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Depuis trois ans, Coface a mis
en place une plateforme
d’investissement dédiée.
Pourquoi ce choix ?
Avant mon arrivée, Coface avait consa-
cré toute l’année 2012 à effectuer un audit
de sa gestion financière en compagnie de
bfinance. Son objectif était de trouver des
pistes pour la moderniser, l’optimiser et la
rendre plus flexible car le groupe antici-
pait un contexte de marché plus volatil et
surtout de nouvelles contraintes réglemen-
taires liées à Solvabilité 2. Dans ce cadre,
le consultant a proposé deux solutions. La
première, assez classique, consistait à créer
une société de gestion en interne. Mais elle
n’a pas été retenue, faute notamment d’une
taille critique suffisante pour amortir les
coûts induits, puisque Coface ne gérait à
l’époque que 2 milliards d’euros et unique-
ment pour compte propre. La deuxième
option, qui a été choisie, était de créer une
plateforme d’investissement externalisée et
dédiée à Coface.
Nous avons choisi de déléguer partiellement
notre gestion car elle ne fait pas partie de
notre activité principale. Elle demeure tou-
tefois une activité stratégique, compte tenu
du poids important qu’elle représente dans
nos résultats, comme tous les assureurs.
Nous souhaitions donc externaliser le suivi
au quotidien et le reporting mais conserver
systématiquement la décision finale sur tous
les points clés (allocation, politique d’inves-
tissement, ALM et charge en capital, pilo-
tage du résultat…). La solution a été trou-
vée avec la mise en place d’une plateforme
d’investissement dédiée à Coface qui per-
met de centraliser la gestion au sein d’une
seule et même architecture en regroupant
les différents portefeuilles (délégués et gérés
en interne) et fournissant un reporting ges-
tion, risque et réglementaire unique. C’est
une particularité importante de la plate-
forme qui, par cet aspect, est innovante et
évolutive dans la mesure où toute nouvelle
classe d’actif ou tout nouveau portefeuille
peut être intégré directement à la plateforme
dédiée qu’il soit délégué ou géré en interne
pour des raisons réglementaires comme c’est
le cas de certaines filiales du groupe.
Asset management
Ayant décidé de déléguer partiellement sa gestion, Coface a opté pour une plateforme
d’investissement externalisée qui lui est dédiée, une première en France. Gérée par
Amundi, cette solution lui a notamment permis de diversifier son portefeuille tout en
tenant compte de ses contraintes comptables et réglementaires.
Asset management
INVESTISSEUR INSTITUTIONNEL
Jean-Philippe Olivier, directeur des
investissements, financement et trésorerie de Coface
«Nous avons transformé notre gestion
pour la rendre plus dynamique»
Chiffre d’affaires
consolidé
(en milliards d’euros)
Résultat net
(en millions d’euros)
«La plateforme
dédiée permet
de centraliser la
gestion au sein
d’une seule et
même architecture
en regroupant
les différents
portefeuilles
et fournissant
un reporting
gestion, risque
et réglementaire
unique.»
Les chiffres clés de Coface
139,9 140,9
2014 2015 2014 2015
Capitaux propres IFRS part du groupe : 1,76 milliards d’euros
• Maintenir du rendement dans ses portefeuilles
• Conserver sa qualité de crédit
• Poursuivre sa diversification en immobilier
• Réduire la volatilité de ses placements actions4 20152014 20154 2015
1,44 1,49 140,9
2014 2015
139,9
2014 20152014 2015
8,7 % 4 %
66,7 %
20,3 %
Actions
Union
monétaire
européenne
33 %
Mexique 1 %
Brésil 1 %
Paysémergents
5 % Asie hors Japon 5 %
Amérique du nord
18 %
Europe hors
Union monétaire
européenne 7 %
Italie 7 %
Allemagne 5 %
France 17 %
Japon 1 %
Immobilier
Obligations
Prêts, dépôts
et autres titres
financiers
Portefeuille
2015
48 Option Finance n°1366 - Mardi 17 mai 2016 Option Finance n°1366 - Mardi 17 mai 2016 49
Comment avez-vous sélectionné
le gérant de cette plateforme ?
En compagnie de bfinance, un appel d’offres
international a été lancé pour sélectionner le
gestionnaire de notre plateforme. Au total,
nous avons reçu une douzaine de candida-
tures. Mais beaucoup de sociétés de gestion
soit avaient plus l’habitude de travailler en
pur fiduciary management (dont les règles
de gouvernance sont peu conciliables avec
le modèle recherché où les équipes Coface
sont totalement impliquées dans cette pla-
teforme), soit ne pouvaient proposer de
façon totalement intégrée l’intégralité des
prestations recherchées (conseil en allo-
cation, reporting risque et réglementaire,
sélection et suivi des gérants délégués…).
De plus, dès le départ, nous voulions une
séparation claire des rôles et responsabi-
lités entre la prestation du gestionnaire de
la plateforme et la gestion au quotidien,
confiée systématiquement à des gestion-
naires externes spécialisés. L’idée était en
effet de sélectionner un gérant «master» qui
supervise tous les autres et intègre toutes les
contraintes du client dans la gestion de la
plateforme globale. Au final, peu d’acteurs
disposaient des capacités et ressources leur
permettant de réaliser l’ensemble des pres-
tations que nous demandions. Les quelques
gestionnaires internationaux retenus pour
la seconde étape du processus de sélection se
comptaient ainsi sur les doigts d’une main.
Lors de la sélection finale, Amundi nous est
apparu comme le plus flexible dans sa com-
préhension de nos contraintes et le mieux à
même d’offrir une solution qui serait évolu-
tive. De plus, il pouvait mettre à notre dispo-
sition une équipe conséquente puisque cinq
personnes forment «l’équipe dédiée Coface»
chez Amundi.
En quoi votre gestion a-t-elle été
modifiée ?
Avant, notre gestion financière était gérée
de manière très simple puisque quelques
personnes en interne effectuaient des inves-
tissements soit directement sur les marchés
pour la partie obligataire, soit au travers de
quelques mandats dédiés confiés à des ges-
tionnaires assurantiels. Notre portefeuille
comprenait alors près de 90 % d’obligations
dont quasi exclusivement des souverains,
ainsi qu’une poche de trésorerie et une toute
petite poche actions. Cette gestion «buy and
hold» convenait encore quand les taux d’in-
térêt étaient plus élevés car elle délivrait un
portage satisfaisant. Notre volonté de diver-
sifier le portefeuille, d’y intégrer des straté-
gies de couverture, de mieux gérer et opti-
miser les charges en capital dans le cadre de
Solvency 2 rendait impératif la construction
d’une plateforme de gestion unifiée sur
laquelle les analyses de risques et pilotages
comptable et financier seraient associés.
Il fallait donc complètement transformer
notre gestion pour la rendre plus dynamique
et adaptée à l’environnement de marché.
Dans un premier temps, nous avons modifié
notre organisation juridique pour fluidifier
la circulation du cash au sein du groupe
et préparer la centralisation de la gestion
financière. Nous avons ainsi transformé en
Répartition de l’allocation d’actifs de Coface
au 31/12/2015
Encours sous gestion : 2,6 milliards d’euros
Les
préoccupations
de Coface
succursales toutes nos filiales européennes
qui détenaient chacune des portefeuilles
d’actifs conséquents. Nous avons ensuite
mis en place une seule allocation stratégique
et tactique pour tout le groupe en investis-
sant au sein des supports dédiés créés dans
la nouvelle plateforme d’investissement
confiée à Amundi. Cela s’est accompagné
aussi par une évolution au sein de notre
organisation. Par le passé tous les direc-
teurs financiers locaux avaient pour mis-
sion de gérer les placements de leur entité.
Cette fonction est aujourd’hui centralisée au
niveau du siège.
Une partie de nos encours (20  % envi-
ron) demeure gérée localement pour des
contraintes réglementaires locales (Asie et
Amérique latine principalement) mais le
cadre de risque est fixé au siège et la tota-
lité des positions est intégrée et suivie sous
l’angle de la gestion et du risque dans la pla-
teforme grâce à la mise en place d’un dépo-
sitaire-valorisateur unique. Ces positions
conservées localement sont strictement
encadrées par le siège avec des investisse-
ments exclusivement concentrés sur des
obligations souveraines du pays d’appar-
tenance de l’entité locale et des produits
monétaires. La plateforme permet d’avoir un
seul et unique portefeuille consolidé, inté-
grant les positions de nos mandats dédiés,
mais aussi nos gestions directes dans ces
pays afin d’avoir une vue tactique et risque
totalement intégrée ainsi qu’un pilotage du
résultat financier beaucoup plus fin et géré
intégralement par les équipes d’investisse-
ment Groupe.
Quelle est la spécificité de votre
gestion aujourd’hui ?
Compte tenu de notre activité d’assureur
crédit, nous avons des passifs très courts.
Nous devons donc détenir des actifs avec
des durations courtes et un poids de cash
significatif pour faire face à d’éventuels
sinistres exceptionnels. Concrètement et
dans une logique de gestion ALM, nous
ne détenons donc pas de placements longs
comme les infrastructures ou de dettes pri-
vées, partie importante de notre passif.
Nous favorisons ainsi des actifs liquides en
veillant à une qualité globale satisfaisante
de notre portefeuille obligataire. Notre allo-
cation d’actifs se compose actuellement de
15 % de produits monétaires, 7 % environ
d’actions européennes, 73 % de produits de
taux répartis pour moitié entre des emprunts
souverains et du crédit sur un univers inter-
national et 5 % d’immobilier paneuropéen.
Depuis un an et demi et face à l’environ-
nement de taux durablement bas, nous
sommes engagés dans un processus de
diversification, notamment sur l’immobi-
lier. Nous n’investissons pas en direct mais
préférons recourir à des fonds immobiliers
paneuropéens qui nous permettent d’avoir
une exposition diversifiée tant en type
d’investissement qu’en positionnement
géographique.
Comment travaillez-vous avec vos
gérants ?
Aujourd’hui, nous travaillons avec une
quinzaine de gérants principalement au
travers de fonds dédiés Coface. Nous leur
demandons, dans le cadre d’une gestion
dédiée, de surperformer dans la durée un
indice de référence, mais aussi de pouvoir
gérer les encours confiés avec une sensibi-
lité forte à notre vision des risques pays ou
émetteurs et à notre pilotage comptable.
Nous sommes globalement satisfaits des
résultats de nos gestionnaires qui pour la
plupart ont intégré ces deux aspects avec
succès et appréhendent parfaitement main-
tenant les problématiques d’un assureur
sur la recherche de création de valeur sur le
portefeuille mais également sur son pilotage
comptable le cas échéant.
Au quotidien, ce sont les équipes dédiées
Coface d’Amundi qui sont en charge de la
relation avec tous les gérants. Les équipes
Coface suivent également en parallèle la
gestion réalisée et ses résultats notamment
lors des conférences téléphoniques men-
suelles organisées en mode tripartite gérant/
Amundi et Coface. Plus globalement sur
le portefeuille, nous avons avec Amundi
un comité d’investissement mensuel, un
comité des risques et un comité stratégique
qui se déroulent eux sur une fréquence
semestrielle.
Quel est le coût de votre gestion et
en êtes-vous satisfait ?
A travers la mise en place de cette pla-
teforme, l’objectif était de décharger nos
équipes internes des fonctions dans les-
quelles elles n’apporteraient pas de valeur
ajoutée particulière (gestion de classes d’ac-
tif spécifiques, reporting comptable, risque
et réglementaire) pour qu’elles concentrent
leurs efforts sur les sujets essentiels pour un
assureur : l’allocation stratégique et tactique
en fonction de notre passif, la politique d’in-
vestissement, le pilotage du résultat finan-
cier du groupe et la mise en place d’une ges-
tion dynamique avec les outils permettant
de protéger le portefeuille le cas échéant
(couverture overlay, suivi du SCR Market,
optimisation du coût en capital/rendement
escompté…) et délivrer de la valeur sur le
long terme.
La rémunération que nous versons à
Amundi est forfaitaire et fonction des
Asset management
Le parcours de Jean-Philippe Olivier
Jean-Philippe Olivier, 43 ans, est directeur des investisse-
ments, du financement et de la trésorerie de Coface. Di-
plômé d’un troisième cycle d’ingénierie financière à Paris
Dauphine, complété par la SFAF et la CIIA, il démarre
sa carrière chez Euler Hermes en tant qu’analyste crédit
puis rejoint la société de gestion de ce groupe d’assu-
rance crédit, comme gérant action et gérant diversifié.
En 2006, il intègre le FRR (Fonds de réserve pour les re-
traites) en tant que directeur des investissements, avant
d’y être nommé responsable du département gestion
déléguée et ISR en 2010. Trois ans plus tard, il rejoint
Coface en tant que directeur des investissements groupe pour mettre en place la
nouvelle organisation des placements au sein de toutes les entités et développer
la gestion centralisée des actifs sur l’ensemble du groupe. Nommé directeur des
investissements, financement et cash management en novembre 2014, il voit alors
son périmètre étendu aux fonctions financement interne et externe, trésorerie et
corporate finance.
Asset managementAsset management
50 Option Finance n°1366 - Mardi 17 mai 2016 Option Finance n°1366 - Mardi 17 mai 2016 51
encours globaux confiés. Elle se répartit
entre une prestation de conseil en alloca-
tion et une prestation de gestion/repor-
ting et contrôle. Le fait d’avoir à disposi-
tion les équipes et outils d’Amundi est un
atout précieux : nous avons pu notamment
développer rapidement des outils de stress
test, de pilotage comptable et de calculs de
SCR très importants dans notre pilotage
global. Nous avons ainsi pu économi-
ser une partie de ces développements ou
acquisition d’outils qui auraient nécessité
des charges récurrentes significatives. Ce
package global est in fine intéressant pour
Coface compte tenu de la taille de son por-
tefeuille puisqu’il ne coûte que quelques
points de base par an (hors frais de gestion
des gestionnaires externes sélectionnés)
pour une prestation très large et une impli-
cation forte des équipes dédiées à cette
plateforme.
Cette nouvelle forme de gestion nous satis-
fait également sur le plan de notre perfor-
mance financière. La bonne appréhension
des risques et la capacité à réagir rapidement
sont ainsi des éléments
clés de la résilience d’une
gestion et nous pensons
aujourd’hui disposer avec
cette plateforme d’un outil
efficace et flexible répon-
dant à nos attentes.
Quelles sont vos préoccupations
actuellement ?
Notre objectif premier dans les marchés
actuels est de maintenir globalement notre
rendement sans dégrader notre cadre de
risque. Nous cherchons ainsi à mieux diver-
sifier notre portefeuille et à conserver un
portefeuille obligataire de qualité et une
liquidité très forte de l’ensemble de nos
actifs.
Compte tenu de l’environnement plus volatil
et de la maturité du cycle, nous n’irons pas
chercher du rendement à tout prix et donne-
rons toujours la priorité à la préservation de
la qualité intrinsèque de notre portefeuille
et sa résilience. Nous cherchons plutôt à
poursuivre notre diversification et optimiser
notre allocation à travers deux axes.
Le premier concerne la dette immobilière :
nous réalisons quelques investissements
sur ce segment en complément de notre
approche traditionnelle sur le corporate
investment grade  : ce type de placement
offre une rémunération sensiblement équi-
valente et procure un traitement favorable
sous Solvabilité 2.
Le second axe concerne l’exposition actions.
Nous conservons de l’intérêt pour cette
classe d’actifs compte tenu du dividende
qu’elle offre et de sa valorisation relative
attractive par rapport aux produits obli-
gataires, mais nous souhaitons réduire sa
volatilité. Nous nous intéressons donc à
toutes les stratégies proposant des solutions
en ce sens  : supports minimum variance,
stratégies «solvency friendly» à base CPPI
ou overlay via options qui permettent de
réduire le coût en capital des actions dans le
cadre de Solvabilité 2. n  Audrey Spy
•Coface est le premier acteur
français à avoir décidé de
déléguer sa gestion d’actifs
sous le format d’une pla-
teforme d’investissement
dédiée. Ce concept a été
développé par bfinance qui
lui a donné le nom de «PICIM»
(Platform for Integrated
and Centralized Investment
Management). «Nous avons
adapté les modèles de “fidu-
ciary management” dévelop-
pés dans les pays anglo-saxons
pour proposer une solution
d’investissement dédiée, et
véritablement sur mesure,
dans laquelle l’investisseur
conserve la main sur les choix
et les décisions», indique
Olivier Jéséquel, directeur de
bfinance à Paris.
•Ce nouveau modèle s’inscrit
dans une transformation
globale du mode de fonc-
tionnement d’un investisseur
qui souhaite moderniser sa
gestion tout en intégrant
les nouvelles contraintes des
marchés et de son environne-
ment. «Cette prestation de
services externalisée permet
d’une part une transfor-
mation opérationnelle du
dispositif de gestion d’actifs
de l’investisseur en offrant
de nombreuses possibili-
tés comme la création de
nouveaux véhicules d’inves-
tissement ou la centralisation
des reportings, précise Olivier
Jéséquel. D’autre part, elle
permet dans le même temps
de faire évoluer en profon-
deur l’allocation d’actifs et la
construction du portefeuille.»
•Ce type de chantier est
néanmoins assez long à
mettre en œuvre puisqu’il
s’agit de projets d’envergure
qui mettent plusieurs mois
avant d’aboutir. Pour autant,
Coface n’est pas le seul à
avoir choisi cette option. En
début d’année, les assureurs
d’Engie ont décidé de suivre
la même voie en confiant à
Lyxor la gestion d’un fonds
de 2,5 milliards d’euros
destiné à adosser les contrats
d’assurance venant en cou-
verture de passifs sociaux du
groupe. Cette plateforme
d’investissement en multiges-
tion devrait être opération-
nelle d’ici peu.
La plateforme d’investissement dédiée,
un concept qui se développe
«L’investisseur
conserve la main
sur les choix et
les décisions.»
Olivier Jéséquel,
directeur, bfinance Paris
«Nous cherchons à poursuivre notre
diversification et à optimiser notre
allocation à travers deux axes, la dette
immobilière et l’exposition actions.»

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  • 1. Depuis trois ans, Coface a mis en place une plateforme d’investissement dédiée. Pourquoi ce choix ? Avant mon arrivée, Coface avait consa- cré toute l’année 2012 à effectuer un audit de sa gestion financière en compagnie de bfinance. Son objectif était de trouver des pistes pour la moderniser, l’optimiser et la rendre plus flexible car le groupe antici- pait un contexte de marché plus volatil et surtout de nouvelles contraintes réglemen- taires liées à Solvabilité 2. Dans ce cadre, le consultant a proposé deux solutions. La première, assez classique, consistait à créer une société de gestion en interne. Mais elle n’a pas été retenue, faute notamment d’une taille critique suffisante pour amortir les coûts induits, puisque Coface ne gérait à l’époque que 2 milliards d’euros et unique- ment pour compte propre. La deuxième option, qui a été choisie, était de créer une plateforme d’investissement externalisée et dédiée à Coface. Nous avons choisi de déléguer partiellement notre gestion car elle ne fait pas partie de notre activité principale. Elle demeure tou- tefois une activité stratégique, compte tenu du poids important qu’elle représente dans nos résultats, comme tous les assureurs. Nous souhaitions donc externaliser le suivi au quotidien et le reporting mais conserver systématiquement la décision finale sur tous les points clés (allocation, politique d’inves- tissement, ALM et charge en capital, pilo- tage du résultat…). La solution a été trou- vée avec la mise en place d’une plateforme d’investissement dédiée à Coface qui per- met de centraliser la gestion au sein d’une seule et même architecture en regroupant les différents portefeuilles (délégués et gérés en interne) et fournissant un reporting ges- tion, risque et réglementaire unique. C’est une particularité importante de la plate- forme qui, par cet aspect, est innovante et évolutive dans la mesure où toute nouvelle classe d’actif ou tout nouveau portefeuille peut être intégré directement à la plateforme dédiée qu’il soit délégué ou géré en interne pour des raisons réglementaires comme c’est le cas de certaines filiales du groupe. Asset management Ayant décidé de déléguer partiellement sa gestion, Coface a opté pour une plateforme d’investissement externalisée qui lui est dédiée, une première en France. Gérée par Amundi, cette solution lui a notamment permis de diversifier son portefeuille tout en tenant compte de ses contraintes comptables et réglementaires. Asset management INVESTISSEUR INSTITUTIONNEL Jean-Philippe Olivier, directeur des investissements, financement et trésorerie de Coface «Nous avons transformé notre gestion pour la rendre plus dynamique» Chiffre d’affaires consolidé (en milliards d’euros) Résultat net (en millions d’euros) «La plateforme dédiée permet de centraliser la gestion au sein d’une seule et même architecture en regroupant les différents portefeuilles et fournissant un reporting gestion, risque et réglementaire unique.» Les chiffres clés de Coface 139,9 140,9 2014 2015 2014 2015 Capitaux propres IFRS part du groupe : 1,76 milliards d’euros • Maintenir du rendement dans ses portefeuilles • Conserver sa qualité de crédit • Poursuivre sa diversification en immobilier • Réduire la volatilité de ses placements actions4 20152014 20154 2015 1,44 1,49 140,9 2014 2015 139,9 2014 20152014 2015 8,7 % 4 % 66,7 % 20,3 % Actions Union monétaire européenne 33 % Mexique 1 % Brésil 1 % Paysémergents 5 % Asie hors Japon 5 % Amérique du nord 18 % Europe hors Union monétaire européenne 7 % Italie 7 % Allemagne 5 % France 17 % Japon 1 % Immobilier Obligations Prêts, dépôts et autres titres financiers Portefeuille 2015 48 Option Finance n°1366 - Mardi 17 mai 2016 Option Finance n°1366 - Mardi 17 mai 2016 49 Comment avez-vous sélectionné le gérant de cette plateforme ? En compagnie de bfinance, un appel d’offres international a été lancé pour sélectionner le gestionnaire de notre plateforme. Au total, nous avons reçu une douzaine de candida- tures. Mais beaucoup de sociétés de gestion soit avaient plus l’habitude de travailler en pur fiduciary management (dont les règles de gouvernance sont peu conciliables avec le modèle recherché où les équipes Coface sont totalement impliquées dans cette pla- teforme), soit ne pouvaient proposer de façon totalement intégrée l’intégralité des prestations recherchées (conseil en allo- cation, reporting risque et réglementaire, sélection et suivi des gérants délégués…). De plus, dès le départ, nous voulions une séparation claire des rôles et responsabi- lités entre la prestation du gestionnaire de la plateforme et la gestion au quotidien, confiée systématiquement à des gestion- naires externes spécialisés. L’idée était en effet de sélectionner un gérant «master» qui supervise tous les autres et intègre toutes les contraintes du client dans la gestion de la plateforme globale. Au final, peu d’acteurs disposaient des capacités et ressources leur permettant de réaliser l’ensemble des pres- tations que nous demandions. Les quelques gestionnaires internationaux retenus pour la seconde étape du processus de sélection se comptaient ainsi sur les doigts d’une main. Lors de la sélection finale, Amundi nous est apparu comme le plus flexible dans sa com- préhension de nos contraintes et le mieux à même d’offrir une solution qui serait évolu- tive. De plus, il pouvait mettre à notre dispo- sition une équipe conséquente puisque cinq personnes forment «l’équipe dédiée Coface» chez Amundi. En quoi votre gestion a-t-elle été modifiée ? Avant, notre gestion financière était gérée de manière très simple puisque quelques personnes en interne effectuaient des inves- tissements soit directement sur les marchés pour la partie obligataire, soit au travers de quelques mandats dédiés confiés à des ges- tionnaires assurantiels. Notre portefeuille comprenait alors près de 90 % d’obligations dont quasi exclusivement des souverains, ainsi qu’une poche de trésorerie et une toute petite poche actions. Cette gestion «buy and hold» convenait encore quand les taux d’in- térêt étaient plus élevés car elle délivrait un portage satisfaisant. Notre volonté de diver- sifier le portefeuille, d’y intégrer des straté- gies de couverture, de mieux gérer et opti- miser les charges en capital dans le cadre de Solvency 2 rendait impératif la construction d’une plateforme de gestion unifiée sur laquelle les analyses de risques et pilotages comptable et financier seraient associés. Il fallait donc complètement transformer notre gestion pour la rendre plus dynamique et adaptée à l’environnement de marché. Dans un premier temps, nous avons modifié notre organisation juridique pour fluidifier la circulation du cash au sein du groupe et préparer la centralisation de la gestion financière. Nous avons ainsi transformé en Répartition de l’allocation d’actifs de Coface au 31/12/2015 Encours sous gestion : 2,6 milliards d’euros Les préoccupations de Coface
  • 2. succursales toutes nos filiales européennes qui détenaient chacune des portefeuilles d’actifs conséquents. Nous avons ensuite mis en place une seule allocation stratégique et tactique pour tout le groupe en investis- sant au sein des supports dédiés créés dans la nouvelle plateforme d’investissement confiée à Amundi. Cela s’est accompagné aussi par une évolution au sein de notre organisation. Par le passé tous les direc- teurs financiers locaux avaient pour mis- sion de gérer les placements de leur entité. Cette fonction est aujourd’hui centralisée au niveau du siège. Une partie de nos encours (20  % envi- ron) demeure gérée localement pour des contraintes réglementaires locales (Asie et Amérique latine principalement) mais le cadre de risque est fixé au siège et la tota- lité des positions est intégrée et suivie sous l’angle de la gestion et du risque dans la pla- teforme grâce à la mise en place d’un dépo- sitaire-valorisateur unique. Ces positions conservées localement sont strictement encadrées par le siège avec des investisse- ments exclusivement concentrés sur des obligations souveraines du pays d’appar- tenance de l’entité locale et des produits monétaires. La plateforme permet d’avoir un seul et unique portefeuille consolidé, inté- grant les positions de nos mandats dédiés, mais aussi nos gestions directes dans ces pays afin d’avoir une vue tactique et risque totalement intégrée ainsi qu’un pilotage du résultat financier beaucoup plus fin et géré intégralement par les équipes d’investisse- ment Groupe. Quelle est la spécificité de votre gestion aujourd’hui ? Compte tenu de notre activité d’assureur crédit, nous avons des passifs très courts. Nous devons donc détenir des actifs avec des durations courtes et un poids de cash significatif pour faire face à d’éventuels sinistres exceptionnels. Concrètement et dans une logique de gestion ALM, nous ne détenons donc pas de placements longs comme les infrastructures ou de dettes pri- vées, partie importante de notre passif. Nous favorisons ainsi des actifs liquides en veillant à une qualité globale satisfaisante de notre portefeuille obligataire. Notre allo- cation d’actifs se compose actuellement de 15 % de produits monétaires, 7 % environ d’actions européennes, 73 % de produits de taux répartis pour moitié entre des emprunts souverains et du crédit sur un univers inter- national et 5 % d’immobilier paneuropéen. Depuis un an et demi et face à l’environ- nement de taux durablement bas, nous sommes engagés dans un processus de diversification, notamment sur l’immobi- lier. Nous n’investissons pas en direct mais préférons recourir à des fonds immobiliers paneuropéens qui nous permettent d’avoir une exposition diversifiée tant en type d’investissement qu’en positionnement géographique. Comment travaillez-vous avec vos gérants ? Aujourd’hui, nous travaillons avec une quinzaine de gérants principalement au travers de fonds dédiés Coface. Nous leur demandons, dans le cadre d’une gestion dédiée, de surperformer dans la durée un indice de référence, mais aussi de pouvoir gérer les encours confiés avec une sensibi- lité forte à notre vision des risques pays ou émetteurs et à notre pilotage comptable. Nous sommes globalement satisfaits des résultats de nos gestionnaires qui pour la plupart ont intégré ces deux aspects avec succès et appréhendent parfaitement main- tenant les problématiques d’un assureur sur la recherche de création de valeur sur le portefeuille mais également sur son pilotage comptable le cas échéant. Au quotidien, ce sont les équipes dédiées Coface d’Amundi qui sont en charge de la relation avec tous les gérants. Les équipes Coface suivent également en parallèle la gestion réalisée et ses résultats notamment lors des conférences téléphoniques men- suelles organisées en mode tripartite gérant/ Amundi et Coface. Plus globalement sur le portefeuille, nous avons avec Amundi un comité d’investissement mensuel, un comité des risques et un comité stratégique qui se déroulent eux sur une fréquence semestrielle. Quel est le coût de votre gestion et en êtes-vous satisfait ? A travers la mise en place de cette pla- teforme, l’objectif était de décharger nos équipes internes des fonctions dans les- quelles elles n’apporteraient pas de valeur ajoutée particulière (gestion de classes d’ac- tif spécifiques, reporting comptable, risque et réglementaire) pour qu’elles concentrent leurs efforts sur les sujets essentiels pour un assureur : l’allocation stratégique et tactique en fonction de notre passif, la politique d’in- vestissement, le pilotage du résultat finan- cier du groupe et la mise en place d’une ges- tion dynamique avec les outils permettant de protéger le portefeuille le cas échéant (couverture overlay, suivi du SCR Market, optimisation du coût en capital/rendement escompté…) et délivrer de la valeur sur le long terme. La rémunération que nous versons à Amundi est forfaitaire et fonction des Asset management Le parcours de Jean-Philippe Olivier Jean-Philippe Olivier, 43 ans, est directeur des investisse- ments, du financement et de la trésorerie de Coface. Di- plômé d’un troisième cycle d’ingénierie financière à Paris Dauphine, complété par la SFAF et la CIIA, il démarre sa carrière chez Euler Hermes en tant qu’analyste crédit puis rejoint la société de gestion de ce groupe d’assu- rance crédit, comme gérant action et gérant diversifié. En 2006, il intègre le FRR (Fonds de réserve pour les re- traites) en tant que directeur des investissements, avant d’y être nommé responsable du département gestion déléguée et ISR en 2010. Trois ans plus tard, il rejoint Coface en tant que directeur des investissements groupe pour mettre en place la nouvelle organisation des placements au sein de toutes les entités et développer la gestion centralisée des actifs sur l’ensemble du groupe. Nommé directeur des investissements, financement et cash management en novembre 2014, il voit alors son périmètre étendu aux fonctions financement interne et externe, trésorerie et corporate finance. Asset managementAsset management 50 Option Finance n°1366 - Mardi 17 mai 2016 Option Finance n°1366 - Mardi 17 mai 2016 51 encours globaux confiés. Elle se répartit entre une prestation de conseil en alloca- tion et une prestation de gestion/repor- ting et contrôle. Le fait d’avoir à disposi- tion les équipes et outils d’Amundi est un atout précieux : nous avons pu notamment développer rapidement des outils de stress test, de pilotage comptable et de calculs de SCR très importants dans notre pilotage global. Nous avons ainsi pu économi- ser une partie de ces développements ou acquisition d’outils qui auraient nécessité des charges récurrentes significatives. Ce package global est in fine intéressant pour Coface compte tenu de la taille de son por- tefeuille puisqu’il ne coûte que quelques points de base par an (hors frais de gestion des gestionnaires externes sélectionnés) pour une prestation très large et une impli- cation forte des équipes dédiées à cette plateforme. Cette nouvelle forme de gestion nous satis- fait également sur le plan de notre perfor- mance financière. La bonne appréhension des risques et la capacité à réagir rapidement sont ainsi des éléments clés de la résilience d’une gestion et nous pensons aujourd’hui disposer avec cette plateforme d’un outil efficace et flexible répon- dant à nos attentes. Quelles sont vos préoccupations actuellement ? Notre objectif premier dans les marchés actuels est de maintenir globalement notre rendement sans dégrader notre cadre de risque. Nous cherchons ainsi à mieux diver- sifier notre portefeuille et à conserver un portefeuille obligataire de qualité et une liquidité très forte de l’ensemble de nos actifs. Compte tenu de l’environnement plus volatil et de la maturité du cycle, nous n’irons pas chercher du rendement à tout prix et donne- rons toujours la priorité à la préservation de la qualité intrinsèque de notre portefeuille et sa résilience. Nous cherchons plutôt à poursuivre notre diversification et optimiser notre allocation à travers deux axes. Le premier concerne la dette immobilière : nous réalisons quelques investissements sur ce segment en complément de notre approche traditionnelle sur le corporate investment grade  : ce type de placement offre une rémunération sensiblement équi- valente et procure un traitement favorable sous Solvabilité 2. Le second axe concerne l’exposition actions. Nous conservons de l’intérêt pour cette classe d’actifs compte tenu du dividende qu’elle offre et de sa valorisation relative attractive par rapport aux produits obli- gataires, mais nous souhaitons réduire sa volatilité. Nous nous intéressons donc à toutes les stratégies proposant des solutions en ce sens  : supports minimum variance, stratégies «solvency friendly» à base CPPI ou overlay via options qui permettent de réduire le coût en capital des actions dans le cadre de Solvabilité 2. n Audrey Spy •Coface est le premier acteur français à avoir décidé de déléguer sa gestion d’actifs sous le format d’une pla- teforme d’investissement dédiée. Ce concept a été développé par bfinance qui lui a donné le nom de «PICIM» (Platform for Integrated and Centralized Investment Management). «Nous avons adapté les modèles de “fidu- ciary management” dévelop- pés dans les pays anglo-saxons pour proposer une solution d’investissement dédiée, et véritablement sur mesure, dans laquelle l’investisseur conserve la main sur les choix et les décisions», indique Olivier Jéséquel, directeur de bfinance à Paris. •Ce nouveau modèle s’inscrit dans une transformation globale du mode de fonc- tionnement d’un investisseur qui souhaite moderniser sa gestion tout en intégrant les nouvelles contraintes des marchés et de son environne- ment. «Cette prestation de services externalisée permet d’une part une transfor- mation opérationnelle du dispositif de gestion d’actifs de l’investisseur en offrant de nombreuses possibili- tés comme la création de nouveaux véhicules d’inves- tissement ou la centralisation des reportings, précise Olivier Jéséquel. D’autre part, elle permet dans le même temps de faire évoluer en profon- deur l’allocation d’actifs et la construction du portefeuille.» •Ce type de chantier est néanmoins assez long à mettre en œuvre puisqu’il s’agit de projets d’envergure qui mettent plusieurs mois avant d’aboutir. Pour autant, Coface n’est pas le seul à avoir choisi cette option. En début d’année, les assureurs d’Engie ont décidé de suivre la même voie en confiant à Lyxor la gestion d’un fonds de 2,5 milliards d’euros destiné à adosser les contrats d’assurance venant en cou- verture de passifs sociaux du groupe. Cette plateforme d’investissement en multiges- tion devrait être opération- nelle d’ici peu. La plateforme d’investissement dédiée, un concept qui se développe «L’investisseur conserve la main sur les choix et les décisions.» Olivier Jéséquel, directeur, bfinance Paris «Nous cherchons à poursuivre notre diversification et à optimiser notre allocation à travers deux axes, la dette immobilière et l’exposition actions.»