N58

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N58

  1. 1. » lire page 4 » P.18 » P. 21 »   P. 5 CULTURE SPORT » suite page 3 « Soleil d'Été », atteint la perfection PAR ÉLISÉE DÉCEMBRE Le sélectionneur Marc Collat de retour en Haïti ! par Gérald Bordes L'OEA accorde une bonne note au CEP HAÏTI / LÉGISLATIVES La participation n'était pas au rendez-vouspar Evens REGIS MARDI 11 AOÛT 2015 NUMÉRO 58 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI ACTUALITÉ HAÏTI / LÉGISLATIVES Des membres de la mission d’observation de l’OEA en conférence de presse, le 10 août 2015. / Photo : J. J. Augustin Comme prévu dans le calendrier électoral, le premier tour des législatives a été réalisé le dimanche 9 août 2015. Mauvaise planification du Conseil électoral provisoire (CEP), violence, et irrégularités enregistrées dans plusieurs centres de vote ont ralenti les opérations et influé sur la participation des potentiels électeurs. E n termes de participation des électeurs, certains observateurs ont confié que ce n’était pas la grande foule. Le nombre de votants serait très loin, disent- ils, des 40 % prévus par le Conseil électoral provisoire (CEP). Alors que quatre heures de l’après-midi a été l’heure prévue pour la fermeture des opérationsdevote,desurnesobservées après trois heures dans l’après-midi, dans plusieurs bureaux de vote, dans des centres situés à plusieurs endroits dans la capitale, Port-au-Prince, étaient presque vides. Le vote a débuté dans la plupart de ces centres de vote avec deux ou trois heures de retard. Une cinquantaine de centres de vote sur un total de 1 508 pour tout le territoire national, ont également été vandalisés durant cette journée électorale. Déjà des doutes sur la légitimé des futurs élus par Stephen Ralph Henri
  2. 2. 2 | N0 58 MARDI 11 AOÛT 2015 TRIBUNE L e besoin d’occupation naît de la conviction qu’Haïti est un pays occidental, qu’il doit s’intégrer à l’Occident et que, bon gré mal gré, tôt ou tard, il finira par le faire. Bien entendu, l’obstacle majeur à cette intégration ne saurait être le pays lui-même, mais bien ceux qui l’habitent : les Haïtiens ! Lorsque mes interlocuteurs tentent de me placer devant cette disjonction, ce besoin renouvelé de vivre libre ou de mourir, je leur chante ma chanson favorite : Se gran chimen mwen te ye, tout moun pase y ap ri mwen. Se gran chimen mwen te ye, lapli tonbe, mwen pa mouye ! La perspective de l’occupation Vu de cet angle, l’occupation de 1915 s’entend comme la première occupation du pays, surtout lorsque l’on cible les occupations qui se succèdent après le coup d’État du général Cédras en septembre 1990, et que l’on veut y mettre fin sans rien modifier à la structure de base de la société haïtienne. Pour bien saisir le débarquement de 1915, je suggère d’observer cette structure et de se rendre compte qu’il s’agit plutôt de la troisième occupation du pays. La première date du 12 octobre 1492, avec le débarquement de Christophe Colomb. La deuxième, initiée par les Français au milieu du XVIIe siècle, s’officialise avec le Traité de Ryswick en 1697. Les trois occupations partagent un dénominateur commun : elles n’ont aucune justification que les Haïtiens pourraient comprendre. Car elles sont toutes trois immorales : elles résultent des abus des plus forts et du droit de conquête. J’ai émis l’idée que, sur un tel socle, il est matériellement impossible de construire un État de droit, c’est-à-dire un État où la loi est une transcription des droits des Haïtiens (Casimir, 2009 : 66). Partant, il nous revient d’analyser le rôle et les limitations de ceux qui, sans s’en rendre compte peut-être, ne peuvent même pas concevoir le pays sans une présence coloniale d’appui. Se mettre au service de la colonisation, c’est s’efforcer de vivre dans le sens que désirent les colons et sous leur dictée. C’est endosser ce qu’ils ont voulu et veulent faire de nous. Les Haïtiens n’ont pas imaginé l’encomienda et le repartimiento. Ils n’ont pas inventé l’esclavage, la traite des Noirs et la plantation de denrées d’exportation. Ils n’ont pas produit délibérément le dénuement des travailleurs, ni la sous-traitance ni les factories. Ils ne sont pour rien dans les punitions barbares, les tortures, les mutilations de ceux qui tentaient de se soustraire au travail forcé. Ils n’ont pas pris les mesures nécessaires pour s’assurer que l’esclave ne puisse rien avoir qui n’appartienne à son maître (Code Noir, art. 28), et ils ne sauraient plaider coupables du dénuement et de la misère des cultivateurs de la fin du XVIIIe siècle, de la multiplication des déserteurs, des vagabonds, des sans-aveux au XIXe et de l’entêtement des Cacos de Salnave à Benoît Batraville. L’idée que les occupants – espagnols, français ou étatsuniens – se forment de notre personne appartient évidemment à leurs traditions. Dès le début des Temps Modernes, ils conçoivent et institutionnalisent le racisme comme axe des relations humaines. Nous nous connaissions comme des Tainos, et nous voilà devenus des Indiens. Nous étions Aradas, Ashantis, Wolofs, Mandingues, Kongos et autres, et nous voilà transformés en Noirs. Nous voilà dépouillés de tout ce que nous sommes, pour mieux nous conformer au regard des occupants. Ce regard des conquérants fait partie de leur histoire et non de la nôtre. S’en revêtir, c’est adopter comme nôtre cette histoire à eux. C’est accepter que nos pères et mères étaient des sauvages et le sont encore, aujourd’hui, sous nos yeux. C’est cracher sur leur désespoir, leurs souffrances et leurs victoires qui expliquent notre existence et donne lieu à cette conversation. C’est vénérer un futur et un bonheur éternel que, depuis 1492, la chrétienté offre à ses Indiens, à ses engagés, à ses Noirs, à ses cultivateurs… dans l’autre monde. C’est admettre le bien-fondé du génocide, de l’esclavage, de l’extermination des Cacos durant l’Occupation américaine, de la déportation et du massacre des viejos à Cuba, et des braceros en République dominicaine, des campagnes antisuperstitieuses de l’Église catholique, le bien- fondé du régime des Duvalier et des occupations des XXe et XXIe siècles, dans l’espoir qu’un jour, dans quelques siècles à venir peut-être, la modernité frappera à nos portes. Si l’histoire des conquérants se matérialise en Haïti grâce au travail dans les encomiendas et les repartimientos, dans les plantations de denrées et dans les factories, c’est qu’il leur a fallu convertir les Haïtiens (Taïnos, Aradas, Wolofs ou autres) en Indiens et en Noirs. Le Taïno ne naît pas indien, l’Arada ne naît pas noir. Indiens et Noirs sont des œuvres de l’Occident capitaliste où que se pose son regard de conquérant. La couronne espagnole extermine les Indiens, et les quelques Taïnos qui survivent et les marrons de l’île se fusionnent. Les Français n’ont pas raison des nouveaux Haïtiens. Madiou l’observe dès l’introduction de sa monumentale histoire d’Haïti : « (…) l’Africain, quoique esclave, cessa-t-il entièrement d’être libre ? » (Madiou 1848, I : v). L’occupation de l’île ou de la République d’Haïti n’est pas l’occupation des Haïtiens, de leur pensée ni de leur mode de vie. Les serviteurs de l’Occupation Entre 1673 et 1766, les captifs de la Jamaïque la saccagent durant huit soulèvements majeurs. Au cours de la décennie de 1730, les marrons de cette île voisine acculent le gouvernement britannique à signer des traités de paix reconnaissant leur autonomie et les frontières de leurs sociétés villageoises (Dubois & Garrigus, 2006:17). Par contre, Saint-Domingue, « la perle des Antilles », n’enregistre, avant la dernière décennie du XVIIIe siècle, que l’aventure mal connue de Makandal, le Bossale exécuté en 1758. Aussi, les planteurs français se vantent-ils de gérer la plus large population d’esclaves dans la plus paisible des colonies de la Caraïbe. Cette autosatisfaction en dit long sur l’efficacité de la milice coloniale, aidée dès 1730 de la maréchaussée. La force de police, recrutée parmi les libres de couleur, répond de l’ordre colonial. Dans une très large mesure, la fameuse « perle des Antilles » est son œuvre. Julien Raimond, coauteur de la Constitution de 1801 de Toussaint, le clame à tout bout de champ. Il affirme que les gens de couleur ont su seuls contenir les esclaves (1791: ii) dont la cause est séparée de la leur comme la lumière l’est des ténèbres (1791: 2). En 1789, alors que la France érige un monument au peuple souverain, que tout le monde connaît comme la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la presque totalité des personnes qui peuplent la colonie de Saint- Domingue est délibérément éliminée des décisions politiques par ceux qui se feront appeler les héros de l’Indépendance. Durant deux cents ans, leurs successeurs font de leur mieux pour bâillonner ce peuple souverain. *Jean Casimir est docteur en sociologie de l’Université nationale autonome de Mexico, secrétaire général du Centre latino - américain de recherches en Sciences sociales (Brésil - Unesco). Auteur de plusieurs ouvrages, il a été secrétaire des Nations unies à New York et, de 1975 à 1988, il a fait partie de la Commission économique pour l’Amérique latine et la Caraïbe. En 1990, il fut secrétaire général du Conseil électoral provisoire en Haïti, puis ambassadeur d’Haïti à Washington et représentant permanent auprès de l’Organisation des États américains (OEA). 1915 et le besoin d'occupationPar Jean Casimir (Première partie)
  3. 3. MARDI 11 AOÛT 2015 N0 58 | 3 ACTUALITÉ Ramener le souverain ! Haïtivaseretrouverbientôt,certainement,avecunnouveauparlement. Ilétaitnécessairederenouvelernotrepersonnelpolitique. Maisentreuneréalitéetuneautrequ’onfabrique,ilyatoutunabîme. Etc’estdanscegouffrequ’ilfautéviterdetomber. Laprécaritédanslaquellevitlapopulationengénéraletcequinousrestedeclasses moyennesrendpossiblesdesacrobatieshallucinantes. Cequiesttoujourschoquant,c’estdevoirlenombred’intelligenceshaïtiennesqui fontdesgénuflexionsdevantl’étrangeretquipartentdupostulatquec’estl’étranger quiplanifieetquidécidedetout. Commes’ilyavaittoujourscheznousdescolonsetdescommandeurs. Des commandeurs qu’on retrouve et qu’on achète trop souvent dans une classe quiauraitdûêtrelemoteurduchangementenHaïti,carc’estellequiadevraies attachesaveccetteterrequenousontléguéenosancêtres. L’étonnant dans ce qu’on est en train de vivre, c’est avec quelle facilité on recom- menceunjeudéjàconnuavecunscénariodéjàétabliquinousdonneratoujours cetteinstabilitéquiempêchera–est-celebutrecherché?–laremiseàflotdela barquenationale. Ons’attendaitauxdéclarationsdelacommunautéinternationale.Elleasonagenda dont les résultats au cours de ces dernières décennies ne sont nullement à son avantage.Maismalheureusement,riennesedégageencoredenotresociétépour quel’étrangerseretrouvefaceàdesinterlocuteursdécidésàchangerladonnedans l’intérêtdelanationhaïtienne. Ilfaudraencoreetencoretravailleràunsursautdenotrecorpssocialdanstoutes sescomposantespourqu’enrestantdanslecadredémocratique,quelesexperts enchaostententdedévoyer,noustrouvionslaforceetl’énergienécessairesafinde construiredesalternativespourcontrertoutprojetantinational.Danscenouveau paradigme, nous serons seuls, livrés à nous-mêmes. Mais si nous voulons être conséquents avec ce qui nous reste de mémoire, avec ce qui nous reste de fierté, nousn’avonspaslechoix. Laquestionquelesvraispolitiquesdevraientseposer, c’estcommentramenerle souverain, le peuple, dans le jeu politique, alors que dans une proportion dom- mageablepourlefonctionnementd’unevraiedémocratie,ilnes’estpasprésenté auxurnes.Sicettequestionn’estpastraitée,oncourtlerisquedel’installationd’une dictaturedéguisée. Toutseraentreprispourtordrelaréalité.Maislaréalitéresteracequ’elleest. Gary VICTOR Édito La participation n'était pas au rendez-vouspar Evens REGIS HAÏTI/LÉGISLATIVES Ce qui est de nature à réduire un peu plus le taux de participation vu que les élections ont été annulées dans ces entités saccagées. Vers les dix heures, dans la matinée du dimanche, à l’École normale de Martissant, dans un bureau de vote choisi au hasard, les MBV ont enregistré, sur une liste de 470 potentiels votants, seulement 36 votes, y inclus les mandataires des partis, bien que les opérations aient débuté depuis 6 h a. m. Ce fut le même constat pour le centre de vote placé au stade national Sylvio Cator, après midi, dans un bureau choisi également au hasard, le nombre de votants était évalué à 13, toujours sur un total de 470, dans ce centre logeant 26 bureaux de vote. Le déplacement des centres de vote a été l’élément annoncé par les citoyens rencontrés, qui justifierait cette faible participation. C’était le cas au centre de vote du Lycée national Toussaint Louverture, transféré à la rue des Casernes au collège Elie Dubois. Les électeurs n’ont pas pu trouver leurs noms sur la liste électorale provisoire (LEP). Très en colère, ils sont partis sans voter. Au Lycée Daniel Fignolé, vers les onze heures, le processus était déjà interrompu. Les électeurs arrivés après n’ont pas eu la chance d’accomplir ce devoir qu’ils étaient venus accomplir. C’était le même cas de figure aux lycées Anténor Firmin, Jean Jacques Dessalines, du Cent- Cinquantenaire, de Carrefour- Feuille, Horacius Laventure, Pétion-Ville, ainsi que dans les centres logés à l’École méthodiste de Frères, à l’école des Frères de l’instruction chrétienne de Pétion- Ville. La recette était tout aussi famélique au building du tour 2004, et dans plusieurs écoles nationales, comme celles de la République du Pérou, du Guatemala, et du Paraguay. À petit-Goave, Arcahaie, Dondon, Saint-Marc, Grande- Saline, Limonade, Cap-Haïtien, Sainte-Suzanne, etc., plusieurs centres de vote ont connu, eux aussi, des moments difficiles, ce qui expliquerait, selon les observateurs électoraux tant nationaux qu’internationaux interrogés, qu’une quantité importante de l’électorat n’a pas choisi de prendre la route des urnes durant ce premier tour des législatives. Des membres d’un bureau de vote attendant des électeurs. / Photo : J. J. Augustin » suite de la première page
  4. 4. WWW.LENATIONAL.HT 10, RUE GABART · PÉTION-VILLE EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, KENSON DÉSIR, REYNOLD ARIS, SCHULTZ LAURENT JUNIOR WALTER CAMEAU PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ, JACKSON JOSEPH GRAPHISTE : JUNIOR ADME CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA DISTRIBUTION : PIERRE PAUL EMMANUEL ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE ••••••••••••• IMPRIMÉ EN HAÏTI PAR LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A 4 | N0 58 MARDI 11 AOÛT 2015 ACTUALITÉ L ’OEA croit que les scrutins ont été une réussite sur tout le territoire de la République. Près de 33 % des représentants des partis politiques et 24 % des observateurs nationaux constitués de femmes y ont pris part, si l’on en croit les propos du chef de cette mission, José Enrique Castillo Barrantes. Aussi a-t-il souligné que le Conseil électoral provisoire (CEP) a consenti d’énormes efforts en matière d’éducation électorale. Le numéro un de cette mission a en outre salué l’affichage des listes électorales dans les différents centres de vote, lors de ces législatives. Selon lui, cette pratique contribue à assurer une plus grande transparence dans le cadre de ces élections. Il a toutefois fait remarquer que cela pouvait se réaliser de manière anticipée au scrutin en vue de permettre aux citoyens de mieux identifier leurs bureaux de vote. José Enrique Castillo a toutefois dit regretter les actes de violence enregistrés à plusieurs endroits durant ce scrutin. Il a indiqué que le processus a accusé un certain retard dans certaines zones géographiques du pays. Ce qui est contraire au décret électoral. Il a en outre affirmé que, dans l’ensemble, le processus électoral a pu se tenir et arriver à terme dans la grande majorité des centres de vote. Quant aux bureaux de vote qui ont été fermés prématurément, José Enrique Castillo Barrantes informe qu’il ne revient pas à la mission de l’OEA de résoudre ce problème. Il incombe à l’institution électorale de décider. Élections : Taux de participation en dessous des attentes ? Interrogé à ce sujet, le chef de la Mission a indiqué qu’il ne dispose pas de chiffres en ce qui concerne le taux d’abstention. Il rappelle que le CEP n’en a pas communiqué non plus, lors de sa conférence de presse, le dimanche 9 août, au terme du scrutin. Selon ce qu’a indiqué M. Castillo, il est en train de recueillir les éléments d’information y relatifs. Pour l’instant, dit-il, il n’est pas en mesure d’avancer de chiffres relatifs à la participation des électeurs. Toutefois, il a tenu à préciser que les premières données témoignent d’une faible participation. D’autre part, il a indiqué qu’il faut se rappeler qu’en Haïti le vote n’est pas obligatoire. Ce volet revêt une grande importance dans le cadre de la démotivation des citoyens. Le vote, souligne-t-il, est perçu comme un droit, mais non comme une obligation. Et c’est dans ce contexte qu’il convient de placer quels que soient les chiffres que l’on pourrait avancer dans les prochains jours. Se gardant de se prononcer sur l’implication des organismes internationaux, notamment de l’OEA, dans les résultats des élections en Haïti, le chef de la mission hémisphérique a indiqué que le rôle de l’Organisation consiste à observer, constater et à faire des recommandations au gouvernement et au CEP. Mais il affirme être en dehors des activités électorales. « Chaque élection est un défi pour le pays. Nous espérons que le peuple haïtien parviendra à le relever au fur et à mesure en améliorant les mécanismes qui s’y rapportent. Monsieur Castillo a, par ailleurs, annoncé le déploiement d’une nouvelle mission de l’OEA au mois d’octobre prochain. Il informe qu’à la fin processus électoral, la Mission soumettra un rapport contenant des informations et des recommandations au Conseil permanent de l’OEA en vue d’appuyer le système national haïtien. Quid de la mission de l’OEA ? Le chef de la Mission a, par ailleurs, expliqué que la MOE s’est penchée, depuis son arrivée dans le pays, sur les questions liées au registre électoral et sur la diffusion de l’information nécessaire aux citoyens dans le cadre de ce vote. La MOE, dit-il, prend note des efforts du CEP en matière d’éducation électorale. Il informe que ces efforts méritent d’être renforcés afin d’encourager la participation des électeurs à la présidentielle, aux municipales et locales. Il a aussi préconisé la mise en place d’une campagne d’éducation civique en vue de sensibiliser la population. Nos observateurs, poursuit M. Castillo, ont été témoins d’une certaine confusion relative à la procédure de vote, tout particulièrement dans le cas de ces législatives. Ce problème aurait pu être évité par l’affichage d’instructions visibles dans tous les BV. Les élections présidentielles, municipales et locales, souligne-t-il, représentent de grands enjeux. Ainsi, elles seront encore plus complexes. Pour ce faire, il sera fondamental pour l’institution électorale d’arriver à une meilleure coordination du processus. À cet effet, la présence d’un plus grand nombre de superviseurs et d’agents d’information du CEP dans les centres de vote est nécessaire. Depuis les élections de 2010, les missions d’observation des élections en Haïti, telles l’Onu et l’OEA, ne sont pas en odeur de sainteté. De nombreuses dérives leur sont reprochées compte tenu de leur implication dans les résultats de ces scrutins. L'OEA accorde une bonne note au CEPpar Reynold Aris HAÏTI/LÉGISLATIVES Alors que les élections législatives du 9 août 2015 sont l’objet des critiques des partis politiques, les organismes internationaux, eux, parlent de réussite. C’est le cas de l’Organisation des États américains (OEA) qui en a profité, lundi, pour annoncer une nouvelle mission d’observation en Haïti pour le premier tour de la présidentielle prévu le 25 octobre prochain. » suite de la première page
  5. 5. « Les élections ont été très mal organisées », affirme, le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), Pierre Espérance, qui a été sur le terrain pour observer le déroulement du processus. Le cadre installé dans les centres de vote n’était pas approprié pour faciliter la tâche aux électrices et électeurs. Des bureaux de vote sont placés sous le soleil dans la cour de certains centres de vote, les isoloirs sont placés dans certains cas à environ 60 centimètres du sol, et dans d’autres cas n’offrent aucune discrétion. Une autre difficulté est l’aménagement des bureaux dans de petites salles coincées, sans oublier les divers actes de violence ayant au moins débouché sur un mort. Il est visible que « le traitement infligé aux membres de la population (les votants) est inacceptable (…) », et dans ce contexte « le CEP et le gouvernement ont démontré qu’ils n’étaient pas capables d’organiser les élections ». Le Réseau ne partage pas non plus l’idée d’une satisfaction globale que s’attribuent les autorités. « Non ! » répond Pierre Espérance, sur la question, dans une entrevue accordée au National. La Commission épiscopale nationale, justice et paix (CE-Jilap) a été aussi sur le terrain. La direction nationale de la Commission partage les idées du RNDDH. Jocelyne Colas, directrice nationale de la CE-Jilap, essaie de trouver un sens à l’expression de satisfaction du gouvernement et du Conseil électoral provisoire. « Si le CEP avait pris le 9 août pour un test, alors c’est un test réussi ; car il (le CEP) a bouclé la journée de vote. » Les observateurs de la CE-Jilap ont vu une journée de vote se dérouler dans « une atmosphère de doute et de peur ». Une irrégularité en a appelle une autre dans cette journée ; les électeurs ne trouvent pas leurs noms sur les listes électorales partielles (LEP), les mandataires, voire des membres d’organisations d’observation néophytes, sont auteurs de désordre, de troubles et aucune structure n’a été mise en place pour aider celles et ceux qui ont des handicaps à voter. Par ailleurs, le décret sur certains points n’est pas respecté. La CE-Jilap souligne que « la campagne a continué dans certains centres de vote, menée par des mandataires de partis politiques». Une attitude en violation de l’article 122 du décret électoral, qui interdit toute activité politique ou électorale à la date de la fermeture de la campagne. Parler de la participation citoyenne à une élection renvoie souvent à l’image d’une file de votants, une photo absente de la journée électorale du 9 août, où les membres de bureaux de vote ont tué le temps en dialoguant pour attendre l’arrivée au compte- gouttes des électeurs. Cette faible participation laisse croire à Jocelyne Colas qu’« un grand danger » guette la vie politique. « C’est la légitimité des nouveaux parlementaires qui sortiront de ces élections (…) qui est en jeu. Encore une fois, le pays aura des élus issus d’élections avec une faible participation de la population », craint Jocelyne Colas. Une explication à cette faible participation ne paraît pas facile, pour la Plateforme des organisations de défense des droits humains (POHDH), qui a vingt années de pratique d’observation électorale. Cet état spectateur de la population est « lié à une très mauvaise communication des organisateurs, surtout en rapport à la circulation (d’automobiles) », les restrictions de circulation du Conseil ont été mal comprises aussi, « l’État n’a pas planifié la journée pour qu’elle puisse réussir », croit Antonal Mortimé, secrétaire exécutif de la POHDH. Il est tout aussi difficile au secrétariat exécutif de la Plateforme de qualifier les dix heures de vote. « C’est une journée qui pose beaucoup de difficultés à être qualifiée. » Antonal Mortimé juge également que celles et ceux qui seront élus pourraient souffrir d’un manque de légitimité. Pour pallier le problème, la Plateforme appelle à la reprise des élections dans les circonscriptions électorales où les élections ont été interrompues ou tout simplement n’ont pas eu lieu. Il souhaite l’application de cette même disposition dans les endroits où les candidats n’ont pas eu un fort pourcentage de vote. Le secrétaire exécutif de la Plate- forme invite les partis indistincte- ment à lancer un appel au calme à leurs partisans pour éviter tout dérapage avant et après la publication des résultats des scrutins législatifs du 9 août. La POHDH exhorte le gouvernement à assister les victimes des actes de violence des opérations de vote. La POHDH salue toutefois les efforts des agents de la Police nationale qui ont été présents dans les centres de vote. Mais ils ont été trop laxistes et complaisants face aux violences, déplore la direction exécutive de la POHDH. MARDI 11 AOÛT 2015 N0 58 | 5 ACTUALITÉ Déjà des doutes sur la légitimé des futurs éluspar Stephen Ralph Henri HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES Des organisations de la société civile ne cachent pas leur déception suite au déroulement de la journée de vote du 9 août 2015, devant permettre l’élection de 119 députés et de 20 sénateurs, pour constituer la 50e législature haïtienne. Pour ces institutions qui ont observé les activités de vote, les problèmes d’organisation liées à ces élections ont ouvert la voie à une grave crise de légitimé pour les prochains élus. Elles appellent à la reprise des élections dans les circonscriptions électorales où le scrutin a été troublé par des actes de violence. Pierre Espérance, directeur exécutif du RNDDH. / Photo : Ruben Chéry
  6. 6. 6 | N0 58 MARDI 11 AOÛT 2015 ACTUALITÉ La légitimité du CEP en questionpar Jean Michel Cadet L ’organisation des élections, dans un système démocratique représentatif, concerne au premier chef les partis politiques qui aspirent à prendre les rênes du pouvoir. Pourtant au cours de cet exercice qui a lieu ce dimanche, les partis politiques qui y ont pris part rejettent ce scrutin émaillé pour certains d’entre eux d’irrégularités et de fraudes massives caractérisées. Tour à tour, les représentants de ces partis politiques dénoncent le processus. Le pouvoir en place est accusé de favoriser les partis qui lui sont proches alors que ceux-ci rejettentcesaccusationsestimantêtre victimes des partis de l’opposition. Plusieurs partis de l’opposition tels que la Fusion des sociaux- démocrates, Fanmi lavalas, Renmen Ayiti, décident de faire une coalition en vue de sauver le processus électoral. Au cours d’une conférence de presse conjointe donnée le lundi 10 août, ils dénoncent le processus électoral entaché, disent-ils, de violences et de fraudes massives qui proviendraient des partis proches de l’équipe Tèt kale. Pour ces partis, le CEP ne serait plus l’organe légitime habilité à décider seul de l’issue de ces scrutins. Ils proposent, dans une note collective, la formation d’une commission mixte qui serait composée des membres du CEP, des partis politiques et de la société civile afin d’évaluer les dégâts. L’Organisation du peuple en lutte (OPL) qui s’est longtemps réclamée de l’opposition modérée s’est détachée du lot. Son coordonnateur, Sauveur Pierre Etienne, dit prendre acte des nombreux cas de violences et de fraudes massives qui ont caractérisé la journée électorale. Soulignant au passage que les partisans des partis proches du pouvoir comme « PHTK » (Pati ayisyen tèt kale), Bouclier et « Renmen Ayiti » autant que ceux de l’opposition dite radicale, qu’il s’est gardé de citer, auraient tous pris part aux actes de violences. En conséquence, l’OPL demande au CEP d’appliquer le décret électoral, notamment en son article 116 qui prévoit des poursuites judiciaires contre tous candidats et leurs partisans qui auraient fait usage de la violence durant le processus. Le destin du processus et du pays en général dépend du CEP, déclare Sauveur Pierre Etienne d’un ton convaincu. En appliquant le décret électoral, selon lui, l’organe habilité à organiser les élections projetterait une image positive aux yeux de l’opinion publique. Dans le cas contraire, il se fera complice de ce qu’il qualifie de tsunami politique que pourrait connaître le pays. Accusé par ces partis de l’opposition, le PHTK (Parti haïtien Tèt kale) dit rejeter ces allégations assimilées, selon son directoire, au cours d’une conférence de presse, à une campagne de dénigrement des mauvais perdants. Répondant aux partis contestataires des scrutins du 9 août, le parti au pouvoir estime que les élections en Haïti ont toujours fait l’objet de contestations. Rien donc de nouveau sous le soleil. S’il est vrai que les partis de l’opposition décrédibilisent le CEP, le PHTK estime que le premier tour des scrutins s’est réalisé dans des conditions acceptables. Aussi s’en remet-il aux résultats que cette instance est habilitée à donner. Cette position du parti au pouvoir est de nature à conforter le CEP, pourtant décrié par l’opposition, qui s’est pourtant décerné un satisfecit pour le « bon déroulement » du premier tour des législatives. Toutefois la majorité des partis politiques engagés dans le processus électoral remet en cause l’autorité du CEP. Une autre entité serait cessionnaire pour décider de l’issue de cette journée électorale perçue par Fanmi lavalas comme le prolongement des élections du 28 novembre 2010. Le premier tour des législatives, tenu le 9 août 2015, est la première réalisation en matière électorale de l’équipe au pouvoir depuis son intronisation le 14 mai 2011. Décriés dans cette première manche, le CEP et le pouvoir sont attendus au tournant. Le second tour des législatives est prévu au 25 octobre, date du premier tour de la présidentielle. ÉLECTIONS/LÉGISLATIVES Le premier tour des législatives a, certes, eu lieu le dimanche 9 août. Une crise postélectorale se profile déjà à l’horizon. Alors que les autorités haïtiennes se disent satisfaites, les partis politiques dénoncent cette journée électorale. Remettant en cause la légitimité du Conseil électoral provisoire, ils recommandent la formation d’une commission mixte apte à déterminer l’issu de ces scrutins. Maryse Narcisse (Fanmi Lavalas) Jean Henry Céant (Renmen Ayiti) Edmonde Supplice Beauzile (Fusion) Photo : J. J. Augustin
  7. 7. MARDI 11 AOÛT 2015 N0 58 | 7
  8. 8. 8 | N0 58 MARDI 11 AOÛT 2015 MONDE L'agence de protection de l'environnement pollue une rivière par accident Sources : AFP E lle a déversé plus de 10 mil- lions de litres de liquides pollués dans une rivière du Colorado. Des employés de l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) ont déver- sé par accident plus de 11 mil- lions de litres de déchets liquides d’une ancienne mine d’or dans une rivière du Colorado (ouest), la faisant virer à l’orange. L’incident s’est produit le 5 août, lorsque des employés de l’EPA, qui essayaient de drainer et trait- er l’eau de la mine abandonnée ont provoqué l’accident et jeté le mélange toxique, qui contient en particulier des métaux lourds et de l’arsenic, dans un affluent de la rivière Animas. L’EPA a triplé sa première estima- tion du volume de liquides pollués déversés, de 1 million de gallons (environ 3,8 millions de litres) initialement à 3 millions. La pol- lution est rendue très visible par sa teinte orange et s’étend sur plus de 160 kilomètres, jusque dans l’Etat voisin du Nouveau Mexique. Les autorités ont offert aux river- ains des kits pour tester la qualité de l’eau de leurs puits. La rivière Animas a été interdite à toute embarcation par précaution et la ville de Durango, qui compte envi- ron 17 500 habitants, ainsi que le comté alentour ont déclaré l’état d’urgence, selon un communiqué commun. «Nous agissons ainsi en raison de la gravité de cet inci- dent et pour marquer l’inquiétude des autorités et élus locaux par rapport à la mobilisation de tous les moyens au niveau de l’Etat et au niveau fédéral sont mis en œuvre non seulement pour gérer activement ce tragique incident mais également pour aider notre communauté à s’en remettre», a souligné Joe Kerby, un des responsables du comté de La Plata, principalement affecté par la catastrophe. L a Commission européenne a approuvé lundi le déblocage d’une aide de 2,4 milliards d’euros sur six ans pour per- mettre aux pays européens de faire face à l’arrivée croissante de migrants sur leur territoire. L’Italie recevra le soutien le plus important avec près de 560 mil- lions d’euros tandis que la Grèce bénéficiera d’une aide de 473 mil- lions d’euros. L’Union européenne avait aupara- vant déjà approuvé des aides aux autorités françaises et britan- niques, qui tentent de trouver une solution à la crise provoquée par les migrants installés à Calais et qui cherchent de passer en Grande- Bretagne. Une dizaine d’entre eux ont trouvé la mort depuis le début du mois de juin. La Grande-Bretagne a déjà reçu 27 millions d’euros de finance- ments communautaires d’urgence, sollicités en mars, et la France en recevra 20 millions dans le courant du mois, ont précisé les services de la Commission. « Nous sommes désormais en mesure de verser les fonds destinés au programme national français et le Royaume-Uni a d’ores et déjà reçu le premier versement du finance- ment qui lui revient », a précisé lors d’une conférence de presse Natasha Bertaud, une des porte-parole de la Commission européenne. « Ces deux programmes, entre autres choses, concerneront la situ- ation à Calais », a-t-elle ajouté. Vendredi, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) a réclamé une « réponse exceptionnelle d’urgence » à la crise des migrants dans le secteur de Calais. « Le HCR réitère un appel lancé depuis l’été 2014 pour une réponse globale - en premier lieu de la part des autorités françaises - face à la dégradation des condi- tions d’accueil des réfugiés et des migrants à Calais », a déclaré la porte-parole du HCR, Melissa Flem- ing, lors d’un point de presse. D’après l’agence onusienne, quelque 3 000 réfugiés et migrants se trouvent actuellement à Calais et dans le Pas-de-Calais, soit qua- siment le même nombre qu’en novembre dernier. Cette situation, souligne le HCR, n’est « ni nouvelle, ni ingérable ». Au cours du week-end, en marge d’un déplacement à Singapour, le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, a affirmé que le mode de vie et les structures sociales de l’Union euro- péenne seraient menacés par un afflux massif de migrants venant d’Afrique. « La situation n’est pas tenable parce que l’Europe ne peut pas se prémunir et protéger son mode de vie et ses structures sociales si elle doit absorber des millions de migrants venus d’Afrique », a-t-il dit. Face à la crise des migrants, l'UE débloque 2,4 milliardsSources : Reuters Syriens originaires de Kobani débarquant d’un navire des garde-côtes italiens dans le port de Kos, en Grèce. La Commission européenne a approuvé lundi le déblocage d’une aide de 2,4 milliards d’euros sur six ans pour aider les pays européens à faire face à l’arrivée croissante de migrants sur leur territoire. / Photo : prise le 10 août 2015 / REUTERS / Yannis Behrakis Photo fournie par le comté de La Plata de la rivière Animas, le 10 août 2015.
  9. 9. MARDI 11 AOÛT 2015 N0 58 | 9 MONDE Redémarrage prévu mardi d'un premier réacteur après 2 ans sans énergie nucléaire Sources : AFP U n premier réacteur doit être remis en service mardi au Japon, deux ans après la fermeture de toutes les cen- trales nucléaires du pays à la suite de l’accident de Fukushima. « Nous relancerons le réacteur Sendai 1 (à quelque 1 000 km au sud-ouest de Tokyo) le 11 août et il devrait commencer à générer de l’électricité le 14 », a annoncé lundi la compagnie exploitante, Kyushu Electric Power dans un communiqué. Elle prévoit une exploitation normale « à compter de début septembre ». Le redémarrage est prévu à 10H30 locales (01H30 GMT) et le cœur devrait entrer en réaction en chaîne à compter de 23H00 (14H00 GMT), selon une porte- parole. L’opération se fera sous la supervision de l’autorité de régu- lation nucléaire. « La première priorité est la sécu- rité », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga lundi. Le réacteur en question, initiale- ment entré en service en juillet 1984, avait été éteint le 10 mai 2011 pour son 21e cycle de main- tenance régulière, respectant alors le calendrier habituel qui prévoit 3 à 4 mois d’arrêt de routine après 12 à 13 mois de fonctionnement. Toutefois, il n’a pas pu être réac- tivé depuis à cause de la déci- sion des autorités d’instaurer des normes de sûreté plus sévères à l’aune du désastre de Fukushima dont l’ampleur a dépassé toutes les dispositions techniques de sûreté. Alors qu’auparavant une telle catastrophe - avec rupture totale de l’alimentation des systèmes de refroidissement et fusion simul- tanée de plusieurs cœurs - était considérée comme impensable, aujourd’hui c’est une possibilité envisagée. Plusieurs jours d’exercices ont eu lieu récemment sur le site de Sendai sur la base d’un scénario similaire à celui de Fukushima où plus de 150 000 habitants de la région avaient dû partir précipi- tamment. Progressivement les 48 réacteurs de l’archipel (sans compter les six condamnés de la centrale Fuku- shima Daiichi) ont été stoppés. Une population majoritairement contre L’unité voisine, Sendai 2, est presque au même stade que Sendai 1 et trois autres (Takaha- ma 3 et 4 à l’ouest, et Ikata 3 au sud) ont reçu un premier feu vert technique de l’autorité nucléaire mais ont encore plusieurs étapes à franchir avant une éventuelle remise en exploitation. Les deux derniers, Ohi 1 et 2 (ouest), avaient été arrêtés en sep- tembre 2013 et le Japon, dont un peu plus d’un quart de l’électricité était d’origine nucléaire avant 2011, est ainsi totalement privé d’énergie atomique depuis près de deux ans. Il compense avec des centrales thermiques tournant à pleine puissance ou remises spéciale- ment en marche. Aucune coupure n’a eu lieu depuis l’arrêt total des réacteurs et aucune restriction imposée. Même si l’électricité suffit, le gou- vernement du conservateur Shinzo Abe plaide que les réacteurs nucléaires sont indispensables en raison du surcoût économique de l’achat des hydrocarbures néces- saires au fonctionnement des cen- trales thermiques. Il argue aussi que les entreprises se restreignent et que cela ralentit le potentiel de croissance du pays. Enfin, le gouvernement insiste sur le fait que l’emploi extensif des centrales thermiques empêche le pays d’afficher d’ambitieux objec- tifs en matière de rejets de CO2 et autres gaz à effet de serre. Face à cela, la population est per- plexe: selon une étude conduite samedi et dimanche par le quo- tidien Mainichi Shimbun auprès de 1 000 personnes, 57 % sont contre la relance de Sendai et 30 % la soutiennent. Les organisations écologistes sont- elles hostiles à tout redémarrage pour des raisons de sûreté (risques sismiques et volcaniques selon elles sous-évalués) et d’impact environnemental. « Le gouvernement japonais reste attaché à une économie basée sur l’énergie nucléaire et fossile, mais la réalité est que le Japon a le potentiel de générer 56 % de son électricité à partir de sources renouvelables d’ici 2030, ce qui permettrait de réduire les émis- sions de carbone », insiste Ai Kashiwagi de Greenpeace. Une manifestation avait lieu dès lundi devant le siège de Kyushu Electric, le Premier ministre au moment de l’accident de Fuku- shima, Naoto Kan, jugeant « qu’accepter un redémarrage dans les conditions actuelles est une faute », selon les images diffusées par les médias locaux. Manifestation anti-nucléaire, le 9 août 2015 devant la compagnie, Kyushu Electric Power, qui va faire redémarrer le réacteur Sendai 1, à quelque 1.000 km au sud-ouest de Tokyo. / Photo : AFP/JIJI PRESS/AFP JAPON Les Etats-Unis « profondément inquiets » des arrestations de dissidents à Cuba Sources : AFP L es Etats-Unis ont condamné lundi les arrestations la veille à Cuba de quelque 90 opposants qui avaient manifesté avec des masques à l’effigie du président Barack Obama, à quelques jours de la visite historique à La Havane du secrétaire d’Etat John Kerry. « Nous sommes profondé- ment inquiets de l’arrestation d’activistes pacifiques », a dénon- cé John Kirby, porte-parole du département d’Etat. « Les Etats-Unis continueront de défendre les droits de rassemble- ment et d’association pacifiques ainsi que la liberté d’expression », a insisté M. Kirby, sans toutefois remettre en cause la visite prévue le 14 août de son ministre John Kerry pour officiellement rouvrir l’ambassade des Etats-Unis à La Havane. Environ 90 opposants cubains ont été brièvement arrêtés dimanche pour avoir manifesté avec des masques à l’effigie du président Obama, pour protester contre la réouverture de la chancellerie américaine sur l’île communiste. Les deux pays ont renoué leurs relations diplomatiques le 20 juillet dernier, après 54 ans d’interruption, et selon les termes d’un rapprochement historique amorcé depuis décembre dernier entre Washington et La Havane. Des centres de vote sous des tentes à Bulding 2004
  10. 10. C ’est un événement plané- taire. Le Fonds monétaire international (FMI), organ- isme basé à Washington né des accords de Bretton Woods en 1944, qui a largement contribué à bâtir le système financier actuel, tire la sonnette d’alarme. Généralement rassurante, l’institution sort de ses habitudes pour mettre le doigt sur ce qui « accentue les tensions » dans l’économie mondiale. Bien sûr, le discours tenu par le FMI reste sobre et évite soigneusement les formules catégoriques et trop explicites. Néanmoins, après avoir déjà consacré son avant-dernier rapport régulier – biannuel ou trimestriel – sur la stabilité financière aux « risques » encourus par les acteurs publics et privés de la finance internationale, l’édition d’avril 2015 du document franchit une marche supplémentaire La prochaine crise est inévitable. Pour le prouver, nous nous intéresserons de près aux signaux négatifs dont le FMI fait état, reposant comme à l’accoutumée sur une étude empirique des conjonctures. Dans un second temps, nous lierons à ces facteurs circonstanciels un examen structurel du système financier contemporain. Ce dernier, par une analyse plus profonde, sera révélé pour ce qu’il est – un géant aux pieds d’argile, sans cesse grandissant pour nourrir en milliards la caste des ultra-riches. Le printemps des crises Le FMI fait état d’une conjoncture qui, mois après mois, « intensifie les risques » de survenue d’une nouvelle crise financière. Certains éléments, salués en France par les dirigeants poli- tiques et les économistes de cabinet comme très favorables pour l’économie nationale, sont profondément déstabil- isateurs pour le système international. Autrement dit, les causes d’une crois- sance française « élevée », à 0,6% au premier trimestre selon les estimations bienveillantes de l’Insee, mettent en danger des acteurs économiques de premier rang – donc l’équilibre finan- cier planétaire. Taux d’intérêt records en France et en Allemagne Le 1er juin 2015, les taux d’intérêt auquel la France emprunte sur les marchés ont atteint un nouveau record. A dix ans, les obligations ont atteint le seuil de 0,8080% ; pour les maturités les plus courtes, les taux sont même négatifs depuis des mois, et ont même franchi, ce jour, la barre du -1% pour les échéances de trois ans. Une bonne nouvelle, à priori : enfin, l’Etat semble sortir des milliards d’euros d’intérêts réglés chaque année à ses créanciers. Sur LE BILAN, nous avons d’ailleurs insisté sur l’arnaque géante que représente la dette publique pour les travailleurs français. Mais du point de vue de l’équilibre des marchés, c’est une toute autre histoire. En réalité, la ruée vers les dettes alle- mandes et françaises met à mal la rentabilité du secteur de l’assurance. L’outre-Rhin emprunte également à des taux très bas, pour une raison simple : comme les obligations fran- çaises, les allemandes représentent le risque le plus faible du marché. Les compagnies d’assurance misent des quantités astronomiques de capitaux, souvent dans des placements périlleux. La probabilité de voir s’effondrer ces investissements, lucratifs mais dan- gereux, oblige les entreprises à placer certains œufs dans des paniers plus sûrs. Les emprunts des Etats ont toujours représenté une solidité, une garantie de remboursement quoiqu’il advienne. Mais dans la zone euro, certains pays ont inspiré davantage de craintes que de confiance : la Grèce, l’Italie, le Por- tugal ont subi, ces dernières années, des phénomènes de désinvestissement massif en raison des inquiétudes de restructuration de leurs dettes pub- liques ; et par le jeu du marché, leurs taux se sont alors relevé subitement, entraînant parfois de graves con- séquences. A contrario, face à l’instabilité des Etats du sud, les premières puissanc- es de l’Union européenne ont incarné dans l’esprit des financiers une cer- taine intangibilité. Les dettes fran- çaises et allemandes, malgré la santé relativement mauvaise de l’économie hexagonale, sont devenues les valeurs- refuge par excellence. Mais y investir a représenté un coût toujours plus important : désormais, ce sont les cré- anciers qui payent ces gros Etats pour pouvoir placer leurs capitaux entre leurs mains, d’où les taux négatifs. La loi du marché, théâtre d’un rapport de force permanent entre l’offre et la demande donne parfois des situations comme celles-ci ; et plus les investis- seurs sont nombreux à acquérir des obligations françaises et allemandes, plus les taux d’intérêt continueront à baisser. L’observateur non-averti pourrait croire que chacun trouve son compte dans ce mécanisme. Il sous-estimerait lourdement les pratiques hasardeuses, voire fâcheuses, des compagnies concernées. Axa, Predica, et Allianz vendent des contrats d’assurance en garantissant des taux de rémunération supérieurs ; elles promettent un rendement élevé aux particuliers, qui contractent des assurances-vie, des retraites par capitalisation ou placent leur épargne sur des investissements présentés comme profitables. Mais les difficultés du marché à restaurer la confiance, et les taux toujours plus bas des placements obligataires, creusent toujours plus l’écart avec les revenus prédits, dont les assurances jurent de se faire les garantes. En bout de course, les compagnies se rapprochent toujours plus du précipice, et leur chute pourrait être extrêmement sévère. Au printemps déjà, le FMI mettait sérieusement en garde contre le phénomène de tension qui s’opère sur ce marché. Dans son rapport sur la stabilité économique mon- diale, publié en avril, l’institution souligne que « la persistance des faibles taux d’intérêt mettra à rude épreuve un grand nombre d’établissements financiers ». Après avoir atteint, peu après la publication du rapport, le record absolu de 0,3%, puis être revenus à plus de 1% début mai, les inté- rêts des obligations sur dix ans replongent à nouveau. Or, le Fonds allait encore plus loin : « les tests de résistance réali- sés par l’Autorité européenne des assurances et des pensions pro- fessionnelles font apparaître que 24% des assureurs risquent de ne pas pouvoir tenir leurs exigences de solvabilité, dans un scénario de persistance de faibles taux d’intérêt ». Autrement dit, dans ce « scénario » qui est de loin le plus probable de tous, un quart des compag- nies se retrouveraient, ni plus ni moins, en incapacité de régler les prestations à leurs assurés – qu’il s’agisse de complémen- taires retraites ou de tout autre contrat. L’ensemble du secteur de l’assurance, qui détient les capi- talisations les plus élevées de la planète, se retrouverait bientôt plongé dans une crise aux con- séquences faramineuses, et dont personne ne sait aujourd’hui s’il sera possible d’en sortir. Le pétrole et la guerre Outre la crise des assurances, qui menace de frapper de plein fouet la zone euro, la situation internationale n’est pas au beau fixe. Un autre facteur, présenté en France comme bénéfique pour notre économie, est au cœur des préoccupations : la chute drastique du prix du pétrole. Le baril de Brent, après avoir atteint son plus haut historique à près de 140 dollars en juin 2008, avait largement pâti de la crise financière en tombant sous la barre des 40 dollars six mois plus tard. Mais son cours s’était immédiatement repris, revenant à 70 dollars en mai 2009, et oscillant autour des 100 dollars pendant près de cinq ans. Voici exactement un an, le baril était à plus de 110 dollars : il entama, alors, sa baisse la plus longue jamais observée. Jusqu’en janvier 2015, pas un jour n’est passé sans que le prix du pétrole finisse par baisser ; après une timide reprise en mars, son cours stagne depuis deux mois et les observateurs craignent une nouvelle chute, vers les abysses cette fois. Au passage, si le Brent est le plus représentatif avec près de deux-tiers des échanges mondiaux, il est important de souligner que le baril de pétrole américain suit exactement la même courbe, avec la même baisse historique durant six mois. *Benoit Delrue est journaliste au quotidien français LE BILAN **La suite dans la plus prochaine édition du National. TAUX DE RÉFÉRENCE (BRH) >Taux moyen d’achat 52.0462 GDES >Taux moyen de vente 53.1795 GDES COURS DE LA GOURDE 7 AOÛT 2015 10 | N0 58 MARDI 11 AOÛT 2015 ÉCONOMIE Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l'Histoire va bientôt exploserPar Benoit Delrue* | 1 de 5 Dans son dernier rapport sur la stabilité financière, le Fonds monétaire international sonne l’alarme. Son propos, sur la retenue comme d’ordinaire, n’est pas très explicite. L’auteur ajoute une analyse structurelle du système financier aux aspects conjoncturels relevés par le FMI,.
  11. 11. L ’Association pour la protection des mangroves mène ce plan dans la partie sud du départe- ment d’Usulután, dans l’est, dans une région appelée Bajo Lempa, depuis 14 ans. Au total 86 commu- nautés de fermiers et de pêcheurs sur la baie de Jiquilisco sont impliquées dans le projet. La région de Bajo Lempa abrite un peu moins de 148.000 personnes, selon le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles. « Nous avons travaillé avec différents acteurs, des groupes locaux, des jeunes et des com0ités de protection de l’environnement, et des gardes de parc pour faire décoller cette plateforme de développement économique local », a déclaré à Tierramérica, Carmen Argueta, la présidente de l’Association pour la protection des mangroves. La croissance économique avec un accent social, l’éducation et la sécurité sont les trois principaux points focaux pour le gouvernement de gauche du président salvadorien, Sánchez Cerén, en fonction depuis juin. Et c’est précisément sur ces trois éléments que les communautés de Bajo Lempa se concentrent dans leur plan de développement durable. « Notre projet est en ligne avec le plan quinquennal du gouvernement, et nous voulons qu’il sache que cela a marché pour nous - les gens peuvent voir les résultats », a déclaré Argueta. Elle a ajouté qu’ils espéraient obtenir le financement du gouvernement pour certains projets. Le respect et l’entretien des ressources naturelles sont essentiels pour mettre en œuvre ce modèle de développement, a ajouté cette fermière, qui est une organisatrice communautaire rurale depuis des décennies. La zone de 635 km carrés autour de la baie est l’un des principaux écosystèmes du Salvador, qui abrite la majorité des espèces d’oiseaux marins et côtiers dans le pays et les aires de nidification de quatre des sept espèces de tortues de mer, y compris la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) qui risque sérieusement l’extinction. La zone, parsemée de mangroves, a été ajouté à la liste de Ramsar des zones humides d’importance internationale en 2005. L’Etat salvadorien l’a également classée comme une zone naturelle protégée et une réserve de la biosphère. Elle est l’une des régions du pays les plus exposées aux inondations pendant la saison des pluies - de mai à octobre - ce qui signifie que les cultures et les infrastructures locales sont périodiquement détruites, et que des vies humaines sont même perdues. Pour soutenir le développement économique, certaines commu- nautés locales ont opté pour la diversification de la production agricole, laissant derrière la monoculture. Certaines familles produisent des ananas et des mangues, non seulement pour leur propre consommation, mais aussi pour faire entrer un revenu en espèces, quoique modeste. Au même moment, conscien- tes de la nécessité de protéger l’environnement, les communau- tés locales ont mené des projets d’engrais organiques, dans le but d’éliminer progressivement la dépendance aux engrais chi- miques. Le Centre de production de Romero, dans le village de Zamorán, dans la municipalité de Jiquilisco, produit l’engrais orga- nique Bokashi en utilisant des coquilles d’œufs, des cendres et autres matériaux pour fournir une alternative saine bon marché aux engrais chimiques. En outre, la banque de semences Xinachtli conserve les semences de céréales de base, des légumes, des espèces forestières et médicinales depuis 2007. Il y a aussi une école d’agriculture qui fait la promotion de techniques agricoles respectueuses de l’environnement. Xinachtli est un mot de la langue Nauhatl qui signifie semences. L’une des entreprises les plus rentables pour les petits fermiers regroupés en six coopératives agricoles est la production de semences de maïs certifiées, que le gouvernement acquiert chaque année depuis 2011 pour les distribuer aux 400 000 fermiers, dans le cadre du Plan de l’agriculture familiale. Les communautés rurales pauvres sont donc impliquées dans le secteur des semences, qui était un monopole du secteur privé pendant des années. Environ 15 000 petits fermiers travaillent actuellement dans cette région. « Pour la première fois, nous les paysans, qui sommes des gens pauvres, produisons des semences améliorées; ce commerce était seulement pour les sociétés riches », a indiqué à Tierramérica, Héctor Antonio Mijango, un membre d’une coopérative à Jiquilisco, tout en tirant du sol des jeunes plants de maïs, afin de permettre aux plus grands de se développer. Le taux de pauvreté au Salvador, un pays de 6,2 millions d’habitants, est de 34,5 pour cent, et de 43,3 pour cent dans les zones rurales, selon l’Enquête 2013 à buts multiples sur les ménages menée par le bureau des statistiques générales et de recensement. « Le commerce des semences est une source importante d’emplois et de revenus pour les familles locales », a dit à Tierramérica, Manuel Antonio Durán, le président de la coopérative Nancuchiname. Cette coopérative, qui dispose de 8,3 km carrés de terre, a produit 460 000 kg de semences améliorées au cours de saison des récoltes 2013-2014. L’aquaculture, notamment l’élevage de crevettes, est un autre commerce important dans la région de Bajo Lempa. « L’objectif est de passer de l’élevage arti- sanal de crevettes à la production semi-intensive, tout en respectant l’environnement », a déclaré à Tierramérica, le maire de Jiquilis- co, David Barahona. Il est l’une des autorités locales les plus impliquées dans le plan de dével- oppement durable dans la région. Depuis des semaines, le Salvador souffre d’une grave sécheresse, et selon les estimations officielles, environ 400 000 tonnes de maïs ont été perdues jusqu’à présent. Mais la production de semences certifiées dans la région de Bajo Lempa n’a pas subi l’impact, grâce à des systèmes d’irrigation. Les organisateurs communau- taires ont également conclu des accords avec des établisse- ments d’enseignement tels que l’Université nationale du Salvador, et ont obtenu des bourses d’études pour les jeunes de la région. Cer- tains jeunes ont terminé leurs études supérieures et sont reve- nus dans la région de Bajo Lempa pour travailler. « Ce sont des jeunes qui n’ont pas participé à la vague de violences qui gagnent le pays, parce que nous avons beaucoup travaillé sur la prévention, avec des programmes de sport, par exemple », a expliqué Argueta. L’idée est d’étendre les efforts déployés à Bajo Lempa, qui couvraient initialement six municipalités de la région, à toute la région et de mettre en pratique le Bassin hydrographique du fleuve Lempa, impliquant 14 municipalités. En août, la ministre de l’Environnement, Lina Pohl, a visité plusieurs communautés à Bajo Lempa pour voir de première main ce que ces communautés et les organisations font dans la région. « Nous ne pouvons pas avancer des idées si nous ne savons pas d’abord ce qui a été fait dans notre pays, ce que les populations locales font, comment elles s’organisent pour présenter leurs propositions et programmes », a déclaré la ministre à Tierramérica. Le niveau d’organisation dans la région « est impressionnant » « et constitue un modèle qui pourrait être reproduit dans d’autres parties du pays », a-t-elle ajouté. Des fermiers misent sur le développement durable Par Edgardo Ayala SALVADOR MARDI 11 AOÛT 2015 N0 58 | 11 ÉCONOMIE Les fermiers de l’une des zones côtières les plus fragiles du Salvador mettent en œuvre un modèle de croissance économique durable qui respecte l’environnement et offre aux gens l’éducation et la sécurité comme des clés pour donner à cette région humide un coup de pouce.
  12. 12. L'économie positive réinvente le capitalisme à long terme Sources : Consoglobe C ’est cette volonté de synthèse et d’approche globale sortie des contraintes du seul court terme, qui a donné naissance à la notion d’économie positive. Un peu lâche, cette concept a toutefois la qualité de nous donner un prisme de lecture auquel on peut rattacher à peu près toutes les initiatives qui bouillonnent un peu partout dans le monde. Qu’est-ce qu’une économie positive ? Une économie « positive » est une économie dont l’ensemble du fonc- tionnement contribue à préserver les intérêts de l’environnement et des générations futures. Tout, ses institutions, son système éducatif, ses structures économiques dominantes,… sa culture ont le souci de ne pas obérer le futur des généra- tions qui vont nous succéder. Pour quantifier cette économie posi- tive, le Mouvement pour une écono- mie positive, lancé par Jacques Attali a élaboré un indice qui mélange 29 indicateurs pour déterminer le degré de « positivité » d’un pays et de son économie. En somme l’économie posi- tive tente une synthèse de toutes ces approches que nous avons mention- nées (RSE, développement durable, Jugaad, économie bleue, l’économie circulaire, l’économie de la fonction- nalité, inclusive business, …) Trois indicateurs particuliers ont été créés spécifiquement pour cette indice de l’économie positive : 1 – la mesure le niveau de reproduction des inégalités par le système éducatif, 2 – la représentativité du Parlement (diversité des âges des parlemen- taires,…), 3 – le degré de tolérance aux autres (acceptabilité des pratiques sexuelles ou religieuses différentes des pratiques dominantes, acceptabilité des per- sonnes d’origines différentes). Ces trois critères sont peu présents dans les autres visions, plus économiques, de cette nouvelle socié- té. L’économie positive accorde ainsi une grande importance au facteur éducatif et humain. Et une de ses contributions majeures, en tout cas un de ses objectifs centraux, est de développer l’emploi en développant l’employabilité des gens. Ce sont les systèmes éducatifs et de formation per- manente qui sont les rouages essenti- els de cette approche. Cette approche, fort logiquement, tient compte de l’allongement de la durée de vie et propose aux seniors de continuer à travailler après 50 ans après s’être formés tout le long de leur carrière. Comment est construit l’indice de positivité ? En France, on a forcément en tête l’absurdité d’un système d’obsolescence programmée des « seniors » qui ne sont plus employables à partir de 50 voir 45 ans avec, en par- allèle, 80 % des chômeurs qui ont un niveau de revenu inférieur à 1,5 smic avant de perdre leur emploi. « L’économie positive considère le monde comme une entité vivante, qu’il convient de protéger et de valoriser et dont l’humanité n’est qu’une des dimensions ». Invité à parler de l’éthique dans le monde de l’entreprise en sept. 2014 lors du LH Forum*, Claude Bébéar, Président de l’Institut Montaigne, un ancien grand patron, considère que « l’éthique de l’entreprise ne doit pas rester un concept mais constituer un réel engagement ». Face à la mondialisation et à la néces- sité d’être performant, compétitivité et recherche du profit sont des facteurs jugés souvent trop essentiels par les entreprises, « l’enjeu est aujourd’hui de travailler en intégrer un sens moral à toutes activités, pour le bien général, aussi bien pour celui de l’entreprise que pour l’ensemble de ses fidèles col- laborateurs ». La croissance positive moteur de la transition économique ? Les entreprises elles-mêmes, y compris les plus « capitalistes » ou dans des secteurs très traditionnels (agroalimentaire, chimie, pétrole, …) se mettent à changer dans ce sens. Comme le souligne le Manifeste pour une société positive,[3] « Les entre- prises sont les moteurs essentiels de la croissance positive», souligne et nombre d’entre elles «ont déjà fait profondément évoluer leurs pratiques au cours des trente dernières années.» Et comme on l’a vu, un consensus s’est formé sur le périmètre de la Respon- sabilité sociale des entreprises (RSE) : désormais on s’accorde à penser que la RSE englobe les questions d’éthique, de souci du long terme et pas seule- ment une dimension économique. Il faut dire que le public est en attente d’une implication accrue des entre- prises, notamment sur le terrain de la solidarité et de l’insertion comme le montre une étude OpnionWay d’octobre 2014 [5]. On y voit que l’idée d’associer les affaires, le profit et la responsabilité sociale paraissent non seulement naturels aux Français mais est une réelle attente. Dans un con- texte de chômage, la responsabilité de l’entreprise est également d’agir pour l’insertion des citoyens dans le marché du travail. Et la majorité des consom- mateurs (81 %) pensent que ce rôle n’est pas assez assumé actuellement : • 80 % des Français attendent d’une entreprise rentable qu’elle ait aussi une mission sociale, notamment d’insertion. • Attendez-vous d’une entreprise rentable qu’elle ait aussi une mission sociale, notamment d’insertion ? Oui à 80 %, non : 19 % • 81 % pensent que l’entreprise ne joue pas suffisamment ce rôle aujourd’hui (vs. 18 %). • 74 % pensent qu’une entreprise peut avoir pour coeur d’activité un but social. L’engagement pro-RSE s’est accru avec la mondialisation économique, les inquiétudes sur le réchauffement climatique et la raréfaction des res- sources naturelles. Au-delà de la RSE l’économie du partage ajoute une nou- velle dimension aux plus classiques ESS et entrepreneuriat social. L’entrepreneuriat social Les premières formes d’entrepreneuriat social ont d’abord concerné des activi- tés à utilité environnementale forte. Un exemple pris au Kenya : en 2007, l’entreprise Ecotact a été fondée en 2007 pour s’attaquer aux problèmes sanitaires et environnementaux des quartiers pauvres du Kenya. Afin afin de réduire les déserts sanitaires du pays, Ecotact commercialise des « Ikotoilets ». Puis, ce sont les activités strictement sociales qui ont été mises en avant par l’entrepreneuriat social : depuis 2003, l’entreprise américaine Better World Books lutte pour lutter contre l’illettrisme dans le monde.en récu- pérant et redistribuant des livres d’occasion. Valoriser l’altruisme et le partage L’essor actuel de l’économie du don avec les gratuivores, les sites de don entre particuliers comme consoRecup, et l’importance accordée aux nouveaux services collaboratifs mobilisent la bonne volonté et l’altruisme des citoy- ens. C’est surtout l’altruisme intergé- nérationnel qui est pris en compte : celle des générations actuelles qui prennent en compte la préservation des intérêts des générations futures. Il s’agit bien d’intégrer dans nos prises de décision économiques au quotidien un critère important, celui du long terme et de la préservation des ressources. La consommation collabora- tive explose du coté du consom- mateur ; l’économie circulaire et l’écoconception, s’installent du côté des entreprises. L’économie positive, elle veut prendre en compte l’altruisme qui n’est pas pris en compte dans la comptabilité économique classique. Dans la doxa économique classique, on postule plutôt que l’action indivi- duelle est égoïste et que la somme de ces actions individuelles peut créer le bien collectif. Cette « fable des abeilles » n’est pas conforme au postulat de l’économie positive qui, a contrario, estime que c’est au niveau individuel que le bien se crée également, que ce bien est une valeur en soit. A l’instar du Bouthan qui veut remplacer l’indice du PIB par l’indice du Bonheur Brut, l’économie positive. L’économie positive considère comme un gain l’acte de prêter, de donner ou de partager un bien, et pas seulement le fait de l’acheter ou le vendre. De fait, les appels à la prise en compte, au côté du PIB, d’autres indicateurs de qualité de vie et de développement durable se multiplient comme celui de Jean Pisany-Ferry, commissaire général à la stratégie et à la prospective de France Stratégie ou de certains députés. Les entreprises aussi Ce mouvement donne naissance à de nouveaux modèles plus sobres et qui vont globalement tous dans le même sens, c’est a dire vers une sociétés où la sobriété heureuse des consom- mateurs fait écho à l’économie cir- culaire pratiquée par les entreprises. Les entreprises ont mis en place des équipes consacrées à la mesure et à la prise en compte de leur RSE. Même l’épargnant, en mettant ses billes dans l’investissement socialement respon- sable (ISR), participe à l’émergence de l’économie positive en tenant compte de ces paramètres éthiques ou envi- ronnementaux. Les fonds spécialisés ou avec des compartiments éthiques se développent régulièrement. Selon Jean-Philippe Desmartin, responsable de la recherche ESG (3) du courtier Oddo S. : « En quinze ans, la part de l’investissement responsable (ISR et intégration des critères ESG est passée de 0,1 % à 10 % des capi- taux investis en Europe, et je pense qu’on arrivera à 30 % d’ici à 2025 ou à 2030 ». Le monde financier s’est progres- sivement doté d’indices permettant de signaler les véhicules vertueux disponibles pour l’épargnant, à coté du label ISR, d’autres plus financiers cohabitent. Une nouvelle pratique (une mode ?) a vu le jour dans le champ des médias pour s’adapter à l’approche éco posi- tive : « l’impact journalisme » qui a pour objectif de traiter les problèmes de société à travers les solutions et ini- tiatives qui y répondent… c’est ce que consoGlobe fait comme M. Jourdain fait sa prose, sans le savoir mais en le faisant depuis 2005. L’économie positive a une dimension politique ambitieuse. Comme l’écrit le rapport Attali, « L’économie positive vise donc à réconcilier la démocratie, le marché et le long terme ; à rendre compatibles l’urgence du court terme et l’importance du long terme. » Loin d’une vision résignée, face au déclin, l’économie positive montre que partout dans le monde des graines de changement poussent…. pour le bien de la société et des hommes. Autant d’initiatives positives que nous nous efforçons de relayer ici….. la voix d’un monde nouveau. 12 | N0 58 MARDI 11 AOÛT 2015 ÉCONOMIE
  13. 13. MARDI 11 AOÛT 2015 N0 58 | 13 SOCIÉTÉ La cordonnerie : un métier difficile en 2015 Par Stéphanie Balmir P ierre (nom d’emprunt) est cordonnier depuis déjà quarante ans. Ce métier, c’est son voisin qui le lui a appris. À l époque, le commerce était florissant. Le voisin en question confectionnait des chaussures pour les revendre à un magasin. « Tout le monde se chaussait chez les cordonniers. J’étais oisif, ce voisin m’a appris ce métier », raconte- t-il en mettant de la colle sur un morceau de cuir destiné à fabriquer des bottes. Quand ce magasin a fermé ses portes, Pierre s’est retrouvé seul. Pour continuer à vivre, il a dû s’en remettre à un autre cordonnier. « Dans ce métier, il est difficile d’évoluer seul. Les moyens manquent et les commandes ne sont pas fréquentes ». À son avis, collaborer avec un autre cordonnier facilite la tâche. Même s’il est contraint de partager avec lui les bénéfices. « Bien que nous ayons chacun nos clients, nous partageons nos bénéfices certaines fois. » Pour ces deux cordonniers, les matières premières constituent leurs principales difficultés du fait que leurs prix ne font qu’augmenter. Ce qui, d’ailleurs, entraîne la hausse des prix des chaussures qu’ils confectionnent et le manque d’engouement des clients à les acheter. « Nous vendons nos chaussures en tenant compte de nos dépenses. Les prix augmentent considérablement aujourd’hui comparativement aux années antérieures. Et cette augmentation est due aux matières premières devenues très chères de jour en jour. Tous les prix ont augmenté. Que ce soit celui du cuir, de la colle, des clous ou des semelles », a expliqué l’un d’entre eux. Ce qui dérange surtout Pierre, c’est la disparition des cordonniers dignes de ce nom. La majorité des hommes qui se disent cordonniers de nos jours n’ont pas appris ce métier. « Pour devenir cordonnier, c’est tout un apprentissage. Beaucoup de gens se disent cordonniers mais ignorent les notions de base », déplore-t-il avec une pointe de colère qu’il a du mal à contenir. Par contre, il avoue à contrecœur qu’il n’y a pas de cordonnier qui pourrait apprendre aux intéressés les techniques qu’il faut. « S’il y a quatre-vingts cordonniers dans le pays, on ne peut espérer davantage car plusieurs d’entre eux se sont rendus à l’extérieur. » Pour le collaborateur de Pierre, lui aussi soucieux de garder l’anonymat, le problème de la cordonnerie se résume aux matières premières. « Les produits importés ont détruit notre métier. Les parents ne viennent plus chez nous pour chausser leurs enfants.» Ce qui rend difficile la vie des cordonniers qui veulent vivre de leur métier. « Nous ne vendons pratiquement plus rien. Il est très difficile de vivre dans une telle situation. » Mais ils disent se débrouiller pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. Ces deux cordonniers pensent que les solutions doivent passer par la création d’écoles professionnelles. L’un d’entre eux argumente sa position : « Il n’y a pas assez de places à l’université pour les jeunes. Il leur faut des écoles professionnelles. Parce qu’il est évident que tout le monde n’aura pas accès à l’université. » Pierre ajoute avec conviction : « Il nous faut des professionnels sans lesquels, il n’y a pas de pays. » Ils veulent leur prise en charge par les autorités qui doivent leur fournir les moyens d’exercer leur métier. « Or, aux législatives du 9 août aucun candidat ne nous a touchés dans son programme. Aucun d’entre eux n’apportera un changement. » Dans cet espace restreint aux murs nus, la chaleur n’empêche pas ces deux cordonniers de travailler. Un poste de radio diffuse une musique évangélique tandis que deux femmes essaient de les convaincre de leur vendre une paire de sandales au prix insignifiant de trois cents cinquante gourdes. Quoique réticent à se prononcer, Pierre a finalement avoué que les cordonniers doivent se mettre ensemble pour rehausser l’image de la cordonnerie qui tend à disparaître en Haïti. Certains métiers manuels tendent à disparaître dans le pays. Il est de plus en plus rare de trouver un cordonnier de nos jours. Plusieurs raisons expliquent la rareté de ces professionnels qui chaussent hommes, femmes et enfants. Des sandales réalisées par des cordonniers haïtiens. / Photo : multimediahaiti. blogspot.com Autrefois, ils écrivaient des lettres passionnées à leurs bien- aimées, cherchaient les plus belles tournures de phrases pour s’approcher d’elles. Aujourd’hui, les mots les plus romantiques que nous, pauvres filles, sommes en mesure d’espérer ne vont guère au-delà de : Jtm, luv u, suivis d’émoticônes censées nous exprimer de véritables émotions. Charmant, n’est-ce pas ? (Je ne fais pas de particularité, bien sûr, aussi improbable que cela paraisse, mesdemoi- selles, il y a encore des garçons qui écrivent des poèmes. Ouvrez l’œil !) Évidemment, la langue française n’y a pas beaucoup gagné. On n’a eu de cesse de le répéter. Mais il y a bien un avan- tage que ces adorables passions épistolaires offraient, mais qu’on oublie souvent de citer. Je parle de la liberté, de ce petit carré de solitude que l’on s’aménage au sein même des relations amoureuses. Eh bien, cette liberté est clairement menacée ! Je m’imagine, au siècle dernier, attendant impatiemment, deux longs jours ou plus, un signe de l’être aimé, me lan- guissant (comme on aurait sûrement dit à l’époque). Mais avec la technologie, tout est devenu si rapide et facile qu’on n’a guère le temps de se manquer. Il n’y a pas que ça ! Les « Othellos » modernes ont trouvé l’arme idéale. Avec cette habitude des réseaux sociaux pour indiquer que vous êtes en ligne, il arrive parfois que l’autre vous épie. Et si d’aventure, il vous venait l’envie de le faire patienter. Ne vous étonnez pas d’un : « Ah ! Ah ! Je te tiens ! » Ou pire : « À qui d’autre écris-tu ? » Et les disputes, les longues fâcher- ies. Nouvelles règles du jeu : songez à vous déconnecter tout de suite après les échanges de « bonne nuits », sinon gare à vous! Veillez à ne surtout pas trop espacer vos textos. Oubliez aussi cet ami que peut-être vous aviez perdu de vue, il est forcément malintentionné. Et encore ! Il y en a que je connais comme de prodigieux mathématiciens, qui vont jusqu’à faire le décompte de vos SMS et qui n’hésiteront pas à vous questionner sur ces 10, 20 autres SMS qui ne leur étaient pas adressés. Ajoutons à cela les appels vidéos (pas si innocents que ça), les GPS et j’en passe ! Une chose est sûre, la confiance mutuelle au sein des cou- ples en a pris un sérieux coup ! Et toutes celles qui ne se laissent pas faire, je vous dis bravo ! Sérieusement, un accès de jalousie peut être compréhensible, mais poussé à un certain point, cela peut devenir carrément insoutenable. Alors, attention ! Sinon, peut être bien qu’un de ces jours, on assistera à une désertion des réseaux sociaux et à la grève des textos. Bon, j’en doute un peu ! Mais qui sait ! L'amour en abrégépar Magdalée Brunache
  14. 14. 14 | N0 58 MARDI 11 AOÛT 2015 SOCIÉTÉ « Femmes en perdition » : entre imagination populaire et réalité !par Ritzamarum ZÉTRENNE B eaucoup de gens en sont convaincus. Les femmes tombent souvent en « perdition », croient-ils. Aussi, cela ne reste pas au rang d’une simple croyance populaire, comme l’auraient pensé les plus avisés. Le fait est agrémenté d’un grand nombre de témoignages de gens qui ont connu des femmes de leur entourage à avoir été en « grossesse dépassée » ou qui ont eux-mêmes vécu l’expérience. Une mère vivant à Bizoton raconte que sa fille a eu une grossesse qui a duré douze mois. « Elle était enceinte pendant un an. Et après cette période, elle a mis au monde une petite fille sans aucune malformation », raconte cette dame à des gens de la zone qui, tous, croient à « cette histoire ». Une femme, ayant elle aussi connu cette histoire, explique, de son côté, que cela est dû à des tentatives d’avortement échouées. « Certainement, tout cela est dû au fait que la jeune fille a voulu procéder à un avortement qui n’a pas pu réussir », spécule cette femme, donnant l’air d’une experte en infertilité. De telles histoires sont très courantes dans le pays, les unes beaucoup plus vraisemblables que les autres. Milou, nom d’emprunt, jeune fille venant du 10e Palme de la commune de Petit-Goâve, explique avoir passé huit ans et six mois dans le ventre de sa mère. « Mes parents ont consulté tous les « médecins- feuilles » de la localité, mais aucun d’entre eux n’a pu trouver une solution. Ils ont finalement décidé d’aller en ville pour voir un spécialiste. Après un test de grossesse qui s’est révélé positif, les médecins n’ont rien pu faire, non plus, pour eux », ajoute cette jeune femme qui a aujourd’hui vingt-cinq ans. Après toutes ces tentatives, Milou raconte que ses parents sont retournés au bourg perdant tout espoir, jusqu’à ce qu’un jour une vieille dame leur ait apporté son aide salvatrice. « C’est grâce à cette vieille dame que je suis en vie aujourd’hui. Elle a seulement donné une dose préparée avec des feuilles à ma mère et la « perdition » s’est arrêtée, avoue-t-elle, très convaincue. Néanmoins, si beaucoup de gens de la population croient que ce phénomène existe, ils ne l’expliquent pas tous par les mêmes causes. En effet, si pour certains ce fait est tout simplement une éventualité de la grossesse, pour d’autres, il faut chercher les causes dans le fétichisme. « Souvent, ce sont les loas qui entravent le processus du développement fœtal pour châtier les parents fautifs », expliquent des gens. C’est peut-être tout aussi bien le résultat d’une « expédition**» d’un voisin qui a voulu du mal à une personne pour se venger, à en croire les explications de ces gens. Pour une approche scientifique du phénomène Des spécialistes du Centre haïtien d’investigation et de traitement avancé de l’infertilité (Chitai) ont révélé que ce phénomène est impossible physiologiquement. « Une grossesse ne peut pas aller au-delà de quarante-deux semaines », affirme une infirmière de Chitai. Elle pense, de préférence, que certaines femmes ignorent quand elles sont tombées enceintes et font des erreurs dans le contrôle de la durée de la gestation. C’est pourquoi l’infirmière conseille à toute femme, ayant des rapports sexuels plus ou moins réguliers, de procéder à un test de grossesse, dès qu’elles comptent des retards dans leur menstruation. Outre la question d’erreur dans le contrôle de la grossesse, le docteur Harry Beauvais explique ce phénomène sur deux autres angles. D’une part, il le voit comme une représentation mentale des femmes, infertiles ou pas, qui rêvent d’enfanter. « Certaines fois, après des années de vie en couple, beaucoup de femmes veulent à tout prix avoir des enfants pour ne pas être appelées jument par les gens de leur quartier. Ainsi inventent-elles des grossesses qui n’existent que dans leur imagination », affirme le spécialiste en médecine. Avec cette représentation mentale, il n’est pas étonnant que plusieurs symptômes de grossesse se développent chez elles. D’autre part, le docteur Beauvais explique que des problèmes au niveau gynécologique peuvent créer une telle idée dans l’imaginaire de certaines femmes. « Une femme peut avoir des irrégularités dans son cycle et penser, d’un coup, qu’elle est tombée enceinte », ajoute le médecin. Là encore, selon le docteur, certains symptômes de la grossesse risquent de paraître chez la femme en question. « La femme sexuellement active peut tomber enceinte un an plus tard. Ayant cru avoir été enceinte depuis les premiers signes (apparents), déclare ainsi avoir été en « perdition » », avoue le médecin. Harry Beauvais pense qu’il faut barrer la route à ces genres de croyance dans le pays. « En ce siècle, nous ne devons pas en être encore là. Je pense que c’est aux journalistes d’éclairer la population sur ces mythes », nous dit-il. * « Souvent, en Haïti, les gens parlent de « femmes en perdition ». Nombreux sont ceux qui y croient. Il est très couramment véhiculé dans l’opinion publique haïtienne que des femmes ont une grossesse qui n’arrive à terme qu’après plusieurs années. Que faut-il comprendre d’un tel phénomène ? Est-il réellement possible qu’un tel fait se produise scientifiquement ? femmes en perdition » : ce serait l’expression utilisée en Haïti pour parler de la grossesse post terme, appelée aussi grossesse prolongée. Toutefois, la réalité que décrit ce phénomène est différente de celle décrite par la grossesse prolongée qui est une grossesse qui va au-delà de quarante et une semaines. Au-delà de quarante-deux semaines, la grossesse est dite dépassée. Les nouveau-nés post terme présentent un risque majoré de complications neurologiques (risque multiplié par 1,5) (grade B), d’encéphalopathie anoxo-ischémique (grade C), d’infirmité motrice cérébrale (risque multiplié par 2,4) (grade B), de troubles du développement 700 CNGOF 701 RPC - GROSSESSE PROLONGÉE ET TERME DÉPASSÉ psychomoteur (risque multiplié par 2,2) (grade C) et d’épilepsie dans l’enfance (risque multiplié par 1,9) (grade B), sans que l’on puisse affirmer que ces complications sont directement attribuables au dépassement de terme. (Réf. : http:// www.cngof.asso.fr/) ** Expédition : ce terme est utilisé en vodou pour qualifier un travail mystique fait contre quelqu’un avec des conséquences néfastes.
  15. 15. MARDI 11 AOÛT 2015 N0 58 | 15 SOCIÉTÉ Voter plusieurs fois, c'est possible !Par Lamy Obed « J’ai voté cinq fois Zokiki, cinq foisDonKato,cinqfoisGermain », a hurlé de joie, sur la place publique, un superviseur en fin de journée électorale. Comme si, pour lui, non seulement le vote n’est pas secret mais encore voter plusieurs fois est loin d’être un « péché ». À Petit- Goâve, où la population a pris part massivement aux élections, ce cas de fraude est incessamment dénoncé dans les bureaux de vote, annoncé dans les médias et avoué par les coupables eux-mêmes. Pour gagner les élections en Haïti, partisans et opposants se permettent tous les coups bas. « C’est tellement possible qu’il est plus que possible », confirme fermement ce citoyen qui fait office d’observateur électoral. Sans être muni de sa carte électorale, il s’est arrogé le droit de voter à différents bureaux de vote. Il s’enorgueillit de son autorité : « J’entre dans les bureaux, je vote et je pars. On ne m’a même pas exigé de signer. » Dans un même bureau de vote, un électeur a pu voter à deux reprises parce que son nom est inscrit deux fois sur la même liste électorale. Les fins connaisseurs en tricherie électorale maîtrisent bien toutes les tactiques pour effectuer plusieurs votes. « Grâce au mandat que je détiens, je parviens à voter sous différents noms. » Pour mener à bien ces opérations, les tricheurs bénéficient parfois de la complicité du bureau de vote, sinon ils sèment la pagaille. Avec la complaisance des forces de l’ordre. Un membre d’un bureau de vote a confié : « Quand ces bandits débarquent dans le bureau, nous ne pouvons pas les contrecarrer.» Et devant le refus de certains votants de se faire marquer le pouce avec l’encre indélébile, les préposés sont obligés de céder. Même certains membres des bureaux de vote, eux aussi, ont eu l’opportunité de se mettre en besogne. « Je suis vice-président de mon bureau. C’est moi qui signe les bulletins. Je me suis servi de deux bulletins de vote pour chaque poste. » Certains citoyens ont été surpris en flagrant délit, avec des bulletins de vote en dehors des bureaux pour bourrer les urnes. « Le vote en Haïti, ce n’est pas comme rester dans la file d’attente pour pénétrer dans une banque », a lâché un votant. Un observateur du POHDH, sur le terrain, a révélé avoir bien noté, dans son rapport, cette irrégularité. « Il n’y a pas d’agents de sécurité affectés à chaque bureau, les isoloirs sont mal placés », a-t-il déploré. Il rejette aussi la faute aux acteurs, aux mandataires qui créent le désordre. Si on traite scrupuleusement les documents, on pourrait détecter ces marges d’erreurs quand on constate que le nombre de bulletins ne correspond pas au nombre de votants, a-t-il tenu à préciser. Mais, réaliste, il atout de suite soulevé une objection déplaisante : « Nous ne pouvons pas en arriver là, nous sommes en Haïti quand même ! » Statuant sur les délits électoraux, les articles 195 et 195.1 du décret électoral en vigueur stipulent : « Est puni d’un emprisonnement de six mois à un an et d’une amende de dix mille à vingt-cinq mille gourdes, le fait par toute personne de voter plus d’une fois dans une assemblée électorale. Est puni d’un emprisonnement de six mois à un an et d’une amende de dix mille à vingt-cinq mille gourdes, le fait par tout fonctionnaire électoral de faciliter une personne à voter de manière frauduleuse. » Pour l’heure, aucune décision judiciaire n’a été rendue contre l’un de ces fraudeurs dont les noms font la clameur publique. Certains fauteurs de troubles appréhendés par les agents de la PNH ont été relâchés dans l’immédiat. Outre les irrégularités organisationnelles, avec ces truquages incalculables et les éventuelles erreurs de dépouillement, la falsification des résultats du scrutin est déjà à redouter. Pour lutter contre de telles fraudes électorales, beaucoup de pays ont adopté le vote électronique, mais Haïti se montre encore réticente à franchir cette étape. Si la tenue des élections est un signe de vitalité démocratique dans un pays, la régularisation du système électoral doit en être un préalable pour l’organisation d’élections crédibles et démocratiques. Le premier tour des élections législatives tenues ce dimanche 9 août a été l’objet d’irrégularités et de fraudes.
  16. 16. C ’est un nouveau pas du pape François en faveur de la défense de l’environnement : le Vatican a annoncé, lundi 10 août, une « Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création », qui aura lieu le 1er septembre. « En tant que chrétiens, nous souhaitons offrir notre contribution à la résolution de la crise écologique à laquelle l’humanité est actuellement confrontée », écrit le pontife dans une lettre expliquant sa décision. « [Cette journée mondiale] offrira à chacun des croyants et aux communautés la précieuse occasion de renouveler leur adhésion personnelle à leur vocation de gardiens de la création, en rendant grâce à Dieu pour l’œuvre merveilleuse qu’Il a confiée à nos soins et en invoquant son aide pour la protection de la Création et sa miséricorde pour les péchés commis contre le monde dans lequel nous vivons ». Dans un souci d’œcuménisme, « pour témoigner de notre communion croissante avec nos frères orthodoxes », la date retenue est la même que celle déjà en vigueur au sein de l’Eglise orthodoxe. Elle se distingue toutefois du 5 juin, journée mondiale de l’environnement décrétée par les Nations unies. Encyclique sur le climat Le 18 juin, la publication de l’encyclique sur le climat, Lau- dato si’ (« Loué sois-tu »), avait déjà engagé l’Eglise dans cette voie, invitant les catholiques à entreprendre une « conversion écologique », et reprenant les conclusions de la communauté scientifique sur le réchauffement climatique. Il présentait ainsi sans ambiguïté l’homme comme le « principal responsable » des per- turbations météorologiques, qui constituent elles-mêmes « l’un des principaux défis actuels de l’humanité ». Tout au long des 187 pages de l’encyclique, le pontife argentin exhorte gouvernements et particuliers à une révolution « verte » pour sauver la planète. Il prend la défense des plus pau- vres et dénonce l’indifférence des pays riches, la responsabilité de leur mode de vie « consumériste » et leur « gaspillage ». Il prône « une certaine décroissance dans quelques parties du monde » pour permettre « une saine croissance en d’autres parties », et critique vivement le pouvoir de la finance. Cette prise de position, sur un sujet éminemment politique, n’a pas manqué de déclencher l’indignation des milieux catholiques conservateurs, et notamment climatosceptiques. Le pape François a néanmoins dit souhaiter que ces initiatives en faveur de l’écologie aient une influence sur la conférence internationale sur le climat qui se tiendra en décembre à Paris. En faisant de la protection de l’environnement un impératif moral, il pourrait inciter les 1,2 milliard de catholiques dans le monde à faire pression sur leurs gouvernements. Il pourrait peser particulièrement dans les pays d’Amérique latine, où l’élection d’un pape argentin avait gonflé la popularité du Vatican. Leurs voix pourraient en effet être déterminantes à la COP21. L ’Univers est en train de mourir de mort lente, selon une équipe internationale de scientifiques qui a mesuré l’énergie produite par 200 000 galaxies et découvert qu’elle était deux fois moindre que celle générée il y a deux milliards d’années. « A partir de maintenant, l’Univers est voué au déclin, comme une vieillesse qui durerait pour toujours. (...) [Il] s’est écroulé sur son sofa, a ramené la couverture sur lui et s’apprête à dormir d’un sommeil éternel », a expliqué Simon Driver, membre du Centre international de recherches radioastronomiques (Icrar) de l’Etat d’Australie occidentale qui a participé au projet. Les chercheurs ont utilisé sept des télescopes les plus puissants de la planète pour observer pendant huit ans des galaxies dans 21 longueurs d’onde différentes, comme l’infrarouge ou l’utraviolet, dans le cadre de l’étude GAMA (Galaxy and mass assembly). Deux télescopes spatiaux de la NASA, un télescope spatial de l’Agence spatiale européenne (ESA) et le Télescope anglo-australien de Nouvelle-Galles du Sud ont en particulier été mis à contribution pour cette étude, fruit d’une collaboration entre une centaine de scientifiques issus de plus de 30 universités australiennes, européennes et américaines. Moins de création d’étoiles Une bonne partie de l’énergie qui circule dans l’Univers a été générée après le Big Bang mais de l’énergie nouvelle est constamment libérée lors de la fusion thermonucléaire dans les étoiles. Andrew Hopkins, de l’Observatoire astronomique australien, explique que les chercheurs savent depuis un moment que le rythme de création d’étoiles dans l’Univers est en déclin. Mais cette étude montre que le taux de production d’énergie diminue de manière semblable dans les différentes longueurs d’onde, souligne-t-il. « Peu importe les longueurs d’onde utilisées, la production d’énergie ralentit de la même manière », a expliqué M. Hopkins. Les chercheurs espèrent aussi que les données recueillies permettront de mieux comprendre le processus de formation des galaxies. Ils veulent également élargir leurs études pour documenter la production d’énergie tout au long de l’histoire de l’Univers. 16 | N0 58 MARDI 11 AOÛT 2015 SOCIÉTÉ Le pape François lance une journée mondiale pour l'environnementSources : Le Monde.fr avec AFP L'Univers produit de moins en moins d'énergie Sources : Le Monde.fr avec AFP Le pape François, place Saint-Pierre au Vatican, le 9 août. / Photo : directmatin.fr L’Univers est en train de mourir de mort lente, selon une équipe internationale
  17. 17. MARDI 11 AOÛT 2015 N0 58 | 17 CULTURE Le National : Akoustik Prod, c’est quoi ? Allenby Augustin : C’est une asso- ciation culturelle qui a vu le jour en 2010. Sa mission est la valo- risation du patrimoine culturel d’Haïti et la préservation de nos traditions à travers des activités novatrices qui permettent la plu- ridisciplinarité et les échanges de compétences entre les profession- nels du milieu. L. N. : Faites-nous un bref rappel du concours que vous organisez ? A. A. : À l’occasion des cinq ans de l’Association, Akoustik Prod a organisé un concours de photog- raphies intitulé « Konkou foto sou tradisyon kiltirèl nan peyi d’Ayiti ». Dans ce contexte, tous les pho- tographes sensibilisés à la préser- vation de la culture haïtienne sont invités à effectuer des expériences photographiques au sein des com- munautés artistiques, d’artisans et/ ou religieuses pour mettre en avant les traditions populaires d’Haïti. Le concours a pris fin le 10 août et les gagnants recevront leur prix le samedi 15 août 2015, lors de la journée porte ouverte au Yanvalou Café Bar Restaurant. Le premier prix est de 25 000 gourdes et le 2e prix de 10 000 gourdes. L. N. : Quel type de patrimoine le concours permettra-t-il de sauveg- arder ? Si on prend « Gingerbread », par exemple, comme modèle architectural, c’est un patrimoine national, typiquement haïtien, qui est en péril. En quoi ce con- cours permettra-t-il de le protéger ? A. A. : En tant que membres d’Akoustik Prod, nous avons un étroit contact avec les créateurs et les opérateurs culturels et nous avons remarqué l’émergence d’une cohorte de jeunes photog- raphes qui témoignent de leur vécu et de leur temps. Il nous a paru important de les sensibil- iser à la richesse de notre patri- moine culturel et d’en faire un sujet de concours. Par rapport à l’exemple spécifique des maisons Gingerbread, nous avons à trav- ers la promenade de découverte artistique « Atis nan kay la » fait la valorisation de ce joyau de notre architecture. L. N. : Suivant l’article 3 du con- cours, les photographies seront exposées à Yanvalou, # 46 avenue N, Pacot, lors de la journée porte ouverte à l’occasion des cinq ans d’Akoustik Prod le samedi 15 août 2015, où les gagnants seront pub- liquement annoncés. Dites-nous, n’y a-t-il pas d’autres projets pour ces photos ? A. A. : Nous avons choisi de faire un montage photo-vidéo avec le célèbre vidéo-artiste Maksaens Denis afin d’avoir ces photos sur un support souple qui pourra aussi être largement diffusé sur internet et à travers les réseaux sociaux. Comme vous le voyez, nous essayons de nous adapter à de nouvelles technologies et, tout en faisant la promotion des tradi- tions, d’utiliser des moyens mod- ernes pour en faire la valorisation. L. N. : Quel est le bilan de cette association culturelle pour ses cinq ans d’existence ? A. A. : Nous avons pu avec l’aide de différentes institutions, Fokal, ambassade de Suisse, Wallonie Bruxelles International, Centre culturel Pye poudre et le sup- port d’autres partenaires (IPDEC des Cayes, Alliance française des Cayes, APACH), réaliser quatre éditions de festival Krik-Krak sur les contes, jeux et musique tradi- tionnels. Cela nous a permis en 2013 de devenir membre fonda- teur de la Fédération caribéenne des Jeux traditionnels initié par Jean Paul Quiko de la Guade- loupe. Il sera d’ailleurs de passage en Haïti à Carifesta. L’autre activité dont nous sommes très fiers est « Atis nan kay la », la promenade de découverte artistique inédite dans les mai- sons Gingerbread du quartier de Pacot où nous avons offert avec des bénévoles, la confiance des propriétaires et les performances à titre gracieux d’artistes de disci- plines différentes, des spectacles inoubliables à plusieurs centaines de piétons. L. N. : Après ce concours, le public peut-il s’attendre à d’autres choses de vous ? A. A. : Akoustik Prod a encore de nombreuses occasions d’étonner le public, mais précisons que nos activités ne sont pas uniquement des spectacles. Nous essayons toujours d’offrir des occasions d’échanges et d’apprentissage. Par exemple, lors de la journée porte ouverte, il y aura bien sûr des occasions de jouer et d’écouter de la musique, mais nous propo- serons aussi des tables rondes sur le conte, les jeux et la musique traditionnelle en Haïti, afin de permettre aux différents professi- onnels d’échanger avec le public. L. N. : « La culture plus près de vous », C’est le thème du concours ou le slogan de l’Association ? A. A. : Il s’agit effectivement du slogan de l’Association, car nous voulions rendre la culture plus accessible à tous. Nos activités sont gratuites et nous parvenons à toucher un public très diversi- fié. Aussi nous essayons dans la mesure du possible de mélanger les genres : faire des groupes de bandes à pied centenaires jouer sur scène, utiliser les nouvelles technologies pour la promotion de la tradition, faire des maisons Gingerbread des lieux de perfor- mances éphémères, utiliser les raras comme guides touristiques, etc. Cela donne à Akoustik Prod une versatilité et une proximité par rapport au public. «La culture plus près de vous »Par Carl henri Pierre INTERVIEW « Par rapport à l’exemple spécifique des maisons Gingerbread, nous avons, à travers la promenade de découverte artistique, « Atis nan kay la» fait la valorisation de ce joyau de notre architecture », a déclaré Allenby Augustin, dans une interview avec Le National. Il est le secrétaire général d’Akoustik Prod. Allenby Augustin.

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