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CULTURE
SPORT
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Pamela White
remise à sa placePar Stephen Ralph Henri
HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION
MERCREDI 22 JUILLET 2015 NUMÉRO 44
WWW.LENATIONAL.HT
QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI
ACTUALITÉ
Pour le respect de
la dignité nationale
HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION
A
u cours de ce déplacement,
l’ambassadeur des États-Unis
a nié l’existence d’une crise
humanitaire sur la frontière
haïtiano-dominicaine. Pamela White
avait surtout estimé « que tout semble
évoluer normalement ». Lesquelles
déclarations sont à l’encontre de la
lecture des autorités haïtiennes, qui
avaient perçu les vagues d’expulsion
des immigrants haïtiens de la
République dominicaine, à partir de
la deuxième partie du mois de juin,
comme le début d’une situation de
crise humanitaire.
Plusieurs milliers de personnes dans les rues pour le respect de la dignité nationale. / Photo : J. J. Augustin
Des acteurs de défense des droits humains ont remis l’ambassadeur des États-unis
en Haïti à sa place. Pamela Ann White avait déclaré au cours d’un déplacement à
la frontière le jeudi 16 juillet, en particulier au niveau de la ville de Ouanaminthe
qu’« il n y a pas encore de crise humanitaire à la frontière ». Pour eux, la diplomate
américaine a fait une mauvaise lecture de la situation et devrait cesser d’intervenir
dans les questions du pays.
Risque
d'augmentation des
prix des produits
pétroliers
Par Évens RÉGIS
Les fêtes champêtres
et les groupes
musicaux
Par walcam
Darell Wesh et
Jessica Gélibert en
demi-finales
par Gérald Bordes
2 | N0
44 MERCREDI 22 JUILLET 2015
TRIBUNE
L
a fièvre nationaliste atteint
la grande majorité du peuple
haïtien jusqu’aux os en
apprenant qu’on a pendu l’un
de nos concitoyens sur une place
publique en république voisine, qu’on
a foulé au pied puis brûlé le bicolore
haïtien. Évidemment, ce n’était pas le
drame le plus horrible dans l’histoire
de ces deux peuples. On se rappelle,
en 1937, Trujilio avait fait massacrer
des milliers d’Haïtiens. Si on veut
énumérer les événements macabres
marquant la relation entre ces deux
pays, on n’en finira pas.
Mais ce sentiment qui nous anime
présentement émane-t-il du réveil
d’une conscience patriotique
réelle ? Pourquoi sommes-nous
intéressés à la conséquence et non
aux causes du déluge migratoire
des Haïtiens vers la République
dominicaine ? Ne serait-ce que
cette affreuse situation, allons-nous
donc intensément nous intéresser à
notre drapeau ? Ces mouvements
de protestation ne sont-ils pas
une simple démarche cosmétique
? Viseraient-ils à changer l’ordre
socio-économique et politique
dominant en Haïti pour freiner le
départ massif de nos valeureux
et courageux concitoyens vers
l’étranger ?
Nous sommes un peuple pompier.
Nous attendons que le malheur
arrive pour décider. Nous ne
sommes pas intéressés à la
prévention. Qui pis est, nous avons
toujours un comportement de feu
de paille par rapport au drame.
Nous n’attendons que quelques
instants pour oublier. C’est ce qui
se passe avec les catastrophes, les
accidents.
La situation qui se développe en
République dominicaine ne nous
laissepasindifférents.Noussommes
de la frontière nord haïtiano-
dominicaine, et nous avons travaillé
tout le long de cette frontière, de
Dérac à Capotille. Notre observation
nous permet de comprendre que
l’État haïtien n’a pas le contrôle de
son territoire. Alors comment cet
État peut-il protéger ses citoyens
ou subvenir à leurs besoins s’il n’a
pas une meilleure connaissance
de leur cadre de vie et de leurs
conditions de vie ? La quasi-
totalité des Haïtiens vivant sur « les
frontières » haïtiano-dominicaines
fonctionnent dans des conditions
d’extrême pauvreté. Ils n’ont pas
accès aux services de base, à aucune
infrastructure et équipement. Ils
sont livrés à eux-mêmes. Leur survie
dépend en grande partie des jardins
et du commerce qu’ils effectuent en
République dominicaine.
Même sur le plan sécuritaire,
l’État ne peut pas sécuriser leur
vie et leurs biens. Dans certaines
zones de la frontière, comme «
Meyak », lorsqu’il ya une tension
au niveau de la communauté qui
dépasse un certain seuil, selon des
témoignages, la population recourt
au soldat dominicain pour rétablir
l’ordre et la paix. Notre frontière
est libre. C’est la désolation totale.
Des Dominicains lourdement armés
investissent souvent le pâturage des
paysans de ces zones et emportent
leur bétail, parfois sous prétexte de
remplacer les leurs volés. C’est une
situation vraiment alarmante.
L’image qu’a Haïti aux yeux des
Dominicains est négative. C’est une
image de pauvreté, de misère, de
saleté,dumauvais…Ilsnousrendent
responsables de tout ce qui va mal
là-bas. Nous sommes discriminés,
marginalisés, stigmatisés. Nous
sommes victimes de tout propos
raciste et malsain. Je me rappelle
avoir entendu à Dajabon, un jour
de marché, un Dominicain dire :
« Haitiano sucio, vete para fuera
(Haïtien sale, rentrez chez vous). »
C’est une façon pour nous humilier
comme peuple. Tout ceci résulte de
nos conditions socio-économiques
dégradantes durant ces dernières
décennies.
En effet, nous comprenons que le
comportement des Dominicains
à notre égard émane de la
représentation qu’ils se sont faite de
nous. De l’image et de la perception
qu’ils ont de nous. L’irrespect des
Haïtiens là-bas est une construction
sociohistorique ayant un ancrage
social et politique. L’oligarchie
dominante ne fait que transmettre
des messages discriminatoires
et racistes contre les Haïtiens
en développant chez le peuple
dominicain un antihaïtianisme.
En dépit de tout, nous ne devons pas
nous déresponsabiliser par rapport
à ce phénomène. Nous sommes
quelque part responsables, nous les
élites économiques, politiques et
intellectuelles de ce pays. C’est une
chance qui nous est offerte pour
aboutir à des consensus sociaux via
des débats au niveau de l’espace
public autour des thèmes d’intérêt
général. Il faut déterminer une fois
pour toutes ce que nous voulons
faire de ce territoire. Allons-nous
continuer à construire le sous-
développement ou optons-nous
désormais pour la croissance,
le progrès, la création d’emplois
et de richesses, l’amélioration
des conditions de vie des plus
pauvres… ?
Pour ainsi dire, les Dominicains
arriveront à nous respecter le jour
où nous choisirons de changer
l’image de nos villes frontalières,
en les dotant d’infrastructures,
d’équipements et de services
nécessaires, le jour où nous parvi-
endrons à diminuer le flux migra-
toire par la création d’emplois et
de richesses, où nous diminu-
erons l’importation des produits
de la République dominicaine
et d’autres pays en optant pour
la compétitivité, la production,
l’exportation, le moment où nous
choisirons de relancer de manière
effective la production nationale,
où les citoyens ne seront pas au-
dessus des institutions, des lois,
des normes, où nous cesserons
avec l’impunité, le jour où la sol-
idarité, l’entente, le consensus,
le vivre ensemble, le compromis
orienteront les grandes décisions
pour la nation…
En dehors de ces facteurs, nous
ne cesserons jamais d’organiser
des marches pour protester contre
ce que nous pouvons appeler
la barbarie, la sauvagerie en
République dominicaine.
Les Dominicains continueront à
pendre, à poignarder, à fusiller, à
empoisonner nos compatriotes,
notre drapeau sera toujours souillé
de honte, foulé au pied et brûlé par
les Dominicains.
Pour changer ce rapport inégalitaire
entre Haïti et la République domini-
caine, il ne consiste pas d’organiser
périodiquement des marches, de
lancer des slogans, d’afficher des
banderoles un peu partout contre les
produits dominicains. Il est question
surtout de transformer les conditions
de vie des plus pauvres, de porter
les forces vives de la nation à s’unir
autour d’un projet de société pour
mieux aborder les problèmes socio-
économiques et politiques...
Les dominicains auront-ils raison
un jour de nous respecter ?par Saintony Fanfan, Ecrivain, professeur Licencié en communication, sciences humaines
Jointe par Le National par le biais
du service de communication de
l’Ambassade, Pamela Ann White ne
nie pas ses déclarations antérieures
rapportées par des agences
d’information, dont AlterPresse
et Haïti Press Network. « Nous
observons de très près la situation
sur la frontière et nous travaillons
avec les deux gouvernements
pour nous assurer que les droits
humains soient respectés », précise
l’Ambassadeur au journal Le
National.
Le secrétariat exécutif de la Plate-
forme des organisations haïtiennes
de défense des droits humains
(POHDH) est « surpris de cette
déclaration de l’ambassadrice ». Le
secrétaire exécutif de la POHDH,
Antonal Mortimé, estime que
l’ambassadeur White « a fait une
mauvaise lecture de la situation ».
En marge d’une conférence
organisée dans la matinée du 21
juillet, Antonal Mortimé a évoqué
des déplacements que la Plateforme
a effectués dans des zones, dont
Anse-à-Pitres, Sud-Est, et Belladère
dans le département du Centre,
entre autres, où des expulsés vivent
avec des enfants, dans l’incapacité
de se nourrir et dans de mauvaises
conditions d’hébergement. D’après
Mortimé, la situation de ces gens
est « inquiétante et est voisine
d’une crise humanitaire ».
Josué Renaud est le président
du « New England Human Rights
Organization », avec des membres
d’organisationsdedéfensedesdroits
humains, il dirige une mission qui
collecte des données sur certaines
situations préoccupantes dans le
pays, telles, les prochaines élections
et la situation des expulsés de
la République dominicaine. Les
déclarations de Pamela White, ne
sont pas étonnantes, d’après Josué
Renaud qui accuse l’ambassadeur
White d’avoir fait « beaucoup de
torts au pays ».
Pour le New England Human
Rights Organization, l’ambassadeur
devrait se taire dans les questions
du pays. L’organisation prend
« très au sérieux la question de
la République dominicaine » et
considère que la façon dont les
immigrants sont traités n’est pas
correcte, et constitue une « violation
des droits humains ».
D’autres membres de la mission
critiquent la politique de la
République dominicaine. La
présidente du National Lawyers
Guild (NLG) aux États-Unis,
Azadeh Shahshahani, dénonce
l’actuelle politique de la
République dominicaine, en passe
de conduire à la déportation de
milliers d’individus, dont des natifs
dominicains, ce qui est mauvais.
Kevin Moran, qui représente le
Réseau des Droits humains des
États-Unis (US Human Rights
Network), croit que la situation
qui se développe à la frontière
constitue une « crise » parce qu’elle
concerne des centaines de milliers
de personnes. Pour Moran, il est
faux qu’il n’y ait pas une crise à la
frontière haïtiano-dominicaine. Il
déplore la dénationalisation des
natifs dominicains, par l’arrêt
168-13 de la cour constitutionnelle
de Saint-Domingue.
L’arrêt est adopté le 23 septembre
2013. Il dénationalise tous les
natifs dominicains nés de parents
étrangers sur le sol dominicain
à partir de 1929. Il marque le
début d’un fort mouvement de
chasse contre les immigrants, en
particulier les Haïtiens, sur le sol
dominicain.
MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0
44 | 3
ACTUALITÉ
Le pied au sol
L’immeuble de la Cour de cassation est l’une des meilleures réalisations postséisme de
l’actuelleadministrationgouvernementale.Cetteappréciationestfaitesuivantunevue
del’extérieur.Enattendanttoutevisiteguidéedel’intérieur,nousmaintenonsl’argument
quecetteconstructionlaisseespérerunemeilleureappréhensiondel’espace,delaville
etdesonhistoire.
Bien que les lignes triangulaires de la façade principale renvoient à une conception de
l’architecture grecque - maintenue pendant des siècles à travers toute l’Europe comme
lemodèleàsuivre-avecsonréseaudecolonnades,lescouleursetl’atmosphèrequise
dégagentdel’immeublecontinuentl’harmoniedel’environnementimmédiat.Placédans
laproximitédelaplaceduMarronInconnu,lateintedubâtimentreprendenleitmotiv
l’aspectdepierrenaturelle,decimentbrutetdepatinedebronzedel’hommeàlaconque
marinequ’ondiraitsortitoutdroitdesateliersdeMichel-Ange.FeuAlbertMangonèspeut
seféliciterdanssatombed’avoirdonnéleton,lateinteoulanotechromatiquequidétend
l’espritdansunevillesitourmentée.
Le bâtiment à trois étages ne provoque pas le stress hérité du tremblement de terre. Il
semble, malgré son caractère hellénique, mieux adapté au classicisme d’un Champ de
Mars un peu bousculé de gaité et de psychédélisme depuis le kiosque Occide Jeanty à
l’avenuedelaLibertéenpassantparlaplaceHenryChristophe.LaCourdecassation,vue
del’extérieur,estàl’opposédel’esthétiqueducarnavaldescouleursvivesetdecelledela
fissurechaotiqueexpriméeparlescéramiquescasséesqu’onimposeavecunautoritarisme
quineditpassonnom.
L’immeuble semble s’adapter à une sagesse de l’empereur Dessalines qui marchait les
piedsnuspourapprendrelesolduterritoire:sesaccalmies,sesénervementstelluriques,
sessurfacesdeproductionagricoleetseszonesdedéfensesstratégiques.ÀMarchand-
Dessalines, selon une biographie du Père de la patrie exposée sur les murs du Bureau
d’ethnologie, il exigeait que les bâtiments publics soient construits à deux étages. Une
légèretédel’habitatquimanqueparcestempsdebovarysmeurbain.Oncraintquenos
pesanteursmatériellesn’aienttropdepoidssurnotrefragilesurfacegéologique.
Onnes’empresserapasdedirequelacoopérationSud-Sud,aveclesfrèresduroyaume
du Soleil levant, montre plus de modestie et de savoir-faire qui fait un pari sur le long
terme,carilresteàdécouvrirl’immeubledel’intérieuretavoirdesprécisionstechniques
desingénieursquil’ontconstruit.Avantquenosjugesentrententoutequiétudedansleur
palaismodernisé,latransparencedevraêtrederigueur.Celarassureraceuxquivontfaire
appliquerlesloisdelaRépublique.
L’exempledel’érection,sansclameurnitrompette,delaCourdecassationfaitespérerque
lesrelationsbilatéralesnesontpasseulementquedesintérêtsfinanciers,maisreposent
aussisurlafinalitéhumainedusupportàunenationphysiquementaffaiblie.Celanous
porteàladéductionquefaceàlapompedesgrandesvillesoccidentales,nousnedevons
pasatteindredesBabel,latêtedanslesnuages,maisplutôt,des«cases»fonctionnelles,
ayantlepiedausol.
Pierre Clitandre
Édito
Pamela White
remise à sa placePar Stephen Ralph Henri
HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION
L’ambassadeur des États-unis en Haïti, Pamela Ann White. / Photo : J. J. Augustin
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4 | N0
44 MERCREDI 22 JUILLET 2015
ACTUALITÉ
HAÏTI/DÉPRÉCIATIONDELAGOURDE
Risque d'augmentation des
prix des produits pétroliersPar Évens RÉGIS
D
es organisations de la
société civile, notamment
la Confédération des
travailleurs et travailleuses
des secteurs public et privé (CTSP),
dénoncent des manœuvres des
autorités du pays en vue de procéder
à une éventuelle augmentation
du prix du carburant. Dans une
interview accordée au National,
Méhu Changeux, président du
CTSP, a confirmé qu’effectivement,
le ministère du Commerce et de
l’Industrie (MCI) et celui des Affaires
sociales et du Travail (MAST) se sont
déjà entretenus avec l’organisation
qu’il dirige pour essayer de
s’harmoniser sur ce point. Il a par
ailleurs informé que le ministère de
l’Économie et des Finances (MEF)
caresse aussi l’idée d’entrer en
pourparlers avec le CTSP, toujours
sur le même sujet. « La position du
CTSP est, et sera toujours contre
toute augmentation du prix du
carburant », a-t-il rassuré.
Alors que le CTSP tire la sonnette
d’alarme, le MCI se défend et
s’abstient de se prononcer sur la
conjoncture. Selon les informations
recueillies auprès de la Direction
du commerce intérieur, le MCI n’a
pas pour mission de statuer sur
les prix des produits. Sa fonction
entre plutôt dans le cadre d’une
observation journalière du marché
national, pour ensuite informer
la population. Sorel Gillet, le
directeur de cet organe spécialisé
de l’institution, refuse d’admettre
toutes théories spéculant autour
des répercussions négatives de
l’augmentation du dollar américain
sur le secteur énergétique.
L’augmentation du dollar par
rapport à la gourde, déclare-t-
il, n’affecte en rien le secteur
énergétique. Les prix du carburant
à la pompe restent inchangés
depuis le dernier rapport du MEF,
paru le 3 février 2015, a-t-il ajouté.
Il soutient que l’augmentation des
prix du carburant n’a jamais été
envisagée par le MCI.
Des chauffeurs menacent
d’augmenter les prix des
circuits
Tandis que le MCI se dédouane
de toute responsabilité, les
accrochages entre chauffeurs
et passagers continuent. Des
chauffeurs assurant le service de
transport public ont menacé à
plusieurs reprises d’augmenter
les prix des courses. Prétextant
la dégringolade de la gourde par
rapport au dollar, qui a provoqué
des effets négatifs sur le secteur du
transport en commun.
D’ores et déjà, certains d’entre
eux, plus particulièrement ceux
assurant le trajet de Carrefour,
cherchent à tirer profit de cette
situation. Ils inventent une
stratégie pour augmenter le prix de
la course, sans que ni les passagers,
ni les autorités ne l’aperçoivent. Ils
trompent en effet la vigilance des
responsables de la circulation, en
scindant le circuit. De St-Charles
à Marine haïtienne, et de Marine
haïtienne au centre-ville, ils
obligent les passagers à dépenser
20 gourdes, pour une course qui
devait au préalable coûter 15
gourdes, prix fixé par les autorités
du ministère de l’Économie et des
Finances.
Interrogés par Le National, ils se
disent conscients et admettent
que le prix du carburant est restée
inchangé jusqu’à date. Quand bien
même, ils veulent un ajustement au
niveau des prix des courses. Dans
leurs déclarations, ils rejettent d’un
revers de main le dernier rapport
du MEF, statuant sur les prix
des trajets. Pour eux, ce rapport
n’exprime en aucun cas la réalité
à laquelle ils font face aujourd’hui.
Ces chauffeurs, qui sont pour
la plupart des syndicalistes,
s’insurgent déjà contre toute
augmentation du prix du carburant,
en signalant que cela va peser très
lourd, et que les effets ne tarderont
pas à se faire sentir.
Davidson Pierre n’y va pas par
quatre chemins pour pointer du
doigt les autorités compétentes.
Selon lui, il n’y a aucune raison
valable qui justifie cette hausse
inimaginable du dollar américain
par rapport à la gourde. Ce sont les
autorités, avance-t-il, qui veulent
faire leur capital économique et
qui ont créé cette crise. Il confie
que le prix du carburant n’a pas
augmenté, mais c’est comme si
c’était le cas, étant donné que
l’insignifiante recette journalière
des chauffeurs ne peut plus
répondre à présent aux exigences
de la cherté de la vie, occasionnée
par la dévalorisation de la gourde.
À signaler que la gazoline, le diesel
et le kérosène se vendent à la
pompe, respectivement, à 195, 157
et 156 gourdes. Et on a toujours
besoin entre 56 et 59 gourdes pour
acheter un dollar américain.
Le débat est ouvert dans certains milieux. Une éventuelle augmentation du
prix de la gazoline à la pompe est à envisager, en raison de la dépréciation de la
gourde face au dollar américain. Cependant, entre les autorités et les syndicats de
transports en commun, déjà, les violons semblent ne pas s’accorder sur la question.
Une éventuelle augmentattion du prix de la gazoline à la pompe est à envisager. / Photo : J. J. Augustin
MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0
44 | 5
ACTUALITÉ
N
on au génocide moderne
organisé, « aba rasis
dominiken», « ann fè
pwodiksyon nasyonal »,
ont été, entre autres slogans que l’on
pouvait remarquer sur les pancartes
des manifestants. Ces derniers ont
imputéàl’équipeTètKalelesmauvais
traitements subis par les compatriotes
en République dominicaine. Ils ont
critiqué avec véhémence la gestion de
l’équipe en place qui, disent-ils, sont
de mèche avec des hommes d’affaires
dominicains. Ce qui les a contraints
à garder un profil bas dans ce dossier
au détriment de ces milliers de pères
et mères de familles.
Dans cette période de campagne
électorale, certains leaders de
partis politiques ont été fortement
remarqués dans cette marche.
Munis de t-shirts aux couleurs
de leur structure respective,
leurs sympathisants ont scandé
les slogans de ces formations
politiques. Par moment, des
participants sont intervenus pour
leur rappeler les vrais objectifs du
mouvement.
En signe de contestation et de
protestation, les signataires
exigent du gouvernement Paul
et de l’administration Tèt
Kale un ensemble de mesures
proportionnelles aux agressions
dominicaines. À cet effet, une
délégation de représentants
d’organisations de la société civile
a remis une pétition au Premier
ministre, Évans Paul.
Dans cette pétition, les
protestataires ont préconisé le
dépôt formel du dossier par devant
les instances internationales
compétentes conformément
aux recommandations faites au
gouvernement en date du 25 juin
2015 par les organisations de la
société civile (secteurs des droits
humains et religieux).
Elle contient la révision de
tous les contrats de passation
de marchés en cours avec les
compagnies dominicaines par
l’ajout d’avenant en respectant
les exigences de la loi haïtienne
et en garantissant entre autres,
l’emploi de la main d’œuvre
locale, l’inéligibilité des firmes
dominicaines à la participation
d’autres appels d’offres quelle que
soit leur nature.
Ce document prône le développe-
ment d’infrastructures universi-
taires capables de répondre à la
demande haïtienne et la recher-
che d’accords académiques avec
d’autres pays afin de diminuer
progressivement le contingent
d’étudiants haïtiens migrant vers
la République dominicaine. À
cela s’ajoute la fermeture rigou-
reuse de la bande frontalière
haïtiano-dominicaine toutes les
fois que l’exige la conjoncture,
l’interdiction de l’importation de
produits dominicains en concur-
rence souvent déloyale avec ceux
cultivés et/ou fabriqués en Haïti.
De plus, ces recommandations
concernent la mise en place
des mesures incitatives pour le
redressement de la production
nationale. Elles incluent enfin
l’établissement de mécanismes
fiables d’identification des
personnes expulsées et le refus
d’accepter les citoyens (hommes
et femmes) rendus apatrides
par l’arrêt 168/13 de la Cour
constitutionnelle dominicaine.
Le Premier ministre, Évans Paul a
donné garantie aux organisations
signataires de cette pétition que
le gouvernement en prend acte. «
Nous allons concerter en urgence
sur la nécessité d’apporter une
réponse appropriée correspondant
aux aspirations du peuple haïtien»,
rassure-t-il.
Le chef du gouvernement a,
par ailleurs, invité les Haïtiens
à user de solidarité vis-à-vis
des compatriotes rapatriés de
la République dominicaine. Il
convient de conjuguer les efforts
en vue de sauvegarder la dignité
du pays sans considération
idéologique et politique.
Pour le respect de la dignité nationalePar Reynold Aris
HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION
À l’initiative des organisations de la société civile, notamment le Collectif 4 décembre, plusieurs milliers
d’Haïtiens ont marché dans les rues de Port-au-Prince le mardi 21 juillet 2015. Les organisateurs, par cette
initiative, s’engagent à exiger des autorités dominicaines le retrait de l’arrêt 168-13 de la Cour constitutionnelle
dominicaine frappant d’apatridie plusieurs milliers de Dominicains d’ascendance haïtienne. A été remis un
ensemble de recommandations via une pétition au Premier ministre, Évans Paul dans les locaux de la Primature,
au Bicentenaire (Port-au-Prince).
» suite de la première page
Respect pour la dignité nationale. / Photo : J. J. Augustin
Jean Robert Argant remet une lettre au Premier ministre Évans Paul. / Photo : J. J. Augustin
L
e ministre des Affaires
étrangères a. i. Lener Renaud,
s’était voulu rassurant. Lors
de son intervention, le mardi
20 juin, dans un des médias de la
capitale, il avait affirmé qu’« il n’y
a plus de problèmes de livrets de
passeports». Le Ministre imputait
la responsabilité de la rareté de ce
document d’identification et de
voyage depuis plusieurs mois aux
fournisseurs européens, précisant
que les livrets de passeports ne sont
pas imprimés en Haïti. Profitant
de l’occasion pour présenter ses
excuses à la population haïtienne,
il informait que, désormais, toutes
les dispositions allaient être prises
au niveau du ministère de l’Intérieur
et des Collectivités territoriales pour
assurer la livraison des passeports.
Cependant, Lener Renaud n’avait
aucune information relative au
nombre de livrets disponibles. Ce
qui permettrait de savoir si l’offre
disponible pouvait satisfaire les
demandes en cours et celles en
souffrance. Le National a tenté sans
succès de joindre au téléphone le
ministre de l’Intérieur, M. Ariel
Henry, pour plus amples informa-
tions.
Peu de livraisons
Une petite visite au Service de
l’immigration et de l’émigration
a toutefois permis au journal de
s’enquérir de la réalité empirique.
L’atmosphère au sein de cette
institution publique n’a pas changé
d’un cran. Tant à l’intérieur qu’à
l’extérieur du bâtiment, une
affluence de gens occupe l’espace
pour de multiples raisons :
demande de passeports ou pour
l’offre de services particuliers. Au
sein du bâtiment administratif,
c’est le tohu-bohu. Une longue file
d’attente. Lenteur administrative et
les frustrations s’enchaînent.
Dans une petite salle où est assurée
la livraison des passeports, pas
moins d’une vingtaine de demandes
vont être satisfaites. Il est 12 h 30.
Certains d’entre ces personnes
ayant produit leur demande depuis
le mois de mars. D’autres ressortent
de l’espace frustrées et déçues.
Après avoir longuement fait la
queue, elles s’entendent dire de
revenir dans une semaine. Alors
que leur demande remonte à tantôt
quatre mois.
Les citoyens désappointés
Dans cette catégorie, une femme
s’est confiée au National. Bien
qu’elle ait eu recours à une agence
de voyage depuis le mois d’avril pour
lui faciliter la tâche, son dossier
traîne encore. Les responsables de
cette agence, déplore-t-elle, sont
partis en voyage. Aussi, lâche-t-
elle, désespérément : « Je suis
venue tenter ma chance. » Rejetant
au passage l’idée selon laquelle il y
aurait une rareté de livrets depuis
plusieurs mois.
Dans cette veine, un homme
d’âge mûr crache sa frustration
après de longs moments d’attente
infructueux. Ayant produit sa
demande de passeport au mois
de mars, telle ne fut sa déception
d’apprendre que la livraison de son
document, prévue au mois de juin,
a été reportée au mois de juillet.
Et pour comble de son désarroi, ce
mardi 20 juillet, il apprend avec
consternation que son passeport ne
pourra pas lui être livré. Un autre
et pénible report lui est assené au
visage.
Rareté artificielle
ou réelle ?
Au niveau des agences de voyages,
les non-dits relatifs à ce calvaire
s’expriment ouvertement. Une
responsable d’une de ces agences
affirme que la rareté de livrets
observée depuis plusieurs mois au
niveau du Service de l’immigration
et de l’émigration est artificielle.
Pour les demandes de passeports
actuellement, informe-t-elle, les
rendez-vous sont, certes, fixés d’ici
au mois d’octobre par cet organe de
tutelle du ministère de l’Intérieur.
Cependant, avoue cette femme qui
dit bien connaître le système, si on
a de l’argent, le passeport peut être
livré dans une quinzaine de jours.
Un autre responsable d’agence
confirme au journal que pour toute
demande de passeport produite à
compter de ce mois, que ce soit en
urgence ou en extrême urgence, le
délai de livraison est prévu au mois
d’octobre. Cependant, il nous livre
une autre lecture de la réalité. Selon
lui, le problème de rareté est bel et
bien réel. En dépit des déclarations
officielles, il croit qu’une forte
demande absorbe l’offre disponible.
Rappelons que dans le cadre du
Programme d’identification et de
documentation des immigrants
haïtiens (PIDIH) en situation
irrégulière en République
dominicaine, 2 000 personnes ont
pu obtenir un passeport.
6 | N0
44 MERCREDI 22 JUILLET 2015
ACTUALITÉ
Beaucoup de demandes, peu de livraisons
Par Jean Michel Cadet
Sujet de grande préoccupation depuis plusieurs mois, la rareté de livrets de passeports ne serait plus un
problème, à en croire les plus hautes autorités du gouvernement haïtien. La mécanique semble, toutefois, être
encore défectueuse. Trois mois d’attente sont nécessaires pour que le Service de l’immigration et de l’émigration
livre les passeports. Et très peu de demandes sont satisfaites.
A
près avoir reçu les matériels
non sensibles produits par
la compagnie sud-africaine
Lithotech, le Conseil élec-
toral attend l’arrivée des matériels
sensibles en provenance de Dubaï
(Émirats arabes unis), où est basée la
compagnie en charge d’imprimer ces
matériels. C’est plus de onze millions
de bulletins et de procès-verbaux qui
devront être livrés à l’institution élec-
torale, pour les législatives du 9 août
2015.
Malgré des doutes persistants
chez certains acteurs politiques
et le retard enregistré dans le
calendrier électoral, le CEP tient
jusqu’à présent ses promesses
et le processus électoral fait son
chemin. La campagne électorale,
quoique timide, est lancée. Les
centres de vote sont déjà identifiés
et connus. Les matériels non
sensiblessontlivrés dans tous les
départements, à l’exception du Sud-
Est. Actuellement, les examens pour
le recrutement des superviseurs sont
en correction et les résultats seront
communiqués incessamment, selon
ce qu’a fait savoir maître Mosler
Georges, directeur exécutif du CEP.
Quant à la liste électorale qui devrait
être rendue publique trente jours
avant les élections, conformément
aux dispositions du décret électoral,
Mosler Georges dit avoir fait son
travail depuis le 9 juillet en procé-
dant au tirage au sort pour désigner
les partis politiques habilités à sou-
mettre au CEP les noms des MBV.
Tandis que la liste électorale n’est
pas encore rendue publique, certains
politiques, dont l’ancien député de
la 49e législature, Acluche Louis
Jeune, ont fait mention de certaines
irrégularités enregistrées dans la
mise en place de la liste des électeurs.
Selon l’ancien parlementaire, des
résidents de certaines zones de Dame-
Marie, dans la Grand-Anse, auraient
été délocalisés à leur insu. Contacté
à ce sujet, le directeur exécutif, ne
voulant pas intervenir, nous a référés
au directeur du registre électoral,
Philippe Augustin, qui, à son tour,
indisponible, nous a donné rendez-
vous au courant de cette semaine
pour en discuter.
Entre-temps, pour donner un peu de
crédibilité au processus électoral,
comme ce fut le cas par le passé,
des observateurs étrangers sont déjà
à pied d’œuvre dans le pays. Les
missions d’observation de l’Union
européenne et de l’Organisation des
États américains (OEA) sont déjà
formées. Le secrétaire général de
cette dernière organisation, Luis
Almagro, avait nommé le 16 juillet
dernier les deux chefs des missions
d’observation des élections (MOE)
quel’institutionenverraenHaïtipour
les prochaines élections. L’ancien
ministre des Affaires étrangères du
Costa Rica, José Enrique Castillo,
conduira la mission du 9 août pour
les élections législatives alors que,
concernant l’élection présidentielle
et les municipales du 25 octobre, la
mission d’observation sera dirigée
par l’ancien ministre brésilien
des Affaires étrangères, Celso
Amorim.
Les bulletins en Haïti dès le 26 juilletPar Noclès Débréus
Le Conseil électoral provisoire (CEP) s’apprête à accueillir, le dimanche 26 juillet, les matériels sensibles,
constitués des bulletins de vote et des procès-verbaux. Le directeur exécutif, Mosler Georges, en a fait l’annonce
dans un entretien au National, ce mardi 21 juillet.
A
ntonal Mortimé, secrétaire
exécutif de la Plateforme des
organisations de défense des
droits humains (POHDH),
souligne la nécessité pour le pays
d’élire de nouveaux parlementaires
au cours de l’année 2015. Il juge aussi
important de maintenir la date du 9
août, telle que fixée dans le calendrier
électoral, pour la tenue des élections
législatives.
Répondant aux questions des jour-
nalistes sur le doute qui plane
autour l’organisation effective des
scrutins au 9 août, pour élire les
nouveaux législateurs, M. Mortimé,
qui participait à une conférence de
presse dans la matinée du 21 juillet,
au local de la POHDH, a souligné
qu’ « il serait très intéressant de
conserver la date du 9 août », pour
organiser ces élections.
Ces scrutins constituent une « obli-
gation », d’après Antonal Mortimé
qui y en voit un moyen de sortir
le pays de la période de transition
dans laquelle il se trouve depuis
la fin du mandat des députés de la
dernière législature (49e ) et le dys-
fonctionnement du Sénat depuis le
deuxième lundi du mois de janvier
2015. Cependant, des membres de
divers secteurs dans la société con-
tinuent de douter de l’organisation
de la première journée électorale
pour choisir les nouveaux parlemen-
taires. Pour prévenir les possibles
troubles à l’issue de l’organisation
de cette première journée de vote, le
défenseur de droits humains invite
le Conseil électoral à prendre «
toutes les dispositions pour qu’il
n’y ait pas de crise postélectoral ».
Des membres d’organismes étrang-
ers de défense des droits humains,
faisant partie d’une mission
d’enquête qui séjourne au pays
du 19 au 25 juillet, ont aussi par-
ticipé à cette conférence au local
de la POHDH. Ces missionnaires
se sont penchés sur plusieurs dos-
siers brûlants, dont l’organisation
des élections, la question de mau-
vaises gestions des fonds remis à
la Croix-Rouge américaine après le
séisme de janvier 2010 et l’affaire
de l’expulsion des migrants haïtiens
de la République dominicaine.
Josué Renaud est le président du
New England Human Rights Orga-
nization. Il dirige la délégation
présentement en Haïti. Intervenant
sur la question des problèmes qui
surviennent généralement après
l’organisation des élections, Renaud
exhorte le Conseil à faire en sorte de
« donner les résultats réels, ceux qui
reflètent exactement l’expression
du vote de la population ».
« Il appartient au peuple (haïtien) de
choisir sa direction », argue un autre
membre de la délégation, Kevin
Moran, représentant du Réseau
des droits humains des États-Unis
(US Human Rights Network). Dans
cette même lancée, il souligne
que le Réseau est opposé « à toute
influence extérieure qui cherche à
bloquer ces élections, y compris
le gouvernement américain ». La
réalisation d’élections « justes et
honnêtes » dans le pays au cours
de l’année 2015, tel est son souhait.
La Plateforme a aussi évoqué
des irrégularités observées dans
l’avancement du processus électoral,
notamment le silence sur les
élections locales, destinées à élire
les dirigeants au niveau communal
et des sections communales, le
retard pris pour publier la liste des
centres de vote et des électeurs.
Elle a également déploré les
retards dans l’application du
calendrier électoral, ce qui est
susceptible d’occasionner une
diminution du taux de participation
de l’électorat.
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La POHDH contre tout report des législatives
Par Stephen Ralph Henri
Le secrétariat exécutif de la Plateforme des organisations de défense des droits humains (POHDH) souhaite
le maintien de la date du 9 août pour l’organisation des prochains scrutins législatifs, alors que des membres
d’organisations de défense des droits humains actives à l’échelle internationale, de leur côté, s’opposent à toute
influence étrangère pouvant empêcher la tenue de ces élections comme planifiée par les dirigeants haïtiens.
Josué Renaud et Antonal Mortimé. / Photo : Stephen Ralph Henri
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44 MERCREDI 22 JUILLET 2015
MONDE
D
ans l’état actuel des négocia-
tions sur le climat, l’accord
qui se dessine est insuffisant
pour maintenir le réchauffe-
ment de la planète sous 2°C, a déclaré
mardi François Hollande, qui a lancé
un nouvel appel à la “mobilisation
de tous”.
Le président français sera l’hôte de
la conférence des Nations unies sur
le climat (COP21) prévue à Paris en
décembre et considérée comme une
des dernières chances de conclure
un accord universel sur la réduction
des gaz à effet de serre. Il s’adressait
à une quarantaine de responsables
religieux, d’intellectuels et de
« personnalités morales » du monde
entier réunis à Paris pour lancer
un « Appel des consciences pour le
climat » aux dirigeants politiques et
aux négociateurs.
Le chiffre de 2°C est considéré
par les scientifiques comme le
seuil au-delà duquel les dégâts
provoqués par le réchauffement
climatique seraient irréversibles, y
compris sur le plan de la sécurité
et de la paix dans le monde.
Or, « avec un accord qui pourrait
être celui qu’on entrevoit avec les
négociations (actuelles) et avec les
contributions qui ont été déposées
par chacun des Etats, nous sommes
encore au-dessus de 2°C, sans doute
3°C », a dit François Hollande.
Le niveau d’ambition du projet
d’accord est un des sujets au menu
d’une réunion ministérielle de deux
jours à laquelle les représentants de
52 pays et organisations participent
depuis lundi à Paris, pour tenter
de donner un coup d’accélérateur
politique aux négociations.
Les contributions nationales à
la lutte contre le réchauffement,
que doivent déposer les 195
pays participants à la COP21
d’ici octobre arrivent en outre au
compte-gouttes.
A ce jour, seulement 47 pays, dont
les 28 de l’Union européenne, les
Etats-Unis, la Chine et la Russie,
ont déposé les leurs.
UN CHOIX ÉTHIQUE
Selon les scientifiques, maintenir
le réchauffement sous 2°C signifie
pour l’ensemble des pays de la
planète renoncer à utiliser 80 %
des ressources d’énergies fossiles
encore facilement accessibles, a
rappelé François Hollande.
Cela suppose que l’usage des
énergies renouvelables devienne à
terme la norme, mais pas seulement,
a-t-il poursuivi. « Les émissions
générées par l’exploitation des
terres représentent environ un
quart des émissions globales de gaz
à effet de serre », a-t-il expliqué. «
Mieux gérés, les sols, les surfaces
agricoles, les prairies, les zones
humides, les forêts peuvent
rapidement absorber et stocker
sept à 10 gigatonnes d’équivalent
carbone et cela chaque année,
jusqu’en 2030. »
Cela représenterait la moitié de
la réduction des émissions de
CO2 nécessaires sur les 10 à 20
années à venir et aurait pour effet
de stimuler la fertilité des sols,
donc de contribuer à la sécurité
alimentaire mondiale, a-t-il fait
valoir. « Vivre dignement où l’on
est né, ne pas avoir à quitter son
pays pour chercher subsistance,
c’est aussi la garantie d’un monde
plus sûr », a-t-il ajouté. “Voilà ce qui
est en jeu (...) Cet enjeu est si grand
qu’il exige la mobilisation de tous.”
La question climatique ne se réduit
pas à ses dimensions scientifique,
technologique, économique et
politique, a enfin insisté le chef de
l’Etat français. « La cause profonde
deladégradationdel’environnement
et du climat, c’est un mode de vie,
un mode de production, un mode
de consommation, qui n’est plus
compatible avec le développement
humain. C’est donc un rapport
à la planète qu’il faut repenser
entièrement et donc un choix
éthique qui doit être partagé. »
Hollande juge insuffisants les efforts
envisagés sur le climat
Sources : Reuters
François Hollande a lancé mardi un nouvel appel à la « mobilisation de tous »
pour le climat, jugeant que, dans l’état actuel des négociations, l’accord qui se
Des maires du monde entier au Vatican
pour dire non à l'esclavage et au réchauffement
Sources : AFP
U
ne soixantaine de maires
de grandes villes dans le
monde se sont réunis mardi
au Vatican, à l’invitation du
pape François, pour affirmer leur
engagement à lutter contre l’esclavage
moderne et le réchauffement
climatique.
Les maires de Rome, Paris, New
York, Madrid ou de Sao Paulo se sont
relayés à la tribune pour dénoncer
la persistance de l’esclavage dans
les sociétés modernes. « L’esclavage
existe toujours dans nos villes, y
compris ici-même à Rome », a lancé
le maire de la capitale italienne
Ignazio Marino.
Ancien chirurgien, M. Marino a
particulièrement dénoncé le trafic
d’organes, dont il assure qu’il est
appelé à se développer, tant la
demande est forte. Quelque 10 000
opérations sont effectuées chaque
année pour extraire des organes,
des reins à 75 %, au bénéfice de
riches patients dans le monde.
Ces opérations illégales sont
essentiellement réalisées en Chine,
en Inde et au Pakistan, a-t-il assuré.
Mais, a-t-il averti, « l’Afrique est la
nouvelle frontière » de ce trafic
international. Le maire de Rome
a également mis en garde contre
la tentation de légaliser ce trafic
en autorisant le don d’organes à
but lucratif, comme cela est, selon
lui, envisagé aux Etats-Unis. Cette
conférence, organisée au Vatican,
a aussi entendu le témoignage
de deux jeunes mexicaines Karla
Jacinto et Ana Laura Perez Jaimes,
toutes deux « esclaves » pendant des
années dans leur pays. Karla a dès
l’âge de 12 ans été contrainte à se
prostituer, enfermée dans un bordel
mexicain où elle a fait le compte de
ses « clients » jusqu’à sa libération à
l’âge de 16 ans: plus de 42 000. Ana
Laura a raconté de son côté avoir
vécu pendant cinq ans enchaînée et
contrainte de travailler parfois 20
heures par jour, jusqu’à ce qu’elle
parvienne à s’échapper à l’âge de 23
ans. « Il n’est pas possible que cela
existe encore, il n’est pas possible
que nous restions aveugles » face à
cette situation, a-t-elle lancé.
« Il faut changer nos modes vie»,
a préconisé de son côté Anne
Hidalgo, maire de Paris, appelant
à mettre en œuvre une « économie
du moindre impact », privilégiant
par exemple le recyclage.
Mme Hidalgo s’est félicitée de
l’invitation du pape, qui a permis
de confronter les expériences de
dizaines de maires dans le monde
sur des thématiques essentielles,
« grande première très utile », a-t-
elle dit, lors d’un point de presse.
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MONDE
Trois journalistes espagnols portés disparus en Syrie
Sources : 20minutes.fr/ avec AFP
L
e secrétaire américain à la
Défense Ashton Carter s’est
efforcé mardi de rassurer les
alliés de Washington au Moyen-
Orient au sujet de l’accord nucléaire
conclu avec Téhéran, lors d’une
tournée régionale qui l’emmène en
Israël, Jordanie et Arabie saoudite.
A Jérusalem, il a rencontré
le Premier ministre Benjamin
Netanyahu, qui refuse de se résigner
à l’accord historique adopté le 14
juillet, par lequel Téhéran a accepté
de réduire ses capacités en échange
d’une levée progressive et réversible
des sanctions internationales. Les
deux hommes, qui se sont salués
d’une longue poignée de main, n’ont
fait aucune déclaration à l’issue de
la rencontre. Mais à son arrivée
en Jordanie, M. Ashton Carter a
souligné que les Etats-Unis et Israël
« ont un engagement commun pour
contrer l’influence pernicieuse de
l’Iran dans la région ».
Il a toutefois admis que M.
Netanyahu « a fait clairement savoir
qu’il est désaccord avec nous à
propos de l’accord sur le nucléaire
iranien. Mais des amis peuvent
être en désaccord ». « Nous allons
continuer à travailler avec Israël et
d’autres partenaires dans la région
pour contrer le danger provenant
d’Iran comme nous le faisons contre
l’organisation de l’Etat islamique »,
a-t-il ajouté, devant des militaires
de six pays engagés dans la coalition
antijihadiste. « Cet ennemi (l’EI)
doit être défait. Cela sera chose
faite parce que les barbares sont
toujours vaincus par la civilisation
», a-t-il assuré, s’adressant à une
poignée de mécaniciens au pied
d’un F-16 américain. M. Carter
doit ensuite se rendre mercredi en
Arabie saoudite, autre pays inquiet
de l’accord conclu avec l’Iran. M.
Netanyahu et une écrasante majorité
des responsables politiques
israéliens, toutes tendances
confondues, condamnent l’accord
car ses clauses ne sont pas, selon
eux, suffisamment strictes pour
empêcher l’Iran de se doter de
l’arme nucléaire et de s’en servir
contre Israël, dont les dirigeants
iraniens appellent régulièrement à
la destruction.
Téhéran, qui ne reconnaît pas
l’existence d’Israël, a toujours nié
vouloir se doter d’une telle arme.
Pour tenter de rassurer son allié, M.
Carter a indiqué lundi que les Etats-
Unis étaient prêts à muscler leur
coopération militaire avec Israël,
citant notamment la défense anti-
missiles ou la sécurité informatique.
Ilaaussiassuréqu’Israël,considérée
comme la seule puissance nucléaire
de la région mais qui maintient
l’ambiguïté sur son armement,
restait « la pierre angulaire » de
la politique américaine au Moyen-
Orient.
Mais Israël n’est pas prêt,
pour le moment, à discuter de
compensations américaines sous la
forme d’une aide militaire accrue,
ses efforts étant encore concentrés
sur un échec ou au moins un
affaiblissement de l’accord,
soulignent les commentateurs.
Influencer les Américains
« Israël ne peut pas le dire aussi
clairement mais ils ne peuvent
pas coopérer avec les Américains
concernant les compensations
avant le vote du Congrès américain
sur l’accord » conclu avec l’Iran,
estime Eytan Gilboa, professeur de
sciences politiques à l’université de
Bar-Ilan, près de Tel-Aviv, spécialiste
des relations israélo-américaines.
Le Congrès américain à 60 jours à
partir de ce lundi pour se prononcer,
et Benjamin Netanyahu, qui
compte de nombreux alliés parmi
les parlementaires républicains,
a lancé des appels pour que ces
derniers le rejettent.
La vice-ministre israélienne des
Affaires étrangères, Tzipi Hotovely,
a réaffirmé mardi qu’Israël ne
se résignait pas à l’accord, au
lendemain du feu vert donné
à l’unanimité par le Conseil de
sécurité de l’ONU à l’accord
nucléaire conclu entre l’Iran et
les cinq membres permanents
du Conseil (Etats-Unis, Chine,
Russie, France, Royaume-Uni), plus
l’Allemagne.
« Cet accord est mauvais et nous
allons continuer de nous battre
pour changer les choses », a-t-elle
déclaré devant une commission
parlementaire.
« Au jour d’aujourd’hui Israël veut
que le Congrès vote contre l’accord
ou contre de nombreuses clauses de
l’accord (...) Mais il est probable que
l’accord sera voté, et à ce moment-
là commenceront les discussions
sur toutes sortes de compensations
», explique Eytan Gilboa.
Les Etats-Unis fournissent
actuellement à Israël environ 3
milliards de dollars d’aide militaire
par an, sans compter le financement
d’autres projets, comme le système
de défense antimissiles Dôme
d’acier.
La signature de l’accord avec l’Iran
va pousser Washington à accroître
son assistance militaire à Israël mais
aussi à ses alliés arabes de la région,
estime Eytan Gilboa, craignant une
course aux armements
Nucléaire : Israël pas prêt à se résigner malgré
les assurances américaines
Sources : AFP
T
rois journalistes espagnols
sont portés disparus en Syrie
depuis une dizaine de jours, a
annoncé mardi la présidente
de la Fédération des associations de
journalistes espagnols.
Ils n’ont plus donné de
nouvelles depuis le 12 juillet
« Pour le moment, nous pouvons
seulement parler de disparition », a
déclaré Elsa Gonzalez sur la chaîne
de télévision publique espagnole
TVE 24 heures, expliquant que
l’on était sans nouvelles des trois
hommes depuis le 12 juillet, date
à laquelle ils se trouvaient dans la
région d’Alep (nord-ouest).
Les trois journalistes indépen-
dants, Antonio Pampliega, Jose
Manuel Lopez, et Angel Sastre sont
arrivés aux alentours du 10 juillet
et n’ont plus donné de nouvelles
depuis le 12. On ignore s’ils étaient
ensemble et pour quels médias ils
travaillaient. Antonio Pampliega
a contribué à la couverture texte
de l’AFP en Syrie jusqu’en 2013.
Jose Manuel Lopez a participé à la
couverture photo de l’AFP de plu-
sieurs conflits, dont celui en Syrie
jusqu’en 2013.
Des raisons de s’inquiéter
« Il y a d’intenses combats dans
cette région et par conséquent il
existe des raisons de s’inquiéter »,
a encore déclaré la présidente de
la FAPE.
La ville d’Alep, la deuxième de
Syrie, est divisée depuis la mi-2012
entre rebelles et loyalistes, et vit
régulièrement des bombardements.
La guerre en Syrie, qui a commencé
par des manifestations pacifiques
ayant dégénéré après avoir été
réprimées dans le sang, a fait plus
de 230.000 morts depuis mars
2011.
Régime, rebelles, Kurdes et jihad-
istes s’affrontent sur un territoire
de plus en plus morcelé.
Mardi, au moins 18 civils ont été
tués et des dizaines ont été blessés
mardi par le tir d’un « missile sol-
sol » des forces du régime syrien
sur la Vieille ville d’Alep, a rapporté
une ONG.
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ÉCONOMIE
Cinquante cinq millions de dollars pour
la surveillance hydrométéorologique et
l'adduction d'eau potable
Par Henri Alphonse
L
’accord relatif à la mise en
œuvre, prochainement, du
programme pilote pour la
résilience climatique des
Fonds d’Investissement climatique
prévoit un montant de USD cinq
millions pour le financement des
activités programmées. Le projet vise
à renforcer la capacité du ministère
de l’Agriculture, des Ressources
naturelles et du Développement rural
(MARNDR) à fournir des services
d’information hydrométéorologique
et climatique personnalisés aux
agriculteurs et aux intervenants
d’urgence pour augmenter la
préparation et la résilience du pays
aux catastrophes et aux changements
climatiques.Safinalitéestd’aiderHaïti
à mieux « se préparer aux conditions
météorologiques extrêmes tels que
les inondations, les sécheresses et les
ouragans ».
Mary Barton-Dock, l’envoyée
spéciale de la Banque mondiale
en Haïti, est d’avis que ce projet
contribuera à atténuer les
contraintes relatives à l’accès aux
informations météorologiques
indispensables aux agriculteurs «
afin qu’ils soient mieux préparés et
en mesure de faire face aux chocs
agricoles et climatiques ».
Les résultats escomptés font état
de 80 techniciens et professionnels
environ qui seront formés à
l’utilisation des applications
de données météorologiques
et climatiques. Une plateforme
de données ouverte, accessible
en ligne, facilitera par ailleurs
la consolidation des données
recueillies à l’échelle nationale
sur l’hydrologie, la météorologie,
l’environnement marin et d’autres
stations du genre. Quarante
comités de protection civile et
agriculteurs municipaux à l’échelle
nationale pourront ainsi accéder
à « des services d’information
améliorés, incluant les alertes
précoces et des informations de
planification d’urgence ».
Prévention des risques
Une note de presse du ministère
de la Communication fait l’exposé
des motifs en déclinaison avec la
finalité de la démarche. Environ
96 % de la population haïtienne,
rappelle-t-elle, vit dans « des
zones exposées à deux ou plusieurs
risques, y compris les ouragans,
les inondations, les tremblements
de terre, les glissements de ter-
rain et les sécheresses. Le secteur
agricole, qui contribue à plus de
25 % du PIB d’Haïti et qui est la
principale source de revenus des
ménages ruraux, est fortement
dépendant de la pluviométrie et
particulièrement exposé aux effets
du changement climatique, avec
seulement 1 % des agriculteurs
utilisant l’irrigation ».
La note met l’emphase sur les ris-
ques hydrométéorologiques qui
ont, au cours de la dernière décen-
nie, « touché 1,3 million de per-
sonnes, tué plus de 6000 et causé
des pertes annuelles moyennes
équivalentes à près de 2 % du PIB
». Et le Ministère de rappeler que
plus de 70 % des familles rurales
a été économiquement affectée par
les chocs météorologiques clima-
tiques.
Ce programme pilote, en plus de
renforcer les capacités de l’unité
hydrométéorologique du MARNDR,
devrait améliorer les performances
des pouvoirs publics en matière de
coordination entre divers organ-
ismes gouvernementaux clés dans
le secteur, notamment le ministère
de l’Environnement (MDE), le
Centre national de l’Information
géospatiale (CNIGS), la Coordina-
tion nationale pour la Sécurité ali-
mentaire (CNSA), le Comité inter-
ministériel pour l’Aménagement
du Territoire (CIAT) et la Direc-
tion de Protection civile (DPC) du
ministère de l’Intérieur. Ce projet,
de cinq ans, sera mis en œuvre par
le ministère de l’Agriculture.
50 millions pour la DINEPA
Le second accord signé ce mardi
met la Direction nationale de l’Eau
potable et de l’Assainissement
(DINEPA) en mesure de pro-
grammer l’exécution de travaux
d’adduction d’eau potable en
milieu rural. Ce projet, qui sera
financé par la Banque mondiale
sur une période de six ans, couvri-
ra les départements géographiques
du Grand Sud, le Sud, le Sud-Est,
la Grand-Anse, les Nippes. Le
département du Centre est égale-
ment dans la ligne de mire du
projet. À l’origine de cette initia-
tive, des rencontres de réflexion
réunissant les techniciens de la
DINEPA, du ministère de la Santé
publique (MSSP), de la Banque
mondiale.
Les zones aux plus forts taux de
prévalence du choléra seront,
dans le cadre des interventions
planifiées, considérées comme
prioritaires. Le Grand Sud a déjà
bénéficié, dans le temps, d’un
programme du genre et la nouvelle
initiative compte y opérer des
travaux de consolidation des
résultats précédemment obtenus.
Pas question toutefois d’intervenir
pour améliorer l’accès à l’eau
potable sans se préoccuper de
l’assainissement, prévient Benito
Dumay, le directeur général de
la DINEPA. « Nous espérons
pouvoir améliorer les conditions
de vie d’une population d’environ
300 000 personnes ». Des
travaux d’approvisionnement
en eau potable et des activités
d’assainissement ponctueront la
programmation des interventions
envisagées sur le terrain. Ces
actions concrètes iront de pair
avec des interventions visant le
renforcement de la DINEPA et
des OREPA, ces Offices régionaux
d’Eau potable et d’Assainissement,
représentant des structures
déconcentrées de la DINEPA et
chargés de la prestation du service
d’eau potable en milieu urbain
ainsi que de la « gestion » des
systèmes en milieu rural gérés de
fait par des comités d’eau.
La DINEPA et les OREPA, pour
mémoire, ont remplacé deux
entreprises publiques : la
Centrale autonome métropolitaine
d’eau potable (CAMEP), qui
était responsable de l’aire
métropolitaine de Port-au-Prince
et le Service national d’eau potable
(SNEP), responsable dans le temps
pour les villes secondaires et en
théorie, les zones rurales.
Une campagne de sensibilisation,
visant le changement de
comportement des communautés
ciblées, viendra accompagner le
processus. « Nous n’avons pas
encore d’assainissement collectif,
nous en sommes encore au stade
individuel et nos observations
nous conduisent à évaluer
l’ampleur du travail à accomplir
à cause de cette habitude qu’ont
les gens de se soulager à l’air libre
», déplore le directeur général de
la DINEPA. « Nous espérons ainsi
parvenir à éliminer le spectre du
choléra qui hante encore diverses
localités du pays ».
Haïti, doit-on le rappeler, fait
face à des défis considérables
dans le secteur d’eau potable et
d’assainissement. Une situation
caractérisée notamment par un
accès presque nul aux services
publics et la faiblesse des
institutions chargées de l’offre
des services sociaux de base. Ce,
malgré l’omniprésence des ONG
intervenant particulièrement en
milieu rural et dans les quartiers
défavorisés.
POURUNEMEILLEUREGESTIONDESRISQUES
Les deux accords de dons signés ce mardi 21 juillet en début d’après-midi, en présence de représentants des
Pouvoirs publics et de la Banque mondiale font état d’un don de 55 millions de dollars pour renforcer les
capacités de l’unité hydrométéorologique du ministère de l’Agriculture et de la DINEPA.
Les conséquences des aléas hydrométéorologiques ont, au cours de la dernière décennie, tué plus de 6000 personnes et
causé des pertes annuelles moyennes équivalentes à près de 2% du PIB. / mma1.org
MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0
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ÉCONOMIE
INVESTISSEMENTSDIRECTS
La diaspora africaine, une puissance financière
Par Patrick Ndungidi / Huffington Post
Les transferts de fonds sont en constante augmentation en Afrique et constituent une manne financière
susceptible de contribuer au développement des économies du continent.
L
es transferts de fonds vers
l’Afrique connaissent une nette
augmentation. Mais les tarifs
des sociétés de messagerie
financière restent élevés. En 2014,
selon la Banque mondiale, près de
120 millions d’africains ont reçu 60
milliards Usd envoyés par 30 millions
d’africains de la diaspora.
Ce montant est supérieur à l’aide
publique au développement (56
milliards de dollars en 2014) et aux
investissements directs étrangers
(50 milliards de dollars).
Les transferts de fonds sont en
constante augmentation en Afrique
etconstituentunemannefinancière
susceptible de contribuer au
développement des économies du
continent. Pour Patrice Buabua,
Secrétaire général de la FIBANK
RDC, les flux migratoires sont le
principal moteur de cette filière.
« Les perspectives démographiques
du continent augurent davantage
d’opportunités pour ce secteur.
La population africaine passera à
2 milliards d’habitants en 2050
contre 830M en 2010. Ces fonds
de la diaspora continueront à
contribueraussibienàlacroissance
des sociétés de messagerie
financière internationale qu’a la
situation sociale des africains »,
explique-t-il.
Contribuer
aux économies locales
En effet, les fonds envoyés par
les africains sont beaucoup plus
destinés à régler des problèmes
d’ordre social: soins de santé, frais
scolaires, logement, etc. Cepen-
dant, Pour Serge Mbay, Directeur
Général de « MoneyTrans » en
RDC, les transferts de fonds de la
diaspora africaine lorsqu’ils sont
judicieusement canalisés et gérés,
peuvent constituer des capitaux de
départ aux investissements locaux
vitaux, susceptibles de résorber la
pauvreté.
Dans l’atteinte d’un tel objectif,
les banques ont un grand rôle
à jouer car le réseau bancaire
demeure le principal canal de
circulation de ces flux financiers.
« Les acteurs du système bancaire
ont tout à gagner à conscientiser
les récepteurs de ces fonds sur
les enjeux de l’épargne. Il faut
créer des passerelles bancaires,
des produits mixtes destinés à
inciter cette catégorie de clients
à structurer leur relation avec les
banques. En ce sens, l’activité
de messagerie financière peut
être appréhendée comme un
accélérateur de la bancarisation
en Afrique », explique le SG de la
FIBANK.
Serge Mbay, pour sa part, estime
que les pays africains doivent
systématiquement organiser la
gestion ou la prise en charge de
leurs diasporas en leur offrant
des possibilités et des facilités
d’investissement au pays, avec la
garantie d’un minimum de sécu-
rité générale. « Il importe aussi de
promouvoir et de soutenir les insti-
tutions locales de services qui pro-
posent la canalisation judicieuse
de ces flux d’argent », précise-t-il.
Juriste et analyste financier, Ma-
dimba Kadima Nzuji, propose que
les Etats africains puissent créer
leurs propres agences de transfert
ou qu’ils puissent entrer dans le
capital de celles qui sont sur leurs
territoires. En outre, préconise-t-il,
l’Etat peut obliger les agences de
transfert à baisser leurs prix. Ce qui
pourrait entraîner une augmenta-
tion soit des volumes de transfert,
soit des montants envoyés.
Une économie
de quatre milliards
A l’heure actuelle, le coût des
envois est très élevé en Afrique,
avec une moyenne de 12,4 %.
Selon la Banque mondiale, baisser
le coût des transferts à 5 % pour-
rait faire économiser quatre mil-
liards de dollars à la diaspora afri-
caine. Mais le directeur général de
Money Trans explique ces coûts
élevés par le fait que les sociétés
de MF surtout en Afrique subsa-
harienne demeurent physiques,
c’est-à-dire basées sur un service
physique et une logistique matéri-
elle conséquente. « Cela constitue
des charges financières. En outre,
si le régime fiscal des pays est con-
traignant, il va naturellement les
obliger à réajuster leurs tarifs au
risque de disparaître », note-t-il.
Selon Patrice Buabua, c’est toute
la problématique du risque que
représente la zone Afrique (fiscalité
inadaptée, tracasseries administra-
tives, etc.) qui s’exprime sur le prix
de la prestation. « Ces transferts
ont un coût relativement élevé
certes mais, vu les résultats annu-
els des sociétés de MFI, cette situ-
ation accrédite aussi la thèse selon
laquelle le risque peut être un
facteur d’augmentation des profits
», nuance le Secrétaire général de
la FIBANK. Pour Madimba Kadima
Nzuji, l’Etat doit donc soit multi-
plier les acteurs par des incitants,
soit obliger les agences à baisser
les prix.
Dans tous les cas, la diaspora afric-
aine demeure une force financière
avec laquelle les gouvernements
devront compter pour booster les
économies locales.
La table ronde « gouvernement »-diaspora congolaise organisée par l’ambassade de la RD Congo en Belgique. / ©
RWANDA|RELANCEÉCONOMIQUE
La Banque mondiale prévoit un taux de croissance
de 7,4 % en 2015
Source : Xinhua
S
elon ces projections, le taux de
pauvreté au Rwanda devrait
également reculer de 63 %
en 2011 à 54 % en 2016, ce
qui signifie que près d’un million
d’habitants passeraient au-dessus du
seuil de pauvreté.
Le taux de croissance du Rwanda
est remonté à 7 % en 2014, après
avoir atteint en 2013 son plus bas
niveau depuis 2013, à 4,7%, selon
ce rapport.
Cette reprise est notamment
attribuable à la consommation des
ménages et aux dépenses publiques,
ce qui se reflète dans la croissance
accélérée du secteur des services.
Toutefois, la politique budgétaire
du pays est moins expansionniste
ces derniers trimestres. D’un autre
côté, les développements sur le
plan monétaire sont favorables à
l’économie.
Yoichiro Ishihara, économiste en
chef et directeur de l’équipe qui a
rédigé ce rapport, a indiqué que les
prêts bancaires étaient revenus à
leur niveau antérieur à la baisse de
l’aide internationale.
« Le faible taux d’inflation et
l’appréciation des taux de change
effectifs réels sont favorables à une
politique monétaire accommodante
pour soutenir l’économie par
les financements », a déclaré M.
Ishihara.
La Banque mondiale prévoit que le taux de croissance économique au Rwanda devrait atteindre 7,4 % en 2015 et
7,6 % en 2016, d’après son Rapport économique mis à jour sur le Rwanda (REU) publié mercredi dernier à Kigali.
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ÉCONOMIE
Au Pérou la lutte des peuples contre des mines dévastatrices
Par Alain Sousa / Reporterre
L’EAUOUL’OR
D
ans le nord du Pérou, un
projet pharaonique de mine
d’or baptisée Conga menace
lesréserveseneaudetoutela
région de Cajamarca. Les populations
locales luttent pour empêcher son
implantation, mais le combat est loin
d’être gagné et la répression féroce,
comme en témoigne la mort de cinq
opposants tués en 2012 dans une
manifestation.
« Agua Si, Oro No ! » C’est le cri qui
retentit depuis plusieurs années
à Celendín, petite ville perdue
dans les montagnes du nord du
Pérou. Ici, l’agriculture est reine,
la région possède de nombreuses
ressources en eau. Mais le sous-sol
est depuis toujours convoité pour
ses ressources en or. La région de
Cajamarca héberge déjà la plus
grande mine d’or d’Amérique du
Sud, Yanacocha, exploitée depuis
1993.
Approuvé en 2010 par le gou-
vernement péruvien, le nouveau
projet dénommé Conga est situé à
quelques dizaines de kilomètres.
Le consortium qui souhaite exploit-
er la mine est détenu à 51,35 %
par Newmont Mining Corporation,
une compagnie américaine basée
à Denver, Colorado. Suivent un
groupe péruvien, Compañía de
Minas Buenaventura (CMB, 43,65
%) et International Finance Cor-
poration (IFC, 5 %), une exten-
sion de la Banque mondiale.
L’investissement prévu approche
les 5 milliards de dollars.
Pour les groupes étrangers, venir
exploiter l’or au Pérou est extrême-
ment intéressant. La main d’œuvre
est très bon marché, et le gou-
vernement a adopté une série de
mesures incitatives pour aider
les multinationales à s’implanter,
notamment en facilitant l’achat de
terres au détriment des droits des
communautés.
Nous ne buvons pas d’or !
Le projet aurait dû démarrer en
2014, mais il est toujours en sus-
pens grâce à la mobilisation citoy-
enne des habitants de Celendín et
de la région. Car la mine constitue
une grave menace environnemen-
tale, notamment pour les res-
sources en eau de la région. Le
site choisi est placé à l’endroit d’où
partent les sources qui alimentent
des rivières vers le Pacifique mais
également vers l’Amazonie, telle
la rivière Marañón, l’une des plus
importantes du pays.
Selon l’organisation Front Line
Defenders, qui a réalisé une
enquête approfondie en 2014,
le projet Conga devrait assécher
4 lacs, 27 lagunes, 700 sources
et 60 canaux d’irrigation ! Car la
mine nécessitera plus de deux mil-
lions de mètres cube d’eau par an
pour son fonctionnement. Certes,
la compagnie minière a promis
la construction de quatre réser-
voirs d’eau, censés remplacer les
lacs, dont trois seront destinés
à fournir l’eau potable pour les
populations locales... Une maigre
compensation, qui ne restaurera
pas l’écosystème original, et qui de
plus placera les populations locales
directement sous la dépendance de
la compagnie minière pour l’accès
à l’eau...
Autre problème de taille, le retrait-
ement de ces millions de mètres
cube d’eau, pour éviter la pollution
des nappes. Les exemples ne man-
quent pas au Pérou de contami-
nations. Selon Hanne Cottyn, de
l’association belge Catapa, « 70 %
des eaux de la ville de Cajamarca,
proche de la mine de Yanacocha,
montrent une contamination. A
Bambamarca, autre province qui
possède plusieurs mines, des pro-
blèmes similaires ont été rencon-
trés. »
L’impact sur les ressources en eau
va au-delà de la seule exploitation
de la mine : il existe déjà trois pro-
jets de barrage dans la région de
Celendín et quatre dans la prov-
ince de Cajamarca. Au moins un de
ces barrages sera destiné unique-
ment à alimenter en énergie le
projet Conga en énergie.
La lutte des
communautés locales
Les populations locales sont forte-
ment mobilisées contre le projet
Conga. Au-delà de la menace
directe sur les ressources en eau,
les habitants ont en mémoire les
précédents concernant la mine
de Yanacocha, dont de nom-
breuses promesses non tenues et
autres problèmes de corruption.
Et ils restent insensibles aux
allégations de développement et
d’enrichissement de la province.
Les mêmes discours étaient pro-
noncés dans les années 90, lors
de l’ouverture de la mine voisine.
La région était alors la quatrième
région la plus pauvre du Pérou.
Après vingt ans d’exploitation de la
mine, Cajamarca a dégringolé à la
dernière place, devenant la région
la plus pauvre du pays, avec 51,9
% de la population qui vit sous le
seuil de pauvreté.
Entre les populations et la com-
pagnie minière, l’Etat péruvien a
clairement choisi son camp. Les
défenseurs de l’environnement
sont qualifiés de terroristes, des
mesures exceptionnelles de sur-
veillance et de lois anti-agitateurs
sont adoptées. L’Etat n’hésite pas
à mettre en place l’état d’urgence
après les manifestations les plus
violentes, ce qui permet des arres-
tations sommaires, la fouille des
maisons sans mandat, et autres
mesures arbitraires. On assiste
également à des mélanges de rôles,
avec des policiers qui sont directe-
ment rémunérés par la compagnie
minière.
La répression ne se limite pas à
une restriction des droits civiques
et des libertés. En 2012, cinq man-
ifestants ont été tués par la police,
quatre de Celendín et un de Bam-
bamarca, dont un adolescent de 16
ans. Un drame loin d’être unique.
Selon l’organisation Global Witness
plus de 57 activistes défenseurs
de l’environnement sont morts au
Pérou entre 2002 et 2014. Il faut
ajouter à ce triste bilan les quatre
morts entre mars et mai 2015 à
Arequipa, lors de manifestations
contre un autre projet de mine.
Ironie de l’Histoire, en 1 533, dans
la ville même de Cajamarca, les
conquistadors espagnols réclama-
ient aux Incas une chambre rem-
plie d’or en échange de la vie de
leur empereur Atahualpa. Après
avoir reçu le colossal trésor, les
conquistadors ont tué l’empereur.
Aujourd’hui, les Cajamarquinos
paient une nouvelle fois de leur
vie pour ce métal précieux.
La mine constitue une grave menace environnementale, notamment pour les
ressources en eau de la région. / © Reporterre
L
e gouvernement mozambicain
ne ménage aucun effort pour
assurer l’inclusion financière et
ledéveloppementéconomique,
a assuré le représentant de la Banque
mondiale au Mozambique, Mark
Lundell, lors d’une consultation
publique sur la stratégie nationale
pour l’inclusion financière, organisée
vendredi à Maputo.
« L’inclusion financière est essentielle
pour réduire la pauvreté et favoriser
la croissance économique »,
a-t-il soutenu, précisant que le
Mozambique a fait un « grand pas »
en acceptant que la réduction de la
pauvreté dépende dans une large
mesure d’un processus économique
inclusif. Actuellement en Afrique
« trois adultes sur quatre n’ont pas de
compte bancaire, c’est-à-dire qu’ils
n’ont accès à aucune place où ils
peuvent garder leur argent en toute
sécurité », a fait remarquer Lundell,
expliquant que l’Afrique a encore
un « long chemin » à faire avant
d’atteindre les niveaux complets
d’inclusion financière.
Pour le responsbale de la BM, il est
crucial d’accroître le soutien aux
Petites et Moyennes Entreprises qui
constituent l’une des principales
méthodes garantissant l’inclusion
financière. « Il y a littéralement
des millions d’entreprises micro,
petites et moyennes en Afrique qui
sont privées du financement devant
leur permettre de se développer,
d’accroître leur capacité productive
et donc d’aider à porter l’économie et
la croissance sociale », a-t-il souligné
La consultation publique sur
la stratégie nationale pour
l’inclusion financière est initiée
par la Banque mondiale.
Elle vise à identifier les principaux
obstacles aux services d’assurance
et aux marchés financiers, et aux
services électroniques des banques
au Mozambique. La manifestation
a également permis d’aborder les
grandes priorités pour améliorer
l’éducation financière et la
protection des consommateurs
mozambicains.
Le Mozambique renforce l'inclusion financière
pour réduire la pauvreté
Source : Le Magazine du Manager
La Banque mondiale a salué vendredi dernier à Maputo, les efforts du Mozambique
visant à réduire sensiblement la pauvreté en renforçant l’inclusion financière.
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JUSTICE
C
et ouvrage de la juge Jean
François arrive à un moment
où la question de la réforme
de la justice se pose dans
toute son acuité. Le Conseil supérieur
du Pouvoir judiciaire (CSPJ) vient de
boucler son premier mandat histo-
rique. La législation pénale haïtienne
est en passe de connaître une réforme
majeure. Les tares de la magistrature
haïtienne font aujourd’hui partie des
préoccupations des candidats aux
législatives. Il est donc un fait que
le débat sur la réforme de la jus-
tice, bien que vieux de plusieurs
années, connait en ces temps-ci
des dénouements pour le moins
prometteurs.
Me. Norah A. Jean François qui
enseigne le droit de l’enfant à
l’université d’État d’Haïti, s’ajoute
aux essayistes et doctrinaires
préoccupés par le fonctionnement
souvent boiteux du système judi-
ciaire haïtien.
Dans un mélange de diagnostics,
de constats, de réflexions et de
propositions, la magistrate de car-
rière dévoile ce qui, à son avis,
peut aider Haïti à devenir un vrai
État de droit. Pour elle, sans un
système de justice bien pensé, on
ne peut espérer vivre dans un État
où la règle de droit est la princi-
pale boussole.
« La magistrature haïtienne doit
être dirigée par des autorités légi-
times et non par cette petite cli-
entèle qui l’avilit, la rabaisse et
la réduit au rang de domestique
des autres pouvoirs », lit-on en
quatrième de couverture. La pro-
fesseure s’indigne ainsi à la vue
des modes de recrutement au sein
de la magistrature haïtienne, de
la corruption qui la gangrène et
de l’influence qu’elle subit trop
souvent de la part des forces poli-
tiques.
Me. Norah Amilcar Jean François
est aussi l’auteur de plusieurs
ouvrages jusqu’ici très utiles
aux chercheurs et aux professi-
onnels du droit : le droit de suc-
cessions et ses implications dans
la vallée de l’Artibonite (1990),
législation haïtienne en vigueur
sur les mineurs (ouvrage publié
en quatre tomes en 2000, 2006,
2008, 2010), un nouveau regard
sur l’enfance haïtienne (2007), le
droit à l’éducation (2011).
Son dernier ouvrage titré « la jus-
tice haïtienne en question » com-
porte 192 pages et a été édité par
l’Imprimeur II. Me. Jean-François
ne veut pas rester là, elle promet
de poursuivre ses réflexions et
questionnements sur la justice
haïtienne dans son prochain
ouvrage.
Entre autres sujets se rapportant
à la justice, elle se propose de
parler, dans son prochain livre,
de l’histoire des cours d’appel de
la République.
Me. Norah Amilcar Jean François,
licenciée en droit, est détentrice
d’une maîtrise en administration
judiciaire et d’un DES en gouver-
nance publique, de l’Université
Laval.
Elle a suivi plusieurs formations
aux États-Unis et en France sur les
méthodes alternatives de résolu-
tion des conflits.
La juge Norah Jean François remet
la justice haïtienne en questionPar Eddy Laguerre, av.
Après s’être imposée comme une référence nationale en matière de législation sur les mineurs en Haïti, Me.
Norah Amilcar Jean François, juge conseiller à la défense sociale à la Cour d’appel de Port-au-Prince depuis 2002,
continue son œuvre d’écrivain dans le domaine juridique. Pour cette année 2015, Me. Jean-François vient de
publier un ouvrage intitulé : « la justice haïtienne en question ». Un ouvrage de 192 pages dans lequel elle pose
une question de départ à la fois simple, actuelle et fondamentale : peut-on réformer la justice sans les acteurs ?
La juge Norah Jean François / Photo:
Ruben Chéry
Rapatrié, réfugié, déporté : quelques différences utiles
Par Eddy Laguerre, av.
Dans la foulée des débats et de l’actualité sans cesse changeante sur les relations haïtiano-dominicaines des
mots tels : rapatrié, réfugié et déporté, sont, chaque jour, à la une ou dans les titres de l’actualité. Témoin des
inquiétudes exprimées par plusieurs experts en matière migratoire quant à la terminologie et à l’usage qui en est
fait en ces temps de tensions, nous croyons qu’il est important de nous arrêter sur la portée réelle de chacun de
ces mots après avoir apporté, dans un précédent article, de petites précisions sur l’apatridie.
P
arce qu’ils ont rapport avec
le statut des personnes, ces
mots, compte tenu de leurs
nuances, sont d’une impor-
tance particulière dans tout processus
d’accueil, de catégorisation, de prise
en charge ou de suivi juridico-légal en
matière migratoire.
Entre autres organisations, le Haut
commissariat des Nations Unies pour les
réfugiés (UNHCR) et le Groupe d’appui
aux rapatriés et aux réfugiés (GARR)
accordent une importance considérable
à l’utilisation d’une terminologie
adéquate dans la gestion du dossier
haïtiano-dominicain, notamment à
la suite de l’arrêt 168-13 de la Cour
constitutionnelle dominicaine qui
va occasionner, à partir du 1er août
prochain, des opérations officielles de
déportations de diverses catégories de
personnes qui vivaient jusqu’ici au pays
de Danilo Medina.
Le mot « rapatrié » dans son sens
étymologique réfère tout simplement
à un retour à sa patrie. L’UNHCR qui
intervient sur ces questions dans
plusieurspaysdumonde,précisesurson
site internet que « pour de nombreuses
personnes déracinées, le rapatriement
librement consenti dans la sécurité
et la dignité marque le dénouement
heureux d’un traumatisme». Le rapatrié
peut donc être vu comme celui qui
revient dans son pays après avoir vécu,
parfois comme « réfugié », sur une
terre étrangère. Ainsi dans le dossier
dominicain, on peut appeler « rapatriés
» uniquement les Haïtiens qui vivaient
en République dominicaine et qui
reviennent en Haïti soit dans le cadre
d’un déplacement spontané, forcé par
la nature des choses, soit dans le cadre
d’un retour volontaire.
Le réfugié est celui qui pour des raisons
politiques, économiques ou en raison
de situation de guerre, de tensions
internes ou de catastrophes naturelles
dans son pays, prend « refuge » sur une
terre étrangère. Plusieurs instruments
internationaux notamment la
Convention de 1951 relative au statut
des réfugiés protègent les droits de ces
personnes depuis la reconnaissance
de leurs statuts jusqu’à la jouissance
effective des droits et privilèges qui en
découlent.
Selon cette Convention onusienne
de 1951, on peut considérer comme
réfugiée : « toute personne qui,
craignant avec raison d’être persécutée
du fait de sa race, de sa religion, de sa
nationalité, de son appartenance à un
certain groupe social ou de ses opinions
politiques, se trouve hors du pays dont
elle a la nationalité et qui ne peut ou, du
fait de cette crainte, ne veut se réclamer
de la protection de ce pays ». Cette
convention part notamment du constat
que les réfugiés sont souvent obligés de
se déplacer soit suite à des menaces
sur leurs vies ou sur leur liberté. Ces
personnes vulnérables sont souvent
dans l’impossibilité de réclamer la
protection de leurs pays. Il est donc
important de forcer l’État d’accueil
de les protéger, leur reconnaitre un
minimum de droits et de privilèges.
Quant au déporté, c’est celui ou celle
qui, suite à une décision judiciaire
prise contre lui sur sa terre d’accueil
où il/elle vivait, est conduit ailleurs
ou dans son pays d’origine par les
autorités étatiques. La déportation peut
concerner une catégorie ou un groupe
de personnes, contraint de quitter son
territoire, parfois pour s’installer dans
des camps caractérisés par le travail
forcé. L’histoire du monde retient les
juifs comme un exemple de peuple
victime de déportation.
Dans le droit pénal haïtien, la
peine de bannissement, long-
temps prévu par le code pénal,
apparait comme un équivalent
de la déportation. Mais cette
peine afflictive et infamante a
rarement été prononcée par les
instances judiciaires haïtiennes.
En France, cette peine a disparu
depuis l’apparition du nouveau
code pénal.
En conclusion, s’il faut placer les
nuances de ces trois mots dans
la perspective du dossier haïtia-
no-dominicain, on appellera «
rapatriés », les Haïtiens qui revi-
ennent en Haïti et « déportés »
ceux qui sont ou seront conduits
sur la frontière par les soldats
dominicains, notamment à partir
du 1er août. Dans les deux cas,
il peut s’agir de personnes ayant
vécu comme réfugiés en Répub-
lique dominicaine.
Il demeure que les nuances et
complexités liées à chacun de ces
statuts ne sauraient être abordées
dans un seul article.
MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0
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SOCIÉTÉ
L'OSAMH : soucieux d'un changement
réel du morne l'Hôpital?par Jackson Joseph
L
e morne l’Hôpital est l’un des
espaces du pays à susciter
le plus d’attention au niveau
des observateurs avisés. Il
représente un enjeu fondamental
pourtousleshabitantsdel’airemétro-
politaine. Presque toutes les sources
d’eau qui alimentent Port-au-Prince,
Carrefour et beaucoup d’autres zones
s’y trouvent. C’est pourquoi les auto-
rités étatiques ont décidé de créer,
par le biais du ministère de l’Intérieur
et des Collectivités territoriales,
l’OSAMH, organisme de surveillance
et d’aménagement du morne l’Hôpital
en octobre 1986. Cette structure éta-
tique, ayant pour mission de réhabili-
ter et de protéger le morne l’Hôpital,
s’est attelée depuis, à cette tache
exigeante et difficile.
Les pressions foncières, les
besoins en logements sont les
principaux soucis à contourner
par les responsables de l’OSAMH
qui sont quotidiennement con-
frontés aux irresponsabilités des
familles par les constructions
anarchiques et toujours en quête
de nouveaux sites pour se loger.
Ainsi l’urbanisation guette les
terrains agricoles de cet espace
déclaré d’utilité publique par le
décret de novembre 1978, puis
zone protégée par la loi du 27
août 1963. D’autre part, les car-
rières de sable sont exploitées
sans aucune mesure de sécurité
et très souvent sans autorisation
de l’État.
Voilà les conditions dans
lesquelles, les responsables de
l’OSAMH accomplissent leur mis-
sion de surveiller, de protéger
et d’aménager le Morne parfois
dans le dénuement, du fait que
les moyens manquent souvent
pour permettre des interventions
efficaces de l’organisme sur le ter-
rain.
Le budget de 2013-2014 avait
consacré 10 millions de gourdes
pour les réalisations des différen-
tes activités de l’OSAMH selon le
bilan dressé par les responsables.
Annuellement, les initiatives
tournent généralement autour des
principaux axes qui définissent
OSAMH dans la restructuration
et la protection des écosystèmes
du morne l’Hôpital. Il s’agit pour
les responsables de travailler à la
conservation du sol et au reboise-
ment du bassin de la rivière Bois
de Chêne et du littoral de Port-au-
Prince jusqu’à Diquini qui con-
stitue la principale juridiction de
l’OSAMH.
D’autre part, l’Organisme effectue,
dans le même temps, des travaux
de réhabilitation, de restructura-
tion et de protection du morne
l’Hôpital par l’entretien de plan-
tules en champs, construction
de seuils en sacs de terre, con-
struction de bassins de rétention,
construction de rampes vivantes,
plantation de pousses de bambou.
Les différents travaux conduits
l’année dernière, ont permis
d’aboutir à la réalisation de quatre
projets sur six alors que seulement
la moitié des fonds prévus soit 5
millions de gourdes ont été décais-
sés par le ministère des Finances.
En structures anti-érosives près de
3330 m3 de seuils en pierres ont
été construits, 1670m3 de seuils
en sacs aussi. On a pu réaliser
10 mille pousses de bambou, 17
900 mètreslinéaires de rampes
vivantes érigées, 80 mille essenc-
es fruitières et forestières entre-
tenues en champs et 100 mille
plantules d’essences fruitières et
forestières ont été mises en terre.
En structures agro-économiques,
on a pu distribuer 40 mille dra-
geons de bananiers, 40 mille plan-
tules de cerisiers et 40 paysans
apiculteurs ont été formés.
En ce qui a trait au volet sur-
veillance dans le programme de
l’OSAMH, l’agronome Montus,
principal responsable de cette
structure, avoue qu’il s’agit de
l’aspect le plus difficile de la mis-
sion de l’Organisme qu’il dirige.
Cela se traduit, nous dit-il, par un
manque d’encadrement et aussi
de coopération de la Police natio-
nale d’Haïti. « La surveillance est
fondamentale.
Sinon tous les efforts consentis
pour la réhabilitation du Morne
se révèleront vains », explique
l’Agronome. Le corps de surveil-
lance est constitué en majeure
partie par des citoyens, habitants
de la zones de bonne volonté et
aussi soucieux de voir un change-
ment réel au niveau de Morne
l’Hôpital.
Pour cette année 2015, près de six
millions de gourdes ont été mis à
la disposition de l’OSAMH pour la
réalisation de ses projets qui sont
déjà à 40 % de réussite suivant ce
que rapporte l’agronome Montus
qui croit que les travaux devant
s’accomplir à morne l’Hôpital
sont immenses et pour cela il faut
beaucoup de bras. L’Agronome
promet le bilan des activités qui
doivent clôturer l’année à la fin
des deux derniers mois de travaux
dans l’agenda de l’OSAMH.
Monsieur Montus est d’avis que
beaucoup de résultats ont été
obtenus de tous les travaux réali-
sés à Morne l’Hôpital. Cependant
il reconnait que d’innombrables
efforts sont encore nécessaires
pour arriver à une réhabilitation
effective du Morne et surtout à
un changement de mentalité si
nous considérons que notre men-
talité est la cause primordiale
des comportements destructifs
sur l’environnement du Morne et
d’Haïti en général.
Vue d’une partie du morne Hopital. credit photo cndp.fr
E
n Haïti, surtout dans l’aire mét-
ropolitaine de Port-au-Prince,
la pollution sonore est criante.
Presqu’à travers toutes les rues
de la capitale, des agents polluants
affectent les tympans des riverins,
perturbent le quotidien des citoyens.
Avec le temps, estime un étudiant de
l’école Normale supérieure abordé sur
la question, la population finit par
s’y habituer. « Elle se résigne, comme
d’habitude », lâche-t-il ironiquement.
Des agences de publicité disposent
de véhicules équipés de lourds appa-
reils de sonorisation. Ils sillonnent les
rues de la ville à presque toutes les
heures du jour. Dans les bus qui font
le transport en commun, des milliers
de décibels sont placés. À chaque
coin de rue, des marchands qui ven-
dent des CD diffusent de la musique.
Une pratique qui, a certains endroits
de la ville, rebondit dans le pays et
crée un tohu-bohu infernal.
Dans les stations des bus de Carrefour,
de Carrefour- Feuilles, de la Croix-des-
Bouquets, c’est le même cas de figure.
La musique diffusée arrive parfois à
éclipser le vrombissement des moteurs
; la voix des marchands qui crient leurs
produits à gorge déployée ; l’action des
mécaniciens, des ferronniers qui, à
certains coins de rue de la ville, tapent
fort un marteau sur un morceau de tôle
ou de fer et, des portefaix qui attirent les
passants vers un bus. « La musique que
nous diffusons attire les passagers »,
raconte fièrement un chauffeur de bus
qui attend des passagers à proximité du
stade Silvio Cator.
Les chauffeurs de taxis moto se mêlent
également de la partie. Leurs motos
sont, désormais, équipées d’appareils
sonores. Entre la musique diffusée
et le ronronnement du moteur de
ces motocyclettes, une véritable
cacophonie ponctue l’univers sonore du
pays. Selon les motocyclistes, ils sont
obligés de mettre de la musique pour ne
pas passer inaperçus. « Presque tout le
monde aime la musique dans ce pays.
Quand il y a de la musique sur
une moto, on a plus de chance de
trouver des passagers qui sollici-
tent notre service», déclarent un
jeune motocycliste au carrefour de
Delmas 32.
Les marchands de « crème maïs
», éparpillés à travers toutes les
rues accompagnent aussi leurs
produits d’équipements sonores.
Sur leur parcours, ils diffusent
une musique qui peut attirer les
clients et les porte à consom-
mer davantage de glace. Ils sont
présents partout, dans presque
tous les coins de rue. Même dans
certains quartiers réputés pour
leur assombrissement. Ils avouent
adopter cette stratégie pour écoul-
er mieux et rapidement leurs
produits. Passer une journée sans
entendre un fameux « krèmmayi,
chokola, frèz, 20 goud sèlman »,
traduirait qu’on n’est pas à Port-
au-Prince.
Face à cette situation qui, pour
certains, prend de l’ampleur et
constitue une grande préoccupa-
tion, les solutions, semble-t-il,
ne sont pas pour demain. Les
esprits avisés et en quête de tran-
quillité s’en plaignent régulière-
ment. « Que voulez vous qu’on
fasse. On est obligé d’accepter
l’inacceptable. Je ne peux pas
comprendre pourquoi l’État haï-
tien continue à tolérer ces genres
de chose dans le pays. On fait du
bruit partout. Même devant les
hôpitaux. Ah non ! Le pays devi-
ent invivable dans tous les sens »,
se lamente une dame rencontrée
devant l’hôpital de l’université
d’État d’Haïti qui cherche déses-
pérément un médicament pour
un patient à la salle des urgences
depuis deux jours.
« Avec le passage du commissaire zokiki
au Parquet de Port-au-Prince, nou te
komanse rale yon souf ak koze sa. Après
son départ, aucun suivi n’a été fait pour
pérenniser la décision du commissaire.
Je ne peux pas comprendre pourquoi
aucune politique de suivi n’est adoptée
dans ce pays. An ayiti, genle pa gen
anyen ki bon ki dire », a laissé entendre
la dame.
Les églises protestantes de la place
participent également à la pollution
sonore du pays. Elles continuent encore
à perturber le sommeil des résidents
des quartiers où elles se situent. Après
une rude journée de travail, on rentre
chez soi pour se reposer. « C’est à ce
moment qu’un pasteur fait allumer ses
équipements pour lancer une veille
de nuit. C’est dégoutant », scande un
jeune homme qui habite à proximité
de la faculté des Sciences humaines. «
Le plus déconcertant, on ne peut pas
demander à ce pasteur de réduire le
volume des ses appareils. Tout moun
se chèf pa bo isit. Yo fe sa yo vle, jan yo
vle. Pèsonn pa ka di yo anyen », a-t-il
poursuivi.
Selon une étude publiée par l’OMS, en
2011, les nuisances sonores, en Europe
Occidentale, sont à l’origine, chaque
année, de nombreux cas de maladie.
En une année, souligne le document
publié, environ 1 700 000 personnes
trouvent la mort. La pollution sonore
est à la base de cette déchéance.
Elle provoque près de 61 000 cas de
maladies cardiovasculaires ; 45 000
cas de troubles cognitifs (détérioration
de la mémoire et des facultés mentales)
et 903 000 cas de perturbations du
sommeil.
Bien avant cette étude, en 2007,
l’Agence française de sécurité sanitaire
de l’environnement et du travail avait
découvert que la pollution sonore est
à l’origine de nombreux troubles tant
physiques que psychiques.
Entenantcomptedesrésultatsdel’étude
menée par l’Organisation mondiale de
la santé et de la réalité qui s’impose
quotidiennement aux Port-au-princiens
vivant dans l’aire métropolitaine, il y a
lieu de se demander s’ils ne sont pas
tous atteints de troubles physiques
et psychiques ? L’État Haïti, est-il
conscient de l’ampleur du problème ?
Quelle stratégie à adopter pour freiner
la pollution sonore dans le pays ?
16 | N0
44 MERCREDI 22 JUILLET 2015
SOCIÉTÉ
Halte à la pollution sonore en Haïti
Par Ritzamarum ZÉTRENNE et Joe Antoine Jn-Baptiste
MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0
44 | 17
CULTURE
Les fêtes champêtres et les groupes musicaux
Par walcam
D
’aucuns pensent que les
fêtes champêtres com-
mencent avec l’été ou les
grandes vacances en Haïti.
Mais ils se trompent lourdement, car
ces festivités se passent toute l’année.
Il n’y a pas un mois de l’année où
l’on ne retrouve pas une commune
d’Haïti en fête. Dès le mois de jan-
vier, il y a la fête des Rois, célébrée
de façon grandiose dans plusieurs
communes. Le 10 janvier, c’est la
Saint-Guillaume à La Chapelle,
commune de l’Artibonite.
Les orchestres Septentrional et
Tropicana sont toujours au ren-
dez-vous pour les soirées tradi-
tionnelles. Ces deux orchestres du
Nord font le tour du pays chaque
année pour honorer des contrats.
Il y a le grand rendez-vous du
19 mars aux Côtes-de-Fer avec
ces deux orchestres et d’autres
groupes musicaux dans la com-
mune.
Pour les « caravachers », ça com-
mence au mois d’avril avec la fête
patronale de Saint-Marc. Ensuite,
ils se rendent le 1er mai à Jacmel
pour la Saint-Jacques et Saint-
Philippe. Le 8 mai, on les retrouve
à Saint-Michel de l’Attalaye, dans
l’Artibonite.
Cette année encore, des groupes
musicaux comme 509, Zenglen,
Nu Look, Klass, Harmonik, Gabel,
5 Etwal, Carimi, T-Vice et la star
J-Beatz ont déjà des affiches à
travers le pays. Pour la plupart
de ces groupes musicaux, les fes-
tivités vont commencer après les
élections législatives du 9 août,
afin d’éviter les feux croisés de ces
joutes électorales qui s’annoncent
chaudes.
Mais, dès le lundi 3 août, pour la
fête de Saint-Dominique à Marigot,
Gabel et Harmonik vont donner le
ton après Kreyòl la et l’orchestre
Tropicana, qui seront deux jours
avant dans la commune.
Ces groupes musicaux ne seront
pas là seulement pour les fêtes
champêtres, il y a aussi des con-
certs un peu partout qu’ils vont
animer. L’un d’eux est le festival
Bikini qui aura lieu le 2 août, sur
la côte des Arcadins. Dans tout
cela, il y a des bals traditionnels à
Port-au-Prince et dans les villes de
province. Pour l’anniversaire de
T-Vice, par exemple, le 2 août, le
rendez-vous habituel est à Moulin
sur mer avec Nu Look comme
groupe invité. Dans le Nord, plus
précisément au Cap-Haïtien, il y
a la traditionnelle « Soirée des
pèlerins », organisée chaque
année au cours de la deuxième
quinzaine du mois de juillet par
les deux ténors de la cité chris-
tophienne. Les orchestres Sep-
tentrional et Tropicana, chacun
dans leur night-club, invitent un
autre groupe musical pour ouvrir
les festivités champêtres. Cette
activité a été initiée par feu le
maestro Hulric Pierre-Louis dans
les années soixante-dix.
Cette année, un promoteur se
penche sur la fameuse soirée dan-
sante 22/22 (22 août) qui avait
l’habitude d’attirer la grande foule
à Pétion-Ville mais qui, souvent,
péchait dans l’organisation. Alors,
allons-nous amuser !
Un film documentaire sur la Citadelle Laferrière
PAR ÉLISÉE DÉCEMBRE
«
Ce film a été conçu comme un
puissant outil de promotion
du patrimoine historique et
culturel du peuple haïtien, et
contribuera au développement d’une
vision plus positive d’Haïti, de son
histoire et de sa culture, en se démar-
quant des images négatives et sensa-
tionnelles généralement diffusées »,
explique l’ex-ministre de la Culture
Daniel Élie.
D’une durée de vingt-deux min-
utes, il est destiné à un large
public. Il s’adresse aux élèves,
étudiants, professeurs, à tous
ceux, Haïtiens ou étrangers,
qui s’intéressent à l’histoire, à
l’architecture et au patrimoine
d’Haïti, aux touristes, aux visit-
eurs et au public en général.
Le film se base sur la connais-
sance approfondie du sujet par ses
principaux réalisateurs, Daniel
Élie et Philippe Châtelain, tous
deux architectes restaurateurs, et
puise dans le riche fonds docu-
mentaire accumulé pendant les
trente-cinq dernières années.
Il présente les dimensions his-
toriques et techniques de cet
important élément du patrimoine
historique de notre pays et fait
ressortir l’extraordinaire richesse
que représente la formidable col-
lection de pièces d’artillerie du
XVIIIe siècle qui s’y trouve ras-
semblée.
« Ce film documentaire, affirme le
réalisateur Daniel, se veut un outil
de communication ayant pour
objectif d’informer et de former
le plus large public possible sur
l’importance de la Citadelle Henry
et du site fortifié de Ramiers pour
la culture haïtienne régionale
et mondiale. Il vise à divulguer
des informations pertinentes sur
l’histoire de ces monuments his-
toriques, ainsi que les richesses
esthétiques, techniques et sym-
boliques qui leur sont associées.
D’une importante portée commu-
nautaire, ce film vise à renforcer
l’idée de patrimoine universel de
ces monuments historiques et à
faire ressortir la nécessité de leur
préservation pour leur transmis-
sion aux générations futures ».
Avec les voix d’Emmelie Prophète et
d’Esmeralda Milcé pour la version
française « Citadelle Musée » représen-
te deux siècles d’histoire, vingt-deux
semaines de tournage et vingt-deux
minutes de pure passion historique.
Une version anglaise est adaptée par
les voix de Régine René et Guerda
Romain Châtelain pour une meilleure
distribution du film.
Synopsis
« La Citadelle Henry abrite la plus
grande collection connue de bouches
à feu du XVIIIe siècle. Composée pour
la plupart de pièces françaises, on y
retrouve aussi des tubes anglais, esp-
agnols et italiens. La quasi-totalité de
ces canons, mortiers ou obusiers, en
fonte ou en bronze, ont été gagnés sur
l’ennemi dans les champs de bataille
par l’armée indigène commandée
d’abord par Toussaint Louverture puis
par Jean Jacques Dessalines.
Il est émouvant de se rappeler
que la majorité de ces pièces a
été amenée à Saint Domingue par
l’armée expéditionnaire envoyée
par Napoléon Bonaparte et a
donc servi durant la guerre de
l’Indépendance de 1802-1803.
Après la déroute de l’armée
française et la proclamation de
l’indépendance d’Haïti, le 1er
Janvier 1804, pour faire face à un
éventuel retour offensif des Fran-
çais, le commandant en chef Des-
salines ordonna aux commandants
de départements l’édification
d’ouvrages fortifiés sur les plus
hautes montagnes pour con-
trôler les passes donnant accès à
l’intérieur des terres. Le général
Henry Christophe, qui deviendra
roi sous le nom d’Henry Ier (1806-
1820), entreprit la construction
de cet extraordinaire ouvrage
militaire, audacieux, inventif et
atypique.
Il réunit à la Citadelle Henry un
formidable trophée de guerre
pour rappeler aux futures généra-
tions les prouesses que l’union,
le courage et la détermination
sont capables d’accomplir. Plus
qu’un ouvrage de défense, Henry
Christophe érige un monument,
ayant pour fonction essentielle de
réhabiliter la fierté d’un peuple
que l’esclavage avait réduit à l’état
de bêtes de somme ».
Citadelle Laferrière. Cette forteresse haïtienne classée comme patrimoine de l’humanité par l’Unesco depuis
1982, ne cesse d’attirer des regards sur sa beauté. Pour confirmer sa pérennité, l’Institut de sauvegarde du
patrimoine national (ISPN) et Moun Studio ont réalisé « Citadelle Musée », un film documentaire qui présente
l’histoire de la Citadelle Henry. C’est l’hostellerie du Roi Christophe au Cap-Haïtien qui accueillera la grande
première de « Citadelle Musée », le 23 juillet prochain. Ensuite, il sera projeté au Campus Henry Christophe à
Limonade le 24 juillet, et à la Bibliothèque nationale d’Haïti, le jeudi 30 juillet 2015, à compter de 11 h 00 a. m. à
la salle Aubelin Jolicœur.
Citadelle Laferrière. / Photo :
en.wikipedia.org
CITADELLEMUSÉE
Une ambiance de fêtes champêtres . / Photo : Walcam
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  • 1. » P. 17 » P. 23 »   P. 4 CULTURE SPORT » suite page 3 » lire page 5 Pamela White remise à sa placePar Stephen Ralph Henri HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION MERCREDI 22 JUILLET 2015 NUMÉRO 44 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI ACTUALITÉ Pour le respect de la dignité nationale HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION A u cours de ce déplacement, l’ambassadeur des États-Unis a nié l’existence d’une crise humanitaire sur la frontière haïtiano-dominicaine. Pamela White avait surtout estimé « que tout semble évoluer normalement ». Lesquelles déclarations sont à l’encontre de la lecture des autorités haïtiennes, qui avaient perçu les vagues d’expulsion des immigrants haïtiens de la République dominicaine, à partir de la deuxième partie du mois de juin, comme le début d’une situation de crise humanitaire. Plusieurs milliers de personnes dans les rues pour le respect de la dignité nationale. / Photo : J. J. Augustin Des acteurs de défense des droits humains ont remis l’ambassadeur des États-unis en Haïti à sa place. Pamela Ann White avait déclaré au cours d’un déplacement à la frontière le jeudi 16 juillet, en particulier au niveau de la ville de Ouanaminthe qu’« il n y a pas encore de crise humanitaire à la frontière ». Pour eux, la diplomate américaine a fait une mauvaise lecture de la situation et devrait cesser d’intervenir dans les questions du pays. Risque d'augmentation des prix des produits pétroliers Par Évens RÉGIS Les fêtes champêtres et les groupes musicaux Par walcam Darell Wesh et Jessica Gélibert en demi-finales par Gérald Bordes
  • 2. 2 | N0 44 MERCREDI 22 JUILLET 2015 TRIBUNE L a fièvre nationaliste atteint la grande majorité du peuple haïtien jusqu’aux os en apprenant qu’on a pendu l’un de nos concitoyens sur une place publique en république voisine, qu’on a foulé au pied puis brûlé le bicolore haïtien. Évidemment, ce n’était pas le drame le plus horrible dans l’histoire de ces deux peuples. On se rappelle, en 1937, Trujilio avait fait massacrer des milliers d’Haïtiens. Si on veut énumérer les événements macabres marquant la relation entre ces deux pays, on n’en finira pas. Mais ce sentiment qui nous anime présentement émane-t-il du réveil d’une conscience patriotique réelle ? Pourquoi sommes-nous intéressés à la conséquence et non aux causes du déluge migratoire des Haïtiens vers la République dominicaine ? Ne serait-ce que cette affreuse situation, allons-nous donc intensément nous intéresser à notre drapeau ? Ces mouvements de protestation ne sont-ils pas une simple démarche cosmétique ? Viseraient-ils à changer l’ordre socio-économique et politique dominant en Haïti pour freiner le départ massif de nos valeureux et courageux concitoyens vers l’étranger ? Nous sommes un peuple pompier. Nous attendons que le malheur arrive pour décider. Nous ne sommes pas intéressés à la prévention. Qui pis est, nous avons toujours un comportement de feu de paille par rapport au drame. Nous n’attendons que quelques instants pour oublier. C’est ce qui se passe avec les catastrophes, les accidents. La situation qui se développe en République dominicaine ne nous laissepasindifférents.Noussommes de la frontière nord haïtiano- dominicaine, et nous avons travaillé tout le long de cette frontière, de Dérac à Capotille. Notre observation nous permet de comprendre que l’État haïtien n’a pas le contrôle de son territoire. Alors comment cet État peut-il protéger ses citoyens ou subvenir à leurs besoins s’il n’a pas une meilleure connaissance de leur cadre de vie et de leurs conditions de vie ? La quasi- totalité des Haïtiens vivant sur « les frontières » haïtiano-dominicaines fonctionnent dans des conditions d’extrême pauvreté. Ils n’ont pas accès aux services de base, à aucune infrastructure et équipement. Ils sont livrés à eux-mêmes. Leur survie dépend en grande partie des jardins et du commerce qu’ils effectuent en République dominicaine. Même sur le plan sécuritaire, l’État ne peut pas sécuriser leur vie et leurs biens. Dans certaines zones de la frontière, comme « Meyak », lorsqu’il ya une tension au niveau de la communauté qui dépasse un certain seuil, selon des témoignages, la population recourt au soldat dominicain pour rétablir l’ordre et la paix. Notre frontière est libre. C’est la désolation totale. Des Dominicains lourdement armés investissent souvent le pâturage des paysans de ces zones et emportent leur bétail, parfois sous prétexte de remplacer les leurs volés. C’est une situation vraiment alarmante. L’image qu’a Haïti aux yeux des Dominicains est négative. C’est une image de pauvreté, de misère, de saleté,dumauvais…Ilsnousrendent responsables de tout ce qui va mal là-bas. Nous sommes discriminés, marginalisés, stigmatisés. Nous sommes victimes de tout propos raciste et malsain. Je me rappelle avoir entendu à Dajabon, un jour de marché, un Dominicain dire : « Haitiano sucio, vete para fuera (Haïtien sale, rentrez chez vous). » C’est une façon pour nous humilier comme peuple. Tout ceci résulte de nos conditions socio-économiques dégradantes durant ces dernières décennies. En effet, nous comprenons que le comportement des Dominicains à notre égard émane de la représentation qu’ils se sont faite de nous. De l’image et de la perception qu’ils ont de nous. L’irrespect des Haïtiens là-bas est une construction sociohistorique ayant un ancrage social et politique. L’oligarchie dominante ne fait que transmettre des messages discriminatoires et racistes contre les Haïtiens en développant chez le peuple dominicain un antihaïtianisme. En dépit de tout, nous ne devons pas nous déresponsabiliser par rapport à ce phénomène. Nous sommes quelque part responsables, nous les élites économiques, politiques et intellectuelles de ce pays. C’est une chance qui nous est offerte pour aboutir à des consensus sociaux via des débats au niveau de l’espace public autour des thèmes d’intérêt général. Il faut déterminer une fois pour toutes ce que nous voulons faire de ce territoire. Allons-nous continuer à construire le sous- développement ou optons-nous désormais pour la croissance, le progrès, la création d’emplois et de richesses, l’amélioration des conditions de vie des plus pauvres… ? Pour ainsi dire, les Dominicains arriveront à nous respecter le jour où nous choisirons de changer l’image de nos villes frontalières, en les dotant d’infrastructures, d’équipements et de services nécessaires, le jour où nous parvi- endrons à diminuer le flux migra- toire par la création d’emplois et de richesses, où nous diminu- erons l’importation des produits de la République dominicaine et d’autres pays en optant pour la compétitivité, la production, l’exportation, le moment où nous choisirons de relancer de manière effective la production nationale, où les citoyens ne seront pas au- dessus des institutions, des lois, des normes, où nous cesserons avec l’impunité, le jour où la sol- idarité, l’entente, le consensus, le vivre ensemble, le compromis orienteront les grandes décisions pour la nation… En dehors de ces facteurs, nous ne cesserons jamais d’organiser des marches pour protester contre ce que nous pouvons appeler la barbarie, la sauvagerie en République dominicaine. Les Dominicains continueront à pendre, à poignarder, à fusiller, à empoisonner nos compatriotes, notre drapeau sera toujours souillé de honte, foulé au pied et brûlé par les Dominicains. Pour changer ce rapport inégalitaire entre Haïti et la République domini- caine, il ne consiste pas d’organiser périodiquement des marches, de lancer des slogans, d’afficher des banderoles un peu partout contre les produits dominicains. Il est question surtout de transformer les conditions de vie des plus pauvres, de porter les forces vives de la nation à s’unir autour d’un projet de société pour mieux aborder les problèmes socio- économiques et politiques... Les dominicains auront-ils raison un jour de nous respecter ?par Saintony Fanfan, Ecrivain, professeur Licencié en communication, sciences humaines
  • 3. Jointe par Le National par le biais du service de communication de l’Ambassade, Pamela Ann White ne nie pas ses déclarations antérieures rapportées par des agences d’information, dont AlterPresse et Haïti Press Network. « Nous observons de très près la situation sur la frontière et nous travaillons avec les deux gouvernements pour nous assurer que les droits humains soient respectés », précise l’Ambassadeur au journal Le National. Le secrétariat exécutif de la Plate- forme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (POHDH) est « surpris de cette déclaration de l’ambassadrice ». Le secrétaire exécutif de la POHDH, Antonal Mortimé, estime que l’ambassadeur White « a fait une mauvaise lecture de la situation ». En marge d’une conférence organisée dans la matinée du 21 juillet, Antonal Mortimé a évoqué des déplacements que la Plateforme a effectués dans des zones, dont Anse-à-Pitres, Sud-Est, et Belladère dans le département du Centre, entre autres, où des expulsés vivent avec des enfants, dans l’incapacité de se nourrir et dans de mauvaises conditions d’hébergement. D’après Mortimé, la situation de ces gens est « inquiétante et est voisine d’une crise humanitaire ». Josué Renaud est le président du « New England Human Rights Organization », avec des membres d’organisationsdedéfensedesdroits humains, il dirige une mission qui collecte des données sur certaines situations préoccupantes dans le pays, telles, les prochaines élections et la situation des expulsés de la République dominicaine. Les déclarations de Pamela White, ne sont pas étonnantes, d’après Josué Renaud qui accuse l’ambassadeur White d’avoir fait « beaucoup de torts au pays ». Pour le New England Human Rights Organization, l’ambassadeur devrait se taire dans les questions du pays. L’organisation prend « très au sérieux la question de la République dominicaine » et considère que la façon dont les immigrants sont traités n’est pas correcte, et constitue une « violation des droits humains ». D’autres membres de la mission critiquent la politique de la République dominicaine. La présidente du National Lawyers Guild (NLG) aux États-Unis, Azadeh Shahshahani, dénonce l’actuelle politique de la République dominicaine, en passe de conduire à la déportation de milliers d’individus, dont des natifs dominicains, ce qui est mauvais. Kevin Moran, qui représente le Réseau des Droits humains des États-Unis (US Human Rights Network), croit que la situation qui se développe à la frontière constitue une « crise » parce qu’elle concerne des centaines de milliers de personnes. Pour Moran, il est faux qu’il n’y ait pas une crise à la frontière haïtiano-dominicaine. Il déplore la dénationalisation des natifs dominicains, par l’arrêt 168-13 de la cour constitutionnelle de Saint-Domingue. L’arrêt est adopté le 23 septembre 2013. Il dénationalise tous les natifs dominicains nés de parents étrangers sur le sol dominicain à partir de 1929. Il marque le début d’un fort mouvement de chasse contre les immigrants, en particulier les Haïtiens, sur le sol dominicain. MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0 44 | 3 ACTUALITÉ Le pied au sol L’immeuble de la Cour de cassation est l’une des meilleures réalisations postséisme de l’actuelleadministrationgouvernementale.Cetteappréciationestfaitesuivantunevue del’extérieur.Enattendanttoutevisiteguidéedel’intérieur,nousmaintenonsl’argument quecetteconstructionlaisseespérerunemeilleureappréhensiondel’espace,delaville etdesonhistoire. Bien que les lignes triangulaires de la façade principale renvoient à une conception de l’architecture grecque - maintenue pendant des siècles à travers toute l’Europe comme lemodèleàsuivre-avecsonréseaudecolonnades,lescouleursetl’atmosphèrequise dégagentdel’immeublecontinuentl’harmoniedel’environnementimmédiat.Placédans laproximitédelaplaceduMarronInconnu,lateintedubâtimentreprendenleitmotiv l’aspectdepierrenaturelle,decimentbrutetdepatinedebronzedel’hommeàlaconque marinequ’ondiraitsortitoutdroitdesateliersdeMichel-Ange.FeuAlbertMangonèspeut seféliciterdanssatombed’avoirdonnéleton,lateinteoulanotechromatiquequidétend l’espritdansunevillesitourmentée. Le bâtiment à trois étages ne provoque pas le stress hérité du tremblement de terre. Il semble, malgré son caractère hellénique, mieux adapté au classicisme d’un Champ de Mars un peu bousculé de gaité et de psychédélisme depuis le kiosque Occide Jeanty à l’avenuedelaLibertéenpassantparlaplaceHenryChristophe.LaCourdecassation,vue del’extérieur,estàl’opposédel’esthétiqueducarnavaldescouleursvivesetdecelledela fissurechaotiqueexpriméeparlescéramiquescasséesqu’onimposeavecunautoritarisme quineditpassonnom. L’immeuble semble s’adapter à une sagesse de l’empereur Dessalines qui marchait les piedsnuspourapprendrelesolduterritoire:sesaccalmies,sesénervementstelluriques, sessurfacesdeproductionagricoleetseszonesdedéfensesstratégiques.ÀMarchand- Dessalines, selon une biographie du Père de la patrie exposée sur les murs du Bureau d’ethnologie, il exigeait que les bâtiments publics soient construits à deux étages. Une légèretédel’habitatquimanqueparcestempsdebovarysmeurbain.Oncraintquenos pesanteursmatériellesn’aienttropdepoidssurnotrefragilesurfacegéologique. Onnes’empresserapasdedirequelacoopérationSud-Sud,aveclesfrèresduroyaume du Soleil levant, montre plus de modestie et de savoir-faire qui fait un pari sur le long terme,carilresteàdécouvrirl’immeubledel’intérieuretavoirdesprécisionstechniques desingénieursquil’ontconstruit.Avantquenosjugesentrententoutequiétudedansleur palaismodernisé,latransparencedevraêtrederigueur.Celarassureraceuxquivontfaire appliquerlesloisdelaRépublique. L’exempledel’érection,sansclameurnitrompette,delaCourdecassationfaitespérerque lesrelationsbilatéralesnesontpasseulementquedesintérêtsfinanciers,maisreposent aussisurlafinalitéhumainedusupportàunenationphysiquementaffaiblie.Celanous porteàladéductionquefaceàlapompedesgrandesvillesoccidentales,nousnedevons pasatteindredesBabel,latêtedanslesnuages,maisplutôt,des«cases»fonctionnelles, ayantlepiedausol. Pierre Clitandre Édito Pamela White remise à sa placePar Stephen Ralph Henri HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION L’ambassadeur des États-unis en Haïti, Pamela Ann White. / Photo : J. J. Augustin » suite de la première page
  • 4. WWW.LENATIONAL.HT 10, RUE GABART · PÉTION-VILLE EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. 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Dans une interview accordée au National, Méhu Changeux, président du CTSP, a confirmé qu’effectivement, le ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) et celui des Affaires sociales et du Travail (MAST) se sont déjà entretenus avec l’organisation qu’il dirige pour essayer de s’harmoniser sur ce point. Il a par ailleurs informé que le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) caresse aussi l’idée d’entrer en pourparlers avec le CTSP, toujours sur le même sujet. « La position du CTSP est, et sera toujours contre toute augmentation du prix du carburant », a-t-il rassuré. Alors que le CTSP tire la sonnette d’alarme, le MCI se défend et s’abstient de se prononcer sur la conjoncture. Selon les informations recueillies auprès de la Direction du commerce intérieur, le MCI n’a pas pour mission de statuer sur les prix des produits. Sa fonction entre plutôt dans le cadre d’une observation journalière du marché national, pour ensuite informer la population. Sorel Gillet, le directeur de cet organe spécialisé de l’institution, refuse d’admettre toutes théories spéculant autour des répercussions négatives de l’augmentation du dollar américain sur le secteur énergétique. L’augmentation du dollar par rapport à la gourde, déclare-t- il, n’affecte en rien le secteur énergétique. Les prix du carburant à la pompe restent inchangés depuis le dernier rapport du MEF, paru le 3 février 2015, a-t-il ajouté. Il soutient que l’augmentation des prix du carburant n’a jamais été envisagée par le MCI. Des chauffeurs menacent d’augmenter les prix des circuits Tandis que le MCI se dédouane de toute responsabilité, les accrochages entre chauffeurs et passagers continuent. Des chauffeurs assurant le service de transport public ont menacé à plusieurs reprises d’augmenter les prix des courses. Prétextant la dégringolade de la gourde par rapport au dollar, qui a provoqué des effets négatifs sur le secteur du transport en commun. D’ores et déjà, certains d’entre eux, plus particulièrement ceux assurant le trajet de Carrefour, cherchent à tirer profit de cette situation. Ils inventent une stratégie pour augmenter le prix de la course, sans que ni les passagers, ni les autorités ne l’aperçoivent. Ils trompent en effet la vigilance des responsables de la circulation, en scindant le circuit. De St-Charles à Marine haïtienne, et de Marine haïtienne au centre-ville, ils obligent les passagers à dépenser 20 gourdes, pour une course qui devait au préalable coûter 15 gourdes, prix fixé par les autorités du ministère de l’Économie et des Finances. Interrogés par Le National, ils se disent conscients et admettent que le prix du carburant est restée inchangé jusqu’à date. Quand bien même, ils veulent un ajustement au niveau des prix des courses. Dans leurs déclarations, ils rejettent d’un revers de main le dernier rapport du MEF, statuant sur les prix des trajets. Pour eux, ce rapport n’exprime en aucun cas la réalité à laquelle ils font face aujourd’hui. Ces chauffeurs, qui sont pour la plupart des syndicalistes, s’insurgent déjà contre toute augmentation du prix du carburant, en signalant que cela va peser très lourd, et que les effets ne tarderont pas à se faire sentir. Davidson Pierre n’y va pas par quatre chemins pour pointer du doigt les autorités compétentes. Selon lui, il n’y a aucune raison valable qui justifie cette hausse inimaginable du dollar américain par rapport à la gourde. Ce sont les autorités, avance-t-il, qui veulent faire leur capital économique et qui ont créé cette crise. Il confie que le prix du carburant n’a pas augmenté, mais c’est comme si c’était le cas, étant donné que l’insignifiante recette journalière des chauffeurs ne peut plus répondre à présent aux exigences de la cherté de la vie, occasionnée par la dévalorisation de la gourde. À signaler que la gazoline, le diesel et le kérosène se vendent à la pompe, respectivement, à 195, 157 et 156 gourdes. Et on a toujours besoin entre 56 et 59 gourdes pour acheter un dollar américain. Le débat est ouvert dans certains milieux. Une éventuelle augmentation du prix de la gazoline à la pompe est à envisager, en raison de la dépréciation de la gourde face au dollar américain. Cependant, entre les autorités et les syndicats de transports en commun, déjà, les violons semblent ne pas s’accorder sur la question. Une éventuelle augmentattion du prix de la gazoline à la pompe est à envisager. / Photo : J. J. Augustin
  • 5. MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0 44 | 5 ACTUALITÉ N on au génocide moderne organisé, « aba rasis dominiken», « ann fè pwodiksyon nasyonal », ont été, entre autres slogans que l’on pouvait remarquer sur les pancartes des manifestants. Ces derniers ont imputéàl’équipeTètKalelesmauvais traitements subis par les compatriotes en République dominicaine. Ils ont critiqué avec véhémence la gestion de l’équipe en place qui, disent-ils, sont de mèche avec des hommes d’affaires dominicains. Ce qui les a contraints à garder un profil bas dans ce dossier au détriment de ces milliers de pères et mères de familles. Dans cette période de campagne électorale, certains leaders de partis politiques ont été fortement remarqués dans cette marche. Munis de t-shirts aux couleurs de leur structure respective, leurs sympathisants ont scandé les slogans de ces formations politiques. Par moment, des participants sont intervenus pour leur rappeler les vrais objectifs du mouvement. En signe de contestation et de protestation, les signataires exigent du gouvernement Paul et de l’administration Tèt Kale un ensemble de mesures proportionnelles aux agressions dominicaines. À cet effet, une délégation de représentants d’organisations de la société civile a remis une pétition au Premier ministre, Évans Paul. Dans cette pétition, les protestataires ont préconisé le dépôt formel du dossier par devant les instances internationales compétentes conformément aux recommandations faites au gouvernement en date du 25 juin 2015 par les organisations de la société civile (secteurs des droits humains et religieux). Elle contient la révision de tous les contrats de passation de marchés en cours avec les compagnies dominicaines par l’ajout d’avenant en respectant les exigences de la loi haïtienne et en garantissant entre autres, l’emploi de la main d’œuvre locale, l’inéligibilité des firmes dominicaines à la participation d’autres appels d’offres quelle que soit leur nature. Ce document prône le développe- ment d’infrastructures universi- taires capables de répondre à la demande haïtienne et la recher- che d’accords académiques avec d’autres pays afin de diminuer progressivement le contingent d’étudiants haïtiens migrant vers la République dominicaine. À cela s’ajoute la fermeture rigou- reuse de la bande frontalière haïtiano-dominicaine toutes les fois que l’exige la conjoncture, l’interdiction de l’importation de produits dominicains en concur- rence souvent déloyale avec ceux cultivés et/ou fabriqués en Haïti. De plus, ces recommandations concernent la mise en place des mesures incitatives pour le redressement de la production nationale. Elles incluent enfin l’établissement de mécanismes fiables d’identification des personnes expulsées et le refus d’accepter les citoyens (hommes et femmes) rendus apatrides par l’arrêt 168/13 de la Cour constitutionnelle dominicaine. Le Premier ministre, Évans Paul a donné garantie aux organisations signataires de cette pétition que le gouvernement en prend acte. « Nous allons concerter en urgence sur la nécessité d’apporter une réponse appropriée correspondant aux aspirations du peuple haïtien», rassure-t-il. Le chef du gouvernement a, par ailleurs, invité les Haïtiens à user de solidarité vis-à-vis des compatriotes rapatriés de la République dominicaine. Il convient de conjuguer les efforts en vue de sauvegarder la dignité du pays sans considération idéologique et politique. Pour le respect de la dignité nationalePar Reynold Aris HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION À l’initiative des organisations de la société civile, notamment le Collectif 4 décembre, plusieurs milliers d’Haïtiens ont marché dans les rues de Port-au-Prince le mardi 21 juillet 2015. Les organisateurs, par cette initiative, s’engagent à exiger des autorités dominicaines le retrait de l’arrêt 168-13 de la Cour constitutionnelle dominicaine frappant d’apatridie plusieurs milliers de Dominicains d’ascendance haïtienne. A été remis un ensemble de recommandations via une pétition au Premier ministre, Évans Paul dans les locaux de la Primature, au Bicentenaire (Port-au-Prince). » suite de la première page Respect pour la dignité nationale. / Photo : J. J. Augustin Jean Robert Argant remet une lettre au Premier ministre Évans Paul. / Photo : J. J. Augustin
  • 6. L e ministre des Affaires étrangères a. i. Lener Renaud, s’était voulu rassurant. Lors de son intervention, le mardi 20 juin, dans un des médias de la capitale, il avait affirmé qu’« il n’y a plus de problèmes de livrets de passeports». Le Ministre imputait la responsabilité de la rareté de ce document d’identification et de voyage depuis plusieurs mois aux fournisseurs européens, précisant que les livrets de passeports ne sont pas imprimés en Haïti. Profitant de l’occasion pour présenter ses excuses à la population haïtienne, il informait que, désormais, toutes les dispositions allaient être prises au niveau du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales pour assurer la livraison des passeports. Cependant, Lener Renaud n’avait aucune information relative au nombre de livrets disponibles. Ce qui permettrait de savoir si l’offre disponible pouvait satisfaire les demandes en cours et celles en souffrance. Le National a tenté sans succès de joindre au téléphone le ministre de l’Intérieur, M. Ariel Henry, pour plus amples informa- tions. Peu de livraisons Une petite visite au Service de l’immigration et de l’émigration a toutefois permis au journal de s’enquérir de la réalité empirique. L’atmosphère au sein de cette institution publique n’a pas changé d’un cran. Tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du bâtiment, une affluence de gens occupe l’espace pour de multiples raisons : demande de passeports ou pour l’offre de services particuliers. Au sein du bâtiment administratif, c’est le tohu-bohu. Une longue file d’attente. Lenteur administrative et les frustrations s’enchaînent. Dans une petite salle où est assurée la livraison des passeports, pas moins d’une vingtaine de demandes vont être satisfaites. Il est 12 h 30. Certains d’entre ces personnes ayant produit leur demande depuis le mois de mars. D’autres ressortent de l’espace frustrées et déçues. Après avoir longuement fait la queue, elles s’entendent dire de revenir dans une semaine. Alors que leur demande remonte à tantôt quatre mois. Les citoyens désappointés Dans cette catégorie, une femme s’est confiée au National. Bien qu’elle ait eu recours à une agence de voyage depuis le mois d’avril pour lui faciliter la tâche, son dossier traîne encore. Les responsables de cette agence, déplore-t-elle, sont partis en voyage. Aussi, lâche-t- elle, désespérément : « Je suis venue tenter ma chance. » Rejetant au passage l’idée selon laquelle il y aurait une rareté de livrets depuis plusieurs mois. Dans cette veine, un homme d’âge mûr crache sa frustration après de longs moments d’attente infructueux. Ayant produit sa demande de passeport au mois de mars, telle ne fut sa déception d’apprendre que la livraison de son document, prévue au mois de juin, a été reportée au mois de juillet. Et pour comble de son désarroi, ce mardi 20 juillet, il apprend avec consternation que son passeport ne pourra pas lui être livré. Un autre et pénible report lui est assené au visage. Rareté artificielle ou réelle ? Au niveau des agences de voyages, les non-dits relatifs à ce calvaire s’expriment ouvertement. Une responsable d’une de ces agences affirme que la rareté de livrets observée depuis plusieurs mois au niveau du Service de l’immigration et de l’émigration est artificielle. Pour les demandes de passeports actuellement, informe-t-elle, les rendez-vous sont, certes, fixés d’ici au mois d’octobre par cet organe de tutelle du ministère de l’Intérieur. Cependant, avoue cette femme qui dit bien connaître le système, si on a de l’argent, le passeport peut être livré dans une quinzaine de jours. Un autre responsable d’agence confirme au journal que pour toute demande de passeport produite à compter de ce mois, que ce soit en urgence ou en extrême urgence, le délai de livraison est prévu au mois d’octobre. Cependant, il nous livre une autre lecture de la réalité. Selon lui, le problème de rareté est bel et bien réel. En dépit des déclarations officielles, il croit qu’une forte demande absorbe l’offre disponible. Rappelons que dans le cadre du Programme d’identification et de documentation des immigrants haïtiens (PIDIH) en situation irrégulière en République dominicaine, 2 000 personnes ont pu obtenir un passeport. 6 | N0 44 MERCREDI 22 JUILLET 2015 ACTUALITÉ Beaucoup de demandes, peu de livraisons Par Jean Michel Cadet Sujet de grande préoccupation depuis plusieurs mois, la rareté de livrets de passeports ne serait plus un problème, à en croire les plus hautes autorités du gouvernement haïtien. La mécanique semble, toutefois, être encore défectueuse. Trois mois d’attente sont nécessaires pour que le Service de l’immigration et de l’émigration livre les passeports. Et très peu de demandes sont satisfaites. A près avoir reçu les matériels non sensibles produits par la compagnie sud-africaine Lithotech, le Conseil élec- toral attend l’arrivée des matériels sensibles en provenance de Dubaï (Émirats arabes unis), où est basée la compagnie en charge d’imprimer ces matériels. C’est plus de onze millions de bulletins et de procès-verbaux qui devront être livrés à l’institution élec- torale, pour les législatives du 9 août 2015. Malgré des doutes persistants chez certains acteurs politiques et le retard enregistré dans le calendrier électoral, le CEP tient jusqu’à présent ses promesses et le processus électoral fait son chemin. La campagne électorale, quoique timide, est lancée. Les centres de vote sont déjà identifiés et connus. Les matériels non sensiblessontlivrés dans tous les départements, à l’exception du Sud- Est. Actuellement, les examens pour le recrutement des superviseurs sont en correction et les résultats seront communiqués incessamment, selon ce qu’a fait savoir maître Mosler Georges, directeur exécutif du CEP. Quant à la liste électorale qui devrait être rendue publique trente jours avant les élections, conformément aux dispositions du décret électoral, Mosler Georges dit avoir fait son travail depuis le 9 juillet en procé- dant au tirage au sort pour désigner les partis politiques habilités à sou- mettre au CEP les noms des MBV. Tandis que la liste électorale n’est pas encore rendue publique, certains politiques, dont l’ancien député de la 49e législature, Acluche Louis Jeune, ont fait mention de certaines irrégularités enregistrées dans la mise en place de la liste des électeurs. Selon l’ancien parlementaire, des résidents de certaines zones de Dame- Marie, dans la Grand-Anse, auraient été délocalisés à leur insu. Contacté à ce sujet, le directeur exécutif, ne voulant pas intervenir, nous a référés au directeur du registre électoral, Philippe Augustin, qui, à son tour, indisponible, nous a donné rendez- vous au courant de cette semaine pour en discuter. Entre-temps, pour donner un peu de crédibilité au processus électoral, comme ce fut le cas par le passé, des observateurs étrangers sont déjà à pied d’œuvre dans le pays. Les missions d’observation de l’Union européenne et de l’Organisation des États américains (OEA) sont déjà formées. Le secrétaire général de cette dernière organisation, Luis Almagro, avait nommé le 16 juillet dernier les deux chefs des missions d’observation des élections (MOE) quel’institutionenverraenHaïtipour les prochaines élections. L’ancien ministre des Affaires étrangères du Costa Rica, José Enrique Castillo, conduira la mission du 9 août pour les élections législatives alors que, concernant l’élection présidentielle et les municipales du 25 octobre, la mission d’observation sera dirigée par l’ancien ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim. Les bulletins en Haïti dès le 26 juilletPar Noclès Débréus Le Conseil électoral provisoire (CEP) s’apprête à accueillir, le dimanche 26 juillet, les matériels sensibles, constitués des bulletins de vote et des procès-verbaux. Le directeur exécutif, Mosler Georges, en a fait l’annonce dans un entretien au National, ce mardi 21 juillet.
  • 7. A ntonal Mortimé, secrétaire exécutif de la Plateforme des organisations de défense des droits humains (POHDH), souligne la nécessité pour le pays d’élire de nouveaux parlementaires au cours de l’année 2015. Il juge aussi important de maintenir la date du 9 août, telle que fixée dans le calendrier électoral, pour la tenue des élections législatives. Répondant aux questions des jour- nalistes sur le doute qui plane autour l’organisation effective des scrutins au 9 août, pour élire les nouveaux législateurs, M. Mortimé, qui participait à une conférence de presse dans la matinée du 21 juillet, au local de la POHDH, a souligné qu’ « il serait très intéressant de conserver la date du 9 août », pour organiser ces élections. Ces scrutins constituent une « obli- gation », d’après Antonal Mortimé qui y en voit un moyen de sortir le pays de la période de transition dans laquelle il se trouve depuis la fin du mandat des députés de la dernière législature (49e ) et le dys- fonctionnement du Sénat depuis le deuxième lundi du mois de janvier 2015. Cependant, des membres de divers secteurs dans la société con- tinuent de douter de l’organisation de la première journée électorale pour choisir les nouveaux parlemen- taires. Pour prévenir les possibles troubles à l’issue de l’organisation de cette première journée de vote, le défenseur de droits humains invite le Conseil électoral à prendre « toutes les dispositions pour qu’il n’y ait pas de crise postélectoral ». Des membres d’organismes étrang- ers de défense des droits humains, faisant partie d’une mission d’enquête qui séjourne au pays du 19 au 25 juillet, ont aussi par- ticipé à cette conférence au local de la POHDH. Ces missionnaires se sont penchés sur plusieurs dos- siers brûlants, dont l’organisation des élections, la question de mau- vaises gestions des fonds remis à la Croix-Rouge américaine après le séisme de janvier 2010 et l’affaire de l’expulsion des migrants haïtiens de la République dominicaine. Josué Renaud est le président du New England Human Rights Orga- nization. Il dirige la délégation présentement en Haïti. Intervenant sur la question des problèmes qui surviennent généralement après l’organisation des élections, Renaud exhorte le Conseil à faire en sorte de « donner les résultats réels, ceux qui reflètent exactement l’expression du vote de la population ». « Il appartient au peuple (haïtien) de choisir sa direction », argue un autre membre de la délégation, Kevin Moran, représentant du Réseau des droits humains des États-Unis (US Human Rights Network). Dans cette même lancée, il souligne que le Réseau est opposé « à toute influence extérieure qui cherche à bloquer ces élections, y compris le gouvernement américain ». La réalisation d’élections « justes et honnêtes » dans le pays au cours de l’année 2015, tel est son souhait. La Plateforme a aussi évoqué des irrégularités observées dans l’avancement du processus électoral, notamment le silence sur les élections locales, destinées à élire les dirigeants au niveau communal et des sections communales, le retard pris pour publier la liste des centres de vote et des électeurs. Elle a également déploré les retards dans l’application du calendrier électoral, ce qui est susceptible d’occasionner une diminution du taux de participation de l’électorat. MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0 44 | 7 La POHDH contre tout report des législatives Par Stephen Ralph Henri Le secrétariat exécutif de la Plateforme des organisations de défense des droits humains (POHDH) souhaite le maintien de la date du 9 août pour l’organisation des prochains scrutins législatifs, alors que des membres d’organisations de défense des droits humains actives à l’échelle internationale, de leur côté, s’opposent à toute influence étrangère pouvant empêcher la tenue de ces élections comme planifiée par les dirigeants haïtiens. Josué Renaud et Antonal Mortimé. / Photo : Stephen Ralph Henri
  • 8. 8 | N0 44 MERCREDI 22 JUILLET 2015 MONDE D ans l’état actuel des négocia- tions sur le climat, l’accord qui se dessine est insuffisant pour maintenir le réchauffe- ment de la planète sous 2°C, a déclaré mardi François Hollande, qui a lancé un nouvel appel à la “mobilisation de tous”. Le président français sera l’hôte de la conférence des Nations unies sur le climat (COP21) prévue à Paris en décembre et considérée comme une des dernières chances de conclure un accord universel sur la réduction des gaz à effet de serre. Il s’adressait à une quarantaine de responsables religieux, d’intellectuels et de « personnalités morales » du monde entier réunis à Paris pour lancer un « Appel des consciences pour le climat » aux dirigeants politiques et aux négociateurs. Le chiffre de 2°C est considéré par les scientifiques comme le seuil au-delà duquel les dégâts provoqués par le réchauffement climatique seraient irréversibles, y compris sur le plan de la sécurité et de la paix dans le monde. Or, « avec un accord qui pourrait être celui qu’on entrevoit avec les négociations (actuelles) et avec les contributions qui ont été déposées par chacun des Etats, nous sommes encore au-dessus de 2°C, sans doute 3°C », a dit François Hollande. Le niveau d’ambition du projet d’accord est un des sujets au menu d’une réunion ministérielle de deux jours à laquelle les représentants de 52 pays et organisations participent depuis lundi à Paris, pour tenter de donner un coup d’accélérateur politique aux négociations. Les contributions nationales à la lutte contre le réchauffement, que doivent déposer les 195 pays participants à la COP21 d’ici octobre arrivent en outre au compte-gouttes. A ce jour, seulement 47 pays, dont les 28 de l’Union européenne, les Etats-Unis, la Chine et la Russie, ont déposé les leurs. UN CHOIX ÉTHIQUE Selon les scientifiques, maintenir le réchauffement sous 2°C signifie pour l’ensemble des pays de la planète renoncer à utiliser 80 % des ressources d’énergies fossiles encore facilement accessibles, a rappelé François Hollande. Cela suppose que l’usage des énergies renouvelables devienne à terme la norme, mais pas seulement, a-t-il poursuivi. « Les émissions générées par l’exploitation des terres représentent environ un quart des émissions globales de gaz à effet de serre », a-t-il expliqué. « Mieux gérés, les sols, les surfaces agricoles, les prairies, les zones humides, les forêts peuvent rapidement absorber et stocker sept à 10 gigatonnes d’équivalent carbone et cela chaque année, jusqu’en 2030. » Cela représenterait la moitié de la réduction des émissions de CO2 nécessaires sur les 10 à 20 années à venir et aurait pour effet de stimuler la fertilité des sols, donc de contribuer à la sécurité alimentaire mondiale, a-t-il fait valoir. « Vivre dignement où l’on est né, ne pas avoir à quitter son pays pour chercher subsistance, c’est aussi la garantie d’un monde plus sûr », a-t-il ajouté. “Voilà ce qui est en jeu (...) Cet enjeu est si grand qu’il exige la mobilisation de tous.” La question climatique ne se réduit pas à ses dimensions scientifique, technologique, économique et politique, a enfin insisté le chef de l’Etat français. « La cause profonde deladégradationdel’environnement et du climat, c’est un mode de vie, un mode de production, un mode de consommation, qui n’est plus compatible avec le développement humain. C’est donc un rapport à la planète qu’il faut repenser entièrement et donc un choix éthique qui doit être partagé. » Hollande juge insuffisants les efforts envisagés sur le climat Sources : Reuters François Hollande a lancé mardi un nouvel appel à la « mobilisation de tous » pour le climat, jugeant que, dans l’état actuel des négociations, l’accord qui se Des maires du monde entier au Vatican pour dire non à l'esclavage et au réchauffement Sources : AFP U ne soixantaine de maires de grandes villes dans le monde se sont réunis mardi au Vatican, à l’invitation du pape François, pour affirmer leur engagement à lutter contre l’esclavage moderne et le réchauffement climatique. Les maires de Rome, Paris, New York, Madrid ou de Sao Paulo se sont relayés à la tribune pour dénoncer la persistance de l’esclavage dans les sociétés modernes. « L’esclavage existe toujours dans nos villes, y compris ici-même à Rome », a lancé le maire de la capitale italienne Ignazio Marino. Ancien chirurgien, M. Marino a particulièrement dénoncé le trafic d’organes, dont il assure qu’il est appelé à se développer, tant la demande est forte. Quelque 10 000 opérations sont effectuées chaque année pour extraire des organes, des reins à 75 %, au bénéfice de riches patients dans le monde. Ces opérations illégales sont essentiellement réalisées en Chine, en Inde et au Pakistan, a-t-il assuré. Mais, a-t-il averti, « l’Afrique est la nouvelle frontière » de ce trafic international. Le maire de Rome a également mis en garde contre la tentation de légaliser ce trafic en autorisant le don d’organes à but lucratif, comme cela est, selon lui, envisagé aux Etats-Unis. Cette conférence, organisée au Vatican, a aussi entendu le témoignage de deux jeunes mexicaines Karla Jacinto et Ana Laura Perez Jaimes, toutes deux « esclaves » pendant des années dans leur pays. Karla a dès l’âge de 12 ans été contrainte à se prostituer, enfermée dans un bordel mexicain où elle a fait le compte de ses « clients » jusqu’à sa libération à l’âge de 16 ans: plus de 42 000. Ana Laura a raconté de son côté avoir vécu pendant cinq ans enchaînée et contrainte de travailler parfois 20 heures par jour, jusqu’à ce qu’elle parvienne à s’échapper à l’âge de 23 ans. « Il n’est pas possible que cela existe encore, il n’est pas possible que nous restions aveugles » face à cette situation, a-t-elle lancé. « Il faut changer nos modes vie», a préconisé de son côté Anne Hidalgo, maire de Paris, appelant à mettre en œuvre une « économie du moindre impact », privilégiant par exemple le recyclage. Mme Hidalgo s’est félicitée de l’invitation du pape, qui a permis de confronter les expériences de dizaines de maires dans le monde sur des thématiques essentielles, « grande première très utile », a-t- elle dit, lors d’un point de presse.
  • 9. MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0 44 | 9 MONDE Trois journalistes espagnols portés disparus en Syrie Sources : 20minutes.fr/ avec AFP L e secrétaire américain à la Défense Ashton Carter s’est efforcé mardi de rassurer les alliés de Washington au Moyen- Orient au sujet de l’accord nucléaire conclu avec Téhéran, lors d’une tournée régionale qui l’emmène en Israël, Jordanie et Arabie saoudite. A Jérusalem, il a rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui refuse de se résigner à l’accord historique adopté le 14 juillet, par lequel Téhéran a accepté de réduire ses capacités en échange d’une levée progressive et réversible des sanctions internationales. Les deux hommes, qui se sont salués d’une longue poignée de main, n’ont fait aucune déclaration à l’issue de la rencontre. Mais à son arrivée en Jordanie, M. Ashton Carter a souligné que les Etats-Unis et Israël « ont un engagement commun pour contrer l’influence pernicieuse de l’Iran dans la région ». Il a toutefois admis que M. Netanyahu « a fait clairement savoir qu’il est désaccord avec nous à propos de l’accord sur le nucléaire iranien. Mais des amis peuvent être en désaccord ». « Nous allons continuer à travailler avec Israël et d’autres partenaires dans la région pour contrer le danger provenant d’Iran comme nous le faisons contre l’organisation de l’Etat islamique », a-t-il ajouté, devant des militaires de six pays engagés dans la coalition antijihadiste. « Cet ennemi (l’EI) doit être défait. Cela sera chose faite parce que les barbares sont toujours vaincus par la civilisation », a-t-il assuré, s’adressant à une poignée de mécaniciens au pied d’un F-16 américain. M. Carter doit ensuite se rendre mercredi en Arabie saoudite, autre pays inquiet de l’accord conclu avec l’Iran. M. Netanyahu et une écrasante majorité des responsables politiques israéliens, toutes tendances confondues, condamnent l’accord car ses clauses ne sont pas, selon eux, suffisamment strictes pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire et de s’en servir contre Israël, dont les dirigeants iraniens appellent régulièrement à la destruction. Téhéran, qui ne reconnaît pas l’existence d’Israël, a toujours nié vouloir se doter d’une telle arme. Pour tenter de rassurer son allié, M. Carter a indiqué lundi que les Etats- Unis étaient prêts à muscler leur coopération militaire avec Israël, citant notamment la défense anti- missiles ou la sécurité informatique. Ilaaussiassuréqu’Israël,considérée comme la seule puissance nucléaire de la région mais qui maintient l’ambiguïté sur son armement, restait « la pierre angulaire » de la politique américaine au Moyen- Orient. Mais Israël n’est pas prêt, pour le moment, à discuter de compensations américaines sous la forme d’une aide militaire accrue, ses efforts étant encore concentrés sur un échec ou au moins un affaiblissement de l’accord, soulignent les commentateurs. Influencer les Américains « Israël ne peut pas le dire aussi clairement mais ils ne peuvent pas coopérer avec les Américains concernant les compensations avant le vote du Congrès américain sur l’accord » conclu avec l’Iran, estime Eytan Gilboa, professeur de sciences politiques à l’université de Bar-Ilan, près de Tel-Aviv, spécialiste des relations israélo-américaines. Le Congrès américain à 60 jours à partir de ce lundi pour se prononcer, et Benjamin Netanyahu, qui compte de nombreux alliés parmi les parlementaires républicains, a lancé des appels pour que ces derniers le rejettent. La vice-ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, a réaffirmé mardi qu’Israël ne se résignait pas à l’accord, au lendemain du feu vert donné à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU à l’accord nucléaire conclu entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), plus l’Allemagne. « Cet accord est mauvais et nous allons continuer de nous battre pour changer les choses », a-t-elle déclaré devant une commission parlementaire. « Au jour d’aujourd’hui Israël veut que le Congrès vote contre l’accord ou contre de nombreuses clauses de l’accord (...) Mais il est probable que l’accord sera voté, et à ce moment- là commenceront les discussions sur toutes sortes de compensations », explique Eytan Gilboa. Les Etats-Unis fournissent actuellement à Israël environ 3 milliards de dollars d’aide militaire par an, sans compter le financement d’autres projets, comme le système de défense antimissiles Dôme d’acier. La signature de l’accord avec l’Iran va pousser Washington à accroître son assistance militaire à Israël mais aussi à ses alliés arabes de la région, estime Eytan Gilboa, craignant une course aux armements Nucléaire : Israël pas prêt à se résigner malgré les assurances américaines Sources : AFP T rois journalistes espagnols sont portés disparus en Syrie depuis une dizaine de jours, a annoncé mardi la présidente de la Fédération des associations de journalistes espagnols. Ils n’ont plus donné de nouvelles depuis le 12 juillet « Pour le moment, nous pouvons seulement parler de disparition », a déclaré Elsa Gonzalez sur la chaîne de télévision publique espagnole TVE 24 heures, expliquant que l’on était sans nouvelles des trois hommes depuis le 12 juillet, date à laquelle ils se trouvaient dans la région d’Alep (nord-ouest). Les trois journalistes indépen- dants, Antonio Pampliega, Jose Manuel Lopez, et Angel Sastre sont arrivés aux alentours du 10 juillet et n’ont plus donné de nouvelles depuis le 12. On ignore s’ils étaient ensemble et pour quels médias ils travaillaient. Antonio Pampliega a contribué à la couverture texte de l’AFP en Syrie jusqu’en 2013. Jose Manuel Lopez a participé à la couverture photo de l’AFP de plu- sieurs conflits, dont celui en Syrie jusqu’en 2013. Des raisons de s’inquiéter « Il y a d’intenses combats dans cette région et par conséquent il existe des raisons de s’inquiéter », a encore déclaré la présidente de la FAPE. La ville d’Alep, la deuxième de Syrie, est divisée depuis la mi-2012 entre rebelles et loyalistes, et vit régulièrement des bombardements. La guerre en Syrie, qui a commencé par des manifestations pacifiques ayant dégénéré après avoir été réprimées dans le sang, a fait plus de 230.000 morts depuis mars 2011. Régime, rebelles, Kurdes et jihad- istes s’affrontent sur un territoire de plus en plus morcelé. Mardi, au moins 18 civils ont été tués et des dizaines ont été blessés mardi par le tir d’un « missile sol- sol » des forces du régime syrien sur la Vieille ville d’Alep, a rapporté une ONG.
  • 10. 10 | N0 44 MERCREDI 22 JUILLET 2015 ÉCONOMIE Cinquante cinq millions de dollars pour la surveillance hydrométéorologique et l'adduction d'eau potable Par Henri Alphonse L ’accord relatif à la mise en œuvre, prochainement, du programme pilote pour la résilience climatique des Fonds d’Investissement climatique prévoit un montant de USD cinq millions pour le financement des activités programmées. Le projet vise à renforcer la capacité du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) à fournir des services d’information hydrométéorologique et climatique personnalisés aux agriculteurs et aux intervenants d’urgence pour augmenter la préparation et la résilience du pays aux catastrophes et aux changements climatiques.Safinalitéestd’aiderHaïti à mieux « se préparer aux conditions météorologiques extrêmes tels que les inondations, les sécheresses et les ouragans ». Mary Barton-Dock, l’envoyée spéciale de la Banque mondiale en Haïti, est d’avis que ce projet contribuera à atténuer les contraintes relatives à l’accès aux informations météorologiques indispensables aux agriculteurs « afin qu’ils soient mieux préparés et en mesure de faire face aux chocs agricoles et climatiques ». Les résultats escomptés font état de 80 techniciens et professionnels environ qui seront formés à l’utilisation des applications de données météorologiques et climatiques. Une plateforme de données ouverte, accessible en ligne, facilitera par ailleurs la consolidation des données recueillies à l’échelle nationale sur l’hydrologie, la météorologie, l’environnement marin et d’autres stations du genre. Quarante comités de protection civile et agriculteurs municipaux à l’échelle nationale pourront ainsi accéder à « des services d’information améliorés, incluant les alertes précoces et des informations de planification d’urgence ». Prévention des risques Une note de presse du ministère de la Communication fait l’exposé des motifs en déclinaison avec la finalité de la démarche. Environ 96 % de la population haïtienne, rappelle-t-elle, vit dans « des zones exposées à deux ou plusieurs risques, y compris les ouragans, les inondations, les tremblements de terre, les glissements de ter- rain et les sécheresses. Le secteur agricole, qui contribue à plus de 25 % du PIB d’Haïti et qui est la principale source de revenus des ménages ruraux, est fortement dépendant de la pluviométrie et particulièrement exposé aux effets du changement climatique, avec seulement 1 % des agriculteurs utilisant l’irrigation ». La note met l’emphase sur les ris- ques hydrométéorologiques qui ont, au cours de la dernière décen- nie, « touché 1,3 million de per- sonnes, tué plus de 6000 et causé des pertes annuelles moyennes équivalentes à près de 2 % du PIB ». Et le Ministère de rappeler que plus de 70 % des familles rurales a été économiquement affectée par les chocs météorologiques clima- tiques. Ce programme pilote, en plus de renforcer les capacités de l’unité hydrométéorologique du MARNDR, devrait améliorer les performances des pouvoirs publics en matière de coordination entre divers organ- ismes gouvernementaux clés dans le secteur, notamment le ministère de l’Environnement (MDE), le Centre national de l’Information géospatiale (CNIGS), la Coordina- tion nationale pour la Sécurité ali- mentaire (CNSA), le Comité inter- ministériel pour l’Aménagement du Territoire (CIAT) et la Direc- tion de Protection civile (DPC) du ministère de l’Intérieur. Ce projet, de cinq ans, sera mis en œuvre par le ministère de l’Agriculture. 50 millions pour la DINEPA Le second accord signé ce mardi met la Direction nationale de l’Eau potable et de l’Assainissement (DINEPA) en mesure de pro- grammer l’exécution de travaux d’adduction d’eau potable en milieu rural. Ce projet, qui sera financé par la Banque mondiale sur une période de six ans, couvri- ra les départements géographiques du Grand Sud, le Sud, le Sud-Est, la Grand-Anse, les Nippes. Le département du Centre est égale- ment dans la ligne de mire du projet. À l’origine de cette initia- tive, des rencontres de réflexion réunissant les techniciens de la DINEPA, du ministère de la Santé publique (MSSP), de la Banque mondiale. Les zones aux plus forts taux de prévalence du choléra seront, dans le cadre des interventions planifiées, considérées comme prioritaires. Le Grand Sud a déjà bénéficié, dans le temps, d’un programme du genre et la nouvelle initiative compte y opérer des travaux de consolidation des résultats précédemment obtenus. Pas question toutefois d’intervenir pour améliorer l’accès à l’eau potable sans se préoccuper de l’assainissement, prévient Benito Dumay, le directeur général de la DINEPA. « Nous espérons pouvoir améliorer les conditions de vie d’une population d’environ 300 000 personnes ». Des travaux d’approvisionnement en eau potable et des activités d’assainissement ponctueront la programmation des interventions envisagées sur le terrain. Ces actions concrètes iront de pair avec des interventions visant le renforcement de la DINEPA et des OREPA, ces Offices régionaux d’Eau potable et d’Assainissement, représentant des structures déconcentrées de la DINEPA et chargés de la prestation du service d’eau potable en milieu urbain ainsi que de la « gestion » des systèmes en milieu rural gérés de fait par des comités d’eau. La DINEPA et les OREPA, pour mémoire, ont remplacé deux entreprises publiques : la Centrale autonome métropolitaine d’eau potable (CAMEP), qui était responsable de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et le Service national d’eau potable (SNEP), responsable dans le temps pour les villes secondaires et en théorie, les zones rurales. Une campagne de sensibilisation, visant le changement de comportement des communautés ciblées, viendra accompagner le processus. « Nous n’avons pas encore d’assainissement collectif, nous en sommes encore au stade individuel et nos observations nous conduisent à évaluer l’ampleur du travail à accomplir à cause de cette habitude qu’ont les gens de se soulager à l’air libre », déplore le directeur général de la DINEPA. « Nous espérons ainsi parvenir à éliminer le spectre du choléra qui hante encore diverses localités du pays ». Haïti, doit-on le rappeler, fait face à des défis considérables dans le secteur d’eau potable et d’assainissement. Une situation caractérisée notamment par un accès presque nul aux services publics et la faiblesse des institutions chargées de l’offre des services sociaux de base. Ce, malgré l’omniprésence des ONG intervenant particulièrement en milieu rural et dans les quartiers défavorisés. POURUNEMEILLEUREGESTIONDESRISQUES Les deux accords de dons signés ce mardi 21 juillet en début d’après-midi, en présence de représentants des Pouvoirs publics et de la Banque mondiale font état d’un don de 55 millions de dollars pour renforcer les capacités de l’unité hydrométéorologique du ministère de l’Agriculture et de la DINEPA. Les conséquences des aléas hydrométéorologiques ont, au cours de la dernière décennie, tué plus de 6000 personnes et causé des pertes annuelles moyennes équivalentes à près de 2% du PIB. / mma1.org
  • 11. MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0 44 | 11 ÉCONOMIE INVESTISSEMENTSDIRECTS La diaspora africaine, une puissance financière Par Patrick Ndungidi / Huffington Post Les transferts de fonds sont en constante augmentation en Afrique et constituent une manne financière susceptible de contribuer au développement des économies du continent. L es transferts de fonds vers l’Afrique connaissent une nette augmentation. Mais les tarifs des sociétés de messagerie financière restent élevés. En 2014, selon la Banque mondiale, près de 120 millions d’africains ont reçu 60 milliards Usd envoyés par 30 millions d’africains de la diaspora. Ce montant est supérieur à l’aide publique au développement (56 milliards de dollars en 2014) et aux investissements directs étrangers (50 milliards de dollars). Les transferts de fonds sont en constante augmentation en Afrique etconstituentunemannefinancière susceptible de contribuer au développement des économies du continent. Pour Patrice Buabua, Secrétaire général de la FIBANK RDC, les flux migratoires sont le principal moteur de cette filière. « Les perspectives démographiques du continent augurent davantage d’opportunités pour ce secteur. La population africaine passera à 2 milliards d’habitants en 2050 contre 830M en 2010. Ces fonds de la diaspora continueront à contribueraussibienàlacroissance des sociétés de messagerie financière internationale qu’a la situation sociale des africains », explique-t-il. Contribuer aux économies locales En effet, les fonds envoyés par les africains sont beaucoup plus destinés à régler des problèmes d’ordre social: soins de santé, frais scolaires, logement, etc. Cepen- dant, Pour Serge Mbay, Directeur Général de « MoneyTrans » en RDC, les transferts de fonds de la diaspora africaine lorsqu’ils sont judicieusement canalisés et gérés, peuvent constituer des capitaux de départ aux investissements locaux vitaux, susceptibles de résorber la pauvreté. Dans l’atteinte d’un tel objectif, les banques ont un grand rôle à jouer car le réseau bancaire demeure le principal canal de circulation de ces flux financiers. « Les acteurs du système bancaire ont tout à gagner à conscientiser les récepteurs de ces fonds sur les enjeux de l’épargne. Il faut créer des passerelles bancaires, des produits mixtes destinés à inciter cette catégorie de clients à structurer leur relation avec les banques. En ce sens, l’activité de messagerie financière peut être appréhendée comme un accélérateur de la bancarisation en Afrique », explique le SG de la FIBANK. Serge Mbay, pour sa part, estime que les pays africains doivent systématiquement organiser la gestion ou la prise en charge de leurs diasporas en leur offrant des possibilités et des facilités d’investissement au pays, avec la garantie d’un minimum de sécu- rité générale. « Il importe aussi de promouvoir et de soutenir les insti- tutions locales de services qui pro- posent la canalisation judicieuse de ces flux d’argent », précise-t-il. Juriste et analyste financier, Ma- dimba Kadima Nzuji, propose que les Etats africains puissent créer leurs propres agences de transfert ou qu’ils puissent entrer dans le capital de celles qui sont sur leurs territoires. En outre, préconise-t-il, l’Etat peut obliger les agences de transfert à baisser leurs prix. Ce qui pourrait entraîner une augmenta- tion soit des volumes de transfert, soit des montants envoyés. Une économie de quatre milliards A l’heure actuelle, le coût des envois est très élevé en Afrique, avec une moyenne de 12,4 %. Selon la Banque mondiale, baisser le coût des transferts à 5 % pour- rait faire économiser quatre mil- liards de dollars à la diaspora afri- caine. Mais le directeur général de Money Trans explique ces coûts élevés par le fait que les sociétés de MF surtout en Afrique subsa- harienne demeurent physiques, c’est-à-dire basées sur un service physique et une logistique matéri- elle conséquente. « Cela constitue des charges financières. En outre, si le régime fiscal des pays est con- traignant, il va naturellement les obliger à réajuster leurs tarifs au risque de disparaître », note-t-il. Selon Patrice Buabua, c’est toute la problématique du risque que représente la zone Afrique (fiscalité inadaptée, tracasseries administra- tives, etc.) qui s’exprime sur le prix de la prestation. « Ces transferts ont un coût relativement élevé certes mais, vu les résultats annu- els des sociétés de MFI, cette situ- ation accrédite aussi la thèse selon laquelle le risque peut être un facteur d’augmentation des profits », nuance le Secrétaire général de la FIBANK. Pour Madimba Kadima Nzuji, l’Etat doit donc soit multi- plier les acteurs par des incitants, soit obliger les agences à baisser les prix. Dans tous les cas, la diaspora afric- aine demeure une force financière avec laquelle les gouvernements devront compter pour booster les économies locales. La table ronde « gouvernement »-diaspora congolaise organisée par l’ambassade de la RD Congo en Belgique. / © RWANDA|RELANCEÉCONOMIQUE La Banque mondiale prévoit un taux de croissance de 7,4 % en 2015 Source : Xinhua S elon ces projections, le taux de pauvreté au Rwanda devrait également reculer de 63 % en 2011 à 54 % en 2016, ce qui signifie que près d’un million d’habitants passeraient au-dessus du seuil de pauvreté. Le taux de croissance du Rwanda est remonté à 7 % en 2014, après avoir atteint en 2013 son plus bas niveau depuis 2013, à 4,7%, selon ce rapport. Cette reprise est notamment attribuable à la consommation des ménages et aux dépenses publiques, ce qui se reflète dans la croissance accélérée du secteur des services. Toutefois, la politique budgétaire du pays est moins expansionniste ces derniers trimestres. D’un autre côté, les développements sur le plan monétaire sont favorables à l’économie. Yoichiro Ishihara, économiste en chef et directeur de l’équipe qui a rédigé ce rapport, a indiqué que les prêts bancaires étaient revenus à leur niveau antérieur à la baisse de l’aide internationale. « Le faible taux d’inflation et l’appréciation des taux de change effectifs réels sont favorables à une politique monétaire accommodante pour soutenir l’économie par les financements », a déclaré M. Ishihara. La Banque mondiale prévoit que le taux de croissance économique au Rwanda devrait atteindre 7,4 % en 2015 et 7,6 % en 2016, d’après son Rapport économique mis à jour sur le Rwanda (REU) publié mercredi dernier à Kigali.
  • 12. 12 | N0 44 MERCREDI 22 JUILLET 2015 ÉCONOMIE Au Pérou la lutte des peuples contre des mines dévastatrices Par Alain Sousa / Reporterre L’EAUOUL’OR D ans le nord du Pérou, un projet pharaonique de mine d’or baptisée Conga menace lesréserveseneaudetoutela région de Cajamarca. Les populations locales luttent pour empêcher son implantation, mais le combat est loin d’être gagné et la répression féroce, comme en témoigne la mort de cinq opposants tués en 2012 dans une manifestation. « Agua Si, Oro No ! » C’est le cri qui retentit depuis plusieurs années à Celendín, petite ville perdue dans les montagnes du nord du Pérou. Ici, l’agriculture est reine, la région possède de nombreuses ressources en eau. Mais le sous-sol est depuis toujours convoité pour ses ressources en or. La région de Cajamarca héberge déjà la plus grande mine d’or d’Amérique du Sud, Yanacocha, exploitée depuis 1993. Approuvé en 2010 par le gou- vernement péruvien, le nouveau projet dénommé Conga est situé à quelques dizaines de kilomètres. Le consortium qui souhaite exploit- er la mine est détenu à 51,35 % par Newmont Mining Corporation, une compagnie américaine basée à Denver, Colorado. Suivent un groupe péruvien, Compañía de Minas Buenaventura (CMB, 43,65 %) et International Finance Cor- poration (IFC, 5 %), une exten- sion de la Banque mondiale. L’investissement prévu approche les 5 milliards de dollars. Pour les groupes étrangers, venir exploiter l’or au Pérou est extrême- ment intéressant. La main d’œuvre est très bon marché, et le gou- vernement a adopté une série de mesures incitatives pour aider les multinationales à s’implanter, notamment en facilitant l’achat de terres au détriment des droits des communautés. Nous ne buvons pas d’or ! Le projet aurait dû démarrer en 2014, mais il est toujours en sus- pens grâce à la mobilisation citoy- enne des habitants de Celendín et de la région. Car la mine constitue une grave menace environnemen- tale, notamment pour les res- sources en eau de la région. Le site choisi est placé à l’endroit d’où partent les sources qui alimentent des rivières vers le Pacifique mais également vers l’Amazonie, telle la rivière Marañón, l’une des plus importantes du pays. Selon l’organisation Front Line Defenders, qui a réalisé une enquête approfondie en 2014, le projet Conga devrait assécher 4 lacs, 27 lagunes, 700 sources et 60 canaux d’irrigation ! Car la mine nécessitera plus de deux mil- lions de mètres cube d’eau par an pour son fonctionnement. Certes, la compagnie minière a promis la construction de quatre réser- voirs d’eau, censés remplacer les lacs, dont trois seront destinés à fournir l’eau potable pour les populations locales... Une maigre compensation, qui ne restaurera pas l’écosystème original, et qui de plus placera les populations locales directement sous la dépendance de la compagnie minière pour l’accès à l’eau... Autre problème de taille, le retrait- ement de ces millions de mètres cube d’eau, pour éviter la pollution des nappes. Les exemples ne man- quent pas au Pérou de contami- nations. Selon Hanne Cottyn, de l’association belge Catapa, « 70 % des eaux de la ville de Cajamarca, proche de la mine de Yanacocha, montrent une contamination. A Bambamarca, autre province qui possède plusieurs mines, des pro- blèmes similaires ont été rencon- trés. » L’impact sur les ressources en eau va au-delà de la seule exploitation de la mine : il existe déjà trois pro- jets de barrage dans la région de Celendín et quatre dans la prov- ince de Cajamarca. Au moins un de ces barrages sera destiné unique- ment à alimenter en énergie le projet Conga en énergie. La lutte des communautés locales Les populations locales sont forte- ment mobilisées contre le projet Conga. Au-delà de la menace directe sur les ressources en eau, les habitants ont en mémoire les précédents concernant la mine de Yanacocha, dont de nom- breuses promesses non tenues et autres problèmes de corruption. Et ils restent insensibles aux allégations de développement et d’enrichissement de la province. Les mêmes discours étaient pro- noncés dans les années 90, lors de l’ouverture de la mine voisine. La région était alors la quatrième région la plus pauvre du Pérou. Après vingt ans d’exploitation de la mine, Cajamarca a dégringolé à la dernière place, devenant la région la plus pauvre du pays, avec 51,9 % de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. Entre les populations et la com- pagnie minière, l’Etat péruvien a clairement choisi son camp. Les défenseurs de l’environnement sont qualifiés de terroristes, des mesures exceptionnelles de sur- veillance et de lois anti-agitateurs sont adoptées. L’Etat n’hésite pas à mettre en place l’état d’urgence après les manifestations les plus violentes, ce qui permet des arres- tations sommaires, la fouille des maisons sans mandat, et autres mesures arbitraires. On assiste également à des mélanges de rôles, avec des policiers qui sont directe- ment rémunérés par la compagnie minière. La répression ne se limite pas à une restriction des droits civiques et des libertés. En 2012, cinq man- ifestants ont été tués par la police, quatre de Celendín et un de Bam- bamarca, dont un adolescent de 16 ans. Un drame loin d’être unique. Selon l’organisation Global Witness plus de 57 activistes défenseurs de l’environnement sont morts au Pérou entre 2002 et 2014. Il faut ajouter à ce triste bilan les quatre morts entre mars et mai 2015 à Arequipa, lors de manifestations contre un autre projet de mine. Ironie de l’Histoire, en 1 533, dans la ville même de Cajamarca, les conquistadors espagnols réclama- ient aux Incas une chambre rem- plie d’or en échange de la vie de leur empereur Atahualpa. Après avoir reçu le colossal trésor, les conquistadors ont tué l’empereur. Aujourd’hui, les Cajamarquinos paient une nouvelle fois de leur vie pour ce métal précieux. La mine constitue une grave menace environnementale, notamment pour les ressources en eau de la région. / © Reporterre L e gouvernement mozambicain ne ménage aucun effort pour assurer l’inclusion financière et ledéveloppementéconomique, a assuré le représentant de la Banque mondiale au Mozambique, Mark Lundell, lors d’une consultation publique sur la stratégie nationale pour l’inclusion financière, organisée vendredi à Maputo. « L’inclusion financière est essentielle pour réduire la pauvreté et favoriser la croissance économique », a-t-il soutenu, précisant que le Mozambique a fait un « grand pas » en acceptant que la réduction de la pauvreté dépende dans une large mesure d’un processus économique inclusif. Actuellement en Afrique « trois adultes sur quatre n’ont pas de compte bancaire, c’est-à-dire qu’ils n’ont accès à aucune place où ils peuvent garder leur argent en toute sécurité », a fait remarquer Lundell, expliquant que l’Afrique a encore un « long chemin » à faire avant d’atteindre les niveaux complets d’inclusion financière. Pour le responsbale de la BM, il est crucial d’accroître le soutien aux Petites et Moyennes Entreprises qui constituent l’une des principales méthodes garantissant l’inclusion financière. « Il y a littéralement des millions d’entreprises micro, petites et moyennes en Afrique qui sont privées du financement devant leur permettre de se développer, d’accroître leur capacité productive et donc d’aider à porter l’économie et la croissance sociale », a-t-il souligné La consultation publique sur la stratégie nationale pour l’inclusion financière est initiée par la Banque mondiale. Elle vise à identifier les principaux obstacles aux services d’assurance et aux marchés financiers, et aux services électroniques des banques au Mozambique. La manifestation a également permis d’aborder les grandes priorités pour améliorer l’éducation financière et la protection des consommateurs mozambicains. Le Mozambique renforce l'inclusion financière pour réduire la pauvreté Source : Le Magazine du Manager La Banque mondiale a salué vendredi dernier à Maputo, les efforts du Mozambique visant à réduire sensiblement la pauvreté en renforçant l’inclusion financière.
  • 13. MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0 44 | 13
  • 14. 14 | N0 44 MERCREDI 22 JUILLET 2015 JUSTICE C et ouvrage de la juge Jean François arrive à un moment où la question de la réforme de la justice se pose dans toute son acuité. Le Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire (CSPJ) vient de boucler son premier mandat histo- rique. La législation pénale haïtienne est en passe de connaître une réforme majeure. Les tares de la magistrature haïtienne font aujourd’hui partie des préoccupations des candidats aux législatives. Il est donc un fait que le débat sur la réforme de la jus- tice, bien que vieux de plusieurs années, connait en ces temps-ci des dénouements pour le moins prometteurs. Me. Norah A. Jean François qui enseigne le droit de l’enfant à l’université d’État d’Haïti, s’ajoute aux essayistes et doctrinaires préoccupés par le fonctionnement souvent boiteux du système judi- ciaire haïtien. Dans un mélange de diagnostics, de constats, de réflexions et de propositions, la magistrate de car- rière dévoile ce qui, à son avis, peut aider Haïti à devenir un vrai État de droit. Pour elle, sans un système de justice bien pensé, on ne peut espérer vivre dans un État où la règle de droit est la princi- pale boussole. « La magistrature haïtienne doit être dirigée par des autorités légi- times et non par cette petite cli- entèle qui l’avilit, la rabaisse et la réduit au rang de domestique des autres pouvoirs », lit-on en quatrième de couverture. La pro- fesseure s’indigne ainsi à la vue des modes de recrutement au sein de la magistrature haïtienne, de la corruption qui la gangrène et de l’influence qu’elle subit trop souvent de la part des forces poli- tiques. Me. Norah Amilcar Jean François est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages jusqu’ici très utiles aux chercheurs et aux professi- onnels du droit : le droit de suc- cessions et ses implications dans la vallée de l’Artibonite (1990), législation haïtienne en vigueur sur les mineurs (ouvrage publié en quatre tomes en 2000, 2006, 2008, 2010), un nouveau regard sur l’enfance haïtienne (2007), le droit à l’éducation (2011). Son dernier ouvrage titré « la jus- tice haïtienne en question » com- porte 192 pages et a été édité par l’Imprimeur II. Me. Jean-François ne veut pas rester là, elle promet de poursuivre ses réflexions et questionnements sur la justice haïtienne dans son prochain ouvrage. Entre autres sujets se rapportant à la justice, elle se propose de parler, dans son prochain livre, de l’histoire des cours d’appel de la République. Me. Norah Amilcar Jean François, licenciée en droit, est détentrice d’une maîtrise en administration judiciaire et d’un DES en gouver- nance publique, de l’Université Laval. Elle a suivi plusieurs formations aux États-Unis et en France sur les méthodes alternatives de résolu- tion des conflits. La juge Norah Jean François remet la justice haïtienne en questionPar Eddy Laguerre, av. Après s’être imposée comme une référence nationale en matière de législation sur les mineurs en Haïti, Me. Norah Amilcar Jean François, juge conseiller à la défense sociale à la Cour d’appel de Port-au-Prince depuis 2002, continue son œuvre d’écrivain dans le domaine juridique. Pour cette année 2015, Me. Jean-François vient de publier un ouvrage intitulé : « la justice haïtienne en question ». Un ouvrage de 192 pages dans lequel elle pose une question de départ à la fois simple, actuelle et fondamentale : peut-on réformer la justice sans les acteurs ? La juge Norah Jean François / Photo: Ruben Chéry Rapatrié, réfugié, déporté : quelques différences utiles Par Eddy Laguerre, av. Dans la foulée des débats et de l’actualité sans cesse changeante sur les relations haïtiano-dominicaines des mots tels : rapatrié, réfugié et déporté, sont, chaque jour, à la une ou dans les titres de l’actualité. Témoin des inquiétudes exprimées par plusieurs experts en matière migratoire quant à la terminologie et à l’usage qui en est fait en ces temps de tensions, nous croyons qu’il est important de nous arrêter sur la portée réelle de chacun de ces mots après avoir apporté, dans un précédent article, de petites précisions sur l’apatridie. P arce qu’ils ont rapport avec le statut des personnes, ces mots, compte tenu de leurs nuances, sont d’une impor- tance particulière dans tout processus d’accueil, de catégorisation, de prise en charge ou de suivi juridico-légal en matière migratoire. Entre autres organisations, le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et le Groupe d’appui aux rapatriés et aux réfugiés (GARR) accordent une importance considérable à l’utilisation d’une terminologie adéquate dans la gestion du dossier haïtiano-dominicain, notamment à la suite de l’arrêt 168-13 de la Cour constitutionnelle dominicaine qui va occasionner, à partir du 1er août prochain, des opérations officielles de déportations de diverses catégories de personnes qui vivaient jusqu’ici au pays de Danilo Medina. Le mot « rapatrié » dans son sens étymologique réfère tout simplement à un retour à sa patrie. L’UNHCR qui intervient sur ces questions dans plusieurspaysdumonde,précisesurson site internet que « pour de nombreuses personnes déracinées, le rapatriement librement consenti dans la sécurité et la dignité marque le dénouement heureux d’un traumatisme». Le rapatrié peut donc être vu comme celui qui revient dans son pays après avoir vécu, parfois comme « réfugié », sur une terre étrangère. Ainsi dans le dossier dominicain, on peut appeler « rapatriés » uniquement les Haïtiens qui vivaient en République dominicaine et qui reviennent en Haïti soit dans le cadre d’un déplacement spontané, forcé par la nature des choses, soit dans le cadre d’un retour volontaire. Le réfugié est celui qui pour des raisons politiques, économiques ou en raison de situation de guerre, de tensions internes ou de catastrophes naturelles dans son pays, prend « refuge » sur une terre étrangère. Plusieurs instruments internationaux notamment la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés protègent les droits de ces personnes depuis la reconnaissance de leurs statuts jusqu’à la jouissance effective des droits et privilèges qui en découlent. Selon cette Convention onusienne de 1951, on peut considérer comme réfugiée : « toute personne qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ». Cette convention part notamment du constat que les réfugiés sont souvent obligés de se déplacer soit suite à des menaces sur leurs vies ou sur leur liberté. Ces personnes vulnérables sont souvent dans l’impossibilité de réclamer la protection de leurs pays. Il est donc important de forcer l’État d’accueil de les protéger, leur reconnaitre un minimum de droits et de privilèges. Quant au déporté, c’est celui ou celle qui, suite à une décision judiciaire prise contre lui sur sa terre d’accueil où il/elle vivait, est conduit ailleurs ou dans son pays d’origine par les autorités étatiques. La déportation peut concerner une catégorie ou un groupe de personnes, contraint de quitter son territoire, parfois pour s’installer dans des camps caractérisés par le travail forcé. L’histoire du monde retient les juifs comme un exemple de peuple victime de déportation. Dans le droit pénal haïtien, la peine de bannissement, long- temps prévu par le code pénal, apparait comme un équivalent de la déportation. Mais cette peine afflictive et infamante a rarement été prononcée par les instances judiciaires haïtiennes. En France, cette peine a disparu depuis l’apparition du nouveau code pénal. En conclusion, s’il faut placer les nuances de ces trois mots dans la perspective du dossier haïtia- no-dominicain, on appellera « rapatriés », les Haïtiens qui revi- ennent en Haïti et « déportés » ceux qui sont ou seront conduits sur la frontière par les soldats dominicains, notamment à partir du 1er août. Dans les deux cas, il peut s’agir de personnes ayant vécu comme réfugiés en Répub- lique dominicaine. Il demeure que les nuances et complexités liées à chacun de ces statuts ne sauraient être abordées dans un seul article.
  • 15. MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0 44 | 15 SOCIÉTÉ L'OSAMH : soucieux d'un changement réel du morne l'Hôpital?par Jackson Joseph L e morne l’Hôpital est l’un des espaces du pays à susciter le plus d’attention au niveau des observateurs avisés. Il représente un enjeu fondamental pourtousleshabitantsdel’airemétro- politaine. Presque toutes les sources d’eau qui alimentent Port-au-Prince, Carrefour et beaucoup d’autres zones s’y trouvent. C’est pourquoi les auto- rités étatiques ont décidé de créer, par le biais du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, l’OSAMH, organisme de surveillance et d’aménagement du morne l’Hôpital en octobre 1986. Cette structure éta- tique, ayant pour mission de réhabili- ter et de protéger le morne l’Hôpital, s’est attelée depuis, à cette tache exigeante et difficile. Les pressions foncières, les besoins en logements sont les principaux soucis à contourner par les responsables de l’OSAMH qui sont quotidiennement con- frontés aux irresponsabilités des familles par les constructions anarchiques et toujours en quête de nouveaux sites pour se loger. Ainsi l’urbanisation guette les terrains agricoles de cet espace déclaré d’utilité publique par le décret de novembre 1978, puis zone protégée par la loi du 27 août 1963. D’autre part, les car- rières de sable sont exploitées sans aucune mesure de sécurité et très souvent sans autorisation de l’État. Voilà les conditions dans lesquelles, les responsables de l’OSAMH accomplissent leur mis- sion de surveiller, de protéger et d’aménager le Morne parfois dans le dénuement, du fait que les moyens manquent souvent pour permettre des interventions efficaces de l’organisme sur le ter- rain. Le budget de 2013-2014 avait consacré 10 millions de gourdes pour les réalisations des différen- tes activités de l’OSAMH selon le bilan dressé par les responsables. Annuellement, les initiatives tournent généralement autour des principaux axes qui définissent OSAMH dans la restructuration et la protection des écosystèmes du morne l’Hôpital. Il s’agit pour les responsables de travailler à la conservation du sol et au reboise- ment du bassin de la rivière Bois de Chêne et du littoral de Port-au- Prince jusqu’à Diquini qui con- stitue la principale juridiction de l’OSAMH. D’autre part, l’Organisme effectue, dans le même temps, des travaux de réhabilitation, de restructura- tion et de protection du morne l’Hôpital par l’entretien de plan- tules en champs, construction de seuils en sacs de terre, con- struction de bassins de rétention, construction de rampes vivantes, plantation de pousses de bambou. Les différents travaux conduits l’année dernière, ont permis d’aboutir à la réalisation de quatre projets sur six alors que seulement la moitié des fonds prévus soit 5 millions de gourdes ont été décais- sés par le ministère des Finances. En structures anti-érosives près de 3330 m3 de seuils en pierres ont été construits, 1670m3 de seuils en sacs aussi. On a pu réaliser 10 mille pousses de bambou, 17 900 mètreslinéaires de rampes vivantes érigées, 80 mille essenc- es fruitières et forestières entre- tenues en champs et 100 mille plantules d’essences fruitières et forestières ont été mises en terre. En structures agro-économiques, on a pu distribuer 40 mille dra- geons de bananiers, 40 mille plan- tules de cerisiers et 40 paysans apiculteurs ont été formés. En ce qui a trait au volet sur- veillance dans le programme de l’OSAMH, l’agronome Montus, principal responsable de cette structure, avoue qu’il s’agit de l’aspect le plus difficile de la mis- sion de l’Organisme qu’il dirige. Cela se traduit, nous dit-il, par un manque d’encadrement et aussi de coopération de la Police natio- nale d’Haïti. « La surveillance est fondamentale. Sinon tous les efforts consentis pour la réhabilitation du Morne se révèleront vains », explique l’Agronome. Le corps de surveil- lance est constitué en majeure partie par des citoyens, habitants de la zones de bonne volonté et aussi soucieux de voir un change- ment réel au niveau de Morne l’Hôpital. Pour cette année 2015, près de six millions de gourdes ont été mis à la disposition de l’OSAMH pour la réalisation de ses projets qui sont déjà à 40 % de réussite suivant ce que rapporte l’agronome Montus qui croit que les travaux devant s’accomplir à morne l’Hôpital sont immenses et pour cela il faut beaucoup de bras. L’Agronome promet le bilan des activités qui doivent clôturer l’année à la fin des deux derniers mois de travaux dans l’agenda de l’OSAMH. Monsieur Montus est d’avis que beaucoup de résultats ont été obtenus de tous les travaux réali- sés à Morne l’Hôpital. Cependant il reconnait que d’innombrables efforts sont encore nécessaires pour arriver à une réhabilitation effective du Morne et surtout à un changement de mentalité si nous considérons que notre men- talité est la cause primordiale des comportements destructifs sur l’environnement du Morne et d’Haïti en général. Vue d’une partie du morne Hopital. credit photo cndp.fr
  • 16. E n Haïti, surtout dans l’aire mét- ropolitaine de Port-au-Prince, la pollution sonore est criante. Presqu’à travers toutes les rues de la capitale, des agents polluants affectent les tympans des riverins, perturbent le quotidien des citoyens. Avec le temps, estime un étudiant de l’école Normale supérieure abordé sur la question, la population finit par s’y habituer. « Elle se résigne, comme d’habitude », lâche-t-il ironiquement. Des agences de publicité disposent de véhicules équipés de lourds appa- reils de sonorisation. Ils sillonnent les rues de la ville à presque toutes les heures du jour. Dans les bus qui font le transport en commun, des milliers de décibels sont placés. À chaque coin de rue, des marchands qui ven- dent des CD diffusent de la musique. Une pratique qui, a certains endroits de la ville, rebondit dans le pays et crée un tohu-bohu infernal. Dans les stations des bus de Carrefour, de Carrefour- Feuilles, de la Croix-des- Bouquets, c’est le même cas de figure. La musique diffusée arrive parfois à éclipser le vrombissement des moteurs ; la voix des marchands qui crient leurs produits à gorge déployée ; l’action des mécaniciens, des ferronniers qui, à certains coins de rue de la ville, tapent fort un marteau sur un morceau de tôle ou de fer et, des portefaix qui attirent les passants vers un bus. « La musique que nous diffusons attire les passagers », raconte fièrement un chauffeur de bus qui attend des passagers à proximité du stade Silvio Cator. Les chauffeurs de taxis moto se mêlent également de la partie. Leurs motos sont, désormais, équipées d’appareils sonores. Entre la musique diffusée et le ronronnement du moteur de ces motocyclettes, une véritable cacophonie ponctue l’univers sonore du pays. Selon les motocyclistes, ils sont obligés de mettre de la musique pour ne pas passer inaperçus. « Presque tout le monde aime la musique dans ce pays. Quand il y a de la musique sur une moto, on a plus de chance de trouver des passagers qui sollici- tent notre service», déclarent un jeune motocycliste au carrefour de Delmas 32. Les marchands de « crème maïs », éparpillés à travers toutes les rues accompagnent aussi leurs produits d’équipements sonores. Sur leur parcours, ils diffusent une musique qui peut attirer les clients et les porte à consom- mer davantage de glace. Ils sont présents partout, dans presque tous les coins de rue. Même dans certains quartiers réputés pour leur assombrissement. Ils avouent adopter cette stratégie pour écoul- er mieux et rapidement leurs produits. Passer une journée sans entendre un fameux « krèmmayi, chokola, frèz, 20 goud sèlman », traduirait qu’on n’est pas à Port- au-Prince. Face à cette situation qui, pour certains, prend de l’ampleur et constitue une grande préoccupa- tion, les solutions, semble-t-il, ne sont pas pour demain. Les esprits avisés et en quête de tran- quillité s’en plaignent régulière- ment. « Que voulez vous qu’on fasse. On est obligé d’accepter l’inacceptable. Je ne peux pas comprendre pourquoi l’État haï- tien continue à tolérer ces genres de chose dans le pays. On fait du bruit partout. Même devant les hôpitaux. Ah non ! Le pays devi- ent invivable dans tous les sens », se lamente une dame rencontrée devant l’hôpital de l’université d’État d’Haïti qui cherche déses- pérément un médicament pour un patient à la salle des urgences depuis deux jours. « Avec le passage du commissaire zokiki au Parquet de Port-au-Prince, nou te komanse rale yon souf ak koze sa. Après son départ, aucun suivi n’a été fait pour pérenniser la décision du commissaire. Je ne peux pas comprendre pourquoi aucune politique de suivi n’est adoptée dans ce pays. An ayiti, genle pa gen anyen ki bon ki dire », a laissé entendre la dame. Les églises protestantes de la place participent également à la pollution sonore du pays. Elles continuent encore à perturber le sommeil des résidents des quartiers où elles se situent. Après une rude journée de travail, on rentre chez soi pour se reposer. « C’est à ce moment qu’un pasteur fait allumer ses équipements pour lancer une veille de nuit. C’est dégoutant », scande un jeune homme qui habite à proximité de la faculté des Sciences humaines. « Le plus déconcertant, on ne peut pas demander à ce pasteur de réduire le volume des ses appareils. Tout moun se chèf pa bo isit. Yo fe sa yo vle, jan yo vle. Pèsonn pa ka di yo anyen », a-t-il poursuivi. Selon une étude publiée par l’OMS, en 2011, les nuisances sonores, en Europe Occidentale, sont à l’origine, chaque année, de nombreux cas de maladie. En une année, souligne le document publié, environ 1 700 000 personnes trouvent la mort. La pollution sonore est à la base de cette déchéance. Elle provoque près de 61 000 cas de maladies cardiovasculaires ; 45 000 cas de troubles cognitifs (détérioration de la mémoire et des facultés mentales) et 903 000 cas de perturbations du sommeil. Bien avant cette étude, en 2007, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail avait découvert que la pollution sonore est à l’origine de nombreux troubles tant physiques que psychiques. Entenantcomptedesrésultatsdel’étude menée par l’Organisation mondiale de la santé et de la réalité qui s’impose quotidiennement aux Port-au-princiens vivant dans l’aire métropolitaine, il y a lieu de se demander s’ils ne sont pas tous atteints de troubles physiques et psychiques ? L’État Haïti, est-il conscient de l’ampleur du problème ? Quelle stratégie à adopter pour freiner la pollution sonore dans le pays ? 16 | N0 44 MERCREDI 22 JUILLET 2015 SOCIÉTÉ Halte à la pollution sonore en Haïti Par Ritzamarum ZÉTRENNE et Joe Antoine Jn-Baptiste
  • 17. MERCREDI 22 JUILLET 2015 N0 44 | 17 CULTURE Les fêtes champêtres et les groupes musicaux Par walcam D ’aucuns pensent que les fêtes champêtres com- mencent avec l’été ou les grandes vacances en Haïti. Mais ils se trompent lourdement, car ces festivités se passent toute l’année. Il n’y a pas un mois de l’année où l’on ne retrouve pas une commune d’Haïti en fête. Dès le mois de jan- vier, il y a la fête des Rois, célébrée de façon grandiose dans plusieurs communes. Le 10 janvier, c’est la Saint-Guillaume à La Chapelle, commune de l’Artibonite. Les orchestres Septentrional et Tropicana sont toujours au ren- dez-vous pour les soirées tradi- tionnelles. Ces deux orchestres du Nord font le tour du pays chaque année pour honorer des contrats. Il y a le grand rendez-vous du 19 mars aux Côtes-de-Fer avec ces deux orchestres et d’autres groupes musicaux dans la com- mune. Pour les « caravachers », ça com- mence au mois d’avril avec la fête patronale de Saint-Marc. Ensuite, ils se rendent le 1er mai à Jacmel pour la Saint-Jacques et Saint- Philippe. Le 8 mai, on les retrouve à Saint-Michel de l’Attalaye, dans l’Artibonite. Cette année encore, des groupes musicaux comme 509, Zenglen, Nu Look, Klass, Harmonik, Gabel, 5 Etwal, Carimi, T-Vice et la star J-Beatz ont déjà des affiches à travers le pays. Pour la plupart de ces groupes musicaux, les fes- tivités vont commencer après les élections législatives du 9 août, afin d’éviter les feux croisés de ces joutes électorales qui s’annoncent chaudes. Mais, dès le lundi 3 août, pour la fête de Saint-Dominique à Marigot, Gabel et Harmonik vont donner le ton après Kreyòl la et l’orchestre Tropicana, qui seront deux jours avant dans la commune. Ces groupes musicaux ne seront pas là seulement pour les fêtes champêtres, il y a aussi des con- certs un peu partout qu’ils vont animer. L’un d’eux est le festival Bikini qui aura lieu le 2 août, sur la côte des Arcadins. Dans tout cela, il y a des bals traditionnels à Port-au-Prince et dans les villes de province. Pour l’anniversaire de T-Vice, par exemple, le 2 août, le rendez-vous habituel est à Moulin sur mer avec Nu Look comme groupe invité. Dans le Nord, plus précisément au Cap-Haïtien, il y a la traditionnelle « Soirée des pèlerins », organisée chaque année au cours de la deuxième quinzaine du mois de juillet par les deux ténors de la cité chris- tophienne. Les orchestres Sep- tentrional et Tropicana, chacun dans leur night-club, invitent un autre groupe musical pour ouvrir les festivités champêtres. Cette activité a été initiée par feu le maestro Hulric Pierre-Louis dans les années soixante-dix. Cette année, un promoteur se penche sur la fameuse soirée dan- sante 22/22 (22 août) qui avait l’habitude d’attirer la grande foule à Pétion-Ville mais qui, souvent, péchait dans l’organisation. Alors, allons-nous amuser ! Un film documentaire sur la Citadelle Laferrière PAR ÉLISÉE DÉCEMBRE « Ce film a été conçu comme un puissant outil de promotion du patrimoine historique et culturel du peuple haïtien, et contribuera au développement d’une vision plus positive d’Haïti, de son histoire et de sa culture, en se démar- quant des images négatives et sensa- tionnelles généralement diffusées », explique l’ex-ministre de la Culture Daniel Élie. D’une durée de vingt-deux min- utes, il est destiné à un large public. Il s’adresse aux élèves, étudiants, professeurs, à tous ceux, Haïtiens ou étrangers, qui s’intéressent à l’histoire, à l’architecture et au patrimoine d’Haïti, aux touristes, aux visit- eurs et au public en général. Le film se base sur la connais- sance approfondie du sujet par ses principaux réalisateurs, Daniel Élie et Philippe Châtelain, tous deux architectes restaurateurs, et puise dans le riche fonds docu- mentaire accumulé pendant les trente-cinq dernières années. Il présente les dimensions his- toriques et techniques de cet important élément du patrimoine historique de notre pays et fait ressortir l’extraordinaire richesse que représente la formidable col- lection de pièces d’artillerie du XVIIIe siècle qui s’y trouve ras- semblée. « Ce film documentaire, affirme le réalisateur Daniel, se veut un outil de communication ayant pour objectif d’informer et de former le plus large public possible sur l’importance de la Citadelle Henry et du site fortifié de Ramiers pour la culture haïtienne régionale et mondiale. Il vise à divulguer des informations pertinentes sur l’histoire de ces monuments his- toriques, ainsi que les richesses esthétiques, techniques et sym- boliques qui leur sont associées. D’une importante portée commu- nautaire, ce film vise à renforcer l’idée de patrimoine universel de ces monuments historiques et à faire ressortir la nécessité de leur préservation pour leur transmis- sion aux générations futures ». Avec les voix d’Emmelie Prophète et d’Esmeralda Milcé pour la version française « Citadelle Musée » représen- te deux siècles d’histoire, vingt-deux semaines de tournage et vingt-deux minutes de pure passion historique. Une version anglaise est adaptée par les voix de Régine René et Guerda Romain Châtelain pour une meilleure distribution du film. Synopsis « La Citadelle Henry abrite la plus grande collection connue de bouches à feu du XVIIIe siècle. Composée pour la plupart de pièces françaises, on y retrouve aussi des tubes anglais, esp- agnols et italiens. La quasi-totalité de ces canons, mortiers ou obusiers, en fonte ou en bronze, ont été gagnés sur l’ennemi dans les champs de bataille par l’armée indigène commandée d’abord par Toussaint Louverture puis par Jean Jacques Dessalines. Il est émouvant de se rappeler que la majorité de ces pièces a été amenée à Saint Domingue par l’armée expéditionnaire envoyée par Napoléon Bonaparte et a donc servi durant la guerre de l’Indépendance de 1802-1803. Après la déroute de l’armée française et la proclamation de l’indépendance d’Haïti, le 1er Janvier 1804, pour faire face à un éventuel retour offensif des Fran- çais, le commandant en chef Des- salines ordonna aux commandants de départements l’édification d’ouvrages fortifiés sur les plus hautes montagnes pour con- trôler les passes donnant accès à l’intérieur des terres. Le général Henry Christophe, qui deviendra roi sous le nom d’Henry Ier (1806- 1820), entreprit la construction de cet extraordinaire ouvrage militaire, audacieux, inventif et atypique. Il réunit à la Citadelle Henry un formidable trophée de guerre pour rappeler aux futures généra- tions les prouesses que l’union, le courage et la détermination sont capables d’accomplir. Plus qu’un ouvrage de défense, Henry Christophe érige un monument, ayant pour fonction essentielle de réhabiliter la fierté d’un peuple que l’esclavage avait réduit à l’état de bêtes de somme ». Citadelle Laferrière. Cette forteresse haïtienne classée comme patrimoine de l’humanité par l’Unesco depuis 1982, ne cesse d’attirer des regards sur sa beauté. Pour confirmer sa pérennité, l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPN) et Moun Studio ont réalisé « Citadelle Musée », un film documentaire qui présente l’histoire de la Citadelle Henry. C’est l’hostellerie du Roi Christophe au Cap-Haïtien qui accueillera la grande première de « Citadelle Musée », le 23 juillet prochain. Ensuite, il sera projeté au Campus Henry Christophe à Limonade le 24 juillet, et à la Bibliothèque nationale d’Haïti, le jeudi 30 juillet 2015, à compter de 11 h 00 a. m. à la salle Aubelin Jolicœur. Citadelle Laferrière. / Photo : en.wikipedia.org CITADELLEMUSÉE Une ambiance de fêtes champêtres . / Photo : Walcam