ambition
céréales
Des hommes responsables d’entreprises céréalières
performantes pour produire plus, produire mieux
2o3o
1 I ambition céréales 2030
génération
blé dur
céréales
compétitivité
constat
bioperformance
qualité
productivité
orge
blé
monde
ambitions
prospective
environnement
système
idées
ambition céréales 2030 I 2
L’ é q u i p e c o n t r i b u t r i c e
Cette publication a été éditée en juin 2014, à l’occasion du
90ème
anniversaire de l’Association Générale des Producteurs
de Blé et autres céréales.
ambition céréales 2030
Des hommes responsables d’entreprises céréalières
performantes pour Produire plus, Produire mieux
3 I ambition céréales 2030
ambition céréales 2030 I 4
L’ é q u i p e c o n t r i b u t r i c e
Régis CHOPIN
Eure
Olivier DAUGER
Aisne
Philippe DUBIEF-BECHET
Côte-d’Or
Christophe GRISON
Oise
Philippe HEUSELE
Seine-et-Marne
Jean-Marc Renaudeau
Deux-Sèvres
Nicolas de Sambucy
Bouches-du-Rhône
Eric Thirouin
Eure-et-Loir
Luc Vermersch
Somme
Benoît Pietrement
Marne
Ont collaboré à la réalisation
de cet ouvrage sous la
coordination de :
François JACQUES
Meurthe-et-Moselle
Rémi HAQUIN
Oise
Jean-François ISAMBERT
Essonne
Ont contribué à l‘organisation des groupes de
travail et la rédaction de l’ouvrage : Hervé Garnier,
Patrice Auguste, Pierre Olivier Drège, Camille
Tubiana, Carole Jouhate, Nicolas Ferenczi, Pascal
Hurbault, Valérie Leveau, Martine Jullien, Jérôme
Josseaux.
Dominique CHAMBRETTE
Côte-d’Or
5 I ambition céréales 2030
ambition céréales 2030 I 6
é d i t o
Nos ambitions céréales
pour 2030
Philippe PINTA, Président de l’AGPB
“ ”
2030, ce n’est pas si loin, mais
en ces temps d’accélération du
changement, où il est de moins en
moins simple de vouloir éclairer
l’avenir, c’est une échéance réaliste
pour un travail de prospective
comme celui dont le présent
ouvrage est le résultat.
Réaliste, car les producteurs de
céréales français disposent de
repères qui semblent assez solides
pour envisager les 15 ans qui
viennent :
• leur activité et les filières
qu’elle alimente sont assez
communément reconnues comme
un atout important pour le
développement économique de
notre pays et pour son équilibre
territorial ;
• le monde, dans lequel nous
sommes l’un des premiers
exportateurs de blé, aura de plus
en plus besoin de céréales demain ;
• les céréales sont des matières
premières polyvalentes et le
deviendront toujours davantage,
de la tige aux grains, grâce aux
progrès de la recherche et à
l’avancée des technologies.
à ces repères objectifs s’en ajoute
un, plus subjectif, mais fondé sur
l’expérience des céréaliers : leur
confiance en leur capacité, avec
l’appui de leurs partenaires de
filière, à s’adapter aux circonstances
et aux attentes, même quand ils
doivent pour cela se remettre en
cause culturellement.
Tous ces repères permettent
de se projeter et d’affirmer un
objectif : « Produire plus, Produire
mieux. » L’entreprise céréalière
de demain pourra l’atteindre en
étant bioperformante.
Notre organisation, l’AGPB fête
cette année ses 90 ans. Elle a relevé
dans le passé de très nombreux
défis et nous en sommes fiers.
« Produire plus, Produire mieux »,
c’est donc l’ambition que nous
nous sommes donnée pour
les quinze prochaines années.
Rendez-vous en 2030 !
7 I ambition céréales 2030
S o m m a i r e
04	 L’ équipe contributrice
06	 Édito
Les céréales,
une chance
pour la France
09
La filière céréalière,
une force économique
sur tout le territoire
17
En 2030,
le monde aura besoin
de plus de céréales
23
ambition céréales 2030 I 8
92	 Conclusion
94	 Lexique
96	 Remerciements
98	 Le Groupe Céréalier
100	 L’ AGPB
Les marchés des céréales
en pleine évolution
33
L’entreprise céréalière
du futur
67
Bioperformants,
les céréaliers
cultivent l’avenir
47
9 I ambition céréales 2030
Les céréales,
une chance
pour la France
La France possède une chance
immense de produire des céréales
en volume suffisant et régulier,
avec des qualités de plus en plus
reconnues. Cela lui permet de
participer aux grands équilibres
vitaux du monde.
ambition céréales 2030 I 10
11 I ambition céréales 2030
Les céréales, une chance pour la France
La France : grenier à blé
• La culture du blé est particulièrement bien adaptée aux conditions pédoclimatiques
françaises
• La production française varie peu en quantité et qualité
• Le niveau de formation des agriculteurs est parmi les plus élevés au monde
• Une logistique performante qui assure la compétitivité des produits français à l’exportation
• Une production capable d’assurer l’autosuffisance alimentaire européenne et de participer
aux échanges mondiaux
La France a des atouts forts qu’elle
doit valoriser
Louis Gallois, dans son rapport sur la compétitivité
industrielle (2), apporte un vent d’optimisme. Selon
lui, le redressement est possible, « car la France a
des atouts forts qu’elle doit valoriser ». Il en énumère
plusieurs : « tout d’abord parce que d’autres pays
européens réussissent... », parce que « la France
est une terre d’émergence de PME innovantes »,
ou encore parce que « la recherche française est
reconnue mondialement »… La France a une vraie
place dans le monde et, en premier lieu, parce qu’elle
détient des pôles d’excellence mondiaux. Parmi eux :
l’industrie culturelle, le luxe, la pharmacie, l’industrie
aéronautique, nucléaire, pétrochimique, les
services (banque, assurance, grande distribution)…,
et l’agriculture avec notamment la céréaliculture.
(1) Hubert Védrine-La France au défi (Fayard)
(2) Pacte pour la compétitivité de l’industrie française
A
u début du XXIe siècle, le monde a
connu une crise financière et
économique , la plus violente qui se
soit abattue sur la planète depuis
celle de 1929. L’Occident est bel
et bien entré dans une période
de « stagnation de longue durée ».
Bouleversement des économies, émergence
de nouvelles puissances, ralentissement de la
croissance économique, chômage de masse, fort
développement démographique, phénomène
d’urbanisation, accroissement de la précarité,
impact du réchauffement climatique, problème
de malnutrition et de sécurité alimentaire, résurgence
des conflits… Mais aussi, un bouleversement des
cartes géopolitiques du monde…
La France n’échappe pas à ces phénomènes de
crises et de mutations… La croissance peine à
revenir. L’activité se raffermit en France, mais pas
encore assez pour faire baisser le chômage. Certains
experts portent un diagnostic alarmant : « l’industrie
française atteint aujourd’hui un seuil critique,
au-delà duquel elle est menacée de déstructuration ».
Hubert Vedrine souligne dans son dernier
ouvrage (1) : « C’est toute la compétitivité de
notre économie qui s’est effondrée. » Pêle-
mêle, il cite la lourdeur de nos charges, le niveau
moyen de la qualité de nos produits, notre déficit
en matière d’innovation, l’absence de montée en
gamme, notre manque de dynamisme à l’exportation.
ambition céréales 2030 I 12
La France a tous les atouts pour réussir. Nous sommes un
pays d’invention, d’innovation, de création, dans tous les
domaines. Je pense à cette magnifique prouesse qu’a
été la mise au point d’un cœur artificiel (...). Je pense
aussi aux transports, avec les véhicules électriques ; à
l’agriculture, avec la chimie verte…
“
”
Au Salon de l’agriculture 2014, un nouveau ton,
émanant tant du chef de l’Etat que de ses ministres,
a montré ainsi à quel point les Pouvoirs publics
reconnaissaient aujourd’hui le secteur agricole et
agroalimentaire comme une activité de production
avant tout, capable de participer au redressement
économique du pays. À condition qu’elle ait les
outils de sa compétitivité. Alors que l’on parle d’une
France qui se désindustrialise, l’agriculture est un
gisement de richesses et de croissance, de plus non
Exporter pour contribuer à relever
le défi alimentaire mondial.
François Hollande, Président de la République
délocalisable. La France reste la première puissance
agricole d’Europe et les céréales y occupent une
place de premier plan. La filière céréalière est
déterminante pour l’économie du pays à la fois au
niveau de l’activité agricole, des emplois qu’elle
induit, de son empreinte territoriale et en raison
de sa contribution à la balance commerciale. La
céréaliculture française fait partie des dix pôles
d’excellence mondiaux que comptent notre pays
et qui font la fierté des Français.
L’agriculture et les céréaliers représentent « une force
française » qui réussit dans le monde et, plus encore, un
modèle à observer et à reproduire.
“
”Dominique Reynié, Politologue,
Directeur de la Fondation pour l’innovation politique
La céréaliculture française est un pôle d’excellence mondial…
13 I ambition céréales 2030
Les céréales, une chance pour la France
Le blé est un atout géostratégique
Le blé est une culture majeure pour l’alimentation
humaine. Les rations alimentaires dans le
monde contiennent 60% de céréales : un terrien
consomme annuellement environ 330 kg de
céréales (y compris pour l’alimentation animale).
Le blé est la céréale qui nourrit plus du tiers de la
population mondiale. Avec le riz et le maïs, il fournit
plus de la moitié des calories et protéines absorbées
quotidiennement.
La consommation de blé s’est répandue à travers
la planète et la demande a été multipliée par 3
depuis 1961. De 235 millions de tonnes (MT) à
l’époque, la production atteint aujourd’hui les
700 MT. Le blé est la céréale la plus cultivée dans le
monde (224 millions d’hectares). Depuis 50 ans, l’offre
mondiale des céréales s’est adaptée à la demande
quasi exclusivement grâce à la progression des
rendements.
D’ici 2030 à 2050, les experts (FAO, Banque mondiale)
prévoient une très forte croissance de la demande
mondiale de céréales : il faudrait que la production
de blé augmente de 60% entre 2000 et 2050.
Le blé est la première ressource agricole échangée
dans le monde avec 40% des échanges mondiaux. La
France exporte plus de la moitié de sa production :
20% dans l’UE et 33% en dehors de l’UE, sans
compter les volumes exportés en tant que produits
transformés (farine, amidon, etc). Au total, les
exportations de la France représentent près de 15%
des échanges mondiaux de blé. Une tonne sur six
qui s’échangent au niveau de la planète est d’origine
française.
Pour relever le défi de la production de blé à l’échelle
internationale, un consortium international (Wheat
Initiative) a été créé dans le cadre du plan d’action
du G20 agricole pour coordonner les recherches sur
le blé dans le monde.
exportateur mondial
de semences
ambition céréales 2030 I 14
La majeure partie des blés produits dans le monde
est destinée à l’alimentation humaine. Le blé est
aussi utilisé pour nourrir les animaux granivores,
comme les porcs et les volailles.
Du blé, est extrait l’amidon : une formidable
réserve énergétique. Les produits dérivés de
l’amidon servent à l’alimentation humaine,
sous forme d’ingrédients traditionnels pour la
boulangerie-pâtisserie, la confiserie, les boissons,
les desserts et plat préparés, les aliments pour
bébés… ils sont aussi utilisés pour d’autres
usages industriels comme la papeterie, les cartons
ondulés, la chimie/pharmacie, les textiles, les
adhésifs, les matériaux de construction…
Avec le blé, on produit de l’éthanol, biocarburant
intégré dans l’essence SP95-E10 ou Super éthanol E85.
Solde positif de plus de 5 MT
Solde positif de 0 à 5 MT
Déficit jusqu'à 3 MT
Déficit supérieur à 3 MT
FRANCE
17
MT
CANADA
19
MT
ARGENTINE
7
MT
7
MT
7
MT
UKRAINE
7
MT
KAZAKHSTANZZZZ
RUSSIE
AUSTRALIE
20
MT
ÉTATS UNIS
25
MT
> Solde moyen production - consommation de blés (moyenne de 2010 à 2012)
Source : FAOSTAT
la france, au cœur des greniers à blés du monde
Avec l’essor de la chimie biosourcée, une
réelle opportunité existe pour intensifier le
développement d’une industrie chimique
nouvelle fondée sur la transformation de la biomasse.
Il s’agit d’extraire et synthétiser des produits
directement substituables à ceux issus de la
pétrochimie. L’utilisation de matières premières
végétales s’inscrit dans le souhait d’une industrie plus
respectueuse de l’environnement. Dans ce domaine,
la France dispose d’acteurs forts comme Roquette,
Tereos, Cristal Union, Siclaé… Au cours des quinze
prochaines années, de réelles opportunités vont se
concrétiser en termes d’innovation et de création
de nouveaux tissus industriels créateurs d’emplois.
Nourrir les hommes, un devoir et demain d’autres défis
15 I ambition céréales 2030
Les céréales, une chance pour la France
Parmi les 8 grands exportateurs mondiaux
de céréales, la France est en effet le seul
pays à être relativement « épargné » et à
garantir sur les marchés 23 MT de grains.
“
26%Variabilité
Chine
Inde
États-Unis
Russie
France
Allemagne118
88
59
45
38
23
Urkraine
18
29% 33% 41% 66% 29%
Australie
26
75%
Canada
25
50%
Pakistan
24
29% 122%
Turquie
21
22%
Moyenne de 2010 à 2012 et variations extrêmes depuis 2000 par rapport à la moyenne
”
la france, 5ème
producteur mondial de
blés, une capacité d’approvisionnement
hors pair
Production de blés
(données en millions de tonnes et %)
Source : FAOSTAT
Thierry Pouch, économiste Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture
Le blé français est apte à nourrir les hommes, la
diversité de ses débouchés concerne aussi leur santé,
leur bien-être et leur environnement.
La France fait partie des greniers à blé sur lesquels
le monde peut compter en 2030. Elle possède une
immense chance de pouvoir produire avec conscience
des céréales en quantités élevées, avec des qualités
reconnues partout dans le monde. Cela lui permet de
nourrir sa population et d’approvisionner de manière
régulière de nombreux pays déficitaires. C’est un
avantage comparatif qui lui confère un rôle de premier
plan sur les marchés agricoles internationaux. Sur le
plan éthique, cet avantage lui impose moralement le
devoir de participer aux grands équilibres vitaux du
monde.
économiquement, les céréales sont stratégiques et
socialement, elles sont essentielles. La France ne doit
pas faire avec son agriculture aujourd’hui, l’erreur
qu’elle a faite il y a quelques années avec la sidérurgie.
La France participe aux grands équilibres vitaux du monde
ambition céréales 2030 I 16
0,9 et moins
1,0 à 9,9
10 à 33,2
33,3 à 49,9
50 et plus
NA
% de céréales
dans la surface agricole
BLÉ TENNDRE
53%
MAÏS GRRAIN
19%
ORGES
17%
AUTRES
7%
BLÉ DUR
4%
RIZ
0,2%
les céréales présentes partout sur le territoire
Source : Agreste RA 2010 et Agreste 2013
9,2millions d’hectares sur la France
soit 37% de la Surface Agricole Utile
La France fait partie des greniers à blé sur
lesquels le monde peut compter en 2030.
“ ”Dominique Chambrette
17 I ambition céréales 2030
La filière
céréalière,
une force
économique sur
tout le territoire
En parcourant la campagne
française, on peut observer
l’omniprésence des céréales.
Elles sont en effet présentes
sur tout le territoire, elles
occupentuntiersdelasurface
agricole utile (sau) française,
soit 50% des terres arables.
Générant 500 000 emplois,
la filière céréalière contribue
à une économie nationale
puissante.
ambition céréales 2030 I 18
19 I ambition céréales 2030
La filière céréalière, une force économique sur tout le territoire
A
vec une production de 68 MT, dont
34 MT de blé tendre, la France est
le premier producteur et le premier
exportateur de céréales de l’Union
européenne. La production de blé est
orientée vers des débouchés diversifiés,
alimentant ainsi une filière structurée et organisée autour
de multiples métiers. Cet ensemble constitue un secteur
économique déterminant pour l’économie nationale
en termes d’emplois, de création de richesse et de
contribution à la balance commerciale. Il se situe au même
rang que les autres grands secteurs industriels que sont
l’aéronautique, la pharmacie, la pétrochimie, l’automobile,
le nucléaire…
500 000 emplois non délocalisables
répartis sur tout le territoire
En France, près de deux exploitations professionnelles
sur trois cultivent des céréales. On dénombre 110 000
exploitations céréalières professionnelles : elles emploient
près de 185 000 personnes. L’Insee les classe en TPE
(Très Petite Entreprise : moins de 10 salariés). Il est
frappant de constater que les 110 000 exploitations
céréalières génèrent une multitude d’activités, en amont
comme en aval, dans différents domaines : agrofourniture
(équipement en machinisme, semences, engrais, produits
de la protection des cultures…), approvisionnement
(distribution), collecte et transformation, transports,
financement, assurances, activités de conseils…
Source : Passion Céréales
2 000 entreprises de transformation
céréalière au bout des champs…
850
446
394
102
100
95
37
27
15
14
10
8
7
4
organismes stockeurs
moulins
usines d’aliments du bétail
biscuiteries
brasseries
boulangeries pâtisseries industrielles
entreprises de panification
unités d’apéritifs à croquer
usines de céréales / petit déjeuner
malteries
semouleries
amidonneries
usines de pâtes
éthanoleries
… et 32 000 boulangeries artisanales,
commerces de proximité, sur tout le
territoire
ambition céréales 2030 I 20
Production, collecte et industries de transformation des
céréales constituent la trame d’un tissu socio-économique
dynamique sur tous les territoires. Aucun autre secteur
agricole n’a une telle « empreinte » territoriale. Contrairement
aux filières d’autres productions agricoles, les entreprises de
la filière céréalière ne sont pas concentrées dans quelques
grandes régions, mais forment un tissu dense d’entreprises
non délocalisables.
150 000entreprises agricoles,
agroalimentaires,
de négoce
et de services500 000emplois ruraux non délocalisables dont
Chiffre d’ affaires de
67
225 000
50 000
225 000
17milliards d’euros
en valeur ajoutée
>
>
>
emplois pour
la production
emplois pour la collecte
et la première transformation
emplois pour la seconde
transformation
et la boulangerie artisanale
milliards
d’ euros
Développer les activités
consommatrices de céréales, porteuses
de valeurs et d’emplois dans les territoires.
21 I ambition céréales 2030
La filière céréalière, une force économique sur tout le territoire
Certes, le blé français est destiné à nourrir la population
hexagonale et européenne. Mais, il ne sert pas qu’à produire
de la farine pour alimenter les Français ! La France exporte
plus de la moitié de sa production de blé. A l’image
d’Airbus, la France céréalière a développé une véritable
stratégie à l’exportation pour répondre aux besoins des pays
du continent européen, également à ceux de l’Afrique du
Nord, du Proche et Moyen-Orient et des pays de l’Afrique
Subsaharienne.
Le blé est la première ressource agricole échangée dans le
monde. En 2013-2014, les échanges mondiaux atteignent
157 MT, soit le cinquième de la production mondiale. La
France y participe à hauteur d’environ 15% ce qui signifie
qu’une tonne sur six échangées sur la planète est d’origine
française.
Avec une production de blé de l’ordre de 37 MT, la France
commercialise 18 MT à l’exportation. La moitié de ces volumes
est dirigée vers les pays Tiers, aux premiers rangs desquels
l’Algérie, le Maroc et l’Egypte. Un tiers des exportations
totales de blé français sur les marchés communautaires et
mondial est destiné à l’Afrique du Nord.
Les exportations de céréales tirent les exportations françaises
100 000
85 000
1988 2000 20121992 1996 2004 2008
50 000
100 000
150 000
200 000
250 000
300 000
350 000 élevage laitiers
grandes cultures
culture et élevage
élevage bovins et ovins
élevage porcs et volailles
autant d’emplois en exploitations grandes cultures qu’en élevage laitier
Source : AGPB d’après Agreste RICA : exploitations moyennes et grandes
ambition céréales 2030 I 22
Tout cumulé - grains et farine - c’est l’équivalent de 60%
des blés panifiables français qui est fourni aux meuniers
du monde entier.
Le secteur céréalier peut s’enorgueillir de contribuer
positivement à la balance commerciale française. Le
palmarès 2013 de la balance commerciale française le
démontre.
En 2013, son excédent s’élevait à 10 milliards d’euros,
soit le deuxième poste positif derrière l’aéronautique.
Dans ce contexte, les céréales et produits dérivés ont
dégagé, soit l’équivalent de plus de 10 Airbus/mois.
Dans la mondialisation, l’agriculture et l’alimentation sont
devenues des marqueurs de la puissance d’une économie
au même titre que l’aéronautique.
Produits de la construction
aéronautique et spatiale21,9 Md€1er
Céréales et produits céréaliers
de la 1ère
transformation
Vins et spiritueux
Parfums, cosmétiques et produits d’entretien
Produits pharmaceutiques
10 Md€
9,8 Md€
8,7 Md€
4,5 Md€
2ème
5ème
4ème
3ème
Source : douanes françaises statistiques 2013
les céréales : 2ème
solde commercial français
L’exportation est l’un des trois moteurs de la croissance
de notre pays, et il faut absolument en développer les
capacités. à l’image de l’agroalimentaire, où nous avons
une force considérable avec des grands champions et
des process remarquables.
“
”Christine Lagarde, Directrice du FMI
23 I ambition céréales 2030
En 2030,
le monde aura
besoin de plus
de céréales
Le XXIe siècle va connaître
une révolution démographique
historique. Elle se traduira en
particulier par une forte croissance
de la demande mondiale de
céréales. Le monde a besoin de
plus de céréales ! La France fait
partie des quelques pays capables
de répondre durablement à cette
nouvelle exigence.
ambition céréales 2030 I 24
25 I ambition céréales 2030
En 2030, le monde aura besoin de plus de céréales
P
lusieurs révolutions vont marquer le XXIe siècle. On peut ne pas se tromper en
avançant que la révolution du numérique a encore de beaux jours devant elle,
que celles des nanotechnologies et biotechnologies marqueront les décennies
à venir, que la pétrochimie sera bousculée par la chimie biosourcée… Mais, un
des chocs du XXIe siècle sera sans aucun doute démographique. Nous sommes
un peu plus de 7 milliards d’êtres humains aujourd’hui, nous serons 8,5 milliards
en 2030 et près de 9,6 milliards en 2050. Et l’Afrique apparaît comme le principal réservoir
démographique mondial. D’ici 2050, elle devrait voir sa population plus que doubler et
atteindre 2,4 milliards d’habitants.
Démographie, urbanisation et développement des classes
moyennes
D’ici 2030, les régions du monde vont quasiment toutes connaître de fortes croissances
démographiques : plus 25% en Amérique du Sud, plus 17% en Asie, plus 30% en
Océanie, et plus 56% en Afrique. L’Amérique du Nord progresserait de 12%, seule
l‘Europe connaîtra une diminution de sa population (moins 1 %). Autour de 2030, l’Inde
devrait dépasser la Chine, date à laquelle les deux pays auront des populations de l’ordre
de 1,45 milliard d’habitants.
La poussée urbaine représente un des phénomènes les plus marquants de la période
contemporaine. C’est en 2007 que le monde a connu une rupture majeure dans
son histoire en devenant davantage urbain que rural. D’ici 2020, deux milliards
de personnes supplémentaires rejoindront les centres urbains, au point que la
ville est considérée pour beaucoup comme la figure dominante des années à
venir. En 2030, 69% de la population mondiale sera urbaine.
L’émergence des classes moyennes est également significative. Leur essor se ferait
essentiellement en Asie, où cette catégorie passerait de 500 millions de personnes à 3,2
milliards en 2030.
Asie
Monde
Afrique
Amériques
1950 2000 20501970 1990 2010 2030
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
Md habitants
2070 2090 2100
Europe
le défi démographique mondial
Source : World Population Prospects : The 2012 Revision, Nations Unies
ambition céréales 2030 I 26
La consommation de viandes, facteur « accélérateur »
des besoins en céréales
L’urbanisation des populations et le développement des classes moyennes ont des
incidences sur les habitudes alimentaires et entraînent une consommation accrue en
produits carnés et transformés. Les rations alimentaires dans le monde sont à 80% à base
de végétal, dont 60% de céréales. Les céréales demeurent de loin les sources principales
de nourriture, aussi bien pour la consommation humaine directe que pour la production
de viande.
Selon l’USDA, sur les quinze dernières années, la consommation mondiale de viandes
a progressé de 30 % (de 194 à 252 MT). Les viandes blanches étant plus faciles et
rapides à préparer et moins onéreuses que les viandes rouges, on observe, une
substitution de la viande de porcs et de volailles à la viande bovine. Ainsi, les viandes
blanches enregistrent, une consommation en forte hausse sur la même période :
plus de 25% pour le porc et plus de 59% pour les volailles-poulets et dindes.
en 2030, dans le monde
2 humains sur 3
vivront en ville
Source : ONU scénario médian 2012 Source : ONU 2012
Exporter pour contribuer à relever
le défi alimentaire mondial.
en 2030, dans le monde
2 humains sur 3
appartiendront aux classes moyennes
Selon l’OCDE, les classes moyennes représentent
aujourd’hui environ 1,8 milliard de personnes, soit 28%
de la population mondiale. Vers 2030, elles atteindront
les 5 milliards, soit les deux tiers de l’humanité.
“
”Jean-François Isambert
27 I ambition céréales 2030
En 2030, le monde aura besoin de plus de céréales
1999 2005 20112001 2003 2007 2009
40
50
60
70
80
90
100
110
2013
Millions de tonnes consommées
l’explosion de la consommation de viande blanche dans le monde
Source : USDA PSD
Ce constat vaut aussi pour l’Europe où les
volailles sont de plus en plus plébiscitées dans
un panier « viande » qui a tendance à baisser.
Les projections 2007 de la FAO montrent que
la consommation de viandes va augmenter de
110 MT d’ici 2030 (et de 200 MT d’ici 2050). Une
croissance qui va tirer vers la hausse la demande
des céréales pour pouvoir faire face aux besoins
des élevages.
110 MT
En 2030, la consommation
de viandes aura augmenté
de
(et de 200 MT d’ici 2050)
Il faut
3 à 4 kg de céréales
pour produire
1 kg de viande de volailles
Il faut
4 à 5 kg de céréales
pour produire
1 kg de viande de porc
Il faut
8 à 10 kg de céréales
pour produire
1 kg de viande bovine
ambition céréales 2030 I 28
Fournir 700 millions de
tonnes de plus de céréales
d’ici 2030
Les prévisions de la FAO montrent que
la consommation mondiale de céréales
(y compris riz) va s’accélérer entre 2007
et 2030 selon une croissance annuelle
de 1,4%, pour atteindre les 2700 MT en
2030.
Entre 2030 et 2050, la demande
évoluera selon une croissance annuelle
plus faible du fait du ralentissement
de la croissance démographique chinoise
(0,6%), pour atteindre les 3 milliards de
tonnes en 2050.
La croissance de la demande mondiale
s’accélère depuis dix ans en blé et en
maïs, alors que la demande en riz subit
plutôt un effet de tassement.
Pour répondre à la demande mondiale
en céréales, le monde devra produire 700
MT de plus de céréales d’ici quinze ans
dont 100 MT de blé. D’ici 2030, d’autres
besoins en céréales s’ajouteront à la seule
croissance des besoins alimentaires. Ils
viendront de l’industrie des biocarburants,
de la chimie du végétal, un domaine
très prometteur, dont l’objectif est de
remplacer un tiers de la pétrochimie…
Produire plus,
une urgence morale.
Tous les jours, 220 ha des terres les plus fertiles
de France disparaissent sous l’emprise de
l’urbanisation. Avec le niveau de productivité de
son agriculture, la France renonce ainsi à nourrir
près de 2 millions de personnes chaque année
en construisant des parkings et des lotissements.
Avec 130 humains supplémentaires à nourrir
chaque minute dans le monde, l’amélioration de
la productivité de la céréaliculture française est
une urgence morale.
+1 milliard de T
20301980 2000 2050
500
1 000
1 500
2 000
2 500
3 000
3 500
Millions de tonnes
+700MT
une consommation mondiale
de céréales en hausse de 700 mt en 2030
Exporter pour contribuer à relever
le défi alimentaire mondial.
29 I ambition céréales 2030
En 2030, le monde aura besoin de plus de céréales
LaFrancedoitrenoueraveclacroissance
des rendements en blé
Même si la croissance de la production sera assurée
à 70% par les pays en développement, ceux-ci
deviendront toujours plus tributaires des importations
de céréales. L’argumentation de leur production ne
parviendra pas à répondre à celle de leurs besoins que
leur croissance démographique et leurs changements de
leur régime alimentaire feront croître plus rapidement. En
2030, selon la FAO, « les pays en voie de développement
pourraient produire seulement 86% de leurs propres
besoins céréaliers, avec des importations nettes qui
passeraient des 103 MT actuelles à 265 MT en 2030 ».
Aussi, les exportateurs de céréales traditionnels (dont
l’UE et la France) devront-ils d’autant plus produire pour
répondre à ce déficit.
Sur les cinquante dernières années, la FAO fait le
constat d’une stabilité des surfaces céréales dans le
monde (environ 700 millions d’hectares), alors que
les terres arables ont gagné en surface (plus 12%). Sur
cette même période, la production céréalière mondiale
a été multipliée par 2,5 grâce à une augmentation de
son rendement moyen multiplié par 2,6. La hausse
des rendements a permis de nourrir le monde.
Compte tenu de la faiblesse des réserves de terres
arables, il ne devrait guère en aller différemment à
l’avenir. La FAO considère que d’ici 2030 et 2050,
« l’augmentation de la production de blé devra
venir à 85% d’une hausse des rendements ». Ce qui
nécessite de faire appel à des nouvelles technologies
conjuguant l’accroissement de la production avec
une meilleure protection de l’environnement, et donc
un meilleur accès à l’innovation. Il faudra « Produire
plus, Produire mieux ».
Aujourd’hui, la France exporte plus de la moitié de sa
production de blé dans l’Union européenne et dans
les pays tiers. Pour conserver sa place au sein des pays
industrialisés dans la satisfaction de la demande mondiale,
la France devra produire 50 MT de blé par an en 2050
(contre 37 MT aujourd’hui). La production française de blé
doit renouer avec une croissance des rendements de blé.
L’objectif visé est de gagner 0,5 quintal de blé par hectare
et par an !
ambition céréales 2030 I 30
Le bassin méditerranéen : un des
« épicentres » céréaliers de la planète.
La région Afrique du Nord et Moyen Orient « concentre chaque année environ 35% des
importations mondiales de céréales et 30% de celles du seul blé », notent les experts du
CIHEAM. Les faibles disponibilités en eau et en terre, ajoutées aux caprices interannuels
et inter-saisonniers du climat, sont des contraintes majeures pour ces pays. La baisse
probable des précipitions et la hausse des températures vont accroître les tensions qui
pèseront sur les perspectives de développement de la production locale de ces pays.
à cela s’ajoute l’augmentation de la population… Même si des gouvernements successifs
ont tenté de mettre en place des politiques de développement agricole, force est de
constater que la production n’a pas été capable de suivre la hausse de la demande.
Quand la part des céréales dédiée à la nourriture du bétail n’était que de 1% au début
des années 1960, elle dépasse actuellement les 30%. Face à ces besoins intérieurs
grandissants, les performances agronomiques restent décevantes comparées à celles
d’autres régions du monde. Ceci explique, un recours aux importations céréalières,
à la fois croissant, structurel et stratégique. à l’horizon 2050, les experts du CIHEAM
évaluent le déficit céréalier des pays en développement à 200 MT. La région sud
méditerranéenne, avec 114 MT, puis l’Afrique Subsaharienne avec 56 MT, confirmeraient
leurs places de premières zones importatrices mondiales de céréales.
31 I ambition céréales 2030
En 2030, le monde aura besoin de plus de céréales
CUBA AFRIQUE
DE L’OUEST
MOYEN
ORIENT
MAGHREB
ASIE
0,50
2,16
87% 7,65
0,81
0,17
le bassin méditerranéen : un marché de proximité
Source : France Export Céréales d’après Synacomex en millions de tonnes Campagne 2013/2014
ambition céréales 2030 I 32
« La France n’a pas vocation à nourrir le monde, car elle n’en a pas les moyens. En
revanche, la nuance est de taille, sa légitimité à contribuer aux équilibres alimentaires
mondiaux n’est pas négociable. Le contexte géopolitique contemporain lui impose
cette posture, notamment vis-à-vis des marchés méditerranéens, moyen-orientaux,
voire africains... En matière céréalière, les pays arabes méditerranéens ont besoin
d’approvisionnements réguliers, fiables et de qualité. »
Sébastien Abis, Analyste géopolitique et chercheur associé à l’Institut de Relations Internationales
Stratégiques (IRIS)
Exporter du blé en Méditerranée
représente à la fois un devoir
géopolitique et une opportunité
économique.
“
”
33 I ambition céréales 2030
Les marchés
des céréales
en pleine évolution
De la production au consommateur,
la filière céréalière est segmentée
en plusieurs débouchés que les
producteurs alimentent dans toute
leur diversité. Ces filières sont
remarquablement organisées et
contribuent à la compétitivité de la
céréaliculture.
ambition céréales 2030 I 34
35 I ambition céréales 2030
Les marchés des céréales en pleine évolution
D
epuis une quinzaine
d’années, le taux
d ’ u t i l i s a t i o n
intérieure du blé est
resté relativement
stable. La meunerie
reste un débouché mature pour
les blés français. On observe
un glissement de la panification
artisanale vers la panification
industrielle, lié aux évolutions
des modes de vie : davantage de
consommation de pain de mie, de
produits transformés, hamburgers.
Les profonds changements, on
les trouve plutôt dans certains
secteurs comme l’export des grains
avec une forte augmentation des
exportations.
L’autre grand changement, c’est la montée en puissance de l’amidonnerie
avec un volume transformé de blé qui a triplé depuis 1997 (de 1 à 3
MT aujourd’hui). Les produits dérivés de l’amidonnerie fournissent
l’alimentaire ou des utilisations tout à fait surprenantes dans le secteur
industriel. L’amidon rentre dans la fabrication du papier, du carton, des
produits pharmaceutiques, des cosmétiques… Sans oublier l’émergence
des alcools et des biocarburants. La chimie du végétal fait son entrée,
l’enjeu de demain est de s’affranchir partiellement des ressources fossiles…
Le blé offre une multitude de débouchés possibles. Des évolutions
technologiques transformeront le monde de la meunerie, l’alimentation
animale accompagnera la relance des viandes blanches françaises…
Des marchés à l’export sont à conforter, de nouveaux seront à conquérir.
L’industrie amidonnière, et demain la chimie du végétal, seront encore
plus de nouveaux débouchés pour les céréales. Source de bien-être dans
sa fonction alimentaire…, demain, avec l’univers des produits biosourcés,
il aura une fonction écologique à part entière. Mais à une seule condition :
il faudra « Produire plus, Produire mieux ».
8% AMIDONNERIE
4% ALCOOLS
1% FABRICATION
SEMENCES
7% RECONSTITUTION
DES STOCKS
13% ALIMENTATION
ANIMALE FRANÇAISE
14% ALIMENTATION
HUMAINE
EXPORT
PAYS TIERS
EXPORT
UNION EUROPÉENNE
20%
33%
le blé, des utilisations multiples
37 MT de blé produites en 2013
Source : FranceAgrimer Campagne 2013/2014
ambition céréales 2030 I 36
Amont
1ère
transformation
Meunerie
Semoulerie
Malterie
Maïserie
Amidonnerie
Fabricant aliments
du bétail
2ème
transformation
Boulangerie
Artisanale et industrielle
Pâtisserie - Biscuiterie
Pâtes alimentaires
Brasserie
Industries
alimentaires diverses
Autres industries :
papeteries, pharmacie,
chimie, textile
Exportateur
Consommateur
Collecte
Semences
Phytos
Engrais
Machinisme
Production
Si on écoute le géographe Gilles Fumey, « les
céréales, c’est la France. Quand nous mangeons
du pain, nous mangeons la France… ».
Selon lui, « nous sommes le pays qui a le rapport le
plus fort et le plus passionnel au pain. On y compte
autant de boulangeries que de mairies ».
Sur les 35 à 37 MT de blé produites en France,
environ 5,6 MT sont utilisées par la meunerie
française. La consommation de pain est le premier
débouché de la meunerie. Les 32 000 boulangeries
artisanales de l’Hexagone jouent un rôle important
en termes de proximité. C’est un marché de détail
et de service constituant un réseau n’existant nulle
part ailleurs dans le monde.
Si 97,6% des Français mangent du pain, certains en
consomment de façon irrégulière. Pour les jeunes
générations, la tendance est de zapper les pain des
petits déjeuners au profit des céréales. Le snacking
prend le dessus, avec plus de sandwichs consommés.
Au quotidien, le Français consomme 130 grammes de
pain par jour, contre 350 grammes il y a cinquante ans.
Le développement des points chauds et des grandes
et moyennes surfaces de distribution, favorise le
développement de la boulangerie et de la panification
industrielle.
Si la boulangerie et pâtisserie artisanale reste de loin
le premier débouché de la farine, sa part a cependant
tendance à diminuer, alors que celle de la boulangerie-
pâtisserie industrielle augmente.
la filière céréalière
Meunerie : la farine n’a pas dit son dernier mot
Satisfaire la demande en
céréales dans toute sa diversité.
37 I ambition céréales 2030
Les marchés des céréales en pleine évolution
Selon l’Association Nationale de la
Meunerie Française (ANMF), « de
nouveaux procédés vont permettre
de créer des produits qui répondent
encore mieux à certaines demandes en
termes de nutrition, de conservation,
de diversité… Les produits industriels
sont déjà extrêmement qualitatifs. »
Dans l’avenir, la boulangerie industrielle
pourrait concurrencer encore plus
l’activité artisanale avec des offres plus
compétitives.
Les industriels formulent des attentes
croissantes sur le plan des qualités
technologiques. Plus de force boulangère,
plus de protéines et de qualité, tout en
maintenant leurs exigences de qualité
sanitaire.
Depuis, les années 1990, le marché export
de farine n’est plus un marché d’avenir,
la plupart des pays consommateurs
ayant créé leur propre meunerie.
La conquête de nouveaux marchés à
l’export repose sur l’élaboration de
produits plus technologiques, comme
« la mise au point de pain longue
conservation ». Pour Nicolas Pérardel
(ANMF), « il faut créer de nouveaux
modes de consommation auprès des
jeunes. Il reste des pistes à explorer dans
des pays comme la Chine où il existe un
marché énorme. »
1970 20001950 1960 1980 1990
100
150
200
250
300
350
2005
325 g
2012
267 g
180 g
140 g
155 g 155 g
150 g
130 g
Quantité journalière consommée
la consommation de pain se stabilise
Source : Observatoire du pain
ambition céréales 2030 I 38
La meunerie française, c’est
La boulangerie
artisanale et
industrielle,
c’est
5,6 MT
2,2
>
>
>
de blé
utilisés
entreprises
195000>
emplois
milliards d’€
de CA
16>
milliards d’€
de CA
6000>
emplois
20041992 1997 2012
20
40
60
80
100
Importations
Industries utilisatrices
Sachets
Boulangerie et Patisserie industrielle
+ atelier de Boulangerie Patisserie GMS
Boulangerie et Patisserie artisanale
Export UE + Pays Tiers
25%
7%
22%
33%
13%
en % de farine
Alimentation animale : redynamiser
les filières viandes blanches
L’industrie de l’alimentation animale représente
un débouché intérieur important pour les céréales
françaises. Les 21 MT d’aliments produits en 2012
se composent principalement de céréales (49%)
et de tourteaux (29%). Au total 10 MT de céréales
sont incorporées dans les aliments industriels, dont
5 MT de blé (48%), de maïs (29%), d’orge (16%),
de triticale (6%)... Sans oublier 2 MT de coproduits
de transformation (sons, gluten, drèches ...) dont
une majeure partie provient des céréales via
la meunerie, l’amidonnerie, la production de
biocarburant, la brasserie… Ces coproduits ont un
rôle important dans l’équilibre économique des
filières de transformation.
Hors autoconsommation à la ferme, les filières
porcs, volailles et œufs sont celles qui absorbent
le plus de céréales dans les aliments industriels
sous forme de grains (8,6 MT), tandis que les
filières ruminants (vaches laitières et bovins viande)
ne consomment que 0,7 MT, autant que le secteur
des pet food (chiens et chats).
la boulangerie industrielle en pleine croissance
Source : ANMF
Satisfaire la demande en
céréales dans toute sa diversité.
39 I ambition céréales 2030
Les marchés des céréales en pleine évolution
Avant la réforme de la PAC de 1992, le taux
d’incorporation des céréales dans l’alimentation
du bétail avait chuté à 30%. La baisse des prix
des céréales programmée en 1992 a permis de
retrouver un taux d’incorporation approchant les
50%, avec la baisse immédiate des importations de
produits de substitution des céréales. Mais depuis
2008, les volumes de céréales utilisés dans la
nutrition animale ont reculé d’un million de tonnes,
notamment à cause de la perte de compétitivité de
l’aval des filières animales françaises dans le secteur
des viandes blanches face aux filières allemandes
ou espagnoles.
Certe, la volaille est devenue en 2012 la deuxième
viande consommée en France, derrière le porc et
devant la viande bovine. Mais la France importe
aujourd’hui des volailles en provenance d’Europe et
le risque de voir la filière porcine française redevenir
déficitaire est grand. La compétitivité française des
viandes blanches se dégrade. En 10 ans, les abattages
de porcs et de volailles ont régressé en France alors
qu’ils augmentent en Allemagne, ou en Espagne.
La compétitivité des viandes blanches françaises est
entravée, mais pas par l’aliment. En production porcine, la
France affiche un coût d’aliment parmi les plus bas au sein
de l’Union européenne. Il est équivalent à celui des Pays-
Bas, et même légèrement inférieur à celui du Danemark
ainsi que de l’Allemagne.
L’affaiblissement de la compétitivité française est
notamment dû aux freins importants et dissuasifs de
notre réglementation environnementale et des délais
11,4
82/83
20%
30%
40%
50%
60%
10%
12
0
2
4
6
8
10
84/85
86/87
88/89
90/91
92/93
94/95
96/97
98/99
00/01
02/03
04/05
06/07
08/09
10/11
12/13
Effet de la réforme
de 1992
Perte de compétitivité
des fillières animales :
-1MT perdues
10,2
En MTTaux d’incorporation
de céréales en %
conforter l’utilisation de céréales en alimentation animale, un enjeu stratégique
Source : FranceAgrimer
ambition céréales 2030 I 40
2012-2013, les exportations de blé tendre ont dépassé
les 17 MT, soit plus de 6% par rapport à 2011-2012, avec
de belles performances sur les pays tiers,
alors que l’export sur l’Union Européenne a
baissé de 5%. Sur les pays tiers, ce score de
10 MT est le deuxième niveau le plus élevé sur les 15
dernières années après les 12,9 MT réalisés en 2010-
2011, année exceptionnelle du fait de l’absence de la
Russie sur ce produit sur les marchés mondiaux.
Pour promouvoir les céréales et la filière céréalière
françaises sur les marchés à l’export, les céréaliers
français ont créé l’association France Export Céréales.
Implantée à Pékin, à Casablanca, à Alger, au Caire,
France Export Céréales conduit des actions
de développement et de promotion dans plus de
trente pays dans le monde.
Dans l’UE, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, l’Italie,
les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni sont les
principaux acheteurs de blé français. Depuis une
quinzaine d’années, on assiste toutefois à une érosion
de nos parts de marchés intra-communautaires, bien
que la demande européenne ne fléchisse pas. Sur
l’Italie par exemple, la France a perdu en dix ans
1 MT au bénéfice des nouveaux Etats-membres
voisins (Hongrie, Roumanie, Bulgarie). Face à ce
constat, France Export Céréales analyse de près le
phénomène pour construire les outils de reconquête
et de promotion à mettre en place.
d’instruction de nos administrations parmi les
plus longs d’Europe pour l’agrandissement ou
la modernisation des porcheries et poulaillers.
Le programme français de modernisation
des élevages (PMBE) a été principalement réservé
aux filières bovines et n’a donc pas profité aux
élevages granivores qui sont de plus en plus
pénalisés par des bâtiments anciens.
D’ici 2020, l’enjeu pour la filière céréalière sera
d’éviter la perte de 2 MT de débouché (surtout de
blé) ! La clef du maintien du débouché global repose
sur la capacité des filières granivores françaises
à regagner en compétitivité. La filière céréalière
se doit d’avoir un projet global pour relancer la
consommation de céréales en viandes blanches.
grâce à des réflexions régionales pour consolider
les filières porcs et volailles en partenariat avec
les filières végétales. Céréales compétitives et
élevages compétitifs restent intimement liés.
Export de grains : les marchés
peuvent compter sur la France
Le débouché export est le premier débouché du blé
français,etilestégalement importantpourlemaïset
l’orge. Il est d’autant plus précieux que c’est à nos
portes, sur les rives sud de la Méditerranée, ainsi
qu’en Afrique Subsaharienne, que les besoins
croissent le plus vite sur le marché mondial.
Depuis la campagne 2007-2008, on constate un
essor prononcé des exportations de blé vers les pays
tiers, alors que dans le même temps les exportations
vers l’Union Européenne ont tendance à se réduire,
constate François Gatel, Directeur de France
Export Céréales. Une tendance qui se confirme. En
L’alimentation animale
10 400> salariés
290 usines>
10 MT> de céréales
2 MT> de coproduits
utilisés
c’est
Développer les activités
consommatrices de céréales, porteuses
de valeurs et d’emplois dans les territoires.
41 I ambition céréales 2030
Les marchés des céréales en pleine évolution
Les principales destinations, hors Union européenne
du blé français sont :
- Les pays du Maghreb, parmi lesquels l’Algérie
achète chaque année à la France environ 4 MT de blé,
soit presque 10% de la production française. Ces pays
géographiquement proches de nous ont l’habitude de
consommer un pain proche du pain français.
- Les pays d’Afrique Subsaharienne comme le
Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun et la Mauritanie
sont d’anciennes colonies françaises qui consomment
le blé sous forme de pain français. La France y vend
2 MT soit 80% du marché.
- L’Egypte, premier importateur de blé au monde et
la Lybie, elles achètent des blés mais de façon moins
régulière pour la fabrication de pains plats de type
arabe.
Jean-Pierre Langlois-Berthelot, Président de France
Export Céréales le réaffirme : « le blé français sur les
marchés à l’export affiche de nombreuses forces :
la régularité de l’offre, l’absence de restrictions aux
exports (à l’inverse de l’Argentine, de la Russie, de
l’Ukraine), la proximité, l’adaptation aux pains type
« français », la qualité de la protéine, la valeur
meunière… La France peut aussi compter sur les
performances de sa logistique céréalière pour
parfois réussir à placer des quantités de céréales
plus importantes sur des marchés traditionnellement
tournées vers d’autres origines. »
Le blé français affiche aussi quelques faiblesses :
une qualité qui ne satisfait pas tous les acheteurs,
tandis que les blés du nord et du sud-américains
sont meilleurs en protéines et que les Russes et les
Ukrainiens livrent pour le même prix, un pourcent
de protéines en plus. La principale préoccupation
des pays acheteurs de blé est d’avoir un maximum
de vendeurs à leurs portes, prêts à leur offrir du blé
de qualité.
PAINS PLATS
« ARABES »
IRAN
YEMEN
EGYPTE
CAMEROUN
CÔTE
D’IVOIRE
SÉNÉGAL
MAURITANIE
ALGÉRIE
MAROC
PORTUGAL
ESPAGNE
ITALIE
PAINS LEVÉS
TYPE « FRANÇAIS »
1,8
MT
15,6
MT
la france tournée vers les rives sud de la méditerranée
Source : FranceAgrimer et France Export Céréales moyenne des collectes 2008 à 2013
ambition céréales 2030 I 42
L’industrie des produits amylacés a pour objet
d’extraire l’amidon des végétaux et d’en assurer
la transformation pour répondre aux besoins de
nombreuses industries. « Une amidonnerie, c’est
une bioraffinerie : on fait rentrer du blé, du maïs
ou des pommes de terre, il en ressort de l’amidon,
du glucose, de l’éthanol, des protéines, des
polyols… à la fois des produits traditionnels et
des produits de modernité », explique Jean-Luc
Pelletier, Délégué Général de USIPA.
Aujourd’hui, 3 MT d’amidon de blé et de maïs sont
produites en France. On retrouve l’amidon et les
produits dérivés dans des secteurs d’application
très variés :
- 47% sont utilisés par les industries alimentaires
sous forme d’ingrédients traditionnels dans les
secteurs de la boulangerie-pâtisserie, de la
« Des marchés restent à conquérir : dans les pays de l’Afrique subsaharienne, le Nigéria
est une destination majeure. Nous devons nous y intéresser de près pour conserver et
gagner des parts de marché. Dans les pays proches du Moyen-Orient, France Export
Céréales réalise par ailleurs un travail de prospection en Arabie Saoudite, Irak, Iran… Ces
pays ont un potentiel à ne pas négliger, ils raisonnent sur la protéine mais également sur
le gluten. Si on veut parvenir à les conquérir, il faudra nécessairement améliorer notre
teneur en protéines. »
Jean-Pierre Langlois-Berthelot, Président de France Export Céréales
“
”
Quand vous interrogez un Algérien, un
Marocain ou un Egyptien, ils répondent :
« Vous, Français, produisez plus ! Ajustez
aussi vos prix ! Et relayez, auprès de
votre puissance publique, nos besoins en
qualité ! »
confiserie, des boissons, des desserts et plat préparés,
des aliments pour bébés… Les produits à base
d’amidon servent soit de liant, soit de produit sucrant.
- 53% rentrent dans la fabrication de produits
industriels comme le papier et le carton (c’est le plus
grand débouché), des produits pour la santé, des
produits de fermentation (vitamines, antibiotiques,
acides organiques…), les cosmétiques, les adhésifs, le
textile, les matériaux de construction, les détergents…
Le débouché amidonnier représente en France
presque 20% des utilisations intérieures de blé
et 30% des utilisations intérieures de maïs. Une
amidonnerie de céréales utilise au moins 1300 T
par jour ce qui correspond à un train complet. Avec
5,2 MT de blé et de maïs mises en œuvre, l’amidonnerie
est aujourd’hui la troisième industrie céréalière en
France après l’alimentation animale et la meunerie.
Amidonnerie : une filière pleine d’avenir
43 I ambition céréales 2030
Les marchés des céréales en pleine évolution
3,2
92/93
0,5
1,0
1,5
2,0
2,5
93/94
94/95
95/96
96/97
97/98
98/99
99/00
00/01
01/02
02/03
03/04
04/05
05/06
06/07
07/08
Source : Unigrains d’après Usipo
1,3
3,5
3,0
08/09
09/10
10/11
Blé
Maïs
1,6
Pomme
de terre
En MT d’amidon
Total
la production d’amidon à base de blé en france progresse
Source : Unigrains d’après USIPA
L’ amidonnerie en France,
c’est
3 MT
plus de 2,5
>
>
de blé
utilisés
Md€ de CA
plus de 5000>emplois directs
Demain, la croissance du secteur sera étroitement
liée au devenir de la chimie du végétal et de
la recherche et développement dans les
domaines nutrition et santé. Après avoir doublé
depuis les années 1990, la production de
l’amidonnerie française pourrait encore doubler.
Les amidonniers sont associés aux réflexions
engagées à la suite du lancement du Plan
industriel « Chimie verte/Biocarburants » et au
rapport Lauvergeon de la commission 2030
innovations. Le soutien à l’innovation dans le
domaine des protéines végétales et de la Chimie
du Végétal est jugé, par ce rapport,
comme déterminant. Une des clés des
futures innovations repose en premier sur
les « biotechnologies, notamment sur les
débouchés de l’amidon. »
ambition céréales 2030 I 44
Biocarburants:laFrance,premier
pays producteur européen
Le bioéthanol, produit par fermentation
biologique de sucres issus des céréales,
betteraves ou cannes à sucre est le biocarburant
le plus utilisé au monde. En France, 1,7 MT
de blé sont transformées en bioéthanol. Les
céréales contribuent ainsi à réduire les déficits
énergétique et protéique.
La France s’est engagée il y a quelques années
dans un programme important de développement :
près d’un milliard d’euros a été investi par les
agriculteurs et les industriels pour développer
les capacités existantes et construire cinq usines
de production de bioéthanol de taille mondiale,
dont la capacité totale de production s’élève à
14 millions d’hectolitres.
Avec 11,5 millions d’hectolitres produits en
2012, la France réalise plus du quart de la
production européenne et elle est le premier
producteur européen de bioéthanol. Pour
autant, à l’échelle européenne, l’utilisation
de céréales pour la fabrication de bioéthanol
ne représente que 3% des débouchés totaux
contre 40% des débouchés du maïs aux
États-Unis.
La filière française travaille activement à
l’amélioration des performances du bioéthanol
et à l’émergence de la seconde génération.
L’expérience industrielle acquise par la première
génération servira à la mise en place de cette
seconde génération dans quelques années.
La marche en avant de la filière pourrait
cependant être entravée par les incertitudes
de l’UE quant à ses objectifs d’incorporation
de biocarburants et quant aux normes
environnementales auxquels ceux-ci doivent
satisfaire. L’évolution de la fiscalité française sur
les biocarburants est elle aussi une hypothèque
à lever.
2,5m3
d’éthanol
4T
de paille
2,7T
de drèches
de 28% de protéines
1 hectare de blé
(à 7,2T/ha)
Le bioéthanol
en France, c’est
8900
1,7 MT
>
>
emplois directs
et indirects
de blé transformés
600 M€>de CA
Investir dans la Chimie du Végétal
et les Energies Renouvelables.
45 I ambition céréales 2030
Les marchés des céréales en pleine évolution
Chimie du végétal : la révolution
est en route
Le Président de la République a évoqué le sujet
lors de ses vœux aux Français : « La France a
tous les atouts pour réussir. Nous sommes un
pays d’invention, d’innovation, de création,
dans tous les domaines… ». Et de citer, parmi
ces atouts : « l’agriculture, avec la chimie verte. »
En octobre 2013, la Chimie du Végétal fait
partie des « sept ambitions pour l’innovation »,
retenues par la Commission présidée par Anne
Lauvergeon.
Dans le prolongement de l’amidonnerie, la
Chimie du Végétal désigne une chimie qui
utilise les végétaux comme matière première.
Elle permet de remplacer le carbone fossile par
du carbone végétal, qui possède les mêmes
propriétés que le carbone du pétrole. On parle
de produits biosourcés pour signifier que la
matière première utilisée pour leur production
est la biomasse. Stocké dans les grains de
céréales, l’amidon est la voie royale de la
chimie du végétal, car il dispose de multiples
propriétés.
Le marché mondial de la Chimie du Végétal est
en progression constante et est estimé à 300
milliards d’euros en 2015. La France présente
des atouts significatifs. La recherche scientifique
y est de qualité avec des organismes appliqués
(ARD, Toulouse White Biotechnology).
Plusieurs industriels sont investis sur le sujet
(Roquette, Tereos, Proteus, Metabolic Explorer,
Deinove, Global Bioénergie, Fermentalg,
Solvay, etc.), dont quatre groupes parmi les
cinquante plus grands acteurs mondiaux. En
sus de ces atouts industriels, la France bénéficie
de la présence d’agro-industries fortes.
«… avec 69 Md€ de facture énergétique
en 2012 et de tensions probables sur ces
ressources dans les prochaines décennies, les
biotechnologies blanches* ou industrielles
sont une solution positive à même de
diminuer notre dépendance énergétique et
de trouver des matières premières durables.
L’enjeu est ainsi de s’affranchir partiellement
des ressources fossiles sans créer de tension
forte sur l’usage alimentaire… En France, la
chimie du végétal pourrait permettre de créer
35 à 45 000 emplois et permettre 1,5 milliards
d’euros de chiffre d’affaires à l’export. La chimie
du végétal présente également de vastes
perspectives de marchés applicatifs comme
dans la santé, les éco-industries, l’énergie, les
biopolymères... à partir de différentes sources
de biomasse. »
Anne Lauvergeon,
Présidente de la Commission innovation 2030
Dans un
contexte de
dépendance aux
hydrocarbures...
“
”
* Les biotechnologies blanches visent à la transformation de matériaux
grâce à des agents biologiques (ferments ou enzymes).
ambition céréales 2030 I 46
Unigrains, établissement financier des
céréaliers, se positionne sur la chimie du
végétal à travers différentes actions :
investissements financiers en direct (Vegeplast,
BioAmber, Moret industries), appuis financiers
de plate-forme de recherche et pôle de
compétitivité (ARD-CRD, Improve, Biogemma,
Procéthol-2G (projet Futurol), investissements
au travers de fonds d’amorçage et de capital
risque…
Même si, aujourd’hui, il est prématuré d’évaluer
le potentiel des volumes de matières végétales
« Le challenge est économique mais également réglementaire, plutôt que technologique
puisque ce sont des technologies globalement accessibles. La chimie du végétal utilise
environ 30 MT de cultures soit 6 millions d’hectares, c’est-à-dire moins de 0,5% de la
totalité des terres arables. Il y a donc des potentiels pour utiliser plus de matière végétale
pour la Chimie du Végétal. »
Marc Roquette, Groupe Roquette Frères
“
”
La chimie du végétal a comme vocation
de substituer partiellement la chimie du
pétrole… le mouvement est parti…
nécessaires pour cette nouvelle voie industrielle,
la disponibilité d’une ressource végétale compétitive
est un enjeu majeur de son développement. C’est
un défi à relever pour les producteurs agricoles et
l’industrie de la première transformation.
La chimie du végétal sera sans aucun doute une
des révolutions industrielles, technologiques et
scientifiques du XXIe siècle. Elle ne pourra pas
se faire sans l’agriculture et en particulier sans la filière
céréalière. De réelles et belles perspectives pour
accroître l’ingénierie de l’innovation, la valeur ajoutée
et les emplois sur les territoires ruraux…
47 I ambition céréales 2030
Bioperformants,
les céréaliers
cultivent l’avenir
Concilier productivité des sols et des
plantes, qualité sanitaire et technologique
et en même temps empreinte écologique
minimum est un véritable challenge que
les céréaliers français ont choisi de relever.
Produire plus, Produire mieux est leur mot
d’ordre. Pour cela, ils sont à la recherche
permanente de la bioperformance, un savant
équilibre entre performances écologiques,
économiques et productivité de la terre.
ambition céréales 2030 I 48
49 I ambition céréales 2030
Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir
A
ux yeux du grand public, les champs de blé,
d’orge, de colza, de tournesol, de betteraves,
de pommes de terre appartiennent presque
naturellement au paysage. Boire une bière ou
mangerdupain,unhamburger,unsandwich,des
biscuits,despâtes,descéréalesaupetitdéjeuner
est aussi devenu tout à fait banal. Les français reconnaissent
la qualité et la sécurité des produits alimentaires. Habitué à
trouver au quotidien tous ces produits sans aucune difficulté,
le consommateur ne peut imaginer qu’il y a 70 ans, au sortir de
la 2ème
guerre mondiale, on pouvait lire sur un panneau : « plus
de pain cette semaine pour cause de mauvaise récolte de blé. »
Derrière ces produits alimentaires si facilement accessibles et ces
paysages si entretenus se trouvent des hommes et des savoir-
faire, du champ à l’assiette. En tête de la chaîne : l’agriculteur,
le producteur de matière première agricole, gère un système
complexe de plusieurs cultures sur l’ensemble des parcelles
de son exploitation, voire aussi des productions animales,
des légumes, de l’arboriculture…
Produire du blé n’est pas un acte commun. On oublie
trop souvent que les plantes appartiennent au monde du
vivant soumis aux aléas du climat. Aujourd’hui, l’agriculteur
moderne est capable d’apprivoiser, sauf circonstances
exceptionnelles, ce qui par définition est instable, performance
permise par le développement des compétences. Les
agriculteurs français sont parmi les plus formés au monde.
Actuellement75%desagriculteursdemoinsde40anspossèdent
le baccalauréat et 34% sont diplômés de l’enseignement
supérieur. Sur les exploitations spécialisées grandes cultures, ce
taux atteint même 53%.
La bioperformance, un défi !
L’accès du plus grand nombre à l’innovation et au progrès
est la voie pour y parvenir. C’est bien le contraire du retour
en arrière ou de l’obscurantisme vers lequel d’aucuns veulent
La France doit faire confiance au monde agricole,
et avant tout à des agriculteurs responsables,
des chercheurs et des transformateurs qui
contribuent au dynamisme économique et social de
nosterritoiresdanslerespectdeséquilibresécologiques.
“
”
pousser l’agriculture française en proposant
de réduire la nourriture et la protection des
plantes, au risque de produire moins de
céréales et d’obtenir des qualités inadaptées
aux marchés ou présentant des risques pour
la santé du consommateur. Les céréaliers
français veulent proposer des solutions pour
réduire les impacts de leurs pratiques tout
en répondant à la croissance des marchés.
L’agriculteur au cœur des
équilibres du vivant
L’agriculteur travaille avec la nature en faisant
appel à de nombreuses compétences.
D’abord agronome, il doit connaître les
notions de physique, de chimie et de
biologie que pose la pratique de la
production. L’univers du métier est complexe,
couvrant beaucoup de domaines, hautement
scientifiques ou techniques. On peut citer
Michel Godet, économiste et professeur au CNAM.
ambition céréales 2030 I 50
En France, un hectare nourrit 24 personnes sans
dégrader le potentiel agronomique, soit près
de 5 fois plus que dans le reste du monde.
“
”
« Un milieu ouvert est plus favorable au
développement de la biodiversité qu’un milieu
fermé. Ce n’est pas dans les ronces, friches ou
forêts qu’il y a le plus de biodiversité. En Eure-et-
Loir,lazonedeprotectionspécialeBeauceetVallée
de la Conie en est la preuve. Désigné au titre de la
Directive « Oiseaux » (17 espèces dont la grande
majorité y niche), ce site de 71753 hectares est le
plus grand site Natura 2000 du département, et
l’un des plus grands au niveau régional (62
communes concernées). Les terres arables
représentent 80% de la superficie, et l’intérêt
principal de la zone est la reproduction des
espèces caractéristiques de l’avifaune de plaine
céréalière. »
Eric Thirouin
Biodiversité :
un patrimoine naturel
riche en zone
céréalière.
“
”
la génétique, la biologie végétale, la
connaissance des sols, la protection des
plantes, la fertilisation, la météorologie…
Aujourd’hui, d’importantes innovations
technologiques sont en cours comme
l’agriculture de précision, les technologies
de l’information ou les biotechnologies.
L’agriculteur est un cultivateur, qui travaille
le sol, sème, désherbe, et protège ses
cultures et récolte. Il est à l’interface des
équilibres du vivant. Chacune de ses
interventions est justifiée et inscrite dans
un calendrier cultural précis et réfléchi.
Avant d’intervenir, le cultivateur réalise
un diagnostic précis de la situation, à
partir d’observations faites sur le terrain.
Il dispose de conseils et d’outils
d’aides à la décision qui font appel
à de multiples références agronomiques
et climatologiques, mis à sa disposition
par les instituts techniques comme
ARVALIS - Institut du végétal et Météo
France.
Peu connu du grand public, ce type de
pratiques permet de soigner et de nourrir
les plantes avec précision et de répondre
au soucis de la qualité des récoltes ainsi
qu’à la préoccuption de la préservation
de l’environnement.
Des travaux scientifiques montrent,
contrairement aux idées reçues, que dans
les champs à forte productivité, on peut
trouver une très grande biodiversité.
Philippe Dubief-Bechet
Réduire l’ empreinte sur
l’ environnement par la diffusion à grande
échelle de technologies innovantes.
51 I ambition céréales 2030
Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir
Le progrès génétique en blé, une
priorité stratégique mondiale
La demande mondiale en blé devra augmenter de
60% d’ici 2050. Ainsi, tous les pays producteurs
partagentunbesoinimmédiatd’accélérerleprogrès
génétique du blé pour améliorer les rendements,
l’efficacité d’utilisation de l’eau et des nutriments,
L’objectif principal de la Wheat Initiative est de
coordonner les recherches sur le blé au niveau mondial
pour que, grâce à un élan international, les progrès
nécessaires pour augmenter la production, la qualité et
la durabilité du blé soient atteints.
“
”Hélène Lucas, coordinatrice scientifique internationale de la Wheat Iniative
l’adaptation aux stress biotique et abiotique, tout
en assurant une production sûre et de qualité. Pour
répondre à ce défi, les organismes de recherche et
de financement de plusieurs pays ont proposé la
création de la Wheat Initiative qui a été soutenue
par les ministres de l’Agriculture réunis au G20 en
2011 et intégrée dans leur plan d’action.
Aujourd’hui, la Wheat Initiative engage un certain
nombre d’actions de recherche concrètes, comme
la mise en place d’un système d’information
avec un point d’entrée unique dans laquelle les
biologistes et les sélectionneurs auront accès à
l’ensemble des données relatives au blé. Une autre
action vise l’obtention d’une séquence de haute
qualité de l’ensemble du génome du blé. Ces
efforts de séquençage engagés depuis plusieurs
années par un consortium international ont été
accélérés et permettront de réaliser des progrès
considérables et plus rapides pour la création de
nouvelles variétés.
1erproducteur européen de semences
1er
50
291000hectares cultivés
600000tonnes de semences
de céréales certifiées
30en blé
15en orge
5en blé dur
>
>
>
nouvelles variétés
de céréales par an :
exportateur
mondial
La filière semences, c’est le fleuron
de l’économie française
ambition céréales 2030 I 52
une ambition : redynamiser le progrès génétique
1980
40
50
60
70
80
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
Source : Agreste
100
90
2012
2014
Rendement (Q/ha)
+1 q/ha/an
-18q en 18 ans
Rendement national Blé tendre
71,5 q/ha/an depuis 1995
2030
2028
2026
2024
2022
2020
2016
2018
Outre les gains de productivité et l’amélioration de
la résistance des variétés aux maladies, la sélection
a porté ces dernières années en grande partie sur
l’amélioration des qualités des céréales : comme
leurs aptitudes à subir des étapes de transformation.
à titre d’exemple, l’offre de blés meuniers est passée
de 50% en 1995, à 80% aujourd’hui, ce qui permet
aux boulangers de disposer de farines plus simples à
travailler.
Les semenciers se sont attachés à la sélection de
variétés de blé dur dont le gluten présente les qualités
requises pour la fabrication de pâtes ne collant plus à
la cuisson.
Ils ont également travaillé l’aptitude de l’orge
destinée à la malterie à partir de plusieurs critères,
tels que la teneur en enzymes, la concentration en
sucres, la proportion des différents types d’amidon.
Pour l’avenir, les efforts pour retrouver une
dynamique de rendement positive, sans concession
sur la qualité sanitaire, technologique ou la
composition notamment en termes de protéines
ont été remises en avant par les producteurs
français. Ils ont choisi de soutenir activement
les efforts de sélection par l’intermédiaire d’une
CVO prélevée sur la collecte de céréales, sans
pénaliser les utilisateurs de semences de ferme,
tout en s’impliquant dans l’orientation des axes de
sélection.
Source : Agreste
Accélérer le progrès génétique pour
des céréales résistantes, sobres,
productives et riches en protéines.
53 I ambition céréales 2030
Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir
Comment la recherche peut-elle contribuer à retrouver une croissance de rendement dans
les exploitations céréalières ?
La précocité, le rendement, à la différence de la résistance aux maladies, sont des caractères
phénotypiques, gouvernés par des systèmes génétiques très complexes. Il n’y a pas un
gène du rendement. Dans le cadre du projet BreedWheat conduit depuis 2011 par les
sélectionneurs français avec l’INRA, nous allons mieux comprendre le fonctionnement
du génome et être capable d’exploiter cette fameuse interaction entre le génotype,
l’environnement et la conduite des cultures.
Le blé tendre possède un des génomes les plus complexes du règne végétal et c’est une
espèce d’hiver à cycle long avec des risques liés à ce qui se passe à l’automne, en hiver et
à la sortie de l’hiver... L’amélioration variétale a connu une véritable révolution au cours des
dernières décennies, avec l’introduction de la sélection assistée par marqueurs qui ouvrent
la voie à une sélection assistée, plus précise, plus efficace et plus rapide qu’une simple
sélection phénotypique.
Demain avec la connaissance du génome - et c’est l’enjeu du programme mondial de
génétique du blé - on peut imaginer exploiter une variabilité génétique beaucoup plus
large, en prenant du matériel en provenance de tous les continents où est cultivé le blé…
Grâce au génotypage et phénotypage, on va être capable, par la sélection assistée par
marqueurs, de mieux exploiter la biodiversité des ressources génétiques. On a les moyens
de générer du gain de rendement dans l’optique de produire plus et mieux.
Que peut apporter le levier génétique vis-à-vis de l’efficacité de l’azote ?
Deux pistes de recherche sont communes à toutes les espèces végétales au niveau mondial
et envisageables à travers le couplage génotypage et phénotypage pour l’efficacité de
l’azote et l’efficacité de l’eau. Ces deux caractéristiques sont gouvernées par des systèmes
extrêmement complexes connus chez certaines espèces. Une des voies majeures pour
obtenir ce résultat, c’est la transgénèse, et, peut-être demain, des nouvelles techniques
de sélection avec la mutagénèse. Le champ du possible offert par les biotechnologies
donne des perspectives y compris sur ces caractéristiques agronomiques complexes…
Connaissance du génome, sélection assistée
par marqueurs et biotechnologies sont les
clés du gain de rendement de demain.
“
”
ambition céréales 2030 I 54
Nos projets concernant le stress hydrique et la valorisation de l’azote devraient aboutir
à échéance 2022-2024. C’est une piste d’avenir très prometteuse à condition qu’elle
ne soit pas bloquée par voie réglementaire, sous la pression de tous les opposants aux
biotechnologies, au progrès scientifique… Un vaste débat politique ! Florimond Desprez
a créé une société en Argentine avec un partenaire (Bioceres). On ambitionne de lancer
en 2016-2017, le premier blé OGM résistant au stress hydrique. Cette variété de blé
apporte 10 à 15% de plus que les variétés traditionnelles en présence de stress hydrique.
François Desprez, société Florimond Desprez
Accélérer le progrès génétique pour
des céréales résistantes, sobres,
productives et riches en protéines.
Il faut se servir de tout
ce que l’innovation
peut nous apporter
pour réduire les impacts
sur l’environnement et
non pas réglementer
arbitrairement de la
même façon du Nord au
Sud.
“
”Rémi Haquin
55 I ambition céréales 2030
Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir
-30%d’usage de produits
phytosanitaires en 10 ans
-70%d’apports d’engrais phosphatés
et potassiques en 20 ans
400 000 km
-15%d’ apports d’ azote minéral
en 20 ans
-9%
250 000agriculteurs recyclant
leurs emballages
de bandes enherbées plantées
le long des cours d’eau
en émission de gaz à effet de serre
en 20 ans
Une dynamique de progrès
continue pour réduire l’empreinte
environnementale
Les agriculteurs ajustent leurs pratiques selon les
potentiels de rendement : il s’agit de mettre la
bonne dose au bon moment et au bon endroit,
pratiques favorisées par l’emploi d’outils d’aide à la
décision (OAD). Les apports d’azote sont de plus en
plus maîtrisés dans de nombreuses régions. Leurs
techniques culturales ont beaucoup évolué depuis
une vingtaine d’années : 40% des blés sont semés
sans labour, et 4% en semis direct.
Les céréaliers ont toujours misé sur le progrès.
à l’occasion du dernier Salon de l’Agriculture à Paris,
les médias ont fait la part belle à la modernité de
l’agriculture : « La science-fiction débarque dans les
exploitations » ; « Plus précis que le satellite, le drone
peut surveiller la croissance du végétal et mieux
doser l’engrais » ; « Drones, tracteurs autoguidés,
satellites,quandlesnouvellestechnologiesenvahissent
les campagnes. »
Parmi les progrès les plus rapides du monde
agricole, l’informatisation et l’utilisation des nouvelles
technologies peuvent être citées avec aujourd’hui
près de 80% des exploitations professionnelles
connectées à internet ou utilisant des outils d’aide à
la décision, principalement en fertilisation et en lutte
contre les maladies. Deux millions d’hectares de blé
sont fertilisés à partir d’un OAD informatisé.
ambition céréales 2030 I 56
2007 20102003 2005 2008 2009
50
100
150
200
250
300
350
400
2011
Exploitations professionnelles
367
292
Exploitations professionnelles
utilisant Internet
En milliers
20%
80%
80% des exploitations connectées
Source : TIC AGRI 2011
« Si on y ajoute les systèmes de
géolocalisation, l’implantation de bandes
enherbées et couverts végétaux et
l’amélioration de l’efficience des intrants,
depuis 10 ans on mobilise la technologie
au service de l’optimisation des systèmes
de production », explique Jacques
Mathieu, Directeur d’Arvalis - Institut du
végétal. « Cette orientation a permis de
maintenir des performances techniques
tout en assurant une meilleure gestion de
l’environnement. Mais des progrès sont
encore possibles. »
57 I ambition céréales 2030
Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir
La prochaine révolution que va connaître l’agriculture
sera à l’image de ce qui se passe dans la médecine
et en particulier dans la chirurgie : les cultures seront
pilotées avec une très grande précision... Elles seront
surveillées plus finement à l’aide de robots (capteurs,
satellites, drones) et de modèles d’interprétation.
Le machinisme sera encore plus intelligent.
Les progrès de la génétique et de la biotechnologie,
le développement du biocontrôle et de la valorisation
des auxiliaires contre les ravageurs, la recherche de
systèmes innovants (couverts, diversification des
sources d’azote, paysage en mosaïque…) constituent
un bouquet de solutions pour travailler dans le respect
de l’environnement.
L’accroissement de la productivité passera par le
progrès génétique (biotechnologies), par une maîtrise
des aléas climatiques (prévisions météorologiques
à plus long terme et à la parcelle, progrès en
écophysiologie appliquée), par une maîtrise de l’eau
ou par une amélioration du fonctionnement du sol.
Pour Jacques Mathieu, en complément de
l’amélioration des techniques d’aujourd’hui, deux
axes d’innovations se dégagent : « le premier axe
concerne les régulations biologiques (biologie des
sols, biocontrôle, valorisation des auxiliaires…), en
combinaison avec les solutions classiques offertes
par la chimie. Il s’agit de maximiser les régulations
naturelles au profit d’une agriculture performante ; le
second est celui des technologies de la communication,
ces nouvelles technologies au service de l’agronomie
(capteurs, robots, satellites, drones, smartphone…)
vont prendre une part de plus en plus importante
pour améliorer l’acte de production. »
Ces systèmes innovants et toutes ces évolutions
tendent à assurer à la fois une croissance de rendement,
une contribution positive de la céréaliculture
aux enjeux environnementaux et une efficacité
porteuse économique de croissance et d’emploi par
démultiplication.
Une révolution en marche, à l’image de ce qui se passe dans la médecine
ambition céréales 2030 I 58
Sur quels leviers s’appuyer pour gagner 0,5 quintal par hectare et par an ?
Les experts sont unanimes sur la question. Deux leviers doivent permettre à la
production française de blé de renouer avec une croissance de rendement : la
génétique et une meilleure efficience des intrants.
« Un des facteurs limitants majeurs est la nutrition azotée. Nous devons
trouver des solutions pour gommer certaines sources d’inefficacité. Par
exemple, disposer de formulations physiques d’engrais azotés plus efficaces,
afin d’éviter les pertes par volatilisation, en cas de conditions climatiques trop
pénalisantes. Dans le contexte réglementaire actuel qui limite les quantités à
épandre, c’est surtout un mode d’emploi plus élaboré en terme d’ajustement
pour viser les bonnes fenêtres climatiques qui va garantir cette bonne
efficacité. D’où l’importance des prévisions météorologiques. »
Du côté du levier génétique, il importe de rechercher des variétés capables
de supporter des périodes de sous-alimentation azotée et de privilégier
les périodes d’apport pendant lesquelles l’engrais azoté a le maximum
d’efficacité. Il s’agit de pouvoir disposer de variétés susceptibles d’encaisser
les défauts d’alimentation azotée les plus précoces. Ces variétés permettent
de privilégier des rythmes d’alimentation azotée avec des absorptions
tardives qui ne pénaliseront pas les rendements et permettront d’avoir un
meilleur taux de protéines.
Le changement climatique risque d’accélérer la présence de maladies, de
ravageurs ou de stress liés à une alimentation plus difficile en eau, voire à des
coups de chaleur plus fréquents. Là aussi, la génétique peut être source de
solution pour faire face à ces enjeux avec des variétés plus tolérantes à ces
phénomènes.
Nous croyons d’autant plus au levier de la génétique que des outils
nous permettent maintenant d’avoir une meilleure compréhension des
caractéristiques des variétés utilisées par les agriculteurs, avant même leur
période d’inscription. Ce qui permet d’orienter les choix de sélection vers
des variétés moins sensibles aux maladies ou qui valorisent mieux une même
quantité d’azote absorbée, donc plus efficientes à la fois pour absorber l’azote
mais aussi pour le transformer en rendement et en qualité. »
François Laurent, Responsable du service Agronomie d’Arvalis - Institut du végétal
Croissance de rendement : génétique
et meilleure efficience des intrants.“
”
59 I ambition céréales 2030
Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir
L’idée de compter sur des processus de régulation
naturelle, comme des antagonistes ou compétiteurs de
bioagresseurs, maladies ou ravageurs, naturellement
présents dans les écosystèmes, suscite un intérêt et
des investissements croissants. Jusqu’à maintenant,
l’opportunité de les activer ne s’était pas imposée
du fait des solutions existantes, efficaces et rentables
liées notamment à la chimie. Le nouveau contexte
rend plus difficile l’accès à ces solutions, ce qui pousse
à explorer ces processus de régulation naturelle, en
complément des solutions classiques au profit d’une
agriculture durable.
Dans la sphère végétale aérienne, il est possible
d’activer des compétitions de régulation, via des
auxiliaires de culture capables de lutter contre les
ravageurs, mais les solutions sont encore balbutiantes
en céréales à paille. Une meilleure maîtrise de la
structure des peuplements cultivés fait aussi partie
des pistes explorées : on regarde si les cultures, avec
des ports de feuilles plus ou moins dressés, étalés,
couvrant mieux, peuvent concurrencer les mauvaises
herbes (adventices). Ainsi, on peut s’orienter, par
le choix de la génétique, vers des variétés plus
compétitrices vis-à-vis des adventices ou vers des ports
plus ou moins différenciés pour freiner la propagation
d’un certain nombre de maladies…
Une autre piste est de s’appuyer sur certaines
régulations biologiques présentes au niveau de
l’activité des micro-organismes et de la macrofaune
du sol (vers de terre, carabes, champignons…). On
peut orienter l’activité des micro-organismes du sol,
qui est en forte interaction avec l’activité racinaire des
céréales, à l’aide de couverts végétaux (soit
avec les céréales, soit entre deux cultures). Des
expérimentations conduites par Arvalis-Institut du
végétal, montrent que des couverts auraient une
efficacité contre un certain nombre de pathogènes
transmis par le sol. Par exemple, les moutardes brunes
peuvent avoir un effet vis-à-vis de maladies, voire
également d’adventices. Ceci signifie que des plantes
sont capables d’émettre naturellement dans leur
environnement racinaire un certain nombre de produits
organiques capables de contrarier la multiplication, la
propagation de maladies, voire de mauvaises herbes…
Maximiser les régulations naturelles… au profit d’une agriculture
bioperformante
ambition céréales 2030 I 60
Pour répondre à la croissance des marchés mondiaux, les céréaliers français affichent
l’ambition de produire plus et de produire mieux. Est-ce une piste envisageable ?
L’agroécologie doit répondre au double enjeu d’assurer la performance agronomique
et environnementale des systèmes de culture. Il s’agit d’un challenge important pour
lequel des recherches actives sont réalisées à l’INRA et en particulier au sein de
l’UMR Agroécologie à Dijon. L’agriculture doit en effet nécessairement assurer une
production de qualité en quantité suffisante tout préservant les ressources (sols, eau,
énergie fossile,…) et en limitant l’utilisation d’intrants. Ce défi nécessite la mise en
œuvre de systèmes agricoles innovants préservant et valorisant la biodiversité ainsi
que les régulations biotiques, et délivrant les services environnementaux attendus
(stockage de carbone dans les sols, biofiltration de l’eau, limitation de l’émission de gaz
effet de serre,…). Ces challenges reposent sur un changement de paradigme et une
réconciliation de l’agriculture et de l’écologie.
Comment opérer un tel changement de paradigme ?
Ce changement de paradigme consiste à adapter la culture à l’environnement plutôt
que l’environnement à la culture, en tirant en particulier au mieux parti des ressources
biotiques et abiotiques des sols. Les sols sont des environnements vivants comportant
une biomasse considérable constituée d’une fantastique diversité d’organismes
qui assurent le fonctionnement biologique des sols. Ce fonctionnement impacte
directement la fertilité des sols mais de façon plus générale contribue à la fourniture de
services environnementaux. Les microorganismes du sol participent directement aux
cycles géochimiques tels que ceux du carbone et de l’azote. Ainsi, la minéralisation
de la matière organique et la fixation biologique de l’azote atmosphérique par les
légumineuses contribuent significativement à la nutrition des plantes. La microflore
du sol impacte également la santé des plantes avec la présence de populations
microbiennes antagonistes à l’encontre d’organismes phytopathogènes et avec celle
de populations stimulant les réactions de défense des plantes. De façon générale, la
biodiversité microbienne des sols contribue à la productivité et également à la stabilité
de l’agroécosystème qui représente un enjeu majeur dans le contexte des changements
globaux, en particulier climatiques.
Tirer mieux parti des interactions biotiques
dans les sols.“
”
61 I ambition céréales 2030
Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir
Quel est l’enjeu concret de vos recherches sur la biologie des sols ?
Dans ce contexte, l’enjeu des recherches sur la biologie des sols appliquée à l’agroécologie
est de proposer des méthodes de diagnostic de la qualité biologique des sols ainsi que
des stratégies d’action au regard de ce diagnostic (aide à la décision). Des méthodes
standardisées d’analyses ainsi que des référentiels d’interprétation des résultats de
ces analyses sont développés. Ces référentiels tiennent compte des types de sols, de
climat et de mode d’usage des sols. Les recherches sont en cours pour évaluer l’impact
des systèmes agricoles sur la biologie du sol et leurs conséquences sur la production
agricole et les services environnementaux. Une piste de recherche majeure est l’analyse
des interactions plantes-microorganismes afin d’identifier des génotypes végétaux et des
associations végétales, dans l’espace et le temps (rotation), qui valorisent les ressources
(biotiques et abiotiques) des sols et promeuvent la biodiversité et les interactions
bénéfiques. L’importance des recherches et des applications attendues, relatives au
diagnostic et au conseil, a clairement été identifiée par la Commission Européenne, dans
le cadre de la réflexion en cours sur la construction d’une politique européenne de gestion
des sols.
Est-il envisageable de modifier le fonctionnement du sol ?
Des recherches sont en cours pour évaluer l’impact de différentes pratiques agricoles
(travail ou non du sol, rotations, associations culturales, gestion des résidus de culture,…)
sur la biologie et le fonctionnement du sol. Elles visent à intégrer, dans le processus même
de conception de systèmes de cultures, l’effet de ces systèmes sur la biologie du sol afin
de promouvoir les populations et activités microbiennes favorables à la croissance et à
la santé des plantes, et de façon plus générale aux services environnementaux attendus.
Ainsi la culture de légumineuses et leur introduction dans la rotation et les associations
végétales doivent avoir un place centrale dans la conception des systèmes agricoles afin
de promouvoir l’entrée d’azote dans les sols via la fixation biologique. Un des challenges
important est la gestion des antagonismes possibles entre services ; la minéralisation de
la matière organique est favorable à la croissance des plantes via la libération d’éléments
nutritifs, par contre le déstockage de carbone affecte négativement les propriétés
physico-chimiques des sols et la teneur en CO2 de l’atmosphère. Il s’agit donc d’identifier
des pratiques agricoles qui permettent d’optimiser la correspondance entre besoins
nutritionnels des plantes au cours de leurs cycles de développement et minéralisation, afin
d’éviter les émissions trop importante de CO2 et les gaspillages d’éléments nutritifs soumis
au lessivage, tout en assurant une nutrition optimale des plantes. De façon générale, la
conception de systèmes agricoles doit prendre en compte l’influence des pratiques sur les
activités microbiennes du sol.
Philippe Lemanceau, Directeur de l’Unité Mixte de Recherches Agroécologie, INRA de Dijon
ambition céréales 2030 I 62
Demain, une agriculture encore plus
précise
La technologie utilisée aujourd’hui dans le machinisme
agricole se met au service d’un véritable management
des exploitations et des cultures. Il y a une vision
novatrice dont l’impact se mesure autant en termes
de développement durable que de performance et
de rendements. Demain, le céréalier aura à gérer une
masse d’informations et à anticiper encore plus ses
interventions…
En s’installant aux commandes d’une machine agricole
moderne, on peut entrevoir ce qu’est réellement
devenue l’agriculture. Si volant, manettes de
commandes et pédales sont toujours là, le véritable
outil de pilotage se situe sur le tableau de bord doté
d’une console informatique à écran tactile, tout comme
les GPS dans les automobiles. Grâce à ce terminal
embarqué, l’agriculteur est relié à un puissant logiciel
qui lui dispense en temps réel informations et conseils
afin d’optimiser la gestion de la parcelle au centimètre
près. Un système de guidage automatique par satellite
peut même dispenser le chauffeur de surveiller sa
trajectoire pour se concentrer sur l’optimisation de
l’intervention.
Le drone civil est un autre outil particulièrement
adapté au survol à basse altitude des cultures
agricoles, plus efficace que les satellites en cas de
couverture nuageuse. Rapide à mettre en œuvre
à n’importe quelle saison, il survole toute surface
agricole en s’affranchissant des problématiques de
nébulosité. Ses capteurs optiques et infrarouges
évaluent l’état du couvert végétal et en mesurent
la croissance. Il s’avère particulièrement utile dans
le traitement des « plantes adventices » (mauvaises
herbes), en permettant d’identifier la zone à
circonscrire pour le traitement.
Ces technologies rendent possible le principe de
l’agriculture de précision qui consiste à mettre
en œuvre les moyens strictement nécessaires et
suffisants quant à la fertilisation et à la protection
des plantes, pour valoriser au maximum le
potentiel des parcelles tout en améliorant le bilan
environnemental des cultures.
63 I ambition céréales 2030
Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir
Comment la recherche peut-elle contribuer à retrouver une croissance de rendement dans
les exploitations céréalières ?
L’agronomie et le machinisme agricole sont des sources importantes d’innovation. Capteurs
de mesure des flux, positions GPS, électronique embarquée pour automatiser les process,
modulation intra-parcellaire… Le machinisme offre des leviers à l’exploitation agricole pour
s’adapter aux nouvelles donnes économiques et environnementales.
« En 20 ans, sur les machines que les agriculteurs utilisent et que nous construisons, nous
avons réduit d’un facteur 100 les émissions polluantes, ce qui représente des milliards de
dollars d’investissement en recherche de la part des motoristes », explique Etienne Vicariot,
« Aujourd’hui, les tracteurs polluent cent fois moins qu’il y a vingt ans, tout en conservant
leurs caractéristiques de puissance, de couple et de consommation. »
John Deere a conduit une enquête auprès de 3500 utilisateurs de l’Europe de l’ouest
et centrale pour mieux connaître leurs attentes. En termes de disponibilité, ils veulent
une facilité de mise en œuvre et d’entretien de la machine, une machine fiable (qui ne tombe
pas en panne !). Concernant la performance, parmi les premiers critères figurent le nombre
d’hectares travaillé par heure et la qualité du travail ; sont également mis en exergue les
bénéfices apportés par les automatismes, par exemple l’aide à la conduite (smartphone,
GPS…) pour travailler de manière plus sereine, moins fatigante et plus efficace. Dernier
point, le coût d’utilisation, les agriculteurs veulent des machines qui consomment moins
de carburant, avec des coûts de maintenance les moins élevés possibles, et enfin des
machines intelligentes équipées de dispositif comme le guidage automatique qui évite les
recouvrements et génère donc des économies d’intrants et de carburant…
Deux grandes innovations ont marqué ces mille dernières années, souligne Etienne Vicariot :
la boussole et le système de géolocalisation par satellite GPS (ou Global Positioning System).
C’est le GPS qui a fait naître la notion d’agriculture de précision. Selon lui, l’utilisation des
premiers GPS sur le machinisme agricole date de 1995. Ils étaient déjà destinés à établir des
cartographies de rendement, en vue de la modulation intra-parcellaire. Ensuite le guidage
manuel, puis automatique, est apparu, on a perfectionné les buses, rendu compatibles les
systèmes entre les marques… ainsi l’agriculture de précision est devenue la vraie solution pour
diminuer l’empreinte environnementale.
Du GPS au pilotage intégral
du système.“
”
ambition céréales 2030 I 64
Comment la société John Deere envisage-t-elle le futur ?
« Demain, on va voir se multiplier des solutions dites intelligentes, donc plus
d’automatismes, et peut-être de la robotique… On sait faire des tracteurs sans pilote.
Nous travaillons sur un nouveau concept technologique qui permet « un pilotage intégral
du système. » Grâce à FarmSight, John Deere propose à l’agriculteur de bénéficier
d’une connaissance approfondie de son activité. « Cette nouvelle technologie permet
de surveiller à distance les machines individuelles afin de garantir une maintenance
préventive, l’optimisation de la consommation de carburant et des performances
finales. Cela permet de fournir de nouvelles informations plus détaillées à l’agriculteur
concernant l’agronomie afin d’améliorer sa prise de décision. »
Etienne Vicariot, Directeur de la Communication John Deere France
Réduire l’ empreinte sur
l’ environnement par la diffusion à grande
échelle de technologies innovantes.
65 I ambition céréales 2030
Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir
La modulation intra-parcellaire permet de moduler les
apports d’intrants (notamment en engrais) en fonction de
l’hétérogénéité parcellaire (sol ou plante). La modulation
intra-parcellaire est fondée sur le rééquilibrage de la
richesse des sols. Elle sert à l’équilibre économique et
environnemental en apportant la bonne dose, au bon
endroit. Nous sommes en modulation intra-parcellaire
depuis 4 ans, après avoir fait un gros travail sur l’exploitation
pour établir une cartographie des parcelles de l’exploitation :
379 analyses de terre, 55 trous au tractopelle pour mesurer
la productivité des sols et passage avec un radar pour
mesurer la conductivité des parcelles. Aujourd’hui, les
résultats sont prometteurs et donnent un autre visage à
l’agriculture de précision. Il y a 2 ans, on modulait à la rampe
du pulvérisateur, aujourd’hui c’est à la buse… C’est une des
clés d’entrée pour les jeunes dans le métier.
Régis Chopin
La modulation intra-
parcellaire va conditionner
notre métier dans les 15 ans
à venir.
“
”
ambition céréales 2030 I 66
Prévisions météorologiques et
anticipation
Les prévisions climatiques seront de plus en plus
déterminantes. L’évolution du climat, en termes
de température et de pluviométrie va impacter
la capacité du sol à minéraliser, donc à fournir
naturellement l’azote à la culture… Si la plante,
au niveau de l’indicateur mesuré (photo satellite
ou autre…), montre une carence, est-ce vraiment
parce qu’il manque de l’azote dans le sol ?
Cette carence peut aussi être liée à un problème
d’efficacité du système racinaire qui n’arrive pas à
capter l’azote, notamment à cause d’une sécheresse
trop prononcée. Il va donc falloir être capable
d’anticiper les conditions climatiques, cela va
devenir un facteur déterminant dans l’amélioration
du pilotage des cultures.
Des compétences de plus en plus
élevées
Une véritable révolution est en marche où
l’échange d’informations va occuper une place
prépondérante, en provenance de sources
multiples. Arvalis-Institut du végétal a déjà acquis
une forte expérience en la matière, avec le
dispositif Farmstar, fruit d’un partenariat de
recherche et développement avec Astrium
(maintenant nommée Airbus Defence and Space)
et Météo France. Ce système met à profit
l’imagerie et la cartographie par satellite pour
fournir à l’agriculteur une vue aérienne des
parcelles. Des zones de couleur donnent une vision
précise de l’état de la culture et des éventuels
besoins d’intervention. Après décryptage de la
carte satellitaire, le système croise un ensemble
de données puis propose de déclencher les actions
adaptées, mais au final, l’agriculteur interprète et
reste « cultiv’acteur ».
Les avancées de la recherche et du développement
nécessitent des compétences renforcées pour
pouvoir valoriser ces informations croissantes, avec
encore plus de précision et de rapidité qu’hier.
Propositions de réponses
les plus plébiscitées par un
groupe de céréaliers à la
question :
Quelles sont les
innovations qui
semblent les plus
utiles pour demain
dans votre métier
d’agriculteur ?
1. Des stimulateurs de vie biologique
des sols et de défense des plantes
2. Du matériel robotisé et équipé de
capteurs plus précis
3. Un smartphone pour piloter en
temps réel les interventions sur les
cultures
4. Des OGM productifs et résistants
au stress
5. Des produits phytosanitaires
d’origine naturelle
6. Des drones pour observer l’état
des cultures
7. Des prévisions météo à 6 mois
8. L’emploi d’auxiliaires pour gérer les
adventices, ravageurs et maladies
9. 3 cultures en 2 ans pour fournir de
la biomasse (méthanisation
produits biosourcés)
10. Des céréales à paille de printemps
aussi efficace que les « hivers »
11. Du désherbage mécanique à haut
débit
12. Une irrigation (+ fertigation
+ traitements) au plus près des
racines
67 I ambition céréales 2030
L’entreprise
céréalière
du futur
Les exploitations céréalières sont
majoritairement des TPE (Très
Petites Entreprises) à capitaux
familiaux. à l’avenir, les hommes
responsables de ces entreprises
exploreront de multiples pistes
pour rester performants et
compétitifs.
ambition céréales 2030 I 68
69 I ambition céréales 2030
L’entreprise céréalière du futur
céréales au profit des oléagineux, alors que les surfaces
céréalières dans les régions Centre et Bassin parisien
restent plutôt stables.
En France, on mesure à tort l’importance des entreprises
agricoles françaises par référence à leur surface agricole
utile (SAU) moyenne. C’est le critère que retient le
ministère de l’Agriculture. Sur cette base, les exploitations
céréalières (spécialisées COP, grandes cultures, polyculture
élevage) arrivent en tête, juste derrière les bovins mixtes.
Si l’on prend, comme pour les autres secteurs économiques
non pas la taille mais le critère chiffre d’affaires réalisé,
on arrive à une toute autre hiérarchie. Apparaissent alors
les secteurs qui nécessitent moins de surfaces mais qui
réalisent des chiffres d’affaires élevés comme les fruits
et légumes, la viticulture, l’arboriculture, les ateliers de
volailles, de porcs… Avec un chiffre d’affaires plus faible
à l’hectare, les céréaliers ont besoin de plus de surfaces
pour dégager un revenu, au même titre que les
exploitations d’élevage à l’herbe.
L
es céréales sont de loin les premières
plantes cultivées en France. Deux tiers
des exploitations agricoles en cultivent.
Les céréales sont implantées sur 50%
des terres arables du territoire. La France
fournit la première production de grains
en Europe, grâce à 110 000 entreprises spécialisées.
Les surfaces en céréales sont restées stables
(autour de 9,4 Mha) sur les 30 dernières années,
alors que les terres fertiles se sont rétrécies de
900 000 ha depuis 10 ans et de plus de 2,9 Mha
depuis les années 1980. Les céréales ont gagné
du terrain dans les zones de polyculture élevage,
par intensification des surfaces fourragères et par
conversion en système céréalier. Cette évolution a
été caractéristique dans un croissant qui démarre
de l’Ouest de la France, traverse une partie du
Nord et se termine en Lorraine. à l’inverse, dans
le Sud-Ouest, il y a une baisse significative des
1980
10
12
14
16
18
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
20
2012
millions d’ha
8
Surfaces en herbe et cultures fourragères
18,1
14,3
10,7
12
Céréales et oléoprotéagineux
9,9
9,4
Surface en céréales (grains)
les surfaces en céréales restent stables, malgré l’érosion des terres fertiles
Source : Ministère de l’Agriculture - Agreste - Statistiques agricoles annuelles
Une PME agricole performante à
capitaux familiaux
ambition céréales 2030 I 70
Sur les 320 000 exploitations professionnelles, toutes
productions confondues que compte la France en 2010,
110 000 exploitations professionnelles sont à dominante
céréalière.
“
”trois types d’exploitation céréalières professionnelles
Source : Recensement Agricole 2010
Des PME agricoles à capitaux familiaux performantes
grâce à un niveau de rendement élevé.
“ ”
123 ha 51 000
104 ha 40 000
115 ha 19 000
Spécialisés Céréales
et Oléoprotéagineux
Répartition
Moyenne de surfaces
de l’exploitation
Nombre
d’exploitations
Polyculteurs
éleveurs
Producteurs
de grandes cultures
45%
18%
13%
Appuyer la pérennité d’un tissu
d’entreprises agricoles performantes
à responsabilité individuelle.
71 I ambition céréales 2030
L’entreprise céréalière du futur
à 125 hectares de moyenne, les exploitations
céréalières restent majoritairement des TPE (Très
Petites Entreprises) à capitaux familiaux au sens de
la nomenclature INSEE. Innovantes, performantes, à
responsabilité personnelle, elles sont 3 à 10 fois plus
petites que leurs concurrentes sur les marchés.
Comme la plupart des exploitations françaises, elles
ont recours majoritairement au fermage (75% des
surfaces), et les formes sociétaires (EARL, GAEC,
SCEA) dominent.
Plus globalement, les exploitations sont détenues à
60% par des capitaux issus des exploitants et de leur
famille, 20% par les retraités agricoles et le restant
par les héritiers et autres actionnaires.
On est bien loin du fantasme des exploitations de
plus de 1000 hectares. En 2010, on comptait d’ailleurs
moins de 250 exploitations agricoles de plus de
1000 ha, toutes productions confondues en France.
En 2010, les exploitations sociétaires cultivent 1,7 Mha
en propriété et 13,5 Mha en location.
“ ”à 125 hectares de surface moyenne, les exploitations
spécialisées en céréales et oléo-protéagineux ne sont
donc pas de grosses exploitations contrairement
aux idées parfois véhiculées et la ferme céréalière
française n’a rien à voir avec les modèles argentin,
russe, australien ou ukrainien qui s’étendent sur
plusieurs milliers ou dizaines de milliers d’hectares, ni
même avec celles, plus près de nous, des länder de
l’Allemagne, nos véritables concurrentes.
Argentine
Russie
Australie
Ukraine
1000
2000
3000
4000
États-Unis
Canada
Roumanie
Allemagne
Royaume Uni
France
3 500
2 900
2 300
2 000
1 000
750 750
450 420 330
Productivité / travailleur
(T de blé / actif)
Argentine
Russie
Australie
Ukraine
2000
4000
6000
8000
10 000
12 000
États-Unis
Canada
Roumanie
Allemagne
Royaume Uni
France
12 000
3 600
3 300
2 000 1 900
1 300
780 360 260 190
Surface par exploitation (ha)
comparaison internationale
Source : RICA et ARVALIS - Institut du végétal
ambition céréales 2030 I 72
La céréaliculture française repose en fait sur de petites
entreprises individuelles ou sociétaires à capital
familial. De nouveaux modes d’organisation voient
le jour avec le recours à plus d’externalisation via des
entreprises de travaux agricoles ou des CUMA.
Ces adaptations sont nécessaires pour faire face
aux exigences économiques et environnementales,
bien souvent plus sévères en France que chez nos
compétiteurs. Les limites à l’agrandissement résultant
du contrôle des structures sont un exemple typique
des contraintes économiques spécifiques à la France.
L’essentiel des agrandissements se réalise lors de la
reprise et installation des jeunes.
Aujourd’hui, les exploitations professionnelles en
grandes cultures emploient 185 000 personnes,
ce qui n’exclut pas une forte mutualisation de la
main d’œuvre. Une exploitation céréalière sur
dix pratique le travail à façon pour d’autres, 20%
de la main d’œuvre utilisée proviennent des
prestations des ETA ou des CUMA.
Pour l’avenir, les céréaliers doivent réfléchir à de
nouveaux dispositifs pour traiter les problématiques
de volatilité des matières premières, du
financement, de la fiscalité… Ce sont des
entrepreneurs acteurs de leur territoire, à la source
de 500 000 emplois ruraux.
Les céréaliers français ont à assumer et faire reconnaître
leur spécificité : le statut de PME agricole, le caractère
original de l’agriculture familiale sociétaire et ses
modalités d’exploitation responsable.
“
”François Jacques
73 I ambition céréales 2030
L’entreprise céréalière du futur
De multiples pistes pour l’entreprise de demain
Assurer un revenu d’abord par la croissance et la
compétitivité de la production.
“ ”Vers une plus grande maîtrise des charges
Depuis2007,lesrevenusdescéréaliersconnaissentdesvariations
d’une ampleur jamais connue, qui est due à l’augmentation
vertigineuse des charges et à l’instabilité des cours. Tous les
experts s’accordent à dire que cette volatilité de revenus est
désormais structurelle.
Deux postes majeurs pèsent sur les charges d’exploitations :
les charges opérationnelles, notamment les engrais et les
charges de mécanisation.
Dans son dernier rapport annuel, l’UNIFA
indique que la France est structurellement
importatrice et s’approvisionne pour près de
40% auprès des pays d’Europe Centrale ou
en dehors de l’UE (Egypte, Russie, Qatar…).
D’ici 2030, il n’y aura pas de problèmes
d’approvisionnement en engrais selon les
experts. Les ressources en phosphore et
en potassium se révèlent plus abondantes
qu’on ne le pensait. Le vrai problème sera
celui du prix, pour lequel nous n’avons
aucune garantie. L’autre question sera celle
des contraintes d’utilisation.
Selon l’UNIFA, de nouvelles capacités de
production d’engrais devraient suivre la
demande mondiale, +20% d’ici à 2017.
L’industrie des engrais azotés est très
fortement utilisatrice de gaz naturel dans
l’UE. Cette ressource contribue entre 50%
et 70% aux coûts totaux de production
d’engrais azotés et la Russie, l’Algérie et
l’Egypte dominent le marché du gaz. Un
autre facteur de déséquilibre est l’avantage
que détient l’agriculture nord américaine
qui bénéficie d’engrais très compétitifs liés à
l’exploitation de gaz de schiste.
Ainsi, pour les producteurs français, le choix
politique de rejeter l’exploitation des gaz de
schiste en France les conduira à rester très
tributaires dans le futur des prix du marché
des engrais dans le monde et à être pénalisés
par rapport à de grands concurrents.
des résultats d’entreprise désormais instables
Source : Agreste - Comptes de l’Agriculture, otex spécialisés céréales et oléoprotéagineux
20092007 2008 2010 2011 2012 2013
49
57
29
38
10
36
44
41
50
44
57
11
24
k€ 2012 /
actif non salarié
Résultat courant avant impôt après MSA
Cotisations sociales exploitant
ambition céréales 2030 I 74
Nous avons les solutions pour produire plus et mieux.
On peut continuer à produire sans plafonnement de nos
moyens de production en mettant massivement en œuvre
des méthodes efficaces sur la qualité de l’eau comme le
Programme Azur.
“
”Olivier Dauger
Le recours aux OAD pour ajuster l’utilisation d’engrais et à
la génétique pour en augmenter l’efficience sera d’autant
plus nécessaire. L’enjeu du futur est de les déployer à grande
échelle.
L’optimisation des charges de mécanisation prend tout son
sens aujourd’hui et encore plus demain, du fait de l’offre
de matériels plus précis, plus techniques, et plus automatisés.
Si ces qualités permettent d’accélérer les progrès
agronomiques et environnementaux, elles ont par ailleurs un
coût.
Comme la domotique dans les maisons,
les smartphones ou la dématérialisation
des achats, l’agriculture est sans doute à
l’aube d’une accélération des innovations
en matière de pilotage des opérations
culturales et de gestion de l’information.
Toutes ces innovations devront toutefois être
amorties sur une surface plus importante
ou sur plusieurs exploitations afin d’en
optimiser le coût et l’utilisation et de gagner
en compétitivité.
Autrefois accusée de sur-mécanisation
pour des raisons fiscales, la céréaliculture
va devoir désormais investir dans des
matériels plus innovants à la fois pour des
raisons économiques et de performance
environnementale.
Nul doute que le monde agricole ne
s’approprie rapidement ces innovations.
Son aptitude en la matière est l’une de ses
grandes forces. Ainsi, l’agriculture de demain
sera moderne et précise, mais elle devra
aussi ajuster ses charges pour abaisser les
points morts face à l’instabilité des marchés.
75 I ambition céréales 2030
L’entreprise céréalière du futur
Ma seule certitude jusqu’en 2030 est que les marchés vont
rester instables. Les agriculteurs devront vivre au quotidien
avec cette instabilité, comme ils le font depuis 2006.
“
”Satisfaire la demande dans toute sa diversité
La première façon d’assurer l’optimisation de son chiffre d’affaires, c’est
de produire ce que veulent les marchés, en quantité et en qualité. Il
s’agit de produire plus et produire mieux pour les besoins des filières,
en partenariat avec les opérateurs pour permettre aux producteurs de
connaitre les signaux des marchés et d’en tirer les meilleures valorisations.
Depuis plusieurs années, les marchés intérieurs et à l’export du blé
tendre demandent de plus en plus de protéines, dans le même
temps, on assiste à un effritement de la teneur en protéines des
blés tendres français. C’est pourquoi la filière a décidé d’agir en
lançant un plan Protéines des blés tendres, porté par Intercéréales,
en lien avec FranceAgrimer. « L’ambition est de parvenir à inverser
la tendance et d’augmenter durablement la teneur en protéines. »
souligne Rémi Haquin, Président du Conseil Spécialisé Céréales de
FranceAgrimer.
« En termes de concurrence internationale, l’export des céréales reste un débouché
déterminant pour la filière céréalière française. Nous devons regagner en compétitivité, c’est
tout le débat engagé avec les Pouvoirs publics actuellement, car nos concurrents profitent
de coûts sociaux, réglementaires - et parfois même environnementaux - nettement plus
avantageux que les nôtres… Il faut aussi que toute la filière se mobilise pour que le progrès
nous permette de regagner en compétitivité. L’évocation du progrès en agriculture et plus
particulièrement dans le domaine végétal, fait apparaître que la notion est de plus en plus
contestée. Or, c’est un des ressorts de notre compétitivité. Je ne pense pas seulement aux
biotechnologies, sujet majeur pour l’avenir de nos filières, mais à tout ce que les sciences
peuvent apporter à l’agriculture, afin que les pratiques et itinéraires techniques des
agriculteurs soient plus performants, plus respectueux de l’environnement et moins coûteux. »
Philippe Mangin, Président de Coop de France
D’une façon générale, nous sommes
confrontés au défi de la compétitivité.“
”
Philippe Chalmin, Cyclope
ambition céréales 2030 I 76
Construire un système hiérarchisé
d’assurances répondant à la diversité
des risques.
130
180
230
280
330
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
80
130
180
230
280
330
80
2012
2014
EUR/t
les prix des céréales en france deviennent instables
L’organisation des filières restera une force
Règlements sécurisés, recherche de nouveaux débouchés, concentration
de la transformation, développement des formes de contractualisation,
recherche et développement… Les céréaliers ont la conviction que
l’organisation des filières restera une force.
Du fait des risques encourus, des compétences requises ou de la puissance
des intervenants internationaux en aval et en amont de la production, les
céréaliers considèrent que des intermédiaires entre eux et le marché sont
absolument nécessaires.
Source : La Dépêche : prix du blé tendre rendu Rouen
77 I ambition céréales 2030
L’entreprise céréalière du futur
«… face aux problématiques actuelles de volatilité et à leur assurer une forte différenciation
sur le marché. Aussi apportons-nous des réponses très précises aux agriculteurs avec des
contrats prix mini et aux industriels avec des prix maxi garantis. »
Sur le volet qualité, nous proposons à nos clients des filières sur mesure avec des cahiers des
charges spécifiques. Nous déterminons les meilleures variétés de céréales répondant le mieux
à la fois aux besoins de l’agriculteur et aux attentes du marché, depuis la sélection variétale
jusqu’aux tests pour la transformation.
Miser sur la différenciation, toujours !… Tirer la filière vers le haut, cela veut dire mieux
répondre aux attentes du marché en valorisant davantage la technicité des agriculteurs
français. »
Thierry Berger, Directeur marketing et communication du Groupe Soufflet
Les industriels ont plus que jamais besoin de
fournisseurs solides aptes à leur apporter des
solutions…
“
”
Le prix moyen, ou prix de campagne fut pendant
longtemps le mode de commercialisation
emblématique du système coopératif. Les céréaliers
le réaffirment, ce mode de rémunération des
productions a encore toute sa légitimité pour
assurer au producteur une meilleure visibilité dans
la gestion économique de leur entreprise. Certes,
alors qu’il portait sur 80% des volumes dans de
nombreuses coopératives il y a 10 ans, il a vu son
attractivité largement entamée depuis que la volatilité
s’est emparée des marchés. Mais avec le recul,
nombre de producteurs ont pu mesurer la difficulté
de se confronter directement au marché. Le prix ferme
de marché nécessite réactivité, compétences et une
bonne dose de sérénité.
La structuration de la filière céréalière par les
producteurs est un processus engagé depuis des
décennies. Des groupes régionaux, nationaux voire
mondiaux ont émergé et font la force de toute la
filière, du producteur jusqu’à l’industriel, au travers
de partenariats interprofessionnels. La volatilité des
marchés accélère le besoin de consolidation de la
filière, pour permettre à tous les maillons de résister
à cette instabilité.
ambition céréales 2030 I 78
« Comment maintenir envers et contre tous une vocation agroexportatrice
pour la filière céréalière française ? Le défi alimentaire et, notamment céréalier,
est le défi majeur du XXIe siècle. Avec l’évolution des modèles alimentaires,
la place du blé va probablement augmenter au détriment d’autres céréales.
La France a une capacité de production et de dégagement d’excédents
importante en matière de céréales en général et de blé en particulier.
Maintenant, le défi est de ne pas trop contraindre cette capacité, avec le
danger d’avoir des contraintes environnementales virant trop à l’absurde. Je
me méfie de l’obscurantisme lié à toute évolution technologique. Le défi va
être de s’adapter en libérant l’accès au progrès dans une structure qui, à mon
sens, est optimale quand c’est l’agriculture familiale. Je ne crois pas au concept
de l’entreprise capitaliste dans le domaine agricole. La force de l’agriculture
française est son modèle, la structure familiale. »
Philippe Chalmin, Économiste
Gérer l’instabilité et lutter contre
l’obscurantisme.“
”
184coopératives
7600centres
de stockage
61MT
603négociants
de céréales collectées
en 2012
79 I ambition céréales 2030
L’entreprise céréalière du futur
Les agriculteurs, quelle que soit
leur taille, recherchent un niveau de
sécurité. Mais, elle ne s’exprime plus
de la même façon qu’hier. Aujourd’hui,
Axéréal met à la disposition de ses
producteurs toute une palette d’outils
«… et le contexte concurrentiel international vont conduire les
coopératives à poursuivre leur concentration pour essayer de
gérer le mieux possible les risques. On voit se dessiner, depuis
quelques années, quelques grands groupes régionaux. Cette
orientation va inévitablement se poursuivre. Pour ces groupes
coopératifs régionaux, il s’agit de mieux partager les risques
grâce à une assise financière renforcée, et de poursuivre leur
objectif de conquête de valeur ajoutée en allant plus loin dans
la transformation des produits agricoles. Dans la meunerie,
dans la malterie, dans l’amidonnerie, dans tous ces métiers de
la première transformation, les acteurs coopératifs français vont
poursuivre leur croissance. L’objectif visé est de mettre en place
des stratégies pour encore plus peser dans le contexte européen
et parfois même international, comme c’est déjà le cas, dans
l’industrie du malt, avec un groupe comme Malteurop.
Mais, la concentration des coopératives agricoles ne pourra
se poursuivre que si elle est partagée par les agriculteurs, ce
qui nécessite de maintenir une relation de proximité avec leurs
adhérents. Le défi lancé aux coopératives est de faire partager
un sentiment d’appartenance et de propriété des agriculteurs.
Le principe de la gouvernance de nos groupes coopératifs
n’a jamais été d’une telle acuité, parce que leur stratégie de
croissance et d’internationalisation ne sera possible que si elle est
comprise, partagée et soutenue par les agriculteurs adhérents. »
Philippe Mangin, Président de Coop de France
La volatilité qui s’installe
de façon structurelle sur les
marchés céréaliers…
“
”
de gestion des risques prix et volatilité,
leur permettant de prendre du recul et
de ne pas subir les marchés, souligne
Jean-François Loiseau, Président
d’Axéréal.
ambition céréales 2030 I 80
Conforter l’organisation
des filières et l’interprofession.
La concentration des outils de transformation aura
une importance déterminante pour créer de nouveaux
débouchés et de la valeur ajoutée.
“
”Philippe Dubief-Bechet
Dans la Marne, les céréaliers sont très attachés au
système coopératif qui leur a permis de développer
des productions, fixer des emplois et engager la région
dans des projets innovants de transformation du végétal :
le centre de recherche ARD, le pôle de compétitivité
Industrie et Agro-ressources, les usines de
déshydratation. Et, il y a encore de vrais potentiels à
explorer sur l’énergie, la biomasse.
“
”Benoît Piétrement
Une logistique encore à optimiser
La performance logistique permet de mieux
rémunérer les producteurs en réduisant les coûts
facturés (plus de 10% du prix du produit) pour le
transport de céréales et les approvisionnements
(engrais principalement).
Les producteurs attendent à l’avenir la consolidation
de la logistique française : infrastructures portuaires,
fluviales et ferroviaires, nécessaires à deux titres :
réduire l’empreinte environnementale des
transports routiers et optimiser le coût à la tonne
transportée.
81 I ambition céréales 2030
L’entreprise céréalière du futur
« Il nous faut de la quantité, de la qualité, des facteurs de production durables, des outils
industriels compétitifs et une logistique performante. C’est un sujet déterminant et il le sera
encore plus demain, la compétitivité de la tonne de blé en dépend. Or, on nous dit : « si
vous ne voulez pas payer d’écotaxe, utilisez le réseau ferré » et dans le même temps, RFF
nous oblige à développer le transport camion. Sur la ligne Orléans-Chartes-Rouen, nous
sommes contraints de réduire nos trains de céréales (de 400 à 100), car il faut prioriser le
flux voyageurs. La rénovation du système rail doit nous apporter des solutions pour l’avenir.
Il faut pouvoir structurer des investissements sur des lignes stratégiques pour l’expédition
des céréales, notamment vers les sites portuaires. »
Jean-François Loiseau, Président d’Axéréal
Notre métier, c’est de produire du blé pour
des clients.“
”
L’agronomie, une ressource d’innovations
inépuisable
D’une façon générale, l’axe fédérateur pour le futur en
termes d’innovations agronomiques reste le « Produire
plus, Produire mieux », c’est à dire l’amélioration de la
bioperformance de la production agricole, notamment
en termes de production par actif et de réduction des
impacts des pratiques.
Dans les années futures, l’accès aux biotechnologies
et notamment aux OGM sera déterminant pour le
maintien de la compétitivité des producteurs français,
compte tenu de leur vitesse de diffusion ailleurs dans
le monde. En dehors de cette technologie, les gains
de productivité sont plus complexes, car ils reposent
sur une adaptation des systèmes de production plus
difficile à mettre en œuvre.
Pour développer et sécuriser son chiffre d’affaires,
l’agriculteur dispose de plusieurs pistes selon
la situation de son entreprise et des bassins de
consommation, selon les possibilités d’accès à
l’irrigation et la proximité d’outils de transformation.
Encouragée par la politique agricole, la diversité
des assolements fait partie du bouquet de solutions,
ambition céréales 2030 I 82
mais elle dépendra de la capacité de la
première mise en marché de valoriser
et d’organiser la vente de ces nouveaux
produits.
En Lorraine, les céréaliers ne veulent plus
se satisfaire d’un assolement seulement
à base de colza, blé, orge. « Pour des
raisons agronomiques, en particulier
vis-à-vis du désherbage, la tendance
va être d’allonger les assolements avec
plus d’orges de printemps, maïs, pois,
tournesol… »
Au regard de l’environnement, des
améliorations sont nécessaires. La culture
du blé sur blé utilise plus de produits
phytosanitaires. Diversifier les rotations
est intéressant pour des raisons
environnementales. L’introduction de
cultures de printemps permet notamment
d’utiliser moins de produits
phytosanitaires au niveau désherbage, ou
moins d’engrais minéraux.
Par ailleurs, la gestion de l’eau reste un
point essentiel pour l’avenir de certaines
zones, et surtout si l’on considère
l’impact croissant du changement
climatique. En pratique, l’accès à
l’irrigation favorise la diversité des
productions et par voie de conséquence
un moindre recours à l’agrandissement.
En Beauce, par exemple, les zones
irriguées, contrairement aux idées reçues,
regroupent les exploitations de taille plus
modeste.
«… contribuant au maintien de l’emploi rural,
et répondant aux attentes des consommateurs
français. En relançant la recherche et
développement sur la culture du blé dur à
travers la plateforme Blé dur (Arvalis, INRA,
UMT Novadur), nous pourrons apporter des
perspectives aux producteurs et redynamiser la
filière en trouvant des solutions aux problèmes
de la mosaïque et des impasses techniques dans
lesquelles les contraintes environnementales nous
cantonnent aujourd’hui. »
Jean-François Gleizes, Président du Comité de
pilotage filière Blé dur
Cultivé sur plus
de 300.000 ha en
France, le blé dur
représente une filière
structurée…
“
”
Optimiser la logistique,
facteur clef de compétitivité.
L’irrigation est un moyen de stabilisation
des rendements et de diversification
des productions pour permettre l’accès
aux cultures à plus haute valeur ajoutée.
C’est un atout indispensable pour assurer
l’avenir, d’autant plus essentiel qu’en 2030,
le changement climatique aura impacté
les cultures. L’irrigation et les retenues
d’eau sont des outils d’assurance qu’il faut
développer contre les aléas climatiques.
83 I ambition céréales 2030
L’entreprise céréalière du futur
L’utilisation de la biomasse végétale pour
la valorisation énergétique sera un relais de
croissance pour les entreprises céréalières.
à la fois opportunité intéressante dans la
rotation et économiquement viable, les
CIVE (Cultures Intermédiaires à Valorisation
Energétique) doivent pouvoir être intégrées
dans les méthaniseurs : elles n’entrent pas en conflit avec
l’utilisation alimentaire des surfaces agricoles. Les céréaliers
souhaitent pouvoir participer au défi environnemental dans
le cadre de la transition énergétique du gouvernement. On
peut citer également d’autres pistes de réflexion que sont
la valorisation énergétique de la paille de céréales en zones
excédentaires et la fabrication de biomatériaux.
à la recherche de diversification commerciale…
L’impact de la réforme de la PAC en cours et de celles à venir
d’ici 2030, est présent dans les esprits. De fait, un phénomène
nouveau est en marche : les jeunes n’attendront plus qu’une
ferme en grandes cultures se libère pour s’installer et s’agrandir,
maispréfèreronts’installerencréantuneactivitécomplémentaire.
Certains choisiront de valoriser une production légumière pour
les centres urbains de proximité ou s’adonneront au tourisme
vert alors que d’autres opteront pour l’agrandissement.
Pour un renforcement des synergies avec les filières
animales
Les céréaliers ont la volonté de conforter les filières de viandes
blanches consommatrices de grain jusqu’en développant eux-
même des activités d’élevage. C’est une opportunité pour
diversifier les revenus des exploitations, pour relocaliser de
l’emploi et pour conforter l’activité industrielle en leur apportant
des volumes d’activité suffisants.
Demain, nous devrons
apprendre à valoriser
l’ensemble du végétal
et pas seulement le
grain.
“
”Philippe Heusele
Je me suis agrandi et j’ai développé aussi une activité de
produits du terroir. Je valorise des bâtiments en centre-
ville en étant associé avec une productrice qui n’avait pas
de lieu de commercialisation. Aujourd’hui, nous accueillons
trente producteurs du département. Mon fils voudrait
s’installer sur l’exploitation : céréalier ça l’intéresse, mais il
voudrait faire en plus du maraîchage.
“
”Eric Thirouin
L’objectif est à la fois d’approvisionner l’activité export et de
consolider les débouchés intérieurs sur nos territoires.
«Nousmettonstoutenœuvrepouravoirunerelancedelavolaille
en région Centre. Il y a à côté d’une logique d’agrandissement
qui marche, une logique de diversification qui fonctionne aussi »
selon Eric Thirouin.
ambition céréales 2030 I 84
Pour la ferme Somme, faire jouer toutes les synergies entre
les types de production est un des leviers sur lequel on peut
jouer. Développer des élevages de granivores est une piste
intéressante en terme de débouchés pour les céréales.
“
”Luc Vermersch
L’optimisation de l’organisation du travail sur
l’exploitation demeure une piste largement
privilégiée par les céréaliers pour améliorer
leur compétitivité. Nouveaux modes de
production, nouveaux débouchés, nouvelles
aspirations personnelles, pluri-activité,
responsabilités, éloignement du domicile par
rapport à la ferme, optimisation des charges
de mécanisation, sont autant de raisons
qui poussent les producteurs aujourd’hui à
s’organiser différemment dans leur travail.
Les regroupements sociétaires, qui se sont
effectués depuis 50 ans se densifieront
très probablement d’ici à 2030, avec
l’accentuation de phénomènes plus
récents comme l’assolement en commun,
l’externalisation des travaux ou le travail à
façon pour les exploitants qui auront choisi un management
différent de leur entreprise.
Le recours au travail à façon, aux CUMA et aux groupements
d’employeurs constituent des recherches de souplesse qui
confortent la gestion de la PME agricole. Le phénomène
s’accentuera dans les années à venir car les chefs d’entreprise
auront besoin de faire appel à des compétences extérieures
du fait de la sophistication croissante des matériels.
Développer les activités
consommatrices de céréales, porteuses
de valeurs et d’emplois dans les territoires.
Redéployer les élevages granivores vers
les zones céréalières permettra d’offrir
des surfaces d’épandage supplémentaires
pour l’azote organique. En parallèle, les
céréaliers auront la possibilité de contribuer
au développement de la méthanisation
agricole. Ils sont prêts à investir dans ces
outils en commun avec les éleveurs, voire
même investir dans un atelier d’élevage.
Cultiver les synergies dans l’organisation du travail
85 I ambition céréales 2030
L’entreprise céréalière du futur
1 exploitation sur 5 pratique le travail à façon pour amortir
les équipements sur de plus grandes surfaces.
“ ”Exploitant les possibilités offertes par le
statut de la société en participation (SEP)
et la création complémentaire de sociétés
dédiées pour le matériel, la gestion des
ressources humaines, la commercialisation...,
l’assolement en commun est une formule
pionnière et prometteuse d’innovation par
réorganisation des entreprises agricoles
de grandes cultures. Cependant, de
nombreux obstacles freinent encore son
développement, tels que la complexité
des montages juridiques, les restrictions en
matière d’accès aux aides de la PAC.
Il faudra parvenir à des formes d’assolement
en commun avec des montages juridiques
simplifiés pour provoquer des mouvements
significatifs d’associations d’exploitations à
une échelle générant de réelles synergies,
économies et optimisation de l’emploi.
Il faudra aussi à cet effet que tous les actifs
en lien avec la production agricole soient pris
en compte en politique agricole, y compris
ceux des groupements d’employeurs, les
CUMA, sociétés de commercialisation créés
dans le périmètre de ces assolements en
commun.
à l’avenir, les formes sociétaires resteront
une voie privilégiée par les céréaliers, ne
serait-ce que pour faciliter l’installation de
jeunes issus ou non du monde agricole,
en leur permettant une transmission plus
progressive des capitaux.
Ce cadre juridique sera propice également
au développement de la féminisation des
entreprises céréalières déjà en marche. A cet
égard, l’évolution des nouvelles technologies
en agriculture est aussi un facteur d’intérêt
des filles de céréaliculteurs, voire même
des femmes extérieures à l’agriculture, à
s’installer dans ce métier moderne et à la
pointe de l’innovation dans la gestion des
équilibres du vivant.
De la restructuration à la réorganisation foncière
L’agrandissement des exploitations n’est pas un sujet tabou.
Les fermes se sont agrandies au fil des générations mais
d’ailleurs en grandes cultures moins que dans les autres
productions ces dernières décennies. Edgar Pisani, Ministre
de l’Agriculture sous la Présidence De Gaulle disait : « la
restructuration ne doit pas être considérée comme une dérive
d’un système mais comme une obligation économique de
compétitivité et une rationalisation et de la main d’œuvre et de
la mécanisation et donc de la production. »
La restructuration du parcellaire doit être à nouveau promue,
il faut relancer les réorganisations foncières. La géométrie et
la taille des parcelles sont des facteurs de compétitivité
importants, surtout s’ils sont conjugués avec l’application à
grande échelle de l’agriculture de précision. Aujourd’hui, ces
réorganisations foncières présentent de véritables opportunités
de parvenir aux aménagements les plus favorables à
l’environnement bien plus qu’une gestion trop administrée ne
le peut, en fonction de la topographie, de l’hydrographie et des
types de sols…
La SAFER est, à ce titre, un outil au service de la restructuration
parcellaire. Ses missions ne doivent pas se limiter uniquement à
la préemption ou à l’installation des jeunes, mais doivent avoir
un rôle accru contre l’emprise de l’urbanisation et la construction
de grands ouvrages.
ambition céréales 2030 I 86
Le statut du fermage, parfois accusé d’archaïsme, a été un
stabilisateur du prix de la terre en France, notamment par rapport
à nos voisins européens. Une évolution peut-être souhaitable
mais la contractualisation par bail permet de donner de la
stabilité à l’entreprise agricole pour prévoir des investissements
productifs sur le moyen ou long terme. C’est aussi un outil qui
facilite le renouvellement des générations, indispensable à
la dynamique de production. Le statut du fermage fait donc
pleinement partie de l’avenir de l’entreprise céréalière.
En agriculture, nous avons un système unique : chaque
génération capitalise un foncier (bâtiments et matériels),
le valorise durant son temps d’activité, pour laisser aux
générations suivantes un outil encore plus compétitif et
plus apte à affronter les marchés de demain.
“
”Dominique Chambrette
Idem de la réorganisation foncière, qui a succédé au
remembrement mais avec des objectifs plus larges puisqu’il
s’agit d’un projet pour un territoire souvent communal, ou
intercommunal dont la finalité et les objectifs impliquent
de multiples acteurs : conseil général, conseil municipal,
propriétaires fonciers, exploitants agricoles, chasseurs…
L’objectif du regroupement des parcelles par exploitation et
d’amélioration de leur géométrie reste prioritaire, bien sûr. Mais
de par ses dimensions - ampleur du territoire, catégories des
acteurs concernés, nature des aménagements - la réorganisation
foncière peut déboucher aussi sur des contreparties intéressantes
pour les agriculteurs : aménagements hydrauliques, nouveaux
tracés de chemins communaux, facilitation de circulation des
machines agricoles... Il y a dans la réorganisation foncière de
véritables réserves de productivité à la fois pour l’économie des
exploitations et pour l’environnement.
220ha
de terres agricoles fertiles
disparaissent chaque jour
en France
Défendre la dimension européenne
de la politique agricole.
87 I ambition céréales 2030
L’entreprise céréalière du futur
Le financement des exploitations va devenir crucial
Face à la volatilité, ne plus raisonner annuellement, mais
sur cinq ans !
“
Demain, les exploitations spécialisées en céréales
et oléo-protéagineux (COP) vont connaître de
fortes variations de leur chiffre d’affaires. Diverses
raisons , disparition des garanties de prix, effets du
changement climatique, font que le prix et les récoltes
risquent de varier fortement d’une année à l’autre. Et
un agriculteur n’est pas à l’abri de subir une mauvaise
récolte plusieurs années consécutives.
Les chiffres d’affaires sur les exploitations spécialisées
en céréales et oléoprotéagineux (COP) varieront
facilement du simple au double selon les années. Si un
agriculteur réalise un rendement de 6Tou de 9T/ha et
si le prix de la tonne de blé vaut 140 ou 280€ au final
le chiffre d’affaires ne sera pas le même. En 3 ou 4 ans,
il peut lui manquer l’équivalent d’un ou deux chiffres
d’affaires annuels, d’où la nécessité de constituer des
réserves financières les bonnes années, en prévision
des moins bonnes : une auto-assurance pour chiffre
d’affaires, une épargne de précaution destinée à être
utilisée sur au moins trois, quatre ou cinq années
difficiles. La mise en œuvre d’un tel dispositif nécessite
un financement spécifique.
”François Jacques
Il faut obtenir des organismes bancaires une avance
de trésorerie sous forme de ligne de crédit qui soit
équivalente à un ou deux chiffres d’affaires, afin de
pouvoir détenir une trésorerie suffisante pour passer
le cap des bilans négatifs. L’idéal serait de pouvoir
constituer une réserve chiffre d’affaires en épargne de
précaution et en avance de trésorerie.
Aujourd’hui, pour une exploitation céréalière, les
banques accordent généralement une avance de
trésorerie correspondant globalement aux charges
opérationnelles (semences, engrais, produits de
santé végétale,…), environ 400 €/ha, soit 40000 euros
pour une exploitation de 100 hectares ou 80000
euros pour 200 ha. Auparavant, avec les prix moyens
garantis, les banques finançaient sans problème les
avances de trésorerie. Aujourd’hui, avec les fluctuations
de chiffre d’affaires très importantes, le dispositif n’est
plus viable.
« Exactement, comme l’épargne de précaution, il
nous faudrait le même dispositif en matière d’avance
de trésorerie : un financement adapté pour sécuriser
la trésorerie en cas de mauvaise année… » précise
François Jacques.
ambition céréales 2030 I 88
Intégrer plus d’assurances
dans les politiques agricoles
Y aura-t-il encore une Politique
Agricole Commune en 2030 ? Se
poser la question, c’est suggérer
une réponse positive, pour
Dominique Chambrette.
Il est forcément souhaitable que
l’Union européenne conserve, à
l’instar des État-Unis, un budget
consacré à l’agriculture avec des
mécanismes communs à tous les
états de l’Union Européenne.
La PAC était née d’un besoin de
production alimentaire après le
conflit 39/45. L’institution de prix
garantis, avec des mécanismes de
régulation et de protection des
producteurs a été une première
phase qui a correspondu aux Trente
Glorieuses.
La réforme initiée en 1992 a
transformé le système en abaissant
les prix garantis au niveau des cours
mondiaux, avec mise en place de
compensations financières pour les
producteurs. à cette mutation se
sont ajoutées, l’écoconditionnalité,
le découplage des aides, la montée
en puissance du deuxième pilier.
L’évolution de la PAC est devenue
de moins en moins lisible pour les
céréaliers.
Il est indispensable d’avoir par ailleurs, une
réglementation française stable et lisible en matière
d’environnement, sans surenchère par rapport
à l’Europe. Nous en arrivons à un empilement
incohérent de normes.
“
”Nicolas de Sambucy
« Elle nous a sécurisés à l’aide de différents outils
qu’étaient le stockage d’intervention, les majorations
mensuelles, les restitutions à l’export… Aujourd’hui,
s’ouvre une nouvelle époque où l’agriculteur se retrouve
face au marché mondial des matières premières
agricoles volatil. Le danger n’est pas la variation en
elle-même, mais plutôt son amplitude imprévisible.
Les marchés évoluent, face aux besoins, à la demande,
aux effets climatiques, à l’impact démographique dans
certaines parties du monde. Il est par conséquent
normal qu’il y ait des variations. Pendant quarante ans,
nous n’avons rien vu de tout cela en Europe ! »
Jean-François Loiseau, Président d’Axéréal
Pendant quarante ans, la
PAC nous a protégés du
marché.
“
”
Construire un système hiérarchisé
d’assurances répondant à la diversité
des risques.
89 I ambition céréales 2030
L’entreprise céréalière du futur
Que peut-on espérer pour l’avenir de la politique
agricole ou de quoi auraient besoin les céréaliers en
2030 ?
Le nouveau Farm Bill américain qui délaisse les
aides directes au profit de systèmes assurantiels ou
contracycliques inspirera sans doute les décideurs
européens. On peut raisonnablement penser que
le second pilier, compensateur de handicap et de
développement rural sera préservé. Les grandes
cultures doivent se préoccuper de pouvoir y émarger
pour les zones à handicap du sud ou les zones
intermédiaires.
Sans doute, une uniformité des aides aura t-elle été
atteinte dans l’UE en 2030. Mais une aide de base,
fondée sur des critères de protection de
l’environnement et de la biodiversité serait
souhaitable à peu près équivalente au paiement
vert. Quel que soit le montant du budget agricole,
il faut souhaiter que ce paiement puisse en absorber
au moins 50%, car il sera un socle nécessaire à la
pérennité des exploitations céréalières.
Enfin, les céréaliers auront besoin que la PAC propose
deux types d’assurances : une assurance climatique
efficace, avec un seuil de perte de récolte plus
pertinent, complétée par un système contracyclique
pour amortir l’effet de la volatilité des marchés.
La formation agricole au cœur de la
bioperformance
La technicité de la production, aujourd’hui, exige un
haut niveau de compétences. D’ici à 2030, pour être
des acteurs bioperformants, les céréaliers estiment
que le parcours de formation initiale devra conjuguer
4 thématiques : l’agronomie, le management, la
connaissance des marchés, la gestion économique,
celle-ci incluant la gestion des risques.
Les programmes de formation des écoles
d’agronomie et d’agriculture devront tenir compte
de la complexité croissante des compétences
exigées des chefs d’exploitation et de la capacité
d’adaptation permanente dont ils doivent faire preuve
pour rendre leurs entreprises aussi flexibles que
nécessaire pour assurer leur pérennité.
Enfin, l’accélération des mutations technologiques,
celle des progrès des sciences du vivant et la
complexification incessante des compétences
managériales vont imposer un renforcement du
système de formation professionnelle afin qu’il
accompagne les producteurs tout au long de leur
carrière.
ambition céréales 2030 I 90
L’ appréciation des politiques change
progressivement. Ils prennent conscience
que le progrès est source de croissance et
que l’idéologie écologiste a ses limites.
“
”Jean-Marc Renaudeau
Une plus grande ouverture vers la société
En agriculture, à la différence des autres secteurs
d’activité, on n’a pas le droit d’être moderne ! Voilà
ce que nous disent les céréaliers lorsque l’on évoque
l’image de leur métier : ils éprouvent un certain malaise,
un sentiment d’être incompris, mal connus, mal perçus,
d’être dévalorisés, de faire l’objet d’attaques et de
critiques de la part des médias…
Force est de constater que l’agriculture n’appartient
plus seulement au monde agricole, mais que le
citoyen, les organisations non gouvernementales et in
fine les décideurs publics, interfèrent dans la gestion
de la production agricole et des territoires.
Dans cet environnement là, il est fondamental d’aller
expliquer le métier de céréalier pour ne pas subir une
accumulation de contraintes règlementaires sensées
protéger le consommateur ou le riverain, mais résultant
d’une méconnaissance du métier ou d’un excès de
zèle au nom du principe de précaution.
Les céréaliers ont du mal à être entendus sur leur
modernité et leur technicité. Pour y remédier, il est
indispensable de mieux expliquer les techniques
et innovations utilisées au quotidien au profit du
consommateur et de l’environnement.
En même temps, on assiste à un changement
d’attitude comme ce fut le cas lors du Salon de
l’agriculture 2014, sur le stand de l’Odyssée du
végétal. Tous les médias ont largement mis en
avant la modernité de l’agriculture à travers les
nouvelles technologies.
La perte de lien agricole de la population rurale
complexifie parfois le travail, mais il est important
de conserver un lien fort avec la population dans
les villages. Là aussi, cela demande beaucoup de
pédagogie.
Les producteurs doivent s’intégrer dans leur
territoire en étant partie prenante du tissu social.
Entretenir de bonnes relations avec les collectivités
locales et les médias régionaux est important.
Certains organisent sur leur ferme des portes
ouvertes avec un marché de producteurs fermiers
ou l’accueil de scolaires. Les nouvelles générations
de producteurs ont pris conscience de la nécessité
de réinvestir les fonctions politiques locales et le
milieu associatif.
Fiers de leurs valeurs, les céréaliers sont des
hommes responsables d’entreprises agricoles
performantes et comptent le faire savoir.
”
L’ image du céréalier de demain
dépendra de sa capacité à
sortir de l’anonymat. Les
céréaliers peuvent devenir de
vrais ambassadeurs de leur
métier, comme certains le font
déjà très bien.
“
Jean-François Gleizes, Président de Passion Céréales
Communiquer sur le caractère
moderne, responsable et innovant
du métier de céréalier.
91 I ambition céréales 2030
ambition céréales 2030 I 92
c o n c l u s i o n
1- Ambitieux pour la France, nous voulons
satisfaire les demandes dans toute leur diversité,
répondre au défi de besoins alimentaires
mondiaux en forte croissance, développer les
utilisations de céréales, porteuses de valeur
ajoutée et d’emplois dans les territoires, jusque
dans la chimie du végétal et les énergies
renouvelables.
2- Confiants dans l’innovation, nous voulons,
pour produire plus, promouvoir le progrès
génétique pour des céréales productives, riches
en protéines, efficientes et résistantes aux
maladies et adaptées à l’évolution climatique.
Et, pour produire mieux, diffuser les technologies
d’une agronomie bioperformante…
3- Motivés par l’exigence de compétitivité,
nous voulons conforter l’organisation des
filières et l’interprofession céréalière, mais aussi
optimiser le stockage et la logistique…
4- Engagés face à des risques croissants, nous
voulons défendre une vision européenne de
la politique agricole qui doit rester commune
et construire un système hiérarchisé de
couverture des risques adaptée aux exigences
de l’entreprise céréalière…
5- Enfin, fiers de nos valeurs, nous voulons
être sur nos territoires des acteurs d’un
tissu d’entreprises agricoles dynamiques
et communiquer sur le caractère moderne,
performant, responsable et novateur du métier
de céréalier.
Notre ambition « Produire plus, Produire mieux »
Par Dominique Chambrette, Vice Président de l’AGPB, coordinateur du Livre Blanc
En conclusion de ce livre blanc, je réaffirmerai simplement notre ambition pour la céréaliculture française :
« Produire plus, Produire mieux ». Nous avons été probablement les premiers à lancer ce mot d’ordre, il y a
maintenant trois ou quatre ans. Depuis plusieurs personnalités du monde économique et politique l’ont repris
à leur compte. Je n’en citerai qu’une seule : le Président de la République. Nous ne pouvons que nous en
réjouir ! C’est un signe que les temps changent et que le réalisme économique commence enfin à l’emporter.
Nous concernant, cela traduit la prise de conscience que la France céréalière détient des atouts forts qu’elle
doit valoriser. C’est une force économique sur tout le territoire et, alors que le monde a besoin de plus de
céréales, la France doit renouer avec la croissance des rendements… Pour répondre à ces défis, demain, nous
misons sur la bioperformance de nos producteurs et sur des entreprises céréalières encore plus compétitives.
Le producteur de céréales est un entrepreneur du XXIème siècle, fier de son métier, au cœur des problèmes
de notre société et bien dans son époque, conscient des progrès réalisés mais garant de la durabilité de son
système d’exploitation et animé par un devoir de production.
La bioperformance constitue une étape nouvelle, elle utilise les innovations comme source de croissance
capable de créer de la richesse sur des territoires qui n’ont souvent pas d’ alternatives économiques. L’efficacité
de l’organisation des filières de grandes cultures offre une visibilité pour les revenus des producteurs. Tous les
outils créés par les responsables céréaliers dans un esprit visionnaire sont là pour garantir la pérennité de la
production française. Nos ambitions, nous pouvons les résumer à travers cinq points :
Concrétiser ces cinq ambitions d’ici 2030 constitue un défi réaliste. Notre organisation, l’AGPB, fête ses
90 ans. Les hommes qui ont contribué à construire la céréaliculture française pendant près d’un Siècle
- notamment Jean Deleau, Philippe Neeser, Henri de Benoist - ont eu à renverser de nombreux obstacles et
à vaincre maintes oppositions. Ils ont ouvert la voie. Nul doute que ceux du XXIe siècle sauront poursuivre
ce chemin !
La céréaliculture retrouve sa place dans l’économie de notre pays ; c’est une chance pour tous les céréaliers
de France. C’est une chance pour la France.
93 I ambition céréales 2030
ambition céréales 2030 I 94
l e x i q u e
AGRESTE Base de données statistiques du Ministère de l’Agriculture français
ANMF Association Nationale de la Meunerie Française
CIHEAM Centre International de Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes
CNAM Conservatoire National des Arts et Métiers
CUMA Coopérative d’Utilisation du Matériel en commun
EARL Exploitation Agricole à Responsabilité Limitée
ETA Entreprise de Travaux Agricoles
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture mondiales
FAOSTAT Base de données statistiques de la FAO
GAEC Groupement Agricole d’Exploitation en Commun
INRA Institut National de la Recherche Agronomique
OAD Outils d’Aide à la Décision
OCDE Organisation de Coopération et de Développement Économique
ONU Organisation des Nations Unies
PMBE Programme français de Modernisation des Bâtiments d’Élevages
PME Petite et Moyenne Entreprise
RFF Réseau Ferré de France
RICA Réseau d’Information Comptable Agricole
SAFER Société d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural
SAU Surface Agricole Utile
SCEA Société Civile d’Exploitation Agricole
SEP Société En Participation
TPE Très Petites Entreprises
USDA United States Department of Agriculture
95 I ambition céréales 2030
ambition céréales 2030 I 96
R e m e r c i e m e n t s
SÉBASTIEN ABIS Chercheur associé à l’IRIS
THIERRY BERGER Directeur Marketing et Communication Groupe Soufflet
ALEXANDRE BIAU Chargé d’études économiques Unigrains
PHILIPPE CHALMIN Professeur Paris Dauphine, économiste et fondateur de la revue Cyclope
FRANÇOIS DESPREZ Société FLORIMOND DESPREZ
ANNE FRADIER Secrétaire général de SEDIMA
HERVÉ GARNIER Journaliste
FRANÇOIS GATEL Directeur de France Export Céréales
JEAN-FRANÇOIS GLEIZES Président de Passion Céréales
JEAN-PIERRE LANGLOIS BERTHELOT Président de France Export Céréales
FRANÇOIS LAURENT Chef du service Systèmes Agronomie économie et Environnement ARVALIS - Institut
du Végétal
PHILIPPE LEMANCEAU Directeur de l’UMR AgroSup à l’INRA de Dijon
VALÉRIE LEVEAU Chef de service économie ARVALIS - Institut du Végétal
JEAN-FRANÇOIS LOISEAU Président d’AXEREAL
HÉLÈNE LUCAS Coordinatrice scientifique de Wheat initiative à l’INRA
PHILIPPE MANGIN Président de Coop de France
JACQUES MATHIEU Directeur d’ARVALIS - Institut du Végétal
JEAN-LUC PELLETIER Délégué général de l’USIPA
NICOLAS PERARDEL Chargé de mission matières premières ANMF
ÉTIENNE VICARIOT Directeur de la Communication John Deere
Ce livre blanc Ambition Céréales 2030 n’aurait pu être réalisé tel qu’il
vous apparaît aujourd’hui sans le précieux concours de nombreuses
personnes auxquelles l’AGPB exprime sa sincère reconnaissance :
97 I ambition céréales 2030
ambition céréales 2030 I 98
l e G r o u p e C é r é a l i e r
Céréaliers, des Hommes pour nourrir les Hommes
Jean-François ISAMBERT, Secrétaire général de l’AGPB,
et Vice président d’Unigrains
Denrées de base universelles et matières premières
polyvalentes, concentrés de savoirs et de technologies
à fortes évolutions, pivot de multiples activités
économiques et filières, utilisateur majeur de notre
milieu naturel national et de ses ressources, les céréales
françaises sont au cœur de nombreux enjeux, de la
sécurité alimentaire au développement durable, pour
notre société, pour notre pays, pour l’Europe, pour la
planète.
La profession céréalière française est ainsi conduite
à mobiliser des compétences très variées dans les
structures spécialisées créées par des responsables
agricoles de l’AGPB et l’AGPM au sein du groupe
céréalier : un institut technique de recherche appliquée
ARVALIS - Institut du végétal, un établissement
financier spécialisé Unigrains, des outils de promotion
France Export Céréales, Passion Céréales, animées et
coordonnées par les mêmes responsables agricoles.
Les compétences et l’expérience de plusieurs de ces
structures étant utilisables dans le cadre d’actions
plus globales de développement agricole dans des
pays émergents et défavorisés, et de développement
territorial en milieu rural, ces responsables animent
également deux structures expertes de ces
problématiques, FERT et Sol et Civilisation.
99 I ambition céréales 2030
ambition céréales 2030 I 100
l’A G P B
L’Association Générale des Producteurs de Blé et autres
céréales, syndicat professionnel agricole, représente les
intérêts économiques et moraux des producteurs de
céréales à paille.
L’AGPB est dirigée par des agriculteurs élus de leur
département, issus du monde syndical et économique.
Pour nous contacter
AGPB
23,25 avenue de Neuilly
75 116 PARIS
Tél. 01 44 31 10 00
www.agpb.fr
@AGPB_Cerealiers
Crédits photos
Arvalis
Banques d’images : Fotolia, Getty Images, Shutterstock
Goran Bogicevic
Ceke
Jürgen Fälchle
Frog
Deyan Georgiev
Laurent Hamels
Juan_g_aunion
John Deere
Limagrain
Igor Mojzes
Passion Céréales
Pinkyone
Stefan Rajewski
Gina Sanders
Slasnyi
Tereos
Tomsickova
Ulkan
Christian Watier
Conception et création graphiques
Agence Voyez Large 10-31-1302
VOYEZ LARGE
services
agronomie
ingénieur
optimisation
solutions
logistique
innovation
compréhension
conseils
cultures
productions
partenaires
Réponses
natureéquipevision
progrès
consommateurs
emploi
riz
évolution
méthode
politique
www.agpb.fr

Ambitions Céréales 2030

  • 1.
    ambition céréales Des hommes responsablesd’entreprises céréalières performantes pour produire plus, produire mieux 2o3o
  • 2.
    1 I ambitioncéréales 2030 génération blé dur céréales compétitivité constat bioperformance qualité productivité orge blé monde ambitions prospective environnement système idées
  • 3.
    ambition céréales 2030I 2 L’ é q u i p e c o n t r i b u t r i c e Cette publication a été éditée en juin 2014, à l’occasion du 90ème anniversaire de l’Association Générale des Producteurs de Blé et autres céréales. ambition céréales 2030 Des hommes responsables d’entreprises céréalières performantes pour Produire plus, Produire mieux
  • 4.
    3 I ambitioncéréales 2030
  • 5.
    ambition céréales 2030I 4 L’ é q u i p e c o n t r i b u t r i c e Régis CHOPIN Eure Olivier DAUGER Aisne Philippe DUBIEF-BECHET Côte-d’Or Christophe GRISON Oise Philippe HEUSELE Seine-et-Marne Jean-Marc Renaudeau Deux-Sèvres Nicolas de Sambucy Bouches-du-Rhône Eric Thirouin Eure-et-Loir Luc Vermersch Somme Benoît Pietrement Marne Ont collaboré à la réalisation de cet ouvrage sous la coordination de : François JACQUES Meurthe-et-Moselle Rémi HAQUIN Oise Jean-François ISAMBERT Essonne Ont contribué à l‘organisation des groupes de travail et la rédaction de l’ouvrage : Hervé Garnier, Patrice Auguste, Pierre Olivier Drège, Camille Tubiana, Carole Jouhate, Nicolas Ferenczi, Pascal Hurbault, Valérie Leveau, Martine Jullien, Jérôme Josseaux. Dominique CHAMBRETTE Côte-d’Or
  • 6.
    5 I ambitioncéréales 2030
  • 7.
    ambition céréales 2030I 6 é d i t o Nos ambitions céréales pour 2030 Philippe PINTA, Président de l’AGPB “ ” 2030, ce n’est pas si loin, mais en ces temps d’accélération du changement, où il est de moins en moins simple de vouloir éclairer l’avenir, c’est une échéance réaliste pour un travail de prospective comme celui dont le présent ouvrage est le résultat. Réaliste, car les producteurs de céréales français disposent de repères qui semblent assez solides pour envisager les 15 ans qui viennent : • leur activité et les filières qu’elle alimente sont assez communément reconnues comme un atout important pour le développement économique de notre pays et pour son équilibre territorial ; • le monde, dans lequel nous sommes l’un des premiers exportateurs de blé, aura de plus en plus besoin de céréales demain ; • les céréales sont des matières premières polyvalentes et le deviendront toujours davantage, de la tige aux grains, grâce aux progrès de la recherche et à l’avancée des technologies. à ces repères objectifs s’en ajoute un, plus subjectif, mais fondé sur l’expérience des céréaliers : leur confiance en leur capacité, avec l’appui de leurs partenaires de filière, à s’adapter aux circonstances et aux attentes, même quand ils doivent pour cela se remettre en cause culturellement. Tous ces repères permettent de se projeter et d’affirmer un objectif : « Produire plus, Produire mieux. » L’entreprise céréalière de demain pourra l’atteindre en étant bioperformante. Notre organisation, l’AGPB fête cette année ses 90 ans. Elle a relevé dans le passé de très nombreux défis et nous en sommes fiers. « Produire plus, Produire mieux », c’est donc l’ambition que nous nous sommes donnée pour les quinze prochaines années. Rendez-vous en 2030 !
  • 8.
    7 I ambitioncéréales 2030 S o m m a i r e 04 L’ équipe contributrice 06 Édito Les céréales, une chance pour la France 09 La filière céréalière, une force économique sur tout le territoire 17 En 2030, le monde aura besoin de plus de céréales 23
  • 9.
    ambition céréales 2030I 8 92 Conclusion 94 Lexique 96 Remerciements 98 Le Groupe Céréalier 100 L’ AGPB Les marchés des céréales en pleine évolution 33 L’entreprise céréalière du futur 67 Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir 47
  • 10.
    9 I ambitioncéréales 2030 Les céréales, une chance pour la France La France possède une chance immense de produire des céréales en volume suffisant et régulier, avec des qualités de plus en plus reconnues. Cela lui permet de participer aux grands équilibres vitaux du monde.
  • 11.
  • 12.
    11 I ambitioncéréales 2030 Les céréales, une chance pour la France La France : grenier à blé • La culture du blé est particulièrement bien adaptée aux conditions pédoclimatiques françaises • La production française varie peu en quantité et qualité • Le niveau de formation des agriculteurs est parmi les plus élevés au monde • Une logistique performante qui assure la compétitivité des produits français à l’exportation • Une production capable d’assurer l’autosuffisance alimentaire européenne et de participer aux échanges mondiaux La France a des atouts forts qu’elle doit valoriser Louis Gallois, dans son rapport sur la compétitivité industrielle (2), apporte un vent d’optimisme. Selon lui, le redressement est possible, « car la France a des atouts forts qu’elle doit valoriser ». Il en énumère plusieurs : « tout d’abord parce que d’autres pays européens réussissent... », parce que « la France est une terre d’émergence de PME innovantes », ou encore parce que « la recherche française est reconnue mondialement »… La France a une vraie place dans le monde et, en premier lieu, parce qu’elle détient des pôles d’excellence mondiaux. Parmi eux : l’industrie culturelle, le luxe, la pharmacie, l’industrie aéronautique, nucléaire, pétrochimique, les services (banque, assurance, grande distribution)…, et l’agriculture avec notamment la céréaliculture. (1) Hubert Védrine-La France au défi (Fayard) (2) Pacte pour la compétitivité de l’industrie française A u début du XXIe siècle, le monde a connu une crise financière et économique , la plus violente qui se soit abattue sur la planète depuis celle de 1929. L’Occident est bel et bien entré dans une période de « stagnation de longue durée ». Bouleversement des économies, émergence de nouvelles puissances, ralentissement de la croissance économique, chômage de masse, fort développement démographique, phénomène d’urbanisation, accroissement de la précarité, impact du réchauffement climatique, problème de malnutrition et de sécurité alimentaire, résurgence des conflits… Mais aussi, un bouleversement des cartes géopolitiques du monde… La France n’échappe pas à ces phénomènes de crises et de mutations… La croissance peine à revenir. L’activité se raffermit en France, mais pas encore assez pour faire baisser le chômage. Certains experts portent un diagnostic alarmant : « l’industrie française atteint aujourd’hui un seuil critique, au-delà duquel elle est menacée de déstructuration ». Hubert Vedrine souligne dans son dernier ouvrage (1) : « C’est toute la compétitivité de notre économie qui s’est effondrée. » Pêle- mêle, il cite la lourdeur de nos charges, le niveau moyen de la qualité de nos produits, notre déficit en matière d’innovation, l’absence de montée en gamme, notre manque de dynamisme à l’exportation.
  • 13.
    ambition céréales 2030I 12 La France a tous les atouts pour réussir. Nous sommes un pays d’invention, d’innovation, de création, dans tous les domaines. Je pense à cette magnifique prouesse qu’a été la mise au point d’un cœur artificiel (...). Je pense aussi aux transports, avec les véhicules électriques ; à l’agriculture, avec la chimie verte… “ ” Au Salon de l’agriculture 2014, un nouveau ton, émanant tant du chef de l’Etat que de ses ministres, a montré ainsi à quel point les Pouvoirs publics reconnaissaient aujourd’hui le secteur agricole et agroalimentaire comme une activité de production avant tout, capable de participer au redressement économique du pays. À condition qu’elle ait les outils de sa compétitivité. Alors que l’on parle d’une France qui se désindustrialise, l’agriculture est un gisement de richesses et de croissance, de plus non Exporter pour contribuer à relever le défi alimentaire mondial. François Hollande, Président de la République délocalisable. La France reste la première puissance agricole d’Europe et les céréales y occupent une place de premier plan. La filière céréalière est déterminante pour l’économie du pays à la fois au niveau de l’activité agricole, des emplois qu’elle induit, de son empreinte territoriale et en raison de sa contribution à la balance commerciale. La céréaliculture française fait partie des dix pôles d’excellence mondiaux que comptent notre pays et qui font la fierté des Français. L’agriculture et les céréaliers représentent « une force française » qui réussit dans le monde et, plus encore, un modèle à observer et à reproduire. “ ”Dominique Reynié, Politologue, Directeur de la Fondation pour l’innovation politique La céréaliculture française est un pôle d’excellence mondial…
  • 14.
    13 I ambitioncéréales 2030 Les céréales, une chance pour la France Le blé est un atout géostratégique Le blé est une culture majeure pour l’alimentation humaine. Les rations alimentaires dans le monde contiennent 60% de céréales : un terrien consomme annuellement environ 330 kg de céréales (y compris pour l’alimentation animale). Le blé est la céréale qui nourrit plus du tiers de la population mondiale. Avec le riz et le maïs, il fournit plus de la moitié des calories et protéines absorbées quotidiennement. La consommation de blé s’est répandue à travers la planète et la demande a été multipliée par 3 depuis 1961. De 235 millions de tonnes (MT) à l’époque, la production atteint aujourd’hui les 700 MT. Le blé est la céréale la plus cultivée dans le monde (224 millions d’hectares). Depuis 50 ans, l’offre mondiale des céréales s’est adaptée à la demande quasi exclusivement grâce à la progression des rendements. D’ici 2030 à 2050, les experts (FAO, Banque mondiale) prévoient une très forte croissance de la demande mondiale de céréales : il faudrait que la production de blé augmente de 60% entre 2000 et 2050. Le blé est la première ressource agricole échangée dans le monde avec 40% des échanges mondiaux. La France exporte plus de la moitié de sa production : 20% dans l’UE et 33% en dehors de l’UE, sans compter les volumes exportés en tant que produits transformés (farine, amidon, etc). Au total, les exportations de la France représentent près de 15% des échanges mondiaux de blé. Une tonne sur six qui s’échangent au niveau de la planète est d’origine française. Pour relever le défi de la production de blé à l’échelle internationale, un consortium international (Wheat Initiative) a été créé dans le cadre du plan d’action du G20 agricole pour coordonner les recherches sur le blé dans le monde. exportateur mondial de semences
  • 15.
    ambition céréales 2030I 14 La majeure partie des blés produits dans le monde est destinée à l’alimentation humaine. Le blé est aussi utilisé pour nourrir les animaux granivores, comme les porcs et les volailles. Du blé, est extrait l’amidon : une formidable réserve énergétique. Les produits dérivés de l’amidon servent à l’alimentation humaine, sous forme d’ingrédients traditionnels pour la boulangerie-pâtisserie, la confiserie, les boissons, les desserts et plat préparés, les aliments pour bébés… ils sont aussi utilisés pour d’autres usages industriels comme la papeterie, les cartons ondulés, la chimie/pharmacie, les textiles, les adhésifs, les matériaux de construction… Avec le blé, on produit de l’éthanol, biocarburant intégré dans l’essence SP95-E10 ou Super éthanol E85. Solde positif de plus de 5 MT Solde positif de 0 à 5 MT Déficit jusqu'à 3 MT Déficit supérieur à 3 MT FRANCE 17 MT CANADA 19 MT ARGENTINE 7 MT 7 MT 7 MT UKRAINE 7 MT KAZAKHSTANZZZZ RUSSIE AUSTRALIE 20 MT ÉTATS UNIS 25 MT > Solde moyen production - consommation de blés (moyenne de 2010 à 2012) Source : FAOSTAT la france, au cœur des greniers à blés du monde Avec l’essor de la chimie biosourcée, une réelle opportunité existe pour intensifier le développement d’une industrie chimique nouvelle fondée sur la transformation de la biomasse. Il s’agit d’extraire et synthétiser des produits directement substituables à ceux issus de la pétrochimie. L’utilisation de matières premières végétales s’inscrit dans le souhait d’une industrie plus respectueuse de l’environnement. Dans ce domaine, la France dispose d’acteurs forts comme Roquette, Tereos, Cristal Union, Siclaé… Au cours des quinze prochaines années, de réelles opportunités vont se concrétiser en termes d’innovation et de création de nouveaux tissus industriels créateurs d’emplois. Nourrir les hommes, un devoir et demain d’autres défis
  • 16.
    15 I ambitioncéréales 2030 Les céréales, une chance pour la France Parmi les 8 grands exportateurs mondiaux de céréales, la France est en effet le seul pays à être relativement « épargné » et à garantir sur les marchés 23 MT de grains. “ 26%Variabilité Chine Inde États-Unis Russie France Allemagne118 88 59 45 38 23 Urkraine 18 29% 33% 41% 66% 29% Australie 26 75% Canada 25 50% Pakistan 24 29% 122% Turquie 21 22% Moyenne de 2010 à 2012 et variations extrêmes depuis 2000 par rapport à la moyenne ” la france, 5ème producteur mondial de blés, une capacité d’approvisionnement hors pair Production de blés (données en millions de tonnes et %) Source : FAOSTAT Thierry Pouch, économiste Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture Le blé français est apte à nourrir les hommes, la diversité de ses débouchés concerne aussi leur santé, leur bien-être et leur environnement. La France fait partie des greniers à blé sur lesquels le monde peut compter en 2030. Elle possède une immense chance de pouvoir produire avec conscience des céréales en quantités élevées, avec des qualités reconnues partout dans le monde. Cela lui permet de nourrir sa population et d’approvisionner de manière régulière de nombreux pays déficitaires. C’est un avantage comparatif qui lui confère un rôle de premier plan sur les marchés agricoles internationaux. Sur le plan éthique, cet avantage lui impose moralement le devoir de participer aux grands équilibres vitaux du monde. économiquement, les céréales sont stratégiques et socialement, elles sont essentielles. La France ne doit pas faire avec son agriculture aujourd’hui, l’erreur qu’elle a faite il y a quelques années avec la sidérurgie. La France participe aux grands équilibres vitaux du monde
  • 17.
    ambition céréales 2030I 16 0,9 et moins 1,0 à 9,9 10 à 33,2 33,3 à 49,9 50 et plus NA % de céréales dans la surface agricole BLÉ TENNDRE 53% MAÏS GRRAIN 19% ORGES 17% AUTRES 7% BLÉ DUR 4% RIZ 0,2% les céréales présentes partout sur le territoire Source : Agreste RA 2010 et Agreste 2013 9,2millions d’hectares sur la France soit 37% de la Surface Agricole Utile La France fait partie des greniers à blé sur lesquels le monde peut compter en 2030. “ ”Dominique Chambrette
  • 18.
    17 I ambitioncéréales 2030 La filière céréalière, une force économique sur tout le territoire En parcourant la campagne française, on peut observer l’omniprésence des céréales. Elles sont en effet présentes sur tout le territoire, elles occupentuntiersdelasurface agricole utile (sau) française, soit 50% des terres arables. Générant 500 000 emplois, la filière céréalière contribue à une économie nationale puissante.
  • 19.
  • 20.
    19 I ambitioncéréales 2030 La filière céréalière, une force économique sur tout le territoire A vec une production de 68 MT, dont 34 MT de blé tendre, la France est le premier producteur et le premier exportateur de céréales de l’Union européenne. La production de blé est orientée vers des débouchés diversifiés, alimentant ainsi une filière structurée et organisée autour de multiples métiers. Cet ensemble constitue un secteur économique déterminant pour l’économie nationale en termes d’emplois, de création de richesse et de contribution à la balance commerciale. Il se situe au même rang que les autres grands secteurs industriels que sont l’aéronautique, la pharmacie, la pétrochimie, l’automobile, le nucléaire… 500 000 emplois non délocalisables répartis sur tout le territoire En France, près de deux exploitations professionnelles sur trois cultivent des céréales. On dénombre 110 000 exploitations céréalières professionnelles : elles emploient près de 185 000 personnes. L’Insee les classe en TPE (Très Petite Entreprise : moins de 10 salariés). Il est frappant de constater que les 110 000 exploitations céréalières génèrent une multitude d’activités, en amont comme en aval, dans différents domaines : agrofourniture (équipement en machinisme, semences, engrais, produits de la protection des cultures…), approvisionnement (distribution), collecte et transformation, transports, financement, assurances, activités de conseils… Source : Passion Céréales 2 000 entreprises de transformation céréalière au bout des champs… 850 446 394 102 100 95 37 27 15 14 10 8 7 4 organismes stockeurs moulins usines d’aliments du bétail biscuiteries brasseries boulangeries pâtisseries industrielles entreprises de panification unités d’apéritifs à croquer usines de céréales / petit déjeuner malteries semouleries amidonneries usines de pâtes éthanoleries … et 32 000 boulangeries artisanales, commerces de proximité, sur tout le territoire
  • 21.
    ambition céréales 2030I 20 Production, collecte et industries de transformation des céréales constituent la trame d’un tissu socio-économique dynamique sur tous les territoires. Aucun autre secteur agricole n’a une telle « empreinte » territoriale. Contrairement aux filières d’autres productions agricoles, les entreprises de la filière céréalière ne sont pas concentrées dans quelques grandes régions, mais forment un tissu dense d’entreprises non délocalisables. 150 000entreprises agricoles, agroalimentaires, de négoce et de services500 000emplois ruraux non délocalisables dont Chiffre d’ affaires de 67 225 000 50 000 225 000 17milliards d’euros en valeur ajoutée > > > emplois pour la production emplois pour la collecte et la première transformation emplois pour la seconde transformation et la boulangerie artisanale milliards d’ euros Développer les activités consommatrices de céréales, porteuses de valeurs et d’emplois dans les territoires.
  • 22.
    21 I ambitioncéréales 2030 La filière céréalière, une force économique sur tout le territoire Certes, le blé français est destiné à nourrir la population hexagonale et européenne. Mais, il ne sert pas qu’à produire de la farine pour alimenter les Français ! La France exporte plus de la moitié de sa production de blé. A l’image d’Airbus, la France céréalière a développé une véritable stratégie à l’exportation pour répondre aux besoins des pays du continent européen, également à ceux de l’Afrique du Nord, du Proche et Moyen-Orient et des pays de l’Afrique Subsaharienne. Le blé est la première ressource agricole échangée dans le monde. En 2013-2014, les échanges mondiaux atteignent 157 MT, soit le cinquième de la production mondiale. La France y participe à hauteur d’environ 15% ce qui signifie qu’une tonne sur six échangées sur la planète est d’origine française. Avec une production de blé de l’ordre de 37 MT, la France commercialise 18 MT à l’exportation. La moitié de ces volumes est dirigée vers les pays Tiers, aux premiers rangs desquels l’Algérie, le Maroc et l’Egypte. Un tiers des exportations totales de blé français sur les marchés communautaires et mondial est destiné à l’Afrique du Nord. Les exportations de céréales tirent les exportations françaises 100 000 85 000 1988 2000 20121992 1996 2004 2008 50 000 100 000 150 000 200 000 250 000 300 000 350 000 élevage laitiers grandes cultures culture et élevage élevage bovins et ovins élevage porcs et volailles autant d’emplois en exploitations grandes cultures qu’en élevage laitier Source : AGPB d’après Agreste RICA : exploitations moyennes et grandes
  • 23.
    ambition céréales 2030I 22 Tout cumulé - grains et farine - c’est l’équivalent de 60% des blés panifiables français qui est fourni aux meuniers du monde entier. Le secteur céréalier peut s’enorgueillir de contribuer positivement à la balance commerciale française. Le palmarès 2013 de la balance commerciale française le démontre. En 2013, son excédent s’élevait à 10 milliards d’euros, soit le deuxième poste positif derrière l’aéronautique. Dans ce contexte, les céréales et produits dérivés ont dégagé, soit l’équivalent de plus de 10 Airbus/mois. Dans la mondialisation, l’agriculture et l’alimentation sont devenues des marqueurs de la puissance d’une économie au même titre que l’aéronautique. Produits de la construction aéronautique et spatiale21,9 Md€1er Céréales et produits céréaliers de la 1ère transformation Vins et spiritueux Parfums, cosmétiques et produits d’entretien Produits pharmaceutiques 10 Md€ 9,8 Md€ 8,7 Md€ 4,5 Md€ 2ème 5ème 4ème 3ème Source : douanes françaises statistiques 2013 les céréales : 2ème solde commercial français L’exportation est l’un des trois moteurs de la croissance de notre pays, et il faut absolument en développer les capacités. à l’image de l’agroalimentaire, où nous avons une force considérable avec des grands champions et des process remarquables. “ ”Christine Lagarde, Directrice du FMI
  • 24.
    23 I ambitioncéréales 2030 En 2030, le monde aura besoin de plus de céréales Le XXIe siècle va connaître une révolution démographique historique. Elle se traduira en particulier par une forte croissance de la demande mondiale de céréales. Le monde a besoin de plus de céréales ! La France fait partie des quelques pays capables de répondre durablement à cette nouvelle exigence.
  • 25.
  • 26.
    25 I ambitioncéréales 2030 En 2030, le monde aura besoin de plus de céréales P lusieurs révolutions vont marquer le XXIe siècle. On peut ne pas se tromper en avançant que la révolution du numérique a encore de beaux jours devant elle, que celles des nanotechnologies et biotechnologies marqueront les décennies à venir, que la pétrochimie sera bousculée par la chimie biosourcée… Mais, un des chocs du XXIe siècle sera sans aucun doute démographique. Nous sommes un peu plus de 7 milliards d’êtres humains aujourd’hui, nous serons 8,5 milliards en 2030 et près de 9,6 milliards en 2050. Et l’Afrique apparaît comme le principal réservoir démographique mondial. D’ici 2050, elle devrait voir sa population plus que doubler et atteindre 2,4 milliards d’habitants. Démographie, urbanisation et développement des classes moyennes D’ici 2030, les régions du monde vont quasiment toutes connaître de fortes croissances démographiques : plus 25% en Amérique du Sud, plus 17% en Asie, plus 30% en Océanie, et plus 56% en Afrique. L’Amérique du Nord progresserait de 12%, seule l‘Europe connaîtra une diminution de sa population (moins 1 %). Autour de 2030, l’Inde devrait dépasser la Chine, date à laquelle les deux pays auront des populations de l’ordre de 1,45 milliard d’habitants. La poussée urbaine représente un des phénomènes les plus marquants de la période contemporaine. C’est en 2007 que le monde a connu une rupture majeure dans son histoire en devenant davantage urbain que rural. D’ici 2020, deux milliards de personnes supplémentaires rejoindront les centres urbains, au point que la ville est considérée pour beaucoup comme la figure dominante des années à venir. En 2030, 69% de la population mondiale sera urbaine. L’émergence des classes moyennes est également significative. Leur essor se ferait essentiellement en Asie, où cette catégorie passerait de 500 millions de personnes à 3,2 milliards en 2030. Asie Monde Afrique Amériques 1950 2000 20501970 1990 2010 2030 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Md habitants 2070 2090 2100 Europe le défi démographique mondial Source : World Population Prospects : The 2012 Revision, Nations Unies
  • 27.
    ambition céréales 2030I 26 La consommation de viandes, facteur « accélérateur » des besoins en céréales L’urbanisation des populations et le développement des classes moyennes ont des incidences sur les habitudes alimentaires et entraînent une consommation accrue en produits carnés et transformés. Les rations alimentaires dans le monde sont à 80% à base de végétal, dont 60% de céréales. Les céréales demeurent de loin les sources principales de nourriture, aussi bien pour la consommation humaine directe que pour la production de viande. Selon l’USDA, sur les quinze dernières années, la consommation mondiale de viandes a progressé de 30 % (de 194 à 252 MT). Les viandes blanches étant plus faciles et rapides à préparer et moins onéreuses que les viandes rouges, on observe, une substitution de la viande de porcs et de volailles à la viande bovine. Ainsi, les viandes blanches enregistrent, une consommation en forte hausse sur la même période : plus de 25% pour le porc et plus de 59% pour les volailles-poulets et dindes. en 2030, dans le monde 2 humains sur 3 vivront en ville Source : ONU scénario médian 2012 Source : ONU 2012 Exporter pour contribuer à relever le défi alimentaire mondial. en 2030, dans le monde 2 humains sur 3 appartiendront aux classes moyennes Selon l’OCDE, les classes moyennes représentent aujourd’hui environ 1,8 milliard de personnes, soit 28% de la population mondiale. Vers 2030, elles atteindront les 5 milliards, soit les deux tiers de l’humanité. “ ”Jean-François Isambert
  • 28.
    27 I ambitioncéréales 2030 En 2030, le monde aura besoin de plus de céréales 1999 2005 20112001 2003 2007 2009 40 50 60 70 80 90 100 110 2013 Millions de tonnes consommées l’explosion de la consommation de viande blanche dans le monde Source : USDA PSD Ce constat vaut aussi pour l’Europe où les volailles sont de plus en plus plébiscitées dans un panier « viande » qui a tendance à baisser. Les projections 2007 de la FAO montrent que la consommation de viandes va augmenter de 110 MT d’ici 2030 (et de 200 MT d’ici 2050). Une croissance qui va tirer vers la hausse la demande des céréales pour pouvoir faire face aux besoins des élevages. 110 MT En 2030, la consommation de viandes aura augmenté de (et de 200 MT d’ici 2050) Il faut 3 à 4 kg de céréales pour produire 1 kg de viande de volailles Il faut 4 à 5 kg de céréales pour produire 1 kg de viande de porc Il faut 8 à 10 kg de céréales pour produire 1 kg de viande bovine
  • 29.
    ambition céréales 2030I 28 Fournir 700 millions de tonnes de plus de céréales d’ici 2030 Les prévisions de la FAO montrent que la consommation mondiale de céréales (y compris riz) va s’accélérer entre 2007 et 2030 selon une croissance annuelle de 1,4%, pour atteindre les 2700 MT en 2030. Entre 2030 et 2050, la demande évoluera selon une croissance annuelle plus faible du fait du ralentissement de la croissance démographique chinoise (0,6%), pour atteindre les 3 milliards de tonnes en 2050. La croissance de la demande mondiale s’accélère depuis dix ans en blé et en maïs, alors que la demande en riz subit plutôt un effet de tassement. Pour répondre à la demande mondiale en céréales, le monde devra produire 700 MT de plus de céréales d’ici quinze ans dont 100 MT de blé. D’ici 2030, d’autres besoins en céréales s’ajouteront à la seule croissance des besoins alimentaires. Ils viendront de l’industrie des biocarburants, de la chimie du végétal, un domaine très prometteur, dont l’objectif est de remplacer un tiers de la pétrochimie… Produire plus, une urgence morale. Tous les jours, 220 ha des terres les plus fertiles de France disparaissent sous l’emprise de l’urbanisation. Avec le niveau de productivité de son agriculture, la France renonce ainsi à nourrir près de 2 millions de personnes chaque année en construisant des parkings et des lotissements. Avec 130 humains supplémentaires à nourrir chaque minute dans le monde, l’amélioration de la productivité de la céréaliculture française est une urgence morale. +1 milliard de T 20301980 2000 2050 500 1 000 1 500 2 000 2 500 3 000 3 500 Millions de tonnes +700MT une consommation mondiale de céréales en hausse de 700 mt en 2030 Exporter pour contribuer à relever le défi alimentaire mondial.
  • 30.
    29 I ambitioncéréales 2030 En 2030, le monde aura besoin de plus de céréales LaFrancedoitrenoueraveclacroissance des rendements en blé Même si la croissance de la production sera assurée à 70% par les pays en développement, ceux-ci deviendront toujours plus tributaires des importations de céréales. L’argumentation de leur production ne parviendra pas à répondre à celle de leurs besoins que leur croissance démographique et leurs changements de leur régime alimentaire feront croître plus rapidement. En 2030, selon la FAO, « les pays en voie de développement pourraient produire seulement 86% de leurs propres besoins céréaliers, avec des importations nettes qui passeraient des 103 MT actuelles à 265 MT en 2030 ». Aussi, les exportateurs de céréales traditionnels (dont l’UE et la France) devront-ils d’autant plus produire pour répondre à ce déficit. Sur les cinquante dernières années, la FAO fait le constat d’une stabilité des surfaces céréales dans le monde (environ 700 millions d’hectares), alors que les terres arables ont gagné en surface (plus 12%). Sur cette même période, la production céréalière mondiale a été multipliée par 2,5 grâce à une augmentation de son rendement moyen multiplié par 2,6. La hausse des rendements a permis de nourrir le monde. Compte tenu de la faiblesse des réserves de terres arables, il ne devrait guère en aller différemment à l’avenir. La FAO considère que d’ici 2030 et 2050, « l’augmentation de la production de blé devra venir à 85% d’une hausse des rendements ». Ce qui nécessite de faire appel à des nouvelles technologies conjuguant l’accroissement de la production avec une meilleure protection de l’environnement, et donc un meilleur accès à l’innovation. Il faudra « Produire plus, Produire mieux ». Aujourd’hui, la France exporte plus de la moitié de sa production de blé dans l’Union européenne et dans les pays tiers. Pour conserver sa place au sein des pays industrialisés dans la satisfaction de la demande mondiale, la France devra produire 50 MT de blé par an en 2050 (contre 37 MT aujourd’hui). La production française de blé doit renouer avec une croissance des rendements de blé. L’objectif visé est de gagner 0,5 quintal de blé par hectare et par an !
  • 31.
    ambition céréales 2030I 30 Le bassin méditerranéen : un des « épicentres » céréaliers de la planète. La région Afrique du Nord et Moyen Orient « concentre chaque année environ 35% des importations mondiales de céréales et 30% de celles du seul blé », notent les experts du CIHEAM. Les faibles disponibilités en eau et en terre, ajoutées aux caprices interannuels et inter-saisonniers du climat, sont des contraintes majeures pour ces pays. La baisse probable des précipitions et la hausse des températures vont accroître les tensions qui pèseront sur les perspectives de développement de la production locale de ces pays. à cela s’ajoute l’augmentation de la population… Même si des gouvernements successifs ont tenté de mettre en place des politiques de développement agricole, force est de constater que la production n’a pas été capable de suivre la hausse de la demande. Quand la part des céréales dédiée à la nourriture du bétail n’était que de 1% au début des années 1960, elle dépasse actuellement les 30%. Face à ces besoins intérieurs grandissants, les performances agronomiques restent décevantes comparées à celles d’autres régions du monde. Ceci explique, un recours aux importations céréalières, à la fois croissant, structurel et stratégique. à l’horizon 2050, les experts du CIHEAM évaluent le déficit céréalier des pays en développement à 200 MT. La région sud méditerranéenne, avec 114 MT, puis l’Afrique Subsaharienne avec 56 MT, confirmeraient leurs places de premières zones importatrices mondiales de céréales.
  • 32.
    31 I ambitioncéréales 2030 En 2030, le monde aura besoin de plus de céréales CUBA AFRIQUE DE L’OUEST MOYEN ORIENT MAGHREB ASIE 0,50 2,16 87% 7,65 0,81 0,17 le bassin méditerranéen : un marché de proximité Source : France Export Céréales d’après Synacomex en millions de tonnes Campagne 2013/2014
  • 33.
    ambition céréales 2030I 32 « La France n’a pas vocation à nourrir le monde, car elle n’en a pas les moyens. En revanche, la nuance est de taille, sa légitimité à contribuer aux équilibres alimentaires mondiaux n’est pas négociable. Le contexte géopolitique contemporain lui impose cette posture, notamment vis-à-vis des marchés méditerranéens, moyen-orientaux, voire africains... En matière céréalière, les pays arabes méditerranéens ont besoin d’approvisionnements réguliers, fiables et de qualité. » Sébastien Abis, Analyste géopolitique et chercheur associé à l’Institut de Relations Internationales Stratégiques (IRIS) Exporter du blé en Méditerranée représente à la fois un devoir géopolitique et une opportunité économique. “ ”
  • 34.
    33 I ambitioncéréales 2030 Les marchés des céréales en pleine évolution De la production au consommateur, la filière céréalière est segmentée en plusieurs débouchés que les producteurs alimentent dans toute leur diversité. Ces filières sont remarquablement organisées et contribuent à la compétitivité de la céréaliculture.
  • 35.
  • 36.
    35 I ambitioncéréales 2030 Les marchés des céréales en pleine évolution D epuis une quinzaine d’années, le taux d ’ u t i l i s a t i o n intérieure du blé est resté relativement stable. La meunerie reste un débouché mature pour les blés français. On observe un glissement de la panification artisanale vers la panification industrielle, lié aux évolutions des modes de vie : davantage de consommation de pain de mie, de produits transformés, hamburgers. Les profonds changements, on les trouve plutôt dans certains secteurs comme l’export des grains avec une forte augmentation des exportations. L’autre grand changement, c’est la montée en puissance de l’amidonnerie avec un volume transformé de blé qui a triplé depuis 1997 (de 1 à 3 MT aujourd’hui). Les produits dérivés de l’amidonnerie fournissent l’alimentaire ou des utilisations tout à fait surprenantes dans le secteur industriel. L’amidon rentre dans la fabrication du papier, du carton, des produits pharmaceutiques, des cosmétiques… Sans oublier l’émergence des alcools et des biocarburants. La chimie du végétal fait son entrée, l’enjeu de demain est de s’affranchir partiellement des ressources fossiles… Le blé offre une multitude de débouchés possibles. Des évolutions technologiques transformeront le monde de la meunerie, l’alimentation animale accompagnera la relance des viandes blanches françaises… Des marchés à l’export sont à conforter, de nouveaux seront à conquérir. L’industrie amidonnière, et demain la chimie du végétal, seront encore plus de nouveaux débouchés pour les céréales. Source de bien-être dans sa fonction alimentaire…, demain, avec l’univers des produits biosourcés, il aura une fonction écologique à part entière. Mais à une seule condition : il faudra « Produire plus, Produire mieux ». 8% AMIDONNERIE 4% ALCOOLS 1% FABRICATION SEMENCES 7% RECONSTITUTION DES STOCKS 13% ALIMENTATION ANIMALE FRANÇAISE 14% ALIMENTATION HUMAINE EXPORT PAYS TIERS EXPORT UNION EUROPÉENNE 20% 33% le blé, des utilisations multiples 37 MT de blé produites en 2013 Source : FranceAgrimer Campagne 2013/2014
  • 37.
    ambition céréales 2030I 36 Amont 1ère transformation Meunerie Semoulerie Malterie Maïserie Amidonnerie Fabricant aliments du bétail 2ème transformation Boulangerie Artisanale et industrielle Pâtisserie - Biscuiterie Pâtes alimentaires Brasserie Industries alimentaires diverses Autres industries : papeteries, pharmacie, chimie, textile Exportateur Consommateur Collecte Semences Phytos Engrais Machinisme Production Si on écoute le géographe Gilles Fumey, « les céréales, c’est la France. Quand nous mangeons du pain, nous mangeons la France… ». Selon lui, « nous sommes le pays qui a le rapport le plus fort et le plus passionnel au pain. On y compte autant de boulangeries que de mairies ». Sur les 35 à 37 MT de blé produites en France, environ 5,6 MT sont utilisées par la meunerie française. La consommation de pain est le premier débouché de la meunerie. Les 32 000 boulangeries artisanales de l’Hexagone jouent un rôle important en termes de proximité. C’est un marché de détail et de service constituant un réseau n’existant nulle part ailleurs dans le monde. Si 97,6% des Français mangent du pain, certains en consomment de façon irrégulière. Pour les jeunes générations, la tendance est de zapper les pain des petits déjeuners au profit des céréales. Le snacking prend le dessus, avec plus de sandwichs consommés. Au quotidien, le Français consomme 130 grammes de pain par jour, contre 350 grammes il y a cinquante ans. Le développement des points chauds et des grandes et moyennes surfaces de distribution, favorise le développement de la boulangerie et de la panification industrielle. Si la boulangerie et pâtisserie artisanale reste de loin le premier débouché de la farine, sa part a cependant tendance à diminuer, alors que celle de la boulangerie- pâtisserie industrielle augmente. la filière céréalière Meunerie : la farine n’a pas dit son dernier mot Satisfaire la demande en céréales dans toute sa diversité.
  • 38.
    37 I ambitioncéréales 2030 Les marchés des céréales en pleine évolution Selon l’Association Nationale de la Meunerie Française (ANMF), « de nouveaux procédés vont permettre de créer des produits qui répondent encore mieux à certaines demandes en termes de nutrition, de conservation, de diversité… Les produits industriels sont déjà extrêmement qualitatifs. » Dans l’avenir, la boulangerie industrielle pourrait concurrencer encore plus l’activité artisanale avec des offres plus compétitives. Les industriels formulent des attentes croissantes sur le plan des qualités technologiques. Plus de force boulangère, plus de protéines et de qualité, tout en maintenant leurs exigences de qualité sanitaire. Depuis, les années 1990, le marché export de farine n’est plus un marché d’avenir, la plupart des pays consommateurs ayant créé leur propre meunerie. La conquête de nouveaux marchés à l’export repose sur l’élaboration de produits plus technologiques, comme « la mise au point de pain longue conservation ». Pour Nicolas Pérardel (ANMF), « il faut créer de nouveaux modes de consommation auprès des jeunes. Il reste des pistes à explorer dans des pays comme la Chine où il existe un marché énorme. » 1970 20001950 1960 1980 1990 100 150 200 250 300 350 2005 325 g 2012 267 g 180 g 140 g 155 g 155 g 150 g 130 g Quantité journalière consommée la consommation de pain se stabilise Source : Observatoire du pain
  • 39.
    ambition céréales 2030I 38 La meunerie française, c’est La boulangerie artisanale et industrielle, c’est 5,6 MT 2,2 > > > de blé utilisés entreprises 195000> emplois milliards d’€ de CA 16> milliards d’€ de CA 6000> emplois 20041992 1997 2012 20 40 60 80 100 Importations Industries utilisatrices Sachets Boulangerie et Patisserie industrielle + atelier de Boulangerie Patisserie GMS Boulangerie et Patisserie artisanale Export UE + Pays Tiers 25% 7% 22% 33% 13% en % de farine Alimentation animale : redynamiser les filières viandes blanches L’industrie de l’alimentation animale représente un débouché intérieur important pour les céréales françaises. Les 21 MT d’aliments produits en 2012 se composent principalement de céréales (49%) et de tourteaux (29%). Au total 10 MT de céréales sont incorporées dans les aliments industriels, dont 5 MT de blé (48%), de maïs (29%), d’orge (16%), de triticale (6%)... Sans oublier 2 MT de coproduits de transformation (sons, gluten, drèches ...) dont une majeure partie provient des céréales via la meunerie, l’amidonnerie, la production de biocarburant, la brasserie… Ces coproduits ont un rôle important dans l’équilibre économique des filières de transformation. Hors autoconsommation à la ferme, les filières porcs, volailles et œufs sont celles qui absorbent le plus de céréales dans les aliments industriels sous forme de grains (8,6 MT), tandis que les filières ruminants (vaches laitières et bovins viande) ne consomment que 0,7 MT, autant que le secteur des pet food (chiens et chats). la boulangerie industrielle en pleine croissance Source : ANMF Satisfaire la demande en céréales dans toute sa diversité.
  • 40.
    39 I ambitioncéréales 2030 Les marchés des céréales en pleine évolution Avant la réforme de la PAC de 1992, le taux d’incorporation des céréales dans l’alimentation du bétail avait chuté à 30%. La baisse des prix des céréales programmée en 1992 a permis de retrouver un taux d’incorporation approchant les 50%, avec la baisse immédiate des importations de produits de substitution des céréales. Mais depuis 2008, les volumes de céréales utilisés dans la nutrition animale ont reculé d’un million de tonnes, notamment à cause de la perte de compétitivité de l’aval des filières animales françaises dans le secteur des viandes blanches face aux filières allemandes ou espagnoles. Certe, la volaille est devenue en 2012 la deuxième viande consommée en France, derrière le porc et devant la viande bovine. Mais la France importe aujourd’hui des volailles en provenance d’Europe et le risque de voir la filière porcine française redevenir déficitaire est grand. La compétitivité française des viandes blanches se dégrade. En 10 ans, les abattages de porcs et de volailles ont régressé en France alors qu’ils augmentent en Allemagne, ou en Espagne. La compétitivité des viandes blanches françaises est entravée, mais pas par l’aliment. En production porcine, la France affiche un coût d’aliment parmi les plus bas au sein de l’Union européenne. Il est équivalent à celui des Pays- Bas, et même légèrement inférieur à celui du Danemark ainsi que de l’Allemagne. L’affaiblissement de la compétitivité française est notamment dû aux freins importants et dissuasifs de notre réglementation environnementale et des délais 11,4 82/83 20% 30% 40% 50% 60% 10% 12 0 2 4 6 8 10 84/85 86/87 88/89 90/91 92/93 94/95 96/97 98/99 00/01 02/03 04/05 06/07 08/09 10/11 12/13 Effet de la réforme de 1992 Perte de compétitivité des fillières animales : -1MT perdues 10,2 En MTTaux d’incorporation de céréales en % conforter l’utilisation de céréales en alimentation animale, un enjeu stratégique Source : FranceAgrimer
  • 41.
    ambition céréales 2030I 40 2012-2013, les exportations de blé tendre ont dépassé les 17 MT, soit plus de 6% par rapport à 2011-2012, avec de belles performances sur les pays tiers, alors que l’export sur l’Union Européenne a baissé de 5%. Sur les pays tiers, ce score de 10 MT est le deuxième niveau le plus élevé sur les 15 dernières années après les 12,9 MT réalisés en 2010- 2011, année exceptionnelle du fait de l’absence de la Russie sur ce produit sur les marchés mondiaux. Pour promouvoir les céréales et la filière céréalière françaises sur les marchés à l’export, les céréaliers français ont créé l’association France Export Céréales. Implantée à Pékin, à Casablanca, à Alger, au Caire, France Export Céréales conduit des actions de développement et de promotion dans plus de trente pays dans le monde. Dans l’UE, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni sont les principaux acheteurs de blé français. Depuis une quinzaine d’années, on assiste toutefois à une érosion de nos parts de marchés intra-communautaires, bien que la demande européenne ne fléchisse pas. Sur l’Italie par exemple, la France a perdu en dix ans 1 MT au bénéfice des nouveaux Etats-membres voisins (Hongrie, Roumanie, Bulgarie). Face à ce constat, France Export Céréales analyse de près le phénomène pour construire les outils de reconquête et de promotion à mettre en place. d’instruction de nos administrations parmi les plus longs d’Europe pour l’agrandissement ou la modernisation des porcheries et poulaillers. Le programme français de modernisation des élevages (PMBE) a été principalement réservé aux filières bovines et n’a donc pas profité aux élevages granivores qui sont de plus en plus pénalisés par des bâtiments anciens. D’ici 2020, l’enjeu pour la filière céréalière sera d’éviter la perte de 2 MT de débouché (surtout de blé) ! La clef du maintien du débouché global repose sur la capacité des filières granivores françaises à regagner en compétitivité. La filière céréalière se doit d’avoir un projet global pour relancer la consommation de céréales en viandes blanches. grâce à des réflexions régionales pour consolider les filières porcs et volailles en partenariat avec les filières végétales. Céréales compétitives et élevages compétitifs restent intimement liés. Export de grains : les marchés peuvent compter sur la France Le débouché export est le premier débouché du blé français,etilestégalement importantpourlemaïset l’orge. Il est d’autant plus précieux que c’est à nos portes, sur les rives sud de la Méditerranée, ainsi qu’en Afrique Subsaharienne, que les besoins croissent le plus vite sur le marché mondial. Depuis la campagne 2007-2008, on constate un essor prononcé des exportations de blé vers les pays tiers, alors que dans le même temps les exportations vers l’Union Européenne ont tendance à se réduire, constate François Gatel, Directeur de France Export Céréales. Une tendance qui se confirme. En L’alimentation animale 10 400> salariés 290 usines> 10 MT> de céréales 2 MT> de coproduits utilisés c’est Développer les activités consommatrices de céréales, porteuses de valeurs et d’emplois dans les territoires.
  • 42.
    41 I ambitioncéréales 2030 Les marchés des céréales en pleine évolution Les principales destinations, hors Union européenne du blé français sont : - Les pays du Maghreb, parmi lesquels l’Algérie achète chaque année à la France environ 4 MT de blé, soit presque 10% de la production française. Ces pays géographiquement proches de nous ont l’habitude de consommer un pain proche du pain français. - Les pays d’Afrique Subsaharienne comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun et la Mauritanie sont d’anciennes colonies françaises qui consomment le blé sous forme de pain français. La France y vend 2 MT soit 80% du marché. - L’Egypte, premier importateur de blé au monde et la Lybie, elles achètent des blés mais de façon moins régulière pour la fabrication de pains plats de type arabe. Jean-Pierre Langlois-Berthelot, Président de France Export Céréales le réaffirme : « le blé français sur les marchés à l’export affiche de nombreuses forces : la régularité de l’offre, l’absence de restrictions aux exports (à l’inverse de l’Argentine, de la Russie, de l’Ukraine), la proximité, l’adaptation aux pains type « français », la qualité de la protéine, la valeur meunière… La France peut aussi compter sur les performances de sa logistique céréalière pour parfois réussir à placer des quantités de céréales plus importantes sur des marchés traditionnellement tournées vers d’autres origines. » Le blé français affiche aussi quelques faiblesses : une qualité qui ne satisfait pas tous les acheteurs, tandis que les blés du nord et du sud-américains sont meilleurs en protéines et que les Russes et les Ukrainiens livrent pour le même prix, un pourcent de protéines en plus. La principale préoccupation des pays acheteurs de blé est d’avoir un maximum de vendeurs à leurs portes, prêts à leur offrir du blé de qualité. PAINS PLATS « ARABES » IRAN YEMEN EGYPTE CAMEROUN CÔTE D’IVOIRE SÉNÉGAL MAURITANIE ALGÉRIE MAROC PORTUGAL ESPAGNE ITALIE PAINS LEVÉS TYPE « FRANÇAIS » 1,8 MT 15,6 MT la france tournée vers les rives sud de la méditerranée Source : FranceAgrimer et France Export Céréales moyenne des collectes 2008 à 2013
  • 43.
    ambition céréales 2030I 42 L’industrie des produits amylacés a pour objet d’extraire l’amidon des végétaux et d’en assurer la transformation pour répondre aux besoins de nombreuses industries. « Une amidonnerie, c’est une bioraffinerie : on fait rentrer du blé, du maïs ou des pommes de terre, il en ressort de l’amidon, du glucose, de l’éthanol, des protéines, des polyols… à la fois des produits traditionnels et des produits de modernité », explique Jean-Luc Pelletier, Délégué Général de USIPA. Aujourd’hui, 3 MT d’amidon de blé et de maïs sont produites en France. On retrouve l’amidon et les produits dérivés dans des secteurs d’application très variés : - 47% sont utilisés par les industries alimentaires sous forme d’ingrédients traditionnels dans les secteurs de la boulangerie-pâtisserie, de la « Des marchés restent à conquérir : dans les pays de l’Afrique subsaharienne, le Nigéria est une destination majeure. Nous devons nous y intéresser de près pour conserver et gagner des parts de marché. Dans les pays proches du Moyen-Orient, France Export Céréales réalise par ailleurs un travail de prospection en Arabie Saoudite, Irak, Iran… Ces pays ont un potentiel à ne pas négliger, ils raisonnent sur la protéine mais également sur le gluten. Si on veut parvenir à les conquérir, il faudra nécessairement améliorer notre teneur en protéines. » Jean-Pierre Langlois-Berthelot, Président de France Export Céréales “ ” Quand vous interrogez un Algérien, un Marocain ou un Egyptien, ils répondent : « Vous, Français, produisez plus ! Ajustez aussi vos prix ! Et relayez, auprès de votre puissance publique, nos besoins en qualité ! » confiserie, des boissons, des desserts et plat préparés, des aliments pour bébés… Les produits à base d’amidon servent soit de liant, soit de produit sucrant. - 53% rentrent dans la fabrication de produits industriels comme le papier et le carton (c’est le plus grand débouché), des produits pour la santé, des produits de fermentation (vitamines, antibiotiques, acides organiques…), les cosmétiques, les adhésifs, le textile, les matériaux de construction, les détergents… Le débouché amidonnier représente en France presque 20% des utilisations intérieures de blé et 30% des utilisations intérieures de maïs. Une amidonnerie de céréales utilise au moins 1300 T par jour ce qui correspond à un train complet. Avec 5,2 MT de blé et de maïs mises en œuvre, l’amidonnerie est aujourd’hui la troisième industrie céréalière en France après l’alimentation animale et la meunerie. Amidonnerie : une filière pleine d’avenir
  • 44.
    43 I ambitioncéréales 2030 Les marchés des céréales en pleine évolution 3,2 92/93 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 93/94 94/95 95/96 96/97 97/98 98/99 99/00 00/01 01/02 02/03 03/04 04/05 05/06 06/07 07/08 Source : Unigrains d’après Usipo 1,3 3,5 3,0 08/09 09/10 10/11 Blé Maïs 1,6 Pomme de terre En MT d’amidon Total la production d’amidon à base de blé en france progresse Source : Unigrains d’après USIPA L’ amidonnerie en France, c’est 3 MT plus de 2,5 > > de blé utilisés Md€ de CA plus de 5000>emplois directs Demain, la croissance du secteur sera étroitement liée au devenir de la chimie du végétal et de la recherche et développement dans les domaines nutrition et santé. Après avoir doublé depuis les années 1990, la production de l’amidonnerie française pourrait encore doubler. Les amidonniers sont associés aux réflexions engagées à la suite du lancement du Plan industriel « Chimie verte/Biocarburants » et au rapport Lauvergeon de la commission 2030 innovations. Le soutien à l’innovation dans le domaine des protéines végétales et de la Chimie du Végétal est jugé, par ce rapport, comme déterminant. Une des clés des futures innovations repose en premier sur les « biotechnologies, notamment sur les débouchés de l’amidon. »
  • 45.
    ambition céréales 2030I 44 Biocarburants:laFrance,premier pays producteur européen Le bioéthanol, produit par fermentation biologique de sucres issus des céréales, betteraves ou cannes à sucre est le biocarburant le plus utilisé au monde. En France, 1,7 MT de blé sont transformées en bioéthanol. Les céréales contribuent ainsi à réduire les déficits énergétique et protéique. La France s’est engagée il y a quelques années dans un programme important de développement : près d’un milliard d’euros a été investi par les agriculteurs et les industriels pour développer les capacités existantes et construire cinq usines de production de bioéthanol de taille mondiale, dont la capacité totale de production s’élève à 14 millions d’hectolitres. Avec 11,5 millions d’hectolitres produits en 2012, la France réalise plus du quart de la production européenne et elle est le premier producteur européen de bioéthanol. Pour autant, à l’échelle européenne, l’utilisation de céréales pour la fabrication de bioéthanol ne représente que 3% des débouchés totaux contre 40% des débouchés du maïs aux États-Unis. La filière française travaille activement à l’amélioration des performances du bioéthanol et à l’émergence de la seconde génération. L’expérience industrielle acquise par la première génération servira à la mise en place de cette seconde génération dans quelques années. La marche en avant de la filière pourrait cependant être entravée par les incertitudes de l’UE quant à ses objectifs d’incorporation de biocarburants et quant aux normes environnementales auxquels ceux-ci doivent satisfaire. L’évolution de la fiscalité française sur les biocarburants est elle aussi une hypothèque à lever. 2,5m3 d’éthanol 4T de paille 2,7T de drèches de 28% de protéines 1 hectare de blé (à 7,2T/ha) Le bioéthanol en France, c’est 8900 1,7 MT > > emplois directs et indirects de blé transformés 600 M€>de CA Investir dans la Chimie du Végétal et les Energies Renouvelables.
  • 46.
    45 I ambitioncéréales 2030 Les marchés des céréales en pleine évolution Chimie du végétal : la révolution est en route Le Président de la République a évoqué le sujet lors de ses vœux aux Français : « La France a tous les atouts pour réussir. Nous sommes un pays d’invention, d’innovation, de création, dans tous les domaines… ». Et de citer, parmi ces atouts : « l’agriculture, avec la chimie verte. » En octobre 2013, la Chimie du Végétal fait partie des « sept ambitions pour l’innovation », retenues par la Commission présidée par Anne Lauvergeon. Dans le prolongement de l’amidonnerie, la Chimie du Végétal désigne une chimie qui utilise les végétaux comme matière première. Elle permet de remplacer le carbone fossile par du carbone végétal, qui possède les mêmes propriétés que le carbone du pétrole. On parle de produits biosourcés pour signifier que la matière première utilisée pour leur production est la biomasse. Stocké dans les grains de céréales, l’amidon est la voie royale de la chimie du végétal, car il dispose de multiples propriétés. Le marché mondial de la Chimie du Végétal est en progression constante et est estimé à 300 milliards d’euros en 2015. La France présente des atouts significatifs. La recherche scientifique y est de qualité avec des organismes appliqués (ARD, Toulouse White Biotechnology). Plusieurs industriels sont investis sur le sujet (Roquette, Tereos, Proteus, Metabolic Explorer, Deinove, Global Bioénergie, Fermentalg, Solvay, etc.), dont quatre groupes parmi les cinquante plus grands acteurs mondiaux. En sus de ces atouts industriels, la France bénéficie de la présence d’agro-industries fortes. «… avec 69 Md€ de facture énergétique en 2012 et de tensions probables sur ces ressources dans les prochaines décennies, les biotechnologies blanches* ou industrielles sont une solution positive à même de diminuer notre dépendance énergétique et de trouver des matières premières durables. L’enjeu est ainsi de s’affranchir partiellement des ressources fossiles sans créer de tension forte sur l’usage alimentaire… En France, la chimie du végétal pourrait permettre de créer 35 à 45 000 emplois et permettre 1,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires à l’export. La chimie du végétal présente également de vastes perspectives de marchés applicatifs comme dans la santé, les éco-industries, l’énergie, les biopolymères... à partir de différentes sources de biomasse. » Anne Lauvergeon, Présidente de la Commission innovation 2030 Dans un contexte de dépendance aux hydrocarbures... “ ” * Les biotechnologies blanches visent à la transformation de matériaux grâce à des agents biologiques (ferments ou enzymes).
  • 47.
    ambition céréales 2030I 46 Unigrains, établissement financier des céréaliers, se positionne sur la chimie du végétal à travers différentes actions : investissements financiers en direct (Vegeplast, BioAmber, Moret industries), appuis financiers de plate-forme de recherche et pôle de compétitivité (ARD-CRD, Improve, Biogemma, Procéthol-2G (projet Futurol), investissements au travers de fonds d’amorçage et de capital risque… Même si, aujourd’hui, il est prématuré d’évaluer le potentiel des volumes de matières végétales « Le challenge est économique mais également réglementaire, plutôt que technologique puisque ce sont des technologies globalement accessibles. La chimie du végétal utilise environ 30 MT de cultures soit 6 millions d’hectares, c’est-à-dire moins de 0,5% de la totalité des terres arables. Il y a donc des potentiels pour utiliser plus de matière végétale pour la Chimie du Végétal. » Marc Roquette, Groupe Roquette Frères “ ” La chimie du végétal a comme vocation de substituer partiellement la chimie du pétrole… le mouvement est parti… nécessaires pour cette nouvelle voie industrielle, la disponibilité d’une ressource végétale compétitive est un enjeu majeur de son développement. C’est un défi à relever pour les producteurs agricoles et l’industrie de la première transformation. La chimie du végétal sera sans aucun doute une des révolutions industrielles, technologiques et scientifiques du XXIe siècle. Elle ne pourra pas se faire sans l’agriculture et en particulier sans la filière céréalière. De réelles et belles perspectives pour accroître l’ingénierie de l’innovation, la valeur ajoutée et les emplois sur les territoires ruraux…
  • 48.
    47 I ambitioncéréales 2030 Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir Concilier productivité des sols et des plantes, qualité sanitaire et technologique et en même temps empreinte écologique minimum est un véritable challenge que les céréaliers français ont choisi de relever. Produire plus, Produire mieux est leur mot d’ordre. Pour cela, ils sont à la recherche permanente de la bioperformance, un savant équilibre entre performances écologiques, économiques et productivité de la terre.
  • 49.
  • 50.
    49 I ambitioncéréales 2030 Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir A ux yeux du grand public, les champs de blé, d’orge, de colza, de tournesol, de betteraves, de pommes de terre appartiennent presque naturellement au paysage. Boire une bière ou mangerdupain,unhamburger,unsandwich,des biscuits,despâtes,descéréalesaupetitdéjeuner est aussi devenu tout à fait banal. Les français reconnaissent la qualité et la sécurité des produits alimentaires. Habitué à trouver au quotidien tous ces produits sans aucune difficulté, le consommateur ne peut imaginer qu’il y a 70 ans, au sortir de la 2ème guerre mondiale, on pouvait lire sur un panneau : « plus de pain cette semaine pour cause de mauvaise récolte de blé. » Derrière ces produits alimentaires si facilement accessibles et ces paysages si entretenus se trouvent des hommes et des savoir- faire, du champ à l’assiette. En tête de la chaîne : l’agriculteur, le producteur de matière première agricole, gère un système complexe de plusieurs cultures sur l’ensemble des parcelles de son exploitation, voire aussi des productions animales, des légumes, de l’arboriculture… Produire du blé n’est pas un acte commun. On oublie trop souvent que les plantes appartiennent au monde du vivant soumis aux aléas du climat. Aujourd’hui, l’agriculteur moderne est capable d’apprivoiser, sauf circonstances exceptionnelles, ce qui par définition est instable, performance permise par le développement des compétences. Les agriculteurs français sont parmi les plus formés au monde. Actuellement75%desagriculteursdemoinsde40anspossèdent le baccalauréat et 34% sont diplômés de l’enseignement supérieur. Sur les exploitations spécialisées grandes cultures, ce taux atteint même 53%. La bioperformance, un défi ! L’accès du plus grand nombre à l’innovation et au progrès est la voie pour y parvenir. C’est bien le contraire du retour en arrière ou de l’obscurantisme vers lequel d’aucuns veulent La France doit faire confiance au monde agricole, et avant tout à des agriculteurs responsables, des chercheurs et des transformateurs qui contribuent au dynamisme économique et social de nosterritoiresdanslerespectdeséquilibresécologiques. “ ” pousser l’agriculture française en proposant de réduire la nourriture et la protection des plantes, au risque de produire moins de céréales et d’obtenir des qualités inadaptées aux marchés ou présentant des risques pour la santé du consommateur. Les céréaliers français veulent proposer des solutions pour réduire les impacts de leurs pratiques tout en répondant à la croissance des marchés. L’agriculteur au cœur des équilibres du vivant L’agriculteur travaille avec la nature en faisant appel à de nombreuses compétences. D’abord agronome, il doit connaître les notions de physique, de chimie et de biologie que pose la pratique de la production. L’univers du métier est complexe, couvrant beaucoup de domaines, hautement scientifiques ou techniques. On peut citer Michel Godet, économiste et professeur au CNAM.
  • 51.
    ambition céréales 2030I 50 En France, un hectare nourrit 24 personnes sans dégrader le potentiel agronomique, soit près de 5 fois plus que dans le reste du monde. “ ” « Un milieu ouvert est plus favorable au développement de la biodiversité qu’un milieu fermé. Ce n’est pas dans les ronces, friches ou forêts qu’il y a le plus de biodiversité. En Eure-et- Loir,lazonedeprotectionspécialeBeauceetVallée de la Conie en est la preuve. Désigné au titre de la Directive « Oiseaux » (17 espèces dont la grande majorité y niche), ce site de 71753 hectares est le plus grand site Natura 2000 du département, et l’un des plus grands au niveau régional (62 communes concernées). Les terres arables représentent 80% de la superficie, et l’intérêt principal de la zone est la reproduction des espèces caractéristiques de l’avifaune de plaine céréalière. » Eric Thirouin Biodiversité : un patrimoine naturel riche en zone céréalière. “ ” la génétique, la biologie végétale, la connaissance des sols, la protection des plantes, la fertilisation, la météorologie… Aujourd’hui, d’importantes innovations technologiques sont en cours comme l’agriculture de précision, les technologies de l’information ou les biotechnologies. L’agriculteur est un cultivateur, qui travaille le sol, sème, désherbe, et protège ses cultures et récolte. Il est à l’interface des équilibres du vivant. Chacune de ses interventions est justifiée et inscrite dans un calendrier cultural précis et réfléchi. Avant d’intervenir, le cultivateur réalise un diagnostic précis de la situation, à partir d’observations faites sur le terrain. Il dispose de conseils et d’outils d’aides à la décision qui font appel à de multiples références agronomiques et climatologiques, mis à sa disposition par les instituts techniques comme ARVALIS - Institut du végétal et Météo France. Peu connu du grand public, ce type de pratiques permet de soigner et de nourrir les plantes avec précision et de répondre au soucis de la qualité des récoltes ainsi qu’à la préoccuption de la préservation de l’environnement. Des travaux scientifiques montrent, contrairement aux idées reçues, que dans les champs à forte productivité, on peut trouver une très grande biodiversité. Philippe Dubief-Bechet Réduire l’ empreinte sur l’ environnement par la diffusion à grande échelle de technologies innovantes.
  • 52.
    51 I ambitioncéréales 2030 Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir Le progrès génétique en blé, une priorité stratégique mondiale La demande mondiale en blé devra augmenter de 60% d’ici 2050. Ainsi, tous les pays producteurs partagentunbesoinimmédiatd’accélérerleprogrès génétique du blé pour améliorer les rendements, l’efficacité d’utilisation de l’eau et des nutriments, L’objectif principal de la Wheat Initiative est de coordonner les recherches sur le blé au niveau mondial pour que, grâce à un élan international, les progrès nécessaires pour augmenter la production, la qualité et la durabilité du blé soient atteints. “ ”Hélène Lucas, coordinatrice scientifique internationale de la Wheat Iniative l’adaptation aux stress biotique et abiotique, tout en assurant une production sûre et de qualité. Pour répondre à ce défi, les organismes de recherche et de financement de plusieurs pays ont proposé la création de la Wheat Initiative qui a été soutenue par les ministres de l’Agriculture réunis au G20 en 2011 et intégrée dans leur plan d’action. Aujourd’hui, la Wheat Initiative engage un certain nombre d’actions de recherche concrètes, comme la mise en place d’un système d’information avec un point d’entrée unique dans laquelle les biologistes et les sélectionneurs auront accès à l’ensemble des données relatives au blé. Une autre action vise l’obtention d’une séquence de haute qualité de l’ensemble du génome du blé. Ces efforts de séquençage engagés depuis plusieurs années par un consortium international ont été accélérés et permettront de réaliser des progrès considérables et plus rapides pour la création de nouvelles variétés. 1erproducteur européen de semences 1er 50 291000hectares cultivés 600000tonnes de semences de céréales certifiées 30en blé 15en orge 5en blé dur > > > nouvelles variétés de céréales par an : exportateur mondial La filière semences, c’est le fleuron de l’économie française
  • 53.
    ambition céréales 2030I 52 une ambition : redynamiser le progrès génétique 1980 40 50 60 70 80 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 Source : Agreste 100 90 2012 2014 Rendement (Q/ha) +1 q/ha/an -18q en 18 ans Rendement national Blé tendre 71,5 q/ha/an depuis 1995 2030 2028 2026 2024 2022 2020 2016 2018 Outre les gains de productivité et l’amélioration de la résistance des variétés aux maladies, la sélection a porté ces dernières années en grande partie sur l’amélioration des qualités des céréales : comme leurs aptitudes à subir des étapes de transformation. à titre d’exemple, l’offre de blés meuniers est passée de 50% en 1995, à 80% aujourd’hui, ce qui permet aux boulangers de disposer de farines plus simples à travailler. Les semenciers se sont attachés à la sélection de variétés de blé dur dont le gluten présente les qualités requises pour la fabrication de pâtes ne collant plus à la cuisson. Ils ont également travaillé l’aptitude de l’orge destinée à la malterie à partir de plusieurs critères, tels que la teneur en enzymes, la concentration en sucres, la proportion des différents types d’amidon. Pour l’avenir, les efforts pour retrouver une dynamique de rendement positive, sans concession sur la qualité sanitaire, technologique ou la composition notamment en termes de protéines ont été remises en avant par les producteurs français. Ils ont choisi de soutenir activement les efforts de sélection par l’intermédiaire d’une CVO prélevée sur la collecte de céréales, sans pénaliser les utilisateurs de semences de ferme, tout en s’impliquant dans l’orientation des axes de sélection. Source : Agreste Accélérer le progrès génétique pour des céréales résistantes, sobres, productives et riches en protéines.
  • 54.
    53 I ambitioncéréales 2030 Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir Comment la recherche peut-elle contribuer à retrouver une croissance de rendement dans les exploitations céréalières ? La précocité, le rendement, à la différence de la résistance aux maladies, sont des caractères phénotypiques, gouvernés par des systèmes génétiques très complexes. Il n’y a pas un gène du rendement. Dans le cadre du projet BreedWheat conduit depuis 2011 par les sélectionneurs français avec l’INRA, nous allons mieux comprendre le fonctionnement du génome et être capable d’exploiter cette fameuse interaction entre le génotype, l’environnement et la conduite des cultures. Le blé tendre possède un des génomes les plus complexes du règne végétal et c’est une espèce d’hiver à cycle long avec des risques liés à ce qui se passe à l’automne, en hiver et à la sortie de l’hiver... L’amélioration variétale a connu une véritable révolution au cours des dernières décennies, avec l’introduction de la sélection assistée par marqueurs qui ouvrent la voie à une sélection assistée, plus précise, plus efficace et plus rapide qu’une simple sélection phénotypique. Demain avec la connaissance du génome - et c’est l’enjeu du programme mondial de génétique du blé - on peut imaginer exploiter une variabilité génétique beaucoup plus large, en prenant du matériel en provenance de tous les continents où est cultivé le blé… Grâce au génotypage et phénotypage, on va être capable, par la sélection assistée par marqueurs, de mieux exploiter la biodiversité des ressources génétiques. On a les moyens de générer du gain de rendement dans l’optique de produire plus et mieux. Que peut apporter le levier génétique vis-à-vis de l’efficacité de l’azote ? Deux pistes de recherche sont communes à toutes les espèces végétales au niveau mondial et envisageables à travers le couplage génotypage et phénotypage pour l’efficacité de l’azote et l’efficacité de l’eau. Ces deux caractéristiques sont gouvernées par des systèmes extrêmement complexes connus chez certaines espèces. Une des voies majeures pour obtenir ce résultat, c’est la transgénèse, et, peut-être demain, des nouvelles techniques de sélection avec la mutagénèse. Le champ du possible offert par les biotechnologies donne des perspectives y compris sur ces caractéristiques agronomiques complexes… Connaissance du génome, sélection assistée par marqueurs et biotechnologies sont les clés du gain de rendement de demain. “ ”
  • 55.
    ambition céréales 2030I 54 Nos projets concernant le stress hydrique et la valorisation de l’azote devraient aboutir à échéance 2022-2024. C’est une piste d’avenir très prometteuse à condition qu’elle ne soit pas bloquée par voie réglementaire, sous la pression de tous les opposants aux biotechnologies, au progrès scientifique… Un vaste débat politique ! Florimond Desprez a créé une société en Argentine avec un partenaire (Bioceres). On ambitionne de lancer en 2016-2017, le premier blé OGM résistant au stress hydrique. Cette variété de blé apporte 10 à 15% de plus que les variétés traditionnelles en présence de stress hydrique. François Desprez, société Florimond Desprez Accélérer le progrès génétique pour des céréales résistantes, sobres, productives et riches en protéines. Il faut se servir de tout ce que l’innovation peut nous apporter pour réduire les impacts sur l’environnement et non pas réglementer arbitrairement de la même façon du Nord au Sud. “ ”Rémi Haquin
  • 56.
    55 I ambitioncéréales 2030 Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir -30%d’usage de produits phytosanitaires en 10 ans -70%d’apports d’engrais phosphatés et potassiques en 20 ans 400 000 km -15%d’ apports d’ azote minéral en 20 ans -9% 250 000agriculteurs recyclant leurs emballages de bandes enherbées plantées le long des cours d’eau en émission de gaz à effet de serre en 20 ans Une dynamique de progrès continue pour réduire l’empreinte environnementale Les agriculteurs ajustent leurs pratiques selon les potentiels de rendement : il s’agit de mettre la bonne dose au bon moment et au bon endroit, pratiques favorisées par l’emploi d’outils d’aide à la décision (OAD). Les apports d’azote sont de plus en plus maîtrisés dans de nombreuses régions. Leurs techniques culturales ont beaucoup évolué depuis une vingtaine d’années : 40% des blés sont semés sans labour, et 4% en semis direct. Les céréaliers ont toujours misé sur le progrès. à l’occasion du dernier Salon de l’Agriculture à Paris, les médias ont fait la part belle à la modernité de l’agriculture : « La science-fiction débarque dans les exploitations » ; « Plus précis que le satellite, le drone peut surveiller la croissance du végétal et mieux doser l’engrais » ; « Drones, tracteurs autoguidés, satellites,quandlesnouvellestechnologiesenvahissent les campagnes. » Parmi les progrès les plus rapides du monde agricole, l’informatisation et l’utilisation des nouvelles technologies peuvent être citées avec aujourd’hui près de 80% des exploitations professionnelles connectées à internet ou utilisant des outils d’aide à la décision, principalement en fertilisation et en lutte contre les maladies. Deux millions d’hectares de blé sont fertilisés à partir d’un OAD informatisé.
  • 57.
    ambition céréales 2030I 56 2007 20102003 2005 2008 2009 50 100 150 200 250 300 350 400 2011 Exploitations professionnelles 367 292 Exploitations professionnelles utilisant Internet En milliers 20% 80% 80% des exploitations connectées Source : TIC AGRI 2011 « Si on y ajoute les systèmes de géolocalisation, l’implantation de bandes enherbées et couverts végétaux et l’amélioration de l’efficience des intrants, depuis 10 ans on mobilise la technologie au service de l’optimisation des systèmes de production », explique Jacques Mathieu, Directeur d’Arvalis - Institut du végétal. « Cette orientation a permis de maintenir des performances techniques tout en assurant une meilleure gestion de l’environnement. Mais des progrès sont encore possibles. »
  • 58.
    57 I ambitioncéréales 2030 Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir La prochaine révolution que va connaître l’agriculture sera à l’image de ce qui se passe dans la médecine et en particulier dans la chirurgie : les cultures seront pilotées avec une très grande précision... Elles seront surveillées plus finement à l’aide de robots (capteurs, satellites, drones) et de modèles d’interprétation. Le machinisme sera encore plus intelligent. Les progrès de la génétique et de la biotechnologie, le développement du biocontrôle et de la valorisation des auxiliaires contre les ravageurs, la recherche de systèmes innovants (couverts, diversification des sources d’azote, paysage en mosaïque…) constituent un bouquet de solutions pour travailler dans le respect de l’environnement. L’accroissement de la productivité passera par le progrès génétique (biotechnologies), par une maîtrise des aléas climatiques (prévisions météorologiques à plus long terme et à la parcelle, progrès en écophysiologie appliquée), par une maîtrise de l’eau ou par une amélioration du fonctionnement du sol. Pour Jacques Mathieu, en complément de l’amélioration des techniques d’aujourd’hui, deux axes d’innovations se dégagent : « le premier axe concerne les régulations biologiques (biologie des sols, biocontrôle, valorisation des auxiliaires…), en combinaison avec les solutions classiques offertes par la chimie. Il s’agit de maximiser les régulations naturelles au profit d’une agriculture performante ; le second est celui des technologies de la communication, ces nouvelles technologies au service de l’agronomie (capteurs, robots, satellites, drones, smartphone…) vont prendre une part de plus en plus importante pour améliorer l’acte de production. » Ces systèmes innovants et toutes ces évolutions tendent à assurer à la fois une croissance de rendement, une contribution positive de la céréaliculture aux enjeux environnementaux et une efficacité porteuse économique de croissance et d’emploi par démultiplication. Une révolution en marche, à l’image de ce qui se passe dans la médecine
  • 59.
    ambition céréales 2030I 58 Sur quels leviers s’appuyer pour gagner 0,5 quintal par hectare et par an ? Les experts sont unanimes sur la question. Deux leviers doivent permettre à la production française de blé de renouer avec une croissance de rendement : la génétique et une meilleure efficience des intrants. « Un des facteurs limitants majeurs est la nutrition azotée. Nous devons trouver des solutions pour gommer certaines sources d’inefficacité. Par exemple, disposer de formulations physiques d’engrais azotés plus efficaces, afin d’éviter les pertes par volatilisation, en cas de conditions climatiques trop pénalisantes. Dans le contexte réglementaire actuel qui limite les quantités à épandre, c’est surtout un mode d’emploi plus élaboré en terme d’ajustement pour viser les bonnes fenêtres climatiques qui va garantir cette bonne efficacité. D’où l’importance des prévisions météorologiques. » Du côté du levier génétique, il importe de rechercher des variétés capables de supporter des périodes de sous-alimentation azotée et de privilégier les périodes d’apport pendant lesquelles l’engrais azoté a le maximum d’efficacité. Il s’agit de pouvoir disposer de variétés susceptibles d’encaisser les défauts d’alimentation azotée les plus précoces. Ces variétés permettent de privilégier des rythmes d’alimentation azotée avec des absorptions tardives qui ne pénaliseront pas les rendements et permettront d’avoir un meilleur taux de protéines. Le changement climatique risque d’accélérer la présence de maladies, de ravageurs ou de stress liés à une alimentation plus difficile en eau, voire à des coups de chaleur plus fréquents. Là aussi, la génétique peut être source de solution pour faire face à ces enjeux avec des variétés plus tolérantes à ces phénomènes. Nous croyons d’autant plus au levier de la génétique que des outils nous permettent maintenant d’avoir une meilleure compréhension des caractéristiques des variétés utilisées par les agriculteurs, avant même leur période d’inscription. Ce qui permet d’orienter les choix de sélection vers des variétés moins sensibles aux maladies ou qui valorisent mieux une même quantité d’azote absorbée, donc plus efficientes à la fois pour absorber l’azote mais aussi pour le transformer en rendement et en qualité. » François Laurent, Responsable du service Agronomie d’Arvalis - Institut du végétal Croissance de rendement : génétique et meilleure efficience des intrants.“ ”
  • 60.
    59 I ambitioncéréales 2030 Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir L’idée de compter sur des processus de régulation naturelle, comme des antagonistes ou compétiteurs de bioagresseurs, maladies ou ravageurs, naturellement présents dans les écosystèmes, suscite un intérêt et des investissements croissants. Jusqu’à maintenant, l’opportunité de les activer ne s’était pas imposée du fait des solutions existantes, efficaces et rentables liées notamment à la chimie. Le nouveau contexte rend plus difficile l’accès à ces solutions, ce qui pousse à explorer ces processus de régulation naturelle, en complément des solutions classiques au profit d’une agriculture durable. Dans la sphère végétale aérienne, il est possible d’activer des compétitions de régulation, via des auxiliaires de culture capables de lutter contre les ravageurs, mais les solutions sont encore balbutiantes en céréales à paille. Une meilleure maîtrise de la structure des peuplements cultivés fait aussi partie des pistes explorées : on regarde si les cultures, avec des ports de feuilles plus ou moins dressés, étalés, couvrant mieux, peuvent concurrencer les mauvaises herbes (adventices). Ainsi, on peut s’orienter, par le choix de la génétique, vers des variétés plus compétitrices vis-à-vis des adventices ou vers des ports plus ou moins différenciés pour freiner la propagation d’un certain nombre de maladies… Une autre piste est de s’appuyer sur certaines régulations biologiques présentes au niveau de l’activité des micro-organismes et de la macrofaune du sol (vers de terre, carabes, champignons…). On peut orienter l’activité des micro-organismes du sol, qui est en forte interaction avec l’activité racinaire des céréales, à l’aide de couverts végétaux (soit avec les céréales, soit entre deux cultures). Des expérimentations conduites par Arvalis-Institut du végétal, montrent que des couverts auraient une efficacité contre un certain nombre de pathogènes transmis par le sol. Par exemple, les moutardes brunes peuvent avoir un effet vis-à-vis de maladies, voire également d’adventices. Ceci signifie que des plantes sont capables d’émettre naturellement dans leur environnement racinaire un certain nombre de produits organiques capables de contrarier la multiplication, la propagation de maladies, voire de mauvaises herbes… Maximiser les régulations naturelles… au profit d’une agriculture bioperformante
  • 61.
    ambition céréales 2030I 60 Pour répondre à la croissance des marchés mondiaux, les céréaliers français affichent l’ambition de produire plus et de produire mieux. Est-ce une piste envisageable ? L’agroécologie doit répondre au double enjeu d’assurer la performance agronomique et environnementale des systèmes de culture. Il s’agit d’un challenge important pour lequel des recherches actives sont réalisées à l’INRA et en particulier au sein de l’UMR Agroécologie à Dijon. L’agriculture doit en effet nécessairement assurer une production de qualité en quantité suffisante tout préservant les ressources (sols, eau, énergie fossile,…) et en limitant l’utilisation d’intrants. Ce défi nécessite la mise en œuvre de systèmes agricoles innovants préservant et valorisant la biodiversité ainsi que les régulations biotiques, et délivrant les services environnementaux attendus (stockage de carbone dans les sols, biofiltration de l’eau, limitation de l’émission de gaz effet de serre,…). Ces challenges reposent sur un changement de paradigme et une réconciliation de l’agriculture et de l’écologie. Comment opérer un tel changement de paradigme ? Ce changement de paradigme consiste à adapter la culture à l’environnement plutôt que l’environnement à la culture, en tirant en particulier au mieux parti des ressources biotiques et abiotiques des sols. Les sols sont des environnements vivants comportant une biomasse considérable constituée d’une fantastique diversité d’organismes qui assurent le fonctionnement biologique des sols. Ce fonctionnement impacte directement la fertilité des sols mais de façon plus générale contribue à la fourniture de services environnementaux. Les microorganismes du sol participent directement aux cycles géochimiques tels que ceux du carbone et de l’azote. Ainsi, la minéralisation de la matière organique et la fixation biologique de l’azote atmosphérique par les légumineuses contribuent significativement à la nutrition des plantes. La microflore du sol impacte également la santé des plantes avec la présence de populations microbiennes antagonistes à l’encontre d’organismes phytopathogènes et avec celle de populations stimulant les réactions de défense des plantes. De façon générale, la biodiversité microbienne des sols contribue à la productivité et également à la stabilité de l’agroécosystème qui représente un enjeu majeur dans le contexte des changements globaux, en particulier climatiques. Tirer mieux parti des interactions biotiques dans les sols.“ ”
  • 62.
    61 I ambitioncéréales 2030 Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir Quel est l’enjeu concret de vos recherches sur la biologie des sols ? Dans ce contexte, l’enjeu des recherches sur la biologie des sols appliquée à l’agroécologie est de proposer des méthodes de diagnostic de la qualité biologique des sols ainsi que des stratégies d’action au regard de ce diagnostic (aide à la décision). Des méthodes standardisées d’analyses ainsi que des référentiels d’interprétation des résultats de ces analyses sont développés. Ces référentiels tiennent compte des types de sols, de climat et de mode d’usage des sols. Les recherches sont en cours pour évaluer l’impact des systèmes agricoles sur la biologie du sol et leurs conséquences sur la production agricole et les services environnementaux. Une piste de recherche majeure est l’analyse des interactions plantes-microorganismes afin d’identifier des génotypes végétaux et des associations végétales, dans l’espace et le temps (rotation), qui valorisent les ressources (biotiques et abiotiques) des sols et promeuvent la biodiversité et les interactions bénéfiques. L’importance des recherches et des applications attendues, relatives au diagnostic et au conseil, a clairement été identifiée par la Commission Européenne, dans le cadre de la réflexion en cours sur la construction d’une politique européenne de gestion des sols. Est-il envisageable de modifier le fonctionnement du sol ? Des recherches sont en cours pour évaluer l’impact de différentes pratiques agricoles (travail ou non du sol, rotations, associations culturales, gestion des résidus de culture,…) sur la biologie et le fonctionnement du sol. Elles visent à intégrer, dans le processus même de conception de systèmes de cultures, l’effet de ces systèmes sur la biologie du sol afin de promouvoir les populations et activités microbiennes favorables à la croissance et à la santé des plantes, et de façon plus générale aux services environnementaux attendus. Ainsi la culture de légumineuses et leur introduction dans la rotation et les associations végétales doivent avoir un place centrale dans la conception des systèmes agricoles afin de promouvoir l’entrée d’azote dans les sols via la fixation biologique. Un des challenges important est la gestion des antagonismes possibles entre services ; la minéralisation de la matière organique est favorable à la croissance des plantes via la libération d’éléments nutritifs, par contre le déstockage de carbone affecte négativement les propriétés physico-chimiques des sols et la teneur en CO2 de l’atmosphère. Il s’agit donc d’identifier des pratiques agricoles qui permettent d’optimiser la correspondance entre besoins nutritionnels des plantes au cours de leurs cycles de développement et minéralisation, afin d’éviter les émissions trop importante de CO2 et les gaspillages d’éléments nutritifs soumis au lessivage, tout en assurant une nutrition optimale des plantes. De façon générale, la conception de systèmes agricoles doit prendre en compte l’influence des pratiques sur les activités microbiennes du sol. Philippe Lemanceau, Directeur de l’Unité Mixte de Recherches Agroécologie, INRA de Dijon
  • 63.
    ambition céréales 2030I 62 Demain, une agriculture encore plus précise La technologie utilisée aujourd’hui dans le machinisme agricole se met au service d’un véritable management des exploitations et des cultures. Il y a une vision novatrice dont l’impact se mesure autant en termes de développement durable que de performance et de rendements. Demain, le céréalier aura à gérer une masse d’informations et à anticiper encore plus ses interventions… En s’installant aux commandes d’une machine agricole moderne, on peut entrevoir ce qu’est réellement devenue l’agriculture. Si volant, manettes de commandes et pédales sont toujours là, le véritable outil de pilotage se situe sur le tableau de bord doté d’une console informatique à écran tactile, tout comme les GPS dans les automobiles. Grâce à ce terminal embarqué, l’agriculteur est relié à un puissant logiciel qui lui dispense en temps réel informations et conseils afin d’optimiser la gestion de la parcelle au centimètre près. Un système de guidage automatique par satellite peut même dispenser le chauffeur de surveiller sa trajectoire pour se concentrer sur l’optimisation de l’intervention. Le drone civil est un autre outil particulièrement adapté au survol à basse altitude des cultures agricoles, plus efficace que les satellites en cas de couverture nuageuse. Rapide à mettre en œuvre à n’importe quelle saison, il survole toute surface agricole en s’affranchissant des problématiques de nébulosité. Ses capteurs optiques et infrarouges évaluent l’état du couvert végétal et en mesurent la croissance. Il s’avère particulièrement utile dans le traitement des « plantes adventices » (mauvaises herbes), en permettant d’identifier la zone à circonscrire pour le traitement. Ces technologies rendent possible le principe de l’agriculture de précision qui consiste à mettre en œuvre les moyens strictement nécessaires et suffisants quant à la fertilisation et à la protection des plantes, pour valoriser au maximum le potentiel des parcelles tout en améliorant le bilan environnemental des cultures.
  • 64.
    63 I ambitioncéréales 2030 Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir Comment la recherche peut-elle contribuer à retrouver une croissance de rendement dans les exploitations céréalières ? L’agronomie et le machinisme agricole sont des sources importantes d’innovation. Capteurs de mesure des flux, positions GPS, électronique embarquée pour automatiser les process, modulation intra-parcellaire… Le machinisme offre des leviers à l’exploitation agricole pour s’adapter aux nouvelles donnes économiques et environnementales. « En 20 ans, sur les machines que les agriculteurs utilisent et que nous construisons, nous avons réduit d’un facteur 100 les émissions polluantes, ce qui représente des milliards de dollars d’investissement en recherche de la part des motoristes », explique Etienne Vicariot, « Aujourd’hui, les tracteurs polluent cent fois moins qu’il y a vingt ans, tout en conservant leurs caractéristiques de puissance, de couple et de consommation. » John Deere a conduit une enquête auprès de 3500 utilisateurs de l’Europe de l’ouest et centrale pour mieux connaître leurs attentes. En termes de disponibilité, ils veulent une facilité de mise en œuvre et d’entretien de la machine, une machine fiable (qui ne tombe pas en panne !). Concernant la performance, parmi les premiers critères figurent le nombre d’hectares travaillé par heure et la qualité du travail ; sont également mis en exergue les bénéfices apportés par les automatismes, par exemple l’aide à la conduite (smartphone, GPS…) pour travailler de manière plus sereine, moins fatigante et plus efficace. Dernier point, le coût d’utilisation, les agriculteurs veulent des machines qui consomment moins de carburant, avec des coûts de maintenance les moins élevés possibles, et enfin des machines intelligentes équipées de dispositif comme le guidage automatique qui évite les recouvrements et génère donc des économies d’intrants et de carburant… Deux grandes innovations ont marqué ces mille dernières années, souligne Etienne Vicariot : la boussole et le système de géolocalisation par satellite GPS (ou Global Positioning System). C’est le GPS qui a fait naître la notion d’agriculture de précision. Selon lui, l’utilisation des premiers GPS sur le machinisme agricole date de 1995. Ils étaient déjà destinés à établir des cartographies de rendement, en vue de la modulation intra-parcellaire. Ensuite le guidage manuel, puis automatique, est apparu, on a perfectionné les buses, rendu compatibles les systèmes entre les marques… ainsi l’agriculture de précision est devenue la vraie solution pour diminuer l’empreinte environnementale. Du GPS au pilotage intégral du système.“ ”
  • 65.
    ambition céréales 2030I 64 Comment la société John Deere envisage-t-elle le futur ? « Demain, on va voir se multiplier des solutions dites intelligentes, donc plus d’automatismes, et peut-être de la robotique… On sait faire des tracteurs sans pilote. Nous travaillons sur un nouveau concept technologique qui permet « un pilotage intégral du système. » Grâce à FarmSight, John Deere propose à l’agriculteur de bénéficier d’une connaissance approfondie de son activité. « Cette nouvelle technologie permet de surveiller à distance les machines individuelles afin de garantir une maintenance préventive, l’optimisation de la consommation de carburant et des performances finales. Cela permet de fournir de nouvelles informations plus détaillées à l’agriculteur concernant l’agronomie afin d’améliorer sa prise de décision. » Etienne Vicariot, Directeur de la Communication John Deere France Réduire l’ empreinte sur l’ environnement par la diffusion à grande échelle de technologies innovantes.
  • 66.
    65 I ambitioncéréales 2030 Bioperformants, les céréaliers cultivent l’avenir La modulation intra-parcellaire permet de moduler les apports d’intrants (notamment en engrais) en fonction de l’hétérogénéité parcellaire (sol ou plante). La modulation intra-parcellaire est fondée sur le rééquilibrage de la richesse des sols. Elle sert à l’équilibre économique et environnemental en apportant la bonne dose, au bon endroit. Nous sommes en modulation intra-parcellaire depuis 4 ans, après avoir fait un gros travail sur l’exploitation pour établir une cartographie des parcelles de l’exploitation : 379 analyses de terre, 55 trous au tractopelle pour mesurer la productivité des sols et passage avec un radar pour mesurer la conductivité des parcelles. Aujourd’hui, les résultats sont prometteurs et donnent un autre visage à l’agriculture de précision. Il y a 2 ans, on modulait à la rampe du pulvérisateur, aujourd’hui c’est à la buse… C’est une des clés d’entrée pour les jeunes dans le métier. Régis Chopin La modulation intra- parcellaire va conditionner notre métier dans les 15 ans à venir. “ ”
  • 67.
    ambition céréales 2030I 66 Prévisions météorologiques et anticipation Les prévisions climatiques seront de plus en plus déterminantes. L’évolution du climat, en termes de température et de pluviométrie va impacter la capacité du sol à minéraliser, donc à fournir naturellement l’azote à la culture… Si la plante, au niveau de l’indicateur mesuré (photo satellite ou autre…), montre une carence, est-ce vraiment parce qu’il manque de l’azote dans le sol ? Cette carence peut aussi être liée à un problème d’efficacité du système racinaire qui n’arrive pas à capter l’azote, notamment à cause d’une sécheresse trop prononcée. Il va donc falloir être capable d’anticiper les conditions climatiques, cela va devenir un facteur déterminant dans l’amélioration du pilotage des cultures. Des compétences de plus en plus élevées Une véritable révolution est en marche où l’échange d’informations va occuper une place prépondérante, en provenance de sources multiples. Arvalis-Institut du végétal a déjà acquis une forte expérience en la matière, avec le dispositif Farmstar, fruit d’un partenariat de recherche et développement avec Astrium (maintenant nommée Airbus Defence and Space) et Météo France. Ce système met à profit l’imagerie et la cartographie par satellite pour fournir à l’agriculteur une vue aérienne des parcelles. Des zones de couleur donnent une vision précise de l’état de la culture et des éventuels besoins d’intervention. Après décryptage de la carte satellitaire, le système croise un ensemble de données puis propose de déclencher les actions adaptées, mais au final, l’agriculteur interprète et reste « cultiv’acteur ». Les avancées de la recherche et du développement nécessitent des compétences renforcées pour pouvoir valoriser ces informations croissantes, avec encore plus de précision et de rapidité qu’hier. Propositions de réponses les plus plébiscitées par un groupe de céréaliers à la question : Quelles sont les innovations qui semblent les plus utiles pour demain dans votre métier d’agriculteur ? 1. Des stimulateurs de vie biologique des sols et de défense des plantes 2. Du matériel robotisé et équipé de capteurs plus précis 3. Un smartphone pour piloter en temps réel les interventions sur les cultures 4. Des OGM productifs et résistants au stress 5. Des produits phytosanitaires d’origine naturelle 6. Des drones pour observer l’état des cultures 7. Des prévisions météo à 6 mois 8. L’emploi d’auxiliaires pour gérer les adventices, ravageurs et maladies 9. 3 cultures en 2 ans pour fournir de la biomasse (méthanisation produits biosourcés) 10. Des céréales à paille de printemps aussi efficace que les « hivers » 11. Du désherbage mécanique à haut débit 12. Une irrigation (+ fertigation + traitements) au plus près des racines
  • 68.
    67 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur Les exploitations céréalières sont majoritairement des TPE (Très Petites Entreprises) à capitaux familiaux. à l’avenir, les hommes responsables de ces entreprises exploreront de multiples pistes pour rester performants et compétitifs.
  • 69.
  • 70.
    69 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur céréales au profit des oléagineux, alors que les surfaces céréalières dans les régions Centre et Bassin parisien restent plutôt stables. En France, on mesure à tort l’importance des entreprises agricoles françaises par référence à leur surface agricole utile (SAU) moyenne. C’est le critère que retient le ministère de l’Agriculture. Sur cette base, les exploitations céréalières (spécialisées COP, grandes cultures, polyculture élevage) arrivent en tête, juste derrière les bovins mixtes. Si l’on prend, comme pour les autres secteurs économiques non pas la taille mais le critère chiffre d’affaires réalisé, on arrive à une toute autre hiérarchie. Apparaissent alors les secteurs qui nécessitent moins de surfaces mais qui réalisent des chiffres d’affaires élevés comme les fruits et légumes, la viticulture, l’arboriculture, les ateliers de volailles, de porcs… Avec un chiffre d’affaires plus faible à l’hectare, les céréaliers ont besoin de plus de surfaces pour dégager un revenu, au même titre que les exploitations d’élevage à l’herbe. L es céréales sont de loin les premières plantes cultivées en France. Deux tiers des exploitations agricoles en cultivent. Les céréales sont implantées sur 50% des terres arables du territoire. La France fournit la première production de grains en Europe, grâce à 110 000 entreprises spécialisées. Les surfaces en céréales sont restées stables (autour de 9,4 Mha) sur les 30 dernières années, alors que les terres fertiles se sont rétrécies de 900 000 ha depuis 10 ans et de plus de 2,9 Mha depuis les années 1980. Les céréales ont gagné du terrain dans les zones de polyculture élevage, par intensification des surfaces fourragères et par conversion en système céréalier. Cette évolution a été caractéristique dans un croissant qui démarre de l’Ouest de la France, traverse une partie du Nord et se termine en Lorraine. à l’inverse, dans le Sud-Ouest, il y a une baisse significative des 1980 10 12 14 16 18 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 20 2012 millions d’ha 8 Surfaces en herbe et cultures fourragères 18,1 14,3 10,7 12 Céréales et oléoprotéagineux 9,9 9,4 Surface en céréales (grains) les surfaces en céréales restent stables, malgré l’érosion des terres fertiles Source : Ministère de l’Agriculture - Agreste - Statistiques agricoles annuelles Une PME agricole performante à capitaux familiaux
  • 71.
    ambition céréales 2030I 70 Sur les 320 000 exploitations professionnelles, toutes productions confondues que compte la France en 2010, 110 000 exploitations professionnelles sont à dominante céréalière. “ ”trois types d’exploitation céréalières professionnelles Source : Recensement Agricole 2010 Des PME agricoles à capitaux familiaux performantes grâce à un niveau de rendement élevé. “ ” 123 ha 51 000 104 ha 40 000 115 ha 19 000 Spécialisés Céréales et Oléoprotéagineux Répartition Moyenne de surfaces de l’exploitation Nombre d’exploitations Polyculteurs éleveurs Producteurs de grandes cultures 45% 18% 13% Appuyer la pérennité d’un tissu d’entreprises agricoles performantes à responsabilité individuelle.
  • 72.
    71 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur à 125 hectares de moyenne, les exploitations céréalières restent majoritairement des TPE (Très Petites Entreprises) à capitaux familiaux au sens de la nomenclature INSEE. Innovantes, performantes, à responsabilité personnelle, elles sont 3 à 10 fois plus petites que leurs concurrentes sur les marchés. Comme la plupart des exploitations françaises, elles ont recours majoritairement au fermage (75% des surfaces), et les formes sociétaires (EARL, GAEC, SCEA) dominent. Plus globalement, les exploitations sont détenues à 60% par des capitaux issus des exploitants et de leur famille, 20% par les retraités agricoles et le restant par les héritiers et autres actionnaires. On est bien loin du fantasme des exploitations de plus de 1000 hectares. En 2010, on comptait d’ailleurs moins de 250 exploitations agricoles de plus de 1000 ha, toutes productions confondues en France. En 2010, les exploitations sociétaires cultivent 1,7 Mha en propriété et 13,5 Mha en location. “ ”à 125 hectares de surface moyenne, les exploitations spécialisées en céréales et oléo-protéagineux ne sont donc pas de grosses exploitations contrairement aux idées parfois véhiculées et la ferme céréalière française n’a rien à voir avec les modèles argentin, russe, australien ou ukrainien qui s’étendent sur plusieurs milliers ou dizaines de milliers d’hectares, ni même avec celles, plus près de nous, des länder de l’Allemagne, nos véritables concurrentes. Argentine Russie Australie Ukraine 1000 2000 3000 4000 États-Unis Canada Roumanie Allemagne Royaume Uni France 3 500 2 900 2 300 2 000 1 000 750 750 450 420 330 Productivité / travailleur (T de blé / actif) Argentine Russie Australie Ukraine 2000 4000 6000 8000 10 000 12 000 États-Unis Canada Roumanie Allemagne Royaume Uni France 12 000 3 600 3 300 2 000 1 900 1 300 780 360 260 190 Surface par exploitation (ha) comparaison internationale Source : RICA et ARVALIS - Institut du végétal
  • 73.
    ambition céréales 2030I 72 La céréaliculture française repose en fait sur de petites entreprises individuelles ou sociétaires à capital familial. De nouveaux modes d’organisation voient le jour avec le recours à plus d’externalisation via des entreprises de travaux agricoles ou des CUMA. Ces adaptations sont nécessaires pour faire face aux exigences économiques et environnementales, bien souvent plus sévères en France que chez nos compétiteurs. Les limites à l’agrandissement résultant du contrôle des structures sont un exemple typique des contraintes économiques spécifiques à la France. L’essentiel des agrandissements se réalise lors de la reprise et installation des jeunes. Aujourd’hui, les exploitations professionnelles en grandes cultures emploient 185 000 personnes, ce qui n’exclut pas une forte mutualisation de la main d’œuvre. Une exploitation céréalière sur dix pratique le travail à façon pour d’autres, 20% de la main d’œuvre utilisée proviennent des prestations des ETA ou des CUMA. Pour l’avenir, les céréaliers doivent réfléchir à de nouveaux dispositifs pour traiter les problématiques de volatilité des matières premières, du financement, de la fiscalité… Ce sont des entrepreneurs acteurs de leur territoire, à la source de 500 000 emplois ruraux. Les céréaliers français ont à assumer et faire reconnaître leur spécificité : le statut de PME agricole, le caractère original de l’agriculture familiale sociétaire et ses modalités d’exploitation responsable. “ ”François Jacques
  • 74.
    73 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur De multiples pistes pour l’entreprise de demain Assurer un revenu d’abord par la croissance et la compétitivité de la production. “ ”Vers une plus grande maîtrise des charges Depuis2007,lesrevenusdescéréaliersconnaissentdesvariations d’une ampleur jamais connue, qui est due à l’augmentation vertigineuse des charges et à l’instabilité des cours. Tous les experts s’accordent à dire que cette volatilité de revenus est désormais structurelle. Deux postes majeurs pèsent sur les charges d’exploitations : les charges opérationnelles, notamment les engrais et les charges de mécanisation. Dans son dernier rapport annuel, l’UNIFA indique que la France est structurellement importatrice et s’approvisionne pour près de 40% auprès des pays d’Europe Centrale ou en dehors de l’UE (Egypte, Russie, Qatar…). D’ici 2030, il n’y aura pas de problèmes d’approvisionnement en engrais selon les experts. Les ressources en phosphore et en potassium se révèlent plus abondantes qu’on ne le pensait. Le vrai problème sera celui du prix, pour lequel nous n’avons aucune garantie. L’autre question sera celle des contraintes d’utilisation. Selon l’UNIFA, de nouvelles capacités de production d’engrais devraient suivre la demande mondiale, +20% d’ici à 2017. L’industrie des engrais azotés est très fortement utilisatrice de gaz naturel dans l’UE. Cette ressource contribue entre 50% et 70% aux coûts totaux de production d’engrais azotés et la Russie, l’Algérie et l’Egypte dominent le marché du gaz. Un autre facteur de déséquilibre est l’avantage que détient l’agriculture nord américaine qui bénéficie d’engrais très compétitifs liés à l’exploitation de gaz de schiste. Ainsi, pour les producteurs français, le choix politique de rejeter l’exploitation des gaz de schiste en France les conduira à rester très tributaires dans le futur des prix du marché des engrais dans le monde et à être pénalisés par rapport à de grands concurrents. des résultats d’entreprise désormais instables Source : Agreste - Comptes de l’Agriculture, otex spécialisés céréales et oléoprotéagineux 20092007 2008 2010 2011 2012 2013 49 57 29 38 10 36 44 41 50 44 57 11 24 k€ 2012 / actif non salarié Résultat courant avant impôt après MSA Cotisations sociales exploitant
  • 75.
    ambition céréales 2030I 74 Nous avons les solutions pour produire plus et mieux. On peut continuer à produire sans plafonnement de nos moyens de production en mettant massivement en œuvre des méthodes efficaces sur la qualité de l’eau comme le Programme Azur. “ ”Olivier Dauger Le recours aux OAD pour ajuster l’utilisation d’engrais et à la génétique pour en augmenter l’efficience sera d’autant plus nécessaire. L’enjeu du futur est de les déployer à grande échelle. L’optimisation des charges de mécanisation prend tout son sens aujourd’hui et encore plus demain, du fait de l’offre de matériels plus précis, plus techniques, et plus automatisés. Si ces qualités permettent d’accélérer les progrès agronomiques et environnementaux, elles ont par ailleurs un coût. Comme la domotique dans les maisons, les smartphones ou la dématérialisation des achats, l’agriculture est sans doute à l’aube d’une accélération des innovations en matière de pilotage des opérations culturales et de gestion de l’information. Toutes ces innovations devront toutefois être amorties sur une surface plus importante ou sur plusieurs exploitations afin d’en optimiser le coût et l’utilisation et de gagner en compétitivité. Autrefois accusée de sur-mécanisation pour des raisons fiscales, la céréaliculture va devoir désormais investir dans des matériels plus innovants à la fois pour des raisons économiques et de performance environnementale. Nul doute que le monde agricole ne s’approprie rapidement ces innovations. Son aptitude en la matière est l’une de ses grandes forces. Ainsi, l’agriculture de demain sera moderne et précise, mais elle devra aussi ajuster ses charges pour abaisser les points morts face à l’instabilité des marchés.
  • 76.
    75 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur Ma seule certitude jusqu’en 2030 est que les marchés vont rester instables. Les agriculteurs devront vivre au quotidien avec cette instabilité, comme ils le font depuis 2006. “ ”Satisfaire la demande dans toute sa diversité La première façon d’assurer l’optimisation de son chiffre d’affaires, c’est de produire ce que veulent les marchés, en quantité et en qualité. Il s’agit de produire plus et produire mieux pour les besoins des filières, en partenariat avec les opérateurs pour permettre aux producteurs de connaitre les signaux des marchés et d’en tirer les meilleures valorisations. Depuis plusieurs années, les marchés intérieurs et à l’export du blé tendre demandent de plus en plus de protéines, dans le même temps, on assiste à un effritement de la teneur en protéines des blés tendres français. C’est pourquoi la filière a décidé d’agir en lançant un plan Protéines des blés tendres, porté par Intercéréales, en lien avec FranceAgrimer. « L’ambition est de parvenir à inverser la tendance et d’augmenter durablement la teneur en protéines. » souligne Rémi Haquin, Président du Conseil Spécialisé Céréales de FranceAgrimer. « En termes de concurrence internationale, l’export des céréales reste un débouché déterminant pour la filière céréalière française. Nous devons regagner en compétitivité, c’est tout le débat engagé avec les Pouvoirs publics actuellement, car nos concurrents profitent de coûts sociaux, réglementaires - et parfois même environnementaux - nettement plus avantageux que les nôtres… Il faut aussi que toute la filière se mobilise pour que le progrès nous permette de regagner en compétitivité. L’évocation du progrès en agriculture et plus particulièrement dans le domaine végétal, fait apparaître que la notion est de plus en plus contestée. Or, c’est un des ressorts de notre compétitivité. Je ne pense pas seulement aux biotechnologies, sujet majeur pour l’avenir de nos filières, mais à tout ce que les sciences peuvent apporter à l’agriculture, afin que les pratiques et itinéraires techniques des agriculteurs soient plus performants, plus respectueux de l’environnement et moins coûteux. » Philippe Mangin, Président de Coop de France D’une façon générale, nous sommes confrontés au défi de la compétitivité.“ ” Philippe Chalmin, Cyclope
  • 77.
    ambition céréales 2030I 76 Construire un système hiérarchisé d’assurances répondant à la diversité des risques. 130 180 230 280 330 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 80 130 180 230 280 330 80 2012 2014 EUR/t les prix des céréales en france deviennent instables L’organisation des filières restera une force Règlements sécurisés, recherche de nouveaux débouchés, concentration de la transformation, développement des formes de contractualisation, recherche et développement… Les céréaliers ont la conviction que l’organisation des filières restera une force. Du fait des risques encourus, des compétences requises ou de la puissance des intervenants internationaux en aval et en amont de la production, les céréaliers considèrent que des intermédiaires entre eux et le marché sont absolument nécessaires. Source : La Dépêche : prix du blé tendre rendu Rouen
  • 78.
    77 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur «… face aux problématiques actuelles de volatilité et à leur assurer une forte différenciation sur le marché. Aussi apportons-nous des réponses très précises aux agriculteurs avec des contrats prix mini et aux industriels avec des prix maxi garantis. » Sur le volet qualité, nous proposons à nos clients des filières sur mesure avec des cahiers des charges spécifiques. Nous déterminons les meilleures variétés de céréales répondant le mieux à la fois aux besoins de l’agriculteur et aux attentes du marché, depuis la sélection variétale jusqu’aux tests pour la transformation. Miser sur la différenciation, toujours !… Tirer la filière vers le haut, cela veut dire mieux répondre aux attentes du marché en valorisant davantage la technicité des agriculteurs français. » Thierry Berger, Directeur marketing et communication du Groupe Soufflet Les industriels ont plus que jamais besoin de fournisseurs solides aptes à leur apporter des solutions… “ ” Le prix moyen, ou prix de campagne fut pendant longtemps le mode de commercialisation emblématique du système coopératif. Les céréaliers le réaffirment, ce mode de rémunération des productions a encore toute sa légitimité pour assurer au producteur une meilleure visibilité dans la gestion économique de leur entreprise. Certes, alors qu’il portait sur 80% des volumes dans de nombreuses coopératives il y a 10 ans, il a vu son attractivité largement entamée depuis que la volatilité s’est emparée des marchés. Mais avec le recul, nombre de producteurs ont pu mesurer la difficulté de se confronter directement au marché. Le prix ferme de marché nécessite réactivité, compétences et une bonne dose de sérénité. La structuration de la filière céréalière par les producteurs est un processus engagé depuis des décennies. Des groupes régionaux, nationaux voire mondiaux ont émergé et font la force de toute la filière, du producteur jusqu’à l’industriel, au travers de partenariats interprofessionnels. La volatilité des marchés accélère le besoin de consolidation de la filière, pour permettre à tous les maillons de résister à cette instabilité.
  • 79.
    ambition céréales 2030I 78 « Comment maintenir envers et contre tous une vocation agroexportatrice pour la filière céréalière française ? Le défi alimentaire et, notamment céréalier, est le défi majeur du XXIe siècle. Avec l’évolution des modèles alimentaires, la place du blé va probablement augmenter au détriment d’autres céréales. La France a une capacité de production et de dégagement d’excédents importante en matière de céréales en général et de blé en particulier. Maintenant, le défi est de ne pas trop contraindre cette capacité, avec le danger d’avoir des contraintes environnementales virant trop à l’absurde. Je me méfie de l’obscurantisme lié à toute évolution technologique. Le défi va être de s’adapter en libérant l’accès au progrès dans une structure qui, à mon sens, est optimale quand c’est l’agriculture familiale. Je ne crois pas au concept de l’entreprise capitaliste dans le domaine agricole. La force de l’agriculture française est son modèle, la structure familiale. » Philippe Chalmin, Économiste Gérer l’instabilité et lutter contre l’obscurantisme.“ ” 184coopératives 7600centres de stockage 61MT 603négociants de céréales collectées en 2012
  • 80.
    79 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur Les agriculteurs, quelle que soit leur taille, recherchent un niveau de sécurité. Mais, elle ne s’exprime plus de la même façon qu’hier. Aujourd’hui, Axéréal met à la disposition de ses producteurs toute une palette d’outils «… et le contexte concurrentiel international vont conduire les coopératives à poursuivre leur concentration pour essayer de gérer le mieux possible les risques. On voit se dessiner, depuis quelques années, quelques grands groupes régionaux. Cette orientation va inévitablement se poursuivre. Pour ces groupes coopératifs régionaux, il s’agit de mieux partager les risques grâce à une assise financière renforcée, et de poursuivre leur objectif de conquête de valeur ajoutée en allant plus loin dans la transformation des produits agricoles. Dans la meunerie, dans la malterie, dans l’amidonnerie, dans tous ces métiers de la première transformation, les acteurs coopératifs français vont poursuivre leur croissance. L’objectif visé est de mettre en place des stratégies pour encore plus peser dans le contexte européen et parfois même international, comme c’est déjà le cas, dans l’industrie du malt, avec un groupe comme Malteurop. Mais, la concentration des coopératives agricoles ne pourra se poursuivre que si elle est partagée par les agriculteurs, ce qui nécessite de maintenir une relation de proximité avec leurs adhérents. Le défi lancé aux coopératives est de faire partager un sentiment d’appartenance et de propriété des agriculteurs. Le principe de la gouvernance de nos groupes coopératifs n’a jamais été d’une telle acuité, parce que leur stratégie de croissance et d’internationalisation ne sera possible que si elle est comprise, partagée et soutenue par les agriculteurs adhérents. » Philippe Mangin, Président de Coop de France La volatilité qui s’installe de façon structurelle sur les marchés céréaliers… “ ” de gestion des risques prix et volatilité, leur permettant de prendre du recul et de ne pas subir les marchés, souligne Jean-François Loiseau, Président d’Axéréal.
  • 81.
    ambition céréales 2030I 80 Conforter l’organisation des filières et l’interprofession. La concentration des outils de transformation aura une importance déterminante pour créer de nouveaux débouchés et de la valeur ajoutée. “ ”Philippe Dubief-Bechet Dans la Marne, les céréaliers sont très attachés au système coopératif qui leur a permis de développer des productions, fixer des emplois et engager la région dans des projets innovants de transformation du végétal : le centre de recherche ARD, le pôle de compétitivité Industrie et Agro-ressources, les usines de déshydratation. Et, il y a encore de vrais potentiels à explorer sur l’énergie, la biomasse. “ ”Benoît Piétrement Une logistique encore à optimiser La performance logistique permet de mieux rémunérer les producteurs en réduisant les coûts facturés (plus de 10% du prix du produit) pour le transport de céréales et les approvisionnements (engrais principalement). Les producteurs attendent à l’avenir la consolidation de la logistique française : infrastructures portuaires, fluviales et ferroviaires, nécessaires à deux titres : réduire l’empreinte environnementale des transports routiers et optimiser le coût à la tonne transportée.
  • 82.
    81 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur « Il nous faut de la quantité, de la qualité, des facteurs de production durables, des outils industriels compétitifs et une logistique performante. C’est un sujet déterminant et il le sera encore plus demain, la compétitivité de la tonne de blé en dépend. Or, on nous dit : « si vous ne voulez pas payer d’écotaxe, utilisez le réseau ferré » et dans le même temps, RFF nous oblige à développer le transport camion. Sur la ligne Orléans-Chartes-Rouen, nous sommes contraints de réduire nos trains de céréales (de 400 à 100), car il faut prioriser le flux voyageurs. La rénovation du système rail doit nous apporter des solutions pour l’avenir. Il faut pouvoir structurer des investissements sur des lignes stratégiques pour l’expédition des céréales, notamment vers les sites portuaires. » Jean-François Loiseau, Président d’Axéréal Notre métier, c’est de produire du blé pour des clients.“ ” L’agronomie, une ressource d’innovations inépuisable D’une façon générale, l’axe fédérateur pour le futur en termes d’innovations agronomiques reste le « Produire plus, Produire mieux », c’est à dire l’amélioration de la bioperformance de la production agricole, notamment en termes de production par actif et de réduction des impacts des pratiques. Dans les années futures, l’accès aux biotechnologies et notamment aux OGM sera déterminant pour le maintien de la compétitivité des producteurs français, compte tenu de leur vitesse de diffusion ailleurs dans le monde. En dehors de cette technologie, les gains de productivité sont plus complexes, car ils reposent sur une adaptation des systèmes de production plus difficile à mettre en œuvre. Pour développer et sécuriser son chiffre d’affaires, l’agriculteur dispose de plusieurs pistes selon la situation de son entreprise et des bassins de consommation, selon les possibilités d’accès à l’irrigation et la proximité d’outils de transformation. Encouragée par la politique agricole, la diversité des assolements fait partie du bouquet de solutions,
  • 83.
    ambition céréales 2030I 82 mais elle dépendra de la capacité de la première mise en marché de valoriser et d’organiser la vente de ces nouveaux produits. En Lorraine, les céréaliers ne veulent plus se satisfaire d’un assolement seulement à base de colza, blé, orge. « Pour des raisons agronomiques, en particulier vis-à-vis du désherbage, la tendance va être d’allonger les assolements avec plus d’orges de printemps, maïs, pois, tournesol… » Au regard de l’environnement, des améliorations sont nécessaires. La culture du blé sur blé utilise plus de produits phytosanitaires. Diversifier les rotations est intéressant pour des raisons environnementales. L’introduction de cultures de printemps permet notamment d’utiliser moins de produits phytosanitaires au niveau désherbage, ou moins d’engrais minéraux. Par ailleurs, la gestion de l’eau reste un point essentiel pour l’avenir de certaines zones, et surtout si l’on considère l’impact croissant du changement climatique. En pratique, l’accès à l’irrigation favorise la diversité des productions et par voie de conséquence un moindre recours à l’agrandissement. En Beauce, par exemple, les zones irriguées, contrairement aux idées reçues, regroupent les exploitations de taille plus modeste. «… contribuant au maintien de l’emploi rural, et répondant aux attentes des consommateurs français. En relançant la recherche et développement sur la culture du blé dur à travers la plateforme Blé dur (Arvalis, INRA, UMT Novadur), nous pourrons apporter des perspectives aux producteurs et redynamiser la filière en trouvant des solutions aux problèmes de la mosaïque et des impasses techniques dans lesquelles les contraintes environnementales nous cantonnent aujourd’hui. » Jean-François Gleizes, Président du Comité de pilotage filière Blé dur Cultivé sur plus de 300.000 ha en France, le blé dur représente une filière structurée… “ ” Optimiser la logistique, facteur clef de compétitivité. L’irrigation est un moyen de stabilisation des rendements et de diversification des productions pour permettre l’accès aux cultures à plus haute valeur ajoutée. C’est un atout indispensable pour assurer l’avenir, d’autant plus essentiel qu’en 2030, le changement climatique aura impacté les cultures. L’irrigation et les retenues d’eau sont des outils d’assurance qu’il faut développer contre les aléas climatiques.
  • 84.
    83 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur L’utilisation de la biomasse végétale pour la valorisation énergétique sera un relais de croissance pour les entreprises céréalières. à la fois opportunité intéressante dans la rotation et économiquement viable, les CIVE (Cultures Intermédiaires à Valorisation Energétique) doivent pouvoir être intégrées dans les méthaniseurs : elles n’entrent pas en conflit avec l’utilisation alimentaire des surfaces agricoles. Les céréaliers souhaitent pouvoir participer au défi environnemental dans le cadre de la transition énergétique du gouvernement. On peut citer également d’autres pistes de réflexion que sont la valorisation énergétique de la paille de céréales en zones excédentaires et la fabrication de biomatériaux. à la recherche de diversification commerciale… L’impact de la réforme de la PAC en cours et de celles à venir d’ici 2030, est présent dans les esprits. De fait, un phénomène nouveau est en marche : les jeunes n’attendront plus qu’une ferme en grandes cultures se libère pour s’installer et s’agrandir, maispréfèreronts’installerencréantuneactivitécomplémentaire. Certains choisiront de valoriser une production légumière pour les centres urbains de proximité ou s’adonneront au tourisme vert alors que d’autres opteront pour l’agrandissement. Pour un renforcement des synergies avec les filières animales Les céréaliers ont la volonté de conforter les filières de viandes blanches consommatrices de grain jusqu’en développant eux- même des activités d’élevage. C’est une opportunité pour diversifier les revenus des exploitations, pour relocaliser de l’emploi et pour conforter l’activité industrielle en leur apportant des volumes d’activité suffisants. Demain, nous devrons apprendre à valoriser l’ensemble du végétal et pas seulement le grain. “ ”Philippe Heusele Je me suis agrandi et j’ai développé aussi une activité de produits du terroir. Je valorise des bâtiments en centre- ville en étant associé avec une productrice qui n’avait pas de lieu de commercialisation. Aujourd’hui, nous accueillons trente producteurs du département. Mon fils voudrait s’installer sur l’exploitation : céréalier ça l’intéresse, mais il voudrait faire en plus du maraîchage. “ ”Eric Thirouin L’objectif est à la fois d’approvisionner l’activité export et de consolider les débouchés intérieurs sur nos territoires. «Nousmettonstoutenœuvrepouravoirunerelancedelavolaille en région Centre. Il y a à côté d’une logique d’agrandissement qui marche, une logique de diversification qui fonctionne aussi » selon Eric Thirouin.
  • 85.
    ambition céréales 2030I 84 Pour la ferme Somme, faire jouer toutes les synergies entre les types de production est un des leviers sur lequel on peut jouer. Développer des élevages de granivores est une piste intéressante en terme de débouchés pour les céréales. “ ”Luc Vermersch L’optimisation de l’organisation du travail sur l’exploitation demeure une piste largement privilégiée par les céréaliers pour améliorer leur compétitivité. Nouveaux modes de production, nouveaux débouchés, nouvelles aspirations personnelles, pluri-activité, responsabilités, éloignement du domicile par rapport à la ferme, optimisation des charges de mécanisation, sont autant de raisons qui poussent les producteurs aujourd’hui à s’organiser différemment dans leur travail. Les regroupements sociétaires, qui se sont effectués depuis 50 ans se densifieront très probablement d’ici à 2030, avec l’accentuation de phénomènes plus récents comme l’assolement en commun, l’externalisation des travaux ou le travail à façon pour les exploitants qui auront choisi un management différent de leur entreprise. Le recours au travail à façon, aux CUMA et aux groupements d’employeurs constituent des recherches de souplesse qui confortent la gestion de la PME agricole. Le phénomène s’accentuera dans les années à venir car les chefs d’entreprise auront besoin de faire appel à des compétences extérieures du fait de la sophistication croissante des matériels. Développer les activités consommatrices de céréales, porteuses de valeurs et d’emplois dans les territoires. Redéployer les élevages granivores vers les zones céréalières permettra d’offrir des surfaces d’épandage supplémentaires pour l’azote organique. En parallèle, les céréaliers auront la possibilité de contribuer au développement de la méthanisation agricole. Ils sont prêts à investir dans ces outils en commun avec les éleveurs, voire même investir dans un atelier d’élevage. Cultiver les synergies dans l’organisation du travail
  • 86.
    85 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur 1 exploitation sur 5 pratique le travail à façon pour amortir les équipements sur de plus grandes surfaces. “ ”Exploitant les possibilités offertes par le statut de la société en participation (SEP) et la création complémentaire de sociétés dédiées pour le matériel, la gestion des ressources humaines, la commercialisation..., l’assolement en commun est une formule pionnière et prometteuse d’innovation par réorganisation des entreprises agricoles de grandes cultures. Cependant, de nombreux obstacles freinent encore son développement, tels que la complexité des montages juridiques, les restrictions en matière d’accès aux aides de la PAC. Il faudra parvenir à des formes d’assolement en commun avec des montages juridiques simplifiés pour provoquer des mouvements significatifs d’associations d’exploitations à une échelle générant de réelles synergies, économies et optimisation de l’emploi. Il faudra aussi à cet effet que tous les actifs en lien avec la production agricole soient pris en compte en politique agricole, y compris ceux des groupements d’employeurs, les CUMA, sociétés de commercialisation créés dans le périmètre de ces assolements en commun. à l’avenir, les formes sociétaires resteront une voie privilégiée par les céréaliers, ne serait-ce que pour faciliter l’installation de jeunes issus ou non du monde agricole, en leur permettant une transmission plus progressive des capitaux. Ce cadre juridique sera propice également au développement de la féminisation des entreprises céréalières déjà en marche. A cet égard, l’évolution des nouvelles technologies en agriculture est aussi un facteur d’intérêt des filles de céréaliculteurs, voire même des femmes extérieures à l’agriculture, à s’installer dans ce métier moderne et à la pointe de l’innovation dans la gestion des équilibres du vivant. De la restructuration à la réorganisation foncière L’agrandissement des exploitations n’est pas un sujet tabou. Les fermes se sont agrandies au fil des générations mais d’ailleurs en grandes cultures moins que dans les autres productions ces dernières décennies. Edgar Pisani, Ministre de l’Agriculture sous la Présidence De Gaulle disait : « la restructuration ne doit pas être considérée comme une dérive d’un système mais comme une obligation économique de compétitivité et une rationalisation et de la main d’œuvre et de la mécanisation et donc de la production. » La restructuration du parcellaire doit être à nouveau promue, il faut relancer les réorganisations foncières. La géométrie et la taille des parcelles sont des facteurs de compétitivité importants, surtout s’ils sont conjugués avec l’application à grande échelle de l’agriculture de précision. Aujourd’hui, ces réorganisations foncières présentent de véritables opportunités de parvenir aux aménagements les plus favorables à l’environnement bien plus qu’une gestion trop administrée ne le peut, en fonction de la topographie, de l’hydrographie et des types de sols… La SAFER est, à ce titre, un outil au service de la restructuration parcellaire. Ses missions ne doivent pas se limiter uniquement à la préemption ou à l’installation des jeunes, mais doivent avoir un rôle accru contre l’emprise de l’urbanisation et la construction de grands ouvrages.
  • 87.
    ambition céréales 2030I 86 Le statut du fermage, parfois accusé d’archaïsme, a été un stabilisateur du prix de la terre en France, notamment par rapport à nos voisins européens. Une évolution peut-être souhaitable mais la contractualisation par bail permet de donner de la stabilité à l’entreprise agricole pour prévoir des investissements productifs sur le moyen ou long terme. C’est aussi un outil qui facilite le renouvellement des générations, indispensable à la dynamique de production. Le statut du fermage fait donc pleinement partie de l’avenir de l’entreprise céréalière. En agriculture, nous avons un système unique : chaque génération capitalise un foncier (bâtiments et matériels), le valorise durant son temps d’activité, pour laisser aux générations suivantes un outil encore plus compétitif et plus apte à affronter les marchés de demain. “ ”Dominique Chambrette Idem de la réorganisation foncière, qui a succédé au remembrement mais avec des objectifs plus larges puisqu’il s’agit d’un projet pour un territoire souvent communal, ou intercommunal dont la finalité et les objectifs impliquent de multiples acteurs : conseil général, conseil municipal, propriétaires fonciers, exploitants agricoles, chasseurs… L’objectif du regroupement des parcelles par exploitation et d’amélioration de leur géométrie reste prioritaire, bien sûr. Mais de par ses dimensions - ampleur du territoire, catégories des acteurs concernés, nature des aménagements - la réorganisation foncière peut déboucher aussi sur des contreparties intéressantes pour les agriculteurs : aménagements hydrauliques, nouveaux tracés de chemins communaux, facilitation de circulation des machines agricoles... Il y a dans la réorganisation foncière de véritables réserves de productivité à la fois pour l’économie des exploitations et pour l’environnement. 220ha de terres agricoles fertiles disparaissent chaque jour en France Défendre la dimension européenne de la politique agricole.
  • 88.
    87 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur Le financement des exploitations va devenir crucial Face à la volatilité, ne plus raisonner annuellement, mais sur cinq ans ! “ Demain, les exploitations spécialisées en céréales et oléo-protéagineux (COP) vont connaître de fortes variations de leur chiffre d’affaires. Diverses raisons , disparition des garanties de prix, effets du changement climatique, font que le prix et les récoltes risquent de varier fortement d’une année à l’autre. Et un agriculteur n’est pas à l’abri de subir une mauvaise récolte plusieurs années consécutives. Les chiffres d’affaires sur les exploitations spécialisées en céréales et oléoprotéagineux (COP) varieront facilement du simple au double selon les années. Si un agriculteur réalise un rendement de 6Tou de 9T/ha et si le prix de la tonne de blé vaut 140 ou 280€ au final le chiffre d’affaires ne sera pas le même. En 3 ou 4 ans, il peut lui manquer l’équivalent d’un ou deux chiffres d’affaires annuels, d’où la nécessité de constituer des réserves financières les bonnes années, en prévision des moins bonnes : une auto-assurance pour chiffre d’affaires, une épargne de précaution destinée à être utilisée sur au moins trois, quatre ou cinq années difficiles. La mise en œuvre d’un tel dispositif nécessite un financement spécifique. ”François Jacques Il faut obtenir des organismes bancaires une avance de trésorerie sous forme de ligne de crédit qui soit équivalente à un ou deux chiffres d’affaires, afin de pouvoir détenir une trésorerie suffisante pour passer le cap des bilans négatifs. L’idéal serait de pouvoir constituer une réserve chiffre d’affaires en épargne de précaution et en avance de trésorerie. Aujourd’hui, pour une exploitation céréalière, les banques accordent généralement une avance de trésorerie correspondant globalement aux charges opérationnelles (semences, engrais, produits de santé végétale,…), environ 400 €/ha, soit 40000 euros pour une exploitation de 100 hectares ou 80000 euros pour 200 ha. Auparavant, avec les prix moyens garantis, les banques finançaient sans problème les avances de trésorerie. Aujourd’hui, avec les fluctuations de chiffre d’affaires très importantes, le dispositif n’est plus viable. « Exactement, comme l’épargne de précaution, il nous faudrait le même dispositif en matière d’avance de trésorerie : un financement adapté pour sécuriser la trésorerie en cas de mauvaise année… » précise François Jacques.
  • 89.
    ambition céréales 2030I 88 Intégrer plus d’assurances dans les politiques agricoles Y aura-t-il encore une Politique Agricole Commune en 2030 ? Se poser la question, c’est suggérer une réponse positive, pour Dominique Chambrette. Il est forcément souhaitable que l’Union européenne conserve, à l’instar des État-Unis, un budget consacré à l’agriculture avec des mécanismes communs à tous les états de l’Union Européenne. La PAC était née d’un besoin de production alimentaire après le conflit 39/45. L’institution de prix garantis, avec des mécanismes de régulation et de protection des producteurs a été une première phase qui a correspondu aux Trente Glorieuses. La réforme initiée en 1992 a transformé le système en abaissant les prix garantis au niveau des cours mondiaux, avec mise en place de compensations financières pour les producteurs. à cette mutation se sont ajoutées, l’écoconditionnalité, le découplage des aides, la montée en puissance du deuxième pilier. L’évolution de la PAC est devenue de moins en moins lisible pour les céréaliers. Il est indispensable d’avoir par ailleurs, une réglementation française stable et lisible en matière d’environnement, sans surenchère par rapport à l’Europe. Nous en arrivons à un empilement incohérent de normes. “ ”Nicolas de Sambucy « Elle nous a sécurisés à l’aide de différents outils qu’étaient le stockage d’intervention, les majorations mensuelles, les restitutions à l’export… Aujourd’hui, s’ouvre une nouvelle époque où l’agriculteur se retrouve face au marché mondial des matières premières agricoles volatil. Le danger n’est pas la variation en elle-même, mais plutôt son amplitude imprévisible. Les marchés évoluent, face aux besoins, à la demande, aux effets climatiques, à l’impact démographique dans certaines parties du monde. Il est par conséquent normal qu’il y ait des variations. Pendant quarante ans, nous n’avons rien vu de tout cela en Europe ! » Jean-François Loiseau, Président d’Axéréal Pendant quarante ans, la PAC nous a protégés du marché. “ ” Construire un système hiérarchisé d’assurances répondant à la diversité des risques.
  • 90.
    89 I ambitioncéréales 2030 L’entreprise céréalière du futur Que peut-on espérer pour l’avenir de la politique agricole ou de quoi auraient besoin les céréaliers en 2030 ? Le nouveau Farm Bill américain qui délaisse les aides directes au profit de systèmes assurantiels ou contracycliques inspirera sans doute les décideurs européens. On peut raisonnablement penser que le second pilier, compensateur de handicap et de développement rural sera préservé. Les grandes cultures doivent se préoccuper de pouvoir y émarger pour les zones à handicap du sud ou les zones intermédiaires. Sans doute, une uniformité des aides aura t-elle été atteinte dans l’UE en 2030. Mais une aide de base, fondée sur des critères de protection de l’environnement et de la biodiversité serait souhaitable à peu près équivalente au paiement vert. Quel que soit le montant du budget agricole, il faut souhaiter que ce paiement puisse en absorber au moins 50%, car il sera un socle nécessaire à la pérennité des exploitations céréalières. Enfin, les céréaliers auront besoin que la PAC propose deux types d’assurances : une assurance climatique efficace, avec un seuil de perte de récolte plus pertinent, complétée par un système contracyclique pour amortir l’effet de la volatilité des marchés. La formation agricole au cœur de la bioperformance La technicité de la production, aujourd’hui, exige un haut niveau de compétences. D’ici à 2030, pour être des acteurs bioperformants, les céréaliers estiment que le parcours de formation initiale devra conjuguer 4 thématiques : l’agronomie, le management, la connaissance des marchés, la gestion économique, celle-ci incluant la gestion des risques. Les programmes de formation des écoles d’agronomie et d’agriculture devront tenir compte de la complexité croissante des compétences exigées des chefs d’exploitation et de la capacité d’adaptation permanente dont ils doivent faire preuve pour rendre leurs entreprises aussi flexibles que nécessaire pour assurer leur pérennité. Enfin, l’accélération des mutations technologiques, celle des progrès des sciences du vivant et la complexification incessante des compétences managériales vont imposer un renforcement du système de formation professionnelle afin qu’il accompagne les producteurs tout au long de leur carrière.
  • 91.
    ambition céréales 2030I 90 L’ appréciation des politiques change progressivement. Ils prennent conscience que le progrès est source de croissance et que l’idéologie écologiste a ses limites. “ ”Jean-Marc Renaudeau Une plus grande ouverture vers la société En agriculture, à la différence des autres secteurs d’activité, on n’a pas le droit d’être moderne ! Voilà ce que nous disent les céréaliers lorsque l’on évoque l’image de leur métier : ils éprouvent un certain malaise, un sentiment d’être incompris, mal connus, mal perçus, d’être dévalorisés, de faire l’objet d’attaques et de critiques de la part des médias… Force est de constater que l’agriculture n’appartient plus seulement au monde agricole, mais que le citoyen, les organisations non gouvernementales et in fine les décideurs publics, interfèrent dans la gestion de la production agricole et des territoires. Dans cet environnement là, il est fondamental d’aller expliquer le métier de céréalier pour ne pas subir une accumulation de contraintes règlementaires sensées protéger le consommateur ou le riverain, mais résultant d’une méconnaissance du métier ou d’un excès de zèle au nom du principe de précaution. Les céréaliers ont du mal à être entendus sur leur modernité et leur technicité. Pour y remédier, il est indispensable de mieux expliquer les techniques et innovations utilisées au quotidien au profit du consommateur et de l’environnement. En même temps, on assiste à un changement d’attitude comme ce fut le cas lors du Salon de l’agriculture 2014, sur le stand de l’Odyssée du végétal. Tous les médias ont largement mis en avant la modernité de l’agriculture à travers les nouvelles technologies. La perte de lien agricole de la population rurale complexifie parfois le travail, mais il est important de conserver un lien fort avec la population dans les villages. Là aussi, cela demande beaucoup de pédagogie. Les producteurs doivent s’intégrer dans leur territoire en étant partie prenante du tissu social. Entretenir de bonnes relations avec les collectivités locales et les médias régionaux est important. Certains organisent sur leur ferme des portes ouvertes avec un marché de producteurs fermiers ou l’accueil de scolaires. Les nouvelles générations de producteurs ont pris conscience de la nécessité de réinvestir les fonctions politiques locales et le milieu associatif. Fiers de leurs valeurs, les céréaliers sont des hommes responsables d’entreprises agricoles performantes et comptent le faire savoir. ” L’ image du céréalier de demain dépendra de sa capacité à sortir de l’anonymat. Les céréaliers peuvent devenir de vrais ambassadeurs de leur métier, comme certains le font déjà très bien. “ Jean-François Gleizes, Président de Passion Céréales Communiquer sur le caractère moderne, responsable et innovant du métier de céréalier.
  • 92.
    91 I ambitioncéréales 2030
  • 93.
    ambition céréales 2030I 92 c o n c l u s i o n 1- Ambitieux pour la France, nous voulons satisfaire les demandes dans toute leur diversité, répondre au défi de besoins alimentaires mondiaux en forte croissance, développer les utilisations de céréales, porteuses de valeur ajoutée et d’emplois dans les territoires, jusque dans la chimie du végétal et les énergies renouvelables. 2- Confiants dans l’innovation, nous voulons, pour produire plus, promouvoir le progrès génétique pour des céréales productives, riches en protéines, efficientes et résistantes aux maladies et adaptées à l’évolution climatique. Et, pour produire mieux, diffuser les technologies d’une agronomie bioperformante… 3- Motivés par l’exigence de compétitivité, nous voulons conforter l’organisation des filières et l’interprofession céréalière, mais aussi optimiser le stockage et la logistique… 4- Engagés face à des risques croissants, nous voulons défendre une vision européenne de la politique agricole qui doit rester commune et construire un système hiérarchisé de couverture des risques adaptée aux exigences de l’entreprise céréalière… 5- Enfin, fiers de nos valeurs, nous voulons être sur nos territoires des acteurs d’un tissu d’entreprises agricoles dynamiques et communiquer sur le caractère moderne, performant, responsable et novateur du métier de céréalier. Notre ambition « Produire plus, Produire mieux » Par Dominique Chambrette, Vice Président de l’AGPB, coordinateur du Livre Blanc En conclusion de ce livre blanc, je réaffirmerai simplement notre ambition pour la céréaliculture française : « Produire plus, Produire mieux ». Nous avons été probablement les premiers à lancer ce mot d’ordre, il y a maintenant trois ou quatre ans. Depuis plusieurs personnalités du monde économique et politique l’ont repris à leur compte. Je n’en citerai qu’une seule : le Président de la République. Nous ne pouvons que nous en réjouir ! C’est un signe que les temps changent et que le réalisme économique commence enfin à l’emporter. Nous concernant, cela traduit la prise de conscience que la France céréalière détient des atouts forts qu’elle doit valoriser. C’est une force économique sur tout le territoire et, alors que le monde a besoin de plus de céréales, la France doit renouer avec la croissance des rendements… Pour répondre à ces défis, demain, nous misons sur la bioperformance de nos producteurs et sur des entreprises céréalières encore plus compétitives. Le producteur de céréales est un entrepreneur du XXIème siècle, fier de son métier, au cœur des problèmes de notre société et bien dans son époque, conscient des progrès réalisés mais garant de la durabilité de son système d’exploitation et animé par un devoir de production. La bioperformance constitue une étape nouvelle, elle utilise les innovations comme source de croissance capable de créer de la richesse sur des territoires qui n’ont souvent pas d’ alternatives économiques. L’efficacité de l’organisation des filières de grandes cultures offre une visibilité pour les revenus des producteurs. Tous les outils créés par les responsables céréaliers dans un esprit visionnaire sont là pour garantir la pérennité de la production française. Nos ambitions, nous pouvons les résumer à travers cinq points : Concrétiser ces cinq ambitions d’ici 2030 constitue un défi réaliste. Notre organisation, l’AGPB, fête ses 90 ans. Les hommes qui ont contribué à construire la céréaliculture française pendant près d’un Siècle - notamment Jean Deleau, Philippe Neeser, Henri de Benoist - ont eu à renverser de nombreux obstacles et à vaincre maintes oppositions. Ils ont ouvert la voie. Nul doute que ceux du XXIe siècle sauront poursuivre ce chemin ! La céréaliculture retrouve sa place dans l’économie de notre pays ; c’est une chance pour tous les céréaliers de France. C’est une chance pour la France.
  • 94.
    93 I ambitioncéréales 2030
  • 95.
    ambition céréales 2030I 94 l e x i q u e AGRESTE Base de données statistiques du Ministère de l’Agriculture français ANMF Association Nationale de la Meunerie Française CIHEAM Centre International de Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes CNAM Conservatoire National des Arts et Métiers CUMA Coopérative d’Utilisation du Matériel en commun EARL Exploitation Agricole à Responsabilité Limitée ETA Entreprise de Travaux Agricoles FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture mondiales FAOSTAT Base de données statistiques de la FAO GAEC Groupement Agricole d’Exploitation en Commun INRA Institut National de la Recherche Agronomique OAD Outils d’Aide à la Décision OCDE Organisation de Coopération et de Développement Économique ONU Organisation des Nations Unies PMBE Programme français de Modernisation des Bâtiments d’Élevages PME Petite et Moyenne Entreprise RFF Réseau Ferré de France RICA Réseau d’Information Comptable Agricole SAFER Société d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural SAU Surface Agricole Utile SCEA Société Civile d’Exploitation Agricole SEP Société En Participation TPE Très Petites Entreprises USDA United States Department of Agriculture
  • 96.
    95 I ambitioncéréales 2030
  • 97.
    ambition céréales 2030I 96 R e m e r c i e m e n t s SÉBASTIEN ABIS Chercheur associé à l’IRIS THIERRY BERGER Directeur Marketing et Communication Groupe Soufflet ALEXANDRE BIAU Chargé d’études économiques Unigrains PHILIPPE CHALMIN Professeur Paris Dauphine, économiste et fondateur de la revue Cyclope FRANÇOIS DESPREZ Société FLORIMOND DESPREZ ANNE FRADIER Secrétaire général de SEDIMA HERVÉ GARNIER Journaliste FRANÇOIS GATEL Directeur de France Export Céréales JEAN-FRANÇOIS GLEIZES Président de Passion Céréales JEAN-PIERRE LANGLOIS BERTHELOT Président de France Export Céréales FRANÇOIS LAURENT Chef du service Systèmes Agronomie économie et Environnement ARVALIS - Institut du Végétal PHILIPPE LEMANCEAU Directeur de l’UMR AgroSup à l’INRA de Dijon VALÉRIE LEVEAU Chef de service économie ARVALIS - Institut du Végétal JEAN-FRANÇOIS LOISEAU Président d’AXEREAL HÉLÈNE LUCAS Coordinatrice scientifique de Wheat initiative à l’INRA PHILIPPE MANGIN Président de Coop de France JACQUES MATHIEU Directeur d’ARVALIS - Institut du Végétal JEAN-LUC PELLETIER Délégué général de l’USIPA NICOLAS PERARDEL Chargé de mission matières premières ANMF ÉTIENNE VICARIOT Directeur de la Communication John Deere Ce livre blanc Ambition Céréales 2030 n’aurait pu être réalisé tel qu’il vous apparaît aujourd’hui sans le précieux concours de nombreuses personnes auxquelles l’AGPB exprime sa sincère reconnaissance :
  • 98.
    97 I ambitioncéréales 2030
  • 99.
    ambition céréales 2030I 98 l e G r o u p e C é r é a l i e r Céréaliers, des Hommes pour nourrir les Hommes Jean-François ISAMBERT, Secrétaire général de l’AGPB, et Vice président d’Unigrains Denrées de base universelles et matières premières polyvalentes, concentrés de savoirs et de technologies à fortes évolutions, pivot de multiples activités économiques et filières, utilisateur majeur de notre milieu naturel national et de ses ressources, les céréales françaises sont au cœur de nombreux enjeux, de la sécurité alimentaire au développement durable, pour notre société, pour notre pays, pour l’Europe, pour la planète. La profession céréalière française est ainsi conduite à mobiliser des compétences très variées dans les structures spécialisées créées par des responsables agricoles de l’AGPB et l’AGPM au sein du groupe céréalier : un institut technique de recherche appliquée ARVALIS - Institut du végétal, un établissement financier spécialisé Unigrains, des outils de promotion France Export Céréales, Passion Céréales, animées et coordonnées par les mêmes responsables agricoles. Les compétences et l’expérience de plusieurs de ces structures étant utilisables dans le cadre d’actions plus globales de développement agricole dans des pays émergents et défavorisés, et de développement territorial en milieu rural, ces responsables animent également deux structures expertes de ces problématiques, FERT et Sol et Civilisation.
  • 100.
    99 I ambitioncéréales 2030
  • 101.
    ambition céréales 2030I 100 l’A G P B L’Association Générale des Producteurs de Blé et autres céréales, syndicat professionnel agricole, représente les intérêts économiques et moraux des producteurs de céréales à paille. L’AGPB est dirigée par des agriculteurs élus de leur département, issus du monde syndical et économique. Pour nous contacter AGPB 23,25 avenue de Neuilly 75 116 PARIS Tél. 01 44 31 10 00 www.agpb.fr @AGPB_Cerealiers Crédits photos Arvalis Banques d’images : Fotolia, Getty Images, Shutterstock Goran Bogicevic Ceke Jürgen Fälchle Frog Deyan Georgiev Laurent Hamels Juan_g_aunion John Deere Limagrain Igor Mojzes Passion Céréales Pinkyone Stefan Rajewski Gina Sanders Slasnyi Tereos Tomsickova Ulkan Christian Watier Conception et création graphiques Agence Voyez Large 10-31-1302 VOYEZ LARGE
  • 103.
  • 104.