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2
Par Lucien Gauthier
T
out le monde s’attendait à des
frappes américaines contre la
Syrie dans le week-end du 31 août
et du 1er septembre. Les officiels améri-
cains l’avaient annoncé en mettant en
place une coalition à laquelle avait ré-
pondu favorablement le Premier mi-
nistre britannique, Cameron, et le prési-
dent Hollande.
DES MOBILISATIONS
QUI DÉSTABILISENT L’“ORDRE”
En effet, la situation dans la région avait
vu se développer, depuis trois ans, des pro-
cessus révolutionnaires qui avaient chassé
Ben Ali et Moubarak, ouvrant une nouvelle
étape dans la situation mondiale. Ces der-
nières semaines, la mobilisation de dizaines
de millions d’Egyptiens avait entraîné la
chute du gouvernement égyptien qui ras-
semblait les Frères musulmans et l’état-
major dans un équilibre fragile inspiré
laborieusement par les Etats-Unis, laissant
l’armée seule au pouvoir.
La crise en Egypte a accéléré la réaction amé-
ricaine. Dans cette région stratégique, non
seulement du fait du pétrole mais aussi de
l’existence de l’Etat d’Israël, il fallait à l’ad-
ministration américaine reprendre en mains
les choses, car « l’ordre » mondial était
menacé par la crise en Egypte et la déstabi-
lisation ouverte de tout son dispositif.
29 AOÛT : VOTE HISTORIQUE
DU PARLEMENT BRITANNIQUE
Mais le 29 août, le gouvernement britan-
nique se voyait infliger une défaite histo-
rique au Parlement.
Non seulement la totalité des députés tra-
vaillistes, mais également 30 députés
conservateurs et 9 libéraux-démocrates
votaient contre l’implication de la Grande-
Bretagne dans la guerre en Syrie. C’est là
une décision jamais vue depuis 1945. Elle
exprime d’abord la crise de la bourgeoisie
britannique, les différenciations en son
sein, et reflète aussi le sentiment massif du
peuple britannique, hostile à la guerre, qui
n’oublie pas les mensonges de Tony Blair
sur les armes de destruction massive en
Irak en 2003.
Apparemment, Obama n’en avait cure.
Après le vote britannique, son secrétaire
d’Etat, John Kerry, a encore fait des décla-
rations guerrières.
30 AOÛT, RECUL D’OBAMA
Mais le 30 août, changement de discours.
Le New York Times (1er septembre) écrit à
ce sujet :
« Les conseillers du président Obama ont
été stupéfiés par ce qu’a annoncé leur patron
vendredi à 19 heures, à la veille d’un week-
end dont ils pensaient qu’il allait voir
s’abattre des missiles sur la Syrie. Dans cette
réunion qui a duré deux heures, et qui
concluait une semaine frénétique où Obama
semblait prêt à se lancer dans une attaque
militaire contre la Syrie, le président
annonça qu’il se donnait un délai et qu’il
allait consulter le Congrès. »
Une semaine plus tôt, une centaine de par-
lementaires, républicains et démocrates,
dans une lettre ouverte à Obama, deman-
daient la convocation du Congrès. Une telle
lettre ouverte n’était pas le fruit du hasard,
mais l’expression de l’inquiétude de sec-
teurs de la classe dominante américaine
au sujet des décisions d’Obama. Rien n’obli-
geait à ce recul, au contraire, la Constitu-
tion aux Etats-Unis stipulant que c’est le
président américain, chef des armées, qui
décide de la guerre et non pas le Congrès.
UNE DÉCISION
QUI SAPE L’AUTORITÉ DES ÉTATS-UNIS
La décision d’Obama de convoquer le
Congrès est une expression de la crise.
« Barak Obama a-t-il abdiqué ses respon-
ÉTATS-UNIS
Appel de Labor Fightback Network (comité de résistance ouvrière) contresigné par cent syndicalistes (extraits)
“Pourquoilemouvementouvrierdoits’opposeràuneattaqueaméricainecontrelaSyrie”
sabilités de commandant en chef en déci-
dant de passer par le Congrès ? (…) Une telle
prise de position a sidéré les responsables
politiques. Depuis des décennies, les prési-
dents n’ont cessé d’étendre leurs pouvoirs,
et plus encore depuis le 11 septembre 2001.»
(Le Monde, 3 septembre).
Pour Libération (3 septembre), « l’appel au
Congrès risque maintenant de saper non
seulement son autorité, mais aussi celle de
ses successeurs et des Etats-Unis en général.
Obama n’en est plus à “diriger de l’arrière”
(le fameux leading from behind lancé en
2011 par un de ses conseillers pour résumer
son style de politique étrangère), mais à ne
“pas diriger” du tout, a résumé aussi le pré-
sident du Council for Foreign Relations,
Richard Haass. “Il a tellement mal géré la
Syrie qu’on ne peut pas s’empêcher de se
demander s’il ne veut pas perdre ce vote”,
suspecte même un éditorial du très conser-
ÉCLAIRAGE
Qu’est-ce que “l’opposition syrienne” ?
vateur Wall Street Journal, accusant aussi
Obama de vouloir “diriger de derrière le
Congrès”. »
CRISE DE LA CLASSE DOMINANTE
AMÉRICAINE
C’est là une expression de la crise non seu-
lement de l’administration américaine, mais
également de l’ensemble de la classe domi-
nante américaine. Les influents sénateurs
John Mc Cain et Lynsee Graham, deux répu-
blicains de poids, prônent une intervention
militaire directe en Syrie. A l’opposé, plu-
sieurs sénateurs démocrates veulent limiter
au minimum cette intervention. D’autres
républicains et démocrates s’abstiendraient
de toute réaction. En effet, si les sommets
politiques américains sont d’accord sur le
risque d’une explosion dans la région et de
remise en cause de l’ordre « américain », avec
un risque de déstabilisation mondiale, ils se
divisent avec force sur la manière d’y faire
face.
Ce d’autant plus que les piliers traditionnels
de l’ordre américain dans la région sont eux-
mêmes en crise. Le rétablissement du pou-
voir de l’armée et la répression en Egypte ne
peuvent prétendre stabiliser la situation dans
ce pays, qui a vu, en moins de trois ans, les
masses déferler par dizaines de millions dans
les rues.
De même, les mobilisations massives qui
ont eu lieu en Turquie contre le gouverne-
ment d’Erdogan ont affaibli considérable-
ment le gouvernement turc et le rôle qu’il
voulait jouer dans la région.
La crise n’est pas moins forte en Israël, qui
cherche la fuite en avant dans une guerre
avec l’Iran. Selon l’agence Reuters, « la radio
de l’armée israélienne a rapporté les propos
d’un haut fonctionnaire qui a voulu rester
anonyme : “Si Obama hésite sur la Syrie, il
est clair qu’il hésitera encore plus sur la ques-
tion d’attaquer l’Iran. La probabilité qu’Is-
raël devra alors agir seul en est renforcée.” »
C’EST DE LA CRISE DE L’“ORDRE”
MONDIAL QU’IL S’AGIT
C’est donc tout l’ordre mondial qui est
menacé par ces développements, parce
que, d’abord et avant tout, il y a l’incapa-
cité de l’administration américaine à faire
face comme elle le devrait à ces dévelop-
pements, qui ne se limitent pas à la région.
Il y a la vague gréviste en Afrique du Sud,
pays majeur de ce continent, la situation
qui prévaut en Europe où les travailleurs
et les peuples cherchent les voies de la résis-
tance aux politiques d’austérité, affaiblis-
sant tous les gouvernements. Et le Brésil,
le géant de l’Amérique latine, est confronté
à d’importantes mobilisations.
Quand Richard Haass, haut responsable
américain, explique que la décision
d’Obama « est un recul majeur de la pri-
mauté de l’exécutif », il ne se limite pas à
des considérations purement américaines :
il décrit la situation de l’administration
américaine à l’échelle mondiale. I
« A l’heure où 27 millions de tra-
vailleurs sont au chômage ou en
sous-emploi et où sont opérées des
coupes sévères dans les programmes
sociaux au nom de la politique de
coupes systématique, l’administra-
tion Obama préfère se concentrer
sur la finalisation des plans pour
bombarder la Syrie.
Nous croyons fermement que le
mouvement syndical et nos parte-
naires associatifs devraient s’oppo-
ser avec force à une telle offensive.
Après tout, le gouvernement a détruit
l’Irak, et cela a coûté la vie à 4 488
citoyens américains, fait des milliers
de blessés et coûté des milliards de
dollars, et cela a également coûté la
vie à un million d’Irakiens et de nom-
breux blessés, tout cela sur la base
d’un mensonge selon lequel Sad-
dam Hussein aurait possédé des
armes de destruction massive. (…)
Le gouvernement américain a atta-
qué l’Afghanistan, et, douze ans plus
tard, la guerre contre ce pays conti-
nue toujours, avec encore plus de
pertes en vies humaines et au prix
de 10 milliards de dollars par mois.
Mais quel bénéfice cette guerre a-
t-elle apporté à la majorité ouvrière
des deux pays ? Maintenant, une
nouvelle guerre américaine est appa-
remment prête à se déclencher, cette
fois contre la Syrie. Après, ce sera au
tour de l’Iran ? Et quel pays sera l’en-
nemi après l’Iran ?
Beaucoup de choses horribles se
passent non seulement en Syrie mais
aussi dans d’autres parties du monde.
Mais les Etats-Unis n’ont aucun droit
pour intervenir et dicter les cours des
événements dans d’autres pays. Nous
ne sommes pas le gendarme du
monde (…). Le mouvement ouvrier
doit être inconditionnellement contre
toute agression militaire menée par
le gouvernement américain — le seul
gouvernement au monde à avoir uti-
lisé des armes atomiques et, plus
tard, l’agent orange au Viêt Nam et
de l’uranium appauvri en Irak.
Le peuple américain en a plus qu’as-
sez des guerres sans fin et des occu-
pations. Tous les sondages montrent
qu’une écrasante majorité du public
s’oppose à une frappe américaine
contre la Syrie. Nous invitons nos
camarades syndiqués — et tous les
alliés du mouvement ouvrier — à
s’exprimer maintenant et à exiger du
gouvernement américain : “De l’ar-
gent pour l’emploi et pour l’ensei-
gnement, pas pour les guerres et les
occupations ! Bas les pattes devant
la Syrie !” » I
Obama, la Syrie
et la crise
du “leadership
américain”
face aux
développements
de la situation
mondiale
ÉTATS-UNIS
”La décision
d’Obama
est un recul
majeur de
la primauté
de l’exécutif”
Alors que la mobilisation des
peuples en Tunisie et en Egypte
chassait Ben Ali et Moubarak, des
mobilisations se sont développées
dans d’autres pays, notamment au
Bahreïn et en Syrie.
Au Bahreïn, 5 000 soldats saou-
diens ainsi que 500 policiers qata-
ris réprimaient dans le sang les
manifestants.
En Syrie, alors que le régime com-
mençait à réprimer les manifesta-
tions, surgirent une série de milices
qui se présentèrent comme « l’op-
position révolutionnaire » au ré-
gime. D’emblée, il apparut que non
seulement l’Arabie Saoudite et le
Qatar finançaient et armaient ces
milices, mais qu’également, les
grandes puissances commençaient
à les utiliser. Dans ces conditions,
la mobilisation populaire contre le
régime s’interrompit du fait de la
guerre opposant l’armée et les
milices. Le peuple syrien, pris entre
deux feux, est terré chez lui, plus
de 100 000 Syriens sont morts et
2 millions sont réfugiés à l’étran-
ger. L’opposition officielle, basée à
l’étranger, a été reconnue comme
légitime par les grandes puissances,
mais sur le terrain, les milices font
ce qu’elles veulent. Même l’ONG
américaine officielle Human Rights
Watch a dénoncé la barbarie tant
du régime que des milices. Il faut
dire qu’alimentés par les fonds des
monarchies pétrolières, des mil-
liers de djihadistes étrangers, mer-
cenaires et « chiens de guerre » ont
déferlé sur la Syrie. L’Arabie Saou-
dite et le Qatar, à coup de millions
et par le biais de milices, se font la
guerre dans la guerre. L’Arabie Saou-
dite semble l’avoir emporté. En
juillet, c’est le candidat de l’Arabie
Saoudite qui a été imposé à la tête
de la « coalition nationale de Syrie »
contre celui du Qatar. Il s’agit d’un
chef tribal proche des services
secrets saoudiens. Sur le terrain, la
principale force combattante est le
Front al-Nosra, qui se réclame
ouvertement d’al- Qaida. I
Richard Haass,
haut responsable
américain
é
D
ans la lettre adressée aux
organisations ouvrières qui se
sont prononcées contre l’in-
tervention militaire en Syrie
pour leur proposer une initia-
tive commune, notre parti, le POI, précise
que « rien ne saurait légitimer cette agres-
sion contre le peuple syrien, ni les décisions
de Hollande,ni la discussion au Parlement,
ni les décisions de l’ONU » (1).
De son côté, l’éditorialiste de L’Huma-
nité écrit ce 2 septembre : « Comment décré-
ter la guerre ou la paix pourrait-il être
l’apanage d’un homme seul au XXIe siècle ?
Au moins François Mitterrand s’était-il sou-
mis au vote du Parlement avant de faire par-
ler les armes lors de la première guerre d’Irak
en 1991. » Question : le vote de 1991 confé-
rait-il une quelconque légitimité à l’agres-
sion contre le peuple irakien ? Non !
Aujourd’hui comme en 1991, et au-delà
des prétextes invoqués, le seul fondement
de l’intervention,ce sont les intérêts des mul-
tinationales, des banques, des spéculateurs
et capitalistes dont la défense commande la
politique de l’administration américaine et
de son petit supplétif François Hollande (non
sans crises et contradictions). Mais si l’on se
place du point de vue du droit des peuples,
aucune légitimité ne peut être reconnue à
l’intervention militaire qui menace.
Le président de la République, chef des
armées, peut décider seul ? Cela découle en
effet du caractère bonapartiste et antidé-
mocratique des institutions de la Ve Répu-
blique (dont l’élection du président de la
République au suffrage universel est la clé
de voûte). Mais même agrémentée d’une
touche d’approbation parlementaire,l’agres-
sion contre le peuple syrien serait-elle légi-
time ?
La question vaut, tout autant, pour la
« réforme » Hollande-Ayrault des retraites.
L’aggravation des conditions d’exploitation
et le démantèlement des garanties collec-
tives n’ont d’autre motif que le respect des
diktats du FMI,de l’Union européenne et de
la BCE (elle-même reliée à la Réserve fédé-
rale des Etats-Unis, c’est-à-dire, là encore,
au capital financier nord-américain). Mais
ces mesures n’ont aucune légitimité du point
de vue des travailleurs, des jeunes, des chô-
meurs, des retraités. Un vote du Parlement
pourrait légaliser ces mesures ; il ne les légi-
timerait pas pour autant,du point de vue de
la démocratie.
Quels que soient les votes de l’ONU ou
du Parlement, la légitimité est dans le camp
du combat contre l’intervention en Syrie,
comme elle est du côté de l’action de classe
unie pour le retrait de la contre-réforme
Ayrault des retraites.
Qu’il s’agisse de la menace de guerre ou
des contre-réformes du gouvernement, le
respect de la démocratie et des droits légi-
times des peuples et de la majorité sont
contradictoires aux institutions de laVe Répu-
blique et de l’Union européenne.
C’est pourquoi le Parti ouvrier indépen-
dant se prononce pour la rupture avec ces
institutions, pour la liquidation des traités
de l’Union européenne et l’établissement
d’une véritable souveraineté du peuple à tra-
vers une Assemblée constituante.Cela,pour
ouvrir la voie à l’union libre des peuples et
nations libres de toute l’Europe, libres de ne
pas obéir aux diktats de guerre et de misère
de la Réserve fédérale de Washington et de
la Banque centrale européenne de Franc-
fort.
De manière immédiate,le POI renouvelle
son appel d’urgence à réaliser l’unité pour
empêcher l’intervention militaire en Syrie.
A bas la guerre ! A bas l’exploitation !
(1) A l’heure où nous écrivons, aucune réponse à notre
proposition ne nous est parvenue.
ÉDITORIAL
INFORMATIONS OUVRIÈRES N0 267 SEMAINE DU 5 AU 11 SEPTEMBRE 2013
3
Aucune légitimité !
Daniel Gluckstein
Secrétaire national du POI
(Extraits)
Dimanche 1er septembre 2013
Chers camarades,
(…) En France, imperturbablement, Hol-
lande réaffirme sa détermination à parti-
ciper à l’agression militaire américaine
contre la Syrie, bien que les voix se mul-
tiplient, de tous bords, pour refuser cette
agression.
Tout l’indique : dans notre pays, comme
aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en
Allemagne, etc., la population, dans sa
grande majorité, rejette la marche à la
guerre. Rien ne saurait légitimer cette
agression contre le peuple syrien, ni les
décisions de Hollande, ni la discussion au
Parlement, ni les décisions de l’ONU.
Dans une telle situation, confronté à l’in-
croyable prétention de Hollande, usant des
pouvoirs exorbitants que lui accordent les
institutions de la Ve République, d’enga-
ger la France dans cette agression contre
le peuple syrien, comment le mouvement
ouvrier et démocratique pourrait-il ne pas
prendre ses responsabilités ? Ne lui revient-
il pas d’urgence de prendre toutes les ini-
tiatives permettant aux travailleurs,
militants et jeunes de se rassembler pour
faire entendre d’une voix puissante, mas-
sive et unie l’exigence : « Non à la guerre !
Non à l’intervention militaire en Syrie ! Ni
Hollande, ni ce Parlement, ni l’ONU ne
peuvent prétendre engager notre pays dans
la guerre ! »
Nous vous proposons une rencontre d’ur-
gence entre nos organisations dans la jour-
née de lundi afin de nous accorder sur les
conditions d’une telle initiative.
Les secrétaires nationaux du POI,
Claude JENET, Jean MARKUN,
Gérard SCHIVARDI, Daniel GLUCKSTEIN I
Marguerite Leuwen
A
la suite du vote du Parlement britan-
nique contre l’intervention, Le Figaro
(31 août) écrit : « Sarkozy en aurait sans
doute rêvé, Hollande l’a fait. Un duo franco-
américain sans la Grande-Bretagne, c’est du
presque jamais vu ! » Las… Obama, deux jours
plus tard, annonce qu’il convoque le Congrès
le 9 septembre pour décider.
“LA PRÉSIDENCE HOLLANDE
PRISE À CONTRE-PIED
PAR LA DÉCISION AMÉRICAINE”
Sous le titre : « La présidence Hollande prise à
contre-pied par la décision américaine », Le
Monde (3 septembre) écrit que la décision
d’Obama « a semé le trouble au sein du gou-
vernement français (…). Du coup, le président
François Hollande paraît isolé (…). En l’espace
de quelques jours, le climat s’est modifié. Au
volontarisme affiché par le président Hollande
lors de son discours musclé devant la confé-
rence des ambassadeurs le 27 août a succédé
une certaine nervosité. »
Libération (3 septembre) note : « Le président
se retrouve seul en première ligne à attendre les
décisions du Congrès américain. » Et ajoute :
« Le président français, acolyte des Etats-Unis,
se retrouve soumis à la décision du Congrès
américain. »
Pour Le Figaro (3 septembre), « le président se
trouve aujourd’hui dans une position bien
moins avantageuse sur la scène internationale
comme sur la scène intérieure.Le voilà contraint
de temporiser après la décision surprise
d’Obama (…), au risque d’apparaître à la
remorque des Etats-Unis. »
Jérôme Fourquet, de l’IFOP, explique dans Le
Figaro : « L’opération est très risquée pour Hol-
lande dès lors que les Français sont opposés à
l’intervention armée. Il apparaît à la remorque
d’Obama qui reste le seul maître du temps et
du calendrier. Lui joue les seconds rôles et rame
en terme de communication pour se caler sur
son puissant allié. » D’autant plus qu’aucun
pays de l’Union européenne ne s’est engagé
dans la « coalition » ...
EN FRANCE MÊME, HOLLANDE
EST EN DIFFICULTÉ
Mais ce n’est pas tout, en France même, Hol-
lande est en difficulté.
Le journal patronal Les Echos écrit : « La déter-
mination affichée par François Hollande s’est
retournée contre lui. Contraint d’attendre la
position de l’allié américain, l’exécutif est cha-
huté par l’opposition qui réclame un vote au
Parlement », et le décrit comme le « chef d’une
majorité embarrassée par la tournure que prend
en France le dossier syrien ».
Car « le chef de l’Etat doit également affronter
les doutes qui ont gagné la classe politique fran-
çaise divisée et les Français hostiles à toute inter-
vention » (Le Figaro, 3 septembre).
Malgré l’intense campagne de propagande,
même les sondages donnent une large majo-
rité de Français comme hostiles à l’interven-
tion militaire.
« L’union sacrée » n’a pas fait long feu. L’UMP
est divisée ; il y a ceux qui sont pour, ceux qui
sont contre, ceux qui demandent au préalable
un vote au Parlement.
Au sein même du PS, des voix s’élèvent sur ce
dossier. Le PCF et le PG se prononcent contre
la guerre, mais dans le même temps appellent
à la fois à un vote du Parlement et à une déci-
sion du Conseil de sécurité de l’ONU. Un vote
du Parlement et de l’ONU pour la guerre chan-
gerait-il la donne ? Avec ou sans l’ONU, avec
ou sans le Parlement, la guerre en Syrie reste-
rait un acte de barbarie, une attaque contre le
peuple syrien.
De cette situation, Le Figaro (3 septembre)
s’alarme : « Si François Hollande acceptait un
vote, chaque parlementaire serait alors devant
ses responsabilités. La réponse serait-elle évi-
dente pour tous ? Des divisions apparaîtraient
dans chaque groupe, dans chaque camp. Ceux
qui invoquent le vote de 1991 sur la première
guerre d’Irak devraient se souvenir que la pro-
cédure choisie — un engagement de responsa-
bilité du gouvernement de Michel Rocard — fut
un moyen commode de contraindre toute la
gauche à voter pour. »
LA CRISE DE CE RÉGIME
SE RÉVÈLE AVEC BRUTALITÉ
Le Figaro (3 septembre) cite « un sondeur fami-
lier de l’Elysée » : « Les Français (…) pourraient
voir cela comme une opération de diversion.
Contrairement au Mali, Hollande ne pourra
pas capitaliser sur le dossier syrien, quoi qu’il
arrive. »
La situation n’est en effet plus la même. La
population de ce pays est confrontée aux
conséquences de la politique de ce gouver-
nement en place depuis plus d’un an : coupes
dans les budgets et réforme des retraites. Au
moment où la population se débat dans
d’énormes difficultés, brutalement aggravées
par la politique de Hollande-Ayrault, l’opéra-
tion syrienne peut effectivement apparaître
comme une « diversion » d’un gouvernement
en crise qui cherche désespérément à faire
passer ses contre-réformes et, pour ce faire,
réaliser l’union sacrée qu’il ne trouve ni sur
les retraites ni sur la guerre en Syrie. I
“L’acolyte des Etats-Unis”,
François Hollande,
“seul et isolé”
Depuis plusieurs semaines, Hollande avait revêtu les habits d’un chef de guerre, caricature de
De Gaulle, cherchant à rassembler la nation dans une « union sacrée » pour le soutenir.
ILS ONT DIT
Vallsetleterrorisme
L’un des arguments des grandes puissances,
c’est la lutte contre le terrorisme. Manuel Valls,
le ministre de l’Intérieur, est coutumier de
déclarations musclées sur l’« ordre ».
Dans une interview au Monde (3 septembre),
il répond, à propos d’une question sur les
Français qui combattent en Syrie : « Nous tra-
vaillons avec le renseignement de surveillance.
La difficulté, c’est qu’ils vont combattre un
régime que nous condamnons nous-mêmes.
Beaucoup combattent dans l’armée officielle
de l’opposition, d’autres peuvent se retrou-
ver dans des groupes djihadistes qui sont sur
des listes d’organisations terroristes. » I
La lettre suivante a été adressée dimanche
1er septembre en tout début d’après-midi.
Lors de conversations téléphoniques
dimanche après-midi, il a été répondu
que lundi matin, ils en discuteraient.
Sans réponse lundi,un nouvel appel télé-
phonique est resté sans réponse, de
même que mardi matin. Le mardi 3 sep-
tembre à 19 heures, aucune réponse
n’était parvenue.
Lettre aux organisations ouvrières
et démocratiques qui se sont prononcées
contre l’intervention militaire en Syrie
POI
Dessin paru dans Le Parisien (2 septembre).

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  • 1. > A la Une >>>INFORMATIONS OUVRIÈRES N0 267 SEMAINE DU 5 AU 11 SEPTEMBRE 2013 2 Par Lucien Gauthier T out le monde s’attendait à des frappes américaines contre la Syrie dans le week-end du 31 août et du 1er septembre. Les officiels améri- cains l’avaient annoncé en mettant en place une coalition à laquelle avait ré- pondu favorablement le Premier mi- nistre britannique, Cameron, et le prési- dent Hollande. DES MOBILISATIONS QUI DÉSTABILISENT L’“ORDRE” En effet, la situation dans la région avait vu se développer, depuis trois ans, des pro- cessus révolutionnaires qui avaient chassé Ben Ali et Moubarak, ouvrant une nouvelle étape dans la situation mondiale. Ces der- nières semaines, la mobilisation de dizaines de millions d’Egyptiens avait entraîné la chute du gouvernement égyptien qui ras- semblait les Frères musulmans et l’état- major dans un équilibre fragile inspiré laborieusement par les Etats-Unis, laissant l’armée seule au pouvoir. La crise en Egypte a accéléré la réaction amé- ricaine. Dans cette région stratégique, non seulement du fait du pétrole mais aussi de l’existence de l’Etat d’Israël, il fallait à l’ad- ministration américaine reprendre en mains les choses, car « l’ordre » mondial était menacé par la crise en Egypte et la déstabi- lisation ouverte de tout son dispositif. 29 AOÛT : VOTE HISTORIQUE DU PARLEMENT BRITANNIQUE Mais le 29 août, le gouvernement britan- nique se voyait infliger une défaite histo- rique au Parlement. Non seulement la totalité des députés tra- vaillistes, mais également 30 députés conservateurs et 9 libéraux-démocrates votaient contre l’implication de la Grande- Bretagne dans la guerre en Syrie. C’est là une décision jamais vue depuis 1945. Elle exprime d’abord la crise de la bourgeoisie britannique, les différenciations en son sein, et reflète aussi le sentiment massif du peuple britannique, hostile à la guerre, qui n’oublie pas les mensonges de Tony Blair sur les armes de destruction massive en Irak en 2003. Apparemment, Obama n’en avait cure. Après le vote britannique, son secrétaire d’Etat, John Kerry, a encore fait des décla- rations guerrières. 30 AOÛT, RECUL D’OBAMA Mais le 30 août, changement de discours. Le New York Times (1er septembre) écrit à ce sujet : « Les conseillers du président Obama ont été stupéfiés par ce qu’a annoncé leur patron vendredi à 19 heures, à la veille d’un week- end dont ils pensaient qu’il allait voir s’abattre des missiles sur la Syrie. Dans cette réunion qui a duré deux heures, et qui concluait une semaine frénétique où Obama semblait prêt à se lancer dans une attaque militaire contre la Syrie, le président annonça qu’il se donnait un délai et qu’il allait consulter le Congrès. » Une semaine plus tôt, une centaine de par- lementaires, républicains et démocrates, dans une lettre ouverte à Obama, deman- daient la convocation du Congrès. Une telle lettre ouverte n’était pas le fruit du hasard, mais l’expression de l’inquiétude de sec- teurs de la classe dominante américaine au sujet des décisions d’Obama. Rien n’obli- geait à ce recul, au contraire, la Constitu- tion aux Etats-Unis stipulant que c’est le président américain, chef des armées, qui décide de la guerre et non pas le Congrès. UNE DÉCISION QUI SAPE L’AUTORITÉ DES ÉTATS-UNIS La décision d’Obama de convoquer le Congrès est une expression de la crise. « Barak Obama a-t-il abdiqué ses respon- ÉTATS-UNIS Appel de Labor Fightback Network (comité de résistance ouvrière) contresigné par cent syndicalistes (extraits) “Pourquoilemouvementouvrierdoits’opposeràuneattaqueaméricainecontrelaSyrie” sabilités de commandant en chef en déci- dant de passer par le Congrès ? (…) Une telle prise de position a sidéré les responsables politiques. Depuis des décennies, les prési- dents n’ont cessé d’étendre leurs pouvoirs, et plus encore depuis le 11 septembre 2001.» (Le Monde, 3 septembre). Pour Libération (3 septembre), « l’appel au Congrès risque maintenant de saper non seulement son autorité, mais aussi celle de ses successeurs et des Etats-Unis en général. Obama n’en est plus à “diriger de l’arrière” (le fameux leading from behind lancé en 2011 par un de ses conseillers pour résumer son style de politique étrangère), mais à ne “pas diriger” du tout, a résumé aussi le pré- sident du Council for Foreign Relations, Richard Haass. “Il a tellement mal géré la Syrie qu’on ne peut pas s’empêcher de se demander s’il ne veut pas perdre ce vote”, suspecte même un éditorial du très conser- ÉCLAIRAGE Qu’est-ce que “l’opposition syrienne” ? vateur Wall Street Journal, accusant aussi Obama de vouloir “diriger de derrière le Congrès”. » CRISE DE LA CLASSE DOMINANTE AMÉRICAINE C’est là une expression de la crise non seu- lement de l’administration américaine, mais également de l’ensemble de la classe domi- nante américaine. Les influents sénateurs John Mc Cain et Lynsee Graham, deux répu- blicains de poids, prônent une intervention militaire directe en Syrie. A l’opposé, plu- sieurs sénateurs démocrates veulent limiter au minimum cette intervention. D’autres républicains et démocrates s’abstiendraient de toute réaction. En effet, si les sommets politiques américains sont d’accord sur le risque d’une explosion dans la région et de remise en cause de l’ordre « américain », avec un risque de déstabilisation mondiale, ils se divisent avec force sur la manière d’y faire face. Ce d’autant plus que les piliers traditionnels de l’ordre américain dans la région sont eux- mêmes en crise. Le rétablissement du pou- voir de l’armée et la répression en Egypte ne peuvent prétendre stabiliser la situation dans ce pays, qui a vu, en moins de trois ans, les masses déferler par dizaines de millions dans les rues. De même, les mobilisations massives qui ont eu lieu en Turquie contre le gouverne- ment d’Erdogan ont affaibli considérable- ment le gouvernement turc et le rôle qu’il voulait jouer dans la région. La crise n’est pas moins forte en Israël, qui cherche la fuite en avant dans une guerre avec l’Iran. Selon l’agence Reuters, « la radio de l’armée israélienne a rapporté les propos d’un haut fonctionnaire qui a voulu rester anonyme : “Si Obama hésite sur la Syrie, il est clair qu’il hésitera encore plus sur la ques- tion d’attaquer l’Iran. La probabilité qu’Is- raël devra alors agir seul en est renforcée.” » C’EST DE LA CRISE DE L’“ORDRE” MONDIAL QU’IL S’AGIT C’est donc tout l’ordre mondial qui est menacé par ces développements, parce que, d’abord et avant tout, il y a l’incapa- cité de l’administration américaine à faire face comme elle le devrait à ces dévelop- pements, qui ne se limitent pas à la région. Il y a la vague gréviste en Afrique du Sud, pays majeur de ce continent, la situation qui prévaut en Europe où les travailleurs et les peuples cherchent les voies de la résis- tance aux politiques d’austérité, affaiblis- sant tous les gouvernements. Et le Brésil, le géant de l’Amérique latine, est confronté à d’importantes mobilisations. Quand Richard Haass, haut responsable américain, explique que la décision d’Obama « est un recul majeur de la pri- mauté de l’exécutif », il ne se limite pas à des considérations purement américaines : il décrit la situation de l’administration américaine à l’échelle mondiale. I « A l’heure où 27 millions de tra- vailleurs sont au chômage ou en sous-emploi et où sont opérées des coupes sévères dans les programmes sociaux au nom de la politique de coupes systématique, l’administra- tion Obama préfère se concentrer sur la finalisation des plans pour bombarder la Syrie. Nous croyons fermement que le mouvement syndical et nos parte- naires associatifs devraient s’oppo- ser avec force à une telle offensive. Après tout, le gouvernement a détruit l’Irak, et cela a coûté la vie à 4 488 citoyens américains, fait des milliers de blessés et coûté des milliards de dollars, et cela a également coûté la vie à un million d’Irakiens et de nom- breux blessés, tout cela sur la base d’un mensonge selon lequel Sad- dam Hussein aurait possédé des armes de destruction massive. (…) Le gouvernement américain a atta- qué l’Afghanistan, et, douze ans plus tard, la guerre contre ce pays conti- nue toujours, avec encore plus de pertes en vies humaines et au prix de 10 milliards de dollars par mois. Mais quel bénéfice cette guerre a- t-elle apporté à la majorité ouvrière des deux pays ? Maintenant, une nouvelle guerre américaine est appa- remment prête à se déclencher, cette fois contre la Syrie. Après, ce sera au tour de l’Iran ? Et quel pays sera l’en- nemi après l’Iran ? Beaucoup de choses horribles se passent non seulement en Syrie mais aussi dans d’autres parties du monde. Mais les Etats-Unis n’ont aucun droit pour intervenir et dicter les cours des événements dans d’autres pays. Nous ne sommes pas le gendarme du monde (…). Le mouvement ouvrier doit être inconditionnellement contre toute agression militaire menée par le gouvernement américain — le seul gouvernement au monde à avoir uti- lisé des armes atomiques et, plus tard, l’agent orange au Viêt Nam et de l’uranium appauvri en Irak. Le peuple américain en a plus qu’as- sez des guerres sans fin et des occu- pations. Tous les sondages montrent qu’une écrasante majorité du public s’oppose à une frappe américaine contre la Syrie. Nous invitons nos camarades syndiqués — et tous les alliés du mouvement ouvrier — à s’exprimer maintenant et à exiger du gouvernement américain : “De l’ar- gent pour l’emploi et pour l’ensei- gnement, pas pour les guerres et les occupations ! Bas les pattes devant la Syrie !” » I Obama, la Syrie et la crise du “leadership américain” face aux développements de la situation mondiale ÉTATS-UNIS ”La décision d’Obama est un recul majeur de la primauté de l’exécutif” Alors que la mobilisation des peuples en Tunisie et en Egypte chassait Ben Ali et Moubarak, des mobilisations se sont développées dans d’autres pays, notamment au Bahreïn et en Syrie. Au Bahreïn, 5 000 soldats saou- diens ainsi que 500 policiers qata- ris réprimaient dans le sang les manifestants. En Syrie, alors que le régime com- mençait à réprimer les manifesta- tions, surgirent une série de milices qui se présentèrent comme « l’op- position révolutionnaire » au ré- gime. D’emblée, il apparut que non seulement l’Arabie Saoudite et le Qatar finançaient et armaient ces milices, mais qu’également, les grandes puissances commençaient à les utiliser. Dans ces conditions, la mobilisation populaire contre le régime s’interrompit du fait de la guerre opposant l’armée et les milices. Le peuple syrien, pris entre deux feux, est terré chez lui, plus de 100 000 Syriens sont morts et 2 millions sont réfugiés à l’étran- ger. L’opposition officielle, basée à l’étranger, a été reconnue comme légitime par les grandes puissances, mais sur le terrain, les milices font ce qu’elles veulent. Même l’ONG américaine officielle Human Rights Watch a dénoncé la barbarie tant du régime que des milices. Il faut dire qu’alimentés par les fonds des monarchies pétrolières, des mil- liers de djihadistes étrangers, mer- cenaires et « chiens de guerre » ont déferlé sur la Syrie. L’Arabie Saou- dite et le Qatar, à coup de millions et par le biais de milices, se font la guerre dans la guerre. L’Arabie Saou- dite semble l’avoir emporté. En juillet, c’est le candidat de l’Arabie Saoudite qui a été imposé à la tête de la « coalition nationale de Syrie » contre celui du Qatar. Il s’agit d’un chef tribal proche des services secrets saoudiens. Sur le terrain, la principale force combattante est le Front al-Nosra, qui se réclame ouvertement d’al- Qaida. I Richard Haass, haut responsable américain
  • 2. é D ans la lettre adressée aux organisations ouvrières qui se sont prononcées contre l’in- tervention militaire en Syrie pour leur proposer une initia- tive commune, notre parti, le POI, précise que « rien ne saurait légitimer cette agres- sion contre le peuple syrien, ni les décisions de Hollande,ni la discussion au Parlement, ni les décisions de l’ONU » (1). De son côté, l’éditorialiste de L’Huma- nité écrit ce 2 septembre : « Comment décré- ter la guerre ou la paix pourrait-il être l’apanage d’un homme seul au XXIe siècle ? Au moins François Mitterrand s’était-il sou- mis au vote du Parlement avant de faire par- ler les armes lors de la première guerre d’Irak en 1991. » Question : le vote de 1991 confé- rait-il une quelconque légitimité à l’agres- sion contre le peuple irakien ? Non ! Aujourd’hui comme en 1991, et au-delà des prétextes invoqués, le seul fondement de l’intervention,ce sont les intérêts des mul- tinationales, des banques, des spéculateurs et capitalistes dont la défense commande la politique de l’administration américaine et de son petit supplétif François Hollande (non sans crises et contradictions). Mais si l’on se place du point de vue du droit des peuples, aucune légitimité ne peut être reconnue à l’intervention militaire qui menace. Le président de la République, chef des armées, peut décider seul ? Cela découle en effet du caractère bonapartiste et antidé- mocratique des institutions de la Ve Répu- blique (dont l’élection du président de la République au suffrage universel est la clé de voûte). Mais même agrémentée d’une touche d’approbation parlementaire,l’agres- sion contre le peuple syrien serait-elle légi- time ? La question vaut, tout autant, pour la « réforme » Hollande-Ayrault des retraites. L’aggravation des conditions d’exploitation et le démantèlement des garanties collec- tives n’ont d’autre motif que le respect des diktats du FMI,de l’Union européenne et de la BCE (elle-même reliée à la Réserve fédé- rale des Etats-Unis, c’est-à-dire, là encore, au capital financier nord-américain). Mais ces mesures n’ont aucune légitimité du point de vue des travailleurs, des jeunes, des chô- meurs, des retraités. Un vote du Parlement pourrait légaliser ces mesures ; il ne les légi- timerait pas pour autant,du point de vue de la démocratie. Quels que soient les votes de l’ONU ou du Parlement, la légitimité est dans le camp du combat contre l’intervention en Syrie, comme elle est du côté de l’action de classe unie pour le retrait de la contre-réforme Ayrault des retraites. Qu’il s’agisse de la menace de guerre ou des contre-réformes du gouvernement, le respect de la démocratie et des droits légi- times des peuples et de la majorité sont contradictoires aux institutions de laVe Répu- blique et de l’Union européenne. C’est pourquoi le Parti ouvrier indépen- dant se prononce pour la rupture avec ces institutions, pour la liquidation des traités de l’Union européenne et l’établissement d’une véritable souveraineté du peuple à tra- vers une Assemblée constituante.Cela,pour ouvrir la voie à l’union libre des peuples et nations libres de toute l’Europe, libres de ne pas obéir aux diktats de guerre et de misère de la Réserve fédérale de Washington et de la Banque centrale européenne de Franc- fort. De manière immédiate,le POI renouvelle son appel d’urgence à réaliser l’unité pour empêcher l’intervention militaire en Syrie. A bas la guerre ! A bas l’exploitation ! (1) A l’heure où nous écrivons, aucune réponse à notre proposition ne nous est parvenue. ÉDITORIAL INFORMATIONS OUVRIÈRES N0 267 SEMAINE DU 5 AU 11 SEPTEMBRE 2013 3 Aucune légitimité ! Daniel Gluckstein Secrétaire national du POI (Extraits) Dimanche 1er septembre 2013 Chers camarades, (…) En France, imperturbablement, Hol- lande réaffirme sa détermination à parti- ciper à l’agression militaire américaine contre la Syrie, bien que les voix se mul- tiplient, de tous bords, pour refuser cette agression. Tout l’indique : dans notre pays, comme aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, etc., la population, dans sa grande majorité, rejette la marche à la guerre. Rien ne saurait légitimer cette agression contre le peuple syrien, ni les décisions de Hollande, ni la discussion au Parlement, ni les décisions de l’ONU. Dans une telle situation, confronté à l’in- croyable prétention de Hollande, usant des pouvoirs exorbitants que lui accordent les institutions de la Ve République, d’enga- ger la France dans cette agression contre le peuple syrien, comment le mouvement ouvrier et démocratique pourrait-il ne pas prendre ses responsabilités ? Ne lui revient- il pas d’urgence de prendre toutes les ini- tiatives permettant aux travailleurs, militants et jeunes de se rassembler pour faire entendre d’une voix puissante, mas- sive et unie l’exigence : « Non à la guerre ! Non à l’intervention militaire en Syrie ! Ni Hollande, ni ce Parlement, ni l’ONU ne peuvent prétendre engager notre pays dans la guerre ! » Nous vous proposons une rencontre d’ur- gence entre nos organisations dans la jour- née de lundi afin de nous accorder sur les conditions d’une telle initiative. Les secrétaires nationaux du POI, Claude JENET, Jean MARKUN, Gérard SCHIVARDI, Daniel GLUCKSTEIN I Marguerite Leuwen A la suite du vote du Parlement britan- nique contre l’intervention, Le Figaro (31 août) écrit : « Sarkozy en aurait sans doute rêvé, Hollande l’a fait. Un duo franco- américain sans la Grande-Bretagne, c’est du presque jamais vu ! » Las… Obama, deux jours plus tard, annonce qu’il convoque le Congrès le 9 septembre pour décider. “LA PRÉSIDENCE HOLLANDE PRISE À CONTRE-PIED PAR LA DÉCISION AMÉRICAINE” Sous le titre : « La présidence Hollande prise à contre-pied par la décision américaine », Le Monde (3 septembre) écrit que la décision d’Obama « a semé le trouble au sein du gou- vernement français (…). Du coup, le président François Hollande paraît isolé (…). En l’espace de quelques jours, le climat s’est modifié. Au volontarisme affiché par le président Hollande lors de son discours musclé devant la confé- rence des ambassadeurs le 27 août a succédé une certaine nervosité. » Libération (3 septembre) note : « Le président se retrouve seul en première ligne à attendre les décisions du Congrès américain. » Et ajoute : « Le président français, acolyte des Etats-Unis, se retrouve soumis à la décision du Congrès américain. » Pour Le Figaro (3 septembre), « le président se trouve aujourd’hui dans une position bien moins avantageuse sur la scène internationale comme sur la scène intérieure.Le voilà contraint de temporiser après la décision surprise d’Obama (…), au risque d’apparaître à la remorque des Etats-Unis. » Jérôme Fourquet, de l’IFOP, explique dans Le Figaro : « L’opération est très risquée pour Hol- lande dès lors que les Français sont opposés à l’intervention armée. Il apparaît à la remorque d’Obama qui reste le seul maître du temps et du calendrier. Lui joue les seconds rôles et rame en terme de communication pour se caler sur son puissant allié. » D’autant plus qu’aucun pays de l’Union européenne ne s’est engagé dans la « coalition » ... EN FRANCE MÊME, HOLLANDE EST EN DIFFICULTÉ Mais ce n’est pas tout, en France même, Hol- lande est en difficulté. Le journal patronal Les Echos écrit : « La déter- mination affichée par François Hollande s’est retournée contre lui. Contraint d’attendre la position de l’allié américain, l’exécutif est cha- huté par l’opposition qui réclame un vote au Parlement », et le décrit comme le « chef d’une majorité embarrassée par la tournure que prend en France le dossier syrien ». Car « le chef de l’Etat doit également affronter les doutes qui ont gagné la classe politique fran- çaise divisée et les Français hostiles à toute inter- vention » (Le Figaro, 3 septembre). Malgré l’intense campagne de propagande, même les sondages donnent une large majo- rité de Français comme hostiles à l’interven- tion militaire. « L’union sacrée » n’a pas fait long feu. L’UMP est divisée ; il y a ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, ceux qui demandent au préalable un vote au Parlement. Au sein même du PS, des voix s’élèvent sur ce dossier. Le PCF et le PG se prononcent contre la guerre, mais dans le même temps appellent à la fois à un vote du Parlement et à une déci- sion du Conseil de sécurité de l’ONU. Un vote du Parlement et de l’ONU pour la guerre chan- gerait-il la donne ? Avec ou sans l’ONU, avec ou sans le Parlement, la guerre en Syrie reste- rait un acte de barbarie, une attaque contre le peuple syrien. De cette situation, Le Figaro (3 septembre) s’alarme : « Si François Hollande acceptait un vote, chaque parlementaire serait alors devant ses responsabilités. La réponse serait-elle évi- dente pour tous ? Des divisions apparaîtraient dans chaque groupe, dans chaque camp. Ceux qui invoquent le vote de 1991 sur la première guerre d’Irak devraient se souvenir que la pro- cédure choisie — un engagement de responsa- bilité du gouvernement de Michel Rocard — fut un moyen commode de contraindre toute la gauche à voter pour. » LA CRISE DE CE RÉGIME SE RÉVÈLE AVEC BRUTALITÉ Le Figaro (3 septembre) cite « un sondeur fami- lier de l’Elysée » : « Les Français (…) pourraient voir cela comme une opération de diversion. Contrairement au Mali, Hollande ne pourra pas capitaliser sur le dossier syrien, quoi qu’il arrive. » La situation n’est en effet plus la même. La population de ce pays est confrontée aux conséquences de la politique de ce gouver- nement en place depuis plus d’un an : coupes dans les budgets et réforme des retraites. Au moment où la population se débat dans d’énormes difficultés, brutalement aggravées par la politique de Hollande-Ayrault, l’opéra- tion syrienne peut effectivement apparaître comme une « diversion » d’un gouvernement en crise qui cherche désespérément à faire passer ses contre-réformes et, pour ce faire, réaliser l’union sacrée qu’il ne trouve ni sur les retraites ni sur la guerre en Syrie. I “L’acolyte des Etats-Unis”, François Hollande, “seul et isolé” Depuis plusieurs semaines, Hollande avait revêtu les habits d’un chef de guerre, caricature de De Gaulle, cherchant à rassembler la nation dans une « union sacrée » pour le soutenir. ILS ONT DIT Vallsetleterrorisme L’un des arguments des grandes puissances, c’est la lutte contre le terrorisme. Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, est coutumier de déclarations musclées sur l’« ordre ». Dans une interview au Monde (3 septembre), il répond, à propos d’une question sur les Français qui combattent en Syrie : « Nous tra- vaillons avec le renseignement de surveillance. La difficulté, c’est qu’ils vont combattre un régime que nous condamnons nous-mêmes. Beaucoup combattent dans l’armée officielle de l’opposition, d’autres peuvent se retrou- ver dans des groupes djihadistes qui sont sur des listes d’organisations terroristes. » I La lettre suivante a été adressée dimanche 1er septembre en tout début d’après-midi. Lors de conversations téléphoniques dimanche après-midi, il a été répondu que lundi matin, ils en discuteraient. Sans réponse lundi,un nouvel appel télé- phonique est resté sans réponse, de même que mardi matin. Le mardi 3 sep- tembre à 19 heures, aucune réponse n’était parvenue. Lettre aux organisations ouvrières et démocratiques qui se sont prononcées contre l’intervention militaire en Syrie POI Dessin paru dans Le Parisien (2 septembre).