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ANIMATION AUTOUR DE L’HISTOIRE SANS FIN
DE WOLGANG PETERSEN
 Présentation du film
L’histoire sans fin est un film américano-allemand (titre original : Die unendliche
Geschichte) qui date de 1984 et a été tourné en langue anglaise. Le film est une
adaptation partielle (chapitres 1 à 11) du livre éponyme de Michael Ende paru en
1979 : l’auteur a détesté cette adaptation partielle et a très nettement fait savoir
qu’il ne voulait pas être associé à celle-ci.
A sa sortie c’est le film le plus cher jamais tourné en Allemagne : produit par
Bavaria Films et la Warner Bros, il a coûté 60 millions de Deutschemarks soit +/-
30 000 000€. C’est le 4ème
long-métrage de Wolfgang Petersen qui réalisera par la
suite Alerte !, Air force one, En pleine tempête, Troie et Poséidon avec une très
nette inclination pour le « film catastrophe ».
Le film a été un succès commercial rapportant près de 100 000 000 $ au box-office
mondial (succès moindre en Amérique du Nord), et critique (81% de critiques
positives sur un total de 37 via l’agrégateur Rotten Tomatoes) notamment de la
part de Variety et du Chicago Sun Time (Roger Ebert à propos des effets spéciaux :
« an entirely new world has been created »)
À noter que le film a eu 5 millions de spectateurs en Allemagne, ce qui reste assez
rare.
 La technique du film
Le film a été tourné en grande partie en studio à Grünwald près de Munich. Les
scènes de Bastien ont été tourné à Vancouver au Canada, et la scène où Atreyu se
réveille sur la plage a été tourné à la plage de Monsul, Almeria en Andalousie.1
Le directeur des effets spéciaux du film est Brian Johnson, qui a aussi réalisé les
effets spéciaux d’Alien, 2001 : L’odyssée de l’espace et L’empire contre-attaque.
Pour la partie studio du film deux écrans bleus (les « ancêtres » des écrans verts)
ont été conçu par Johnson (c’étaient alors les plus gros écrans bleus jamais crées
pour un film avec un format de 27/28 mètres sur 10,5 mètres) 2
Le film utilise beaucoup d’effets spéciaux dit mécaniques, mais aussi quelques
effets spéciaux dits numériques.
Côté mécaniques :
- des marionnettes ou animatronics : Falcor, la stupide chauve-souris,
l’escargot de course, le mangeur de pierre (appelé parfois Golem), Gmork.
Véritables marionnettes avec des peaux en latex et actionnées en temps réel
(pour chaque scène autrement dit) par une équipe de marionnettistes. Pour
l’anecdote il ne fallait pas moins de 25 marionnettistes pour animer Falcor
dont plusieurs pour sa face : un pour le nez, un pour les sourcils, un pour la
lèvre supérieure, un pour l’inférieure… "One person was responsible for
operating Falcor's nose, one for eyebrows, one for the upper lip and one for
the lower lip," Petersen said.3
De plus la marionnette faisait 13 mètres de
1
The NeverEnding Story (film), Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/The_NeverEnding_Story_%28film
%29#Production
2
The NeverEnding Story’s Brian Johnson on making a classic, Johnatan Haltfull, Scifinow.co.uk,
http://www.scifinow.co.uk/interviews/the-neverending-storys-brian-johnson-on-making-a-classic/
3
The Hand-Made Magic Of 'The NeverEnding Story, Lauren Duca, HuffingtonPost.com
http://www.huffingtonpost.com/2014/07/18/neverending-story_n_5589126.html
long, était recouvert de 6000 écailles et sa tête mesurait un mètre4
. Les
marionnettes étaient présentes auprès des acteurs pour chaque scène jouée
ce qui permettait aux acteurs d’interagir directement avec elles. Enfin les
voix des marionnettes (Falcor et Gmork) avaient été enregistrées en amont
afin que les voix soient diffusées sur le plateau au moment du tournage :
cela permettait de synchroniser les mouvements de bouche des
marionnettes et le texte (lipsync) et de faciliter le jeu des jeunes acteurs.
- Des matte paintings : décors peints comme la scène de la découverte de la
tour d’ivoire par exemple.
Côté numérique :
- l’écran bleu : certaines scènes (scènes de vol par exemple) ont été tourné
devant le fond bleu puis l’arrière plan a été incrusté.
- Compositing : Procédé qui consiste à manipuler les éléments d'un film,
filmés séparément (premier plan, second plan, arrière plan) grâce à un
ordinateur pour créer des images virtuelles.5
- Motion Control : technique qui permet de contrôler la caméra et ses
déplacements par l’intermédiaire d’un système informatique (les
mouvements sont ainsi programmés et peuvent être répétés à l’infini).
Les effets spéciaux sont principalement utilisés dans le monde de Fantasia créant
un décalage encore plus visible avec le monde « réel » dans lequel évolue Bastien.
D’après le directeur des effets spéciaux la chose la plus complexe à créer fut le
néant : « “How am I going to show nothing?” Because it sounds good on the page
but when you actually come down to dealing with it, what is it? So I just sort of
had this idea of moving everything like it was all moving into the distance and
then breaking up, and just sky and little bits and pieces and couldn’t think what
else to do, really. So that was that with the nothing and it worked out reasonably
well and we did tricks with the cameras so that stuff flew out the sides of the
shots rather than onto the floor and stuff like that. »6
 Analyse des thématiques et sous-thématiques du film
THEME PRINCIPAL : Le parcours initiatique de Bastien et d’Atreyu
Sous-thèmes : La quête d’Atreyu (sauver le monde) et ses obstacles : trouver le sage
(Morla), questionner l’Oracle Sudérien (et affronter ses peurs), affronter Gmork (et
donc l’ombre), l’entrée de Bastien dans Fantasia…
THEME PRINCIPAL : Le deuil
Sous-thèmes : Le deuil de Bastien, le deuil de l’enfance/imagination, la perte
d’Artax, le néant qui englouti tout sur son passage, la reconstruction après le
désespoir…
THEME PRINCIPAL : Le rapport à l’imaginaire et au réel
Sous-thèmes : Transposition de la réalité en fantaisie, Bastien vs Atreyu, magie,
mythes et légendes, la façon dont Bastien vit son lien à la lecture, le rapport de la
« société » à l’imaginaire, la place du lecteur/spectateur dans l’histoire qu’il
lit/voit…
THEME PRINCIPAL : Le conte
Sous-thèmes : Le schéma de l’histoire du livre est le même que celui d’un conte,
l’aide de personnages magiques, la quête intérieure du héros (Bastien) qui prend vie
dans la quête d’Atreyu…
4
L’histoire sans fin, www.allocine.fr/film/fichefilm-27570/secrets-tournage/
5
Lexique SFX, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Lexique_SFX
6
Ib. 2
UN THEME QUESTIONNé INDIRECTEMENT PAR LE FILM : L’adaptation partielle
d’un livre en film
Sous-thème : Les coupes par rapport au récit originel, la sélection des personnages
montrés dans le film, le choix des coupes dans la narration…
 Les personnages
Les personnages principaux :
- Bastien : Petit et mince, Bastien a une dizaine d’années. Grand amateur de
lecture, Bastien fuit un quotidien morose (mère décédée, père
« monologuiste » et semble t-il bourreau de travail, camarades
racketteurs…) dans les livres qui lui permettent de vivre des aventures et de
laissé libre cours à son imagination. Bastien fera le deuil de sa mère et son
« retour à la vie » grâce au récit de L’histoire sans fin
- Atreyu : Bien qu’il soit encore un jeune garçon, Atreyu est décrit d’emblée
comme un valeureux guerrier. Courageux il vaincra tous les obstacles qui
s’opposeront à lui, souvent avec l’aide d’autres (Falcor, Bastien…). Atreyu
est mené par son sens du devoir et son opiniâtreté, il est le héros que
Bastien voudrait être, son alter-ego dans le monde de Fantasia.
- L’impératrice : Rongée par un mal inconnu, l’impératrice se meurt. Et plus
elle agonise, plus le monde de Fantasia est détruit.
- Artax : c’est le cheval d’Atreyu et son fidèle ami, à la fois son compagnon et
son guide.
- Falcor : c’est un dragon porte-bonheur, à tête de chien. Un personnage
bénéfique qui vient en aide à Atreyu.
Les personnages secondaires :
- le père de Bastien : très rigoureux le père de Bastien incarne l’ordre et la
morale. Monologuiste, il croit parler avec son fils mais assène en fait sa
vision des choses.
- Gmork : c’est le loup « à la solde des ténèbres ». Il est le serviteur de
l’ombre qui aide le néant à s’imposer dans Fantasia et est chargé d’éliminer
Atreyu.
- Morla : Présentée comme le sage de Fantasia, Morla est une vieille tortue
centenaire habituée à soliloquer seule. Elle n’aime pas la jeunesse et ne
sera pas très encline à parler avec Atreyu.
- Les racketteurs : ce sont trois garçons de l’école de Bastien qui le harcèlent,
l’enfermant dans une poubelle (visiblement régulièrement) et causant ses
retards.
- Les messagers (Teeny Weeny, Nighthob et le mangeur de pierres) qui
viennent des différentes régions de Fantasia pour aller porter le message de
l’arrivée du néant chez eux à la jeune impératrice.
- Cairon : le serviteur de la jeune impératrice qui révèle qu’elle se meurt.
- Engywook et Urgl : les deux « lutins », lui scientifique et spécialiste de
l’Oracle Sudérien qui aide Atreyu a franchir la première porte, et sa femme,
guérisseuse qui soigne Atreyu.
- Monsieur Coreander : le libraire qui semble à première vue détester les
enfants puis s’intéresse à Bastien qui aime lire. Il semble vouloir dissuader le
jeune garçon de prendre le livre et en même temps l’inciter à s’y intéresser
jusqu’au point de le lui « emprunter ».
- L’Oracle Sudérien
 Quelques remarques sur les personnages :
Atreyu est l’alter-ego de Bastien dans l’univers magiques de Fantasia, il incarne ce
que Bastien aimerait être :
• Atreyu affronte ses émotions : la peur, le désespoir, la mélancolie, le
manque de confiance en soi… ce que Bastien ne parvient pas à faire.
• Atreyu a confiance en lui et sait se défendre et s’imposer : face à une
foule d’adultes, face au sphinx, face à Gmork, face au néant… ce qui
manque à Bastien qui ne parvient pas à se défendre face à ses
camarades, professeurs, son père…
• Atreyu ne perd presque jamais espoir et lorsqu’il tombe d’épuisement
dans les mortels marécages de la mélancolie un ami insoupçonné,
Falcor, vient l’aider (ce que Bastien n’a pas non plus).
La confrontation entre Atreyu et Bastien est aussi symbolique : alors que jusque là
les paysages ont été beaux et baignés de lumières ou hostiles et ombragés, tout à
coup la neige fait son entrée. A la fois symbole de pureté et d’une saison qui
symbolise la fin d’un cycle mais aussi le repos de la nature se préparant à renaître
-moment suspendu dans le temps où tout est figé, froid - cette neige qui tombe
peut symboliser le dernier instant où Bastien, figé dans la tristesse et dans le froid
émotionnel depuis la mort de sa mère, va être confronté à ce qu’il pourrait être,
pourrait devenir : un garçon plein de courage qui affronte la réalité et la vie.
À noter qu’Atreyu lors de la scène où il se présente à Cairon est filmé en plongée :
d’abord vu comme un « simple enfant » il est ensuite mis au fait de la situation
puis part accomplir sa mission. Dès lors il sera toujours filmé à la même hauteur
que les autres personnages, dans une égalité parfaite : il sera toujours considéré
comme le héros et plus comme un enfant qui n’aurait pas les capacités de mener à
bien la mission qui lui incombe.
La petite impératrice est double : elle représente à la fois l’espoir et le désespoir,
le deuil et la renaissance. En effet Bastien qui a perdu sa mère se laisse peu à peu
gagner par le désespoir dans le monde réel (le néant qui le laissera à terme sans
imagination et sans rien à quoi se raccrocher pour affronter le quotidien s’il se
laisse faire), mais elle est aussi celle dont le sauvetage permet la renaissance de
Fantasia et donc prouve à Bastien que l’imagination peut faire beaucoup (et le
« sauver »).
La mort d’Artax est très « chargée » émotionnellement et symboliquement :
comme Bastien a perdu sa mère (à la fois son guide et l’objet de son amour),
Atreyu perd Artax (qui est aussi son guide lui rappelant, par exemple, de manger).
Artax est le symbole de la perte à surmonter pour ne pas se laisser gagner par la
mélancolie.
Gmork peut être vu comme une incarnation du discours du père de Bastien : celui-
ci incarne le monde des adultes responsables qui ne comprennent plus le besoin de
rêver, de s’évader. Il semble attaché à des choses très concrètes, réelles : réussite
scolaire, pratique du sport, travail, horaires… et fait le reproche à son fils de trop
« vivre dans les nuages ». Or tout le combat qui se déroule dans Fantasia est cette
opposition entre la réalité et le monde du rêve : Gmork lui veut amener la fin du
rêve car ceux qui ne rêvent plus sont faciles à asservir et cela confère du pouvoir…
son discours permet donc à Bastien d’exprimer son idée sur la question : arrêter de
rêver c’est se laisser asservir, devenir docile.
Plusieurs personnages semblent avoir un alter-ego dans le monde de Fantasia :
Bastien/Atreyu, Artax+Impératrice/la mère de Bastien, Morla le vénérable+/-
Gmork/le père de Bastien (discours général négatif sur la jeunesse).
Du point de vue du scénario, les personnages ont chacun leurs rôles et symboliques
- Bastien et Atreyu sont les héros
- Le père de Bastien et Morla, sont des faux alliés
- Gmork, le néant, les racketteurs sont des adversaires
- L’oracle sudérien, Engywook et Urgl, la petite Impératrice et le
libraire sont des alliés
- Les messagers et Cairon sont des personnages secondaires.
Ils correspondent également à des archétypes : Atreyu est un guerrier,
l’Impératrice une princesse/mère, les faux-alliés sont des
mentors/professeurs/vieillards sages/père…7
Plusieurs personnages sont symboliques, selon les définitions données dans le
Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant :
- Falcor est un dragon à tête de chien : « Le dragon nous apparaît essentiellement
comme un gardien sévère ou comme un symbole du mal et des tendances
démoniaques. Il est en effet le gardien des trésors cachés, et comme tel
l’adversaire qui doit être ainsi pour y avoir accès.(…) En réalité, il ne s’agit que
d’aspects distincts d’un symbole unique, qui est celui du principe actif et
démiurgique : puissance divine, élan spirituel, dit Grousset ; symbole céleste en
tout cas, puissance de vie et de manifestation, il crache les eaux primordiale ou
l’œuf du monde, qui en ait une image du Verbe créateur ».
Le chien : « Il n’est sans doute pas une mythologie qui n’ait associé le chien (…) à
la mort, aux enfers, au monde du dessous, aux empires invisibles qui régissent les
divinités chthoniennes ou séléniques.(…) La première fonction mythique du chien,
universellement attestée, est celle de psychopompe, guide de l’homme dans la
nuit de la mort, après avoir été son compagnon dans le jour de la vie.
Il est aussi recouvert d’écailles : Symbole de la montagne ou de support du monde,
dérivant sans doute de celui de la tortue ».
- Artax est un cheval : « Une croyance, qui parait ancrée dans la mémoire de tous
les peuples, associe originellement le cheval aux ténèbres du monde chthonien(…)
Mais la nuit conduit au jour et il arrive que le cheval, suivant ce processus, quitte
ses sombres origines pour s’élever jusqu’aux cieux en pleine lumière. Vêtu d’une
blanche robe de majesté, il cesse alors, d’être lunaire et chthonien et devient
ouranien ou solaire, au pays des dieux bons et des héros (…) Ce blanc cheval
céleste représente l’instinct contrôlé, maîtrisé, sublimé, il est, selon l’éthique
nouvelle, la plus noble conquête de l’homme ».
- L’Impératrice : (…) « troisième lame du Tarot, symbolise l’intelligence
souveraine qui donne le pouvoir, la force motrice, par laquelle vit tout ce qui vit
(RIJT, 230) ».
- Morla est une tortue : « Par sa carapace, ronde comme le ciel sur le dessus – ce
qui l’apparente au dôme – et plate au-dessous comme la terre, la tortue est une
représentation de l’univers : elle constitue à elle seule une cosmographie(…)Mais
sa masse, sa force têtue, l’idée de puissance qu’évoquent ses quatre courtes
pattes plantées dans le sol comme les colonnes du temple, font aussi d’elle le
cosmophore, porteur du monde ».
7
TRUBY John, L’anatomie du scénario Cinéma, Littérature, Séries télé¸ nouveau monde éditions, Paris, 2010.
- Gmork est un loup : « Le loup est synonyme de sauvagerie ».
- l’Oracle Sudérien est un Sphinx : «(…) représenteraient selon Jean Yoyotte, une
puissance souveraine, impitoyable aux rebelles, protectrices des bons.(…)les traits
et la position solidement accroupie du sphinx exprimeraient la sérénité d’une
certitude.(…) Le sphinx, au cours de son évolution dans l’imaginaire, en est venu à
symboliser aussi l’inéluctable. Le mot sphinx fait surgir l’idée d’énigme, il évoque
le sphinx d’Œdipe : une énigme lourde de contrainte. En réalité, le sphinx se
présente au départ d’une destinée, qui est à la fois mystère et nécessité. »
A propos des livres : « Il serait banal de dire que le livre est le symbole de la
science et de la sagesse (…). Le livre est surtout, si nous nous élevons d’un degré,
le symbole de l’univers ».
 Les décors et environnements
MONDE REEL
Dans le monde réel les cadres sont très serrés : ils symbolisent le peu de latitude
qu’ont les personnages, particulièrement Bastien. Que ce soit chez lui, à la
librairie, à l’école et même dans le grenier où il s’est réfugié les cadres sont
souvent resserrés sur lui. Pour nous laisser voir ses émotions d’une part mais aussi
pour symboliser l’enfermement dans lequel il évolue : un enfermement tant
physique (obligation d’aller à l’école, de passer par un chemin où il sera attendu et
agressé, obligation de trouver des endroits où se réfugier pour échapper à ses
agresseurs ou aux cours/contrôles). Bastien passe la majorité de son temps à se
cacher et pour cela le cadre l’emprisonne. De même, de manière générale les
ambiances sont assez sombres, ternes… reflétant la situation du jeune garçon :
c’est lui qui est dans le néant dans le monde réel. Les seules ambiances un peu
chaleureuses se trouvent dans la librairie et la chambre, ce qui est tout à fait
compréhensible puisque le jeune héros aime les livres et se sent bien avec eux et
ce sont les endroits où ils y en a.
Le grenier de l’école enfin est très symbolique : c’est au grenier que sont remisés
les vieilleries, les objets oubliés, les rebus. Bastien s’y refugie pour y vivre
l’histoire qui lui permettra de faire le deuil de sa mère (et donc d’affronter son
passé d’une certaine façon) et de se révéler, de vivre son changement avant de
faire son retour au monde en pleine lumière sur le dos de Falcor – moment final où
enfin libéré de ses craintes, de sa tristesse, il affrontera ses ennemis.
FANTASIA
Le monde de Fantasia quant à lui est souvent représenté sous la forme de plans
très larges laissant apparaître toute la magnificence des paysages. Très verdoyant
au départ, lors de la rencontre des messagers puis du début de la quête d’Atreyu, il
devient de plus en plus hostile (les mortels marécages de la mélancolie), nocturne
(le moment chez Engywook et Urgl), froid (le passage entre les deux portes du
sphinx), aride (le désert), et se désagrège peu à peu sous l’effet du néant jusqu’à
aboutir à des morceaux de terre répandus dans l’univers, flottant de manière
désorganisée et continuant à se détruire. Entre temps plusieurs endroits
magnifiques sont montrés : la tour d’Ivoire dans un matte-painting grandiose, avec
sa lumière symbole d’espoir, les montagnes lors du périple d’Atreyu et la rivière
aux cristaux, dans les débuts du film, puis l’oracle…Le tout baigné de lumières très
solaires.
Le monde de Fantasia est tour à tour hostile, dangereux, empli de désespoir… ou
au contraire merveilleux, synonyme de liberté, empli d’espoir… à l’image des
émotions traversées par Bastien qui donne corps à ses rêveries. Les lumières
soulignent chaque fois les intentions des paysages : solaires au début de la quête,
sombres dans les marécages, inquiétantes puis froides avec le sphinx, et de plus en
plus ternes sur la fin de la quête d’Atreyu.
Les cadres montrant les paysages sont souvent très larges offrant ainsi une
impression de liberté totale au spectateur, tandis que les face à face entre Atreyu
et les personnages qu’ils rencontrent sont souvent resserrés permettant de
percevoir tout ce qui se déroule, d’un point de vue émotionnel, entre les
personnages.
 Analyse de la séquence d'introduction du film
Le film s’ouvre sur un générique de présentation : en fond ce sont comme
des mers de nuages, tantôt rouges, puis bleues, violacées… qui envahissent l’écran
dans un ballet très onirique. La musique NeverEnding Story chantée par Limalh est
composée par Giorgio Moroder.
L’ouverture du film fait d’emblée appel au monde du rêve, à un onirisme certain
qui nous donne des indications sur le film que nous allons voir : l’imagination et la
rêverie en seront des actrices de premier plan. Enfin ces nuages qui apparaissent à
l’ouverture du film ne sont pas sans rappelés les volutes de fumées symbolisant le
néant, et que l’on retrouvera plus tard dans le film. Peut-être sont-ils dès le début
l’indicateur que les rêves de Bastien sont « vides », amoindris puisque tout de suite
après nous assistons au réveil de ce dernier.
Le film débute pleinement sur un gros plan du visage de Bastien, qui comme
un clown en boite s’assoit d’un bond dans son lit, comme s’il se réveillait en
sursaut d’un cauchemar tandis que la musique s’éteint en fondu. Bastien tourne la
tête vers sa table de chevet : il regarde probablement son réveil, mais le
spectateur peut apercevoir des éléments importants comme la photo de la mère
qui trône au dessus de la table de chevet, et qui nous indique qu’elle a une place
particulière dans la vie de l’enfant, l’image de l’indien au dessus du lit qui nous
donne une indication des gouts de Bastien et enfin la lumière allumée qui nous
indique que Bastien s’est assoupi… peut-être en lisant ? Ce qui est confirmé lorsque
la caméra dézoome, laissant apparaître un livre à côté de la tête du jeune garçon.
Et toute une étagère remplie de livre à côté de son lit, ainsi qu’une autre au dessus
de sa tête. Le jeune garçon marque sa page puis referme le livre.
Le passage au plan suivant est abrupt, sans transition : on se retrouve alors
dans une cuisine, très ordonnée, très stricte aux couleurs neutres (blanche et bois).
Un homme prend des aliments dans le frigo, tandis que la caméra avec un
travelling arrière laisse apparaître Bastien habillé et attablé pour son petit-
déjeuner. Si l’ambiance lumineuse dans la chambre était assez chaude (lumière
jaune-orangée), celle de la cuisine est plus froide, clinique, présageant de la
conversation qui va se dérouler entre le père et le fils. Le plan se stabilise plaçant
les deux personnages en plein centre : ils sont ainsi au centre de notre attention,
réunis. Le père et le fils se saluent, et tandis que le premier se prépare une boisson
à base d’œuf (qui lui donne une image très sportive/en bonne santé), le tout de
façon très méthodique, Bastien lui se bat avec un pot de confiture que son père
ouvrira très facilement (ce qui renforce son côté fragile, même les difficultés du
quotidien ne sont pas évidentes pour lui, il est un jeune garçon fragile).
De manière générale les relations entre père et fils dysfonctionnent dès cette
première scène : les personnages se parlent de dos, le père jetant quelques
regards à son fils complètement replié sur lui-même, et d’emblée il tient un
discours très adulte qu’il semble plus prononcé pour lui-même que pour Bastien sur
l’importance d’aller de l’avant (Bastien ayant lancé le monologue en évoquant
simplement sa mère via un rêve sans plus de détail mais il semble que cela soit
dérangeant pour son père… peut-être habituel ? ). De plus Bastien est en train
d’essayer de préparer son déjeuner (il fait un sandwich, les sacs à sandwichs étant
sur la table) : l’enfant est livré à lui-même malgré la présence paternelle à
l’image. Le père se met dans une position d’adulte qui se croit bienveillant et
aidant alors qu’il se lance dans un discours moralisateur et culpabilisant pour le
fils. Le film est commencé depuis quelques minutes et déjà nous avons découvert
un petit garçon qui se « gère » tout seul : il se lève seul, se prépare, gère son
repas… même si celui lui pose des difficultés.
Lors de la discussion entre le père et le fils, le cadre les sépare. Les plans
s’enchainent rapidement créant une tension entre les deux personnages que les
jeux de regards vont appuyer. Les expressions de Bastien sont particulièrement
évocatrices : il joue avec ses doigts au départ montrant son indifférence à la
conversation puis il plisse les yeux pour se concentrer/regarder/défier son père,
roule des yeux quand celui-ci n’emploie pas les bons mots… restant en dehors de la
conversation malgré un intérêt feint, tandis que le père lancé dans son monologue
enchaine les remarques culpabilisantes. L’absence de compréhension entre les
deux personnages est manifeste. Par ailleurs, si Bastien est filmé à sa hauteur
depuis le début de la séquence (montrant par là qu’il est lui le personnage
principal de cette séquence), le père lui est montré en contre-plongée marquant sa
domination (prétendue) dans la situation. C’est en fait son discours, très adulte,
très moralisateur et peu empathique qui est dominant ici, niant en bloc les
réactions manifestes du garçon. Le père est positionné devant les fenêtres, devant
un cadre plus ou moins ouvert : il se croit libéré, avançant dans la norme et pas
étriqué dans son discours paternaliste. Tandis que Bastien est dos à un mur, au
frigo et au bar de cuisine qui l’enserre, prisonnier de la situation.
Ce qui est frappant lors de cette conversation c’est que les personnages ne se
regardent presque pas, il y a très peu de raccords regards. Nous savons que les
plans de ce champ/contrechamp se répondent parce que nous avons vu comment
les personnages sont disposés au départ sinon ils ne nous seraient presque pas
possible de les situer.
L’enfant finit par répondre positivement à son père, ce qui a pour effet de les
réunir dans le cadre mais là encore son regard ne suit pas son discours : il baisse
souvent les yeux, l’air apitoyé tandis que son père semble satisfait de la situation.
Dans une vague tentative de justification et de, peut-être, maintenir l’attention de
son père il conteste avoir été en retard la veille.
Toute la nature de la relation entre le père et le fils est donnée dans cette
séquence d’ouverture : l’adulte et l’enfant n’arrivent pas à communiquer, l’adulte
semblant ne pas comprendre l’enfant, trop occupé par son propre discours.
L’enfant quant à lui semble perdu, rêveur certes, mais manquant aussi de soutien
et de repères.
La séquence suivante s’ouvre sur un plan de la ville. L’avenue montrée en plan
large est malgré tout fermée de part en part par de hauts bâtiments. Elle coupe le
plan en deux, véritable axe de symétrie, le tout créant une mise en abîme assez
parlante : malgré le simulacre d’espace tout est figé dans ce plan. Comme l’est la
situation qui suit : Bastien va tomber sur trois garçons qui semblent habitués à
l’agresser et à le mettre dans une poubelle. D’ailleurs le panoramique haut-bas qui
vient montrer Bastien dans le cadre renforce cette impression, et ces trois
agresseurs au premier plan montre le côté « sans issue » de la situation.
S’ensuit une course poursuite en champ/contrechamp puis Bastien se fait attraper
et mettre à la poubelle. La phrase « le petite chéri de maman veut nous arnaquer »
tend à montrer qu’en plus de maltraiter leur victime, les trois agresseurs ne le
connaissent absolument pas puisqu’ils ne semblent pas savoir que sa mère est
morte.
Bastien parvient à sortir de la poubelle mais dès son arrivée dans la rue, il est
attendu par les trois garçons. Un zoom rapide sur lui symbolise l’état de panique
dans lequel il se trouve. Il s’enfuit et trouve refuge plus loin dans la rue en passant
une porte. Pris en sandwich entre deux murs, Bastien est entouré de livres… la voix
d’un homme le somme de sortir mais il décide de s’enfoncer dans ce qui semble
être une libraire (l’importance des livres dans l’histoire qui nous est racontée ne
fait plus de doute). Bastien marche entre les livres afin de trouver celui qui lui
parle : c’est un vieux libraire plus ou moins acariâtre. S’amorce de nouveau une
conversation en champ/contrechamp mais cette fois Bastien regarde en direction
de son interlocuteur : il a été provoqué par celui-ci insistant sur le fait qu’il ne
connaissait pas les livres. Or Bastien est féru de lecture et déjà un changement
s’amorce dans son comportement : sur ce terrain là il se défend. Le regard de
Bastien se fait de nouveau fuyant lorsque le libraire lui demande ce qu’il fuit,
justement, mais il revient dans la conversation en s’intéressant au livre lu par son
interlocuteur. Bastien s’avance, et la caméra qui recule permet aux deux
personnages d’entrer dans le même plan. La proximité physique et l’investissement
de l’enfant dans la conversation sont aux antipodes des réactions qu’il avait avec
son père et de la distance physique qu’ils avaient dans le premier plan. La caméra
suit le libraire qui fait mine de cacher le livre. Le téléphone retentit, mettant fin à
la conversation alors que le libraire tentait d’éluder les questions de l’enfant sur le
livre… Ledit livre apparaît alors en gros plan (ce qui souligne son importance
primordiale) et l’on voit Bastien s’enfuir avec, tandis que le libraire se retourne.
L’homme regarde alors à travers la vitre qui sépare l’arrière-boutique du bureau et
sourit en voyant que l’enfant est parti, puis ne semble pas plus étonné que ça que
le livre ait été remplacé par un petit mot « Ne vous inquiétez pas, je vous
rapporterai votre libre ». Le message apparaît en gros plan.
Bastien arrive alors à l’école : le plan est large, laissant voir le décor tandis que
Bastien court au milieu du cadre vers sa salle de classe. Les couloirs sont déserts
(rappel de la solitude de l’enfant) et nous laisse deviner qu’il est en retard. Il
monte alors sur une chaise pour regarder l’intérieur de la classe : contrôle de
maths. Décidant de s’y soustraire, Bastien va récupérer la clé du grenier (une
habitude ?) puis monte audit grenier, en prenant soin de prendre la clé. Seul dans
une immense pièce remplie de « vieilleries » et baigné par la lumière Bastien
inspecte les lieux. Libre de laisser cours à son envie de lire, Bastien apparaît pour
la première fois dans un cadre complètement dégagé et en son centre. Il
commence ainsi sa lecture « Il était minuit dans la forêt des Clameurs », son regard
allant de droite à gauche montrant qu’il continue sa lecture en même temps que la
voix nous guide… Ainsi commence le récit dans Fantasia.
Ces premières séquences nous ont appris un certain nombre de choses sur le
personnage de Bastien : il est esseulé et visiblement dépassé par le quotidien qu’il
ne préfère pas affronter. Aux turpitudes de l’école et de la vie quotidienne il
préfère la lecture et l’évasion dans la rêverie. C’est aussi un petit garçon dont la
mère est morte et dont le père ne semble pas le comprendre…pas plus que ses
camarades de classe. La rencontre avec le libraire, qui lui apparaît hostile au
départ, est le début véritable de son voyage initiatique : le vieillard l’a mis en
garde contre les dangers du livre et lui a en même temps donné envie de s’y
plonger. Fort de ces conseils, Bastien peut commencer son voyage dans L’histoire
sans fin.
 Quelques remarques sur le film :
Les codes du conte se retrouvent dans le film, avec tout le bestiaire de
personnages/animaux magiques qui peuplent l’univers de Fantasia et le schéma
narratif de l’histoire de la quête d’Atreyu. Cela dit, l’aspect mythique de certaines
créatures et le rappel assez régulier de symboles de la mythologie donne d’autres
sens à cette quête initiatique (le loup, le sphinx, les fresques murales contant les
aventures d’Atreyu à la fin…)
Le film aborde le thème de l’évolution de Bastien, de son avancée dans le deuil de
la mère : dans la version française du film cela est plus prégnant que dans la
version originale. En effet Bastien choisit de donner le prénom de sa mère décédée
à la jeune impératrice afin de sauver le monde de Fantasia, mais aussi de sauver
toute une partie de sa personnalité, celle de l’imagination, de sa capacité
créatrice. Or dans la version originale, il appelle l’impératrice « Moon child » ce
qui a un sens tout à fait différent. La version française a ainsi fait le choix de nous
conter l’histoire selon l’angle du deuil de l’enfant, plus en filigrane dans la version
originale. Cependant bon nombre d’obstacles vécus par Atreyu font écho aux
émotions de Bastien vis-à-vis de son deuil, de ses émotions et de sa vie : la mort
d’Artax rappelle la mort de sa mère, la perte d’un être cher, le deuil qui conduit à
une certaine forme de désespoir, l’incompréhension face à la situation de la mort
(très fortement traduite par la scène de la mort du cheval, Atreyu lui disant « je ne
te laisserai pas faire, ne renonce pas » comme si la mort d’un être dépendait de sa
seule volonté), l’impossibilité de communiquer avec les adultes (Morla, allergique à
la jeunesse qui ne dialogue pas réellement avec Atreyu), Gmork qui symbolise la
perte de l’imagination, du pouvoir créateur au profit de l’asservissement et de la
docilité (une certaine façon de perdre son originalité pour un rêveur comme
Bastien et de rentrer dans le rang comme les adultes qui l’entourent lui
demandent), le premier regard de l’assistance sur Atreyu (« l’heure est trop grave
pour recevoir les enfants » qui en dit long sur comment Bastien perçoit le regard
des adultes sur les enfants)…
Le film aborde également la perte de l’imagination, du pouvoir créateur que
chaque être à en lui, sa possibilité d’être le héros de ses propres aventures, son
pouvoir démiurgique, sa capacité à se créer un monde intérieur riche, multiple et
fortement symbolique.
Un mot sur l’Auryn : appelé directement Auryn sans déterminant en VO, c’est
presque un personnage à lui seul. L’Auryn est un Ouroboros, serpent -dragon qui se
mort la queue et qui ici s’enroule pour former le symbole de l’infini. Il symbolise à
la fois l’infinité du pouvoir de l’imagination, la réalité et la fiction qui s’entremêle,
chacune ayant sa couleur puisque le médaillon est bicolore, le Ciel et la Terre
(dans un rapport à la mythologie), le pouvoir démiurgique du créateur (cf la
définition du dragon donné par Chevallier et Gheerbrant). C’est un symbole visuel
fort et qui peut être multi-interprété.
¨Petite anecdote : si les voix de Bastien et d’Atreyu sont proches dans la VF s’est
parce qu’ils sont doublés par des frères.
 CONCLUSION
L’histoire sans fin est un film riche de sens, de symboles et d’émotions. Il semble
simple de prime abord mais les multiples possibilités d’y entrer, de l’approcher et
de le percevoir participe de sa complexité et permettent au spectateur de voir
dans cette histoire son propre rapport à l’imaginaire, à l’âge adulte, à l’enfance, à
la vie, à la mort, à sa capacité créatrice et à l’espoir.

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L'histoire sans fin - Animation du 03 octobre 2015 Athis-Mons

  • 1. ANIMATION AUTOUR DE L’HISTOIRE SANS FIN DE WOLGANG PETERSEN  Présentation du film L’histoire sans fin est un film américano-allemand (titre original : Die unendliche Geschichte) qui date de 1984 et a été tourné en langue anglaise. Le film est une adaptation partielle (chapitres 1 à 11) du livre éponyme de Michael Ende paru en 1979 : l’auteur a détesté cette adaptation partielle et a très nettement fait savoir qu’il ne voulait pas être associé à celle-ci. A sa sortie c’est le film le plus cher jamais tourné en Allemagne : produit par Bavaria Films et la Warner Bros, il a coûté 60 millions de Deutschemarks soit +/- 30 000 000€. C’est le 4ème long-métrage de Wolfgang Petersen qui réalisera par la suite Alerte !, Air force one, En pleine tempête, Troie et Poséidon avec une très nette inclination pour le « film catastrophe ». Le film a été un succès commercial rapportant près de 100 000 000 $ au box-office mondial (succès moindre en Amérique du Nord), et critique (81% de critiques positives sur un total de 37 via l’agrégateur Rotten Tomatoes) notamment de la part de Variety et du Chicago Sun Time (Roger Ebert à propos des effets spéciaux : « an entirely new world has been created ») À noter que le film a eu 5 millions de spectateurs en Allemagne, ce qui reste assez rare.  La technique du film Le film a été tourné en grande partie en studio à Grünwald près de Munich. Les scènes de Bastien ont été tourné à Vancouver au Canada, et la scène où Atreyu se réveille sur la plage a été tourné à la plage de Monsul, Almeria en Andalousie.1 Le directeur des effets spéciaux du film est Brian Johnson, qui a aussi réalisé les effets spéciaux d’Alien, 2001 : L’odyssée de l’espace et L’empire contre-attaque. Pour la partie studio du film deux écrans bleus (les « ancêtres » des écrans verts) ont été conçu par Johnson (c’étaient alors les plus gros écrans bleus jamais crées pour un film avec un format de 27/28 mètres sur 10,5 mètres) 2 Le film utilise beaucoup d’effets spéciaux dit mécaniques, mais aussi quelques effets spéciaux dits numériques. Côté mécaniques : - des marionnettes ou animatronics : Falcor, la stupide chauve-souris, l’escargot de course, le mangeur de pierre (appelé parfois Golem), Gmork. Véritables marionnettes avec des peaux en latex et actionnées en temps réel (pour chaque scène autrement dit) par une équipe de marionnettistes. Pour l’anecdote il ne fallait pas moins de 25 marionnettistes pour animer Falcor dont plusieurs pour sa face : un pour le nez, un pour les sourcils, un pour la lèvre supérieure, un pour l’inférieure… "One person was responsible for operating Falcor's nose, one for eyebrows, one for the upper lip and one for the lower lip," Petersen said.3 De plus la marionnette faisait 13 mètres de 1 The NeverEnding Story (film), Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/The_NeverEnding_Story_%28film %29#Production 2 The NeverEnding Story’s Brian Johnson on making a classic, Johnatan Haltfull, Scifinow.co.uk, http://www.scifinow.co.uk/interviews/the-neverending-storys-brian-johnson-on-making-a-classic/ 3 The Hand-Made Magic Of 'The NeverEnding Story, Lauren Duca, HuffingtonPost.com http://www.huffingtonpost.com/2014/07/18/neverending-story_n_5589126.html
  • 2. long, était recouvert de 6000 écailles et sa tête mesurait un mètre4 . Les marionnettes étaient présentes auprès des acteurs pour chaque scène jouée ce qui permettait aux acteurs d’interagir directement avec elles. Enfin les voix des marionnettes (Falcor et Gmork) avaient été enregistrées en amont afin que les voix soient diffusées sur le plateau au moment du tournage : cela permettait de synchroniser les mouvements de bouche des marionnettes et le texte (lipsync) et de faciliter le jeu des jeunes acteurs. - Des matte paintings : décors peints comme la scène de la découverte de la tour d’ivoire par exemple. Côté numérique : - l’écran bleu : certaines scènes (scènes de vol par exemple) ont été tourné devant le fond bleu puis l’arrière plan a été incrusté. - Compositing : Procédé qui consiste à manipuler les éléments d'un film, filmés séparément (premier plan, second plan, arrière plan) grâce à un ordinateur pour créer des images virtuelles.5 - Motion Control : technique qui permet de contrôler la caméra et ses déplacements par l’intermédiaire d’un système informatique (les mouvements sont ainsi programmés et peuvent être répétés à l’infini). Les effets spéciaux sont principalement utilisés dans le monde de Fantasia créant un décalage encore plus visible avec le monde « réel » dans lequel évolue Bastien. D’après le directeur des effets spéciaux la chose la plus complexe à créer fut le néant : « “How am I going to show nothing?” Because it sounds good on the page but when you actually come down to dealing with it, what is it? So I just sort of had this idea of moving everything like it was all moving into the distance and then breaking up, and just sky and little bits and pieces and couldn’t think what else to do, really. So that was that with the nothing and it worked out reasonably well and we did tricks with the cameras so that stuff flew out the sides of the shots rather than onto the floor and stuff like that. »6  Analyse des thématiques et sous-thématiques du film THEME PRINCIPAL : Le parcours initiatique de Bastien et d’Atreyu Sous-thèmes : La quête d’Atreyu (sauver le monde) et ses obstacles : trouver le sage (Morla), questionner l’Oracle Sudérien (et affronter ses peurs), affronter Gmork (et donc l’ombre), l’entrée de Bastien dans Fantasia… THEME PRINCIPAL : Le deuil Sous-thèmes : Le deuil de Bastien, le deuil de l’enfance/imagination, la perte d’Artax, le néant qui englouti tout sur son passage, la reconstruction après le désespoir… THEME PRINCIPAL : Le rapport à l’imaginaire et au réel Sous-thèmes : Transposition de la réalité en fantaisie, Bastien vs Atreyu, magie, mythes et légendes, la façon dont Bastien vit son lien à la lecture, le rapport de la « société » à l’imaginaire, la place du lecteur/spectateur dans l’histoire qu’il lit/voit… THEME PRINCIPAL : Le conte Sous-thèmes : Le schéma de l’histoire du livre est le même que celui d’un conte, l’aide de personnages magiques, la quête intérieure du héros (Bastien) qui prend vie dans la quête d’Atreyu… 4 L’histoire sans fin, www.allocine.fr/film/fichefilm-27570/secrets-tournage/ 5 Lexique SFX, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Lexique_SFX 6 Ib. 2
  • 3. UN THEME QUESTIONNé INDIRECTEMENT PAR LE FILM : L’adaptation partielle d’un livre en film Sous-thème : Les coupes par rapport au récit originel, la sélection des personnages montrés dans le film, le choix des coupes dans la narration…  Les personnages Les personnages principaux : - Bastien : Petit et mince, Bastien a une dizaine d’années. Grand amateur de lecture, Bastien fuit un quotidien morose (mère décédée, père « monologuiste » et semble t-il bourreau de travail, camarades racketteurs…) dans les livres qui lui permettent de vivre des aventures et de laissé libre cours à son imagination. Bastien fera le deuil de sa mère et son « retour à la vie » grâce au récit de L’histoire sans fin - Atreyu : Bien qu’il soit encore un jeune garçon, Atreyu est décrit d’emblée comme un valeureux guerrier. Courageux il vaincra tous les obstacles qui s’opposeront à lui, souvent avec l’aide d’autres (Falcor, Bastien…). Atreyu est mené par son sens du devoir et son opiniâtreté, il est le héros que Bastien voudrait être, son alter-ego dans le monde de Fantasia. - L’impératrice : Rongée par un mal inconnu, l’impératrice se meurt. Et plus elle agonise, plus le monde de Fantasia est détruit. - Artax : c’est le cheval d’Atreyu et son fidèle ami, à la fois son compagnon et son guide. - Falcor : c’est un dragon porte-bonheur, à tête de chien. Un personnage bénéfique qui vient en aide à Atreyu. Les personnages secondaires : - le père de Bastien : très rigoureux le père de Bastien incarne l’ordre et la morale. Monologuiste, il croit parler avec son fils mais assène en fait sa vision des choses. - Gmork : c’est le loup « à la solde des ténèbres ». Il est le serviteur de l’ombre qui aide le néant à s’imposer dans Fantasia et est chargé d’éliminer Atreyu. - Morla : Présentée comme le sage de Fantasia, Morla est une vieille tortue centenaire habituée à soliloquer seule. Elle n’aime pas la jeunesse et ne sera pas très encline à parler avec Atreyu. - Les racketteurs : ce sont trois garçons de l’école de Bastien qui le harcèlent, l’enfermant dans une poubelle (visiblement régulièrement) et causant ses retards. - Les messagers (Teeny Weeny, Nighthob et le mangeur de pierres) qui viennent des différentes régions de Fantasia pour aller porter le message de l’arrivée du néant chez eux à la jeune impératrice. - Cairon : le serviteur de la jeune impératrice qui révèle qu’elle se meurt. - Engywook et Urgl : les deux « lutins », lui scientifique et spécialiste de l’Oracle Sudérien qui aide Atreyu a franchir la première porte, et sa femme, guérisseuse qui soigne Atreyu. - Monsieur Coreander : le libraire qui semble à première vue détester les enfants puis s’intéresse à Bastien qui aime lire. Il semble vouloir dissuader le jeune garçon de prendre le livre et en même temps l’inciter à s’y intéresser jusqu’au point de le lui « emprunter ». - L’Oracle Sudérien
  • 4.  Quelques remarques sur les personnages : Atreyu est l’alter-ego de Bastien dans l’univers magiques de Fantasia, il incarne ce que Bastien aimerait être : • Atreyu affronte ses émotions : la peur, le désespoir, la mélancolie, le manque de confiance en soi… ce que Bastien ne parvient pas à faire. • Atreyu a confiance en lui et sait se défendre et s’imposer : face à une foule d’adultes, face au sphinx, face à Gmork, face au néant… ce qui manque à Bastien qui ne parvient pas à se défendre face à ses camarades, professeurs, son père… • Atreyu ne perd presque jamais espoir et lorsqu’il tombe d’épuisement dans les mortels marécages de la mélancolie un ami insoupçonné, Falcor, vient l’aider (ce que Bastien n’a pas non plus). La confrontation entre Atreyu et Bastien est aussi symbolique : alors que jusque là les paysages ont été beaux et baignés de lumières ou hostiles et ombragés, tout à coup la neige fait son entrée. A la fois symbole de pureté et d’une saison qui symbolise la fin d’un cycle mais aussi le repos de la nature se préparant à renaître -moment suspendu dans le temps où tout est figé, froid - cette neige qui tombe peut symboliser le dernier instant où Bastien, figé dans la tristesse et dans le froid émotionnel depuis la mort de sa mère, va être confronté à ce qu’il pourrait être, pourrait devenir : un garçon plein de courage qui affronte la réalité et la vie. À noter qu’Atreyu lors de la scène où il se présente à Cairon est filmé en plongée : d’abord vu comme un « simple enfant » il est ensuite mis au fait de la situation puis part accomplir sa mission. Dès lors il sera toujours filmé à la même hauteur que les autres personnages, dans une égalité parfaite : il sera toujours considéré comme le héros et plus comme un enfant qui n’aurait pas les capacités de mener à bien la mission qui lui incombe. La petite impératrice est double : elle représente à la fois l’espoir et le désespoir, le deuil et la renaissance. En effet Bastien qui a perdu sa mère se laisse peu à peu gagner par le désespoir dans le monde réel (le néant qui le laissera à terme sans imagination et sans rien à quoi se raccrocher pour affronter le quotidien s’il se laisse faire), mais elle est aussi celle dont le sauvetage permet la renaissance de Fantasia et donc prouve à Bastien que l’imagination peut faire beaucoup (et le « sauver »). La mort d’Artax est très « chargée » émotionnellement et symboliquement : comme Bastien a perdu sa mère (à la fois son guide et l’objet de son amour), Atreyu perd Artax (qui est aussi son guide lui rappelant, par exemple, de manger). Artax est le symbole de la perte à surmonter pour ne pas se laisser gagner par la mélancolie. Gmork peut être vu comme une incarnation du discours du père de Bastien : celui- ci incarne le monde des adultes responsables qui ne comprennent plus le besoin de rêver, de s’évader. Il semble attaché à des choses très concrètes, réelles : réussite scolaire, pratique du sport, travail, horaires… et fait le reproche à son fils de trop « vivre dans les nuages ». Or tout le combat qui se déroule dans Fantasia est cette opposition entre la réalité et le monde du rêve : Gmork lui veut amener la fin du rêve car ceux qui ne rêvent plus sont faciles à asservir et cela confère du pouvoir… son discours permet donc à Bastien d’exprimer son idée sur la question : arrêter de rêver c’est se laisser asservir, devenir docile.
  • 5. Plusieurs personnages semblent avoir un alter-ego dans le monde de Fantasia : Bastien/Atreyu, Artax+Impératrice/la mère de Bastien, Morla le vénérable+/- Gmork/le père de Bastien (discours général négatif sur la jeunesse). Du point de vue du scénario, les personnages ont chacun leurs rôles et symboliques - Bastien et Atreyu sont les héros - Le père de Bastien et Morla, sont des faux alliés - Gmork, le néant, les racketteurs sont des adversaires - L’oracle sudérien, Engywook et Urgl, la petite Impératrice et le libraire sont des alliés - Les messagers et Cairon sont des personnages secondaires. Ils correspondent également à des archétypes : Atreyu est un guerrier, l’Impératrice une princesse/mère, les faux-alliés sont des mentors/professeurs/vieillards sages/père…7 Plusieurs personnages sont symboliques, selon les définitions données dans le Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant : - Falcor est un dragon à tête de chien : « Le dragon nous apparaît essentiellement comme un gardien sévère ou comme un symbole du mal et des tendances démoniaques. Il est en effet le gardien des trésors cachés, et comme tel l’adversaire qui doit être ainsi pour y avoir accès.(…) En réalité, il ne s’agit que d’aspects distincts d’un symbole unique, qui est celui du principe actif et démiurgique : puissance divine, élan spirituel, dit Grousset ; symbole céleste en tout cas, puissance de vie et de manifestation, il crache les eaux primordiale ou l’œuf du monde, qui en ait une image du Verbe créateur ». Le chien : « Il n’est sans doute pas une mythologie qui n’ait associé le chien (…) à la mort, aux enfers, au monde du dessous, aux empires invisibles qui régissent les divinités chthoniennes ou séléniques.(…) La première fonction mythique du chien, universellement attestée, est celle de psychopompe, guide de l’homme dans la nuit de la mort, après avoir été son compagnon dans le jour de la vie. Il est aussi recouvert d’écailles : Symbole de la montagne ou de support du monde, dérivant sans doute de celui de la tortue ». - Artax est un cheval : « Une croyance, qui parait ancrée dans la mémoire de tous les peuples, associe originellement le cheval aux ténèbres du monde chthonien(…) Mais la nuit conduit au jour et il arrive que le cheval, suivant ce processus, quitte ses sombres origines pour s’élever jusqu’aux cieux en pleine lumière. Vêtu d’une blanche robe de majesté, il cesse alors, d’être lunaire et chthonien et devient ouranien ou solaire, au pays des dieux bons et des héros (…) Ce blanc cheval céleste représente l’instinct contrôlé, maîtrisé, sublimé, il est, selon l’éthique nouvelle, la plus noble conquête de l’homme ». - L’Impératrice : (…) « troisième lame du Tarot, symbolise l’intelligence souveraine qui donne le pouvoir, la force motrice, par laquelle vit tout ce qui vit (RIJT, 230) ». - Morla est une tortue : « Par sa carapace, ronde comme le ciel sur le dessus – ce qui l’apparente au dôme – et plate au-dessous comme la terre, la tortue est une représentation de l’univers : elle constitue à elle seule une cosmographie(…)Mais sa masse, sa force têtue, l’idée de puissance qu’évoquent ses quatre courtes pattes plantées dans le sol comme les colonnes du temple, font aussi d’elle le cosmophore, porteur du monde ». 7 TRUBY John, L’anatomie du scénario Cinéma, Littérature, Séries télé¸ nouveau monde éditions, Paris, 2010.
  • 6. - Gmork est un loup : « Le loup est synonyme de sauvagerie ». - l’Oracle Sudérien est un Sphinx : «(…) représenteraient selon Jean Yoyotte, une puissance souveraine, impitoyable aux rebelles, protectrices des bons.(…)les traits et la position solidement accroupie du sphinx exprimeraient la sérénité d’une certitude.(…) Le sphinx, au cours de son évolution dans l’imaginaire, en est venu à symboliser aussi l’inéluctable. Le mot sphinx fait surgir l’idée d’énigme, il évoque le sphinx d’Œdipe : une énigme lourde de contrainte. En réalité, le sphinx se présente au départ d’une destinée, qui est à la fois mystère et nécessité. » A propos des livres : « Il serait banal de dire que le livre est le symbole de la science et de la sagesse (…). Le livre est surtout, si nous nous élevons d’un degré, le symbole de l’univers ».  Les décors et environnements MONDE REEL Dans le monde réel les cadres sont très serrés : ils symbolisent le peu de latitude qu’ont les personnages, particulièrement Bastien. Que ce soit chez lui, à la librairie, à l’école et même dans le grenier où il s’est réfugié les cadres sont souvent resserrés sur lui. Pour nous laisser voir ses émotions d’une part mais aussi pour symboliser l’enfermement dans lequel il évolue : un enfermement tant physique (obligation d’aller à l’école, de passer par un chemin où il sera attendu et agressé, obligation de trouver des endroits où se réfugier pour échapper à ses agresseurs ou aux cours/contrôles). Bastien passe la majorité de son temps à se cacher et pour cela le cadre l’emprisonne. De même, de manière générale les ambiances sont assez sombres, ternes… reflétant la situation du jeune garçon : c’est lui qui est dans le néant dans le monde réel. Les seules ambiances un peu chaleureuses se trouvent dans la librairie et la chambre, ce qui est tout à fait compréhensible puisque le jeune héros aime les livres et se sent bien avec eux et ce sont les endroits où ils y en a. Le grenier de l’école enfin est très symbolique : c’est au grenier que sont remisés les vieilleries, les objets oubliés, les rebus. Bastien s’y refugie pour y vivre l’histoire qui lui permettra de faire le deuil de sa mère (et donc d’affronter son passé d’une certaine façon) et de se révéler, de vivre son changement avant de faire son retour au monde en pleine lumière sur le dos de Falcor – moment final où enfin libéré de ses craintes, de sa tristesse, il affrontera ses ennemis. FANTASIA Le monde de Fantasia quant à lui est souvent représenté sous la forme de plans très larges laissant apparaître toute la magnificence des paysages. Très verdoyant au départ, lors de la rencontre des messagers puis du début de la quête d’Atreyu, il devient de plus en plus hostile (les mortels marécages de la mélancolie), nocturne (le moment chez Engywook et Urgl), froid (le passage entre les deux portes du sphinx), aride (le désert), et se désagrège peu à peu sous l’effet du néant jusqu’à aboutir à des morceaux de terre répandus dans l’univers, flottant de manière désorganisée et continuant à se détruire. Entre temps plusieurs endroits magnifiques sont montrés : la tour d’Ivoire dans un matte-painting grandiose, avec sa lumière symbole d’espoir, les montagnes lors du périple d’Atreyu et la rivière aux cristaux, dans les débuts du film, puis l’oracle…Le tout baigné de lumières très solaires.
  • 7. Le monde de Fantasia est tour à tour hostile, dangereux, empli de désespoir… ou au contraire merveilleux, synonyme de liberté, empli d’espoir… à l’image des émotions traversées par Bastien qui donne corps à ses rêveries. Les lumières soulignent chaque fois les intentions des paysages : solaires au début de la quête, sombres dans les marécages, inquiétantes puis froides avec le sphinx, et de plus en plus ternes sur la fin de la quête d’Atreyu. Les cadres montrant les paysages sont souvent très larges offrant ainsi une impression de liberté totale au spectateur, tandis que les face à face entre Atreyu et les personnages qu’ils rencontrent sont souvent resserrés permettant de percevoir tout ce qui se déroule, d’un point de vue émotionnel, entre les personnages.  Analyse de la séquence d'introduction du film Le film s’ouvre sur un générique de présentation : en fond ce sont comme des mers de nuages, tantôt rouges, puis bleues, violacées… qui envahissent l’écran dans un ballet très onirique. La musique NeverEnding Story chantée par Limalh est composée par Giorgio Moroder. L’ouverture du film fait d’emblée appel au monde du rêve, à un onirisme certain qui nous donne des indications sur le film que nous allons voir : l’imagination et la rêverie en seront des actrices de premier plan. Enfin ces nuages qui apparaissent à l’ouverture du film ne sont pas sans rappelés les volutes de fumées symbolisant le néant, et que l’on retrouvera plus tard dans le film. Peut-être sont-ils dès le début l’indicateur que les rêves de Bastien sont « vides », amoindris puisque tout de suite après nous assistons au réveil de ce dernier. Le film débute pleinement sur un gros plan du visage de Bastien, qui comme un clown en boite s’assoit d’un bond dans son lit, comme s’il se réveillait en sursaut d’un cauchemar tandis que la musique s’éteint en fondu. Bastien tourne la tête vers sa table de chevet : il regarde probablement son réveil, mais le spectateur peut apercevoir des éléments importants comme la photo de la mère qui trône au dessus de la table de chevet, et qui nous indique qu’elle a une place particulière dans la vie de l’enfant, l’image de l’indien au dessus du lit qui nous donne une indication des gouts de Bastien et enfin la lumière allumée qui nous indique que Bastien s’est assoupi… peut-être en lisant ? Ce qui est confirmé lorsque la caméra dézoome, laissant apparaître un livre à côté de la tête du jeune garçon. Et toute une étagère remplie de livre à côté de son lit, ainsi qu’une autre au dessus de sa tête. Le jeune garçon marque sa page puis referme le livre. Le passage au plan suivant est abrupt, sans transition : on se retrouve alors dans une cuisine, très ordonnée, très stricte aux couleurs neutres (blanche et bois). Un homme prend des aliments dans le frigo, tandis que la caméra avec un travelling arrière laisse apparaître Bastien habillé et attablé pour son petit- déjeuner. Si l’ambiance lumineuse dans la chambre était assez chaude (lumière jaune-orangée), celle de la cuisine est plus froide, clinique, présageant de la conversation qui va se dérouler entre le père et le fils. Le plan se stabilise plaçant les deux personnages en plein centre : ils sont ainsi au centre de notre attention, réunis. Le père et le fils se saluent, et tandis que le premier se prépare une boisson à base d’œuf (qui lui donne une image très sportive/en bonne santé), le tout de façon très méthodique, Bastien lui se bat avec un pot de confiture que son père ouvrira très facilement (ce qui renforce son côté fragile, même les difficultés du quotidien ne sont pas évidentes pour lui, il est un jeune garçon fragile). De manière générale les relations entre père et fils dysfonctionnent dès cette première scène : les personnages se parlent de dos, le père jetant quelques
  • 8. regards à son fils complètement replié sur lui-même, et d’emblée il tient un discours très adulte qu’il semble plus prononcé pour lui-même que pour Bastien sur l’importance d’aller de l’avant (Bastien ayant lancé le monologue en évoquant simplement sa mère via un rêve sans plus de détail mais il semble que cela soit dérangeant pour son père… peut-être habituel ? ). De plus Bastien est en train d’essayer de préparer son déjeuner (il fait un sandwich, les sacs à sandwichs étant sur la table) : l’enfant est livré à lui-même malgré la présence paternelle à l’image. Le père se met dans une position d’adulte qui se croit bienveillant et aidant alors qu’il se lance dans un discours moralisateur et culpabilisant pour le fils. Le film est commencé depuis quelques minutes et déjà nous avons découvert un petit garçon qui se « gère » tout seul : il se lève seul, se prépare, gère son repas… même si celui lui pose des difficultés. Lors de la discussion entre le père et le fils, le cadre les sépare. Les plans s’enchainent rapidement créant une tension entre les deux personnages que les jeux de regards vont appuyer. Les expressions de Bastien sont particulièrement évocatrices : il joue avec ses doigts au départ montrant son indifférence à la conversation puis il plisse les yeux pour se concentrer/regarder/défier son père, roule des yeux quand celui-ci n’emploie pas les bons mots… restant en dehors de la conversation malgré un intérêt feint, tandis que le père lancé dans son monologue enchaine les remarques culpabilisantes. L’absence de compréhension entre les deux personnages est manifeste. Par ailleurs, si Bastien est filmé à sa hauteur depuis le début de la séquence (montrant par là qu’il est lui le personnage principal de cette séquence), le père lui est montré en contre-plongée marquant sa domination (prétendue) dans la situation. C’est en fait son discours, très adulte, très moralisateur et peu empathique qui est dominant ici, niant en bloc les réactions manifestes du garçon. Le père est positionné devant les fenêtres, devant un cadre plus ou moins ouvert : il se croit libéré, avançant dans la norme et pas étriqué dans son discours paternaliste. Tandis que Bastien est dos à un mur, au frigo et au bar de cuisine qui l’enserre, prisonnier de la situation. Ce qui est frappant lors de cette conversation c’est que les personnages ne se regardent presque pas, il y a très peu de raccords regards. Nous savons que les plans de ce champ/contrechamp se répondent parce que nous avons vu comment les personnages sont disposés au départ sinon ils ne nous seraient presque pas possible de les situer. L’enfant finit par répondre positivement à son père, ce qui a pour effet de les réunir dans le cadre mais là encore son regard ne suit pas son discours : il baisse souvent les yeux, l’air apitoyé tandis que son père semble satisfait de la situation. Dans une vague tentative de justification et de, peut-être, maintenir l’attention de son père il conteste avoir été en retard la veille. Toute la nature de la relation entre le père et le fils est donnée dans cette séquence d’ouverture : l’adulte et l’enfant n’arrivent pas à communiquer, l’adulte semblant ne pas comprendre l’enfant, trop occupé par son propre discours. L’enfant quant à lui semble perdu, rêveur certes, mais manquant aussi de soutien et de repères. La séquence suivante s’ouvre sur un plan de la ville. L’avenue montrée en plan large est malgré tout fermée de part en part par de hauts bâtiments. Elle coupe le plan en deux, véritable axe de symétrie, le tout créant une mise en abîme assez parlante : malgré le simulacre d’espace tout est figé dans ce plan. Comme l’est la situation qui suit : Bastien va tomber sur trois garçons qui semblent habitués à l’agresser et à le mettre dans une poubelle. D’ailleurs le panoramique haut-bas qui vient montrer Bastien dans le cadre renforce cette impression, et ces trois agresseurs au premier plan montre le côté « sans issue » de la situation.
  • 9. S’ensuit une course poursuite en champ/contrechamp puis Bastien se fait attraper et mettre à la poubelle. La phrase « le petite chéri de maman veut nous arnaquer » tend à montrer qu’en plus de maltraiter leur victime, les trois agresseurs ne le connaissent absolument pas puisqu’ils ne semblent pas savoir que sa mère est morte. Bastien parvient à sortir de la poubelle mais dès son arrivée dans la rue, il est attendu par les trois garçons. Un zoom rapide sur lui symbolise l’état de panique dans lequel il se trouve. Il s’enfuit et trouve refuge plus loin dans la rue en passant une porte. Pris en sandwich entre deux murs, Bastien est entouré de livres… la voix d’un homme le somme de sortir mais il décide de s’enfoncer dans ce qui semble être une libraire (l’importance des livres dans l’histoire qui nous est racontée ne fait plus de doute). Bastien marche entre les livres afin de trouver celui qui lui parle : c’est un vieux libraire plus ou moins acariâtre. S’amorce de nouveau une conversation en champ/contrechamp mais cette fois Bastien regarde en direction de son interlocuteur : il a été provoqué par celui-ci insistant sur le fait qu’il ne connaissait pas les livres. Or Bastien est féru de lecture et déjà un changement s’amorce dans son comportement : sur ce terrain là il se défend. Le regard de Bastien se fait de nouveau fuyant lorsque le libraire lui demande ce qu’il fuit, justement, mais il revient dans la conversation en s’intéressant au livre lu par son interlocuteur. Bastien s’avance, et la caméra qui recule permet aux deux personnages d’entrer dans le même plan. La proximité physique et l’investissement de l’enfant dans la conversation sont aux antipodes des réactions qu’il avait avec son père et de la distance physique qu’ils avaient dans le premier plan. La caméra suit le libraire qui fait mine de cacher le livre. Le téléphone retentit, mettant fin à la conversation alors que le libraire tentait d’éluder les questions de l’enfant sur le livre… Ledit livre apparaît alors en gros plan (ce qui souligne son importance primordiale) et l’on voit Bastien s’enfuir avec, tandis que le libraire se retourne. L’homme regarde alors à travers la vitre qui sépare l’arrière-boutique du bureau et sourit en voyant que l’enfant est parti, puis ne semble pas plus étonné que ça que le livre ait été remplacé par un petit mot « Ne vous inquiétez pas, je vous rapporterai votre libre ». Le message apparaît en gros plan. Bastien arrive alors à l’école : le plan est large, laissant voir le décor tandis que Bastien court au milieu du cadre vers sa salle de classe. Les couloirs sont déserts (rappel de la solitude de l’enfant) et nous laisse deviner qu’il est en retard. Il monte alors sur une chaise pour regarder l’intérieur de la classe : contrôle de maths. Décidant de s’y soustraire, Bastien va récupérer la clé du grenier (une habitude ?) puis monte audit grenier, en prenant soin de prendre la clé. Seul dans une immense pièce remplie de « vieilleries » et baigné par la lumière Bastien inspecte les lieux. Libre de laisser cours à son envie de lire, Bastien apparaît pour la première fois dans un cadre complètement dégagé et en son centre. Il commence ainsi sa lecture « Il était minuit dans la forêt des Clameurs », son regard allant de droite à gauche montrant qu’il continue sa lecture en même temps que la voix nous guide… Ainsi commence le récit dans Fantasia. Ces premières séquences nous ont appris un certain nombre de choses sur le personnage de Bastien : il est esseulé et visiblement dépassé par le quotidien qu’il ne préfère pas affronter. Aux turpitudes de l’école et de la vie quotidienne il préfère la lecture et l’évasion dans la rêverie. C’est aussi un petit garçon dont la mère est morte et dont le père ne semble pas le comprendre…pas plus que ses camarades de classe. La rencontre avec le libraire, qui lui apparaît hostile au départ, est le début véritable de son voyage initiatique : le vieillard l’a mis en garde contre les dangers du livre et lui a en même temps donné envie de s’y
  • 10. plonger. Fort de ces conseils, Bastien peut commencer son voyage dans L’histoire sans fin.  Quelques remarques sur le film : Les codes du conte se retrouvent dans le film, avec tout le bestiaire de personnages/animaux magiques qui peuplent l’univers de Fantasia et le schéma narratif de l’histoire de la quête d’Atreyu. Cela dit, l’aspect mythique de certaines créatures et le rappel assez régulier de symboles de la mythologie donne d’autres sens à cette quête initiatique (le loup, le sphinx, les fresques murales contant les aventures d’Atreyu à la fin…) Le film aborde le thème de l’évolution de Bastien, de son avancée dans le deuil de la mère : dans la version française du film cela est plus prégnant que dans la version originale. En effet Bastien choisit de donner le prénom de sa mère décédée à la jeune impératrice afin de sauver le monde de Fantasia, mais aussi de sauver toute une partie de sa personnalité, celle de l’imagination, de sa capacité créatrice. Or dans la version originale, il appelle l’impératrice « Moon child » ce qui a un sens tout à fait différent. La version française a ainsi fait le choix de nous conter l’histoire selon l’angle du deuil de l’enfant, plus en filigrane dans la version originale. Cependant bon nombre d’obstacles vécus par Atreyu font écho aux émotions de Bastien vis-à-vis de son deuil, de ses émotions et de sa vie : la mort d’Artax rappelle la mort de sa mère, la perte d’un être cher, le deuil qui conduit à une certaine forme de désespoir, l’incompréhension face à la situation de la mort (très fortement traduite par la scène de la mort du cheval, Atreyu lui disant « je ne te laisserai pas faire, ne renonce pas » comme si la mort d’un être dépendait de sa seule volonté), l’impossibilité de communiquer avec les adultes (Morla, allergique à la jeunesse qui ne dialogue pas réellement avec Atreyu), Gmork qui symbolise la perte de l’imagination, du pouvoir créateur au profit de l’asservissement et de la docilité (une certaine façon de perdre son originalité pour un rêveur comme Bastien et de rentrer dans le rang comme les adultes qui l’entourent lui demandent), le premier regard de l’assistance sur Atreyu (« l’heure est trop grave pour recevoir les enfants » qui en dit long sur comment Bastien perçoit le regard des adultes sur les enfants)… Le film aborde également la perte de l’imagination, du pouvoir créateur que chaque être à en lui, sa possibilité d’être le héros de ses propres aventures, son pouvoir démiurgique, sa capacité à se créer un monde intérieur riche, multiple et fortement symbolique. Un mot sur l’Auryn : appelé directement Auryn sans déterminant en VO, c’est presque un personnage à lui seul. L’Auryn est un Ouroboros, serpent -dragon qui se mort la queue et qui ici s’enroule pour former le symbole de l’infini. Il symbolise à la fois l’infinité du pouvoir de l’imagination, la réalité et la fiction qui s’entremêle, chacune ayant sa couleur puisque le médaillon est bicolore, le Ciel et la Terre (dans un rapport à la mythologie), le pouvoir démiurgique du créateur (cf la définition du dragon donné par Chevallier et Gheerbrant). C’est un symbole visuel fort et qui peut être multi-interprété. ¨Petite anecdote : si les voix de Bastien et d’Atreyu sont proches dans la VF s’est parce qu’ils sont doublés par des frères.  CONCLUSION
  • 11. L’histoire sans fin est un film riche de sens, de symboles et d’émotions. Il semble simple de prime abord mais les multiples possibilités d’y entrer, de l’approcher et de le percevoir participe de sa complexité et permettent au spectateur de voir dans cette histoire son propre rapport à l’imaginaire, à l’âge adulte, à l’enfance, à la vie, à la mort, à sa capacité créatrice et à l’espoir.