Qu’est-ce que ça représente ? Quel est le message de l’artiste ? publier imiter signifier représenter présenter Pour en finir avec les mauvaises questions Giuseppe  Arcimboldo  Milan, 1527 - Prague, 1593
De Charybde en Scylla Qu’est-ce que ça représente ? Qu’est-ce que ça signifie ? les deux monstres platoniciens Ces deux monstres personnifient l’un un tourbillon, l’autre un récif, dangers redoutés par les marins qui s’aventuraient dans le détroit de Messine (Bosphore ?) . Gouffre profond, Charybde engloutit et rejette trois fois par jour les eaux du détroit. Scylla est une horrible créature à six têtes de chiens, chacune montée sur un long cou et armée de trois rangées de dents. De la caverne où elle s'est réfugiée, surgissent ses gueules furieuses qui saisissent au passage leurs victimes. Alerté par Circé, Ulysse réchappe de l'écueil Charybde, mais non de Scylla qui dévore six de ses compagnons.   Alessandro Allori (1535-1607)  Charybde et Scylla Fresque du cycle d'Ulysse, vers 1575. Florence,
Le règne de la Mimesis La peinture dans l’Antiquité est uniformément définie comme  mimesis.   Pouvoir de représenter le réel, de donner à voir les objets ou les êtres absents, la mimesis est surtout interprétée comme étant  le pouvoir de rendre la vie , le mouvement, d’imiter la nature elle-même. C’est à ce titre que  la nature peut devenir critique d’art  : les animaux s’avèrent parfois les meilleurs juges de son pouvoir…   On raconte que Parrhasius entra en compétition avec Zeuxis : celui-ci avait présenté des raisins si aisément reproduits que les oiseaux vinrent voleter auprès d’eux sur la scène ; mais l’autre présenta un rideau peint avec une telle perfection que Zeuxis, tout gonflé d’orgueil à cause du jugement des oiseaux, demanda qu’on se décidât à enlever le rideau pour montrer la peinture, puis, ayant compris son erreur, il céda la palme à son rival avec une modestie pleine de franchise, car, s’il avait personnellement, disait-il, trompé les oiseaux, Parrhasius l’avait trompé lui, un artiste. On rapporte que Zeuxis peignit également, plus tard, un enfant portant des raisins ; des oiseaux étant venus voleter auprès de ces derniers, en colère contre son œuvre, il s’avança et dit, avec la même franchise : « J’ai mieux peint les raisins que l’enfant, car, si je l’avais aussi parfaitement réussi, les oiseaux auraient dû avoir peur. »      Pline l’Ancien (23-79) Histoire naturelle , Livre XXXV, §65, 66  Claudio Vasari 1511-1574   Autoportrait   en Zeuxis
Critique platonicienne de la mimesis : la skiagraphia   Le concept de mimesis est au cœur de la philosophie platonicienne puisque celle-ci s’articule sur  l’opposition entre monde intelligible et monde sensible , le second étant seulement la  copie  du premier et ayant par conséquent un degré moindre de réalité. La mimesis,  parce qu’elle éloigne de la réalité intelligible , ne peut donc être envisagée par Platon comme un phénomène positif. Puisque l’art pictural grec prétend imiter la nature sensible, et s’adresse à la perception, il est considéré par Platon comme un  artifice trompeur . Platon critique donc l’art pictural en ce qu’il n’est qu’un art de l’illusion, qui charme et séduit la sensibilité au lieu de ménager un accès au vrai. Dans La  République,  Platon expose sa défiance vis-à-vis de l’art en prenant l’exemple du lit en explicitant les relations entretenues entre le lit en soi ou l’idée du lit, les différents échantillons de lits sensibles qui participent tous de l’idée du lit, et la représentation picturale d’un lit sensible.  Pour Platon, le lit sensible est déjà mimesis du lit intelligible . Produire une peinture, une imitation du lit sensible, c’est donc s’éloigner encore d’un degré de l’idée de lit, dont le lit sensible n’est que l’imitation. La critique platonicienne de l’art mimétique est donc entièrement liée à sa conception du rapport entre intelligible et sensible, où les apparences sensibles sont les copies des idées intelligibles, qui seules possèdent la véritable réalité.    Lyon Fresque du mur des Canuts
L’idéal d’un art sous surveillance […] il y a longtemps, à ce qu’il paraît, que l’on a reconnu chez les Egyptiens la vérité de ce que nous disons ici, que dans chaque Etat la jeunesse ne doit employer habituellement que ce qu’il y a de plus parfait en fait de figure et de mélodie. C’est pourquoi après en avoir choisi et déterminé les modèles, on les expose dans les temples, et il est défendu aux peintres et aux autres artistes qui font des figures ou d’autres ouvrages semblables, de rien innover, ni de s’écarter en rien de ce qui a été réglé par les lois du pays : et cette défense subsiste encore aujourd’hui, et pour les figures, et pour toute espèce de musique. Et si on veut y prendre garde, on trouvera chez eux des ouvrages de peinture ou de sculpture faits depuis dix mille ans (quand je dis mille ans, ce n’est pas pour ainsi dire, mais à la lettre), qui ne sont ni plus ni moins beaux que ceux d’aujourd’hui, et qui ont été travaillés sur les mêmes règles.  Platon Lois II, 656d 657a  Scène du mystère de la mort-résurrection d'Osiris. Fresque, Thèbes, 3200 A.C.

Au Delà De La Mimesis

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    Qu’est-ce que çareprésente ? Quel est le message de l’artiste ? publier imiter signifier représenter présenter Pour en finir avec les mauvaises questions Giuseppe Arcimboldo Milan, 1527 - Prague, 1593
  • 2.
    De Charybde enScylla Qu’est-ce que ça représente ? Qu’est-ce que ça signifie ? les deux monstres platoniciens Ces deux monstres personnifient l’un un tourbillon, l’autre un récif, dangers redoutés par les marins qui s’aventuraient dans le détroit de Messine (Bosphore ?) . Gouffre profond, Charybde engloutit et rejette trois fois par jour les eaux du détroit. Scylla est une horrible créature à six têtes de chiens, chacune montée sur un long cou et armée de trois rangées de dents. De la caverne où elle s'est réfugiée, surgissent ses gueules furieuses qui saisissent au passage leurs victimes. Alerté par Circé, Ulysse réchappe de l'écueil Charybde, mais non de Scylla qui dévore six de ses compagnons. Alessandro Allori (1535-1607) Charybde et Scylla Fresque du cycle d'Ulysse, vers 1575. Florence,
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    Le règne dela Mimesis La peinture dans l’Antiquité est uniformément définie comme mimesis. Pouvoir de représenter le réel, de donner à voir les objets ou les êtres absents, la mimesis est surtout interprétée comme étant le pouvoir de rendre la vie , le mouvement, d’imiter la nature elle-même. C’est à ce titre que la nature peut devenir critique d’art : les animaux s’avèrent parfois les meilleurs juges de son pouvoir…   On raconte que Parrhasius entra en compétition avec Zeuxis : celui-ci avait présenté des raisins si aisément reproduits que les oiseaux vinrent voleter auprès d’eux sur la scène ; mais l’autre présenta un rideau peint avec une telle perfection que Zeuxis, tout gonflé d’orgueil à cause du jugement des oiseaux, demanda qu’on se décidât à enlever le rideau pour montrer la peinture, puis, ayant compris son erreur, il céda la palme à son rival avec une modestie pleine de franchise, car, s’il avait personnellement, disait-il, trompé les oiseaux, Parrhasius l’avait trompé lui, un artiste. On rapporte que Zeuxis peignit également, plus tard, un enfant portant des raisins ; des oiseaux étant venus voleter auprès de ces derniers, en colère contre son œuvre, il s’avança et dit, avec la même franchise : « J’ai mieux peint les raisins que l’enfant, car, si je l’avais aussi parfaitement réussi, les oiseaux auraient dû avoir peur. »      Pline l’Ancien (23-79) Histoire naturelle , Livre XXXV, §65, 66 Claudio Vasari 1511-1574 Autoportrait en Zeuxis
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    Critique platonicienne dela mimesis : la skiagraphia Le concept de mimesis est au cœur de la philosophie platonicienne puisque celle-ci s’articule sur l’opposition entre monde intelligible et monde sensible , le second étant seulement la copie du premier et ayant par conséquent un degré moindre de réalité. La mimesis, parce qu’elle éloigne de la réalité intelligible , ne peut donc être envisagée par Platon comme un phénomène positif. Puisque l’art pictural grec prétend imiter la nature sensible, et s’adresse à la perception, il est considéré par Platon comme un artifice trompeur . Platon critique donc l’art pictural en ce qu’il n’est qu’un art de l’illusion, qui charme et séduit la sensibilité au lieu de ménager un accès au vrai. Dans La République, Platon expose sa défiance vis-à-vis de l’art en prenant l’exemple du lit en explicitant les relations entretenues entre le lit en soi ou l’idée du lit, les différents échantillons de lits sensibles qui participent tous de l’idée du lit, et la représentation picturale d’un lit sensible. Pour Platon, le lit sensible est déjà mimesis du lit intelligible . Produire une peinture, une imitation du lit sensible, c’est donc s’éloigner encore d’un degré de l’idée de lit, dont le lit sensible n’est que l’imitation. La critique platonicienne de l’art mimétique est donc entièrement liée à sa conception du rapport entre intelligible et sensible, où les apparences sensibles sont les copies des idées intelligibles, qui seules possèdent la véritable réalité.   Lyon Fresque du mur des Canuts
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    L’idéal d’un artsous surveillance […] il y a longtemps, à ce qu’il paraît, que l’on a reconnu chez les Egyptiens la vérité de ce que nous disons ici, que dans chaque Etat la jeunesse ne doit employer habituellement que ce qu’il y a de plus parfait en fait de figure et de mélodie. C’est pourquoi après en avoir choisi et déterminé les modèles, on les expose dans les temples, et il est défendu aux peintres et aux autres artistes qui font des figures ou d’autres ouvrages semblables, de rien innover, ni de s’écarter en rien de ce qui a été réglé par les lois du pays : et cette défense subsiste encore aujourd’hui, et pour les figures, et pour toute espèce de musique. Et si on veut y prendre garde, on trouvera chez eux des ouvrages de peinture ou de sculpture faits depuis dix mille ans (quand je dis mille ans, ce n’est pas pour ainsi dire, mais à la lettre), qui ne sont ni plus ni moins beaux que ceux d’aujourd’hui, et qui ont été travaillés sur les mêmes règles. Platon Lois II, 656d 657a Scène du mystère de la mort-résurrection d'Osiris. Fresque, Thèbes, 3200 A.C.