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RemerciementsJe souhaite remercier Dalya Guérin, pour son soutien et son suivi attentif durant les mois derecherche et de ...
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SommaireIntroduction……………………………………………………………………………………………p 8I - Les stratégies de présentation de soi viriles des femmes pol...
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Partie I – Les stratégies de présentation de soi viriles des femmes politiquesIl est nécessaire, en premier lieu, de repla...
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la relative absence des femmes dans la vie politique française et anglaise. Mais alors que laplupart des chercheurs s’atta...
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Les deux perspectives, celle de Mariette Sineau et celle que je lui oppose, nuancent le constatpessimiste de la condition ...
Je n’étudierai ces présentations de soi30 que du point de vue du genre.31 En effet, avec laparité, certains universitaires...
sociales et de l’environnement. Après un échec aux municipales en 1983 dans le Calvados,elle cherche à nouveau une implant...
cinquième circonscription du Nord, puis, rapidement, se voit confiée la place de numéro deuxdu Gouvernement par Lionel Jos...
Ces trois courtes biographies montrent que le parcours des trois femmes correspond àl’archétype des trajectoires féminines...
politique « féminine », sa rivale, pendant les primaires socialistes, peut apparaître comme sonantithèse. Martine Aubry, a...
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voire provocatrice (Liza Minnelli) mais toutes puissantes dans leurs domaines respectifs. Au-delà de la sensualité féminin...
Martine Aubry, mais également séducteur, et où la pose évoque celle des stars de cinéma,allongées et soumises à la caméra,...
C – Les différences de stratégies de mise en scène de soiCette partie a pour objet de mettre en lumière les différences de...
Ce qui prime en effet, chez Martine Aubry, c’est une rigoureuse mise en scène de la neutralitégenrée, c’est-à-dire le choi...
personnifiés de Ségolène Royal qui montraient l’usage primordial de son genre commeargument politique.Le clip débute sur q...
Cet équilibre et cette égalité quasi-parfaite entre féminité et virilité, que l’on peut observertant dans le clip de campa...
Contrairement à Martine Aubry, Marine Le Pen n’a choisi qu’un seul sujet pour sonallocution : c’est le pouvoir d’achat, un...
les Français.», qui met au même niveau sa nationalité et son sexe en termes d’argumentpolitique, un parallèle inédit au Fr...
Habillée en blanc sur fond de ciel, elle évoque une féminité virginale, qui fait écho à sesaffiches de campagne de l’époqu...
On remarque d’abord un mouvement permanent entre la féminité et la virilité, dès la mise enscène visuelle de sa déclaratio...
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Partie II – L’autolégitimation virile des candidates à l’élection présidentielleJe soulignerai ici l’importance de la noti...
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Mémoire de Master 2 au Celsa, mention très bien.

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La mise en scène de la virilité chez les femmes politiques candidates à l'élection présidentielle

  1. 1. UNIVERSITE PARIS – SORBONNE Ecole des Hautes Etudes en Sciences de l’Information et de la Communication MASTER PROFESSIONNEL 2e ANNÉEOption : COMMUNICATION POLITIQUE ET DES INSTITUTIONS PUBLIQUES« LA MISE EN SCENE DE LA VIRILITÉ DES FEMMES CANDIDATES A L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE » Préparé sous la direction de Madame le Professeur Véronique RICHARD Directeur du CELSA Sophie DUPIN DE SAINT-CYR Option : Communication politique et des institutions publiques Promotion : 2009-2012 Soutenu le : Note au mémoire : Mention : 1
  2. 2. 2
  3. 3. RemerciementsJe souhaite remercier Dalya Guérin, pour son soutien et son suivi attentif durant les mois derecherche et de rédaction de ce mémoire, ainsi que Laurent Raverat, qui a accepté d’être monrapporteur professionnel.J’aimerais ensuite remercier Virginie Julliard, Rainbow Murray et le responsable du pôleconseil d’une grande agence de communication (qui a préféré rester anonyme), qui ont bienvoulu m’accorder un peu de leur temps et se prêter au jeu de l’interview. 3
  4. 4. 4
  5. 5. SommaireIntroduction……………………………………………………………………………………………p 8I - Les stratégies de présentation de soi viriles des femmes politiques...……………………………p 15A- Les femmes politiques en France………………………………………………………………...p 15La condition féminine en politiqueVirtus et Fortuna, symbolique de l’exclusion du genre féminin en politiqueLes différences droite/gaucheB - La présentation de soi des femmes politiques…………………………………………………...p 22La présentation de soiLe genre mis en scène visuellement : analyse des affiches de campagneC – Les différences de stratégies de mise en scène de soi…………………………………………..p 34La neutralité de Martine Aubry contre l’oscillation de Marine Le PenL’ambiguïté de la stratégie de Ségolène RoyalII – L’autolégitimation virile des candidates à l’élection présidentielle…………………………….p 44A – Virilité et légitimité en politique………………………………………………………………..p 44L’illégitimité des femmes en politiqueEtre Président de la République en FranceLa nécessaire virilité du détenteur du pouvoir politiqueB – L’autolégitimation des femmes politiques par la présentation de soi virile……………………p 53Autolégitimation et légitimité cathodiquePersonnifier le pouvoir et incarner l’Homme présidentielLa nécessaire virilité du détenteur du pouvoir politiqueC – La virilité au cœur des stratégies de présentation de soi………………………………………..p 58Le choix des thématiquesL’héritage et l’inscription dans une tradition virileFaire de sa féminité un argument politique à des fins de légitimationIII – Le relais de ces stratégies de présentation de soi dans la presse………………………………..p 70A – La presse et les femmes politiques………………………………………………………………p 70Une parenthèse désenchantéeLe corpsL’éternelle « fille de » ? 5
  6. 6. B – Stratégies relayées, stratégies déconstruites…………………………………………………....p 78Une stratégie déconstruite et non relayée : Ségolène RoyalUne stratégie relayée mais parfois dénoncée : Martine AubryUne stratégie efficacement relayée : Marine Le PenC – L’autonomie de la presse face aux stratégies de mise en scène de soi des candidates…………p 84La langue employée et ses conséquencesLes comparaisons : « diviser pour mieux genrer »Une technique journalistique contre les stratégies de présentation de soi : l’anecdoteConclusion…………………………………………………………………………………………...p 96Bibliographie……………………………………………………………………………………….p 101Résumé……………………………………………………………………………………………..p 105Mots-clés………………………………………………………………………………………...…p 107Annexes…………………………………………………………………………………………….p 109 6
  7. 7. 7
  8. 8. Introduction« Les femmes sont des hommes comme les autres ! » a affirmé Marine Le Pen lorsqu’on lui ademandé son avis sur le choix de François Hollande de créer un ministère du Droit desFemmes.1 Avec une femme devenue le « troisième homme » de la compétition électorale, laquestion du genre était, comme en 2007, omniprésente pendant la campagne présidentielle de2012. « Guerrière », « fille de », « candidat » (au masculin), les surnoms dont la presseaffuble les prétendantes à la magistrature suprême sont révélateurs du mouvement permanententre masculin et féminin, virilité et féminité.Ce mémoire a pour objet d’étudier les stratégies de présentation de soi des femmes politiquesdu point de vue du genre, et plus particulièrement de la virilité, et d’observer le relais de cesstratégies dans la presse. Le terme « genre » est la traduction française de « gender », enanglais. Il s’impose en France, comme néologisme, dès les années 60. Le genre, selonVirginie Julliard2, désigne « la construction sociale, historique et culturelle des rapports desexes. » Il s’agit du genre « ressenti », « social », contre le genre « biologique ».J’exploite ici la théorie du genre en tant que distinction entre réalité biologique et identitéconstruite. Je pose qu’il peut exister une différence entre le genre biologique de l’individu(masculin ou féminin) et le genre mis en avant dans la présentation de soi (virilité et féminité).Chez les femmes politiques et candidates à l’élection présidentielle, c’est la notion de virilitéqui m’intéresse, qu’elle soit naturelle ou mise en scène. Il existe plusieurs degrés de définitionde cette notion qui, aussi bien dans Le Petit Larousse3 que dans Le Petit Robert4, sonthiérarchisés sous une forme ternaire. En première définition, on trouve la virilité comme« ensemble des caractères physiques et psychiques du sexe masculin ». Au premier sens, ausens biologique donc, virilité et masculinité sont indissociables. Le second degré de définitiondit ceci : la virilité est « la capacité d’engendrer, de procréer ; la vigueur sexuelle. ». En seconcentrant sur le sexe masculin, cette définition s’éloigne paradoxalement du corps1 Le Point.fr, 8.03.20122 Emergence et trajectoire de la parité dans l’espace public médiatique (1993 — 2007), Histoire et Sémiotiqueau profit d’une étude sur le genre en politique à l’occasion du débat sur la parité soutenue le 2 décembre 2008à l’Université Paris II-Assas p 4203 Le Petit Larousse 20034 Le Petit Robert de la langue française 2007 8
  9. 9. biologique en ce qu’elle fait davantage référence au phallus métaphorique, le symbolelacanien désincarné du désir et de la puissance (la fameuse « vigueur » sexuelle), plutôt qu’ausimple pénis. On s’éloigne donc peu à peu de la masculinité « de base », la masculinitébiologique. Le dernier degré de définition s’écarte définitivement de l’identité physique,naturelle, pour entrer dans la dimension culturelle et historicisable de la virilité : la virilitécomme « mâle énergie, courage », pour Le Petit Larousse, ou comme « caractères morauxculturellement associés au masculin » pour Le Petit Robert.Tout au long de ce mémoire, j’étudierai ainsi la présence de ces caractères moraux chez lesfemmes politiques, et leur concrétisation dans leurs choix de mises en scène médiatiques etcommunicationnelles, en me libérant des contraintes du biologique inhérentes au premierdegré de la définition du concept. Je me rapprocherai ainsi du point de vue de Jean-JacquesCourtine, professeur d’anthropologie à la Sorbonne, qui a collaboré à l’ouvrage « Histoire dela virilité » en trois tomes5, et qui soutient « qu’à partir du moment où on considère que lavirilité, comme ensemble de valeurs, n’est pas nécessairement liée au sexe masculinbiologique, elle doit circuler. Le courage, la fermeté morale n’ont pas de sexe. »6La virilité au sens moderne s’est construite dès le départ sur des caractères moraux biendistincts des attributs purement physiques du masculin. La notion prend une dimensionpolitique au XVIe siècle avec Machiavel, dans Le Prince, où il oppose la virtus masculinec’est-à-dire la force de l’âme, l’action « phallique », à la fortuna féminine, la nécessitéextérieure, la chance, à laquelle la virtus du Prince doit imposer sa loi s’il veut bien gouverneret ne pas rester dans la passivité (versant féminin de l’action virile).7Dans le cadre qui m’intéresse, le monde politique, la distinction qu’opère Machiavel entreforce morale, action masculine (virtus) et instabilité, passivité féminine (fortuna), estessentielle pour saisir l’importance de la virilité. C’est bien le politique qui a attribué au vir (à« l’homme », donc) le monopole symbolique de la bonne gouvernance. En France, le pouvoirpolitique semble en effet être l’apanage des hommes. Bien qu’il n’existe pas, comme sous lamonarchie, de code édictant l’interdiction de l’accès des femmes à la fonction suprême, ilsemble qu’il y ait un verrouillage symbolique de la Présidence de la République pour les5 Seuil, 20116 Jean-Jean Courtine dans une interview pour Les Inrocks « C’est quoi un homme viril ? » 17.10.20117 Silvia Lippi, « Virilité en perte », La clinique lacanienne, 2007/1 n°12, p 203-225 9
  10. 10. individus de sexe féminin. Les femmes réussissant à s’inscrire dans le jeu politique seraientdonc pour la plupart des femmes viriles. Mais elles peuvent revendiquer leur virilité sous desformes bien différentes. Catherine Achin, maître de conférences en science politique àluniversité Paris-VIII et chercheur au CSU/CNRS, a ainsi établi une typologie de la virilitédes femmes en politique.8Elle définit une première catégorie de femmes politiques viriles comme étant celles des« femmes-homme à l’identité sexuelle douteuse », des femmes imposantes, par le physique oule charisme, qui ont choisi de ne pas utiliser leurs attributs féminins pour peser dans le jeupolitique. C’est typiquement le cas de Martine Aubry, dont la mine souvent renfrognée, lavoix grave, les vêtements neutres et l’importante carrure en ferait presque un homme parmiles hommes.Catherine Achin définit une seconde catégorie de femmes en politique, les « femmes viriles »qui, paradoxalement, sont celles qui exploitent le plus leurs attributs féminins et leursexualité, pour affronter les hommes en politiques. Cet usage du sexe ou du genre pouraccéder au pouvoir est une pratique agressive, à la manière de la sexualité virile. Elle prendl’exemple d’Elisabeth Guigou, mais on pourrait également inscrire Ségolène Royal dans cettecatégorie.Il se peut que certaines personnalités politiques de sexe féminin aiment à osciller entre cesdeux catégories, se constituant ainsi leur propre image virile. C’est notamment le cas deMarine Le Pen, et je le développerai par la suite. J’ai ainsi choisi ces trois femmes (SégolèneRoyal, Martine Aubry et Marine Le Pen) comme principales figures de mon analyse.J’illustrerai donc régulièrement mes arguments par des exemples issus de leurs campagnesélectorales.La virilité des femmes en politique peut donc prendre deux formes différentes : une formedans laquelle la femme « s’oublie » pour endosser les caractères physiques ou les attitudes dumâle, réclamant ainsi le droit d’être considérée à égalité avec les hommes politiques ou d’êtretraitée de façon neutre, à l’instar du genre neutre qu’elles mettent en avant dans leur viepolitique. La seconde forme que peut prendre cette virilité féminine est l’inverse de la8 Catherine Achin et Elsa Dorlin, « Nicolas Sarkozy ou la masculinité mascarade du Président », Raisonspolitiques, 2008/3 n° 31, p. 19-45. 10
  11. 11. première : les femmes vont sur-jouer leur féminité, souligner dans leur apparence physique etleur comportement ce qui fait d’elles des femmes, tout en usant pour ce faire de l’agressivitéde la sexualité virile pour tenter d’imposer aux mâles composant l’environnement politique lapuissance de leur féminité. C’est bien cette agressivité et cette revendication de puissance quifont d’elles des individus virils.« La mise en scène de la virilité chez les femmes candidates à l’élection présidentielle » Lesujet soulève alors plusieurs questions : comment les matériaux traditionnels d’une campagnepolitique participent-ils à la construction d’une identité virile chez les femmes politiques?Comment expliquer le verrouillage symbolique de l’accès des femmes à la plus haute fonctionde l’Etat ? Quelles qualités la fonction de Président de la République nécessite-t-elle ? Quelsliens peut-on faire entre virilité et légitimité à prétendre à la Présidence de la République ?Quant à la presse, relaie-t-elle les messages émis par les candidates ? Cherche-t-elle àconforter ou à déconstruire les stratégies de présentation de soi élaborées par les femmespolitiques ?Pour répondre à ces questions, je poserai la problématique suivante : dans quelle mesure lesstratégies de présentation de soi des femmes politiques mettent-elles en évidence la nécessitéde paraître virile ?Cette problématique contient plusieurs hypothèses :1ère hypothèse : Des stratégies de mise en scène de soi viriles imprègnent la communicationdes femmes candidates à l’élection présidentielle française.2ème hypothèse : Ces stratégies de mise en scène de soi participent à la légitimation de lacandidature de ces femmes politiques.3ème hypothèse : La presse relaie ces stratégies de présentation de soi viriles.De manière générale, j’entends qu’il y a, chez les femmes candidates à l’électionprésidentielle, un choix conscient de paraître virile ou de souligner leurs caractéristiquesphysiques ou comportementales qui s’apparentent à la virilité. Je m’intéresserai donc à la 11
  12. 12. question des moyens mis en œuvre pour aboutir à la construction d’une identité bienspécifique. La notion de présentation de soi sera analysée plus précisément en première partie.Cadres théoriquesLes cadres théoriques mobilisés afin de répondre à cette problématique sont variés. Cettequestion relève du domaine de la sociologie politique puisqu’il me faudra poser quelquesbases théoriques, tout au long de ce mémoire, relatives à la participation des femmes à la viepublique et les spécificités historiques liées à la fonction présidentielle française. Cettesociologie est manifestement dépendante du domaine de la science politique ainsi que du droitconstitutionnel, dont il me faudra également mentionner quelques principes. J’aborderaiégalement le domaine de la communication politique en entrant dans l’analyse de mon corpus,dont je détaillerai ensuite la composition.MéthodologieJ’ai choisi une méthodologie qualitative, en confrontant trois cas révélateurs de cetteprésentation virile de soi. Je déploierai pour cela des analyses d’images et de contenu, enexploitant des documents qui respectent les bornes chronologiques globales suivantes : avril2007 (début de la campagne officielle des élections présidentielles de 2007) – mai 2012 (finde la campagne des élections présidentielles de 2012). Néanmoins, la grande majorité desdocuments analysés sont issus de la campagne présidentielle de 2012, avec des borneschronologiques allant de novembre 2010 (annonce de la candidature de Ségolène Royal auxprimaires socialistes) à mai 2012 (fin de la campagne présidentielle de 2012)CorpusLes types de document qui composent mon corpus d’analyse sont les suivants : - Les clips de campagne, d’avril 2007 à avril 2012 - Les discours de candidatures des femmes politiques étudiées, de mars 2012 à juin 2012 12
  13. 13. - Les affiches de campagne, d’avril 2007 à avril 2012Mon corpus se compose également de nombreux articles de presse, afin d’observer si cesstratégies de présentation de soi trouvent un relais bienveillant dans la presse, ou si aucontraire la presse entreprend de déconstruire les messages émis par les femmes politiques.Les articles sont issus des journaux suivants : Lemonde.fr, lefigaro.fr et libération.fr,Ouestfrance.fr ainsi que de deux hebdomadaires, lepoint.fr et lexpress.fr, l’un et l’autre detendance centriste, dirigés par de médiatiques directeurs de la rédaction, et ayant un importantsocle de lecteurs sur internet.Je me suis également servie d’autres journaux en ligne pour alimenter ma réflexion et marédaction. Néanmoins les articles qui seront utiles à l’analyse du traitement médiatique desfemmes étudiées seront uniquement issus des journaux précités, et dans les borneschronologiques suivantes : - Marine Le Pen: du 1er mai 2011 (annonce de sa candidature) à mai 2012. - Martine Aubry : du 26 juin 2011 (annonce de sa candidature) à octobre 2011 (fin des primaires socialistes). - Ségolène Royal : de novembre 2010 (annonce de sa candidature aux primaires socialistes) à octobre 2011, avec possibilité de puiser dans des articles datant de sa candidature à l’élection présidentielle de 2007. Néanmoins, pour des raisons d’équilibre et d’égalité de traitement, je me concentrerai davantage sur sa candidature aux primaires socialistes de 2011.La première partie de ce mémoire exposera le contexte de la condition des femmes dans la viepolitique française, tout en décrivant le concept de « présentation de soi » et en l’appliquant,du point de vie du genre, aux stratégies communicationnelles des candidates à l’électionprésidentielle choisies pour l’étude. La seconde partie sera consacrée à l’étude des notions delégitimité et de virilité en politique et à l’observation des stratégies d’autolégitimation descandidates. Enfin, la troisième partie analysera le relais ou la déconstruction de ces stratégiespar la presse à travers un corpus d’articles. 13
  14. 14. 14
  15. 15. Partie I – Les stratégies de présentation de soi viriles des femmes politiquesIl est nécessaire, en premier lieu, de replacer la problématique dans le contexte sociologiqueet politique actuel en ce qui concerne la place des femmes dans la vie politique. Après cetterapide contextualisation, j’étudierai plus précisément les stratégies de présentation de soi destrois femmes politiques et candidates à l’élection présidentielle choisies pour cette analyse. Jemettrai particulièrement en lumière ce qui les oppose, afin de démontrer la possible pluralitédes stratégies de présentation de soi virile.A – Les femmes et la politique en France.Cette première sous-partie a pour objectif d’éclairer la problématique en la replaçant dans lecontexte de la condition des femmes en politique, tant dans les difficultés qu’elles rencontrentque dans l’incompatibilité symbolique entre féminité et politique. Je conclurai en nuançantmon constat et en montrant quelles sont les différences de traitement des femmes politiquesselon qu’elles soient de droite ou de gauche.1 – La condition féminine en politiqueDans sa thèse9, Virginie Julliard, maître de conférences à l’Université de Compiègne avec quij’ai eu l’occasion de m’entretenir, distingue trois « ères » dans la condition des femmes enpolitique depuis les débuts de la Vème République. L’ère pré-parité, de 1958 jusqu’à la findes années 90, la « parenthèse enchantée » de la parité, de la fin des années 90 jusqu’en 2005et l’ère post-parité. Quasi-absentes de la vie politique jusque dans les années 90, à de raresexceptions, la vie politique se peuple de femmes en même temps que l’on commence àévoquer la question d’une loi sur la parité.Avant cela, les partis constituaient de véritables oligarchies masculines et la VèmeRépublique était la « République des mâles », selon une expression de Mariette Sineau10,chercheur au CEVIPOF et spécialiste de la question du genre. Elle explique l’absence des9 Emergence et trajectoire de la parité dans l’espace public médiatique (1993 — 2007), Histoire et Sémiotiqueau profit d’une étude sur le genre en politique à l’occasion du débat sur la parité soutenue le 2 décembre 2008à l’Université Paris II-Assas.10 « Les femmes politiques sous la Vème République – A la recherche d’une légitimité électorale », RevuePouvoirs, n°82, 1997, pp. 45-57 15
  16. 16. femmes de la vie publique par les effets néfastes du nouveau scrutin uninominal majoritaire àdeux tours, qui empêche le renouvellement des personnalités politiques dans descirconscriptions devenues des « fiefs électoraux ». Ainsi les femmes ont dû entrer dans la viepolitique « par le haut », c’est-à-dire en étant nommées dans les cabinets ministériels, à peinesorties de l’ENA, pour ensuite se chercher un fief local, alors que le système électoral de laVème République privilégie davantage les parcours ascendants.« De fait, pour s’imposer en politique sous la Cinquième, s’intégrer à l’establishment, bref, avoir undestin national, les femmes ont dû adopter la voie de la « compétence », privilégier ce mode d’entréeen politique par rapport à la voie de l’élection ou à celle du militantisme. Pour être prestigieux, cemodèle est socialement élitiste, plus adapté aux filles de la haute bourgeoisie parisienne qu’à cellesdes classes moyennes et populaire de province. »11Ceci explique leur faible présence dans la vie publique. Mariette Sineau insiste sur le fait queles femmes sont bien souvent plus nommées qu’élues et donc en proportion moindre dans lesdiverses institutions d’une République qui favorise la légitimité électorale. Les femmes sontdonc conviées au gouvernement, mais non à la représentation.Le changement a lieu presque brutalement au milieu des années 90, lorsque le nombre dedéputés de sexe féminin dépasse le cap symbolique des 10% en 1997, quelques années aprèsque, pour la première fois, une femme, Edith Cresson, est nommée Premier ministre. C’est ausein du gouvernement que le changement se ressent le plus. Si Alain Juppé, Premier ministrede 1995 à 1997, avait amorcé ce changement en présentant un gouvernement avec un nombreinédit de femmes, la véritable révolution a lieu avec l’arrivée de Lionel Jospin au pouvoir. Eneffet, les femmes ministres de Juppé (aussi surnommées péjorativement les « jupettes »), donton déplorait l’instrumentalisation afin de faire passer des réformes impopulaires etl’affectation à des portefeuilles ministériels de moindre importance, sont rapidement limogéesquand se présentent les premiers sondages défavorables.Le Gouvernement de Lionel Jospin confie à des femmes des portefeuilles de premier ordre,comme le suivi de la réforme des 35 heures par Martine Aubry, alors Ministre de l’Emploi etde la Solidarité de 1997 à 2000. Cette même année est l’année charnière où l’on vote la loi sur11 Mariette Sineau, Profession femme politique. Sexe et pouvoir sous la Cinquième République, Presse deSciences-Po, 2001, p 153 16
  17. 17. la parité qui prévoit des sanctions pour les partis ne présentant pas un nombre suffisant defemmes pour les élections au scrutin uninominal et ne respectant pas une parité totale pour lesélections au scrutin de liste. La période 2000-2005, représente une « parenthèse enchantée »,selon Virginie Julliard, durant laquelle les médias encensent les femmes politiques par desportraits élogieux et où les partis, notamment lors des élections régionales de 2004, font deleur mieux pour respecter la loi. On aboutit d’ailleurs à un résultat inédit de 47,6% de femmesélues dans les conseils régionaux cette année-là.Au milieu des années 2000, on referme la parenthèse. La loi sur la parité n’a pas engendré larévolution escomptée, puisque l’on compte, sous la XIIIème législature, environ 18,5% defemmes à l’Assemblée nationale, faisant de la France l’un des mauvais élèves de l’Europedans ce domaine. Catherine Achin note que le renouvellement de la classe politique est« marginal » et que la domination masculine, dans le domaine de la politique, s’en trouverelativement inchangée.12 On remarque que souvent, les partis préféraient payer les amendes,plutôt que de respecter les quotas prévus par la loi. Mais l’événement majeur qui marque cesannées-là, du point de vue de la question des femmes en politique, c’est la candidature deSégolène Royal à l’élection présidentielle de 2007. Ce n’est pas la première fois qu’unefemme est candidate à l’élection présidentielle, mais c’est bien la première fois qu’issue d’ungrand parti, elle a une chance de la gagner. Rivale de Nicolas Sarkozy, la campagne de 2007est une féroce bataille des genres 13, relayée dans les médias. Au-delà des aspects de quotas etde parité, c’est la première fois que la question du genre en politique, et la manière del’exploiter à des fins stratégiques, est clairement posée.2 – Virtus et Fortuna, symbolique de l’exclusion du genre féminin en politique.Le genre féminin, ou « féminité », est constitué de l’ensemble des caractères physiques,psychiques et moraux culturellement attribués aux individus de sexe féminin. Au-delà desconsidérations concrètes évoquées dans la partie précédente (faible nombre de femmes élues,système électoral défavorable…), il est à présent temps de considérer les rapports entre genreféminin et politique et leur incompatibilité symbolique. C’est la théorie de Jane Freedman,professeur à l’Université Paris 8 et au King’s College of London. Elle s’interroge, en effet, sur12 Catherine Achin, « Au-delà de la parité » Mouvements 2012/1 n° 69, pp 49-5413 Analysée par Catherine Achin et Elsa Dorlin, « Nicolas Sarkozy ou la masculinité mascarade duPrésident », Raisons Politiques, n°31, août 2008, pp. 19-46. 17
  18. 18. la relative absence des femmes dans la vie politique française et anglaise. Mais alors que laplupart des chercheurs s’attardent à trouver les causalités sociologiques d’une telle mise àl’écart du politique, Jane Freedman privilégie l’approche symbolique. 14 Ainsi lesreprésentations dominantes de la féminité seraient responsables de l’exclusion des femmes dela classe politique. Il y aurait donc une non-coïncidence entre les représentations de laféminité et celles du pouvoir.Les attributs culturellement attribués au genre féminin sont nombreux et ancrés dansl’imaginaire commun. Nul besoin d’en rédiger une liste, ces caractères précis, positifs ounégatifs, qui correspondent à une vision archétypale du genre féminin, viennent facilement àl’esprit. Mais la féminité, c’est encore Pierre Bourdieu qui en parle le mieux :« Etre féminine, c’est essentiellement éviter toutes les propriétés et les pratiques qui peuventfonctionner comme des signes de virilité, et dire d’une femme de pouvoir qu’elle est très féminine n’estqu’une manière particulièrement subtile de lui dénier le droit à cet attribut proprement masculinqu’est le pouvoir. »15L’incompatibilité entre féminité et pouvoir politique semble historique : « la puissancegénitale a toujours symbolisé la puissance tout court. »16 Dès 1515, Machiavel révèle, dans LePrince, que la vertu politique, est liée à la virilité. Le terme « virtus » provient d’ailleurs de« vir » qui en latin signifie « homme ». Il oppose donc la virtus masculine, la force de l’âme,l’action « phallique » à la fortuna féminine, la nécessité extérieure, la chance (versant fémininde l’action virile).17 Dans le chapitre XXV18, il symbolise le rapport entre la virtus et lafortuna par la métaphore d’un fleuve déchainé contre une digue, la fortuna étant la nature nonmaitrisée et débridée contenue par la virtus, symbolisée par l’érection de ces digues solides etdroites. Ainsi, la vertu politique, puisqu’elle est intrinsèquement liée à l’homme, estincompatible avec les caractères de la féminité, qui sont justement définis comme étant lesaspects contraires à la virilité. Aux hommes donc, et au politique, l’action, la rigueur, ladroiture et aux femmes, l’incontrôlable, l’accidentel et le désordre. « Le masculin associé à la14 Femmes politiques : mythes et symboles, L’Harmattan, collection « Logiques politiques », 1997, recensé parManon Tremblay dans Recherches féministes, vol. 10, n°2, 1997, p 233-23615 La Domination masculine, Points Seuil «Essais », 1998, p 13616 Michel Foucault, cité par Christophe Deloire et Christophe Dubois dans Sexus Politicus, Documents J’ai Lu,2006, p 17.17 D’après Silvia Lippi, « Virilité en perte », La clinique lacanienne, 2007/1 n°12, p 203-22518 «Combien peut la fortune dans les choses humaines et comment on doit s’opposer » dans Le Prince, Le Livrede Poche, Edition de 2000, p 158 18
  19. 19. virtus et le féminin à la beauté est révélateur de la dissymétrie d’image entre les deux. Le défiest donc aussi là, qui consiste à assurer la compatibilité d’image entre le féminin et lepolitique, longtemps construits comme antinomiques. »19Les femmes, historiquement exclues du monde politique, sont bien souvent restées dansl’ombre du pouvoir, sans jamais y accéder. Est-ce d’ailleurs un hasard si le français est l’unedes seules langues au monde où le terme « reine » désigne uniquement l’épouse du roi ? Pourune femme, on parlera donc de « régence » au lieu de « règne » et surtout, « d’influence » aulieu de « pouvoir ».20« La Révolution guillotine le roi, donc le père notera justement Balzac, mais si Capet est condamné àmort c’est parce qu’il a subi l’influence de l’Autrichienne et des émigrés efféminés, qu’il n’a pas été lepère que l’on attendait, qu’il n’a pas été l’homme viril que l’on espérait. »21« C’est une posture des plus traditionnelles »22 que de cantonner les femmes à l’ombre dupouvoir, avec tout cela comporte en connotation de noirceur et de manigances. Les femmesd’influence ont rarement bonne réputation : on pense à Marie-Antoinette, citée par EricZemmour, qui ne s’est pas trouvée, à la postérité, auréolée de gloire, mais également à desexemples plus récents, comme celui de Marie-France Garaud, « conseillère » de JacquesChirac et battue à l’élection présidentielle de 1981 :« J’ai fait Jacques Chirac […] Je n’ai pas eu de pouvoir : j’ai eu de l’influence » [dit-elle] en 81 dansl’émission « Cartes sur table ». S’il ne s’agit pas pour celle-ci du pouvoir de l’oreiller, sa fonction de19 Marlène Coulomb Gully dans Présidente : le grand défi – Femmes, politique et médias, Payot, 2012, p 1220 « Sous l’ancien Régime, la femme gouvernante prend les traits de la régente ou de la favorite. Longtemps, lepouvoir féminin a été perçu comme un pouvoir occulte. Il est loin d’être comparable au pouvoir légitime, réelet symbolique, puisqu’il a besoin d’un autre sujet pour être exercé, là où le véritable pouvoir s’exerce seul. Si lepouvoir de la régente est légitime, il s’exerce dans l’attente de la majorité du fils, il est donc indirect ettemporaire. Son pouvoir est souvent perçu comme une captation illégitime. Catherine et Marie de Médicis,Anne D’Autriche ont régenté la France, ce verbe a gardé de leurs passages au pouvoir sa consonance négative.Gardienne des traditions d’un règne qui n’est plus, la reine mère devient une despote malfaisante lorsqu’ellecontinue d’exercer une influence décisive sur son fils devenu roi (Catherine de Médicis). Ce pouvoir occulte estle seul que les femmes aient exercé par le passé, aussi a-t-il durablement marqué les représentations desfemmes de pouvoir et la conception que les femmes, elles-mêmes, se font du pouvoir » Virginie Julliard, thèsecitée, p 53621 Eric Zemmour dans Le Premier Sexe, J’ai Lu, 2009, p 8222 Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 162 19
  20. 20. conseillère étant parfaitement licite dans l’organigramme gouvernemental, on note cependant que laréférence au couple qu’elle a formé avec Pompidou est permanente. »23Conseillère occulte ou « favorite à la cuisse légère » – c’est ainsi que de nombreux médias,dont TF1 avec le Bêbête Show, ont caricaturé Edith Cresson – la trajectoire de la femme enpolitique, puisqu’elle est bien souvent plus nommée qu’élue, est suspecte. Peut-être leursimple présence est-elle symboliquement suspecte.3 – Les différences droite/gaucheLe constat peu optimiste de la condition des femmes en politique doit être nuancé et observé àtravers le prisme des clivages partisans qui composent le paysage politique français. Lagauche semble être plus ouverte à la question de la féminisation de la vie politique et de laparité que la droite, une droite plus conservatrice, plus patriarcale, même, selon MarlèneCoulomb Gully, qui cite alors Huguette Bourchardeau, ancienne députée socialiste, parlantdes candidats RPR à l’élection présidentielle : «Tous les candidats adoptent le style du père,c’est à qui aura le style le plus gaullien. »24 C’est d’ailleurs sous un gouvernement de gauche,qu’en 2000, est votée la loi sur la parité. Une étude montre par ailleurs que le Conseil nationalet le Secrétariat national du Parti Socialiste (ensemble des organes législatifs et exécutifs duparti) comptait environ 40% de femmes en 2003, contre environ 19% pour l’UMP, à la mêmeépoque et au sein des mêmes structures.25Le féminisme a également plus pénétré les structures partisanes de la gauche, surtout depuismai 1968 qui a vu s’associer marxisme et féminisme, par exemple dans le combat pourl’IVG.26 Selon Mariette Sineau, la gauche serait ainsi plus sensible à la condition desfemmes :« […] l’idéologie de gauche, qui a pour principe général de prôner l’égalité – entre les classes commeentre les sexes – incite les femmes à reconnaitre (et condamner) les injustices politiques dont ellessont victimes. Au contraire, l’idéologie de droite, qui s’accommode mieux de certaines formesd’inégalités, qu’elles soient dites « naturelles » ou sociales, n’est guère propice à une prise de23 Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 8724 Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 7925 Etude citée par Catherine Achin et Sandrine Lévêque dans Femmes en politique, Coll. La Découverte –Repères, p 52.26 Catherine Achin et Sandrine Lévêque, op.cit, pp 40-41 20
  21. 21. conscience féministe. On pourrait dire que les femmes parlementaires de droite « consentent » à ladomination (et à l’ordre traditionnel des genres), en niant subir des discriminations dans leur propreparcours politique. »27Elle insiste d’ailleurs sur le fait que les femmes de gauche sont plus sensibles aux théories duféminisme que les hommes de gauche, alors qu’il existe un relatif consensus sur le rejet de laquestion à droite, hommes et femmes confondus.Malgré l’écriture très engagée politiquement de Mariette Sineau, on distingue tout de mêmeque, si la question des différences genrées, avec la promotion de politique de discriminationpositive est très prégnante à gauche, l’apparent consensus sur la question, à droite, ne signifiepar pour autant un désir d’exclusion des femmes politiques et l’attachement à une visionstéréotype de la hiérarchie des genres. Après tout, l’UMP, autrefois RPR, a élu une Présidentebien avant le Parti Socialiste. Il s’agit de Michèle Alliot-Marie, en 1999. J’ai pu m’entreteniravec un responsable, qui a préféré rester anonyme, du Pôle Conseil d’une grande agence decommunication publique. Dans notre entretien informel, nous avons évoqué Michèle Alliot-Marie :« Avant [la loi sur la parité], il y avait des femmes en politique, mais elles n’avaient pas comprisqu’elles pourraient apporter quelques chose de complémentaire, de différent des hommes. Ellesavaient vraiment tendance à masquer leur féminité. Je me rappelle des femmes du courant « FemmesAvenir » au sein du RPR. On disait vraiment que c’était des hommes déguisés en femmes. Ou desfemmes déguisées en hommes. On ne savait pas très bien. La femme emblématique du RPR, c’estMichèle Alliot-Marie. Tout est dit ! Quand elle a été élue à la tête du RPR, c’était un immense pas enavant. Mais bon, c’est tout de même une femme martiale, militaire, masculine en fait. »Ainsi, droite et gauche ont leur propre approche du genre en politique, qu’il s’agit de ne pasdécrire grossièrement. Si la gauche est plus sensible aux questions féministes et promeutl’expression des genres, elle souligne se faisant la différence des genres et donc leur inégalité.L’expression exacerbée du genre féminin peut également être néfaste en politique, comme jele développerai par la suite. La droite peut effectivement être étiquetée de conservatrice,notamment sur la question de la parité, mais elle soutient une égalité des genres, incarnée parexemple par la figure ambiguë de Michèle Alliot-Marie, qui peut être un symbole positif.27 Mariette Sineau, op.cit. p 254 21
  22. 22. Les deux perspectives, celle de Mariette Sineau et celle que je lui oppose, nuancent le constatpessimiste de la condition des femmes en politique. Malgré des résultats relativementmédiocres du point de vue de la parité et de l’inclusion symbolique des femmes dans lechamp politique, le domaine de la vie publique semble au moins ouvert au débat sur laquestion du genre. Un débat qui ne semble pas prêt de se clore.B - La présentation de soi des femmes politiquesIl s’agira ici de présenter les femmes politiques dont je vais plus précisément étudier lesstratégies de présentation de soi, tout en éclaircissant cette dernière notion. J’analyseraiensuite les différentes façons qu’elles ont d’exploiter – ou de contenir – leur féminité dansleur communication.1- La présentation de soiPar l’emploi de la tournure « présentation de soi », j’entends m’inspirer des travaux d’ErvingGoffman et j’avance que toute prise de parole, déplacement ou activité publique des femmespolitiques pendant la campagne présidentielle, intense moment d’expression politique, fontpartie d’une plus large stratégie de communication, élaborée en amont et pendant lacampagne, qui serait la bonne mise en scène de soi, c’est-à-dire la capacité à donner à autruil’expression de soi-même que l’on a intérêt à susciter.28 La métaphore théâtrale filée tout aulong de l’ouvrage d’Erving Goffman semble trouver une résonnance dans l’analyse de lacommunication des femmes politiques en campagne présidentielle puisqu’il s’agit bien pourelles d’incarner des identités stratégiques29 – je n’irai pas jusqu’à parler de « rôles » pour nepas tomber dans des considérations psychologiques. Ces identités stratégiques, ce sont cellesqu’elles ont intérêt à incarner à des fins électorales.28 D’après Erving Goffman, La Mise en scène de la vie quotidienne, Les Editions de Minuit, 1973, p 1229 D’après la théorie d’Annie Collovald dans Identité(s) stratégique(s), Actes de la recherche en sciences sociales.Vol. 73, juin 1988. Penser la politique-2. pp. 29-40. 22
  23. 23. Je n’étudierai ces présentations de soi30 que du point de vue du genre.31 En effet, avec laparité, certains universitaires ont déterminé que la féminité ou la virilité pouvaient être desressources mobilisables en politique. Alors que jusque-là, le genre des hommes et des femmespolitiques apparaissaient comme des attributs « naturels », la loi sur la parité a été l’occasionde démontrer qu’il s’agissait de capitaux politiques comme les autres, à exploiter dans desstratégies de communication.32J’ai donc choisi trois femmes politiques et candidates à l’élection présidentielle – par le biaisde primaires, pour deux d’entre elles – selon un critère que j’ai développé en introduction, àsavoir la coïncidence des identités genrées stratégiques de ces femmes à la typologie deCatherine Achin et Elsa Dorlin des femmes en politique33.Ségolène Royal correspond ainsi, selon moi, à la catégorie des « femmes viriles », dont laféminité constitue une arme pour affronter les hommes politiques sur leur propre terrain. Lavirilité se trouve alors dans l’exacerbation et l’agressivité du genre. Née le 22 septembre1953, Ségolène Royal est diplômée de l’IEP de Paris, de l’Université Nancy-II et de l’ENA.Elle devient juge administrative et avocate. Issue d’une famille nombreuse et catholique, ledivorce de ses parents entraînera une rupture entre la fille et le père, militaire de haut grade.Elle se met en concubinage avec son camarade de promotion à l’ENA, François Hollande, etl’annonce de leur séparation, retentissante, aura lieu le jour du second tour de l’électionprésidentielle de 2007. Remarquée par Jacques Attali, elle devient chargée de mission àl’Elysée puis, de 1983 à 1988, conseillère de François Mitterrand dans le domaine des affaires30 Je rapprocherai mon analyse de celle opérée par Catherine Achin lors de la campagne présidentielle de2007 : « La campagne de 2007 et la lutte entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont ainsi permis de travaillersur les « identités stratégiques » des deux candidats. Il s’agit là d’analyser le travail de présentation de soi et laconstruction des images des candidats par l’interaction avec d’autres acteurs de l’espace politique, comme lesjournalistes, les sondeurs et les autres candidat-e-s. […] L’usage de la masculinité dans sa version exacerbée etmise en scène, la virilité, constitue une ressource d’action tout aussi disponible, même si ces capitaux corporelsidentitaires n’ont pas la même valeur lorsqu’ils sont mobilisés par les femmes et par les hommes. » CatherineAchin « Femmes et hommes en politique ; comprendre la différence. » publié sur le site de Médiapart le10.03.201231 Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 13: “ l’argument de genre est partie prenante de ces stratégies deprésentation de soi, et l’on verra qu’entre la neutralisation active de sa féminité par Arlette Laguiller etl’incarnation qualifiée de féminine d’une Christiane Taubira, par exemple, se déploie tout un spectre depossibilités, chaque candidate jouant sa partition de façon spécifique. »32 Catherine Achin « Femmes et hommes en politique ; comprendre la différence. » publié sur le site deMédiapart le 10.03.201233 Dans « Nicolas Sarkozy ou la masculinité mascarade du Président », Raisons politiques, 2008/3 n° 31, p. 19-45. La typologie qu’elles développent est sensiblement la même que celle de Jane Freedman, d’après monentretien avec Virginie Julliard. 23
  24. 24. sociales et de l’environnement. Après un échec aux municipales en 1983 dans le Calvados,elle cherche à nouveau une implantation locale.Le jour de la seconde investiture de François Mitterrand en tant que Président de laRépublique, elle va publiquement lui demander une circonscription, que celui-ci lui accorde.Ce sera la seconde circonscription des Deux-Sèvres, réputée ingagnable par la gauche.Jusqu’ici, le parcours de Ségolène Royal correspond en tout point au schéma de la trajectoiredes femmes en politique de Mariette Sineau évoqué dans la précédente partie. Découverte parun homme, elle est nommée par un homme puis accompagnée dans son ancrage local…par unhomme. Néanmoins, après une vigoureuse campagne, elle remporte la circonscription. De1992 à 1993, elle devient ministre de l’Environnement sous le Gouvernement Bérégovoy. De1997 à 2000, sous le Gouvernement Jospin, elle obtient le portefeuille de l’Enseignementscolaire, puis celui de la Famille et de l’Enfance. Elle accède à la Présidence de la régionPoitou-Charentes en 2004 mais est surtout investie par le Parti Socialiste, trois ans plus tard,pour être candidate à l’élection présidentielle de 2007, à laquelle elle échoue. Elle seraégalement candidate malheureuse au Congrès de Reims, en 2008, pour la Présidence du parti,ainsi qu’aux primaires socialistes en 2011.Martine Aubry, elle, correspond davantage à la catégorie « femmes-hommes » politiques, àl’identité genrée trouble, d’après la typologie de Catherine Achin et d’Elsa Dorlin. Née le 8août 1950, elle est la fille de Jacques Delors, ministre des Finances de 1981 à 1985 puisPrésident de la Commission Européenne de 1985 à 1995 qui jouit toujours d’une excellenteréputation. Diplômée d’Assas, de l’IEP de Paris et de l’ENA, elle est haut fonctionnaire auministère du Travail puis au Conseil d’Etat. Elle évolue par la suite dans divers ministèressous Mitterrand, presque toujours à l’Emploi à des postes techniques. En 1991, elle estnommée ministre du Travail sous Edith Cresson, jusqu’en 1993, ayant été reconduite parPierre Bérégovoy.Pierre Mauroy, ancien Premier ministre et maire de Lille, lui propose alors un ancrage local.Son parcours est ainsi sensiblement similaire à celui de Ségolène Royal, à l’exception de leursthématiques de prédilection qui sont bien différentes, et j’aurai l’occasion d’en reparler. Elledevient donc, grâce à un homme, maire adjointe d’une importante ville. Elle est également leporte-parole de la campagne de Lionel Jospin en 1995, après que son père, Jacques Delors, aitrenoncé à l’investiture. En 1997, à la suite de la « vague rose », elle est élue députée dans la 24
  25. 25. cinquième circonscription du Nord, puis, rapidement, se voit confiée la place de numéro deuxdu Gouvernement par Lionel Jospin, avec le portefeuille de l’Emploi et de la Solidarité. Elledémissionne en 2000 pour briguer la mairie de Lille, à laquelle elle est élue un an plus tard,pour se voir néanmoins battue à la députation en 2002. Elle se consacre dès lors pleinement àson mandat de maire. En 2008, elle est élue Première Secrétaire du Parti Socialiste, à l’issuedu Congrès de Reims. Candidate aux primaires socialistes, elle échoue au second tour face àFrançois Hollande.Marine Le Pen, elle, semble osciller en permanence entre les deux catégories de femmespolitiques décrites par Catherine Achin et Elsa Dorlin, comme je l’expliquerai par la suite.Son parcours est résolument atypique par rapport aux deux précédentes candidates,puisqu’elle n’est pas diplômée d’une grande école et qu’elle entame un parcours politiquetraditionnel, ascendant plutôt que descendant. Néanmoins, le rôle du père est capital dans sondestin politique, comme pour Martine Aubry, toute proportion gardée. Née le 5 août 1968,elle est la benjamine des trois filles de Jean-Marie Le Pen, que l’on ne présente pas. Diplôméed’Assas, elle devient avocate. Elle se marie deux fois à des cadres du parti. Son compagnonactuel, Louis Aliot, est vice-président du Front National. En 1993, elle se présente auxélections législatives dans la 16e circonscription de Paris, dans laquelle elle obtient le score de11% au premier tour. Cinq ans plus tard, elle est élue au Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais.En 2000, elle prend la tête de l’association « Génération Le Pen » contre Bruno Gollnisch, sonbut assumé étant la dédiabolisation du parti. En 2002, elle échoue au second tour des électionslégislatives à Lens mais se retrouve tête de liste, deux ans plus tard pour les électionseuropéennes, et obtient un siège au Parlement européen, qu’elle gardera en 2009. En 2007,son père la nomme vice-présidente du FN après que Bruno Gollnisch a remporté les électionsdu comité central. Elle devient directrice stratégique de la campagne de son père pour lesélections présidentielles de 2007. Malgré le faible score du FN à cette élection, Marine Le Penest l’une des rares cadres à obtenir un score satisfaisant aux élections législatives qui suivent,même s’il ne lui permet pas de gagner un siège à l’Assemblée nationale. En 2011, elleannonce son souhait de succéder à son père à la tête du parti, contre Bruno Gollnisch. Malgrél’opposition de certains cadres et des organes de presse d’extrême droite, elle est éluePrésidente du FN avec 67,65% des voix. Candidate à l’élection présidentielle de 2012, elleobtient 18% des suffrages au premier tour. 25
  26. 26. Ces trois courtes biographies montrent que le parcours des trois femmes correspond àl’archétype des trajectoires féminines en politique – avec une réserve pour Marine Le Pen. Laplace des hommes, et notamment du père, même s’il s’agit de pères de substitution pourSégolène Royal, est fondamentale dans le succès de leurs carrières politiques. Façonnées parles hommes politiques, ces femmes en ont-elles adopté les caractères, par stratégie oumimétisme ?2 – Le genre mis en scène visuellement: analyse des affiches de campagne« Tonalité de la voix, posture et gestuelle des principaux candidats sont pensées et travailléesdans les moindres détails. »34Scrutées par les médias et les électeurs, les femmes politiques soignent leur apparence,d’autant plus qu’elles savent que, puisque ce sont des femmes, on prêtera plus d’attention àleur aspect physique35 et que surtout, on sera intransigeant, comme l’exprime MarlèneCoulomb Gully au sujet d’une ancienne candidate à l’élection présidentielle, HuguetteBouchardeau:« Ce retour permanent sur son physique et le handicap qu’il constitue pour sa carrière soulignent lacontrainte forte et ambiguë de l’apparence physique pour les femmes politiques. Belles, elles sontsoupçonnées d’avoir usé de leurs charmes ; laides, elles sont dénigrées. Les femmes sont toujours« trop » belles ou « trop » laides, probablement parce qu’elles sont toujours de trop dans cet universmasculin. »Etre trop belle, on l’a justement reproché à Ségolène Royal. « Une élection présidentiellen’est pas un concours de beauté ! » dira-t-on de sa candidature36. La séduction des femmesdans la vie politique est immédiatement connotée. En 2007, Ségolène Royal a pourtant subide nombreuses transformations physiques visant à la rendre plus séduisante37. Femme34 Virginie Julliard, op.cit., p 52235 « L’image corporelle reste plus au cœur des représentations des femmes politiques que de celles deshommes politiques. Même dans l’espace public, cette image du corps féminin est privatisée, tantôt à lasexualité, tantôt à la maternité. » Jane Freedman, Manon Tremblay, op.cit. p 23436 Une « gauloiserie » de Jean-Luc Mélenchon, en 2005.37 « Une opération de chirurgie faciale a arrondi et affiné le bas de son visage ; les lunettes qu’elle portait à uneépoque ont disparu, rendant plus visible le bleu de ses yeux ; des cheveux plus courts au brushing souple ont 26
  27. 27. politique « féminine », sa rivale, pendant les primaires socialistes, peut apparaître comme sonantithèse. Martine Aubry, au sourire renfrogné, fait ainsi preuve de moins de « disponibilitéféminine anthropologique »38 et donc d’une moindre volonté de séduire. D’une structurecorporelle plus imposante alors que sa rivale est plus gracile, Martine Aubry correspondobjectivement à la catégorie des « femmes-homme » dans laquelle Catherine Achin classeMargaret Thatcher et Jane Freedman, l’impressionnante Golda Meir39. Quant à Marine LePen, au sourire plus féroce que rayonnant et à la voix rauque et virile d’une fumeuse, elleoscille entre les deux catégories, puisqu’elle se rapproche de la femme politique séductricepar sa blondeur soigneusement entretenue et ses changements vestimentaires méticuleusementdécortiqués par la presse, comme j’aurai l’occasion d’en reparler.Pour mieux cerner la façon dont les candidates expriment leur genre et se servent – ou non –de leur féminité, j’ai choisi de comparer leurs présentations de soi genrées sur leurs affichesde campagne. L’affiche de campagne a en effet l’intérêt d’être un pur produit de présentationde soi, peu brouillé par des messages programmatiques plus complexes et moins personnels. Ils’agit donc de se présenter aux électeurs et de laisser une forte impression, uniquement grâceà des signes corporels, au sens barthésien du terme. J’ai donc analysé ces affiches à travers leprisme du genre.remplacé les serre-têtes et autres queue-de-cheval qu’elle affectionnait auparavant. Ségolène Royal a choisi,pour cette campagne, de se conformer aux critères de beauté valorisés par la norme contemporaine. Enfin,où Nicolas Sarkozy apparaît dur (« brutal » disent ses détracteurs), Ségolène Royal use désormais de sonsourire comme d’une arme stratégique. […] le sourire de la candidate confirme son inscription dans le genre,de même que les métamorphoses physiques qu’on a observées et qui en ont fait une incarnation de laféminité. » Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 23738 Selon l’heureuse formule de Marie-Joseph Bertini dans « Marie-Joseph Bertini, Femmes : le pouvoirimpossible » Questions de communication, 14, 2008, pp 328-33039 Selon Virginie Julliard, lors de notre entretien 27
  28. 28. - Martine Aubry : une virilité soulignée Pour son affiche de campagne lors des primaires socialistes de 2011, Martine Aubry a choisi un fond bleu, dénué du logo du Parti Socialiste. Si ce choix semble avant tout politique (le rouge n’aurait pas été assez saillant pour une candidate issu du parti dont c’est la couleur officielle), il n’est pas dénué de signification. En effet, le bleu, couleur froide, est la couleur du masculin par excellence. Si ce postulat binaire (bleu pour les garçons, rouge ou rose pour les filles) semble être banal, il est pourtant fortement ancré dans la culture populaire, et ce, depuis la fin du Moyen-âge, selon l’historien Michel Pastoureau40. Lebleu sert ainsi à représenter le calme et le stoïcisme viril, contre le rouge, qui connotedavantage l’excitation voire l’hystérie féminine.Le choix de la pose de la candidate est également très significatif. C’est l’une des raresaffiches de la présidentielle 2012 où le ou la candidat(e) est intégralement de face. Une poserare pour une personne de sexe féminin car, de manière générale, les femmes sontreprésentées de façon désaxée, le buste orienté différemment de la direction du regard. Cetteiconographie, selon Michel Pastoureau, a déjà cours au Moyen-âge durant lequel le féminin sereprésente par des corps désaxés, signe de folie. Une iconographie qui est ancrée dans lesmentalités et qui est toujours influente aujourd’hui, à en juger par les représentations de lafemme dans les affiches publicitaires, notamment pour les cosmétiques.Sur cette affiche, la candidate affronte donc directement le vote des électeurs, une attitudeexclusivement virile41 mise en abyme dans le choix de la pose. Son sourire fermé connoteégalement une attitude virile qui s’oppose à l’éclat d’un sourire ouvert, traditionnellementplus féminin. La coupe de cheveux est à mi-chemin entre le masculin et le féminin, rappelantles chanteurs efféminées des années 70, soulignant encore une fois l’apparence trouble du40 La Couleur de nos souvenirs, chez Seuil, 201041 Selon Pierre Bourdieu dans La domination masculine, op.cit , p 33: « [En Kabylie], les usages publics et actifsde la partie haute, masculine du corps – faire front, affronter, faire face, regarder au visage, dans les yeux,prendre la parole publiquement – sont le monopole des hommes ; la femme qui, en Kabylie, se tient à l’écartdes lieux publics, doit en quelque sorte renoncer à faire un usage public de son regard (elle marche en publicles yeux baissés vers les pieds). » 28
  29. 29. genre de la candidate. L’unique touche de féminité réside dans la couleur choisie pour laveste, le rose. Mais cet aspect féminin de la veste est annulé par la coupe résolument neutre dela veste de tailleur.L’élément le plus intéressant de cette affiche est le choix de la mise en scène du second plande la photo. On y aperçoit distinctement trois corps d’homme tronqués, de face et de dos.Homme parmi les hommes, le visage de la candidate masque le visage de celui qui se trouvederrière elle, créant ainsi une figure mi-homme mi-femme qui correspond tout à fait à lacatégorie de femme virile dans laquelle j’ai choisi de la ranger. Le premier homme qui se tientderrière elle porte un costume et le cordon d’un badge, symbolisant ainsi le travail et laréussite, tandis que le second, dont on n’apercevoit que l’épaule, arbore une veste de jogging,qui connote l’univers compétitif et viril du sport. « Soutenue » picturalement par ces deuxsymboles, la candidate incarne la réussite masculine et le pouvoir. - Ségolène Royal : le sur-jeu de la féminité La première affiche de Ségolène Royal pour les élections présidentielles de 2007, qui ne sera finalement pas retenue, la montre au milieu et au second plan d’une foule de personnes qui l’entoure. Contrairement à Martine Aubry, le sourire de Ségolène Royal est ouvert et elle ne regarde pas l’objectif. Sur cette photo, la candidate est au centre des attentions et est exclusivement entourée d’hommes qui la regardent, ce qui connote une féminité presque magnétique, qui a un fort pouvoir sexuel sur les hommes ; une féminité virile, en somme. Le choix du nom en police rose vient souligner lesur-jeu de féminité qui règne dans cette affiche. On notera également le choix de l’italiquepour la police, qui évoque le corps désaxé dont je parlais auparavant, mais également lasoumission féminine, arme sexuelle redoutable, la flexibilité, la souplesse, contre le caractèrefranc, affirmé et implacable d’une police droite, comme celle utilisé par Martine Aubry. Onnote que le choix de l’italique sera conservé pour toutes les affiches de Ségolène Royal pourla campagne de 2007. 29
  30. 30. Il s’agit ici de l’affiche officielle pour le premier tour de l’élection présidentielle de 2007. Le positionnement de Ségolène Royal semble alors clair et elle mise sémiologiquement tout sur sa féminité exacerbée. Son visage, légèrement orienté de trois-quarts et épuré par le choix du noir et blanc évoque la délicatesse et la sensualité d’un mannequin. Sa peau d’une blancheur virginale évoque la vertu féminine de la chasteté. Malgré le fait qu’elle regarde l’objectif, son regard semble perdu dans une rêverie, une attitude culturellement définie comme féminine. Le visageest encadré de rouge, couleur du sentiment et de l’excitation, comme je l’ai déjà mentionné, etle slogan mérite que l’on s’y attarde puisqu’il est tout à fait égocentré. Ségolène Royal, qui,sur cette photo, incarne la quintessence de la femme désirable, lisse de tout défaut, choisitsémantiquement de ne faire qu’une avec « la » France et semble faire de son sexe le principalargument de sa campagne. Cette affiche est celle du second tour de l’élection présidentielle de 2007. Ségolène Royal conserve le même argument : la France présidente, c’est elle. Cependant, elle nuance les signes apparents de sa féminité, certainement pour se donner une image plus rigoureuse face à Nicolas Sarkozy. Elle s’attribue d’ailleurs la couleur de son adversaire, le bleu de l’UMP. Si cette affiche semble plus « institutionnelle », avec le choix de la couleur qui vient réincarner une femme quasi-immatérielle sur l’affiche précédente, elle conserve les principaux éléments d’une féminité soulignée. Le sourire est ouvert et éclatant et le blanc, symbolede la chasteté et de la fragilité, reste la couleur prédominante. 30
  31. 31. Cette affiche est celle de Ségolène Royal pour les primaires socialistes de 2012. A première vue, la candidate semble avoir conservé son principal argument de campagne, c’est-à-dire sa féminité qui lui permet d’être la France personnifiée. Cela semble d’abord évident dans son slogan de campagne, qui use du même artifice qu’en 2007, c’est-à-dire associer « la France » à une photo de Ségolène Royal pour que l’unese fonde symboliquement dans l’autre. Ici, cet artifice sémantique prend une forme visuelle,car l’affiche reprend les codes graphiques du timbre postal de la République française (lerouge mêlé de blanc), faisant de Ségolène Royal une nouvelle Marianne. Elle adopte la mêmepose que la représentation de ladite Marianne sur le timbre, c’est-à-dire de profil ou de trois-quarts, selon les années, le visage tourné vers l’horizon.Une différence est notable, néanmoins, par rapport à 2007 : la présence de termes appartenantaux champs lexicaux de la force et de la justice, thèmes virils, et j’y reviendrai. On peut déjàentrevoir l’un des aspects du changement de stratégie de Ségolène Royal entre 2007 et 2012.Si son image purement physique a peu changé, cette affiche annonce un changement dans lecontenu de son discours.La candidate affiche ici un sourire éclatant, redoublant de féminité par rapport à uneMarianne souvent renfrognée sur les timbres. Ce désir d’incarner la figure allégorique de laRépublique française, symbole à la fois de féminité et de patriotisme, mais aussi d’érotismevirginal, semble être entièrement assumé sur cette affiche. Le choix de l’icône est significatifpuisque Marianne semble être la figure de la féminité française la plus sexuellementagressive, à l’opposé de la pure Jeanne d’Arc, par exemple. Marianne était, pour lesmonarchistes du XIXème et le XXème, le symbole de la prostituée. A mi-chemin entre lafemme sensuelle et la mère nourricière, elle est souvent représentée seins nue, comme dans lecélèbre tableau d’Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple. C’est donc à cette figure àla sexualité clairement accentuée que Ségolène Royal s’identifie, comptant sur son fortpouvoir de séduction pour « contraindre » les électeurs.L’affiche évoque également les muses du Pop Art immortalisées par Andy Warhol,séductrices (Marilyn Monroe, Brigitte Bardot), respectables et autoritaires (Jackie Kennedy) 31
  32. 32. voire provocatrice (Liza Minnelli) mais toutes puissantes dans leurs domaines respectifs. Au-delà de la sensualité féminine, c’est bien la puissance virile d’une séduction active qui estexprimée en creux dans cette affiche. - Marine Le Pen : une séduction travailléeLa seconde affiche est l’affiche officielle de la campagne de Marine Le Pen 2012. Lapremière est une ébauche et le projet a du être abandonné, certainement à cause del’utilisation des couleurs tricolores du drapeau français, dont l’usage à des fins publicitairesest très réglementé. Elle vaut néanmoins d’être analysée. Héritière du père, femme d’extrêmedroite à la rhétorique dure et agressive, Marine Le Pen, sous certains aspects, mériterait d’êtreclassée dans la catégorie des femmes-homme à l’identité ambiguë. Cependant, la candidateoscille entre les deux catégories et joue de sa féminité pour affirmer le caractère unique de sonidentité et se détacher politiquement du lourd héritage de son père, comme je l’expliquerai parla suite. Elle parvient donc à effectuer un redoutable équilibre entre sa rigueur, sa rugositépolitique et sa féminité accentuée.Dans ce sens, son physique est son principal atout, sa blondeur et son regard azur, mis envaleur dans cette affiche, étant ses deux armes privilégiées pour affirmer sa qualité de femmedans le microcosme exclusivement masculin qu’est l’extrême droite. Sa féminité lui permetainsi de sortir du carcan du candidat stéréotype de l’extrême droite, qui parvient rarement àrassembler au-delà de son propre camp dans les urnes. Sur ces affiches, l’usage de saféminité est manifeste, notamment dans la première, où le regard est franc comme celui de 32
  33. 33. Martine Aubry, mais également séducteur, et où la pose évoque celle des stars de cinéma,allongées et soumises à la caméra, l’œil métonymique de l’homme.Le « Oui ! » saillant de son slogan évoque au choix le cri d’orgasme ou la soumission tacitede l’acceptation de la demande en mariage. L’utilisation du terme « La France » rapprocheces affiches de celles de Ségolène Royal ; mais le nom de la candidate n’est pas mentionné etsa blondeur se fond dans le blanc du drapeau tricolore. Elle aussi semble ne vouloir fairequ’une avec la France et utilise ainsi son sexe comme argument de campagne.La seconde affiche est plus institutionnelle et moins provocatrice sexuellement. On pourrait larapprocher de celle de Martine Aubry, ce qui montre l’oscillation permanente de Marine LePen entre les deux catégories de femmes politiques viriles. Elle fait également face à l’objectifet son sourire est fermé. Son slogan, dénué de l’exclamation exaltée, semble plus nuancé et lenom de la candidate apparaît désormais sur l’affiche. Femme séductrice, elle a troqué le noircontre le bleu marine de la première affiche et devient ici femme-homme de pouvoir.Ces différentes façons de mettre en scène son image, s’opposant parfois et se recoupantsouvent, montre la largeur de la palette des stratégies de présentation de soi des femmespolitiques du point de vue du genre. Les différentes mises en scène visuelles d’elles-mêmesque j’ai pu mettre en évidence, montrent que des stratégies de présentation de soi genréeimprègnent bel et bien la communication politique de ces candidates. Toutes ont choisi detravailler leur image du point de vue du genre. Martine Aubry a fait le choix de souligner savirilité, pour évoquer l’univers du pouvoir et de la réussite. Ségolène Royal sur-joue saféminité pour personnifier la France et tacher ainsi d’en être la meilleure représentante. Quantà Marine Le Pen, elle se montre séductrice, cassant ainsi les codes rigoureux de sa famillepolitique et créant une certaine surprise.Au-delà de l’expression physique du genre, présentée dans les affiches de campagne, et sanspour autant cesser d’analyser les stratégies visuelles des candidates, je vais développerl’aspect plus discursif de leurs stratégies de mise en scène de soi genrées. 33
  34. 34. C – Les différences de stratégies de mise en scène de soiCette partie a pour objet de mettre en lumière les différences de stratégies de présentation desoi genrées, à travers l’analyse des clips de campagnes et des discours de candidatures deMarine Le Pen, Ségolène Royal et Martine Aubry.Les discours de candidature servent principalement, comme le nom l’indique, à annoncer unecandidature à une quelconque élection ainsi que l’ébauche d’un programme. Mais le ou lacandidat(e) s’en sert souvent pour se faire connaitre aux yeux de ses concitoyens : c’est doncun texte aussi personnel que politique.Le clip de campagne est également un exercice assez traditionnel. En un laps de tempsimparti, les candidat(e)s doivent se présenter, ainsi que leurs programmes, aux citoyens.J’aimerais ajouter quelques précisions : si Marine Le Pen a réalisé son clip dans l’optique dele faire diffuser à la télévision, et à destination de tous les citoyens, celui de Martine Aubryn’est pas sorti du cadre de la campagne des primaires socialistes, puisqu’elle n’a pas étéfinalement investie par son parti. Au-delà de cette distinction, il existe peu de différencesentre l’exercice réalisé au niveau national et l’exercice restreint au contexte de primairesinternes : les exigences sont les mêmes. Quant à Ségolène Royal, il semble qu’elle n’ait pasvoulu réaliser de clip pour la campagne des primaires socialistes. C’est pour cela que j’aianalysé, de manière plus succincte, son premier clip de campagne de 2007, en gardant àl’esprit le changement de stratégie de la candidate d’une élection à l’autre. A des fins decomparaison, l’analyse du clip de 2007 s’est tout de même avérée intéressante.1 – La neutralité de Martine Aubry contre l’oscillation de Marine Le PenOn aurait tort, a priori, de classer Martine Aubry et Marine Le Pen dans la même catégoriedes « femmes-homme » viriles, même si cela semble tentant. Influencée par l’aspect physiqueet l’accent autoritaire de Martine Aubry, comme par la rude rhétorique d’extrême droite – quel’on a rarement entendue dans la bouche d’une femme – ainsi que par la voix gouailleuse deMarine Le Pen, je les aurais sans doute classées dans la même catégorie. Et pourtant, après lespremières conclusions de l’analyse des affiches de campagne, j’ai confirmé mon hypothèse endécryptant les discours et les clips, c’est-à-dire qu’il serait au contraire pertinent de lesdifférencier. 34
  35. 35. Ce qui prime en effet, chez Martine Aubry, c’est une rigoureuse mise en scène de la neutralitégenrée, c’est-à-dire le choix de faire le non-choix entre présentation de soi virile et usage deses caractères féminins. C’est ce que l’on observe dans son discours de candidature, tant entermes de dispositifs scéniques que d’effets linguistiques.Sobre face à ses militants, elle est seule devant la caméra, se détachant sur un fond gris bleu etvêtue d’une veste noire sur une chemise blanche. Aucun signe distinctif de féminité, ni devirilité mise en scène, malgré la masculinité reconnue des traits physiques et de la carrure dela candidate.Des trois candidates, elle est la seule à évoquer, dans son discours, son engagement pourl’égalité des droits des hommes et des femmes : «L’égalité des droits, et d’abord entre lesfemmes et les hommes, doit enfin devenir une réalité. » Sans s’y inclure, elle énoncesimplement cette proposition. Sa neutralité mise en scène lui permettrait ainsi de faire ce typede proposition, sans que cela entre en contradiction avec une stratégie fondée sur la mise enscène d’un genre en particulier. D’ailleurs, qu’est ce que l’égalité homme-femme sinon lavolonté de négation des différences de genre, et donc un effort de neutralité ?Le clip de campagne de Martine Aubry dure 1 minute et 48 secondes et présente enintroduction le slogan de la candidate, « La volonté du changement ». C’est un slogansémantiquement neutre du point de vue qui m’intéresse, bien loin des slogans fortement 35
  36. 36. personnifiés de Ségolène Royal qui montraient l’usage primordial de son genre commeargument politique.Le clip débute sur quelques accents d’une guitare rock qui préludent à une chanson « pop-rock ambiante » qui donne du dynamisme à l’ensemble. La candidate est montrée debout surune estrade – des images très habituelles et très sobres d’un meeting politique sans fastesapparents -, vêtue de sa sempiternelle veste de tailleur noire sur chemise blanche.Le clip est monté de façon thématique, déclinant les divers thèmes de campagne de lacandidate, qui s’inscrivent sur un fond de couleur et sont ensuite illustrés par un extrait dediscours sur le sujet. L’ensemble est très technique et le programme politique l’emporte sur laprésentation de soi. Comme lors du discours de candidature, les thématiques avancées 42, parleur diversité, ne permettent pas d’analyser le choix de la candidate du point de vue de la miseen scène du genre. Les thèmes culturellement plus « féminins » (l’accès à la culture, lacréation d’un pacte éducatif, l’écologie) s’entremêlent sans hiérarchie aux thèmes connotésplus « virils » (les banques d’investissement, la police de proximité).On remarque d’ailleurs, sur les huit thèmes ainsi abordés, un savant équilibre qui fait quedeux thèmes qui se suivent alternent connotations viriles et féminines. Ainsi, « créer unebanque publique d’investissement » précède « instaurer un nouveau pacte éducatif » et« autoriser le mariage pour tous » succède à « rétablir une police de proximité ». Cet équilibreordonné contribue à l’effort de neutralité récurrent chez cette candidate.Un extrait se révèle plus saillant que les autres. Martine Aubry annonce vouloir « combattrel’extrême droite » sur un ton aussi belliqueux que viril. Elle ajoute suite à cela : « Pour fairebarrage à la droite extrême, je suis prête. » Une affirmation qui mêle virilité dans le ton et lecontenu sémantique, à laquelle vient s’ajouter une touche de féminité dans l’emploi duparticipe passé féminin audible « prête ». Un nouvel exemple d’équilibre entre virilité etféminité, souvent utilisé par Marine Le Pen d’ailleurs, qui participe à la mise en scène de laneutralité de la candidate.42 J’aborderai plus précisément l’aspect genré des thématiques en seconde partie, en m’appuyant sur lesthéories du chercheur britannique Rainbow Murray, notamment dans l’article «True” and “Assumed” GenderDifferences: A Study of Representation in the French Parliament » Paper for PSA 2011, University of London 36
  37. 37. Cet équilibre et cette égalité quasi-parfaite entre féminité et virilité, que l’on peut observertant dans le clip de campagne que le discours de Martine Aubry, semble opérer une fusion desgenres qui se rapprocherait de la neutralité, s’opposent à la stratégie de présentation de soigenrée mise en scène par Marine Le Pen.Marine Le Pen présente plutôt une oscillation permanente entre virilité et féminité,mouvement notamment mis en scène dans son clip de campagne. Sans entrer dans desconsidérations psychologiques, à savoir si cette virilité est innée ou jouée, on ne peutqu’observer la trajectoire stratégique de Marine Le Pen, de la virilité à la féminité, et lepermanent aller-retour entre les deux. Contrairement à Martine Aubry, le résultat de cetteoscillation n’est pas la neutralité, mais bien l’érection de deux pôles genrés, l’un viril, l’autreféminin, qui soutiennent la construction de l’identité politique de la candidate.Sur fond bleu, la candidate est vêtue d’une veste de tailleur qui rappelle le vert des treillismilitaires. « Mes chers compatriotes […] Le Président du pouvoir d’achat aura été celui dudésespoir d’achat ». Immédiatement, la candidate se met en scène, et son discours sonnebeaucoup moins technique et beaucoup plus personnel que celui de Martine Aubry. Onretrouve chez elle « l’humour gaulois » de son père et son amour des jeux de mot et d’uneexpression sans détour très virile. « Toujours pour les plus gros, toujours moins dans votreportefeuille. » On observe un autre pan de la rhétorique de la candidate, une rhétoriquefamilière, populaire à l’accent populiste, traditionnel chez les grandes figures – toutesmasculines – de l’extrême droite française. 37
  38. 38. Contrairement à Martine Aubry, Marine Le Pen n’a choisi qu’un seul sujet pour sonallocution : c’est le pouvoir d’achat, un thème rassembleur et peu marqué au niveau du genre.On comprend que c’est dans la présentation de soi, et non de son programme, que la candidatepourra faire s’épanouir sa stratégie de mise en scène. « Je contrôlerai sévèrement les margesde la grande distribution […] Fini le hold up ! » dit-elle plus tard, reprenant la virilethématique du Far-West et incarnant le shérif défendant une population oppressée.Mais on distingue un tout autre visage de la candidate dans son discours de campagne, où ellesur-joue, au contraire, sa féminité. La blondeur soigneusement brushée, la candidate arbore unfoulard rose sur une veste de tailleur noire, une touche de féminité qu’on lui a rarement vuavant 2012.Dès la première phrase de son allocution, elle prononce le mot « candidate », ce qui pose toutde suite les jalons de son discours : ce sera celui d’une femme candidate à l’électionprésidentielle, une précision que ni Ségolène Royal ni Martine Aubry n’ont jugé utiled’afficher si tôt dans l’allocution. « Ma présence comme candidate à cette électionprésidentielle résulte d’un dur combat. » A mi-chemin entre la femme et le guerrier, cettephrase met en abyme toute la complexité de la personnalité de Marine Le Pen, entre mise enscène et naturel.« Le moment est venu de dire clairement à toutes les Françaises et à tous les Français quel estle sens de ma candidature. Présidente de parti, femme, mère de trois enfants, je lutte. » Ellefait ainsi de son sexe son argument politique premier – puisqu’à lui seul, il représente le« sens » de sa candidature – et affirme sa féminité par une structure ternaire, un procédérhétorique fort en littérature. Toute l’essence du discours est donc là.Le mot « mère » est d’ailleurs répété sept fois lors du discours, alors qu’il est absent desdiscours des deux autres candidates. Quant au mot « femme », on le trouve cinq fois chezMarine Le Pen, contre trois fois chez Royal et Aubry. On remarquera également que sonusage est très différent puisque Marine Le Pen s’associe en permanence au substantif « Je suisune femme », tandis que les deux autres candidates ne s’impliquent pas linguistiquement danscette catégorie : « il faut assurer l’égalité homme-femme », « je veux rassembler les femmeset les hommes de gauche »…Enfin, il faut souligner la phrase « Je suis une Française parmi 38
  39. 39. les Français.», qui met au même niveau sa nationalité et son sexe en termes d’argumentpolitique, un parallèle inédit au Front National :« […] La présence de Marine Le Pen jouant tout à la fois sur sa filiation (fille de …), son genre (les« gars de la Marine ») mais aussi sur la mise en scène d’une féminité « ajustée » aux milieuxpopulaires qu’elle entend séduire, témoigne d’une tentative d’invention d’une figure de féminitépolitique d’extrême-droite […] »43Ces deux analyses comparées montrent bien la différence des stratégies de présentation de soigenrées des deux candidates. Si l’une soigne la mise en scène de la neutralité de son genre,l’autre choisit d’aller et venir, de façon permanente, entre virilité et féminité.2 – L’ambiguïté de la stratégie de Ségolène Royal« Durant les débats pour la primaire socialiste [en 2006], à une question d’un journaliste surses différences par rapport à ses deux adversaires, Ségolène Royal répond : « il y en a une,bien visible. » Lors de son investiture officielle, elle souligne qu’en « choisissant une femmepour mener le combat des idées socialistes, vous avez, plus de deux siècles après Olympe deGouges et Rosa Luxembourg, un véritable geste révolutionnaire. » Durant une émission,pendant la campagne officielle, elle déclare que « le temps des femmes est venu ». SégolèneRoyal fait du genre un argument de campagne. »44En effet, comme l’on également remarqué Catherine Achin et Elsa Dorlin, la campagne deSégolène Royal en 2007 était extrêmement genrée, pour rivaliser avec la virilité agressivemise en scène par Nicolas Sarkozy45. Ségolène Royal sur-jouait donc sa féminité et sesattributs féminins, ce qui lui a valu de nombreux commentaires peu élogieux dans la presse etle milieu politique46.Son clip de campagne, en 2007, illustre bien ce constat :43 Catherine Achin, tribune sur le site de Médiapart, op.cit.44 Marlène Coulomb Gully, op.cit. p 23045 Catherine Achin et Elsa Dorlin, op.cit.46 Marlène Coulomb Gully, op.cit., pp 229-251 « Le duel Sarkozy-Royal : Napoléon vainqueur de Marianne » 39
  40. 40. Habillée en blanc sur fond de ciel, elle évoque une féminité virginale, qui fait écho à sesaffiches de campagne de l’époque. « Françaises, Français vous me connaissez. Je suis unefemme, une mère de famille de quatre enfants. J’ai les pieds sur terre. » C’est ainsi qu’elle faitde son genre un argument politique. Tandis qu’elle décline ses qualités, des photos d’elledéfilent encore, pour les illustrer. On s’arrête alors sur une photo d’elle serrant la main àFrançois Mitterrand. Elle narre en voix off « [J’ai tenu mes engagements dans toutes mesresponsabilités] […] comme conseillère de François Mitterrand pendant sept ans. […]. » Elles’attarde longuement sur son expérience de mère de famille, de femme politique, sansfinalement aborder une thématique politique précise.Qu’en est-il de sa stratégie de présentation de soi en 2011 ? Voici ce que révèle l’analyse deson discours de candidature pour les primaires socialistes. N’oublions pas que Ségolène Royalest une candidate particulière par rapport aux deux autres, puisqu’elle a eu cinq ans pourréfléchir aux erreurs commises durant la campagne présidentielle de 2007. Ce discours estd’ailleurs représentatif de ce qu’elle essaye de ne surtout pas reproduire, c’est-à-dire l’hyper-féminisation de sa campagne présidentielle précédente, symbolisée par son slogan, « la FrancePrésidente ».Si elle use toujours, de façon plus nuancée, de la personnification, ce discours montre satendance à effacer sa féminité au profit d’une ambiguïté plus importante entre son genrebiologique, qu’elle avait justement tendance à sur-jouer, et la virilité. 40
  41. 41. On remarque d’abord un mouvement permanent entre la féminité et la virilité, dès la mise enscène visuelle de sa déclaration de candidature.On y voit la candidate, habillée de blanc et de rose, couleurs très féminines, et en compagniede cinq hommes, élus dans la région. Ségolène Royal a ainsi repris le blanc virginal de sesaffiches de 2007, en l’agrémentant d’une touche plus féminine encore, le rose, qui estégalement la couleur de son parti. Comme sur l’une de ses affiches de 2007, Ségolène Royalest accompagnée d’hommes. Elle n’est néanmoins plus entourée par eux, mais se tientdésormais devant eux, adoptant ainsi une posture de meneur. Ici commence l’ambiguïté : alorsqu’il était clair que les affiches de 2007 mettaient en scène le fort pouvoir séducteur de lacandidate, qui était alors au centre de l’attention des hommes, il est ici difficile de trancher :se met-elle en scène comme étant un homme parmi les hommes ? Veut-elle se montrer enposture de domination sur les hommes, exploitant ainsi le canon paradoxalement très fémininde la dominatrice ? Ou veut-elle conserver la disposition de son affiche, qui faisait d’elle unobjet séducteur et attirant ? L’ambiguïté est entière.Elle semble en effet vouloir effacer une féminité auparavant sur-jouée et cette recherche de laneutralité est manifeste jusque dans le choix des verbes, car je n’ai recensé qu’un seulparticipe passé qui, mis au féminin, change à l’oral : « Je m’y suis préparée et j’y suis prête ».Un tel effacement de sa féminité, jusque dans la langue du discours, contraste grandementavec la Ségolène Royal que l’on a connue pendant la campagne de 2007.Ségolène Royal semble ainsi vouloir sortir de la catégorie « femme politique féminine » danslaquelle l’ont enfermée Catherine Achin et Elsa Dorlin – entre autres – en 2007. Les raisons 41
  42. 42. de ceci seront développées dans la seconde partie et le succès de cette stratégie de virilisationsera mesuré en troisième partie, lorsqu’elle sera soumise à l’épreuve de la presse.En conclusion de cette première partie, je soulignerai le poids des injonctions paradoxalesdont sont victimes les femmes politiques, notamment en termes de présentation de soi genrée.«Ségolène connaît les périls qu’il lui faut éviter. Ne passer ni pour une virago féministe, nipour une séductrice. Ne pas apparaître asexuée comme Arlette Laguiller, ni trop virile,comme Michèle Alliot-Marie. »47 D’après Catherine Achin48, ces injonctions montrent lesdifficultés, pour ces femmes, d’inventer un nouveau rôle de féminité gouvernante. On risquela stigmatisation en jouant sur sa féminité, on s’expose au soupçon sur sa sexualité ou « sonaccomplissement en tant que femme. »49.Leurs parcours, plus jalonnés par les nominations que par les élections, semblent suspects àl’œil du politique. Leur simple présence dans le jeu politique est souvent aussi dénigrée queleur façon d’y entrer. J’ai pu établir que les parcours de Ségolène Royal et de Martine Aubryétaient sensiblement semblables, et correspondaient à l’archétype précédemment décrit. Celuide Marine Le Pen, plus atypique, n’en a pas moins toujours été régi par les hommes.A l’issue de cette première partie, je peux donc établir que des entreprises de virilisation, trèsdiverses, teintent effectivement les stratégies communicationnelles des candidates à l’électionprésidentielle. Si Martine Aubry semble cultiver une certaine ambigüité genrée, avec unenette préférence pour la virilité dans la composition de ses affiches, la virilisation de SégolèneRoyal entre 2007 et 2011 est évidente. Quant à Marine Le Pen, dont la situation en tant queleader d’extrême droite est sans doute plus complexe, elle semble savamment osciller entreune séduction féminine et une rigueur virile.Les concordances de stratégies de mise en scène de soi des candidates laissent à penser qu’ilexisterait une véritable nécessité de paraître virile, quand on est une femme en politique. C’estl’hypothèse à laquelle je tenterai de répondre dans la seconde partie de cette étude.47 Christophe Deloire et Christophe Dubois, op.cit. p 36448 Dans sa tribune publiée sur le site de Médiapart, op.cit.49 Des soupçons dont Arlette Laguiller, par exemple, a souvent été victime. 42
  43. 43. 43
  44. 44. Partie II – L’autolégitimation virile des candidates à l’élection présidentielleJe soulignerai ici l’importance de la notion de « légitimité » dans l’exclusion des femmes, tantconcrète que symbolique, du champ politique. Je démontrerai ainsi que les stratégies deprésentation de soi genrée étudiées précédemment, de la mise en scène de la neutralité à lavirilisation, font partie des processus d’autolégitimation des candidates à l’électionprésidentielle. J’établirai ainsi que la question de la mise en scène du genre est au cœur desprocessus d’autolégitimation politique de soi.A – Virilité et légitimité en politique.Cette partie a pour objet d’expliquer l’illégitimité des femmes en politique et surtoutd’éclairer les liens entre pouvoir politique et virilité. Ainsi je justifierai les stratégies deprésentation de soi genrées que j’ai pu observer chez les candidates par leur volonté des’autolégitimer dans un milieu qui leur est hostile.1 – L’illégitimité des femmes politiques.« Elle n’est pas outillée ». Ainsi Nicolas Sarkozy a-t-il commenté la candidature de Ségolène Royalaux élections présidentielles françaises de 2007. […] Cette déclaration du chef de l’UMP estrévélatrice du statut toujours marginal des femmes en politique française, notamment sur la scèneprésidentielle. »50Comme le dit Marlène Coulomb Gully, les femmes, en politique, sont souvent « de trop »dans cet univers masculin ; la politique, comme l’ensemble des civilisations occidentales etmalgré les avancées connues depuis la moitié du XXème siècle, demeure fondée sur laprééminence de l’homme51. Tout semble détourner les femmes d’une carrière politique, quece soit la vie familiale, la tradition ou l’éducation52.50 Manon Tremblay, « Mariette Sineau : La Force du nombre – Femmes et démocratie présidentielle » dansRecherches féministes, vol. 22, n°1, 2009, p 17751 D’après Catherine Achin, tribune publié sur le site de Médiapart, op.cit.52 « On peut penser que la socialisation anticompétitive qui leur est souvent prodiguée fait que les femmes,devenues adultes, présentent moins souvent les traits de personnalité indispensables pour s’affirmer dans ununivers aussi concurrentiel et âpre que le jeu politique – ce que l’on appelle en psychosociologie l’assertivité et 44

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