Conservatoire	
  National	
  des	
  Arts	
  et	
  Métiers	
  (Crf)	
  –	
  Université	
  Paris	
  XIII	
  (Experice)	
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  Paris	
  XIII	
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TABLE	
  DES	
  MATIERES 	
  

TABLE	
  DES	
  MATIERES .....................................................................
3.1	
   Théorie	
  d’Albert	
  O.	
  Hirschman	
  :	
  Exit,	
  Voice,	
  Loyalty............................................
2.1.2	
   Traces	
  d’injonction	
  à	
  être	
  authentique.................................................................
3.3.1	
   Entretien	
  de	
  Claudia.........................................................................................
3.1.1	
   Automanipulation ..................................................................................................
INTRODUCTION	
  

1. QUESTION	
  PERSONNELLE	
  

Avant	
  même	
  de	
  débuter	
  ce	
  Master	
  Européen	
  de	
  Rech...
2. EMERGENCE	
  DE	
  L’OBJET	
  DE	
  RECHERCHE	
  

Les	
  questions	
  personnelles	
  qui	
  m’ont	
  conduit	
  à	
  ...
3. QUESTIONS	
  ET	
  HYPOTHESES	
  

3.1 Q UESTIONS 	
  

Notre	
  objet	
  de	
  recherche	
  prend	
  pour	
  présuppos...
sur	
  lesquels	
  notre	
  recherche	
  prend	
  pied.	
  Nous	
  préciserons	
  ensuite	
  la	
  signification	
  que	
 ...
PARTIE	
  1	
  :	
  PAYSAGE	
  THEORIQUE	
  	
  	
  	
  

1. CADRE	
  CONCEPTUEL	
  

Nous	
   inscrivons	
   cette	
   ét...
bureaucratique	
  ou	
  religieux.	
  Ce	
  règne	
  de	
  l’ordre	
  et	
  de	
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  loi	
  comme	
  vérité	
  ultime,	...
devient	
  permise	
  et	
  accessible.	
  L’éducation,	
  les	
  revenus,	
  les	
  temps	
  libres	
  et	
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puissante,	
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   et	
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Le rôle de l'intimité dans la formation des adultes
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En relais aux exigences de notre époque, les programmes des formations professionnelles sur le thème de l’efficacité personnelle véhiculent un message de sommation à devenir soi, en incarnant l’image d’un être idéal alliant authenticité, autonomie et performance.

Ce travail consiste à explorer les modalités d’expression comportementale des participants face à cette injonction paradoxale. La première hypothèse émise dans ce mémoire induit la présence de l’injonction à être soi dans la formation étudiée. La seconde, pose l’intimité perçue par les participants comme un facteur favorisant leur attitude de loyauté face à ce même message injonctif.

Ancrée dans la sociologie autour de l’individu contemporain, cette étude a été menée selon une approche de type monographique et s’est construite autour du cadre théorique d’Albert Hirschman : Voice, Exit, Loyalty.

Les résultats obtenus valident les deux hypothèses et soulèvent la difficile question de l’éthique dans la manière de faciliter l’attitude de loyauté des participants et en particulier, de présenter l’enjeu du climat d’intimité. Ces résultats montrent également les limites pédagogiques de l’attitude de loyauté.

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Le rôle de l'intimité dans la formation des adultes

  1. 1. Conservatoire  National  des  Arts  et  Métiers  (Crf)  –  Université  Paris  XIII  (Experice)  –     Université  Catholique  de  Louvain-­‐la-­‐neuve  (Girsef)  –  Université  de  Genève  (Form’Action)     Mémoire  Master  Européen  de  Recherche  :  Formation  des  Adultes   Auteur  :  Jean-­‐Philippe  Poupard   Titre  :   Le   rôle   de   l’intimité   dans   les   modalités   d’expression   comportementale   des   participants   face   à   l’injonction   à   être   soi   en   formation   des   adultes  :   cas   d’une   formation  aux  techniques  de  communication.   Directeur  de  recherche  :  Etienne  Bourgeois   Mémoire  soutenu  au  Cnam  à  Paris,  le  15  octobre  2009   Nombre  de  pages  :  94   Résumé  :     En  relais  aux  exigences  de  notre  époque,  les  programmes  des  formations  professionnelles  sur   le   thème   de   l’efficacité   personnelle   véhiculent   un   message   de   sommation   à   devenir   soi,   en   incarnant  l’image  d’un  être  idéal  alliant  authenticité,  autonomie  et  performance.     Ce   travail   consiste   à   explorer   les   modalités   d’expression   comportementale   des   participants   face   à   cette   injonction   paradoxale.   La   première   hypothèse   émise   dans   ce   mémoire   induit   la   présence   de   l’injonction   à   être   soi   dans   la   formation   étudiée.   La   seconde,   pose   l’intimité   perçue   par   les   participants   comme   un   facteur   favorisant   leur   attitude   de   loyauté   face   à   ce   même  message  injonctif.   Ancrée   dans   la   sociologie   autour   de   l’individu   contemporain,   cette   étude   a   été   menée   selon   une  approche  de  type  monographique  et  s’est  construite  autour  du  cadre  théorique  d’Albert   Hirschman  :  Voice,  Exit,  Loyalty.   Les   résultats   obtenus   valident   les   deux   hypothèses   et   soulèvent   la   difficile   question   de   l’éthique  dans  la  manière  de  faciliter  l’attitude  de  loyauté  des  participants  et  en  particulier,  de   présenter   l’enjeu   du   climat   d’intimité.   Ces   résultats   montrent   également   les   limites   pédagogiques  de  l’attitude  de  loyauté.         Mots   clés  :   Formation   Professionnelle,   Efficacité   personnelle,   Etre   soi,   Intimité,   Comportement,  Sociologie,  Hirschman,  Loyauté,  Manipulation,  Ethique   1    
  2. 2. Conservatoire  National  des  Arts  et  Métiers  (Crf)  –  Université  Paris  XIII  (Experice)  –     Université  Catholique  de  Louvain-­‐la-­‐neuve  (Girsef)  –  Université  de  Genève  (Form’Action)     Master  Européen  de  Recherche  :  Formation  des  Adultes             LE  ROLE  DE  L’INTIMITE  DANS  LES  MODALITES     D’EXPRESSION  COMPORTEMENTALE  DES  PARTICIPANTS  FACE     A  L’INJONCTION  A  ETRE  SOI  EN  FORMATION  DES  ADULTES  :   CAS  D’UNE  FORMATION  AUX  TECHNIQUES  DE     COMMUNICATION             Jean-­Philippe  Poupard         Sous  la  Direction  de   Etienne  Bourgeois         Septembre  2009   2    
  3. 3. TABLE  DES  MATIERES   TABLE  DES  MATIERES ...............................................................................................................................3   INTRODUCTION.............................................................................................................................................8   1.   Question  Personnelle.....................................................................................................................8   2.   Emergence  de  l’objet  de  recherche..........................................................................................9   3.   Questions  et  Hypothèses ........................................................................................................... 10   3.1   Questions .................................................................................................................................. 10   3.2   Hypothèses .............................................................................................................................. 10   4.   Structure  de  la  présentation  du  travail............................................................................... 10   Partie  1  :  PAYSAGE  THEORIQUE ......................................................................................................... 12   1.   Cadre  conceptuel .......................................................................................................................... 12   1.1   Sociologie  autour  de  l’individu  contemporain ......................................................... 12   1.1.1   Le  règne  de  la  compétition  et  de  la  réussite ..................................................... 12   1.1.2   Le  devoir  de  devenir  soi ............................................................................................ 14   1.1.3   Le  revers  de  la  médaille  et  ses  désillusions ...................................................... 16   1.2   Sociologie  autour  de  la  question  de  l’intimité .......................................................... 17   1.2.1   Le  devoir  d’intimité ..................................................................................................... 17   1.2.2   Les  limites  du  devoir  d’intimité ............................................................................. 19   2.   Cadre  étymologique .................................................................................................................... 20   2.1   Injonction  à  être  soi ............................................................................................................. 20   2.1.1   Injonction......................................................................................................................... 20   2.1.2   Etre  soi .............................................................................................................................. 21   2.1.3   Injonction  à  être  soi..................................................................................................... 22   2.2   Intimité ...................................................................................................................................... 22   3.   Cadre  théorique............................................................................................................................. 24   3    
  4. 4. 3.1   Théorie  d’Albert  O.  Hirschman  :  Exit,  Voice,  Loyalty............................................. 24   3.1.1   Introduction  à  la  théorie  d’Albert  O.  Hirschman ............................................ 24   3.1.2   Exit  :  La  défection ......................................................................................................... 25   3.1.3   Voice  :  La  prise  de  parole .......................................................................................... 25   3.1.4   Loyalty  :  La  loyauté...................................................................................................... 26   3.2   Motivations  du  choix  de  ce  cadre  théorique ............................................................. 27   3.2.1   Solidité  du  modèle  théorique.................................................................................. 27   3.2.2   Flexibilité  du  modèle  théorique............................................................................. 28   3.2.3   Antériorité   d’application   du   modèle   théorique   dans   le   champ   de   la   sociologie  autour  de  l’individu  contemporain................................................................ 28   Partie  2  :  DONNEES  EMPIRIQUES....................................................................................................... 30   1.   Méthodologie.................................................................................................................................. 30   1.1   Choix  méthodologique........................................................................................................ 30   1.2   Constitution  du  matériau .................................................................................................. 30   1.2.1   Choix  de  l’institution................................................................................................... 30   1.2.2   Choix  de  la  formation.................................................................................................. 32   1.2.3   Choix  des  sujets............................................................................................................. 32   1.3   Méthode  de  recueil  des  données.................................................................................... 33   1.4   Méthode  d’analyse  des  données..................................................................................... 34   1.4.1   Démarche  de  l’analyse................................................................................................ 34   1.4.2   Grilles  d’analyse ............................................................................................................ 35   1.4.2.1   Grille  pour  les  travaux  préliminaires .......................................................... 35   1.4.2.2   Grille  pour  le  travail  principal........................................................................ 35   2.   Présentations  des  résultats  préliminaires......................................................................... 38   2.1   Analyse  du  programme  de  formation .......................................................................... 38   2.1.1   Traces  d’injonction  à  être  autonome ................................................................... 38   4    
  5. 5. 2.1.2   Traces  d’injonction  à  être  authentique............................................................... 39   2.1.3   Traces  d’injonction  à  être  performant ................................................................ 40   2.1.4   Synthèse  de  l’analyse  du  programme  de  formation...................................... 41   2.2   Analyse  de  la  posture  autocritique  du  formateur................................................... 42   2.2.1   Traces  d’injonction  à  l’autonomie......................................................................... 42   2.2.2   Traces  d’injonction  à  l’authenticité ...................................................................... 43   2.2.3   Traces  d’injonction  à  la  performance .................................................................. 44   2.2.4   Synthèse  de  l’analyse  du  discours  autocritique  du  formateur ................. 45   2.3   Synthèse  des  résultats  préliminaires ........................................................................... 46   2.4   Conclusion  de  la  présentation  des  résultats  préliminaires ................................ 47   3.   Présentations  des  résultats...................................................................................................... 47   3.1   La  défection ............................................................................................................................. 48   3.1.1   Entretien  de  Claudia.................................................................................................... 48   3.1.2   Entretien  de  Bernard .................................................................................................. 50   3.1.3   Croisement  des  données  liées  à  la  défection.................................................... 52   3.1.3.1   Eléments  communs............................................................................................. 52   3.1.3.2   Eléments  complémentaires............................................................................. 53   3.1.3.3   Eléments  contradictoires ................................................................................. 54   3.2   La  prise  de  parole ................................................................................................................. 54   3.2.1   Entretien  de  Claudia.................................................................................................... 54   3.2.2   Entretien  de  Bernard .................................................................................................. 55   3.2.3   Croisement  des  données  liées  à  la  prise  de  parole ........................................ 56   3.2.3.1   Eléments  communs............................................................................................. 56   3.2.3.2   Eléments  complémentaires............................................................................. 56   3.2.3.3   Eléments  contradictoires ................................................................................. 56   3.3   La  Loyauté................................................................................................................................ 57   5    
  6. 6. 3.3.1   Entretien  de  Claudia.................................................................................................... 57   3.3.2   Entretien  de  Bernard .................................................................................................. 59   3.3.3   Croisement  des  données  liées  à  la  loyauté........................................................ 61   3.3.3.1   Eléments  communs............................................................................................. 61   3.3.3.2   Eléments  complémentaires............................................................................. 62   3.3.3.3   Eléments  contradictoires ................................................................................. 62   3.4   Synthèse  des  données ......................................................................................................... 62   3.4.1   La  défection..................................................................................................................... 63   3.4.2   La  prise  de  parole......................................................................................................... 63   3.4.3   La  loyauté......................................................................................................................... 64   3.4.4   Tableau  de  synthèse.................................................................................................... 64   3.5   Analyse  transversale  des  données  observées .......................................................... 68   3.5.1   Une  prise  de  parole  inexistante.............................................................................. 68   3.5.2   La  défection  à  défaut  de  prise  de  parole ............................................................ 70   3.5.3   La  loyauté  forcée  par  l’intimité .............................................................................. 70   3.6   Conclusion  de  la  présentation  des  résultats.............................................................. 73   Partie  3  :  DISCUSSIONS  DES  RESULTATS........................................................................................ 74   1.   Limites  du  travail.......................................................................................................................... 74   1.1   Taille  réduite  de  l’échantillon.......................................................................................... 74   1.2   Phénomène  de  désirabilité  sociale................................................................................ 75   2.   Critique  du  cadre  théorique..................................................................................................... 77   2.1   Une  prise  de  parole  absente............................................................................................. 77   2.2   Une  prise  de  parole  potentiellement  paradoxale.................................................... 77   2.3   Une  flexibilité  trop  grande ................................................................................................ 78   3.   Elargissement  du  cadre ............................................................................................................. 79   3.1   Conduites  manipulées......................................................................................................... 79   6    
  7. 7. 3.1.1   Automanipulation ........................................................................................................ 79   3.1.2   Automanipulation  accompagnée........................................................................... 81   3.2   Dissonance  cognitive........................................................................................................... 83   CONCLUSION................................................................................................................................................ 86   1.   Synthèse  du  Texte ........................................................................................................................ 86   2.   Perspectives.................................................................................................................................... 87   2.1   Perspectives  pour  les  pratiques ..................................................................................... 87   2.1.1   Intérêt  pédagogique  de  la  prise  de  parole......................................................... 87   2.1.2   Intérêt  déontologique  de  dévoiler  l’enjeu  de  l’intimité ............................... 88   2.2   Perspectives  pour  la  recherche....................................................................................... 88   2.2.1   Les  relations  entre  intimité  et  reconnaissance ............................................... 88   2.2.2   Les  effets  postformation  du  discours  injonctif  à  être  soi............................ 89   3.   Conclusion  finale........................................................................................................................... 90   BIBLIOGRAPHIE ......................................................................................................................................... 92   7    
  8. 8. INTRODUCTION   1. QUESTION  PERSONNELLE   Avant  même  de  débuter  ce  Master  Européen  de  Recherche  en  formation  des  adultes   au   CNAM,   je   cherchais   à   comprendre   pourquoi   les   formations   d’adultes   que   j’animais   en   entreprise   étaient   si   différentes   les   unes   des   autres.   Pourquoi   l’ambiance   était-­‐elle   parfois   si   bienveillante   et   d’autres   fois   difficile  ?   Pourquoi   avais-­‐je   le   sentiment   que   certains   groupes   s’immergeaient   complètement   dans   la   formation   et   que   d’autres   restaient  en  retenue  durant  toute  la  formation  ?  Certes,  chaque  groupe  est  différent  et   le  formateur  n’a  pas  toujours  une  qualité  d’animation  égale,  mais  tout  de  même,  n’y   avait-­‐il   pas   d’autres   pistes   d’explication  ?   Mon   sentiment   personnel   était   que   l’ambiance   instaurée   dès   les   premiers   instants   de   la   formation   influençait   notablement  son  succès.  Telle  était  la  teneur  de  mon  premier  questionnement.   En   parallèle,   j’ai   très   vite   compris   que   le   contenu   des   formations1   que   j’animais   mettait   en   avant   cela   même   qui   m’avait   fait   fuir   le   monde   de   l’entreprise   pour   privilégier  le  statut  d’indépendant  à  celui  de  salarié.  Devoir  être  toujours  au  sommet   de  sa  performance  !  Pour  qui  ?  Pourquoi  ?  Les  réponses  à  ces  questions  étaient  pour   moi   le   chemin   qui   menait   à   une   vaste   vallée   de   déceptions.   Aussi   avais-­‐je   appris   à   modeler  les  messages  de  ces  formations  pour  les  rendre,  autant  que  faire  se  peut,  plus   écologiques2  pour  chacun  des  participants.  Mais  tout  de  même,  dans  l’environnement   de   l’entreprise   dicté   par   la   compétition,   le   prérequis   de   l’autonomie,   de   la   responsabilisation,  de  la  performance  et  l’appel  à  devenir  un  bon  gestionnaire  de  soi-­ même   demeuraient.   Ainsi   émergeait   mon   second   questionnement  :   est-­‐ce   cela   que   les   participants   souhaitaient   entendre   dans   ce   type   de   formation  ?   Mais   alors,   n’y   avait-­‐il   pas  une  relation  dans  les  réponses  à  ces  deux  questionnements  ?                                                                                                                     1  La  plupart  des  formations  que  j’anime  traitent  de  la  communication  et  plus  largement  de  tout  ce  qui   concerne  l’efficacité  personnelle.  Exemples  de  titres  de  cours  :  Gestion  du  temps  et  des  priorités,  Savoir   négocier  efficacement,  Gestion  des  conflits,  Réussir  ses  présentations  orales.  Plus  d’informations  sont   disponibles   sur   le   contexte   et   le   périmètre   de   mon   activité   professionnelle   à   l’adresse   suivante  :   http://www.jeanphilippepoupard.com 2   Terme   emprunté   non   pas   au   lexique   du   Grenelle   de   l’environnement,   mais   à   celui   de   la   Programmation  Neuro-­‐Linguistique.  En  PNL,  un  objectif  écologique  induit  qu’il  préserve  les  équilibres   psychiques   de   l’individu   à   qui   il   s’adresse.   Une   approche   qui   consiste   à   définir   l’objectif   non   plus   en   terme  de  devoir  mais  de  désir  afin  de  réduire  les  freins  à  son  accomplissement.     8  
  9. 9. 2. EMERGENCE  DE  L’OBJET  DE  RECHERCHE   Les  questions  personnelles  qui  m’ont  conduit  à  suivre  cette  formation  au  CNAM  sont   le  socle  même  sur  lequel  s’est  construit  mon  objet  de  recherche.  La  construction  de   l’objet   de   recherche   a   commencé   à   prendre   forme   par   une   précision   du   message   inductif   que   je   sentais   commun   aux   formations   que   j’animais.   Au   cours   de   mes   lectures   scientifiques,   l’expression   injonction   à   être   soi   m’a   paru   résumer   parfaitement   ce   message   que   je   pressentais   paradoxal.   Dans   ces   mêmes   lectures,   j’avais   aussi   découvert   un   outil   d’intelligibilité   sur   les   comportements   types   face   à   une   insatisfaction  :   une   attitude   de   fuite,   la   défection  ;   une   attitude   de   rébellion,   la   prise   de   parole  ;   une   attitude   de   soumission,   la   loyauté3.   J’ai   donc   ensuite   cherché   à   comprendre  parmi  ces  trois  réactions  possibles,  celle  privilégiée  par  les  participants   qui  font  face  à  cette  injonction  à  être  soi.  Un  participant  pouvait-­‐il  réagir  à  l’injonction   à  être  soi  d’une  manière  différente  de  tel  autre  participant  ou  au  contraire,  pouvaient-­‐ ils   tous   réagir   de   la   même   manière  ?   Et   la   réaction   de   chacun   est-­‐elle   unique   et   stable   ou   contrastée   tout   au   long   de   la   formation  ?   Et   enfin,   pourquoi   les   participants   réagissaient-­‐ils  ainsi  ?  Mon  intuition  personnelle  me  guidait  vers  la  piste  de  l’intimité.   Quelle   pouvait   être   le   rôle   de   l’intimité   dans   ces   trois   types   de   réactions   possibles  ?   Telle   est   la   problématique   soulevée   par   cette   étude,   qui   est   donc   en   rapport   direct   avec  mon  champ  de  pratique  de  la  formation  des  adultes  en  entreprise.   Aussi,  l’objet  de  recherche  de  ce  mémoire  est  l’étude  de  l’intimité  dans  les  modalités   d’expression  comportementale  des  participants  face  à  l’injonction  à  être  soi  dans  les   formations   d’adultes.   Nous   limiterons   volontairement   le   périmètre   de   cette   étude   à   une   formation   en   particulier   issue   de   mon   champ   de   pratique   professionnel  dont   l’intitulé  est  le  suivant  :  Techniques  de  communication  -­‐  Collaborer  pour  obtenir  des   résultats.     A  partir  de  cet  objet  de  recherche  énoncé,  nous  pouvons  formuler  plusieurs  questions   et  hypothèses  de  recherche.                                                                                                                   3   Ce   très   cours   résumé   ne   traduit   pas   la   complexité   et   la   finesse   du   modèle   proposé   par   Albert   Hirschman.   Nous   détaillerons   plus   précisément   cet   outil   d’intelligibilité   dans   le   cadre   théorique   en   partie  1. 9    
  10. 10. 3. QUESTIONS  ET  HYPOTHESES   3.1 Q UESTIONS   Notre  objet  de  recherche  prend  pour  présupposé  qu’il  y  a  injonction  à  être  soi  dans   les   formations   considérées.   Ce   présupposé   est-­‐il   valide  ?   Voilà   la   première   question   qu’il   convient   de   nous   poser  :   y   a-­t-­il   injonction   à   être   soi   dans   la   formation   étudiée  ?   Pour   y   répondre,   nous   décortiquerons   le   sens   donné   à   cette   injonction   et   les  critères  qui  nous  permettront  de  la  reconnaître.   Si  injonction  à  être  soi  il  y  a,  alors  quelles  sont  les  réactions  possibles  des  participants   face  à  cette  injonction  ?  Quels  sont  les  critères  facilitant  telle  ou  telle  réaction  ?  Et  plus   précisément  :   quel   est   le   rôle   de   l’intimité   dans   les   modalités   d’expression   comportementale  des  participants  face  à  l’injonction  à  être  soi  ?  Si  nous  déplions   cette  question,  quelles  sont  tout  d’abord  les  modalités  d’expression  comportementale   possibles  ?   Leurs   pourtours   et   leurs   significations  ?   De   la   même   manière   que   nous   aurons  préalablement  défini  le  sens  de  l’injonction  à  être  soi,  que  revêt  un  mot  aussi   usité   que   l’intimité  ?   Et   enfin,   l’intimité   influence-­‐t-­‐elle   une   expression   comportementale  plus  qu’une  autre  ?     3.2 H YPOTHESES   Pour   répondre   à   ces   questions,   nous   proposons   de   vérifier   deux   hypothèses.   La   première  hypothèse  est  une  affirmation  de  la  présence  de  l’injonction  à  être  soi   dans   la   formation   étudiée.   Valider   cette   première   hypothèse   correspond   à   un   travail  préalable  à  la  formulation  de  la  seconde  hypothèse.     La   seconde   hypothèse   est   que   l’intimité   favorise   l’expression   comportementale   de  loyauté  des  participants  face  à  l’injonction  à  être  soi.     4. STRUCTURE  DE  LA  PRESENTATION  DU  TRAVAIL   Pour  vérifier  les  hypothèses  et  répondre  aux  questions  de  notre  objet  de  recherche,   nous  allons  suivre  le  déroulé  suivant  :     La   première   partie   de   ce   mémoire   présente   le   paysage   théorique   dans   lequel   nous   inscrivons  notre  recherche.  Aussi,  nous  reprendrons  tout  d’abord  les  grands  concepts   et  idées  de  la  sociologie  autour  de  l’individu  contemporain  et  de  la  notion  d’intimité   10    
  11. 11. sur  lesquels  notre  recherche  prend  pied.  Nous  préciserons  ensuite  la  signification  que   nous   donnons   au   terme   central   de   cette   recherche  :   l’injonction   à   être   soi.   Nous   éclairerons   aussi   la   signification   de   ce   que   nous   appelons   l’intimité.   Nous   finirons   cette   première   partie   en   présentant   le   cadre   théorique   que   nous   utiliserons   pour   mener   notre   travail   d’analyse   et   qui   nous   permettra   notamment   d’explorer   les   différentes   modalités   d’expression   comportementale   des   participants   face   à   l’injonction.     La   seconde   partie   de   ce   mémoire   présente   les   données   empiriques.   Nous   commencerons   par   préciser   la   méthodologie   adoptée   dans   cette   étude,   notamment   les   motivations   pour   le   choix   d’une   approche   de   type   monographique.   Nous   détaillerons  également  la  méthodologie  de  constitution  du  matériau  et  les  méthodes   de   recueil   et   d’analyse   des   données.   Suite   à   cela,   nous   présenterons   les   résultats   préliminaires,   répondant   à   la   première   question   de   recherche,   traitant   de   la   présence   ou   non   de   l’injonction   à   être   soi   dans   la   formation   choisie.   Une   fois   l’hypothèse   correspondante   validée,   nous   présenterons   les   résultats   d’analyse   des   entretiens,   répondant   à   la   question   principale   de   ce   mémoire  :   dans   quelle   mesure   l’intimité   influence-­‐t-­‐elle   les   modalités   d’expression   comportementale   des   participants   face   à   l’injonction  à  être  soi  ?  Chacune  des  deux  présentations  de  résultats  fera  l’objet  d’un   tableau  de  synthèse  et  d’une  conclusion.   La   troisième   partie   consistera   à   discuter   les   résultats   obtenus.   Nous   montrerons   d’une  part,  les  limites  du  travail  et  tenterons  d’autre  part,  de  poser  un  regard  critique   sur  le  cadre  théorique  choisi.  Nous  en  proposerons  enfin  des  pistes  d’élargissement.   Pour   conclure   ce   mémoire,   nous   ferons   une   synthèse   du   travail   de   recherche   mené   puis   en   proposerons   des   perspectives   tant   dans   le   domaine   des   pratiques   que   dans   celui  de  la  recherche.  Ce  mémoire  se  terminera  par  une  conclusion  personnelle.   11    
  12. 12. PARTIE  1  :  PAYSAGE  THEORIQUE         1. CADRE  CONCEPTUEL   Nous   inscrivons   cette   étude   dans   un   cadre   conceptuel   principalement   ancré   dans   la   sociologie4.   Nous   nous   inspirons   en   particulier   des   études   et   réflexions   liées   à   la   question   de   l’individu   contemporain   et   des   paramètres   qui   mettent   en   tension   sa   construction  identitaire.         1.1 S OCIOLOGIE  AUTOUR  DE  L ’ INDIVIDU  CONTEMPORAIN   Nous   distinguerons   volontairement   trois   axes,   fortement   inspirés   de   la   trilogie   d’Alain  Ehrenberg5  :  le  règne  de  la  compétition  et  de  la  réussite,  le  devoir  de  devenir   soi,  les  revers  de  la  médaille  et  ses  désillusions.   1.1.1 Le   r ègne   d e   l a   c ompétition   e t   d e   l a   r éussite   Beaucoup   de   sociologues   et   d’études   transdisciplinaires   ont   traité   des   changements   sociaux  qui  ont  modelé  l’homme  moderne.  Nous  nous  référerons  à  plusieurs  d’entre   eux,   notamment   le   professeur   émérite   Clare   Graves.   Il   a   su   mettre   à   la   portée   de   chacun   une   grille   de   compréhension   de   ces   transformations.   Selon   son   modèle   théorique   ECLET6,     nos   sociétés   se   construisent   en   appui   sur   des   systèmes   de   valeurs   profondes.   Ces   systèmes   de   valeur7   seraient   la   conséquence   de   l’évolution   de   notre   environnement  et  de  nos  conditions  de  vie.  Ainsi  pendant  fort  longtemps,  nos  sociétés   occidentales  ont  été  régies  par  une  loi  absolue  sous  l’égide  d’un  empire  idéologique,                                                                                                                   4   Au   cours   de   ce   mémoire,   nous   nous   permettrons   toutefois   de   faire   quelques   liens   avec   la   psychologie   sociale   (branche   commune   aux   disciplines   de   la   sociologie   et   de   la   psychologie),   les   sciences   de   l’éducation  et  l’économie. 5  Trois  ouvrages  qui  portent  les  titres  suivants  :  Le  culte  de  la  performance  (1991),  L’individu  incertain   (1996)  et  La  fatigue  d’être  soi  (2000).  Voir  bibliographie  pour  références  complètes. 6  ECLET  :  Emergent  Cyclical  Levels  of  Existence.  La  principale  publication  de  Graves  sur  ce  modèle  est   paru   dans   la   Harward   Business   Review   en   1966.   Depuis,   il   a   été   édité   à   titre   posthume   en   2002   et   2005.   Don   Beck   et   Christopher   Cowan   (1996)   ont   repris,   enrichis   et   renommé   ce   modèle   Spirale   Dynamique,  l’appellation  aujourd’hui  la  plus  communément  retenue.  On  retrouve  aussi  des  traces  de   cette  théorie  dans  l’ouvrage  La  stratégie  du  dauphin  (1989  et  traduit  en  français  en  1994)  rédigé  par   Dudley  Lynch,  un  élève  de  Graves,  dont  il  s’est  fortement  inspiré.   7  Ces  systèmes  de  valeur,  appelés  par  les  théoriciens  du  modèle   vmèmes,  ne  se  substituent  pas  les  uns   aux  autres,  mais  créent  une  holarchie  dont  sa  complexité  est  intégralement  corrélée  avec  la  complexité   croissante  de  notre  environnement  et  de  nos  conditions  de  vie. 12    
  13. 13. bureaucratique  ou  religieux.  Ce  règne  de  l’ordre  et  de  la  loi  comme  vérité  ultime,  vie   aux  rythmes  des  récompenses  et  des  punitions.  Amené  à  bout  de  souffle,  ce  système  a   montré   ses   failles   et   l’individu   s’est   rebellé,   pour   enfin   proclamer   haut   et   fort,   qu’il   existe,   que   sa   voie   compte   et   qu’il   peut   lui   aussi   influencer   le   cours   de   l’histoire8.   Richard   Sennett   le   proclame   tout   aussi   fortement  :   «  La   société   moderne   s’est   levée   contre   la   peur   et   la   répression9  »  ;   Alain   Ehrenberg   met   quant   à   lui   l’emphase   sur   l’issue   de   cette   rébellion   «  Nous   sommes   entrés   dans   l’âge   ...   où   n’importe   qui   doit   s’exposer   dans   l’action   personnelle   afin   de   produire   et   montrer   sa   propre   existence   au   lieu  de  se  reposer  sur  des  institutions  qui  agissent  à  sa  place  et  parlent  en  son  nom10  »  ;   et  Michela  Marzano  résume  parfaitement  bien  le  changement  de  paradigme  en  cours  :   «  Du  modèle  paternaliste,  selon  lequel  l’autorité  religieuse,  morale  ou  politique  pouvait   constamment  interférer  avec  la  liberté  des  individus  au  nom  du  Bien  ou  de  la  prévention   du  Mal,  nous  sommes  passés  à  un  modèle  individualiste,  selon  lequel  personne  ne  peut   mieux  que  l’individu  lui-­même  déterminer  sa  conception  du  Bien,  et  ce  qu’il  veut  ou  ne   veut  pas  faire.11  »     Ainsi   émerge   notre   société   moderne   où   l’austérité   s’est   transformée   en   désir   et   la   coercition  en  compréhension  possible  (Lipovetski,  1993).  Cette  société  individualiste   nous   délivre   du   joug   de   l’autorité   suprême   moralisatrice   et   nous   permet   enfin   de   vivre  libres  sans  contrainte  et  de  nous  développer  sans  limites  :  progrès  et  bonheur   deviennent  accessibles  à  quiconque  s’en  donne  la  peine.  L’heure  est  à  la  libération  et   à  l’émancipation.  Il  suffit  de  vouloir  et  d’agir.  Nous  rentrons  dans  l’ère  du  primat  de   l’identité  du  je  (Elias,  1987).   Ainsi  émerge  notre  capitalisme  moderne  où  la  loi  est  devenue  argent.  Expansion  sans   limites   de   nos   sociétés,   stimulées   par   la   concurrence,   la   compétition   et   la   consommation.   La   loi   du   toujours   plus   pour   plus   de   réussite,   d’argent   et   de   reconnaissance  a  remplacé  les  Écritures  saintes  de  la  loi  univoque.  Avec  ce  nouveau   leitmotiv,  c’est  l’évolution  des  ressources  matérielles  et  intellectuelles  de  chacun  qui                                                                                                                   8  Ceci  n’est  pas  sans  rappeler  notre  révolution  française  et  les  début  de  la  démocratie  ou  encore  plus   proche  de  nous,  les  événements  de  mai  68.   9  Richard  Sennett,  Les  tyrannies  de  l’intimité,  Paris,  Seuil,  1974,  p.16 10  Alain  Ehrenberg,  Le  culte  de  la  performance,  Paris,  Calmann-­‐Lévy,  1991,  p.279   11  Michela  Marzano,  Extension  du  domaine  de  la  manipulation,  Paris,  Grasset,  2008,  p.13   13    
  14. 14. devient  permise  et  accessible.  L’éducation,  les  revenus,  les  temps  libres  et  les  loisirs,   voici  les  premiers  résultats  les  plus  observables  de  notre  société  hédoniste.     Dans   cet   univers   toutefois   incertain   et   complexe   brille   la   nouvelle   bible   des   temps   modernes  :   le   plan   de   progrès12   ;   l’homme   y   est   mis   à   lourde   contribution.   Implication,   flexibilité   et   initiative   deviennent   les   maîtres   mots   de   ces   transformations   socioculturelles   d’après-­‐guerre.   L’homme,   le   cœur   vibrant   de   la   machine,   doit   suivre   le   rythme,   car   il   est   le   principe   même   de   légitimisation   du   système  (Honneth,  2006).  Devant,  la  multiplication  des  choix  possibles  qui  l’oblige  à   se   recentrer   sur   ses   intérêts   personnels,   il   n’a   d’autre   choix   que   d’aspirer   à   la   réalisation   individuelle   de   soi.   Sur   le   modèle   du   chef   d’entreprise,   emblème   de   l’efficacité   et   de   la   réussite   sociale,   l’individu   contemporain13   s’improvise   donc   entrepreneur   de   sa   vie   (Ehrenberg,   1991)   et   s’évertue   à   devenir   unique   et   paradoxalement  semblable  à  tous  les  autres  qui  comme  lui  s’impose  le  dur  labeur  de   l’invention  de  soi  (Kaufmann,  2004).  La  quête  de  soi-­même  a  commencé.     1.1.2 Le   d evoir   d e   d evenir   s oi   La   conquête   de   soi   est   devenue   notre   responsabilité   et   notre   devoir   de   chaque   instant.   Toujours   selon   Alain   Ehrenberg   (1991)  :   «  chaque   individu   doit,   dans   son   travail,  ses  loisirs  ou  sa  vie  affective,  conduire  sa  vie  comme  un  vrai  professionnel  de  sa   propre  performance.14  »  Christopher  Lasch  (1979)  va  plus  loin  encore,  concevant  que   ce  travail  permanent  de  la  réalisation  de  soi  contraint  l’individu  moderne,  ce  nouveau   Narcisse,  à  une  surveillance  anxieuse  de  soi.  Il  doit  sans  cesse  questionner  ses  choix   pour   s’assurer   d’une   relative   conformité   avec   l’identité   mouvante   qu’il   se   construit   et   le   sens   qu’il   veut   donner   à   sa   vie.   Dans   ce   processus,   la   volonté   individuelle15   toute                                                                                                                   12  Programme  de  développement,  plan  d’amélioration  continue,  projet  professionnel,  projet  de  vie  et   autre   démarche   de   développement  personnel,  voilà  quelques  autres  synonymes  habituels  au  plan  de   progrès. 13   Selon   les   auteurs,   l’individu   contemporain   (Marzano)   est   aussi   appelé   l’individu   moderne   (Kaufmann)   ou   encore   l’individu   hypermoderne   (Castel,   Aubert,   Gaulejac).   Nous   utiliserons   principalement   les   deux   premières   appellations.   Pour   Norbet   Elias,   les   sociologues   de   notre   époque   tendent   à   considérer   comme   allant   de   soi   que   la   notion   d’individu   exprime   surtout   le   primat   de   l’identité  du  Je.  Norbert  Elias,  La  société  des  individus,  Paris,  Fayard,  1991 14  Alain  Ehrenberg,  op.cit.,  p.16   15   Notons   aussi   que   la   volonté   individuelle   l’oblige   à   se   tourner   vers   lui-­‐même   et   par   voie   de   conséquence  à  un  isolement  croissant.  Il  est  seul  à  faire  face  à  l’incertitude  et  à  ses  inquiétudes. 14    
  15. 15. puissante,   érigée   par   notre   culture   narcissique   en   pilier   de   la   réussite   personnelle,   laisse  croire  à  l’individu  moderne  qu’il  peut  maîtriser  seul  le  fil  de  son  histoire.  Quand   Je  deviens  Dieu  ou  comme  l’exprime  Vincent  de  Gaulejac  :  «  le  sujet  lui-­même…  prend   la   place   de   Dieu   comme   créateur   de   son   existence.16  »   Ce   besoin   d’autoréalisation   privatise   l’existence   de   cet   individu   souverain.   Libre   de   choisir   sa   vie,   il   devient   l’unique  responsable  de  la  construction  de  son  destin  et  il  ne  peut  plus  compter  que   sur   lui   et   son   autonomie   pour   réussir.   Il   se   projette   alors   dans   la   conquête   d’un   soi   grandiose   au   parcours   ponctué   d’exploits   personnels.   L’individu   devient   alors   condamné   à   réussir   (Bonetti   et   de   Gaulejac,   1982).   Dans   cette   quête   éperdue,   l’indicateur   suprême   de   sa   réussite   se   prononce   bonheur  ;   ce   bien-­‐être   durable   cristallisé   par   toutes   les   aspirations   profondes   en   arrière-­‐plan   de   notre   quête   identitaire.  Vouloir  devenir  soi  pour  enfin  être  heureux,  tel  pourrait  être  le  credo  de   l’homme  moderne.     Pour   cela,   il   n’hésite   pas   à   s’investir   ou   plus   exactement   à   investir   sur   soi,   tel   un   capital   à   faire   fructifier.   Etudes,   examens,   projets,   loisirs,   actes   de   socialisation,   expériences  nouvelles  et  bien  sûr  le  travail  en  entreprise  et  sur  soi,  tels  sont  les  clés   de   voûte   de   son   édifice  :   «  Tout   le   monde   doit   se   développer,   se   former,   se   mobiliser   pour  trouver  une  place  et  la  conserver17  »  (de  Gaulejac,  2004).  L’individu  moderne  doit   alors   résoudre   un   problème   insoluble  :   «  se   couler   dans   des   moules   de   socialisations   conformes,   tout   en   affirmant   une   singularité   irréductible18  »   (Kaufmann,   2003).   Cette   exigence   sociale   le   conduit   dans   un   mouvement   d’ouverture,   qui   le   contraint   à   l’expérimentation   de   la   nouveauté   pour   se   construire   soi,   unique   et   incomparable.   Comme  le  souligne  Jean-­‐Claude  Kaufmann  (2004),  cette  invention  de  soi  est  là  encore   bien   paradoxale   avec   la   recherche   de   sens,   cette   fixation   de   soi   qui   permet   de   cristalliser  les  pourtours  mouvants  et  hésitants  de  l’individu  incertain.  Dans  l’absolu,   l’exigence  de  la  nouveauté  est  une  occasion  de  projeter  de  nouveaux  contours  à  son   propre   soi   afin   de   mieux   définir   ses   limites   qui   à   peine   fixées,   devront   de   nouveau   être   repoussées.   Cette   nouveauté   permanente   pousse   aussi   l’individu   à   se   rendre                                                                                                                   16  Vincent  de  Gaulejac,  Qui  est  «  je  »  ?  Paris,  Seuil,  2009,  p.198   17  Vincent  de  Gaulejac,  Le  sujet  manqué.  In  Aubert  Nicole,  L’individu  hypermoderne.  Ramonville,  Erès,   2006,  p.  135     18  Jean-­‐Claude  Kaufmann,  Tout  dire  de  soi,  tout  montrer,  Le  débat,  n°125,  2003   15    
  16. 16. visible,  vulnérable  et  le  contraint  d’autant  à  l’autonomie  (Ehrenberg,  1991)  et  in  fine   le  prépare  au  changement  permanent.  Pour  Cécile  Van  de  Velve  «  être  soi,  inventer  sa   vie,   se   construire   à   travers   de   multiples   expériences,   sont   autant   de   directions   qui   placent   l’individu   contemporain   dans   la   potentialité   permanente   d’un   nouveau   changement.19  »   Finalement,   cette   crise   identitaire   permanente   n’est   que   le   reflet   de   notre   société   où   règne   la   compétition,   l’abondance   des   relations   de   réseau,   l’incertitude  et  la  précarité  (Dubar,  2000).   Jean-­‐Claude   Kaufmann   (2004)   donne   un   éclairage   saisissant   de   ce   processus   de   construction   de   soi  :   «  l’identité   est   au   croisement   de   deux   processus  :   l’énergie   nécessaire   à   la   constitution   de   l’estime   de   soi   et   la   fixation   d’une   grille   cognitive   donnant  sens  à  la  vie.20  »  Mais  alors,  que  se  passe-­‐t-­‐il  quand  l’énergie  n’est  plus  là  ou   quand  il  n’y  a  plus  de  sens  à  donner  à  sa  vie21  ?  Voilà  le  trou  abyssal  qui  guette  chacun   de  nous,  épris  dans  cette  course  effrénée  de  la  création  de  soi.               1.1.3 Le   r evers   d e   l a   m édaille   e t   s es   d ésillusions   Dans   ce   travail   éreintant   de   la   construction   de   soi   où   les   paradoxes   sont   légions,   l’individu   contemporain   est   pris   dans   un   engrenage   d’exigences   et   d’attentes   croissantes  :  plus  il  prend  conscience  de  l’énorme  responsabilité  qu’il  porte  vis-­‐à-­‐vis   de  lui-­‐même,  plus  il  se  remet  en  question  et  remet  son  identité  en  question,  alors  plus   il   prend   conscience   de   l’instabilité   de   sa   construction   et   plus   il   redouble   d’énergie   pour   y   remédier.   Hanté   par   l’anxiété   d’être   soi   et   la   peur   d’échouer,   notre   individu   moderne  n’a  finalement  pas  tant  le  choix  qu’il  n’y  paraît.  Il  se  donne  corps  et  âme  à   l’édification  de  sa  vie  et  exacerbe  tous  les  mécanismes  à  sa  portée  pour  atteindre  un   hyperfonctionnement  de  soi.  D’autant  que  parallèlement,  l’environnement  s’accélère  ;   la   dictature   de   l’urgence,   le   culte   de   l’instantanéité   et   la   servitude   au   changement   permanent   battent   leur   plein   (Aubert,   2004).     Cette   société   flexible   projette   alors                                                                                                                   19  Cécile  Van  de  Velde,  Devenir  adulte.  Paris,  PUF,  2008,  p.2   20  Jean-­‐Claude  Kaufman,  L’invention  de  soi,  Paris,  Armand  Colin,  2004     21  Kaufmann  montre  également  que  «  le  paradoxe  d’une  vie  dominée  par  le  processus  identitaire  est   que   l’on   ne   sait   pas   qui   on   est   »   :   un   comble   pour   celui   qui   orchestre   minutieusement   son   parcours   pour  s’approcher  au  mieux  de  l’identité  à  laquelle  il  aspire.  Jean-­‐Claude  Kaufman,  op.cit.,  p.186       16    
  17. 17. l’individu  dans  une  errance  apathique  (Lipovetski,  1993)  où  «  le  désir  d’ascension  et  de   réussite  va  laisser  place  au  poison  de  l’envie22  »  (Haroche,  2004).   Pour   Alain   Ehrenberg   (1995),   ne   peuvent   subsister   au   final   que   deux   types   d’individus  :  le  conquérant  qui  réussit  et  le  souffrant  qui  échoue.  Robert  Castel  (1996)   les   appelle   individu   par   excès   et   individu   par   défaut.   Le   premier   est   maître   de   son   parcours,   hyperactif,   autosuffisant   et   jouissant   de   ses   ressources   et   de   ses   capacités   d’action.   Le   second   se   définit   par   le   manque   de   ressources   et   la   perte   d’autonomie,   d’adaptabilité,   de   performance   et   de   dynamisme   (Aubert,   2004).   Dans   tous   les   cas,   l’agonie   guette.   Le   stress,   le   burn-­‐out   ou   les   sentiments   de   tristesse,   d’impuissance,   d’insécurité   intérieure   et   l’asthénie   concourent   à   l’avènement   de   la   pathologie   des   temps  moderne  :  la  dépression23  (Ehrenberg,  1998).  Pour  conclure,  reprenons  ici  les   propos   de   Richard   Sennett  :   «  Le   moi   de   chaque   individu   est   devenu   son   principal   fardeau.   Se   connaître   soi-­même   est   devenu   un   but,   une   fin   en   soi24  ».   Un   fardeau   auprès   duquel  s’est  portée  en  secours  la  psychologie  moderne,  dont  un  des  principaux  axes   de  travail  consiste  à  se  dévoiler.     1.2 S OCIOLOGIE  AUTOUR  DE  LA  QUESTION  DE  L ’ INTIMITE   Dans   la   littérature   sociologique   contemporaine,   l’intimité   fait   l’objet   d’une   analyse   toute   particulière.   Nous   explorons   donc   ici   succinctement   deux   dimensions   de   l’intimité  :  le  devoir  d’intimité  dans  notre  société  contemporaine  et  ses  limites.   1.2.1 Le   d evoir   d ’intimité   Pour   Richard   Sennett   (1979),   le   devoir   de   dévoiler   son   intimité   et   de   rentrer   en   intimité   avec   autrui   est   devenu   une   quasi-­‐obligation   morale   de   notre   société   intimiste.   Ce   qui   était   préalablement   réservé   au   domaine   privé   est   devenu   petit   à   petit   objet   dévoilé   dans   le   domaine   public.   Ce   que   Claudine   Haroche   (2004)   traduit   par   un   effacement   crescendo   des   frontières   publiques,   privées,   intimes.   Pour   Alain   Ehrenberg,   l’intimité   devient   l’objet   d’attentions   croisées  :   «  L'espace   mystérieux   du                                                                                                                   22  Claudine  Haroche,  Manières  d’être,  manières  de  sentir  de  l‘individu  hypermoderne.  In  Nicole  Aubert,   op.  cit.   23   Ehrenberg   donne   plusieurs   statistiques   saisissantes   sur   cette   maladie,   notamment   celle-­‐ci  :   entre   1980  et  1990,  le  nombre  de  dépression  dans  l’hexagone  a  été  multiplié  par  deux.   24  Les  tyrannies  de  l’intimité,  op.  cit.,  p.12   17    
  18. 18. dedans   doit   aujourd'hui   faire   l'objet   d'une   sensation   pour   soi   et   d'une   visibilité   pour   l'autre.25  »   Rentrer   en   intimité   avec   autrui   délie   les   langues   et   tend   à   autoalimenter   la   dynamique  du  partage  d’intimité26.  D’ailleurs  pour  Serge  Tisseron  (2001),  l’extimité,   c’est-­‐à-­‐dire   l’expression   de   son   soi   intime,   est   au   service   de   la   création   d’une   intimité   plus   riche   avec   les   autres   et   avec   soi,   car   se   dévoiler   à   l’autre   est   aussi   le   plus   sûr   moyen   de   se   dévoiler   à   soi.   Pour   Henri-­‐Pierre   Jeudy   (2007),   «  l’acte   de   se   dévoiler   produirait   un   effet   d’altérité,   pour   moi   comme   pour   l’autre.27  »   En   effet,   comme   cet   auteur   ajoute  :   «  Ne   suis-­je   pas   surpris   chaque   fois   que   je   dis   à   l’autre   quelque   chose   d’intime,  de  découvrir  dans  la  manière  même  de  le  dire,  un  effet  d’étrangeté  comme  si  je   me   découvrais   moi-­même  ?28  »   Par   conséquent,   être   en   intimité   avec   l’autre   procure   non   seulement   l’intensité   émotionnelle   que   provoque   la   découverte   potentielle   d’une   nouvelle  partie  de  soi,  mais  aussi  permet  de  recevoir  le  regard  de  l’autre  sur  son  soi   authentique  dévoilé.     Il   paraît   opportun   de   rappeler   ici   la   description   du   mot   authentique   que   propose   Richard   Sennett   (1979).   Si   autrefois,   être   authentique   signifiait   être   fidèle   à   ses   origines   et   avoir   un   caractère   trempé   par   l’odeur   de   son   terroir,   il   en   est   tout   autrement   aujourd’hui.   Être   authentique   signifie   maintenant   être   capable   de   se   rendre   transparent,   dans   le   sens   d’entièrement   lisible.   Ses   pensées,   sa   personnalité,   ses  comportements,  sa  psyché,  son  histoire  de  vie  ne  devraient  plus  avoir  de  secrets   pour   autrui29.   Cet   espace   du   dedans,   du   secret   dévoilé   est   pour   Henri-­‐Pierre   Jeudy   (2007)   la   preuve   de   l’exhibitionnisme   débridé   de   l’Ego.   Ce   nouveau   narcisse   s’estimant  créateur  de  son  existence  est  à  l'affût  de  telles  expériences  d’intimité,  car                                                                                                                   25  Alain  Ehrenberg,  L’individu  incertain,  Paris,  Calmann-­‐Lévy,  1995,  p.303   26  Comme  nous  le  rappelle  Anne  Cauquelin  :  «  Plus  il  y  a  d’intimistes,  plus  il  y  a  d’intimité  »,  L’exposition   de  soi,  Paris,  Eshel,  2004,  p.51   27  Henry-­‐Pierre  Jeudy,  L’absence  d‘intimité,  Belval,  Circé,  2007,  p.36   28  Citation  très  proche  de  ce  qu’exprime  le  poète  Henri  Michaux  à  sa  manière  «  un  centre  de  moi-­‐même   si   intérieur   que   je   l’ignorais  »   (L’en-­‐dedans   –   en   dehors  :   Michaux,   Wittgenstein   et   le   mythe   d’une   certaine  intériorité,  In  Henri  Michaux  ,  Le  corps  de  la  pensée,  Tours,  Farrago,  2002)     29   Donnons   ici   trois   exemples   de   travaux   sur   cette   question.   Dans   son   ouvrage   cité   ci-­‐dessus,   Anne   Cauquelin   (op.cit.)   étudie   la   mode   des   webcams   qui   s’invitent   dans   l’intimité   de   gens   ordinaires   ou   encore   la   résurgence   des   journaux   intimes.   Christine   Delory-­‐Momberger   (Les   histoires   de   vie,   Paris,   Anthropos,   2004)   se   concentre   quant   à   elle   sur   la   question   des   histoires   de   vie,   l’écriture   de   soi,   qui   conduisent  parfois  à  des  projets  de  formations.  Et  enfin,  Serge  Tisseron  qui  dresse  une  analyse  critique   sur  une  célèbre  émission  de  reality  show  (op.  cit.).   18    
  19. 19. elles   l’aident   à   se   définir   profondément   et   à   se   sentir   dans   la   vérité30.   Justement   pour   Serge  Tisseron  (2005),  dévoiler  des  éléments  de  son  monde  intérieur  dont  la  valeur   est   incertaine   est   contraire   à   une   démarche   exhibitionniste,   qui   consiste   à   dévoiler   ce   qu’on  sait  pouvoir  séduire  ou  fasciner.  Montrer  son  intimité,  c’est  en  fait  le  plus  sûr   moyen  de  mieux  se  connaître  et  s’approprier  soi.   Toutefois,  ce  voile  de  transparence  levé  sur  son  intimité  traduit  la  volonté  de  paraître   authentique  et  de  rentrer  dans  le  rang  de  notre  société  intimiste  où,  comme  le  décrit   encore   Henri-­‐Pierre   Jeudy,   l’étalage   du   moi   est   devenu   une   pratique   tout   à   fait   ordinaire,  en  fait,  un  acte  de  socialisation  qui  cache  le  socle  du  désespoir  de  l’individu   contemporain  :   le   besoin   inassouvissable   de   reconnaissance   (Todorov,   1995).   Ce   dernier   auteur   poursuit   en   indiquant   que   :   «  La   reconnaissance   de   notre   être   et   la   confirmation   de   notre   valeur   sont   l'oxygène   de   l'existence.31  »   En   résumé,   le   jeu   de   l’intimité   avec   autrui   est   une   manière   de   se   reconnaître   mutuellement   et   de   fournir   une  intensité  et  une  énergie  émotionnelle  qui  exacerbent  le  sentiment  d’être  vu  tel  que   l’on  est  et  d’être  dans  la  vérité  de  soi.   1.2.2 Les   l imites   d u   d evoir   d ’intimité   L’auteur   le   plus   critique   sur   ce   devoir   d’intimité   est   sans   aucun   doute   Richard   Sennett.   Quasiment   chaque   fois   cité   dans   les   ouvrages   sociologiques   qui   traitent   de   notre   société   contemporaine,   sa   renommée   est   à   la   hauteur   de   sa   prise   de   position   déjà   explicite   dans   le   titre   de   son   ouvrage   phare   «  Les   tyrannies   de   l’intimité  ».   Il   y   met   brillamment   en   avant   les   dangers   d’une   société   intimiste.   Premièrement,   «  dans   une   telle   société,   il   est   tout   à   fait   normal   que   l’artifice   et   la   convention   paraissent   suspects.32  »  Aussi,  ceux  qui  désiraient  conserver  leur  image  publique  vierge  de  toutes   colorations  privées  deviennent  de  facto  les  résistants  du  diktat  tacite  d’un  processus   de   dévoilement   et   de   reconnaissance   mutuels.   Deuxièmement,   contrairement   aux   idées  préconçues,  le  contact  intime  réduit  la  sociabilité  :  «  les  êtres  humains  ont  besoin                                                                                                                   30  Bernard  et  Véronique  Cova  (L’hyperconsommateur,  entre  immersion  et  sécession.  In  Nicole  Aubert,   op.   cit.)   vont   plus   loin   en   reprenant   les   idées   de   Bernd   Schmitt   (1999)  :   «  vivre   des   expériences   intenses   et   positives   cristallisent   la   conscience   de   soi,   donnant   un   sens   et   une   perspective   à   la   vie,   conférant   une   conscience   de   sa   propre   mortalité,   réduisant   l'anxiété   et   améliorant   la   capacité   à   affronter  la  peur.  » 31  Tzvetan  Todorov,  La  vie  commune,  Paris,  Seuil,  1995,  p.119   32  Richard  Sennett,  op.cit.,  p.272   19    
  20. 20. de  se  trouver  protégés  des  autres  pour  être  sociables.  Augmentez  le  contact  intime,  vous   diminuez  la  sociabilité.33  »  Pour  étayer  cette  idée,  Henri-­‐Pierre  Jeudy  (2007)  parle  de   la   crainte   de   la   violation   des   territoires   du   moi   où   le   simple   fait   de   se   dévoiler   peut   nous   amener   à   faire   émerger   l’inconscient   de   l’inconnu   en   soi.   Cette   potentielle   révélation  importune  génère  un  sentiment  d’insécurité,  qui  pour  Richard  Sennett  est   un   des   autres   dangers   de   l’intimité  :   elle   augmente   la   douleur   et   l’anxiété   du   sentir   individuel.   Willy  Pasini  (1991)  a  quant  à  lui  pousser  l’analyse  de  l’intimité  chez  l’individu  jusqu’à   en  montrer  ses  pathologies  extrêmes.  Parmi  celles-­‐ci,  nous  citerons  les  personnalités   borderline,   qui   confondent   réalité   externe   et   réalité   interne,   les   personnalités   perverses,  qui  confondent  intimité  et  promiscuité  et  la  pathologie  de  la  transparence   excessive   où   l’intimité   devient   rapidement   un   besoin   de   fusion.   Heureusement,   ces   cas  sont  rares,  mais  ils  le  deviennent  de  moins  en  moins.   2. CADRE  ETYMOLOGIQUE   L’étude  que  nous  proposons  dans  ce  mémoire  est  construite  autour  de  l’injonction  à   être   soi.   Découvrons   ce   que   revêt   sur   le   plan   étymologique   cette   énonciation   en   décortiquant  tout  d’abord  le  mot  injonction,  puis  en  précisant  ce  que  sous-­‐tend  être   soi   et   enfin,   en   résumant   le   sens   que   nous   donnerons   à   cette   expression   dans   son   entier.   Nous   donnerons   ensuite   une   définition   de   l’intimité,   expression   aussi   au   cœur   de  notre  objet  de  recherche.   2.1 I NJONCTION  A  ETRE  SOI   2.1.1 Injonction   Du   latin   injunctio,   l’injonction   désigne   dans   son   sens   originel   une   action   d’imposer   (une   charge).   En   dehors   de   certains   contextes   spécifiques34,   le   terme   injonction   est   le                                                                                                                   33  Ibidem,  p.24   34   Le   terme   injonction   est   notamment   employé   dans   le   domaine   juridique   où   il   peut   se   référer   à   plusieurs   notions.   Tout   d’abord,   dans   le   sens   où   le   juge   peut   à   la   requête   d’une   partie   enjoindre   à   l’autre  ou  à  un  tiers  de  produire  une  pièce  que  cette  personne  détient.  Il  peut  aussi  user  de  son  pouvoir   d’injonction   pour   assurer   la   police   de   l’audience.   Enfin,   «  l’injonction   de   faire  »   ou   «  l’injonction   de   payer  »   est   une   procédure   spéciale   permettant   le   recouvrement   de   créances   pécuniaires   liquides   et   exigibles   qui     s’applique   en   matière   civile   et   commerciale   dans   les   litiges   frontaliers.   (source  :   http://www.dictionnaire-­‐juridique.com) 20    
  21. 21. plus  communément  utilisé  dans  le  sens  de  «  sommation  à  ».  Cette  sommation  a  induit   toutefois  un  rapport  de  force.  Pour  reprendre  les  propos  de  Lionel  Bellenger  (2004),   c’est   même   le   rapport   de   force   qui   confère   la   possibilité   de   l’injonction.   L’auteur   ajoute  :  «  Elle  restreint  le  débat  en  rappelant  la  dépendance  (soumission  à  l’autorité)  au   regard  d’éléments  statutaires,  réglementaires  ou  contractuels.35  »     Pour   rebondir   sur   ces   derniers   mots   à   connotation   juridique,   dans   notre   étude   le   programme   de   formation   joue   le   rôle   de   contrat   et   le   formateur   de   procureur  :   son   rôle  consiste  à  faire  respecter  ce  contrat.       2.1.2 Etre   s oi   Etre  soi  ou  devenir  soi  ?  En  fait,  l’expression  que  nous  traitons  ici  est  plus  le  descriptif   d’un   processus   qu’un   état   fixe.   Comme   nous   avons   pu   commencer   à   le   voir   dans   le   chapitre   ci-­‐dessus   autour   de   la   sociologie   de   l’individu   contemporain,   être   soi   sous-­‐ tend  plusieurs  notions  ;  nous  retiendrons  trois  d’entre  elles.  Tout  d’abord,  devenir  soi   nécessite   une   autonomie   totale.   Pour   se   construire   soi,   encore   faut-­‐il   en   effet   être   libre  de  ses  actes  pour  être  libre  de  choisir  sa  vie  (Erhenberg,  1998).  Pouvoir  gérer  sa   vie  affective,  professionnelle,  comme  ses  ressources,  voilà  la  première  exigence  pour   être   soi.   Ensuite,   être   soi   c’est   être   authentique   avec   soi   et   les   autres.   Pour   reprendre   la   notion   d’intimité,   être   authentique   c’est   être   capable   de   dévoiler   son   espace   du   dedans36  à  l’autre  et  d’oser  faire  face  aux  risques  potentiels  d’une  telle  exposition  de   soi,   en   particulier   la   non-­‐réciprocité,   le   jugement   d’autrui   et   la   violation   de   ses   territoires   inconscients.   Cet   exercice   egocentrique   à   risque   est   aussi   un   moyen   d’affiner  sa  connaissane  de  soi  ;  il  s’agit  en  quelque  sorte  de  se  montrer  afin  de  mieux   se  comprendre.  Enfin,  être  soi  c’est  vouloir  s’inscrire  dans  une  démarche  de  progrès.   Certes,   progresser   est   devenu   une   exigence   sociale,   mais   l’herbe   reste   toujours   plus   verte  chez  le  voisin,  car  notre  soif  de  reconnaissance  et  de  sens  remet  sans  cesse  en   question  nos  acquis.  L’appel  à  la  réflexivité,  à  l’ouverture  et  à  l’adaptation,  forcé  par   l’environnement  sans  cesse  changeant  et  toujours  incertain,  est  contrebalancé  par  le   phénomène   de   fixation   de   soi,   qui   consiste   à   fixer   des   images   de   soi   pour   se   sécuriser   et   se   construire   soi   (Kaufmann,   2004).   Ce   mouvement   paradoxal   à   l’équilibre                                                                                                                   35  Lionel  Bellenger,  L’entretien  de  négociation,  Paris,  ESF,  2004     36  Expression  du  poète  Henri  Michaux,  rapportée  par  Henri-­‐Pierre  Jeudy,  op.  cit. 21    
  22. 22. improbable   contraint   l’individu   à   l’exigence   de   performance   de   soi  :   être   toujours   plus.     Pour   résumer,   la   littérature   sociologique   contemporaine   semble   considérer   qu’être   soi   équivaut   à   être   autonome,   authentique   et   performant37.   Elle   induit   en   dénominateur  commun  à  ces  trois  dimensions,  la  volonté  personnelle  :  je  veux  donc  je   peux  !38   2.1.3 Injonction   à   ê tre   s oi   Selon   les   auteurs,   l’expression   injonction   à   être   soi   est   traduite   de   différentes   manières.  Pour  Alain  Ehrenberg  (1991),  l’injonction  à  être  soi  se  résume  ainsi  :  «  Nous   sommes  désormais  sommés  de  devenir  les  entrepreneurs  de  nos  propres  vies.39  »  Vincent   de   Gaulejac   (2004)   l’exprime   autrement  :   «  Tout   le   monde   doit   se   développer,   se   former,  se  mobiliser  pour  trouver  une  place  et  la  conserver.40  »  Pour  notre  part,  dans  ce   mémoire,   nous   considérons   par   injonction   à   être   soi,   une   sommation   du   formateur   vers  les  participants  à  être  autonome,  authentique  et  performant.  Nous  préciserons  le   cas   échéant   à   laquelle   de   ces   trois   dimensions   nous   souhaitons   nous   référer,   par   exemple  l’injonction  à  être  soi  authentique.   Soulignons  ici  encore  une  fois  tout  le  paradoxe  d’une  injonction  à  être  soi.  Comment   être   vraiment   soi   si   on   répond   à   la   demande   d’autrui   de   l’être  ?   Dans   la   littérature   sociologique,   cette   injonction   est   un   parfait   exemple   d’injonction   paradoxale   dite   aussi  double  bind  (double  contrainte).   2.2 I NTIMITE   Dans   intimité,   il   y   a   intime   du   latin   intimus   qui   caractérise   ce   qui   est   le   plus   en   dedans,  le  fond  de41.  L’intimité  se  distingue  de  l’intime,  car  elle  dépend  beaucoup  plus                                                                                                                   37   Ces   trois   composantes   rendent   de   facto   une   quatrième   tacite  :   la   volonté.   Sans   volonté,   il   est   peut   probable   que   nous   puissions   rester   autonome,   authentique   et   performant.   Nous   qualifierons   cette   dernière   composante   comme   une   condition   préalable   à   la   démarche   de   se   construire   soi   dans   les   règles  de  l’art  de  notre  société  contemporaine.   38   Titre   du   récent   ouvrage   de   la   philosophe   et   psychanaliste   Elsa   Godart.   Je   veux   donc   je   peux  !   Eyrolles,   2009   39  Alain  Ehrenberg,  Le  culte  de  la  performance,  Calmann-­‐Lévy,  1991   40  Henri-­‐Pierre  Jeudy,  op.  cit.,  p.135   41  Intime  est  aussi  un  superlatif  d’intérieur.  Rappelé  par  Henri-­‐Pierre  Jeudy,  op.  cit.,  p.149   22    

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