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235
CHAPITRE14
SANTÉ,ACCÈSAUX SOINS,
AUTOÉVALUATION DE L’ÉTAT DE SANTÉ
Yaëlle Amsellem-Mainguy 1
Sociologue, chargée d’études et de recherche
à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire
Membre associé du Centre de recherche sur les liens sociaux
LA JEUNESSE, UNE GARANTIE POUR LA SANTÉ ?
En France, les étudiant-e-s sont en relativement bonne santé. Mais une analyse plus
détaillée fait apparaître des moments et des situations de fragilité qui touchent inéga-
lement ces jeunes dans le processus de transition vers l’indépendance et l’autonomie
(Van de Velde, 2008 ; Labadie, 2012). Autonomie et indépendance résidentielle ne vont
pas nécessairement de pair. La décohabitation ne met pas systématiquement un terme
aux solidarités familiales : s’installer seul peut être facilité par le soutien d’un parent
ou d’un proche, l’impact du patrimoine des parents n’étant ici pas négligeable. Dans
un contexte de crise économique et d’incertitude des parcours, l’amélioration de l’état
de santé des étudiants constitue une problématique importante tant elle impacte
l’insertion sociale et professionnelle et, plus largement, l’ensemble des pans de la vie
des individus : les jeunes, y compris les étudiants, consacrent près d’un tiers de leur
budget aux dépenses liées au logement (28 %), tandis que cela représente environ
19 % pour l’ensemble des ménages (INSEE, SRCV 2010). L’enquête « Conditions de vie
des étudiants » menée par l’OVE en 2013 permet d’appréhender certains aspects de la
santé des étudiant-e-s. Elle interroge notamment sur leur état de santé, le niveau de
protection sociale, le renoncement aux soins et le lien entre conditions de logement et
conditions de soins. La question de la santé des étudiant-e-s met en jeu la relation entre
ces derniers et leurs besoins, leurs attentes, leur accès aux professionnels de santé,
et aux arbitrages personnels en s’inscrivant dans des situations socio-économiques
complexes. Ce chapitre propose d’analyser chacune de ces dimensions à la lumière de
la question du genre, de l’origine sociale, de l’âge et de la situation socio-économique
dans laquelle se trouvent les étudiant-e-s (notamment avec la question du logement,
particulièrement pertinente pour éclairer les parcours du point de vue de la santé à
travers la question de la décohabitation). Ainsi on verra qu’être une femme, être âgé
de 21 à 25 ans, ne plus habiter du tout chez ses parents ou encore être issu d’un milieu
populaire, tous ces faits sont autant d’indicateurs pour illustrer les inégalités dans la
population étudiante en France. À cela s’ajoute le fait de connaître une situation de
handicap, qui n’est pas sans impact sur l’état de santé et le parcours de vie étudiant
(Parron, 2013 ; Cordazzo, Ebersold, 2015). Au-delà, et on y reviendra, c’est bien le cumul
des situations complexes ou difficiles qui permettent de comprendre les processus
de vulnérabilité sociale et économique.
1 Je tiens à remercier Joaquim Timoteo pour son aide précieuse dans la réalisation des tableaux statistiques,
Philippe Cordazzo pour son soutien, et Benoît Coquard pour ses remarques avisées et sa relecture.
236
Les années d’études sont celles de la décohabitation (Kesteman, 2010), et les consé-
quences ne sont pas négligeables sur l’état de santé. Période d’entre-deux, marquée par
le départ progressif du foyer parental : tout en demeurant contraints à la dépendance
économique envers leurs parents, au risque de se trouver en situation de pauvreté
(Bendit, Hein, Biggart, 2009 ; Pan Ké Shon, Robello, 2010 ; Moguérou, Santelli, 2012),
les étudiant-e-s vivent également une période où, majoritairement jeunes, ils sont
peu concernés par des problématiques de santé spécifiques, avant tout en raison de
leur âge. Très peu d’étudiants sont confrontés à des problèmes spécifiques de santé.
En 2013, moins de 5 % sont atteints d’un handicap ou d’une maladie chronique. Ils
sont donc moins consommateurs de soins que la population dans son ensemble.
Néanmoins, derrière ce qui les rassemble – suivre des études au-delà du lycée – force
est de constater que les disparités se révèlent importantes entre les étudiant-e-s,
pensés bien souvent comme un groupe social homogène.
PERCEPTION DE LEUR SANTÉ PAR LES ÉTUDIANT-E-S
Les problèmes de santé apparaissant assez différemment selon les âges de la vie,
la perception qu’ont les jeunes de leur santé est très majoritairement bonne : le
baromètre Santé jeunes 2010 montre que 96 % des jeunes de 15-30 ans se déclarent
plutôt en bonne santé – contre 3,8 % qui ont une représentation négative. On retrouve
une tendance identique chez les étudiant-e-s en 2013 : en effet, plus de la moitié se
déclare plutôt ou tout à fait satisfaits de leur état de santé général (63,2 %), un quart
se déclare moyennement satisfait (25,2 %), et près de 1 sur 10 se déclare pas ou peu
satisfait (11,1 %). Toutefois, la perception qu’ont les étudiant-e-s de leur état de santé
global se dégrade entre 2010 et 2013 2, puisque dans l’enquête 2010 ils étaient près de
69 % à s’estimer satisfaits ou très satisfaits de leur état de santé et 6 % à s’en déclarer
peu ou pas satisfaits. Ces écarts méritent d’être soulignés dans un contexte de crise
économique qui s’installe.
Avec l’avancée en âge, on voit que la perception de la bonne ou très bonne santé par
les étudiant-e-s se dégrade : si, jusqu’à 22 ans, ils sont près de 65 % à être satisfaits ou
très satisfaits de leur santé, ils ne sont plus que 58 % à 23 ans ou plus. À l’inverse, la
proportion de ceux qui se disent peu ou pas satisfaits de leur état de santé augmente
avec l’âge, passant de 10 % pour les moins de 19 ans à 13,1 % pour les 26 ans et plus.
La dégradation de la santé perçue croît entre les années 2010 et 2013 : c’était le cas
de 4,6 % des étudiants et de 7,4 % des étudiantes en 2010 contre 9,8 % des étudiants
(+ 5,2 points) et 12,3 % des étudiantes (+ 4,9 points) en 2013.
Du côté du sexe, on voit en 2013 que, si dans la population jeune générale les hommes
s’estiment en meilleure santé que les femmes, c’est également le cas chez les étudiant-
e-s, où 27,1 % des hommes contre 18,3 % des femmes se déclarent tout à fait satisfaits
de leur santé. À l’inverse, 12,3 % des femmes contre 9,8 % des hommes se déclarent
peu ou pas satisfaits de leur état de santé. Cet écart peut en partie s’expliquer par un
rapport au corps différencié entre femmes et hommes, par des problématiques liées
à l’alimentation particulièrement rencontrées par les femmes (avec des enjeux autour
du poids et des régimes alimentaires), par une moins bonne estime de soi des femmes.
De plus, comme dans le baromètre Santé, l’enquête « Conditions de vie des étudiants »
met en lumière que les femmes et les hommes sont inégaux face aux épisodes de
mal-être (dépression, anxiété, douleurs, stress…), les femmes étant nettement surre-
présentées (6 étudiantes sur 10 déclarent ressentir du stress contre 4 étudiants sur 10).
2 À structure d’âge égale entre les enquêtes 2010 et 2013.
237
Néanmoins cette tendance générale ne doit pas faire oublier les disparités sociales
qui existent dans la population étudiante. Au-delà de la variable du sexe, être issu
d’un milieu populaire, ne plus vivre chez ses parents, exercer une activité rémunérée
concurrençant ses études représente autant de facteurs qui pèsent sur l’estimation
positive de sa santé. Plus encore, lorsque l’on croise les variables de sexe et d’origine
sociale (CSP des parents) il apparaît que les femmes issues de milieu populaire sont
celles qui déclarent une plus grande insatisfaction à l’égard de leur santé 3.
Tableau 1
Auto-estimation de l’état de santé général selon le sexe et l’origine sociale
(en % colonnes)
Hommes Femmes
Ensembledes
étudiant-e-s
Classe
supé-
rieure
Classe
moyenne
Classe
populaire
Ensemble
des
hommes
Classe
supé-
rieure
Classe
moyenne
Classe
populaire
Ensemble
des
femmes
Peu ou pas
satisfait  8,8 10,4  9,9  9,6 11,3 12,3 13,1 12,2 11,0
Moyennement
satisfait 21,1 20,2 21,2 20,8 27,6 28,2 29,4 28,4 24,9
Satisfait
ou très satisfait 70,2 69,5 69,0 69,6 61,2 59,5 57,5 59,5 64,1
Source : enquête « Conditions de vie 2013 ».
Champ : ensemble des répondants (n = 40 911).
Note de lecture : 57,5 % des étudiantes issues de milieu populaire se déclarent (très) satisfaites de
leur état de santé général contre 69 % des étudiants issus du même milieu social.
L’ASSURANCE MALADIE ET LA COMPLÉMENTAIRE
SANTÉ : UNE BONNE COUVERTURE QUI LAISSE
MALGRÉ TOUT UN CERTAIN NOMBRE D’ÉTUDIANT-E-S
SUR LE BAS-CÔTÉ
Le système d’assurance maladie étant construit en France autour d’une participation
financière des usagers (directe ou non), les enjeux autour de la protection sociale et
de l’assurance maladie sont importants pour éclairer la santé des étudiant-e-s, et ce
d’autant plus qu’ils sont dans une situation complexe marquée par le départ du foyer
parental qui n’est pas forcément synchronisé avec l’entrée sur le marché du travail.
Dans ce contexte, la protection sociale des étudiant-e-s s’illustre avant tout par leur
affiliation à la sécurité sociale et leur couverture complémentaire (mutuelle). L’enquête
menée en 2013 montre que les étudiant-e-s sont massivement couverts par la sécurité
sociale (69,6 % sont couverts par une sécurité sociale étudiante, c’était le cas de 71,2 %
des étudiant-e-s en 2010).
Cette forte majorité ne doit pas masquer le fait que les étudiant-e-s sont plus nombreux
en 2013 à ignorer leur affiliation à une sécurité sociale qu’en 2010 : près de 1 étudiant-e
sur 10 ne sait pas s’il est couvert en 2013, c’était le cas de 6,6 % d’entre eux en 2010.
3 C’est d’ailleurs au sein des milieux populaires que l’on observe les plus grands écarts de satisfaction entre
femmes et hommes.
238
Hommes et femmes sont inégaux dans leur connaissance de leur protection sociale
puisque 12 % des étudiants contre 8,3 % des étudiantes ne savent pas s’ils sont affiliés
au régime de sécurité sociale étudiante pour 2013. Les travaux antérieurs en économie
de la santé ont montré que l’affiliation à la sécurité sociale, comme l’acquisition d’une
complémentaire santé ne protège pas totalement contre le renoncement aux soins
notamment pour ceux dont le reste à charge est le plus élevé.
Toujours en regardant la protection sociale des étudiants, force est de constater qu’ils
sont en grande majorité couverts par une assurance complémentaire. Cela est d’autant
plus important pour des étudiant-e-s qui se retrouvent confrontés aux dépassements
d’honoraires des professionnels de santé (situation importante dans les grandes villes
qui sont également des grands pôles universitaires). Ces dépassements, aussi coûteux
soient-ils, peuvent être partiellement ou totalement pris en charge par la complémen-
taire, à condition d’en avoir une. La tendance générale de l’évolution entre 2010 et
2013 montre que, si la protection par la mutuelle des parents semble décliner (43,4 %
en 2013 contre 45,8 % en 2010), le taux de couverture par mutuelle étudiante est
identique (23,7 %, autant qu’en 2010), tout comme le taux d’affiliation par une autre
mutuelle (14,3 % en 2013 contre 15 % en 2010). Avec l’avancée en âge, l’affiliation à la
mutuelle des parents tout comme à celles des étudiants décroît, en raison notamment
d’une entrée progressive dans la vie active. Les autres mutuelles/assurances semblent
donc prendre le relais petit à petit, même si, rappelons-le, en 2013, l’assurance maladie
complémentaire employeur n’était toujours pas obligatoire.
Tableau 2
Complémentaire santé selon l’âge et le sexe des étudiant-e-s (en % colonnes)
Hommes Femmes
Totaldes
étudiant-e-s(2013)
Totaldes
étudiant-e-s(2010)
< 19
19-20
21-22
23-25
26
Totaldes
hommes
< 19
19-20
21-22
23-25
26
Totaldes
femmes
Mutuelle
des
parents 48,6 48,4 44,5 33,7  4,6 38,5 59,1 57,5 57,5 44,0  4,2 47,5 43,4 45,8
Mutuelle
étudiante 28,2 29,7 28,9 24,5 15,8 26,3 23,0 24,5 21,4 22,6 11,6 21,3 23,7 23,6
Autre
mutuelle/
assurance  2,3  3,8  9,3 18,4 44,6 13,4  1,8  4,0  9,7 16,5 57,3 15,0 14,3 15,0
CMUC  1,6  1,6  3,4  4,8 11,7  4,0  1,3  1,9  2,6  3,8  8,8  3,3  3,7 3,13
Pas de
mutuelle  3,6  4,0  5,8 13,2 19,4  8,2  3,3  4,9  5,3  9,8 14,5  7,0  7,6  7,3
Ne sait pas 15,7 12,5  8,2  5,4  3,9  9,5 11,4  7,2  3,4  3,2  3,6  5,7  7,5  5,1
Source : enquête « Conditions de vie 2013 ».
Champ : ensemble des répondants (n = 40 911).
Note de lecture : 8,2 % des étudiants et 7 % des étudiantes ne sont pas couverts par une complé-
mentaire santé (mutuelle).
Le taux relativement élevé de couverture par complémentaire santé des étudiant-
e-s doit malgré tout être nuancé par le fait que plus de 7 % des étudiants enquêtés
déclarent ne pas avoir de couverture complémentaire (contre 5 % en population
générale, ESPS 2012), et ils se révèlent aussi nombreux à ignorer s’ils ont une com-
plémentaire santé, malgré l’importance d’une telle couverture dans le recours aux
239
soins. En effet, la littérature montre bien que l’absence de complémentaire creuse
les disparités entre les étudiant-e-s, dans la mesure où ces derniers renoncent plus
facilement aux soins (Vial 2011 ; Célant, Guillaume, Rochereau, 2014 ; Célant, Dourgnon
et al., 2014 ; Vial, 2014 ; Chauveaud, Warin, 2014). Si cela peut s’expliquer en partie par
des raisons financières, on peut se demander si une partie de ces étudiant-e-s n’ignore
pas ce qu’est la complémentaire santé. Les travaux de l’Observatoire des non-recours
aux droits et services (ODENORE) montrent à ce titre qu’une part non négligeable de
ces étudiant-e-s pourraient bénéficier de la CMU-C comme ouvrant droit, puisqu’ils
remplissent pour une partie d’entre eux les conditions cumulatives d’autonomie rési-
dentielle, financière et fiscale. « Il convient toutefois de distinguer les étudiants qui
n’ont pas de complémentaire santé et qui ne peuvent pas être éligibles à la CMU-C de
ceux qui pourraient l’être alors qu’ils n’en ont pas. Les profils sociaux des uns et des
autres divergent. » (Chauveaud, Warin, 2014). Seuls 3,7 % des étudiant-e-s sont affiliés
à la CMU-C. Outre les conditions d’accès, ce faible taux peut s’expliquer en partie par
la méconnaissance du dispositif et le manque de lisibilité de celui-ci par les jeunes,
même étudiant-e-s. Des travaux ont montré que, en population générale, parmi les
bénéficiaires potentiels de la CMU et de la CMU-C, un grand nombre ne fait pas valoir
leurs droits. Il s’agit notamment de jeunes qui n’y pensent pas forcément car ils se
trouvent en bonne santé, mais la raison peut tenir aussi à la peur de la stigmatisation
ou au fait de trouver les démarches trop compliquées (Chauveaud, Warin, 2014).
LE RENONCEMENT AUX SOINS : UNE SITUATION
QUI CONCERNE PLUS DE 1 ÉTUDIANT-E SUR 4
L’état de santé des étudiant-e-s en 2013 ne peut être lissé à travers la bonne couverture
par l’assurance maladie et une auto-estimation de la santé très positive. L’accessibilité
financière aux soins constitue un critère essentiel pour comprendre les comporte-
ments : les raisons financières font parties des principales raisons au renoncement
aux soins 4. Toutefois, cet indicateur ne peut suffire pour saisir les enjeux, plus géné-
raux, du renoncement aux soins. L’enquête « Conditions de vie » montre combien le
contexte socio-économique et environnemental, les comportements et les modes
de vie entraînent un impact sur le report ou le renoncement aux soins 5. Même si
le non-recours aux soins n’est pas nécessairement vécu ni perçu par les personnes
concernées comme un problème ou un risque, les enquêtes montrent que les jeunes
sont nombreux à reporter des soins les concernant ou à y renoncer. Le renoncement
aux soins, un marqueur fort de précarité, touche une part importante de la population
étudiante, de l’ordre de 1 sur 4, contre 1 personne sur 7 dans la population générale
(Després et al., 2011). Plus de un quart des étudiant-e-s déclarent avoir déjà renoncé
à se rendre chez un médecin en 2013 (27,2 %). Contrairement à ce que l’on pourrait
penser spontanément, la raison financière est la seconde raison avancée par les
étudiant-e-s concernés pour expliquer leur renoncement : plus de la moitié (54,9 %)
déclare avoir préféré « attendre que les choses aillent mieux d’elles-mêmes », quand
48,6 % évoquent des raisons financières. Même si renoncer ne signifie pas pour
autant ne consommer aucun soin : 46,5 % des étudiant-e-s déclarent d’ailleurs s’être
soignés par eux-mêmes, il n’empêche que le renoncement a des conséquences sur
l’état de santé futur.
4 Le renoncement aux soins vise à identifier des besoins non satisfaits, c’est-à-dire non reçus alors que la
personne en ressentait la nécessité.
5 Bien qu’il eût été intéressant de savoir à quels types de soins les étudiant-e-s déclaraient avoir déjà renoncé,
l’enquête « Conditions de vie 2013 » ne permet d’éclairer que de manière très limitée cette problématique.
240
S’il est extrêmement complexe de distinguer ce qui est choisi de ce qui est subi dans
le renoncement, force est de constater que, au-delà du sujet financier, la question des
emplois du temps, de la charge organisationnelle que cela impose de consulter un
médecin, est relativement forte (35,4 % des étudiant-e-s déclarent que leur emploi du
temps ne leur permettait pas). Cette tension sur l’organisation et l’arbitrage de priorité
est complexe dans une période de la vie où les jeunes doivent mener de front leur
formation et leur insertion dans l’emploi. Le risque d’une perte de revenus, voire de
perte d’emploi, incite les étudiant-e-s à ne pas arrêter de travailler pour se soigner
ni pour réaliser une visite médicale de contrôle, d’autant plus fortement que l’emploi
devient rare en période de crise.
Les enquêtes auprès de la population générale indiquent que, si les femmes se rendent
globalement plus souvent que les hommes chez les professionnels de santé, elles
renoncent également plus souvent aux soins qu’eux, parmi les étudiant-e-s 28,7 %
des femmes et 25,4 % des hommes déclarent avoir déjà renoncé à voir un médecin,
cette situation est avant tout préoccupante pour les jeunes issus des milieux sociaux
populaires, où l’on retrouve un écart de 5 points entre les femmes et les hommes au
détriment des premières (toutes raisons confondues : 32,3 % des étudiantes de milieu
populaire ont déjà renoncé à des soins contre 27,3 % des étudiants du même milieu
social). De l’autre côté de l’échelle sociale, l’écart demeure (3,2 points) toujours en
défaveur des femmes (23,8 % des étudiantes de milieu supérieur ont déjà renoncé à
voir un médecin tandis que c’est le cas de 20,6 % des étudiants). Une approche plus
fine permet de voir que parmi les étudiant-e-s qui ont déclaré avoir renoncé à voir
un médecin, les hommes issus de milieu social supérieur disent davantage renoncer
aux soins que les autres hommes et femmes (tous milieux confondus), en attendant
que « les choses aillent mieux », ce qui peut être rapproché du capital social et du
capital santé dont ils bénéficient et qui peut leur permettre de reporter ces soins. À
l’inverse, les femmes de milieu populaire sont surreprésentées parmi les étudiant-e-
s qui renoncent aux soins pour des raisons financières. Ces indicateurs soulignent
combien les étudiant-e-s sont inégalement concernés par le renoncement aux soins,
plus largement ils permettent de montrer combien, en temps de crise, les inégalités
sociales se creusent et provoquent des effets notamment sur l’état de santé (Beck,
Amsellem-Mainguy, 2012). Dans cette situation, plus du quart des étudiant-e-s déclare
exercer une activité rémunérée en parallèle des études (28 % en 2013), ce qui n’est pas
sans conséquence sur la gestion de leur emploi du temps et des priorités qu’ils placent
dans le reste du temps disponible : parmi ceux qui déclarent avoir déjà renoncé à des
soins, 1 étudiant-e sur 3 évoque des difficultés d’emploi du temps.
Lorsqu’on s’intéresse de plus près au renoncement pour raison de financière, on
constate que cette situation augmente de manière constante avec l’âge jusqu’à
25 ans pour baisser de manière impressionnante à 26 ans et plus, sans redescendre
pour autant à des niveaux identiques à ceux des étudiants de 20 ans ou moins. Cela
s’explique par l’entrée croissante des étudiant-e-s sur le marché du travail, une plus
grande autonomie financière et une décohabitation du foyer parental davantage
marquée. Avec des ressources moyennes de 1,4 à 2,5 fois supérieures à celles des
tranches d’âge inférieures, les étudiant-e-s de 26 ans et plus commencent à bénéficier
des effets protecteurs de l’insertion dans la sphère professionnelle (Belghith, 2014).
241
Tableau 3
Raisons du renoncement aux soins selon le milieu social et le sexe (en %)
Hommes Femmes
Total
général
Classe
supé-
rieure
Classe
moyenne
Classe
populaire
Total des
hommes
Classe
supé-
rieure
Classe
moyenne
Classe
populaire
Total des
femmes
Attendre que
les choses
aillent mieux 63,1 62,4 59,2 59,6 57,0 53,8 48,7 51,3 54,9
Raisons
financières 32,4 42,7 42,5 41,6 44,4 54,7 58,3 54,0 48,6
Se soigner
par soi-même 51,3 51,0 48,0 48,6 47,7 47,8 44,7 44,9 46,5
Emploi du
temps ne le
permet pas 36,7 32,4 32,3 32,2 42,3 38,0 35,4 37,9 35,4
Ne connaît
pas de bon
médecin 14,5 12,6 10,9 12,2 18,1 17,4 13,9 15,5 14,1
Peur d’aller voir
un médecin,
de faire des
examens
médicaux  7,8  8,1  7,3  7,0  7,3  8,0  9,1  8,0  7,6
Autres raisons  9,6  4,5  6,3  7,5  5,4  6,5  4,8  5,6  6,5
Source : enquête « Conditions de vie 2013 ».
Champ : étudiant-e-s déclarant avoir renoncé au moins une fois à voir un médecin (n = 11 008), les % colonnes
excèdent les 100 % puisqu’il s’agit d’une question à choix multiple.
Lecture : parmi les étudiants qui ont déjà renoncé à voir un médecin, 63,1 % des hommes issus
de la classe sociale supérieure déclarent qu’ils ont préféré attendre que les choses aillent mieux.
Tableau 4
Un renoncement aux soins pour des raisons financières qui augmente
avec l’âge jusqu’à 25 ans (en %)
Avoir déjà renoncé à
des soins pour raisons
financières
N’avoir jamais renoncé
à des soins pour
raisons financières
Total
[< 19 ans]  5,7 94,3 100
[19-20 ans] 10,5 89,5 100
[21-22 ans] 14,6 85,4 100
[23-25 ans] 20,3 70,7 100
[26 et > [ 15,6 84,4 100
Ensemble 13,2 86,9 100
Source : enquête « Conditions de vie 2013 ».
Champ : ensemble des répondants (n = 40 911).
Lecture : 94,3 % des étudiant-e-s âgés de 19 ans ou moins déclarent n’avoir jamais renoncé à des
soins pour des raisons financières.
242
CONDITIONS DE LOGEMENT, CONDITIONS DE SANTÉ :
UN LIEN QUI PERDURE
La situation de crise économique tend à rallonger la période d’insertion, et les trajectoires
de décohabitation des jeunes sont marquées par des phases d’aller et de retour au foyer
familial. Toutes les analyses montrent que rares sont les étudiant-e-s qui, au cours de
leurs études, échappent à la précarité du travail et du logement. Néanmoins, tous les
étudiant-e-s ne vivent pas ces moments de manière identique, et l’un des principaux
critères de distinction continue d’être le fait d’habiter ou non chez ses parents (Verley,
Zilloniz, 2011). La décohabitation a pour conséquence évidente une augmentation du
coût de la vie (loyer, nourriture, factures, frais de transport), qui s’exerce inégalement
sur les budgets des familles selon leur niveau de revenu ; les étudiants issus des milieux
populaires se trouvent dans des situations plus fragiles que les autres (même s’ils
bénéficient d’une bourse sur critères sociaux). La possibilité d’obtenir un logement indé-
pendant lorsqu’on est étudiant-e est fortement corrélée à la situation familiale (garant,
caution…). En effet, si l’accès au logement autonome constitue pour les jeunes un enjeu
majeur dans la transition vers l’âge adulte (l’âge moyen à la décohabitation est d’environ
23 ans en France), cette précocité est toutefois relative et s’explique largement par les
droits ouverts dès 18 ans aux aides personnalisées aux logements (APL). La question de
l’indépendance résidentielle ne peut donc être comprise qu’en lien avec la dépendance
financière des jeunes (et plus encore des étudiant-e-s) à l’égard de leurs familles, et
contribue à creuser l’écart entre ceux qui peuvent bénéficier d’une aide et les autres (les
plus pauvres ou ceux qui sont en rupture familiale par exemple). La familialisation des
politiques publiques en direction des jeunes (au sens où l’on considère que la famille
demeure le pilier principal de la prise en charge des études et de l’insertion socio-éco-
nomique des jeunes) tend à maintenir les étudiant-e-s en situation de dépendance
économique vis-à-vis de leurs parents, la famille reste pour la plupart d’entre eux la
première ressource financière. C’est la classe d’âge dont le niveau des revenus d’activité
est le plus faible et le niveau de loyer le plus élevé. Il est possible d’établir un lien entre
l’indépendance en matière de logement et le non-recours aux soins.
Tableau 5
Décohabitation et renoncement aux soins selon le sexe (en %)
A déjà renoncé
à aller voir
un médecin
N’a jamais renoncé
à aller voir
un médecin
Total
Homme 25,4 74,6 100
Cohabitant 21,3 78,7 100
Décohabitant semi-indépendant 20,7 79,3 100
Décohabitant indépendant 30,6 69,4 100
Femme 28,6 71,4 100
Cohabitante 21,9 78,1 100
Décohabitante semi-indépendante 23,6 76,4 100
Décohabitante indépendante 35,4 64,6 100
Total 27,1 72,9 100
Source : enquête « Conditions de vie 2013 ».
Champ : ensemble des répondants (n = 40 911).
Lecture : 30,59 % des étudiants ne vivant plus chez leurs parents (décohabitants indépendants)
déclarent avoir déjà renoncé à aller voir un médecin.
243
Le renoncement à aller voir un médecin déclaré par les étudiant-e-s est associé à la
situation face au logement, et bien évidemment aux revenus qui, naturellement, jouent
un rôle dans le renoncement aux soins des plus précaires. Ainsi on peut voir que les
étudiant-e-s habitant chez leurs parents totalement ou partiellement (décohabitants
semi-indépendants) ont des pratiques assez similaires au regard du renoncement
aux soins. À l’inverse, on constate un écart important (10 points) avec les étudiant-e-s
totalement indépendants (c’est-à-dire ne revenant plus dormir chez leurs parents ou
qu’occasionnellement). En effet, près de 3 étudiants sur 10 vivant hors du foyer parental
ont déjà renoncé à des soins tandis que c’est le cas de 2 étudiants sur 10 vivant par-
tiellement hors de chez leurs parents ou encore chez leurs parents. Les écarts entre
les femmes et les hommes mettent en lumière combien les conditions de logement
impactent le recours aux soins des étudiantes. La famille et le maintien de la relation
familiale jouent donc un rôle non négligeable de protection en matière de santé. C’est
ainsi entre le départ du foyer parental et l’indépendance économique – période qui
marque les années étudiantes – que les situations de non-recours aux soins sont les
plus importantes. Tout porte à constater que ce n’est pas l’isolement de chacun de
ces événements qui entraîne des situations de vulnérabilité. Au contraire, on perçoit
combien tout cela s’inscrit dans un processus cumulatif qui, par conséquent, impacte la
santé des étudiant-e-s et plus largement a des conséquences sur leurs parcours de vie.
CONCLUSION : LES DÉTERMINANTS DES INÉGALITÉS
SOCIALES DE SANTÉ ENTRE LES ÉTUDIANT-E-S
RESTENT EXTÉRIEURS AU SYSTÈME DE SOINS
Penser les situations de vulnérabilité que rencontre une partie des étudiant-e-s, c’est
avant tout rendre compte de la dimension multifactorielle des inégalités sociales de
santé qui trouvent leur source au-delà des questions purement sanitaires. Il s’agit donc
bien de rendre compte des interactions de différents facteurs pour comprendre leur
impact sur la santé des étudiants : risques individuels, environnementaux, mais aussi
représentations et normes collectives. Alors que le sens commun conduit souvent à
envisager des situations relevant de la grande précarité pour penser les inégalités
sociales de santé, il apparaît en réalité que chez les étudiant-e-s cette question s’inscrit
dans un continuum qui n’oppose pas uniquement les plus démunis aux autres. Les
inégalités sociales de santé résultent à la fois du contexte socio-économique et envi-
ronnemental, des comportements et des modes de vie, ainsi que du recours aux soins.
De cette manière, les données des différentes études reflètent un processus cumulatif.
Les résultats de l’enquête « Conditions de vie 2013 » confirment que les étudiant-e-s
se déclarent plutôt en bonne ou très bonne santé. Toutefois, certaines disparités
persistent, tant dans la perception qu’ils ont de leur santé que dans le recours et
leur renoncement à aller consulter un professionnel de santé. Ainsi, les étudiantes
présentent une insatisfaction plus forte vis-à-vis de leur santé que les étudiants,
et des renoncements aux soins plus élevés (les enquêtes en population générale
montrent également que les femmes déclarent plus de consultations médicales que
les hommes). L’expression différente de la maladie, de la santé, de l’image de soi, du
rapport au corps, dépend également des rôles sociaux attendus pour chaque sexe.
Dans ce contexte, les étudiantes – comme les autres femmes de leur génération – sont
en première ligne pour les normes esthétiques et corporelles qu’on leur impose et sont
plus fréquemment insatisfaites de leur état de santé global. À cela s’ajoute le poids de
244
la disparité des situations socio-économiques des étudiant-e-s et de l’impact du milieu
social d’origine, où ceux issus de milieux populaires sont toujours plus nombreux à
renoncer au médecin. Les enjeux autour de la décohabitation et le fait de posséder
un logement fixe à soi, tout comme la moindre réussite à l’université sont sources à la
fois de difficultés financières et d’un sentiment de ne plus être dans la norme, d’être
écarté de certaines opportunités sociales. Se retrouver dans situations de vulnérabilité
n’est donc pas sans conséquence sur le sentiment d’être en mauvaise santé. Dans une
situation marquée par un renoncement aux soins important, les données du baromètre
Santé 2010 montrent que relativement peu d’étudiant-e-s déclarent avoir déjà utilisé les
services de santé offerts par leur université, alors même que les personnels de santé
devraient être connus et reconnus comme des interlocuteurs privilégiés dans le cadre
du développement de la prévention et de la promotion de la santé des étudiant-e-s.
Les missions à la fois préventives et curatives, de la médecine universitaire semblent
insuffisamment connues des étudiant-e-s. Les constats sont similaires à propos de la
médecine scolaire pour les plus jeunes, ce qui marque l’absence de socialisation à une
médecine de proximité liée au cadre d’études et à une méconnaissance des acteurs
de santé de première ligne.
Si un accès équitable aux soins apparaît comme un enjeu majeur, les déterminants des
inégalités sociales de santé restent extérieurs au système de soins (le travail, l’habitat,
l’éducation, les revenus, les conditions de vie font partie des exemples majeurs) et
justifient des interventions intersectorielles sur la santé et les comportements de
santé (Leclerc et al., 2008). Au final, les inégalités sociales de santé des jeunes sont à
replacer dans un contexte plus large et ne peuvent être prises en compte de manière
isolée. Elles s’imbriquent, se cumulent et trouvent leurs racines dans de nombreuses
autres inégalités sociales dont il faut tenir compte pour pouvoir proposer des réponses
pertinentes et efficaces en termes de politiques publiques.
RÉFÉRENCES
Beck F., Amsellem-Mainguy Y., « Les inégalités sociales de santé. Vers une prévention
mieux ciblée », in Labadie F. (dir.) Inégalités entre jeunes sur fond de crise, Rapport de
l’Observatoire de la jeunesse 2012, INJEP-La Documentation française, 2012, pp. 124-136.
Belghith F., « Pourquoi les étudiants renoncent-ils à se soigner ? », Santé Autrement
Magazine, dossier « La santé des étudiants », 2014, http://www.santeautrementma-
gazine.fr/2014/pourquoi-les-etudiants-renoncent-ils-a-se-soigner/]
Bendit R., Hein K., Biggart A., « Autonomie retardée et négociée : l’émancipation résiden-
tielle des jeunes Européens », Politiques sociales et familiales, 2009, no 97, pp. 5-12.
Célant N., Dourgnon P., Guillaume S., Pierre A., Rochereau T., Sermet C., « L’enquête
santé et protection sociale ESPS 2012. Premiers résultats », Questions d’économie de
la santé, mai 2014, no 198.
Célant N., Guillaume S., Rochereau T., « Enquête sur la santé et la protection sociale
en 2012 », rapport no 556, 2014.
Chauveaud C., Warin P., L’Absence de complémentaire santé chez les étudiants. Résultats d’une
enquête déclarative, Observatoire des non-recours aux droits et services (ODENORE),
2014, https://odenore.msh-alpes.fr rubrique « Études et recherches »
Cordazzo P, Ebersold S. (coord.), « Handicap, passage à l’âge adulte et vulnérabilités »,
Agora débats/jeunesses, 2015, no 71, dossier thématique.
Després C. et al., « Le renoncement aux soins : une approche socio-anthropologique »,
Questions d’économie de la santé, 2011, no 169, octobre, IRDES.
245
Kesteman N., « Le logement des jeunes : synthèse des études statistiques récentes »,
Politiques sociales et familiales, 2010, vol. 99 no 1, pp.113-120
Labadie F. (dir.), Inégalités entre jeunes sur fond de crise. Rapport de l’Observatoire de la
jeunesse 2012, La Documentation française, 2012.
Ménard C., Guignard R., « Santé et consommation de soins des 15-30 ans », Baromètre
de santé des jeunes. Analyses du baromètre santé 2010, INPES, 2013.
Moguérou L., Santelli E., « Modes de (déco) habiter des jeunes descendants d’immigrés »,
Agora débats/jeunesses, 2012, 61 (2), pp. 79-92
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ségrégation perçues, in Beauchemin C., Hamel C., Simon P., Trajectoires et Origines,
Enquête sur la diversité des populations en France, INED, coll. Documents de travail,
2010, no 168, pp. 95-100.
Parron A., « L’étape de la décohabitation familiale dans des parcours de devenir adulte
de jeunes en situation de handicap psychique », La Nouvelle Revue de l’adaptation et
de la scolarisation, 2013, vol. 63, pp. 195-206.
Van de Velde C., Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe, PUF, 2008.
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Verley É., Vourc’h R. (dir.), Les Mondes étudiants. Enquête « Conditions de vie 2010 »,
La Documentation française, 2011.
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Working Paper de l’ODENORE, no 6, février 2011, http://odenore.msh-alpes.fr/docu-
ments/odenorewp6_0.pdf
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nomène du “non-recours” », Les dossiers de la MRIE, octobre 2014, https://odenore.
msh-alpes.fr/documents/vial_non-recours_jeunes_missions_locales.pdf

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Etudiants & Sante - Perception

  • 1. 235 CHAPITRE14 SANTÉ,ACCÈSAUX SOINS, AUTOÉVALUATION DE L’ÉTAT DE SANTÉ Yaëlle Amsellem-Mainguy 1 Sociologue, chargée d’études et de recherche à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire Membre associé du Centre de recherche sur les liens sociaux LA JEUNESSE, UNE GARANTIE POUR LA SANTÉ ? En France, les étudiant-e-s sont en relativement bonne santé. Mais une analyse plus détaillée fait apparaître des moments et des situations de fragilité qui touchent inéga- lement ces jeunes dans le processus de transition vers l’indépendance et l’autonomie (Van de Velde, 2008 ; Labadie, 2012). Autonomie et indépendance résidentielle ne vont pas nécessairement de pair. La décohabitation ne met pas systématiquement un terme aux solidarités familiales : s’installer seul peut être facilité par le soutien d’un parent ou d’un proche, l’impact du patrimoine des parents n’étant ici pas négligeable. Dans un contexte de crise économique et d’incertitude des parcours, l’amélioration de l’état de santé des étudiants constitue une problématique importante tant elle impacte l’insertion sociale et professionnelle et, plus largement, l’ensemble des pans de la vie des individus : les jeunes, y compris les étudiants, consacrent près d’un tiers de leur budget aux dépenses liées au logement (28 %), tandis que cela représente environ 19 % pour l’ensemble des ménages (INSEE, SRCV 2010). L’enquête « Conditions de vie des étudiants » menée par l’OVE en 2013 permet d’appréhender certains aspects de la santé des étudiant-e-s. Elle interroge notamment sur leur état de santé, le niveau de protection sociale, le renoncement aux soins et le lien entre conditions de logement et conditions de soins. La question de la santé des étudiant-e-s met en jeu la relation entre ces derniers et leurs besoins, leurs attentes, leur accès aux professionnels de santé, et aux arbitrages personnels en s’inscrivant dans des situations socio-économiques complexes. Ce chapitre propose d’analyser chacune de ces dimensions à la lumière de la question du genre, de l’origine sociale, de l’âge et de la situation socio-économique dans laquelle se trouvent les étudiant-e-s (notamment avec la question du logement, particulièrement pertinente pour éclairer les parcours du point de vue de la santé à travers la question de la décohabitation). Ainsi on verra qu’être une femme, être âgé de 21 à 25 ans, ne plus habiter du tout chez ses parents ou encore être issu d’un milieu populaire, tous ces faits sont autant d’indicateurs pour illustrer les inégalités dans la population étudiante en France. À cela s’ajoute le fait de connaître une situation de handicap, qui n’est pas sans impact sur l’état de santé et le parcours de vie étudiant (Parron, 2013 ; Cordazzo, Ebersold, 2015). Au-delà, et on y reviendra, c’est bien le cumul des situations complexes ou difficiles qui permettent de comprendre les processus de vulnérabilité sociale et économique. 1 Je tiens à remercier Joaquim Timoteo pour son aide précieuse dans la réalisation des tableaux statistiques, Philippe Cordazzo pour son soutien, et Benoît Coquard pour ses remarques avisées et sa relecture.
  • 2. 236 Les années d’études sont celles de la décohabitation (Kesteman, 2010), et les consé- quences ne sont pas négligeables sur l’état de santé. Période d’entre-deux, marquée par le départ progressif du foyer parental : tout en demeurant contraints à la dépendance économique envers leurs parents, au risque de se trouver en situation de pauvreté (Bendit, Hein, Biggart, 2009 ; Pan Ké Shon, Robello, 2010 ; Moguérou, Santelli, 2012), les étudiant-e-s vivent également une période où, majoritairement jeunes, ils sont peu concernés par des problématiques de santé spécifiques, avant tout en raison de leur âge. Très peu d’étudiants sont confrontés à des problèmes spécifiques de santé. En 2013, moins de 5 % sont atteints d’un handicap ou d’une maladie chronique. Ils sont donc moins consommateurs de soins que la population dans son ensemble. Néanmoins, derrière ce qui les rassemble – suivre des études au-delà du lycée – force est de constater que les disparités se révèlent importantes entre les étudiant-e-s, pensés bien souvent comme un groupe social homogène. PERCEPTION DE LEUR SANTÉ PAR LES ÉTUDIANT-E-S Les problèmes de santé apparaissant assez différemment selon les âges de la vie, la perception qu’ont les jeunes de leur santé est très majoritairement bonne : le baromètre Santé jeunes 2010 montre que 96 % des jeunes de 15-30 ans se déclarent plutôt en bonne santé – contre 3,8 % qui ont une représentation négative. On retrouve une tendance identique chez les étudiant-e-s en 2013 : en effet, plus de la moitié se déclare plutôt ou tout à fait satisfaits de leur état de santé général (63,2 %), un quart se déclare moyennement satisfait (25,2 %), et près de 1 sur 10 se déclare pas ou peu satisfait (11,1 %). Toutefois, la perception qu’ont les étudiant-e-s de leur état de santé global se dégrade entre 2010 et 2013 2, puisque dans l’enquête 2010 ils étaient près de 69 % à s’estimer satisfaits ou très satisfaits de leur état de santé et 6 % à s’en déclarer peu ou pas satisfaits. Ces écarts méritent d’être soulignés dans un contexte de crise économique qui s’installe. Avec l’avancée en âge, on voit que la perception de la bonne ou très bonne santé par les étudiant-e-s se dégrade : si, jusqu’à 22 ans, ils sont près de 65 % à être satisfaits ou très satisfaits de leur santé, ils ne sont plus que 58 % à 23 ans ou plus. À l’inverse, la proportion de ceux qui se disent peu ou pas satisfaits de leur état de santé augmente avec l’âge, passant de 10 % pour les moins de 19 ans à 13,1 % pour les 26 ans et plus. La dégradation de la santé perçue croît entre les années 2010 et 2013 : c’était le cas de 4,6 % des étudiants et de 7,4 % des étudiantes en 2010 contre 9,8 % des étudiants (+ 5,2 points) et 12,3 % des étudiantes (+ 4,9 points) en 2013. Du côté du sexe, on voit en 2013 que, si dans la population jeune générale les hommes s’estiment en meilleure santé que les femmes, c’est également le cas chez les étudiant- e-s, où 27,1 % des hommes contre 18,3 % des femmes se déclarent tout à fait satisfaits de leur santé. À l’inverse, 12,3 % des femmes contre 9,8 % des hommes se déclarent peu ou pas satisfaits de leur état de santé. Cet écart peut en partie s’expliquer par un rapport au corps différencié entre femmes et hommes, par des problématiques liées à l’alimentation particulièrement rencontrées par les femmes (avec des enjeux autour du poids et des régimes alimentaires), par une moins bonne estime de soi des femmes. De plus, comme dans le baromètre Santé, l’enquête « Conditions de vie des étudiants » met en lumière que les femmes et les hommes sont inégaux face aux épisodes de mal-être (dépression, anxiété, douleurs, stress…), les femmes étant nettement surre- présentées (6 étudiantes sur 10 déclarent ressentir du stress contre 4 étudiants sur 10). 2 À structure d’âge égale entre les enquêtes 2010 et 2013.
  • 3. 237 Néanmoins cette tendance générale ne doit pas faire oublier les disparités sociales qui existent dans la population étudiante. Au-delà de la variable du sexe, être issu d’un milieu populaire, ne plus vivre chez ses parents, exercer une activité rémunérée concurrençant ses études représente autant de facteurs qui pèsent sur l’estimation positive de sa santé. Plus encore, lorsque l’on croise les variables de sexe et d’origine sociale (CSP des parents) il apparaît que les femmes issues de milieu populaire sont celles qui déclarent une plus grande insatisfaction à l’égard de leur santé 3. Tableau 1 Auto-estimation de l’état de santé général selon le sexe et l’origine sociale (en % colonnes) Hommes Femmes Ensembledes étudiant-e-s Classe supé- rieure Classe moyenne Classe populaire Ensemble des hommes Classe supé- rieure Classe moyenne Classe populaire Ensemble des femmes Peu ou pas satisfait  8,8 10,4  9,9  9,6 11,3 12,3 13,1 12,2 11,0 Moyennement satisfait 21,1 20,2 21,2 20,8 27,6 28,2 29,4 28,4 24,9 Satisfait ou très satisfait 70,2 69,5 69,0 69,6 61,2 59,5 57,5 59,5 64,1 Source : enquête « Conditions de vie 2013 ». Champ : ensemble des répondants (n = 40 911). Note de lecture : 57,5 % des étudiantes issues de milieu populaire se déclarent (très) satisfaites de leur état de santé général contre 69 % des étudiants issus du même milieu social. L’ASSURANCE MALADIE ET LA COMPLÉMENTAIRE SANTÉ : UNE BONNE COUVERTURE QUI LAISSE MALGRÉ TOUT UN CERTAIN NOMBRE D’ÉTUDIANT-E-S SUR LE BAS-CÔTÉ Le système d’assurance maladie étant construit en France autour d’une participation financière des usagers (directe ou non), les enjeux autour de la protection sociale et de l’assurance maladie sont importants pour éclairer la santé des étudiant-e-s, et ce d’autant plus qu’ils sont dans une situation complexe marquée par le départ du foyer parental qui n’est pas forcément synchronisé avec l’entrée sur le marché du travail. Dans ce contexte, la protection sociale des étudiant-e-s s’illustre avant tout par leur affiliation à la sécurité sociale et leur couverture complémentaire (mutuelle). L’enquête menée en 2013 montre que les étudiant-e-s sont massivement couverts par la sécurité sociale (69,6 % sont couverts par une sécurité sociale étudiante, c’était le cas de 71,2 % des étudiant-e-s en 2010). Cette forte majorité ne doit pas masquer le fait que les étudiant-e-s sont plus nombreux en 2013 à ignorer leur affiliation à une sécurité sociale qu’en 2010 : près de 1 étudiant-e sur 10 ne sait pas s’il est couvert en 2013, c’était le cas de 6,6 % d’entre eux en 2010. 3 C’est d’ailleurs au sein des milieux populaires que l’on observe les plus grands écarts de satisfaction entre femmes et hommes.
  • 4. 238 Hommes et femmes sont inégaux dans leur connaissance de leur protection sociale puisque 12 % des étudiants contre 8,3 % des étudiantes ne savent pas s’ils sont affiliés au régime de sécurité sociale étudiante pour 2013. Les travaux antérieurs en économie de la santé ont montré que l’affiliation à la sécurité sociale, comme l’acquisition d’une complémentaire santé ne protège pas totalement contre le renoncement aux soins notamment pour ceux dont le reste à charge est le plus élevé. Toujours en regardant la protection sociale des étudiants, force est de constater qu’ils sont en grande majorité couverts par une assurance complémentaire. Cela est d’autant plus important pour des étudiant-e-s qui se retrouvent confrontés aux dépassements d’honoraires des professionnels de santé (situation importante dans les grandes villes qui sont également des grands pôles universitaires). Ces dépassements, aussi coûteux soient-ils, peuvent être partiellement ou totalement pris en charge par la complémen- taire, à condition d’en avoir une. La tendance générale de l’évolution entre 2010 et 2013 montre que, si la protection par la mutuelle des parents semble décliner (43,4 % en 2013 contre 45,8 % en 2010), le taux de couverture par mutuelle étudiante est identique (23,7 %, autant qu’en 2010), tout comme le taux d’affiliation par une autre mutuelle (14,3 % en 2013 contre 15 % en 2010). Avec l’avancée en âge, l’affiliation à la mutuelle des parents tout comme à celles des étudiants décroît, en raison notamment d’une entrée progressive dans la vie active. Les autres mutuelles/assurances semblent donc prendre le relais petit à petit, même si, rappelons-le, en 2013, l’assurance maladie complémentaire employeur n’était toujours pas obligatoire. Tableau 2 Complémentaire santé selon l’âge et le sexe des étudiant-e-s (en % colonnes) Hommes Femmes Totaldes étudiant-e-s(2013) Totaldes étudiant-e-s(2010) < 19 19-20 21-22 23-25 26 Totaldes hommes < 19 19-20 21-22 23-25 26 Totaldes femmes Mutuelle des parents 48,6 48,4 44,5 33,7  4,6 38,5 59,1 57,5 57,5 44,0  4,2 47,5 43,4 45,8 Mutuelle étudiante 28,2 29,7 28,9 24,5 15,8 26,3 23,0 24,5 21,4 22,6 11,6 21,3 23,7 23,6 Autre mutuelle/ assurance  2,3  3,8  9,3 18,4 44,6 13,4  1,8  4,0  9,7 16,5 57,3 15,0 14,3 15,0 CMUC  1,6  1,6  3,4  4,8 11,7  4,0  1,3  1,9  2,6  3,8  8,8  3,3  3,7 3,13 Pas de mutuelle  3,6  4,0  5,8 13,2 19,4  8,2  3,3  4,9  5,3  9,8 14,5  7,0  7,6  7,3 Ne sait pas 15,7 12,5  8,2  5,4  3,9  9,5 11,4  7,2  3,4  3,2  3,6  5,7  7,5  5,1 Source : enquête « Conditions de vie 2013 ». Champ : ensemble des répondants (n = 40 911). Note de lecture : 8,2 % des étudiants et 7 % des étudiantes ne sont pas couverts par une complé- mentaire santé (mutuelle). Le taux relativement élevé de couverture par complémentaire santé des étudiant- e-s doit malgré tout être nuancé par le fait que plus de 7 % des étudiants enquêtés déclarent ne pas avoir de couverture complémentaire (contre 5 % en population générale, ESPS 2012), et ils se révèlent aussi nombreux à ignorer s’ils ont une com- plémentaire santé, malgré l’importance d’une telle couverture dans le recours aux
  • 5. 239 soins. En effet, la littérature montre bien que l’absence de complémentaire creuse les disparités entre les étudiant-e-s, dans la mesure où ces derniers renoncent plus facilement aux soins (Vial 2011 ; Célant, Guillaume, Rochereau, 2014 ; Célant, Dourgnon et al., 2014 ; Vial, 2014 ; Chauveaud, Warin, 2014). Si cela peut s’expliquer en partie par des raisons financières, on peut se demander si une partie de ces étudiant-e-s n’ignore pas ce qu’est la complémentaire santé. Les travaux de l’Observatoire des non-recours aux droits et services (ODENORE) montrent à ce titre qu’une part non négligeable de ces étudiant-e-s pourraient bénéficier de la CMU-C comme ouvrant droit, puisqu’ils remplissent pour une partie d’entre eux les conditions cumulatives d’autonomie rési- dentielle, financière et fiscale. « Il convient toutefois de distinguer les étudiants qui n’ont pas de complémentaire santé et qui ne peuvent pas être éligibles à la CMU-C de ceux qui pourraient l’être alors qu’ils n’en ont pas. Les profils sociaux des uns et des autres divergent. » (Chauveaud, Warin, 2014). Seuls 3,7 % des étudiant-e-s sont affiliés à la CMU-C. Outre les conditions d’accès, ce faible taux peut s’expliquer en partie par la méconnaissance du dispositif et le manque de lisibilité de celui-ci par les jeunes, même étudiant-e-s. Des travaux ont montré que, en population générale, parmi les bénéficiaires potentiels de la CMU et de la CMU-C, un grand nombre ne fait pas valoir leurs droits. Il s’agit notamment de jeunes qui n’y pensent pas forcément car ils se trouvent en bonne santé, mais la raison peut tenir aussi à la peur de la stigmatisation ou au fait de trouver les démarches trop compliquées (Chauveaud, Warin, 2014). LE RENONCEMENT AUX SOINS : UNE SITUATION QUI CONCERNE PLUS DE 1 ÉTUDIANT-E SUR 4 L’état de santé des étudiant-e-s en 2013 ne peut être lissé à travers la bonne couverture par l’assurance maladie et une auto-estimation de la santé très positive. L’accessibilité financière aux soins constitue un critère essentiel pour comprendre les comporte- ments : les raisons financières font parties des principales raisons au renoncement aux soins 4. Toutefois, cet indicateur ne peut suffire pour saisir les enjeux, plus géné- raux, du renoncement aux soins. L’enquête « Conditions de vie » montre combien le contexte socio-économique et environnemental, les comportements et les modes de vie entraînent un impact sur le report ou le renoncement aux soins 5. Même si le non-recours aux soins n’est pas nécessairement vécu ni perçu par les personnes concernées comme un problème ou un risque, les enquêtes montrent que les jeunes sont nombreux à reporter des soins les concernant ou à y renoncer. Le renoncement aux soins, un marqueur fort de précarité, touche une part importante de la population étudiante, de l’ordre de 1 sur 4, contre 1 personne sur 7 dans la population générale (Després et al., 2011). Plus de un quart des étudiant-e-s déclarent avoir déjà renoncé à se rendre chez un médecin en 2013 (27,2 %). Contrairement à ce que l’on pourrait penser spontanément, la raison financière est la seconde raison avancée par les étudiant-e-s concernés pour expliquer leur renoncement : plus de la moitié (54,9 %) déclare avoir préféré « attendre que les choses aillent mieux d’elles-mêmes », quand 48,6 % évoquent des raisons financières. Même si renoncer ne signifie pas pour autant ne consommer aucun soin : 46,5 % des étudiant-e-s déclarent d’ailleurs s’être soignés par eux-mêmes, il n’empêche que le renoncement a des conséquences sur l’état de santé futur. 4 Le renoncement aux soins vise à identifier des besoins non satisfaits, c’est-à-dire non reçus alors que la personne en ressentait la nécessité. 5 Bien qu’il eût été intéressant de savoir à quels types de soins les étudiant-e-s déclaraient avoir déjà renoncé, l’enquête « Conditions de vie 2013 » ne permet d’éclairer que de manière très limitée cette problématique.
  • 6. 240 S’il est extrêmement complexe de distinguer ce qui est choisi de ce qui est subi dans le renoncement, force est de constater que, au-delà du sujet financier, la question des emplois du temps, de la charge organisationnelle que cela impose de consulter un médecin, est relativement forte (35,4 % des étudiant-e-s déclarent que leur emploi du temps ne leur permettait pas). Cette tension sur l’organisation et l’arbitrage de priorité est complexe dans une période de la vie où les jeunes doivent mener de front leur formation et leur insertion dans l’emploi. Le risque d’une perte de revenus, voire de perte d’emploi, incite les étudiant-e-s à ne pas arrêter de travailler pour se soigner ni pour réaliser une visite médicale de contrôle, d’autant plus fortement que l’emploi devient rare en période de crise. Les enquêtes auprès de la population générale indiquent que, si les femmes se rendent globalement plus souvent que les hommes chez les professionnels de santé, elles renoncent également plus souvent aux soins qu’eux, parmi les étudiant-e-s 28,7 % des femmes et 25,4 % des hommes déclarent avoir déjà renoncé à voir un médecin, cette situation est avant tout préoccupante pour les jeunes issus des milieux sociaux populaires, où l’on retrouve un écart de 5 points entre les femmes et les hommes au détriment des premières (toutes raisons confondues : 32,3 % des étudiantes de milieu populaire ont déjà renoncé à des soins contre 27,3 % des étudiants du même milieu social). De l’autre côté de l’échelle sociale, l’écart demeure (3,2 points) toujours en défaveur des femmes (23,8 % des étudiantes de milieu supérieur ont déjà renoncé à voir un médecin tandis que c’est le cas de 20,6 % des étudiants). Une approche plus fine permet de voir que parmi les étudiant-e-s qui ont déclaré avoir renoncé à voir un médecin, les hommes issus de milieu social supérieur disent davantage renoncer aux soins que les autres hommes et femmes (tous milieux confondus), en attendant que « les choses aillent mieux », ce qui peut être rapproché du capital social et du capital santé dont ils bénéficient et qui peut leur permettre de reporter ces soins. À l’inverse, les femmes de milieu populaire sont surreprésentées parmi les étudiant-e- s qui renoncent aux soins pour des raisons financières. Ces indicateurs soulignent combien les étudiant-e-s sont inégalement concernés par le renoncement aux soins, plus largement ils permettent de montrer combien, en temps de crise, les inégalités sociales se creusent et provoquent des effets notamment sur l’état de santé (Beck, Amsellem-Mainguy, 2012). Dans cette situation, plus du quart des étudiant-e-s déclare exercer une activité rémunérée en parallèle des études (28 % en 2013), ce qui n’est pas sans conséquence sur la gestion de leur emploi du temps et des priorités qu’ils placent dans le reste du temps disponible : parmi ceux qui déclarent avoir déjà renoncé à des soins, 1 étudiant-e sur 3 évoque des difficultés d’emploi du temps. Lorsqu’on s’intéresse de plus près au renoncement pour raison de financière, on constate que cette situation augmente de manière constante avec l’âge jusqu’à 25 ans pour baisser de manière impressionnante à 26 ans et plus, sans redescendre pour autant à des niveaux identiques à ceux des étudiants de 20 ans ou moins. Cela s’explique par l’entrée croissante des étudiant-e-s sur le marché du travail, une plus grande autonomie financière et une décohabitation du foyer parental davantage marquée. Avec des ressources moyennes de 1,4 à 2,5 fois supérieures à celles des tranches d’âge inférieures, les étudiant-e-s de 26 ans et plus commencent à bénéficier des effets protecteurs de l’insertion dans la sphère professionnelle (Belghith, 2014).
  • 7. 241 Tableau 3 Raisons du renoncement aux soins selon le milieu social et le sexe (en %) Hommes Femmes Total général Classe supé- rieure Classe moyenne Classe populaire Total des hommes Classe supé- rieure Classe moyenne Classe populaire Total des femmes Attendre que les choses aillent mieux 63,1 62,4 59,2 59,6 57,0 53,8 48,7 51,3 54,9 Raisons financières 32,4 42,7 42,5 41,6 44,4 54,7 58,3 54,0 48,6 Se soigner par soi-même 51,3 51,0 48,0 48,6 47,7 47,8 44,7 44,9 46,5 Emploi du temps ne le permet pas 36,7 32,4 32,3 32,2 42,3 38,0 35,4 37,9 35,4 Ne connaît pas de bon médecin 14,5 12,6 10,9 12,2 18,1 17,4 13,9 15,5 14,1 Peur d’aller voir un médecin, de faire des examens médicaux  7,8  8,1  7,3  7,0  7,3  8,0  9,1  8,0  7,6 Autres raisons  9,6  4,5  6,3  7,5  5,4  6,5  4,8  5,6  6,5 Source : enquête « Conditions de vie 2013 ». Champ : étudiant-e-s déclarant avoir renoncé au moins une fois à voir un médecin (n = 11 008), les % colonnes excèdent les 100 % puisqu’il s’agit d’une question à choix multiple. Lecture : parmi les étudiants qui ont déjà renoncé à voir un médecin, 63,1 % des hommes issus de la classe sociale supérieure déclarent qu’ils ont préféré attendre que les choses aillent mieux. Tableau 4 Un renoncement aux soins pour des raisons financières qui augmente avec l’âge jusqu’à 25 ans (en %) Avoir déjà renoncé à des soins pour raisons financières N’avoir jamais renoncé à des soins pour raisons financières Total [< 19 ans]  5,7 94,3 100 [19-20 ans] 10,5 89,5 100 [21-22 ans] 14,6 85,4 100 [23-25 ans] 20,3 70,7 100 [26 et > [ 15,6 84,4 100 Ensemble 13,2 86,9 100 Source : enquête « Conditions de vie 2013 ». Champ : ensemble des répondants (n = 40 911). Lecture : 94,3 % des étudiant-e-s âgés de 19 ans ou moins déclarent n’avoir jamais renoncé à des soins pour des raisons financières.
  • 8. 242 CONDITIONS DE LOGEMENT, CONDITIONS DE SANTÉ : UN LIEN QUI PERDURE La situation de crise économique tend à rallonger la période d’insertion, et les trajectoires de décohabitation des jeunes sont marquées par des phases d’aller et de retour au foyer familial. Toutes les analyses montrent que rares sont les étudiant-e-s qui, au cours de leurs études, échappent à la précarité du travail et du logement. Néanmoins, tous les étudiant-e-s ne vivent pas ces moments de manière identique, et l’un des principaux critères de distinction continue d’être le fait d’habiter ou non chez ses parents (Verley, Zilloniz, 2011). La décohabitation a pour conséquence évidente une augmentation du coût de la vie (loyer, nourriture, factures, frais de transport), qui s’exerce inégalement sur les budgets des familles selon leur niveau de revenu ; les étudiants issus des milieux populaires se trouvent dans des situations plus fragiles que les autres (même s’ils bénéficient d’une bourse sur critères sociaux). La possibilité d’obtenir un logement indé- pendant lorsqu’on est étudiant-e est fortement corrélée à la situation familiale (garant, caution…). En effet, si l’accès au logement autonome constitue pour les jeunes un enjeu majeur dans la transition vers l’âge adulte (l’âge moyen à la décohabitation est d’environ 23 ans en France), cette précocité est toutefois relative et s’explique largement par les droits ouverts dès 18 ans aux aides personnalisées aux logements (APL). La question de l’indépendance résidentielle ne peut donc être comprise qu’en lien avec la dépendance financière des jeunes (et plus encore des étudiant-e-s) à l’égard de leurs familles, et contribue à creuser l’écart entre ceux qui peuvent bénéficier d’une aide et les autres (les plus pauvres ou ceux qui sont en rupture familiale par exemple). La familialisation des politiques publiques en direction des jeunes (au sens où l’on considère que la famille demeure le pilier principal de la prise en charge des études et de l’insertion socio-éco- nomique des jeunes) tend à maintenir les étudiant-e-s en situation de dépendance économique vis-à-vis de leurs parents, la famille reste pour la plupart d’entre eux la première ressource financière. C’est la classe d’âge dont le niveau des revenus d’activité est le plus faible et le niveau de loyer le plus élevé. Il est possible d’établir un lien entre l’indépendance en matière de logement et le non-recours aux soins. Tableau 5 Décohabitation et renoncement aux soins selon le sexe (en %) A déjà renoncé à aller voir un médecin N’a jamais renoncé à aller voir un médecin Total Homme 25,4 74,6 100 Cohabitant 21,3 78,7 100 Décohabitant semi-indépendant 20,7 79,3 100 Décohabitant indépendant 30,6 69,4 100 Femme 28,6 71,4 100 Cohabitante 21,9 78,1 100 Décohabitante semi-indépendante 23,6 76,4 100 Décohabitante indépendante 35,4 64,6 100 Total 27,1 72,9 100 Source : enquête « Conditions de vie 2013 ». Champ : ensemble des répondants (n = 40 911). Lecture : 30,59 % des étudiants ne vivant plus chez leurs parents (décohabitants indépendants) déclarent avoir déjà renoncé à aller voir un médecin.
  • 9. 243 Le renoncement à aller voir un médecin déclaré par les étudiant-e-s est associé à la situation face au logement, et bien évidemment aux revenus qui, naturellement, jouent un rôle dans le renoncement aux soins des plus précaires. Ainsi on peut voir que les étudiant-e-s habitant chez leurs parents totalement ou partiellement (décohabitants semi-indépendants) ont des pratiques assez similaires au regard du renoncement aux soins. À l’inverse, on constate un écart important (10 points) avec les étudiant-e-s totalement indépendants (c’est-à-dire ne revenant plus dormir chez leurs parents ou qu’occasionnellement). En effet, près de 3 étudiants sur 10 vivant hors du foyer parental ont déjà renoncé à des soins tandis que c’est le cas de 2 étudiants sur 10 vivant par- tiellement hors de chez leurs parents ou encore chez leurs parents. Les écarts entre les femmes et les hommes mettent en lumière combien les conditions de logement impactent le recours aux soins des étudiantes. La famille et le maintien de la relation familiale jouent donc un rôle non négligeable de protection en matière de santé. C’est ainsi entre le départ du foyer parental et l’indépendance économique – période qui marque les années étudiantes – que les situations de non-recours aux soins sont les plus importantes. Tout porte à constater que ce n’est pas l’isolement de chacun de ces événements qui entraîne des situations de vulnérabilité. Au contraire, on perçoit combien tout cela s’inscrit dans un processus cumulatif qui, par conséquent, impacte la santé des étudiant-e-s et plus largement a des conséquences sur leurs parcours de vie. CONCLUSION : LES DÉTERMINANTS DES INÉGALITÉS SOCIALES DE SANTÉ ENTRE LES ÉTUDIANT-E-S RESTENT EXTÉRIEURS AU SYSTÈME DE SOINS Penser les situations de vulnérabilité que rencontre une partie des étudiant-e-s, c’est avant tout rendre compte de la dimension multifactorielle des inégalités sociales de santé qui trouvent leur source au-delà des questions purement sanitaires. Il s’agit donc bien de rendre compte des interactions de différents facteurs pour comprendre leur impact sur la santé des étudiants : risques individuels, environnementaux, mais aussi représentations et normes collectives. Alors que le sens commun conduit souvent à envisager des situations relevant de la grande précarité pour penser les inégalités sociales de santé, il apparaît en réalité que chez les étudiant-e-s cette question s’inscrit dans un continuum qui n’oppose pas uniquement les plus démunis aux autres. Les inégalités sociales de santé résultent à la fois du contexte socio-économique et envi- ronnemental, des comportements et des modes de vie, ainsi que du recours aux soins. De cette manière, les données des différentes études reflètent un processus cumulatif. Les résultats de l’enquête « Conditions de vie 2013 » confirment que les étudiant-e-s se déclarent plutôt en bonne ou très bonne santé. Toutefois, certaines disparités persistent, tant dans la perception qu’ils ont de leur santé que dans le recours et leur renoncement à aller consulter un professionnel de santé. Ainsi, les étudiantes présentent une insatisfaction plus forte vis-à-vis de leur santé que les étudiants, et des renoncements aux soins plus élevés (les enquêtes en population générale montrent également que les femmes déclarent plus de consultations médicales que les hommes). L’expression différente de la maladie, de la santé, de l’image de soi, du rapport au corps, dépend également des rôles sociaux attendus pour chaque sexe. Dans ce contexte, les étudiantes – comme les autres femmes de leur génération – sont en première ligne pour les normes esthétiques et corporelles qu’on leur impose et sont plus fréquemment insatisfaites de leur état de santé global. À cela s’ajoute le poids de
  • 10. 244 la disparité des situations socio-économiques des étudiant-e-s et de l’impact du milieu social d’origine, où ceux issus de milieux populaires sont toujours plus nombreux à renoncer au médecin. Les enjeux autour de la décohabitation et le fait de posséder un logement fixe à soi, tout comme la moindre réussite à l’université sont sources à la fois de difficultés financières et d’un sentiment de ne plus être dans la norme, d’être écarté de certaines opportunités sociales. Se retrouver dans situations de vulnérabilité n’est donc pas sans conséquence sur le sentiment d’être en mauvaise santé. Dans une situation marquée par un renoncement aux soins important, les données du baromètre Santé 2010 montrent que relativement peu d’étudiant-e-s déclarent avoir déjà utilisé les services de santé offerts par leur université, alors même que les personnels de santé devraient être connus et reconnus comme des interlocuteurs privilégiés dans le cadre du développement de la prévention et de la promotion de la santé des étudiant-e-s. Les missions à la fois préventives et curatives, de la médecine universitaire semblent insuffisamment connues des étudiant-e-s. Les constats sont similaires à propos de la médecine scolaire pour les plus jeunes, ce qui marque l’absence de socialisation à une médecine de proximité liée au cadre d’études et à une méconnaissance des acteurs de santé de première ligne. Si un accès équitable aux soins apparaît comme un enjeu majeur, les déterminants des inégalités sociales de santé restent extérieurs au système de soins (le travail, l’habitat, l’éducation, les revenus, les conditions de vie font partie des exemples majeurs) et justifient des interventions intersectorielles sur la santé et les comportements de santé (Leclerc et al., 2008). Au final, les inégalités sociales de santé des jeunes sont à replacer dans un contexte plus large et ne peuvent être prises en compte de manière isolée. Elles s’imbriquent, se cumulent et trouvent leurs racines dans de nombreuses autres inégalités sociales dont il faut tenir compte pour pouvoir proposer des réponses pertinentes et efficaces en termes de politiques publiques. RÉFÉRENCES Beck F., Amsellem-Mainguy Y., « Les inégalités sociales de santé. Vers une prévention mieux ciblée », in Labadie F. (dir.) Inégalités entre jeunes sur fond de crise, Rapport de l’Observatoire de la jeunesse 2012, INJEP-La Documentation française, 2012, pp. 124-136. Belghith F., « Pourquoi les étudiants renoncent-ils à se soigner ? », Santé Autrement Magazine, dossier « La santé des étudiants », 2014, http://www.santeautrementma- gazine.fr/2014/pourquoi-les-etudiants-renoncent-ils-a-se-soigner/] Bendit R., Hein K., Biggart A., « Autonomie retardée et négociée : l’émancipation résiden- tielle des jeunes Européens », Politiques sociales et familiales, 2009, no 97, pp. 5-12. Célant N., Dourgnon P., Guillaume S., Pierre A., Rochereau T., Sermet C., « L’enquête santé et protection sociale ESPS 2012. Premiers résultats », Questions d’économie de la santé, mai 2014, no 198. Célant N., Guillaume S., Rochereau T., « Enquête sur la santé et la protection sociale en 2012 », rapport no 556, 2014. Chauveaud C., Warin P., L’Absence de complémentaire santé chez les étudiants. Résultats d’une enquête déclarative, Observatoire des non-recours aux droits et services (ODENORE), 2014, https://odenore.msh-alpes.fr rubrique « Études et recherches » Cordazzo P, Ebersold S. (coord.), « Handicap, passage à l’âge adulte et vulnérabilités », Agora débats/jeunesses, 2015, no 71, dossier thématique. Després C. et al., « Le renoncement aux soins : une approche socio-anthropologique », Questions d’économie de la santé, 2011, no 169, octobre, IRDES.
  • 11. 245 Kesteman N., « Le logement des jeunes : synthèse des études statistiques récentes », Politiques sociales et familiales, 2010, vol. 99 no 1, pp.113-120 Labadie F. (dir.), Inégalités entre jeunes sur fond de crise. Rapport de l’Observatoire de la jeunesse 2012, La Documentation française, 2012. Ménard C., Guignard R., « Santé et consommation de soins des 15-30 ans », Baromètre de santé des jeunes. Analyses du baromètre santé 2010, INPES, 2013. Moguérou L., Santelli E., « Modes de (déco) habiter des jeunes descendants d’immigrés », Agora débats/jeunesses, 2012, 61 (2), pp. 79-92 Pan Ké Shon J.-L., Robello S., Inégalités des transitions de logement, discrimination et ségrégation perçues, in Beauchemin C., Hamel C., Simon P., Trajectoires et Origines, Enquête sur la diversité des populations en France, INED, coll. Documents de travail, 2010, no 168, pp. 95-100. Parron A., « L’étape de la décohabitation familiale dans des parcours de devenir adulte de jeunes en situation de handicap psychique », La Nouvelle Revue de l’adaptation et de la scolarisation, 2013, vol. 63, pp. 195-206. Van de Velde C., Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe, PUF, 2008. Verley E., Zilloniz S., « Fragilités économiques, fragilités studieuses », in Galland O., Verley É., Vourc’h R. (dir.), Les Mondes étudiants. Enquête « Conditions de vie 2010 », La Documentation française, 2011. Vial B., « Indicateur de la précarité étudiante. Construction et test : le recours au tutorat », Working Paper de l’ODENORE, no 6, février 2011, http://odenore.msh-alpes.fr/docu- ments/odenorewp6_0.pdf Vial B., « Ces jeunes qui ne viennent pas en mission locale : du délai de latence au phé- nomène du “non-recours” », Les dossiers de la MRIE, octobre 2014, https://odenore. msh-alpes.fr/documents/vial_non-recours_jeunes_missions_locales.pdf