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2014
Florian Brunner
Cahier de l’Espoir « Les Jeunes et l’Europe »
Pour une Europe forte
2
SOMMAIRE
Introduction…p.4
Des citoyens qui se sentent abandonnés en pleine crise…p.8
L’Europe solidaire…p.12
Sauver l’Euro…p.23
L’identité européenne…p.25
L’Europe citoyenne…p.29
L’Europe démocratique…p.31
La Défense européenne…p.33
L’Europe et l’exploration spatiale…p.36
Pour une Europe en transformation…p.39
3
Je tiens à remercier tous ceux qui dans ce travail de longue haleine m’ont aidé
par leurs apports de fond et leur disponibilité :
Jean LASSALLE
Cécile CALE
Dalila BERBAGUI
Nathalie GRIESBECK
Frédéric LE JEHAN
Emilie TAFANEL
Dominique KUHL
Daniel FISCHER
Antoine CARETTE
Thomas FRIANG
Tristan DENECHAUD
Loïc JAEGERT
Simon CAU
Nicolas FENDER
Fabien LUTZ
Françoise SCHREIBER
Jean-Patrick SCHWEITZER
4
« A la civilisation de masse doit succéder une civilisation à l’échelle
de l’individu. »
Valéry Giscard d'Estaing
Introduction
L’Europe : un projet d’espoir
L’Europe n’est pas que l’héritage de nos ancêtres. L’Europe est aussi l’héritage que nous
laisserons à nos descendants. L’Europe est un projet d’espoir. L’Union européenne est une
construction originale qui sort des cadres classiques de l’Etat-Nation. Il s’agit d’une nouvelle
manière d’organiser les rapports entre Etats. Plutôt que d’encourager les rivalités et les
conflits entre Etats, le projet européen favorise la coopération entre les pays. En effet, les
Etats ont besoin de se soutenir et d’agir ensemble pour être plus efficaces. L’objectif de
l’Union européenne est l’épanouissement des peuples. La crise économique a ébranlé les
piliers européens. Les citoyens français et européens doivent faire face à des conditions de vie
difficiles. Nous ne sommes plus en guerre les uns contre les autres, nous n’avons plus de
désastres humains ou matériels et l’espace européen est stabilisé. Cette stabilisation est
devenue commune aux yeux des citoyens français actuels qui ont un peu trop facilement
oubliés les conséquences terribles de la première et de la seconde guerre mondiale. Cette
négligence a tendance à nous faire oublier que nous avons aussi de la chance d’être nés à cette
époque.
Ce début de XXIème siècle offre aussi de nombreuses opportunités aux individus. Nous
avons cependant un combat d’importance : la guerre économique. La guerre économique face
aux chinois, aux indous, aux russes, au brésiliens et évidemment face aux américains. Dans
cette guerre économique, l’Union européenne est un atout majeur. Dans ce conflit, nous
devons limiter le nombre de victimes qui sont les chômeurs, jetés à la rue, démoralisés,
déconsidérés. Il est urgent de construire une Europe solidaire qui ne s’occuperait pas que
de business. Une Europe solidaire qui s’attaquerait à la crise de la monnaie unique.
L’Euro est un acquis essentiel, qui doit être sauvegardé et pour protéger cette avancée, la
solidarité est essentielle. Nous devons avoir la volonté de construire une Europe forte, forte de
sa diversité et de sa solidarité.
L’Union fait la force
L’union fait la force. Le monde compte plus de 7 milliards d’habitants, mais l’Europe en
est la première puissance économique, et compte en son sein les pays les plus riches et les
plus compétitifs au monde. Dans ces conditions, il est dérisoire de toujours regarder vers les
États-Unis, ou la Chine, alors que nous pourrions, avec un projet politique fort, peser tout
autant, si ce n’est, davantage. Les relations internationales, comme l’économie, sont souvent
basées sur un bon « marketing ».
5
Il faut savoir se vendre, au lieu de se lamenter et de se faire concurrence entre pays européens.
On l’a assez fait au cours du XXe
siècle. Nous devons promouvoir nos valeurs et nos atouts.
Nous pouvons apporter beaucoup. Premier pôle économique mondial (notre PIB
représente le double de celui de la Chine pour moitié moins d’habitants), le quart des
multinationales, 40% des investissements internationaux, des universités mondialement
renommées, une stabilité politique et économique hors du commun. Nos deux grandes
spécificités, c’est d’une part notre diversité culturelle unique au monde (qui contribue à
drainer chaque année la moitié du tourisme mondial !), et d’autre part notre modèle de
« social-démocratie », ou d’État-providence, qui se décline certes différemment selon les
pays, mais dont les fondamentaux sont les mêmes.
Le projet européen ne peut pas se résumer à être un grand supermarché ! Les diversités
des pays européens sont autant de richesses : on apprend toujours de son voisin. A
l'heure où la mondialisation devient de plus en plus présente dans nos vies et bouscule
nos habitudes, il est important d'être unis face à ce qui n'est autre qu'une compétition
internationale. L'Europe a des atouts immenses mais est à la fois trop naïve et se replie sur
elle-même plutôt que d'aller de l'avant. Tous les peuples de l’Europe veulent la même chose :
une vie meilleure, du travail, des entreprises qui respectent l’environnement et une certaine
éthique. Ils sont aussi contre la mondialisation telle qu’elle se déroule actuellement, avec un
monde financier sans foi ni loi. Nous sommes pour le respect de chacun et pour l’aide aux
plus démunis. Une Europe forte est indispensable pour porter un modèle économique et
social commun. Une Europe forte c’est une Europe capable d’influer sur la direction
que doit prendre nos sociétés dans le futur.
L’Europe forte
En 2012, Nicolas Sarkozy reprenait le slogan giscardien pour une France forte dans le
cadre de l’élection présidentielle. Le débat européen était déjà présent dans cette
sémantique. En effet en France personne ne veut la France faible. Aucun candidat ne dira
qu’il souhaite la France faible. Mais le slogan sous-entend que même si ils ne le disent pas, les
autres candidats affaibliraient la France. Beaucoup de responsables politiques affirment
qu’une Europe forte conduirait à une France faible. La principale crainte est là : une
Europe hégémonique qui affaiblirait le poids de la France et la rendrait prisonnière d’une
Union contraignante. En France, le Front National rejette la construction européenne parce
qu’il pense que cela ne fait qu’affaiblir la France. Le Front National souhaite une Europe
faible pour une France forte. Il est le plus gros promoteur de la volonté de rejeter
l’Union européenne. Dès lors, le terme d’Europe forte prend tout son sens.
Car le vrai débat est là : voulons-nous une Europe forte ou une Europe faible ? Le vrai
clivage se situe sur ce terrain et imprègne tous les débats nationaux. L’Europe faible est
un objectif clairement revendiqué notamment par les populistes et les extrêmes. Le terme
d’Europe forte a aussi l’avantage de nous dégager des vieux schémas caricaturaux d’Europe
fédérale ou d’Etats-Unis d’Europe. L’Union européenne est une construction originale qui fait
appel à une vision nouvelle et à un projet novateur. Nos termes doivent se dégager des anciens
concepts, pour ouvrir un nouveau champ de réflexion. Nous avons choisi d’exposer ce qui
serait pour nous une Europe forte et nous tenterons de démontrer qu’une Europe forte
permet une France forte.
6
Relever le défi de la création politique
Nous voulons un renouveau de la politique qui passe par l'introduction d'une nouvelle façon
de penser. Au-delà des normes fixées par une société essoufflée, en perte de repères, nous
revendiquons notre liberté de penser et d’agir. Penser dans la norme, c’est penser que la
politique est un exercice figé qui se résume à des luttes pour le pouvoir avec de l’argent, des
trahisons et des scandales. En réalité la politique offre aussi de grandes opportunités d’agir et
de créer. La politique peut également nous permettre d’innover, de proposer et de rénover.
Nous voulons relever le défi de la création politique. Notre système éducatif est tellement
cloisonné, fermé, étouffant que les jeunes ne demandent qu'à se libérer, imaginer, inventer.
C'est cette volonté d'oxygéner la France et l'Europe que nous défendons. Nous avons tous nos
idées, nos approches mais nous ne devons pas hésiter à tout balayer pour se remettre en
question, repartir du début pour construire un projet nouveau. Dans la même démarche que
les philosophes des Lumières au XVIIIe siècle, nous pouvons ensemble procéder au
renouvellement du savoir, de l'éthique et de l'esthétique de notre temps. L’obscurantisme
est encore fort dans notre monde et nous devons promouvoir la diffusion libre des
connaissances et des savoirs.
Le discours politique doit s'écarter des sentiers battus. Nous pourrons aborder le domaine
des Sciences, trop négligé en politique et tellement essentiel pourtant. Souvent les
responsables politiques français et européens sont issus de formations littéraires et
économiques. Leur travail est ainsi tourné vers le verbe exprimant quelques concepts de
gestion et de romanesque. S’il est essentiel de savoir écrire, parler et de comprendre les outils
économiques de notre temps, il est impératif d’avoir sa propre réflexion et de savoir inventer.
La Science est un mécanisme inventif. La santé, l'exploration spatiale, l'environnement
sont des défis scientifiques qui doivent pouvoir être abordés. Les compétences littéraires et
scientifiques doivent être plus associées plutôt que scindées dans un système français
notamment qui trouve opportun de séparer fortement ces deux domaines alors que leur
complémentarité est possible et fortement souhaitable. Parler de Science en politique est un
pas vers cette réconciliation. On ne peut se passer de la Science dans l’exercice politique
de notre temps.
Chez les jeunes demeure une curiosité, une envie d'apprendre et de connaître. La Science
répond à cette attente. Le cinéma d'aujourd'hui ne cesse de se nourrir de travaux scientifiques.
La Science-fiction a envahit les écrans. La Science-fiction c'est demain, c'est même déjà
aujourd'hui. Les jeunes accourent voir ces films. Et les thèmes soulevés par ces films peuvent
être du domaine de la politique. La politique ce n'est pas seulement des histoires de sous et de
combines mais c'est surtout une question de projets. La politique doit redevenir un foyer de
création pour construire l'avenir des citoyens. L’instauration d’ateliers créatifs pourra
permettre d’instaurer une dynamique saine d’invention et de rénovation. Est-ce encore de la
politique ? La politique est-elle morte ? Devons-nous aller vers autre chose ?
Pour rénover nos outils et notre démocratie, nous devrons inventer de nouvelles méthodes,
inventer un nouveau discours, inventer de nouveaux procédés. Comme dans une démarche
scientifique, nous ne savons pas ce que nous allons trouver, mais nous cherchons et donc
nous expérimentons. Comme dans une démarche artistique, nous ne savons pas ce que
nous allons créer et nous explorons notre imagination.
7
Il ne sert à rien de se perdre dans une planification excessive. La vie est l’acceptation de
l’inattendu, nous sommes loin de maîtriser tous les paramètres, nous ne pouvons qu’accepter
l’aventure qui nous est offerte, nous ne pouvons que relever les défis que notre temps élabore.
Pas question de céder au pessimisme facile et ambiant. Pas question d’oublier les progrès
que l’humanité a effectué notamment dans les domaines de la santé, de la sécurité et du
confort. Pas question d’oublier les découvertes que l’humanité a pu effectuer. Pas question
d’ignorer ce qui nous accompli. L’imperfection est ce qui permet la complémentarité et la
définition du Commun. Nous devons l’accepter. Et nous ne nous interdisons pas en
même temps d’initier des améliorations.
Ainsi nous soutenons l’optimisme, car seule cette force fait avancer les hommes. Nous
n’avançons pas en soupirant mais en voulant. Nous vivons une aventure collective où chacun
a sa place, où chacun est libre de penser et de s’exprimer, où chacun peut lancer une initiative.
Nous ne vivons pas le plan de carrière d'un tel ou d'un tel. La réussite ne doit plus être le
fruit de l'arrivisme mais la juste récompense du talent.
La démarche de rénovation
Les Jeunes encartés et non encartés, engagés et sans étiquettes sont interpellés par la
construction européenne et notamment par sa construction présente. Si un mouvement
doit émerger, ce sera un mouvement jeune dépassant les camps politiques, apportant des
propositions concrètes pour amorcer une rénovation en temps de crise. La rénovation dépasse
les fonctions, les lignes politiques et doit entrainer le plus grand nombre de citoyens.
L’Europe ne doit plus être une question d’initiés mais doit s’ouvrir à l’ensemble de la société.
Nous avons entrepris et nous continuerons d’entreprendre une démarche de
concertation en grande partie avec des jeunes et au-delà des clivages. La crise et la guerre
économiques rendent prioritaires les questions d’emplois, d’éducation et de formation.
Nous aborderons dans ce Projet, les thèmes du chômage et du chômage des jeunes. Ce qui
nous amènera à la question cruciale de l’Europe solidaire. Une Europe qui entame de vrais
partenariats afin d’instaurer une cohésion collective efficace au service de tous les citoyens
européens. Nous évoquerons également l’Europe citoyenne et démocratique ainsi que la
Défense européenne. Les Jeunes et l’Europe c’est d’abord offrir à l’Europe une seconde
jeunesse et donc un avenir. Cette rénovation ne devra donc plus se limiter aux frontières
d’un pays mais s’étendre à l’échelle de notre Union.
8
Des citoyens qui se sentent abandonnés en pleine
crise
"Nous ne pourrons pas faire avancer l’Europe avec la nostalgie des
aînés, mais seulement avec l’enthousiasme et la conviction de la
jeunesse. Voilà notre but."
Wolfgang Schäuble - Ministre fédéral des finances en Allemagne
L’Europe s’est éloignée des peuples
L’Europe n’est pas un Continent. Il ne s’agit pas d’un espace géographique qui conduirait à
une union justifiée par les conditions d’un milieu. Il s’agit d’un espace de vie, chargé d’une
Histoire commune, une Histoire à la fois belle et dure, l’Histoire de guerres terribles et
l’Histoire d’une réconciliation forte entre les peuples. L’Europe est devenue un espace de paix
et donc un espace d’espoir. L’Europe a été faite pour les peuples. Les populations blessées ont
été conduites dans une ère de paix et de prospérité. Mais peu à peu, alors que les
institutions devaient établir un lien démocratique plus fort avec les citoyens, l’Union
européenne s’est éloignée des peuples. Elle est devenue une structure économique
essentielle mais désincarnée, froide et lisse.
Les dirigeants européens sont inexistants et superficiels. Le Parlement européen, le centre de
la démocratie européenne est difficilement perçu et compris. Les députés européens n’arrivent
pas à avoir la proximité de députés nationaux, pour des raisons tout à fait compréhensibles, le
territoire étant bien plus vaste. Cette distance établie donne l’impression aux citoyens d’être
abandonnés, abandonnés aux mains d’un libéralisme sauvage favorisé par des instances
technocratiques cruelles. Les populistes s’acharnent sur cette Europe des élites pour
gagner des suffrages et cela fonctionne. La peur de l’Europe est là, présente chez les
citoyens qui affrontent les difficultés quotidiennes, les drames de tous les jours comme le
chômage, la pauvreté ou les conditions précaires. Ces tragédies s’inscrivent dans une
incertitude forte face à l’avenir. Les crises économiques, les tempêtes internationales, les
conflits armés nourrissent une peur de l’avenir et donc un pessimisme destructeur. Les
populistes captent ce désarroi et le manipulent, ils se renforcent, brandissent un projet
irréaliste et périlleux. Face à cette montée des peurs, face à cette montée de la colère, face à
cette montée de l’extrémisme, il est urgent de riposter.
Osons le débat !
Les Européens restent figés et n’engagent pas le débat. Ceux qui défendent l'idée d'une
Europe forte se couchent. Ils ont peur d’intervenir parce que l'Europe fait des erreurs, que les
politiques européennes sont à critiquer, tandis que les solutions passent quand même par un
renforcement de l'idée européenne. Nous disons debout ! Osons le débat ! Et ne laissons
pas l'espace aux populismes et souverainismes de tous bords, ne laissons pas non plus le
champ libre aux extrêmes. C’est aussi le sens du terme « Europe forte ».
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Si nous voulons une Europe forte, c’est parce qu’actuellement elle est trop faible et fragile. En
laissant intervenir les détracteurs de l’Union européenne, nous laissons le projet européen
s’affaiblir. Tous les partisans de l’Europe forte doivent se lever et défendre la
construction européenne. Il est nécessaire de faire une campagne européenne innovante,
dynamisée par des thèmes forts. Cette campagne doit avoir lieu tout le temps et en dehors
des créneaux électoraux. L’Europe nous concerne tout le temps, dans notre passé, notre
présent et notre avenir. Elle se déroule dans notre espace temporel. Nous devons faire en sorte
que l’Europe devienne avant tout un projet d’avenir. De cette manière nous pourrons
également projeter notre action vers l’avant. Régénérer l’idée européenne, c’est aussi et
surtout engager un débat citoyen et associer pleinement les citoyens à un débat sur l’Europe.
Les Jeunes dans le débat
Les jeunes sont rarement entendus, et peu de gens de manière générale, lorsqu’ils
parlent d’Europe, sont entendus. Donc les jeunes qui parlent d’Europe, bien sûr, cela
passe souvent à la trappe ! Cependant, les points de vue sur l’Europe sont souvent trop
ésotériques, trop flous, cela ne facilite pas leur diffusion. L’Europe en soi, finalement, ce n’est
pas vraiment un thème, tout comme « la France » ou « le monde »… Pour intéresser les gens
et être entendu, il est indispensable d’aborder l’Europe sous des angles plus précis, avec
des projets concrets. Les citoyens sont capables de bien se mobiliser pour une idée précise.
Pas pour « l’Europe ».
Nous sommes dans un monde de bouleversements
Tous les schémas classiques qui régissent notre société sont remis en cause : fonctionnement
démocratique, déroulement de la scolarité et des formations, monde de l’emploi… Les jeunes
notamment se retrouvent perdus dans un monde mouvant et risqué. Il n’y a plus la garantie
d’un emploi, plus la garantie d’un avenir fondé sur un parcours professionnel apaisé
permettant de construire une vie familiale structurée et réconfortante. Ces temps agités
sont faits pour les aventuriers, ceux qui ne s’attachent pas trop, ceux qui savent bouger et
s’adapter. Nous ne sommes plus dans un monde de continuité mais dans un monde de
bouleversements. Les parents se retrouvent désemparés, ne connaissent plus leurs jeunes, ne
savent plus les conseiller dans un monde si changeant, une fracture se créée et l’impuissance
s’instaure. Le malheur est là. Et le fatalisme n’est pas loin. En France, le suicide est la
deuxième cause de mortalité chez les moins de 24 ans, derrière les accidents de la route. Les
jeunes semblent pris au piège dans un monde où ils n’ont plus la maîtrise sur les événements.
La vie semble être un enchainement de procédures administratives et juridiques : suivre
une scolarité, faire des études, trouver un emploi, fonder un couple, s’assurer une bonne
retraite, penser à l’héritage…
Ces procédures en outre sont souvent laborieuses, émanant d’un système lourd et complexe,
devant lequel nombre de citoyens se retrouvent impuissants. La machine administrato-
juridique étouffe les initiatives et les volontés. Il existe ainsi chez les citoyens et les jeunes,
une aspiration à une liberté plus complète, c'est-à-dire une liberté d’agir, de créer et de
développer sans être bloqué par une ordonnance contraignante, un arriviste pistonné
aussi incapable que désagréable, un chef fermé et braqué, un politique corrompu et
cruel. Les citoyens veulent respirer et retrouver leur droit de vivre, de s’épanouir dans le
respect des uns et des autres. Il s’agit d’un contrat social.
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Créer un monde nouveau
Une bureaucratie lourde emprisonne la France dans un système malsain et dépassé. La
création, l’imagination, les solutions nouvelles sont méprisées. Or pour que la France sorte de
cet état d’agonie, il faut favoriser les moyens de création pour amorcer un changement
salutaire. C’est aux citoyens d’imaginer, de participer au débat, de trouver des solutions
dans une société dynamique, ouverte et apaisée. Les Français doivent dessiner les
fondations d'une nouvelle construction, réfléchir différemment à l'économie, à l'urbanisme,
aux transports, à la ville, à l'environnement, à l'éducation ou à la culture, c'est-à-dire qu’ils
doivent imaginer un Renouveau nécessaire et vital. C’est de cette capacité à innover que
pourra émerger une idée ambitieuse de l’Europe, c'est-à-dire un projet humain défendant une
Europe forte qui ne serait plus réduite au domaine économique.
Rénover la politique européenne
Nous pouvons innover la politique européenne, tout d’abord en changeant notre approche de
l’engagement européen. Arrêtons de penser l’action européenne dans des partis nationaux.
Des partis politiques européens sont en train d’émerger. Il faut des structures réellement
européennes pour porter des propositions correspondant à toute l’Union européenne.
Cette innovation touche à l’identité et à la culture européenne. Il s’agit de mettre en
rapport les acteurs politiques et les citoyens européens partageant les mêmes valeurs.
Nous devons penser différemment les dossiers et les réformes. Nous devons inventer une
nouvelle manière d’aborder les enjeux et d’apporter des solutions. Par exemple partir d’un
problème pour apporter des solutions n’est pas une démarche entrainante. Parler tristement de
chômage, de pertes d’emploi avant d’annoncer des mesures techniques n’est pas une
démarche qui mobilise, au contraire elle rappelle sans cesse les malheurs qui frappent notre
société et pousse au désengagement.
Nous pouvons au contraire partir d’idées optimistes comme l’innovation et la création
pour préciser des propositions et initier un élan plus dynamique et porteur. Partir
d’idées fortes et nouvelles pour impulser un renouveau. Il n’y a pas de problèmes, il n’y a
que des solutions. Cette innovation peut passer aussi par les médias. Nous avons besoin de
médias européens et de médias nationaux qui s’intéressent vraiment à l’Europe et aux pays
qui la composent. Combien de fois voit-on sur les grandes chaînes de télévision française des
personnalités allemandes, italiennes, polonaises… ? À quand remonte la dernière interview de
José Manuel Barroso sur TF1 ? On a créé le système de diffusion en Eurovision, mais on s’en
sert à peine…La grande faiblesse de la démocratie européenne, c’est le quatrième
pouvoir : les médias. Avec la TNT qui permet d’utiliser différents sous-titres, voire
versions audio, il serait temps d’avoir une grande chaîne paneuropéenne ! Il faudrait
commencer par la rendre plus démocratique, plus proche des gens et participative.
Une jeunesse solidaire
La jeunesse a aussi de grands atouts comme la solidarité qu’elle est capable de
manifester. Les jeunes sont solidaires. Alors que la crise frappe, les difficultés traversées
provoquent un boum du bénévolat. D’après une étude de l’association France Bénévolat, le
nombre de bénévoles a augmenté de 14% entre 2010 et 2013 en France. Ce sont les jeunes
(15/35 ans) qui tirent la progression globale. Le nombre de bénévoles en France ne cesse
d'augmenter.
11
20,3 millions de personnes de plus de 15 ans, soit 40% du nombre total de Français (36% en
2010), disent "donner du temps gratuitement pour les autres ou pour contribuer à une cause",
hors du cercle familial, dont 12,5 millions dans une association. Le bénévolat "direct" (appelé
aussi "de proximité" ou "informel") est celui qui a le plus progressé (+31%), suivi du
bénévolat associatif (+12%). Le bénévolat dans d'autres organisations (syndicales, politiques,
religieuses ...) a en revanche diminué de 6%. Les 15-35 ans constituent la tranche d'âge
motrice de l'augmentation du nombre de bénévoles depuis ces trois dernières années. Au
sein des associations, cette catégorie tire la progression globale avec +32% à 3,3 millions de
personnes, suivis des 35/64 ans (+10% à 5,5 millions) et des plus de 65 ans (+5% à 3,9
millions). Chez les 50 ans et plus, les actifs sont engagés à 37% et les retraités à 49%. Ainsi la
jeunesse française s’engage au service des autres et entame une démarche forte de
solidarité.
12
L’Europe solidaire
Pour une vraie solidarité entre les Etats européens
Nous sommes ainsi au cœur des enjeux européens : à la place d’une Europe du libéralisme et
de la concurrence, les citoyens français et même les citoyens européens attendent une Europe
solidaire. C'est-à-dire pas qu’une Europe qui invente des plans d’aide pour intervenir en Grèce
en urgence mais une Europe qui pense humain et durable. L’individualisme allemand est
l’illustration parfaite de cette Europe technocratique, libérale et concurrentielle. Les membres
de l’Union européenne doivent devenir de véritables partenaires qui se soutiennent face
aux défis économiques. Il en va de même sur le sujet de la Défense européenne. Alors que la
situation syrienne avait entrainé des menaces de frappes, l’Union européenne n’a réussi qu’à
arrêter une position sans trouver les moyens d’une action concertée. La solidarité et la
coopération entre Etats européens implique un respect mutuel des peuples et de leur
histoire, une volonté d’avancer ensemble et une reconnaissance du statut de citoyen
européen.
Les citoyens européens ne doivent pas être identifiés en fonction de leur nationalité mais
comme membres de l’Union européenne à part entière. L’Union européenne doit servir les
citoyens européens. En respectant chaque citoyen européen, l’Union européenne
respecte toute la diversité de ses composantes. Les peuples européens doivent également
être considérés comme entités. Cette solidarité implique l’émergence d’une proximité entre
les membres de l’Union européenne, cette solidarité implique l’établissement d’une vraie
culture européenne et donc d’une identité européenne.
La montée des populismes exprime un rejet de l’identité européenne, un rejet de
l’acceptation de la diversité européenne. Le meilleur moyen d’étouffer ces populismes
est d’instaurer des passerelles entre les Etats pour permettre des échanges notamment
pour les jeunes en formation. En s’accoutumant à d’autres cultures et d’autres pays, les
jeunes en question pourront mieux comprendre la diversité européenne et densifier leurs
bagages culturels et linguistiques. L’Etat cloisonne de trop les citoyens. Il est nécessaire
d’ouvrir les frontières et de permettre réellement des échanges pour enrichir les bagages de
chacun et donc les potentiels.
Les Etats connaissent trop de limites, trop d’insuffisances et ne doivent pas fonctionner
en vase clos. Les atouts de chaque pays doivent se combiner de manière à renforcer les
capacités de chacun. C’est donc ici que doit débuter cette Europe solidaire, par
l’établissement de partenariats solides et avancés. Si nous voulons continuer à conquérir des
marchés, ce n’est pas en jouant chacun dans son coin, mais en réseau que nous avancerons.
Quand Siemens et Alstom, par exemple, se font concurrence en Asie, en Amérique ou en
Afrique, au lieu de proposer une offre commune (tout en se faisant concurrence à l’intérieur
de l’Europe), ce sont les Chinois qui se frottent les mains ! Il faut bien comprendre que de
l’argent qui rentre en Allemagne, ce sont des revenus supplémentaires pour la France,
principal partenaire économique, et vice-versa. Sur les marchés mondiaux, on voit rarement
les Pékinois faire concurrence aux Cantonais… pourtant, les deux villes sont aussi éloignées
que Paris et Athènes !
13
Le couple franco-allemand
Le couple franco-allemand s’essouffle. Il ne pourra redevenir fort que si une véritable
solidarité s’instaure. Le grand défi dans la coopération franco-allemande, à un moment
où ce rapport privilégié s'est presque banalisé, est de réaliser concrètement, au-delà des
démonstrations d’amitié, un grand projet avec et pour l'ensemble des Européens. Cela
pourra se faire en associant très tôt d'autres partenaires en Europe pour éviter toute impression
d’un directoire franco-allemand. Multiplier les initiatives collectives partagées de tous, du col
bleu au col blanc, des étudiants aux retraités, des élus locaux aux plus hauts dirigeants
politiques, sera primordial.
Un certain nombre d'autres sujets sont d’ores et déjà porteurs et capables de renouer
avec la croissance : les nanotechnologies et le secteur de la santé, les réseaux intelligents
et les nouvelles technologies de l'énergie, l'internet très haut débit et les infrastructures
en général, y compris spatiales, le traitement des déchets et des eaux usées, les véhicules
du futur... Par exemple, la nécessaire promotion des énergies renouvelables et de l'efficacité
énergétique fera naître de nouvelles chaînes de valeur, de nouvelles organisations qui
laisseront plus de latitude à l'innovation et au développement d'usages nouveaux, autant
d'espaces potentiels de création d'entreprises et d'emplois. À l’instar de la création fondatrice
et fondamentale de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) par des
Européens visionnaires, mais pragmatiques.
Tout cela doit finalement nous amener à être optimistes, en Europe, sur la capacité de
nos concitoyens à comprendre et à s'adapter aux défis de demain. Loin d'un affrontement
violent et stérile entre tel ou tel modèle politique et de société, l'avenir viendra peut-être de
ces engagements positifs, individuels, locaux et régionaux de tous ceux qui souhaitent une
Europe Unie, plus forte dans le monde de demain.
Au couple franco-allemand de s'approprier ces thématiques, tout en faisant preuve de
transparence, de pédagogie et de démocratie pour associer, en amont, les citoyens à
l'édification de tous ces projets. Au couple franco-allemand de s'inspirer à la fois des
atouts allemands (l'efficacité des PME, la qualité du dialogue social, la formation
professionnelle, la qualité des produits, la culture d’innovation...) et français (ses très
grandes entreprises, une politique énergétique compétitive, sa démographie…) pour
fonder une nouvelle relation pleinement tournée vers l’Europe, pleinement tournée vers
le Monde.
14
Quelle place pour l’Angleterre ?
“Une des conditions de la relance de l’Europe, c’est que les Anglais s’en aillent. Avec
élégance et dans l’amitié. Pour cela, il faudrait qu’ils partent vite.”
Michel Rocard
Début 2013, David Cameron (Premier Ministre de Grande-Bretagne) a annoncé vouloir
un référendum sur l'appartenance à l'UE d'ici à 2017. Ce sera un référendum sur
l'appartenance ou non à l'UE. Les Anglais s’interrogent sur leur présence en Europe et
de nombreux acteurs en Europe se questionnent également. Charles De Gaulle n’a jamais
voulu des Anglais dans l’Union européenne, il s’y est toujours fermement opposé. Cela a été
la source d’un regrettable malentendu : Non De Gaulle n’était pas contre l’Europe.
S’il s’est opposé à l’entrée de l’Angleterre dans le marché unique, c’est à cause de ses
convictions européennes. Winston Churchill partageait d’ailleurs cette opinion. Churchill
s’était positionné pour une Union européenne mais sans l’Angleterre. Les successeurs de De
Gaulle se sont montrés plus consensuels. Qu’importe la volonté des Etats à s’investir dans le
projet européen, faisons les tous rentrer ! Les leaders au lieu de voir une Europe politique,
n’envisageaient déjà que l’élargissement.
La présidence de Valéry Giscard d’Estaing a permis d’instaurer les bases d’une vraie
Europe politique. Mais ensuite, la course à l’élargissement a repris. La rentrée de
l’Angleterre dans l’Union européenne est la conséquence de cette volonté
d’élargissement tout azimut qui fut précoce. L’Angleterre s’est donc retrouvée au sein de
l’Union européenne, bénéficiant de tous les avantages et refusant toutes les contraintes. La
Grande-Bretagne n’a pas appliquée la solidarité. Et peu à peu, les membres de l’Union
européenne y compris l’Allemagne se sont laissés gagner par cette course aux avantages. La
volonté de solidarité s’est épuisée. Des voix s’élèvent désormais pour le dénoncer.
L’Angleterre a toujours freiné l’Europe politique et veut s’interroger sur sa sortie de l’Union
européenne.
La sortie de l’Angleterre de l’Union européenne pourrait être une solution pour relancer
une Europe politique. Une autre solution a été proposée par Valéry Giscard d’Estaing,
celle d’un "statut spécial" accordé au sein de l'Union européenne au Royaume-Uni pour
favoriser l'intégration européenne et mettre fin à l'antagonisme qui plombe les rapports
entre Etats. L'intégration européenne peut être poursuivie, et rester compatible avec la
participation de la Grande-Bretagne, sous réserve que celle-ci puisse être dispensée de
participer aux avancées qu'elle juge incompatible avec ses prérogatives nationales. La
reconnaissance de toutes ces exceptions reviendrait à conférer à la Grande-Bretagne, un
« statut spécial » dont les modalités de fonctionnement devraient être minutieusement mises
au point.
Il.
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Il ne s'agirait pas d'une Europe à deux vitesses séparant arbitrairement les bons et les mauvais,
les forts et les faibles. Il s'agirait au contraire pour l'Europe déjà unie de poursuivre son
intégration, à un rythme réaliste, dans le respect des identités et des compétences des Etats
membres. Ce statut serait spécial, propre à l’Angleterre et ne pourrait être appliqué à chaque
fois qu’un Etat exprime des réserves. L’élargissement de l’Union européenne a été trop
précipité. Il faut maintenant consolider les bases, forger un cadre politique fort
permettant de structurer l’action européenne et de la stabiliser.
Vers une Europe à deux vitesses ?
En réalité cette proposition de « statut particulier » officialiserait une réalité déjà établie.
L’Angleterre a bien une place particulière et propre dans les Institutions européennes. On
assiste depuis quelques années à l’instauration d’une Europe à deux vitesses voire à plusieurs
vitesses. Ainsi la question de « l’Europe à géométrie variable » doit être bien étudiée.
En institutionnalisent une Europe à plusieurs vitesses, on permettrait à différents Etats
européens de choisir leur voix. Les Etats qui voudraient rester en retrait le pourraient et
d’autres qui voudraient aller plus loin auraient la possibilité de le faire également. Alors que
les institutions européennes actuelles conduisent à l’inertie d’un système, il semble
intéressant de pouvoir permettre des évolutions différentes qui relanceraient une
dynamique. Les pays qui souhaiteraient approfondir l’intégration européenne
pourraient lancer les réformes nécessaires. Il pourrait s’agir d’un noyau-test qui
effectuerait des expériences institutionnelles. Ces expériences si elles s’avéraient positives
pourraient être étendues aux pays qui deviendraient intéressés. Nous avons procédé de la sorte
avec l’euro, nous pouvons aussi procéder de cette manière avec l’intégration politique. Mais
la solidarité européenne doit être fondée sur des règles claires valables pour tous les Etats
membres. L’Europe solidaire doit être un cadre solide pour toute l’Union européenne. C’est la
condition même de son existence. L’exemple suisse peut aussi nous intéresser dans ce
contexte. Nous l’aborderons dans le cadre de l’Europe démocratique.
Le chômage des jeunes en Europe
Il existera toujours du chômage. D’une part à cause du changement de carrière (les
métiers qui disparaissent, d’autres qui apparaissent). Il y a aussi ceux qui ne veulent
tout simplement pas travailler pour profiter de la société mais ils sont minoritaires. Le
chômage de masse tel qu’on le connaît date des années 80 avec la modernisation des grosses
entreprises françaises. Tout cela va de paire avec la vente de nos usines et de notre savoir à
des pays en voie de développement. De nos jours, il y a les délocalisations industrielles,
l’optimisation fiscale et la morosité de marché. Dans l’avenir, il y aura d’une part de grosses
entreprises qui seront très robotisées, et qui nécessiteront une main d’œuvre restreinte mais
très qualifiée. Les autres entreprises, qui garderont une main d’œuvre humaine, produiront
dans les pays à faible coût (nous pouvons déjà voir les effets, certaines entreprises
délocalisent de Chine pour s’implanter dans des pays africains).
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Le chômage des jeunes en Europe semble très inégal. En effet, il semble que dans les pays
où l’on a développé l’apprentissage et où l’on fait confiance aux jeunes, en leur confiant
certaines responsabilités dès 18 ans, voire avant, leur chômage est bien plus bas que
dans les pays « latins » connus pour leur gérontocratie. Juste à côté de l’Alsace, à
Fribourg ou Bâle, le chômage des jeunes est trois fois moins élevé…En France, les jeunes
chômeurs sont souvent dans une situation particulièrement précaire, en étant mal intégrés à la
fois au marché du travail (où on leur demande d’être jeunes et malléables tout en ayant 10 ans
d’expérience), et aux mécanismes d’aide sociale (RSA presque impossible à obtenir avant 25
ans, etc.). Inspirons-nous de nos voisins et faisons enfin confiance aux jeunes, dans tous les
domaines !
Il faut un plan Marshall de l’emploi des jeunes en Europe
"Il faut une politique de l'emploi plus offensive...une sorte de New Deal de l'emploi"
Marielle De Sarnez, Députée européenne
On ne peut pas parler de l’emploi des jeunes sans considérer la diversité des situations.
Plus on est qualifié et mieux on va s’insérer dans le monde du travail. Les inégalités sociales
se transmettent, on observe ainsi la reproduction de ces inégalités à travers les diplômes.
Il s’agit donc de s'intéresser aux 900 000 jeunes qui ne sont ni en formation, ni à la
recherche d'un emploi, des jeunes qui sont dans le désarroi le plus total, dans
l’incapacité de trouver un emploi.
Aujourd’hui, 40% des chômeurs de longue durée sont des jeunes. Il faut établir des
passerelles pour leur permettre de se former et de remettre le pied à l’étrier, de se réinsérer
dans le monde professionnel. Il faut un vrai plan Marshall de l'emploi des jeunes en
Europe avec des moyens importants mais surtout une vision pour le futur : quels
emplois veut-on en Europe, lesquels sommes-nous prêts à laisser à d'autres ?
Vouloir concurrencer les pays à bas coût est perdu d'avance. Nous pouvons nous inspirer de
l'Allemagne qui a choisi une montée en gamme, généraliser l'apprentissage, instaurer une
vraie relation enseignement-entreprise en faisant rentrer les entreprises dans l’éducation
nationale. Pour inciter les entreprises à embaucher des jeunes, pourquoi ne pas supprimer les
charges patronales pour les jeunes de moins de 30 ans, au moins sur un temps donné ?
Mais le problème semble plus étendu. Les emplois associent des compétences sans que cet
alliage ne semble judicieux. On peut se demander si les emplois tels que proposés sont
encore pertinents. De nombreux acteurs politiques déclarent qu’il faut créer des
emplois, mais faut-il recréer de l’emploi de la même manière ? Avec les mêmes fonctions
rassemblant les mêmes compétences ? Un emploi est une sorte de case, toujours
configurée de la même manière dans laquelle on place des individus conformes. Il faut
arrêter de mettre les gens dans des cases. Une personnalité est diverse et peut rassembler des
compétences très variées. Repenser les emplois et les compétences est une démarche qui
semble urgente.
17
Le travail d’orientation est très insuffisant pour les jeunes. Nous avons plus l’impression de
voir un ouvrage de désorientation s’opérer. Les jeunes voient constamment leur projet
professionnel remis en question. Dès qu’un jeune explique sa passion à un conseiller
d’orientation, il se voit répondre qu’il ne pourra pas vivre de sa passion, qu’il faut qu’il
choisisse une autre voie. Le travail fait par passion est un aspect important pour la
motivation d’un individu et pourtant le monde du travail le rejette. On travaille parce
qu’il faut travailler, on ne travaille plus par intérêt pour ce que l’on fait. La
conséquence est que le monde de l’emploi est rejeté. Les citoyens ne veulent plus
travailler par force mais travailler ce qu’ils aiment. Ils ne veulent pas souffrir dans un
monde où ils sont écrasés, ignorés voire broyés et humiliés.
Le monde du travail doit devenir plus attractif et humain. Une redéfinition de l’orientation
doit être menée. Nous ne devons pas avoir peur des risques professionnels, nous devons
laisser les jeunes se lancer, innover, créer. Le système scolaire apparait comme trop
partial, à force de trop de sélection, des profils prometteurs qui ne correspondent pas
aux normes sont rabaissés et exclus d’un système qui ne produit qu’une élite officielle
trop restreinte, aux secteurs d’étude très cloisonnés. La sélection ne s’opère en France que
sur le français et les mathématiques, pourtant d’autres secteurs sont essentiels comme la
création qui peut permettre d’acquérir de nombreuses techniques importantes pour le monde
du travail. En outre beaucoup de jeunes ne savent plus lire ou compter. L’enseignement à ce
niveau n’est même plus suffisant.
L’éducation française est un naufrage, un désastre qui fait des ravages dans une société
touchée par la crise. Le corps professoral ne se remet pas assez en question, et tombe
malheureusement trop souvent dans un exercice d’autosatisfaction déplacé. Les jeunes
doivent être encouragés dans leur passion et les emplois doivent être réfléchis en
adéquation avec ces aspirations. Les emplois créés doivent aussi correspondre aux attentes
de ceux qui seront employés tout simplement pour rendre le monde du travail attractif et
épanouissant. Enfin, pour l’embauche d’un jeune, il est impératif que les employeurs ne se
restreignent plus au niveau scolaire ou à l’expérience professionnelle. L’expérience, c’est
aussi la pratique gagnée dans des activités bénévoles. Le jeune doit pouvoir valoriser son
parcours associatif, artistique, politique etc.
L’expérience est plus riche que ce que les employeurs demandent. En excluant tout ce
qui n’est pas diplômé, tout ce qui n’est pas professionnel, les employeurs perdent des
potentiels forts. C’est un gâchis à la fois pour les potentiels en question et les organes qui
recrutent. Ce plan Marshall de l’emploi des jeunes en Europe devra effectuer une véritable
révolution pour tous les jeunes en Europe. La démarche devra s’appliquer sur le long terme à
tous les jeunes européens aux conditions très différentes mais aux attentes similaires.
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Pour un marché européen de l’emploi
“Il faut enrichir la croissance en emploi, et non attendre que la croissance crée de
l’emploi”
Bernard Gomel, chercheur en évaluation des politiques publiques de l’emploi au CEE
Près de 500 000 entreprises en France, des PME en particulier, cherchent des repreneurs mais
ne trouvent pas de candidats faute de formations adaptées. Or 98% des entreprises sont des
PME. Ce sont ces structures qu’il faudrait aider en réduisant notamment les lourdeurs
administratives et les cotisations sociales qui les étouffent. Il faut également assurer une
stabilité fiscale et juridique aux entreprises pour leur permettre de se développer sereinement.
Un marché européen de l’Emploi permettrait également de maximiser les chances de
trouver le bon candidat pour l’entreprise en manque de ressources, ou le poste le plus
adapté pour le chercheur d’emploi.
Il faut réformer la scolarité française
Développer l’apprentissage en France est une nécessité, ainsi que réformer le système
d’orientation scolaire et universitaire, pour former des jeunes dans les filières où l’on a besoin
de monde, et pas seulement en fonction de leur affinités et de celles des enseignants. Tant de
jeunes surqualifiés pour rien, de gens à qui on donne l’illusion que leur diplôme les
protègera du chômage, et qui se font plaisir avec telles ou telles études qui ne
débouchent sur rien…quel gâchis ! Mais les entrepreneurs doivent aussi jouer le jeu, et
accepter d’assumer un rôle essentiel dans la formation des jeunes, et de les payer correctement
ensuite. C’est dans leur intérêt de contribuer à assurer la relève. L’école a bien sûr pour
vocation de former des têtes « bien faites », mais les employeurs ne doivent pas en
attendre non plus du « prêt à embaucher » immédiatement adapté à leur entreprise.
La France est en outre très mauvaise dans l’enseignement des langues. Les cours au collège et
au lycée ne sont pas assez dynamiques et participatifs. Or pour s’intégrer dans le monde
actuel, il est important pour les citoyens de bien connaitre les langues et au moins l’anglais.
L’Université française reste aussi assez décevante à ce niveau. Le soit disant « élitisme » à la
française reste trop la règle. La France prétend sélectionner une élite solide et
incontestable sur la base de notions de mathématiques et de français. Des savoirs qui
sont de moins en moins maîtrisés. L’élève se retrouve dans l’obligation d’apprendre et
de toujours apprendre, et au final il n’apprend plus. Il tente de retenir le temps d’une
interrogation les éléments nécessaires puis il les oublie, lorsqu’il ne triche pas. La triche
dans les études et notamment à l’Université est très mal contrôlée. Il reste en outre en France
trop d’arbitraire dans les notations au sein de l’Université, son autorité est de plus en plus
remise en cause. Il est certain que des jeunes intelligents réussissent dans les études mais ils
n’expriment souvent qu’une forme d’intelligence réduite à un secteur bien spécifique qui
n’exploite pas assez d’autres dimensions de l’intelligence.
En réalité, une élite se forme notamment dans le monde mais cette élite contrairement aux
idées reçues n’est pas bardée de diplômes. Certains membres de cette élite ont tout
simplement fait leurs preuves d’une autre manière qu’en passant par un cursus universitaire.
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Une redéfinition de l’élite est absolument nécessaire en France. Ceux que nous jugeons
comme étant les meilleurs ne le sont pas forcément. Il n’y a d’ailleurs pas de meilleurs, il
y a des jeunes qui vont se détacher dans une discipline à un moment donné et il faut
faire en sorte que tous les jeunes puissent avoir cette chance de faire leurs preuves.
Vers une éducation européenne
Il s’agit aujourd’hui de renforcer les passerelles entre les peuples afin que les citoyens
européens apprennent à se connaître, formant peu à peu une véritable communauté.
Il s’agit d’accroître les échanges d’étudiants et les projets accordés aux jeunes, de ne plus
rester dans la satisfaction de quelques déclarations de principes mais de les mettre en œuvre,
leur donner force. Une cohésion pourra aussi s’accomplir dans le domaine de l’éducation, au-
delà des projets de rapprochement évoqués auparavant. L’éducation européenne ainsi fondée
devra permettre aux personnalités de se forger et d’évoluer, susciter l’épanouissement des
êtres et non exacerber l’esprit de compétition qui a déjà fait tant de mal. Sur la base du livre
franco-allemand d’histoire pourrait être créé un livre d’histoire-géographie européen,
sans nier la diversité des programmes mais en apportant une vision d’ensemble. Un
malaise de la jeunesse s’est développé en Europe.
A force de ne plus porter son regard sur la jeunesse d’une société, on oublie qu’elle est
pourtant l’avenir de celle-ci, elle se révolte alors, fait entendre sa voix. L’action des Etats est
alors dispersée, les difficultés sont pourtant communes. Des passerelles doivent être établies
entre le monde du travail et le système éducatif à un niveau européen. Des programmes
existent mais doivent être renforcés. Faisons participer les citoyens et notamment les jeunes
européens à ce chantier crucial. À quand un cours de "civilisation européenne", introduit
comme matière d'enseignement obligatoire avec des programmes communs et un
enseignant spécialisé originaire d'un autre pays européen ? À quand des échanges
obligatoires de plus d’un mois dans des pays partenaires, pas forcément dans le cadre
scolaire, mais pouvant très bien prendre la forme d’un service civil européen et
permettant d'acquérir, à tout âge, une expérience multiculturelle de terrain ?
Vers Erasmus pour tous ?
La mobilité en Europe est considérée par beaucoup comme une solution adaptée à la crise du
chômage des jeunes. Combien de diplômés espagnols et grecs se sont-ils déjà installés en
Allemagne depuis deux ans ? Erasmus ce n’est que 1% des étudiants. Erasmus pour tous
devrait permettre aux étudiants comme aux apprentis de vivre quelque mois dans un
autre pays européen. C’est indéniablement un plus dans le parcours des jeunes, qui en
apprennent beaucoup sur eux-mêmes et prennent confiance en leurs capacités. Mais
présenter Erasmus comme l’unique solution serait méconnaître le sentiment de ces jeunes
émigrés qui pour une grande partie n’ont laissé que par nécessité matérielle leur terre
d’attache et leur famille. L’Europe ne souhaiterait pas avoir cette image de broyeuse de vie
personnelle. La mobilité ne doit pas être imposée mais doit rester un choix. Tous les
étudiants n’ont pas forcément envie de partir à l’étranger, dans d’autres pays pour
pouvoir travailler et vivre. Il reste un attachement à la terre natale. Ainsi nous devons
permettre aux étudiants qui le souhaitent de pouvoir se construire une expérience
internationale en mettant en place les cursus nécessaires.
20
La France aussi doit s’ouvrir sur le monde et mettre en place des formations adaptées.
Quand un pays a un tel rôle moteur dans l’Union européenne, il est important qu’il
mette en place un système permettant à ses citoyens de s’intégrer dans cette construction
fédérant de nombreux pays. La France doit faire attention et rester compétitive et donc
attractive notamment pour des jeunes venant de l’étranger pour étudier. Nous devons capter
les jeunesses étrangères et nous devons savoir garder la notre. Les jeunes en France ne
doivent pas non plus se sentir obligés de quitter leur pays pour réussir leur vie. Etre obligé de
quitter sa terre natale pour trouver un emploi et des moyens est une étape dure à éviter, surtout
que la France a largement les moyens de redresser la situation. Mais il faut qu’elle s’y mette.
Encourager le bénévolat
Il faudrait encourager les demandeurs d’emploi à s’investir dans le bénévolat. Une liste
d’associations pourrait être donnée aux chercheurs d’emplois, afin qu’ils puissent faire du
bénévolat et se sentir utile. On peut aussi favoriser ce bénévolat en proposant de rallonger les
indemnisations de chômage s’ils ont une activité de bénévole. L’expérience acquise dans le
bénévolat pourra être valorisée lors de la recherche d’un emploi.
L'Europe est confrontée à un grave désintérêt des jeunes pour la science, l'ingénierie et
la technologie
L'Europe est confrontée à un grave désintérêt des jeunes pour la science, l'ingénierie et la
technologie (SIT), de même que pour la poursuite de carrières dans ces disciplines. À défaut
d'un capital humain suffisant en quantité et qualité dans les domaines liés aux SIT,
l'économie de la connaissance sera compromise en Europe. Des programmes de formation
et des environnements d'apprentissage créatif développés autour de projets spatiaux de pointe
intéressent les étudiants et les incitent à poursuivre des carrières dans les SIT, au même titre
que la promotion de la compréhension de la science parmi le public.
Les solutions pour la France
Ainsi l’Union européenne peut apporter des solutions pour créer des emplois en France et
offrir des débouchés aux jeunes. Relancer l’emploi, cela implique une meilleure mobilité
sur le marché du travail, des passerelles entre les formations, une intégration
professionnelle anticipée par le développement de l’apprentissage dans toutes les filières,
une mobilité entre les secteurs d’activité, lorsque le premier emploi ne répond pas aux
attentes. Cela suppose aussi de sécuriser la démission en droit du travail français. En effet, un
employé qui démissionne est privé d’allocations chômage, ce qui peut bloquer les jeunes dans
un emploi qui ne leur correspond pas forcément.
Enfin, la mobilité territoriale doit être encouragée : au XXIe
siècle, cultiver la terre de sa
province d’origine ou être employé par la même usine que son père n’est clairement plus
la norme. À chacun de prendre sa part de responsabilité personnelle dans la recherche
d’un emploi. A l’Europe de faire en sorte que la mobilité soit vécue comme un choix et non
comme une contrainte. Mais nous devons aussi savoir voir plus loin. Nous ne devons pas
avoir peur de tout remettre à plat. Le système éducatif français doit être entièrement repensé
et l’orientation des jeunes doit être réadaptée. L’orientation en France est aujourd’hui une
catastrophe. Les mentalités doivent changer. Il est absolument nécessaire de ne pas
cloisonner les étudiants en fonction de leurs diplômes.
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À défaut, on restera bloqués dans un cercle vicieux où l’étudiant choisit une formation
très spécialisée pour pouvoir prétendre à un certain type d’emploi, et se trouve sans
solution quand le secteur n’embauche pas. Au Royaume-Uni, des diplômés en Histoire
peuvent travailler dans le secteur de la finance, pourvu qu’ils aient démontré les capacités
d’adaptation nécessaires. D’autre part, il faut aussi que les parents et les professeurs soient à
l’écoute des plus jeunes pour leur permettre de trouver la voie dans laquelle ils s’épanouiront,
au lieu de leur imposer le schéma classique d’une formation généraliste après-bac.
Vers une économie durable
Une économie forte et durable ne peut être fondée que sur la consommation intérieure. Et
celle-ci ne peut pas jouer son rôle si les populations, et en particulier les plus modestes, sont
sans cesse contraintes financièrement. Car moins d’implication de l’État et des collectivités
publiques, c’est moins de redistribution, donc plus d’épargne, de spéculation..., et moins de
consommation. Mais cela ne devrait pas empêcher de réduire certaines dépenses, et de
continuer de décentraliser !
Il ne faut pas avoir peur de redéfinir les missions de l'Etat et des collectivités locales
pour gagner en efficacité et permettre que l'argent aille là où il est vraiment nécessaire.
Cela permettra de réduire la dépense publique sans pour autant contraindre les peuples.
Ce dont on n’a besoin n’est pas d’une « rigueur » au sens de « serrer les cordons de la
bourse », mais au sens de « gérer de manière rationnelle, en sachant quelle structure fait
quoi, comment et pourquoi ». Une économie durable ne peut être basée que sur la
consommation et sur le travail réel. Pas de valeur ajoutée créée sans travail, qu’il soit manuel
ou intellectuel. Beaucoup de gens, dans un certain nombre de milieux aisés, semblent l’avoir
oublié…
Il est urgent de sortir de l’économie de casino, et de simplifier radicalement la fiscalité, dont
la complexité actuelle ne bénéficie qu’à des gens et entreprises suffisamment riches pour
pouvoir se payer des conseillers spécialisés. La question que doivent se poser les européens
est comment concilier l'économie et développement durable car trop souvent les
économies dites vertes sont considérées comme une lubie d'écolo bobo ! L'Europe doit
montrer au monde qu'un modèle économique plus responsable envers notre planète et
des générations futures est possible et surtout nécessaire. Pour cela, elle doit fixer un cap,
un calendrier et des règles strictes. Il ne faut pas pénaliser les entreprises d’Europe qui
joueraient le jeu vis à vis de leurs concurrents extra-communautaires, c'est pourquoi une
taxation des produits importés ne respectant pas ces critères doit être mise en place.
L’Alsace : une région européenne
«S'il doit y avoir une prochaine étape, cela ne sera pas avant les élections de 2021. Tous ceux
qui ont voulu retarder le processus de fusion ont gagné. C'est un gâchis»
Philippe Richert, Président du Conseil Régional d’Alsace à propos du référendum portant sur
la Collectivité Territoriale d’Alsace
L’Alsace est une région désormais française. Cette contrée s’est retrouvée au centre des
conflits européens. Au début du XXème siècle, elle fut disputée entre la France et
l’Allemagne, prise en étau dans des guerres sanglantes. L’Europe est un projet de paix.
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Que l’Alsace soit devenue la Région qui loge le Parlement Européen est la manifestation
forte de l’ambition pacifique de l’Union européenne. L’Alsace est une Région clairement
européenne car elle est à la frontière de trois pays : la France, l’Allemagne et la Suisse.
L’Alsace est une Région tournée vers l’avenir et l’innovation, elle est en bonne position pour
expérimenter de nouveaux projets. Pour expérimenter des réformes sur la formation
(langues…), l’emploi et les mouvements des travailleurs, nous pouvons faire de l’Alsace un
laboratoire de ces mesures.
L’Alsace compte de nombreux acteurs locaux innovants en mesure de travailler des projets
novateurs pour leur Région, pouvant être effectués à plus grand échelle ou dans des
Régions similaires. L’Alsace peut devenir un pôle frontalier, au cœur de flux de toutes
nationalités cherchant des formations ouvertes sur les langues, des emplois sur un marché
du travail dynamisé, un enrichissement culturel ou des idées nouvelles afin de s’en
inspirer. En termes de mobilité, l’Alsace est un secteur idéal pour expérimenter différentes
possibilités. Strasbourg est évidemment une ville qui reste au cœur de ce schéma régional,
qui doit aussi veiller à l’équilibre des territoires. Dans ce contexte, il semble aussi nécessaire
de réformer les Collectivités Territoriales en France.
Une Collectivité Territoriale d’Alsace reste un objectif important malgré le chaos du
référendum « régional » qui a porté sur ce thème en 2013. Une refonte du système éducatif
alsacien entre l’Université de Strasbourg et l’Université de Haute-Alsace est en cours et
mériterait d’être approfondie.
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Sauver l’Euro
« L'euro, c'est une grande réussite et c'est ce qui irrite. »
Valéry Giscard d'Estaing
La solidarité est indispensable
L’Euro a, jusqu’à aujourd’hui, considérablement contribué au bien-être des Français : nous
sommes protégés contre la trop forte augmentation de notre facture énergétique, nos
entreprises disposent de débouchés plus grands et peuvent donc créer plus d’emplois. Mais
surtout, la monnaie unique a posé les bases d’une Europe politique. L’Euro est ainsi l’une des
grandes avancées de la construction européenne. L’euro, pourtant essentiel à notre réussite
économique, réveille les réticences. Les opposants à l’Union européenne aiment rappeler
le « Non » français de 2005 mais se gardent d’évoquer le « Oui » français de 1992 qui
validait le Traité de Maastricht et donc la création d’une monnaie européenne : l’euro.
En France, l’euro a été un choix effectué démocratiquement par les citoyens lors d’un
référendum. Cette orientation démocratique ne peut pas être remise en cause ou arrêtée du
jour au lendemain. Si les opposants à l’Union européenne fanfaronnent avec le « Non » de
2005, ils doivent en toute cohérence assumer le « Oui » français de 1992, au lieu d’attaquer
l’euro. La monnaie unique doit au contraire être protégée. Il y a actuellement une crise
européenne de la zone Euro. Il faut sauver l’Euro. Dans ce sauvetage, la solidarité est
indispensable.
Déficits américains et zone euro
La situation de l’économie américaine est préoccupante. Les américains vivent à crédit,
financés par le reste du monde et exportent de cette manière leur crise. La crise américaine
est causée par des déficits commerciaux considérables, un endettement (public et privé) élevé
et une absence d’épargne. Afin d’y remédier, les américains doivent augmenter les impôts.
Aux Etats-Unis, les Taux de prélèvement obligatoire sont de 25%, ce montant est trop
faible. En Europe ces Taux de prélèvement sont de 40% et en France de 46%. Mais les
réformes nécessaires sont bloquées aux Etats-Unis pour des considérations politiques, une
minorité qui profite du système empêche tout changement.
L’Europe est beaucoup moins endettée que l’Amérique, mais doit affronter une crise de la
monnaie unique. Plusieurs dysfonctionnements peuvent être observés. Il semble maladroit
d’avoir une seule politique d’intérêt pour 18 Etats souverains. Il semble hasardeux d’avoir
un système de parité fixe alors que dans le reste du monde on applique une parité variable.
Enfin il est sidérant d’opérer une surévaluation de l’Euro alors qu’il y a une guerre financière
de dévaluation des monnaies.
Pour sauver la monnaie unique, une solidarité forte est vitale. L’Allemagne doit
apprendre à être à l’écoute des problèmes de ses voisins, elle doit apprendre à être
solidaire. Il est primordial de se dégager de la dictature des marchés pour retrouver la
volonté d’intervenir ensemble, dans la solidarité.
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La zone Euro n’a pas de structure
La zone euro reste dans une situation anormale car elle n’a pas de structure. Elle se contente
de l’existence de l’Eurogroupe et de la réunion des ministres des Finances. Elle n’a pas de
secrétaire général. Si bien que lorsque les réunions sont terminées, il n’y a personne pour
expliquer les décisions prises. Cette situation institutionnelle est pénalisante. Les dirigeants
devraient se rassembler régulièrement dans une atmosphère de travail. L’Euro a devancé
l’Europe politique et se retrouve en tête de pont de la construction européenne. Une Europe
politique plus structurée pourrait être construite afin d’intégrer une gestion de la zone
euro qui se serait solidifiée.
« La politique au sens historique du terme, c’est la définition d’un objectif, et ceci à moyen
ou long terme. Or actuellement, la zone euro vit au jour le jour. »
Valéry Giscard d’Estaing
Même monnaie, même équilibre budgétaire et même montant d’impôt
L’Union européenne représente le plus grand marché mondial et possède la deuxième
monnaie du monde. Elle doit se donner les moyens de figurer parmi les grandes puissances
économiques du XXIe siècle. Valéry Giscard d’Estaing, qui a initié le système monétaire
européen (SME), s’est prononcé très justement pour une « gestion fédérale des compétences
attribuées à l’Union ». En effet, la compétence monétaire et la compétence budgétaire sont en
train de voir le jour. Mais la compétence fiscale reste à faire. La fiscalité française est devenue
trop obscure et inabordable. L’harmonisation fiscale est une priorité. On pourrait écarter
les impôts sur le revenu des personnes et s’attacher aux impôts sur les transactions
financières, sur les entreprises et sur le patrimoine. Une telle réforme fiscale ouvrirait des
perspectives de stabilité pour la zone euro en permettant à ses membres d’avoir la même
monnaie, le même équilibre budgétaire et le même montant d’impôt. Cette convergence ne
peut se mettre en place qu’avec une volonté de solidarité. La solidarité fiscale est une
priorité.
Réduire la spéculation
Les gouvernements occidentaux se perdent dans l’immobilisme. Ils n’entament pas les
réformes nécessaires dans notre système fiscal. Une priorité se dégage pour combattre les
dérives de la finance : Réduire la spéculation. A cette fin des mesures déterminées et
précises peuvent être engagées comme interdire les activités spéculatives, réformer le
système de distribution de crédit et encadrer voire interdire les activités des paradis
fiscaux.
Les Marchés d’actions doivent être plus encadrés. Les Marchés de matière première doivent
être solidement réglementés. La bulle spéculative doit être traitée. Certains observateurs
estiment qu’en 2 ans, ces mesures pourraient être prises.
25
L’identité européenne
Qu’est-ce que la culture européenne ?
Dans la culture européenne, il y a une part de culture commune. Quelques institutions,
références, surtout beaucoup d’habitudes, de modes de vie communs, qui nous
différencient des autres régions du monde. Mais quand on parle de culture au sens de
« production culturelle » (littéraire, cinématographique, théâtrale…), on reste souvent bloqué
aux frontières nationales. Bien sûr, en Alsace, on franchit assez facilement le Rhin (ou le Jura)
pour aller voir un spectacle ou un concert, mais peu d’Européens, en dehors de quelques
élites, peuvent ou ont envie de faire cette démarche, souvent à cause des langues.
Vers une langue commune ?
L’émergence d’une langue commune (et surtout pas unique, c'est-à-dire une langue qui
fasse un pont entre les cultures tout en respectant les langages déjà maniés) pour l’Europe
pourrait être une solution. Que ce soit le français, l’italien, le néerlandais, ou une langue
neutre et qui a fait ses preuves comme l’espéranto, peu importe finalement ! Mais il faut
sortir de l’imbroglio actuel, qui coûte cher et favorise en fait toujours un anglais bâtard
mondialisé (le « globish »), qui n’a d’européen que l’origine. En se mettant enfin d’accord sur
une langue qui serait massivement enseignée, on pourrait sur-titrer les spectacles, sous-titrer
le cinéma et la télévision, les menus des restaurants… de sorte qu’on se sentirait presque
chez soi dans tous les pays d’Europe !
L’exemple de l’Espéranto
L’espéranto est une langue construite conçue à la fin du XIXe siècle par Ludwik Lejzer
Zamenhof dans le but de faciliter la communication entre personnes de langues différentes.
Zamenhof publia son projet en 1887 sous le nom de Lingvo Internacia (Langue
Internationale), sous le pseudonyme de Doktoro Esperanto (Docteur qui espère), d’où le nom
sous lequel la langue s’est popularisée par la suite. Fondé sur une grammaire régulière (sans
exception), l'espéranto est une langue globalement agglutinante où les mots se forment à
partir d'un nombre limité de racines lexicales et d’affixes. Ces particularités facilitent son
apprentissage. L'espéranto est la seule langue construite qui a dépassé le stade de projet pour
devenir une langue vivante, avec des locuteurs actifs répartis dans la plupart des pays du
monde.
Il s’agit d’une langue unique, inventée de toute pièce et dont l’Histoire a commencé. Elle
sera peut-être appelée à évoluer, à se modifier. Il est indéniable qu’elle offre une richesse
langagière nouvelle qui peut être exploitée. Il s’agit d’une langue-plateforme pouvant
relier différents langages et différentes cultures. L’espéranto est une alternative
intéressante à l’anglais. L’anglais est une langue issue d’une culture et d’un pays. L’anglais
créé évidemment des liens entre différentes cultures, entre différents interlocuteurs mais la
culture anglo-saxonne tend à devenir dominante et à éclipser les variantes culturelles pour
homogénéiser les populations.
26
L’espéranto est construit à partir de plusieurs cultures et permet de présenter et de préserver
la diversité culturelle des populations qui ont inspiré ce langage. On pourrait parler d’un
vrai langage universel. Ce langage ne fait pas disparaitre les langues propres de chaque
pays qu’il est nécessaire de connaitre pour apprendre l’espéranto. Au contraire, il s’agit
aussi d’un moyen de les préserver.
Améliorer la circulation des idées et des contenus
Il faut améliorer la circulation des idées et des contenus, tant à l’intérieur de l’Europe qu’à
l’export. Il est lamentable que plus de 50 ans après le Traité de Rome, les Français ne
connaissent presque rien de la culture allemande, voire italienne, espagnole… et vice-
versa, alors que nos journaux « people », nos écrans, nos festivals… débordent de culture
anglo-saxonne. Les pays européens, et notamment la France, produisent beaucoup, mais
comme d’habitude, chacun dans son coin, sans même s’imaginer que cela pourrait intéresser
les pays voisins. Résultat, grâce à leur esprit plus conquérant (et à l’anglophilie de nos élites
culturelles), c’est presque toujours nos amis anglo-saxons qui s’imposent.
Un exemple : pourquoi, quand on cherche des photos encadrées dans un magasin de déco,
où qu’on soit en Europe, ne trouve-t-on pratiquement que des posters de New York, alors
qu’on a plein de villes européennes largement aussi belles ? C’est comme le cinéma. On a du
mal à sortir du « prêt à admirer » d’outre Atlantique… La France et l’Europe n’ont pas
vocation à être une « exception culturelle », mais un des « phares » du monde, au moins au
même niveau que les États-Unis ! C’est en étant forts et sûrs de nous que nous n’aurons
plus besoin de nous protéger.
Pour un cinéma européen
Il faut favoriser l’émergence des productions audiovisuelles européennes, et soutenir leur
export. Dans cette optique, aux côtés de nations un peu plus « timides » sur ce plan, la France
a bien sûr un rôle moteur à jouer. Mais chacun doit pouvoir faire un pas vers les autres. Un
des problèmes reste la langue… Difficile de tourner dans 4 ou 5 langues différentes… mais
ça s’est déjà fait, et ça fonctionne. Alors que le cinéma américain s’est imposé dans le
monde et comporte des artistes de grande renommée, il apparait important d’offrir les
mêmes possibilités d’évolution aux artistes européens sans qu’ils soient obligés de passer
par une carrière américaine. Des partenariats avec les Etats-Unis sont possibles et
souhaitables, mais les artistes européens doivent pouvoir s’exprimer au sein d’une
industrie propre et solide.
L’émergence d’un cinéma européen qui fasse le lien entre les cinémas de différents pays
semble être une évolution importante. Il s’agit encore une fois de donner des moyens à des
artistes européens de qualité de manière à leur permettre de lancer des projets forts qui
peuvent atteindre une renommée mondiale. Il s’agit par ce billet d’accroitre la diffusion de
films de toutes nationalités européennes. Si un réalisateur espagnol par exemple fait un très
beau film sur l’Espagne dans le cadre d’une industrie cinématographique européenne, alors
l’art cinématographique espagnol sera gagnant. Mais si un réalisateur européen a envie aussi
de faire un film étendu à de nombreux pays européens et dépassant le cadre de son pays
propre, le projet pourra aussi s’effectuer dans de bonnes conditions.
27
L’art ne se réduit pas à une nationalité, il a une vocation universelle. Avec une industrie
cinématographique européenne affirmée, nous pourrons pousser des œuvres européennes
pour atteindre cette portée universelle. Le cinéma peut être un marché très porteur et peut
être un moteur de création d’emplois, de croissance et d’extension d’influence. Face à la
culture américaine, nous devons poser notre modèle culturel et ce modèle passe par le
cinéma.
En outre, il n’y a pas que le cinéma, mais aussi les téléfilms, les séries, les documentaires… et
les débats politiques, voire les émissions d’humour ! Est-il vraiment impossible d’avoir un
programme fédérateur comme « Les Guignols de l’info » à l’échelle européenne ? Ce genre
d’émission sensibilise souvent bien davantage les gens à la politique et à ce qui se passe dans
le monde, que des émissions « sérieuses »… même sous un angle caricatural, c’est mieux que
rien.
Strasbourg, capitale européenne ?
« Le débat sur la localisation du siège du Parlement Européen ressurgit en effet, de façon
épisodique. Pourtant, cette situation renvoie à des références historiques ainsi qu'à des
textes juridiques qui ne sauraient être remis en cause par des attaques bien souvent erronées
sur les coûts ou les dommages de la dispersion des locaux du Parlement Européen. La
question de Strasbourg ou de Bruxelles ne se pose pas puisque selon les Traités qui fondent
historiquement notre Union Européenne, Strasbourg est la règle et Bruxelles l'exception. Et si
évidemment, je suis favorable à un siège unique du Parlement Européen, je souhaite que ce
siège unique soit bien sûr Strasbourg. Au delà, plus qu'une ville siège, Strasbourg incarne
l'idée européenne. »
Nathalie Griesbeck, Députée européenne
Pour une image plus claire des institutions européennes, il est important que l’Union
européenne ait un lieu symbolique fort comme une capitale. Actuellement ce rôle de capitale
est disputé entre Bruxelles et Strasbourg. Strasbourg est la cité où se situe le siège du
Parlement Européen. L’établissement su Siège a été fixé par les Traités et est aujourd’hui
remis en question. Strasbourg doit impérativement se ressaisir pour préserver son rôle
européen et le consolider.
Strasbourg a une vocation, celle de devenir demain la véritable capitale parlementaire d'une
Union Européenne, dont le renforcement apparaît chaque jour plus nécessaire. Car si
aujourd'hui cette cité française est bien le siège formel du parlement, son secrétariat reste à
Luxembourg, et surtout l'essentiel de ses services se sont au fil des années développés et
étoffés sur Bruxelles avec près de 6000 agents. De facto, seules les séances plénières se
déroulent à Strasbourg. Les polémiques récurrentes sur le coût du siège sont fondées, mais
leurs initiateurs feignent trop d'ignorer que la solution la plus simple, pour remédier aux
déplacements incessants des 750 parlementaires comme de leurs collaborateurs, demeure
le regroupement de toutes les activités et de tous les services sur Strasbourg.
28
Il ne s’agit pas pour Strasbourg d’accueillir le siège d’une organisation internationale de
plus, comme le Conseil de l’Europe ou la Commission Centrale de la Navigation sur le Rhin.
L’enjeu est celui d’abriter demain le cœur de la vie démocratique comme du débat public
d’une Union au fonctionnement aujourd’hui difficile, mais qui devra évoluer pour se
transformer en une vraie fédération multinationale, donc en un regroupement unissant
des Etats dans le respect des spécificités, cultures et traditions de chacun. En cela, cette Cité
peut prétendre à devenir, si elle en abrite pleinement le parlement, le centre de la vie
publique d’une nouvelle communauté, encore en gestation.
Strasbourg ne peut évidemment rester passive face à une telle perspective.
Elle doit sortir de la torpeur pessimiste entretenue par ceux qui acceptent in fine de voir
Bruxelles s’imposer comme seule capitale et ne voient donc les sessions plénières du
Parlement que comme une monnaie d’échange. Un destin de capitale se forge et se
construit dans le temps, ce qui suppose que les Strasbourgeois redeviennent acteurs de
l’histoire de leur Cité, qu’ils se saisissent de ce défi. Strasbourg doit devenir un espace
légitime d’expression des citoyens alors que Bruxelles incarne l’Europe technocratique.
L’impact économique si Strasbourg arrivait à ce rôle clé serait très favorable. Cette ville
bénéficierait de l’arrivée massive de cadres et de responsables politiques européens à fort
pouvoir d’achat : développement du commerce, du marché immobilier (pour loger les
fonctionnaires européens), de l’hôtellerie (avec un Parlement en place à titre permanent les
hôteliers perdraient certes leur clientèle mensuelle bruxelloise mais gagneraient la clientèle
de milliers de visiteurs - pour raison de travail ou de tourisme – qui viendrait à Strasbourg à
tout moment dans l’année, compensant certainement très largement la perte des premiers),
création de nombreux emplois (directs auprès du Parlement et indirects pour les
fournisseurs et prestataires de services en tous genres, l’organisation de conférences et
séminaires, etc.).
D’ailleurs Strasbourg bénéficie déjà grandement de la présence européenne actuelle
notamment en raison de la présence du Conseil de l’Europe (y compris la Cour européenne
des Droits de l’Homme), ce qui fait environ 2000 personnes travaillant à Strasbourg et vivant
sur place ou dans les environs, du médiateur européen (une centaine de personne) ou encore
de la Commission Centrale pour la Navigation du Rhin (une vingtaine de personnes).
29
L’Europe citoyenne
L'initiative citoyenne européenne (ICE) est une innovation du traité de Lisbonne donnant un
droit d'initiative politique à un rassemblement d'au moins un million de citoyens de l'Union
européenne, venant d'au moins un quart des pays membres. La Commission européenne peut
ainsi être amenée à rédiger de nouvelles lois dans les domaines relevant des ses attributions,
mais n'y est pas forcée. Le règlement relatif à l'ICE est applicable depuis le 1er avril 2012.
L’initiative citoyenne est aujourd’hui freinée, aussi bien par les institutions européennes
que par les États membres. Les institutions européennes font preuve d’un manque de
volonté politique à l’égard de l’initiative citoyenne, comme les problèmes techniques de
collecte des signatures en ligne, résolus avec retard, l’exposent. Rappelons qu’il fallut
l’intervention de députés européens pour que la Commission mette en œuvre une solution
d’hébergement sur ses serveurs pour les premières initiatives citoyennes : laisser peser sur ces
dernières ce coût de plusieurs dizaines de milliers d’euros revenait à fonder la démocratie sur
les moyens financiers de certains, ce qui est inconcevable. Les premières initiatives
citoyennes n’ont pas permis de contribuer à créer un véritable espace public européen : leurs
défenseurs risquent de s’exprimer dans le vide.
La mainmise que les gouvernements nationaux conservent sur les initiatives citoyennes ne
joue pas non plus dans le bon sens. La procédure, longue et complexe, reste maîtrisée par les
États membres : c’est au niveau national que les signatures récoltées sont contrôlées, avant
que la Commission ne se prononce sur le fond de l’initiative citoyenne.
Il n’y a pas d’harmonisation européenne de la procédure : les exigences d’authentification ne
sont pas les mêmes d’un État membre à l’autre, tout comme les conditions d’accès à la
signature (être majeur, soit 16 ans en Autriche contre 18 ans ailleurs). Plus grave : certains
Européens ne peuvent tout simplement pas soutenir une initiative. Un Irlandais, un
Britannique ou un Néerlandais ne peut ainsi pas signer s'il réside à l’étranger ; certains États
comme l’Italie ou l’Espagne refusent le droit de signer dans leur pays aux citoyens européens
issus d’un autre État membre. L’Union européenne est une union de peuples, héritière de
constructions politiques, de traditions nationales parfois différentes. Il est regrettable
que de tels obstacles limitent la capacité des initiatives citoyennes à promouvoir la
participation politique des citoyens au débat européen dans un espace politique
commun.
Une Europe politique dans les mains des citoyens
L’initiative citoyenne doit servir comme véritable outil de création d’un espace public
européen. Une harmonisation des procédures et critères en vigueur au niveau national en est
une première étape, importante : dans une Union européenne accordant les mêmes droits et les
mêmes devoirs à l’ensemble de ses citoyens, ces mêmes citoyens doivent avoir les mêmes
possibilités de contribuer à cet outil de démocratie participative. Les outils de démocratie
participative européenne que sont la pétition ou l’initiative citoyenne doivent être mieux
reconnus et plus visibles dans les États membres et à l’échelle européenne, dans les lieux
de démocratie notamment locale, dans la presse. Les initiatives citoyennes à elles seules ne
créeront pas un espace public européen, mais nous avons besoin d’un ensemble d’outils de
démocratie participative.
30
Les Français ont bien souvent, à tort ou à raison, le sentiment que la prise de décision
européenne leur échappe, que les représentants élus pour exercer le pouvoir politique sont
obligés de le faire hors de France pour réussir. L’initiative citoyenne doit offrir aux citoyens
la possibilité d’exprimer leurs attentes, notamment en temps de crise économique prolongée et
d’exercer leur souveraineté. La démocratie européenne est possible et souhaitable : il s’agit
d’une question de volonté politique pour assumer notre avenir commun. Ce ne sont pas les
Français ou les Allemands seuls qui décident des politiques européennes, mais les
citoyens de l’Union qui expriment collectivement leur voix et leurs attentes. Les décisions
européennes, et plus généralement les décisions politiques, qui ont un impact sur la vie et le
bien-être des citoyens, ne doivent pas être prises “hors-sol”.
31
L’Europe démocratique
“L’Europe n’est pas efficace, n’est pas adaptée. L’Europe n’est pas aux côtés des peuples
qui la fondent. Il faut dessiner une Europe plus démocratique et plus efficace, au service
des européens”
Marielle De Sarnez, Députée européenne
L’Europe reste désincarnée et distante. Herman Van Rompuy (président du Conseil européen)
et Catherine Ashton (haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique
de sécurité) sont inexistants. L’Union européenne n’a pas de représentants forts. La
démocratie européenne est sans visage. Une Europe sans visage est une Europe qui ne
peut exprimer une volonté et une unité. L’Europe a besoin d’être visible et elle a besoin de
retrouver l’adhésion des citoyens.
Des institutions plus lisibles
Une démocratie européenne plus proche des citoyens n'est possible que si les citoyens
peuvent s'identifier à l'Europe. Pour cela, il faut que celle-ci soit lisible pour eux. Quel
citoyen peut aujourd'hui expliquer comment fonctionnent les institutions européennes ?
C'est quasiment impossible si nous ne sommes pas initiés. L'Europe est lointaine et
semble apporter plus de contraintes que de solutions aujourd'hui, en partie parce que
les citoyens mesurent mal les rôles des institutions et ont envoyé des eurosceptiques au
parlement ! Il faudrait rendre l’Europe plus démocratique, plus proche des citoyens et
participative. Il faut redonner sa place à l’élu qui assume ses choix et rend des comptes au
citoyen.
L’exemple suisse
Il faudrait d’abord que le Parlement joue son rôle pleinement et que la Commission devienne
un vrai gouvernement, avec des compétences plus simples et plus lisibles. Nous pouvons nous
inspirer des États fédéraux comme les États-Unis, le Canada, l’Allemagne, la Suisse... chacun
peut nous apporter quelque chose. La Suisse est une sorte de mini Europe au cœur du
continent, avec son multilinguisme, ses deux principaux cultes, une immigration
importante (un résident sur 5 est étranger)…et ses questions de répartition des pouvoirs
entre cantons et fédération. En revanche, elle est radicalement plus démocratique et
proche des citoyens que l’Europe… Et pourtant, elle n’élit pas son président au suffrage
universel, bien au contraire.
Un référendum européen
Une véritable démocratie transnationale pourrait être instaurée. A chaque grande
réforme européenne pourrait être effectué un référendum européen c’est à dire une
consultation s’adressant à tous les européens dans le même temps. La possibilité
d’effectuer un référendum d’initiative populaire à l’échelle européenne deviendrait une
habitude, encourageant la constitution de collectifs de citoyens européens. Dans cet esprit, la
société civile doit pouvoir accéder au statut légal d’association européenne.
32
Un Président de l’Union européenne
Il est souhaitable que les rôles de président de la Commission européenne et de président du
Conseil européen soient fusionnés pour plus de clarté. Cette fusion des postes aboutirait à
l’instauration d’un président de l’Union européenne, élu directement par les citoyens. Les
élections européennes pourraient dans ce contexte se dérouler dans tous les États
membres avec des partis politiques paneuropéens. Les élections concernant l’Europe
cesseraient ainsi d’être l’instrument d’intérêts politiques nationaux. Avec ce projet, nous nous
dirigeons clairement vers une Europe politique.
Une Constitution européenne
« C’est une bonne idée d’avoir choisi le référendum, à condition que la réponse soit oui. »
Valéry Giscard d’Estaing - Prix de l'humour politique – 2005, au sujet de la Constitution
européenne
La diversité des pays de l’Union européenne est telle qu’une Constitution sera nécessaire
pour poser les bases d’une démocratie européenne aboutie. Une Constitution coutumière à
l’image de celle mise en place en Angleterre est impensable pour un tel ensemble. Le projet
de Constitution pour l’Europe a été initié par Valéry Giscard d’Estaing. Une première
Constitution européenne a été proposée par référendum, mais elle a été rejetée par les
électeurs français et néerlandais lors des référendums du 29 mai et du 1er juin 2005. Le
Traité de Lisbonne dit « Traité modificatif » a intégré les réformes du projet de
Constitution mais a retiré toute référence constitutionnelle. Toute la partie institutionnelle
est identique, au mot près. Mais il est difficile de parler de traité simplifié, tant il est devenu
illisible. En outre ce Traité a eu une importance psychologique pour les Européens. Ils
avaient souvent l’impression que l’Europe se faisait sans eux, ou malgré eux. Cela a
conforté cette impression.
L’Union européenne n’est donc pas actuellement dotée d’une Constitution c'est-à-dire d’un
texte légitime et fort fixant l'organisation et le fonctionnement de l’Union européenne. Cette
situation est aberrante. La démocratie européenne aussi imparfaite soit-elle, doit bien être
légiférée par un document identifié. On pourrait même imaginer un nouveau projet de
Constitution refondant la démocratie européenne et comportant d’importantes
évolutions. Cela nécessiterait évidemment un référendum. Et pourquoi pas justement un
vrai référendum européen ?
Une grande partie de ceux qui ont voté « non » lors du référendum en France ne se sont pas
exprimés sur le texte du Traité constitutionnel. Ils ont dit « non » au pouvoir en place qui était
impopulaire. Ils ont voté « non » parce qu’ils étaient hostiles à un élargissement trop rapide
(notamment à la Turquie), et ou parce qu’ils avaient peur des délocalisations. Nous devrons
clairement rompre avec la logique du mélange des enjeux européens et nationaux ainsi
qu’avec l’élargissement excessif. Nous devrons aussi présenter l’Europe comme un
bouclier économique. Ce travail passe par tous les changements déjà évoqués. Le projet de
Constitution pourrait entériner une importante évolution démocratique.
33
La Défense européenne
« L’Union Européenne, c’est 27 pays, on parle même de 28. C’est un «machin», comme
disait Charles de Gaulle, ça devient ingouvernable. Tout le monde s’en rend compte, on
essaie malgré tout de gérer cette arche de Noé, mais c’est très difficile d’obtenir un
consensus ou même une décision.
D’autant plus dans le domaine opérationnel, où l’on risque des clashs d’intérêts
stratégiques entre pays. Je prends l’exemple du Mali, c’est une zone importante pour la
France. Pour la Belgique, absolument pas. On est pourtant intervenu en appui de
l’opération Serval, car notre ministre, à juste titre, a voulu faire un geste. Mais l’intérêt
purement belge au Mali est inexistant. Et l’inverse au Congo. On peut imaginer que la
Belgique a des intérêts très importants là-bas, alors que l’Allemagne n’en a aucun, si ce
n’est économique. Et encore, il est très limité. »
Le général Guy Buchsenschmidt, chef de l’état-major du corps européen
Alors que le budget militaire chinois augmente de 19 % par an et que les États-Unis ont une
armée dotée de moyens onze fois supérieurs à ceux de la France, les pays de l’Union
européenne se retrouvent confrontés à la question cruciale de la défense. L’Union européenne
a la volonté d’exister sur la scène internationale. Mais pour exister, l’Europe doit être
réellement indépendante, elle se doit donc d’avoir une défense indépendante. Elle serait
alors maîtresse de ses forces, qu’elle pourrait employer selon sa seule volonté. En termes de
budget, la défense européenne ne coûterait pas plus cher pour les Etats membres que ce
que leur coûte actuellement leur défense nationale. Au contraire une véritable défense
européenne pourrait permettre de mutualiser les moyens et de réduire les dépenses pour
les Etats membres. La France est le pays de l’Union européenne le plus actif militairement,
mais ses interventions diplomatiques et militaires ont toujours besoin d’un consensus
européen ou d’une aide politique européenne. En outre, les actions françaises bénéficient
souvent à la sécurité de tous les Européens.
Née à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’OTAN avait pour mission première de
contenir toute expansion du bloc soviétique notamment en Europe. Fortement marquée
par la prédominance des Etats-Unis, l’alliance a rempli son rôle en évitant tout dérapage
majeur au cours du demi-siècle passé. En élargissant son champ d’action et la zone
géographique de ses interventions, en reconnaissant le statut particulier de l’ONU, elle est
devenue la source d’interrogations nombreuses allant jusqu’à remettre en cause son existence.
Le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN a été un reniement de
l’action gaullienne et n’a apporté aucun avantage décisif tout en rendant la position
française confuse alors que la France pouvait être leader dans le domaine de la défense
en Europe. L’Union européenne doit se saisir de la question de la défense. Des avancées ont
été effectuées durant ces dernières années mais trop d’intérêts nationaux subsistent et surtout
il n’existe aucune autorité politique supranationale effectivement compétente. Afin d’aboutir à
la constitution d’une armée européenne, les Européens devront choisir une orientation claire
afin d’assumer un rôle autonome dans l’équilibre mondial et de conserver leur identité en se
dotant des moyens indispensables. L’armement nucléaire et la liberté de choix dans sa mise en
œuvre mériteront une étude approfondie tant les situations et les intérêts sont divers.
34
Associons les citoyens européens à cette réflexion et ayons le courage de prendre notre sort en
main. Nous pourrions apporter un modèle original avec des armées nationales à
l’intérieur de l’Europe, spécialisées dans la défense du territoire (comme en Suisse, par
exemple), et une armée européenne qui soit elle spécialisée dans la projection à
l’extérieur. Cela se rapproche du fonctionnement actuel, mais encore une fois, sous
l’égide des États-Unis, via l’OTAN. Les Etats-Unis depuis la seconde guerre mondiale
revendiquent la direction des opérations d’intervention dans le reste du monde. Ce monopole
des interventions sur le globe nuit aujourd’hui à l’image des Etats-Unis. Ce pays a des allures
de cow-boy qui souhaite faire justice dans le monde. Les Etats-Unis et l’Union européenne
partagent des valeurs communes mais l’identité européenne est très différente de l’identité
américaine. L’Union européenne devrait pouvoir intervenir à la tête de ses opérations quand
elle le juge nécessaire.
Les opérations américaines ne sont pas toujours opportunes (Irak…) et font endosser
aux Etats-Unis une image de superpuissance incontrôlable qui agit arbitrairement au
gré de ses élans guerriers. A l’inverse, l’Union européenne apparait comme molle,
indécise, bloquée, constamment à la recherche d’un consensus improbable. L’Union
européenne doit retrouver une capacité d’action propre, ce qui lui redonnerait la possibilité de
lancer des actions et de les garder sous contrôle. L’Europe a les moyens de sa Défense et elle
doit être en capacité d’agir en restant fidèle à ses valeurs et en posant sa propre approche des
conflits. Cette nécessité d’une Défense européenne affirmée a été soulignée par le
Général De Gaulle lors de sa présidence de la France dans les années 60. Charles De
Gaulle en affirmant une Défense française indépendante initiait une Défense européenne
propre au service de desseins uniquement européens. La France pour De Gaulle était
celle qui ouvrait la voie.
La France aujourd’hui connait des difficultés à la fois financières et de recrutement pour son
Armée. Elle a besoin d’inscrire sa Défense dans un encadrement européen. Cette construction
de la Défense européenne pourrait être pilotée par la France qui a une bonne expérience dans
le domaine. Cette question de la Défense est une question d’indépendance. L’Union
européenne doit gagner en indépendance. Une Europe forte, c’est une Europe politique solide
et une Défense européenne structurée et efficace. La Défense assure aussi des missions
humanitaires et a pour objectif d’assurer la protection des citoyens. Il s’agit d’une
mission noble. Les Armées ont besoin d’hommes, de technologies et d’équipements. La
Défense peut créer des emplois et des richesses, mais pour cela elle doit avoir des moyens
et redevenir attractive. Une Défense européenne avec des moyens solides serait bien plus
attractive que des Défenses nationales dispersées et en difficulté. Notre Défense a elle aussi
besoin d’innovations et de jeunes, elle doit pouvoir être en mesure de répondre à ses besoins.
Seule l’Europe le permettra.
Pour la Défense de l’Eurocorps
Dans cette volonté d’une Europe de la Défense, il est important de défendre l’Eurocorps.
L’Eurocorps est une initiative franco-allemande à laquelle se sont successivement joints la
Belgique (1993), l’Espagne (1994) puis le Luxembourg (1996). Outre les cinq pays membres
(« nations-cadre »), qui se partagent toutes les responsabilités, quatre pays sont associés : la
Grèce, la Pologne, la Turquie et l'Italie. N'ayant pas de pouvoir décisionnel, ils affectent un
nombre limité d'officiers et sous-officiers à l’État-major, à Strasbourg.
35
C’est l'une des plus puissantes formations militaires basées en Europe. Les Etats-Unis
pourraient être introduits au sein de l’Eurocorps. Si les Etats-Unis rejoignaient
l’Eurocorps, ce serait en tant que nation associée, donc sans pouvoir de décision. Le
projet consisterait à introduire sept Américains dans la structure. Cela permettrait à
l’Eurocorps d’avoir des gens parlant vraiment l’anglais, et donc d’améliorer la qualité
générale de cette langue à l’Eurocorps. Ce serait également un pied dans la porte de la
structure américaine et otanienne. L’Eurocorps est une entité essentielle à la Défense
européenne qui doit être maintenue, sans élargissement à des pays supplémentaires en Europe.
L’élargissement à la Pologne est le dernier prévu mais le dernier qui doit être effectué.
L’Eurocorps est suffisamment multinational. Si on augmente le nombre de candidats à
l’accession à l’Eurocorps, on va tomber dans un phénomène de Tour de Babel, et ce n’est pas
souhaitable.
Cahier de l'espoir - Les Jeunes et l'Europe: Pour une Europe forte
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Cahier de l'espoir - Les Jeunes et l'Europe: Pour une Europe forte

  • 1. 2014 Florian Brunner Cahier de l’Espoir « Les Jeunes et l’Europe » Pour une Europe forte
  • 2. 2 SOMMAIRE Introduction…p.4 Des citoyens qui se sentent abandonnés en pleine crise…p.8 L’Europe solidaire…p.12 Sauver l’Euro…p.23 L’identité européenne…p.25 L’Europe citoyenne…p.29 L’Europe démocratique…p.31 La Défense européenne…p.33 L’Europe et l’exploration spatiale…p.36 Pour une Europe en transformation…p.39
  • 3. 3 Je tiens à remercier tous ceux qui dans ce travail de longue haleine m’ont aidé par leurs apports de fond et leur disponibilité : Jean LASSALLE Cécile CALE Dalila BERBAGUI Nathalie GRIESBECK Frédéric LE JEHAN Emilie TAFANEL Dominique KUHL Daniel FISCHER Antoine CARETTE Thomas FRIANG Tristan DENECHAUD Loïc JAEGERT Simon CAU Nicolas FENDER Fabien LUTZ Françoise SCHREIBER Jean-Patrick SCHWEITZER
  • 4. 4 « A la civilisation de masse doit succéder une civilisation à l’échelle de l’individu. » Valéry Giscard d'Estaing Introduction L’Europe : un projet d’espoir L’Europe n’est pas que l’héritage de nos ancêtres. L’Europe est aussi l’héritage que nous laisserons à nos descendants. L’Europe est un projet d’espoir. L’Union européenne est une construction originale qui sort des cadres classiques de l’Etat-Nation. Il s’agit d’une nouvelle manière d’organiser les rapports entre Etats. Plutôt que d’encourager les rivalités et les conflits entre Etats, le projet européen favorise la coopération entre les pays. En effet, les Etats ont besoin de se soutenir et d’agir ensemble pour être plus efficaces. L’objectif de l’Union européenne est l’épanouissement des peuples. La crise économique a ébranlé les piliers européens. Les citoyens français et européens doivent faire face à des conditions de vie difficiles. Nous ne sommes plus en guerre les uns contre les autres, nous n’avons plus de désastres humains ou matériels et l’espace européen est stabilisé. Cette stabilisation est devenue commune aux yeux des citoyens français actuels qui ont un peu trop facilement oubliés les conséquences terribles de la première et de la seconde guerre mondiale. Cette négligence a tendance à nous faire oublier que nous avons aussi de la chance d’être nés à cette époque. Ce début de XXIème siècle offre aussi de nombreuses opportunités aux individus. Nous avons cependant un combat d’importance : la guerre économique. La guerre économique face aux chinois, aux indous, aux russes, au brésiliens et évidemment face aux américains. Dans cette guerre économique, l’Union européenne est un atout majeur. Dans ce conflit, nous devons limiter le nombre de victimes qui sont les chômeurs, jetés à la rue, démoralisés, déconsidérés. Il est urgent de construire une Europe solidaire qui ne s’occuperait pas que de business. Une Europe solidaire qui s’attaquerait à la crise de la monnaie unique. L’Euro est un acquis essentiel, qui doit être sauvegardé et pour protéger cette avancée, la solidarité est essentielle. Nous devons avoir la volonté de construire une Europe forte, forte de sa diversité et de sa solidarité. L’Union fait la force L’union fait la force. Le monde compte plus de 7 milliards d’habitants, mais l’Europe en est la première puissance économique, et compte en son sein les pays les plus riches et les plus compétitifs au monde. Dans ces conditions, il est dérisoire de toujours regarder vers les États-Unis, ou la Chine, alors que nous pourrions, avec un projet politique fort, peser tout autant, si ce n’est, davantage. Les relations internationales, comme l’économie, sont souvent basées sur un bon « marketing ».
  • 5. 5 Il faut savoir se vendre, au lieu de se lamenter et de se faire concurrence entre pays européens. On l’a assez fait au cours du XXe siècle. Nous devons promouvoir nos valeurs et nos atouts. Nous pouvons apporter beaucoup. Premier pôle économique mondial (notre PIB représente le double de celui de la Chine pour moitié moins d’habitants), le quart des multinationales, 40% des investissements internationaux, des universités mondialement renommées, une stabilité politique et économique hors du commun. Nos deux grandes spécificités, c’est d’une part notre diversité culturelle unique au monde (qui contribue à drainer chaque année la moitié du tourisme mondial !), et d’autre part notre modèle de « social-démocratie », ou d’État-providence, qui se décline certes différemment selon les pays, mais dont les fondamentaux sont les mêmes. Le projet européen ne peut pas se résumer à être un grand supermarché ! Les diversités des pays européens sont autant de richesses : on apprend toujours de son voisin. A l'heure où la mondialisation devient de plus en plus présente dans nos vies et bouscule nos habitudes, il est important d'être unis face à ce qui n'est autre qu'une compétition internationale. L'Europe a des atouts immenses mais est à la fois trop naïve et se replie sur elle-même plutôt que d'aller de l'avant. Tous les peuples de l’Europe veulent la même chose : une vie meilleure, du travail, des entreprises qui respectent l’environnement et une certaine éthique. Ils sont aussi contre la mondialisation telle qu’elle se déroule actuellement, avec un monde financier sans foi ni loi. Nous sommes pour le respect de chacun et pour l’aide aux plus démunis. Une Europe forte est indispensable pour porter un modèle économique et social commun. Une Europe forte c’est une Europe capable d’influer sur la direction que doit prendre nos sociétés dans le futur. L’Europe forte En 2012, Nicolas Sarkozy reprenait le slogan giscardien pour une France forte dans le cadre de l’élection présidentielle. Le débat européen était déjà présent dans cette sémantique. En effet en France personne ne veut la France faible. Aucun candidat ne dira qu’il souhaite la France faible. Mais le slogan sous-entend que même si ils ne le disent pas, les autres candidats affaibliraient la France. Beaucoup de responsables politiques affirment qu’une Europe forte conduirait à une France faible. La principale crainte est là : une Europe hégémonique qui affaiblirait le poids de la France et la rendrait prisonnière d’une Union contraignante. En France, le Front National rejette la construction européenne parce qu’il pense que cela ne fait qu’affaiblir la France. Le Front National souhaite une Europe faible pour une France forte. Il est le plus gros promoteur de la volonté de rejeter l’Union européenne. Dès lors, le terme d’Europe forte prend tout son sens. Car le vrai débat est là : voulons-nous une Europe forte ou une Europe faible ? Le vrai clivage se situe sur ce terrain et imprègne tous les débats nationaux. L’Europe faible est un objectif clairement revendiqué notamment par les populistes et les extrêmes. Le terme d’Europe forte a aussi l’avantage de nous dégager des vieux schémas caricaturaux d’Europe fédérale ou d’Etats-Unis d’Europe. L’Union européenne est une construction originale qui fait appel à une vision nouvelle et à un projet novateur. Nos termes doivent se dégager des anciens concepts, pour ouvrir un nouveau champ de réflexion. Nous avons choisi d’exposer ce qui serait pour nous une Europe forte et nous tenterons de démontrer qu’une Europe forte permet une France forte.
  • 6. 6 Relever le défi de la création politique Nous voulons un renouveau de la politique qui passe par l'introduction d'une nouvelle façon de penser. Au-delà des normes fixées par une société essoufflée, en perte de repères, nous revendiquons notre liberté de penser et d’agir. Penser dans la norme, c’est penser que la politique est un exercice figé qui se résume à des luttes pour le pouvoir avec de l’argent, des trahisons et des scandales. En réalité la politique offre aussi de grandes opportunités d’agir et de créer. La politique peut également nous permettre d’innover, de proposer et de rénover. Nous voulons relever le défi de la création politique. Notre système éducatif est tellement cloisonné, fermé, étouffant que les jeunes ne demandent qu'à se libérer, imaginer, inventer. C'est cette volonté d'oxygéner la France et l'Europe que nous défendons. Nous avons tous nos idées, nos approches mais nous ne devons pas hésiter à tout balayer pour se remettre en question, repartir du début pour construire un projet nouveau. Dans la même démarche que les philosophes des Lumières au XVIIIe siècle, nous pouvons ensemble procéder au renouvellement du savoir, de l'éthique et de l'esthétique de notre temps. L’obscurantisme est encore fort dans notre monde et nous devons promouvoir la diffusion libre des connaissances et des savoirs. Le discours politique doit s'écarter des sentiers battus. Nous pourrons aborder le domaine des Sciences, trop négligé en politique et tellement essentiel pourtant. Souvent les responsables politiques français et européens sont issus de formations littéraires et économiques. Leur travail est ainsi tourné vers le verbe exprimant quelques concepts de gestion et de romanesque. S’il est essentiel de savoir écrire, parler et de comprendre les outils économiques de notre temps, il est impératif d’avoir sa propre réflexion et de savoir inventer. La Science est un mécanisme inventif. La santé, l'exploration spatiale, l'environnement sont des défis scientifiques qui doivent pouvoir être abordés. Les compétences littéraires et scientifiques doivent être plus associées plutôt que scindées dans un système français notamment qui trouve opportun de séparer fortement ces deux domaines alors que leur complémentarité est possible et fortement souhaitable. Parler de Science en politique est un pas vers cette réconciliation. On ne peut se passer de la Science dans l’exercice politique de notre temps. Chez les jeunes demeure une curiosité, une envie d'apprendre et de connaître. La Science répond à cette attente. Le cinéma d'aujourd'hui ne cesse de se nourrir de travaux scientifiques. La Science-fiction a envahit les écrans. La Science-fiction c'est demain, c'est même déjà aujourd'hui. Les jeunes accourent voir ces films. Et les thèmes soulevés par ces films peuvent être du domaine de la politique. La politique ce n'est pas seulement des histoires de sous et de combines mais c'est surtout une question de projets. La politique doit redevenir un foyer de création pour construire l'avenir des citoyens. L’instauration d’ateliers créatifs pourra permettre d’instaurer une dynamique saine d’invention et de rénovation. Est-ce encore de la politique ? La politique est-elle morte ? Devons-nous aller vers autre chose ? Pour rénover nos outils et notre démocratie, nous devrons inventer de nouvelles méthodes, inventer un nouveau discours, inventer de nouveaux procédés. Comme dans une démarche scientifique, nous ne savons pas ce que nous allons trouver, mais nous cherchons et donc nous expérimentons. Comme dans une démarche artistique, nous ne savons pas ce que nous allons créer et nous explorons notre imagination.
  • 7. 7 Il ne sert à rien de se perdre dans une planification excessive. La vie est l’acceptation de l’inattendu, nous sommes loin de maîtriser tous les paramètres, nous ne pouvons qu’accepter l’aventure qui nous est offerte, nous ne pouvons que relever les défis que notre temps élabore. Pas question de céder au pessimisme facile et ambiant. Pas question d’oublier les progrès que l’humanité a effectué notamment dans les domaines de la santé, de la sécurité et du confort. Pas question d’oublier les découvertes que l’humanité a pu effectuer. Pas question d’ignorer ce qui nous accompli. L’imperfection est ce qui permet la complémentarité et la définition du Commun. Nous devons l’accepter. Et nous ne nous interdisons pas en même temps d’initier des améliorations. Ainsi nous soutenons l’optimisme, car seule cette force fait avancer les hommes. Nous n’avançons pas en soupirant mais en voulant. Nous vivons une aventure collective où chacun a sa place, où chacun est libre de penser et de s’exprimer, où chacun peut lancer une initiative. Nous ne vivons pas le plan de carrière d'un tel ou d'un tel. La réussite ne doit plus être le fruit de l'arrivisme mais la juste récompense du talent. La démarche de rénovation Les Jeunes encartés et non encartés, engagés et sans étiquettes sont interpellés par la construction européenne et notamment par sa construction présente. Si un mouvement doit émerger, ce sera un mouvement jeune dépassant les camps politiques, apportant des propositions concrètes pour amorcer une rénovation en temps de crise. La rénovation dépasse les fonctions, les lignes politiques et doit entrainer le plus grand nombre de citoyens. L’Europe ne doit plus être une question d’initiés mais doit s’ouvrir à l’ensemble de la société. Nous avons entrepris et nous continuerons d’entreprendre une démarche de concertation en grande partie avec des jeunes et au-delà des clivages. La crise et la guerre économiques rendent prioritaires les questions d’emplois, d’éducation et de formation. Nous aborderons dans ce Projet, les thèmes du chômage et du chômage des jeunes. Ce qui nous amènera à la question cruciale de l’Europe solidaire. Une Europe qui entame de vrais partenariats afin d’instaurer une cohésion collective efficace au service de tous les citoyens européens. Nous évoquerons également l’Europe citoyenne et démocratique ainsi que la Défense européenne. Les Jeunes et l’Europe c’est d’abord offrir à l’Europe une seconde jeunesse et donc un avenir. Cette rénovation ne devra donc plus se limiter aux frontières d’un pays mais s’étendre à l’échelle de notre Union.
  • 8. 8 Des citoyens qui se sentent abandonnés en pleine crise "Nous ne pourrons pas faire avancer l’Europe avec la nostalgie des aînés, mais seulement avec l’enthousiasme et la conviction de la jeunesse. Voilà notre but." Wolfgang Schäuble - Ministre fédéral des finances en Allemagne L’Europe s’est éloignée des peuples L’Europe n’est pas un Continent. Il ne s’agit pas d’un espace géographique qui conduirait à une union justifiée par les conditions d’un milieu. Il s’agit d’un espace de vie, chargé d’une Histoire commune, une Histoire à la fois belle et dure, l’Histoire de guerres terribles et l’Histoire d’une réconciliation forte entre les peuples. L’Europe est devenue un espace de paix et donc un espace d’espoir. L’Europe a été faite pour les peuples. Les populations blessées ont été conduites dans une ère de paix et de prospérité. Mais peu à peu, alors que les institutions devaient établir un lien démocratique plus fort avec les citoyens, l’Union européenne s’est éloignée des peuples. Elle est devenue une structure économique essentielle mais désincarnée, froide et lisse. Les dirigeants européens sont inexistants et superficiels. Le Parlement européen, le centre de la démocratie européenne est difficilement perçu et compris. Les députés européens n’arrivent pas à avoir la proximité de députés nationaux, pour des raisons tout à fait compréhensibles, le territoire étant bien plus vaste. Cette distance établie donne l’impression aux citoyens d’être abandonnés, abandonnés aux mains d’un libéralisme sauvage favorisé par des instances technocratiques cruelles. Les populistes s’acharnent sur cette Europe des élites pour gagner des suffrages et cela fonctionne. La peur de l’Europe est là, présente chez les citoyens qui affrontent les difficultés quotidiennes, les drames de tous les jours comme le chômage, la pauvreté ou les conditions précaires. Ces tragédies s’inscrivent dans une incertitude forte face à l’avenir. Les crises économiques, les tempêtes internationales, les conflits armés nourrissent une peur de l’avenir et donc un pessimisme destructeur. Les populistes captent ce désarroi et le manipulent, ils se renforcent, brandissent un projet irréaliste et périlleux. Face à cette montée des peurs, face à cette montée de la colère, face à cette montée de l’extrémisme, il est urgent de riposter. Osons le débat ! Les Européens restent figés et n’engagent pas le débat. Ceux qui défendent l'idée d'une Europe forte se couchent. Ils ont peur d’intervenir parce que l'Europe fait des erreurs, que les politiques européennes sont à critiquer, tandis que les solutions passent quand même par un renforcement de l'idée européenne. Nous disons debout ! Osons le débat ! Et ne laissons pas l'espace aux populismes et souverainismes de tous bords, ne laissons pas non plus le champ libre aux extrêmes. C’est aussi le sens du terme « Europe forte ».
  • 9. 9 Si nous voulons une Europe forte, c’est parce qu’actuellement elle est trop faible et fragile. En laissant intervenir les détracteurs de l’Union européenne, nous laissons le projet européen s’affaiblir. Tous les partisans de l’Europe forte doivent se lever et défendre la construction européenne. Il est nécessaire de faire une campagne européenne innovante, dynamisée par des thèmes forts. Cette campagne doit avoir lieu tout le temps et en dehors des créneaux électoraux. L’Europe nous concerne tout le temps, dans notre passé, notre présent et notre avenir. Elle se déroule dans notre espace temporel. Nous devons faire en sorte que l’Europe devienne avant tout un projet d’avenir. De cette manière nous pourrons également projeter notre action vers l’avant. Régénérer l’idée européenne, c’est aussi et surtout engager un débat citoyen et associer pleinement les citoyens à un débat sur l’Europe. Les Jeunes dans le débat Les jeunes sont rarement entendus, et peu de gens de manière générale, lorsqu’ils parlent d’Europe, sont entendus. Donc les jeunes qui parlent d’Europe, bien sûr, cela passe souvent à la trappe ! Cependant, les points de vue sur l’Europe sont souvent trop ésotériques, trop flous, cela ne facilite pas leur diffusion. L’Europe en soi, finalement, ce n’est pas vraiment un thème, tout comme « la France » ou « le monde »… Pour intéresser les gens et être entendu, il est indispensable d’aborder l’Europe sous des angles plus précis, avec des projets concrets. Les citoyens sont capables de bien se mobiliser pour une idée précise. Pas pour « l’Europe ». Nous sommes dans un monde de bouleversements Tous les schémas classiques qui régissent notre société sont remis en cause : fonctionnement démocratique, déroulement de la scolarité et des formations, monde de l’emploi… Les jeunes notamment se retrouvent perdus dans un monde mouvant et risqué. Il n’y a plus la garantie d’un emploi, plus la garantie d’un avenir fondé sur un parcours professionnel apaisé permettant de construire une vie familiale structurée et réconfortante. Ces temps agités sont faits pour les aventuriers, ceux qui ne s’attachent pas trop, ceux qui savent bouger et s’adapter. Nous ne sommes plus dans un monde de continuité mais dans un monde de bouleversements. Les parents se retrouvent désemparés, ne connaissent plus leurs jeunes, ne savent plus les conseiller dans un monde si changeant, une fracture se créée et l’impuissance s’instaure. Le malheur est là. Et le fatalisme n’est pas loin. En France, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les moins de 24 ans, derrière les accidents de la route. Les jeunes semblent pris au piège dans un monde où ils n’ont plus la maîtrise sur les événements. La vie semble être un enchainement de procédures administratives et juridiques : suivre une scolarité, faire des études, trouver un emploi, fonder un couple, s’assurer une bonne retraite, penser à l’héritage… Ces procédures en outre sont souvent laborieuses, émanant d’un système lourd et complexe, devant lequel nombre de citoyens se retrouvent impuissants. La machine administrato- juridique étouffe les initiatives et les volontés. Il existe ainsi chez les citoyens et les jeunes, une aspiration à une liberté plus complète, c'est-à-dire une liberté d’agir, de créer et de développer sans être bloqué par une ordonnance contraignante, un arriviste pistonné aussi incapable que désagréable, un chef fermé et braqué, un politique corrompu et cruel. Les citoyens veulent respirer et retrouver leur droit de vivre, de s’épanouir dans le respect des uns et des autres. Il s’agit d’un contrat social.
  • 10. 10 Créer un monde nouveau Une bureaucratie lourde emprisonne la France dans un système malsain et dépassé. La création, l’imagination, les solutions nouvelles sont méprisées. Or pour que la France sorte de cet état d’agonie, il faut favoriser les moyens de création pour amorcer un changement salutaire. C’est aux citoyens d’imaginer, de participer au débat, de trouver des solutions dans une société dynamique, ouverte et apaisée. Les Français doivent dessiner les fondations d'une nouvelle construction, réfléchir différemment à l'économie, à l'urbanisme, aux transports, à la ville, à l'environnement, à l'éducation ou à la culture, c'est-à-dire qu’ils doivent imaginer un Renouveau nécessaire et vital. C’est de cette capacité à innover que pourra émerger une idée ambitieuse de l’Europe, c'est-à-dire un projet humain défendant une Europe forte qui ne serait plus réduite au domaine économique. Rénover la politique européenne Nous pouvons innover la politique européenne, tout d’abord en changeant notre approche de l’engagement européen. Arrêtons de penser l’action européenne dans des partis nationaux. Des partis politiques européens sont en train d’émerger. Il faut des structures réellement européennes pour porter des propositions correspondant à toute l’Union européenne. Cette innovation touche à l’identité et à la culture européenne. Il s’agit de mettre en rapport les acteurs politiques et les citoyens européens partageant les mêmes valeurs. Nous devons penser différemment les dossiers et les réformes. Nous devons inventer une nouvelle manière d’aborder les enjeux et d’apporter des solutions. Par exemple partir d’un problème pour apporter des solutions n’est pas une démarche entrainante. Parler tristement de chômage, de pertes d’emploi avant d’annoncer des mesures techniques n’est pas une démarche qui mobilise, au contraire elle rappelle sans cesse les malheurs qui frappent notre société et pousse au désengagement. Nous pouvons au contraire partir d’idées optimistes comme l’innovation et la création pour préciser des propositions et initier un élan plus dynamique et porteur. Partir d’idées fortes et nouvelles pour impulser un renouveau. Il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions. Cette innovation peut passer aussi par les médias. Nous avons besoin de médias européens et de médias nationaux qui s’intéressent vraiment à l’Europe et aux pays qui la composent. Combien de fois voit-on sur les grandes chaînes de télévision française des personnalités allemandes, italiennes, polonaises… ? À quand remonte la dernière interview de José Manuel Barroso sur TF1 ? On a créé le système de diffusion en Eurovision, mais on s’en sert à peine…La grande faiblesse de la démocratie européenne, c’est le quatrième pouvoir : les médias. Avec la TNT qui permet d’utiliser différents sous-titres, voire versions audio, il serait temps d’avoir une grande chaîne paneuropéenne ! Il faudrait commencer par la rendre plus démocratique, plus proche des gens et participative. Une jeunesse solidaire La jeunesse a aussi de grands atouts comme la solidarité qu’elle est capable de manifester. Les jeunes sont solidaires. Alors que la crise frappe, les difficultés traversées provoquent un boum du bénévolat. D’après une étude de l’association France Bénévolat, le nombre de bénévoles a augmenté de 14% entre 2010 et 2013 en France. Ce sont les jeunes (15/35 ans) qui tirent la progression globale. Le nombre de bénévoles en France ne cesse d'augmenter.
  • 11. 11 20,3 millions de personnes de plus de 15 ans, soit 40% du nombre total de Français (36% en 2010), disent "donner du temps gratuitement pour les autres ou pour contribuer à une cause", hors du cercle familial, dont 12,5 millions dans une association. Le bénévolat "direct" (appelé aussi "de proximité" ou "informel") est celui qui a le plus progressé (+31%), suivi du bénévolat associatif (+12%). Le bénévolat dans d'autres organisations (syndicales, politiques, religieuses ...) a en revanche diminué de 6%. Les 15-35 ans constituent la tranche d'âge motrice de l'augmentation du nombre de bénévoles depuis ces trois dernières années. Au sein des associations, cette catégorie tire la progression globale avec +32% à 3,3 millions de personnes, suivis des 35/64 ans (+10% à 5,5 millions) et des plus de 65 ans (+5% à 3,9 millions). Chez les 50 ans et plus, les actifs sont engagés à 37% et les retraités à 49%. Ainsi la jeunesse française s’engage au service des autres et entame une démarche forte de solidarité.
  • 12. 12 L’Europe solidaire Pour une vraie solidarité entre les Etats européens Nous sommes ainsi au cœur des enjeux européens : à la place d’une Europe du libéralisme et de la concurrence, les citoyens français et même les citoyens européens attendent une Europe solidaire. C'est-à-dire pas qu’une Europe qui invente des plans d’aide pour intervenir en Grèce en urgence mais une Europe qui pense humain et durable. L’individualisme allemand est l’illustration parfaite de cette Europe technocratique, libérale et concurrentielle. Les membres de l’Union européenne doivent devenir de véritables partenaires qui se soutiennent face aux défis économiques. Il en va de même sur le sujet de la Défense européenne. Alors que la situation syrienne avait entrainé des menaces de frappes, l’Union européenne n’a réussi qu’à arrêter une position sans trouver les moyens d’une action concertée. La solidarité et la coopération entre Etats européens implique un respect mutuel des peuples et de leur histoire, une volonté d’avancer ensemble et une reconnaissance du statut de citoyen européen. Les citoyens européens ne doivent pas être identifiés en fonction de leur nationalité mais comme membres de l’Union européenne à part entière. L’Union européenne doit servir les citoyens européens. En respectant chaque citoyen européen, l’Union européenne respecte toute la diversité de ses composantes. Les peuples européens doivent également être considérés comme entités. Cette solidarité implique l’émergence d’une proximité entre les membres de l’Union européenne, cette solidarité implique l’établissement d’une vraie culture européenne et donc d’une identité européenne. La montée des populismes exprime un rejet de l’identité européenne, un rejet de l’acceptation de la diversité européenne. Le meilleur moyen d’étouffer ces populismes est d’instaurer des passerelles entre les Etats pour permettre des échanges notamment pour les jeunes en formation. En s’accoutumant à d’autres cultures et d’autres pays, les jeunes en question pourront mieux comprendre la diversité européenne et densifier leurs bagages culturels et linguistiques. L’Etat cloisonne de trop les citoyens. Il est nécessaire d’ouvrir les frontières et de permettre réellement des échanges pour enrichir les bagages de chacun et donc les potentiels. Les Etats connaissent trop de limites, trop d’insuffisances et ne doivent pas fonctionner en vase clos. Les atouts de chaque pays doivent se combiner de manière à renforcer les capacités de chacun. C’est donc ici que doit débuter cette Europe solidaire, par l’établissement de partenariats solides et avancés. Si nous voulons continuer à conquérir des marchés, ce n’est pas en jouant chacun dans son coin, mais en réseau que nous avancerons. Quand Siemens et Alstom, par exemple, se font concurrence en Asie, en Amérique ou en Afrique, au lieu de proposer une offre commune (tout en se faisant concurrence à l’intérieur de l’Europe), ce sont les Chinois qui se frottent les mains ! Il faut bien comprendre que de l’argent qui rentre en Allemagne, ce sont des revenus supplémentaires pour la France, principal partenaire économique, et vice-versa. Sur les marchés mondiaux, on voit rarement les Pékinois faire concurrence aux Cantonais… pourtant, les deux villes sont aussi éloignées que Paris et Athènes !
  • 13. 13 Le couple franco-allemand Le couple franco-allemand s’essouffle. Il ne pourra redevenir fort que si une véritable solidarité s’instaure. Le grand défi dans la coopération franco-allemande, à un moment où ce rapport privilégié s'est presque banalisé, est de réaliser concrètement, au-delà des démonstrations d’amitié, un grand projet avec et pour l'ensemble des Européens. Cela pourra se faire en associant très tôt d'autres partenaires en Europe pour éviter toute impression d’un directoire franco-allemand. Multiplier les initiatives collectives partagées de tous, du col bleu au col blanc, des étudiants aux retraités, des élus locaux aux plus hauts dirigeants politiques, sera primordial. Un certain nombre d'autres sujets sont d’ores et déjà porteurs et capables de renouer avec la croissance : les nanotechnologies et le secteur de la santé, les réseaux intelligents et les nouvelles technologies de l'énergie, l'internet très haut débit et les infrastructures en général, y compris spatiales, le traitement des déchets et des eaux usées, les véhicules du futur... Par exemple, la nécessaire promotion des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique fera naître de nouvelles chaînes de valeur, de nouvelles organisations qui laisseront plus de latitude à l'innovation et au développement d'usages nouveaux, autant d'espaces potentiels de création d'entreprises et d'emplois. À l’instar de la création fondatrice et fondamentale de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) par des Européens visionnaires, mais pragmatiques. Tout cela doit finalement nous amener à être optimistes, en Europe, sur la capacité de nos concitoyens à comprendre et à s'adapter aux défis de demain. Loin d'un affrontement violent et stérile entre tel ou tel modèle politique et de société, l'avenir viendra peut-être de ces engagements positifs, individuels, locaux et régionaux de tous ceux qui souhaitent une Europe Unie, plus forte dans le monde de demain. Au couple franco-allemand de s'approprier ces thématiques, tout en faisant preuve de transparence, de pédagogie et de démocratie pour associer, en amont, les citoyens à l'édification de tous ces projets. Au couple franco-allemand de s'inspirer à la fois des atouts allemands (l'efficacité des PME, la qualité du dialogue social, la formation professionnelle, la qualité des produits, la culture d’innovation...) et français (ses très grandes entreprises, une politique énergétique compétitive, sa démographie…) pour fonder une nouvelle relation pleinement tournée vers l’Europe, pleinement tournée vers le Monde.
  • 14. 14 Quelle place pour l’Angleterre ? “Une des conditions de la relance de l’Europe, c’est que les Anglais s’en aillent. Avec élégance et dans l’amitié. Pour cela, il faudrait qu’ils partent vite.” Michel Rocard Début 2013, David Cameron (Premier Ministre de Grande-Bretagne) a annoncé vouloir un référendum sur l'appartenance à l'UE d'ici à 2017. Ce sera un référendum sur l'appartenance ou non à l'UE. Les Anglais s’interrogent sur leur présence en Europe et de nombreux acteurs en Europe se questionnent également. Charles De Gaulle n’a jamais voulu des Anglais dans l’Union européenne, il s’y est toujours fermement opposé. Cela a été la source d’un regrettable malentendu : Non De Gaulle n’était pas contre l’Europe. S’il s’est opposé à l’entrée de l’Angleterre dans le marché unique, c’est à cause de ses convictions européennes. Winston Churchill partageait d’ailleurs cette opinion. Churchill s’était positionné pour une Union européenne mais sans l’Angleterre. Les successeurs de De Gaulle se sont montrés plus consensuels. Qu’importe la volonté des Etats à s’investir dans le projet européen, faisons les tous rentrer ! Les leaders au lieu de voir une Europe politique, n’envisageaient déjà que l’élargissement. La présidence de Valéry Giscard d’Estaing a permis d’instaurer les bases d’une vraie Europe politique. Mais ensuite, la course à l’élargissement a repris. La rentrée de l’Angleterre dans l’Union européenne est la conséquence de cette volonté d’élargissement tout azimut qui fut précoce. L’Angleterre s’est donc retrouvée au sein de l’Union européenne, bénéficiant de tous les avantages et refusant toutes les contraintes. La Grande-Bretagne n’a pas appliquée la solidarité. Et peu à peu, les membres de l’Union européenne y compris l’Allemagne se sont laissés gagner par cette course aux avantages. La volonté de solidarité s’est épuisée. Des voix s’élèvent désormais pour le dénoncer. L’Angleterre a toujours freiné l’Europe politique et veut s’interroger sur sa sortie de l’Union européenne. La sortie de l’Angleterre de l’Union européenne pourrait être une solution pour relancer une Europe politique. Une autre solution a été proposée par Valéry Giscard d’Estaing, celle d’un "statut spécial" accordé au sein de l'Union européenne au Royaume-Uni pour favoriser l'intégration européenne et mettre fin à l'antagonisme qui plombe les rapports entre Etats. L'intégration européenne peut être poursuivie, et rester compatible avec la participation de la Grande-Bretagne, sous réserve que celle-ci puisse être dispensée de participer aux avancées qu'elle juge incompatible avec ses prérogatives nationales. La reconnaissance de toutes ces exceptions reviendrait à conférer à la Grande-Bretagne, un « statut spécial » dont les modalités de fonctionnement devraient être minutieusement mises au point. Il.
  • 15. 15 Il ne s'agirait pas d'une Europe à deux vitesses séparant arbitrairement les bons et les mauvais, les forts et les faibles. Il s'agirait au contraire pour l'Europe déjà unie de poursuivre son intégration, à un rythme réaliste, dans le respect des identités et des compétences des Etats membres. Ce statut serait spécial, propre à l’Angleterre et ne pourrait être appliqué à chaque fois qu’un Etat exprime des réserves. L’élargissement de l’Union européenne a été trop précipité. Il faut maintenant consolider les bases, forger un cadre politique fort permettant de structurer l’action européenne et de la stabiliser. Vers une Europe à deux vitesses ? En réalité cette proposition de « statut particulier » officialiserait une réalité déjà établie. L’Angleterre a bien une place particulière et propre dans les Institutions européennes. On assiste depuis quelques années à l’instauration d’une Europe à deux vitesses voire à plusieurs vitesses. Ainsi la question de « l’Europe à géométrie variable » doit être bien étudiée. En institutionnalisent une Europe à plusieurs vitesses, on permettrait à différents Etats européens de choisir leur voix. Les Etats qui voudraient rester en retrait le pourraient et d’autres qui voudraient aller plus loin auraient la possibilité de le faire également. Alors que les institutions européennes actuelles conduisent à l’inertie d’un système, il semble intéressant de pouvoir permettre des évolutions différentes qui relanceraient une dynamique. Les pays qui souhaiteraient approfondir l’intégration européenne pourraient lancer les réformes nécessaires. Il pourrait s’agir d’un noyau-test qui effectuerait des expériences institutionnelles. Ces expériences si elles s’avéraient positives pourraient être étendues aux pays qui deviendraient intéressés. Nous avons procédé de la sorte avec l’euro, nous pouvons aussi procéder de cette manière avec l’intégration politique. Mais la solidarité européenne doit être fondée sur des règles claires valables pour tous les Etats membres. L’Europe solidaire doit être un cadre solide pour toute l’Union européenne. C’est la condition même de son existence. L’exemple suisse peut aussi nous intéresser dans ce contexte. Nous l’aborderons dans le cadre de l’Europe démocratique. Le chômage des jeunes en Europe Il existera toujours du chômage. D’une part à cause du changement de carrière (les métiers qui disparaissent, d’autres qui apparaissent). Il y a aussi ceux qui ne veulent tout simplement pas travailler pour profiter de la société mais ils sont minoritaires. Le chômage de masse tel qu’on le connaît date des années 80 avec la modernisation des grosses entreprises françaises. Tout cela va de paire avec la vente de nos usines et de notre savoir à des pays en voie de développement. De nos jours, il y a les délocalisations industrielles, l’optimisation fiscale et la morosité de marché. Dans l’avenir, il y aura d’une part de grosses entreprises qui seront très robotisées, et qui nécessiteront une main d’œuvre restreinte mais très qualifiée. Les autres entreprises, qui garderont une main d’œuvre humaine, produiront dans les pays à faible coût (nous pouvons déjà voir les effets, certaines entreprises délocalisent de Chine pour s’implanter dans des pays africains).
  • 16. 16 Le chômage des jeunes en Europe semble très inégal. En effet, il semble que dans les pays où l’on a développé l’apprentissage et où l’on fait confiance aux jeunes, en leur confiant certaines responsabilités dès 18 ans, voire avant, leur chômage est bien plus bas que dans les pays « latins » connus pour leur gérontocratie. Juste à côté de l’Alsace, à Fribourg ou Bâle, le chômage des jeunes est trois fois moins élevé…En France, les jeunes chômeurs sont souvent dans une situation particulièrement précaire, en étant mal intégrés à la fois au marché du travail (où on leur demande d’être jeunes et malléables tout en ayant 10 ans d’expérience), et aux mécanismes d’aide sociale (RSA presque impossible à obtenir avant 25 ans, etc.). Inspirons-nous de nos voisins et faisons enfin confiance aux jeunes, dans tous les domaines ! Il faut un plan Marshall de l’emploi des jeunes en Europe "Il faut une politique de l'emploi plus offensive...une sorte de New Deal de l'emploi" Marielle De Sarnez, Députée européenne On ne peut pas parler de l’emploi des jeunes sans considérer la diversité des situations. Plus on est qualifié et mieux on va s’insérer dans le monde du travail. Les inégalités sociales se transmettent, on observe ainsi la reproduction de ces inégalités à travers les diplômes. Il s’agit donc de s'intéresser aux 900 000 jeunes qui ne sont ni en formation, ni à la recherche d'un emploi, des jeunes qui sont dans le désarroi le plus total, dans l’incapacité de trouver un emploi. Aujourd’hui, 40% des chômeurs de longue durée sont des jeunes. Il faut établir des passerelles pour leur permettre de se former et de remettre le pied à l’étrier, de se réinsérer dans le monde professionnel. Il faut un vrai plan Marshall de l'emploi des jeunes en Europe avec des moyens importants mais surtout une vision pour le futur : quels emplois veut-on en Europe, lesquels sommes-nous prêts à laisser à d'autres ? Vouloir concurrencer les pays à bas coût est perdu d'avance. Nous pouvons nous inspirer de l'Allemagne qui a choisi une montée en gamme, généraliser l'apprentissage, instaurer une vraie relation enseignement-entreprise en faisant rentrer les entreprises dans l’éducation nationale. Pour inciter les entreprises à embaucher des jeunes, pourquoi ne pas supprimer les charges patronales pour les jeunes de moins de 30 ans, au moins sur un temps donné ? Mais le problème semble plus étendu. Les emplois associent des compétences sans que cet alliage ne semble judicieux. On peut se demander si les emplois tels que proposés sont encore pertinents. De nombreux acteurs politiques déclarent qu’il faut créer des emplois, mais faut-il recréer de l’emploi de la même manière ? Avec les mêmes fonctions rassemblant les mêmes compétences ? Un emploi est une sorte de case, toujours configurée de la même manière dans laquelle on place des individus conformes. Il faut arrêter de mettre les gens dans des cases. Une personnalité est diverse et peut rassembler des compétences très variées. Repenser les emplois et les compétences est une démarche qui semble urgente.
  • 17. 17 Le travail d’orientation est très insuffisant pour les jeunes. Nous avons plus l’impression de voir un ouvrage de désorientation s’opérer. Les jeunes voient constamment leur projet professionnel remis en question. Dès qu’un jeune explique sa passion à un conseiller d’orientation, il se voit répondre qu’il ne pourra pas vivre de sa passion, qu’il faut qu’il choisisse une autre voie. Le travail fait par passion est un aspect important pour la motivation d’un individu et pourtant le monde du travail le rejette. On travaille parce qu’il faut travailler, on ne travaille plus par intérêt pour ce que l’on fait. La conséquence est que le monde de l’emploi est rejeté. Les citoyens ne veulent plus travailler par force mais travailler ce qu’ils aiment. Ils ne veulent pas souffrir dans un monde où ils sont écrasés, ignorés voire broyés et humiliés. Le monde du travail doit devenir plus attractif et humain. Une redéfinition de l’orientation doit être menée. Nous ne devons pas avoir peur des risques professionnels, nous devons laisser les jeunes se lancer, innover, créer. Le système scolaire apparait comme trop partial, à force de trop de sélection, des profils prometteurs qui ne correspondent pas aux normes sont rabaissés et exclus d’un système qui ne produit qu’une élite officielle trop restreinte, aux secteurs d’étude très cloisonnés. La sélection ne s’opère en France que sur le français et les mathématiques, pourtant d’autres secteurs sont essentiels comme la création qui peut permettre d’acquérir de nombreuses techniques importantes pour le monde du travail. En outre beaucoup de jeunes ne savent plus lire ou compter. L’enseignement à ce niveau n’est même plus suffisant. L’éducation française est un naufrage, un désastre qui fait des ravages dans une société touchée par la crise. Le corps professoral ne se remet pas assez en question, et tombe malheureusement trop souvent dans un exercice d’autosatisfaction déplacé. Les jeunes doivent être encouragés dans leur passion et les emplois doivent être réfléchis en adéquation avec ces aspirations. Les emplois créés doivent aussi correspondre aux attentes de ceux qui seront employés tout simplement pour rendre le monde du travail attractif et épanouissant. Enfin, pour l’embauche d’un jeune, il est impératif que les employeurs ne se restreignent plus au niveau scolaire ou à l’expérience professionnelle. L’expérience, c’est aussi la pratique gagnée dans des activités bénévoles. Le jeune doit pouvoir valoriser son parcours associatif, artistique, politique etc. L’expérience est plus riche que ce que les employeurs demandent. En excluant tout ce qui n’est pas diplômé, tout ce qui n’est pas professionnel, les employeurs perdent des potentiels forts. C’est un gâchis à la fois pour les potentiels en question et les organes qui recrutent. Ce plan Marshall de l’emploi des jeunes en Europe devra effectuer une véritable révolution pour tous les jeunes en Europe. La démarche devra s’appliquer sur le long terme à tous les jeunes européens aux conditions très différentes mais aux attentes similaires.
  • 18. 18 Pour un marché européen de l’emploi “Il faut enrichir la croissance en emploi, et non attendre que la croissance crée de l’emploi” Bernard Gomel, chercheur en évaluation des politiques publiques de l’emploi au CEE Près de 500 000 entreprises en France, des PME en particulier, cherchent des repreneurs mais ne trouvent pas de candidats faute de formations adaptées. Or 98% des entreprises sont des PME. Ce sont ces structures qu’il faudrait aider en réduisant notamment les lourdeurs administratives et les cotisations sociales qui les étouffent. Il faut également assurer une stabilité fiscale et juridique aux entreprises pour leur permettre de se développer sereinement. Un marché européen de l’Emploi permettrait également de maximiser les chances de trouver le bon candidat pour l’entreprise en manque de ressources, ou le poste le plus adapté pour le chercheur d’emploi. Il faut réformer la scolarité française Développer l’apprentissage en France est une nécessité, ainsi que réformer le système d’orientation scolaire et universitaire, pour former des jeunes dans les filières où l’on a besoin de monde, et pas seulement en fonction de leur affinités et de celles des enseignants. Tant de jeunes surqualifiés pour rien, de gens à qui on donne l’illusion que leur diplôme les protègera du chômage, et qui se font plaisir avec telles ou telles études qui ne débouchent sur rien…quel gâchis ! Mais les entrepreneurs doivent aussi jouer le jeu, et accepter d’assumer un rôle essentiel dans la formation des jeunes, et de les payer correctement ensuite. C’est dans leur intérêt de contribuer à assurer la relève. L’école a bien sûr pour vocation de former des têtes « bien faites », mais les employeurs ne doivent pas en attendre non plus du « prêt à embaucher » immédiatement adapté à leur entreprise. La France est en outre très mauvaise dans l’enseignement des langues. Les cours au collège et au lycée ne sont pas assez dynamiques et participatifs. Or pour s’intégrer dans le monde actuel, il est important pour les citoyens de bien connaitre les langues et au moins l’anglais. L’Université française reste aussi assez décevante à ce niveau. Le soit disant « élitisme » à la française reste trop la règle. La France prétend sélectionner une élite solide et incontestable sur la base de notions de mathématiques et de français. Des savoirs qui sont de moins en moins maîtrisés. L’élève se retrouve dans l’obligation d’apprendre et de toujours apprendre, et au final il n’apprend plus. Il tente de retenir le temps d’une interrogation les éléments nécessaires puis il les oublie, lorsqu’il ne triche pas. La triche dans les études et notamment à l’Université est très mal contrôlée. Il reste en outre en France trop d’arbitraire dans les notations au sein de l’Université, son autorité est de plus en plus remise en cause. Il est certain que des jeunes intelligents réussissent dans les études mais ils n’expriment souvent qu’une forme d’intelligence réduite à un secteur bien spécifique qui n’exploite pas assez d’autres dimensions de l’intelligence. En réalité, une élite se forme notamment dans le monde mais cette élite contrairement aux idées reçues n’est pas bardée de diplômes. Certains membres de cette élite ont tout simplement fait leurs preuves d’une autre manière qu’en passant par un cursus universitaire.
  • 19. 19 Une redéfinition de l’élite est absolument nécessaire en France. Ceux que nous jugeons comme étant les meilleurs ne le sont pas forcément. Il n’y a d’ailleurs pas de meilleurs, il y a des jeunes qui vont se détacher dans une discipline à un moment donné et il faut faire en sorte que tous les jeunes puissent avoir cette chance de faire leurs preuves. Vers une éducation européenne Il s’agit aujourd’hui de renforcer les passerelles entre les peuples afin que les citoyens européens apprennent à se connaître, formant peu à peu une véritable communauté. Il s’agit d’accroître les échanges d’étudiants et les projets accordés aux jeunes, de ne plus rester dans la satisfaction de quelques déclarations de principes mais de les mettre en œuvre, leur donner force. Une cohésion pourra aussi s’accomplir dans le domaine de l’éducation, au- delà des projets de rapprochement évoqués auparavant. L’éducation européenne ainsi fondée devra permettre aux personnalités de se forger et d’évoluer, susciter l’épanouissement des êtres et non exacerber l’esprit de compétition qui a déjà fait tant de mal. Sur la base du livre franco-allemand d’histoire pourrait être créé un livre d’histoire-géographie européen, sans nier la diversité des programmes mais en apportant une vision d’ensemble. Un malaise de la jeunesse s’est développé en Europe. A force de ne plus porter son regard sur la jeunesse d’une société, on oublie qu’elle est pourtant l’avenir de celle-ci, elle se révolte alors, fait entendre sa voix. L’action des Etats est alors dispersée, les difficultés sont pourtant communes. Des passerelles doivent être établies entre le monde du travail et le système éducatif à un niveau européen. Des programmes existent mais doivent être renforcés. Faisons participer les citoyens et notamment les jeunes européens à ce chantier crucial. À quand un cours de "civilisation européenne", introduit comme matière d'enseignement obligatoire avec des programmes communs et un enseignant spécialisé originaire d'un autre pays européen ? À quand des échanges obligatoires de plus d’un mois dans des pays partenaires, pas forcément dans le cadre scolaire, mais pouvant très bien prendre la forme d’un service civil européen et permettant d'acquérir, à tout âge, une expérience multiculturelle de terrain ? Vers Erasmus pour tous ? La mobilité en Europe est considérée par beaucoup comme une solution adaptée à la crise du chômage des jeunes. Combien de diplômés espagnols et grecs se sont-ils déjà installés en Allemagne depuis deux ans ? Erasmus ce n’est que 1% des étudiants. Erasmus pour tous devrait permettre aux étudiants comme aux apprentis de vivre quelque mois dans un autre pays européen. C’est indéniablement un plus dans le parcours des jeunes, qui en apprennent beaucoup sur eux-mêmes et prennent confiance en leurs capacités. Mais présenter Erasmus comme l’unique solution serait méconnaître le sentiment de ces jeunes émigrés qui pour une grande partie n’ont laissé que par nécessité matérielle leur terre d’attache et leur famille. L’Europe ne souhaiterait pas avoir cette image de broyeuse de vie personnelle. La mobilité ne doit pas être imposée mais doit rester un choix. Tous les étudiants n’ont pas forcément envie de partir à l’étranger, dans d’autres pays pour pouvoir travailler et vivre. Il reste un attachement à la terre natale. Ainsi nous devons permettre aux étudiants qui le souhaitent de pouvoir se construire une expérience internationale en mettant en place les cursus nécessaires.
  • 20. 20 La France aussi doit s’ouvrir sur le monde et mettre en place des formations adaptées. Quand un pays a un tel rôle moteur dans l’Union européenne, il est important qu’il mette en place un système permettant à ses citoyens de s’intégrer dans cette construction fédérant de nombreux pays. La France doit faire attention et rester compétitive et donc attractive notamment pour des jeunes venant de l’étranger pour étudier. Nous devons capter les jeunesses étrangères et nous devons savoir garder la notre. Les jeunes en France ne doivent pas non plus se sentir obligés de quitter leur pays pour réussir leur vie. Etre obligé de quitter sa terre natale pour trouver un emploi et des moyens est une étape dure à éviter, surtout que la France a largement les moyens de redresser la situation. Mais il faut qu’elle s’y mette. Encourager le bénévolat Il faudrait encourager les demandeurs d’emploi à s’investir dans le bénévolat. Une liste d’associations pourrait être donnée aux chercheurs d’emplois, afin qu’ils puissent faire du bénévolat et se sentir utile. On peut aussi favoriser ce bénévolat en proposant de rallonger les indemnisations de chômage s’ils ont une activité de bénévole. L’expérience acquise dans le bénévolat pourra être valorisée lors de la recherche d’un emploi. L'Europe est confrontée à un grave désintérêt des jeunes pour la science, l'ingénierie et la technologie L'Europe est confrontée à un grave désintérêt des jeunes pour la science, l'ingénierie et la technologie (SIT), de même que pour la poursuite de carrières dans ces disciplines. À défaut d'un capital humain suffisant en quantité et qualité dans les domaines liés aux SIT, l'économie de la connaissance sera compromise en Europe. Des programmes de formation et des environnements d'apprentissage créatif développés autour de projets spatiaux de pointe intéressent les étudiants et les incitent à poursuivre des carrières dans les SIT, au même titre que la promotion de la compréhension de la science parmi le public. Les solutions pour la France Ainsi l’Union européenne peut apporter des solutions pour créer des emplois en France et offrir des débouchés aux jeunes. Relancer l’emploi, cela implique une meilleure mobilité sur le marché du travail, des passerelles entre les formations, une intégration professionnelle anticipée par le développement de l’apprentissage dans toutes les filières, une mobilité entre les secteurs d’activité, lorsque le premier emploi ne répond pas aux attentes. Cela suppose aussi de sécuriser la démission en droit du travail français. En effet, un employé qui démissionne est privé d’allocations chômage, ce qui peut bloquer les jeunes dans un emploi qui ne leur correspond pas forcément. Enfin, la mobilité territoriale doit être encouragée : au XXIe siècle, cultiver la terre de sa province d’origine ou être employé par la même usine que son père n’est clairement plus la norme. À chacun de prendre sa part de responsabilité personnelle dans la recherche d’un emploi. A l’Europe de faire en sorte que la mobilité soit vécue comme un choix et non comme une contrainte. Mais nous devons aussi savoir voir plus loin. Nous ne devons pas avoir peur de tout remettre à plat. Le système éducatif français doit être entièrement repensé et l’orientation des jeunes doit être réadaptée. L’orientation en France est aujourd’hui une catastrophe. Les mentalités doivent changer. Il est absolument nécessaire de ne pas cloisonner les étudiants en fonction de leurs diplômes.
  • 21. 21 À défaut, on restera bloqués dans un cercle vicieux où l’étudiant choisit une formation très spécialisée pour pouvoir prétendre à un certain type d’emploi, et se trouve sans solution quand le secteur n’embauche pas. Au Royaume-Uni, des diplômés en Histoire peuvent travailler dans le secteur de la finance, pourvu qu’ils aient démontré les capacités d’adaptation nécessaires. D’autre part, il faut aussi que les parents et les professeurs soient à l’écoute des plus jeunes pour leur permettre de trouver la voie dans laquelle ils s’épanouiront, au lieu de leur imposer le schéma classique d’une formation généraliste après-bac. Vers une économie durable Une économie forte et durable ne peut être fondée que sur la consommation intérieure. Et celle-ci ne peut pas jouer son rôle si les populations, et en particulier les plus modestes, sont sans cesse contraintes financièrement. Car moins d’implication de l’État et des collectivités publiques, c’est moins de redistribution, donc plus d’épargne, de spéculation..., et moins de consommation. Mais cela ne devrait pas empêcher de réduire certaines dépenses, et de continuer de décentraliser ! Il ne faut pas avoir peur de redéfinir les missions de l'Etat et des collectivités locales pour gagner en efficacité et permettre que l'argent aille là où il est vraiment nécessaire. Cela permettra de réduire la dépense publique sans pour autant contraindre les peuples. Ce dont on n’a besoin n’est pas d’une « rigueur » au sens de « serrer les cordons de la bourse », mais au sens de « gérer de manière rationnelle, en sachant quelle structure fait quoi, comment et pourquoi ». Une économie durable ne peut être basée que sur la consommation et sur le travail réel. Pas de valeur ajoutée créée sans travail, qu’il soit manuel ou intellectuel. Beaucoup de gens, dans un certain nombre de milieux aisés, semblent l’avoir oublié… Il est urgent de sortir de l’économie de casino, et de simplifier radicalement la fiscalité, dont la complexité actuelle ne bénéficie qu’à des gens et entreprises suffisamment riches pour pouvoir se payer des conseillers spécialisés. La question que doivent se poser les européens est comment concilier l'économie et développement durable car trop souvent les économies dites vertes sont considérées comme une lubie d'écolo bobo ! L'Europe doit montrer au monde qu'un modèle économique plus responsable envers notre planète et des générations futures est possible et surtout nécessaire. Pour cela, elle doit fixer un cap, un calendrier et des règles strictes. Il ne faut pas pénaliser les entreprises d’Europe qui joueraient le jeu vis à vis de leurs concurrents extra-communautaires, c'est pourquoi une taxation des produits importés ne respectant pas ces critères doit être mise en place. L’Alsace : une région européenne «S'il doit y avoir une prochaine étape, cela ne sera pas avant les élections de 2021. Tous ceux qui ont voulu retarder le processus de fusion ont gagné. C'est un gâchis» Philippe Richert, Président du Conseil Régional d’Alsace à propos du référendum portant sur la Collectivité Territoriale d’Alsace L’Alsace est une région désormais française. Cette contrée s’est retrouvée au centre des conflits européens. Au début du XXème siècle, elle fut disputée entre la France et l’Allemagne, prise en étau dans des guerres sanglantes. L’Europe est un projet de paix.
  • 22. 22 Que l’Alsace soit devenue la Région qui loge le Parlement Européen est la manifestation forte de l’ambition pacifique de l’Union européenne. L’Alsace est une Région clairement européenne car elle est à la frontière de trois pays : la France, l’Allemagne et la Suisse. L’Alsace est une Région tournée vers l’avenir et l’innovation, elle est en bonne position pour expérimenter de nouveaux projets. Pour expérimenter des réformes sur la formation (langues…), l’emploi et les mouvements des travailleurs, nous pouvons faire de l’Alsace un laboratoire de ces mesures. L’Alsace compte de nombreux acteurs locaux innovants en mesure de travailler des projets novateurs pour leur Région, pouvant être effectués à plus grand échelle ou dans des Régions similaires. L’Alsace peut devenir un pôle frontalier, au cœur de flux de toutes nationalités cherchant des formations ouvertes sur les langues, des emplois sur un marché du travail dynamisé, un enrichissement culturel ou des idées nouvelles afin de s’en inspirer. En termes de mobilité, l’Alsace est un secteur idéal pour expérimenter différentes possibilités. Strasbourg est évidemment une ville qui reste au cœur de ce schéma régional, qui doit aussi veiller à l’équilibre des territoires. Dans ce contexte, il semble aussi nécessaire de réformer les Collectivités Territoriales en France. Une Collectivité Territoriale d’Alsace reste un objectif important malgré le chaos du référendum « régional » qui a porté sur ce thème en 2013. Une refonte du système éducatif alsacien entre l’Université de Strasbourg et l’Université de Haute-Alsace est en cours et mériterait d’être approfondie.
  • 23. 23 Sauver l’Euro « L'euro, c'est une grande réussite et c'est ce qui irrite. » Valéry Giscard d'Estaing La solidarité est indispensable L’Euro a, jusqu’à aujourd’hui, considérablement contribué au bien-être des Français : nous sommes protégés contre la trop forte augmentation de notre facture énergétique, nos entreprises disposent de débouchés plus grands et peuvent donc créer plus d’emplois. Mais surtout, la monnaie unique a posé les bases d’une Europe politique. L’Euro est ainsi l’une des grandes avancées de la construction européenne. L’euro, pourtant essentiel à notre réussite économique, réveille les réticences. Les opposants à l’Union européenne aiment rappeler le « Non » français de 2005 mais se gardent d’évoquer le « Oui » français de 1992 qui validait le Traité de Maastricht et donc la création d’une monnaie européenne : l’euro. En France, l’euro a été un choix effectué démocratiquement par les citoyens lors d’un référendum. Cette orientation démocratique ne peut pas être remise en cause ou arrêtée du jour au lendemain. Si les opposants à l’Union européenne fanfaronnent avec le « Non » de 2005, ils doivent en toute cohérence assumer le « Oui » français de 1992, au lieu d’attaquer l’euro. La monnaie unique doit au contraire être protégée. Il y a actuellement une crise européenne de la zone Euro. Il faut sauver l’Euro. Dans ce sauvetage, la solidarité est indispensable. Déficits américains et zone euro La situation de l’économie américaine est préoccupante. Les américains vivent à crédit, financés par le reste du monde et exportent de cette manière leur crise. La crise américaine est causée par des déficits commerciaux considérables, un endettement (public et privé) élevé et une absence d’épargne. Afin d’y remédier, les américains doivent augmenter les impôts. Aux Etats-Unis, les Taux de prélèvement obligatoire sont de 25%, ce montant est trop faible. En Europe ces Taux de prélèvement sont de 40% et en France de 46%. Mais les réformes nécessaires sont bloquées aux Etats-Unis pour des considérations politiques, une minorité qui profite du système empêche tout changement. L’Europe est beaucoup moins endettée que l’Amérique, mais doit affronter une crise de la monnaie unique. Plusieurs dysfonctionnements peuvent être observés. Il semble maladroit d’avoir une seule politique d’intérêt pour 18 Etats souverains. Il semble hasardeux d’avoir un système de parité fixe alors que dans le reste du monde on applique une parité variable. Enfin il est sidérant d’opérer une surévaluation de l’Euro alors qu’il y a une guerre financière de dévaluation des monnaies. Pour sauver la monnaie unique, une solidarité forte est vitale. L’Allemagne doit apprendre à être à l’écoute des problèmes de ses voisins, elle doit apprendre à être solidaire. Il est primordial de se dégager de la dictature des marchés pour retrouver la volonté d’intervenir ensemble, dans la solidarité.
  • 24. 24 La zone Euro n’a pas de structure La zone euro reste dans une situation anormale car elle n’a pas de structure. Elle se contente de l’existence de l’Eurogroupe et de la réunion des ministres des Finances. Elle n’a pas de secrétaire général. Si bien que lorsque les réunions sont terminées, il n’y a personne pour expliquer les décisions prises. Cette situation institutionnelle est pénalisante. Les dirigeants devraient se rassembler régulièrement dans une atmosphère de travail. L’Euro a devancé l’Europe politique et se retrouve en tête de pont de la construction européenne. Une Europe politique plus structurée pourrait être construite afin d’intégrer une gestion de la zone euro qui se serait solidifiée. « La politique au sens historique du terme, c’est la définition d’un objectif, et ceci à moyen ou long terme. Or actuellement, la zone euro vit au jour le jour. » Valéry Giscard d’Estaing Même monnaie, même équilibre budgétaire et même montant d’impôt L’Union européenne représente le plus grand marché mondial et possède la deuxième monnaie du monde. Elle doit se donner les moyens de figurer parmi les grandes puissances économiques du XXIe siècle. Valéry Giscard d’Estaing, qui a initié le système monétaire européen (SME), s’est prononcé très justement pour une « gestion fédérale des compétences attribuées à l’Union ». En effet, la compétence monétaire et la compétence budgétaire sont en train de voir le jour. Mais la compétence fiscale reste à faire. La fiscalité française est devenue trop obscure et inabordable. L’harmonisation fiscale est une priorité. On pourrait écarter les impôts sur le revenu des personnes et s’attacher aux impôts sur les transactions financières, sur les entreprises et sur le patrimoine. Une telle réforme fiscale ouvrirait des perspectives de stabilité pour la zone euro en permettant à ses membres d’avoir la même monnaie, le même équilibre budgétaire et le même montant d’impôt. Cette convergence ne peut se mettre en place qu’avec une volonté de solidarité. La solidarité fiscale est une priorité. Réduire la spéculation Les gouvernements occidentaux se perdent dans l’immobilisme. Ils n’entament pas les réformes nécessaires dans notre système fiscal. Une priorité se dégage pour combattre les dérives de la finance : Réduire la spéculation. A cette fin des mesures déterminées et précises peuvent être engagées comme interdire les activités spéculatives, réformer le système de distribution de crédit et encadrer voire interdire les activités des paradis fiscaux. Les Marchés d’actions doivent être plus encadrés. Les Marchés de matière première doivent être solidement réglementés. La bulle spéculative doit être traitée. Certains observateurs estiment qu’en 2 ans, ces mesures pourraient être prises.
  • 25. 25 L’identité européenne Qu’est-ce que la culture européenne ? Dans la culture européenne, il y a une part de culture commune. Quelques institutions, références, surtout beaucoup d’habitudes, de modes de vie communs, qui nous différencient des autres régions du monde. Mais quand on parle de culture au sens de « production culturelle » (littéraire, cinématographique, théâtrale…), on reste souvent bloqué aux frontières nationales. Bien sûr, en Alsace, on franchit assez facilement le Rhin (ou le Jura) pour aller voir un spectacle ou un concert, mais peu d’Européens, en dehors de quelques élites, peuvent ou ont envie de faire cette démarche, souvent à cause des langues. Vers une langue commune ? L’émergence d’une langue commune (et surtout pas unique, c'est-à-dire une langue qui fasse un pont entre les cultures tout en respectant les langages déjà maniés) pour l’Europe pourrait être une solution. Que ce soit le français, l’italien, le néerlandais, ou une langue neutre et qui a fait ses preuves comme l’espéranto, peu importe finalement ! Mais il faut sortir de l’imbroglio actuel, qui coûte cher et favorise en fait toujours un anglais bâtard mondialisé (le « globish »), qui n’a d’européen que l’origine. En se mettant enfin d’accord sur une langue qui serait massivement enseignée, on pourrait sur-titrer les spectacles, sous-titrer le cinéma et la télévision, les menus des restaurants… de sorte qu’on se sentirait presque chez soi dans tous les pays d’Europe ! L’exemple de l’Espéranto L’espéranto est une langue construite conçue à la fin du XIXe siècle par Ludwik Lejzer Zamenhof dans le but de faciliter la communication entre personnes de langues différentes. Zamenhof publia son projet en 1887 sous le nom de Lingvo Internacia (Langue Internationale), sous le pseudonyme de Doktoro Esperanto (Docteur qui espère), d’où le nom sous lequel la langue s’est popularisée par la suite. Fondé sur une grammaire régulière (sans exception), l'espéranto est une langue globalement agglutinante où les mots se forment à partir d'un nombre limité de racines lexicales et d’affixes. Ces particularités facilitent son apprentissage. L'espéranto est la seule langue construite qui a dépassé le stade de projet pour devenir une langue vivante, avec des locuteurs actifs répartis dans la plupart des pays du monde. Il s’agit d’une langue unique, inventée de toute pièce et dont l’Histoire a commencé. Elle sera peut-être appelée à évoluer, à se modifier. Il est indéniable qu’elle offre une richesse langagière nouvelle qui peut être exploitée. Il s’agit d’une langue-plateforme pouvant relier différents langages et différentes cultures. L’espéranto est une alternative intéressante à l’anglais. L’anglais est une langue issue d’une culture et d’un pays. L’anglais créé évidemment des liens entre différentes cultures, entre différents interlocuteurs mais la culture anglo-saxonne tend à devenir dominante et à éclipser les variantes culturelles pour homogénéiser les populations.
  • 26. 26 L’espéranto est construit à partir de plusieurs cultures et permet de présenter et de préserver la diversité culturelle des populations qui ont inspiré ce langage. On pourrait parler d’un vrai langage universel. Ce langage ne fait pas disparaitre les langues propres de chaque pays qu’il est nécessaire de connaitre pour apprendre l’espéranto. Au contraire, il s’agit aussi d’un moyen de les préserver. Améliorer la circulation des idées et des contenus Il faut améliorer la circulation des idées et des contenus, tant à l’intérieur de l’Europe qu’à l’export. Il est lamentable que plus de 50 ans après le Traité de Rome, les Français ne connaissent presque rien de la culture allemande, voire italienne, espagnole… et vice- versa, alors que nos journaux « people », nos écrans, nos festivals… débordent de culture anglo-saxonne. Les pays européens, et notamment la France, produisent beaucoup, mais comme d’habitude, chacun dans son coin, sans même s’imaginer que cela pourrait intéresser les pays voisins. Résultat, grâce à leur esprit plus conquérant (et à l’anglophilie de nos élites culturelles), c’est presque toujours nos amis anglo-saxons qui s’imposent. Un exemple : pourquoi, quand on cherche des photos encadrées dans un magasin de déco, où qu’on soit en Europe, ne trouve-t-on pratiquement que des posters de New York, alors qu’on a plein de villes européennes largement aussi belles ? C’est comme le cinéma. On a du mal à sortir du « prêt à admirer » d’outre Atlantique… La France et l’Europe n’ont pas vocation à être une « exception culturelle », mais un des « phares » du monde, au moins au même niveau que les États-Unis ! C’est en étant forts et sûrs de nous que nous n’aurons plus besoin de nous protéger. Pour un cinéma européen Il faut favoriser l’émergence des productions audiovisuelles européennes, et soutenir leur export. Dans cette optique, aux côtés de nations un peu plus « timides » sur ce plan, la France a bien sûr un rôle moteur à jouer. Mais chacun doit pouvoir faire un pas vers les autres. Un des problèmes reste la langue… Difficile de tourner dans 4 ou 5 langues différentes… mais ça s’est déjà fait, et ça fonctionne. Alors que le cinéma américain s’est imposé dans le monde et comporte des artistes de grande renommée, il apparait important d’offrir les mêmes possibilités d’évolution aux artistes européens sans qu’ils soient obligés de passer par une carrière américaine. Des partenariats avec les Etats-Unis sont possibles et souhaitables, mais les artistes européens doivent pouvoir s’exprimer au sein d’une industrie propre et solide. L’émergence d’un cinéma européen qui fasse le lien entre les cinémas de différents pays semble être une évolution importante. Il s’agit encore une fois de donner des moyens à des artistes européens de qualité de manière à leur permettre de lancer des projets forts qui peuvent atteindre une renommée mondiale. Il s’agit par ce billet d’accroitre la diffusion de films de toutes nationalités européennes. Si un réalisateur espagnol par exemple fait un très beau film sur l’Espagne dans le cadre d’une industrie cinématographique européenne, alors l’art cinématographique espagnol sera gagnant. Mais si un réalisateur européen a envie aussi de faire un film étendu à de nombreux pays européens et dépassant le cadre de son pays propre, le projet pourra aussi s’effectuer dans de bonnes conditions.
  • 27. 27 L’art ne se réduit pas à une nationalité, il a une vocation universelle. Avec une industrie cinématographique européenne affirmée, nous pourrons pousser des œuvres européennes pour atteindre cette portée universelle. Le cinéma peut être un marché très porteur et peut être un moteur de création d’emplois, de croissance et d’extension d’influence. Face à la culture américaine, nous devons poser notre modèle culturel et ce modèle passe par le cinéma. En outre, il n’y a pas que le cinéma, mais aussi les téléfilms, les séries, les documentaires… et les débats politiques, voire les émissions d’humour ! Est-il vraiment impossible d’avoir un programme fédérateur comme « Les Guignols de l’info » à l’échelle européenne ? Ce genre d’émission sensibilise souvent bien davantage les gens à la politique et à ce qui se passe dans le monde, que des émissions « sérieuses »… même sous un angle caricatural, c’est mieux que rien. Strasbourg, capitale européenne ? « Le débat sur la localisation du siège du Parlement Européen ressurgit en effet, de façon épisodique. Pourtant, cette situation renvoie à des références historiques ainsi qu'à des textes juridiques qui ne sauraient être remis en cause par des attaques bien souvent erronées sur les coûts ou les dommages de la dispersion des locaux du Parlement Européen. La question de Strasbourg ou de Bruxelles ne se pose pas puisque selon les Traités qui fondent historiquement notre Union Européenne, Strasbourg est la règle et Bruxelles l'exception. Et si évidemment, je suis favorable à un siège unique du Parlement Européen, je souhaite que ce siège unique soit bien sûr Strasbourg. Au delà, plus qu'une ville siège, Strasbourg incarne l'idée européenne. » Nathalie Griesbeck, Députée européenne Pour une image plus claire des institutions européennes, il est important que l’Union européenne ait un lieu symbolique fort comme une capitale. Actuellement ce rôle de capitale est disputé entre Bruxelles et Strasbourg. Strasbourg est la cité où se situe le siège du Parlement Européen. L’établissement su Siège a été fixé par les Traités et est aujourd’hui remis en question. Strasbourg doit impérativement se ressaisir pour préserver son rôle européen et le consolider. Strasbourg a une vocation, celle de devenir demain la véritable capitale parlementaire d'une Union Européenne, dont le renforcement apparaît chaque jour plus nécessaire. Car si aujourd'hui cette cité française est bien le siège formel du parlement, son secrétariat reste à Luxembourg, et surtout l'essentiel de ses services se sont au fil des années développés et étoffés sur Bruxelles avec près de 6000 agents. De facto, seules les séances plénières se déroulent à Strasbourg. Les polémiques récurrentes sur le coût du siège sont fondées, mais leurs initiateurs feignent trop d'ignorer que la solution la plus simple, pour remédier aux déplacements incessants des 750 parlementaires comme de leurs collaborateurs, demeure le regroupement de toutes les activités et de tous les services sur Strasbourg.
  • 28. 28 Il ne s’agit pas pour Strasbourg d’accueillir le siège d’une organisation internationale de plus, comme le Conseil de l’Europe ou la Commission Centrale de la Navigation sur le Rhin. L’enjeu est celui d’abriter demain le cœur de la vie démocratique comme du débat public d’une Union au fonctionnement aujourd’hui difficile, mais qui devra évoluer pour se transformer en une vraie fédération multinationale, donc en un regroupement unissant des Etats dans le respect des spécificités, cultures et traditions de chacun. En cela, cette Cité peut prétendre à devenir, si elle en abrite pleinement le parlement, le centre de la vie publique d’une nouvelle communauté, encore en gestation. Strasbourg ne peut évidemment rester passive face à une telle perspective. Elle doit sortir de la torpeur pessimiste entretenue par ceux qui acceptent in fine de voir Bruxelles s’imposer comme seule capitale et ne voient donc les sessions plénières du Parlement que comme une monnaie d’échange. Un destin de capitale se forge et se construit dans le temps, ce qui suppose que les Strasbourgeois redeviennent acteurs de l’histoire de leur Cité, qu’ils se saisissent de ce défi. Strasbourg doit devenir un espace légitime d’expression des citoyens alors que Bruxelles incarne l’Europe technocratique. L’impact économique si Strasbourg arrivait à ce rôle clé serait très favorable. Cette ville bénéficierait de l’arrivée massive de cadres et de responsables politiques européens à fort pouvoir d’achat : développement du commerce, du marché immobilier (pour loger les fonctionnaires européens), de l’hôtellerie (avec un Parlement en place à titre permanent les hôteliers perdraient certes leur clientèle mensuelle bruxelloise mais gagneraient la clientèle de milliers de visiteurs - pour raison de travail ou de tourisme – qui viendrait à Strasbourg à tout moment dans l’année, compensant certainement très largement la perte des premiers), création de nombreux emplois (directs auprès du Parlement et indirects pour les fournisseurs et prestataires de services en tous genres, l’organisation de conférences et séminaires, etc.). D’ailleurs Strasbourg bénéficie déjà grandement de la présence européenne actuelle notamment en raison de la présence du Conseil de l’Europe (y compris la Cour européenne des Droits de l’Homme), ce qui fait environ 2000 personnes travaillant à Strasbourg et vivant sur place ou dans les environs, du médiateur européen (une centaine de personne) ou encore de la Commission Centrale pour la Navigation du Rhin (une vingtaine de personnes).
  • 29. 29 L’Europe citoyenne L'initiative citoyenne européenne (ICE) est une innovation du traité de Lisbonne donnant un droit d'initiative politique à un rassemblement d'au moins un million de citoyens de l'Union européenne, venant d'au moins un quart des pays membres. La Commission européenne peut ainsi être amenée à rédiger de nouvelles lois dans les domaines relevant des ses attributions, mais n'y est pas forcée. Le règlement relatif à l'ICE est applicable depuis le 1er avril 2012. L’initiative citoyenne est aujourd’hui freinée, aussi bien par les institutions européennes que par les États membres. Les institutions européennes font preuve d’un manque de volonté politique à l’égard de l’initiative citoyenne, comme les problèmes techniques de collecte des signatures en ligne, résolus avec retard, l’exposent. Rappelons qu’il fallut l’intervention de députés européens pour que la Commission mette en œuvre une solution d’hébergement sur ses serveurs pour les premières initiatives citoyennes : laisser peser sur ces dernières ce coût de plusieurs dizaines de milliers d’euros revenait à fonder la démocratie sur les moyens financiers de certains, ce qui est inconcevable. Les premières initiatives citoyennes n’ont pas permis de contribuer à créer un véritable espace public européen : leurs défenseurs risquent de s’exprimer dans le vide. La mainmise que les gouvernements nationaux conservent sur les initiatives citoyennes ne joue pas non plus dans le bon sens. La procédure, longue et complexe, reste maîtrisée par les États membres : c’est au niveau national que les signatures récoltées sont contrôlées, avant que la Commission ne se prononce sur le fond de l’initiative citoyenne. Il n’y a pas d’harmonisation européenne de la procédure : les exigences d’authentification ne sont pas les mêmes d’un État membre à l’autre, tout comme les conditions d’accès à la signature (être majeur, soit 16 ans en Autriche contre 18 ans ailleurs). Plus grave : certains Européens ne peuvent tout simplement pas soutenir une initiative. Un Irlandais, un Britannique ou un Néerlandais ne peut ainsi pas signer s'il réside à l’étranger ; certains États comme l’Italie ou l’Espagne refusent le droit de signer dans leur pays aux citoyens européens issus d’un autre État membre. L’Union européenne est une union de peuples, héritière de constructions politiques, de traditions nationales parfois différentes. Il est regrettable que de tels obstacles limitent la capacité des initiatives citoyennes à promouvoir la participation politique des citoyens au débat européen dans un espace politique commun. Une Europe politique dans les mains des citoyens L’initiative citoyenne doit servir comme véritable outil de création d’un espace public européen. Une harmonisation des procédures et critères en vigueur au niveau national en est une première étape, importante : dans une Union européenne accordant les mêmes droits et les mêmes devoirs à l’ensemble de ses citoyens, ces mêmes citoyens doivent avoir les mêmes possibilités de contribuer à cet outil de démocratie participative. Les outils de démocratie participative européenne que sont la pétition ou l’initiative citoyenne doivent être mieux reconnus et plus visibles dans les États membres et à l’échelle européenne, dans les lieux de démocratie notamment locale, dans la presse. Les initiatives citoyennes à elles seules ne créeront pas un espace public européen, mais nous avons besoin d’un ensemble d’outils de démocratie participative.
  • 30. 30 Les Français ont bien souvent, à tort ou à raison, le sentiment que la prise de décision européenne leur échappe, que les représentants élus pour exercer le pouvoir politique sont obligés de le faire hors de France pour réussir. L’initiative citoyenne doit offrir aux citoyens la possibilité d’exprimer leurs attentes, notamment en temps de crise économique prolongée et d’exercer leur souveraineté. La démocratie européenne est possible et souhaitable : il s’agit d’une question de volonté politique pour assumer notre avenir commun. Ce ne sont pas les Français ou les Allemands seuls qui décident des politiques européennes, mais les citoyens de l’Union qui expriment collectivement leur voix et leurs attentes. Les décisions européennes, et plus généralement les décisions politiques, qui ont un impact sur la vie et le bien-être des citoyens, ne doivent pas être prises “hors-sol”.
  • 31. 31 L’Europe démocratique “L’Europe n’est pas efficace, n’est pas adaptée. L’Europe n’est pas aux côtés des peuples qui la fondent. Il faut dessiner une Europe plus démocratique et plus efficace, au service des européens” Marielle De Sarnez, Députée européenne L’Europe reste désincarnée et distante. Herman Van Rompuy (président du Conseil européen) et Catherine Ashton (haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité) sont inexistants. L’Union européenne n’a pas de représentants forts. La démocratie européenne est sans visage. Une Europe sans visage est une Europe qui ne peut exprimer une volonté et une unité. L’Europe a besoin d’être visible et elle a besoin de retrouver l’adhésion des citoyens. Des institutions plus lisibles Une démocratie européenne plus proche des citoyens n'est possible que si les citoyens peuvent s'identifier à l'Europe. Pour cela, il faut que celle-ci soit lisible pour eux. Quel citoyen peut aujourd'hui expliquer comment fonctionnent les institutions européennes ? C'est quasiment impossible si nous ne sommes pas initiés. L'Europe est lointaine et semble apporter plus de contraintes que de solutions aujourd'hui, en partie parce que les citoyens mesurent mal les rôles des institutions et ont envoyé des eurosceptiques au parlement ! Il faudrait rendre l’Europe plus démocratique, plus proche des citoyens et participative. Il faut redonner sa place à l’élu qui assume ses choix et rend des comptes au citoyen. L’exemple suisse Il faudrait d’abord que le Parlement joue son rôle pleinement et que la Commission devienne un vrai gouvernement, avec des compétences plus simples et plus lisibles. Nous pouvons nous inspirer des États fédéraux comme les États-Unis, le Canada, l’Allemagne, la Suisse... chacun peut nous apporter quelque chose. La Suisse est une sorte de mini Europe au cœur du continent, avec son multilinguisme, ses deux principaux cultes, une immigration importante (un résident sur 5 est étranger)…et ses questions de répartition des pouvoirs entre cantons et fédération. En revanche, elle est radicalement plus démocratique et proche des citoyens que l’Europe… Et pourtant, elle n’élit pas son président au suffrage universel, bien au contraire. Un référendum européen Une véritable démocratie transnationale pourrait être instaurée. A chaque grande réforme européenne pourrait être effectué un référendum européen c’est à dire une consultation s’adressant à tous les européens dans le même temps. La possibilité d’effectuer un référendum d’initiative populaire à l’échelle européenne deviendrait une habitude, encourageant la constitution de collectifs de citoyens européens. Dans cet esprit, la société civile doit pouvoir accéder au statut légal d’association européenne.
  • 32. 32 Un Président de l’Union européenne Il est souhaitable que les rôles de président de la Commission européenne et de président du Conseil européen soient fusionnés pour plus de clarté. Cette fusion des postes aboutirait à l’instauration d’un président de l’Union européenne, élu directement par les citoyens. Les élections européennes pourraient dans ce contexte se dérouler dans tous les États membres avec des partis politiques paneuropéens. Les élections concernant l’Europe cesseraient ainsi d’être l’instrument d’intérêts politiques nationaux. Avec ce projet, nous nous dirigeons clairement vers une Europe politique. Une Constitution européenne « C’est une bonne idée d’avoir choisi le référendum, à condition que la réponse soit oui. » Valéry Giscard d’Estaing - Prix de l'humour politique – 2005, au sujet de la Constitution européenne La diversité des pays de l’Union européenne est telle qu’une Constitution sera nécessaire pour poser les bases d’une démocratie européenne aboutie. Une Constitution coutumière à l’image de celle mise en place en Angleterre est impensable pour un tel ensemble. Le projet de Constitution pour l’Europe a été initié par Valéry Giscard d’Estaing. Une première Constitution européenne a été proposée par référendum, mais elle a été rejetée par les électeurs français et néerlandais lors des référendums du 29 mai et du 1er juin 2005. Le Traité de Lisbonne dit « Traité modificatif » a intégré les réformes du projet de Constitution mais a retiré toute référence constitutionnelle. Toute la partie institutionnelle est identique, au mot près. Mais il est difficile de parler de traité simplifié, tant il est devenu illisible. En outre ce Traité a eu une importance psychologique pour les Européens. Ils avaient souvent l’impression que l’Europe se faisait sans eux, ou malgré eux. Cela a conforté cette impression. L’Union européenne n’est donc pas actuellement dotée d’une Constitution c'est-à-dire d’un texte légitime et fort fixant l'organisation et le fonctionnement de l’Union européenne. Cette situation est aberrante. La démocratie européenne aussi imparfaite soit-elle, doit bien être légiférée par un document identifié. On pourrait même imaginer un nouveau projet de Constitution refondant la démocratie européenne et comportant d’importantes évolutions. Cela nécessiterait évidemment un référendum. Et pourquoi pas justement un vrai référendum européen ? Une grande partie de ceux qui ont voté « non » lors du référendum en France ne se sont pas exprimés sur le texte du Traité constitutionnel. Ils ont dit « non » au pouvoir en place qui était impopulaire. Ils ont voté « non » parce qu’ils étaient hostiles à un élargissement trop rapide (notamment à la Turquie), et ou parce qu’ils avaient peur des délocalisations. Nous devrons clairement rompre avec la logique du mélange des enjeux européens et nationaux ainsi qu’avec l’élargissement excessif. Nous devrons aussi présenter l’Europe comme un bouclier économique. Ce travail passe par tous les changements déjà évoqués. Le projet de Constitution pourrait entériner une importante évolution démocratique.
  • 33. 33 La Défense européenne « L’Union Européenne, c’est 27 pays, on parle même de 28. C’est un «machin», comme disait Charles de Gaulle, ça devient ingouvernable. Tout le monde s’en rend compte, on essaie malgré tout de gérer cette arche de Noé, mais c’est très difficile d’obtenir un consensus ou même une décision. D’autant plus dans le domaine opérationnel, où l’on risque des clashs d’intérêts stratégiques entre pays. Je prends l’exemple du Mali, c’est une zone importante pour la France. Pour la Belgique, absolument pas. On est pourtant intervenu en appui de l’opération Serval, car notre ministre, à juste titre, a voulu faire un geste. Mais l’intérêt purement belge au Mali est inexistant. Et l’inverse au Congo. On peut imaginer que la Belgique a des intérêts très importants là-bas, alors que l’Allemagne n’en a aucun, si ce n’est économique. Et encore, il est très limité. » Le général Guy Buchsenschmidt, chef de l’état-major du corps européen Alors que le budget militaire chinois augmente de 19 % par an et que les États-Unis ont une armée dotée de moyens onze fois supérieurs à ceux de la France, les pays de l’Union européenne se retrouvent confrontés à la question cruciale de la défense. L’Union européenne a la volonté d’exister sur la scène internationale. Mais pour exister, l’Europe doit être réellement indépendante, elle se doit donc d’avoir une défense indépendante. Elle serait alors maîtresse de ses forces, qu’elle pourrait employer selon sa seule volonté. En termes de budget, la défense européenne ne coûterait pas plus cher pour les Etats membres que ce que leur coûte actuellement leur défense nationale. Au contraire une véritable défense européenne pourrait permettre de mutualiser les moyens et de réduire les dépenses pour les Etats membres. La France est le pays de l’Union européenne le plus actif militairement, mais ses interventions diplomatiques et militaires ont toujours besoin d’un consensus européen ou d’une aide politique européenne. En outre, les actions françaises bénéficient souvent à la sécurité de tous les Européens. Née à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’OTAN avait pour mission première de contenir toute expansion du bloc soviétique notamment en Europe. Fortement marquée par la prédominance des Etats-Unis, l’alliance a rempli son rôle en évitant tout dérapage majeur au cours du demi-siècle passé. En élargissant son champ d’action et la zone géographique de ses interventions, en reconnaissant le statut particulier de l’ONU, elle est devenue la source d’interrogations nombreuses allant jusqu’à remettre en cause son existence. Le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN a été un reniement de l’action gaullienne et n’a apporté aucun avantage décisif tout en rendant la position française confuse alors que la France pouvait être leader dans le domaine de la défense en Europe. L’Union européenne doit se saisir de la question de la défense. Des avancées ont été effectuées durant ces dernières années mais trop d’intérêts nationaux subsistent et surtout il n’existe aucune autorité politique supranationale effectivement compétente. Afin d’aboutir à la constitution d’une armée européenne, les Européens devront choisir une orientation claire afin d’assumer un rôle autonome dans l’équilibre mondial et de conserver leur identité en se dotant des moyens indispensables. L’armement nucléaire et la liberté de choix dans sa mise en œuvre mériteront une étude approfondie tant les situations et les intérêts sont divers.
  • 34. 34 Associons les citoyens européens à cette réflexion et ayons le courage de prendre notre sort en main. Nous pourrions apporter un modèle original avec des armées nationales à l’intérieur de l’Europe, spécialisées dans la défense du territoire (comme en Suisse, par exemple), et une armée européenne qui soit elle spécialisée dans la projection à l’extérieur. Cela se rapproche du fonctionnement actuel, mais encore une fois, sous l’égide des États-Unis, via l’OTAN. Les Etats-Unis depuis la seconde guerre mondiale revendiquent la direction des opérations d’intervention dans le reste du monde. Ce monopole des interventions sur le globe nuit aujourd’hui à l’image des Etats-Unis. Ce pays a des allures de cow-boy qui souhaite faire justice dans le monde. Les Etats-Unis et l’Union européenne partagent des valeurs communes mais l’identité européenne est très différente de l’identité américaine. L’Union européenne devrait pouvoir intervenir à la tête de ses opérations quand elle le juge nécessaire. Les opérations américaines ne sont pas toujours opportunes (Irak…) et font endosser aux Etats-Unis une image de superpuissance incontrôlable qui agit arbitrairement au gré de ses élans guerriers. A l’inverse, l’Union européenne apparait comme molle, indécise, bloquée, constamment à la recherche d’un consensus improbable. L’Union européenne doit retrouver une capacité d’action propre, ce qui lui redonnerait la possibilité de lancer des actions et de les garder sous contrôle. L’Europe a les moyens de sa Défense et elle doit être en capacité d’agir en restant fidèle à ses valeurs et en posant sa propre approche des conflits. Cette nécessité d’une Défense européenne affirmée a été soulignée par le Général De Gaulle lors de sa présidence de la France dans les années 60. Charles De Gaulle en affirmant une Défense française indépendante initiait une Défense européenne propre au service de desseins uniquement européens. La France pour De Gaulle était celle qui ouvrait la voie. La France aujourd’hui connait des difficultés à la fois financières et de recrutement pour son Armée. Elle a besoin d’inscrire sa Défense dans un encadrement européen. Cette construction de la Défense européenne pourrait être pilotée par la France qui a une bonne expérience dans le domaine. Cette question de la Défense est une question d’indépendance. L’Union européenne doit gagner en indépendance. Une Europe forte, c’est une Europe politique solide et une Défense européenne structurée et efficace. La Défense assure aussi des missions humanitaires et a pour objectif d’assurer la protection des citoyens. Il s’agit d’une mission noble. Les Armées ont besoin d’hommes, de technologies et d’équipements. La Défense peut créer des emplois et des richesses, mais pour cela elle doit avoir des moyens et redevenir attractive. Une Défense européenne avec des moyens solides serait bien plus attractive que des Défenses nationales dispersées et en difficulté. Notre Défense a elle aussi besoin d’innovations et de jeunes, elle doit pouvoir être en mesure de répondre à ses besoins. Seule l’Europe le permettra. Pour la Défense de l’Eurocorps Dans cette volonté d’une Europe de la Défense, il est important de défendre l’Eurocorps. L’Eurocorps est une initiative franco-allemande à laquelle se sont successivement joints la Belgique (1993), l’Espagne (1994) puis le Luxembourg (1996). Outre les cinq pays membres (« nations-cadre »), qui se partagent toutes les responsabilités, quatre pays sont associés : la Grèce, la Pologne, la Turquie et l'Italie. N'ayant pas de pouvoir décisionnel, ils affectent un nombre limité d'officiers et sous-officiers à l’État-major, à Strasbourg.
  • 35. 35 C’est l'une des plus puissantes formations militaires basées en Europe. Les Etats-Unis pourraient être introduits au sein de l’Eurocorps. Si les Etats-Unis rejoignaient l’Eurocorps, ce serait en tant que nation associée, donc sans pouvoir de décision. Le projet consisterait à introduire sept Américains dans la structure. Cela permettrait à l’Eurocorps d’avoir des gens parlant vraiment l’anglais, et donc d’améliorer la qualité générale de cette langue à l’Eurocorps. Ce serait également un pied dans la porte de la structure américaine et otanienne. L’Eurocorps est une entité essentielle à la Défense européenne qui doit être maintenue, sans élargissement à des pays supplémentaires en Europe. L’élargissement à la Pologne est le dernier prévu mais le dernier qui doit être effectué. L’Eurocorps est suffisamment multinational. Si on augmente le nombre de candidats à l’accession à l’Eurocorps, on va tomber dans un phénomène de Tour de Babel, et ce n’est pas souhaitable.