MARDI 12 novembre 2013 / Edition Bruxelles-Périphérie / Quotidien / No 263 / 1,50 € / 02 225 55 55

NON, LE PHOTOVOLTAÏQUE N’EST PAS MORT ! P.3
PHILIPPINES

Le typhon
le plus puissant
de tous
les temps
P.6&7

SOMMET
MONDIAL
SUR LE CLIMAT

10

PAGES
SPÉCIALES

Climat : un piètre
bulletin pour la Belgique
LOGEMENT

Croissance de 30 % des émissions de gaz à effet de serre depuis 90 : le secteur des transports est un véritable souci chez
nous. La route plombe le bilan. Les transports publics peinent
toujours à convaincre.

L

undi s’est ouvert à Varsovie le 19e
sommet mondial sur le climat.
La lenteur et la difficulté de ces
négociations entre 190 pays du monde
exaspèrent ceux qui sont en première
ligne du changement climatique. Nombreux sont ceux qui ont saisi l’argument
du typhon dévastateur qui a endeuillé
les Philippines pour reprocher leur
égoïsme à ceux qui traînent les pieds
dans les discussions. Même si les scientifiques ne peuvent pour l’instant éta-

Les renouvelables progressent dans notre pays. Mais pas
assez pour espérer atteindre l’objectif européen de 13 % de la
consommation. Beaucoup de contestations accompagnent le
secteur qui est en manque de clarté et de stabilité.

blir que le réchauffement du climat est à
l’origine de tels événements et qu’il les
multipliera à l’avenir, une chose est
sûre : avec l’élévation du niveau de la
mer, les communautés côtières seront
de plus en plus affectées par la violence
des tempêtes.
Pas sûr cependant que cela suffira à
troubler les négociateurs les plus
rudes…
Comme ce fut le cas lors des précédents sommets, la Belgique défendra

une position ambitieuse à Varsovie. Elle
dispose d’une équipe de négociateurs
aguerris et a mis fin aux plus vives querelles internes. Notre pays est désormais favorable à un relèvement des ambitions européennes en matière de réduction de gaz à effet de serre. Nous acceptons une aide accrue aux pays en
voie de développement.
Mais cette position saluée par les pays
les plus pauvres et les organisations non
gouvernementales est sérieusement mi-

© Y. AYAD (ST).

© PIERRE-YVES THIEPONT.

© SYLVAIN PIRAUX

TRANSPORTS

RENOUVELABLES

L’image ambitieuse que se donne la Belgique sur le dossier climatique est-elle usurpée ? Un
bilan s’impose de nos politiques et de nos engagements. Conclusion : il y a encore du boulot.

Il y a une énorme marge de progression dans le bâtiment
résidentiel, indiquent toutes les études. Les efforts actuels ne
sont pas suffisants. Le bâti est très vétuste. Le rythme de
rénovation des bâtiments est trop lent. Il faut accélérer.

née par nos piètres performances quand
nous jouons « à domicile ». Lorsqu’il
s’agit de réduire nos propres émissions,
nous n’atteignons l’objectif qu’en achetant du CO2 à l’étranger. Notre résultat
masque mal que les émissions de certains secteurs dérapent sérieusement.
Il est clair que sans nouvelles mesures,
nous n’atteindrons pas la cible de 2020.
Et nous ne pourrons plus recourir massivement à des achats « d’indulgences
climatiques ». Il va donc falloir réduire

en interne. En matière de renouvelable,
le compte n’est pas bon non plus. Et en
raison de querelles internes entre Régions et fédéral, la Belgique ne respectera pas son engagement financier à
l’égard des pays les plus pauvres.
Bref, une remise en cause s’impose.
Un bilan transparent. Et de nouvelles
politiques. Tout le monde devra s’y
mettre. En attendant un vrai débat, Le
Soir ouvre ce difficile dossier. ■
MICHEL DE MUELENAERE

L’ÉDITO

Michel De Muelenaere

le
climatique
la Belgique : pas top. l’éviV oilà nebulletinplaire àAtoutde
dence, il va pas
le

UN PETIT BULLETIN
ET PUIS
UN GRAND DÉBAT ?
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5

413635 008207

monde. On entend d’ici les arguties, les « c’est pas moi, c’est
l’autre ». On les attend. L’exercice
est à haut risque dans un pays
éclaté où trouver des chiffres et
des évaluations relève de l’exploit. Dans notre beau pays, un
tel bulletin régulier ne se fait
pas. Ce serait le rôle des autorités ; mais lesquelles ? Ce serait
prendre le risque d’identifier des
responsables. Nous sommes
donc incapables d’y voir clair
dans l’impact de nos politiques
climatiques. Pire, on est incapable de s’entendre sur les

chiffres : les Régions ont les
leurs, le fédéral a les siens. Et les
Nations unies n’en peuvent plus
de demander aux Belges de se
mettre d’accord.
Mais oublions cela. Globalement,
on sait que la Belgique n’est pas

Oser des remises en question et discuter de tabous
dans les clous. Et qu’à l’avenir le
dérapage risque de s’accentuer.
Alors, il n’est pas trop tard pour
identifier ce qui coince. Pour
distribuer les bons et les mauvais points. Personne n’y échapperait. Consommateurs, travailleurs, voyageurs, entreprises,

syndicats, ONG. Tous ceux qui
s’inventent une excuse : « Il n’y a
pas d’alternative. » Avec mention
spéciale pour ceux qui disposent
de l’information et des moyens
mais refusent de faire leur part
du boulot. N’y échappent pas
même les médias qui méritent
leur part de taloches pour n’être
pas assez critiques, pour attendre eux aussi comme le Messie le fameux « retour de la croissance » (quelle croissance ?),
pour persister la bouche en
cœur : « Bonne nouvelle, le prix
des carburants est à la baisse. »
L’obsession de ce qu’on appelle
« le portefeuille des gens »…
Mais puisque ce sont eux qui ont

les mains sur les manettes, les
politiques sont sans aucun doute
les premiers à interpeller. De
toutes parts, les analyses
convergent : dédain pour le dossier climat/énergie trop connoté
« écolo » ou « anti-entreprises »,
blocage institutionnel, absence
de vision à long terme, manque
de réflexion et de courage politiques. Ce ne sont pourtant pas
les études scientifiques, les
recherches et les avis d’experts
qui manquent. Ils sont climatologues, économistes, sociologues, experts en aménagement
du territoire, en consommation,
en énergie, en mobilité… Même
des instances ultra-environne-

mentalistes comme l’OCDE, la
Commission, le Bureau du Plan
et le Conseil supérieur des Finances s’y sont mis. Tous soulignent qu’au rythme actuel, avec
les mesures actuelles, la Belgique n’atteindra pas ses objectifs. Tous disent qu’elle peut y
arriver. Mais qu’il faut pour cela
accepter des remises en question, de discuter de tabous,
d’oser des discours complexes.
Celui-ci par exemple : la fiscalité
n’est pas une maladie honteuse.
Au contraire, elle peut-être un
outil de progrès.
Des gens normaux, des entreprises s’y sont mis. A quand une
société, un pays ?
1

Climat1

  • 1.
    MARDI 12 novembre2013 / Edition Bruxelles-Périphérie / Quotidien / No 263 / 1,50 € / 02 225 55 55 NON, LE PHOTOVOLTAÏQUE N’EST PAS MORT ! P.3 PHILIPPINES Le typhon le plus puissant de tous les temps P.6&7 SOMMET MONDIAL SUR LE CLIMAT 10 PAGES SPÉCIALES Climat : un piètre bulletin pour la Belgique LOGEMENT Croissance de 30 % des émissions de gaz à effet de serre depuis 90 : le secteur des transports est un véritable souci chez nous. La route plombe le bilan. Les transports publics peinent toujours à convaincre. L undi s’est ouvert à Varsovie le 19e sommet mondial sur le climat. La lenteur et la difficulté de ces négociations entre 190 pays du monde exaspèrent ceux qui sont en première ligne du changement climatique. Nombreux sont ceux qui ont saisi l’argument du typhon dévastateur qui a endeuillé les Philippines pour reprocher leur égoïsme à ceux qui traînent les pieds dans les discussions. Même si les scientifiques ne peuvent pour l’instant éta- Les renouvelables progressent dans notre pays. Mais pas assez pour espérer atteindre l’objectif européen de 13 % de la consommation. Beaucoup de contestations accompagnent le secteur qui est en manque de clarté et de stabilité. blir que le réchauffement du climat est à l’origine de tels événements et qu’il les multipliera à l’avenir, une chose est sûre : avec l’élévation du niveau de la mer, les communautés côtières seront de plus en plus affectées par la violence des tempêtes. Pas sûr cependant que cela suffira à troubler les négociateurs les plus rudes… Comme ce fut le cas lors des précédents sommets, la Belgique défendra une position ambitieuse à Varsovie. Elle dispose d’une équipe de négociateurs aguerris et a mis fin aux plus vives querelles internes. Notre pays est désormais favorable à un relèvement des ambitions européennes en matière de réduction de gaz à effet de serre. Nous acceptons une aide accrue aux pays en voie de développement. Mais cette position saluée par les pays les plus pauvres et les organisations non gouvernementales est sérieusement mi- © Y. AYAD (ST). © PIERRE-YVES THIEPONT. © SYLVAIN PIRAUX TRANSPORTS RENOUVELABLES L’image ambitieuse que se donne la Belgique sur le dossier climatique est-elle usurpée ? Un bilan s’impose de nos politiques et de nos engagements. Conclusion : il y a encore du boulot. Il y a une énorme marge de progression dans le bâtiment résidentiel, indiquent toutes les études. Les efforts actuels ne sont pas suffisants. Le bâti est très vétuste. Le rythme de rénovation des bâtiments est trop lent. Il faut accélérer. née par nos piètres performances quand nous jouons « à domicile ». Lorsqu’il s’agit de réduire nos propres émissions, nous n’atteignons l’objectif qu’en achetant du CO2 à l’étranger. Notre résultat masque mal que les émissions de certains secteurs dérapent sérieusement. Il est clair que sans nouvelles mesures, nous n’atteindrons pas la cible de 2020. Et nous ne pourrons plus recourir massivement à des achats « d’indulgences climatiques ». Il va donc falloir réduire en interne. En matière de renouvelable, le compte n’est pas bon non plus. Et en raison de querelles internes entre Régions et fédéral, la Belgique ne respectera pas son engagement financier à l’égard des pays les plus pauvres. Bref, une remise en cause s’impose. Un bilan transparent. Et de nouvelles politiques. Tout le monde devra s’y mettre. En attendant un vrai débat, Le Soir ouvre ce difficile dossier. ■ MICHEL DE MUELENAERE L’ÉDITO Michel De Muelenaere le climatique la Belgique : pas top. l’éviV oilà nebulletinplaire àAtoutde dence, il va pas le UN PETIT BULLETIN ET PUIS UN GRAND DÉBAT ? 46 5 413635 008207 monde. On entend d’ici les arguties, les « c’est pas moi, c’est l’autre ». On les attend. L’exercice est à haut risque dans un pays éclaté où trouver des chiffres et des évaluations relève de l’exploit. Dans notre beau pays, un tel bulletin régulier ne se fait pas. Ce serait le rôle des autorités ; mais lesquelles ? Ce serait prendre le risque d’identifier des responsables. Nous sommes donc incapables d’y voir clair dans l’impact de nos politiques climatiques. Pire, on est incapable de s’entendre sur les chiffres : les Régions ont les leurs, le fédéral a les siens. Et les Nations unies n’en peuvent plus de demander aux Belges de se mettre d’accord. Mais oublions cela. Globalement, on sait que la Belgique n’est pas Oser des remises en question et discuter de tabous dans les clous. Et qu’à l’avenir le dérapage risque de s’accentuer. Alors, il n’est pas trop tard pour identifier ce qui coince. Pour distribuer les bons et les mauvais points. Personne n’y échapperait. Consommateurs, travailleurs, voyageurs, entreprises, syndicats, ONG. Tous ceux qui s’inventent une excuse : « Il n’y a pas d’alternative. » Avec mention spéciale pour ceux qui disposent de l’information et des moyens mais refusent de faire leur part du boulot. N’y échappent pas même les médias qui méritent leur part de taloches pour n’être pas assez critiques, pour attendre eux aussi comme le Messie le fameux « retour de la croissance » (quelle croissance ?), pour persister la bouche en cœur : « Bonne nouvelle, le prix des carburants est à la baisse. » L’obsession de ce qu’on appelle « le portefeuille des gens »… Mais puisque ce sont eux qui ont les mains sur les manettes, les politiques sont sans aucun doute les premiers à interpeller. De toutes parts, les analyses convergent : dédain pour le dossier climat/énergie trop connoté « écolo » ou « anti-entreprises », blocage institutionnel, absence de vision à long terme, manque de réflexion et de courage politiques. Ce ne sont pourtant pas les études scientifiques, les recherches et les avis d’experts qui manquent. Ils sont climatologues, économistes, sociologues, experts en aménagement du territoire, en consommation, en énergie, en mobilité… Même des instances ultra-environne- mentalistes comme l’OCDE, la Commission, le Bureau du Plan et le Conseil supérieur des Finances s’y sont mis. Tous soulignent qu’au rythme actuel, avec les mesures actuelles, la Belgique n’atteindra pas ses objectifs. Tous disent qu’elle peut y arriver. Mais qu’il faut pour cela accepter des remises en question, de discuter de tabous, d’oser des discours complexes. Celui-ci par exemple : la fiscalité n’est pas une maladie honteuse. Au contraire, elle peut-être un outil de progrès. Des gens normaux, des entreprises s’y sont mis. A quand une société, un pays ? 1