Johanna DASTE
David CORDINA
L'Âge baroque
L'invention du reflet
Chronologie de l'histoire des idées
et des mouvements artistiques en France
XVIème siècle : La Renaissance, L'Humanisme
Fin XVIème - Première moitié du XVIIème : L'Âge baroque
Deuxième moitié du XVIIème siècle : Le Classicisme
XVIIIème siècle : Les Lumières
XIXème siècle : Le Romantisme
Le mot “baroque” Adjectif portugais, Barocco, utilisé
en joaillerie pour parler d'une
perle irrégulière
Irrégulier : Qui n'entre pas dans
la règle, dans la norme. Bizarre.
Esthétiquement, c'est le
contraire de l'idée de mesure,
de symétrie ou d'harmonie.
Adjectif, mot descriptif : il fait une
différence.
Il ne parle donc pas d'un concept ou d’une
chose, comme le font les noms, mais
d'une singularité.
🡪 Le mot “baroque" nous parle d’une
façon de percevoir, d'une sensibilité.
Perles
baroques
1. Être baroque c’est quand quelque chose qui se démarque,
se détache, surprend.
🡪 La sensibilité baroque ne s’intéresse pas à ce qu’on voit
simplement mais à ce qui se singularise, qui se montre.
2. Par ailleurs, une règle est aussi une limite.
Quelque chose « d’irrégulier » sort d’un cadre, d’une attente.
🡪 L'idée de subversion, de liberté sera donc aussi associée
à ce qui est baroque.
Être
baroque
I. Une profonde instabilité sociale et politique
II. Le bouleversement de la représentation du monde
La sensibilité baroque
en France et en Europe
répond à une
Crise
civilisationnelle
majeure
Les guerres de religion
À la fin du 16ème siècle, les Guerres de religion déchirent la France.
🡪 Il s’agit d’une série de conflits sanglants opposant Catholiques
et
Protestants, appelés aussi Réformés.
I. L’instabilité sociale et politique
La France est
bouleversée par la
division de l’Église et
surtout par l’horreur
des violences, comme
le massacre de la
Saint-Barthélemy,
en août 1572.
François Dubois, Massacre de
la Saint-Barthélemy,
1572-1584
Théodore de Bry, Théâtre des cruautés, 1587
L'enthousiasme
humaniste de la
Renaissance est
profondément
remis en
question :
L’être humain est
aussi capable du
pire.
La Contre-Réforme
En réponse à la Réforme protestante, l'Église catholique
met en place la Contre-Réforme.
Sa stratégie pour reconquérir les fidèles ?
Susciter l’émotion et l’admiration et imposer ses contenus grâce au
pouvoir des images.
La Contre-Réforme et
son parti pris de la
flamboyance des images
est fondatrice de
l'esthétique baroque.
En architecture : le
grandiose et
l'ornementation
Église de Jésus, Rome
Église St Ignace, Rome
Église de Jésus, Rome
Église Ste Suzanne; Rome
Église baroque, Sicile
Cathédrale St Jacques
de Compostelle,
Espagne
Cathédrale des Quatorze
Saints, Allemagne
Cathédrale des Quatorze Saints, Allemagne
Abbaye de Melk
Autriche
Abbaye de Melk
Autriche
Église de Jésus, Rome
En peinture
l’action,
la violence,
l’expressivité
la couleur,
le contraste,
le clair-obscur
Barocci, Enée fuyant Troie, 1598
Cortona,
L’enlèvement
des Sabines,
1527
Violence sexuelle sur les
femmes
Bernini, enlèvement de Proserpine
Rubens,
La chasse au sanglier
1615
Rubens, La
chasse au lion,
1615
Caravaggio, Le
martyr de St
Matthieu, 1600
Caravaggio, David avec la tête de
Goliath, 1610
Bernini, David
Caravaggio,
Judith décapitant
Holopherne, 1599
Caravaggio, Judith décapitant
Holopherne, 1599
Caravaggio, Marie-Madeleine
en extase, 1606
Bernini, La bienheureuse
Ludovica Albertoni, 1671
II. Le bouleversement de la
représentation du monde
La découverte du Nouveau
Monde
Les « grandes découvertes », de
Vasco de Gama à Christophe Colomb
modifient et agrandissent
considérablement le monde connu.
Planisphère de Cantino, 1502
Planisphère, 1636
T. de Bry, Colomb
à Hispaniola, 1592
La découverte de nouvelles terres et de nouvelles cultures interroge, comme en
miroir, le Vieux Continent.
🡪 Fin de l'ethnocentrisme
en décentrant le point de vue européen, elle incite au relativisme.
Michel de Montaigne, Essais, Des cannibales, 1580
« ...chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage. »
La révolution
copernicienne
Les travaux de Copernic, puis de Képler et
Galilée, démontrent l'héliocentrisme.
la Terre n’est pas au centre de l’Univers :
c'est la fin du géocentrisme, qui est aussi un
dogme biblique.
Andréas Cellarius, Planisphère copernicienne, 1660
Galilée, Sidereus Nuncius, 1610
Cette découverte est un
nouveau décentrement radical
qui donne l’impression de vivre
dans un monde instable, où
rien n’est sûr : ni Bible, ni savoir
des Anciens.
🡪 Le monde doit se repenser, à
la recherche de sa forme dans
un contexte où norme,
conformité, uniformité sont
profondément remises en
question.
Vermeer, Le Géographe, 1668
Vermeer, L'Astronome, 1668
Ce sentiment
d'instabilité est à
l'origine de motifs
typiquement
baroques :
Le mouvement, la
courbe, la circularité,
la métamorphose.
Caravaggio,
Le souper à Emmaüs,
1601
Artemisia Gentileschi,
Judith décapitant Holopherne, 1612
Rubens, L’enlèvement
des filles de Leucippe, 1618
Bernini, L’enlèvement de Proserpine, 1621
Bernini, David, 1623
Borromini, Escalier hélicoïdal, 1633 ,Palais Barberini, Rome
Bernini, Baldaquin,1634, St Pierre du Vatican
Bernini, Daphné et Apollon, 1625
Michel de Montaigne, Essais, III, 2
« Je ne peins pas l’être, je peins le passage …»
La découverte copernicienne révèle encore une autre chose fondamentale :
Elle nous dit que les sens sont trompeurs et les apparences une
illusion.
Cette idée du monde comme illusion est au cœur de l'esthétique
baroque.
Si l'illusion est universelle, alors la vie est vaine et dérisoire. C’est le célèbre
passage de la Bible : “Tout est vanité”.
Ce sentiment mélancolique
s’exprime dans des tableaux typiques
du baroque :
Les Vanités
Cependant une innovation
technologique vient renouveler et
renverser cette vision pessimiste du
monde.
Philippe de Champaigne,
Vanité, 1602-1674
Hamen Steenwyck,
Allégorie aux vanités, 1640
Edwaert Collier, Vanitas, 1663
L’invention du reflet
Au XVIe siècle et XVIIe siècle,
un objet révolutionnaire
rencontre une immense
popularité et se diffuse en
Europe : le miroir verre
Cette nouvelle
technologie a été l'objet
d'un véritable
espionnage industriel
pour s'approprier les
secrets de fabrication des
maîtres verriers de
Murano à Venise
Finalement, les Français
fondent la Manufacture
royale des glaces et
innovent à leur tour.
La Galerie des Glaces, 1684, Versailles
Miroir vénitien, XVIème siècle
Miroir verre, XVIIème siècle
Cette révolution
technologique
est un
bouleversement
culturel.
🡪 Le miroir va
profondément
modifier le
rapport à l’image,
à l’imitation et à
la figuration.
Se distinguer :
C'est pouvoir s’étudier, se corriger, se transformer
C’est aussi se mettre en scène, se représenter
...et s'interroger sur l'idée même de représentation
C’est s'individualiser.
I. S’étudier, se corriger,
se transformer
À cette époque, c'est aussi
exactement le projet du très
populaire Livre du Courtisan
de l'italien Castiglione.
Ce livre éducatif vise à civiliser la
noblesse et à former le parfait
courtisan dans un idéal de
politesse, de sophistication et
de compétences sociales (
conversation, danse…)
🡪 Et plus l'idée du courtisan
idéal se perfectionne,
plus la figure du monarque
absolu s'affirme.
Louis XIV à treize ans,
dansant, 1643
Louis XIV, en Apollon
dans le Ballet royal de La
Nuit, 1654
II. Se mettre en scène, se
représenter
L'Âge baroque est celui des arts
scéniques, du spectacle
C'est l'Âge du théâtre par
excellence.
Décors, costumes, machineries :
tout affiche le goût du
spectaculaire.
Thème du théâtre dans le
théâtre où un acteur joue un
acteur ...
Mais création également de
l'opéra par Monteverdi
et l'engouement pour les ballets
de cour.
Ces ballets qui commencent à la
cour à la fin du 16ème siècle
deviendront une passion pour le
jeune Louis XIV.
Mise en scène et représentation
politique
Exemples, au tout début et à la fin
XVIIème siècle :
Rubens, Échange des deux princesses de France et
d'Espagne,1615
Louis Rigault, Portrait d'apparat
de Louis XIV, 1701
Henri IV Louis XIII
Versailles,
théâtre du
monde
Israël Sylvestre, Les
plaisirs de l'île
enchantée, 1664
Le modèle de
Versailles définit un
nouvel urbanisme
baroque qu'on
retrouvera à Nancy,
Karlsruhe, St
Pétersbourg, Bath …
La ville baroque est un
théâtre et son
souverain un metteur
en scène qui contrôle
même la nature avec
ses jardins
géométriques à la
française.
Etienne Allegrain, Promenade de louis
XIV, 1688
Pierre Patel, Vue du château et des
jardins de Versailles, 1668
III. S’interroger sur la représentation
La révolution baroque : voir le « reflet »
au XVIIème siècle les artistes baroques
n’utilisent pas le mot
« représentation » mais « reflet ».
Ce qui les intéresse dans le miroir n’est
plus la chose qui y apparait, mais un nouvel
objet : le reflet lui-même.
Le reflet est équivoque,
double : à la fois le même
et un autre, une présence et
une absence.
Paradoxalement, face à un
miroir, le moi se confirme
grâce à un autre : le reflet.
Il n’y a pas d’accès direct
à soi, il n’y a qu’une
médiation.
Une partie reste dans
l’ombre
Rembrandt, Autoportrait échevelé,1628
Cette intuition des artistes
baroques rejoint, à la
même époque, les
découvertes de Galilée et
de Descartes sur
l’optique, qui démontrent
qu’il n’y a pas d’accès
direct à la réalité :
Ce que notre œil voit
est une image de la
réalité.
D’illusion à fiction
Si le visible et le monde sont une
image, une représentation, alors
l'opposition binaire entre le vrai
et le faux disparaît pour faire
place à un troisième terme :
La fiction comme art, comme
construction, comme jeu.
On passe de :
l'idée mélancolique d'illusion :
quelque chose qui semble exister,
n'existe pas, à
l'idée ludique de fiction : faire que
quelque chose qui n'existe pas
existe : un poème, un roman, un
tableau.
Les illusions
se perdent
mais les
fictions, elles,
augmentent
et ouvrent le
monde.
C'est par exemple ce
qu'accomplit le
trompe-l'œil, tableau
baroque par
excellence, il
construit, ouvre un
espace fictif.
Borromini, Palais Spada, 1632
Peruzzi, Villa Farnesina, 1515
Houckgeest, L’intérieur de Ste
Gertrude, 1655
Tout le plaisir du trompe-l’œil
c’est de le voir se faire et se
défaire
Comme dans la sculpture du
mouvement : le point de vue
univoque, frontal est sans intérêt.
Il incite le spectateur à se déplacer
continuellement pour voir l’œuvre
sous ses différents aspects.
Gysbrechts, Mur du studio et
vanité, 1668
Ouvrir l’œil !
Gysbrechts, L’envers d’un
tableau, 1668
Ces tableaux nous
disent " je suis une
image”.
Ils montrent une
image qui se montre.
Et pousse le spectateur
à prendre conscience
de son regard.
L’œuvre d’art n’est
plus un objet dont on
contemple la beauté
mais un mystère à
découvrir, à
questionner,
un stimulant pour
l’imagination.
L'esprit critique fait son chemin et cette émancipation est le cœur
d'un nouveau courant philosophique et littéraire : les Libertins.
Webinaire 2 - L'Âge baroque
Webinaire 2 - L'Âge baroque
Webinaire 2 - L'Âge baroque
Webinaire 2 - L'Âge baroque

Webinaire 2 - L'Âge baroque

  • 1.
  • 2.
  • 3.
    Chronologie de l'histoiredes idées et des mouvements artistiques en France XVIème siècle : La Renaissance, L'Humanisme Fin XVIème - Première moitié du XVIIème : L'Âge baroque Deuxième moitié du XVIIème siècle : Le Classicisme XVIIIème siècle : Les Lumières XIXème siècle : Le Romantisme
  • 4.
    Le mot “baroque”Adjectif portugais, Barocco, utilisé en joaillerie pour parler d'une perle irrégulière Irrégulier : Qui n'entre pas dans la règle, dans la norme. Bizarre. Esthétiquement, c'est le contraire de l'idée de mesure, de symétrie ou d'harmonie. Adjectif, mot descriptif : il fait une différence. Il ne parle donc pas d'un concept ou d’une chose, comme le font les noms, mais d'une singularité. 🡪 Le mot “baroque" nous parle d’une façon de percevoir, d'une sensibilité.
  • 5.
  • 6.
    1. Être baroquec’est quand quelque chose qui se démarque, se détache, surprend. 🡪 La sensibilité baroque ne s’intéresse pas à ce qu’on voit simplement mais à ce qui se singularise, qui se montre. 2. Par ailleurs, une règle est aussi une limite. Quelque chose « d’irrégulier » sort d’un cadre, d’une attente. 🡪 L'idée de subversion, de liberté sera donc aussi associée à ce qui est baroque. Être baroque
  • 7.
    I. Une profondeinstabilité sociale et politique II. Le bouleversement de la représentation du monde La sensibilité baroque en France et en Europe répond à une Crise civilisationnelle majeure
  • 8.
    Les guerres dereligion À la fin du 16ème siècle, les Guerres de religion déchirent la France. 🡪 Il s’agit d’une série de conflits sanglants opposant Catholiques et Protestants, appelés aussi Réformés. I. L’instabilité sociale et politique
  • 9.
    La France est bouleverséepar la division de l’Église et surtout par l’horreur des violences, comme le massacre de la Saint-Barthélemy, en août 1572. François Dubois, Massacre de la Saint-Barthélemy, 1572-1584
  • 10.
    Théodore de Bry,Théâtre des cruautés, 1587 L'enthousiasme humaniste de la Renaissance est profondément remis en question : L’être humain est aussi capable du pire.
  • 11.
    La Contre-Réforme En réponseà la Réforme protestante, l'Église catholique met en place la Contre-Réforme. Sa stratégie pour reconquérir les fidèles ? Susciter l’émotion et l’admiration et imposer ses contenus grâce au pouvoir des images.
  • 12.
    La Contre-Réforme et sonparti pris de la flamboyance des images est fondatrice de l'esthétique baroque. En architecture : le grandiose et l'ornementation Église de Jésus, Rome
  • 13.
    Église St Ignace,Rome Église de Jésus, Rome
  • 14.
    Église Ste Suzanne;Rome Église baroque, Sicile
  • 15.
    Cathédrale St Jacques deCompostelle, Espagne Cathédrale des Quatorze Saints, Allemagne
  • 16.
    Cathédrale des QuatorzeSaints, Allemagne
  • 17.
  • 18.
  • 19.
  • 20.
    En peinture l’action, la violence, l’expressivité lacouleur, le contraste, le clair-obscur Barocci, Enée fuyant Troie, 1598
  • 21.
  • 22.
    Violence sexuelle surles femmes Bernini, enlèvement de Proserpine
  • 23.
    Rubens, La chasse ausanglier 1615
  • 24.
  • 25.
    Caravaggio, Le martyr deSt Matthieu, 1600
  • 26.
    Caravaggio, David avecla tête de Goliath, 1610
  • 27.
  • 28.
  • 29.
  • 30.
  • 31.
  • 32.
    II. Le bouleversementde la représentation du monde La découverte du Nouveau Monde Les « grandes découvertes », de Vasco de Gama à Christophe Colomb modifient et agrandissent considérablement le monde connu. Planisphère de Cantino, 1502 Planisphère, 1636
  • 33.
    T. de Bry,Colomb à Hispaniola, 1592
  • 34.
    La découverte denouvelles terres et de nouvelles cultures interroge, comme en miroir, le Vieux Continent. 🡪 Fin de l'ethnocentrisme en décentrant le point de vue européen, elle incite au relativisme. Michel de Montaigne, Essais, Des cannibales, 1580 « ...chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage. »
  • 35.
    La révolution copernicienne Les travauxde Copernic, puis de Képler et Galilée, démontrent l'héliocentrisme. la Terre n’est pas au centre de l’Univers : c'est la fin du géocentrisme, qui est aussi un dogme biblique. Andréas Cellarius, Planisphère copernicienne, 1660 Galilée, Sidereus Nuncius, 1610
  • 37.
    Cette découverte estun nouveau décentrement radical qui donne l’impression de vivre dans un monde instable, où rien n’est sûr : ni Bible, ni savoir des Anciens. 🡪 Le monde doit se repenser, à la recherche de sa forme dans un contexte où norme, conformité, uniformité sont profondément remises en question. Vermeer, Le Géographe, 1668
  • 38.
  • 39.
    Ce sentiment d'instabilité està l'origine de motifs typiquement baroques : Le mouvement, la courbe, la circularité, la métamorphose. Caravaggio, Le souper à Emmaüs, 1601
  • 40.
  • 41.
  • 42.
    Bernini, L’enlèvement deProserpine, 1621 Bernini, David, 1623
  • 43.
    Borromini, Escalier hélicoïdal,1633 ,Palais Barberini, Rome Bernini, Baldaquin,1634, St Pierre du Vatican
  • 44.
    Bernini, Daphné etApollon, 1625
  • 45.
    Michel de Montaigne,Essais, III, 2 « Je ne peins pas l’être, je peins le passage …» La découverte copernicienne révèle encore une autre chose fondamentale : Elle nous dit que les sens sont trompeurs et les apparences une illusion. Cette idée du monde comme illusion est au cœur de l'esthétique baroque. Si l'illusion est universelle, alors la vie est vaine et dérisoire. C’est le célèbre passage de la Bible : “Tout est vanité”.
  • 46.
    Ce sentiment mélancolique s’exprimedans des tableaux typiques du baroque : Les Vanités Cependant une innovation technologique vient renouveler et renverser cette vision pessimiste du monde.
  • 47.
  • 48.
  • 49.
  • 50.
    L’invention du reflet AuXVIe siècle et XVIIe siècle, un objet révolutionnaire rencontre une immense popularité et se diffuse en Europe : le miroir verre
  • 51.
    Cette nouvelle technologie aété l'objet d'un véritable espionnage industriel pour s'approprier les secrets de fabrication des maîtres verriers de Murano à Venise Finalement, les Français fondent la Manufacture royale des glaces et innovent à leur tour. La Galerie des Glaces, 1684, Versailles
  • 52.
    Miroir vénitien, XVIèmesiècle Miroir verre, XVIIème siècle
  • 54.
    Cette révolution technologique est un bouleversement culturel. 🡪Le miroir va profondément modifier le rapport à l’image, à l’imitation et à la figuration.
  • 55.
    Se distinguer : C'estpouvoir s’étudier, se corriger, se transformer C’est aussi se mettre en scène, se représenter ...et s'interroger sur l'idée même de représentation C’est s'individualiser.
  • 56.
    I. S’étudier, secorriger, se transformer À cette époque, c'est aussi exactement le projet du très populaire Livre du Courtisan de l'italien Castiglione. Ce livre éducatif vise à civiliser la noblesse et à former le parfait courtisan dans un idéal de politesse, de sophistication et de compétences sociales ( conversation, danse…) 🡪 Et plus l'idée du courtisan idéal se perfectionne, plus la figure du monarque absolu s'affirme.
  • 57.
    Louis XIV àtreize ans, dansant, 1643 Louis XIV, en Apollon dans le Ballet royal de La Nuit, 1654
  • 58.
    II. Se mettreen scène, se représenter L'Âge baroque est celui des arts scéniques, du spectacle C'est l'Âge du théâtre par excellence. Décors, costumes, machineries : tout affiche le goût du spectaculaire. Thème du théâtre dans le théâtre où un acteur joue un acteur ... Mais création également de l'opéra par Monteverdi et l'engouement pour les ballets de cour. Ces ballets qui commencent à la cour à la fin du 16ème siècle deviendront une passion pour le jeune Louis XIV.
  • 59.
    Mise en scèneet représentation politique Exemples, au tout début et à la fin XVIIème siècle : Rubens, Échange des deux princesses de France et d'Espagne,1615
  • 60.
    Louis Rigault, Portraitd'apparat de Louis XIV, 1701
  • 61.
  • 62.
    Versailles, théâtre du monde Israël Sylvestre,Les plaisirs de l'île enchantée, 1664
  • 65.
    Le modèle de Versaillesdéfinit un nouvel urbanisme baroque qu'on retrouvera à Nancy, Karlsruhe, St Pétersbourg, Bath … La ville baroque est un théâtre et son souverain un metteur en scène qui contrôle même la nature avec ses jardins géométriques à la française. Etienne Allegrain, Promenade de louis XIV, 1688 Pierre Patel, Vue du château et des jardins de Versailles, 1668
  • 67.
    III. S’interroger surla représentation La révolution baroque : voir le « reflet » au XVIIème siècle les artistes baroques n’utilisent pas le mot « représentation » mais « reflet ». Ce qui les intéresse dans le miroir n’est plus la chose qui y apparait, mais un nouvel objet : le reflet lui-même.
  • 68.
    Le reflet estéquivoque, double : à la fois le même et un autre, une présence et une absence. Paradoxalement, face à un miroir, le moi se confirme grâce à un autre : le reflet. Il n’y a pas d’accès direct à soi, il n’y a qu’une médiation. Une partie reste dans l’ombre Rembrandt, Autoportrait échevelé,1628
  • 69.
    Cette intuition desartistes baroques rejoint, à la même époque, les découvertes de Galilée et de Descartes sur l’optique, qui démontrent qu’il n’y a pas d’accès direct à la réalité : Ce que notre œil voit est une image de la réalité.
  • 70.
    D’illusion à fiction Sile visible et le monde sont une image, une représentation, alors l'opposition binaire entre le vrai et le faux disparaît pour faire place à un troisième terme : La fiction comme art, comme construction, comme jeu. On passe de : l'idée mélancolique d'illusion : quelque chose qui semble exister, n'existe pas, à l'idée ludique de fiction : faire que quelque chose qui n'existe pas existe : un poème, un roman, un tableau.
  • 71.
    Les illusions se perdent maisles fictions, elles, augmentent et ouvrent le monde. C'est par exemple ce qu'accomplit le trompe-l'œil, tableau baroque par excellence, il construit, ouvre un espace fictif.
  • 72.
    Borromini, Palais Spada,1632 Peruzzi, Villa Farnesina, 1515 Houckgeest, L’intérieur de Ste Gertrude, 1655
  • 74.
    Tout le plaisirdu trompe-l’œil c’est de le voir se faire et se défaire Comme dans la sculpture du mouvement : le point de vue univoque, frontal est sans intérêt. Il incite le spectateur à se déplacer continuellement pour voir l’œuvre sous ses différents aspects.
  • 75.
    Gysbrechts, Mur dustudio et vanité, 1668
  • 76.
    Ouvrir l’œil ! Gysbrechts,L’envers d’un tableau, 1668
  • 77.
    Ces tableaux nous disent" je suis une image”. Ils montrent une image qui se montre. Et pousse le spectateur à prendre conscience de son regard. L’œuvre d’art n’est plus un objet dont on contemple la beauté mais un mystère à découvrir, à questionner, un stimulant pour l’imagination. L'esprit critique fait son chemin et cette émancipation est le cœur d'un nouveau courant philosophique et littéraire : les Libertins.