en 1911. Cela fait plus d'un siècle que la famille est présente ici, et c’est la Holding ! Cette holding contrôle trois sociétés : . BioMérieux, cotée en bourse, à 59 %, . Transgène, dont vous avez parlé, nous en détenons la majorité, cotée en Bourse de Paris, puisque c'était la thèse de mon fils Christophe en médecine, en 1997 et pour cette raison, je poursuis sa vision, . La troisième société la plus importante est Mérieux NutriSciences : c’était la vision de Rodolphe quand j’étais avec lui aux États-Unis ; il avait 25 ans et il m'avait dit d’aller non seulement dans le diagnostic industriel mais aussi dans le service. Après son départ, nous avons acquis une toute petite société qui s'appelait Silliker à Chicago. Aujourd’hui, elle est dirigée par Philippe Sans avec 4 500 personnes et 450 millions de dollars de chiffre d'affaires. Comme quoi le rêve d’un jeune homme est lourd de promesses lorsqu’on fait confiance à ces jeunes gens qui ont de l'enthousiasme et également le courage et la fierté d'entreprendre. Aujourd'hui, au total, nous sommes plus de 12 000 personnes. Le chiffre d'affaires de BioMérieux est réalisé à 88 % en dehors de France et celui de Mérieux NutriSciences est réalisé à 80 % en dehors de France. Le point important est que nous avons gardé notre siège à Lyon, nos racines lyonnaises. Même si Lyon ne va pas assez vite, - et cela m'énerve parfois -, nous sommes tout de même bien ici, la ville est belle. Le Sénateur Maire, pour lequel je ne fais pas campagne (je tiens à le dire) a une oreille attentive aux problèmes
  • 48. 48 industriels. L’environnement universitaire est cohérent avec nos ambitions. Nous avons la chance d'avoir des collaborateurs qui ont été formés par les universités, par l’INSA, par Lyon 1. Nos techniciens de laboratoire viennent pratiquement tous de la « Catho » comme nous la nommons (Faculté Catholique de Lyon), de l’ESCV. Depuis 50 ans, nous formons des techniciens de laboratoire à travers le monde. Nous avons la chance d'avoir un terreau en termes d’éducation de la formation qui est excellent et auquel je rends souvent hommage. Nous sommes attachés à notre ville. Nous y avons beaucoup travaillé. Mon père a créé sa fondation, il a racheté l'Institut Pasteur de Lyon, Mérial, dont nous avons repris les locaux et a créé Bioforce ; il a créé également le P4 qui est aujourd'hui phare pour l’infectiologie. Christophe a développé et présidé Lyonbiopôle. Cela a été un choc parce que ce fut le premier pôle de compétitivité reconnu au niveau mondial. Aujourd’hui la suite logique est l'IRT (l’Institut de Recherche Technologie sur les maladies infectieuses) que je préside provisoirement. Nous savons qu'il est important d'avoir des racines, de les cultiver et de renvoyer, comme disait l’Evangile, ce que Dieu nous a donné. Je suis réceptif à cette ville qui a gardé pour moi beaucoup de charme et d'attraits, tout en conservant également un certain bon sens financier avec une certaine humilité. Je crois que l’humilité est une denrée qui manque beaucoup à certains hommes qui nous dirigent. Plus la vie avance et plus on devient modeste et humble. La vie nous apprend que rien n'est jamais acquis, donc nous nous efforçons de vivre intensément notre développement industriel. J’ai eu la chance de créer une entreprise à l’âge de 25 ans, elle a 50 ans cette année. Vous voyez que je ne cache pas mon âge ! J’ai eu la chance également de la développer à travers le monde. La partie la plus difficile aujourd’hui est de savoir passer la main et transmettre. En effet, quand vous avez fait quelque chose, il est difficile de passer la main. Aujourd’hui, j’ai la chance de le faire avec à mes côtés, Alexandre et Jean-Luc Bélingard qui préside BioMérieux. Dans quelques semaines, Alexandre sera le Président de Mérieux NutriSciences et mon ami Philippe Archinard, est Président de Transgène. Tous, nous essayons de partager ce que j'appelle une vision d’ensemble. Dans une entreprise, il est important d'avoir quelque part quelque chose qui rassemble
  • 49. 49 et, qui soit une vision. Notre vision a été de servir. J’ai été élevé ainsi : servir la santé publique à travers le monde, à travers les vaccins et le diagnostic et le faire de façon partagée. Maintenant, je ne suis plus directement opérationnel mais quand je retrouve nos partenaires sociaux, je pense qu'en 50 ans, nous avons eu une paix sociale totale car nous partageons avec nos amis de la CGT et de la CFDT la même vision d'entreprise. Il n'y a rien qui nous sépare, même si on se dispute et que nous sommes en désaccord sur les salaires. C’est normal mais, sur la finalité de l'entreprise, sur la façon de la driver pour le futur, là où nous voulons aller, le consensus est total dans l'entreprise et c'est fondamental. Rien ne se fait, si on le fait contre les autres ! Il faut le faire ensemble et avec beaucoup de discussions, d'aller-retours. En fin de carrière, ce qui est mon cas, cela apporte une certaine joie de retrouver des partenaires sociaux sans hostilité et avec une certaine philosophie commune. Vous avez signalé dans mes fonctions que j'ai été appelé à de nombreux postes un peu bizarroïdes. Le gros avantage, quand une vie est longue, est que vous avez des souvenirs mais le gros désavantage est celui de perdre la mémoire. Mais je me rappelle que j'avais été nommé par Jacques Chirac administrateur de Rhône Poulenc nationalisé. Ensuite est survenue la dénationalisation et je me suis trouvé en parfaite opposition avec la Direction Générale du groupe. Il est vrai qu'à plusieurs reprises j'ai voté avec la CGT et la CFDT contre le management et comme j'étais le plus capitaliste autour de la table, cela faisait désordre. Je suis allé voir le président Jean-René Fourtou et je lui ai dit : « Personne n'y comprend plus rien, donc je vais quitter le Conseil.» Les seuls à me regretter ont été les camarades ! Les autres m'ont vu partir vers d’autres cieux avec une certaine allégresse. Il est important de partager ses convictions avec ceux qui travaillent avec nous. Ma formation en relation humaine est issue de deux milieux de culture que je fréquentais intensément : l'hôpital et l'armée. Là on est direct, on n’a pas de galon sur les épaules. Si, à l'armée nous en avons ! Mais à l'hôpital, nous vivons et travaillons ensemble et cela soude de partager les mêmes joies, les mêmes espoirs et désespoirs. L'armée c'est la même chose, surtout quand on est en Algérie. Ce sont des moments
  • 50. 50 durant lesquels nous retrouvions une amitié extraordinaire. Nous étions une bande d'amis, de cinglés, il y avait l'extrême droite et l'extrême gauche. J'ai servi avec Simeoni, un Corse qui tirait sur les gendarmes mais qui est comme un frère pour moi. C’est important. J’ai été interviewé pour « Challenges » par une jeune femme très gentille qui portait mon homonyme et disait : « Il y a une partie de votre vie quand même… ! » Elle cherchait des choses croustillantes. Elle connaissait le parrain de mon fils, patron des Renseignements Généraux, et elle me disait : « Alors, Simeoni ? » Alors que j’étais à l’étranger, cette jeune femme a eu l'intelligence d'appeler Edmond, en Corse. Je rentre et je vois trois messages de Simeoni. Je lui demande ce qu’il se passe et il me répond : - « Alain, une fille qui porte ton nom, m'a interrogé sur toi avec des questions indiscrètes. Tu sais, je n'ai rien dit. J'ai dit que je ne te connaissais pas ! » À l’époque de la grande médiatisation, j'ai trouvé cela très sympathique, de tomber sur des potes solides, de mon âge et en Corse, qui disent - « Monsieur Mérieux ? Je ne connais pas ! » Cela rend la vie un peu plus joyeuse comparée à certaines réunions officielles où l'on s'ennuie assez fortement. Je parle de cela pour vous dire que la vie est assez étrange et qu'elle nous mène à des endroits vers lesquels on ne pensait pas aller. L'international m'a passionné, et me passionne toujours. Par l’amitié que je porte au Liban, ce matin j'étais aux côté du président Jacques Saadé qui a lancé son fameux bateau de 360 mètres de long. J’ai travaillé au Liban et on y a fait beaucoup de choses. Jacques Saadé est un grand ami et ce fut très beau de retrouver cette amitié franco - libanaise avec le plus grand bateau portant le pavillon tricolore. Notre président l’a inauguré difficilement puisque les deux premières bouteilles ont éclaté avant qu’il n’arrive ! La troisième bouteille a tenu et il l’a poussée et boum ! Nous avons beaucoup stressé ce matin à Marseille. Donc, l'international m'a beaucoup apporté. J’ai la chance et la ferme volonté de prolonger mes activités industrielles par des activités de Fondation. Mon père avait créé une Fondation qui a maintenant 45 ans. J’ai créé une fondation qui porte le nom de mes fils et qui est à l'Institut de France. Elle détient un tiers du capital de la société
  • 51. 51 Institut Mérieux et est la seule actionnaire habilitée, de mon vivant, à toucher des dividendes. Tout cela car nous avons fait beaucoup de choses à l’étranger en me rendant dans des pays comme le Mali, Madagascar, le Cambodge, Haïti. Alors qu’à Lyon on se couche avec l’impression de ne pas toujours avoir été très utile, là-bas au contraire nous apportons ce que nous savons à des gens qui en ont grand besoin ! Cette activité internationale qui me passionne, m’a toujours motivé et quand j’étais à la Région, il est vrai que j’ai vécu de grands moments. En 1986, sans trop comprendre, j'ai été élu en battant Raymond Barre. Ce n’était pas difficile car il n’était pas très bon en campagne. À cette époque, j’avais 9 % d'intentions de vote, contre 27 % pour lui. À la surprise générale et à la mienne, j’ai terminé plus haut et je fus désigné vice-président de la Région. Je travaillais avec Charles BERAUDIER que certains d’entre vous ont connu, homme plus large que grand et assez haut en couleur. Au bout d'un mois, il me dit : « Ecoute gone (il tutoyait tout le monde) viens bouffer avec moi, j’ai trouvé un type, on va bouffer des cardons ! » Message culturel important ! Et c'était un Chinois et personne ne parlait anglais dans la Région. Il m’a dit : « Tu verras, il n'est pas con. » C'était génial ! Il a signé un accord avec Shanghai dont le maire était Jiang Zemin qui est devenu président de la Chine. C'est la raison pour laquelle j'étais en charge des contacts avec Shanghai d’où la raison de mon amitié pour la Chine et de ma visite avec les universitaires de Lyon et Grenoble pendant Tian’anmen. Mes collègues universitaires Gauche et Droite confondus ont dit : « on gardera des liens avec nos collègues chinois », parce que la Chine sortait des gardes rouges. Nos collègues univer- sitaires chinois ont dit : « Si vous refermez la porte, c'est dramatique pour nous. » Nous nous sommes battus et nous avons gardé des liens avec Shanghai. Les Chinois ne l’ont jamais oublié et je suis très ami avec Xu Kuangdi, le maire de l'époque qui est devenu premier ministre. Il m'a présenté à Xi Jinping, qui est maintenant le Président de la Chine, et j’ai eu l'honneur d'être porté par les camarades chinois devant tout l’état-major de leur gouvernement à l’occasion de la récente visite officielle de François HOLLANDE en Chine. Cela m’a évidemment beaucoup valorisé aux yeux de notre gouvernement actuel !