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  1. 1. ANALYSER LA DYNAMIQUE QUI CARACTÉRISE LA MONTAGNELIMOUSINE, COMPRENDRE EN QUOI ELLE RÉPOND AUX BESOINS DE CE TERRITOIRE ET RÉFLÉCHIR AU MOYEN DE LA CONFORTER Rapport intermédiaire de l’étude-action conduite par la Scop Sapie pour la Fondation de France et De Fil en Réseaux Limoux le 18 avril 2012
  2. 2. I/ PRÉSENTATION DU PLATEAU DE MILLEVACHESTerritoire doté d’une forte spécificité géographique et historique, Plateau de Millevaches a fait l’objet de trèsnombreuses études (thèses, monographies…) géographiques, historiques, sociologiques, économiques…Sachant que l’objectif principal de notre mission est plus tourné vers l’action que vers l’étude, il nous a sembléqu’un florilège d’extraits de quelques uns de ces documents, pouvait non seulement permettre à chacun d’avoiren mémoire, au moment d’en analyser les enjeux, une carte postale du territoire, mais aussi de fournir unepremière grille de lecture systémique de sa complexité.Deux contraintes cependant à cet exercice, celle de faire un choix de périmètre pour le territoire pris en compte etde l’année de référence pour ce qui est des données statistiques. Nous avons donc opté :  En ce qui concerne le périmètre de retenir celui du Parc Naturel Régional (sachant le plateau de Millevaches stricto sensu, « la montagne limousine » ou encore « les plateaux limousins » sont tout aussi fréquemment évoqués et recoupent des périmètres différents).  En ce qui concerne les données socioéconomiques disponibles à l’échelle du périmètre du PNR de Millevaches, de prendre pour base l’étude réalisée par INSEE pour le PNR en 2005 (mais sur la base du RGP de 1999), aucune autre approche consolidée n’ayant été réalisée semble t-il depuis cette date (Cependant le PNR a engagé depuis la révision de sa Charte et devrait donc logiquement commander à l’INSEE une nouvelle étude dans les mois qui viennent).Le territoireLe Parc Naturel Régional (PNR) de Millevaches sétale donc sur les trois départements limousins, même si unelarge majorité des 117 communes qui le composent sont corréziennes. La commune la plus peuplée, Meymac,totalise 2 600 habitants. La ville importante la plus proche est Ussel, au sud du parc, à sa périphérie immédiate.« Millevaches » signifie mille sources : le pays donne naissance à de nombreux cours deau. La Vienne, laCreuse, la Corrèze, la Vézère sont les plus importants.Cependant, le territoire est à lécart des grands axes de communication. Seule lautoroute A89 leffleure au sud.Depuis une quarantaine dannées, la baisse de la population a continué, même si elle semble se ralentir. Entre1990 et 1999, le PNR perdait en moyenne 300 habitants par année, alors que lhémorragie annuelle atteignait400 personnes entre 1982 et 1990 et 500 pendant les sept années précédentes. En quarante ans, le territoire aainsi vu partir un tiers de sa population qui a atteint 38 400 personnes en 2002.Le territoire de Millevaches en Limousin, l’un des territoires les mieux préservés de France, est caractérisé parune richesse patrimoniale naturelle exceptionnelle. Cette richesse est liée en particulier à une forte présence dezones humides.Territoire château d’eau, doté d’une forte pluviométrie et d’un sous-sol imperméable, le territoire Millevaches secaractérise par un dense réseau hydrographique qui trace, dans un axe est-ouest, la ligne de partage des eauxentre les bassins versants de la Loire et de la Garonne qu’il alimente conjointement.La qualité exceptionnelle des paysages et des sites, la richesse du patrimoine architectural et bâti induisent unpotentiel touristique fort pour le territoire Millevaches.La démographieD’un point de vue démographique, le PNR de Millevaches apparaît comme un territoire à la fois singulier etclassique dans le contexte limousin et des espaces ruraux limousins en particulier.Il se distingue en effet par ses faibles densités d’occupation (38 679 habitants en 2006 pour 3 142 km2, soit 12,3habitants/km2 tableau 3) mais également par sa perte continue de population, bien que minime sur la dernièrepériode intercensitaire.
  3. 3. Entre 1990 et 1999, le PNR perdait en moyenne300 habitants par année, lhémorragie annuelleatteignait 400 personnes entre 1982 et 1990 et500 pendant les sept années précédentes. Enquarante ans, le territoire a ainsi vu partir un tiersde sa population qui a atteint 38 400 personnes en2002.1Aujourdhui la population du PNR est en légèrediminution entre 1999 et 2006. Ce chiffre cache unsolde migratoire largement positif qui ne réussitpas à compenser complètement un solde naturellargement déficitaire.Dans le détail, ce tassement démographique,moins prononcé depuis le début des années 2000,est classiquement dû à un solde naturel largementdéficitaire que ne peut compenser un soldemigratoire pourtant excédentaire.Cette évolution est d’ailleurs en partie due à uneparticularité de Millevaches en ce que le territoireapparaît plus attractif (à l’égard des néo-Limousins) que la moyenne régionale, y comprisque les seuls espaces ruraux, et notamment en cequi concerne les nouveaux résidents de nationalitéétrangère. Au point que les néo-Limousins de plusde cinq ans arrivés au cours de la dernière période intercensitaire représentent plus de 11 % de la populationtotale des plus de cinq ans.On peut estimer que ces flux d’arrivées ont en outre eu tendance à s’être renforcés au cours de ces toutesdernières années à l’image de l’arrivée de l’ensemble des néo résidents (qui peuvent être originaires duLimousin).Au total, et même s’ils ne sont pas tous plus jeunes que la moyenne des résidents millevacois, les néo-Limousinscontribuent globalement au rajeunissement de la population ou, à défaut, au ralentissement de son vieillissement.Cependant la population âgée de moins de quarante ans devrait continuer à se raréfier. La part des aînés de 75ans ou plus pourrait représenter 18 % de la population du parc naturel en 2015, soit quatre points de plus quen1999. Ceci sexplique par le déficit de naissances, ainsi que par le solde migratoire (différence entre les arrivéesde population et les départs) qui, bien que positif depuis quelques années, accentue le vieillissement. Ainsi, prèsdun résident sur quatre venu dune autre région est âgé de 60 ans ou plus. Le solde migratoire est malgré toutpositif pour tous les âges, hormis pour les 15-25 ans, partis occuper un emploi à lextérieur, ou étudier à Limogesou Clermont-Ferrand.Le niveau de formation et la structure socioprofessionnelleIl ny a pas de particularité notoire en ce qui concerne le niveau de formation de la population du plateau. Onconstate une évolution un peu plus forte que sur lensemble du territoire du Limousin à la diminution du nombrede personne ayant un niveau inférieur au baccalauréat.En ce qui concerne les néo-Limousin compte tenu du caractère très rural du territoire du PNR et de labsence deville dépassant les 3000 habitants le taux de personne ayant le baccalauréat et plus (46%) est assez élevé.La réparation par catégorie socio-professionnelle du PNR se distingue peu de celle de la région hormis pour lesagriculteurs exploitants (+160%) qui marque un certain maintien du nombre dexploitation malgré une tendancegénérale à la baisse.Les revenusSur le PNR, 39 % des revenus déclarés proviennent des pensions et retraites (35 % sur lensemble de la régionhormis les aires urbaines de Limoges et de Brive- la-Gaillarde). Ainsi, plus de six foyers fiscaux sur dix ne sontpas imposés. Il est vrai que les retraités représentent près dun résident sur deux et parmi ceux-ci, 30 % sont1 Source : INSEE Limousin – numéros 18 – septembre 2005
  4. 4. danciens agriculteurs exploitants.Globalement, avec 8,01 euros de lheure en moyenne en 2001, les salariés du PNR perçoivent une rémunérationinférieure de cinquante centimes à celle constatée dans lensemble de la partie rurale du Limousin. L’écart peutatteindre un euro dans les industries agroalimentaires ou les industries des biens de consommation.Les servicesLes habitants du parc naturel de Millevaches sont souvent contraints deffectuer de nombreux kilomètres pouratteindre les équipements et les services de leur vie quotidienne. Plus dune personne sur cinq habite à plus decinq kilomètres des équipements de base, tels que lécole ou le bureau de tabac.Avec plus de 800 établissements et 1 700 salariés en 2003, lartisanat est très présent sur lensemble du territoireoù il représente environ 13 % de lemploi total de la zone.Comme dans le reste de la région, le tertiaire domine avec plus de 58 % des emplois. Lensemble « éducation,santé, action sociale », les services aux particuliers et surtout les services aux entreprises ont gagné desemplois.En matière de commerces, les flux internes du territoire sorientent vers trois bourgs-centres : Eymoutiers, Felletinet Meymac.
 En 1998, seulement 24 communes disposent des trois commerces de base (épicerie, boulangerie,boucherie). Parmi les 80 communes ne comptant aucun de ces trois commerces : 61 sont desservies par unboulanger et un boucher effectuant des tournées ; 15 sont desservies uniquement par la tournée du boulanger ; 4ne sont plus du tout desservies.L’industrie et la filière-boisAvec 1 850 personnes employées, lindustrie représente 14,4 % de lemploi total. Lindustrie du bois et du papierdomine puis quelle représente un quart des effectifs industriels.En 1996, les 26 scieries présentes sur le territoire représentaient une production de sciage denviron 127000 m3chaque année. La moitié dentres elles scie des résineux, pour les deux tiers du volume total, lautre moitié desfeuillus, pour le tiers du volume. Plusieurs unités importantes sont situées en bordure du territoire, notamment àBourganeuf et Felletin pour la Creuse, Sauviat-sur-Vige (Haute-Vienne) et à Egletons et le long de la nationale 89pour la Corrèze. Ces entreprises représentent plus de 270 emplois directs, auxquels il faut ajouter ceux généréspar lexploitation et le transport du bois et les services correspondants. Nombre de ces unités ont étémodernisées juste avant et depuis la tempête de 1999 pour faire face à l’augmentation prévue de la récolte et àl’évolution de la demande, ce qui a contribué à une bonne mobilisation des chablis. Cependant, il n’est paspossible de préciser l’impact réel de cette activité, les emplois induits n’étant pas individualisés dans les sourcesd’information disponibles.L’agricultureLagriculture occupe une place importante avec 20 % des actifs, soit 2 600 personnes. En une douzainedannées, dimportantes modifications sont intervenues. Ainsi, de 1988 à 2000, le territoire a perdu près de 1 000exploitations, soit 35 % du stock initial (évolution conforme à celle de la région hors aires urbaines). Cettediminution saccompagne dune augmentation régulière de leur taille.La production bovine du territoire représente la production dominante.
 En une décennie, le cheptel de vachesallaitantes a augmenté de près de 8 % (avec un accroissement marqué sur les cantons dEygurande, Eymoutiers,Felletin et Bugeat). Le nombre moyen de bêtes par exploitation est passé de 20 à plus de 30.La production de veaux maigres (broutards en direction essentiellement de la Plaine du Pô) reste lactivitédominante du secteur bovin (plus de 50 %).Les exploitations de plus de 75 hectares représentent aujourdhui 32 % de lensemble, soit vingt points de plusquen 1988, et leur part dans la surface exploitée est passé de 31 % à 63 %.Le tourismeComptant sur son territoire des sites touristiques complémentaires, le lac de Vassivière, le cœur du plateau deMillevaches, les Monédières, Meymac, le Parc possède de très nombreux atouts touristiques : environnementnaturel de qualité, patrimoine bâti remarquable. Toutefois l’offre touristique souffre de certaines inadéquationsavec la demande, aussi l’activité touristique n’a pas pris d’essor considérable sur le territoire.Lactivité touristique repose essentiellement sur les mois dété. On passe ainsi de 200 emplois liés au tourismedurant le premier trimestre, à 300 au cours des mois suivants. Les 600 emplois sont atteints en juillet et en août,puis on retrouve assez vite le niveau observé en début dannée. Cette chute à lautomne est beaucoup pluslimitée dans la région hors aires urbaines de Limoges et Brive-la-Gaillarde ; durant les deux mois dété, 3 500
  5. 5. personnes y sont occupées à des activités touristiques, 2 000 à 2 500 le reste de lannée.
  6. 6. II/ RENCONTRE AVEC LES ACTEURS ET ANALYSE SYSTÉMIQUELes structuresLors de la première phase de notremission, nous avons rencontré dix-huitstructures (panel d’acteurs choisis par DeFil en Réseaux), représentatives de ladiversité des activités et statuts quicaractérisent la dynamiquesocioéconomique des nouveauxhabitants du Plateau.Ces six entreprises (SCOP, SCIC, SARL,SAPO) et ces douze associations (donton trouvera la liste en annexe) sontmajoritairement des initiatives récentes(61 % des structures créées après 2000),couvrent un large champ d’activités(environnement, agricole, culturelle,enfance/jeunesse, tourisme,communication, informatique, commerce,création d’emplois, insertion sociale etprofessionnelle, habitat) touchantprincipalement les habitants du territoiredu PNR de Millevaches.Les partenairesParallèlement, des contacts ont été pris avec un panel de partenaires institutionnels et financiers qui observent,accompagnent et financent les dynamiques socioéconomiques à l’œuvre sur le Plateau.Nous avons ainsi rencontré des élus et des techniciens :  Des communautés de communes de Bourganeuf et du Plateau de Gentioux  Du Parc Naturel Régional du Plateau de Millevaches  De la Région LimousinDes structures d’accompagnement pour les entreprises et les associations :  Limousin Active  Le DLA de la CreuseDes acteurs disposant d’une expertise particulière :  Un ingénieur du Centre Régional de la Propriété Forestière  Le Président de la commission Paysage du PNR (un ancien élu corrézien)  Un ancien agent de développement, aujourd’hui secrétaire général de l’Assemblée des communautés de France (ADCF)
  7. 7. TABLEAU RÉCAPITULATIF DES STRUCTURES RENCONTRÉES Date Initiatives Statuts Activités Territoire Public créa. Aide aux enfants défavorisés – solidarité envers les familles, Enfants en situation de ADPEP de la Asso. 1916 accompagnement des enfants en Département handicap, enfants de Creuse situation de handicap, gestion familles défavorisées d’établissements ( CMPP,…) Scierie, fabrication et vente directe de Ambiance PNR et SAPO 1988 bois pour l’éco construction, Particuliers, entreprises Bois alentours l’aménagement et la rénovation Jeunes et public enAuto-école 23 Asso. 2010 Auto école sociale Département insertion ou public en grande précarité Instance de Réseau de bénévoles auprès des Canton de Pers. âgées (41) et 23 Asso. 1983coord. géronto pers. âgées Sornac bénévoles) RégionCesam Oxalis Scop 2006 Coopérative d’activités et d’emplois Créateurs d’entreprise Limousin Ressourcerie (collecte, valorisation, CC d’Aubusson Habitants, Association,Court Circuit Asso. 2010 vente des encombrants et Felletin et Scolaires, Jeunes sensibilisation) alentours Animation (lieu d’accueil), Salariés, bénévoles PNR Ctrl - A Asso. 2006 sensibilisation et formation à l’usage d’associations, et grand Millevaches des TIC, promotion du logiciel libre public Associations, Animation du réseau d’acteurs, entreprises De Fil en accompagnement de projets coopératives, Asso. 2005 PNR Réseaux individuels et collectifs sur le plateau collectivités du limousin territoire, porteurs de projet Exploitation agricole en polyculture CC Portes de élevage, production écoulée en vente Vassivière,GAEC Champs GAEC 1996 directe, à l’origine de la création Bourganeuf et Habitants du territoire Libre d’une association culturelle Royère de Contrechamps Vassivière, Logement/restauration et Jeunes adultes dans la FJT de Tulle Asso. 1982 accompagnement des jeunes en Département vie active mobilité Création de logements en neuf ou en PNR et autres rénovation sociale et en éco Collectivités locales,L’Arban (SCIC) SCIC 2008 territoires du construction, et assistance à maîtrise futurs habitants Limousin d’ouvrage pour les collectivités Multi services (bar, brasserie, Habitants du territoire, Latelier SARL 2003 PNR restaurant, boutique) touristes Sensibilisation et éducation àLe Battement Asso. 2005 l’environnement et au développement Pays de Tulle Tous publics daile durable. Animation et services pour laLes Plateaux PNR Asso. 1974 jeunesse et les familles – accueil de Tous publics Limousins Millevaches nouveaux arrivants et de touristes Les Petits Activités Petite enfance (micro CC de Bugeat - Familles avec des Asso. 2008 Bouts crèche, lieu d’échange entre parents) Sornac jeunes enfants Epicerie, café, lieu de vente de CC du Pays de Li en Goure Asso. 2008 Habitants produits locaux Nexon Culture : créer des dynamiques par PNR Tous publics, scolaires, Pays Sage Asso. 1989 l’action culturelle Millevaches jeunes, artistes Presse et articles Scop La Scop 2007 Agence de communication National et PNR revues ESS et Navette associations
  8. 8. Une lecture systémiqueDe ces entretiens dont la matière est extraordinairement riche ainsi que de la lecture de nombreux documents(études, rapports, documents d’aménagement…), nous avons tenté d’effectuer une première lecture systémiqueen proposant de partager une clé qui nous est très vite apparue évidente : il n’y a pas un Plateau de Millevaches,mais trois plateaux qui « se superposent sans pratiquement se toucher » :  Le Plateau de Millevaches au sens géographique et économique tout d’abord, celui de la « carte postale » présentée plus haut. Essentiellement forestier et agricole, potentiellement touristique et réserve de biodiversité, ce plateau est au service d’une économie d’exportation de matière première, dont les leviers sont largement exogènes.  Le Plateau du « réseau des acteurs de la Montagne limousine » ensuite, une appellation qui a un temps fédéré les nouveaux arrivants et les pionniers autochtones du renouveau de ce territoire engagé dès la fin des années 70. Mythique et charismatique, attirant et accueillant, ce plateau est celui des très nombreuses initiatives innovantes et solidaires qui constituent l’objet de la présente étude action.  Le Plateau vu de l’extérieur enfin, ce laboratoire d’innovation sociale mais aussi creuset contestataire, qui fascine et agace les institutions qui lui reconnaissent son talent mais déplorent sa marginalité.1/ Le plateau « physique »Décrit de manière exhaustive dans le diagnostic et la charte du Parc Naturel Régional, étayées notamment parune note de l’INSEE en date de 2005, ce plateau de Millevaches forestier, agricole, touristique et patrimonial afait l’objet de la part de nos interlocuteurs, d’appréciations convergentes sur :  La problématique forestière (entretiens avec le directeur du PNR, un ingénieur forestier du CRPF, un propriétaire forestier ancien maire et conseiller général) qui met en évidence une forme de fracture entre la forêt et les habitants : o Une forêt « fille du désespoir et de l’exode rural » dont les propriétaires n’habitent plus le territoire et la présence envahit le paysage. o Une matière première récoltée « industriellement » dont la transformation (et donc la valeur ajoutée) se fait en dehors du territoire.  La problématique agricole (entretiens avec trois agriculteurs, le PNR, le CRPF, les communautés de communes du Plateau) qui met en évidence la prédominance de l’élevage bovin viande : o Principalement axé sur la production de veau broutard destiné à l’exportation vers l’Italie. o Organisé sur un modèle extensif et mécanisé ainsi qu’un agrandissement spectaculaire de la taille des exploitations. o Très dépendant des aides de la Politique Agricole Commune pour son équilibre économique.  La problématique touristique (entretiens avec le PNR, les présidents de communauté de communes, le Conseil Régional) qui met en évidence la volonté du Conseil Régional de faire du Lac de Vassivière une destination touristique et culturelle de premier plan, tandis que d’autres acteurs (président de la commission Paysage du PNR) verraient plutôt l’opportunité de développer un tourisme doux (durable, axé sur la nature et l’environnement) tout au long de l’année, sur le modèle irlandais.  La problématique environnementale (entretiens avec le PNR et les présidents de communauté de commune) qui met en évidence les enjeux pour l’avenir, d’un territoire encore très préservé dont la vocation de réserve de biodiversité, de gestion des zones humides et de son rôle de château d’eau apparaît évidente.  Le paradoxe d’une économie agricole et forestière qui ne produit quasiment pas de retombées locales (peu d’emplois et peu de valorisation) et d’une économie touristique balbutiante, au regard d’une reconquête démographique qui se joue sur un tout autre plan comme on le verra ci-dessous.2/ Le plateau du « réseau des acteurs de la montagne limousine »C’est en effet sous ce vocable que s’est concrétisée il y a dix ans, la première forme de fédération des initiativessociales et économiques innovantes qui se sont développées sur le plateau de Millevaches dès les années 80.Aujourd’hui baptisée « De Fil en Réseaux » cette association constitue en quelque sorte la tête de pontinstitutionnelle des dizaines d’associations, d’entreprises et d’initiatives informelles qui se sont créées sur le
  9. 9. Plateau, animées pour l’essentiel par les générations successives de nouveaux habitants venus s’installer depuistrente ans.Au travers des témoignages des acteurs eux mêmes (les 18 structures rencontrées) mais aussi de leurspartenaires institutionnels, c’est l’image d’un plateau rebelle, créatif, alternatif, en tous cas doté d’une fortepersonnalité, voire d’un véritable charisme, qui se dessine :  Un plateau charismatique (histoire de la Résistance pendant la dernière guerre, paysages grandioses, rudesse du climat et courage des hommes…) et accueillant (volonté précoce d’accueillir des nouveaux habitants, bienveillance des élus locaux à l’égard des projets atypiques, solidarités entre les habitants…) qui suscite les vocations d’installation néo-rurale en dépit des handicaps de son isolement et de son climat. Ces projets d’installation sont le plus souvent des projets de vie (voire des projets idéologiques) avant d’être des projets économiques.  Des acteurs très divers dans leurs projets et leurs conceptions politiques (mais soudés par un réflexe de solidarité dès lors qu’il s’agit de défendre la spécificité du Plateau) revendiquant pour la plupart une démarche alternative à l’économie conventionnelle comme à la société de consommation : o Les élus locaux (des communes creusoises plus que de celles de la Corrèze semble t-il…) qui ont été quelques uns il y a trente ans à initier la dynamique d’accueil et qui continuent de soutenir et accompagner les initiatives prises par les habitants du territoire. o La génération des premiers arrivés (qui se reconnaissent avec humour dans l’appellation de « dinosaures ») dont les initiatives économiques (Ambiance-Bois, GAEC Champs-Libres, SCOP La Navette…), sociales (Association des Plateaux Limousins, VASI Jeunes…) et culturelles (Télé Millevaches, Contrechamps, Pays Sage…) dont les initiatives innovantes et pérennes ont structuré la renaissance du territoire tout en lui conférant une notoriété emblématique dans les milieux du développement local. o Les arrivants de la dernière décennie (qui se reconnaissent avec tout autant d’humour dans l’appellation de « blancs-becs ») dont les initiatives plus sociétales (Les Petits Bouts, Li en Goure, Le battement d’Aile…) ou plus collectives (CESAM-Oxalis, Association Pivoine, De Fil en Réseaux…), commencent pour certaines à essaimer au delà du noyau central du Plateau. o De très nombreux acteurs dont la posture est avant tout de « faire » là où il se sont installés, de répondre à un besoin tout en construisant un projet de vie alternatif, sans se préoccuper de donner un sens politique à leur action ni de s’organiser collectivement pour défendre leurs intérêts (L’atelier, Auto-école 23, Ctrl_A, projets agricoles diversifiés, associations locales…). o Un nombre plus restreint d’acteurs pour qui la fédération des énergies, la coordination des actions et l’organisation d’un dialogue constructif avec la puissance publique, constituent un enjeu pour la pérennité de la dynamique du territoire (on y retrouve notamment toutes les structures membres et administrateurs de De Fil en réseaux) et qui utilisent eux mêmes pour décrire leurs positionnement, l’image de l’iceberg dont ils seraient la partie émergée, tandis que les acteurs de terrain en seraient la partie immergée.3/ Le plateau vu de l’extérieurIl s’agit plus précisément des représentations que se font les institutions et de manière générale les observateursde cette dynamique atypique de développement local du plateau « alternatif » évoqué ci-dessus.Il nous est en effet apparu dans les discussions avec les partenaires (élus et techniciens des collectivités,organismes publics et observateurs qualifiés) que le « phénomène » Millevaches les intéressait toujours, lesséduisait ou les fascinait même, les interpellait parfois et les agaçait pour certains :  Ainsi tous les techniciens rencontrés reconnaissent la vitalité et la créativité des initiatives développées par les acteurs du plateau de Millevaches, tout en insistant sur la spécificité de ce territoire (et par conséquent sur les limites de la reproductibilité de ces expériences). Ils leur sont gré en tous cas de stimuler leur réflexion professionnelle, même lorsqu’il s’agit de redoubler d’ingéniosité pour faire passer certains dossiers auprès de leurs exécutifs.  Quant aux élus leur appréciation diffère selon que leur territoire se situe au cœur même du Plateau (par exemple le président de la CC du Plateau de Gentioux) ou bien juste en bordure (comme le président de la CC de Bourganeuf) ou bien encore à l’échelle départementale ou régionale (où nous n’avons pas pu
  10. 10. rencontrer les élus contactés) : o Pour les premiers (élus du plateau) le dynamisme des nouveaux arrivés est une formidable opportunité de développement, sur laquelle il convient de s’appuyer même quand les projets semblent atypiques ou peu réalistes. o Pour tous les autres le regard posé sur le Plateau est constitué d’un mélange d’admiration (pour ce dynamisme du « triangle d’or » entre Eymoutiers, Bourganeuf et Aubusson), de scepticisme (par rapport à la pérennité économique de cette dynamique qui repose selon eux principalement sur des emplois aidés et des subventions publiques) et parfois d’agacement (pour la place prise par les projets déposés par ces acteurs - au détriment des territoires moins dynamiques - et leur réticence ouverte à « rentrer dans les clous »).  Pour ce qui est enfin du regard posé par les observateurs que sont notamment les dispositifs d’accompagnement des entreprises et des associations c’est la question du modèle économique et de sa pérennité qui est posée, mais avec des réponses positives pour les uns, sceptiques pour les autres.Il n’en reste pas moins que le rôle de ces partenaires est déterminant pour la consolidation de ladynamique d’accueil et le développement des initiatives prises par les nouveaux arrivants :  La Région Limousin qui finance DFER et 56 emplois associatifs (pour 45 structures sur 19 communes).  Le Parc Naturel Régional avec l’appel à projet ESS (35 k€ de subventions accordées en 2010) et le programme Leader qui finance notamment les activités culturelles et les circuits courts.  Les conseils généraux qui financent les actions relevant de l’insertion.  La Fondation de France qui a financé une dizaine de projets sur le PlateauC’est donc une part de la complexité de ce système d’acteurs et de leurs représentations que nous avons essayéde représenter dans le schéma ci-dessous, afin de mettre en perspective la lecture de ce qui précède et aborderla question des enjeux :Ce schéma permetd’observer que seulsle Parc NaturelRégional et la RégionLimousin (par ailleursétroitement liés l’un àl’autre) semblent àmême d’assurer lelien entre les deuxpremiers plateaux quise superposent :en effet les principauxacteurs économiquesdu « plateauphysique » dontl’activité dépend defacteurs exogènes,n’ont que très peu decontacts avec ceux du« plateau alternatif ».De leur côté les acteurs institutionnels (dont font partie également le PNR et la Région) ont des représentationscontrastées du « plateau alternatif », qui ne facilitent pas toujours la compréhension réciproque avec ses acteurs.Cette lecture du territoire et de son système d’acteurs en trois plateaux, permet ainsi d’identifier un enjeu centralde la consolidation de la dynamique d’accueil et de développement local de ce territoire : la nécessité de créerplus de liens et de compréhension réciproque entre ces trois niveaux, qui ne peuvent que gagner à consoliderleurs atouts respectifs pour pallier aux faiblesses de chacun.
  11. 11. III/ IDENTIFICATION DES ENJEUX1/ Forces et faiblessesSans avoir la prétention d’établir un diagnostic approfondi du Plateau de Millevaches, les entretiens avec lesacteurs et l’analyse que nous en avons proposé ci-dessus, permettent d’appréhender les principales forces etfaiblesses de sa dynamique socioéconomique :Forces FaiblessesImage, charisme et attractivité du Plateau de Millevaches Enclavement géographique et distances de communicationsVolonté d’accueil et solidarités locales Difficultés d’accès au logement et au foncierInventivité et dynamisme des initiatives et projets d’activité Dépendance des emplois à l’argent publicDiversité et longévité des initiatives socioéconomiques Absence de lien économique avec le « plateau physique »Structuration du réseau d’acteurs (DFER) Vieillissement de la population et absence de jeunes (16/25)Menaces OpportunitésAggravation des coûts énergétiques et difficultés de mobilité Laboratoire d’innovation socialeBaisse des financements publics et des emplois aidés « Territoire en transition »« Agacement » des financeurs Mobilisation de l’épargne localeFracture entre les «propriétaires» et les usagers du Plateau Formation, éducation populaire et transmission2/ Convergences et divergences des représentationsDe la même façon, la lecture systémique du territoire sur le modèle des trois plateaux, permet d’acter lesconvergences et de cerner les divergences entre les représentations des différents acteurs, afin d’affiner laperception des enjeux : CONVERGENCES DIVERGENCESImage, charisme et attractivité du Plateau de Millevaches Des visions du développement forestier, agricole etVolonté d’accueil et solidarités locales touristique peu compatibles avec la notion deInventivité et dynamisme des initiatives et projets d’activité développement localCapacité d’innovation des acteurs Des doutes sur la pérennité du modèle économique des projets et initiatives du plateau alternatifNécessité de poursuivre et de consolider la reconquêtedémographique du territoire Etre ou ne pas être « dans les clous » des programmes ?Le croisement de ces différents éclairages (systèmes d’acteurs et représentations, forces et faiblesses,convergences et divergences), permet dès lors de pressentir et d’énoncer sous la forme de questionnements,trois grands types d’enjeux susceptibles d’impacter la consolidation de la dynamique socioéconomique du « desacteurs de la montagne limousine ».Des enjeux stratégiques et politiques pour commencer, car toute démarche alternative risque de se heurter tôt outard aux réactions des acteurs qu’elle interpelle, dérange et donc remet en cause. Faut-il ainsi pour De Fil enRéseaux et les acteurs du « Plateau alternatif » :  Revendiquer plus explicitement une posture de décroissance et un statut de « territoire en transition » ou bien avancer masqués, en s’abritant pudiquement derrière le concept d’économie sociale et solidaire en se donnant un statut de laboratoire d’innovation sociale ?  S’efforcer de mieux encore structurer le réseau des acteurs, afin d’offrir un contexte plus cohérent aux partenaires institutionnels qui assurent une part essentielle de la viabilité économique des initiatives, ou bien jouer la dialectique entre le « bouillonnement créatif autogestionnaire » de la partie immergée de l’iceberg et la « posture responsable » des acteurs de la partie émergée, qui pensent nécessaire de conforter le dialogue avec les institutions ?  Choisir plutôt d’investir politiquement l’échelon local (les communautés de communes du Plateau et le Parc Naturel Régional) pour conforter l’ancrage territorial des acteurs ou plutôt parier sur la multiplication des partenaires publics et privés (Conseils Généraux, Conseil Régional, Etat, Fondations…) afin de « ne pas mettre tous les œufs dans le même panier » ?
  12. 12. Des enjeux opérationnels et prospectifs ensuite, car la manière de faire et les priorités qu’on se donne, sont toutaussi importantes que le chemin qu’on choisit. Faut-il ainsi pour les partenaires institutionnels et financiers quisouhaitent consolider la dynamique du Plateau :  Privilégier l’appui institutionnel aux initiatives entrepreneuriales susceptibles de créer plus de transversalité et de cohérence entre les « trois plateaux » (transformation et valorisation des productions agricoles et forestières, maîtrise foncière, développement de l’habitat, réponses aux besoins de services du territoire et des habitants…) et par conséquent d’atteindre plus vite l’autonomie économique tout en intensifiant la main d’œuvre et en consolidant les emplois créés ?  Encourager plutôt les initiatives sociétales innovantes à se développer sur le modèle d’une « fabrique citoyenne » qui cherche à mobiliser en priorité les moyens humains et financiers des acteurs locaux, en limitant au maximum le recours aux subventions publiques et ce qu’elles créent à terme comme dépendance économique ?  Inciter les associations comme les entreprises à adopter des formes de gouvernance coopérative qui puissent toujours mieux conjuguer l’autonomie, la responsabilité et la solidarité réciproque des parties prenantes afin d’en consolider le fonctionnement et d’en assurer la pérennité ?Des enjeux sociétaux et de cohésion sociale enfin, car la façon de fonctionner ensemble (entre générations ouentre cultures différentes mais aussi entre nouveaux arrivants et habitants existants…) et la capacité d’acquérirdes compétences constituent sans doute deux des principales clés d’explication de la « success-story »Millevaches. Faut-il ainsi pour les habitants du territoire :  Essayer d’organiser la transmission de l’expérience et des responsabilités entre les « dinosaures » (acteurs pionniers du renouveau et du repeuplement du Plateau) et les "blancs-becs » (nouvelles générations d’arrivants dont les motivations et les cultures de l’action sont parfois très différentes), ou bien plutôt laisser les nouveaux réinventer le monde avec leurs codes ?  Porter une attention plus soutenue au lien entre les « néos-millevacois » du « plateau alternatif » et les autres habitants (qu’ils y soient nés ou arrivés plus récemment) dont la relation au territoire est parfois très différente (agriculteurs conventionnels, travailleurs forestiers, salariés du secteur médicosocial…) pour prévenir un risque de fracture culturelle et améliorer le « vivre ensemble » ?  Anticiper la question du vieillissement (de la population en général et des acteurs clés du plateau alternatif en particulier) mais aussi celle de la place des jeunes adultes sur le territoire, en encourageant les initiatives promouvant la solidarité intergénérationnelle dans les domaines prioritaires de l’habitat et de la mobilité ?  Consolider les initiatives existantes en matière de formation et structurer un projet ambitieux d’éducation populaire, qui offre à tous les habitants du territoire une possibilité de développer leur « pouvoir d’agir » (empowerment) ?A la lecture de ces enjeux, trois pistes de travail (trois chantiers) apparaissent comme susceptibles de contribuerà la consolidation de la dynamique des acteurs du plateau et donc également d’une meilleure réponse auxbesoins du territoire :  Un chantier « richesses humaines » qui explorerait toutes les possibilités de faire monter (par l’éducation populaire, la formation/développement et la facilitation participative) en compétence globale l’ensemble des acteurs du territoire.  Un chantier « projets structurants » qui explorerait les possibilités d’accompagner en ingénierie et en financement des projets économiques transversaux (agriculture/alimentation, forêt/bois, foncier/habitat, foncier/installation, tourisme durable…).  Un chantier « fabrique citoyenne » qui explorerait les possibilités de soutenir l’émergence de projets sociaux innovants, capables d’hybrider l’argent public et l’argent privé, mais aussi d’associer différemment, au sein d’une relation coopérative : des usagers, des salariés, des volontaires, des bénévoles, des philanthropes…
  13. 13. IV/ LE MODÈLE DE DÉVELOPPEMENTL’énoncé des enjeux et des pistes de travail que nous ont permis d’identifier cette approche systémique duterritoire et des ses acteurs, esquissent en creux si l’on y regarde bien, une redéfinition possible du concept dedéveloppement local.Le concept de développement local dispose en effet dautant d’acceptions, que de décennies (depuis sanaissance dans les années 70) et que d’enjeux institutionnels pour les collectivités publiques qui en ont fait unaxe de leurs politiques territoriales.Comme bien des approches innovantes, le concept de développement local (développement endogène desterritoires en marge des grands flux du marché) a connu un cycle « expérimentation / institutionnalisation /immobilisation » qui lui a fait perdre, trente ans plus tard, une grande partie de sa pertinence.Par ailleurs, d’autres concepts plus récents (sans doute voués au même sort) comme celui de développementdurable, d’économie sociale et solidaire ou encore de territoires en transition sont venus interférer avec celui dedéveloppement local, tandis que les générations successives d’appels à projets et de programmes publicsempilaient les définitions et les critères les uns par dessus les autres.Le développement local est donc sans doute à réinventer, dans un contexte inédit où nos sociétés sontaujourd’hui confrontées simultanément à trois crises majeures, économique, écologique et sociétale.Or il apparaît que les acteurs du Plateau de Millevaches, qui ont su conjuguer depuis trente ans bouillonnementcréatif et réticence à l’institutionnalisation, continuent de développer des projets dont la capacité d’adaptation etd’innovation donne, à notre avis, des indications sur ce que pourrait être une nouvelle approche du concept dedéveloppement local. Le battement d’ailesFaire autrement… Le «Battement d’ailes» est une association créée il y a six ans par un desIl y a tout d’abord la recherche animateurs de « PIVOINE » une structure d’accompagnement de projets.d’alternatives dans les domaines du Petit fils d’agriculteurs, c’est sur la propriété familiale à Cornil (aux confins dutravail et de la production, de la Plateau) que Pascale Brette lance cette initiative d’un centre agroécologique.consommation, de l’habitat et des Le statut juridique du Battement d’Ailes est celui d’une association mais sondéplacements, qui constituent autant de fonctionnement est délibérément celui d’une entreprise coopérative.pistes pour amorcer des réponses aux Le statut associatif a été et reste encore très précieux pour ce qu’il ouvre detrois crises évoquées plus haut. Ainsi : portes en termes d’image non lucrative et de financements spécifiques. Il incarne plus que la coopérative, la notion d’intérêt général. Pourtant le  Les pratiques qui transforment Battement d’ailes est une véritable entreprise, fonctionnant avec une dizaine deen profondeur la relation au travail et permanents dont 3 salariés (2 ETP) fiscalisée pour 85% de son chiffre d’affairesau salariat sur le modèle de (60 k€), tout en consacrant 50% de son activité à des activités considéréesfonctionnement coopératif (entre comme non lucratives. Ainsi :salariés, entrepreneurs et bénévoles)  L’hébergement (gîte, yourtes), la formation, la location de toilettes sèches,qu’ont adopté aussi bien des la vente de légumes frais et de produits agricoles transformés jus deassociations (les Plateaux Limousins, le fruit…), le camping à la ferme et la restauration constituent des activitésBattement d’ailes…) que bien entendu fiscalisées.des entreprises coopératives (la SAPO  La mise à disposition de toilettes sèches, l’éducation à l’environnement,Ambiance-Bois, la SCIC l’Arban, le l’accompagnement des groupes ou des personnes, la diffusion de laGAEC Champs-Libres, les SCOP connaissance du vivant, l’éco-construction, l’offre culturelle, les pratiques artistiques, les chantiers bénévoles sont considérées comme des activitésCESAM et La Navette, la SARL non lucratives.l’Atelier…). Dans ces structures (cf Il n’empêche que la question de se transformer en coopérative se posera del’exemple ci-contre du Battement d’ailes) plus en plus. Restera à trouver le temps et l’énergie pour cela.la distinction entre porteur de projet, En attendant, les salariés qui ont tous été bénévoles et administrateursentrepreneur, salarié, bénévole ou auparavant, restent de fait dans la gouvernance coopérative dès lors qu’ilscompagnon de route, s’estompe au profit changent de statut.d’une approche coopérative et Tous plus ou moins à temps partiel, les salariés peuvent éventuellementpragmatique : chaque personne engagée changer de statut, de temps de travail en fonction des besoins du projet (l’undans le projet est considérée comme peut se mettre au chômage tandis que l’autre passe de bénévole à salarié). Ilspartie prenante et acteur à part entière, à sont pour la plupart d’entre eux également parties-prenantes du projet de vie local, habitat précaire (yourtes, caravanes) et peut-être demain éco-hameauégalité de travail et de responsabilités coopératif (une parcelle d’un hectare et demi vient d’être achetée en limite dedans le fonctionnement et la propriété pour ce projet), autosuffisance alimentaire sur la ferme, une école alternative….
  14. 14. gouvernance de la structure. Son statut juridique est déterminé en fonction de ses besoins et des moyens économiques de l’association. On peut être ainsi à tour de rôle stagiaire (éventuellement en formation) ou compagnon (dans le cadre du réseau REPAS) puis salarié à temps partiel, puis bénévole (tout en étant demandeur d’emploi), puis un jour de nouveau salarié lorsque les conditions économiques le permettront. Il y a sans doute là l’esquisse d’un modèle de développement et de Champs-libres / Contrechamps consolidation de l’activité dans les territoires ruraux, qui nécessitera Groupement Agricole pour l’Exploitation en Commun (GAEC) créé en 1988, bien entendu d’aller au delà du Champs-Libres est un projet agricole (légumes, fruits, céréales, viande) et culturel « bricolage » actuel (en trouvant (programmation culturelle rurale) coopératif et solidaire qui compte trois paysans comment articuler bénévolat, associés et deux salariés permanents, secondés régulièrement par deux salariés volontariat et revenus de transferts saisonniers et des stagiaires (réseau de compagnonnage REPAS). avec entreprenariat et salariat, pour Pratiquant l’entraide, la complémentarité de production, la mise en commun de l’achat et de l’usage de matériel, la réalisation commune de certains travaux avec les construire un statut pérenne à agriculteurs voisins, Champs Libres développe un réseau de clients qui viennent l’activité polyvalente en milieu rural). chercher leur panier de légumes à la ferme chaque semaine. Le reste est vendu sur  Les initiatives qui un marché de Limoges et sur celui dEymoutiers. Une partie des terres exploitées défrichent un autre rapport à la par Champs-Libres est la propriété de la Foncière Terre de Liens. consommation comme par Champs Libres sinsère ainsi parfaitement dans la politique de Terres de Liens et exemple les ressourceries (Court- partage avec elle lidée que le devenir dune agriculture respectueuse de Circuit, Le Monde allant vers), lenvironnement dépasse la seule responsabilité des exploitants et relève aussi des l’alimentation en circuits courts citoyens. En effet, ceux-ci en souscrivant au capital de la Foncière Terre de Liens permettent de réunir largent nécessaire à lachat collectif du foncier pour favoriser le (Champs Libres, Lit en Goure…), la maintien et linstallation de projets agricoles écologiques et solidaires. Il sagit de culture participative (Emile à une protéger la terre comme étant un bien commun. vache, Contrechamps, Pays En 2001, Champs Libres est à linitiative de la création de l’association Sage…). Dans ces structures qui Contrechamps qui a une vocation de développement local en organisant des conjuguent pour la plupart une événements culturels sur et autour de la ferme (la ferme du 17ème siècle qui accueille activité économique et une activité les activités culturelles elle est louée via un bail emphytéotique). Une des granges a culturelle, les « consommateurs » ou été transformée en salle de spectacle grâce à plusieurs chantiers de bénévoles. usagers du service peuvent être Chaque année se sont plus de six manifestations (concerts, bals et pièces de associés de manière solidaire ou théâtre) qui y sont programmées. Champs Libres accueille également des stagiaires militante à ceux qui les produisent. en formation (compagnonnage du réseau Repas, jeunes agriculteurs qui finalisent leur apprentissage). De manière plus générale les formes Budget annuel : entre 180 000 et 190 000 € de consommation dites « collaboratives » appelées aussi « économie du partage », constituent à la fois une réponse efficace à court terme aux contraintes économiques qui pèsent sur les ménages en période de crise, mais aussi et surtout une perspective d’avenir susceptible de mieux conjuguer économie, solidarité et développement local. On retrouve là les fondements du concept de développement endogène s’appuyant principalement sur la créativité, les compétences et l’énergie des habitants d’un territoire. La création d’une monnaie La SCIC l’Arban complémentaire voire à terme, l’expérimentation locale du concept deLArban assure la maîtrise douvrage, ou lassistance à maîtrise douvrage de revenu de base (appelé aussi revenuprojets déco-habitat. La Scic fait ainsi bâtir à Faux-la-Montagne un logement universel ou revenu d’existence), pourraitdaccueil temporaire destiné à héberger des personnes ou des familles venir étayer un modèle économique biendésireuses de sinstaller sur la Montagne limousine, mais ayant besoin, au plus pérenne que celui qui repose sur despréalable, de tester la viabilité de leur projet dinstallation (cest ce quon appelle subventions.un logement passerelle).La Scic a également vocation à animer des projets de planification urbaine ou  Les initiatives qui explorent unedurbanisme opérationnel. À Faux-la-Montagne par exemple, lArban a autre relation à la propriété et au vivrecoordonné, pour le compte de la commune, la création de lécoquartier du Four ensemble en agissant notamment sur leà pain : 10 parcelles à vendre (par exemple à des autoconstructeurs), 2 foncier et l’habitat (L’Arban avec lesparcelles réservées à du logement social, et des parties communes (verger, projets de logement passerelle etpotager, lieu de compostage, parking, four à pain, halle). À Gentioux, en d’écoquartier à Faux-la-Montagne, Terresappuyant sur un groupe dhabitants, elle a aidé la mairie à définir la de Liens, la communauté de communesdestination dun bâtiment communal à rénover. À Gioux, lArban accompagne la du Plateau de Gentioux qui a acheté desmairie dans son projet de création de logements en entrée de bourg. Dans tousles cas, la démarche est la même : participation des habitants, des terres pour les mettre à dispositionbénéficiaires, de la collectivité à travers des réunions publiques ou des groupesde travail.Enfin lArban propose daccompagner les démarches dhabitats collectifs ougroupés.
  15. 15. d’agriculteurs…). La question de la propriété foncière apparaît cruciale pour le territoire du Plateau deMillevaches, dont les principaux propriétaires (forêts, résidences secondaires …) n’y résident pas ou raisonnentselon des logiques malthusiennes (grosses exploitations agricoles…). Le développement et la consolidation de ladynamique d’accueil et d’installation ne pourra en effet pas se poursuivre, sans accès et sécurisation de l’usagedu foncier qu’il soit bâti, agricole ou économique. D’une manière plus générale cette réflexion sur la dissociationde la propriété et de l’usage apparaît comme indispensable au regard des évolutions sociétales et des parcoursde vie : venir s’installer sur le Plateau de Millevaches ne doit plus être nécessairement un choix pour la vie. Lesterritoires ruraux ont tout à gagner pour L’Atelier à Royèreleur développement, à faciliter desparcours résidentiels et professionnels Trois activités commerciales (un bar, une boutique, une brasserie) quipermettant de s’y investir pour un temps emploient 9 salariés, trois associations socioculturelles, des concerts,donné sans forcément y être né ou s’y expositions et projections, un point public multimédia, deux festivals, des coursinstaller définitivement. de danse et de théâtre, un dépôt de pain et de légumes, l’Atelier est un endroit  Les initiatives qui contribuent multi-facettes, multiservices, une plateforme rurale et conviviale devenu leà mutualiser les moyens, les poumon du village de Royère-de-Vassivière La création d’un groupement d’employeur (GE de la Mayade) permet decompétences, les locaux. Il s’agit de mutualiser les coûts liés à l’emploi des salariés de deux associations : Émile Aconforter dans la durée des projets Une Vache et Contes en Creuse. Cette dernière organise chaque année depuiscomplexes qui ne peuvent pas 1995 le festival Paroles de conteurs sur l’île de Vassivière. Émile A Une Vache,  toujours assumer toutes les créée en 2004, se charge dorganiser toutes sortes dévénements culturels,fonctions nécessaires à leur principalement à l’Atelier, vis-à-vis duquel elle occupe un rôle de partenaire-développement : administratives, prestataire : des concerts, des expositions, un festival de BD et éditionscommunicationnelles, commerciales, indépendantes, des résidences d’artistes… Lassociation bénéficie d’un emploilogistiques, financières, immobilières… associatif à temps plein aidé à 70 % (58 % par la région Limousin et 12 % par le département de la Creuse) et de l’implication d’une quarantaine de bénévolesDe ce point de vue là aussi, le renouveau actifs. Le réseau informatique a permis la naissance d’un point publicdu développement local passera multimédia géré par l’association Ctrl-A et la création de deux emplois. Unecertainement par des approches plus quinzaine de bénévoles participe à l’activité de l’association.coopératives, plus collaboratives, pluscollectives.Inventer un nouveau modèle économique…Ce que dessinent en filigrane toutes ces initiatives diversifiées et innovantes qui sont la marque du Plateau deMillevaches et de ses acteurs, c’est sans doute un nouveau modèle économique pour le développement local,basé sur l’hybridation des ressources et des statuts d’activité ainsi que sur la mutualisation des compétences etle développement des pratiques collaboratives.Développer une capacité d’adaptation globale…Il y a sans doute enfin quelque-chose de plus immatériel qui transparaît dans ces expériences, c’est la capacitéde résistance et le potentiel de résilience, c’est à dire d’adaptation à des changements ou des conditionsdéfavorables, dont font preuve les projets et les personnes qui les animent.Cette capacité de résistance et d’adaptation dont le Plateau et ses habitants ont plusieurs fois démontré lepotentiel au cours de l’histoire, pourrait sans doute être érigée en méthode pour le développement local desannées à venir. *********************

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