H11-OUT

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H11-OUT

  1. 1. 16 I HAMAJI HAMAJI I 17 OUT OF AFRICA AFRIKABURN FROM EPHEMERAL TO ETERNAL. « Le temple » brule. Une douce chaleur inonde mon visage. En cet instant, le silence du désert a repris ses droits. Les flammes s’étirent vers le ciel et emportent avec elles le message que j’ai apposé sur le bois souple de la structure : « Tout est éphémère ». Pourtant, la flamme de l’Afrikaburn continue encore de bruler aujourd’hui, au creux de mon âme. Retour sur l’expérience d’une vie. «The temple» is burning. A gentle heat rushes over my face. At this moment, the desert of silence has reasserted itself. The flames stretch skyward taking with them the message I affixed to the soft wood of the structure: «Everything is ephemeral.» Yet AfrikaBurn’s flame still continues to burn, deep in my soul. Throwback to a lifetime experience. TEXTE ET PHOTO YANN MACHEREZ «CEN’ESTPASUNFESTIVALDEMUSIQUE.CEN’ESTPASUNFESTIVALD’ART. C’EST UNE EXPÉRIENCE ARTISTIQUE TEMPORAIRE, EN COMMUNAUTÉ ET EN AUTONOMIE TOTALE » C ’est par ces quelques phrases, trouvées dans l’AfrikaBurn Survival Guide, que j’ai découvert l’univers et la philosophie de ce « festival ». La première édition de l’AfrikaBurn a eu lieu il y a dix ans. Après trois ans de réunions, d’organisation, de tractations avec la Black Rock Art Fondation -créée en 2001 par une partie des organisateurs du Burning Man -, le festival peut enfin voir le jour. À l’instar de son grand frère, le principe ne change pas: le désert, une ville temporaire, une activité artistique, la recherche de l’incongru et de l’inepte, une joie de vivre brulante et une philosophie fondée sur le respect et le partage. « Tu existes. Tu construis les camps, l’art, et les véhicules mutants. Tu es l’artiste - et le public. Il n’y a pas de « eux » - il n’y a que nous, et nous y sommes tous ensemble.» - extrait de l’AfrikaBurn Survival Guide. À la lecture de ces lignes, je me fige. Je sens le feu commencer à me bruler. Un désir de vivre cette expérience, de plonger dans l’inconnu, de revenir à l’essentiel. C’est ainsi que, après avoir acheté mon billet en ligne, je mis une croix rouge dans mon agenda, à la date du 27 avril 2015. Ce jour la, je deviendrai un « Burner ». Des « Burners », ces récidivistes du bonheur et de l’éphémère, j’en ai rencontré un bon nombre durant les quelques mois qui ont précédé cette date. « Pour profiter au maximum de l’évènement, il faut un minimum de préparation », me conseille Jason, y ayant participé l’année dernière. Et pour vivre en autonomie totale dans le désert durant une semaine, ce minimum devient vite un véritable challenge. Tentes, équipement de camping, nourriture et eau (cinq litres d’eau par personne et par jour), déguisement et moyen de transport pour amener tout ce beau monde au milieu du désert. « La seule chose que tu pourras acheter sur place, ce sont des glaçons. Mieux vaut avoir de quoi les diluer!» conclut-il. À ce moment là, je ne savais pas encore que Jason serait à mes côtés pour mes premiers pas sur la planète « Burn ». Nous sommes le 27 avril et cela fait 3 heures que nous roulons. Direction le « Tankwa-Karoo », un désert semi-aride situé à 330 kilomètres au nord du Cap. À chaque virage qui nous rapproche de notre bout de désert promis, mon cœur s’emballe. Ces mois de préparation ont fait grandir en moi une Escapade MariuszSzczawinski
  2. 2. 18 I HAMAJI HAMAJI I 19 excitation qui s’exprime ouvertement, en cet instant. Nous nous arrêtons aux portes du site. Nous présentons notre billet et on nous délivre un bracelet, comme dans n’importe quel festival. Mais la comparaison s’arrête là. Avant de pouvoir lancer son « burn », chaque neo-burner doit se plier à une série de rituels. Le premier consiste à se verser une poignée de sable sur la tête, afin de s’imprégner du lieu, ne faire qu’un avec le désert. Puis, il lui est demandé de sonner un gong afin d’annoncer sa présence et marquer le début de son expérience. Enfin, il doit faire promesse de suivre les règles de vie et de respecter l’Autre et la Nature environnante. Une promesse scellée en apposant l’empreinte de sa main, préalablement peinte d’une couleur choisie, sur un gigantesque mur blanc. Je m’exécute. « Welcome to the Burn », me souffle Jason. Je traverse alors cette ligne imaginaire, qui fend le désert. Celle qui sépare le connu de l’inconnu. Derrière moi, je laisse le monde civilisé et ultra-connecté. Devant moi, dans cet univers suspendu, l’argent et le temps ne comptent pas. Montre et smartphones n’ont plus leur place. Durant ces 7 jours, le soleil deviendra un repère commun, rythmant fidèlement les aventures de chacun. Le premier jour de l’aventure se résume à monter son camp, sa base. Dans ce désert où la température atteint rapidement les 40°C, l’ombre est un luxe dont on ne peut pas se passer. Certains choisiront de créer un espace agréable et fonctionnel. D’autres se lanceront dans des camps à thèmes, plus ou moins extravagants : Salle de cinéma pour des moments posés, Piste de Derby-Roller pour des courses endiablées, scène ouverte pour concert de Punk-Rock enflammé. Il y en a pour tout les gouts. Je profite aussi de cette journée pour me familiariser avec le site et avec les règles de vie. L’évènement est gouverné par une liste de principes qui encouragent l’inclusion, la responsabilité civique et la participation active. Ne laisser aucune trace est aussi une partie essentielle de l’Afrikaburn. Je ne suis pas sur que le soleil soit au courant de cette dernière. Lors de son premier coucher, il embrase le ciel, les nuages, marque son territoire. Il inonde ma vision et chasse mes pensées. Tout ce que j’attendais ! Tout autour de moi, des milliers de personnes comme des milliers de figurants de cinéma. Ils portent des costumes aussi extravagants que loufoques. L’Afrikaburn est lancé et il a mis son plus bel apparat. Tout comme moi d’ailleurs ! Dans ma tenue de Roi africain, je parcours les rues de cette ville éphémère : Je m’arrête profiter d’un concert tsigane, Je discute avec une jeune fille de 8 ans dont c’est le 5e « Burn », je joue du djembé avec un guerrier zulu, je photographie les sculptures immenses dont le temps est compté, j’écris mes pensées sur l’une d’elles,
  3. 3. 20 I HAMAJI HAMAJI I 21 je monte dans une mygale roulante, je profite d’un coucher de soleil au son d’une cornemuse et je m’endors sous un arbre aux racines aussi moelleuses que du coton. Les amitiés que l’on fait à l’AfrikaBurn sont renforcées par l’expérience partagée d’exister si harmonieusement dans un tel environnement hostile. À chaque rencontre, chaque discussion, je ne peux m’empêcher de penser à la philosophie africaine « Ubuntu».«Ubuntu»,c’estunenotionquetoutlemondeconnaît, mais que très (trop) peu de gens appliquent. Elle est celle d’une incitation réciproque, d’un partage, d’une interdépendance qui construit mutuellement les êtres. Ceconceptgermeraenmoitoutlelongdemonaventure.Jelesens, je le vis. Dans mes rencontres, mes échanges, même ma façon de me mouvoir. À l’image du temps, mon mental n’existe plus vraiment. Je lâche prise, me laisse aller à ce qui viendra, « Follow the flow » comme dirait une amie à moi. C’est alors que l’expérience prend toute sa dimension : je vis ici bien plus qu’un simple divertissement. En me livrant au pouvoir du moment présent, je me permets d’être celui que je suis, d’incarner celui que je souhaite. Le grand jour des « Burns » arrive. Celui que tout le monde attend, celui que chacun redoute. Celui qui célèbre, celui qui clôt. Il y a de la beauté dans cet éphémère, mais l’esprit humain a du mal à laisser partir, à se séparer. Une à une, les structures artistiques partent en fumée, laissant derrière elles un grand vide, le désert. L’émotion est à son paroxysme, les regards embués se croisent. Tous ces visages me paraissent si familiers : je suis eux, ils sont moi. Je pensais devenir un « burner » en arrivant, mais c’est en partant que je le deviens. Avant de passer de l’autre côté de la ligne imaginaire, je regarde une dernière fois derrière moi. Le vent souffle et soulève le sable qui fouette mon visage. Au milieu du désert tourmenté, je devine un grand mur coloré. Une fresque de milliers d’empreintes de main qui se dresse fièrement. Une douce allégorie de mon aventure, semblant braver les éléments et défier le temps. «THIS IS NOT A MUSIC FESTIVAL. THIS IS NOT AN ART FESTIVAL. THIS IS A TEMPORARY ARTISTIC EXPERIENCE, IN COMMUNITY AND IN TOTAL AUTONOMY» W ith these few sentences found in the AfrikaBurn Survival Guide, I discovered the universe and the philosophy of this «festival». The first edition of AfrikaBurn took place ten years ago. After
  4. 4. 22 I HAMAJI HAMAJI I 23 three years of meeting, organizing, bargaining with the Black Rock Art Foundation - created in 2001 by some of the organizers of the Burning Man festival - the concept finally emerged. Like its big brother, the principle remained the same: the desert, a temporary city, artistic activities, both incongruous and foolish, a burning love of life and a philosophy based on respect and sharing. «You exist. You build camps, art, and mutant vehicles. You are the artist - and the public. There is no ‘them’ - it’s just us, and we are all together «- from the AfrikaBurn Survival Guide-. As I read these words, I feel the fire burning in me. A desire to live this experience, diving into the unknown, back to basics. Thus, having bought my ticket online, I put a red cross on my calendar, to April 27, 2015. That day, I will become a «Burner». I met some «Burners», happiness recidivists, a few months prior to that date. «To make the most of the event, it takes a minimum of preparation”, advises me Jason, who participated last year. And to live in total autonomy in the desert for a week, this minimum quickly becomes a challenge. Tents, camping equipment, food and water (five liters per person per day), costumes and transportation to bring all these people in the desert. «The only thing that you can buy on the spot is ice. Better bring something that’s thirst quenching! «, He concludes. At this point, I did not know that Jason would be with me for my first steps on the planet «Burn.» Today is the 27 April and we have been driving for 3 hours. Destination point: «Tankwa-Karoo», a semi-arid desert located 330 kilometres north of Cape Town. At each turn that brings us closer to our promised piece of desert, my heart starts racing. These few months of preparation grew in me an excitement that is expressed openly at this moment. We stop by the gates of the site. We present our ticket that gets us a bracelet, as in any festival. But the comparison stops there. Before launching its «burn» each neo-burner must comply with a series of rituals. The first is to pour a handful of sand on his head to soak up the place and to be one with the desert. Then he is asked to ring a gong to announce his presence and mark the beginning of his experience. Finally, TRAVEL INFO: - Afrikaburn 2016: from 25 April to 1st May. - Ticket price: 1000 Rands (about 60 euros). - Directions: Driving from Cape Town takes about 5 hours to reach the Tankwa-Karoo desertin the Western Province. Please note, the last two hours will be on a dirt road. Small vehicles often break down. Rather take the 4X4 instead of a Mini Cooper! (Do not forget the spare wheel). - Preparation time is very important. As explained in the article, it is advisable to read carefully the Survival Guide provided on the website before the d-day in order to be in total autonomy (no shop / electricity / network): water (5 liters per person per day), food (think of brin- ging ice to keep your food at its best ), tents (the widest possible to be comfortable there, it will be your home for a week), camping equipment (torches lamp, floor mat, sleeping bag, bowls, camel back, camping shower, first aid kit, etc.), warm clothing for the night and light ones for the day. If you want more comfort, you can come in campigng-car. There is a lot of space! - The best part of the planning process is creating your costumes: be creative, be crazy! You will see that they will become like a second skin. They also allow your friends to find you in the crowd and especially to quickly make new friends. - Sandstorms are common in the desert and can quickly become unbearable. Remember to take clothing to protect your face: scarf, mask, sun glasses or even motorcycles mask. You will also need to have a bottle of water in handy at any time. The camel back will be your best ally at this moment! - On site, the only thing you can buy is ice. There is also a medical center that is opened 24h/7. - Information about this adventure can be found in the «AfrikaBurn Event Survival Guide» and can be uploaded from the website of the event. (www.afrikaburn.com)` the neo-burner must promise to follow the rules of the burn and respect the others and the surrounding nature. A promise sealed by putting the imprint of his hand, previously painted in a chosen colour, on a huge white wall. I did so. «Welcome to the Burn,» Jason whispered. I then walked across this imaginary line that splits the desert. One that separates the known from the unknown. Behind me, I leave the civilized and ultra-connected world. In front of me, in this suspended universe, money and time do not exist. Watches and smartphones no longer have their place. During these 7 days, the sun will become a common reference, accurately timing every burner’s own adventures. The first day of the adventure consists of setting one’s camp. In this desert where the temperature rapidly reaches 40 ° C, the shade is a luxury one can’t live without. Some will choose to create a pleasant and functional space. Others will engage in theme camps, more or less extravagant: cinema space, Derby- Roller Track to take part in wild races or an open stage for a Punk-Rock concert. There is some for everyone. I take full advantage of this day to get familiarized with the site and Tankwa Town’s rules. The event is governed by a set of principles that promote inclusion, civic responsibility and active participation. Leave no trace is also an essential part of AfrikaBurn. I don’t think that the sun is aware of it. During its first sunset, it set the sky alight and marks its territory. It engulfed my vision and pushed my thoughts away. Everything I expected! All around me, thousands of people wearing costumes as extravagant as wacky. In my African King outfit, I walk the streets of this ephemeral city: I pause to enjoy gypsy concert, talk with an 8 years old girl who is attending her 5th «Burn», I play djembe with a Zulu warrior, photograph the huge sculptures that will soon disappear among the flames, I write my thoughts on one of them, jump on a tarantula-like vehicle, embrace the sunset to the sound of bagpipes and fall asleep under a tree with roots as soft as cotton. The friendships we make at AfrikaBurn are reinforced by the shared experience to exist harmoniously in such a hostile environment. At every meeting, every discussion, I cannot help but think of the African philosophy of «Ubuntu». «Ubuntu» is a concept that everyone knows, but that (too) few people apply. It isthatofamutualincentive,asharing,amutualinterdependence between human beings. This concept germinated in me throughout my adventure. I felt it and saw it during my encounters, my interactions. Like the time, my mind does not really exist. I let go and «follow the flow» to paraphrase a friend of mine. That’s when experience takes its full dimension: what is happening here is more than just entertainment. By giving me the power of the present moment, I allow myself to be who I am, to embody whoever I wish to be. The D-day of the Burns has arrived. The day that everyone expects, the one everyone dreads. There is beauty in this temporary ceremony, but the human mind has trouble letting go. One by one, the artistic structures go up in smoke, leaving behind a great void, the desert. The excitement is at its peak, misty eyes meet. All these faces look so familiar to me: I am them, they are me. I thought I’d become a «burner» when arriving, but it is from the moment I left the Karoo that I became one. Before moving back to the other side of the imaginary line, I looked behind me one last time. The wind lifted the sand, whipping my face. In the middle of the tormented desert, I noticed a large colourful wall. A fresco of thousands of handprints that stood proudly. A gentle allegory of my adventure, seeming to brave the elements and defy time.

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