Essai d'archéologie contemporaine locale : " le monument aux morts de mon village"
Etude portant sur neuf villages  du Périgord noir : Alles-sur-Dordogne Campagne Journiac Le Bugue Le Buisson Paunat Saint-Alvère Saint-Chamassy  Sauvignac
Europe, 1918. Après quatre années de guerre mondiale, totale, brutale,  la France doit se reconstruire et commémorer ses morts.
Dans les années 1920, des monuments aux morts sont érigés à cette fin.    Ils sont placés au  cœur des villages , à proximité de l’église, voire à l’intérieur.
Dans les années 1920, des monuments aux morts sont érigés à cette fin.   Ils sont placés au  cœur des villages , à proximité de l’église, voire à l’intérieur.
L’ obélisque  est la forme qui revient le plus souvent dans leur construction.  Ces sculptures en pierre ou béton sont les premiers " monuments industriels de commémoration ".
La  présence d’arbustes, de plantes  a aussi pour but d’atténuer la dureté et d’amener un peu de la douceur qu'évoque la nature.
Comme le monument lui-même, les  épitaphes  conçues de façon mécanique illustrent cette guerre industrielle.  Ce sont les  mêmes mots  qui reviennent sans cesse ("glorieux",  "morts"  "France", "enfants"), à l'exception de...
... Campagne .  Dans ce village, en effet, le monument est situé dans l’église et  l’inscription principale est donc écrite  dans la langue de l’Eglise, le latin  : " ceciderunt fortes in praelio"  ("héros tombés au combat").
De manière générale, les épitaphes comme les signes religieux, sont rares. La "religion civique" qui se met en place après la Grande Guerre se veut au-dessus des religions traditionnelles.  Dans certains villages, les tensions entre les deux "religions" sont si fortes qu'il existe  même  deux lieux de mémoire  :  - l’un situé au centre du village (le monument),  - l’autre dans l’église.  Ces tensions sont d'autant plus vives que la loi de séparation des Eglises et de l’Etat est récente (1905).
La brutalité de la guerre est rappelée par les  longues listes de morts .  La  mort est devenue massive  et certaines familles sont touchées plusieurs fois (des noms reviennent dans un même village ou d’un village à l’autre).
Les  obus, armes de destruction massive  devenues  symboles  de  14-18, encadrent même certains monuments.
Mais,  devant la mort, l’égalité est de mise . L’ordre choisi pour les inscriptions des tués au combat est  alphabétique  la plupart du temps, ou bien  chronologique.  Les  différences sociales ou militaires  (de grade, ici CPNE ou capitaine)  ne sont pas mises en valeur .
On remarque aussi que le  Poilu,  surnom du soldat de la Première Guerre mondiale,  est rarement représenté  sur un monument de souvenirs. Au Buisson, on ne représente même que son casque... L’austérité du monument rappelle l’égalité des morts mais ne sert-elle pas aussi à atténuer la douleur des familles lors des commémorations ?
Malgré cette brutalité dont de nombreux anciens combattants portent les cicatrices après-guerre, le principal message que transmettent ces monuments reste le  patriotisme  (symbolisé par le coq, souligné par l'utilisation du mot "gloire" dans les inscriptions)....
... et la  fierté de la Victoire  comme en témoigne la présence fréquente du laurier.
De manière générale, les monuments diffusent une idéologie  nationaliste (drapeau tricolore), voire belliciste .  Au Bugue, le fantassin, l’arme à la main, semble prêt au combat.
Et la  croix de guerre , médaille militaire attribuée pour des actes de bravoure au combat (y compris à titre posthume), orne de nombreux monuments.
Cependant, on trouve également en Dordogne au moins un  monument "pacifiste" , ce qui est assez rare.  A Saint-Alvère, en effet, le poilu représenté porte son arme entre les deux mains, en position non offensive :  le combattant ne va pas au combat .
Depuis la "Der des Der",  la vision de la guerre a changé . D’autres guerres, dont 1939-1945, ont touché les Français et le récent monument aux morts de Paunat montre cette évolution.  Situé entre la mairie et l’école, le monument ne parle plus de gloire patriotique mais commémore les "enfants morts pour la France" et les "victimes de guerre". Le coq a été remplacé par la colombe de la paix.
Diaporama réalisé en 2010-2011  à partir des observations et des photographies des élèves  de  3B du collège   (sauf le montage photographique du diapo 3 extrait de wikipédia, libre de droit). Musique  :   "Marche funèbre"  (3e mouvement de la sonate pour piano n°2, op.35, Frédéric Chopin ). Interprétation  : Loni Mahé.

Diaporama

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    Essai d'archéologie contemporainelocale : " le monument aux morts de mon village"
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    Etude portant surneuf villages du Périgord noir : Alles-sur-Dordogne Campagne Journiac Le Bugue Le Buisson Paunat Saint-Alvère Saint-Chamassy Sauvignac
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    Europe, 1918. Aprèsquatre années de guerre mondiale, totale, brutale, la France doit se reconstruire et commémorer ses morts.
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    Dans les années1920, des monuments aux morts sont érigés à cette fin. Ils sont placés au cœur des villages , à proximité de l’église, voire à l’intérieur.
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    Dans les années1920, des monuments aux morts sont érigés à cette fin. Ils sont placés au cœur des villages , à proximité de l’église, voire à l’intérieur.
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    L’ obélisque est la forme qui revient le plus souvent dans leur construction. Ces sculptures en pierre ou béton sont les premiers " monuments industriels de commémoration ".
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    La présenced’arbustes, de plantes a aussi pour but d’atténuer la dureté et d’amener un peu de la douceur qu'évoque la nature.
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    Comme le monumentlui-même, les épitaphes conçues de façon mécanique illustrent cette guerre industrielle. Ce sont les mêmes mots qui reviennent sans cesse ("glorieux", "morts" "France", "enfants"), à l'exception de...
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    ... Campagne . Dans ce village, en effet, le monument est situé dans l’église et l’inscription principale est donc écrite dans la langue de l’Eglise, le latin  : " ceciderunt fortes in praelio" ("héros tombés au combat").
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    De manière générale,les épitaphes comme les signes religieux, sont rares. La "religion civique" qui se met en place après la Grande Guerre se veut au-dessus des religions traditionnelles. Dans certains villages, les tensions entre les deux "religions" sont si fortes qu'il existe même deux lieux de mémoire  : - l’un situé au centre du village (le monument), - l’autre dans l’église. Ces tensions sont d'autant plus vives que la loi de séparation des Eglises et de l’Etat est récente (1905).
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    La brutalité dela guerre est rappelée par les longues listes de morts . La mort est devenue massive et certaines familles sont touchées plusieurs fois (des noms reviennent dans un même village ou d’un village à l’autre).
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    Les obus,armes de destruction massive devenues symboles de 14-18, encadrent même certains monuments.
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    Mais, devantla mort, l’égalité est de mise . L’ordre choisi pour les inscriptions des tués au combat est alphabétique la plupart du temps, ou bien chronologique. Les différences sociales ou militaires (de grade, ici CPNE ou capitaine) ne sont pas mises en valeur .
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    On remarque aussique le Poilu, surnom du soldat de la Première Guerre mondiale, est rarement représenté sur un monument de souvenirs. Au Buisson, on ne représente même que son casque... L’austérité du monument rappelle l’égalité des morts mais ne sert-elle pas aussi à atténuer la douleur des familles lors des commémorations ?
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    Malgré cette brutalitédont de nombreux anciens combattants portent les cicatrices après-guerre, le principal message que transmettent ces monuments reste le patriotisme (symbolisé par le coq, souligné par l'utilisation du mot "gloire" dans les inscriptions)....
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    ... et la fierté de la Victoire comme en témoigne la présence fréquente du laurier.
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    De manière générale,les monuments diffusent une idéologie nationaliste (drapeau tricolore), voire belliciste . Au Bugue, le fantassin, l’arme à la main, semble prêt au combat.
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    Et la croix de guerre , médaille militaire attribuée pour des actes de bravoure au combat (y compris à titre posthume), orne de nombreux monuments.
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    Cependant, on trouveégalement en Dordogne au moins un monument "pacifiste" , ce qui est assez rare. A Saint-Alvère, en effet, le poilu représenté porte son arme entre les deux mains, en position non offensive : le combattant ne va pas au combat .
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    Depuis la "Derdes Der", la vision de la guerre a changé . D’autres guerres, dont 1939-1945, ont touché les Français et le récent monument aux morts de Paunat montre cette évolution. Situé entre la mairie et l’école, le monument ne parle plus de gloire patriotique mais commémore les "enfants morts pour la France" et les "victimes de guerre". Le coq a été remplacé par la colombe de la paix.
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    Diaporama réalisé en2010-2011 à partir des observations et des photographies des élèves de 3B du collège (sauf le montage photographique du diapo 3 extrait de wikipédia, libre de droit). Musique : "Marche funèbre" (3e mouvement de la sonate pour piano n°2, op.35, Frédéric Chopin ). Interprétation : Loni Mahé.