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Impact des clivages linguistiques et régionaux dans les élections en RDC: Cas des scrutins de 2006 et 2011

Contrary to common assumption, voting in national elections in Congo-Kinshasa is not dictated by tribalism. The article posits that data collected from elections of 2006 and 2011 demonstrate the importance of linguistic cleavage between the Swahili zone in the East and the Lingala speaking part of the Country.

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Impact de clivages linguistiques et régionaux dans les élections en RDC: Cas des
scrutins de 2006 et 2011
Serge Ngwanza
Séminaire sur les Violences électorales
Rémy Bazenguissa-Ganga, Directeur
Institut des mondes Africains (IMAF)
Ecole des hautes études en sciences sociales (E.H.E.S.S)
Paris, France
1
Introduction
« On n’organise pas les élections pour les perdre ». Cette phrase prononcée par feu
président Omar Bongo Ondimba du Gabon en 1995 1
caractérise à elle seule la conception
qu’ont certains dirigeants africains (francophones en particulier) des élections présidentielles
dans leur pays respectifs.
Vingt et deux ans après ces propos, la plupart des pays africains ont connu d’une
manière ou d’une autre des élections à l’exception de l’Érythrée. Pouvons-nous déduire que
la fin de la guerre froide et l’adoption des scrutins électoraux, ont apportés la démocratie et la
stabilité en Afrique ? Et si tel est le cas, comment peut-on comprendre le nombre des scrutins
entachés d’irrégularités et des violences, notamment en République Démocratique du
Congo ?
Avant d’élaborer ma thèse, il est impérieux de définir ce qu’on entend par
« élection » ?
Le mot élection signifie étymologiquement l'action de choisir. L'élection peut
signifier l'expression des individus ou des groupes d'individus lors d’un scrutin. L'élection est
considérée également une forme de participation politique entendue comme l'action par
laquelle les membres d'une entité politique influent individuellement ou collectivement sur
son organisation et son fonctionnement. Les gouvernants concourent à la vie politique en
participant à la compétition électorale, en se faisant élire et en prenant, dans la gestion des
affaires publiques, certaines mesures et certaines décisions plutôt que d'autres. Les
gouvernés, de leur côté, participent à la vie politique en choisissant leurs représentants-
gouvernants et en influant positivement et négativement sur le choix des mesures et des
décisions de leurs représentants-gouvernants.
Le vent du changement démocratique qui a soufflé à travers le continent africain dans
1
Patrice Moundounga Mouity, «Le Gabon à l'épreuve de la politique de l'émergence
Diagnostic et pronostic» p. 68
2
les années quatre-vingt-dix avait redonné l’espoir de ramener la liberté, la paix et la bonne
gouvernance. Il s’agissait pour les uns d’une redécouverte, comme ce fut le cas avec mes
grands-parents et parents, et pour ceux de ma génération d’une découverte. Cette tendance à
recourir aux élections rependra en Afrique après une longue parenthèse autocratique durant
laquelle des régimes dictatoriaux et mono-partisans furent mis en place au nom des impératifs
de la construction nationale et du développement, mais également pour élaborer des stratégies
d’accaparement des ressources internes au profit de la classe dirigeante.2
Si des élections
sous les régimes des partis uniques ont souvent été organisées, elles prenaient bien souvent la
forme d’un plébiscite à la soviétique, avec des scores avoisinant les 100% au dépouillement
des urnes.3
Plusieurs personnes en République Démocratique du Congo (RDC) ou ailleurs en
Afrique pensaient que cette transparence politique devrait finalement être accompagnée d’un
développement économique et d’une stabilité politique. Si en vingt ans, certains pays en
Afrique ont connu de vraies alternances à la tête de leur Etats respesctifs, il n’en reste pas
moins que d’autres, notamment en Afrique centrale ont gardé des pratiques politiques et
sociales qui semblent bien éloignées des standards de l’élection libre et concurrentielle, ce
baromètre de la démocratie représentative.4
Le cas de l’Afrique centrale est poignant car on trouve à la tête de ces pays des
dirigeants qui sont au pouvoir depuis l’époque des partis uniques (Denis Sassou Nguesso au
Congo-Brazzaville, Paul Biya au Cameroun, Idriss Deby Itno au Tchad) ou des dynasties
familiales qui voient les fils succéder à leur pères (Faure Eyadema, Joseph Kabila Kabange
au Congo-Kinshasa et Ali Bongo Ondimba au Gabon).5
2
J.F Bayart, L’État en Afrique: la politique du ventre, Paris, France, 1989.
3
Sous le régime du parti unique au Zaïre, le vote était obligatoire pour tout citoyen en âge de
voter, malgré la candidature unique de Mobutu.
4
Vincent Darracq et Victor Magnani, “Les élections en Afrique: un mirage démocratique?”,
Politique étrangère 2011/4 (Hiver), p. 839-850.
5
Échos d’Afrique
3
Mon exposé va se focaliser sur la République Démocratique du Congo (RDC en sigle)
où les élections de 2006 et 2011 ont été marquées par des déchainements de violences
politiques peu compatibles avec les exigences d’une démocratie fonctionnelle. En effet, ces
élections imposées par la communauté internationale et censées consolider la paix après des
décennies de tensions ethniques et d’années de guerre civile, n’ont jamais ramené la paix et la
stabilité au pays.6
Tenant compte de la situation particulière de la RDC qui a dû faire face aux abus de la
colonisation belge, à une indépendance mal préparée, à plusieurs rebellions, à la dictature, à
la mauvaise gouvernance et à une instabilité politique qui perdure, peut-on dire que les
élections générales de 2006 et 2011 ont perpétué le système de clivage ethnique en RDC?
Expériences électorales au Congo
D’après l’ouvrage d’Isidore Ndaywel e Nziem, Histoire générale du Congo, paru en
1998, le futur monarque du royaume Kongo était sélectionné parmi un groupe de candidats
par trois principaux électeurs: Le Mani soyo, le Mani Mbata et le Mani vunda. Les deux
premiers combinaient leur fonction d'électeur avec celle de la gestion des provinces
(gouverneurs). Ce principe de vote avait pour but de choisir parmi les candidats une
personnalité susceptible d'exercer le pouvoir de manière effective et consensuelle.7
Il faut
aussi noter que le Mani Soyo, l’oncle du roi, était le plus influent membre du clan royal
Kongo
La genèse des scrutins généraux électoraux au Congo-Kinshasa commence en
décembre 1957 avec les premières élections municipales à Léopoldville et le 22 décembre de
6
Il s’agit ici principalement de la partie est de la RDC, ou malgré ces deux élections, les
groupes armes continuent leurs activités avec la complicité des politiciens locaux
ethniquement motive pour garder leur mains mises dans la sous-région.
7
Isidore Ndaywel, «Histoire du zaïre de l'Héritage ancien à l'Age contemporain», Duculot,
Bruxelles, 1997, p.96.
4
la même année à Élisabethville et à Jadotville entachées des tensions ethniques.8
L'ABAKO
(alliance de Bakongo) avait remporté alors 133 sièges sur 170 à attribuer pour Léopoldville57
.
Avant ce scrutin historique, la grande difficulté consistait à désigner les candidats à présenter
aux votants. En effet, le pouvoir colonial, opposé à toute politisation de la colonie, estimait
qu'il fallait interdire le regroupement des indigènes dans des partis politiques pour éviter le
risque de dédoublement des courants politiques de la métropole (Belgique) et de clivages
idéologiques qu’il fallait éviter d'exporter pour ne pas accentuer les divisions déjà existantes
dans ses propres rangs.
Pour participer à ces élections, les élites congolaises eurent recours aux seuls types
d’organisations structurées déjà existantes : des regroupements tribaux transformés en partis
politiques. Basé sur le tribalisme, le modèle adopté pour l'organisation de ces élections et la
composition des partis politiques indigènes présageait le futur paysage politique et ses luttes
du futur Congo indépendant. C'est ainsi que l'ABAKO s'organisa pour véritablement
monopoliser l'Administration urbaine naissante grâce au poids démographique des Bakongo à
Léopoldville.9
Dans la capitale par exemple, la tension est vive entre les Bakongo qui
s’estiment propriétaires du sol et les Bangalas appelés ainsi pour désigner tous les «arrivants»
du Haut Congo, à savoir les tribus du Haut Congo et celles du Kasaï et du Katanga. Le
Katanga n’est pas épargné par ce phénomène, où les conflits ethniques sont vifs entre les
Baluba du Nord de la province et les Lunda du Sud. Malgré sa coloration ethnique, les
opérations de vote suscitent quand même un grand intérêt parmi les populations qui
participent à la consultation, respectivement à un taux de 74,4% à Jadotville, de 85% à
Léopoldville et de 87,2% à Élisabethville.10
8
Luc Bembe, «Élections au Congo Belge». Présence Africaine, Nouvelle série, No. 17,
(décembre 1957-janvier 1958), pp. 115-117.
9
Isidore Ndaywel, «Histoire du zaïre de l'Héritage ancien à l'Age contemporain», Duculot,
Bruxelles, 1997, p.97.
10
Luc Bembe, idem
5
La Belgique voulait graduellement inclure les indigènes dans l’exercice des droits
politiques comme le montre la consultation de 1957 mais les Belges effrayés par les
insurrections populaires du 9 janvier 1959 à Léopoldville seront forcés d’organiser les
élections générales au suffrage universel en prévision de la table ronde pour l’indépendance
de la RDC. Ces élections allaient être remportées par des partis politiques à caractère tribal.11
Profitant de l’instabilité politique de la première république RD Congolaise, le
General Mobutu fit son coup d’état en novembre 1965, stigmatisant le multipartisme comme
la raison des tous les maux du Congo-Kinshasa, supprima les partis politiques qu’il qualifiait
de regroupements ethniques. C’est seulement sous la pression de la communauté
internationale, qu’il chercha à se légitimer en organisant des consultations populaires en
intermittence, mais sous le label du parti unique avec un candidat unique aux élections
présidentielles. La chute du mur de Berlin et le discours de la Baule12
, allait pousser le
président Mobutu à l’organisation de la Conférence Nationale Souveraine, qui allait ramener
le multipartisme en RDC.13
Mais Mobutu s’accrocha au pouvoir sans vraiment changer le
climat politique du pays. Cette situation perdura jusqu'à son éviction par la coalition rebelle
de l’« Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération » (AFDL) venue de l’est de la
RDC.
L’arrivée au pouvoir de Laurent Désiré Kabila en Mai 1997 ne changea rien au climat
politique du pays. Le multipartisme recula, les partis politiques, la société civile et les
associations des droits de l’homme furent suspendus et les opposants muselés jusqu'aux
11
Nissé Nzereka Mughendi, « Les Déterminants de la paix et de la guerre au Congo-Zaïre »
Centre d’études des Crises et des Conflits Internationaux. Peter Lang 2011, pp 176-177.
12
Le 20 juin 1990, à La Baule, station balnéaire de la côte bretonne, le président François
Mitterrand réunit les chefs d'État africains et les invite à développer la démocratie dans leur
pays à l'image des Européens de l'Est qui viennent de s'affranchir de la tutelle communiste.
Le président Français subordonne l'aide de son pays à l'introduction du multipartisme,
déclarant à ses hôtes : «La France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront
accomplis pour aller vers plus de liberté».
13
La Conférence Nationale Souveraine, se tiendra a Kinshasa du 7 Aout 1991 au 6 Décembre
1992, sans pour autant apporter une solution politique aux problèmes de la RDC.
6

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Impact des clivages linguistiques et régionaux dans les élections en RDC: Cas des scrutins de 2006 et 2011

  • 1. Impact de clivages linguistiques et régionaux dans les élections en RDC: Cas des scrutins de 2006 et 2011 Serge Ngwanza Séminaire sur les Violences électorales Rémy Bazenguissa-Ganga, Directeur Institut des mondes Africains (IMAF) Ecole des hautes études en sciences sociales (E.H.E.S.S) Paris, France 1
  • 2. Introduction « On n’organise pas les élections pour les perdre ». Cette phrase prononcée par feu président Omar Bongo Ondimba du Gabon en 1995 1 caractérise à elle seule la conception qu’ont certains dirigeants africains (francophones en particulier) des élections présidentielles dans leur pays respectifs. Vingt et deux ans après ces propos, la plupart des pays africains ont connu d’une manière ou d’une autre des élections à l’exception de l’Érythrée. Pouvons-nous déduire que la fin de la guerre froide et l’adoption des scrutins électoraux, ont apportés la démocratie et la stabilité en Afrique ? Et si tel est le cas, comment peut-on comprendre le nombre des scrutins entachés d’irrégularités et des violences, notamment en République Démocratique du Congo ? Avant d’élaborer ma thèse, il est impérieux de définir ce qu’on entend par « élection » ? Le mot élection signifie étymologiquement l'action de choisir. L'élection peut signifier l'expression des individus ou des groupes d'individus lors d’un scrutin. L'élection est considérée également une forme de participation politique entendue comme l'action par laquelle les membres d'une entité politique influent individuellement ou collectivement sur son organisation et son fonctionnement. Les gouvernants concourent à la vie politique en participant à la compétition électorale, en se faisant élire et en prenant, dans la gestion des affaires publiques, certaines mesures et certaines décisions plutôt que d'autres. Les gouvernés, de leur côté, participent à la vie politique en choisissant leurs représentants- gouvernants et en influant positivement et négativement sur le choix des mesures et des décisions de leurs représentants-gouvernants. Le vent du changement démocratique qui a soufflé à travers le continent africain dans 1 Patrice Moundounga Mouity, «Le Gabon à l'épreuve de la politique de l'émergence Diagnostic et pronostic» p. 68 2
  • 3. les années quatre-vingt-dix avait redonné l’espoir de ramener la liberté, la paix et la bonne gouvernance. Il s’agissait pour les uns d’une redécouverte, comme ce fut le cas avec mes grands-parents et parents, et pour ceux de ma génération d’une découverte. Cette tendance à recourir aux élections rependra en Afrique après une longue parenthèse autocratique durant laquelle des régimes dictatoriaux et mono-partisans furent mis en place au nom des impératifs de la construction nationale et du développement, mais également pour élaborer des stratégies d’accaparement des ressources internes au profit de la classe dirigeante.2 Si des élections sous les régimes des partis uniques ont souvent été organisées, elles prenaient bien souvent la forme d’un plébiscite à la soviétique, avec des scores avoisinant les 100% au dépouillement des urnes.3 Plusieurs personnes en République Démocratique du Congo (RDC) ou ailleurs en Afrique pensaient que cette transparence politique devrait finalement être accompagnée d’un développement économique et d’une stabilité politique. Si en vingt ans, certains pays en Afrique ont connu de vraies alternances à la tête de leur Etats respesctifs, il n’en reste pas moins que d’autres, notamment en Afrique centrale ont gardé des pratiques politiques et sociales qui semblent bien éloignées des standards de l’élection libre et concurrentielle, ce baromètre de la démocratie représentative.4 Le cas de l’Afrique centrale est poignant car on trouve à la tête de ces pays des dirigeants qui sont au pouvoir depuis l’époque des partis uniques (Denis Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, Paul Biya au Cameroun, Idriss Deby Itno au Tchad) ou des dynasties familiales qui voient les fils succéder à leur pères (Faure Eyadema, Joseph Kabila Kabange au Congo-Kinshasa et Ali Bongo Ondimba au Gabon).5 2 J.F Bayart, L’État en Afrique: la politique du ventre, Paris, France, 1989. 3 Sous le régime du parti unique au Zaïre, le vote était obligatoire pour tout citoyen en âge de voter, malgré la candidature unique de Mobutu. 4 Vincent Darracq et Victor Magnani, “Les élections en Afrique: un mirage démocratique?”, Politique étrangère 2011/4 (Hiver), p. 839-850. 5 Échos d’Afrique 3
  • 4. Mon exposé va se focaliser sur la République Démocratique du Congo (RDC en sigle) où les élections de 2006 et 2011 ont été marquées par des déchainements de violences politiques peu compatibles avec les exigences d’une démocratie fonctionnelle. En effet, ces élections imposées par la communauté internationale et censées consolider la paix après des décennies de tensions ethniques et d’années de guerre civile, n’ont jamais ramené la paix et la stabilité au pays.6 Tenant compte de la situation particulière de la RDC qui a dû faire face aux abus de la colonisation belge, à une indépendance mal préparée, à plusieurs rebellions, à la dictature, à la mauvaise gouvernance et à une instabilité politique qui perdure, peut-on dire que les élections générales de 2006 et 2011 ont perpétué le système de clivage ethnique en RDC? Expériences électorales au Congo D’après l’ouvrage d’Isidore Ndaywel e Nziem, Histoire générale du Congo, paru en 1998, le futur monarque du royaume Kongo était sélectionné parmi un groupe de candidats par trois principaux électeurs: Le Mani soyo, le Mani Mbata et le Mani vunda. Les deux premiers combinaient leur fonction d'électeur avec celle de la gestion des provinces (gouverneurs). Ce principe de vote avait pour but de choisir parmi les candidats une personnalité susceptible d'exercer le pouvoir de manière effective et consensuelle.7 Il faut aussi noter que le Mani Soyo, l’oncle du roi, était le plus influent membre du clan royal Kongo La genèse des scrutins généraux électoraux au Congo-Kinshasa commence en décembre 1957 avec les premières élections municipales à Léopoldville et le 22 décembre de 6 Il s’agit ici principalement de la partie est de la RDC, ou malgré ces deux élections, les groupes armes continuent leurs activités avec la complicité des politiciens locaux ethniquement motive pour garder leur mains mises dans la sous-région. 7 Isidore Ndaywel, «Histoire du zaïre de l'Héritage ancien à l'Age contemporain», Duculot, Bruxelles, 1997, p.96. 4
  • 5. la même année à Élisabethville et à Jadotville entachées des tensions ethniques.8 L'ABAKO (alliance de Bakongo) avait remporté alors 133 sièges sur 170 à attribuer pour Léopoldville57 . Avant ce scrutin historique, la grande difficulté consistait à désigner les candidats à présenter aux votants. En effet, le pouvoir colonial, opposé à toute politisation de la colonie, estimait qu'il fallait interdire le regroupement des indigènes dans des partis politiques pour éviter le risque de dédoublement des courants politiques de la métropole (Belgique) et de clivages idéologiques qu’il fallait éviter d'exporter pour ne pas accentuer les divisions déjà existantes dans ses propres rangs. Pour participer à ces élections, les élites congolaises eurent recours aux seuls types d’organisations structurées déjà existantes : des regroupements tribaux transformés en partis politiques. Basé sur le tribalisme, le modèle adopté pour l'organisation de ces élections et la composition des partis politiques indigènes présageait le futur paysage politique et ses luttes du futur Congo indépendant. C'est ainsi que l'ABAKO s'organisa pour véritablement monopoliser l'Administration urbaine naissante grâce au poids démographique des Bakongo à Léopoldville.9 Dans la capitale par exemple, la tension est vive entre les Bakongo qui s’estiment propriétaires du sol et les Bangalas appelés ainsi pour désigner tous les «arrivants» du Haut Congo, à savoir les tribus du Haut Congo et celles du Kasaï et du Katanga. Le Katanga n’est pas épargné par ce phénomène, où les conflits ethniques sont vifs entre les Baluba du Nord de la province et les Lunda du Sud. Malgré sa coloration ethnique, les opérations de vote suscitent quand même un grand intérêt parmi les populations qui participent à la consultation, respectivement à un taux de 74,4% à Jadotville, de 85% à Léopoldville et de 87,2% à Élisabethville.10 8 Luc Bembe, «Élections au Congo Belge». Présence Africaine, Nouvelle série, No. 17, (décembre 1957-janvier 1958), pp. 115-117. 9 Isidore Ndaywel, «Histoire du zaïre de l'Héritage ancien à l'Age contemporain», Duculot, Bruxelles, 1997, p.97. 10 Luc Bembe, idem 5
  • 6. La Belgique voulait graduellement inclure les indigènes dans l’exercice des droits politiques comme le montre la consultation de 1957 mais les Belges effrayés par les insurrections populaires du 9 janvier 1959 à Léopoldville seront forcés d’organiser les élections générales au suffrage universel en prévision de la table ronde pour l’indépendance de la RDC. Ces élections allaient être remportées par des partis politiques à caractère tribal.11 Profitant de l’instabilité politique de la première république RD Congolaise, le General Mobutu fit son coup d’état en novembre 1965, stigmatisant le multipartisme comme la raison des tous les maux du Congo-Kinshasa, supprima les partis politiques qu’il qualifiait de regroupements ethniques. C’est seulement sous la pression de la communauté internationale, qu’il chercha à se légitimer en organisant des consultations populaires en intermittence, mais sous le label du parti unique avec un candidat unique aux élections présidentielles. La chute du mur de Berlin et le discours de la Baule12 , allait pousser le président Mobutu à l’organisation de la Conférence Nationale Souveraine, qui allait ramener le multipartisme en RDC.13 Mais Mobutu s’accrocha au pouvoir sans vraiment changer le climat politique du pays. Cette situation perdura jusqu'à son éviction par la coalition rebelle de l’« Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération » (AFDL) venue de l’est de la RDC. L’arrivée au pouvoir de Laurent Désiré Kabila en Mai 1997 ne changea rien au climat politique du pays. Le multipartisme recula, les partis politiques, la société civile et les associations des droits de l’homme furent suspendus et les opposants muselés jusqu'aux 11 Nissé Nzereka Mughendi, « Les Déterminants de la paix et de la guerre au Congo-Zaïre » Centre d’études des Crises et des Conflits Internationaux. Peter Lang 2011, pp 176-177. 12 Le 20 juin 1990, à La Baule, station balnéaire de la côte bretonne, le président François Mitterrand réunit les chefs d'État africains et les invite à développer la démocratie dans leur pays à l'image des Européens de l'Est qui viennent de s'affranchir de la tutelle communiste. Le président Français subordonne l'aide de son pays à l'introduction du multipartisme, déclarant à ses hôtes : «La France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté». 13 La Conférence Nationale Souveraine, se tiendra a Kinshasa du 7 Aout 1991 au 6 Décembre 1992, sans pour autant apporter une solution politique aux problèmes de la RDC. 6
  • 7. accords de Sun City en Afrique du Sud en 2003. C’est à l’issue de ce dialogue inter- congolais de Sun City que les belligérants allaient transformer leurs mouvements rebelles en partis politiques et accepter de participer aux élections générales pour consolider la paix. Retour des partis politiques ethniques en 2006 et 2011 Malheureusement, telle une maladie incurable, le tribalisme et le clivage régional Est (lingalaphone), Ouest (Swahiliphone) sont revenus au galop dans le scrutin électoral de 2006 et 2011. Parmi les 400 partis politiques qui opèrent en RDC, on ne peut dénombrer qu’une dizaine qui ont vraiment une assise nationale, tels que l’UNC (Union pour la Nation Congolaise) de Vital Kamerhe, l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) de Tshisekedi, le PPRD de Kabila ou le MLC de Jean Pierre Bemba. D’autres comme le PALU (Parti Lumumbiste Unifié) de Gizenga, l’UNAFEC (Union Nationale des Fédéralistes Congolais) de Gabriel Kyungu ou le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) de Ruberwa, ont plutôt une assise régionale et ethnique. Les élections présidentielles de 2006 et 2011 présentent donc une forte composante ethno-régionale, ce qui au demeurant caractérise la plupart des États africains pour lesquels l’État-nation composé de citoyens n’est encore qu’un horizon lointain et pas forcément désiré. Concernant les élections législatives, les enjeux locaux pèsent naturellement encore davantage. Les résultats montrent un éparpillement considérable : 18 864 candidats, une centaine de partis (dont 45 n’ont emporté qu’un seul siège) et 16 « Indépendants ». De nombreuses irrégularités ont été constatées, des recours déposés auprès de la Cour suprême de justice qui a finalement, par un arrêt du 25 avril 2012 invalidé 32 députés, dont 17 de la majorité présidentielle, et annulé les élections dans la circonscription du Masisi (Nord-Kivu) où des troubles avaient entaché le bon déroulement du scrutin. Parmi les petites candidatures un bon nombre étaient « alimentaires » : les élus ont rejoint la majorité présidentielle qui rassemble au dernier décompte 341 députés, soit un pourcentage confortable de 68 %. 7
  • 8. Comportement électoral des votants Les résultats du vote au premier tour de 2006 et 2011 peuvent être interprétés de deux manières différentes selon qu’on considère pour qui les Congolais ont voté et contre qui ils ont voté. Les réponses à ces questions peuvent nous pousser à conclure que la RDC est un pays très divisé, au delà même du clivage régional et linguistique. En 2006, Kabila remporta les votes dans l’ouest de la RDC swahiliphone, tandis que Jean Pierre Bemba et Gizenga reçurent les suffrages de l’Est lingalaphone. Durant la dictature de Mobutu Sese Seko (1965–97), les ressortissants lingalaphones de l’Ouest dominait la vie politique du pays, tandis que sous la présidence de Laurent Kabila (1997-2001) et Joseph Kabila (2001), le Swahili devint la langue dominante, avec « les gens » de l’est aux leviers des postes stratégiques du pays. Carte Administrative de la RDC 8
  • 9. Au premier tour de l’élection présidentielle de 2006, Kabila obtint la majorité des votes au Katanga, Maniema, Province Orientale, Nord Kivu et Sud Kivu; Jean-Pierre Bemba l’emporta dans le Bas Congo, Kinshasa, Équateur, Kasaï Occidental, et Kasaï Oriental; Finalement, Antoine Gizenga au Bandundu. Électorat de Kabila, 29 octobre 2006 Cette carte électorale de la RDC montre la concentration des votes dans l’est de la RDC en faveur de Joseph Kabila. 9
  • 10. Électorat de Jean Pierre Bemba et Antoine Gizenga en 2006 Cette carte montre le score de Bemba qui devance Kabila dans l’Ouest et le Nord de la RDC. Gizenga, quant à lui bat Bemba et Kabila au Bandundu, sa province d’origine. Gizenga soutiendra Kabila contre Bemba au deuxième tour comme les restes des candidats mineurs (pour la plupart anciens rebelles et miliciens Mai-Mai). Ils offriront les votes de leurs ethnies en exchange des postes au sein du prochain gouvernement, transformant ainsi l’élection présidentielle en «marché aux voix»14 . 14 Les 33 candidats enregistrés pour l’élection présidentielle de 2006 ont dû débourser 50 000 dollars non remboursables afin de pouvoir poser leur candidature. Loin d’être tous 10
  • 11. Électorat de Joseph Kabila 2011 Électorat de Tshisekedi en 2011 présidentiables, la majorité d’entre eux entendaient revendre leurs voix (puisée dans leurs réservoirs tribaux) avec une plus-value aux grands candidats qui émergeront au second tour. L’espoir était de se retrouver nommer ministre ou un autre poste de responsabilité en guise de récompense. 11
  • 12. Cette carte électorale montre les voix remportées par Etienne Tshisekedi dans les provinces des deux Kasaï, l’Équateur, Kinshasa et le Bas Congo. Il est important de noter que sur le plan démographique, les provinces de l’Est sont les plus peuplées de la RDC.15 En 2011, les élections ont été émaillées de violences et accusations de fraudes généralisées. Mettant en avant le manque de financement, le gouvernement RD Congolais a modifié la constitution de 2005 afin d’organiser le scrutin présidentiel à un seul tour. Ici on constate que Kabila remportent les voix de l’est en plus de la consigne de vote que Gizenga, 15 Léon de Saint Moulin en collaboration avec Jean-Luc Kalombo, 2005. Atlas de l’organisation administrative de la RDC. Kinshasa Press Universotaires, 12
  • 13. originaire du Bandundu donne aux ressortissants de la région et du Bas Congo de voter pour Kabila. Il faut aussi noter, dans les clivages régionaux de la RDC, le luba du centre sont souvent l’objet de la méfiance des autres ethnies. Etienne Tshisekedi est membre de l’ethnie luba du Kasaï Oriental. Comme ces données électorales le démontrent, l’acte du vote en RDC est avant tout caractérisé par les alliances ethniques. Mais on constate que depuis les dernières élections de 2006 et 2011, la tendance à voter en fonction du clivage Est- Ouest est devenue une réalité. Si on tient compte des 450 ethnies qui existent en RDC et de l’histoire électorale qui consistait à voir les tribus majoritaires se liguer pour voter sur des critères ethniques, les dernières opérations des votes ont changé la donne. On vote à présent pour l’enfant du terroir. Conclusion En RDC, l’ordre constitutionnel post colonial et ses institutions calquées sur le modèle colonial n’ont tenu compte ni des spécificités des systèmes locaux de pouvoir, ni de la lenteur des maturations sociopolitiques de sa population. Pour répondre à cette mentalité du choix tribal au Congo-Kinshasa, certains intellectuels préconisent des formules de représentation indirecte à différents échelons territoriaux du village jusqu’au sommet de l’État.16 D’autres, par contre, militent pour une reconnaissance des fondements ethniques de la société contrebalançant l’abstraction citoyenne. Il faut encourager l’invention de modalités de gouvernement répondant mieux aux aspirations de son peuple que la réplication formelle des modèles élaborés par les démocraties occidentales. C’est seulement à ce prix que l’émergence de la culture démocratique sera une réalité. 16 Roland Pourtier, « Les élections de 2011 en RDC, entre cafouillage et tripatouillage »,EchoGéo [Online], Sur le Vif, Online since 02 July 2012, consulté 21 Juin 2016. 13
  • 14. Références 1. Patrice Moundounga Mouity, «Le Gabon à l'épreuve de la politique de l'émergence Diagnostic et pronostic» 378 pages. 2. J.F Bayart, L’État en Afrique: la politique du ventre, Paris, France, 1989. 14
  • 15. 3. Bembe, Luc. "Élections Au Congo Belge." Présence Africaine, Nouvelle Série, no. 17 (1957): 115-17. http://www.jstor.org/stable/24346507. 4. Vincent Darracq et Victor Magnani, “Les élections en Afrique: un mirage démocratique?”, Politique étrangère 2011/4 (Hiver), p. 839-850. 5. Nissé Eureka Mughendi, « Les Déterminants de la paix et de la guerre au Congo- Zaïre » Centre d’études des Crises et des Conflits Internationaux. Peter Lang, 2011, 391 pages. 6. http://www.echosdafrique.com/20111210-ebullitions-electorales-au-congo-de- charybde-en-scylla 7. Isidore Ndaywel, «Histoire du zaïre de l'Héritage ancien à l'Age contemporain», Duculot, Bruxelles, 1997, 450 pages. 8. Roland Pourtier, «Les élections de 2011 en RDC, entre cafouillage et tripatouillage », EchoGéo [En ligne], Sur le Vif, mis en ligne le 02 juillet 2012, consulté le 20 juin 2016. URL : http://echogeo.revues.org/13119 ; DOI : 10.4000/echogeo.13119 15