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:résumé.!, Dota. çt hiblfogTa.phiu pà:r- _
DE LA DIVINE SAGESSE
DEUXIÈME VOLUME
Em swedenborg-TRAITE-DE-LA-DIVINE-SAGESSE-Hyde197-Louis-Jean-Français-volume 2sur2-1953
UN FRAGMENT
DU TRAITÉ " DE I~A DIVINE SAGESSE "
Em swedenborg-TRAITE-DE-LA-DIVINE-SAGESSE-Hyde197-Louis-Jean-Français-volume 2sur2-1953
EMMANUEL SWEDENBORG
DE LA DIVINE
SAGESSE
TRADUCTION LE BOYS DES GUAYS
REVUE ET CORRIGÉE
Préface, biographie, prolégomènes
résumés, notes et bibliographie par
L·-JEAN FRANÇAIS
COPYRIGHT BY
LB CERCLE DU UVRE
I 9 J '
De cet ouvrage, le quatrième
de la Collection "La Haute Science "
il a été tiré mille exemplaires numérotés
de 1 à 1000 et quelques exemplaires
hors-commerce marqués H. C. réservés
aux amis du Cercle du Livre, l'ensemble
constituant /'édition originale.
2
to
TRAITÉ
DE LA
DIVINE
SAGESSE
1(
'2.
I 3
COURT EXPOSÉ
CONCERNANT LE CHAPITRE VIII
Le but de la création de l'Univers visible est la formation
d'un Royaume Céleste où l'homme ressuscité puisse vivre
éternellement.
Contrairement à certaines croyances, tout ange ou
habitant du Royaume Céleste a dû naître d'abord homme
terrestre, sur notre terre ou sur une autre, avant de devenir
ange ou esprit.
En effet, c'est seulement dans l'homme terrestre que
peut être formé le mental angélique, avec le concours du
libre arbitre humain.
Le genre humain universel est la pépinière du Ciel.
Em swedenborg-TRAITE-DE-LA-DIVINE-SAGESSE-Hyde197-Louis-Jean-Français-volume 2sur2-1953
1.;'
CHAPITRE VIII
IL N'Y A ET IL NE PEUT Y AVOIR
AUCUN ANGE, NI AUCUN ESPRIT
QUI NE SOIT NÉ HOMME DANS LE MONDE
On peut voir dans le Traité du Ciel et de l'Enfer 1
que les Anges n'ont pas été créés directement dans le
Ciel, mais que tous ceux qui constituent le Ciel sont
d'abord nés hommes (naturels). Ils sont devenus Anges
après une vie passée dans le Monde.
Je montrerai par les propositions qui vont suivre
qu'aucun Ange n'a pu exister sans être né homme dans le
Monde et que cela est conforme à l'ordre Divin.
)
(Î0
Ily a dans l'homme un mental angélique.
Q..0 Un tel mental ne peut être formé que dans l'homme.
~ C'est seulement dans l'homme que ce mental angélique
peut être engendré, être multiplié par des procréations.
(4°) Les esprits et les Anges tiennent de là, la faculté de
' sut;;lster et de vivre éternelletnent.
1. Traité du Ciel et de l'Enfer, 312 à 318.
Em1nanHel Swedenborg
~ C'est de là aussi qu'ils peuvent être ad.Joints et cot!foints
au genre humain.
~C'est ainsi que le Ciel, fin ou but de la création, .a pu
exister.
Œ.· - IL Y A DANS L'HOMME UN MENTAL ANGÉLIQUE.
On sait, dans la Chrétienté, que l'homme est né pour le
Ciel, même que, s'il vit bien, il doit y venir pour être
associé avec les Anges comme l'un d'eux.
On sait même, qu'il lui a été donné une âme, ou un
mental, qui est tel que l'âme, pour vivre éternellement.
On sait aussi que ce mental, considéré en soi, est le
réceptacle de la Sagesse procédant du Seigneur d'après
l'Amour envers Lui 1 et qu'il existe ainsi chez les Anges.
Il est donc évident qu'il y a dans l'homme un mental
angélique.
Ce mental est l'homme même. En effet, c'est d'après le
mental que l'homme est homme, car tel est le mental,
tel est l'homme.
Le corps, dont ce mental est revêtu et enveloppé, n'est
pas l'homme en soi, car ce n'est pas ce corps qui peut
recevoir par lui-même la Sagesse qui procède du Seigneur,
ni L'aimer, mais le mental.
C'est pour cela aussi que lorsque ce mental doit s'en aller
pour devenir Ange, le corps est séparé et rejeté.
L'homme vient alors dans la Sagesse Angélique parce
que les degrés supérieurs de son mental sont ouverts.
1. Voir pages 84 tome 1 et suivantes sur les degrés du mental. .
De la Divine Sage.ue 17
Comme cela a été dit, il y a dans l'homme, les trois
degrés de la vie : le degré infime ou « naturel » qui est le
degré dans lequel est l'homme dans le monde, le second
degré qui est « spirituel » dans lequel est l'Ange dans les
Oeux inférieurs, le troisième degré qui est « céleste»,
dans lequel est tout Ange dans les Cieux suprêmes.
L'homme est Ange selon l'ouverture des deux degrés
supérieurs (de son mental), dans le monde, par la Sagesse
procédant du Seigneur et par l'Amour envers Lui.
Cependant, dans ce monde, l'homme ignore l'ouverture
des degrés supérieurs (de son mental) tant que la séparation
d'avec le premier degré, qui est «naturel», n'est pas faite.
Elle a lieu par la mort du corps.
Il m'a été accordé de voir et d'entendre que l'homme
possède alors la Sagesse comme l'Ange, malgré qu'il n'en
ait pas été ainsi tant qu'il était dans le monde.
J'ai vu dans les Cieux plusieurs personnes des deux
sexes, que j'avais connues dans le Monde, qui, pendant
qu'elles vivaient, avaient cru avec simplicité ce que le
Seigneur a dit dans la Parole (Ancien et Nouveau Testa-
ment) et y avaient conformé fidèlement leur vie. Les ayant
entendues dans le Ciel, elles parlaient de choses ineffables,
telles que celles dont j'ai dit que les Anges s'entretenaient.
G- UN TEL MENTAL NE PEUT ÊTRE FORMÉ QUE DANS
L'HOMME.
C'est parce que tout influx Divin va des « premiers»
(des choses premières) dans les « dernièrs » (les t:hoses
3
18 Emmanuel Swedenborg
du dernier degré) et par l'enchaînement dans les« moyens»
(les choses moyennes ou intermédiaires entre les premières
et les derniècres).
Le Seigneur lie ainsi toutes les choses de la Création.
Aussi est-Il appelé le Premier et le Dernier.1
C'est aussi pour cela qu'Il est venu Lui-même dans le
Monde, s'est revêtu d'un corps humain, s'y est glorifié,
afin de gouverner par les « premiers » et en même temps
par les « derniers » tout l'univers, tant le Ciel que le
Monde 2•
C'est la même chose pour toute opération Divine.
S'il en est ainsi, c'est que dans les «derniers» coexistent
toutes choses (depuis les premières). Car toutes les choses
qui sont de « l'ordre successif» sont là (dans les derniers)
dans un ordre « simultané». De là, toutes les choses de
«l'ordre simultané» sont dans un enchaînement continuel
avec toutes celles de « l'ordre successif». Il est ainsi
évident que dans le « dernier» le Divin est dans sa pléni-
tude 3• On voit d'après cela que toute création a été faite
dans les « derniers», que toute opération Divine s'étend
I. «Ainsi parle Jéhovah... Je suis le Premier et Je suis le dernier, et il
n'y a pas de Dieu en dehors de Moi. » (Livre d'Isaïe, chapitre XLIV, 6).
«Je suis !'Alpha et l'Omega, le Premier et le Dernier, le Commen-
cement et la Fin.» (Apocalypse, chapitre XXII, t3).
2. Ce très court résumé a de longs développements dans les autres
ouvrages de Swedenborg. Voir page 45 note 1 tome I et la suite.
3. Voir page 88 tome 1.
De la Divine Sagesse
jusqu'aux « derniers», et que c'est là qu'elle crée et qu'elle
opère.
Que le mental angélique soit formé dans l'homme, c'est
ce qu'on voit :
a) par la formation de l'homme dans l'utérus ;
b) par sa formation après l'enfantement ;
c) par cette loi de l'Ordre Divin, qui veut que toute
chose revienne des «derniers» aux « premiers» d'où
elle procède, et que l'homme revienne au Créateur par
qui il existe.
a) par la formation de l'homme dans l'utérus :
Cela est évident d'après ce qui a été dit ci-dessus 1, où
j'ai montré que dans l'utérus, jusqu'à l'enfantement,
l'homme est pleinement formé par la Vie procédant du
Seigneur pour qu'il puisse la recevoir. Ainsi pour la
réception de l'Amour dans sa Volonté future, et pour la
réception de la Sagesse, dans l'Intellect futur, Volonté
et Intellect qui constituent ensemble son mental. De là,
il peut devenir angélique.
b) Par sa formation après l'enfantement :
Il est pourvu à tous les moyens pour que l'homme
puisse devenir un tel mental.
En effet, il y a dans chaque nation une religion. La
présence du Seigneur est partout, et il y a conjonction
selon l'Amour et la Sagesse qui en procède.
Ainsi il y a dans tout homme possibilité de formation
1. Voir chapitre III.
zo E1m11an11el Swedenborg
(d'un tel mental) et pour celui qui le veut, cette formation
est continuelle depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, afin
qu'il devienne Ange.
c) Par cette loi de l'ordre Divin qui veut que toute
chose revienne des derniers aux premiers d'où elle procède.
C'est ce qu'on peut voir par tout objet créé dans le
Monde.
La semence est le «premier» de l'arbre, par elle l'arbre
sort de terre, ses branches poussent, il fleurit, il produit
des fruits où se trouve replacée la semence. Il revient par
conséquent à ce dont il procède. Il en est de même de tout
arbuste, de toute plante et de toute fleur.
La semence est aussi « le premier» (la première chose)
de l'animal. Celui-ci est ensuite formé dans une matière
ou dans un œuf jusqu'à la naissance. Puis il grandit,
devient animal semblable et parvenu à maturité, a aussi
en lui la semence.
Ainsi tout, dans le règne végétal ou animal, s'élève du
« premier » au « dernier » et du « dernier » revient au
« premier» d'où il procède.
Il en est de même pour l'homme. Il y a cependant cette
différence que le « premier» de l'animal et du végétal
est « naturel» (ou d'essence naturelle), par conséquent
quand il s'est élevé il retombe dans la nature.
Au contraire, le « premier » de l'homme est « spirituel »
semblable à son âme, pouvant être réceptacle du Divin
Amour et de la Divine Sagesse. Aussi ce « premier »,
De la Divine Sagesse 21
séparé du corps qui tombe dans la nature, ne peut pas ne
pas retourner au Seigneur de Qui lui vient la vie.
Il existe d'autres formes de cette réalité dans le règne
végétal comme dans le règne animal, car les végétaux
renaissent comme de leurs cendres et les vermisseaux se
métamorphosent en chrysalides et en papillons.
Œ: - C'EST SEULEMENT DANS L'HOMME QUE LE MENTAL
ANGÉLIQUE PEUT ÊTRE ENGENDRÉ, ET ÊTRE MULTIPLIÉ
PAR DES PROCRÉATIONS.
Celui qui connaît ce que sont les substances dans le
Monde spirituel, et ce qu'elles sont relativement à la
matière dans le Monde naturel, peut facilement voir qu'il
n'y a de procréations de mentals angéliques qu'en ceux
qui habitent sur la terre 1, œuvre dernière de la création.
Mais comme on ignore ce que sont les substances dans
le Monde spirituel relativement aux matières dans le
Monde naturel, je vais maintenant le dire.
Les substances dans le Monde spirituel apparaissent
comme si elles étaient matérielles, mais toujours est-il
qu'elles ne le sont pas. Comme elles ne sont pas matérielles,
il en résulte qu'elles ne sont pas constantes. Elles sont les
correspondances des affections des Anges, continuent
d'exister avec ces affections ou avec les Anges, et se
dissipent avec ces affections 2• Il en aurait été de même des
Anges, s'ils eussent été créés dans le Monde spirituel.
1. ou les terres puisque Swedenborg affirme que les autres terres sont
habitées par dès hommes.
2 . Voir pages 81 et xn, tome 1 .
zz Emmanuel Swedenborg
En plus, chez les Anges, la procréation et la multi-
plication qui en provient ne sont, ne peuvent être, qu'une
procréation et une multiplication spirituelles, qui appar-
tiennent à la Sagesse et à l'Amour, telles que sont aussi
celles des âmes des hommes qui sont engendrés de nouveau
ou régénérés.
Dans le Monde naturel, au contraire, il y a des matières
par lesquelles, d'après lesquelles, peuvent être faites des
procréations, ensuite des formations, par conséquent des
multiplications d'hommes et par suite des multiplications
d'Anges.
et - LES ESPRITS ET LES ANGES TIENNENT DE LÀ LA
FACULTÉ DE SUBSISTER ET DE VIVRE ÉTERNELLEMENT.
Ce qui fait que l'Ange ou !'Esprit subsiste, il le tient
de ce qu'il est d'abord né homme dans le monde. En effet,
il garde en lui, des (parties) intimes de la nature, un inter-
médiaire entre « le spirituel» et le « naturel», intermé-
diaire par lequel il peut subsister en permanence.1 Par cet
intermédiaire il existe entre lui et les choses de la nature
une relation et une correspondance.
1 . Nous voyons par là que les objets en substances spirituelles n'ont pas
en soi la même permanence que ceux composés de matières ou substances
naturelles. « Elles sont la correspondance des affections des Anges... et se
dissipent avec ces affections. »
« Ce qui fait quel'Ange ou !'Esprit subsiste», c'est qu'en abandonnant
son corps à la nature par la mort, il garde cependant avec lui qudque chose
des substances les plus pures de la nature. Quelles sont ces substances ?
Swedenborg répond par ailleurs à cette question :
« Le mental naturel de l'homme est composé de .rllb.rtattcu .rpirilm/ln
De la Divine Sagesse 2j
(jJ - LES ESPRITS ET LES ANGES PEUVENT DE LÀ, AUSSI,
ÊTRE ADJOINTS ET CONJOINTS AU GENRE HUMAIN.
En effet, cette conjonction existe, mais pour qu'une
conjonction existe, il faut un intermédiaire. Il doit donc y
avoir un intermédiaire.
Les Anges savent qu'existe un tel intermédiaire. Mais
comme il provient des intimes (ou parties les plus pures)
de la nature, et que les mots des langues appartiennent
aux derniers (parties dernières) de la nature, il ne peut être
décrit que par des abstractions.
G: - C'EST AINSI QUE LE CIEL, QUI A ÉTÉ LA.FIN (LE BUT)
DE LA CRÉATION, PEUT EXISTER:
Le genre humain en est la pépinière et la réserve.
et en même temps de substan,es nat11rel/es. La pem1ée se fait à partir des
substan,es spirituel/es et non à partir des substan(es natffrelles. Celles-ci
s'écartent quand l'homme meurt, mais non les substan(ts spirituelles. C'est
pourquoi ce même mental après la mort, quand l'homme devient esprit
ou ange, reste dans une forme semblable à celle dans laquelle il était dans
le monde.
«Les substan,es nat11relles de ce mental qui s'écartent par la mort, font
l'enveloppe exteme du corps spirituel, dans lequel sont,. les esprits et les
anges.
« Par une telle enveloppe, qui a été tirée du Monde naturel, subsistent
leurs corps spirituels, car le naturel est le dernier contenant. C'est de là
qu'il n'y a pas un seul esprit, ni un seul ange, qui antérieurement ne soit
né homme (terrestre). » (Sagesse Angélique sur le Divin Amour, 2n).
Em swedenborg-TRAITE-DE-LA-DIVINE-SAGESSE-Hyde197-Louis-Jean-Français-volume 2sur2-1953
COURT EXPOSÉ
CONCERNANT LE CHAPITRE IX
La Divinité, par son Amour et sa Sagesse, donne à
l'homme tout ce qui est nécessaire pour que puisse être
formé en lui le mental angélique qui doit assurer sa vie
éternelle dans le Royaume du Ciel.
Le Divin Amour a pour objet de conduire l'homme et de
l'attirer et la Divine Sagesse a pour objet d'enseigner à
l'homme le chemin qu'il doit suivre.
Cet enseignement est dans !'Écriture Sainte, le sommaire
en est les dix commandements donnés sur le Mont Sinaï 1•
1 . Qui sont résumés dans les Évangiles en deux : l'Amour envers Dieu
et l'Amour envers le Prochain.
4
Em swedenborg-TRAITE-DE-LA-DIVINE-SAGESSE-Hyde197-Louis-Jean-Français-volume 2sur2-1953
CHAPITRE IX
LE DIVIN AMOUR EST LE DIVIN BIEN
ET LA DIVINE SAGESSE EST LE DIVIN VRAI
C'est parce que tout ce que l'Amour fait est le Bien,
et que tout ce que la Sagesse enseigne est le Vrai. On voit
d'après cela que le Divin Amour d'après son effet ou
«Usage» est appelé le Divin Bien et que la Divine Sagesse
d'après -oon effet ou « Usage» est appelée le Divin Vrai.
« L'effet » consiste à faire et aussi à enseigner, trtais
faire appartient à l'Amour, et enseigner à la Sagesse.
Tout « effet» est Usage. L'Usage est ce qu'on nomme
Bien et Vrai. Le Bien est l'essence de l'Usage et le Vrai
est sa forme.
Il est inutile d'entrer dans de plus longues explications
ou de les déduire, puisque chacun, d'après la raison,
peut voir que l'Amour agit et que la Sagesse enseigne,
que l'Amour fait le Bien et que la Sagesse enseigne
le Vrai.
Chacun voit de même que le Bien que l'Amour fait est
Usage et que le Vrai que la Sagesse enseigne est aussi
Usage 1•
r. Voir pages 76 tome I et S4 tome 2.
2.8 Emmanuel Swedenborg
Réfléchissez seulement en vous-même : Qu'est-ce que
l'Amour sans le bien dans «l'effet» ? et qu'est-ce que le
Bien dans « l'effet» sans Usage? L'Amour (sans manifes-
tation) est-il quelque chose? et le Bien (sans manifestation)
est-il quelque chose ? Il est quelque chose dans l'Usage.
L'Amour existe donc dans l'Usage. Il en est de même de
la Sagesse par le Vrai. Celle-ci enseigne et l'Amour agit.
C'est de là que la chaleur procédant du Soleil qui est le
Seigneur est appelé Divin Bien, et que la Lumière pro-
cédant aussi de ce Soleil est appelé Divin Vrai. Elles sont
ainsi nommées en raison de « /'effet» car cette Chaleur est
«/'effet» de l'Amour, et cette Lumière est « l'effet» de la
Sagesse. Elles sont l'une et l'autre Usage. Car cette
Chaleur vivifie les Anges et cette Lumière les illustre.
Elles vivifient et illustrent pareillement les hommes.
J'ai dit, dans le traité précédent, ce que c'est que le
Divin Amour 1, je dirai maintenant ici ce que c'est que la
Divine Sagesse.
La Divine Sagesse est aussi la Divine Providence, et
l'Ordre Divin. Les lois de la Divine Providence et de
l'Ordre Divin sont les Divins Vrais (de la Divine Sagesse).
Ces lois, par une de leurs parties, concernent le Seigneur
et par l'autre, l'homme. Dans leurensemble elles concernent
leur conjonction.
Le Divin Amour a pour objet de conduire l'homme et de
l'attirer à soi. La Divine Sagesse a pour objet d'enseigner
1. « Du Divin Amour ».
De la Divine Sagesse
LE
DIEU
Il ny ot1ro pa.s
d •at1fre.s Dieu devant
mes Faces
Il
Tvneprendraspoinl
le nom de Jehovah
Ion Oieu en vain
Ill
Souviens -lol du
jour du Sabbo-fh
pour
le sanchfi'er
DECALOGU E
LE PROCHAIN
IV
Honore
Ionpere et tamère
V
T" ne fueros polnf
VI
Tu ne commeflrospolnl
lodulfère
VII
Tu ne voleras poinl
VIII
Tu ne répondras pas
confre Ion prochain
en Faux fémoi9nage
IX et X
Tu neconvoileraspas
lamaisondeIonprocho-lil
ni son épouse.nison
seryifeur,nisaservonle,
niaucune chose qui
soif à Ion prochain.
L'observation du Décalogue ouvre la porte à l'Amour de Dieu et à
l'Amour du Prochain commandés dans les Évangiles.
30 Emmanuel Swedenborg
à l'homme Je chemin qu'il doit suivre, pour venir en
conjonction avec le Seigneur.
Le Seigneur enseigne ce chemin dans la Parole, et spé-
cialement dans le Décalogue. C'est pour cela qu'il en a
écrit Lui-même de son doigt les deux tables, dont l'une
concerne le Seigneur et l'autre l'homme, dont l'une et
l'autre concernent leur conjonction.
Pour que ce chemin soit connu, le Décalogue sera expli-
qué. Cette explication sera donnée dans la suite 1•
L'homme étant un récipient du Divin Amour et de la
Divine Sagesse, il lui a par conséquent été donné une
Volonté et un Intellect ; une Volonté dans laquelle il doit
recevoir ie Divin Amour, et un Intellect dans lequel il
doit recevoir la Divine Sagesse.
Il doit recevoir le Divin Amour dans la Volonté au
moyen de la vie et la Divine Sagesse dans l'intellect au
moyen de la doctrine.
Mais comment se fait la réception dans la vie au moyen
de la doctrine et dans la doctrine au moyen de la vie,
c'est là tout le travail, qui sera enseigné aussi clairement
qu'il est possible de le faire dans l'explication du Déca-
logue.
*
1. Elle est donnée dans « la Vraie Religion Chrétienne». Voir aussi
page 55 et suivantes.
'31
COURT EXPOSÉ
CONCERNANT LE CHAPITRE X
La vie de la Volonté de l'Amour correspond à celle du
cœur et la vie de !'Intellect à celle du poumon. Il en rësulte
que la conjonction de la Volonté et de l'intellect est
semblable à la conjonction du cœur et du poumon. Cette
conjonction est réciproque.
L'examen des rapports visibles du cœur et du poumon
nous instruit donc sur ceux qui existent entre la Volonté
et l'intellect.
Par là, nous constatons leur réciprocité et nous voyons
que de même que le poumon purifie le sang envoyé par
le cœur, de même l'intellect doit-il servir à la purification
de la Vie de la Volonté en ce qu'elle a d'inversé à la suite
du mal héréditaire.
Malgré la conjonction réciproque de la Volonté de
l'Amour avec l'Intellect, et de !'Intellect avec la Volonté,
c'est la qualité de l'Amour, et non celle de l'intellect seul,
qui fait la qualité de l'homme.
3.2.
CHAPITRE X
IL Y A UNE CONJONCTION RÉCIPROQUE
ENTRE L'AMOUR ET LA SAGESSE
(ou, ce qui est la même chose, entre la Volonté et l'In-
tellect, entre l'affection et la pensée, et pareillement
entre le Bien et le Vrai).
C'est un arcane non encore révélé.
La raison peut découvrir qu'il y a conjonction, mais
elle ne peut pas aussi bien découvrir que la conjonction
est réciproque.
Que la raison puisse découvrir qu'il y a conjonction,
on le voit en ~e que cette découverte peut être faite en
considérant la conjonction de l'affection et de la pensée.
Personne, en effet, ne peut penser sans affection, et qui
voudra rechercher percevra que l'affection est la vie de
la pensée, même que telle est l'affection, telle est la pensée.
C'est pourquoi si l'une s'échauffe, l'autre s'échauffe.
Si l'une se refroidit, l'autre se refroidit. De là vient que
quand l'homme est dans l'allégresse, ses pensées sont gaies;
quand il est dans la tristesse, ses pensées sont tristes ; de
5
34 Em1nan11el Swedenborg
même, quand il se livre à la colère, ses pensées sont véhé-
mentes, et ainsi du reste. Pénétrez de votre pensée supé-
rieure dans votre pensée inférieure, et faites attention
et vous le verrez.
Il y a une semblable conjonction de l'Amour et de la
Sagesse, parce que toute affection appartient à l'Amour
et toute pensée à la Sagesse.
Il y en a aussi une semblable entre la Volonté et l'In-
tellect, car l'Amour appartient à la Volonté et la Sagesse
à l'Intellect.
Il y en a une semblable entre le Bien et le Vrai, parce que
le Bien appartient à l'Amour et le Vrai à la Sagesse,
comme je l'ai confirmé dans le précédent article 1•
Que la conjonction soit réciproque, c'est ce que l'on
peut aussi conclure de l'affection et de la pensée, et de ce
que l'affection produit la pensée et que la pensée reproduit
l'affection.
Mais on peut surtout le conclure d'après la conjonction
réciproque du cœur et des poumons ; car, ainsi que je l'ai
déjà fait v.oir 2, il y a chez l'homme une correspondance
complète entre le cœur et la Volonté, comme entre le
poumon et l'Intellect. Nous pouvons donc, par la con-
jonction du cœur et du poumon, nous instruire sur la
conjonction de la Volonté et de l'Intellect, et par consé-
quent, sur la conjonction de l'Arnoux et de la Sagesse.
I. Voir au sujet de cette conjonction ce qui a été rapporté dans la doctrine
de la Nouvelle Jérusalem (II à z.7) (note de Swedenborg).
z.. Chapitres VII et VIII.
De la Divine Sagesse
Du parallélisme entreces deux conjonctions primordiales
(celle du cœur avec le poumon, et celle de la Volonté avec
l'intellect) on peut déduire ce qui suit :
Go La vie de la Volonté se cot!Joint à la vie de /'Intellect ;
(:!)La cot!Jonction est réciproque, et en quoi elle consiste ;
®La vie de /'Intellect purifie la vie de la Volonté, elle la
peifectionne également et /'exalte ;
~La vie de la Volonté coopère avec la vie de /'Intellect
dans tous les mouvements, et réciproq11ement la vie de l'Intellect
coopère avec la vie de la Volonté dans tous les sens ,·
(J'f)II en est de même dans le son et dans le langage ;
(.§.'.!> Il en est de mêtne chez les bons et chez les méchants,
(
avec cette différence que chez les méchants la vie de la Volonté
n'est ni purifiée, ni perfectionnée, ni exaltée par la vie de /'In-
tellect, mais elle est corrompue, dépravée et abêtie.
(7°~ L'Amour, qui est la vie de la Volonté, fait toute la vie
del'homme.
Mais il faut d'abord qu'on sache que par la vie de la
Volonté on entend l'Amour et l'Affection, que par la
vie de !'Intellect on entend la Sagesse, la science et l'intel-
ligence.
Il faut aussi qu'on sache que le cœur lui-même, avec
tous ses vaisseaux dans tout le corps, correspond à l'Amour
et à ses affections constituant la vie de la Volonté ; que le
poumon avec la trachée, le larynx et la glotte, et enfin la
langue, correspond à !'Intellect ; que la respiration, qui se
fait par l'influx de l'air, à travers le larynx et la trachée, dans
Emmanuel Swedenborg
les bronches des poumons, correspond à la vie de l'intellect.
Il est nécessaire qu'on ait ces connaissances pour que
la vérité soit comprise au moyen des correspondances,
avec clarté et justesse. J'arrive maintenant au parallélisme.
Û· - LA VIE DE LA VOLONTÉ SE CONJOINT A LA VIE DE
L'INTELLECT.
On voit par le parallélisme, que la vie de la Volonté, qui
est l'Amour, influe dans !'Intellect et constitue sa vie
intime ; que !'Intellect reçoit cette vie spontanément et
que la Volonté par l'influx de son Amour produit d'abord
les affections, qui sont les choses propres à la Volonté ou
à l'Amour, ensuite les perceptions enfin les pensées avec
les idées, en coopération 1 •
On peut rendre cela évident par la conjonction du cœur
avec le poumon.
Le cœur, par son oreillette droite, envoie tout son sang
dans le poumon et imprègne de sang ses vaisseaux, ce qui
fait que le poumon, de blanc qu'il est, paraît rouge sang.
Le cœur envoie son sang par un voile ou une tunique
extime, qu'on nomme péricarde, et cette tunique entoure
les vaisseaux jusqu'aux parties intimes du poumon.
Ainsi le cœur fait la vie du poumon et lui donne la
faculté de pouvoir respirer ; la respiration se fait par
I. Ceci paraît évident à celui qui s'est familiarisé avec les œuvres de
Swedenborg, mais il peut ne pas en être ainsi pour le lecteur, aussi
essaierons-nous d'habiller ces principes d'un vètement concret.
De la Divine Sagesse 37
l'influx de l'air dans les bronches et par leurs mouvements
réciproques ou haleines.
G·- LA CONJONCTION EST RÉCIPROQUE, ET EN QUOI ELLE
CONSISTE.
On peut voir par le parallélisme (de la vie du cœur et
du poumon avec celle de la Volonté et de !'Intellect) que
« L'Amour influe dans l'intellect et constitue sa vie intime. » On peut
le constater en ceci que notre pensée est toujours mue par un mobile, une
intention, un désir, une volonté, une affection dérivant de l'Amour interne.
Exemple: Une mère aime son enfant elle aura de là la volonté d'assurer
son bien ; elle réfléchit aux moyens d'y arriver, sa pensée se mettra en
mouvement pour déterminer les moyens de se procurer les aliments qui
lui sont nécessaires, les vêtements, les jeux, ce qui convient à son repos, etc.
Toutes les pensées relatives à la réalisation du bien de son enfant ne
seront dans son Intellect que les prolongements de son amour maternel.
La vie intime et cachée de ses pensées sera donc bien l'Amour.
Un homme aime l'harmonie des choses sur le plan matériel, il voudra
notamment un appartement bien disposé et bien meublé et il emploiera sa
pensée à trouver les moyens de réaliser son désir. Cet exemple banal montre
la même vérité. Les exemples sont à chaque instant dans chacune des
pensées de notre mental.
Si on veut pousser plus loin l'analyse du phénomène, on voit par ces
exemples que l'intellect (ou la faculté de l'intelligence) reçoit sponta-
nément la vie de l'Amour et que «la Volonté par l'influx de son Amour
produit d'abord les affections... ensuite les perceptions, enfin les pensées
avec les idées, en coopération. »
En effet, si nous prenons le deuxième exemple, cet homme a l'amour de
l'harmonie des choses sur le plan matériel, ainsi de toute évidence, la
Volonté, le désir ou l'affection de cette harmonie, de là les perceptions
(notamment de sa propre volonté de cette harmonie) puis les pensées avec
les idées (par exemple de la joie que lui procurera un cadre de vie harmo-
nieuse, des moyens propres à réaliser ce cadre, des erreurs à éviter, etc...).
La volonté de l'Amour et la pensée de l'intellect coopérant d'une
manière constamment variée.
EmJJJanuel Swedenborg
LA CONJONCTION DU CŒUR ET DU POUMON
Oret!leHe gauche
Yenfricule droif l/enfricule gauche
De méme que le sang envoyé par le cœur dans le poumon fait sa vie,
de même la Volonté de l'Amour influant dans l'intellect fait sa vie.
De la Divine Sagesse 39
l'Intellect renvoie la vie de l'Amour qu'il a reçu de la
Volonté ; par une voie différente de celle par laquelle
il l'a reçue (comme le poumon renvoie le sang au cœur
par une autre voie que celle par laquelle il l'a reçue).
Par le même parallélisme, on peut voir que la vie de la
Volonté de l'Amour dirige toute la vie du mental (comme
celle du cœur toute la vie du corps).
Cette conjonction réciproque (de la Volonté et de
l'Intellect) sera amplement comprise au moyen de celle
semblable du cœur et du poumon.
Le cœur, par son oreillette droite envoie le sang dans le
poumon, comme déjà dit ci-dessus. Le poumon, après
l'avoir reçu, le renvoie dans l'oreillette gauche du cœur
ainsi par une autre voie. Là, le cœur avec une force vigou-
reuse le répand, de son ventricule gauche, de tous côtés, par
l'aorte dans le corps, et par les carotides dans le cerveau.
Ainsi, au moyen de ses artères et de leurs ramifications,
le cœur dirige la vie active dans tout le corps, la force
active· dans les artères appartenant au cœur.
Le sang artériel coule ensuite de tous côtés dans les
veines, par lesquelles il reflue vers le ventricule droit du
cœur, et de là il va de nouveau, comme auparavant, dans
le poumon d'une manière réciproque.
Cette circulation du sang est continuelle dans l'homme,
parce que le sang correspond à la vie de l'Amour et la
respiration à ~a vie de l'Intellect.
D'après ce qui précède, on voit que la conjonction de
l'Amour et de la Sagesse est réciproque (comme celle du
40 Emmanuel Swedenborg
cœur et du poumon, de la Volonté et de l'intellect), et
que l'Amour est la vie même et la seule vie de l'homme.
Œ- LA VIE DE L'INTELLECT PURIFIE LA VIE DE LA
VOLONTÉ.
Cela est évident, non seulement par la correspondance
avec le poumon et le cœur (le poumon purifiant le sang
envoyé par le cœur), mais encore en ce que l'homme par
ses parents est né dans les Maux, et que de là il aime plus
les choses corporelles et du monde, que les choses célestes
et spirituelles. Par conséquent, sa vie, qui est Amour, est
mauvaise et impure par nature.
Chacun peut voir, au moyen de sa raison, que cette vie
ne peut être purifiée que par l'intellect, et qu'elle est
purifiée par les Vrais spirituels, moraux et civils, qui sont
dans l'intellect 1 •
C'est pour cette raison qu'il a été donné à l'homme de
pouvoir percevoir, penser, acquiescer à des choses qui
sont contraires à l'Amour de sa Volonté. Il peut non
seulement voir qu'elles sont contraires, mais s'il se
1. Il est facile d'illustrer cette purification de la Volonté par !'Intellect.
Un homme « veut» s'approprier ce qui appartient à autrui, ainsi voler ;
mais au moment de réaliser l'acte, il pense qu'il est défendu de voler.
De là il ne cède pas à sa première volonté mauvaise parce que ce « vrai »,
en même temps « spirituel», « moral» et «civil» qu'il ne faut pas voler
a, de son Intellect, arrêté sa Volonté mauvaise. Cet exemple, entre mille,
peut mettre en évidence comment !'Intellect purifie la Volonté, et suscite
une Volonté nouvelle. ·
De la Divine Sagesse 41
tour.ne vers Dieu, il peut éloigner les perversités ou les
impuretés de sa Volonté, ainsi se purifier.
Cela peut aussi être mis en évidence par la purification
du sang dans les poumons, puisque le sang sorti du cœur
est épuré dans le poumon. Il est connu des anatomistes
que le sang flue du cœur dans le poumon en plus grande
abonqance qu'il ne reflue du poumon dans le cœur, puis
qu'il flue indigeste et impur, et qu'il reflue châtié et pur,
erifin qu'il y a dans le poumon un tissu celluleux dans
lequel le sang·du cœur nettoie ses impuretés et les jette
dans les vésicules et les rameaux des bronches.
On voit clairement, d'après cela, que le sang épais du
cœur est purifié dans le poumon.
Ces faits peuvent mettre en évidence que la vie de
l'intellect perfectionne et exalte la vie de la Volonté,
puisque le sang du cœur correspond à l'Amour de la
Volonté, qui est la vie de l'homme, et la respiration du
poumon à la perception et à la pensée de l'Intellect, per-
ception et pensée par lesquelles se fait la purification
(comme celle du sang impur par le poumon).
C'est parce que l'Amour de la Volonté, lequel fait la
vie de l'homme, a été nettoyé des Maux au moyen de
l'intellect que l'homme de ce monde devient spirituel
et céleste. Alors les Vrais et les Biens du Ciel et de l'Église 1
deviennent des choses qu'il désire et qui nourrissent son
âme.
I. Maintenant « Église Nouvelle ».
6
Emmanuel Swedenborg
Ainsi la vie de sa Volonté devient nouvelle, et d'après
elle se fait une nouvelle vie de l'intellect. Par conséquent
ces deux vies se perfectionnent et s'exaltent l'une comme
l'autre.
Cela se fait dans l'intellect et par l'intellect, mais
d'après la Volonté, car la Volonté est l'homme lui-
même.
C'est aussi ce qui est confirmé par la correspondance
du poumon et du cœur. Le poumon, qui correspond à
l'intellect~ purifie non seulement le sang de sa lie, comme
je l'ai dit précédemment, mais encore il le nourrit d'air,
car l'air est plein d'éléments volatils et d'odeurs, homo-
gènes à la matière du sang. Il y a aussi d'innombrables
plexus sanguins dans les lobes des bronches, qui, selon
leur usage, s'imbibent des fluides dans lesquels ils sont
plongés. De là, le sang prend de la vigueur et de l'éclat et
il devient artériel tel qu'il est quand il se rend du poumon
dans le sinus gauche du cœur.
Que l'atmosphère nourrisse par de nouveaux aliments le
sang pulmonaire, est évident par plusieurs expériences ;
en effet, il y a des exhalaisons, qui nuisent au poumon
et d'autres qui lui donnent de la vigueur ; ainsi les unes
sont pernicieuses et les autres salutaires. Il y a même des
êtres qui ont vécu longtemps sans nourriture terrestre,
par conséquent avec le seul aliment atmosphérique. Il
est des espèces d'animaux, comme les ours, les vipères,
les caméléons et d'autres, qui continuent à vivre sans autre
nourriture.
De la Divine Sage.r.re 43
On voit par là que le sang pulmonaire se nourrit de
l'atmosphère. De tout ce qui précède, on voit par la corres-
pondance (du cœur avec la Volonté et du poumon avec
l'intellect) que la vie de l'intellect perfectionne et exalte
la vie de la Volonté.
G - LA VIE DE LA VOLONTÉ COOPÈRE AVEC LA VIE DE
L'INTELLECT DANS TOUS LES MOUVEMENTS, ET RÉCIPRO-
QUEMENT LA VIE DE L'INTELLECT COOPÈRE AVEC LA VIE
DE LA VOLONTÉ D ANS TOUS LES SENS.
J'ai montré précédemment que la Volonté et l'intellect
coopèrent dans toutes les parties du corps comme le
cœur et le poumon. Mais je n'ai pas encore fait voir que
la Volonté tient le premier rang dans la production des
mouvements et que !'Intellect tient le premier rang dans
les opérations des sens.
Que la Volonté tienne le premier rang dans les mouve-
ments, c'est une conséquence du ministère qu'elle remplit;
car c'est par le vouloir qu'on fait quelque chose ou qu'on
agit.
Que l'Intellect tienne le premier rang dans les sens c'est
aussi une conséquence de son ministère en ce qu'il perçoit
et par suite ressent.
Cependant sans la coopération de l'un et de l'autre il
n'existe ni sens, ni mouvement, comme cela est évident
d'après la coopération du cœur et du poumon. D'après
les muscles, on voit que le cœur tient le premier rang et
le poumon le second, en ce que dans les muscles, les artères
44 Em1JJanuel Swedenborg
agissent, tandis que les petites tuniques réagissent par
leurs ligaments. Les artères se contractent au moyen de
fibres mises en action par le cerveau, tandis qu'elles se
détendent au moyen des petites tuniques par leurs liga-
ments. Or les artères dépendent du cœur tandis que les
ligaments viennent par continuation du diaphragme ou
du péritoine, ou d'autre part, mais sont dans la dépendance
du mouvement alternatif des poumons.
Il devient évident, d'après cela, que dans les mouve-
ments le sang du cœur tient le premier rang, et la respi-
ration du poumon le second.
Quand la respiration du poumon, par les ligaments qui
sont dans son mouvement, vient secondairement dans les
muscles, comme ces ligaments de même que les tuniques
des fibres motrices, ont une enveloppe commune. le
mouvement pénètre jusque dans les parties les plus
petites.
De là, il y a des réactions d'ensemble et des réactions
particulières, ces dernières pouvant être multipliées de
diverses manières selon les lois générales de la nature.
Il en est de même de la Volonté et de l'Intellect.
Que le poumon au contraire, tienne le premier rang
dans les sens et le cœur le second, on en trouve une confir-
mation évidente par l'examen des organes des sens. Mais
comme leurs tissus sont difficiles à démêler, et que leurs
variétés ne peuvent être décrites ici, il suffit qu'on ~ache
que_ tous les organes des sens correspondent à des
choses analogues qui . appartj.eqnent à !'Intellect.
.
De la Divine Sagesse 45
En effet, l'organe de la vue correspond à l'intelligence
l'organe de l'ouie à l'obéissance par déférence, l'organe de
l'odorat à la perception, la langue à la sagesse, et le
toucher à la perception commune.
G - IL EN EST DE MÊME DANS LE SON ET DANS LE
LANGAGE.
J'ai dit précédemment que les formations de l'Amour
d'après la volonté, dans !'Intellect, sont d'abord des affec-
tions, ensuite des perceptions, et enfin des pensées:1• On
sait que tous les sons existent au moyen du poumon,
qu'il y a des variations de sons qui tirent fort peu de
choses de !'Intellect, d'autres qui en tirent davantage,
d'autres qui en tirent beaucoup.
Les sons qui tirent peu de chose de !'Intellect sont ceux
du chant et de la musique 2, ceux qui en tirent davantage
sont les sons extérieurs du langage. Le langage lui-même
met ces variations en évidence par les articulations du
son, que sont les mots.
Qu'il y ait correspondance des sons et du langage avec
la vie de la Volonté, qui est l'Amour, et avec la vie de
!'Intellect, qui est la Sagesse, cela résulte de ce qu'on peut
percevoir, d'après le son, quelle est l'affection del'Amour,
et d'après le langage, quelle est la Sagesse de !'Intellect.
Les Anges le perçoivent clairement, mais les hommes
obscurément.
x. Page 36.
2 . A dominance affective comme expliqué ci-après.
E1nman11el Swedenborg
Le son lui-même a une correspondance avec l'affection
générale de l'Amour dans !'Intellect. Les variations du
son, telles celles du chant et de la musique, ont donc une
correspondance avec les variations des affections, q_ui
existent par l'Amour de la Volonté dans !'Intellect.
Les variations du son, qui tirent fort peu de choses de
!'Intellect correspondent à la perception. Les variations
du son qui en tirent davantage correspondent aux varia-
tions des perceptions. Celles qui en tirent beaucoup corres-
pondent à la pensée avec ses variations. Les idées de la
pensée correspondent avec les mots. Ce sont. là des
généralités.
Il y a deux poumons qui sont nommés lobes, les
sources de leur respiration sont nommées bronches. On
appelle trachée ou trachée-artère le canal dans lequel elles
se terminent, larynx la tête de ce canal, et glotte l'ouver-
ture qui s'y trouve pour le son. De là, il y a une conti-
nuation dans les narines et dans la langue, et une sortie
par l'ouverture des lèvres.
Ces choses appartiennent en une seule unité complexe,
au poumon. Prises ensemble elles correspondent à l'In-
tellect qui procède de la Volonté. Cependant en elles,
ce qui concerne le langage correspond à l'Intellect et ce
qui concerne le son, à la Volonté.
~- CELA ARRIVE CHEZ LES BONS ET CHEZ LES MÉCHANTS,
AVEC CETTE DIFFÉRENCE QUE CHEZ CES DERNIBRS LA
VIE DE LA VOLONTÉ N'EST PAS PURIFIÉE, NI PERFEC-
De la Divine Sagesse 47
TIONNÊE, NI EXALTÉE, MAIS ELLE EST CORROMPUE
DÉPRAVÉE ET ABÊTIE.
En chaque homme il y a Volonté, Intellect, et leurs
conjonctions réciproques. Il en est donc ainsi aussi bien
chez les méchants que chez les bons.
Mais l'Amour de la Volonté et par suite la Sagesse de
l'Intellect diffère chez chacun.
La différence est si grande, que la Volonté et l'intellect
chez les borts sont en opposition avec la Volonté et
l'Intellect qui existent chez les méchants.
Chez les bons, il y a l'Amour du Bien et par suite
l'intelligence du Vrai. Chez les méchants il y a l'Amour
du Mal et par suite la vie intellectuelle du faux.
Par conséquent, puisque chez les bons l'Amour de la
Volonté est non seulement purifié par !'Intellect, mais
encore perfectionné et exalté, comme je l'ai prouvé ci-
dessus, il en résulte que (puisqu'il y a opposition) chez les
méchants, l'Amour de la Volonté est corrompu, dépravé
et abêti par !'Intellect.
Dans les manifestations extérieures (de ces deux natures
d'hommes), il semble, il est vrai, qu'il y ait ressemblance,
parce que les apparences extérieures simulent et mentent,
mais dans la nature interne il y a dissemblance.
On peut, par la correspondance du cœur et des poumons,
mettre ce fait en évidence, tel qu'il est en lui-même. En
effet, chez chaque homme il y a un cœur, un poumon,
I3.111111an11el S1lledenborg
,..
et correspondance, même réciproque, entre eux. Le sang
du cœur est vivifié dans le poumon et nourri d'air au
moyen des éléments volatils et des odeurs. Mais cela a
lieu d'une manière complètement différente chez les bons
et chez les méchants.
Les enseignements de l'expérience montrent ce que sont
chez les bons et chez les méchants cette vivification et
cette nutrition du sang.
Dans le Monde spirituel, un Esprit bon attire avec
délices par les narines les exhalaisons odoriférantes et
suaves, et il a en horreur les exhalaisons putrides et d'une
mauvaise odeur.
L'esprit mauvais, au contraire, attire, avec délices, par
les narines les exhalaisons putrides et d'une mauvaise
odeur, il fuit même les exhalaisons odoriférantes et
suaves. C'est de là que dans les enfers il y a des odeurs
infectes, rances, des odeurs de fumier, de cadavre, et
d'autres de ce genre ; tout y est à l'opposé de ce qui est
dans les Cieux. Il en est ainsi parce que toute odeur
correspond à la perception qui vient de l'affection de
l'Amour de chacun.
D'après cela, chez les hommes, même dans le Monde,
le sang, au moyen de l'air, se nourrit d'odeurs semblables
comme homogènes, et se purifie des odeurs dissem-
blables comme hétérogènes.
Dans ses parties intimes, le sang humain est spirituel,
dans les parties externes, il est corporel. C'est pourquoi
ceux qui sont spirituels se nourrissent de choses qui dans
De la Divine Sagesse 49
la nature correspondent aux choses spirituelles, tandis
que ceux qui sont purement naturels se nourrissent de
choses qui dans la nature y correspondent.
De là vient que, chez les hommes, la dissemblance du
sang est aussi grande que la dissemblance des amours,
qu'elle est telle que celle des amours, car le sang corres-
pond à l'Amour, ainsi qu'il est évident'd'après ce qui a été
dit ci-dessus.
a - L'AMOUR, QUI EST LA VIE DE LA VOLONTÉ, FAIT
TOUTE LA VIE DE L'HOMME.
On croit que c'est la pensée qui fait toutes la vie de
l'homme, mais c'est l'Amour.
Si l'on a cette croyance, c'est parce que la pensée se
fait voir à l'homme, et qu'il n'en est pas de même de
l'Amour.
Si vous enlevez l'Amour, ou quelque ruisseau de
l'Amour, qu'on nomme affection, vous ne pensez plus,
vous devenez froid, ·vous mourrez. Mais il n'en est pas de
même si vous enlevez seulement la pensée, comme il
arrive lorsque la mémoire est perdue, et aussi dans les
songes, les évanouissements, les suffocations, et dans
l'utérus, états dans lesquels, quoique l'homme ne pense
pas, toujours est-il qu'il vit tant que le cœur bat, car le
cœur correspond à l'Amour.
La même chose se passe avec la Volonté et l'Intellect,
car l'Amour appartient à la Volonté, et la pensée à
!'Intellect. Mais que l'Amour fasse toute la vie de l'homme,
7
Emmanuel Swedenborg
a été mis en évidence dans les explications précédentes,
par la correspondance du cœur et du poumon.
Il a été montré que, de même que le cœur dans l'utérus
forme le poumon pour que, par le poumon, il y ait respi-
ration, et par la respiration, langage, de même aussi
l'Amour forme l'intellect, pour que par l'intellect il
pense, et que par la pensée il parle.
Il a été montré aussi que l'Amour par soi-même produit
les affections auxquelles appartiennent les intentions,
par les affections la perception à laquelle appartiennent les
lumières, par la perception la pensée à laquelle appar-
tiennent les idées et d'après celles-ci la mémoire. Ces
choses auxquelles correspondent, dans un pareil enchaî-
nement, toutes celles du poumon, appartiennent, dans
leur ensemble, à l'Amour dont !'Intellect dépend.
Comme l'Amour a formé !'Intellect pour l'Usage de
la pensée et du langage, de même aussi il a formé les autres
fonctions de la vie pour leurs Usages, les unes pour l'Usage
de la nutrition, les autres pour les usages de la chylification
et de la sanguification, d'autres pour les Usages de la
procréation, d'autres pour les Usages de la sensation,
d'autres pour les Usages de l'action et de la locomotion,
fonctions dans lesquelles il n'y a que le formateur lui-même
c'est-à-dire l'Amour, qui puisse diriger la vie.
La formation a été faite par le cœur et par son sang,
parce que le sang correspond à l'Amour, et le cœur est
son réceptacle. Les viscères, les organes et les membres
de tout le corps sont les choses dans lesquelles les fonctions
De la Divine Sagesse
des Usages ont été formées par l'Amour au moyen du
cœur.
Celui qui peut se livrer à un examen approfondi doit
voir qu'il y a dans les viscères, les organes et les membres,
du premier au dernier, des progressions d'Usages sem-
blables à celles qui sont dans le poumon.
D'après ces choses et celles qui précèdent, il est évident
que l'Amour de la Volonté fait toute la vie de l'homme,
que la vie de !'Intellect en provient, et que l'homme est
son Amour et son Intellect, d'après et selon cet Amour.
*
S'2.
53
COURT EXPOSÉ
CONCERNANT LE CHAPITRE XI
Puisque l'Amour fait la vie et la qualité de l'homme,
c'est donc par l'Amour de Dieu et du Prochain qui nous
sont commandés dans les Évangiles que l'homme est
sauvé.
Aimer Dieu, c'est aimer le Bien et le Vrai spirituels,
qui procèdent de Lui.
Manifester cet Amour, c'est aimer le Prochain, ainsi
faire du Bien au Prochain, ce qui ne peut être accompli
pleinement que par les actes de la fonction sociale, appelés
ici « Usages» ce qui est l'exercice même de la Charité
vraie.
Mais cette Chaleur spirituelle doit être conjointe à la
Lumière qui lui correspond ce qui se fait par la réception
du Vrai spirituel, ce qui est la vraie Foi.
De même que la Volonté et !'Intellect sont conjoints
entre eux et se manifestent par l'acte, de même la Charité
reçue par la Volonté et la Foi reçue par !'Intellect sont
existants dans « l'Usage » ou acte de la fonction sociale.
Ainsi, c'est seulement par l'exercice de la fonction
54 Emmanuel Swedenborg
sociale ou « Usage» pour le Bien Commun quel'Amour
envers le Seigneur ét envers le Prochain peuvent être
observés 1
•
r. Le mot « Usus » employé par Swedenborg a un sens très étendu
·dans tous ses ouvrages, car il signifie l'acte réalisateur, l'acte de la fonction...
la fonction elle-même, Exemple : les Usages du cœur ou l'action de la
fonction du cœur, l'acte utile, etc... Il signifie principalement, dans ce qui
suit, la fonction et les actes de la fonction dans le corps social.
Entendu dans le sens de « coutumes », ce mot ne permettrait pas de
suivre l'auteur.
*
CHAPITRE XI
L'AMOUR ENVERS LE SEIGNEUR EXISTE,
PAR LUI, DANS LA CHARITÉ
ET LA SAGESSE DANS LA FOI
Ceux qui pensent seulement naturellement et non en
même temps spirituellement au sujet de l'Amour envers
le Seigneur et de la Charité envers le Prochain 1, ne
peuvent faire autrement (car cela leur serait impossible) de
penser que le Seigneur doit être aimé quant à sa personne,
et le Prochain aussi quant à sa personne 2•
1. Ces deux commandements résument toute la Loi Divine comme cela
est dit dans les Évangiles : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton
cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. C'est le
premier commandement. Le second, semblable, est : «Tu aimeras ton
Prochain comme toi-même. Il n'y a point d'autres commandements plus
grands que ceux-là,» (Évangile de Marc, chapitre XII, 30, 31, Luc, X, 27,
Matthieu, XXII, 36 à 40).
2 . Voir page 62.
« Que l'homme soit le Prochain, cela est connu, qu'une Société soit le
Prochain, c'est parce qu'une Société est un homme composé que la Patrie
soit le Prochain, c'est parce que la Patrie consiste en un grand nombre de
Sociétés... que le genre humain soit le Prochain, c'est parce qu'il consiste
en de grandes sociétés dont chacun est un homme composé. » (Doctrine
de la Charité, chapitre IV).
Emmanuel Swedenborg
Mais ceux qui pensent naturellement et en même temps
spirituellement, perçoivent et pensent, d'après la percep-
tion, que le méchant comme le bon, peuvent aimer le
Seigneur quant à la personne et, de la même manière, le
Prochain. Ils pensent aussi que si le méchant aime, il ne
peut être aimé en retour (puisqu'il incarne le mal), tandis
que l'Amour de celui qui est bon peut lui être rendu et
il peut être aimé en retour.
De là, cet homme qui pense naturellement et spirituel-
lement, conclut qu'aimer le Seigneur, c'est aimer (aussi)
ce qui vient de Lui (ainsi le Bien et le Vrai spirituels), ce
qui, en soit est le Divin dans lequel Il est.1 Il pense aussi
que manifester cet Amour, c'est faire du bien au Prochain.
Il conclut même qu'Il n'est pas possible autrement d'être
aimé du Seigneur, ni de se conjoindre à Lui par amour.
Mais l'homme « naturel» ne peut penser spirituellement
sur ce sujet, si ces choses ne sont pas mises d'.une manière
distincte sous ses yeux. Je vais donc dans ces articles
traiter distinctement
:r - DE L'AMOUR ET DE LA CHARITÉ.
f 'Îo L'Amour des Usages est la Charité. - <;""-'
J © C'est par le Seigneur qu'existe l'Amour des Usages ou
) la Charité, et le Prochain est celui vers lequel ils se tournent. -&J
I. «Qui a mes commandements et les fait, c'est celui-là qui M'aime.»
(Évangile de Jean, chapitre XIV, ZI). En effet agir selon ses comman-
dements c'est aimer le Bien.
r
De la Divine Sag4,Sse
(3~ L'Amour envers le Seigneur existe dans la Charité,
parce qu'il existe dans /'Usage.
Û?L'Usage consiste à s'acquitter de son devoir et à faire son
travail dans les formes voulues, avec fidélité, sincérité etjustice.
~ Ily a des Usages communs qui sont aussi des Usages de
la Charité.
@, Les Usages ne deviennent Usages de la Charité que chez
celui qui combat les ma11x qui sont de /'enfer.
G~ Parce que ces maux sont opposés à l'Amour envers le
Seigneur et à Ja Charité envers le Prochain.
~Les Usages qui ont pour première et dernière ftn Je bien
propre ne sont pas des Usages de la Charité.
!f- DE LA SAGESSE ET DE LA FOI.
Gi> La Foi n'est autre chose que la vérité.
(g La vérité devient vérité quand elle est perçue et aimée, et
elle est appelée Foi quand elle est sue et pensée.
G'~Les Vrais de la Foi ont en vue d'une part le Seigneur et
de l'autre le Prochain.
(4.<>)Les Vrais enseignent comment le Seigneur doit être appro-
ché pour qu'il y ait conjonction, et comment Je Seigneur fait
ens11ite les Usages par l'homme.
(i'.f)L'un et l'autre sont enseignés par les Vrais spirituels,
moraux et civils.
@ La Foi consiste à savoir ces Vrais et à les penser, la
Charité consiste à les vouloir et à les traduire en actes.
8
Emmanuel Swedenborg
-/ )---
/'//~~~~·
/"?.(/ """C~AlEUR/ J  LUMIÈRE
/SPIRITïlLE SPlUELtE
BJEN VRAI
SPIRITUEL SPIRITUEL
Lonft! de lnfellecl re~nfl~mour de Dieuet .fogesse;Perceplion, Connaissance
/
du Prochain  ou 
FOI ou
VAAi SPIRITUEL
la ChorHé dloFoinovveHes
conduisenl
oùx
Acks uHles.èle Io f'oncl-ion
ou
VIE des USAGES
pour
LE BIEN COMMUN

La réception de l'lnflux Divin dans le mental
humain est:
LA CHARITÉ ET LA FOI
De la Divine Sagesse
à
(io)C'est pourquoi, lorsque le Divin Amour du Seigneur
existe chez I'hom!JJC dans la Charité qui consiste à vouloir et à
pratiquer ces Vrais, la Divine Sagesse du Seigneur existe chez
l'homme dans la Foi qui consiste à les savoir et à les penser.
@ La cot!fonction de la Charité et de la Foi est réciproque.
LA RÉCEPTION DE L'INFLUX DIVIN
DANS LE MENTAL HUMAIN EST
LA CHARlTÉ ET LA FOI
.1-DE L'AMOUR ET DE LA CHARlTÉ
CT·- L'AMOUR DES USAGES EST LA CHARITÉ.
Dans tout, en général et en particulier, il y a ces trois
choses : la «Jin», la « cause», et l' « effet» 1•
La «Jin» est ce dont la chose procède. La « cause »
est ce par quoi la chose est faite et l' « effet» ce dans quoi
la chose est. Lorsque la «Jin» est par la « cause » dans
l' « effet » alors la chose existe.
Dans tout Amour et dans toute affection de l'Amour
est la «Jin», et la« Jin » tend à faire ou veut faire ce qu'elle
aime et l'action est son « effet».
Le Seigneur est la «Jin» de qui l'Amour procède,
l'homme est la « cause», intermédiaire par laquelle il y a
réalisation, et l'Usage est l' « effet» dans lequel la réali-
sition existe.
r. Voir pages 61 à 67 et 88 tome ~ .
60 Emmanuel Swedenborg
Le Seigneur est la « ftn » de qui l'Amour procède,
parce que par son Divin Amour il tend à faire ou veut
faire continuellement des Usages, c'est-à-dire, du Bien au
genre humain.
L'homme est la « cause » intermédiaire par laquelle il y a
réalisation, parce qu'il est ou peut être dans l'Amour des
Usages. Dans cet Amour, il tend à faire ou veut faire des
Usages, et parce que les Usages sont «les effets» dans
lesquels la « ftn » existe. Les Usages sont aussi ce qq'on
apelle des Biens.
On voit d'après cela, que l'Amour des Usages est la
Charité que l'homme doit avoir envers le Prochain.
Que dans tout, en général et en particulier, il y ait
la «ftn», la «cause» et l'« effet», c'est ce qu'on peut
reconnaître pour chaque chose, quelle qu'elle soit. Par
exemple, lorsqu'un homme fait quelque chose, il dit ou
en soi-même ou à un autre, ou un autre lui dit : « Pourquoi
fais-tu cela ?», par conséquent, quelle est ta « ftn » (ton
but) ? Par quoi le réalises-tu ? Ainsi par quelle « cause» ?
Et quelle chose fais-tu ? Ce qui est l' « effet».
La « ftn », la « cause» et l' « effet» sont aussi nommés
cause finale, cause mqyenne et cause réalisée.
La loi des causes est que la « ftn » soit le tout dans la
« cause» et par suite le tout dans l' « effet», car la « ftn »
est elle-même l'essence de la « cause» et de l' « effet» 1 •
Il en est de même du Seigneur. Comme il est la « ftn », il
I. Ceci peut facilement devenir concret. A titre d'exemple : Un homme
De la Divine Sagesse
est le tout dans l'amour des Usages, ou dans la Charité,
chez l'homme. Par suite, il est le tout dans les Usages faits
par l'homme, c'est-à-dire dans les Usages faits par le
moyen de l'homme.
C'est de là que, dans l'Église, on doit croire que tout
Bien vient de Dieu et que rien de Bien ne vient de l'homme,
puis que le Bien qui vient de Dieu est le Bien même.
Il en résulte donc que faire la Charité, c'est faire des
Usages, ou faire des Biens qui sont des Usages, et par
conséquent que l'Amour des Usages est la Charité 2•
z. - C'EST PAR LE SEIGNEUR QU'EXISTE L'AMOUR DES
USAGES OU LA CHARITÉ, ET LE PROCHAIN EST CELUI
VERS LEQUEL ILS SE TOURNENT.
Que le Seigneur soit celui par qui est et existe l'Amour
des Usages ou la Charité, c'est ce qu'on voit clairement
d'après ce qui a été dit ci-dessus.
Que le Prochain soit celui vers lequel se tourne l'Amour
des Usages ou la Charité, c'est parce que le Prochain est
celui envers lequel on doit avoir et pratiquer la Charité.
Comme j'ai dit que le Prochain est celui vers lequel se
tourne l'Amour des Usages ou la Charité, je dois dire aussi
ce que c'est que le Prochain et qui est le Prochain.
veut faire plaisir à un ami, il sait qu'il aime les livres, il lui achètera un livre
et ira le lui remettre. La «fin», c'est vouloir faire plaisir à l'ami, la «cause»,
c'est l'achat du livre, l' «effet», c'est le cadeau donné. On voit là que la
«fin» est l'essence de la cause et de l'effet ou le commencement, l'origine,
la vie animatrice de l'acte d'achat du cadeau.
2 . Voir page 54 note I.
62 Emmanuel Swedenborg
Le Prochain, dans le sens large est le Commun ou le
public ; dans un sens moins large, c'est l'Église, la patrie,
la société grande ou petite ; et dans le sens restreint, c'est
le concitoyen, l'associé et le frère.
Pratiquer des Usages par Amour envers les uns et les
autres, c'est exercer la Charité envers le Prochain, car
celui qui agit ainsi les aime. Il les aime, parce que l'Amour
des Usages et l'Amour du Prochain ne peuventêtre séparés.
L'homme, il est vrai, peut par l'Amour des Usages ou
par la Charité faire du Bien à un ennemi et à un méchant,
mais il pratique envers eux des Usages de pardon et de
réconciliation, usages qui sont variés et qui se font de
différentes manières i .
a..- L'AMOUR ENVERS LE SEIGNEUR EXISTE DANS LA
CHARITÉ, PARCE QU'IL EXISTE DANS L'USAGE.
C'est ce que le Seigneur enseigne Lui-même, dans Jean,
en ces termes :
1. «Mets-toi d'accord avec ton adversaire au plus tôt, tandis que tu es
avec lui, en chemin.» (Évangile de Matthieu, chapitre V, 2~). <<Moi, je
vous dis : Aimez vos ennemis. » (même Évangile, chapitre V, 44). « Aimez
vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent:» (Évangile de Luc,
chapitre VI, 27). «Aimez vos ennemis, faites du bien, et prêtez sans en rien
espérer, et votre récompense sera abondante, et vous serez les fils du
Très Haut, parce que Lui est bon envers les ingrats et les méchants.»
(Évangile de Luc, chapitre VI, 35).
On peut penser qu'en parlant d'Usages variés «et qui se font de diffé-
rentes manières», il y a ceux qui ont pour but d'empêcher le Prochain de
faire le mal ou de le rééduquer, ce qui peut aussi être une manière d'aimer
le Prochain sdon l'intention.
De la Divine Sagesse
« Celui qui a mes préceptes et les fait, c'est celui-là qui
M'aime. Si quelqu'un M'aime, il garde 111a parole. Celui qui ne
M'aime pas, ne garde pas mes paroles.» 1
Dans le même : « Si vous gardez mes commandements,
vous demmrerez dans mon amour». 2
Gardez mes préceptes, mes paroles, mes comman-
dements, c'est faire les Biens de la Charité, qui sont des
Usages au Prochain.
Et dans le même :
« Jésus dit trois fois à Pierre: M'aimes-tu ? et trois/ois
Pierre répondit qu'il L 'aimait. Jés11s lui dit trois fois : Pais
mes agneaux et mes brebis.» 3
Paître les agneaux et les brebis, ce sont les Usages ou
les Biens de la Charité chez ceux qui prêchent l'Évangile
et aiment le Seigneur 4•
De là, il devient évident que l'Amour envers le Seigneur
existe dans la Charité parce qu'il existe dans l'Usage.
On voit aussi que la conjonction de l'Amour envers le
Seigneur avec la Charité envers le Prochain, par
1. Jean, XIV, 2x, 23, 24.
2. Jean, XV, xo.
3. Jean, XXI, I5, x6, I7·
4. En effet, ils ont pour fonction ou pour Usages de pourvoir à l'aliment
spirituel des esprits, comme le berger celui de pourvoir à l'alim=t naturel
des brebis.
Emmanuel Swedenborg
conséquent la conjonction du Seigneur avec l'homme,
est dans l'Usage, et que la conjonction est telle que ·
l'Amour de l'Usage, et aussi grande que cet Amour 1•
En effet, le Seigneur est dans l'Usage comme dans le
Bien qui procède de Lui-Même, et l'homme qui est dans
l'Amour de l'Usage est dans l'Usage comme par soi-
même, mais toutefois il reconnaît qu'il y est par le
Seigneur et non par lui-même, car l'homme ne peut de
lui-même aimer le Seigneur et ne peut de lui-même faire
des Usages.
Mais le Seigneur l'aime et fait que son Amour en lui
revienne à sa source. Il fait aussi qu'il paraisse à l'homme
qu'il aime par lui-même le Seigneur. C'est là, par con-
séquent, l'Amour envers le Seigneur par le Seigneur.
On voit même par là comment l'Amour envers le
Seigneur existe dans la Charité ou dans l'Amour des
Usages.
I. Cette idée est exposée dans plusieurs ouvrages notamment dans « Le
Divin Amour»: «Par aimer le Seigneur, on entend faire des Usages (ou
actes utiles) par Lui et en vue de Lui... Personne ne peut aimer le Seigneur
autrement... Par aimer le Prochain, on entend faire des Usages (ou actes
utiles) pour l'Église (là où est le Bien et le Vrai spirituels) pour la patrie,
pour la société humaine, pour le concitoyen... Ils ne peuvent être aimés
(efficacement) qu'au moyen des Usages qui· appartiennent à l'emploi de
chacun. » (Chapitre XIII). Cette doctrine va encore plus loin, car
Swedenborg écrit : « Le culte du Seigneur consiste dans la vie de la
Charité.» (Arcanes Célestes, 82.54). Ainsi dans la vie des Usages ou actes
utiles de la fonction dont on a la charge, accomplies avec fidélité, sincérité
et justice.
De la Divine Sagesse
Œ, - L'USAGE CONSISTE A s ' ACQUITTER DE soN DEVOIR
ET A FAIRE SON TRAVAIL DANS LES FORMES VOULUES,
AVEC FIDÉLITÉ, SINCÉRITÉ ET JUSTICE.
On ne sait pas (sinon obscurément et encore peu de
personnes) ce qu'on entend proprement dans la Parole
par les Biens de la Charité, qu'on nomme aussi œuvres,
et même fruits, et que nous nommons ici Usages.
On croit d'après le sens littéral de la Parole, qu'ils
consistent à donner aux pauvres, à secourir les indigents,
à faire du bien aux veuves et aux orphelins, et en d'autres
pratiques semblables.
Toutefois, par fruits, œuvres et Biens de la Charité on
n'entend pas ici ces Usages, mais on entend .s'acquitter de
.son devoir, de .son emploi et de son travail, dans les formes
voulues, avec fidélité, sincérité et ju.stice.
Lorsqu'on agit ainsi, on est utile au Commun ou au
public, par conséquent aussi à la patrie, à la société grande
et petite, au concitoyen, à l'associé et au frère, qui sont
le Prochain dans le sens large et dans le sens restreint,
comme je l'ai dit ci-dessus. Alors chacun, qu'il soit
instructeur religieux, gouverneur, négociant, ou ouvrier,
fait chaque jour des Usages. L'instructeur religieux par
l'enseignement, le gouverneur et les fonctionnaires par
l'administration, le marchand par le commerce, et l'ouvrier
par son travail.
Par exemple, le magistrat qui juge dans les formes
voulues avec fidélité, sincérité et justice, fait des Usages
pour le Prochain toutes les fois qu'il juge. Il en est de
9
66 Emmanuel Swedenborg
même du ministre (religieux) chaque fois qu'il enseigne.
Il en est de même aussi des autres.
Que de tels Usages soient entendus par Biens et par
œuvres de la Charité, c'est ce qui est évident d'après le
gouvernement du Seigneur dans les Cieux. Là, comme dans
le Monde, chacun est chargé de quelque fonction, de
quelque service, de quelque office, ou de quelque travail ;
et chacun y jouit de la magnificence, de l'opulence comme
de la félicité, selon qu'il agit avec fidélité, sincérité et
justice.
Celui qui est paresseux et lâche n'est pas admis dans le
Ciel, mais il est rejeté, soit dans l'Enfer, soit dans un désert
où il vit dans le manque de tout et dans la misère.
Les actes dont il vient d'être question sont nommés
dans les Cieux Biens de la Charité, œuvres et Usages.
Quiconque dans le Monde est fidèle, sincère et juste
dans sa fonction et dans son travail, est de même fidèle,
sincère et juste après sa sortie du Monde. Il est accepté
dans le Ciel par les Anges. Là, chacun y a aussi la joie
céleste selon la qualité de la fidélité, de la sincérité et de
la justice.
La raison de cela, c'est que l'esprit attaché à sa fonction
et à son travail par l'Amour de l'Usage, est retenu tout
entier, étant alors dans un plaisir spirituel, celui de la
fidélité, de la sincérité et de la justice. Il est ainsi détourné
du plaisir de la fraude et de la malice, ainsi que du plaisir
de la seule conversation et de la table, plaisir qui est aussi
celui de l'oisiveté, oreiller du diable.
De la Divine Sagesse
Chacun peut voir que le Seigneur ne peut pas avoir sa
demeure dans l'amour de ces derniers, mais qu'il peut
l'avoir dans l'amour des premiers.
Œ- IL y A DES USAGES COMMUNS QUI SONT AUSSI DES
USAGES DE LA CHARITÉ.
Les Usages propres et réels de la Charité sont les Usages
de chaque fonction et de chaque administration, comme
je l'ai dit ci-dessus, Usages qui deviennent alors des Biens
de la Charité dans lesquels existe l'Amour envers le
Seigneur, ou dans lesquels cet Amour a été conjoint
lorsque l'homme les fait par la fidélité et la sincérité
spirituelles que possèdent ceux qui aiment les Usages
parce qu'ils sont des Usages, et qui croient que tout bien
vient du Seigneur.
Mais outre ces Usages, il y en a aussi d'autres qui sont
communs. Par exemple : Aimer fidèlement le conjoint,
élever convenablement les enfants, disposer prudemment
la maison, agir justement avec les serviteurs. Ces œuvres
deviennent aussi des œuvres de la Charité, quand elles se
font par l'Amour des Usages, et envers le conjoint quand
elles se font par un amour mutuel et pur 1 • Ce sont là les
usages de la maison qui appartiennent à la Charité.
Il y a encore d'autres usages communs, comme de faire
1. Dans la terminologie de Swedenborg le mot « pur» ne signifie
jamais « abstinent», mais selon les définitions qu'il a données : « L'amour
vraiment conjugal est la pureté même.» (Amour conjugal, 139). « Toutes
les délices de l'amour vraiment conjugal, même les demières sont pures.»
(Amour conjugal, 144).
68 Emmanuel Swedenborg
des dons utiles au ministère de l'Église. Ces biens
deviennent des usages de la Charité 1, autant que l'Église
est aimée comme étant le Prochain dans un degré
supérieur 2•
Parmi les usages communs sont encore ceux de fournir
aux dépenses et aux travaux de construction et de conser-
vation des maisons d'orphelins, des hôpitaux, des lieux
d'exercice et d'autres lieux semblables 3• Ces usages sont
indifférents à la quote-part.
Secourir les indigents, les veuves et les orphelins par
l. Il est évident, puisque l'Église est indispensable au corps social, qu'il
doit être pourvu à son existence. Tant que cette existence n'est pas assurée
collectivement, elle ne peut l'être autrement que par des dons.
z. L'Église n'est le Prochain à un degré supérieur qu'autant qu'elle
répand les Vrais spirituels et qu'elle enseigne ce qui est destiné à son
époque. Il est évident que les membres enseignants de cette Église doivent
remplir efficacement la fonction d'instruction à laquelle ils sont préposés
et qu'ils doivent aussi être attentifs à la voix d'en Haut :
« Qui donc est le serviteur prudent et fidèle, que le Seigneur a établi
sur ses gens pour leur donner! a nourriture en son temps ? Heureux ce
serviteur-là, qu'en arrivant son Seigneur trouvera faisant ainsi l En vérité,
je vous le dis, Il l'établira sur tout ce qui lui appartient, mais si ce méchant
serviteur dit en son cœur : Mon Seigneur tarde à venir, et qu'il commence
à battre ses compagnons de service, puis à manger et à boire avec les
ivrognes, le Seigneur de ce serviteur-là viendra un jour qu'il n'attend
point, et il le séparera et lui assignera sa part avec les hypocrites, là seront
les pleurs et les grincements de dents. » (Évangile de Matthieu,
chapitre XXIV, 45 à 51).
Dans le sens interne «l'ivresse» signifie «les folies au sujet des Vrais
(spirituels). » (Arcanes Célestes, 1072).
3. Tant que tout cela n'est pas assuré collectivement, il est certain qu'il
est utile d'y pourvoir selon ses possibilités. La quote-part est indifférente,
car ce qui compte, c'est non la somme, mais l'intention qui dirige legeste.
De la Divine Sagesse
cela seul qu'ils sont des indigents, des veuves, et des
orphelins, et donner aux mendiants par cela seul qu'ils
sont mendiants, ce sont là des usages de la Charité
externe, laquelle Charité se nomme pitié, mais ce ne sont
pas des Usages de la Charité interne, si ce n'est qu'autant
qu'ils tirent leur origine de l'Usage même et de l'amour
d.e l'Usage 1• En effet la Charité externe sans l'interne n'est
pas la Charité, c'est l'interne qui fait qu'elle devient
réellement Charité.
La Charité externe qui procède de la Charité interne
agit prudemment, tandis que la Charité externe sans
l'interne agit imprudemment, et très souvent injus-
tement z.
@- LES USAGES NE DEVIENNENT USAGES DE LA CHARITÉ
QUE CHEZ CELUI QUI COMBAT CONTRE LES MAUX, QUI
SONT DE L'ENFER.
En effet, les Usages que l'homme fait, tant qu'il est dans
1. Dans toute société où la primauté de la fonction sociale sera, de cœur,
reconnue, où chacun exercera celle-ci avec zèle et dévouement, une
grande abondance ne manquera pas de régner. Elle supprimerait toute
pauvreté matérielle. Il est évident que par l'exercice de la fonction sociale.
on pourvoit non au bien d'un seul, mais de tous. .
2. Dans son ouvrage « Doctrine sur la Charité », Swedenborg a illustré
tout cela. Puisque «le Prochain qui doit être aimé, c'est dans l'idée spiri-
tuelle, le Bien et le Vrai», par conséquent «le Bien et le Vrai (spirituels)
chez l'homme, c'est le Prochain qui doit être aimé» et il écrit plus loin
«l'homme-diable peut s'écrier: Je suis le Prochain, fais-moi du bien ! et
si tu lui fais du bien il peut te tuer toi ou un autre. Tu lui mets un couteau
ou une épée à la main. » (Doctrine de la Charité, III).
70 Emmanuel Swedenborg
l'Enfer, c'est-à-dire tant que l'Amour qui fait sa vie est
dans l'Enfer et vient de l'Enfer, ne sont pas des Usages de
la Charité. De tels hommes n'ont rien de commun avec
le Ciel, et le Seigneur n'est pas en eux.
L'Amour de la vie de l'homme est en Enfer et vient de
l'Enfer tant qu'il n'a pas combattu contre les maux qui
y sont et qui en viennent. Ces maux sont énoncés dans le
Décalogue et seront examinés dans son Explication 1•
Ces Usages qui se font sous une apparence de Charité
ou de piété, ont été désignés dans la Parole. Ceux qui se
font sous une apparence de Charité, dans Matthieu, en
ces termes :
« Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur ! Seigneur !
N'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? et n'avons-nous pas
chassé les démons par ton nom ? et n'avons-nous pas fait
plusieurs miracles en ton nom ? Mais alors Je leur dirai
publiquement : Je ne vous connais point : retirez-vous de Moi,
ouvriers d'iniquité.» 2
Et ceux qui se font sous une apparence de piété, dans
Luc:
« Alors vous commencerez à dire : Nous avons mangé en ta
présence, et nous avons bu, et tu notu as enseigné dans nos
places ; niais Il dira ; Je vous dis : Je ne sais point d'où vous
êtes : retirez-vous de Moi ; vous tous ouvriers d'iniquité.» 3
I. Vraie Religion Chrétienne, chapitre V. Voir pages 29 et 55.
2. Évangile de Matthieu, VII, 22, 23.
3. Évangile de Luc, XIII, 26, 2.7.
De la Divine Sagesse 7I
Ils ont aussi été représentés par les cinq vierges folles,
qui n'avaient point d'huile dans leurs lampes ; quand
l'époux vint, Il leur dit :
« Je ne vous connais point. » 1
En effet, tant que les maux infernaux et diaboliques
n'ont pas été éloignés par le combat, l'homme peut faire
des Usages, dans lesquels cependant il n'y ait rien de la
Charité, ni par conséquent de la piété, car ils sont
intérieurement corrompus.
~ - PARCE QUE CES USAGES SONT OPPOSÉ,S A L'AMOUR
ENVERS LE SEIGNEUR ET A LA CHARITE ENVERS LE
PROCHAIN.
En effet tous les Usages qui, dans leur essence, sont des
Usages de la Charité, viennent du Seigneur et se font par
Lui au moyen des Hommes, et alors dans l'Usage le
Seigneur se conjoint avec l'homme, ou l'Amour envers le
Seigneur se conjoint avec la Charité envers le Prochain.
Le Seigneur Lui-Même enseigne, dans Jean, que
personne ne peut faire quelque Usage que par Lui :
«Celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, celui-là porte
beaucoup defruits ; car, sans Moi, vous nepouvez rienfaire. » 2
Le fruit, c'est l'Usage.
1. Évangile de Jean, XV, S·
2. Swedenborg a décrit par ailleurs le caractère de ceux chez qui les
« Usages» ne sont pas des Usages de la Charité : « Dans ceux où il y a
l'affection de,l'honneur seul (sans bons sentiments) ou qui exercent les
Emmanuel Swedenborg
Que les Usages qui se font par l'homme qui n'a pas
combattu ou qui ne combat pas contre les maux ·appar-
tenant à !'Enfer, soient opposés à l'Amour envers le
travaux de leur fonction pour la réputation... ils se donnent de la peine et
font du travail en abondance, mais non par l'Amour de !'Usage, mais
seulement pour l'Amour de Soi, ainsi non par l'Amour du Prochain, mais
par l'Amour de la Gloire. Ils peuvent même sentir le plaisir dans les travaux
de leur fonction, mais c'est le plaisir infernal... Ils n'ont quelque repos de
l'esprit et quelque paix que lorsqu'ils pensent à la réputation et à l'honneur
et lorsqu'ils sont honorés et adorés. Quand ils n'y pensent point, ils se
jettent dans les voluptés, dans l'ivresse et la luxure, dans les scortations,
les haines et les vengeances, et dans les diffamations du Prochain, si cela
ne blesse pas leur honneur. Mais successivement s'ils ne sont pas élevés
plus haut dans les honneurs, ils prennent leurs devoirs en dégoût, se
livrent au repos et deviennent des paresseux. Après leur sortie du monde,
ils deviennent des démons. »
«Dans ceux où il y a l'affection du gain seul (sans sentiments altrustes)...
ils sont actifs, prudents, industrieux, surtout s'ils sont marchands ou
ouvriers, s'ils sont fonctionnaires publics, ils veillent attentivement aux
travaux de leur charge, et ils vendent les Usages ; s'ils sont juges, ils
vendent la justice, s'ils sont prêtres, ils vendent le salut, le profit est pour
eux le Prochain. En raison de leur charge, ils aiment le profit et en raison
du profit ils aiment leur charge. Ceux qui sont dans une fonction éminente
peuvent vendre la Patrie et aussi l'armée, comme livrer leurs concitoyens
à l'ennemi.» (Doctrine de la Charité, XI).
Ce sont évidemment des cas extrêmes, mais ils sont donnés afin de bien
faire comprendre que la différence et même l'opposition des intentions est
une réalité.
Si les Usages ou les actes utiles faits par ceux qui aiment exclusivement
l'honneur et le gain doivent être récompensés dans le monde, c'est parce
que le Bien Commun nécessite un grand nombre d'Usages, tels ceux qui
concernent le vêtement, le logement, la nourriture, les distractions,
l'instruction, etc... Ceux qui font ces Usages, même pour des motifs
égoïstes sont utiles à la collectivité et ainsi doivent être encouragés.
Mais, après la mort, il en est tout autrement, puisque c'est la qualité
des intentions qui donne à l'homme sa place dans le Monde spirituel.
De la Divine Sage.m 73
Seigneur et à la Charité envers le Prochain, c'est parce
que les Maux qui sont intérieurement cachés dans ces
Usages sont opposés au Seigneur, par conséquent
opposés à l'Amour envers lui, et par suite opposés à
l'Amour de !'Usage, qui est la Charité.
En effet, l'enfer etle Ciel ne peuvent être ensemble, car
ils sont contraires ou opposés l'un à l'autre. C'est pourquoi
ceux qui font de tels Usages n'aiment point le Prochain,
c'est-à-dire le Commun et le public, l'Église, la patrie, la
société, le concitoyen, l'associé et le frère, qui sont le
Prochain dans le sens large et dans le sens restreint. Cette
vérité a été mise en évidence devant moi par un grand
nombre d'expériences.
Tels sont ces Usages au-dedans de l'homme qui les fait.
Mais hors de l'homme, ils sont néanmoins des Usages
que le Seigneur excite même chez l'homme pour le Bien
commun et particulier, mais ils ne sont pas faits par le
Seigneur. Aussi ces usages ne sont-ils point récompensés
dans le Ciel, mais ils le sont et doivent l'être dans le
Monde 1•
Œ- LES USAGES QUI ONT POUR PREMIÈRE ET DERNIÈRE
FIN LE BIEN PROPRE NE SONT PAS DES USAGES DE LA
CHARITÉ.
J'ai montré ci-dessus, dans cet article, que la «fin» est
le tout de l' «effet» ou le tout de l'Usage, et que le
10
74 Emmanuel Swedenborg
Seigneur est cette «fin», et que c'est d'après la «fin» que
!'Usage est Usage de la Charité.
Lors donc que l'homme est sa «fin», c'est-à-dire son
bien propre, il est lui-même le tout de I' « effet» ou le
tout de l'Usage. De là il arrive que son Usage n'est pas
usage par essence, mais qu'il l'est quant à l'apparence.
Dans cet Usage, il y a la vie qui procède du corps, et non
aucune vie procédant de l'esprit.
_!!:. - DE LA SAGESSE ET DE LA FOI
0 - LA FOI N'EST AUTRE CHOSE QUE LA VÉRITÉ.
La Chrétienté, après que la Charité se fût relâchée,
commença à ignorer que la Charité et la Foi sont un, par
conséquent qu'il n'y a pas de Foi où il n'y a pas de Charité,
et qu'il n'y a pas de Charité où il n'y a pas de Foi.
De cette ignorance, il est résulté un tel aveuglement
qu'on ne sut plus ce qu'était la Charité, ni ce qu'était la
Foi. Alors, on commença à les séparer, non seulement par
la pensée, mais même par la doctrine, et à diviser, par ce
moyen, l'Église Chrétienne, qui en soi était une en
plusieurs églises, puis à les distinguer selon les dogmes de
la Foi séparée 1•
x. Les chefs de la Réforme, Luther, Mclanchton et Calvin notamment,
séparèrent la Foi de la Charité en déclarant que l'homme est sauvé par la
Foi (ou croyance) et non en même temps par la Charité (ou œuvres). On
peut meme lire dans l'ouvrage protestant appelé « Formule de Concorde »
«qu'on doit rejeter la proposition que les œuvres bonnes sont nécessaires
De la Divine Sagesse 75
Quand, chez l'homme, la Charité et la Foi sont séparées,
on ne sait pas ce que c'est que la Charité, ni ce que c'est
que la Foi.
En effet, il doit y avoir Charité pour qu'il y ait Foi, et
la Foi doit l'enseigner. La Charité doit l'illustrer, et la Foi
le voir.
Si donc la Charité et la Foi sont séparées, ni l'une ni
l'autre n'existe chez l'homme. C'est comme lorsque vous
ôtez un flambeau, vous ôtez aussi la lumière, et vous
tombez dans l'obscurité.
C'est là le motif qui fait que par la Foi on entend ce que
l'homme croit et ne voit pas. Aussi dit-on qu'il faut croire
telle ou telle chose, et à peine est-il quelqu'un qui dise :
Je ne vois pas ; mais on dit : Je crois. Ainsi personne ne
sait si la chose est vraie ou fausse. C'est par conséquent
un aveugle qui conduit un aveugle, et tous deux tombent
dans la fosse.
Que la Foi ne soit autre chose que la vérité, c'est même
ce qu'on reconnaît, lorsqu'on dit que le Vrai appartient
à la Foi et que la Foi appartient au Vrai.
Mais arrive-t-il de demander si telle ou telle chose est
la vérité ? On répond: C'est une chose de Foi, et l'on
n'en recherche pas davantage.
Ainsi chacun accepte pour vérité de Foi, les yeux
au salut pour plusieurs motifs, et aussi parce qu'elles sont acceptées par
les Papistes (catholiques) pour soutenir une mauvaise cause.». D'où la
formule bien connue (mais fausse). « Il n'y a que la Foi qui sauve.»
Nous devons ajouter que le Protestantisme de 1953 n'insiste guère sur
ces dogmes. Il faut cependant constater qu'il ne les a pas abjurés.
Emmanuel Swedenborg
fermés et l'entendement bouché tout ce qui constitue la
croyance dans laquelle il est né 1•
Un tel aveuglement n'a jamais été nommé Foi par les
anciens, mais ils appelaient Foi ce qu'ils avaient pu, par
quelque lumière de la pensée, reconnaître être vrai.
C'est de là que, dans la langue hébraïque, la vérité et
la Foi sont exprimées par le même mot. Ce mot est Amen.
G - LA VÉRITÉ DEVIENT VÉRITÉ QUAND ELLE EST PERÇUE
ET AIMÉE. ELLE EST APPELÉE FOI QUAND ELLE EST SUE
ET PENSÉE.
Les défenseurs de la Foi séparée (de la Charité) veulent
qu'on les croie lorsqu'ils disent que les choses spirituelles
ne peuvent être comprises par l'Intellect humain, parce
qu'elles sont au-dessus de sa portée.
Cependant ils ne nient pas l'illustration 2, qui est
entendue ici par perception, ou ce par quoi la vérité
étant perçue et aimée devient vérité (dans l'esprit de
l'homme).
Car c'est l'Amour qui donne la vie et c'est l'Amour du
Vrai qui fait que la vérité perçue devient vérité.
Cette illustration est la perception parce que toute
vérité est dans la Lumière et l'intelligence de l'homme
peut y être élevée. Toute vérité est dans la Lumière,
t. Cet état d'esprit est peut-être moins accentué et moins généralisé
aujourd'hui, ma.is il existe toujours. ·
2 . En effet ce mot fait partie de la terminologie religieuse ancienne :
«Les illustrations de l'entendement». Bossuet.
De la Divine Sagesse 77
parce que la Lumière procédant du Seigneur comme
Soleil (spirituel) est la vérité.
De là toute vérité brille dans le Ciel et la Parole (ou
Écriture Sainte) qui est le Divin Vrai; y donne aux Anges
la Lumière commune 1• C'est pour cela même que le
Seigneur est appelé Parole (ou Verbe) et aussi Lumière 2•
Il m'a été donné de savoir, par de nombreuses expé-
riences, que l'intelligence humaine peut être élevée dans
cette Lumière même !'Intelligence de ceux qui ne sont pas
dans l'Amour du Vrai, pourvu qu'ils soient dans le désir
de savoir ou dans l'affection de la gloire liée à ce désir.
Mais il y a cette différence, que ceux qui sont dans
l'Amour du Vrai sont en actualité dans la Lumière du Ciel,
et par conséquent dans l'illustration et la perception du
Vrai quand ils lisent la Parole (ou Écriture Sainte), tandis
que les autres ne sont ni dans l'illustration ni dans la
perception du Vrai, mais ils sont seulement dans la confir-
mation de leurs principes sans qu'ils sachent s'ils sont
Vrais ou s'ils sont Faux.
Il y a même cette différence, que ceux qui sont dans
l'Amour du Vrai, lorsqu'ils lisent la Parole et qu'ils
pensent d'après elle tiennent constamment la vue de leur
Intellect dans le principe même et recherchent de cette
manière si une chose est vraie avant de la confirmer,
tandis que les autres adoptent un principe d'après une
1. Voir à ce sujet tout l'ouvmge des «Arcanes Célestes».
2. ÉvangilcdeJea.n.chapittel, 1. 2, 3. Voirpage47 tome 1.
Emmanuel Swedenborg
science de mémoire, sans vouloir savoir sï cela est réel-
lement vrai ; et s'ils désirent une renommée d'érudition,
ils le confirment par la Parole et par la raison.
Tel est même le génie de l'érudition quand il est orgueil
de la propre intelligence, qu'il peut confirmer toute chose
fausse au point qu'elle paraisse à soi-même et aux autres
comme vraie. De là, dans l'Église, des hérésies, des débats
et des apologies de dogmes qui sont opposés entre eux.
Il en résulte aussi cette différence que ceux qui ont
l'Amour du Vrai sont dans la Sagesse et deviennent
spirituels, tandis que les autres restent naturels et sont dans
la folie au sujet des choses spirituelles.
Que la vérité soit nommée Foi quand elle est sue et
pensée, c'est parce que la vérité perçue devient ensuite
une chose de mémoil;e qui est crue. On voit aussi d'après
cela que la Foi n'est autre chose que la Vérité.
Œ, - LES VRAIS DE LA FOI ONT EN VUE D'UNE PART LE
SEIGNEUR, ET DE L'AUTRE LE PROCHAIN.
Tous les Vrais ont en vue trois choses qui sont leurs
objets universels, savoir : au-dessus de soi le Seigneur et
le Ciel, près de soi le Monde et le Prochain, et au-dessous
de soi le Diable et l'Enfer.
Les Vrais (de la Foi) apprendront à l'homme comment
il peut être séparé du Diable et de l'Enfer et être conjoint
au Seigneur et au Ciel, par sa vie, dans le Monde. C'est
De la Divine Sagesse 79
en cette vie et par elle que s'opèrent toute séparation et
toute conjonction 1•
Pour que l'homme soit séparé du Diable et de l'Enfer,
pour qu'il soit conjoint au Seigneur et au Ciel, il doit
connaître ce que sont les Maux, et les Faux qui en
découlent, puisqu'ils sont le Diable et l'Enfer. Il doit aussi
savoir ce que sont les Biens, et les Vrais qui en procèdent,
puisqu'ils sont le Seigneur et le Ciel.
Les Maux et les Faux sont le Diable et l'Enfer puisqu'ils
en proviennent. Les Biens et les Vrais sont le Seigneur et
le Ciel puisqu'ils en procèdent.
Si l'homme ne connaît ni les uns ni les autres, il ne voit
aucun chemin pour sortir de l'Enfer ni aucun chemin pour
entrer dans le Ciel.
Les Vrais qui apprendront ces chemins ont été donnés à
l'homme dans la Parole (Ancien et Nouveau Testament)
et proviennent de la Parole 2• Puisque c'est dès le Monde
qu'on prend les chemins pour sortir de l'Enfer et pour
entrer au Ciel et que l'homme vit dans le Monde avec le
Prochain, la vie dans le Monde est par conséquent le
chemin que les Vrais enseignent.
Si donc l'homme conforme sa vie aux Vrais de la
1 . L'autre vie est selon la vie en ce monde.
z. Comme cela a été dit précédemment elle enseigne ce qui est résumé
dans le Décalogue, et qui y est exprimé sous forme de défenses, puis
l'Amour de Dieu et du Prochain, qui doit être traduit dans la nouvelle
révélation actuelle par l'Amour des Usages ou actes utiles au Prochain,
conjoints à l'instruction progressive dans l'Assemblée des Vrais spirituels.
Tout cela est développé dans les pages suivantes.
80 Emmanuel Swedenborg
Sagesse, le chemin ouvert par !'Enfer et qui y conduit se
ferme, tandis que celui qui vient du Seigneur et qui
conduit à Lui s'ouvre. Alors la vie de l'homme devient
la Vie du Seigneur en Lui.
C'est ainsi que doivent être comprises ces paroles du
Seigneur:
« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » 1
Mais, si la vie que l'homme mène est en opposition avec
les Vrais de la Parole (Divine), alors le chemin qui vient
du Ciel et qui y conduit est fermé, tandis que celui qui
vient de !'Enfer et y conduit est ouvert. Alors, la vie de
l'homme ne devient pas la vie, mais la mort (spirituelle).
Ci-dessus, j'ai exposé, en traitant de la Charité, que la
vie du Seigneur, dans l'homme, est la vie de la Charité
envers le Prochain et que la conjonction s'opère par
l'Amour des Usages (ou la vie des actes utiles) 2•
Comme les Vrais (spirituels) enseignent cette vie, on
voit qu'ils ont en vue d'une part le Seigneur et de l'autre
le Prochain.
C1 - LES VRAIS (SPIRITUELS) ENSEIGNENT COMMENT LE
SEIGNEUR DOIT ÊTRE APPROCHÉ POUR QU'IL Y AIT
CONJONCTION ET COMMENT ENSUITE IL ACCOMPLIT LES
USAGES PAR L'HOMME.
J'ai dit par ailleurs, comment le Seigneur doit être
1. Évangile de Jean, chapitre XIV, 6.
2. Voir pages j9 et 60.
De la Divine Sagesse 81
approché 1 et je m'étendrai davantage sur ce sujet dans
l'explication du Décalogue 2•
Je vais dire maintenant comment le Seigneur accomplit
ensuite les Usages (ou les actes bons) chez l'homme.
Par lui-même, l'homme ne peut faire aucun Bien qui
soit le Bien en soi 3• On le sait. On sait aussi qu'il fait le
Bien par le Seigneur.
Par conséquent, il ne peut faire par lui-même aucun
Usage qui soit l'Usage en soi, puisque !'Usage est le Bien.
Il en résulte donc que c'est le Seigneur qui, par l'homme,
fait tout Usage qui est le Bien (ou les actes bons). Mais le
Seigneur veut que l'homme fasse le Bien comme par lui-
même, comme je l'ai montré ailleurs 4•
Comment l'homme doit-il faire le Bien comme par soi-
même ? Les Vrais de la Parole l'enseignent.
Ces Vrais appartiennent à la science et à la pensée alors
que les Biens appartiennent à la Volonté et à l'Acte.
Mais ces Vrais deviennent Biens par vouloir et agir, car
1. «Autant la vie de l'homme s'approche du Bien, autant influe
le Gel (en lui) et par conséquent le Seigneur.» (Arcanes Célestes, z354).
z. Cette explication selon le sens interne et externe a été donnée
principalement dans son dernier traité « La Vraie Religion Chrétienne »,
282 à 331. Voir pages 29 et 55.
3. Il s'agit du Bien spirituel: «Ce Bien en général est de vouloir et
faire du Bien aux autres, nullement en vue de soi-même mais d'après le
plaisir de l'affection.»
4. « Les Biens que fait l'homme, il les fait comme par lui-même. Il ne
perçoit pas autrement avant qu'il soit dans la Foi d'après l'Amour... mais,
néanmoins, il doit reconnaître et croire que c'est par le Seigneur. »(Arcanes
Célestes, 10.219).
11
-
8z Emmanuel Swedenborg
ce que l'homme veut et fait, il l'appelle Bien, de même que
ce qu'il sait et pense, il l'appelle Vrai.
De là, dans l'acte, ou dans le Bien, il y a le vouloir, le
penser, le savoir, dont la forme dernière est le Bien que
tire sa forme externe des Vrais de la pensée et sa forme
interne de la Volonté provenant de l'Amour.
J'ai dit et montré aussi dans l'explication des lois de la
Divine Providence, comment le Seigneur fait les Usages,
qui sont les Biens (ou les actes bons), chez l'homme.1
G - L'UN ET L'AUTRE SONT ENSEIGNÉS PAR LES VRAIS
SPIRITUELS MORAUX ET CIVILS.
Je dirai:
1° Quels sont les Vrais spirituels, les Vrais moraux et
les Vrais civils ;
z0 Que /'homme spirituel est aussi homme moral et
civil ;
3° Que ce qui est spirituel est dans ce qui est moral et
civil ;
4° Que s'ils sont séparés, il n'y a pas de conjonction avec
le Seigneur.
--1° Les Vrais spirituels sont ceux que la Parole enseigne
1. Le sommaire en est qu'il y a une source unique de vie qui est le
Seigneur, et que les hommes sont les récipients de cette vie. (La Sagesse
Angélique sur la Divine Providence, Amsterdam, 1764).
De la Divine Sagesse
sur Dieu : qu'Il est Un, le Créateur de l'Univers qu'Il est
infini, éternel, tout-puissant, sachant tout, présent partout,
pourvoyant à tout ;
Que le Seigneur quant à l'Humanité est le Fils de Lui-
Même;
Que Dieu Créateur et le Seigneur sont Un ;
Qu'Il est Rédempteur, Réformateur, Régénérateur et
Sauveur;
Qu'Il est le Seigneur du Ciel et de la terre ;
Qu'Il est le Divin Amour et la Divine Sagesse ;
Qu'Il est le Bien même et le Vrai même ;
Qu'Il est la Vie même ;
Que tout ce qui appartient à l'Amour, à la Charité et
au Bien et tout ce qui appartient à la Sagesse, à la Foi et
au Vrai est par Lui, et que rien de cela n'est par l'homme.
Par suite, aucun homme n'a de mérite par aucun Amour,
aucune Charité, aucun Bien, ni par aucune Sagesse, aucune
Foi, aucun Vrai.
Que, par conséquent, le Seigneur seul doit être adoré, et
en outre, que la Parole est la sainteté Divine ;
Qu'il y a une vie après la mort ;
Qu'il y a un Ciel et un Enfer, un Ciel pour ceux qui
vivent bien et un Enfer, pour ceux qui vivent mal ;
Et plusieurs autres Vrais qui appartiennent à la doctrine
tirée de la Parole, comme ceux qui concernent le Baptême
et la Sainte Cène 1•
-r. Sur le sens et l'usage du Baptême et de la Sainte Cène révélé par
Swedenborg. Voir «Vraie Religion Chrétienne», chapitres XI et XII.
Emmanuel Swedenborg
Ces Vrais et d'autres semblables sont proprement les
Vrais spirituels.
Les Vrais moraux sont ceux que la Parole enseigne sur
la vie de l'homme avec le Prochain, vie qu'on nomme
Charité, dont les Biens, qui sont les Usages, se réfèrent
en général à la justice et à l'équité, à la sincérité et à la
droiture, à la pureté, à la tempérance, à la vérité, à la
prudence et à la bienveillance.
Aux Vrais de la vie morale appartiennent même les
opposés, qui détruisent la Charité, et qui se réfèrent en
général à l'injustice et à l'iniquité, à la non-sincérité et
à la fraude, à la débauche, à l'intempérance, au mensonge,
à l'astuce, à l'inimitié, à la haine, à la vengeance, à la
malveillance.
Si ces choses sont aussi appelées des Vrais de la vie
morale, c'est parce que tout ce que l'homme pense sur
de tels sujets, soit un Mal, soit un Bien, il le met au nombre
des Vrais, car il dit qu'il est Vrai que c'est un Mal, ou un
Bien. Tels sont les Vrais moraux.
Les Vrais civils sont les lois civiles des royaumes et
des cités, lois qui en général se réfèrent à plusieurs actions
justes qu'on doit faire, et, en sens contraire, à différents
actes de violence, qu'on ne doit pas faire.
2° L'homme spirituel est aussi homme moral et civil :
Plusieurs croient, et l'on croit d'après plusieurs, que
les hommes spirituels sont ceux qui connaissent les Vrais
spirituels ci-dessus énumérés. On croit aussi que ceux qui
De la Divine Sagesse 85
en discourent sont davantage hommes spirituels, et que
ceux qui les perçoivent par quelque entendement le sont
encore plus.
Toujours est-il cependant que ce n'est pas là être homme
spirituel, c'est seulement savoir, c'est penser et parler
d'après la science, c'est percevoir par le don de l'enten-
dement, qui appartient à tout homme. Or, ces choses
seules ne font pas l'homme spirituel. Il leur manque
l'Amour qui procède du Seigeur, et l'Amour procédant
du Seigneur est l'Amour des Usages, nommé Charité.
C'est dans la Charité que le Seigneur se conjoint à
l'homme et le rend spirituel, car l'homme fait alors des
Usages par le Seigneur et non par lui-même. Le Seigneur
l'enseigne dans la Parole, en plusieurs endroits. Il
l'enseigne en ces termes dans l'Évangile de Jean:
« Demeurez en Moi, et Moi en vous ; comme le sarment ne
peut de soi-même porter du fruit s'il ne demeure avec le cep, de
même vous non plus si vous ne demeurez en Moi ; Moi, je suis
le cep, vous, les sarments. Celui qui demeure en Moi et Moi en
lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car, sans Moi, vous ne
pouvez rien faire». 1
Les fruits sont les Usages ou les Biens de la Charité, et
les Biens de la Charité ne sont autre chose que les biens
moraux. De là, il est évident que l'homme spirituel est
aussi homme moral.
Que l'homme moral soit aussi homme civil, c'est parce
1. Chapitre XV, 4, 5.
86 Emmanuel Swedenborg
que les lois civiles sont les Usages eux-mêmes en actes,
Usages qu'on nomme exercices, œuvres et faits.
Soit pour exemple, le septième précepte du Décalogue :
« Tu ne voleras point ». Le spirituel, dans ce précepte,
c'est de n'enlever au Seigneur aucune chose en se l'attri-
buant et en disant qu'elle appartient en propre à l'homme,
et aussi de ne pas, par des Faux, enlever à un autre les
Vrais de sa Foi. Le moral, c'est de ne pas agir avec le
Prochain sans sincérité, avec injustice et frauduleusement,
et de ne pas voler.
Qui ne peut voir que l'homme qui est conduit par le
Seigneur et qui en raison de cela est homme spirituel, ne
soit aussi homme moral et homme civil ?
Soit encore pour exemple le cinquième précepte: « Tu
ne tueras point. » Le spirituel, dans ce précepte, c'est de ne
pas nier Dieu, par conséquent le Seigneur ; car Le nier,
c'est Le tuer et Le crucifier chez soi. C'est aussi ne pas
détruire en l'homme la vie spirituelle, car c'est tuer ainsi
son âme. Le moial, c'est de ne pas avoir de haine pour
le Prochain et de ne pas désirer se venger de lui, car la
haine et la vengeance portent en elles-mêmes la mort. Le
civil, c'est de ne pas tuer son corps.
On voit encore, par là, que l'homme spirituel, qui est
celui que le Seigneur conduit, est aussi homme moral et
civil. Mais il en est autrement de celui qui est conduit par
soi-même. Il va en être question.
3° Le spirituel est dans le moral et dans le civil :
De la Divine Sagesse
Cela résulte de ce qui vient d'être dit, que le Seigneur se
conjoint avec l'homme dans l'Amour des Usages, ou dans
la Charité envers le Prochain.
Le spirituel existe par la conjonction du Seigneur, le
moral par la Charité (en tant qu'Amour du Prochain), et
le civil par l'exercice de la Charité,
Le spirituel doit être dans l'homme pour qu'il soit
sauvé, et il est par le Seigneur non au-dessus ou en dehors
de lui, mais au dedans de lui 1
•
Ce même spirituel peut être dans la science seule de
l'homme, et de là dans sa pensée et dans son langage, mais
il faut qu'il soit dans sa vie ; et sa vie, c'est vouloir et agir.
C'est pourquoi quand savoir et penser sont aussi vouloir
et agir, le spirituel est alors dans le moral et dans le civil.
Si l'on me demande: Comment puis-je vouloir et agir ?
Je réponds : Combattez contre les maux qui sont de l'Enfer,
et vous voudrez et vous agirez, non par vous-même,
mais par le Seigneur. Les maux étant éloignés, le Seigneur
fait tout.
4° S'ils sont séparés, il n'y a pas de conjonction avec le
Seigneur:
C'est ce qu'on peut voir par la raison et par l'expérience.
Par la rai.Ion: Si un homme possède une telle mémoire et
une telle intelligence, qu'il puisse savoir et percevoir
toutes les choses qui concernent le Vrai du Ciel et de
x. Le Seigneur dit dans les Évangiles : « Le Royaume de Dieu est en
dedans de vous.>> (Luc, chaptire XVII, 2.I.
88 Emmanuel Swedenborg
l'Église, et qu'il ne veuille en faire aucune, ne dit-on pas de
lui que c'est un homme intelligent, mais sans droiture, et
même n'ajoute-t-on pas qu'il est d'autant plus punissable ?
Il suit de là que l'homme qui sépare le spirituel du moral
et du civil, n'est ni homme spirituel, ni homme moral,
ni homme civil.
Par /'expérience: Il y a dans le Monde de semblables
hommes. J'ai parlé à quelques-uns d'entre eux après leur
mort, et j'ai appris qu'ils connaissaient toute la Parole,
et par suite beaucoup de Vrais. Ils avaient cru qu'en raison
de leur savoir, ils brilleraient dans le Ciel comme des
étoiles. Mais lorsque leur vie eut été examinée, elle fut
trouvée uniquement corporelle, du monde, et infernale
par les maux et les infamies qu'ils avaient pensées et
voulues en eux-mêmes.
On leur enleva par conséquent tout ce qu'ils savaient de
la Parole, et ils furent abandonnés à leur Volonté et jetés
vers leurs semblables dans l'Enfer, où ils tinrent des
discours extravagants selon leurs pensées dans le Monde
et firent des actions honteuses selon ce qu'ils avaient aimé.
~ - LA FOI CONSISTE A SAVOIR CES VRAIS ET A LES
PENSER, ET LA CHARITÉ A LES VOULOIR ET A LES
PRATIQUER.
J'ai confirmé ci-dessus que la Vérité s'appelle Foi,
quand l'homme la sait et la pense. Je vais maintenant
confirmer que la Vérité devient Charité quand l'homme la
veut et la pratique.
Em swedenborg-TRAITE-DE-LA-DIVINE-SAGESSE-Hyde197-Louis-Jean-Français-volume 2sur2-1953
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Emanuel-Swedenborg-APOCALYPSIS-REVELATA-Vol-2-Amstelodami-1766-New-York-1881
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Mélanie-CALVAT-Bergère-de-LA-SALETTE-Lettres-au-Chanoine-DE-BRANDT-1877-1903
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Raoul-AUCLAIR-Préface-à-VIE-d'AMOUR-1979
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Abbé Guillaume OEGGER Manuel de Religion et de Morale 1827
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Abbé Guillaume OEGGER, Préface, et traduction de l'Allocution pastorale adres...
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Abbé Guillaume OEGGER, Préface, et traduction de l'Allocution pastorale adres...
 

Em swedenborg-TRAITE-DE-LA-DIVINE-SAGESSE-Hyde197-Louis-Jean-Français-volume 2sur2-1953

  • 1. ._ -.SWEDE B"ôRG ...._ ~ LA ·n.1 · lNE- - _.,,... - r D.'.E s-N-GE -S SE -- TRA.DUC]: -ON E BOl'H DES: CU.-tYS IŒrtJE ET C0-RRlCJ1E" - • N~, b~og:raph-ie, prol6g.e~mut:s :résumé.!, Dota. çt hiblfogTa.phiu pà:r- _
  • 2. DE LA DIVINE SAGESSE DEUXIÈME VOLUME
  • 4. UN FRAGMENT DU TRAITÉ " DE I~A DIVINE SAGESSE "
  • 6. EMMANUEL SWEDENBORG DE LA DIVINE SAGESSE TRADUCTION LE BOYS DES GUAYS REVUE ET CORRIGÉE Préface, biographie, prolégomènes résumés, notes et bibliographie par L·-JEAN FRANÇAIS
  • 7. COPYRIGHT BY LB CERCLE DU UVRE I 9 J '
  • 8. De cet ouvrage, le quatrième de la Collection "La Haute Science " il a été tiré mille exemplaires numérotés de 1 à 1000 et quelques exemplaires hors-commerce marqués H. C. réservés aux amis du Cercle du Livre, l'ensemble constituant /'édition originale. 2
  • 9. to
  • 11. '2.
  • 12. I 3 COURT EXPOSÉ CONCERNANT LE CHAPITRE VIII Le but de la création de l'Univers visible est la formation d'un Royaume Céleste où l'homme ressuscité puisse vivre éternellement. Contrairement à certaines croyances, tout ange ou habitant du Royaume Céleste a dû naître d'abord homme terrestre, sur notre terre ou sur une autre, avant de devenir ange ou esprit. En effet, c'est seulement dans l'homme terrestre que peut être formé le mental angélique, avec le concours du libre arbitre humain. Le genre humain universel est la pépinière du Ciel.
  • 14. 1.;' CHAPITRE VIII IL N'Y A ET IL NE PEUT Y AVOIR AUCUN ANGE, NI AUCUN ESPRIT QUI NE SOIT NÉ HOMME DANS LE MONDE On peut voir dans le Traité du Ciel et de l'Enfer 1 que les Anges n'ont pas été créés directement dans le Ciel, mais que tous ceux qui constituent le Ciel sont d'abord nés hommes (naturels). Ils sont devenus Anges après une vie passée dans le Monde. Je montrerai par les propositions qui vont suivre qu'aucun Ange n'a pu exister sans être né homme dans le Monde et que cela est conforme à l'ordre Divin. ) (Î0 Ily a dans l'homme un mental angélique. Q..0 Un tel mental ne peut être formé que dans l'homme. ~ C'est seulement dans l'homme que ce mental angélique peut être engendré, être multiplié par des procréations. (4°) Les esprits et les Anges tiennent de là, la faculté de ' sut;;lster et de vivre éternelletnent. 1. Traité du Ciel et de l'Enfer, 312 à 318.
  • 15. Em1nanHel Swedenborg ~ C'est de là aussi qu'ils peuvent être ad.Joints et cot!foints au genre humain. ~C'est ainsi que le Ciel, fin ou but de la création, .a pu exister. Œ.· - IL Y A DANS L'HOMME UN MENTAL ANGÉLIQUE. On sait, dans la Chrétienté, que l'homme est né pour le Ciel, même que, s'il vit bien, il doit y venir pour être associé avec les Anges comme l'un d'eux. On sait même, qu'il lui a été donné une âme, ou un mental, qui est tel que l'âme, pour vivre éternellement. On sait aussi que ce mental, considéré en soi, est le réceptacle de la Sagesse procédant du Seigneur d'après l'Amour envers Lui 1 et qu'il existe ainsi chez les Anges. Il est donc évident qu'il y a dans l'homme un mental angélique. Ce mental est l'homme même. En effet, c'est d'après le mental que l'homme est homme, car tel est le mental, tel est l'homme. Le corps, dont ce mental est revêtu et enveloppé, n'est pas l'homme en soi, car ce n'est pas ce corps qui peut recevoir par lui-même la Sagesse qui procède du Seigneur, ni L'aimer, mais le mental. C'est pour cela aussi que lorsque ce mental doit s'en aller pour devenir Ange, le corps est séparé et rejeté. L'homme vient alors dans la Sagesse Angélique parce que les degrés supérieurs de son mental sont ouverts. 1. Voir pages 84 tome 1 et suivantes sur les degrés du mental. .
  • 16. De la Divine Sage.ue 17 Comme cela a été dit, il y a dans l'homme, les trois degrés de la vie : le degré infime ou « naturel » qui est le degré dans lequel est l'homme dans le monde, le second degré qui est « spirituel » dans lequel est l'Ange dans les Oeux inférieurs, le troisième degré qui est « céleste», dans lequel est tout Ange dans les Cieux suprêmes. L'homme est Ange selon l'ouverture des deux degrés supérieurs (de son mental), dans le monde, par la Sagesse procédant du Seigneur et par l'Amour envers Lui. Cependant, dans ce monde, l'homme ignore l'ouverture des degrés supérieurs (de son mental) tant que la séparation d'avec le premier degré, qui est «naturel», n'est pas faite. Elle a lieu par la mort du corps. Il m'a été accordé de voir et d'entendre que l'homme possède alors la Sagesse comme l'Ange, malgré qu'il n'en ait pas été ainsi tant qu'il était dans le monde. J'ai vu dans les Cieux plusieurs personnes des deux sexes, que j'avais connues dans le Monde, qui, pendant qu'elles vivaient, avaient cru avec simplicité ce que le Seigneur a dit dans la Parole (Ancien et Nouveau Testa- ment) et y avaient conformé fidèlement leur vie. Les ayant entendues dans le Ciel, elles parlaient de choses ineffables, telles que celles dont j'ai dit que les Anges s'entretenaient. G- UN TEL MENTAL NE PEUT ÊTRE FORMÉ QUE DANS L'HOMME. C'est parce que tout influx Divin va des « premiers» (des choses premières) dans les « dernièrs » (les t:hoses 3
  • 17. 18 Emmanuel Swedenborg du dernier degré) et par l'enchaînement dans les« moyens» (les choses moyennes ou intermédiaires entre les premières et les derniècres). Le Seigneur lie ainsi toutes les choses de la Création. Aussi est-Il appelé le Premier et le Dernier.1 C'est aussi pour cela qu'Il est venu Lui-même dans le Monde, s'est revêtu d'un corps humain, s'y est glorifié, afin de gouverner par les « premiers » et en même temps par les « derniers » tout l'univers, tant le Ciel que le Monde 2• C'est la même chose pour toute opération Divine. S'il en est ainsi, c'est que dans les «derniers» coexistent toutes choses (depuis les premières). Car toutes les choses qui sont de « l'ordre successif» sont là (dans les derniers) dans un ordre « simultané». De là, toutes les choses de «l'ordre simultané» sont dans un enchaînement continuel avec toutes celles de « l'ordre successif». Il est ainsi évident que dans le « dernier» le Divin est dans sa pléni- tude 3• On voit d'après cela que toute création a été faite dans les « derniers», que toute opération Divine s'étend I. «Ainsi parle Jéhovah... Je suis le Premier et Je suis le dernier, et il n'y a pas de Dieu en dehors de Moi. » (Livre d'Isaïe, chapitre XLIV, 6). «Je suis !'Alpha et l'Omega, le Premier et le Dernier, le Commen- cement et la Fin.» (Apocalypse, chapitre XXII, t3). 2. Ce très court résumé a de longs développements dans les autres ouvrages de Swedenborg. Voir page 45 note 1 tome I et la suite. 3. Voir page 88 tome 1.
  • 18. De la Divine Sagesse jusqu'aux « derniers», et que c'est là qu'elle crée et qu'elle opère. Que le mental angélique soit formé dans l'homme, c'est ce qu'on voit : a) par la formation de l'homme dans l'utérus ; b) par sa formation après l'enfantement ; c) par cette loi de l'Ordre Divin, qui veut que toute chose revienne des «derniers» aux « premiers» d'où elle procède, et que l'homme revienne au Créateur par qui il existe. a) par la formation de l'homme dans l'utérus : Cela est évident d'après ce qui a été dit ci-dessus 1, où j'ai montré que dans l'utérus, jusqu'à l'enfantement, l'homme est pleinement formé par la Vie procédant du Seigneur pour qu'il puisse la recevoir. Ainsi pour la réception de l'Amour dans sa Volonté future, et pour la réception de la Sagesse, dans l'Intellect futur, Volonté et Intellect qui constituent ensemble son mental. De là, il peut devenir angélique. b) Par sa formation après l'enfantement : Il est pourvu à tous les moyens pour que l'homme puisse devenir un tel mental. En effet, il y a dans chaque nation une religion. La présence du Seigneur est partout, et il y a conjonction selon l'Amour et la Sagesse qui en procède. Ainsi il y a dans tout homme possibilité de formation 1. Voir chapitre III.
  • 19. zo E1m11an11el Swedenborg (d'un tel mental) et pour celui qui le veut, cette formation est continuelle depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, afin qu'il devienne Ange. c) Par cette loi de l'ordre Divin qui veut que toute chose revienne des derniers aux premiers d'où elle procède. C'est ce qu'on peut voir par tout objet créé dans le Monde. La semence est le «premier» de l'arbre, par elle l'arbre sort de terre, ses branches poussent, il fleurit, il produit des fruits où se trouve replacée la semence. Il revient par conséquent à ce dont il procède. Il en est de même de tout arbuste, de toute plante et de toute fleur. La semence est aussi « le premier» (la première chose) de l'animal. Celui-ci est ensuite formé dans une matière ou dans un œuf jusqu'à la naissance. Puis il grandit, devient animal semblable et parvenu à maturité, a aussi en lui la semence. Ainsi tout, dans le règne végétal ou animal, s'élève du « premier » au « dernier » et du « dernier » revient au « premier» d'où il procède. Il en est de même pour l'homme. Il y a cependant cette différence que le « premier» de l'animal et du végétal est « naturel» (ou d'essence naturelle), par conséquent quand il s'est élevé il retombe dans la nature. Au contraire, le « premier » de l'homme est « spirituel » semblable à son âme, pouvant être réceptacle du Divin Amour et de la Divine Sagesse. Aussi ce « premier »,
  • 20. De la Divine Sagesse 21 séparé du corps qui tombe dans la nature, ne peut pas ne pas retourner au Seigneur de Qui lui vient la vie. Il existe d'autres formes de cette réalité dans le règne végétal comme dans le règne animal, car les végétaux renaissent comme de leurs cendres et les vermisseaux se métamorphosent en chrysalides et en papillons. Œ: - C'EST SEULEMENT DANS L'HOMME QUE LE MENTAL ANGÉLIQUE PEUT ÊTRE ENGENDRÉ, ET ÊTRE MULTIPLIÉ PAR DES PROCRÉATIONS. Celui qui connaît ce que sont les substances dans le Monde spirituel, et ce qu'elles sont relativement à la matière dans le Monde naturel, peut facilement voir qu'il n'y a de procréations de mentals angéliques qu'en ceux qui habitent sur la terre 1, œuvre dernière de la création. Mais comme on ignore ce que sont les substances dans le Monde spirituel relativement aux matières dans le Monde naturel, je vais maintenant le dire. Les substances dans le Monde spirituel apparaissent comme si elles étaient matérielles, mais toujours est-il qu'elles ne le sont pas. Comme elles ne sont pas matérielles, il en résulte qu'elles ne sont pas constantes. Elles sont les correspondances des affections des Anges, continuent d'exister avec ces affections ou avec les Anges, et se dissipent avec ces affections 2• Il en aurait été de même des Anges, s'ils eussent été créés dans le Monde spirituel. 1. ou les terres puisque Swedenborg affirme que les autres terres sont habitées par dès hommes. 2 . Voir pages 81 et xn, tome 1 .
  • 21. zz Emmanuel Swedenborg En plus, chez les Anges, la procréation et la multi- plication qui en provient ne sont, ne peuvent être, qu'une procréation et une multiplication spirituelles, qui appar- tiennent à la Sagesse et à l'Amour, telles que sont aussi celles des âmes des hommes qui sont engendrés de nouveau ou régénérés. Dans le Monde naturel, au contraire, il y a des matières par lesquelles, d'après lesquelles, peuvent être faites des procréations, ensuite des formations, par conséquent des multiplications d'hommes et par suite des multiplications d'Anges. et - LES ESPRITS ET LES ANGES TIENNENT DE LÀ LA FACULTÉ DE SUBSISTER ET DE VIVRE ÉTERNELLEMENT. Ce qui fait que l'Ange ou !'Esprit subsiste, il le tient de ce qu'il est d'abord né homme dans le monde. En effet, il garde en lui, des (parties) intimes de la nature, un inter- médiaire entre « le spirituel» et le « naturel», intermé- diaire par lequel il peut subsister en permanence.1 Par cet intermédiaire il existe entre lui et les choses de la nature une relation et une correspondance. 1 . Nous voyons par là que les objets en substances spirituelles n'ont pas en soi la même permanence que ceux composés de matières ou substances naturelles. « Elles sont la correspondance des affections des Anges... et se dissipent avec ces affections. » « Ce qui fait quel'Ange ou !'Esprit subsiste», c'est qu'en abandonnant son corps à la nature par la mort, il garde cependant avec lui qudque chose des substances les plus pures de la nature. Quelles sont ces substances ? Swedenborg répond par ailleurs à cette question : « Le mental naturel de l'homme est composé de .rllb.rtattcu .rpirilm/ln
  • 22. De la Divine Sagesse 2j (jJ - LES ESPRITS ET LES ANGES PEUVENT DE LÀ, AUSSI, ÊTRE ADJOINTS ET CONJOINTS AU GENRE HUMAIN. En effet, cette conjonction existe, mais pour qu'une conjonction existe, il faut un intermédiaire. Il doit donc y avoir un intermédiaire. Les Anges savent qu'existe un tel intermédiaire. Mais comme il provient des intimes (ou parties les plus pures) de la nature, et que les mots des langues appartiennent aux derniers (parties dernières) de la nature, il ne peut être décrit que par des abstractions. G: - C'EST AINSI QUE LE CIEL, QUI A ÉTÉ LA.FIN (LE BUT) DE LA CRÉATION, PEUT EXISTER: Le genre humain en est la pépinière et la réserve. et en même temps de substan,es nat11rel/es. La pem1ée se fait à partir des substan,es spirituel/es et non à partir des substan(es natffrelles. Celles-ci s'écartent quand l'homme meurt, mais non les substan(ts spirituelles. C'est pourquoi ce même mental après la mort, quand l'homme devient esprit ou ange, reste dans une forme semblable à celle dans laquelle il était dans le monde. «Les substan,es nat11relles de ce mental qui s'écartent par la mort, font l'enveloppe exteme du corps spirituel, dans lequel sont,. les esprits et les anges. « Par une telle enveloppe, qui a été tirée du Monde naturel, subsistent leurs corps spirituels, car le naturel est le dernier contenant. C'est de là qu'il n'y a pas un seul esprit, ni un seul ange, qui antérieurement ne soit né homme (terrestre). » (Sagesse Angélique sur le Divin Amour, 2n).
  • 24. COURT EXPOSÉ CONCERNANT LE CHAPITRE IX La Divinité, par son Amour et sa Sagesse, donne à l'homme tout ce qui est nécessaire pour que puisse être formé en lui le mental angélique qui doit assurer sa vie éternelle dans le Royaume du Ciel. Le Divin Amour a pour objet de conduire l'homme et de l'attirer et la Divine Sagesse a pour objet d'enseigner à l'homme le chemin qu'il doit suivre. Cet enseignement est dans !'Écriture Sainte, le sommaire en est les dix commandements donnés sur le Mont Sinaï 1• 1 . Qui sont résumés dans les Évangiles en deux : l'Amour envers Dieu et l'Amour envers le Prochain. 4
  • 26. CHAPITRE IX LE DIVIN AMOUR EST LE DIVIN BIEN ET LA DIVINE SAGESSE EST LE DIVIN VRAI C'est parce que tout ce que l'Amour fait est le Bien, et que tout ce que la Sagesse enseigne est le Vrai. On voit d'après cela que le Divin Amour d'après son effet ou «Usage» est appelé le Divin Bien et que la Divine Sagesse d'après -oon effet ou « Usage» est appelée le Divin Vrai. « L'effet » consiste à faire et aussi à enseigner, trtais faire appartient à l'Amour, et enseigner à la Sagesse. Tout « effet» est Usage. L'Usage est ce qu'on nomme Bien et Vrai. Le Bien est l'essence de l'Usage et le Vrai est sa forme. Il est inutile d'entrer dans de plus longues explications ou de les déduire, puisque chacun, d'après la raison, peut voir que l'Amour agit et que la Sagesse enseigne, que l'Amour fait le Bien et que la Sagesse enseigne le Vrai. Chacun voit de même que le Bien que l'Amour fait est Usage et que le Vrai que la Sagesse enseigne est aussi Usage 1• r. Voir pages 76 tome I et S4 tome 2.
  • 27. 2.8 Emmanuel Swedenborg Réfléchissez seulement en vous-même : Qu'est-ce que l'Amour sans le bien dans «l'effet» ? et qu'est-ce que le Bien dans « l'effet» sans Usage? L'Amour (sans manifes- tation) est-il quelque chose? et le Bien (sans manifestation) est-il quelque chose ? Il est quelque chose dans l'Usage. L'Amour existe donc dans l'Usage. Il en est de même de la Sagesse par le Vrai. Celle-ci enseigne et l'Amour agit. C'est de là que la chaleur procédant du Soleil qui est le Seigneur est appelé Divin Bien, et que la Lumière pro- cédant aussi de ce Soleil est appelé Divin Vrai. Elles sont ainsi nommées en raison de « /'effet» car cette Chaleur est «/'effet» de l'Amour, et cette Lumière est « l'effet» de la Sagesse. Elles sont l'une et l'autre Usage. Car cette Chaleur vivifie les Anges et cette Lumière les illustre. Elles vivifient et illustrent pareillement les hommes. J'ai dit, dans le traité précédent, ce que c'est que le Divin Amour 1, je dirai maintenant ici ce que c'est que la Divine Sagesse. La Divine Sagesse est aussi la Divine Providence, et l'Ordre Divin. Les lois de la Divine Providence et de l'Ordre Divin sont les Divins Vrais (de la Divine Sagesse). Ces lois, par une de leurs parties, concernent le Seigneur et par l'autre, l'homme. Dans leurensemble elles concernent leur conjonction. Le Divin Amour a pour objet de conduire l'homme et de l'attirer à soi. La Divine Sagesse a pour objet d'enseigner 1. « Du Divin Amour ».
  • 28. De la Divine Sagesse LE DIEU Il ny ot1ro pa.s d •at1fre.s Dieu devant mes Faces Il Tvneprendraspoinl le nom de Jehovah Ion Oieu en vain Ill Souviens -lol du jour du Sabbo-fh pour le sanchfi'er DECALOGU E LE PROCHAIN IV Honore Ionpere et tamère V T" ne fueros polnf VI Tu ne commeflrospolnl lodulfère VII Tu ne voleras poinl VIII Tu ne répondras pas confre Ion prochain en Faux fémoi9nage IX et X Tu neconvoileraspas lamaisondeIonprocho-lil ni son épouse.nison seryifeur,nisaservonle, niaucune chose qui soif à Ion prochain. L'observation du Décalogue ouvre la porte à l'Amour de Dieu et à l'Amour du Prochain commandés dans les Évangiles.
  • 29. 30 Emmanuel Swedenborg à l'homme Je chemin qu'il doit suivre, pour venir en conjonction avec le Seigneur. Le Seigneur enseigne ce chemin dans la Parole, et spé- cialement dans le Décalogue. C'est pour cela qu'il en a écrit Lui-même de son doigt les deux tables, dont l'une concerne le Seigneur et l'autre l'homme, dont l'une et l'autre concernent leur conjonction. Pour que ce chemin soit connu, le Décalogue sera expli- qué. Cette explication sera donnée dans la suite 1• L'homme étant un récipient du Divin Amour et de la Divine Sagesse, il lui a par conséquent été donné une Volonté et un Intellect ; une Volonté dans laquelle il doit recevoir ie Divin Amour, et un Intellect dans lequel il doit recevoir la Divine Sagesse. Il doit recevoir le Divin Amour dans la Volonté au moyen de la vie et la Divine Sagesse dans l'intellect au moyen de la doctrine. Mais comment se fait la réception dans la vie au moyen de la doctrine et dans la doctrine au moyen de la vie, c'est là tout le travail, qui sera enseigné aussi clairement qu'il est possible de le faire dans l'explication du Déca- logue. * 1. Elle est donnée dans « la Vraie Religion Chrétienne». Voir aussi page 55 et suivantes.
  • 30. '31 COURT EXPOSÉ CONCERNANT LE CHAPITRE X La vie de la Volonté de l'Amour correspond à celle du cœur et la vie de !'Intellect à celle du poumon. Il en rësulte que la conjonction de la Volonté et de l'intellect est semblable à la conjonction du cœur et du poumon. Cette conjonction est réciproque. L'examen des rapports visibles du cœur et du poumon nous instruit donc sur ceux qui existent entre la Volonté et l'intellect. Par là, nous constatons leur réciprocité et nous voyons que de même que le poumon purifie le sang envoyé par le cœur, de même l'intellect doit-il servir à la purification de la Vie de la Volonté en ce qu'elle a d'inversé à la suite du mal héréditaire. Malgré la conjonction réciproque de la Volonté de l'Amour avec l'Intellect, et de !'Intellect avec la Volonté, c'est la qualité de l'Amour, et non celle de l'intellect seul, qui fait la qualité de l'homme.
  • 31. 3.2.
  • 32. CHAPITRE X IL Y A UNE CONJONCTION RÉCIPROQUE ENTRE L'AMOUR ET LA SAGESSE (ou, ce qui est la même chose, entre la Volonté et l'In- tellect, entre l'affection et la pensée, et pareillement entre le Bien et le Vrai). C'est un arcane non encore révélé. La raison peut découvrir qu'il y a conjonction, mais elle ne peut pas aussi bien découvrir que la conjonction est réciproque. Que la raison puisse découvrir qu'il y a conjonction, on le voit en ~e que cette découverte peut être faite en considérant la conjonction de l'affection et de la pensée. Personne, en effet, ne peut penser sans affection, et qui voudra rechercher percevra que l'affection est la vie de la pensée, même que telle est l'affection, telle est la pensée. C'est pourquoi si l'une s'échauffe, l'autre s'échauffe. Si l'une se refroidit, l'autre se refroidit. De là vient que quand l'homme est dans l'allégresse, ses pensées sont gaies; quand il est dans la tristesse, ses pensées sont tristes ; de 5
  • 33. 34 Em1nan11el Swedenborg même, quand il se livre à la colère, ses pensées sont véhé- mentes, et ainsi du reste. Pénétrez de votre pensée supé- rieure dans votre pensée inférieure, et faites attention et vous le verrez. Il y a une semblable conjonction de l'Amour et de la Sagesse, parce que toute affection appartient à l'Amour et toute pensée à la Sagesse. Il y en a aussi une semblable entre la Volonté et l'In- tellect, car l'Amour appartient à la Volonté et la Sagesse à l'Intellect. Il y en a une semblable entre le Bien et le Vrai, parce que le Bien appartient à l'Amour et le Vrai à la Sagesse, comme je l'ai confirmé dans le précédent article 1• Que la conjonction soit réciproque, c'est ce que l'on peut aussi conclure de l'affection et de la pensée, et de ce que l'affection produit la pensée et que la pensée reproduit l'affection. Mais on peut surtout le conclure d'après la conjonction réciproque du cœur et des poumons ; car, ainsi que je l'ai déjà fait v.oir 2, il y a chez l'homme une correspondance complète entre le cœur et la Volonté, comme entre le poumon et l'Intellect. Nous pouvons donc, par la con- jonction du cœur et du poumon, nous instruire sur la conjonction de la Volonté et de l'Intellect, et par consé- quent, sur la conjonction de l'Arnoux et de la Sagesse. I. Voir au sujet de cette conjonction ce qui a été rapporté dans la doctrine de la Nouvelle Jérusalem (II à z.7) (note de Swedenborg). z.. Chapitres VII et VIII.
  • 34. De la Divine Sagesse Du parallélisme entreces deux conjonctions primordiales (celle du cœur avec le poumon, et celle de la Volonté avec l'intellect) on peut déduire ce qui suit : Go La vie de la Volonté se cot!Joint à la vie de /'Intellect ; (:!)La cot!Jonction est réciproque, et en quoi elle consiste ; ®La vie de /'Intellect purifie la vie de la Volonté, elle la peifectionne également et /'exalte ; ~La vie de la Volonté coopère avec la vie de /'Intellect dans tous les mouvements, et réciproq11ement la vie de l'Intellect coopère avec la vie de la Volonté dans tous les sens ,· (J'f)II en est de même dans le son et dans le langage ; (.§.'.!> Il en est de mêtne chez les bons et chez les méchants, ( avec cette différence que chez les méchants la vie de la Volonté n'est ni purifiée, ni perfectionnée, ni exaltée par la vie de /'In- tellect, mais elle est corrompue, dépravée et abêtie. (7°~ L'Amour, qui est la vie de la Volonté, fait toute la vie del'homme. Mais il faut d'abord qu'on sache que par la vie de la Volonté on entend l'Amour et l'Affection, que par la vie de !'Intellect on entend la Sagesse, la science et l'intel- ligence. Il faut aussi qu'on sache que le cœur lui-même, avec tous ses vaisseaux dans tout le corps, correspond à l'Amour et à ses affections constituant la vie de la Volonté ; que le poumon avec la trachée, le larynx et la glotte, et enfin la langue, correspond à !'Intellect ; que la respiration, qui se fait par l'influx de l'air, à travers le larynx et la trachée, dans
  • 35. Emmanuel Swedenborg les bronches des poumons, correspond à la vie de l'intellect. Il est nécessaire qu'on ait ces connaissances pour que la vérité soit comprise au moyen des correspondances, avec clarté et justesse. J'arrive maintenant au parallélisme. Û· - LA VIE DE LA VOLONTÉ SE CONJOINT A LA VIE DE L'INTELLECT. On voit par le parallélisme, que la vie de la Volonté, qui est l'Amour, influe dans !'Intellect et constitue sa vie intime ; que !'Intellect reçoit cette vie spontanément et que la Volonté par l'influx de son Amour produit d'abord les affections, qui sont les choses propres à la Volonté ou à l'Amour, ensuite les perceptions enfin les pensées avec les idées, en coopération 1 • On peut rendre cela évident par la conjonction du cœur avec le poumon. Le cœur, par son oreillette droite, envoie tout son sang dans le poumon et imprègne de sang ses vaisseaux, ce qui fait que le poumon, de blanc qu'il est, paraît rouge sang. Le cœur envoie son sang par un voile ou une tunique extime, qu'on nomme péricarde, et cette tunique entoure les vaisseaux jusqu'aux parties intimes du poumon. Ainsi le cœur fait la vie du poumon et lui donne la faculté de pouvoir respirer ; la respiration se fait par I. Ceci paraît évident à celui qui s'est familiarisé avec les œuvres de Swedenborg, mais il peut ne pas en être ainsi pour le lecteur, aussi essaierons-nous d'habiller ces principes d'un vètement concret.
  • 36. De la Divine Sagesse 37 l'influx de l'air dans les bronches et par leurs mouvements réciproques ou haleines. G·- LA CONJONCTION EST RÉCIPROQUE, ET EN QUOI ELLE CONSISTE. On peut voir par le parallélisme (de la vie du cœur et du poumon avec celle de la Volonté et de !'Intellect) que « L'Amour influe dans l'intellect et constitue sa vie intime. » On peut le constater en ceci que notre pensée est toujours mue par un mobile, une intention, un désir, une volonté, une affection dérivant de l'Amour interne. Exemple: Une mère aime son enfant elle aura de là la volonté d'assurer son bien ; elle réfléchit aux moyens d'y arriver, sa pensée se mettra en mouvement pour déterminer les moyens de se procurer les aliments qui lui sont nécessaires, les vêtements, les jeux, ce qui convient à son repos, etc. Toutes les pensées relatives à la réalisation du bien de son enfant ne seront dans son Intellect que les prolongements de son amour maternel. La vie intime et cachée de ses pensées sera donc bien l'Amour. Un homme aime l'harmonie des choses sur le plan matériel, il voudra notamment un appartement bien disposé et bien meublé et il emploiera sa pensée à trouver les moyens de réaliser son désir. Cet exemple banal montre la même vérité. Les exemples sont à chaque instant dans chacune des pensées de notre mental. Si on veut pousser plus loin l'analyse du phénomène, on voit par ces exemples que l'intellect (ou la faculté de l'intelligence) reçoit sponta- nément la vie de l'Amour et que «la Volonté par l'influx de son Amour produit d'abord les affections... ensuite les perceptions, enfin les pensées avec les idées, en coopération. » En effet, si nous prenons le deuxième exemple, cet homme a l'amour de l'harmonie des choses sur le plan matériel, ainsi de toute évidence, la Volonté, le désir ou l'affection de cette harmonie, de là les perceptions (notamment de sa propre volonté de cette harmonie) puis les pensées avec les idées (par exemple de la joie que lui procurera un cadre de vie harmo- nieuse, des moyens propres à réaliser ce cadre, des erreurs à éviter, etc...). La volonté de l'Amour et la pensée de l'intellect coopérant d'une manière constamment variée.
  • 37. EmJJJanuel Swedenborg LA CONJONCTION DU CŒUR ET DU POUMON Oret!leHe gauche Yenfricule droif l/enfricule gauche De méme que le sang envoyé par le cœur dans le poumon fait sa vie, de même la Volonté de l'Amour influant dans l'intellect fait sa vie.
  • 38. De la Divine Sagesse 39 l'Intellect renvoie la vie de l'Amour qu'il a reçu de la Volonté ; par une voie différente de celle par laquelle il l'a reçue (comme le poumon renvoie le sang au cœur par une autre voie que celle par laquelle il l'a reçue). Par le même parallélisme, on peut voir que la vie de la Volonté de l'Amour dirige toute la vie du mental (comme celle du cœur toute la vie du corps). Cette conjonction réciproque (de la Volonté et de l'Intellect) sera amplement comprise au moyen de celle semblable du cœur et du poumon. Le cœur, par son oreillette droite envoie le sang dans le poumon, comme déjà dit ci-dessus. Le poumon, après l'avoir reçu, le renvoie dans l'oreillette gauche du cœur ainsi par une autre voie. Là, le cœur avec une force vigou- reuse le répand, de son ventricule gauche, de tous côtés, par l'aorte dans le corps, et par les carotides dans le cerveau. Ainsi, au moyen de ses artères et de leurs ramifications, le cœur dirige la vie active dans tout le corps, la force active· dans les artères appartenant au cœur. Le sang artériel coule ensuite de tous côtés dans les veines, par lesquelles il reflue vers le ventricule droit du cœur, et de là il va de nouveau, comme auparavant, dans le poumon d'une manière réciproque. Cette circulation du sang est continuelle dans l'homme, parce que le sang correspond à la vie de l'Amour et la respiration à ~a vie de l'Intellect. D'après ce qui précède, on voit que la conjonction de l'Amour et de la Sagesse est réciproque (comme celle du
  • 39. 40 Emmanuel Swedenborg cœur et du poumon, de la Volonté et de l'intellect), et que l'Amour est la vie même et la seule vie de l'homme. Œ- LA VIE DE L'INTELLECT PURIFIE LA VIE DE LA VOLONTÉ. Cela est évident, non seulement par la correspondance avec le poumon et le cœur (le poumon purifiant le sang envoyé par le cœur), mais encore en ce que l'homme par ses parents est né dans les Maux, et que de là il aime plus les choses corporelles et du monde, que les choses célestes et spirituelles. Par conséquent, sa vie, qui est Amour, est mauvaise et impure par nature. Chacun peut voir, au moyen de sa raison, que cette vie ne peut être purifiée que par l'intellect, et qu'elle est purifiée par les Vrais spirituels, moraux et civils, qui sont dans l'intellect 1 • C'est pour cette raison qu'il a été donné à l'homme de pouvoir percevoir, penser, acquiescer à des choses qui sont contraires à l'Amour de sa Volonté. Il peut non seulement voir qu'elles sont contraires, mais s'il se 1. Il est facile d'illustrer cette purification de la Volonté par !'Intellect. Un homme « veut» s'approprier ce qui appartient à autrui, ainsi voler ; mais au moment de réaliser l'acte, il pense qu'il est défendu de voler. De là il ne cède pas à sa première volonté mauvaise parce que ce « vrai », en même temps « spirituel», « moral» et «civil» qu'il ne faut pas voler a, de son Intellect, arrêté sa Volonté mauvaise. Cet exemple, entre mille, peut mettre en évidence comment !'Intellect purifie la Volonté, et suscite une Volonté nouvelle. ·
  • 40. De la Divine Sagesse 41 tour.ne vers Dieu, il peut éloigner les perversités ou les impuretés de sa Volonté, ainsi se purifier. Cela peut aussi être mis en évidence par la purification du sang dans les poumons, puisque le sang sorti du cœur est épuré dans le poumon. Il est connu des anatomistes que le sang flue du cœur dans le poumon en plus grande abonqance qu'il ne reflue du poumon dans le cœur, puis qu'il flue indigeste et impur, et qu'il reflue châtié et pur, erifin qu'il y a dans le poumon un tissu celluleux dans lequel le sang·du cœur nettoie ses impuretés et les jette dans les vésicules et les rameaux des bronches. On voit clairement, d'après cela, que le sang épais du cœur est purifié dans le poumon. Ces faits peuvent mettre en évidence que la vie de l'intellect perfectionne et exalte la vie de la Volonté, puisque le sang du cœur correspond à l'Amour de la Volonté, qui est la vie de l'homme, et la respiration du poumon à la perception et à la pensée de l'Intellect, per- ception et pensée par lesquelles se fait la purification (comme celle du sang impur par le poumon). C'est parce que l'Amour de la Volonté, lequel fait la vie de l'homme, a été nettoyé des Maux au moyen de l'intellect que l'homme de ce monde devient spirituel et céleste. Alors les Vrais et les Biens du Ciel et de l'Église 1 deviennent des choses qu'il désire et qui nourrissent son âme. I. Maintenant « Église Nouvelle ». 6
  • 41. Emmanuel Swedenborg Ainsi la vie de sa Volonté devient nouvelle, et d'après elle se fait une nouvelle vie de l'intellect. Par conséquent ces deux vies se perfectionnent et s'exaltent l'une comme l'autre. Cela se fait dans l'intellect et par l'intellect, mais d'après la Volonté, car la Volonté est l'homme lui- même. C'est aussi ce qui est confirmé par la correspondance du poumon et du cœur. Le poumon, qui correspond à l'intellect~ purifie non seulement le sang de sa lie, comme je l'ai dit précédemment, mais encore il le nourrit d'air, car l'air est plein d'éléments volatils et d'odeurs, homo- gènes à la matière du sang. Il y a aussi d'innombrables plexus sanguins dans les lobes des bronches, qui, selon leur usage, s'imbibent des fluides dans lesquels ils sont plongés. De là, le sang prend de la vigueur et de l'éclat et il devient artériel tel qu'il est quand il se rend du poumon dans le sinus gauche du cœur. Que l'atmosphère nourrisse par de nouveaux aliments le sang pulmonaire, est évident par plusieurs expériences ; en effet, il y a des exhalaisons, qui nuisent au poumon et d'autres qui lui donnent de la vigueur ; ainsi les unes sont pernicieuses et les autres salutaires. Il y a même des êtres qui ont vécu longtemps sans nourriture terrestre, par conséquent avec le seul aliment atmosphérique. Il est des espèces d'animaux, comme les ours, les vipères, les caméléons et d'autres, qui continuent à vivre sans autre nourriture.
  • 42. De la Divine Sage.r.re 43 On voit par là que le sang pulmonaire se nourrit de l'atmosphère. De tout ce qui précède, on voit par la corres- pondance (du cœur avec la Volonté et du poumon avec l'intellect) que la vie de l'intellect perfectionne et exalte la vie de la Volonté. G - LA VIE DE LA VOLONTÉ COOPÈRE AVEC LA VIE DE L'INTELLECT DANS TOUS LES MOUVEMENTS, ET RÉCIPRO- QUEMENT LA VIE DE L'INTELLECT COOPÈRE AVEC LA VIE DE LA VOLONTÉ D ANS TOUS LES SENS. J'ai montré précédemment que la Volonté et l'intellect coopèrent dans toutes les parties du corps comme le cœur et le poumon. Mais je n'ai pas encore fait voir que la Volonté tient le premier rang dans la production des mouvements et que !'Intellect tient le premier rang dans les opérations des sens. Que la Volonté tienne le premier rang dans les mouve- ments, c'est une conséquence du ministère qu'elle remplit; car c'est par le vouloir qu'on fait quelque chose ou qu'on agit. Que l'Intellect tienne le premier rang dans les sens c'est aussi une conséquence de son ministère en ce qu'il perçoit et par suite ressent. Cependant sans la coopération de l'un et de l'autre il n'existe ni sens, ni mouvement, comme cela est évident d'après la coopération du cœur et du poumon. D'après les muscles, on voit que le cœur tient le premier rang et le poumon le second, en ce que dans les muscles, les artères
  • 43. 44 Em1JJanuel Swedenborg agissent, tandis que les petites tuniques réagissent par leurs ligaments. Les artères se contractent au moyen de fibres mises en action par le cerveau, tandis qu'elles se détendent au moyen des petites tuniques par leurs liga- ments. Or les artères dépendent du cœur tandis que les ligaments viennent par continuation du diaphragme ou du péritoine, ou d'autre part, mais sont dans la dépendance du mouvement alternatif des poumons. Il devient évident, d'après cela, que dans les mouve- ments le sang du cœur tient le premier rang, et la respi- ration du poumon le second. Quand la respiration du poumon, par les ligaments qui sont dans son mouvement, vient secondairement dans les muscles, comme ces ligaments de même que les tuniques des fibres motrices, ont une enveloppe commune. le mouvement pénètre jusque dans les parties les plus petites. De là, il y a des réactions d'ensemble et des réactions particulières, ces dernières pouvant être multipliées de diverses manières selon les lois générales de la nature. Il en est de même de la Volonté et de l'Intellect. Que le poumon au contraire, tienne le premier rang dans les sens et le cœur le second, on en trouve une confir- mation évidente par l'examen des organes des sens. Mais comme leurs tissus sont difficiles à démêler, et que leurs variétés ne peuvent être décrites ici, il suffit qu'on ~ache que_ tous les organes des sens correspondent à des choses analogues qui . appartj.eqnent à !'Intellect. .
  • 44. De la Divine Sagesse 45 En effet, l'organe de la vue correspond à l'intelligence l'organe de l'ouie à l'obéissance par déférence, l'organe de l'odorat à la perception, la langue à la sagesse, et le toucher à la perception commune. G - IL EN EST DE MÊME DANS LE SON ET DANS LE LANGAGE. J'ai dit précédemment que les formations de l'Amour d'après la volonté, dans !'Intellect, sont d'abord des affec- tions, ensuite des perceptions, et enfin des pensées:1• On sait que tous les sons existent au moyen du poumon, qu'il y a des variations de sons qui tirent fort peu de choses de !'Intellect, d'autres qui en tirent davantage, d'autres qui en tirent beaucoup. Les sons qui tirent peu de chose de !'Intellect sont ceux du chant et de la musique 2, ceux qui en tirent davantage sont les sons extérieurs du langage. Le langage lui-même met ces variations en évidence par les articulations du son, que sont les mots. Qu'il y ait correspondance des sons et du langage avec la vie de la Volonté, qui est l'Amour, et avec la vie de !'Intellect, qui est la Sagesse, cela résulte de ce qu'on peut percevoir, d'après le son, quelle est l'affection del'Amour, et d'après le langage, quelle est la Sagesse de !'Intellect. Les Anges le perçoivent clairement, mais les hommes obscurément. x. Page 36. 2 . A dominance affective comme expliqué ci-après.
  • 45. E1nman11el Swedenborg Le son lui-même a une correspondance avec l'affection générale de l'Amour dans !'Intellect. Les variations du son, telles celles du chant et de la musique, ont donc une correspondance avec les variations des affections, q_ui existent par l'Amour de la Volonté dans !'Intellect. Les variations du son, qui tirent fort peu de choses de !'Intellect correspondent à la perception. Les variations du son qui en tirent davantage correspondent aux varia- tions des perceptions. Celles qui en tirent beaucoup corres- pondent à la pensée avec ses variations. Les idées de la pensée correspondent avec les mots. Ce sont. là des généralités. Il y a deux poumons qui sont nommés lobes, les sources de leur respiration sont nommées bronches. On appelle trachée ou trachée-artère le canal dans lequel elles se terminent, larynx la tête de ce canal, et glotte l'ouver- ture qui s'y trouve pour le son. De là, il y a une conti- nuation dans les narines et dans la langue, et une sortie par l'ouverture des lèvres. Ces choses appartiennent en une seule unité complexe, au poumon. Prises ensemble elles correspondent à l'In- tellect qui procède de la Volonté. Cependant en elles, ce qui concerne le langage correspond à l'Intellect et ce qui concerne le son, à la Volonté. ~- CELA ARRIVE CHEZ LES BONS ET CHEZ LES MÉCHANTS, AVEC CETTE DIFFÉRENCE QUE CHEZ CES DERNIBRS LA VIE DE LA VOLONTÉ N'EST PAS PURIFIÉE, NI PERFEC-
  • 46. De la Divine Sagesse 47 TIONNÊE, NI EXALTÉE, MAIS ELLE EST CORROMPUE DÉPRAVÉE ET ABÊTIE. En chaque homme il y a Volonté, Intellect, et leurs conjonctions réciproques. Il en est donc ainsi aussi bien chez les méchants que chez les bons. Mais l'Amour de la Volonté et par suite la Sagesse de l'Intellect diffère chez chacun. La différence est si grande, que la Volonté et l'intellect chez les borts sont en opposition avec la Volonté et l'Intellect qui existent chez les méchants. Chez les bons, il y a l'Amour du Bien et par suite l'intelligence du Vrai. Chez les méchants il y a l'Amour du Mal et par suite la vie intellectuelle du faux. Par conséquent, puisque chez les bons l'Amour de la Volonté est non seulement purifié par !'Intellect, mais encore perfectionné et exalté, comme je l'ai prouvé ci- dessus, il en résulte que (puisqu'il y a opposition) chez les méchants, l'Amour de la Volonté est corrompu, dépravé et abêti par !'Intellect. Dans les manifestations extérieures (de ces deux natures d'hommes), il semble, il est vrai, qu'il y ait ressemblance, parce que les apparences extérieures simulent et mentent, mais dans la nature interne il y a dissemblance. On peut, par la correspondance du cœur et des poumons, mettre ce fait en évidence, tel qu'il est en lui-même. En effet, chez chaque homme il y a un cœur, un poumon,
  • 47. I3.111111an11el S1lledenborg ,.. et correspondance, même réciproque, entre eux. Le sang du cœur est vivifié dans le poumon et nourri d'air au moyen des éléments volatils et des odeurs. Mais cela a lieu d'une manière complètement différente chez les bons et chez les méchants. Les enseignements de l'expérience montrent ce que sont chez les bons et chez les méchants cette vivification et cette nutrition du sang. Dans le Monde spirituel, un Esprit bon attire avec délices par les narines les exhalaisons odoriférantes et suaves, et il a en horreur les exhalaisons putrides et d'une mauvaise odeur. L'esprit mauvais, au contraire, attire, avec délices, par les narines les exhalaisons putrides et d'une mauvaise odeur, il fuit même les exhalaisons odoriférantes et suaves. C'est de là que dans les enfers il y a des odeurs infectes, rances, des odeurs de fumier, de cadavre, et d'autres de ce genre ; tout y est à l'opposé de ce qui est dans les Cieux. Il en est ainsi parce que toute odeur correspond à la perception qui vient de l'affection de l'Amour de chacun. D'après cela, chez les hommes, même dans le Monde, le sang, au moyen de l'air, se nourrit d'odeurs semblables comme homogènes, et se purifie des odeurs dissem- blables comme hétérogènes. Dans ses parties intimes, le sang humain est spirituel, dans les parties externes, il est corporel. C'est pourquoi ceux qui sont spirituels se nourrissent de choses qui dans
  • 48. De la Divine Sagesse 49 la nature correspondent aux choses spirituelles, tandis que ceux qui sont purement naturels se nourrissent de choses qui dans la nature y correspondent. De là vient que, chez les hommes, la dissemblance du sang est aussi grande que la dissemblance des amours, qu'elle est telle que celle des amours, car le sang corres- pond à l'Amour, ainsi qu'il est évident'd'après ce qui a été dit ci-dessus. a - L'AMOUR, QUI EST LA VIE DE LA VOLONTÉ, FAIT TOUTE LA VIE DE L'HOMME. On croit que c'est la pensée qui fait toutes la vie de l'homme, mais c'est l'Amour. Si l'on a cette croyance, c'est parce que la pensée se fait voir à l'homme, et qu'il n'en est pas de même de l'Amour. Si vous enlevez l'Amour, ou quelque ruisseau de l'Amour, qu'on nomme affection, vous ne pensez plus, vous devenez froid, ·vous mourrez. Mais il n'en est pas de même si vous enlevez seulement la pensée, comme il arrive lorsque la mémoire est perdue, et aussi dans les songes, les évanouissements, les suffocations, et dans l'utérus, états dans lesquels, quoique l'homme ne pense pas, toujours est-il qu'il vit tant que le cœur bat, car le cœur correspond à l'Amour. La même chose se passe avec la Volonté et l'Intellect, car l'Amour appartient à la Volonté, et la pensée à !'Intellect. Mais que l'Amour fasse toute la vie de l'homme, 7
  • 49. Emmanuel Swedenborg a été mis en évidence dans les explications précédentes, par la correspondance du cœur et du poumon. Il a été montré que, de même que le cœur dans l'utérus forme le poumon pour que, par le poumon, il y ait respi- ration, et par la respiration, langage, de même aussi l'Amour forme l'intellect, pour que par l'intellect il pense, et que par la pensée il parle. Il a été montré aussi que l'Amour par soi-même produit les affections auxquelles appartiennent les intentions, par les affections la perception à laquelle appartiennent les lumières, par la perception la pensée à laquelle appar- tiennent les idées et d'après celles-ci la mémoire. Ces choses auxquelles correspondent, dans un pareil enchaî- nement, toutes celles du poumon, appartiennent, dans leur ensemble, à l'Amour dont !'Intellect dépend. Comme l'Amour a formé !'Intellect pour l'Usage de la pensée et du langage, de même aussi il a formé les autres fonctions de la vie pour leurs Usages, les unes pour l'Usage de la nutrition, les autres pour les usages de la chylification et de la sanguification, d'autres pour les Usages de la procréation, d'autres pour les Usages de la sensation, d'autres pour les Usages de l'action et de la locomotion, fonctions dans lesquelles il n'y a que le formateur lui-même c'est-à-dire l'Amour, qui puisse diriger la vie. La formation a été faite par le cœur et par son sang, parce que le sang correspond à l'Amour, et le cœur est son réceptacle. Les viscères, les organes et les membres de tout le corps sont les choses dans lesquelles les fonctions
  • 50. De la Divine Sagesse des Usages ont été formées par l'Amour au moyen du cœur. Celui qui peut se livrer à un examen approfondi doit voir qu'il y a dans les viscères, les organes et les membres, du premier au dernier, des progressions d'Usages sem- blables à celles qui sont dans le poumon. D'après ces choses et celles qui précèdent, il est évident que l'Amour de la Volonté fait toute la vie de l'homme, que la vie de !'Intellect en provient, et que l'homme est son Amour et son Intellect, d'après et selon cet Amour. *
  • 51. S'2.
  • 52. 53 COURT EXPOSÉ CONCERNANT LE CHAPITRE XI Puisque l'Amour fait la vie et la qualité de l'homme, c'est donc par l'Amour de Dieu et du Prochain qui nous sont commandés dans les Évangiles que l'homme est sauvé. Aimer Dieu, c'est aimer le Bien et le Vrai spirituels, qui procèdent de Lui. Manifester cet Amour, c'est aimer le Prochain, ainsi faire du Bien au Prochain, ce qui ne peut être accompli pleinement que par les actes de la fonction sociale, appelés ici « Usages» ce qui est l'exercice même de la Charité vraie. Mais cette Chaleur spirituelle doit être conjointe à la Lumière qui lui correspond ce qui se fait par la réception du Vrai spirituel, ce qui est la vraie Foi. De même que la Volonté et !'Intellect sont conjoints entre eux et se manifestent par l'acte, de même la Charité reçue par la Volonté et la Foi reçue par !'Intellect sont existants dans « l'Usage » ou acte de la fonction sociale. Ainsi, c'est seulement par l'exercice de la fonction
  • 53. 54 Emmanuel Swedenborg sociale ou « Usage» pour le Bien Commun quel'Amour envers le Seigneur ét envers le Prochain peuvent être observés 1 • r. Le mot « Usus » employé par Swedenborg a un sens très étendu ·dans tous ses ouvrages, car il signifie l'acte réalisateur, l'acte de la fonction... la fonction elle-même, Exemple : les Usages du cœur ou l'action de la fonction du cœur, l'acte utile, etc... Il signifie principalement, dans ce qui suit, la fonction et les actes de la fonction dans le corps social. Entendu dans le sens de « coutumes », ce mot ne permettrait pas de suivre l'auteur. *
  • 54. CHAPITRE XI L'AMOUR ENVERS LE SEIGNEUR EXISTE, PAR LUI, DANS LA CHARITÉ ET LA SAGESSE DANS LA FOI Ceux qui pensent seulement naturellement et non en même temps spirituellement au sujet de l'Amour envers le Seigneur et de la Charité envers le Prochain 1, ne peuvent faire autrement (car cela leur serait impossible) de penser que le Seigneur doit être aimé quant à sa personne, et le Prochain aussi quant à sa personne 2• 1. Ces deux commandements résument toute la Loi Divine comme cela est dit dans les Évangiles : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. C'est le premier commandement. Le second, semblable, est : «Tu aimeras ton Prochain comme toi-même. Il n'y a point d'autres commandements plus grands que ceux-là,» (Évangile de Marc, chapitre XII, 30, 31, Luc, X, 27, Matthieu, XXII, 36 à 40). 2 . Voir page 62. « Que l'homme soit le Prochain, cela est connu, qu'une Société soit le Prochain, c'est parce qu'une Société est un homme composé que la Patrie soit le Prochain, c'est parce que la Patrie consiste en un grand nombre de Sociétés... que le genre humain soit le Prochain, c'est parce qu'il consiste en de grandes sociétés dont chacun est un homme composé. » (Doctrine de la Charité, chapitre IV).
  • 55. Emmanuel Swedenborg Mais ceux qui pensent naturellement et en même temps spirituellement, perçoivent et pensent, d'après la percep- tion, que le méchant comme le bon, peuvent aimer le Seigneur quant à la personne et, de la même manière, le Prochain. Ils pensent aussi que si le méchant aime, il ne peut être aimé en retour (puisqu'il incarne le mal), tandis que l'Amour de celui qui est bon peut lui être rendu et il peut être aimé en retour. De là, cet homme qui pense naturellement et spirituel- lement, conclut qu'aimer le Seigneur, c'est aimer (aussi) ce qui vient de Lui (ainsi le Bien et le Vrai spirituels), ce qui, en soit est le Divin dans lequel Il est.1 Il pense aussi que manifester cet Amour, c'est faire du bien au Prochain. Il conclut même qu'Il n'est pas possible autrement d'être aimé du Seigneur, ni de se conjoindre à Lui par amour. Mais l'homme « naturel» ne peut penser spirituellement sur ce sujet, si ces choses ne sont pas mises d'.une manière distincte sous ses yeux. Je vais donc dans ces articles traiter distinctement :r - DE L'AMOUR ET DE LA CHARITÉ. f 'Îo L'Amour des Usages est la Charité. - <;""-' J © C'est par le Seigneur qu'existe l'Amour des Usages ou ) la Charité, et le Prochain est celui vers lequel ils se tournent. -&J I. «Qui a mes commandements et les fait, c'est celui-là qui M'aime.» (Évangile de Jean, chapitre XIV, ZI). En effet agir selon ses comman- dements c'est aimer le Bien.
  • 56. r De la Divine Sag4,Sse (3~ L'Amour envers le Seigneur existe dans la Charité, parce qu'il existe dans /'Usage. Û?L'Usage consiste à s'acquitter de son devoir et à faire son travail dans les formes voulues, avec fidélité, sincérité etjustice. ~ Ily a des Usages communs qui sont aussi des Usages de la Charité. @, Les Usages ne deviennent Usages de la Charité que chez celui qui combat les ma11x qui sont de /'enfer. G~ Parce que ces maux sont opposés à l'Amour envers le Seigneur et à Ja Charité envers le Prochain. ~Les Usages qui ont pour première et dernière ftn Je bien propre ne sont pas des Usages de la Charité. !f- DE LA SAGESSE ET DE LA FOI. Gi> La Foi n'est autre chose que la vérité. (g La vérité devient vérité quand elle est perçue et aimée, et elle est appelée Foi quand elle est sue et pensée. G'~Les Vrais de la Foi ont en vue d'une part le Seigneur et de l'autre le Prochain. (4.<>)Les Vrais enseignent comment le Seigneur doit être appro- ché pour qu'il y ait conjonction, et comment Je Seigneur fait ens11ite les Usages par l'homme. (i'.f)L'un et l'autre sont enseignés par les Vrais spirituels, moraux et civils. @ La Foi consiste à savoir ces Vrais et à les penser, la Charité consiste à les vouloir et à les traduire en actes. 8
  • 57. Emmanuel Swedenborg -/ )--- /'//~~~~· /"?.(/ """C~AlEUR/ J LUMIÈRE /SPIRITïlLE SPlUELtE BJEN VRAI SPIRITUEL SPIRITUEL Lonft! de lnfellecl re~nfl~mour de Dieuet .fogesse;Perceplion, Connaissance / du Prochain ou FOI ou VAAi SPIRITUEL la ChorHé dloFoinovveHes conduisenl oùx Acks uHles.èle Io f'oncl-ion ou VIE des USAGES pour LE BIEN COMMUN La réception de l'lnflux Divin dans le mental humain est: LA CHARITÉ ET LA FOI
  • 58. De la Divine Sagesse à (io)C'est pourquoi, lorsque le Divin Amour du Seigneur existe chez I'hom!JJC dans la Charité qui consiste à vouloir et à pratiquer ces Vrais, la Divine Sagesse du Seigneur existe chez l'homme dans la Foi qui consiste à les savoir et à les penser. @ La cot!fonction de la Charité et de la Foi est réciproque. LA RÉCEPTION DE L'INFLUX DIVIN DANS LE MENTAL HUMAIN EST LA CHARlTÉ ET LA FOI .1-DE L'AMOUR ET DE LA CHARlTÉ CT·- L'AMOUR DES USAGES EST LA CHARITÉ. Dans tout, en général et en particulier, il y a ces trois choses : la «Jin», la « cause», et l' « effet» 1• La «Jin» est ce dont la chose procède. La « cause » est ce par quoi la chose est faite et l' « effet» ce dans quoi la chose est. Lorsque la «Jin» est par la « cause » dans l' « effet » alors la chose existe. Dans tout Amour et dans toute affection de l'Amour est la «Jin», et la« Jin » tend à faire ou veut faire ce qu'elle aime et l'action est son « effet». Le Seigneur est la «Jin» de qui l'Amour procède, l'homme est la « cause», intermédiaire par laquelle il y a réalisation, et l'Usage est l' « effet» dans lequel la réali- sition existe. r. Voir pages 61 à 67 et 88 tome ~ .
  • 59. 60 Emmanuel Swedenborg Le Seigneur est la « ftn » de qui l'Amour procède, parce que par son Divin Amour il tend à faire ou veut faire continuellement des Usages, c'est-à-dire, du Bien au genre humain. L'homme est la « cause » intermédiaire par laquelle il y a réalisation, parce qu'il est ou peut être dans l'Amour des Usages. Dans cet Amour, il tend à faire ou veut faire des Usages, et parce que les Usages sont «les effets» dans lesquels la « ftn » existe. Les Usages sont aussi ce qq'on apelle des Biens. On voit d'après cela, que l'Amour des Usages est la Charité que l'homme doit avoir envers le Prochain. Que dans tout, en général et en particulier, il y ait la «ftn», la «cause» et l'« effet», c'est ce qu'on peut reconnaître pour chaque chose, quelle qu'elle soit. Par exemple, lorsqu'un homme fait quelque chose, il dit ou en soi-même ou à un autre, ou un autre lui dit : « Pourquoi fais-tu cela ?», par conséquent, quelle est ta « ftn » (ton but) ? Par quoi le réalises-tu ? Ainsi par quelle « cause» ? Et quelle chose fais-tu ? Ce qui est l' « effet». La « ftn », la « cause» et l' « effet» sont aussi nommés cause finale, cause mqyenne et cause réalisée. La loi des causes est que la « ftn » soit le tout dans la « cause» et par suite le tout dans l' « effet», car la « ftn » est elle-même l'essence de la « cause» et de l' « effet» 1 • Il en est de même du Seigneur. Comme il est la « ftn », il I. Ceci peut facilement devenir concret. A titre d'exemple : Un homme
  • 60. De la Divine Sagesse est le tout dans l'amour des Usages, ou dans la Charité, chez l'homme. Par suite, il est le tout dans les Usages faits par l'homme, c'est-à-dire dans les Usages faits par le moyen de l'homme. C'est de là que, dans l'Église, on doit croire que tout Bien vient de Dieu et que rien de Bien ne vient de l'homme, puis que le Bien qui vient de Dieu est le Bien même. Il en résulte donc que faire la Charité, c'est faire des Usages, ou faire des Biens qui sont des Usages, et par conséquent que l'Amour des Usages est la Charité 2• z. - C'EST PAR LE SEIGNEUR QU'EXISTE L'AMOUR DES USAGES OU LA CHARITÉ, ET LE PROCHAIN EST CELUI VERS LEQUEL ILS SE TOURNENT. Que le Seigneur soit celui par qui est et existe l'Amour des Usages ou la Charité, c'est ce qu'on voit clairement d'après ce qui a été dit ci-dessus. Que le Prochain soit celui vers lequel se tourne l'Amour des Usages ou la Charité, c'est parce que le Prochain est celui envers lequel on doit avoir et pratiquer la Charité. Comme j'ai dit que le Prochain est celui vers lequel se tourne l'Amour des Usages ou la Charité, je dois dire aussi ce que c'est que le Prochain et qui est le Prochain. veut faire plaisir à un ami, il sait qu'il aime les livres, il lui achètera un livre et ira le lui remettre. La «fin», c'est vouloir faire plaisir à l'ami, la «cause», c'est l'achat du livre, l' «effet», c'est le cadeau donné. On voit là que la «fin» est l'essence de la cause et de l'effet ou le commencement, l'origine, la vie animatrice de l'acte d'achat du cadeau. 2 . Voir page 54 note I.
  • 61. 62 Emmanuel Swedenborg Le Prochain, dans le sens large est le Commun ou le public ; dans un sens moins large, c'est l'Église, la patrie, la société grande ou petite ; et dans le sens restreint, c'est le concitoyen, l'associé et le frère. Pratiquer des Usages par Amour envers les uns et les autres, c'est exercer la Charité envers le Prochain, car celui qui agit ainsi les aime. Il les aime, parce que l'Amour des Usages et l'Amour du Prochain ne peuventêtre séparés. L'homme, il est vrai, peut par l'Amour des Usages ou par la Charité faire du Bien à un ennemi et à un méchant, mais il pratique envers eux des Usages de pardon et de réconciliation, usages qui sont variés et qui se font de différentes manières i . a..- L'AMOUR ENVERS LE SEIGNEUR EXISTE DANS LA CHARITÉ, PARCE QU'IL EXISTE DANS L'USAGE. C'est ce que le Seigneur enseigne Lui-même, dans Jean, en ces termes : 1. «Mets-toi d'accord avec ton adversaire au plus tôt, tandis que tu es avec lui, en chemin.» (Évangile de Matthieu, chapitre V, 2~). <<Moi, je vous dis : Aimez vos ennemis. » (même Évangile, chapitre V, 44). « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent:» (Évangile de Luc, chapitre VI, 27). «Aimez vos ennemis, faites du bien, et prêtez sans en rien espérer, et votre récompense sera abondante, et vous serez les fils du Très Haut, parce que Lui est bon envers les ingrats et les méchants.» (Évangile de Luc, chapitre VI, 35). On peut penser qu'en parlant d'Usages variés «et qui se font de diffé- rentes manières», il y a ceux qui ont pour but d'empêcher le Prochain de faire le mal ou de le rééduquer, ce qui peut aussi être une manière d'aimer le Prochain sdon l'intention.
  • 62. De la Divine Sagesse « Celui qui a mes préceptes et les fait, c'est celui-là qui M'aime. Si quelqu'un M'aime, il garde 111a parole. Celui qui ne M'aime pas, ne garde pas mes paroles.» 1 Dans le même : « Si vous gardez mes commandements, vous demmrerez dans mon amour». 2 Gardez mes préceptes, mes paroles, mes comman- dements, c'est faire les Biens de la Charité, qui sont des Usages au Prochain. Et dans le même : « Jésus dit trois fois à Pierre: M'aimes-tu ? et trois/ois Pierre répondit qu'il L 'aimait. Jés11s lui dit trois fois : Pais mes agneaux et mes brebis.» 3 Paître les agneaux et les brebis, ce sont les Usages ou les Biens de la Charité chez ceux qui prêchent l'Évangile et aiment le Seigneur 4• De là, il devient évident que l'Amour envers le Seigneur existe dans la Charité parce qu'il existe dans l'Usage. On voit aussi que la conjonction de l'Amour envers le Seigneur avec la Charité envers le Prochain, par 1. Jean, XIV, 2x, 23, 24. 2. Jean, XV, xo. 3. Jean, XXI, I5, x6, I7· 4. En effet, ils ont pour fonction ou pour Usages de pourvoir à l'aliment spirituel des esprits, comme le berger celui de pourvoir à l'alim=t naturel des brebis.
  • 63. Emmanuel Swedenborg conséquent la conjonction du Seigneur avec l'homme, est dans l'Usage, et que la conjonction est telle que · l'Amour de l'Usage, et aussi grande que cet Amour 1• En effet, le Seigneur est dans l'Usage comme dans le Bien qui procède de Lui-Même, et l'homme qui est dans l'Amour de l'Usage est dans l'Usage comme par soi- même, mais toutefois il reconnaît qu'il y est par le Seigneur et non par lui-même, car l'homme ne peut de lui-même aimer le Seigneur et ne peut de lui-même faire des Usages. Mais le Seigneur l'aime et fait que son Amour en lui revienne à sa source. Il fait aussi qu'il paraisse à l'homme qu'il aime par lui-même le Seigneur. C'est là, par con- séquent, l'Amour envers le Seigneur par le Seigneur. On voit même par là comment l'Amour envers le Seigneur existe dans la Charité ou dans l'Amour des Usages. I. Cette idée est exposée dans plusieurs ouvrages notamment dans « Le Divin Amour»: «Par aimer le Seigneur, on entend faire des Usages (ou actes utiles) par Lui et en vue de Lui... Personne ne peut aimer le Seigneur autrement... Par aimer le Prochain, on entend faire des Usages (ou actes utiles) pour l'Église (là où est le Bien et le Vrai spirituels) pour la patrie, pour la société humaine, pour le concitoyen... Ils ne peuvent être aimés (efficacement) qu'au moyen des Usages qui· appartiennent à l'emploi de chacun. » (Chapitre XIII). Cette doctrine va encore plus loin, car Swedenborg écrit : « Le culte du Seigneur consiste dans la vie de la Charité.» (Arcanes Célestes, 82.54). Ainsi dans la vie des Usages ou actes utiles de la fonction dont on a la charge, accomplies avec fidélité, sincérité et justice.
  • 64. De la Divine Sagesse Œ, - L'USAGE CONSISTE A s ' ACQUITTER DE soN DEVOIR ET A FAIRE SON TRAVAIL DANS LES FORMES VOULUES, AVEC FIDÉLITÉ, SINCÉRITÉ ET JUSTICE. On ne sait pas (sinon obscurément et encore peu de personnes) ce qu'on entend proprement dans la Parole par les Biens de la Charité, qu'on nomme aussi œuvres, et même fruits, et que nous nommons ici Usages. On croit d'après le sens littéral de la Parole, qu'ils consistent à donner aux pauvres, à secourir les indigents, à faire du bien aux veuves et aux orphelins, et en d'autres pratiques semblables. Toutefois, par fruits, œuvres et Biens de la Charité on n'entend pas ici ces Usages, mais on entend .s'acquitter de .son devoir, de .son emploi et de son travail, dans les formes voulues, avec fidélité, sincérité et ju.stice. Lorsqu'on agit ainsi, on est utile au Commun ou au public, par conséquent aussi à la patrie, à la société grande et petite, au concitoyen, à l'associé et au frère, qui sont le Prochain dans le sens large et dans le sens restreint, comme je l'ai dit ci-dessus. Alors chacun, qu'il soit instructeur religieux, gouverneur, négociant, ou ouvrier, fait chaque jour des Usages. L'instructeur religieux par l'enseignement, le gouverneur et les fonctionnaires par l'administration, le marchand par le commerce, et l'ouvrier par son travail. Par exemple, le magistrat qui juge dans les formes voulues avec fidélité, sincérité et justice, fait des Usages pour le Prochain toutes les fois qu'il juge. Il en est de 9
  • 65. 66 Emmanuel Swedenborg même du ministre (religieux) chaque fois qu'il enseigne. Il en est de même aussi des autres. Que de tels Usages soient entendus par Biens et par œuvres de la Charité, c'est ce qui est évident d'après le gouvernement du Seigneur dans les Cieux. Là, comme dans le Monde, chacun est chargé de quelque fonction, de quelque service, de quelque office, ou de quelque travail ; et chacun y jouit de la magnificence, de l'opulence comme de la félicité, selon qu'il agit avec fidélité, sincérité et justice. Celui qui est paresseux et lâche n'est pas admis dans le Ciel, mais il est rejeté, soit dans l'Enfer, soit dans un désert où il vit dans le manque de tout et dans la misère. Les actes dont il vient d'être question sont nommés dans les Cieux Biens de la Charité, œuvres et Usages. Quiconque dans le Monde est fidèle, sincère et juste dans sa fonction et dans son travail, est de même fidèle, sincère et juste après sa sortie du Monde. Il est accepté dans le Ciel par les Anges. Là, chacun y a aussi la joie céleste selon la qualité de la fidélité, de la sincérité et de la justice. La raison de cela, c'est que l'esprit attaché à sa fonction et à son travail par l'Amour de l'Usage, est retenu tout entier, étant alors dans un plaisir spirituel, celui de la fidélité, de la sincérité et de la justice. Il est ainsi détourné du plaisir de la fraude et de la malice, ainsi que du plaisir de la seule conversation et de la table, plaisir qui est aussi celui de l'oisiveté, oreiller du diable.
  • 66. De la Divine Sagesse Chacun peut voir que le Seigneur ne peut pas avoir sa demeure dans l'amour de ces derniers, mais qu'il peut l'avoir dans l'amour des premiers. Œ- IL y A DES USAGES COMMUNS QUI SONT AUSSI DES USAGES DE LA CHARITÉ. Les Usages propres et réels de la Charité sont les Usages de chaque fonction et de chaque administration, comme je l'ai dit ci-dessus, Usages qui deviennent alors des Biens de la Charité dans lesquels existe l'Amour envers le Seigneur, ou dans lesquels cet Amour a été conjoint lorsque l'homme les fait par la fidélité et la sincérité spirituelles que possèdent ceux qui aiment les Usages parce qu'ils sont des Usages, et qui croient que tout bien vient du Seigneur. Mais outre ces Usages, il y en a aussi d'autres qui sont communs. Par exemple : Aimer fidèlement le conjoint, élever convenablement les enfants, disposer prudemment la maison, agir justement avec les serviteurs. Ces œuvres deviennent aussi des œuvres de la Charité, quand elles se font par l'Amour des Usages, et envers le conjoint quand elles se font par un amour mutuel et pur 1 • Ce sont là les usages de la maison qui appartiennent à la Charité. Il y a encore d'autres usages communs, comme de faire 1. Dans la terminologie de Swedenborg le mot « pur» ne signifie jamais « abstinent», mais selon les définitions qu'il a données : « L'amour vraiment conjugal est la pureté même.» (Amour conjugal, 139). « Toutes les délices de l'amour vraiment conjugal, même les demières sont pures.» (Amour conjugal, 144).
  • 67. 68 Emmanuel Swedenborg des dons utiles au ministère de l'Église. Ces biens deviennent des usages de la Charité 1, autant que l'Église est aimée comme étant le Prochain dans un degré supérieur 2• Parmi les usages communs sont encore ceux de fournir aux dépenses et aux travaux de construction et de conser- vation des maisons d'orphelins, des hôpitaux, des lieux d'exercice et d'autres lieux semblables 3• Ces usages sont indifférents à la quote-part. Secourir les indigents, les veuves et les orphelins par l. Il est évident, puisque l'Église est indispensable au corps social, qu'il doit être pourvu à son existence. Tant que cette existence n'est pas assurée collectivement, elle ne peut l'être autrement que par des dons. z. L'Église n'est le Prochain à un degré supérieur qu'autant qu'elle répand les Vrais spirituels et qu'elle enseigne ce qui est destiné à son époque. Il est évident que les membres enseignants de cette Église doivent remplir efficacement la fonction d'instruction à laquelle ils sont préposés et qu'ils doivent aussi être attentifs à la voix d'en Haut : « Qui donc est le serviteur prudent et fidèle, que le Seigneur a établi sur ses gens pour leur donner! a nourriture en son temps ? Heureux ce serviteur-là, qu'en arrivant son Seigneur trouvera faisant ainsi l En vérité, je vous le dis, Il l'établira sur tout ce qui lui appartient, mais si ce méchant serviteur dit en son cœur : Mon Seigneur tarde à venir, et qu'il commence à battre ses compagnons de service, puis à manger et à boire avec les ivrognes, le Seigneur de ce serviteur-là viendra un jour qu'il n'attend point, et il le séparera et lui assignera sa part avec les hypocrites, là seront les pleurs et les grincements de dents. » (Évangile de Matthieu, chapitre XXIV, 45 à 51). Dans le sens interne «l'ivresse» signifie «les folies au sujet des Vrais (spirituels). » (Arcanes Célestes, 1072). 3. Tant que tout cela n'est pas assuré collectivement, il est certain qu'il est utile d'y pourvoir selon ses possibilités. La quote-part est indifférente, car ce qui compte, c'est non la somme, mais l'intention qui dirige legeste.
  • 68. De la Divine Sagesse cela seul qu'ils sont des indigents, des veuves, et des orphelins, et donner aux mendiants par cela seul qu'ils sont mendiants, ce sont là des usages de la Charité externe, laquelle Charité se nomme pitié, mais ce ne sont pas des Usages de la Charité interne, si ce n'est qu'autant qu'ils tirent leur origine de l'Usage même et de l'amour d.e l'Usage 1• En effet la Charité externe sans l'interne n'est pas la Charité, c'est l'interne qui fait qu'elle devient réellement Charité. La Charité externe qui procède de la Charité interne agit prudemment, tandis que la Charité externe sans l'interne agit imprudemment, et très souvent injus- tement z. @- LES USAGES NE DEVIENNENT USAGES DE LA CHARITÉ QUE CHEZ CELUI QUI COMBAT CONTRE LES MAUX, QUI SONT DE L'ENFER. En effet, les Usages que l'homme fait, tant qu'il est dans 1. Dans toute société où la primauté de la fonction sociale sera, de cœur, reconnue, où chacun exercera celle-ci avec zèle et dévouement, une grande abondance ne manquera pas de régner. Elle supprimerait toute pauvreté matérielle. Il est évident que par l'exercice de la fonction sociale. on pourvoit non au bien d'un seul, mais de tous. . 2. Dans son ouvrage « Doctrine sur la Charité », Swedenborg a illustré tout cela. Puisque «le Prochain qui doit être aimé, c'est dans l'idée spiri- tuelle, le Bien et le Vrai», par conséquent «le Bien et le Vrai (spirituels) chez l'homme, c'est le Prochain qui doit être aimé» et il écrit plus loin «l'homme-diable peut s'écrier: Je suis le Prochain, fais-moi du bien ! et si tu lui fais du bien il peut te tuer toi ou un autre. Tu lui mets un couteau ou une épée à la main. » (Doctrine de la Charité, III).
  • 69. 70 Emmanuel Swedenborg l'Enfer, c'est-à-dire tant que l'Amour qui fait sa vie est dans l'Enfer et vient de l'Enfer, ne sont pas des Usages de la Charité. De tels hommes n'ont rien de commun avec le Ciel, et le Seigneur n'est pas en eux. L'Amour de la vie de l'homme est en Enfer et vient de l'Enfer tant qu'il n'a pas combattu contre les maux qui y sont et qui en viennent. Ces maux sont énoncés dans le Décalogue et seront examinés dans son Explication 1• Ces Usages qui se font sous une apparence de Charité ou de piété, ont été désignés dans la Parole. Ceux qui se font sous une apparence de Charité, dans Matthieu, en ces termes : « Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur ! Seigneur ! N'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? et n'avons-nous pas chassé les démons par ton nom ? et n'avons-nous pas fait plusieurs miracles en ton nom ? Mais alors Je leur dirai publiquement : Je ne vous connais point : retirez-vous de Moi, ouvriers d'iniquité.» 2 Et ceux qui se font sous une apparence de piété, dans Luc: « Alors vous commencerez à dire : Nous avons mangé en ta présence, et nous avons bu, et tu notu as enseigné dans nos places ; niais Il dira ; Je vous dis : Je ne sais point d'où vous êtes : retirez-vous de Moi ; vous tous ouvriers d'iniquité.» 3 I. Vraie Religion Chrétienne, chapitre V. Voir pages 29 et 55. 2. Évangile de Matthieu, VII, 22, 23. 3. Évangile de Luc, XIII, 26, 2.7.
  • 70. De la Divine Sagesse 7I Ils ont aussi été représentés par les cinq vierges folles, qui n'avaient point d'huile dans leurs lampes ; quand l'époux vint, Il leur dit : « Je ne vous connais point. » 1 En effet, tant que les maux infernaux et diaboliques n'ont pas été éloignés par le combat, l'homme peut faire des Usages, dans lesquels cependant il n'y ait rien de la Charité, ni par conséquent de la piété, car ils sont intérieurement corrompus. ~ - PARCE QUE CES USAGES SONT OPPOSÉ,S A L'AMOUR ENVERS LE SEIGNEUR ET A LA CHARITE ENVERS LE PROCHAIN. En effet tous les Usages qui, dans leur essence, sont des Usages de la Charité, viennent du Seigneur et se font par Lui au moyen des Hommes, et alors dans l'Usage le Seigneur se conjoint avec l'homme, ou l'Amour envers le Seigneur se conjoint avec la Charité envers le Prochain. Le Seigneur Lui-Même enseigne, dans Jean, que personne ne peut faire quelque Usage que par Lui : «Celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, celui-là porte beaucoup defruits ; car, sans Moi, vous nepouvez rienfaire. » 2 Le fruit, c'est l'Usage. 1. Évangile de Jean, XV, S· 2. Swedenborg a décrit par ailleurs le caractère de ceux chez qui les « Usages» ne sont pas des Usages de la Charité : « Dans ceux où il y a l'affection de,l'honneur seul (sans bons sentiments) ou qui exercent les
  • 71. Emmanuel Swedenborg Que les Usages qui se font par l'homme qui n'a pas combattu ou qui ne combat pas contre les maux ·appar- tenant à !'Enfer, soient opposés à l'Amour envers le travaux de leur fonction pour la réputation... ils se donnent de la peine et font du travail en abondance, mais non par l'Amour de !'Usage, mais seulement pour l'Amour de Soi, ainsi non par l'Amour du Prochain, mais par l'Amour de la Gloire. Ils peuvent même sentir le plaisir dans les travaux de leur fonction, mais c'est le plaisir infernal... Ils n'ont quelque repos de l'esprit et quelque paix que lorsqu'ils pensent à la réputation et à l'honneur et lorsqu'ils sont honorés et adorés. Quand ils n'y pensent point, ils se jettent dans les voluptés, dans l'ivresse et la luxure, dans les scortations, les haines et les vengeances, et dans les diffamations du Prochain, si cela ne blesse pas leur honneur. Mais successivement s'ils ne sont pas élevés plus haut dans les honneurs, ils prennent leurs devoirs en dégoût, se livrent au repos et deviennent des paresseux. Après leur sortie du monde, ils deviennent des démons. » «Dans ceux où il y a l'affection du gain seul (sans sentiments altrustes)... ils sont actifs, prudents, industrieux, surtout s'ils sont marchands ou ouvriers, s'ils sont fonctionnaires publics, ils veillent attentivement aux travaux de leur charge, et ils vendent les Usages ; s'ils sont juges, ils vendent la justice, s'ils sont prêtres, ils vendent le salut, le profit est pour eux le Prochain. En raison de leur charge, ils aiment le profit et en raison du profit ils aiment leur charge. Ceux qui sont dans une fonction éminente peuvent vendre la Patrie et aussi l'armée, comme livrer leurs concitoyens à l'ennemi.» (Doctrine de la Charité, XI). Ce sont évidemment des cas extrêmes, mais ils sont donnés afin de bien faire comprendre que la différence et même l'opposition des intentions est une réalité. Si les Usages ou les actes utiles faits par ceux qui aiment exclusivement l'honneur et le gain doivent être récompensés dans le monde, c'est parce que le Bien Commun nécessite un grand nombre d'Usages, tels ceux qui concernent le vêtement, le logement, la nourriture, les distractions, l'instruction, etc... Ceux qui font ces Usages, même pour des motifs égoïstes sont utiles à la collectivité et ainsi doivent être encouragés. Mais, après la mort, il en est tout autrement, puisque c'est la qualité des intentions qui donne à l'homme sa place dans le Monde spirituel.
  • 72. De la Divine Sage.m 73 Seigneur et à la Charité envers le Prochain, c'est parce que les Maux qui sont intérieurement cachés dans ces Usages sont opposés au Seigneur, par conséquent opposés à l'Amour envers lui, et par suite opposés à l'Amour de !'Usage, qui est la Charité. En effet, l'enfer etle Ciel ne peuvent être ensemble, car ils sont contraires ou opposés l'un à l'autre. C'est pourquoi ceux qui font de tels Usages n'aiment point le Prochain, c'est-à-dire le Commun et le public, l'Église, la patrie, la société, le concitoyen, l'associé et le frère, qui sont le Prochain dans le sens large et dans le sens restreint. Cette vérité a été mise en évidence devant moi par un grand nombre d'expériences. Tels sont ces Usages au-dedans de l'homme qui les fait. Mais hors de l'homme, ils sont néanmoins des Usages que le Seigneur excite même chez l'homme pour le Bien commun et particulier, mais ils ne sont pas faits par le Seigneur. Aussi ces usages ne sont-ils point récompensés dans le Ciel, mais ils le sont et doivent l'être dans le Monde 1• Œ- LES USAGES QUI ONT POUR PREMIÈRE ET DERNIÈRE FIN LE BIEN PROPRE NE SONT PAS DES USAGES DE LA CHARITÉ. J'ai montré ci-dessus, dans cet article, que la «fin» est le tout de l' «effet» ou le tout de l'Usage, et que le 10
  • 73. 74 Emmanuel Swedenborg Seigneur est cette «fin», et que c'est d'après la «fin» que !'Usage est Usage de la Charité. Lors donc que l'homme est sa «fin», c'est-à-dire son bien propre, il est lui-même le tout de I' « effet» ou le tout de l'Usage. De là il arrive que son Usage n'est pas usage par essence, mais qu'il l'est quant à l'apparence. Dans cet Usage, il y a la vie qui procède du corps, et non aucune vie procédant de l'esprit. _!!:. - DE LA SAGESSE ET DE LA FOI 0 - LA FOI N'EST AUTRE CHOSE QUE LA VÉRITÉ. La Chrétienté, après que la Charité se fût relâchée, commença à ignorer que la Charité et la Foi sont un, par conséquent qu'il n'y a pas de Foi où il n'y a pas de Charité, et qu'il n'y a pas de Charité où il n'y a pas de Foi. De cette ignorance, il est résulté un tel aveuglement qu'on ne sut plus ce qu'était la Charité, ni ce qu'était la Foi. Alors, on commença à les séparer, non seulement par la pensée, mais même par la doctrine, et à diviser, par ce moyen, l'Église Chrétienne, qui en soi était une en plusieurs églises, puis à les distinguer selon les dogmes de la Foi séparée 1• x. Les chefs de la Réforme, Luther, Mclanchton et Calvin notamment, séparèrent la Foi de la Charité en déclarant que l'homme est sauvé par la Foi (ou croyance) et non en même temps par la Charité (ou œuvres). On peut meme lire dans l'ouvrage protestant appelé « Formule de Concorde » «qu'on doit rejeter la proposition que les œuvres bonnes sont nécessaires
  • 74. De la Divine Sagesse 75 Quand, chez l'homme, la Charité et la Foi sont séparées, on ne sait pas ce que c'est que la Charité, ni ce que c'est que la Foi. En effet, il doit y avoir Charité pour qu'il y ait Foi, et la Foi doit l'enseigner. La Charité doit l'illustrer, et la Foi le voir. Si donc la Charité et la Foi sont séparées, ni l'une ni l'autre n'existe chez l'homme. C'est comme lorsque vous ôtez un flambeau, vous ôtez aussi la lumière, et vous tombez dans l'obscurité. C'est là le motif qui fait que par la Foi on entend ce que l'homme croit et ne voit pas. Aussi dit-on qu'il faut croire telle ou telle chose, et à peine est-il quelqu'un qui dise : Je ne vois pas ; mais on dit : Je crois. Ainsi personne ne sait si la chose est vraie ou fausse. C'est par conséquent un aveugle qui conduit un aveugle, et tous deux tombent dans la fosse. Que la Foi ne soit autre chose que la vérité, c'est même ce qu'on reconnaît, lorsqu'on dit que le Vrai appartient à la Foi et que la Foi appartient au Vrai. Mais arrive-t-il de demander si telle ou telle chose est la vérité ? On répond: C'est une chose de Foi, et l'on n'en recherche pas davantage. Ainsi chacun accepte pour vérité de Foi, les yeux au salut pour plusieurs motifs, et aussi parce qu'elles sont acceptées par les Papistes (catholiques) pour soutenir une mauvaise cause.». D'où la formule bien connue (mais fausse). « Il n'y a que la Foi qui sauve.» Nous devons ajouter que le Protestantisme de 1953 n'insiste guère sur ces dogmes. Il faut cependant constater qu'il ne les a pas abjurés.
  • 75. Emmanuel Swedenborg fermés et l'entendement bouché tout ce qui constitue la croyance dans laquelle il est né 1• Un tel aveuglement n'a jamais été nommé Foi par les anciens, mais ils appelaient Foi ce qu'ils avaient pu, par quelque lumière de la pensée, reconnaître être vrai. C'est de là que, dans la langue hébraïque, la vérité et la Foi sont exprimées par le même mot. Ce mot est Amen. G - LA VÉRITÉ DEVIENT VÉRITÉ QUAND ELLE EST PERÇUE ET AIMÉE. ELLE EST APPELÉE FOI QUAND ELLE EST SUE ET PENSÉE. Les défenseurs de la Foi séparée (de la Charité) veulent qu'on les croie lorsqu'ils disent que les choses spirituelles ne peuvent être comprises par l'Intellect humain, parce qu'elles sont au-dessus de sa portée. Cependant ils ne nient pas l'illustration 2, qui est entendue ici par perception, ou ce par quoi la vérité étant perçue et aimée devient vérité (dans l'esprit de l'homme). Car c'est l'Amour qui donne la vie et c'est l'Amour du Vrai qui fait que la vérité perçue devient vérité. Cette illustration est la perception parce que toute vérité est dans la Lumière et l'intelligence de l'homme peut y être élevée. Toute vérité est dans la Lumière, t. Cet état d'esprit est peut-être moins accentué et moins généralisé aujourd'hui, ma.is il existe toujours. · 2 . En effet ce mot fait partie de la terminologie religieuse ancienne : «Les illustrations de l'entendement». Bossuet.
  • 76. De la Divine Sagesse 77 parce que la Lumière procédant du Seigneur comme Soleil (spirituel) est la vérité. De là toute vérité brille dans le Ciel et la Parole (ou Écriture Sainte) qui est le Divin Vrai; y donne aux Anges la Lumière commune 1• C'est pour cela même que le Seigneur est appelé Parole (ou Verbe) et aussi Lumière 2• Il m'a été donné de savoir, par de nombreuses expé- riences, que l'intelligence humaine peut être élevée dans cette Lumière même !'Intelligence de ceux qui ne sont pas dans l'Amour du Vrai, pourvu qu'ils soient dans le désir de savoir ou dans l'affection de la gloire liée à ce désir. Mais il y a cette différence, que ceux qui sont dans l'Amour du Vrai sont en actualité dans la Lumière du Ciel, et par conséquent dans l'illustration et la perception du Vrai quand ils lisent la Parole (ou Écriture Sainte), tandis que les autres ne sont ni dans l'illustration ni dans la perception du Vrai, mais ils sont seulement dans la confir- mation de leurs principes sans qu'ils sachent s'ils sont Vrais ou s'ils sont Faux. Il y a même cette différence, que ceux qui sont dans l'Amour du Vrai, lorsqu'ils lisent la Parole et qu'ils pensent d'après elle tiennent constamment la vue de leur Intellect dans le principe même et recherchent de cette manière si une chose est vraie avant de la confirmer, tandis que les autres adoptent un principe d'après une 1. Voir à ce sujet tout l'ouvmge des «Arcanes Célestes». 2. ÉvangilcdeJea.n.chapittel, 1. 2, 3. Voirpage47 tome 1.
  • 77. Emmanuel Swedenborg science de mémoire, sans vouloir savoir sï cela est réel- lement vrai ; et s'ils désirent une renommée d'érudition, ils le confirment par la Parole et par la raison. Tel est même le génie de l'érudition quand il est orgueil de la propre intelligence, qu'il peut confirmer toute chose fausse au point qu'elle paraisse à soi-même et aux autres comme vraie. De là, dans l'Église, des hérésies, des débats et des apologies de dogmes qui sont opposés entre eux. Il en résulte aussi cette différence que ceux qui ont l'Amour du Vrai sont dans la Sagesse et deviennent spirituels, tandis que les autres restent naturels et sont dans la folie au sujet des choses spirituelles. Que la vérité soit nommée Foi quand elle est sue et pensée, c'est parce que la vérité perçue devient ensuite une chose de mémoil;e qui est crue. On voit aussi d'après cela que la Foi n'est autre chose que la Vérité. Œ, - LES VRAIS DE LA FOI ONT EN VUE D'UNE PART LE SEIGNEUR, ET DE L'AUTRE LE PROCHAIN. Tous les Vrais ont en vue trois choses qui sont leurs objets universels, savoir : au-dessus de soi le Seigneur et le Ciel, près de soi le Monde et le Prochain, et au-dessous de soi le Diable et l'Enfer. Les Vrais (de la Foi) apprendront à l'homme comment il peut être séparé du Diable et de l'Enfer et être conjoint au Seigneur et au Ciel, par sa vie, dans le Monde. C'est
  • 78. De la Divine Sagesse 79 en cette vie et par elle que s'opèrent toute séparation et toute conjonction 1• Pour que l'homme soit séparé du Diable et de l'Enfer, pour qu'il soit conjoint au Seigneur et au Ciel, il doit connaître ce que sont les Maux, et les Faux qui en découlent, puisqu'ils sont le Diable et l'Enfer. Il doit aussi savoir ce que sont les Biens, et les Vrais qui en procèdent, puisqu'ils sont le Seigneur et le Ciel. Les Maux et les Faux sont le Diable et l'Enfer puisqu'ils en proviennent. Les Biens et les Vrais sont le Seigneur et le Ciel puisqu'ils en procèdent. Si l'homme ne connaît ni les uns ni les autres, il ne voit aucun chemin pour sortir de l'Enfer ni aucun chemin pour entrer dans le Ciel. Les Vrais qui apprendront ces chemins ont été donnés à l'homme dans la Parole (Ancien et Nouveau Testament) et proviennent de la Parole 2• Puisque c'est dès le Monde qu'on prend les chemins pour sortir de l'Enfer et pour entrer au Ciel et que l'homme vit dans le Monde avec le Prochain, la vie dans le Monde est par conséquent le chemin que les Vrais enseignent. Si donc l'homme conforme sa vie aux Vrais de la 1 . L'autre vie est selon la vie en ce monde. z. Comme cela a été dit précédemment elle enseigne ce qui est résumé dans le Décalogue, et qui y est exprimé sous forme de défenses, puis l'Amour de Dieu et du Prochain, qui doit être traduit dans la nouvelle révélation actuelle par l'Amour des Usages ou actes utiles au Prochain, conjoints à l'instruction progressive dans l'Assemblée des Vrais spirituels. Tout cela est développé dans les pages suivantes.
  • 79. 80 Emmanuel Swedenborg Sagesse, le chemin ouvert par !'Enfer et qui y conduit se ferme, tandis que celui qui vient du Seigneur et qui conduit à Lui s'ouvre. Alors la vie de l'homme devient la Vie du Seigneur en Lui. C'est ainsi que doivent être comprises ces paroles du Seigneur: « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » 1 Mais, si la vie que l'homme mène est en opposition avec les Vrais de la Parole (Divine), alors le chemin qui vient du Ciel et qui y conduit est fermé, tandis que celui qui vient de !'Enfer et y conduit est ouvert. Alors, la vie de l'homme ne devient pas la vie, mais la mort (spirituelle). Ci-dessus, j'ai exposé, en traitant de la Charité, que la vie du Seigneur, dans l'homme, est la vie de la Charité envers le Prochain et que la conjonction s'opère par l'Amour des Usages (ou la vie des actes utiles) 2• Comme les Vrais (spirituels) enseignent cette vie, on voit qu'ils ont en vue d'une part le Seigneur et de l'autre le Prochain. C1 - LES VRAIS (SPIRITUELS) ENSEIGNENT COMMENT LE SEIGNEUR DOIT ÊTRE APPROCHÉ POUR QU'IL Y AIT CONJONCTION ET COMMENT ENSUITE IL ACCOMPLIT LES USAGES PAR L'HOMME. J'ai dit par ailleurs, comment le Seigneur doit être 1. Évangile de Jean, chapitre XIV, 6. 2. Voir pages j9 et 60.
  • 80. De la Divine Sagesse 81 approché 1 et je m'étendrai davantage sur ce sujet dans l'explication du Décalogue 2• Je vais dire maintenant comment le Seigneur accomplit ensuite les Usages (ou les actes bons) chez l'homme. Par lui-même, l'homme ne peut faire aucun Bien qui soit le Bien en soi 3• On le sait. On sait aussi qu'il fait le Bien par le Seigneur. Par conséquent, il ne peut faire par lui-même aucun Usage qui soit l'Usage en soi, puisque !'Usage est le Bien. Il en résulte donc que c'est le Seigneur qui, par l'homme, fait tout Usage qui est le Bien (ou les actes bons). Mais le Seigneur veut que l'homme fasse le Bien comme par lui- même, comme je l'ai montré ailleurs 4• Comment l'homme doit-il faire le Bien comme par soi- même ? Les Vrais de la Parole l'enseignent. Ces Vrais appartiennent à la science et à la pensée alors que les Biens appartiennent à la Volonté et à l'Acte. Mais ces Vrais deviennent Biens par vouloir et agir, car 1. «Autant la vie de l'homme s'approche du Bien, autant influe le Gel (en lui) et par conséquent le Seigneur.» (Arcanes Célestes, z354). z. Cette explication selon le sens interne et externe a été donnée principalement dans son dernier traité « La Vraie Religion Chrétienne », 282 à 331. Voir pages 29 et 55. 3. Il s'agit du Bien spirituel: «Ce Bien en général est de vouloir et faire du Bien aux autres, nullement en vue de soi-même mais d'après le plaisir de l'affection.» 4. « Les Biens que fait l'homme, il les fait comme par lui-même. Il ne perçoit pas autrement avant qu'il soit dans la Foi d'après l'Amour... mais, néanmoins, il doit reconnaître et croire que c'est par le Seigneur. »(Arcanes Célestes, 10.219). 11
  • 81. - 8z Emmanuel Swedenborg ce que l'homme veut et fait, il l'appelle Bien, de même que ce qu'il sait et pense, il l'appelle Vrai. De là, dans l'acte, ou dans le Bien, il y a le vouloir, le penser, le savoir, dont la forme dernière est le Bien que tire sa forme externe des Vrais de la pensée et sa forme interne de la Volonté provenant de l'Amour. J'ai dit et montré aussi dans l'explication des lois de la Divine Providence, comment le Seigneur fait les Usages, qui sont les Biens (ou les actes bons), chez l'homme.1 G - L'UN ET L'AUTRE SONT ENSEIGNÉS PAR LES VRAIS SPIRITUELS MORAUX ET CIVILS. Je dirai: 1° Quels sont les Vrais spirituels, les Vrais moraux et les Vrais civils ; z0 Que /'homme spirituel est aussi homme moral et civil ; 3° Que ce qui est spirituel est dans ce qui est moral et civil ; 4° Que s'ils sont séparés, il n'y a pas de conjonction avec le Seigneur. --1° Les Vrais spirituels sont ceux que la Parole enseigne 1. Le sommaire en est qu'il y a une source unique de vie qui est le Seigneur, et que les hommes sont les récipients de cette vie. (La Sagesse Angélique sur la Divine Providence, Amsterdam, 1764).
  • 82. De la Divine Sagesse sur Dieu : qu'Il est Un, le Créateur de l'Univers qu'Il est infini, éternel, tout-puissant, sachant tout, présent partout, pourvoyant à tout ; Que le Seigneur quant à l'Humanité est le Fils de Lui- Même; Que Dieu Créateur et le Seigneur sont Un ; Qu'Il est Rédempteur, Réformateur, Régénérateur et Sauveur; Qu'Il est le Seigneur du Ciel et de la terre ; Qu'Il est le Divin Amour et la Divine Sagesse ; Qu'Il est le Bien même et le Vrai même ; Qu'Il est la Vie même ; Que tout ce qui appartient à l'Amour, à la Charité et au Bien et tout ce qui appartient à la Sagesse, à la Foi et au Vrai est par Lui, et que rien de cela n'est par l'homme. Par suite, aucun homme n'a de mérite par aucun Amour, aucune Charité, aucun Bien, ni par aucune Sagesse, aucune Foi, aucun Vrai. Que, par conséquent, le Seigneur seul doit être adoré, et en outre, que la Parole est la sainteté Divine ; Qu'il y a une vie après la mort ; Qu'il y a un Ciel et un Enfer, un Ciel pour ceux qui vivent bien et un Enfer, pour ceux qui vivent mal ; Et plusieurs autres Vrais qui appartiennent à la doctrine tirée de la Parole, comme ceux qui concernent le Baptême et la Sainte Cène 1• -r. Sur le sens et l'usage du Baptême et de la Sainte Cène révélé par Swedenborg. Voir «Vraie Religion Chrétienne», chapitres XI et XII.
  • 83. Emmanuel Swedenborg Ces Vrais et d'autres semblables sont proprement les Vrais spirituels. Les Vrais moraux sont ceux que la Parole enseigne sur la vie de l'homme avec le Prochain, vie qu'on nomme Charité, dont les Biens, qui sont les Usages, se réfèrent en général à la justice et à l'équité, à la sincérité et à la droiture, à la pureté, à la tempérance, à la vérité, à la prudence et à la bienveillance. Aux Vrais de la vie morale appartiennent même les opposés, qui détruisent la Charité, et qui se réfèrent en général à l'injustice et à l'iniquité, à la non-sincérité et à la fraude, à la débauche, à l'intempérance, au mensonge, à l'astuce, à l'inimitié, à la haine, à la vengeance, à la malveillance. Si ces choses sont aussi appelées des Vrais de la vie morale, c'est parce que tout ce que l'homme pense sur de tels sujets, soit un Mal, soit un Bien, il le met au nombre des Vrais, car il dit qu'il est Vrai que c'est un Mal, ou un Bien. Tels sont les Vrais moraux. Les Vrais civils sont les lois civiles des royaumes et des cités, lois qui en général se réfèrent à plusieurs actions justes qu'on doit faire, et, en sens contraire, à différents actes de violence, qu'on ne doit pas faire. 2° L'homme spirituel est aussi homme moral et civil : Plusieurs croient, et l'on croit d'après plusieurs, que les hommes spirituels sont ceux qui connaissent les Vrais spirituels ci-dessus énumérés. On croit aussi que ceux qui
  • 84. De la Divine Sagesse 85 en discourent sont davantage hommes spirituels, et que ceux qui les perçoivent par quelque entendement le sont encore plus. Toujours est-il cependant que ce n'est pas là être homme spirituel, c'est seulement savoir, c'est penser et parler d'après la science, c'est percevoir par le don de l'enten- dement, qui appartient à tout homme. Or, ces choses seules ne font pas l'homme spirituel. Il leur manque l'Amour qui procède du Seigeur, et l'Amour procédant du Seigneur est l'Amour des Usages, nommé Charité. C'est dans la Charité que le Seigneur se conjoint à l'homme et le rend spirituel, car l'homme fait alors des Usages par le Seigneur et non par lui-même. Le Seigneur l'enseigne dans la Parole, en plusieurs endroits. Il l'enseigne en ces termes dans l'Évangile de Jean: « Demeurez en Moi, et Moi en vous ; comme le sarment ne peut de soi-même porter du fruit s'il ne demeure avec le cep, de même vous non plus si vous ne demeurez en Moi ; Moi, je suis le cep, vous, les sarments. Celui qui demeure en Moi et Moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car, sans Moi, vous ne pouvez rien faire». 1 Les fruits sont les Usages ou les Biens de la Charité, et les Biens de la Charité ne sont autre chose que les biens moraux. De là, il est évident que l'homme spirituel est aussi homme moral. Que l'homme moral soit aussi homme civil, c'est parce 1. Chapitre XV, 4, 5.
  • 85. 86 Emmanuel Swedenborg que les lois civiles sont les Usages eux-mêmes en actes, Usages qu'on nomme exercices, œuvres et faits. Soit pour exemple, le septième précepte du Décalogue : « Tu ne voleras point ». Le spirituel, dans ce précepte, c'est de n'enlever au Seigneur aucune chose en se l'attri- buant et en disant qu'elle appartient en propre à l'homme, et aussi de ne pas, par des Faux, enlever à un autre les Vrais de sa Foi. Le moral, c'est de ne pas agir avec le Prochain sans sincérité, avec injustice et frauduleusement, et de ne pas voler. Qui ne peut voir que l'homme qui est conduit par le Seigneur et qui en raison de cela est homme spirituel, ne soit aussi homme moral et homme civil ? Soit encore pour exemple le cinquième précepte: « Tu ne tueras point. » Le spirituel, dans ce précepte, c'est de ne pas nier Dieu, par conséquent le Seigneur ; car Le nier, c'est Le tuer et Le crucifier chez soi. C'est aussi ne pas détruire en l'homme la vie spirituelle, car c'est tuer ainsi son âme. Le moial, c'est de ne pas avoir de haine pour le Prochain et de ne pas désirer se venger de lui, car la haine et la vengeance portent en elles-mêmes la mort. Le civil, c'est de ne pas tuer son corps. On voit encore, par là, que l'homme spirituel, qui est celui que le Seigneur conduit, est aussi homme moral et civil. Mais il en est autrement de celui qui est conduit par soi-même. Il va en être question. 3° Le spirituel est dans le moral et dans le civil :
  • 86. De la Divine Sagesse Cela résulte de ce qui vient d'être dit, que le Seigneur se conjoint avec l'homme dans l'Amour des Usages, ou dans la Charité envers le Prochain. Le spirituel existe par la conjonction du Seigneur, le moral par la Charité (en tant qu'Amour du Prochain), et le civil par l'exercice de la Charité, Le spirituel doit être dans l'homme pour qu'il soit sauvé, et il est par le Seigneur non au-dessus ou en dehors de lui, mais au dedans de lui 1 • Ce même spirituel peut être dans la science seule de l'homme, et de là dans sa pensée et dans son langage, mais il faut qu'il soit dans sa vie ; et sa vie, c'est vouloir et agir. C'est pourquoi quand savoir et penser sont aussi vouloir et agir, le spirituel est alors dans le moral et dans le civil. Si l'on me demande: Comment puis-je vouloir et agir ? Je réponds : Combattez contre les maux qui sont de l'Enfer, et vous voudrez et vous agirez, non par vous-même, mais par le Seigneur. Les maux étant éloignés, le Seigneur fait tout. 4° S'ils sont séparés, il n'y a pas de conjonction avec le Seigneur: C'est ce qu'on peut voir par la raison et par l'expérience. Par la rai.Ion: Si un homme possède une telle mémoire et une telle intelligence, qu'il puisse savoir et percevoir toutes les choses qui concernent le Vrai du Ciel et de x. Le Seigneur dit dans les Évangiles : « Le Royaume de Dieu est en dedans de vous.>> (Luc, chaptire XVII, 2.I.
  • 87. 88 Emmanuel Swedenborg l'Église, et qu'il ne veuille en faire aucune, ne dit-on pas de lui que c'est un homme intelligent, mais sans droiture, et même n'ajoute-t-on pas qu'il est d'autant plus punissable ? Il suit de là que l'homme qui sépare le spirituel du moral et du civil, n'est ni homme spirituel, ni homme moral, ni homme civil. Par /'expérience: Il y a dans le Monde de semblables hommes. J'ai parlé à quelques-uns d'entre eux après leur mort, et j'ai appris qu'ils connaissaient toute la Parole, et par suite beaucoup de Vrais. Ils avaient cru qu'en raison de leur savoir, ils brilleraient dans le Ciel comme des étoiles. Mais lorsque leur vie eut été examinée, elle fut trouvée uniquement corporelle, du monde, et infernale par les maux et les infamies qu'ils avaient pensées et voulues en eux-mêmes. On leur enleva par conséquent tout ce qu'ils savaient de la Parole, et ils furent abandonnés à leur Volonté et jetés vers leurs semblables dans l'Enfer, où ils tinrent des discours extravagants selon leurs pensées dans le Monde et firent des actions honteuses selon ce qu'ils avaient aimé. ~ - LA FOI CONSISTE A SAVOIR CES VRAIS ET A LES PENSER, ET LA CHARITÉ A LES VOULOIR ET A LES PRATIQUER. J'ai confirmé ci-dessus que la Vérité s'appelle Foi, quand l'homme la sait et la pense. Je vais maintenant confirmer que la Vérité devient Charité quand l'homme la veut et la pratique.