Septembre 2017 - N°447
PERSPECTIVES AGRICOLES52
LE DOSSIER NUMÉRIQUE
une croissance exponentielle, ne se stabilise pas,
la start-up disparaît.
L’exemple américain
Inspirés par les GAFA (Google, Amazon, Facebook,
Apple) et grâce aux outils numériques, de nom-
breux entrepreneurs se lancent dans le domaine
agricole. Ils s’inscrivent souvent dans la perspec-
tive de répondre au défi de nourrir neuf milliards
d’habitants en 2050, tout en limitant les impacts
environnementaux.
Il y a une incontestable dynamique autour des
start-up de l’agritech américaine, avec des levées
de fond parfois très importantes. Ces start-up ne
proposent en général qu’un seul produit, reposant
le plus souvent sur une plateforme web. En se
substituant aux intermédiaires, cette plateforme
met en relation des prestataires de service avec
des utilisateurs potentiels qui auraient eu plus
de difficultés à se rencontrer par une autre voie.
U
ne start-up est une jeune entre-
prise innovante utilisant une tech-
nologie nouvelle. Dans ce nom se
lisent les notions de démarrage
(start) et de croissance forte (up)
mais aussi d’élan créatif ; pour beaucoup une
start-up, c’est avant tout un état d’esprit, une
vision portée par son fondateur.
La start-up agit sur un marché en création ou
instable, dont le risque est difficile à évaluer.
De ce fait, elle ne dispose pas d’un modèle d’entre-
prise fixe mais explore toutes les possibilités. Elle
a généralement besoin d’un financement massif,
les fameuses levées de fonds. Les start-up de l’in-
novation technologique en agriculture (agritech) se
développent dans les domaines aussi variés que
ceux des plateformes numériques, des biotechno-
logies, des capteurs ou encore de la robotique.
Être une start-up est un statut temporaire.
Si son modèle d’entreprise, basé au départ sur
MÉCANISMES DE L’INNOVATION
LA DYNAMIQUE
des start-up agricoles
Aux États-Unis, souvent cités en modèle en matière d’innovation, le secteur
agricole voit l’émergence d’une multitude de jeunes entreprises du numérique.
La France n’est pas en reste avec de nouveaux entrants qui veulent révolution-
ner l’agriculture.
En savoir plus
Retrouvez un panorama des
start-up du secteur agricole
français sur http://arvalis.
info/13v.
Les start-up ont l’avantage d’attirer les investisseurs. Elle font
décoller de nombreuses innovations et stimulent la recherche.
©ARVALIS-Institutduvégétal
PERSPECTIVES AGRICOLES 53
N°447 - Septembre 2017
PERSPECTIVES AGRICOLES 53
LE DOSSIERNUMÉRIQUE
instituts peuvent également associer une start-
up pour co-développer une innovation, l’évaluer et
démontrer son utilité pour les producteurs. C’est le
cas du projet européen financé par le programme
« H2020, Internet of Food », dans lequel Arvalis s’est
associé, en partenariat avec Orange, à la start-up
avignonnaise Hiphen développant des systèmes
de capteurs pour le suivi de l’état des cultures.
Cette même start-up travaille également avec
Terres Inovia.
Les clés de la survie
Est-on en train d’assister à la naissance d’une
nouvelle bulle économique? Le taux de survie des
start-up est très faible car leur prise de risque est
grande et dépend de la confiance, sur la durée, des
investisseurs. Avant tout, elles doivent satisfaire
un besoin réel. Même dans ce cas, l’adoption de
nouvelles technologies n’est pas toujours évidente.
La plus grande problématique reste sans doute
la perception par les agriculteurs de la valeur
ajoutée des services proposés, surtout quand il
s’agit d’améliorer un ou deux points de rende-
ment ou d’économiser quelques points d’intrants.
La baisse des revenus des agriculteurs, ces der-
nières années, est enfin un vrai frein.
Beaucoup de ces start-up disparaîtront. Certaines
seront rachetées, preuve de leur succès. Quelques-
unes deviendront peut-être les géants de demain.
Elles constituent, en tous cas, un véritable labora-
toire d’expérimentation et un vecteur de transfert
de l’innovation qui ne peut être ignoré.
Mehdi Siné - m.sine@arvalis.fr
Emmanuelle Gourdain - e.gourdain@arvalis.fr
ARVALIS-Institut du végétal
Xavier Pinochet - x.pinochet@terresinovia.fr
Terres Inovia
Drone Deploy en est un exemple type. Lancée en
novembre 2016 et déjà présente dans 160 pays,
cette start-up propose un environnement logiciel
pour valoriser les photos acquises par tout modèle
de drone. Elle met en relation les développeurs,
les constructeurs et les pilotes à travers plus de
30 applications parmi lesquelles Agrisens, qui
comptabilise les plantes, et Skymatics, qui quantifie
les dommages liés aux aléas climatiques.
Un autre point fortement développé aux États-
Unis est le lien étroit entre start-up, recherche et
enseignement.
L’écosystème français de l’agritech
Toutes les activités de la production agricole,
de collecte, de distribution et de transformation
jusqu’aux consommateurs sont concernées par
le numérique, tant dans les filières animales
que végétales. En France, près de 200 start-
up se développent dans différents secteurs :
drones, analyse de données et modélisation,
capteurs météo, diagnostics insectes et surveil-
lance, robots ou encore gestion de matériels.
Elles exploitent les ressources d’Internet et
peuvent être des rejetons, appelés spin off, de
la recherche et de l’enseignement supérieur.
C’est le cas, par exemple, d’API-AGRO (voir article
précédent de ce dossier).
Certaines se fédèrent et collaborent grâce à
des dispositifs collectifs comme l’association
« La ferme digitale » (www.lafermedigitale.fr).
Elles se retrouvent également dans des pépinières
ou des accélérateurs proposant des lieux de travail
et d’accompagnement.
De la start-up à la parcelle,
le chemin est-il facile?
Naïveté dans les propositions, manque de bagage
technique, méconnaissance des contextes scienti-
fiques, économiques ou politiques sont autant de
sources d’échecs qui guettent ceux qui voudraient
aller trop vite.
Les instituts agricoles ont un rôle à jouer dans l’ac-
compagnement technique et financier des start-
up. Le dispositif des Digifermes (voir article dans
ce dossier) les accueille pour mettre à l’épreuve du
terrain les solutions proposées, en apportant une
expertise. Certaines start-up ne disposent pas des
données de référence nécessaires ou des modèles
pour fournir des solutions complètes aux agricul-
teurs. Ainsi des collaborations ont été initiées pour
développer des stations météo se couplant avec
les outils d’aide à la décision des instituts ; c’est
notamment le cas des stations Sencrop et Weenat
qui ont été testées et connectées à Mileos, outil de
pilotage pour la protection de la pomme de terre.
Dans certains programmes de recherche, les
Avec l’inauguration des Digifermes, les instituts techniques
s’ouvrent aux partenariats avec les start-up de l’agritech.
©S.Hoffman-ARVALIS-Institutduvégétal
start-up, tous domaines
confondus, ont été
créées en 2016 en France9000
Article perspectives
Article perspectives

Article perspectives

  • 1.
    Septembre 2017 -N°447 PERSPECTIVES AGRICOLES52 LE DOSSIER NUMÉRIQUE une croissance exponentielle, ne se stabilise pas, la start-up disparaît. L’exemple américain Inspirés par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) et grâce aux outils numériques, de nom- breux entrepreneurs se lancent dans le domaine agricole. Ils s’inscrivent souvent dans la perspec- tive de répondre au défi de nourrir neuf milliards d’habitants en 2050, tout en limitant les impacts environnementaux. Il y a une incontestable dynamique autour des start-up de l’agritech américaine, avec des levées de fond parfois très importantes. Ces start-up ne proposent en général qu’un seul produit, reposant le plus souvent sur une plateforme web. En se substituant aux intermédiaires, cette plateforme met en relation des prestataires de service avec des utilisateurs potentiels qui auraient eu plus de difficultés à se rencontrer par une autre voie. U ne start-up est une jeune entre- prise innovante utilisant une tech- nologie nouvelle. Dans ce nom se lisent les notions de démarrage (start) et de croissance forte (up) mais aussi d’élan créatif ; pour beaucoup une start-up, c’est avant tout un état d’esprit, une vision portée par son fondateur. La start-up agit sur un marché en création ou instable, dont le risque est difficile à évaluer. De ce fait, elle ne dispose pas d’un modèle d’entre- prise fixe mais explore toutes les possibilités. Elle a généralement besoin d’un financement massif, les fameuses levées de fonds. Les start-up de l’in- novation technologique en agriculture (agritech) se développent dans les domaines aussi variés que ceux des plateformes numériques, des biotechno- logies, des capteurs ou encore de la robotique. Être une start-up est un statut temporaire. Si son modèle d’entreprise, basé au départ sur MÉCANISMES DE L’INNOVATION LA DYNAMIQUE des start-up agricoles Aux États-Unis, souvent cités en modèle en matière d’innovation, le secteur agricole voit l’émergence d’une multitude de jeunes entreprises du numérique. La France n’est pas en reste avec de nouveaux entrants qui veulent révolution- ner l’agriculture. En savoir plus Retrouvez un panorama des start-up du secteur agricole français sur http://arvalis. info/13v. Les start-up ont l’avantage d’attirer les investisseurs. Elle font décoller de nombreuses innovations et stimulent la recherche. ©ARVALIS-Institutduvégétal
  • 2.
    PERSPECTIVES AGRICOLES 53 N°447- Septembre 2017 PERSPECTIVES AGRICOLES 53 LE DOSSIERNUMÉRIQUE instituts peuvent également associer une start- up pour co-développer une innovation, l’évaluer et démontrer son utilité pour les producteurs. C’est le cas du projet européen financé par le programme « H2020, Internet of Food », dans lequel Arvalis s’est associé, en partenariat avec Orange, à la start-up avignonnaise Hiphen développant des systèmes de capteurs pour le suivi de l’état des cultures. Cette même start-up travaille également avec Terres Inovia. Les clés de la survie Est-on en train d’assister à la naissance d’une nouvelle bulle économique? Le taux de survie des start-up est très faible car leur prise de risque est grande et dépend de la confiance, sur la durée, des investisseurs. Avant tout, elles doivent satisfaire un besoin réel. Même dans ce cas, l’adoption de nouvelles technologies n’est pas toujours évidente. La plus grande problématique reste sans doute la perception par les agriculteurs de la valeur ajoutée des services proposés, surtout quand il s’agit d’améliorer un ou deux points de rende- ment ou d’économiser quelques points d’intrants. La baisse des revenus des agriculteurs, ces der- nières années, est enfin un vrai frein. Beaucoup de ces start-up disparaîtront. Certaines seront rachetées, preuve de leur succès. Quelques- unes deviendront peut-être les géants de demain. Elles constituent, en tous cas, un véritable labora- toire d’expérimentation et un vecteur de transfert de l’innovation qui ne peut être ignoré. Mehdi Siné - m.sine@arvalis.fr Emmanuelle Gourdain - e.gourdain@arvalis.fr ARVALIS-Institut du végétal Xavier Pinochet - x.pinochet@terresinovia.fr Terres Inovia Drone Deploy en est un exemple type. Lancée en novembre 2016 et déjà présente dans 160 pays, cette start-up propose un environnement logiciel pour valoriser les photos acquises par tout modèle de drone. Elle met en relation les développeurs, les constructeurs et les pilotes à travers plus de 30 applications parmi lesquelles Agrisens, qui comptabilise les plantes, et Skymatics, qui quantifie les dommages liés aux aléas climatiques. Un autre point fortement développé aux États- Unis est le lien étroit entre start-up, recherche et enseignement. L’écosystème français de l’agritech Toutes les activités de la production agricole, de collecte, de distribution et de transformation jusqu’aux consommateurs sont concernées par le numérique, tant dans les filières animales que végétales. En France, près de 200 start- up se développent dans différents secteurs : drones, analyse de données et modélisation, capteurs météo, diagnostics insectes et surveil- lance, robots ou encore gestion de matériels. Elles exploitent les ressources d’Internet et peuvent être des rejetons, appelés spin off, de la recherche et de l’enseignement supérieur. C’est le cas, par exemple, d’API-AGRO (voir article précédent de ce dossier). Certaines se fédèrent et collaborent grâce à des dispositifs collectifs comme l’association « La ferme digitale » (www.lafermedigitale.fr). Elles se retrouvent également dans des pépinières ou des accélérateurs proposant des lieux de travail et d’accompagnement. De la start-up à la parcelle, le chemin est-il facile? Naïveté dans les propositions, manque de bagage technique, méconnaissance des contextes scienti- fiques, économiques ou politiques sont autant de sources d’échecs qui guettent ceux qui voudraient aller trop vite. Les instituts agricoles ont un rôle à jouer dans l’ac- compagnement technique et financier des start- up. Le dispositif des Digifermes (voir article dans ce dossier) les accueille pour mettre à l’épreuve du terrain les solutions proposées, en apportant une expertise. Certaines start-up ne disposent pas des données de référence nécessaires ou des modèles pour fournir des solutions complètes aux agricul- teurs. Ainsi des collaborations ont été initiées pour développer des stations météo se couplant avec les outils d’aide à la décision des instituts ; c’est notamment le cas des stations Sencrop et Weenat qui ont été testées et connectées à Mileos, outil de pilotage pour la protection de la pomme de terre. Dans certains programmes de recherche, les Avec l’inauguration des Digifermes, les instituts techniques s’ouvrent aux partenariats avec les start-up de l’agritech. ©S.Hoffman-ARVALIS-Institutduvégétal start-up, tous domaines confondus, ont été créées en 2016 en France9000