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“ CHAPITRE II
Vers une autonomie de l’art
1- La soif de la Renaissance
- Les maîtres de Florence
- Rome et Venise
- La Renaissance en Europe
63
Chapitre II :
Vers une autonomie de l’art
Les deux grandes révolutions esthétiques, celle de la Grèce et celle du
monde islamique, sont considérées comme des apogées de l’art dans leur
époque. Elles ont créé, chacune selon sa destinée, un équilibre adéquat
entre la religion et la science, en libérant la création de sa coquille mythique
et nébuleuse, tout en établissant pour les hommes un art de vivre distingué
et hautement élevé.
La première, celle de la Grèce, s’est inspirée de la culture asiatique, tout en
s’alimentant du legs de son environnement méditerranéen, avant de créer
une vision originale sur le monde.
Avec elle, les bases de la philosophie, de la science et de l’esthétique
sont fondées, des bases non raffinées encore, certes, gardant en elles,
ainsi que la vision qui les a fondées, un polythéisme complexe avec sa
mythologie surnaturelle, et une morale assez pauvre. Seulement, on doit
l’admettre, l’esthétique, comme la pensée qui l’oriente, chez les Grecs, s’est
élancée depuis sa naissance vers un but : la recherche de la vérité, sans se
préoccuper, toutefois, de la noblesse du cœur et de l’élévation de l’âme.
Entre l’expression dionysiaque et l’esprit apollinien, l’incompatibilité persiste
avec le manque de morale et l’absence même de l’élan spirituel.
En comblant ces lacunes, la deuxième révolution sera plus importante. La
religion islamique, jaillie dans le désert pour envahir le monde dans son
élan universel, a engendré nécessairement une grande diversification de
créations originales mais unifiées par le souffle spirituel, la langue sacrée
et d’autres facteurs. La pensée islamique, tout en s’alimentant de son
64
environnement primitif, l’Arabie, s’est inspirée de toute la culture antique,
avant de mettre en symbiose tout ce legs culturel, constituant ainsi un pont
indispensable pour la Renaissance et la vision moderne. La vision abstraite
de l’art islamique, engendrée par cette pensée épurée, est une nécessité
pour le fidèle musulman afin de s’élever dans le spirituel, avec son âme et
sa pensée.
Toute l’esthétique islamique et toute la pensée islamique ont comme
base fondamentale l’Islam. Sans cette religion, sans ses éléments, ses
manifestations et ses dimensions, elles n’existeraient pas tout simplement.
Dans toutes les sciences et tous les arts produits en terre d’Islam, le souffle
spirituel est prédominant, ce qui nous fait dire que l’esthétique, comme la
pensée qui l’oriente, en terre d’Islam, ont pour but la quête du spirituel.
Pour résumer, on souligne que l’art et la pensée des Grecs, qui ont épuré
les formes de l’Antiquité dans une simplicité harmonieuse, se sont voués
à la recherche de la vérité, tandis que l’art et la pensée islamique, dans
une fièvre spirituelle propre au monde médiéval, se sont élevés dans une
abstraction conceptuelle, héritée de l’Orient mais épurée à l’extrême,
reniant l’imitation de la nature, donnant aux formes perçues et non vues
une orientation symbolique.
Il reste à dire que la vision grecque, qui va engendrer celle de l’Europe
puis de l’Occident, est ouverte dans sa conception, mais close dans sa
structure, puisqu’elle se préoccupe seulement de ses citoyens, en classant
tous les peuples du monde dans la barbarie, même en s’inspirant de leurs
cultures. La deuxième révolution, quant-à-elle, est close dans sa conception
symbolique, puisqu’elle reste dominée par la religion qui lui souffle ses
precepts, mais elle est ouverte dans sa structure, favorisant à chaque région
son autonomie et son style propres, considérant tous les hommes égaux
unis dans la communauté islamique, tout en débordant l’esprit terrestre
pour tendre vers des horizons spirituels.
65
La pensée grecque et l’esprit islamique, qui ont bouleversé la culture
dans son évolution, et la civilisation dans son essor, et se sont épanouis,
chacun selon son époque, dans un art vivre distinct, vont aider l’Europe
occidentale, après sa formation, à sortir de son âge ténébreux, et à créer
sa vision moderne, une vision jaillie en Florence, pour embrasser le monde
européen de ses feux.
1- La soif de l’émancipation dans la Renaissance :
Par une soif totale de liberté consciente et d’émancipation, la culture de
la Renaissance annonce des tendances de scepticisme et de rationalisme
modernes. S’éloignant des craintes médiévales, l’artiste, surgi de l’artisan,
pour la première fois, tente d’acquérir le droit à la liberté d’expression ;son
art n’obéira plus qu’à ses propres lois ; l’observation naturaliste et religieuse
prédomine sur les commandements de la Foi; le sens de la Beauté, éludé
par la pensée chrétienne, se découvre à travers ses sources, chez les Grecs
et les Romains. Enfin, l’immense travail scientifique accompli par les savants
de l’Antiquité et dans le monde islamique, travail mal montré par l’Eglise,
est redécouvert avec éclat. Selon cette vision moderne, la religion n’est
pas écartée, mais canalisée par le rationalisme, c’est-à-dire par une raison
adaptée à l’époque et conforme aux intérêts politiques et économiques,
afin de libérer l’esprit des dogmes abstraits. Ainsi, se sont établis, dans un
paradoxe inouï, l’esthétique de l’image, héritée des Grecs, et l’impérialisme
occidental qui diffuse cette vision, héritée des Romains.
Les sciences et les arts s’ordonnent et s’organisent, tout en se développant,
selon cette vision, libérés de la mythologie et de la symbolique, tout en
s’inspirant de leurs éléments, sans pouvoir arracher, néanmoins, leur
autonomie aux nouvelles idéologies impérialistes. Toutefois, l’art s’établit,
encore une fois, comme équilibre entre la religion et la science, entre le
spirituel et le rationnel, surtout en Italie.
66
Succédant à l’irréalisme médiéval, une grande curiosité s’est produite,
voulant observer la nature dans ses fins détails, appuyée sur l’inspiration
de l’art antique. Le développement de la science, avec Copernic, Galilée et
Kepler, et de l’imprimerie avec Gutenberg, incite les artistes à rechercher
les grandes lois qui régissent le monde, et à étudier des sciences comme
la géométrie, l’anatomie et la perspective. Florence, Rome et Venise,
berceaux de la nouvelle vision, diffusent leurs idées et leurs découvertes
durant presque deux siècles, à travers l’Europe, fondant ainsi une civilisation
moderne.
Le véritable précurseur de cette renaissance est Giotto, apparu dès la fin XIII°
siècle. Tout en humanisant la religion hiératique de Byzance, Giotto a donné
à la fresque son ampleur qui convient à la sobriété de ses formes. Il a traité
ses personnages en volumes, tout en les détachant de l’arrière-plan et en
les définissant dans l’espace. Il a su comme on l’a dit en son temps, marier
« laVérité avec la grandeur antique ». En orientant son art vers l’humain,
le naturel et la réalité présente, il a réussi à représenter des actions, des
situations et des attitudes précises et concrètes, il n’a cessé aussi d’introduire
dans sa peinture le profane et le burlesque.
Les maitres de Florence :
La succession de Giotto est assurée par trois artistes : le sculpteur et
architecte Brunelleschi, le sculpteur Donatello et le peinture Masaccio.
Après avoir étudié les monuments antiques de Rome, Brunelleschi éleva
en quinze ans la magnifique coupole de la cathédrale de Florence, où se
combinent la puissance et l’élégance de l’art nouveau, une coupole aux
dimensions inégalées (42 mètres de diamètre et 106 mètres de haut), dont
la hardiesse stupéfia les contemporains. Le sculpteur Donatello représenta
le corps humain avec exactitude et puissance, tout en arrivant à rendre
sensibles, par l’expression du visage, comme dans la statue de Saint-Georges,
le frémissement intérieur et la noblesse du personnage. Masaccio est
67
l’un des premiers peintres à étudier scientifiquement la perspective et
l’anatomie, tout comme les deux artistes cités. Il transpose la sainteté des
personnages en simple humanité par le naturel des gestes, tout en montrant
dans ses fresques un sens rigoureux de la perspective. Aucune concession au
pittoresque dans ses scènes religieuses empreintes de gravité. En plaçant les
personnages à des plans différents, en les situant dans un cadre architectural
ouvert sur des paysages lointains, l’artiste a su leur conférer une grandeur
et une dignité nouvelles.
Le travail inachevé de Masaccio est terminé par son élève Filippo Lippi,
comme il a touché par son influence plusieurs artistes, comme Piro Della
Francesca et Raphaël.
Dès le début du XV° siècle, les peintres italiens out rompu avec les traditions
romano-gothiques, en s’engageant dans des voies nouvelles, voulant libérer
l’esprit de son carcan dogmatique. Dans les fresques et les tableaux, la figure
humaine passe au premier plan, et l’art du portrait connaît un grand succès.
Les visages ne se détachent plus sur un fond d’or, mais sur un décor concret
qui représente un paysage, une ville ou l’intérieur d’une maison.
L’artiste de la Renaissance ne se contente plus d’être un artisan, mais aussi
un savant et un érudit. Les artistes sont en liaison avec les humanistes,
étudiant les monuments de l’Antiquité, lisant et écrivant parfois des traités
d’architecture, de perspective et d’anatomie. Ils deviennent des maîtres
connus qui signent leurs tableaux, vivant dans l’entourage des princes.
Les humanistes, apparus en Italie à partir du XIV° siècle, s’enthousias-
ment pour l’héritage culturel et artistique de l’Antiquité et cherchent à lui
rendre vie. Les précurseurs de ce mouvement sont Pétrarque et Boccace,
mais c’est à Florence, au XV° siècle qu’il atteint son plein essor, grâce au
mécénat des princes. Les humanistes ont cherché d’abord à mieux connaître
68
l’Antiquité, dont les œuvres étaient cachées par l’Eglise du Moyen-Age qui
les considérait avec méfiance comme l’œuvre des païens.
Les savants arabes de Sicile et d’Espagne traduisaient, étudiaient les œuvres
des philosophes Grecs et celles des savants de l’Antiquité, tout en produisant
les leurs. Leur situation dans ces deux régions leur favorisait une liaison
avec le monde européen auquel ils transmettaient les œuvres d’autres
savants musulmans. L’arrivée en Italie, aussi de savants byzantins, chassés
de Constantinople par l’invasion turque, permit de lire de nouveaux textes
grecs dans la langue d’origine. Une des tâches essentielles des humanités
fut de sauver de la destruction des manuscrits d’auteurs anciens, dont ils
constituèrent des collections. Les princes qui les protégeaient, en particulier
les papes au Vatican, les Médecis à Florence et le duc d’Urbino, fondèrent
de grandes bibliothèques pour abriter ces collections. En utilisant les
ressources de la pensée et de l’art antique, les humanistes cherchaient à
exprimer les nouvelles aspirations de l’homme, trouvant dans l’Antiquité
un idéal moral et politique qui répond aux exigences de la société urbaine
dans laquelle ils vivaient.
L’humanisme s’est d’abord développé en Italie, où le souvenir de la grandeur
de Rome était resté plus vivant qu’ailleurs. Dans de nombreuses villes comme
Florence ou Ferrare, apparaît une vie de cour brillante, et des princes qui
rassemblent autour d’eux les grands noms de la littérature et des arts. Après
1450, lemouvement gagneRome,etparlaLombardie,pénètreen Allemagne
et en France, où le développement de l’imprimerie favorise ses progrès.
La fin du XV° siècle voit s’épanouir de nombreux talents artistiques.
Parmi eux, on cite Verrocchio, peintre, sculpteur et orfèvre, précurseur
immédiat de Léonard de Vinci ; Botticelli est l’un des peintres à adopter les
sujets profanes inspirés de la mythologie. On cite enfin Signorelli, peintre
monumental, préoccupé de la beauté musculaire et de la force athlétique.
La puissance dramatique de ses personnages annoncent Michel-Ange.
69
Ayant une conception réaliste du corps humain, les artistes Grecs ont essayé
d’humaniser les dieux et d’idéaliser l’homme, parvenant ainsi à une beauté
idéale du nu, surtout chez les sculpteurs, comme Phidias et Praxitèle. Cette
beauté idéale n’a été atteinte chez les artistes grecs qu’après une observation
minutieuse du corps humain. Cette recherche est rapidement oubliée par
les générations ultérieures qui vont copier les modèles helléniques, au lieu
de s’inspirer de la réalité. On a dû attendre la Renaissance pourvoir jaillir
la grande révolution artistique, commencée par Giotto et développée par
Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël.
Savant, écrivain, poète, musicien, chanteur, sculpteur et peintre, Léonard
de Vinci apparaît comme un génie universel complet, sinon la plus haute
expression de la pensée de son époque. Son « Traité de la peinture »
témoigne de la rigueur avec laquelle il conduit ses recherches. Pour lui,
peindre est « Cosa mentale », une chose de l’esprit. Sa peinture, dont il ne
reste qu’une fresque à Milan « La Cène » et quelques tableaux, n’est qu’une
infime partie de son activité. Ses carnets, cinq mille pages manuscrites et
illustrées, témoignent de l’immensité de ses lectures et de ses intuitions
prophétiques.
Léonard de Vinci, tout en traitant des sujets religieux, souligne la beauté
humaine, la rendant presque angélique. Michel-Ange, par contre, traite ses
prophètes en athlètes surhumains, tandis que Raphaël les compose dans
une harmonie suave.
Rome et Venise :
Toutes les aspirations, les passions et les émotions de l’homme, s’incarnent
dans les nus que Michel-Ange représente presque toujours en action.
Architecte, sculpteur, peintre et poète florentin, Michel-Ange se considère
comme un sculpteur avant tout. Pourtant, les fresques de la Chapelle Sixtine
sont sans doute les plus puissantes œuvres picturales jamais égalées.
S’inspirant des modèles vivants, ainsi que des cadavres qu’il dissèque
70
secrètement, s’appuyant sur ses connaissances de la sculpture classique et
de l’anatomie, Michel-Ange a su bien exprimer l’héroïsme du destin humain,
avec sa peinture hallucinante. Une sorte de malédiction divine souffle sur
des personnages tourmentés dans leurs luttes et leurs souffrances. « Pas
d’air, pas de paysage, pas de nature, dira Romain Rolland, rien qu’une odeur
fauve d’humanité ». Comme architecte, il continue les travaux de Bramante
à Saint-Pierre de Rome qu’il surmonte de la plus vaste coupole du monde :
42 mètres de diamètre et 123 de haut.
Bien différente est l’œuvre de Raphaël, épanouie et radieuse. Son
existence glorieuse mais brève est marqué par le succès. Le Mariage de
la Vierge a fait sa réputation. Il a su assimiler le sfumato de Léonard de
Vinci et la composition monumentale de Michel-Ange. La sérénité de ses
Madones s’est imposée durant trois siècles comme canon de la beauté. Sa
connaissance profonde de l’art antique et sa ferveur religieuse lui ont permis
d’assimiler ces deux mondes antagoniques.
L’école de Venise est différente de celle de Rome. Plus délicate, elle
s’intéresse au coloris plus qu’à la forme. Le Titien donne l’essor à cette école,
tout en menant une carrière internationale, en travaillant pour Philippe II
et François 1er. Dans son âge mur, il produit quatre mille tableaux. Après sa
mort, Véronèse et le Tintoret s’inscrivent dans sa voie.
La renaissance en Europe :
La Flandre, l’Allemagne et la France voient naître des génies, également.
Flamands, les frères Van Eyek s’imposent avec force dans la technique de la
peinture à l’huile, qu’ils ont inventée. Les Pays-Bas du Nord, qui vont devenir
plus tard, un des plus grands centres artistiques du monde, ont été aux XV°
et XVI° siècles pauvres en artistes. Les plus originaux et les plus fantastiques
sont Gérôme Bosch et Pieter Breugel.
71
De l’Allemagne, on distingue deux génies : Albert Dürer et Hans Holbein. Le
premier publie un recueil de saisissantes gravures sur bois et sur cuivre. Sa
minutie poussée au paroxysme, son goût des allégories parfois ésotériques,
témoignent d’un mysticisme complexe. Holbein apporte à ses œuvres la
même précision calculée, mais avec un sens d’élégance. Grünewald se
révèle un coloriste tourmenté.
En France, François 1er, un grand mécène, appelle auprès de lui Léonard
de Vinci et l’orfèvre réputé Benvenuto Cellini pour lequel de nombreux
artistes français travaillent. Malgré cela, l’art en France reste plus au moins
attaché au style gothique, les châteaux sont pour la plupart des édifices
de transition. Parmi les sculpteurs, Jean Goujon et Germain Pilon traitent
des sujets à la manière antique. La peinture, très attachée au portrait, est
représentée par Jean Fouquet et Jean Clouet.
Si la science du Moyen-Age était surtout théologique, tendant vers la
philosophie scolastique, la Renaissance élève l’humanisme au rang
de science. Pour la première fois, depuis un millénaire, l’homme a osé
regarder son corps, il l’a trouvé beau, au point de le reproduire nu, mais
pour l’explorer, il a dû le disséquer. Dans une Italie prospère mais divisée en
cités princières la culture a pris le dessus, faisant de l’art un flambeau qui
chasse les traditions médiévales ténébreuses. Cet art se libère de son carcan,
prêt pour l’aventure moderne. Avec le mécénat généreux des princes et des
papes, l’artiste, surgi de l’artisan, cherche d’autres horizons, choyé et glorifié
par l’élite bourgeoise, étatique ou religieuse. Dans sa quête de la vérité, il
tend à être polyvalent et encyclopédiste, soucieux de rassembler les deux
postulats-matérialiste et métaphysique-que chacun porte toujours en soi.
Il est vrai que l’autonomie de l’art ne s’est pas encore réalisée, mais les
artistes, selon leur génie et leur labeur, sont plus respectés et honorés dans
la cour princière. Le mécénat subventionne leurs travaux et les protège,
mais il leur commande des sujets conformes à son idéologie religieuse,
72
politique ou économique, tout en laissant libres quant à l’expression et
à la technique utilisée par chacun d’eux. D’où la variété des écoles et la
divergence des styles.
La beauté idéale est recherchée par les artistes de Florence et de Rome; elle
lancera le classicisme. Dans cet idéal, le corps humain, le nu et le portrait
restent toujours un défi pour les artistes, mais tandis que les artistes italiens
ont cherché, dans cette beauté idéale la sérénité et la mesure, ceux de la
France, manquant d’originalité et de liberté, mettent en valeur le portrait,
résignés aux commandes égoïstes. D’ailleurs, le portrait, dansla Renaissance,
annonce sa gloire dans toute l’Europe occidentale, perpétuant les souvenirs
des rois et des princes, des savants et des philosophes. Avec lui, s’articule
l’autoportrait, à travers lequel l’artiste cherche à révéler les profondeurs de
son âme, d’où une tendance plus épaniouie vers l’expression.
C’est avec Dürer et l’école allemande que l’expression trouve ses dimensions.
Ne s’intéressant pas à l’idéal italien, les artistes du Nord se sont penchés
très tôt, depuis le gothique, vers l’expression de leurs phantasmes, des
luttes de l’homme et de ses souffrances, avec une minutie si rigoureuse
qu’ils explorent avec elle le monde des arts graphiques. Depuis Gütenberg
et Dürer, l’élan créateur en Allemagne est ainsi prédestiné à l’expression et
aux arts graphiques, à travers des recherches rigoureuses mais chargées
d’une angoisse propre à l’âme germanique et à la nature du Nord.
Toujours, avec cette expression libérée, les artistes du Nord vont explorer,
aussi, avec Gérôme Bosch, ce monde des phantasmes souterrains, pleins
de monstres grotesques, d’agitations morbides et de passions charnelles,
donnant libre cours au baroque tempétueux de Rubens, et plus tard, à l’ex-
pressionnisme troublant de Van-Gogh et de Munch.
73
Rares sont les arts qui atteignent leur apogée dans leur époque en assimilant
les deux grands concepts antagoniques, le statique et le mouvant, exprimés
dans le senti et le pensé, dans un équilibre adéquat. L’art de la Renaissance
illustre cet équilibre, surtout en Italie et dans les pays nordiques, là où la
culture est tendue vers l’autonomie. Par contre, les royaumes impérialistes,
comme la France, l’Angleterre et l’Espagne, vont se servir de cette richesse
culturelle pour rayonner. Ils bloquent la culture dans son élan créateur, en
l’alourdissant de leurs exigences idéologiques.
L’apogée, tant attendu, n’a duré qu’un moment; mal mené par les convoitises
impérialistes qui veulent s’accaparer du monde, au moment où l’humanisme
appelle à la libération de l’homme, l’art perd le souffle de la création, même
en Italie, foyer de l’embrasement.
Lors du déclin de cet art, avec les derniers travaux de Michel-Ange et de
Raphaël, on a pu voir les premices d’un autre style, tout à fait mouvant, suivi
par un autre, et confronté à lui, tout à fait statique. Deux styles antagoniques
déclinés de l’art de la Renaissance.  
2- Le baroque et le classicisme
Les Italiens, amoureux du changement et créateurs de la nouvelle vision
moderne, se sont lassés de se voir soumis à un art qui décline dans ses
tâtonnements maniéristes. Leur vision fougueuse les a poussés à chercher
des changements, dans un style neuf, tempétueux et fascinant. Le baroque
reflète, par sa mouvance, les passions et les horizons de ce peuple. Voyant
son succès auprès des initiés, l’Eglise catholique le mit à son service, voulant
promouvoir les thèmes religieux de la Contre-Réforme.
C’est ainsi qu’il connaîtra des résistances dans les pays de la Réforme, et où
va se développer un art protestant. Il connaîtra aussi des réticences dans

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  • 1. Modifiez le style du titre 1 “ CHAPITRE II Vers une autonomie de l’art 1- La soif de la Renaissance - Les maîtres de Florence - Rome et Venise - La Renaissance en Europe
  • 2. 63 Chapitre II : Vers une autonomie de l’art Les deux grandes révolutions esthétiques, celle de la Grèce et celle du monde islamique, sont considérées comme des apogées de l’art dans leur époque. Elles ont créé, chacune selon sa destinée, un équilibre adéquat entre la religion et la science, en libérant la création de sa coquille mythique et nébuleuse, tout en établissant pour les hommes un art de vivre distingué et hautement élevé. La première, celle de la Grèce, s’est inspirée de la culture asiatique, tout en s’alimentant du legs de son environnement méditerranéen, avant de créer une vision originale sur le monde. Avec elle, les bases de la philosophie, de la science et de l’esthétique sont fondées, des bases non raffinées encore, certes, gardant en elles, ainsi que la vision qui les a fondées, un polythéisme complexe avec sa mythologie surnaturelle, et une morale assez pauvre. Seulement, on doit l’admettre, l’esthétique, comme la pensée qui l’oriente, chez les Grecs, s’est élancée depuis sa naissance vers un but : la recherche de la vérité, sans se préoccuper, toutefois, de la noblesse du cœur et de l’élévation de l’âme. Entre l’expression dionysiaque et l’esprit apollinien, l’incompatibilité persiste avec le manque de morale et l’absence même de l’élan spirituel. En comblant ces lacunes, la deuxième révolution sera plus importante. La religion islamique, jaillie dans le désert pour envahir le monde dans son élan universel, a engendré nécessairement une grande diversification de créations originales mais unifiées par le souffle spirituel, la langue sacrée et d’autres facteurs. La pensée islamique, tout en s’alimentant de son
  • 3. 64 environnement primitif, l’Arabie, s’est inspirée de toute la culture antique, avant de mettre en symbiose tout ce legs culturel, constituant ainsi un pont indispensable pour la Renaissance et la vision moderne. La vision abstraite de l’art islamique, engendrée par cette pensée épurée, est une nécessité pour le fidèle musulman afin de s’élever dans le spirituel, avec son âme et sa pensée. Toute l’esthétique islamique et toute la pensée islamique ont comme base fondamentale l’Islam. Sans cette religion, sans ses éléments, ses manifestations et ses dimensions, elles n’existeraient pas tout simplement. Dans toutes les sciences et tous les arts produits en terre d’Islam, le souffle spirituel est prédominant, ce qui nous fait dire que l’esthétique, comme la pensée qui l’oriente, en terre d’Islam, ont pour but la quête du spirituel. Pour résumer, on souligne que l’art et la pensée des Grecs, qui ont épuré les formes de l’Antiquité dans une simplicité harmonieuse, se sont voués à la recherche de la vérité, tandis que l’art et la pensée islamique, dans une fièvre spirituelle propre au monde médiéval, se sont élevés dans une abstraction conceptuelle, héritée de l’Orient mais épurée à l’extrême, reniant l’imitation de la nature, donnant aux formes perçues et non vues une orientation symbolique. Il reste à dire que la vision grecque, qui va engendrer celle de l’Europe puis de l’Occident, est ouverte dans sa conception, mais close dans sa structure, puisqu’elle se préoccupe seulement de ses citoyens, en classant tous les peuples du monde dans la barbarie, même en s’inspirant de leurs cultures. La deuxième révolution, quant-à-elle, est close dans sa conception symbolique, puisqu’elle reste dominée par la religion qui lui souffle ses precepts, mais elle est ouverte dans sa structure, favorisant à chaque région son autonomie et son style propres, considérant tous les hommes égaux unis dans la communauté islamique, tout en débordant l’esprit terrestre pour tendre vers des horizons spirituels.
  • 4. 65 La pensée grecque et l’esprit islamique, qui ont bouleversé la culture dans son évolution, et la civilisation dans son essor, et se sont épanouis, chacun selon son époque, dans un art vivre distinct, vont aider l’Europe occidentale, après sa formation, à sortir de son âge ténébreux, et à créer sa vision moderne, une vision jaillie en Florence, pour embrasser le monde européen de ses feux. 1- La soif de l’émancipation dans la Renaissance : Par une soif totale de liberté consciente et d’émancipation, la culture de la Renaissance annonce des tendances de scepticisme et de rationalisme modernes. S’éloignant des craintes médiévales, l’artiste, surgi de l’artisan, pour la première fois, tente d’acquérir le droit à la liberté d’expression ;son art n’obéira plus qu’à ses propres lois ; l’observation naturaliste et religieuse prédomine sur les commandements de la Foi; le sens de la Beauté, éludé par la pensée chrétienne, se découvre à travers ses sources, chez les Grecs et les Romains. Enfin, l’immense travail scientifique accompli par les savants de l’Antiquité et dans le monde islamique, travail mal montré par l’Eglise, est redécouvert avec éclat. Selon cette vision moderne, la religion n’est pas écartée, mais canalisée par le rationalisme, c’est-à-dire par une raison adaptée à l’époque et conforme aux intérêts politiques et économiques, afin de libérer l’esprit des dogmes abstraits. Ainsi, se sont établis, dans un paradoxe inouï, l’esthétique de l’image, héritée des Grecs, et l’impérialisme occidental qui diffuse cette vision, héritée des Romains. Les sciences et les arts s’ordonnent et s’organisent, tout en se développant, selon cette vision, libérés de la mythologie et de la symbolique, tout en s’inspirant de leurs éléments, sans pouvoir arracher, néanmoins, leur autonomie aux nouvelles idéologies impérialistes. Toutefois, l’art s’établit, encore une fois, comme équilibre entre la religion et la science, entre le spirituel et le rationnel, surtout en Italie.
  • 5. 66 Succédant à l’irréalisme médiéval, une grande curiosité s’est produite, voulant observer la nature dans ses fins détails, appuyée sur l’inspiration de l’art antique. Le développement de la science, avec Copernic, Galilée et Kepler, et de l’imprimerie avec Gutenberg, incite les artistes à rechercher les grandes lois qui régissent le monde, et à étudier des sciences comme la géométrie, l’anatomie et la perspective. Florence, Rome et Venise, berceaux de la nouvelle vision, diffusent leurs idées et leurs découvertes durant presque deux siècles, à travers l’Europe, fondant ainsi une civilisation moderne. Le véritable précurseur de cette renaissance est Giotto, apparu dès la fin XIII° siècle. Tout en humanisant la religion hiératique de Byzance, Giotto a donné à la fresque son ampleur qui convient à la sobriété de ses formes. Il a traité ses personnages en volumes, tout en les détachant de l’arrière-plan et en les définissant dans l’espace. Il a su comme on l’a dit en son temps, marier « laVérité avec la grandeur antique ». En orientant son art vers l’humain, le naturel et la réalité présente, il a réussi à représenter des actions, des situations et des attitudes précises et concrètes, il n’a cessé aussi d’introduire dans sa peinture le profane et le burlesque. Les maitres de Florence : La succession de Giotto est assurée par trois artistes : le sculpteur et architecte Brunelleschi, le sculpteur Donatello et le peinture Masaccio. Après avoir étudié les monuments antiques de Rome, Brunelleschi éleva en quinze ans la magnifique coupole de la cathédrale de Florence, où se combinent la puissance et l’élégance de l’art nouveau, une coupole aux dimensions inégalées (42 mètres de diamètre et 106 mètres de haut), dont la hardiesse stupéfia les contemporains. Le sculpteur Donatello représenta le corps humain avec exactitude et puissance, tout en arrivant à rendre sensibles, par l’expression du visage, comme dans la statue de Saint-Georges, le frémissement intérieur et la noblesse du personnage. Masaccio est
  • 6. 67 l’un des premiers peintres à étudier scientifiquement la perspective et l’anatomie, tout comme les deux artistes cités. Il transpose la sainteté des personnages en simple humanité par le naturel des gestes, tout en montrant dans ses fresques un sens rigoureux de la perspective. Aucune concession au pittoresque dans ses scènes religieuses empreintes de gravité. En plaçant les personnages à des plans différents, en les situant dans un cadre architectural ouvert sur des paysages lointains, l’artiste a su leur conférer une grandeur et une dignité nouvelles. Le travail inachevé de Masaccio est terminé par son élève Filippo Lippi, comme il a touché par son influence plusieurs artistes, comme Piro Della Francesca et Raphaël. Dès le début du XV° siècle, les peintres italiens out rompu avec les traditions romano-gothiques, en s’engageant dans des voies nouvelles, voulant libérer l’esprit de son carcan dogmatique. Dans les fresques et les tableaux, la figure humaine passe au premier plan, et l’art du portrait connaît un grand succès. Les visages ne se détachent plus sur un fond d’or, mais sur un décor concret qui représente un paysage, une ville ou l’intérieur d’une maison. L’artiste de la Renaissance ne se contente plus d’être un artisan, mais aussi un savant et un érudit. Les artistes sont en liaison avec les humanistes, étudiant les monuments de l’Antiquité, lisant et écrivant parfois des traités d’architecture, de perspective et d’anatomie. Ils deviennent des maîtres connus qui signent leurs tableaux, vivant dans l’entourage des princes. Les humanistes, apparus en Italie à partir du XIV° siècle, s’enthousias- ment pour l’héritage culturel et artistique de l’Antiquité et cherchent à lui rendre vie. Les précurseurs de ce mouvement sont Pétrarque et Boccace, mais c’est à Florence, au XV° siècle qu’il atteint son plein essor, grâce au mécénat des princes. Les humanistes ont cherché d’abord à mieux connaître
  • 7. 68 l’Antiquité, dont les œuvres étaient cachées par l’Eglise du Moyen-Age qui les considérait avec méfiance comme l’œuvre des païens. Les savants arabes de Sicile et d’Espagne traduisaient, étudiaient les œuvres des philosophes Grecs et celles des savants de l’Antiquité, tout en produisant les leurs. Leur situation dans ces deux régions leur favorisait une liaison avec le monde européen auquel ils transmettaient les œuvres d’autres savants musulmans. L’arrivée en Italie, aussi de savants byzantins, chassés de Constantinople par l’invasion turque, permit de lire de nouveaux textes grecs dans la langue d’origine. Une des tâches essentielles des humanités fut de sauver de la destruction des manuscrits d’auteurs anciens, dont ils constituèrent des collections. Les princes qui les protégeaient, en particulier les papes au Vatican, les Médecis à Florence et le duc d’Urbino, fondèrent de grandes bibliothèques pour abriter ces collections. En utilisant les ressources de la pensée et de l’art antique, les humanistes cherchaient à exprimer les nouvelles aspirations de l’homme, trouvant dans l’Antiquité un idéal moral et politique qui répond aux exigences de la société urbaine dans laquelle ils vivaient. L’humanisme s’est d’abord développé en Italie, où le souvenir de la grandeur de Rome était resté plus vivant qu’ailleurs. Dans de nombreuses villes comme Florence ou Ferrare, apparaît une vie de cour brillante, et des princes qui rassemblent autour d’eux les grands noms de la littérature et des arts. Après 1450, lemouvement gagneRome,etparlaLombardie,pénètreen Allemagne et en France, où le développement de l’imprimerie favorise ses progrès. La fin du XV° siècle voit s’épanouir de nombreux talents artistiques. Parmi eux, on cite Verrocchio, peintre, sculpteur et orfèvre, précurseur immédiat de Léonard de Vinci ; Botticelli est l’un des peintres à adopter les sujets profanes inspirés de la mythologie. On cite enfin Signorelli, peintre monumental, préoccupé de la beauté musculaire et de la force athlétique. La puissance dramatique de ses personnages annoncent Michel-Ange.
  • 8. 69 Ayant une conception réaliste du corps humain, les artistes Grecs ont essayé d’humaniser les dieux et d’idéaliser l’homme, parvenant ainsi à une beauté idéale du nu, surtout chez les sculpteurs, comme Phidias et Praxitèle. Cette beauté idéale n’a été atteinte chez les artistes grecs qu’après une observation minutieuse du corps humain. Cette recherche est rapidement oubliée par les générations ultérieures qui vont copier les modèles helléniques, au lieu de s’inspirer de la réalité. On a dû attendre la Renaissance pourvoir jaillir la grande révolution artistique, commencée par Giotto et développée par Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël. Savant, écrivain, poète, musicien, chanteur, sculpteur et peintre, Léonard de Vinci apparaît comme un génie universel complet, sinon la plus haute expression de la pensée de son époque. Son « Traité de la peinture » témoigne de la rigueur avec laquelle il conduit ses recherches. Pour lui, peindre est « Cosa mentale », une chose de l’esprit. Sa peinture, dont il ne reste qu’une fresque à Milan « La Cène » et quelques tableaux, n’est qu’une infime partie de son activité. Ses carnets, cinq mille pages manuscrites et illustrées, témoignent de l’immensité de ses lectures et de ses intuitions prophétiques. Léonard de Vinci, tout en traitant des sujets religieux, souligne la beauté humaine, la rendant presque angélique. Michel-Ange, par contre, traite ses prophètes en athlètes surhumains, tandis que Raphaël les compose dans une harmonie suave. Rome et Venise : Toutes les aspirations, les passions et les émotions de l’homme, s’incarnent dans les nus que Michel-Ange représente presque toujours en action. Architecte, sculpteur, peintre et poète florentin, Michel-Ange se considère comme un sculpteur avant tout. Pourtant, les fresques de la Chapelle Sixtine sont sans doute les plus puissantes œuvres picturales jamais égalées. S’inspirant des modèles vivants, ainsi que des cadavres qu’il dissèque
  • 9. 70 secrètement, s’appuyant sur ses connaissances de la sculpture classique et de l’anatomie, Michel-Ange a su bien exprimer l’héroïsme du destin humain, avec sa peinture hallucinante. Une sorte de malédiction divine souffle sur des personnages tourmentés dans leurs luttes et leurs souffrances. « Pas d’air, pas de paysage, pas de nature, dira Romain Rolland, rien qu’une odeur fauve d’humanité ». Comme architecte, il continue les travaux de Bramante à Saint-Pierre de Rome qu’il surmonte de la plus vaste coupole du monde : 42 mètres de diamètre et 123 de haut. Bien différente est l’œuvre de Raphaël, épanouie et radieuse. Son existence glorieuse mais brève est marqué par le succès. Le Mariage de la Vierge a fait sa réputation. Il a su assimiler le sfumato de Léonard de Vinci et la composition monumentale de Michel-Ange. La sérénité de ses Madones s’est imposée durant trois siècles comme canon de la beauté. Sa connaissance profonde de l’art antique et sa ferveur religieuse lui ont permis d’assimiler ces deux mondes antagoniques. L’école de Venise est différente de celle de Rome. Plus délicate, elle s’intéresse au coloris plus qu’à la forme. Le Titien donne l’essor à cette école, tout en menant une carrière internationale, en travaillant pour Philippe II et François 1er. Dans son âge mur, il produit quatre mille tableaux. Après sa mort, Véronèse et le Tintoret s’inscrivent dans sa voie. La renaissance en Europe : La Flandre, l’Allemagne et la France voient naître des génies, également. Flamands, les frères Van Eyek s’imposent avec force dans la technique de la peinture à l’huile, qu’ils ont inventée. Les Pays-Bas du Nord, qui vont devenir plus tard, un des plus grands centres artistiques du monde, ont été aux XV° et XVI° siècles pauvres en artistes. Les plus originaux et les plus fantastiques sont Gérôme Bosch et Pieter Breugel.
  • 10. 71 De l’Allemagne, on distingue deux génies : Albert Dürer et Hans Holbein. Le premier publie un recueil de saisissantes gravures sur bois et sur cuivre. Sa minutie poussée au paroxysme, son goût des allégories parfois ésotériques, témoignent d’un mysticisme complexe. Holbein apporte à ses œuvres la même précision calculée, mais avec un sens d’élégance. Grünewald se révèle un coloriste tourmenté. En France, François 1er, un grand mécène, appelle auprès de lui Léonard de Vinci et l’orfèvre réputé Benvenuto Cellini pour lequel de nombreux artistes français travaillent. Malgré cela, l’art en France reste plus au moins attaché au style gothique, les châteaux sont pour la plupart des édifices de transition. Parmi les sculpteurs, Jean Goujon et Germain Pilon traitent des sujets à la manière antique. La peinture, très attachée au portrait, est représentée par Jean Fouquet et Jean Clouet. Si la science du Moyen-Age était surtout théologique, tendant vers la philosophie scolastique, la Renaissance élève l’humanisme au rang de science. Pour la première fois, depuis un millénaire, l’homme a osé regarder son corps, il l’a trouvé beau, au point de le reproduire nu, mais pour l’explorer, il a dû le disséquer. Dans une Italie prospère mais divisée en cités princières la culture a pris le dessus, faisant de l’art un flambeau qui chasse les traditions médiévales ténébreuses. Cet art se libère de son carcan, prêt pour l’aventure moderne. Avec le mécénat généreux des princes et des papes, l’artiste, surgi de l’artisan, cherche d’autres horizons, choyé et glorifié par l’élite bourgeoise, étatique ou religieuse. Dans sa quête de la vérité, il tend à être polyvalent et encyclopédiste, soucieux de rassembler les deux postulats-matérialiste et métaphysique-que chacun porte toujours en soi. Il est vrai que l’autonomie de l’art ne s’est pas encore réalisée, mais les artistes, selon leur génie et leur labeur, sont plus respectés et honorés dans la cour princière. Le mécénat subventionne leurs travaux et les protège, mais il leur commande des sujets conformes à son idéologie religieuse,
  • 11. 72 politique ou économique, tout en laissant libres quant à l’expression et à la technique utilisée par chacun d’eux. D’où la variété des écoles et la divergence des styles. La beauté idéale est recherchée par les artistes de Florence et de Rome; elle lancera le classicisme. Dans cet idéal, le corps humain, le nu et le portrait restent toujours un défi pour les artistes, mais tandis que les artistes italiens ont cherché, dans cette beauté idéale la sérénité et la mesure, ceux de la France, manquant d’originalité et de liberté, mettent en valeur le portrait, résignés aux commandes égoïstes. D’ailleurs, le portrait, dansla Renaissance, annonce sa gloire dans toute l’Europe occidentale, perpétuant les souvenirs des rois et des princes, des savants et des philosophes. Avec lui, s’articule l’autoportrait, à travers lequel l’artiste cherche à révéler les profondeurs de son âme, d’où une tendance plus épaniouie vers l’expression. C’est avec Dürer et l’école allemande que l’expression trouve ses dimensions. Ne s’intéressant pas à l’idéal italien, les artistes du Nord se sont penchés très tôt, depuis le gothique, vers l’expression de leurs phantasmes, des luttes de l’homme et de ses souffrances, avec une minutie si rigoureuse qu’ils explorent avec elle le monde des arts graphiques. Depuis Gütenberg et Dürer, l’élan créateur en Allemagne est ainsi prédestiné à l’expression et aux arts graphiques, à travers des recherches rigoureuses mais chargées d’une angoisse propre à l’âme germanique et à la nature du Nord. Toujours, avec cette expression libérée, les artistes du Nord vont explorer, aussi, avec Gérôme Bosch, ce monde des phantasmes souterrains, pleins de monstres grotesques, d’agitations morbides et de passions charnelles, donnant libre cours au baroque tempétueux de Rubens, et plus tard, à l’ex- pressionnisme troublant de Van-Gogh et de Munch.
  • 12. 73 Rares sont les arts qui atteignent leur apogée dans leur époque en assimilant les deux grands concepts antagoniques, le statique et le mouvant, exprimés dans le senti et le pensé, dans un équilibre adéquat. L’art de la Renaissance illustre cet équilibre, surtout en Italie et dans les pays nordiques, là où la culture est tendue vers l’autonomie. Par contre, les royaumes impérialistes, comme la France, l’Angleterre et l’Espagne, vont se servir de cette richesse culturelle pour rayonner. Ils bloquent la culture dans son élan créateur, en l’alourdissant de leurs exigences idéologiques. L’apogée, tant attendu, n’a duré qu’un moment; mal mené par les convoitises impérialistes qui veulent s’accaparer du monde, au moment où l’humanisme appelle à la libération de l’homme, l’art perd le souffle de la création, même en Italie, foyer de l’embrasement. Lors du déclin de cet art, avec les derniers travaux de Michel-Ange et de Raphaël, on a pu voir les premices d’un autre style, tout à fait mouvant, suivi par un autre, et confronté à lui, tout à fait statique. Deux styles antagoniques déclinés de l’art de la Renaissance. 2- Le baroque et le classicisme Les Italiens, amoureux du changement et créateurs de la nouvelle vision moderne, se sont lassés de se voir soumis à un art qui décline dans ses tâtonnements maniéristes. Leur vision fougueuse les a poussés à chercher des changements, dans un style neuf, tempétueux et fascinant. Le baroque reflète, par sa mouvance, les passions et les horizons de ce peuple. Voyant son succès auprès des initiés, l’Eglise catholique le mit à son service, voulant promouvoir les thèmes religieux de la Contre-Réforme. C’est ainsi qu’il connaîtra des résistances dans les pays de la Réforme, et où va se développer un art protestant. Il connaîtra aussi des réticences dans