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Petrocaribe fête ses dix ans d’existence ce lundi 29 juin. Initié par Hugo Chávez,
cet accord de coopération énergétique entre le Venezuela et certains pays latino-
américains et caribéens, dont Haïti, dote les pays membres d’un précieux outil leur
permettant de réaliser un ensemble de projets de développement. La gestion du
pays, en particulier, de l’administration Martelly/ Lamothe, des fonds découlant
de ce programme est l’un des sujets les plus controversés dans la sphère politique
haïtienne.
» lire page 10
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» P. 22
»   P. 4
CULTURE
SPORT
» suite page 5
Bonne performance
de Lil Wayne, Swizz
Beatz et Chris Brown
au Champ-de-Mars
Par Walcam
Vivre en Haïti :
un véritable défi
HAÏTI / ÉCONOMIE
LUNDI 29 JUIN 2015 NUMÉRO 27
WWW.LENATIONAL.HT
QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI
HAÏTI / COOPÉRATION
ACTUALITÉ
Petrocaribe a dix ans :
un bilan mitigé pour HaïtiPar Jean Michel Cadet
Danilo Médina
pour une évaluation
de l'Onu
par Lionel Edouard
Les demi-finales
des Play-offs !
par Gérald Bordes
2 | N0
27 LUNDI 29 JUIN 2015
TRIBUNE
Lettre du Collectif du 4 Décembre 2013
au Premier ministre Evans PaulLe 27 juin 2015
Monsieur Evans Paul Premier Min-
istre En ses bureaux
Monsieur le Premier Ministre
Le Collectif du 4 Décembre 2013
vous donne acte de cet appel sous
le drapeau que vous avez lancé aux
organismes de la Société Civile pour
un dialogue patriotique sur la situ-
ation de nos compatriotes et celle
des éventuels citoyens étrangers
que compte déverser la République
dominicaine sur notre territoire.
Tout en déplorant tout ce temps
pris par le gouvernement avant de
réagir au signal d’alarme lancé par
LE COLLECTIF DU 4 DECEMBRE
depuis le 17 décembre 2013, et
encore tout dernièrement ce 24 mai
écoulé, nous tenons à reprendre
dans cette missive les recomman-
dations dont l’application devrait
immédiatement porter fruits et
permettre ipso facto, de redorer le
blason de respect et de dignité de
notre peuple, de notre nation.
1.- Le dossier épineux de la
République dominicaine au trav-
ers de l’Arrêt TC 168/13 et de la
loi 169/14, faisant montre d’un
racisme, d’une xénophobie et d’un
antihaitianisme pervers, doit être
transféré au niveau international.
Les instances telles: l’O.E.A et
les Nations-Unies par extension,
pourront prendre les mesures adé-
quates pour contraindre la Répub-
lique dominicaine à respecter
les traités et conventions afin de
mettre fin aux violations flagrantes
des droits de l’Homme en ladite
république.
Dans cet ordre d’idées,
LE COLLECTIF du 4 DECEMBRE
suggère que la gestion diploma-
tique de ce dossier soit remise à
cette équipe qui avait abordé avec
sérénité et tact, avait maitrisé avec
brio le problème et avait pu alert-
er toute l’internationale qui, elle,
avait mis illico la pression sur l’Etat
dominicain fautif.
Il nous paraît également opportun
que votre gouvernement dénonce
publiquement les violations des
droits humains par la République
dominicaine, les ruses et fourberies
des autorités de cette dernière. C’est
aussi l’occasion de remercier
ceux qui, comme le Maire de New
York: l’Honorable Bill di Blasio ;
le Maire de Montréal : l’Honorable
Denis Coderre ; les parlementaires
américains: Frederica Wilson,
Rodneyse Bichotte, Daphne
Campbell ; les dominicains vivant à
New York ; les étudiants américains
de la Floride ; la diaspora haïtienne
; les nombreux organismes de
défense des droits de l’Homme; les
citoyens du monde qui ont dit et
continuent à crier: non au racisme
et à l’apartheid en republique
dominicaine !
2.- En second lieu, Face à notre
déficience en infrastructures appro-
priées pour l’accueil de cette masse
de refoulés, nous vous suggérons
l’utilisation des structures doua-
nières existantes aux postes front-
aliers pour recevoir, abriter et gérer
dans un premier temps les victimes
de l’apatridie et de la chasse aux
noirs que mène la République
dominicaine.
3.- Finalement, Dans cette
conjoncture, il nous parait tout-
à-fait indiqué de décider que
désormais toute importation venant
de la république dominicaine
soit faite par voie aérienne ou
maritime vers le port de Port au
Prince. L’heure est aux sacrifices.
Nous sommes conscients que
ces procédures conjoncturelles
nécessiteront des ajustements
majeurs par les importateurs
auxquels notre gouvernement
devra faire comprendre qu’il s’agit
de gérer un casus belli, et que, tant
que durera la crise entre les deux
pays, des sacrifices seront attendus
de tous ceux qui, pour notre pays et
ses citoyens, auront un minimum de
respect et pour nos frères bafoués,
un zeste de compréhension, de
compassion et d’appui moral.
Cette lettre, Monsieur le Premier
Ministre, que vous nous permettrez
de rendre publique, est notre
réponse à votre appel patriotique
du 18 juin dernier et l’application
de ces mesures que nous suggérons,
traduira la hauteur de l’appréciation
que vous lui donnez. Acta non
verba.
Patriotiquement vôtre,
Jean-Robert Argant
Coordonnateur général
collectif du 4 décembre 2013
LUNDI 29 JUIN 2015 N0
27 | 3
ACTUALITÉ
Vers la réduction
du nombre
d'orphelinatsPar Evens REGIS
S
elon les statistiques de la
directrice de l’IBESR, Arielle
Jeanty Villedrouin, la quan-
tité d’orphelinats recensée est
passée de 150 à 770 après la catastro-
phe du 12 janvier 2010. Seulement 6
% de cette quantité a une autorisation
formelle, la grande majorité ne dis-
pose pas d’une provision légale pour
fonctionner sur le territoire.
Trente-deux mille enfants, en
majeure partie des filles, partagent
ces 770 maisons d’accueil. Près
de 80 % de ces enfants ne sont
pas orphelins, ils ont une famille
biologique. Notre niveau de vie
précaire oblige souvent des parents
en Haïti à abandonner leurs enfants
dans des maisons exclusivement
réservées aux orphelins. Maintes
fois, ils sont victimes de la traite
des enfants, et sont souvent à
l’avenir déviés vers des pratiques
interdites par la société, comme la
prostitution, le vol, le viol, etc.
« C’est une situation anormale, due à
la pauvreté multidimensionnelle qui
touche plus de 70 % de la population,
et à l’insécurité alimentaire des 40 %
des ménages en Haïti », a fait savoir
le ministre des Affaires sociales et du
Travail, Victor Benoît. Dans son inter-
vention, il a annoncé que le gouver-
nement n’allait pas rester indifférent
face à une telle situation qui ronge
la société. L’IBESR doit bénéficier de
toutes les politiques transversales
pour arriver à contrecarrer les mal-
frats qui utilisent les orphelins pour
plonger nos enfants dans le vice, les
familles dans le désarroi, et le drame
infernal. Le MAST s’engage à faire
en sorte que toutes les recommanda-
tions soient prises en compte dans
le cadre de ses nouvelles politiques
sociales, a promis le ministre Victor
Benoît.
L’institutionnalisation
des enfants, un problème
mondial
L’exposé de Georgette Mulheir, PDG
de Lumos, a montré que huit mil-
lions d’enfants à travers le monde
vivent dans des orphelinats. Ils sont
80 % qui fréquentent ces lieux faute
de la précarité économique tout en
ayant des familles biologiques. Selon
l’assistante sociale, séparer un enfant
de sa famille n’est jamais la bonne
solution. Les expériences ont prouvé
que les torts causés par les institu-
tions d’accueil ont des impacts sur le
développement précoce du cerveau
des enfants. Il y a un meilleur dével-
oppement cognitif, psychologique,
social et psychopathologique pour
les enfants vivant en famille que
pour d’autres confiés aux institutions
d’accueil.
Jean Metenier, représentant adjoint
de l’Unicef en Haïti, a pour sa part
déclaré qu’en plaçant les enfants dans
des institutions d’accueil, ils perdent
leur première ligne de défense que
sont les parents. La politique de
l’Unicef, c’est d’encourager le main-
tien des enfants dans des familles
(famille d’accueil, élargie, autonome
ou biologique), a-t-il informé.
Avec beaucoup d’émotion et
d’enthousiasme, Madame Pamela
Ann White, dit être consciente que
les enfants représentent l’avenir de ce
pays. Le gouvernement américain va
continuer à travailler de concert avec
le gouvernement haïtien, en vue de
promouvoir un développement inté-
gral des enfants en Haïti et leur droit
de vivre dans une famille.
L’ambassadrice des États-Unis en
Haïti a encouragé l’État haïtien à
travailler de façon à augmenter
la chance d’éducation de tous les
enfants en Haïti, et la réduction du
nombre d’enfants placés dans des
institutions.
Les enfants placés dans des orphe-
linats représentent le capital
économique de bons nombre de
propriétaires de ces institutions
d’accueil. Grâce à ces enfants, l’aide
internationale ne cesse de grandir
au niveau de ces institutions, et les
responsables ne cessent d’empocher.
Malgré tout, à en croire Madame Ville-
drouin, la situation des enfants reste
presque toujours de même, et des fois
s’aggrave. Il faudrait changer de poli-
tiques certes, mais comment l’IBESR
va-t-il s’y prendre pour défier l’avidité
de ces responsables, et atteindre ses
objectifs ?
Donner du prestige à l'État
Onpeutaimertouteslesfoliesdumonde;etfairedel’excèsetdeladésinvolturela
tramedefonddesavie.Jusque-là,sionneportepasconcrètementatteinteaux
droitsetauxlibertésdesautres,çanedérangepas.Aprèstout,notrevieestànous
etonpeut,ondoitpouvoirenfairecequ’onenveut.
Maisilfautsavoirquandnotrestatutchange.Ilfautsavoirquandnouspassonsdu
statutdecitoyenlambdaàceluid’hommed’État.Àceniveauderesponsabilités,
onperdunpeudeseslibertés,oudumoinsoncèdeunpeudeseslibertésàune
logiquedesauvegardedubiencommun.Çarimeàça,uneplacedanslagestion
delachosepublique.
Ces fonctions exigent une attitude et du prestige. Les représentants du pouvoir
d’État doivent savoir se tenir continûment dans un protocole. De telles mises en
placesontplusquenécessairesaumaintienauseindessociétésd’uneplateforme
éthiqueautourdelalaquellelepeuplepeutsetrouverdesperspectivesmorales.
Lorsquequelquescontingencesnousattribuentunefonctiondansl’appareild’État,
onnepeutpasfairedanslamaladresseetlabêtise.Ilfautfairetairesesdémonsin-
térieurs.Sesdémonsquis’appellentgrivoiserie,malséance,alcoolisme,tabagisme,
excentricitédetoutessortes.L’État,çachangeunhomme,çachangeunevie.Onn’est
plussoi-mêmepoursoi-même,onporteunevision,unprojetdevivre-ensemble.Et
tousnoscomportementsdoiventlaissertransparaîtrenotresensdupouvoirdans
ladignité,notresensdel’autredanslerespect...oui,lerespect.
Lorsqu’onestcadredel’État,onporteensoilesouffledelaRépublique.Onattend
denousdescomportementsquientrentenrésonanceavecunsystèmedevaleurs
instituées. Ce n’est pas pour du beurre que la morale existe. La morale collective
permetauxsociétésdesereconnaîtreautourdeprincipespartagés.C’estunexercice
quirendenvisageableunesphèrecommunedecitoyenneté.
MaisquedefoisenHaïti,lespoliticiensontcrachésurleprotocolequ’exigentleurs
fonctions. Que de fois la société civile naïve, non informée, a joué le jeu de ces
hommesd’État.
Encetempsd’élections,ilfautdansl’absoluquetouslescandidatssachentquel’État
n’estpasunescènesurlaquelleonvientjouersonpersonnage,faireleclowngrivois
etridicule…L’Étatestuneinstancedepouvoirquiexistepourfairedel’expérience
socialeuneexpériencesobreetheureuse.IlfautdonneràlaRépubliqueduprestige
etduprotocole.
ÉditoHAÏTI/DÉSINSTITUTIONALISATIONDESENFANTS
L’Institut du bien-être social et de recherches (IBESR)
a lancé officiellement, le vendredi 26 juin à l’hôtel
Marriott, la campagne de désinstitutionalisation des
enfants. Cette campagne bénéficiera des appuis du
ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), de
l’USAID, de Lumos, et de l’Unicef.
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LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A.
4 | N0
27 LUNDI 29 JUIN 2015
ACTUALITÉ
D
epuis la fermeture du Plan
national de régularisation
des étrangers (PNRE), les
réactions fusent de toutes
parts pour dénoncer le racisme et la
xénophobie dominicains, notamment
à l’égard des Haïtiens. En fin de la
semaine écoulée, le président domini-
cain, Danilo Médina, sorti de son mut-
isme, a dénoncé une campagne visant
à ternir l’image de son pays, tout en
revendiquant le droit de contrôler le
flux migratoire sur son territoire.
Cette première sortie dans la presse
du président Médina, depuis le
début des rapatriements, participe
de la campagne de séduction
des autorités dominicaines pour
tenter de refaire l’image de leur
pays sévèrement entamée, avec la
publication de l’arrêt 168-13 de la
Cour constitutionnelle dominicaine.
Plus de 350 mille personnes
devraient toutefois bénéficier
d’un statut et de documents, s’est-
il félicité. Combien d’Haïtiens ?
Toujours une énigme. Cette
antipathie à l’endroit des Haïtiens,
selon plusieurs analystes constitue
une faute morale.
Malgré son acharnement à défendre
l’indéfendable, Danilo Médina
assume son statut de chef d’État.
Il défend son pays ainsi que la
politique migratoire menée par
son administration. Il en appelle
aussi à l’expertise de l’Onu pour
évaluer le travail fourni dans cette
nouvelle politique. Il n’y a aucun
cas d’apatridie sur le territoire
dominicain, a également tenu à
préciser le remplaçant de Léonel
Fernandez à la présidence.
Bilan de la semaine !
Entre-temps, la tension monte
d’un cran sur la frontière
haïtiano-dominicaine. Des soldats
dominicains, durant la semaine
écoulée, ont tabassé un motocycliste
haïtien à Belladère.
En réaction aux nombreux actes de
violation des droits des migrants,
à Ouanaminthe, le maire a pris
sur lui de fermer la frontière. Le
gouvernement central n’était pas
au courant, selon Lener Renaud.
Une décision, apprend-on, qui est
intervenue à la suite de troubles
enregistrés la veille dans la ville.
Malgré les contestations, le proces-
sus de rapatriements continue. Le
Service jésuite aux migrants/Soli-
darite fwontalye (SJM-Haïti/SFw)
a constaté du 22 au 26 juin 2015
l’arrivée de 3 674 migrants haïtiens
et dominicains d’ascendance haïti-
enne, aux points frontaliers de Mal-
passe, Anse-à-Pitre, Ouanaminthe,
Belladère, également à Cornillon-
Grand Bois, entrée frontalière non
officielle.
À la frontière de Malpasse-Jimani,
le SJM-Haïti/SFw a accueilli 20
migrants, dont 13 garçons et 7
femmes. Qui s’ajoutent aux huit
familles déportées, logées à la cité
de Fond-Bayard sur la route de
Malpasse à Fond-Parisien. De ces
familles on dénombre 20 mineurs,
dont 8 enfants de moins de trois
ans.
Du côté de l’entrée d’Anse-à-Pitre-
Pédernales, le SJM-Haïti/SFw
a enregistré 1 109 déportés, à
Dajabón-Ouanaminthe, ils étaient
514, ces compatriotes qui ont
été expulsés de la République
dominicaine. Ces déportés sont
installés respectivement, à Anse-à-
Pitre, dans les localités de Tète-à-
l’Eau, Parc Cadeau et Tète-Source,
et à Ouanaminthe, ils sont pour
la plupart sans destination et ne
sont orientés vers aucune structure
d’accueil, hormis les quelques
migrants logés dans cette commune
au local du SJM-Hait/SFw.
En outre, le SJM-Haïti/SFw a
constaté, à la frontière de Belladère-
Elias Pina, l’arrivée de 1 806
déportés pour la semaine du 22 au
26 juin, dont 52 migrants expulsés
seulement au cours de la journée
du vendredi 26 juin. Cependant,
dans les localités de Cornillon-
Grand-Bois, le Service des jésuites
a reçu 80 migrants haïtiens, dont
57 hommes et 23 femmes.
HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION
Danilo Médina pour
une évaluation de l'Onupar Lionel Edouard
Le président dominicain, Danilo Medina. / Photo : laperiorevista.net
La tension monte entre Haïti et la République dominicaine. Toutes les attentions
sont focalisées sur cette affaire qui devient de plus en plus une crise identitaire,
voire raciale. Le gouvernement haïtien temporise, alors que son homologue
de l’autre côté de la frontière tente par tous les moyens de sortir de la pression
internationale en se défendant contre les attaques de divers pays et organisations.
LUNDI 29 JUIN 2015 N0
27 | 5
ACTUALITÉ
À
en croire la version offici-
elle, les fonds Petrocaribe
auraient été bien gérés par
les autorités haïtiennes
durant la période 2012-2014. C’est
du moins ce qui ressort du rapport
d’audit du Venezuela, qui s’estime
historiquement redevable envers
Haïti. De plus, la veille du 10e anni-
versaire de Petrocaribe, le gouverne-
ment bolivarien, via son ambassadeur
accrédité à Port-au-Prince, Pedro
Antonio Camon, a renouvelé sa volo-
nté d’accompagner Haïti à travers ce
programme. Il s’est dit satisfait des
avancées significatives des projets
réalisés grâce aux fonds petrocaribe.
Le gouvernement haïtien, dans
cette veine, s’est donné un
satisfecit quant à sa gestion des
fonds petrocaribe au regard de
son rapport publié en décembre
2014, intitulé : « La transformation
d’Haïti à travers les grands travaux
de reconstruction avec les fonds
petrocaribe ». Ce document fait
état de 907 millions de dollars
américains budgétisés pour la
réalisation de 234 projets relatifs
au développement territorial et
économique : l’agriculture, les
infrastructures, le tourisme, au
cours de la période allant de mai
2011 à septembre 2014.
Près de 78 % d’un montant de 230
millions de dollars budgétisés ont
été transférés pour des projets qui
relèvent de l’axe développement
social, d’après le rapport
gouvernemental.
La construction de logements
sociauxetdesprojetsderelogement,
poursuit ce document de 248
pages, ont nécessité un budget de
44 millions de dollars dont 80 %
ont été transférés au compte des
projets y relatifs.
Pour ce qui est des projets sociaux,
59 millions de dollars, dit le
rapport, ont été mobilisés pour la
réalisation des projets dénommés
: Ti manman cheri, kore peyizan,
panye solidarite, kantin mobil, kore
etidyan.
Le rapport de la CSC/CA, somme
toute, estime que les infrastructures
sont susceptibles de disparaître en
l’absence des tissus économiques
et professionnels appelés à les
entretenir.
selon Fritz Jean
L’économiste Fritz Jean s’est
interrogésurlarapiditéetlaquantité
des montants décaissés pour la
réalisation de nombreux projets.
S’appuyant sur les données publiées
sur le site internet du Bureau de
monétisation des programmes
d’aide au développement (BMPAD),
600 millions de dollars ont été
engagés en neuf mois par l’État
haïtien pour certains projets. À
titre d’illustration, poursuit-il, 80
% des fonds destinés aux travaux
d’infrastructures ont été décaissés
sur une période de deux ans environ
alors que les résultats concrets ne
sont pas observables.
Si les gouvernements haïtien
et vénézuélien accordent leurs
violons, certains observateurs
haïtiens et institutions de contrôle
du pays remettent en question la
version officielle. Dans son rapport
d’audit sur l’état financier d’Haïti et
l’efficacité des dépenses publiques
au cours de l’année fiscale
2013-2014, la Cour supérieure
des comptes et du contentieux
administratif ( CSC/CA) alimente
les débats sur la gestion des
fonds petrocaribe. La cour des
comptes dit relever un ensemble
d’irrégularités au niveau de l’octroi
des marchés publics, des retards
dans la progression des chantiers
en cours et l’inexistence de certains
projets pour lesquels des montants
ont été décaissés.
Selon ce rapport, en effet, la loi sur
la passation de marché a été violée
sous le couvert de la loi d’urgence
utilisée abusivement. Dans cet
ordre d’idées, a fait remarquer le
rapport, trois firmes mobilisent à
elles seules 68 % des contrats. Cette
instance de contrôle questionne le
retard enregistré dans la réalisation
de certains projets d’infrastructures
viables. Le rapport prend en
exemple le projet de construction
d’un viaduc dans la commune de
Delmas qui traîne alors qu’il était
censé être livré en juillet 2014.
Pourtant une avance de 13,95
millions de dollars sur un total de
30,22 millions que coûte le projet
a été versée à la firme dominicaine
de construction Estrella.
Le président de la Chambre de
commerce et d’industrie du Nord-
Est passe au crible les projets
sociaux réalisés par l’équipe
au pouvoir à l’aide des fonds
petrocaribe. Selon lui, ces projets
à court terme qui, dit-on, ont
le mérite de soulager les plus
vulnérables, sont contre- productifs
pour l’économie haïtienne. Car,
argumente-t-il, les aliments
contenus dans les kitts distribués
aux populations nécessiteuses
sont, en grande partie, des produits
importés. Aussi, selon lui, ces
programmes servent les intérêts
d’un certain capital privé haïtien
au détriment du renforcement du
secteur agricole haïtien.
L’ex-gouverneur de la Banque
centrale dit regretter, à cet effet,
que les fonds petrocaribe ne soient
pas investis dans des créneaux
productifs susceptibles de générer
des revenus substantiels pour
le remboursement de la dette
contractée par Haïti auprès
du Venezuela par le biais de
Petrocaribe.
Rappelons que Petrocaribe est
un programme de coopération
énergétique du Venezuela qui
garantit aux pays membres un
approvisionnement en produits
pétroliers (gazoline, diesel,
kérosène, mazout, asphalte) au prix
international du marché mais à des
conditions préférentielles. Selon
le prix du baril de pétrole sur le
marché, une partie du montant, soit
40 % à 70 %, est payée comptant
alors que le solde est remboursable
sur une période de vingt-cinq ans à
un taux d’intérêt de 1 % l’an.
En dépit de ces avantages et
l’esprit de solidarité des peuples
latino-américains et caribéens
qui le fondent, Petrocaribe,
souligne l’économiste, n’est pas un
programme de bienfaisance. Haïti
devra s’acquitter de ses dettes, selon
M. Jean qui estime que la solidarité
a ses limites. Le Venezuela connaît,
d’ailleurs, avance-t-il, une crise
économique et politique profonde.
Le gouvernement vénézuélien,
prend-t-il en exemple, auquel la
République dominicaine devait
quatre milliards de dollars, a dû
recourir au marché financier
américain qui lui a prêté 1,6 milliard
de dollars pour répondre à ses
obligations. Sur le plan politique,
l’économiste émet l’hypothèse selon
laquelle le personnel politique au
pouvoir au Venezuela pourrait être
remplacé. Ce qui est susceptible
de modifier les clauses de l’accord
Petrocaribe.
Figurant parmi les 18 pays membres
de Petrocaribe depuis août 2007,
Haïti est attendue à Caracas ce
lundi pour la célébration du 10e
anniversaire de ce partenariat
fructueux pour les pays latino-
américains et caribéens.
HAÏTI/COOPÉRATION
Petrocaribe a dix ans :
un bilan mitigé pour Haïtipar Jean Michel Cadet
Une des sessions de Petrocaribe. / Photo : opi97.org
» suite de la première page
Grâce aux supports du Brésil et des États-Unis, six millions de dollars américains ont été ajoutés aux 38 millions
placés jusque-là dans le fonds fiduciaire confié au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud),
selon ce qu’a informé, Madame Sophie Decaen, directrice principale de cet organe de l’Onu en Haïti. Cette
addition porte à 44 millions de dollars le montant disponible actuellement dans ledit fonds alors que le budget
total des élections législatives, présidentielle et des collectivités territoriales est estimé à 66 millions.
L
e jeudi 25 Juin 2015, l’équipe
politique de Joseph Lambert
a déposé une plainte contre X
au parquet de Jacmel tandis
qu’un jour plus tard, le vendredi 26
juin, accompagné de son avocat Ger-
main Pierre, l’étudiant Wesnel Jeudy,
de son côté, a déposé une plainte
contre le conseiller spécial du pré-
sident Martelly, Joseph Lambert et
consort, pour tentative d’assassinat
sur sa personne et association de mal-
faiteurs. L’étudiant demande Justice
et réparation. « J’ai confiance en la
justice. Je crois que le commissaire
du gouvernement va donner suite à
notre plainte », a commenté dans la
presse maître Pierre Germain, avocat
de Wesnel Jeudy.
Les faits
Le mercredi 24 juin, l’étudiant en
communication sociale à la Fac-
ulté des sciences humaines, Wesnel
Jeudy, avec sa tête ensanglantée, a
convoqué quelques journalistes à
l’hôpital Saint-Michel pour dénoncer
l’ex-sénateur Joseph Lambert qui,
selon lui, l’a blessé à la tête à coups
de crosse d’une arme à feu.
« Je participais à une rencontre du
candidat Joseph Lambert à Coq
Chante. J’ai demandé l’autorisation
de prendre la parole, les organisateurs
me l’ont accordée. Alors j’ai tenté
de faire comprendre à la population
qu’elle ne doit plus accepter cette
pratique des politiciens consistant
à acheter leurs votes avec quelques
kilos de riz et des billets. Vexé, Lam-
bert et ses quatre hommes de main
armés m’ont attaqué. Ses hommes
m’ont battu, et lui m’a frappé à plu-
sieurs reprises avec la crosse de son
arme » a expliqué Wesnel Jeudy.
Ce dernier croit qu’un étudiant est
un avant-gardiste et que c’est son
devoir de protéger sa communauté
de la politicaillerie obscurantiste
des politiciens haïtiens. Il dément
les déclarations des partisans de l’ex-
sénateur faisant croire qu’il pertur-
bait la rencontre du 24 juin en tapant
sur des seaux.
Wesnel Jeudy qualifie de lâche le con-
seiller spécial du président Martelly,
qui nie dans la presse l’avoir frappé.
« ’Quand j’ai réussi à m’échapper de
leurs mains, deux d’entre eux m’ont
pourchassé avec leur arme à feu en
main. Ils ont voulu m’assassiner »,
croit Wesnel Jeudy, qui affirme n’être
pas membre du parti Pitit Dessalines,
comme l’a déclaré le candidat Joseph
Lambert.
Ekson Semexant, responsable d’une
organisation sociale à Coq Chante,
s’est présenté à la presse comme une
autre victime de Joseph Lambert.
Monsieur Sémexant dit avoir reçu
plusieurs coups de crosse de l’arme
de Lambert en tentant de libérer
Wesnel Jeudy des mains de l’ancien
sénateur du Sud-Est.
Position du parquet
de Jacmel
Maître Germain Pierre, l’avocat de
Wesnel Pierre, estime qu’après la
plainte de son client, le commissaire
du gouvernement pouvait décerner
un mandat contre Joseph Lambert,
cependant le chef du parquet annonce
plutôt l’ouverture d’une enquête.
« Le commissaire Féhaud Antoine
nous a expliqué qu’étant donné
que l’autre partie dépose également
une plainte, donc, il va designer un
juge de paix compétent pour mener
une enquête de proximité, avant
d’avancer avec le dossier », a révélé
Me Pierre.
Les réactions
Cet incident du mercredi 24 juin
divise les hommes politiques et les
notables du Sud-Est. Certains d’entre
eux, comme Reynold Jean-Paul, se
lancent corps et âme dans la défense
de Joseph Lambert. Wencesclass
Lambert, lui, estime qu’agresser phy-
siquement avec une arme un simple
citoyen lui ressemble davantage qu’à
son frère Joseph qui, selon lui, est un
pacifiste et ne porte jamais d’arme
sur lui. D’autres gens, comme Me
Germain Pierre, croit que les frères
Lambert complotent contre la jeu-
nesse éclairée, avisée. Selon M.
Pierre, Wencesclass Lambert a arra-
ché à coups de poing plusieurs dents
de l’étudiant en agronomie Daniel
Théodore, parce que celui-ci a osé lui
poser des questions embarrassantes
et le démentir dans une rencontre
politique. Aujourd’hui, c’est autour
du grand frère Joseph de maltraiter
l’étudiant Wesnel Jeudy. Il espère que
le commissaire du gouvernement va
agir contre ce complot en enfermant
Joseph Lambert et consorts.
« Joseph Lambert est un malade qui
mérite d’être interné », a commenté
Me Pierre Germain. Selon maître
Succès Witni, Joseph Lambert a
agressé à ce niveau l’étudiant Jeudy
parce qu’il sait que la justice à Jacmel
est à ses bottes. Maître Witni cite,
à titre d’exemple pour renforcer sa
thèse, le dossier Daniel Théodore, où
l’ex-sénateur Wencesclass Lambert,
frère cadet de Joseph a avoué à
plusieurs reprises dans la presse
jacmélienne avoir arraché à coups
de poing les dents de l’étudiant en
agronomie Daniel Théodore et que la
justice a eu l’audace de déclarer un
non-lieu en faveur de Wencesclass.
Maître Witni a parlé aussi d’un
directeur qui pillait les caisses de
l’Ona au profit de Joseph et que,
malgré les preuves et la révocation
de ce directeur, la justice a tranché
en sa faveur.
Le responsable départemental de
Mochréna, Lucien Pierre, demande
à la justice de profiter de ce dossier
pour améliorer son image et gagner
un peu d’estime auprès de la
population.
D
epuis bien des jours, le
pays vibre dans une grande
ambiance électorale. Con-
férences de presse de part
et d’autre de candidats agréés et/ou
rejetés. Sit-in. Dénonciations. Prises
de position. L’actualité électorale
pollue l’espace médiatique, domine
l’opinion publique, et a failli même
éclipser cette vague de déportations
massives des Haïtiens vivant en
République dominicaine, considérée
par plus d’un comme une catastro-
phe humanitaire. À un moment où
le gouvernement s’apprête à recev-
oir plusieurs dizaines de milliers de
compatriotes, il doit aussi trouver de
l’argent pour l’organisation des élec-
tions pour renouveler le personnel
politique de l’État. Si le Conseil élec-
toral provisoire se dit confortable
dans son calendrier, le gouverne-
ment de la République, de son côté,
n’est pas de tout repos, car il doit
se démener encore pour trouver les
22 millions manquants pour com-
pléter le budget électoral.
Sur les 44 millions collectés à ce jour,
l’État haïtien demeure le plus grand
contributeur avec 13,8 millions. À en
croire les propos de Madame de Caen,
certaines modifications devraient
être apportées au fonds fiduciaire. En
ce sens, elle a informé que le docu-
ment de révision du fonds fiduciaire
alloué aux élections a été paraphé le 5
juin dernier entre le Programme des
Nations unies pour le développement
(Pnud) et le ministère de la Planifi-
cation et de la Coopération externe.
Entre-temps, le processus électoral
avance et le CEP respecte encore le
calendrier électoral. Après avoir mis
fin au processus d’inscriptions des
candidats à tous les niveaux, publié
la liste des candidats agréés à la
course présidentielle, en attendant
la publication des listes de candidats
habilités à concourir aux collectivités
territoriales, le Conseil électoral pro-
visoire (CEP) s’assoit bien dans son
calendrier.
Déjà les recrutements pour les
membres des bureaux de vote sont
en cours, la liste électorale est
sur le point d’être finalisée, selon
les informations confiées par Me
Mosler Georges, directeur exécutif
de l’institution électorale, les kits de
formation pour les formateurs sont
déjà arrivés, ces dispositifs augurent
de beaux jours pour l’avenir du pro-
cessus électoral.Alors que les bulle-
tins pour les prochaines législatives
sont en train d’être imprimés, des
matériels sensibles sont déjà arrivés
avec une dernière livraison reçue au
courant du weekend en provenance
de l’Afrique du Sud. Cette cargai-
son de matériels est arrivée en Haïti
via un cargo Lufthansa affrété par la
compagnie Lithotech.
Avec 4 421 kits électoraux, les maté-
riels non sensibles tels que urnes en
PVC transparent, isoloirs en carton,
encre indélébile, sachets transpar-
ents, lampes et autres ustensiles sont
fin prêts et les responsables du CEP
avancent « tèt dwat » vers le 9 août
pour le premier tour des législatives.
Noclès Débréus.
HAÏTI/ÉLECTIONS/BUDGET
Six millions de dollars de plus
dans le fonds fiduciaire du Pnud
par Noclès Débréus
6 | N0
27 DU LUNDI 29 JUIN 2015
ACTUALITÉ
Une plainte contre l'ex-sénateur
Joseph Lambert au parquet de Jacmel
par Pierre-Paul ANCION
LUNDI 29 JUIN 2015 N0
27 | 7
ACTUALITÉ
L
a Plateforme des organisations
de défense des droits humains
(POHDH) se dit contre une
transformation de l’eau
en marchandise. Cela suscite la
raréfaction de cette ressource
dans certains endroits du pays.
L’organisation en appelle aux
autorités qui doivent agir de sorte
que l’accès à l’eau reste un droit. Les
responsables de la Plateforme ont fait
ces déclarations dans le cadre d’une
conférence-débat organisée au local
de l’institution le vendredi 26 juin
2015.
Depuis le début de l’année
2015, des quartiers dans la zone
métropolitaine de Port-au-Prince
et des villes dans les autres
départements du pays font face
à une crise de rareté d’eau. Dans
la capitale haïtienne, la POHDH
répertorie au moins trois grands
quartiers qui font face à une telle
situation : Carrefour-Feuilles
et Martissant dans la zone sud,
Juvénat à l’est, en allant à Pétion-
Ville.
Parallèlement à cette rareté dans
la distribution par la Direction
nationale d’eau potable et
d’assainissement (Dinepa), se
développe un commerce d’eau dans
ces zones en manque. Des véhicules
de toutes sortes transportent de
grandes citernes en plastique de
couleur blanche et passent dans
ces endroits pour vendre de «
l’eau», suivant ce que rapportent
les responsables de la Plateforme.
Alermy Piervilus, responsable
du programme d’éducation à la
culture des droits humains au
sein de la Plateforme, déplore le
fait que « des entreprises et des
institutions gèrent la question des
sourcesd’approvisionnement, dans
l’idée de vendre l’eau à un prix
inabordable », particulièrement
pour les plus défavorisés.
« La Plateforme s’oppose à cette
démarche de la commercialisation
de l’eau. Étant un bien vital, l’eau
ne doit pas être une marchandise »,
affirme Piervilus, au cours de cette
conférence-débat organisée au local
de l’organisation, dans le cadre des
« Vendredis de la Plateforme », qui
constituent un espace de discussion
sur les divers problèmes de droits
humains.
Pour la POHDH, la commerciali-
sation de l’eau vient remettre en
« question l’existence de la popu-
lation haïtienne », parce que
cette démarche « nie la question
du droit » et loue la notion de
« profit ».
En guise de solution, l’organisation
de défense des droits humains
estime que les dirigeants haïtiens
doivent « reprendre l’affaire de la
gestion et de l’approvisionnement
de l’eau » et sortir du partenariat
public-privé, suivant l’actuelle
entente avec la Dinepa.
Antonal Mortimé, secrétaire exécutif
de la Plateforme, rappelle que le
non-accès à l’eau constitue une
violation du droit à l’alimentation
des citoyens et des citoyennes et
représente une menace à la vie.
La POHDH appelle les autorités de
la santé publique, de l’agriculture
et de l’environnement à agir en
synergie pour apporter une solution
globale au problème et empêcher
une dégénération de la situation.
Les localités qui vivent de
l’agriculture dans d’autres départe-
ments se plaignent également de la
rareté d’eau, visiblement occasion-
née dans ces régions par la dégrada-
tion environnementale.Les paysans
ne trouvent pas d’eau pour cultiver
la terre et ni même pour répondre
à leurs propres besoins quotidiens,
une situation qui affecte directe-
ment leur droit à l’alimentation.
La Coordination nationale de la
sécurité alimentaire (CNSA) a
récemment annoncé que 3,5 mil-
lions d’Haïtiens sont actuellement
dans une situation d’insécurité ali-
mentaire dans le pays.
« Si rien n’est fait, d’ici à la fin de
l’année 2015, elles seront quatre
millions », augure Mortimé.
HAÏTI/DROITSHUMAINS
La POHDH en appelle à l'action
pour une démarchandisation de l'eauPar Stephen Ralph Henri
Antonal Mortimé, le secrétaire exécutif de la POHDH. / Photo : Stephen Ralph Henri
8 | N0
27 LUNDI 29 JUIN 2015
MONDE
L
a présidente brésilienne Dilma
Rousseff arrive aux États-Unis
samedi pour une visite long-
temps retardée, où elle cherch-
era à consolider les liens économiques
entre les deux pays près de deux ans
après le scandale des écoutes des ser-
vices secrets américains (NSA).
A l’été 2013, les révélations de
l’ex-consultant Edward Snowden
avaient déclenché l’ire de Brasil-
ia, provoqué le refroidissement
des relations entre les deux pays
et incité Mme Rousseff à vouloir
remettre de l’ordre dans le fonc-
tionnement d’internet pour que
de tels agissements ne puissent se
reproduire.
Aux Etats-Unis jusqu’au 1er juil-
let, Dilma Rousseff, 67 ans,
s’entretiendra avec son homo-
logue américain Barack Obama à
la Maison Blanche, une rencontre
qui scellera la reprise des liens bila-
téraux entre les deux pays.
Accompagné de son ministre de
l’Economie Joaquim Levy, la chef
de l’Etat présentera également à
la communauté financière de New
York et de Washington son pro-
gramme d’ajustement budgétaire,
ainsi qu’un large menu d’options
pour investir dans la 7e économie
de la planète, qui tourne actuel-
lement au ralenti. Vendredi soir,
M. Levy a été hospitalisé avec des
douleurs dans le thorax, selon la
presse locale, l’hôpital n’ayant
fourni aucun communiqué.
Après des examens, il a maintenu
son voyage aux Etats-Unis mais il
prendra samedi soir un vol com-
mercial alors que la présidente
Rousseff et sa délégation sont par-
ties samedi matin, selon la même
source.
« Tout va bien », a dit M. Levy à
la presse à sa sortie de l’hôpital, à
l’aube.
Alors que la popularité de Mme
Rousseff est à un minimum histo-
rique (10 %), « une photo de la pré-
sidente Dilma avec Obama aura une
signification politique au Brésil.
Symboliquement, elle montrera
une présidente plus ouverte au
monde, au dialogue, surtout pour
les secteurs les plus critiques »,
explique à l’AFP Carlos Melo, ana-
lyste politique de l’école Insper.
« Ce voyage est plus important
en termes de politique intérieure
qu’extérieure », souligne-t-il.
En marge des nombreuses critiques
à son plan d’austérité, au Parlement
et au sein-même du Parti des tra-
vailleurs (PT gauche au pouvoir),
le gouvernement peaufine le sémi-
naire qu’il organisera à New York
pour proposer à des centaines
d’investisseurs son plan de con-
cessions pour de grands travaux
d’infrastructures à hauteur de 64
milliards de dollars.
Approfondir les liens
Avec le ministre de l’Economie,
Joaquim Levy en tête, diplômé de
l’école de Chicago, le Brésil cherch-
era à expliquer comment il prétend
relancer une économie - la première
d’Amérique latine - qui devrait se
contracter de 1,2 % cette année,
ce qui constituerait alors sa pire
performance en 25 ans.
Il tentera aussi d’attirer les capitaux
étrangers dont il a tant besoin.
Le séminaire verra même la par-
ticipation de Laurence Fink, pré-
sident de la plus grande entreprise
d’investissements du monde : Black-
Rock, qui coordonnera l’événement
dans le New York Palace Hotel.
Le gouvernement brésilien a
expliqué sans détour son inten-
tion d’approfondir sa relation déjà
intense avec les Etats-Unis, son
deuxième partenaire commercial
derrière la Chine, avec des échang-
es de 62 milliards de dollars en
2014, et son principal investisseur
étranger avec un montant de 116
milliards de dollars.
Les Etats-Unis sont « la principale
destination des exportations de
produits manufacturés et offrent
une perspective intéressante à
court et moyen terme », a estimé
le ministre du Commerce extéri-
eur, Armando Monteiro, dans un
entretien avec la presse étrangère.
« Si le Brésil a un agenda concret,
et nous y travaillons, de retrait des
barrières non tarifaires, cela pourra
nous être bénéfique », a-t-il ajouté.
Après avoir surmonté le scandale
des écoutes de la NSA, Brasilia
veut avancer à toute vapeur dans
un agenda qui va du changement
climatique à la réforme de l’ONU
et cherche à récolter des bénéfices
économiques au plus vite, selon la
diplomatie brésilienne.
Cet objectif est sans équivoque
dans le programme serré de la
visite : présentations devant les
investisseurs de New York, Wash-
ington et San Francisco, dont une
visite au siège de Google et dans
un centre de recherche de la Nasa
avec des industriels du secteur de
l’aérospatial.
Rousseff aux Etats-Unis pour attirer
les investissementsSources : AFP
la présidente brésilienne Dilma Rousseff. / Photo: rtsch
LUNDI 29 JUIN 2015 N0
27 | 9
MONDE
I
l y avait Oliver L. Brown, le plaig-
nant dont le recours a donné
lieu en 1954 à l’arrêt de la Cour
suprême Brown v. Board of Educa-
tion, qui a rendu inconstitutionnelle
la ségrégation raciale dans les écoles
publiques américaines. Il y avait
Norma McCorvey, la femme dont la
plainte, sous le nom de code «Jane
Roe», a entraîné l’arrêt de 1973 Roe v.
Wade légalisant l’avortement. Il y aura
désormais Jim Obergefell, l’homme
dont le nom restera associé à l’arrêt
Obergefell v. Hodges, par lequel la
Cour suprême a fait du mariage entre
personnes de même sexe un droit
constitutionnel, vendredi 26 juin.
SCet homme qui est passé «d’agent
immobilier à icône des droits
civiques», selon l’expression du
Washington Post, a raconté au
magazine People comment, vêtu
d’un nœeud papillon violet et
blanc, il a vécu la lecture de l’arrêt
par le juge Anthony M. Kennedy,
chef de file de la majorité des
juges (5 contre 4) sur ce dossier:
«J’avais appris par cœur notre
numéro de dossier donc quand il
l’a dit à haute voix, j’ai eu ce bref
moment de panique où j’ai bondi
de mon siège en piaillant. J’ai
juste commencé à pleurer et je
n’ai pas arrêté. Je me sentais juste
si bien, là en train d’entendre un
juge de la Cour suprême en train
de décrire la façon dont notre
mariage, notre relation et des rela-
tions comme la nôtre méritent le
respect.»
Le Washington Post raconte com-
ment il a vécu les minutes qui
ont suivi la lecture de l’arrêt: «Il
a posté sur Facebook: « NOUS
AVONS GAGNÉ!!!!! »
[...]
Il a descendu les marches de la
Cour au son d’un tonnerre de
félicitations. Des gens ont chanté
l’hymne national. Il y eu des
embrassades, des discours et des
interviews.»
Et alors qu’Obergefell était juste-
ment au milieu d’une interview
avec CNN, Barack Obama l’a
appelé: «Je voulais juste vous
présenter mes félicitations. Votre
détermination sur ce dossier a
changé notre pays.»
Jim Obergefell parle de son «mar-
iage» ou de sa «relation», mais
son cas présente une différence
majeure avec ceux des autres
plaignants qui ont été «associés»
à son recours: et qui voulaient
faire reconnaître une adoption en
commun ou leur mariage dans un
autre Etat: il est veuf.
Comme le raconte Newsweek, en
2013, il vivait en couple depuis
vingt ans avec son compagnon
John Arthur, atteint de la maladie
de Charcot en phase terminale,
quand la Cour suprême a jugé
inconstitutionnelle le Defense
of Marriage Act (DOMA), la loi
fédérale qui définissait le mar-
iage comme l’union d’un homme
et d’une femme. Les deux hommes
se sont alors mariés dans le Mary-
land, qui reconnaissait l’union
des couples de même sexe, mais
Jim Obergefell a ensuite rencon-
tré des résistances de son Etat de
résidence, l’Ohio, qui ne recon-
naît pas le mariage gay, quand il a
voulu pouvoir bénéficier du statut
d’«époux survivant» après la mort
d’Arthur (survenue le 22 octobre
2013). Il a gagné en première
instance puis perdu en appel,
avant de porter l’affaire devant la
Cour suprême.
Après l’arrêt de cette dernière,
Obergefell a lu une lettre ouverte:
«Mon époux John est mort il y a
vingt mois, ce qui veut dire que
nous ne pourrons pas célébrer
ensemble la décision de la Cour
suprême dans le dossier qui porte
mon nom, Obergefell v. Hodges.
[...] Je peux enfin me rassurer
en sachant que l’Ohio ne pourra
jamais effacer notre mariage du
certificat de décès de John, et que
mon époux peut maintenant vrai-
ment reposer en paix.
Mariage gay: Jim Obergefell, le veuf qui va
laisser son nom dans l'histoire des Etats-Unis
Sources : slate.fr
30 ans après, le Pérou lève l'état
d'urgence dans les zones de guérillaSOURCES : AFP
L
e président péruvien Ollanta
Humala a annoncé samedi
avoir levé l’état d’urgence en
vigueur depuis 30 ans dans
l’Alto Huallaga (nord), province ama-
zonienne réputée pour la culture illé-
gale de coca et ancien refuge de la
guérilla maoïste du Sentier Lumineux
(SL).
« Nous levons l’état d’urgence en
vigueur depuis 30 ans », a déclaré
M. Humala, quelques heures
après que la police a annoncé la
saisie de matériel logistique ayant
appartenu au Sentier Lumineux
dans cette zone.
Le conflit entre la guérilla du Sen-
tier Lumineux, notamment, et le
gouvernement a ravagé le Pérou
entre 1980 et 2000, causant la
mort de 70 000 personnes et la
disparition de 15 000 autres.
La fin de l’état d’urgence, signifie
la fin des restrictions des droits
fondamentaux des personnes
comme l’inviolabilité du domicile
ou la liberté de réunion et de se
déplacer pour les habitants de
l’Alto Huallaga, dans la forêt péru-
vienne, qui comprend les régions
de Huanuco et de San Martin.
La guérilla du Sentier Lumineux
a été démantelée au milieu des
années 1990. Ses principaux lead-
ers, dont le fondateur du mouve-
ment maoïste Abimael Guzman,
purgent des peines de prison à
perpétuité pour leur responsabil-
ité dans l’un des conflits les plus
sanglants d’Amérique latine.
Le Sentier Lumineux a été jugé
responsable de la mort de 54 %
des victimes, selon les conclusions
de la Commission de la Vérité et
la Réconciliation (CVR) en 2003.
Le Pérou est, avec la Colombie,
toujours considéré par les organ-
isations internationales de lutte
contre la culture illicite de coca
et les narcotrafiquants, comme
l’un des principaux producteurs
de coca et de cocaïne au monde.
Début juin, une mission des
Nations unies a estimé que les iné-
galités qui persistent dans le pays
sont responsables de la violence
politique au Pérou.
Elle considère qu’en raison de ce
conflit, la population péruvienne
est toujours divisée et que la réc-
onciliation est encore loin.
Le président péruvien Ollanta Humala . / Photo : andina.com.pe
Jim Obergefell devant la Cour
suprême, le 18 juin 2015. REUTERS/
Carlos Barria.
10 | N0
27 LUNDI 29 JUIN 2015
ÉCONOMIE
Vivre en Haïti : un véritable défiPar Stéphanie Balmir
Selon la Banque mondiale, le revenu per capita en Haïti se situait autour de 846 dollars américains pour l’année
2014, soit à 42 300 gourdes taux du jour. Soit à peine 3 500 gourdes le mois. En prenant les salaires de différentes
tranches de la population ayant un emploi relativement stable, comme un professeur, une infirmière, un
fonctionnaire, un cadre moyen de banque, un employé d’une entreprise privée, disons les classes moyennes,
nous avons fixé entre 15 000 et 25 000 gourdes un salaire moyen dans cette tranche socioprofessionnelle. La
question que nous nous posons est celle-ci : Peut-on vivre avec un tel salaire en Haïti ?
P
eut-on répondre rapidement à
cette question ? D’ailleurs, 80
% de la population ne dispo-
sent pas de ces revenus pour-
tant modiques. Mais de quel vivre
parle-t-on ? Dans le système capi-
taliste, on vit quand on est capable
de consommer, quand on peut faire
fonctionner le marché. Il est donc
intéressant de voir si cet échantillon
des classes moyennes, très moyennes,
que nous avons pris, peut faire partie
du circuit économique. Et toute la
problématique des classes moyennes
d’Haïti est là.
Notre étude porte sur un foyer de
deux enfants. Un père au salaire
mensuel de 25 000 gourdes. Une
mère au salaire inférieurà celui
du conjoint, 15 000 gourdes.
Nous n’assumons pas l’iniquité
de genre,mais nous effectuons
un exercice issu de la réalité
dans laquelle nous vivons. Nous
allons quand même haut. À peine
le salaire d’un agent de sécurité.
D’un policier. Avec 40 000 gourdes
tous les mois, peuvent-ils vivre
de manière décente ? Ce sera la
première partie de ces enquêtes.
Nous nous pencherons plus tard
sur d’autres tranches de notre
population.
Le nécessaire !
Appelons ces besoins, les néces-
saires. Parce que ce sont des habi-
tudes dont on ne peut se passer.
Des gestes que l’on doit poser
tous les jours. Forcément. Parce
que normalement l’on est supposé
avoir un toit pour dormir et de
quoi se nourrir. Stricts nécessaires.
Notre famille moyenne ne vivra pas
dans n’importe quel quartier. Non !
Elle ne pourra pas se payer le luxe
de louer une maison dans les hau-
teurs, synonyme de pouvoir et/ou
d’argent. Allez savoir si c’est vrai !
Mais elle n’ira pas non plus se four-
rer dans le fin fond des bidonvilles
que nous connaissons tous. Il y a
un effort à faire, voyons ! Elle se
dirigera vers un quartier plus ou
moins paisible, disons un quartier
« potable ».
Depuis le séisme du 12 janvier
2010, le loyer a considérable-
ment augmenté. Il faut du temps
pour chercher et des frais pour un
« koutye » qui sait ce qu’il vaut.
Entre frais de déplacement, de
recherche et de visite de la maison,
la famille dépense déjà quelque 5
000 gourdes. Elle décide au final
de louer une maison avec au moins
deux chambres à coucher dans un
quartier plus ou moins « conven-
able ». Un quartier qui n’a pas trop
la réputation d’insécurité, où l’eau
est moins rare que l’électricité,
mais « potable ». Elle ne peut
s’offrir mieux de toute façon. 100
000 jusqu’à 200 000 gourdes l’an
seront déduites du salaire annuel
du couple. La rareté d’eau et
d’électricité ne les empêchera pas
de payer tous les mois une somme
de 4 500 gourdes.
Avoir une maison, l’eau et
l’électricité, entre guillemets,
c’est bien. Savoir que l’on pensera
au paramètre loyer dans douze
mois, c’est encore mieux. Mais
dans le chapitre nécessaire, il y a
une autre préoccupation majeure
: manger au quotidien. Dans la
normalité, l’on prend trois repas
journaliers. Un déjeuner, un dîner
et un souper. Mais notre famille
moyenne se passe du troisième.
Cependant, cela ne réduit pas ses
dépenses journalières. Un déjeuner
normal (ce que je nomme normal
inclut des quantités de protéines,
de glucides, de lipides néces-
saires) au cours duquel la famille
consommera des œufs et un verre
de lait par personne, et peut-être
des fruits, varie entre 400 et 500
gourdes.
Puisque les œufs, le lait et les
fruits ne coûtent pas 20 gourdes
comme un paquet de spaghetti que
la famille préfère acheter certains
matins. Ils doivent, bien sûr, se
nourrir tous les matins, mais en
tenant compte de leurs revenus. Ne
parlons pas de la boîte à lunch des
enfants qui peut coûter 150 à 200
gourdes tous les matins, et même
plus. À midi, certaines fois, ils se
passent de viande, de salade et
de jus. Puisque l’achat de poulet,
de viande de cabri ou de bœuf et
autres ingrédients comme les sal-
ades, les fruits pour le jus, creusera
un grand vide dans le budget, s’il
faut en acheter tous les jours. Envi-
ron 400 à 600 gourdes par jour. Le
dîner sera donc simple. Souci de
dépenser moins. Il sera composé
de riz comme plat principal, de
haricot et d’une sauce de hareng
ou de morue. Plus abordable !
Quoique souvent négligée, une
faim de dernière minute pourra
faire revenir sur le souper. Dans
ce cas précis, rien de plus facile,
rien de moins cher qu’un plat de
spaghetti vacillant entre 75 et 100
gourdes, acheté à une marchande
nocturne. Ou encore, un jus con-
cocté de pomme de terre, d’arbre
véritable, de figue, et Dieu seul
sait de quoi encore.
Le transport fait aussi partie du
chapitre nécessaire. Le couple
doit aller travailler et les enfants
doivent se rendre à l’école. Entre
les frais de taxi de l’épouse et des
enfants : 150 gourdes par jour
et les 50 gourdes du mari, ils
dépensent environ 900 gourdes
par semaine. Posséder une voi-
ture peut soulager, mais pas
totalement. Acheter une voiture
usagée entre 3 000 et 6 000 $ US
n’est qu’un élément de solution.
L’entretien, les frais de réparation
et de service, le carburant, peu-
vent varier de 18 000 à 20 000
gourdes tous les mois. Selon les
trajets à effectuer. Ils préfèrent
dans ce cas continuer à utiliser le
transport en commun.
La plus grande dépense du couple
demeure les frais scolaires. Parce
que ce couple moyen, comme le
quartier, choisit l’établissement de
leurs enfants à la loupe. Selon des
critères d’excellence ou de bonne
réputation de ce dernier. Tous les
ans, ils dépenseront au moins 50
000 gourdes de frais scolaires par
enfant. 20 000 ou 25 000 gourdes
avant même la rentrée. Et des
frais mensuels pouvant varier
entre 2 000 à 5 000 gourdes, selon
l’établissement scolaire.
Les additionnels
Les frais de transport, la nourri-
ture et le toit ne font pas une vie.
C’est le nécessaire. De ce fait, il
y a d’autres aspects de la vie du
couple qu’il faut considérer. Les
additionnels ne sont pas obliga-
toires à un certain point de vue.
Mais ils ne peuvent pas s’en passer
délibérément. Le téléphone por-
table, par exemple. Ne faut-il pas
appeler sa femme ou son mari, ses
enfants, ses parents et des amis
ici ou ailleurs ? Ne faut-il pas être
disponible s’il y a une urgence
? Ce seul gadget peut, lui aussi,
avoir, son propre budget. Surtout
avec la technologie qui met des
milliers d’applications à la portée
de tous et dont ils veulent profiter.
Pour payer les frais quotidiens de
WhatsApp, Facebook, Instagram
et autres, il faut, selon le plan
offert par la compagnie, au moins
neuf gourdes tous les jours. Ou un
plan mensuel. Les appels, à 4,6
gourdes la minute peuvent coûter
cher si le couple utilise leurs cel-
lulaires fréquemment.
En dépit des dépenses liées au
téléphone, d’autres entrent égale-
ment en ligne de compte. Il faudra
voir les petites dépenses de la
femme pour les soins de beauté.
Environ 1 500 gourdes pour un
abonnement mensuel, dans un
centre de beauté correspondant
au salaire de madame. Se vêtir est
aussi important. Mais moins pres-
sant que les autres besoins. Grâce
aux uniformes des membres de la
famille (établissement scolaire et
institutions des parents), l’achat
d’habits sera de moins en moins
fréquent. Cela coûtera au moins
20 000 gourdes si le couple se
résigne à fréquenter les marchan-
des de vêtements usagés ou celles
du centre-ville.
Quant à la parenthèse loisir, il y
a là-dessus une ambiguïté exa-
gérée. Déjà, il n’y a ni structure
ni sécurité propice à se créer des
loisirs en famille. Mais il y a égale-
ment le prix que le couple ne peut
pas payer. Aller dans un restau-
rant décent, à la plage ou autres
endroits similaires pour se recréer
est difficile.
Le luxe !
Il existe donc plusieurs classes de
dépenses pour notre famille moy-
enne. Le salaire annuel moyen de
480 000 gourdes ne peut vraiment
pas tout faire. Entre le nécessaire,
les additionnels, il y a une mince
frontière. Mais il y a certaines
dépenses qui représentent un luxe.
Des dépenses qui vont au-delà du
salaire. Cette famille, engage-t-
elle une ménagère ? Non. Ils n’ont
pas de quoi la payer. Parce que
ces bonnes femmes qui exigent
des prix exorbitants, au moins 5
000 gourdes le mois, préfèrent
se livrer au commerce au lieu de
se faire ménagère. Le couple, ou
plutôt l’épouse se voit donc dans
l’obligation de tout faire seule et
de payer une lavandière pour la
lessive. Cinq cents gourdes toutes
les semaines, selon les caprices
de la lavandière. Parce qu’elles
ont chacune leur prix respectif.
En plus des dépenses qu’il doit se
garder de faire, il y a un paramètre
important qu’il laisse de côté.
L’économie. Faire des économies
avec un salaire qui ne couvre pas
ses dépenses relève d’un fait inso-
lite. Ils ne peuvent pas économiser.
Ils n’en ont pas les moyens.
Et les imprévus !
Dans ces conditions de vie,
d’insalubrité et d’insécurité,
les imprévus sont fréquents. Ce
couple moyen n’est pas à l’abri
des accidents de travail, d’un cas
urgent de maladie, d’un cyclone
ravageur pouvant tout endom-
mager ou d’un vol. À n’importe
quel moment de la durée, l’un des
deux enfants peut tomber malade.
Il faut bien sûr aller voir un
médecin. Le couple ne peut pas
se payer une assurance maladie.
Encore pour les mêmes raisons.
Les solutions existantes ne sont
pas nombreuses. Emprunter de
l’argent à quelqu’un ou attendre
la Providence ou un transfert des
États-Unis. Rarement, faire un
emprunt à la banque.
Ils ne peuvent pas compter sur
leurs économies. Ils n’en font pas
de toute façon. Leurs dépenses
dépassent leur salaire.
LUNDI 29 JUIN 2015 N0
27 | 11
ÉCONOMIE
Haïti : L'introuvable classe moyennePar Marc Léo Laroche *
Le drame de ce pays est sans borne. C’est une tragédie grecque en permanence sous les tropiques. S’il est vrai
qu’on a les hommes politiques qu’on mérite, à cette aune, les Haïtiens doivent être très peu méritoires.
SALAIRE ANNUEL MOYEN DE LA FAMILLE : 480 000 GOURDES
DÉPENSES DU COUPLE COÛTS HEBDOMADAIRES COÛTS ANNUELS DÉDUCTION DU SALAIRE
LOYER - 300 000 180 000
EAU
ÉLECTRICITÉ
4 500 54 000
126 000
TRANSPORT 900 46 800 79 200
ÉCOLAGE - 100 000 ?
NOURRITURE 1 100 401 200 ?
TÉLÉPHONE 500 26 000 ?
SE VÊTIR - 25 000 ?
SOIN DE LA FEMME 1 500 18 000 ?
LESSIVE 500 26 000 ?
PLAN DE SANTÉ - - -
ASSURANCE VIE - - -
ÉCONOMIE IMPOSSIBLE - -
HÔPITAL - -
MÉNAGÈRE IMPOSSIBLE 60 000 -
ACHAT D’UNE VOITURE IMPOSSIBLE 208 000 -
Selon le tableau de dépenses
ci-dessus, le salaire du couple
ne peut en aucun cas couvrir la
majorité de ses dépenses.
Sur les 480 000 gourdes de salaire
annuel, il peut seulement payer
le loyer, l’eau et l’électricité sans
problème. Le reste engendre des
calculs et des emprunts. Pour
manger tous les jours, se déplacer
et subvenir à d’autres besoins, il
doit faire des sacrifices énormes.
Pour les cas les plus urgents, ils
doivent se transformer en véri-
tables acrobates pour ne pas se
laisser engloutir. Comme dirait le
proverbe : « Se dekouvri sen Pyè
pou kouvri sen Pòl. »
En ce moment précis où la gourde
perd la face, les dépenses de la
famille augmentent. Parce que
le prix des produits de première
nécessité augmente lui aussi.
Quand le minimum devient un
luxe, il n’y a pas de vie possible.
Notre classe moyenne ne
vit pas.
P
ourtant, il ne leur suffit pas de
supporter continuellement la
domination des margoulins
et des politicards et de subir
inlassablement les affres de tous les
cataclysmes de la nature, il leur faut
encore s’accommoder des avatars
d’un événement singulier dont les
répercussions ne sont pas toujours
manifestes du premier coup. Ce phé-
nomène qui n’est autre que la frac-
ture sociale par laquelle le pays s’est
trouvé vidé d’une partie de sa popula-
tion par l’émigration est unique dans
son genre et n’a pas fait l’objet de
toute l’attention qu’il aurait méritée.
Une classe moyenne réduite
Ce qui est significatif dans cette
fracture, c’est l’importance de la
ponction qui a été faite dans le
tissu social de la nation. Le temps
de quelques décennies, le pays
s’est vidé de ses professionnels
et de ses cadres potentiels, une
partie importante du membership
de sa classe moyenne.
Dans les commentaires des ana-
lystes, ce phénomène est étudié en
soi ou en regard de l’apport de la
diaspora à la société-mère. Il n’y a,
à ma connaissance, aucune étude
sur les effets de cette saignée sur
l’évolution d’Haïti, particulière-
ment, en rapport avec la constitu-
tion de la classe moyenne.
Or, les effets sont considérables.
Ils sont tels que l’équivalent
dans l’ordre géophysique ou
géographique aurait été perçu
comme un accident géologique
d’importance avec des con-
séquences néfastes sur cette
portion de la biosphère. Mais
L’événement sociologique n’avait
pas amené les analyses qu’il
justifiait pas plus qu’il n’avait
permis de tirer les conclusions
qui s’imposent pour la gouverne
du pays.
Car la perte par une société de
la plus grande partie de sa classe
moyenne est loin d’être anodine.
Dans tous les pays sous-dévelop-
pés, cette classe est la colonne
vertébrale du développement.
Il y a, en effet, un lien majeur entre l’importance statistique de la classe moyenne dans la structure démographique d’une
» suite page 12
12 | N0
27 LUNDI 29 JUIN 2015
ÉCONOMIE
Elle est le moteur de l’économie
par son éducation, son dyna-
misme et son ingéniosité. En plus
de générer les industries dont le
pays a besoin pour se développer,
elle occupe la première place dans
la consommation des produits de
transformation. De sorte que, du
jour au lendemain, le pays s’est
trouvé privé de ce qui aurait pu
être le fer de lance de son écono-
mie. La ponction faite à cette
classe n’a pas rendu possible
l’élaboration d’une dynamique
favorable à l’éclosion des condi-
tions du développement.
À la veille de l’an 2000, la struc-
ture de classes en Haïti était sem-
blable à ce qu’elle était du temps
de la colonie avec un poids relatif
de 10 à 13% pour la classe moy-
enne ou celle des affranchis. Dans
les deux cas, une structure pyrami-
dale à très large base populaire qui
s’effile du milieu au sommet. Avec
l’extraction des éléments les plus
significatifs de la population en
termes éducatifs, soit les profes-
sionnels, les cadres et les entre-
preneurs potentiels, c’est une situ-
ation de stagnation voire de régres-
sion qui est générée, comme si en
200 ans, aucune mobilité sociale
n’a été possible.
Il y a, en effet, un lien majeur
entre l’importance statistique
de la classe moyenne dans la
structure démographique d’une
société et son démarrage vers son
développement. Il en est de même
lorsque cette société franchit la
ligne imaginaire qui l’autorise à
porter le nom de société émer-
gente. Cela vaut pour les géants
comme la Chine et l’Inde comme
cela vaudrait pour un lilliputien
comme Haïti.
L’état de la situation d’Haïti com-
mandait donc une réaction de la
part du gouvernement. À défaut
de trouver des solutions réelle-
ment adéquates, il aurait été pos-
sible d’y remédier un tant soit peu
par des mesures circonstancielles
compensatoires. La première de
ces mesures aurait été la non-
interdiction de la double nation-
alité.
À cet égard, les constituants de
1987 ont raté une bonne oppor-
tunité d’être utiles au pays. Ils
auraient été, en effet, bien avisés
de tenir compte de la probléma-
tique sociologique du pays avant
de maintenir le statu quo dans la
nouvelle constitution. En regard
des conditions sociales d’alors, ce
n’était pas seulement une erreur,
c’était une faute.
Combler la fracture sociale
Bien entendu, une telle mesure
n’aurait pas déclenché le retour
des émigrés, mais en leur per-
mettant de recouvrer leurs droits
politiques de citoyens, un premier
pas aurait été fait en vue de leur
intégration dans l’organisation
sociale du pays, générant poten-
tiellement par le fait même,
des apports plus substantiels, à
beaucoup d’égards, que les cen-
taines de millions qu’ils libèrent
annuellement dans l’économie du
pays. [2] Mieux encore, cela aurait
permis d’impulser les différents
secteurs de la société afin, ultime-
ment, de favoriser le démarrage
vers le développement.
On peut mettre en perspective les
étapes de la croissance économique
ainsi que les moyens techniques
pour y parvenir. Mais, on doit savoir
que cette croissance est supportée
par une classe sociale dont les
attributs en font la plus dynamique
et la plus industrieuse. D’ailleurs,
même dans les sociétés bénéfici-
ant d’une structure économique
qui les classe d’emblée parmi les
sociétés riches, la classe moyenne
continue à jouer un rôle important.
C’est sur elle que repose en grande
partie l’assiette fiscale à la base des
budgets gouvernementaux.
Autant dire que pour l’équilibre et
le développement du pays, il est
de la plus haute nécessité que la
fracture sociale soit comblée ou,
à défaut, que des mesures gou-
vernementales soient prises en
conséquence. La première d’entre
elles pourrait être l’abolition des
articles 13 et 15 de la constitution.
Corrélativement, il importe aussi
que des alternatives à l’aide inter-
nationale soient envisagées. À cet
égard, parallèlement aux mesures
permettant aux émigrés de recou-
vrer leurs droits politiques de
citoyens, on peut être porté à sou-
scrire à quelques-unes de celles
préconisées par l’économiste Jean-
Eric Paul [3].
Selon ce dernier, la création, entre
autres, d’une banque nationale de
développement suivie du lance-
ment d’un grand emprunt national
auprès des membres de la diaspora
serait une alternative valable à la
dépendance de l’aide internatio-
nale pour amorcer le développe-
ment du pays. Dans son point de
vue, la réussite d’un tel projet sup-
pose que les normes de gestion les
plus rigoureuses soient éventuelle-
ment respectées.
À condition, en effet, que cette
banque soit munie de tous les
garde-fous de gestion nécessaires
pour empêcher la corruption ou
les prévarications, sans oublier
bien entendu, la compétence
des administrateurs au premier
chef, cette idée vaut la peine
d’être étudiée. Il va sans dire que
les chances de mener à bonne
fin un tel projet sont d’autant
plus grandes que le contentieux
concernant la prohibition de la
double nationalité ait été réglé
dans le sens des revendications
populaires.
* Sociologue / 3 juillet 2010 /
AlterPresse
[1] Il n’est pas question de sou-
lever la controverse entourant la
notion de classe moyenne. Le but
ici c’est, non pas d’y aller d’une
analyse sémantique ou conceptu-
elle, mais de faire une observation
pragmatique.
[2] On évalue à près de deux mil-
liards les sommes libérées par la
diaspora dans l’économie haïti-
enne annuellement sans compter
les sommes dérivant des activités
informelles.
[3] Jean-Eric Paul : Existe-t-il une
alternative à l’aide internationale
? Le Matin nov 2008.
important. / Photo: © www.ecole-haiti.com
Haïti : L'introuvable classe moyenne
» suite de la page 11
LUNDI 29 JUIN 2015 N0
27 | 13
C
’est en présence du ministre
de la Justice et de la Sécu-
rité publique (MJSP), M.
Pierre-Richard Casimir, et du
secrétaire d’État de la Justice, maître
Jacquenet Oxilus, que s’est lancé
jeudi, ce VIe congrès de l’Anamah
autour du thème : la problématique
de l’indépendance du pouvoir judi-
ciaire, quelles réformes. « Depuis le
ministre René Magloire, c’est la pre-
mière fois qu’un ministre de la Jus-
tice se présente devant l’association
des magistrats, organe syndical de
magistrature », a dit d’entrée de jeu
maître Durin Duret Junior remer-
ciant l’actuel garde des Sceaux de
la République, maître Pierre-Rich-
ard Casimir. Selon le président de
l’Anamah, depuis l’arrivée du minis-
tre Casimir, on assiste à un moment
de détente entre le ministère de la
Justice et l’Anamah. « D’habitude,
les ministres de la Justice voient
l’Anamah comme un ennemi ou un
adversaire », renchérit maître Duret,
très élogieux à l’endroit du ministre
Casimir qui, dit-il, est toujours prêt
à recevoir et à écouter les revendica-
tions de l’Association nationale des
magistrats.
Dans ses propos de circonstance,
le ministre a salué les luttes de
l’Anamah et est revenu sur des
questions épineuses telles que : le
renouvellement des mandats des
juges, le paiement de leurs arriérés
de salaire ainsi que le processus
de certification des magistrats
conjointemententreprisparleMJSP
et le CSPJ. « Si le juge contribue
à la distribution de la justice, il est
tout à fait juste que sa condition de
vie soit décente et que ses soucis
personnels ne puissent altérer ses
capacités de réflexion ainsi que sa
bonne conscience dans le prononcé
des jugements », a dit le Ministre
confirmant ensuite que la question
des arriérés de salaires des juges
devrait être définitivement résolue
dans un proche avenir. Le ministère
de l’Économie et des Finances est
saisi de la question et a commencé
le processus de paiement.
Le ministre Casimir qui n’a pas
voulu accuser uniquement la
lenteur des juges d’instruction
qui occasionne souvent des cas de
détentions provisoires prolongées,
a dit croire que le mauvais
fonctionnement du système
judiciaire est l’échec de tous :
avocats, juges, huissiers, greffiers,
policiers ou ministre. Il a invité les
magistrats présents à ne pas hésiter
à recourir à la loi du 6 mai 1927
relative à la comparution immédiate
au correctionnel, en vue d’éviter
des cas de détentions provisoires
prolongées. Le garde des Sceaux
est aussi revenu sur l’actualisation
en cours du Code pénal haïtien. Ce
code, dit-il, doit refléter les idées
et les opinions de tous les acteurs
du système, notamment sur de
grandes innovations à apporter à
la législation pénale haïtienne, à
savoir : l’introduction des peines
alternatives à la prison.
Le Conseil supérieur du pouvoir
judiciaire, organe disciplinaire
de la magistrature, est le résultat
d’un effort collectif engagé par les
différents acteurs du secteur de la
justice. Le ministre Pierre-Richard
Casimir a fait remarquer que son
ministère ne peut se passer de
sa collaboration avec le CSPJ. Il
croit que cette institution a besoin
du support des autres instances
nationales qui ont existé avant elle.
« Le ministère de la Justice offrira
à cette institution sa collaboration
pleine et entière, que ce soit pour
le transfert des compétences, le
renouvellement des mandats des
juges ou la poursuite du processus
de certification des magistrats. »
Le président de l’Association
nationale des magistrats haïtiens
n’a pas du tout été tendre envers
le CSPJ. Pour lui, cette institution
créée pour assainir et renforcer la
magistrature s’est plutôt comportée
en « ennemi des magistrats ». Maître
Duret dénonce ce qu’il appelle les
abus faits aux magistrats par le
CSPJ, tels les transferts illégaux
des juges de paix, les mesures
disciplinaires jugées abusives prises
contre certains juges et surtout
le silence complice du Conseil
devant des nominations de juges
qui seraient faites illégalement par
l’exécutif.
En faisant ces dénonciations, Me
Duret, visiblement sous le choc, a
avoué que sa tension artérielle est
montante. Un magistrat, dit-il, est
aussiunpèredefamilleetentantque
tel sa présence est importante dans
son cercle familial. « Le transfert
des juges de manière déraisonnée
est une menace pour leurs foyers
», a dit en substance, le défenseur
des juges.« Le CSPJ doit placer le
magistrat au-dessus des besoins
courants de la vie, des pressions
d’un ministre ou d’un conseiller
du président de la République »,
lance Me Duret jugeant que le CSPJ
est trop clément face à l’exécutif
qui, selon lui, empiète souvent sur
l’indépendance et l’impartialité des
juges. À son avis, le CSPJ n’a rien fait
pour forcer l’exécutif à renouveler
les mandats d’une centaine de
juges arrivés à terme l’été dernier.
Si certains efforts de l’Anamah
dans l’intérêt des magistrats n’ont
pas encore été matérialisés, c’est
parce qu’on n’a pas le support du
CSPJ », dit Me Duret, rappelant
que suite aux luttes de l’Anamah les
magistrats devraient sous peu avoir
des passeports officiels ainsi que
des plaques officielles pour leurs
voitures.
Le président de l’Anamah digère
très mal la mise en disponibilité
par le CSPJ du doyen du tribunal
de première instance des Cayes, Me
Ezéckiel Vaval. Celui-ci aurait été
sanctionné pour être intervenu à
la radio sur un dossier de justice.
Maître Duret rappelle que la
sanction doit être proportionnelle
à l’acte posé et estime qu’un
magistrat, si intègre, expérimenté
et compétent, ne peut en l’espace
d’un cillement se retrouver sous le
coup d’une mise en disponibilité.
Le VIe
congrès de l’Anamah a réuni
plusieurs dizaines de magistrats
venus des différentes juridictions
du pays. Entre autres intervenants,
la constitutionnaliste Myrlande
Manigat a parlé de la problématique
de l’indépendance de la justice en
Haïti. Ce congrès a eu le support
technique et financière du projet
Pro justice de l’USAID. À ce sujet,
Me Duret a publiquement remercié
le responsable de ce projet, Me
Marceau Edouard, sans qui ce
congrès n’aurait pas été possible.
Le congrès s’est refermé par
l’élection d’un nouveau comité à
la tête de l’Anamah. Maître Duret
Junior, très déçu des trahisons et
coup-bas dont il dit avoir été victime
au sein même de la magistrature,
a été réélu, quelques mois après
sa démission, au même poste. Il
promet de ne jamais abandonner
la bataille qui consiste à lutter
pour l’indépendance du pouvoir
judiciaire et l’amélioration des
conditions de vie et de travail des
magistrats.
14 | N0
27 LUNDI 29 JUIN 2015
JUSTICE
L'Anamah organise son VIe
congrès :
entre démission, élection et revendications
L’Association nationale des magistrats haïtiens (Anamah) n’est pas dans ses plus beaux jours. Cette association
qui s’est fait une belle réputation quant à ses luttes acharnées en vue de la mise en place du Conseil supérieur du
pouvoir judiciaire (CSPJ), connaît aujourd’hui des conflits et des malaises internes qui se rapportent encore au
CSPJ. Après la démission du président sortant de ladite association suite à l’élection de maître Max Élibert comme
représentant des juges de la Cour d’appel au CSPJ, le 6e congrès de l’Anamah, les 25 et 26 juin derniers, s’est
tenu sur fond de reproches véhéments adressés au CSPJ, notamment dans les allocutions du président sortant,
démissionnaire, maître Durin Duret Junior, qui allait pourtant être plébiscité au même poste, à l’issue dudit
congrès.
6e
congrès de l’Anamah. / Photo : Paul Philippe Kevin
LUNDI 29 JUIN 2015 N0
27 | 15
SOCIÉTÉ
Honte à nous !
La virginité n'est plus vierge !
C
’est l’Afrique du Sud et Dubaï,
deux pays situés à des mil-
liers de kilomètres d’Haïti,
qui sont chargés de la prépa-
ration du matériel électoral pour nos
prochaines élections. Cela veut dire
que bulletins de vote, urnes, isoloirs,
encre indélébile et autres babioles
indispensables, rien de tout cela ne
sera préparé en Haïti. Et ça, en vérité,
c’est un affront pour les entreprises
nationales.
Que ce soit le Programme des
Nations unies pour le développe-
ment (Pnud) qui gère les fonds
destinés à l’organisation de nos
élections, c’est un autre affront.
De taille, celui-là. Pour le CEP
particulièrement et pour l’État
haïtien en général. Mais cela
peut se comprendre. Nos diri-
geants peuvent crâner autant
qu’ils veulent, nous n’avons pas
les moyens de financer plusieurs
tours d’élections. C’est donc, une
fois de plus, nos soi-disant amis
de cette prétendue communauté
internationale qui ont casqué. Or
ces derniers tiennent nos braves
dirigeants en très piètre estime
et n’ont jamais raté aucune occa-
sion pour les humilier et les rape-
tisser. À tort ou à raison, ils les
croient incurablement corrompus
et maladivement gaspilleurs. Le
moindre fonds qui leur tombe
dans les pattes pour une œuvre
d’intérêt collectif quelconque est
susceptible d’emprunter des voies
détournées. De ce point de vue,
ils n’ont pas nécessairement tort
et l’on ne doit pas leur en vouloir
d’être méfiants.
Cependant, ce qui est révoltant
dans cette affaire, c’est que ce
sont des entreprises étrangères
qui ont été sélectionnées pour
préparer le matériel électoral.
Elles auraient, à en croire les
responsables du Pnud, remporté
l’appel d’offres international
lancé à cet effet. Pourquoi un
appel d’offres international (dont
personne n’avait entendu parler
avant) pour préparer un vulgaire
matériel électoral dont n’importe
quelle minable entreprise nationale
aurait pu s’occuper ?
Préparer le matériel électoral en
Afrique du Sud et à Dubaï est sans
doute une bonne chose pour les
conseillers électoraux. C’est pour
eux une excellente occasion de faire
du tourisme et de s’offrir du bon
temps. Visiter le pays de Nelson
Mandela aux frais de la princesse,
séjourner à Dubaï où l’on rencontre
les plus hautes tours et les hôtels
les plus luxueux du monde, ce
n’est pas rien. Et l’on peut parier à
cinq contre un que nos conseillers,
sous prétexte de supervision et
d’évaluation des préparatifs, vont
tous, per diem à la clef, traîner tour
à tour à Pretoria et Dubaï jusqu’à la
proclamation des résultats.
Mais c’est un camouflet pour les
entreprises nationales, pour la
plupart au bord de la faillite sans
queriennesoitfaitpourlessoutenir.
Passe encore que nos plaques
minéralogiques, nos vignettes, nos
passeports, la monnaie nationale
soient fabriqués ailleurs. Il se
peut, en effet, que nous n’ayons
pas ici la technologie et l’expertise
nécessaires pour de tels ouvrages.
On comprend volontiers que, pour
les mêmes raisons, nos dirigeants
préfèrent signer avec des firmes
de construction étrangères de
juteux contrats de travaux publics
alors que les firmes nationales de
construction peinent à se maintenir
à flots. Mais Bon Dieu, fabriquer
des urnes et des isoloirs, concevoir
et imprimer des bulletins de vote,
ça, au moins, nos entreprises
peuvent le faire, que diable ! Il ne
s’agit quand même pas de disséquer
l’atome !
Le Pnud était peut-être libre de con-
tracter des entreprises étrangères
pour la préparation du matériel
électoral. Il n’a rien à fou… d’Haïti,
de sa pauvreté, de son peuple et
de ses entreprises. Mais le CEP,
le gouvernement, les candidats,
la société civile sont coupables et
méprisables en bloc d’avoir accep-
té un tel état de fait. C’est à eux
qu’il incombait au premier chef
de défendre les entreprises et la
dignité nationales en exigeant que
le matériel électoral soit préparé
en Haïti, par des entreprises haï-
tiennes. On comprend mal leur
silence. De quoi donc avaient-ils
peur ? Que la communauté inter-
nationale retire ses fonds et que
les élections tant attendues soient
renvoyées aux calendes grecques ?
Ils devraient dans ce cas se rappeler
que depuis des années que les élec-
tions sont constamment ajournées
la République n’a pas disparu pour
autant.
Il est temps que nos dirigeants
comprennent que ce n’est pas en
s’aplatissant constamment devant
les soi-disant amis d’Haïti qu’ils
auront leur respect. Depuis plus
de deux cents ans que nous nous
comportons comme des béni-oui-
oui, ils ont infligé au pays tous
les maux, toutes les humiliations
possibles et imaginables. Il faut
apprendre à leur rappeler qu’avec
leur aide « leur ami » crève déjà
assez bien et qu’il ne crèvera pas
mieux sans.
Un pain et une bouteille de cola:
tels étaient les symboles utilisés
par le nouvel époux pour faire
savoir la fille qu’on lui a donné en
mariage est en bonne et due forme
ou non. En effet, au lendemain d’un
mariage, les parents de l’épouse
sont les premiers à vérifier la
table des nouveaux mariés. Si le
pain est intact et que la bouteille
demeure remplie, on n’a pas à s’en
faire. La dame est félicitée pour
ce grand exploit. Mais quand le
pain est mangé de l’intérieur et
que la bouteille est vide, hum!
L’affaire n’est pas simple. Cela
traduit la déception de l’époux qui
trouve sa femme déjà dépucelée.
Honte pour la fille. Déshonneur
pour sa famille qui doit, pauvre
diable, accorder réparations à la
famille de l’époux. Des centièmes
de terre. Une somme d’argent. Et
la vie continue. Adieu oui dent !
Même si cela doit affecter tout le
reste de la relation. « Certaines
fois, les parents du jeune homme
viennent chercher tôt le lendemain
du mariage le drap qui a couvert le
lit nuptial. L’objectif est de voir s’il
y a du sang là-dessus. » Jonel Louis
nous explique. Il est étudiant en
sciences sociales à l’École normale
supérieure.
La jeune fille haïtienne grandit avec
l’idée que sa virginité est un trésor
qu’il faut à tout prix préserver.
On peut même se demander s’il y
a des filles dans le pays à qui on
n’a pas dit, au moins une fois :
« Ta virginité est ta plus grande
richesse. » Effectivement, les
hommes, considérés en ce temps-
là comme les sauveurs des femmes,
voulaient tous épouser des vierges.
C’était une fierté que d’être le
premier à « connaître » une fille.
C’était aussi une fierté pour la fille
qui jouissait automatiquement du
respect de son homme et de ses
parents. Il n’y avait pas meilleure
façon d’insulter une fille que de lui
dire qu’elle est déjà « crevée ».
Indubitablement, la virginité n’a
plus le même poids aujourd’hui
en Haïti. Même si certaines de
ses significations semblent rester
inchangées. Par exemple, jusqu’à
aujourd’hui des jeunes croient
encore que la virginité est une
richesse et qu’elle procure du
respect. Esther a dix-huit ans.
Elle est en seconde. Pour elle, la
virginité demeure très précieuse. «
On m’a toujours dit que la virginité
est le passeport d’une jeune fille,
avoue-t-elle, et j’y crois. » Elle
regrette souvent d’avoir déjà perdu
la sienne et déplore qu’on ne puisse
« se revirginiser ».
Ignace Antoine, lui aussi, trouve
que la virginité est importante
pour une fille. Ce jeune homme de
vingt ans affirme : « J’ai plus de
fierté quand j’ai une fille vierge. Ça
me rassure que d’autres ne l’ont
pas connue avant moi. » Même si
Piterson pierre pense, lui, que le fait
qu’une fille soit pucelle n’explique
pas forcément que d’autres ne
l’aient pas connue. « Beaucoup de
filles qui croient encore que leur
virginité est une richesse utilisent
d’autres moyens pour s’amuser tout
en gardant leur hymen intact »,
révèle le jeune normalien en lettres
modernes. « Le sexe anal est l’un des
moyens auxquels elles recourent
pour préserver leur virginité »,
poursuit-il. C’est également le point
de vue de Junior Chéry, étudiant en
sciences juridiques et en sociologie
à l’Université d’État d’Haïti. « On se
sert de la fente des seins tout aussi
bien pour ce travail », ajoute Junior.
Selon lui, le vagin n’est plus un
critère pour justifier de la virginité
des jeunes filles. « La virginité n’est
pas un bien car toutes les femmes
l’ont possédé à un moment », ajoute
le jeune sociologue en devenir. Il
avance qu’elle ne traduit en rien
une quelconque chasteté des jeunes
filles. Berlyne Bossicot, une jeune
fille avec qui nous avons également
discuté, pense que « la virginité ne
veut rien dire du tout aujourd’hui.
Sinon elle dévalorise une fille aux
yeux de ses pairs qui la prendraient
certainement pour une « sainte ».
On se moquera, pour elle, d’une fille
qui osera dire qu’elle est vierge. La
jeune fille soutient qu’une vierge est
une fille qui n’a pas encore trouvé
la bonne personne à qui livrer son
corps. Elle rejoint là le point de vue
de Piterson : « les filles en Haïti
perdent en grande majorité leur
virginité dès l’adolescence ». C’est
pourquoi selon Junior les hommes
ne s’intéressent presque plus à cette
question. « Et d’ailleurs, plus les
filles ont fait des expériences dans
le sexe, plus elles sont intéressantes
», avoue Stanley Jackson Chery, un
étudiant en sciences économiques
à l’UEH.
Ti Messi, comme on surnomme
ce dernier, estime comme Junior
que les « ti blòdè » ont beaucoup
contribué à changer la conception
des filles de la virginité. Sauf que
lui, il croit que les filles ne sup-
portent plus, désormais, l’idée de
rester vierges. Celles qui le sont
à « l’avant » ne le sont pas tou-
jours à «l’arrière». Hédonisme ?
Pas forcément. Le professeur Yves
Dorestal aurait répondu, comme il
l’a fait dans une conférence en jan-
vier à l’École normale supérieure :
« Tous les trous sont des trous de
plaisir. »
Considérée comme une anomalie pour les filles dans
certains pays, la virginité a toujours été un « trésor »
pour les filles haïtiennes. Mais de nos jours, semble-
t-il, la question n’a plus la même importance. Le sexe,
considéré autrefois comme moyen de reproduction,
serait, aujourd’hui, une source de plaisir.
Obama brise le tabou du mot « nègre »
La sixième extinction massive
d'espèces est en marche
«
C’est juste un mot, long de six
lettres, mais qui n’avait pas
été prononcé par un président
américain depuis des généra-
tions », souligne le New York Time en
préambule. « Obama a invoqué le mot
« nigger » dans une interview diffu-
sée le lundi 22 juin en podcast, pour
insister sur l’ombre que font encore
peser l’esclavage et la discrimination
sur la société américaine », note le
journal.
Le quotidien de la Grosse Pomme
prend même la peine d’expliquer,
dans un second article, qu’il a
exceptionnellement décidé de faire
une entorse à son règlement et
d’écrire le mot en toutes lettres, car
« dans ce cas précis, une paraphrase
ou l’usage d’un euphémisme aurait
laissé les lecteurs dans la confusion
et aurait ôté de la substance à
l’article ».
Le site internet Politico souligne,
pour sa part, que le président
américain « est content d’avoir dit
ce qu’il a dit ». Selon des conseillers
de la Maison-Blanche cités par le
site : « Obama savait qu’il allait être
interrogésurleracismeenserendant
à Los Angeles pour participer
à l’émission de Marc Maron et il
savait grosso modo ce qu’il allait
dire. A la fin de l’enregistrement,
il savait que la plupart des gens
allaient se concentrer sur le fait
que le président avait prononcé le
mot de la langue anglaise le plus
chargé racialement. Mais, pour
Obama cette réaction est une bonne
chose, car cela a poussé davantage
de gens à discuter de la question
du racisme que s’il n’avait pas dit
le mot tabou ».
Dans les colonnes du Washington
Post, le chroniqueur africain-
américain Eugene Robinson insiste
moins sur l’utilisation par Obama
du mot « nigger » que sur le profond
racisme de la société américaine.
« Le président a choisi un forum
inhabituel pour délivrer ses plus
francs commentaires sur les races
depuis le massacre de Charleston »,
note le chroniqueur.
« Il a déclaré [à la radio] que nous
avons clairement vu les relations
raciales s’améliorer mais que ‘nous
ne sommes pas encore guéris’ du
racisme et que ‘la question n’est pas
juste que ce n’est pas poli de dire «
nigger » en public’ (...) ».
Et Eugene Robinson de poursuivre :
« L’élection d’Obama en 2008 a été
sans conteste une étape cruciale,
un événement majeur que je
n’aurais même pas rêvé voir de mon
vivant ».
Il avoue cependant qu’il n’avait
pas réalisé « que le simple fait
de voir une famille noire à la
Maison-Blanche allait accentuer
les anxiétés et les conflits raciaux.
Je ne me rendais pas compte que
le spectacle d’Africains-Américains
exerçant le pouvoir allait renforcer
le sentiment d’impuissance et de
victimisation de certains Blancs ».
« Sur le long terme, je suis optimiste,
poursuit le chroniqueur, mais un
avenir post-racial ne va pas se
matérialiser d’un seul coup. Nous
avons un travail urgent à faire (...).
Notre société parviendra à mettre
un terme au racisme lorsqu’elle
cessera d’être raciste. »
C
’est ce que révèle une étude
publiée par Science Advanc-
es qui s’appuie sur les
observations documentées
d’extinctions d’espèces des cinq der-
niers siècles. Principal enseignement
de l’étude : les disparitions d’espèces
ont été multipliées par 100 depuis
1900. Et leur rythme a même accé-
léré au cours des dernières décennies
du fait de l’activité humaine.
« La vitesse à laquelle les espèces
disparaissent est sans précédent
dans l’histoire humaine et haute-
ment inhabituelle dans l’histoire de
la planète », souligne le directeur
des recherches, Gerardo Ceballos,
de l’université nationale autonome
de Mexico.
L’équipe s’est concentrée sur les
vertébrés et a déterminé que depuis
le 16eme siècle, 338 espèces ont
définitivement disparu et que
280 autres n’existent plus qu’en
captivité. Au total se sont donc,
en l’espace de cinq siècles, près de
620 espèces de vertébrés qui ont
disparu de leur milieu naturel. La
plus grande partie d’entre eux, lors
du siècle dernier.
“Notre travail indique que nous
sommes entrés sans l’ombre
d’un doute dans la sixième phase
d’extinction massive d’espèces
animales”, explique Gerardo
Ceballos. “Nos estimations révèlent
un déclin extrêmement rapide
de la biodiversité (...), l’un des
enjeux environnementaux les plus
critiques de nos jours”.
Les facteurs qui l’expliquent : la
destruction de l’habitat naturel,
la surexploitation des ressources
et des espèces, la pollution et le
changement climatique, conclut
l’étude qui prévient que “la fenêtre
d’opportunités pour remédier
aux conséquences se ferme
rapidement”.
Ce n’est pas la première fois que la
Terre est le théâtre d’une grande
extinction d’espèces. Il y a 65
millions d’années disparaissaient
les dinosaures et avec eux, environ
75% des espèces animales. Avant
cela, quatre autres extinctions
massives avaient eu lieu, toutes
dues à des phénomènes naturels.
Aujourd’hui, c’est l’une des espèces
– la nôtre – qui, selon l’étude,
provoque la disparition des autres.
Et qui sait, à terme, la sienne.
« Si nous laissons s’éteindre des
espèces au rythme actuel, les
humains seront bientôt privés (en
l’espace de trois petites générations)
des bénéfices de la biodiversité »,
préviennent les chercheurs qui
précisent qu’il faut des centaines
de millions d’années pour que la
nature se diversifie à nouveau.
16 | N0
27 LUNDI 29 JUIN 2015
SOCIÉTÉ
« Nigger » : un mot, long de six lettres, mais qui n’avait pas été prononcé par un
président américain depuis des générations / © Courrier International
Chose rarissime, voire impensable, le président Obama a prononcé le mot nigger dans une interview fleuve
accordée à une radio de Los Angeles pour pointer du doigt la persistance du racisme aux États-Unis.
Cela faisait 65 millions d’années que la Terre n’avait vu disparaître autant d’espèces animales, préviennent des
chercheurs mexicains et américains. En cause : l’activité humaine. En quittant ce monde, un enfant qui naît
aujourd’hui aura vu disparaître plusieurs centaines d’espèces animales.
LUNDI 29 JUIN 2015 N0
27 | 17
CULTURE
Haïti à l'heure de la production
du livre numériquePar Robens Prosper
D
es sites numériques et
inter-nautiques voient le
jour. L’accès aux livres n’a
jamais été autant facile,
l’industrie du livre n’a jamais été
autant dynamique. Avec le progrès
de la technologie et surtout la pro-
lifération des gadgets électroniques,
n’importe qui peut se procurer de
n’importe quel livre, à n’importe
quel moment. Cette prouesse tech-
nologique contribue grandement à
la sauvegarde de la mémoire collec-
tive et l’efficacité de l’enseignement.
Des bibliothèques virtuelles se mul-
tiplient, la lecture se fait instantané-
ment. Plus besoin d’espace physique
pour se munir d’une bibliothèque
personnelle, avec seulement son por-
table on peut stocker beaucoup de
livres. Cette avancée dans le secteur
du livre, oblige à tous les acteurs de
la chaine de s’adapter à cette nouvelle
réalité, de l’auteur au distributeur en
passant par l’éditeur, tout le monde
se met au pas. Le livre numérique est
défini comme le nouveau support
du document écrit que l’homme est
appelé à utiliser pour ses besoins de
lecture, de diffusion massive et de
conservation.
Cette évolution qui pimente éven-
tuellement le marché du livre
n’est pas sans conséquences sur le
secteur et la consommation tradi-
tionnelle du livre, néanmoins elle
permet aux lecteurs de se faire
plus d’économie, de s’acheter à
toutes heures de la journée et de
lire avec plus de facilité.
La globalisation reste une grande
chaine soudée par les langues et
les cultures, le livre numérique
devient un maillon qui s’ajoute
à cette chaine. De ce fait, tous
les pays du monde s’efforcent à
exploiter tant bien que mal cette
nouvelle façon de commercialiser
et de consommer le livre. Haïti
n’est toutefois pas une exception,
des bouquins made in Haïti se
vendent sur les sites les plus en
vue dans cette catégorie.
Historique et évolution du
livre numérique
Avant même la création d’Internet,
Michael Hart crée, en 1971, le
projet Gutenberg, dont le but est
de numériser des livres. Le pre-
mier livre numérisé par le projet
Gutenberg est la Déclaration
d’indépendance des États-Unis
dans un fichier de 5 ko.
En 2008, la qualité de lecture sur
écran des liseuses s’étant consi-
dérablement améliorée, le livre
numérique repart à la conquête
des marchés grand public. En
2010, la progression en termes
de parts de marché devient très
significative aux États-Unis. De
nombreux éditeurs ont commencé
à distribuer, sous forme électro-
nique, des livres tombés dans le
domaine public.
Dans le même temps, pour une
question non forcément de quali-
té, mais de coûts et de rentabilité,
certains éditeurs préfèrent publier
leurs auteurs de cette manière.
À l’opposé, certains auteurs qui
veulent se libérer de l’emprise de
leur éditeur, ou dont les manu-
scrits n’ont pas été publiés sur
papier par des éditeurs mettent
à disposition leurs œuvres en
ligne, tant de façon gratuite que
par l’intermédiaire de sites de
téléchargement payant.
En France, « publie.net”, pre-
mière coopérative d’auteurs pour
l’édition et la diffusion numéri-
que de littérature contemporaine,
fondée en 2008 par l’écrivain
François Bon, ardent militant du
livre numérique, pousse les res-
sources du format ePub3 jusqu’à
ajouter du son et de la musique
ou des vidéos dans le cours du
récit, et un système de navigation
en hyperimages (pour l’instant
uniquement accessibles sur iPad
et iPhone). Le premier revendeur
de livres numériques en France
en date est Mobipocket.com (fil-
iale d’Amazon depuis avril 2005).
Ses concurrents principaux sont
Numilog.com (filiale d’Hachette
Livre depuis le printemps 2008),
ePagine (prestataire de solutions
pour les librairies), immatériel.
fr (distributeur et revendeur),
Relay.com (également filiale de
Hachette, mais côté presse), Eden
Livres, E-Plateforme, YouScribe,
Scribd, Youboox, iBooks, Cyber-
libris (bibliothèque numérique
sur abonnement), Needocs (livres
professionnels, pratiques et aca-
démiques) et aussi Didactibook
(libraire électronique spéciali-
sée dans les livres pratiques).
Selon le magazine Challenges, la
Fnac aurait vendu 40 000 livres
numériques de novembre 2008
à novembre 2009. En 2011, le
fabricant de liseuses Bookeen
se lance à son tour dans la com-
mercialisation de livres numéri-
ques avec bookeenstore.com.
L’offre de livres numériques en
français la plus riche du marché
est proposée par Chapitre.com.
Selon le quatrième Baromètre
sur les usages du livre numéri-
que, présenté le 21 mars 2014 au
Salon du livre de Paris, on évalue
la part de lecteurs numériques en
France à 15 % de la population.
Parmi les sondés 39% pensent
que l’utilisation de livres électro-
niques va augmenter. Aujourd’hui
en France, bien que les utilisa-
teurs d’ebooks pensent que les
usages vont évoluer, ils sont
encore beaucoup à combiner la
lecture électronique avec celle de
livres papiers.
Pour le dernier trimestre 2010,
Amazon.com a officiellement
annoncé avoir vendu pour la pre-
mière fois plus de livres numéri-
ques que de livres imprimés. Les
genres les plus populaires sont
alors les romances et les romanc-
es érotiques, livres papier dans
le pays.
Selon le Pew Internet & American
Life project, 28 % des Américains
ont lu au moins un livre numérique
en 2013. Selon le même institut,
50 % des Américains possèdent
une tablette numérique ou une
liseuse en janvier 2014. (Sources
Wikipedia)
Haïti et le livre numérique
Comme tous les autres pays,
Haïti aborde à sa manière ce
nouvel ordre mondial, mais ici-
bas, tout est lié et cette adaptation
brutale est proportionnelle à tout
ce qui est d’ordre social dans ce
pays à forte potentialité littéraire,
à savoir le problème d’électricité,
le problème du droit d’auteur et
les irrégularités liées au paiement
électronique pour ne citer que
ceux-là. Cette nouvelle opportu-
nité pour Haïti de vendre sa lit-
térature, ses auteurs à l’extérieur
et de démocratiser la lecture chez
les jeunes de cette génération qui
sont accro à la technologie, est
inexploitée ou mal exploitée.
Il n’y a pas d’initiatives entre-
prises pour créer une plateforme
virtuelle pour promouvoir les
livres haïtiens. Les opérateurs du
secteur sont quasiment passifs sur
ce point, beaucoup d’entre eux ne
peuvent pas s’offrir les moyens
adéquats pour accéder aux outils
et équipements indispensable à
une adaptation réelle. Inexis-
tence de cadre légal qui traite de
la matière, Il n’y a pas beaucoup
de techniciens déclarés qui sont
spécialisés dans la conception du
livre numérique. La production du
livre numérique n’est pas seule-
ment une nouvelle façon de con-
cevoir le livre, c’est un système,
un nouveau marché, une nouvelle
industrie qui se greffe sur la pro-
duction du livre physique. Elle ne
remplace pas le livre papier, elle
est un supplément qui assure la
diffusion massive et la conserva-
tion des idées et des informations
véhiculées par les auteurs. Cette
évolution comporte plusieurs
segments interdépendants, avec
les librairies et bibliothèques en
ligne, fabrication instantanée du
livre, achat, paiement et livraison
automatique du livre etc.
Pour que cette adaptation soit
réelle et efficace elle doit être
complète et totale. À ce sujet Haïti
a encore beaucoup à faire.
Livre numérique.
HAITI/MARCHÉDULIVRE
Quand la numérisation donne le ton, le livre emboite le pas. Ce qui nous permet de constater l’expansion
étourdissante du livre dans le monde grâce à l’apparition du livre numérique, ces cinq dernières années.
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  • 1. Petrocaribe fête ses dix ans d’existence ce lundi 29 juin. Initié par Hugo Chávez, cet accord de coopération énergétique entre le Venezuela et certains pays latino- américains et caribéens, dont Haïti, dote les pays membres d’un précieux outil leur permettant de réaliser un ensemble de projets de développement. La gestion du pays, en particulier, de l’administration Martelly/ Lamothe, des fonds découlant de ce programme est l’un des sujets les plus controversés dans la sphère politique haïtienne. » lire page 10 » P. 20 » P. 22 »   P. 4 CULTURE SPORT » suite page 5 Bonne performance de Lil Wayne, Swizz Beatz et Chris Brown au Champ-de-Mars Par Walcam Vivre en Haïti : un véritable défi HAÏTI / ÉCONOMIE LUNDI 29 JUIN 2015 NUMÉRO 27 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI HAÏTI / COOPÉRATION ACTUALITÉ Petrocaribe a dix ans : un bilan mitigé pour HaïtiPar Jean Michel Cadet Danilo Médina pour une évaluation de l'Onu par Lionel Edouard Les demi-finales des Play-offs ! par Gérald Bordes
  • 2. 2 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 TRIBUNE Lettre du Collectif du 4 Décembre 2013 au Premier ministre Evans PaulLe 27 juin 2015 Monsieur Evans Paul Premier Min- istre En ses bureaux Monsieur le Premier Ministre Le Collectif du 4 Décembre 2013 vous donne acte de cet appel sous le drapeau que vous avez lancé aux organismes de la Société Civile pour un dialogue patriotique sur la situ- ation de nos compatriotes et celle des éventuels citoyens étrangers que compte déverser la République dominicaine sur notre territoire. Tout en déplorant tout ce temps pris par le gouvernement avant de réagir au signal d’alarme lancé par LE COLLECTIF DU 4 DECEMBRE depuis le 17 décembre 2013, et encore tout dernièrement ce 24 mai écoulé, nous tenons à reprendre dans cette missive les recomman- dations dont l’application devrait immédiatement porter fruits et permettre ipso facto, de redorer le blason de respect et de dignité de notre peuple, de notre nation. 1.- Le dossier épineux de la République dominicaine au trav- ers de l’Arrêt TC 168/13 et de la loi 169/14, faisant montre d’un racisme, d’une xénophobie et d’un antihaitianisme pervers, doit être transféré au niveau international. Les instances telles: l’O.E.A et les Nations-Unies par extension, pourront prendre les mesures adé- quates pour contraindre la Répub- lique dominicaine à respecter les traités et conventions afin de mettre fin aux violations flagrantes des droits de l’Homme en ladite république. Dans cet ordre d’idées, LE COLLECTIF du 4 DECEMBRE suggère que la gestion diploma- tique de ce dossier soit remise à cette équipe qui avait abordé avec sérénité et tact, avait maitrisé avec brio le problème et avait pu alert- er toute l’internationale qui, elle, avait mis illico la pression sur l’Etat dominicain fautif. Il nous paraît également opportun que votre gouvernement dénonce publiquement les violations des droits humains par la République dominicaine, les ruses et fourberies des autorités de cette dernière. C’est aussi l’occasion de remercier ceux qui, comme le Maire de New York: l’Honorable Bill di Blasio ; le Maire de Montréal : l’Honorable Denis Coderre ; les parlementaires américains: Frederica Wilson, Rodneyse Bichotte, Daphne Campbell ; les dominicains vivant à New York ; les étudiants américains de la Floride ; la diaspora haïtienne ; les nombreux organismes de défense des droits de l’Homme; les citoyens du monde qui ont dit et continuent à crier: non au racisme et à l’apartheid en republique dominicaine ! 2.- En second lieu, Face à notre déficience en infrastructures appro- priées pour l’accueil de cette masse de refoulés, nous vous suggérons l’utilisation des structures doua- nières existantes aux postes front- aliers pour recevoir, abriter et gérer dans un premier temps les victimes de l’apatridie et de la chasse aux noirs que mène la République dominicaine. 3.- Finalement, Dans cette conjoncture, il nous parait tout- à-fait indiqué de décider que désormais toute importation venant de la république dominicaine soit faite par voie aérienne ou maritime vers le port de Port au Prince. L’heure est aux sacrifices. Nous sommes conscients que ces procédures conjoncturelles nécessiteront des ajustements majeurs par les importateurs auxquels notre gouvernement devra faire comprendre qu’il s’agit de gérer un casus belli, et que, tant que durera la crise entre les deux pays, des sacrifices seront attendus de tous ceux qui, pour notre pays et ses citoyens, auront un minimum de respect et pour nos frères bafoués, un zeste de compréhension, de compassion et d’appui moral. Cette lettre, Monsieur le Premier Ministre, que vous nous permettrez de rendre publique, est notre réponse à votre appel patriotique du 18 juin dernier et l’application de ces mesures que nous suggérons, traduira la hauteur de l’appréciation que vous lui donnez. Acta non verba. Patriotiquement vôtre, Jean-Robert Argant Coordonnateur général collectif du 4 décembre 2013
  • 3. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 3 ACTUALITÉ Vers la réduction du nombre d'orphelinatsPar Evens REGIS S elon les statistiques de la directrice de l’IBESR, Arielle Jeanty Villedrouin, la quan- tité d’orphelinats recensée est passée de 150 à 770 après la catastro- phe du 12 janvier 2010. Seulement 6 % de cette quantité a une autorisation formelle, la grande majorité ne dis- pose pas d’une provision légale pour fonctionner sur le territoire. Trente-deux mille enfants, en majeure partie des filles, partagent ces 770 maisons d’accueil. Près de 80 % de ces enfants ne sont pas orphelins, ils ont une famille biologique. Notre niveau de vie précaire oblige souvent des parents en Haïti à abandonner leurs enfants dans des maisons exclusivement réservées aux orphelins. Maintes fois, ils sont victimes de la traite des enfants, et sont souvent à l’avenir déviés vers des pratiques interdites par la société, comme la prostitution, le vol, le viol, etc. « C’est une situation anormale, due à la pauvreté multidimensionnelle qui touche plus de 70 % de la population, et à l’insécurité alimentaire des 40 % des ménages en Haïti », a fait savoir le ministre des Affaires sociales et du Travail, Victor Benoît. Dans son inter- vention, il a annoncé que le gouver- nement n’allait pas rester indifférent face à une telle situation qui ronge la société. L’IBESR doit bénéficier de toutes les politiques transversales pour arriver à contrecarrer les mal- frats qui utilisent les orphelins pour plonger nos enfants dans le vice, les familles dans le désarroi, et le drame infernal. Le MAST s’engage à faire en sorte que toutes les recommanda- tions soient prises en compte dans le cadre de ses nouvelles politiques sociales, a promis le ministre Victor Benoît. L’institutionnalisation des enfants, un problème mondial L’exposé de Georgette Mulheir, PDG de Lumos, a montré que huit mil- lions d’enfants à travers le monde vivent dans des orphelinats. Ils sont 80 % qui fréquentent ces lieux faute de la précarité économique tout en ayant des familles biologiques. Selon l’assistante sociale, séparer un enfant de sa famille n’est jamais la bonne solution. Les expériences ont prouvé que les torts causés par les institu- tions d’accueil ont des impacts sur le développement précoce du cerveau des enfants. Il y a un meilleur dével- oppement cognitif, psychologique, social et psychopathologique pour les enfants vivant en famille que pour d’autres confiés aux institutions d’accueil. Jean Metenier, représentant adjoint de l’Unicef en Haïti, a pour sa part déclaré qu’en plaçant les enfants dans des institutions d’accueil, ils perdent leur première ligne de défense que sont les parents. La politique de l’Unicef, c’est d’encourager le main- tien des enfants dans des familles (famille d’accueil, élargie, autonome ou biologique), a-t-il informé. Avec beaucoup d’émotion et d’enthousiasme, Madame Pamela Ann White, dit être consciente que les enfants représentent l’avenir de ce pays. Le gouvernement américain va continuer à travailler de concert avec le gouvernement haïtien, en vue de promouvoir un développement inté- gral des enfants en Haïti et leur droit de vivre dans une famille. L’ambassadrice des États-Unis en Haïti a encouragé l’État haïtien à travailler de façon à augmenter la chance d’éducation de tous les enfants en Haïti, et la réduction du nombre d’enfants placés dans des institutions. Les enfants placés dans des orphe- linats représentent le capital économique de bons nombre de propriétaires de ces institutions d’accueil. Grâce à ces enfants, l’aide internationale ne cesse de grandir au niveau de ces institutions, et les responsables ne cessent d’empocher. Malgré tout, à en croire Madame Ville- drouin, la situation des enfants reste presque toujours de même, et des fois s’aggrave. Il faudrait changer de poli- tiques certes, mais comment l’IBESR va-t-il s’y prendre pour défier l’avidité de ces responsables, et atteindre ses objectifs ? Donner du prestige à l'État Onpeutaimertouteslesfoliesdumonde;etfairedel’excèsetdeladésinvolturela tramedefonddesavie.Jusque-là,sionneportepasconcrètementatteinteaux droitsetauxlibertésdesautres,çanedérangepas.Aprèstout,notrevieestànous etonpeut,ondoitpouvoirenfairecequ’onenveut. Maisilfautsavoirquandnotrestatutchange.Ilfautsavoirquandnouspassonsdu statutdecitoyenlambdaàceluid’hommed’État.Àceniveauderesponsabilités, onperdunpeudeseslibertés,oudumoinsoncèdeunpeudeseslibertésàune logiquedesauvegardedubiencommun.Çarimeàça,uneplacedanslagestion delachosepublique. Ces fonctions exigent une attitude et du prestige. Les représentants du pouvoir d’État doivent savoir se tenir continûment dans un protocole. De telles mises en placesontplusquenécessairesaumaintienauseindessociétésd’uneplateforme éthiqueautourdelalaquellelepeuplepeutsetrouverdesperspectivesmorales. Lorsquequelquescontingencesnousattribuentunefonctiondansl’appareild’État, onnepeutpasfairedanslamaladresseetlabêtise.Ilfautfairetairesesdémonsin- térieurs.Sesdémonsquis’appellentgrivoiserie,malséance,alcoolisme,tabagisme, excentricitédetoutessortes.L’État,çachangeunhomme,çachangeunevie.Onn’est plussoi-mêmepoursoi-même,onporteunevision,unprojetdevivre-ensemble.Et tousnoscomportementsdoiventlaissertransparaîtrenotresensdupouvoirdans ladignité,notresensdel’autredanslerespect...oui,lerespect. Lorsqu’onestcadredel’État,onporteensoilesouffledelaRépublique.Onattend denousdescomportementsquientrentenrésonanceavecunsystèmedevaleurs instituées. Ce n’est pas pour du beurre que la morale existe. La morale collective permetauxsociétésdesereconnaîtreautourdeprincipespartagés.C’estunexercice quirendenvisageableunesphèrecommunedecitoyenneté. MaisquedefoisenHaïti,lespoliticiensontcrachésurleprotocolequ’exigentleurs fonctions. Que de fois la société civile naïve, non informée, a joué le jeu de ces hommesd’État. Encetempsd’élections,ilfautdansl’absoluquetouslescandidatssachentquel’État n’estpasunescènesurlaquelleonvientjouersonpersonnage,faireleclowngrivois etridicule…L’Étatestuneinstancedepouvoirquiexistepourfairedel’expérience socialeuneexpériencesobreetheureuse.IlfautdonneràlaRépubliqueduprestige etduprotocole. ÉditoHAÏTI/DÉSINSTITUTIONALISATIONDESENFANTS L’Institut du bien-être social et de recherches (IBESR) a lancé officiellement, le vendredi 26 juin à l’hôtel Marriott, la campagne de désinstitutionalisation des enfants. Cette campagne bénéficiera des appuis du ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), de l’USAID, de Lumos, et de l’Unicef.
  • 4. WWW.LENATIONAL.HT 2, DELMAS 40 B EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 46 11 10 10 / 32 14 55 54 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. 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En fin de la semaine écoulée, le président domini- cain, Danilo Médina, sorti de son mut- isme, a dénoncé une campagne visant à ternir l’image de son pays, tout en revendiquant le droit de contrôler le flux migratoire sur son territoire. Cette première sortie dans la presse du président Médina, depuis le début des rapatriements, participe de la campagne de séduction des autorités dominicaines pour tenter de refaire l’image de leur pays sévèrement entamée, avec la publication de l’arrêt 168-13 de la Cour constitutionnelle dominicaine. Plus de 350 mille personnes devraient toutefois bénéficier d’un statut et de documents, s’est- il félicité. Combien d’Haïtiens ? Toujours une énigme. Cette antipathie à l’endroit des Haïtiens, selon plusieurs analystes constitue une faute morale. Malgré son acharnement à défendre l’indéfendable, Danilo Médina assume son statut de chef d’État. Il défend son pays ainsi que la politique migratoire menée par son administration. Il en appelle aussi à l’expertise de l’Onu pour évaluer le travail fourni dans cette nouvelle politique. Il n’y a aucun cas d’apatridie sur le territoire dominicain, a également tenu à préciser le remplaçant de Léonel Fernandez à la présidence. Bilan de la semaine ! Entre-temps, la tension monte d’un cran sur la frontière haïtiano-dominicaine. Des soldats dominicains, durant la semaine écoulée, ont tabassé un motocycliste haïtien à Belladère. En réaction aux nombreux actes de violation des droits des migrants, à Ouanaminthe, le maire a pris sur lui de fermer la frontière. Le gouvernement central n’était pas au courant, selon Lener Renaud. Une décision, apprend-on, qui est intervenue à la suite de troubles enregistrés la veille dans la ville. Malgré les contestations, le proces- sus de rapatriements continue. Le Service jésuite aux migrants/Soli- darite fwontalye (SJM-Haïti/SFw) a constaté du 22 au 26 juin 2015 l’arrivée de 3 674 migrants haïtiens et dominicains d’ascendance haïti- enne, aux points frontaliers de Mal- passe, Anse-à-Pitre, Ouanaminthe, Belladère, également à Cornillon- Grand Bois, entrée frontalière non officielle. À la frontière de Malpasse-Jimani, le SJM-Haïti/SFw a accueilli 20 migrants, dont 13 garçons et 7 femmes. Qui s’ajoutent aux huit familles déportées, logées à la cité de Fond-Bayard sur la route de Malpasse à Fond-Parisien. De ces familles on dénombre 20 mineurs, dont 8 enfants de moins de trois ans. Du côté de l’entrée d’Anse-à-Pitre- Pédernales, le SJM-Haïti/SFw a enregistré 1 109 déportés, à Dajabón-Ouanaminthe, ils étaient 514, ces compatriotes qui ont été expulsés de la République dominicaine. Ces déportés sont installés respectivement, à Anse-à- Pitre, dans les localités de Tète-à- l’Eau, Parc Cadeau et Tète-Source, et à Ouanaminthe, ils sont pour la plupart sans destination et ne sont orientés vers aucune structure d’accueil, hormis les quelques migrants logés dans cette commune au local du SJM-Hait/SFw. En outre, le SJM-Haïti/SFw a constaté, à la frontière de Belladère- Elias Pina, l’arrivée de 1 806 déportés pour la semaine du 22 au 26 juin, dont 52 migrants expulsés seulement au cours de la journée du vendredi 26 juin. Cependant, dans les localités de Cornillon- Grand-Bois, le Service des jésuites a reçu 80 migrants haïtiens, dont 57 hommes et 23 femmes. HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION Danilo Médina pour une évaluation de l'Onupar Lionel Edouard Le président dominicain, Danilo Medina. / Photo : laperiorevista.net La tension monte entre Haïti et la République dominicaine. Toutes les attentions sont focalisées sur cette affaire qui devient de plus en plus une crise identitaire, voire raciale. Le gouvernement haïtien temporise, alors que son homologue de l’autre côté de la frontière tente par tous les moyens de sortir de la pression internationale en se défendant contre les attaques de divers pays et organisations.
  • 5. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 5 ACTUALITÉ À en croire la version offici- elle, les fonds Petrocaribe auraient été bien gérés par les autorités haïtiennes durant la période 2012-2014. C’est du moins ce qui ressort du rapport d’audit du Venezuela, qui s’estime historiquement redevable envers Haïti. De plus, la veille du 10e anni- versaire de Petrocaribe, le gouverne- ment bolivarien, via son ambassadeur accrédité à Port-au-Prince, Pedro Antonio Camon, a renouvelé sa volo- nté d’accompagner Haïti à travers ce programme. Il s’est dit satisfait des avancées significatives des projets réalisés grâce aux fonds petrocaribe. Le gouvernement haïtien, dans cette veine, s’est donné un satisfecit quant à sa gestion des fonds petrocaribe au regard de son rapport publié en décembre 2014, intitulé : « La transformation d’Haïti à travers les grands travaux de reconstruction avec les fonds petrocaribe ». Ce document fait état de 907 millions de dollars américains budgétisés pour la réalisation de 234 projets relatifs au développement territorial et économique : l’agriculture, les infrastructures, le tourisme, au cours de la période allant de mai 2011 à septembre 2014. Près de 78 % d’un montant de 230 millions de dollars budgétisés ont été transférés pour des projets qui relèvent de l’axe développement social, d’après le rapport gouvernemental. La construction de logements sociauxetdesprojetsderelogement, poursuit ce document de 248 pages, ont nécessité un budget de 44 millions de dollars dont 80 % ont été transférés au compte des projets y relatifs. Pour ce qui est des projets sociaux, 59 millions de dollars, dit le rapport, ont été mobilisés pour la réalisation des projets dénommés : Ti manman cheri, kore peyizan, panye solidarite, kantin mobil, kore etidyan. Le rapport de la CSC/CA, somme toute, estime que les infrastructures sont susceptibles de disparaître en l’absence des tissus économiques et professionnels appelés à les entretenir. selon Fritz Jean L’économiste Fritz Jean s’est interrogésurlarapiditéetlaquantité des montants décaissés pour la réalisation de nombreux projets. S’appuyant sur les données publiées sur le site internet du Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (BMPAD), 600 millions de dollars ont été engagés en neuf mois par l’État haïtien pour certains projets. À titre d’illustration, poursuit-il, 80 % des fonds destinés aux travaux d’infrastructures ont été décaissés sur une période de deux ans environ alors que les résultats concrets ne sont pas observables. Si les gouvernements haïtien et vénézuélien accordent leurs violons, certains observateurs haïtiens et institutions de contrôle du pays remettent en question la version officielle. Dans son rapport d’audit sur l’état financier d’Haïti et l’efficacité des dépenses publiques au cours de l’année fiscale 2013-2014, la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif ( CSC/CA) alimente les débats sur la gestion des fonds petrocaribe. La cour des comptes dit relever un ensemble d’irrégularités au niveau de l’octroi des marchés publics, des retards dans la progression des chantiers en cours et l’inexistence de certains projets pour lesquels des montants ont été décaissés. Selon ce rapport, en effet, la loi sur la passation de marché a été violée sous le couvert de la loi d’urgence utilisée abusivement. Dans cet ordre d’idées, a fait remarquer le rapport, trois firmes mobilisent à elles seules 68 % des contrats. Cette instance de contrôle questionne le retard enregistré dans la réalisation de certains projets d’infrastructures viables. Le rapport prend en exemple le projet de construction d’un viaduc dans la commune de Delmas qui traîne alors qu’il était censé être livré en juillet 2014. Pourtant une avance de 13,95 millions de dollars sur un total de 30,22 millions que coûte le projet a été versée à la firme dominicaine de construction Estrella. Le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Nord- Est passe au crible les projets sociaux réalisés par l’équipe au pouvoir à l’aide des fonds petrocaribe. Selon lui, ces projets à court terme qui, dit-on, ont le mérite de soulager les plus vulnérables, sont contre- productifs pour l’économie haïtienne. Car, argumente-t-il, les aliments contenus dans les kitts distribués aux populations nécessiteuses sont, en grande partie, des produits importés. Aussi, selon lui, ces programmes servent les intérêts d’un certain capital privé haïtien au détriment du renforcement du secteur agricole haïtien. L’ex-gouverneur de la Banque centrale dit regretter, à cet effet, que les fonds petrocaribe ne soient pas investis dans des créneaux productifs susceptibles de générer des revenus substantiels pour le remboursement de la dette contractée par Haïti auprès du Venezuela par le biais de Petrocaribe. Rappelons que Petrocaribe est un programme de coopération énergétique du Venezuela qui garantit aux pays membres un approvisionnement en produits pétroliers (gazoline, diesel, kérosène, mazout, asphalte) au prix international du marché mais à des conditions préférentielles. Selon le prix du baril de pétrole sur le marché, une partie du montant, soit 40 % à 70 %, est payée comptant alors que le solde est remboursable sur une période de vingt-cinq ans à un taux d’intérêt de 1 % l’an. En dépit de ces avantages et l’esprit de solidarité des peuples latino-américains et caribéens qui le fondent, Petrocaribe, souligne l’économiste, n’est pas un programme de bienfaisance. Haïti devra s’acquitter de ses dettes, selon M. Jean qui estime que la solidarité a ses limites. Le Venezuela connaît, d’ailleurs, avance-t-il, une crise économique et politique profonde. Le gouvernement vénézuélien, prend-t-il en exemple, auquel la République dominicaine devait quatre milliards de dollars, a dû recourir au marché financier américain qui lui a prêté 1,6 milliard de dollars pour répondre à ses obligations. Sur le plan politique, l’économiste émet l’hypothèse selon laquelle le personnel politique au pouvoir au Venezuela pourrait être remplacé. Ce qui est susceptible de modifier les clauses de l’accord Petrocaribe. Figurant parmi les 18 pays membres de Petrocaribe depuis août 2007, Haïti est attendue à Caracas ce lundi pour la célébration du 10e anniversaire de ce partenariat fructueux pour les pays latino- américains et caribéens. HAÏTI/COOPÉRATION Petrocaribe a dix ans : un bilan mitigé pour Haïtipar Jean Michel Cadet Une des sessions de Petrocaribe. / Photo : opi97.org » suite de la première page
  • 6. Grâce aux supports du Brésil et des États-Unis, six millions de dollars américains ont été ajoutés aux 38 millions placés jusque-là dans le fonds fiduciaire confié au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), selon ce qu’a informé, Madame Sophie Decaen, directrice principale de cet organe de l’Onu en Haïti. Cette addition porte à 44 millions de dollars le montant disponible actuellement dans ledit fonds alors que le budget total des élections législatives, présidentielle et des collectivités territoriales est estimé à 66 millions. L e jeudi 25 Juin 2015, l’équipe politique de Joseph Lambert a déposé une plainte contre X au parquet de Jacmel tandis qu’un jour plus tard, le vendredi 26 juin, accompagné de son avocat Ger- main Pierre, l’étudiant Wesnel Jeudy, de son côté, a déposé une plainte contre le conseiller spécial du pré- sident Martelly, Joseph Lambert et consort, pour tentative d’assassinat sur sa personne et association de mal- faiteurs. L’étudiant demande Justice et réparation. « J’ai confiance en la justice. Je crois que le commissaire du gouvernement va donner suite à notre plainte », a commenté dans la presse maître Pierre Germain, avocat de Wesnel Jeudy. Les faits Le mercredi 24 juin, l’étudiant en communication sociale à la Fac- ulté des sciences humaines, Wesnel Jeudy, avec sa tête ensanglantée, a convoqué quelques journalistes à l’hôpital Saint-Michel pour dénoncer l’ex-sénateur Joseph Lambert qui, selon lui, l’a blessé à la tête à coups de crosse d’une arme à feu. « Je participais à une rencontre du candidat Joseph Lambert à Coq Chante. J’ai demandé l’autorisation de prendre la parole, les organisateurs me l’ont accordée. Alors j’ai tenté de faire comprendre à la population qu’elle ne doit plus accepter cette pratique des politiciens consistant à acheter leurs votes avec quelques kilos de riz et des billets. Vexé, Lam- bert et ses quatre hommes de main armés m’ont attaqué. Ses hommes m’ont battu, et lui m’a frappé à plu- sieurs reprises avec la crosse de son arme » a expliqué Wesnel Jeudy. Ce dernier croit qu’un étudiant est un avant-gardiste et que c’est son devoir de protéger sa communauté de la politicaillerie obscurantiste des politiciens haïtiens. Il dément les déclarations des partisans de l’ex- sénateur faisant croire qu’il pertur- bait la rencontre du 24 juin en tapant sur des seaux. Wesnel Jeudy qualifie de lâche le con- seiller spécial du président Martelly, qui nie dans la presse l’avoir frappé. « ’Quand j’ai réussi à m’échapper de leurs mains, deux d’entre eux m’ont pourchassé avec leur arme à feu en main. Ils ont voulu m’assassiner », croit Wesnel Jeudy, qui affirme n’être pas membre du parti Pitit Dessalines, comme l’a déclaré le candidat Joseph Lambert. Ekson Semexant, responsable d’une organisation sociale à Coq Chante, s’est présenté à la presse comme une autre victime de Joseph Lambert. Monsieur Sémexant dit avoir reçu plusieurs coups de crosse de l’arme de Lambert en tentant de libérer Wesnel Jeudy des mains de l’ancien sénateur du Sud-Est. Position du parquet de Jacmel Maître Germain Pierre, l’avocat de Wesnel Pierre, estime qu’après la plainte de son client, le commissaire du gouvernement pouvait décerner un mandat contre Joseph Lambert, cependant le chef du parquet annonce plutôt l’ouverture d’une enquête. « Le commissaire Féhaud Antoine nous a expliqué qu’étant donné que l’autre partie dépose également une plainte, donc, il va designer un juge de paix compétent pour mener une enquête de proximité, avant d’avancer avec le dossier », a révélé Me Pierre. Les réactions Cet incident du mercredi 24 juin divise les hommes politiques et les notables du Sud-Est. Certains d’entre eux, comme Reynold Jean-Paul, se lancent corps et âme dans la défense de Joseph Lambert. Wencesclass Lambert, lui, estime qu’agresser phy- siquement avec une arme un simple citoyen lui ressemble davantage qu’à son frère Joseph qui, selon lui, est un pacifiste et ne porte jamais d’arme sur lui. D’autres gens, comme Me Germain Pierre, croit que les frères Lambert complotent contre la jeu- nesse éclairée, avisée. Selon M. Pierre, Wencesclass Lambert a arra- ché à coups de poing plusieurs dents de l’étudiant en agronomie Daniel Théodore, parce que celui-ci a osé lui poser des questions embarrassantes et le démentir dans une rencontre politique. Aujourd’hui, c’est autour du grand frère Joseph de maltraiter l’étudiant Wesnel Jeudy. Il espère que le commissaire du gouvernement va agir contre ce complot en enfermant Joseph Lambert et consorts. « Joseph Lambert est un malade qui mérite d’être interné », a commenté Me Pierre Germain. Selon maître Succès Witni, Joseph Lambert a agressé à ce niveau l’étudiant Jeudy parce qu’il sait que la justice à Jacmel est à ses bottes. Maître Witni cite, à titre d’exemple pour renforcer sa thèse, le dossier Daniel Théodore, où l’ex-sénateur Wencesclass Lambert, frère cadet de Joseph a avoué à plusieurs reprises dans la presse jacmélienne avoir arraché à coups de poing les dents de l’étudiant en agronomie Daniel Théodore et que la justice a eu l’audace de déclarer un non-lieu en faveur de Wencesclass. Maître Witni a parlé aussi d’un directeur qui pillait les caisses de l’Ona au profit de Joseph et que, malgré les preuves et la révocation de ce directeur, la justice a tranché en sa faveur. Le responsable départemental de Mochréna, Lucien Pierre, demande à la justice de profiter de ce dossier pour améliorer son image et gagner un peu d’estime auprès de la population. D epuis bien des jours, le pays vibre dans une grande ambiance électorale. Con- férences de presse de part et d’autre de candidats agréés et/ou rejetés. Sit-in. Dénonciations. Prises de position. L’actualité électorale pollue l’espace médiatique, domine l’opinion publique, et a failli même éclipser cette vague de déportations massives des Haïtiens vivant en République dominicaine, considérée par plus d’un comme une catastro- phe humanitaire. À un moment où le gouvernement s’apprête à recev- oir plusieurs dizaines de milliers de compatriotes, il doit aussi trouver de l’argent pour l’organisation des élec- tions pour renouveler le personnel politique de l’État. Si le Conseil élec- toral provisoire se dit confortable dans son calendrier, le gouverne- ment de la République, de son côté, n’est pas de tout repos, car il doit se démener encore pour trouver les 22 millions manquants pour com- pléter le budget électoral. Sur les 44 millions collectés à ce jour, l’État haïtien demeure le plus grand contributeur avec 13,8 millions. À en croire les propos de Madame de Caen, certaines modifications devraient être apportées au fonds fiduciaire. En ce sens, elle a informé que le docu- ment de révision du fonds fiduciaire alloué aux élections a été paraphé le 5 juin dernier entre le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et le ministère de la Planifi- cation et de la Coopération externe. Entre-temps, le processus électoral avance et le CEP respecte encore le calendrier électoral. Après avoir mis fin au processus d’inscriptions des candidats à tous les niveaux, publié la liste des candidats agréés à la course présidentielle, en attendant la publication des listes de candidats habilités à concourir aux collectivités territoriales, le Conseil électoral pro- visoire (CEP) s’assoit bien dans son calendrier. Déjà les recrutements pour les membres des bureaux de vote sont en cours, la liste électorale est sur le point d’être finalisée, selon les informations confiées par Me Mosler Georges, directeur exécutif de l’institution électorale, les kits de formation pour les formateurs sont déjà arrivés, ces dispositifs augurent de beaux jours pour l’avenir du pro- cessus électoral.Alors que les bulle- tins pour les prochaines législatives sont en train d’être imprimés, des matériels sensibles sont déjà arrivés avec une dernière livraison reçue au courant du weekend en provenance de l’Afrique du Sud. Cette cargai- son de matériels est arrivée en Haïti via un cargo Lufthansa affrété par la compagnie Lithotech. Avec 4 421 kits électoraux, les maté- riels non sensibles tels que urnes en PVC transparent, isoloirs en carton, encre indélébile, sachets transpar- ents, lampes et autres ustensiles sont fin prêts et les responsables du CEP avancent « tèt dwat » vers le 9 août pour le premier tour des législatives. Noclès Débréus. HAÏTI/ÉLECTIONS/BUDGET Six millions de dollars de plus dans le fonds fiduciaire du Pnud par Noclès Débréus 6 | N0 27 DU LUNDI 29 JUIN 2015 ACTUALITÉ Une plainte contre l'ex-sénateur Joseph Lambert au parquet de Jacmel par Pierre-Paul ANCION
  • 7. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 7 ACTUALITÉ L a Plateforme des organisations de défense des droits humains (POHDH) se dit contre une transformation de l’eau en marchandise. Cela suscite la raréfaction de cette ressource dans certains endroits du pays. L’organisation en appelle aux autorités qui doivent agir de sorte que l’accès à l’eau reste un droit. Les responsables de la Plateforme ont fait ces déclarations dans le cadre d’une conférence-débat organisée au local de l’institution le vendredi 26 juin 2015. Depuis le début de l’année 2015, des quartiers dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et des villes dans les autres départements du pays font face à une crise de rareté d’eau. Dans la capitale haïtienne, la POHDH répertorie au moins trois grands quartiers qui font face à une telle situation : Carrefour-Feuilles et Martissant dans la zone sud, Juvénat à l’est, en allant à Pétion- Ville. Parallèlement à cette rareté dans la distribution par la Direction nationale d’eau potable et d’assainissement (Dinepa), se développe un commerce d’eau dans ces zones en manque. Des véhicules de toutes sortes transportent de grandes citernes en plastique de couleur blanche et passent dans ces endroits pour vendre de « l’eau», suivant ce que rapportent les responsables de la Plateforme. Alermy Piervilus, responsable du programme d’éducation à la culture des droits humains au sein de la Plateforme, déplore le fait que « des entreprises et des institutions gèrent la question des sourcesd’approvisionnement, dans l’idée de vendre l’eau à un prix inabordable », particulièrement pour les plus défavorisés. « La Plateforme s’oppose à cette démarche de la commercialisation de l’eau. Étant un bien vital, l’eau ne doit pas être une marchandise », affirme Piervilus, au cours de cette conférence-débat organisée au local de l’organisation, dans le cadre des « Vendredis de la Plateforme », qui constituent un espace de discussion sur les divers problèmes de droits humains. Pour la POHDH, la commerciali- sation de l’eau vient remettre en « question l’existence de la popu- lation haïtienne », parce que cette démarche « nie la question du droit » et loue la notion de « profit ». En guise de solution, l’organisation de défense des droits humains estime que les dirigeants haïtiens doivent « reprendre l’affaire de la gestion et de l’approvisionnement de l’eau » et sortir du partenariat public-privé, suivant l’actuelle entente avec la Dinepa. Antonal Mortimé, secrétaire exécutif de la Plateforme, rappelle que le non-accès à l’eau constitue une violation du droit à l’alimentation des citoyens et des citoyennes et représente une menace à la vie. La POHDH appelle les autorités de la santé publique, de l’agriculture et de l’environnement à agir en synergie pour apporter une solution globale au problème et empêcher une dégénération de la situation. Les localités qui vivent de l’agriculture dans d’autres départe- ments se plaignent également de la rareté d’eau, visiblement occasion- née dans ces régions par la dégrada- tion environnementale.Les paysans ne trouvent pas d’eau pour cultiver la terre et ni même pour répondre à leurs propres besoins quotidiens, une situation qui affecte directe- ment leur droit à l’alimentation. La Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) a récemment annoncé que 3,5 mil- lions d’Haïtiens sont actuellement dans une situation d’insécurité ali- mentaire dans le pays. « Si rien n’est fait, d’ici à la fin de l’année 2015, elles seront quatre millions », augure Mortimé. HAÏTI/DROITSHUMAINS La POHDH en appelle à l'action pour une démarchandisation de l'eauPar Stephen Ralph Henri Antonal Mortimé, le secrétaire exécutif de la POHDH. / Photo : Stephen Ralph Henri
  • 8. 8 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 MONDE L a présidente brésilienne Dilma Rousseff arrive aux États-Unis samedi pour une visite long- temps retardée, où elle cherch- era à consolider les liens économiques entre les deux pays près de deux ans après le scandale des écoutes des ser- vices secrets américains (NSA). A l’été 2013, les révélations de l’ex-consultant Edward Snowden avaient déclenché l’ire de Brasil- ia, provoqué le refroidissement des relations entre les deux pays et incité Mme Rousseff à vouloir remettre de l’ordre dans le fonc- tionnement d’internet pour que de tels agissements ne puissent se reproduire. Aux Etats-Unis jusqu’au 1er juil- let, Dilma Rousseff, 67 ans, s’entretiendra avec son homo- logue américain Barack Obama à la Maison Blanche, une rencontre qui scellera la reprise des liens bila- téraux entre les deux pays. Accompagné de son ministre de l’Economie Joaquim Levy, la chef de l’Etat présentera également à la communauté financière de New York et de Washington son pro- gramme d’ajustement budgétaire, ainsi qu’un large menu d’options pour investir dans la 7e économie de la planète, qui tourne actuel- lement au ralenti. Vendredi soir, M. Levy a été hospitalisé avec des douleurs dans le thorax, selon la presse locale, l’hôpital n’ayant fourni aucun communiqué. Après des examens, il a maintenu son voyage aux Etats-Unis mais il prendra samedi soir un vol com- mercial alors que la présidente Rousseff et sa délégation sont par- ties samedi matin, selon la même source. « Tout va bien », a dit M. Levy à la presse à sa sortie de l’hôpital, à l’aube. Alors que la popularité de Mme Rousseff est à un minimum histo- rique (10 %), « une photo de la pré- sidente Dilma avec Obama aura une signification politique au Brésil. Symboliquement, elle montrera une présidente plus ouverte au monde, au dialogue, surtout pour les secteurs les plus critiques », explique à l’AFP Carlos Melo, ana- lyste politique de l’école Insper. « Ce voyage est plus important en termes de politique intérieure qu’extérieure », souligne-t-il. En marge des nombreuses critiques à son plan d’austérité, au Parlement et au sein-même du Parti des tra- vailleurs (PT gauche au pouvoir), le gouvernement peaufine le sémi- naire qu’il organisera à New York pour proposer à des centaines d’investisseurs son plan de con- cessions pour de grands travaux d’infrastructures à hauteur de 64 milliards de dollars. Approfondir les liens Avec le ministre de l’Economie, Joaquim Levy en tête, diplômé de l’école de Chicago, le Brésil cherch- era à expliquer comment il prétend relancer une économie - la première d’Amérique latine - qui devrait se contracter de 1,2 % cette année, ce qui constituerait alors sa pire performance en 25 ans. Il tentera aussi d’attirer les capitaux étrangers dont il a tant besoin. Le séminaire verra même la par- ticipation de Laurence Fink, pré- sident de la plus grande entreprise d’investissements du monde : Black- Rock, qui coordonnera l’événement dans le New York Palace Hotel. Le gouvernement brésilien a expliqué sans détour son inten- tion d’approfondir sa relation déjà intense avec les Etats-Unis, son deuxième partenaire commercial derrière la Chine, avec des échang- es de 62 milliards de dollars en 2014, et son principal investisseur étranger avec un montant de 116 milliards de dollars. Les Etats-Unis sont « la principale destination des exportations de produits manufacturés et offrent une perspective intéressante à court et moyen terme », a estimé le ministre du Commerce extéri- eur, Armando Monteiro, dans un entretien avec la presse étrangère. « Si le Brésil a un agenda concret, et nous y travaillons, de retrait des barrières non tarifaires, cela pourra nous être bénéfique », a-t-il ajouté. Après avoir surmonté le scandale des écoutes de la NSA, Brasilia veut avancer à toute vapeur dans un agenda qui va du changement climatique à la réforme de l’ONU et cherche à récolter des bénéfices économiques au plus vite, selon la diplomatie brésilienne. Cet objectif est sans équivoque dans le programme serré de la visite : présentations devant les investisseurs de New York, Wash- ington et San Francisco, dont une visite au siège de Google et dans un centre de recherche de la Nasa avec des industriels du secteur de l’aérospatial. Rousseff aux Etats-Unis pour attirer les investissementsSources : AFP la présidente brésilienne Dilma Rousseff. / Photo: rtsch
  • 9. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 9 MONDE I l y avait Oliver L. Brown, le plaig- nant dont le recours a donné lieu en 1954 à l’arrêt de la Cour suprême Brown v. Board of Educa- tion, qui a rendu inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques américaines. Il y avait Norma McCorvey, la femme dont la plainte, sous le nom de code «Jane Roe», a entraîné l’arrêt de 1973 Roe v. Wade légalisant l’avortement. Il y aura désormais Jim Obergefell, l’homme dont le nom restera associé à l’arrêt Obergefell v. Hodges, par lequel la Cour suprême a fait du mariage entre personnes de même sexe un droit constitutionnel, vendredi 26 juin. SCet homme qui est passé «d’agent immobilier à icône des droits civiques», selon l’expression du Washington Post, a raconté au magazine People comment, vêtu d’un nœeud papillon violet et blanc, il a vécu la lecture de l’arrêt par le juge Anthony M. Kennedy, chef de file de la majorité des juges (5 contre 4) sur ce dossier: «J’avais appris par cœur notre numéro de dossier donc quand il l’a dit à haute voix, j’ai eu ce bref moment de panique où j’ai bondi de mon siège en piaillant. J’ai juste commencé à pleurer et je n’ai pas arrêté. Je me sentais juste si bien, là en train d’entendre un juge de la Cour suprême en train de décrire la façon dont notre mariage, notre relation et des rela- tions comme la nôtre méritent le respect.» Le Washington Post raconte com- ment il a vécu les minutes qui ont suivi la lecture de l’arrêt: «Il a posté sur Facebook: « NOUS AVONS GAGNÉ!!!!! » [...] Il a descendu les marches de la Cour au son d’un tonnerre de félicitations. Des gens ont chanté l’hymne national. Il y eu des embrassades, des discours et des interviews.» Et alors qu’Obergefell était juste- ment au milieu d’une interview avec CNN, Barack Obama l’a appelé: «Je voulais juste vous présenter mes félicitations. Votre détermination sur ce dossier a changé notre pays.» Jim Obergefell parle de son «mar- iage» ou de sa «relation», mais son cas présente une différence majeure avec ceux des autres plaignants qui ont été «associés» à son recours: et qui voulaient faire reconnaître une adoption en commun ou leur mariage dans un autre Etat: il est veuf. Comme le raconte Newsweek, en 2013, il vivait en couple depuis vingt ans avec son compagnon John Arthur, atteint de la maladie de Charcot en phase terminale, quand la Cour suprême a jugé inconstitutionnelle le Defense of Marriage Act (DOMA), la loi fédérale qui définissait le mar- iage comme l’union d’un homme et d’une femme. Les deux hommes se sont alors mariés dans le Mary- land, qui reconnaissait l’union des couples de même sexe, mais Jim Obergefell a ensuite rencon- tré des résistances de son Etat de résidence, l’Ohio, qui ne recon- naît pas le mariage gay, quand il a voulu pouvoir bénéficier du statut d’«époux survivant» après la mort d’Arthur (survenue le 22 octobre 2013). Il a gagné en première instance puis perdu en appel, avant de porter l’affaire devant la Cour suprême. Après l’arrêt de cette dernière, Obergefell a lu une lettre ouverte: «Mon époux John est mort il y a vingt mois, ce qui veut dire que nous ne pourrons pas célébrer ensemble la décision de la Cour suprême dans le dossier qui porte mon nom, Obergefell v. Hodges. [...] Je peux enfin me rassurer en sachant que l’Ohio ne pourra jamais effacer notre mariage du certificat de décès de John, et que mon époux peut maintenant vrai- ment reposer en paix. Mariage gay: Jim Obergefell, le veuf qui va laisser son nom dans l'histoire des Etats-Unis Sources : slate.fr 30 ans après, le Pérou lève l'état d'urgence dans les zones de guérillaSOURCES : AFP L e président péruvien Ollanta Humala a annoncé samedi avoir levé l’état d’urgence en vigueur depuis 30 ans dans l’Alto Huallaga (nord), province ama- zonienne réputée pour la culture illé- gale de coca et ancien refuge de la guérilla maoïste du Sentier Lumineux (SL). « Nous levons l’état d’urgence en vigueur depuis 30 ans », a déclaré M. Humala, quelques heures après que la police a annoncé la saisie de matériel logistique ayant appartenu au Sentier Lumineux dans cette zone. Le conflit entre la guérilla du Sen- tier Lumineux, notamment, et le gouvernement a ravagé le Pérou entre 1980 et 2000, causant la mort de 70 000 personnes et la disparition de 15 000 autres. La fin de l’état d’urgence, signifie la fin des restrictions des droits fondamentaux des personnes comme l’inviolabilité du domicile ou la liberté de réunion et de se déplacer pour les habitants de l’Alto Huallaga, dans la forêt péru- vienne, qui comprend les régions de Huanuco et de San Martin. La guérilla du Sentier Lumineux a été démantelée au milieu des années 1990. Ses principaux lead- ers, dont le fondateur du mouve- ment maoïste Abimael Guzman, purgent des peines de prison à perpétuité pour leur responsabil- ité dans l’un des conflits les plus sanglants d’Amérique latine. Le Sentier Lumineux a été jugé responsable de la mort de 54 % des victimes, selon les conclusions de la Commission de la Vérité et la Réconciliation (CVR) en 2003. Le Pérou est, avec la Colombie, toujours considéré par les organ- isations internationales de lutte contre la culture illicite de coca et les narcotrafiquants, comme l’un des principaux producteurs de coca et de cocaïne au monde. Début juin, une mission des Nations unies a estimé que les iné- galités qui persistent dans le pays sont responsables de la violence politique au Pérou. Elle considère qu’en raison de ce conflit, la population péruvienne est toujours divisée et que la réc- onciliation est encore loin. Le président péruvien Ollanta Humala . / Photo : andina.com.pe Jim Obergefell devant la Cour suprême, le 18 juin 2015. REUTERS/ Carlos Barria.
  • 10. 10 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 ÉCONOMIE Vivre en Haïti : un véritable défiPar Stéphanie Balmir Selon la Banque mondiale, le revenu per capita en Haïti se situait autour de 846 dollars américains pour l’année 2014, soit à 42 300 gourdes taux du jour. Soit à peine 3 500 gourdes le mois. En prenant les salaires de différentes tranches de la population ayant un emploi relativement stable, comme un professeur, une infirmière, un fonctionnaire, un cadre moyen de banque, un employé d’une entreprise privée, disons les classes moyennes, nous avons fixé entre 15 000 et 25 000 gourdes un salaire moyen dans cette tranche socioprofessionnelle. La question que nous nous posons est celle-ci : Peut-on vivre avec un tel salaire en Haïti ? P eut-on répondre rapidement à cette question ? D’ailleurs, 80 % de la population ne dispo- sent pas de ces revenus pour- tant modiques. Mais de quel vivre parle-t-on ? Dans le système capi- taliste, on vit quand on est capable de consommer, quand on peut faire fonctionner le marché. Il est donc intéressant de voir si cet échantillon des classes moyennes, très moyennes, que nous avons pris, peut faire partie du circuit économique. Et toute la problématique des classes moyennes d’Haïti est là. Notre étude porte sur un foyer de deux enfants. Un père au salaire mensuel de 25 000 gourdes. Une mère au salaire inférieurà celui du conjoint, 15 000 gourdes. Nous n’assumons pas l’iniquité de genre,mais nous effectuons un exercice issu de la réalité dans laquelle nous vivons. Nous allons quand même haut. À peine le salaire d’un agent de sécurité. D’un policier. Avec 40 000 gourdes tous les mois, peuvent-ils vivre de manière décente ? Ce sera la première partie de ces enquêtes. Nous nous pencherons plus tard sur d’autres tranches de notre population. Le nécessaire ! Appelons ces besoins, les néces- saires. Parce que ce sont des habi- tudes dont on ne peut se passer. Des gestes que l’on doit poser tous les jours. Forcément. Parce que normalement l’on est supposé avoir un toit pour dormir et de quoi se nourrir. Stricts nécessaires. Notre famille moyenne ne vivra pas dans n’importe quel quartier. Non ! Elle ne pourra pas se payer le luxe de louer une maison dans les hau- teurs, synonyme de pouvoir et/ou d’argent. Allez savoir si c’est vrai ! Mais elle n’ira pas non plus se four- rer dans le fin fond des bidonvilles que nous connaissons tous. Il y a un effort à faire, voyons ! Elle se dirigera vers un quartier plus ou moins paisible, disons un quartier « potable ». Depuis le séisme du 12 janvier 2010, le loyer a considérable- ment augmenté. Il faut du temps pour chercher et des frais pour un « koutye » qui sait ce qu’il vaut. Entre frais de déplacement, de recherche et de visite de la maison, la famille dépense déjà quelque 5 000 gourdes. Elle décide au final de louer une maison avec au moins deux chambres à coucher dans un quartier plus ou moins « conven- able ». Un quartier qui n’a pas trop la réputation d’insécurité, où l’eau est moins rare que l’électricité, mais « potable ». Elle ne peut s’offrir mieux de toute façon. 100 000 jusqu’à 200 000 gourdes l’an seront déduites du salaire annuel du couple. La rareté d’eau et d’électricité ne les empêchera pas de payer tous les mois une somme de 4 500 gourdes. Avoir une maison, l’eau et l’électricité, entre guillemets, c’est bien. Savoir que l’on pensera au paramètre loyer dans douze mois, c’est encore mieux. Mais dans le chapitre nécessaire, il y a une autre préoccupation majeure : manger au quotidien. Dans la normalité, l’on prend trois repas journaliers. Un déjeuner, un dîner et un souper. Mais notre famille moyenne se passe du troisième. Cependant, cela ne réduit pas ses dépenses journalières. Un déjeuner normal (ce que je nomme normal inclut des quantités de protéines, de glucides, de lipides néces- saires) au cours duquel la famille consommera des œufs et un verre de lait par personne, et peut-être des fruits, varie entre 400 et 500 gourdes. Puisque les œufs, le lait et les fruits ne coûtent pas 20 gourdes comme un paquet de spaghetti que la famille préfère acheter certains matins. Ils doivent, bien sûr, se nourrir tous les matins, mais en tenant compte de leurs revenus. Ne parlons pas de la boîte à lunch des enfants qui peut coûter 150 à 200 gourdes tous les matins, et même plus. À midi, certaines fois, ils se passent de viande, de salade et de jus. Puisque l’achat de poulet, de viande de cabri ou de bœuf et autres ingrédients comme les sal- ades, les fruits pour le jus, creusera un grand vide dans le budget, s’il faut en acheter tous les jours. Envi- ron 400 à 600 gourdes par jour. Le dîner sera donc simple. Souci de dépenser moins. Il sera composé de riz comme plat principal, de haricot et d’une sauce de hareng ou de morue. Plus abordable ! Quoique souvent négligée, une faim de dernière minute pourra faire revenir sur le souper. Dans ce cas précis, rien de plus facile, rien de moins cher qu’un plat de spaghetti vacillant entre 75 et 100 gourdes, acheté à une marchande nocturne. Ou encore, un jus con- cocté de pomme de terre, d’arbre véritable, de figue, et Dieu seul sait de quoi encore. Le transport fait aussi partie du chapitre nécessaire. Le couple doit aller travailler et les enfants doivent se rendre à l’école. Entre les frais de taxi de l’épouse et des enfants : 150 gourdes par jour et les 50 gourdes du mari, ils dépensent environ 900 gourdes par semaine. Posséder une voi- ture peut soulager, mais pas totalement. Acheter une voiture usagée entre 3 000 et 6 000 $ US n’est qu’un élément de solution. L’entretien, les frais de réparation et de service, le carburant, peu- vent varier de 18 000 à 20 000 gourdes tous les mois. Selon les trajets à effectuer. Ils préfèrent dans ce cas continuer à utiliser le transport en commun. La plus grande dépense du couple demeure les frais scolaires. Parce que ce couple moyen, comme le quartier, choisit l’établissement de leurs enfants à la loupe. Selon des critères d’excellence ou de bonne réputation de ce dernier. Tous les ans, ils dépenseront au moins 50 000 gourdes de frais scolaires par enfant. 20 000 ou 25 000 gourdes avant même la rentrée. Et des frais mensuels pouvant varier entre 2 000 à 5 000 gourdes, selon l’établissement scolaire. Les additionnels Les frais de transport, la nourri- ture et le toit ne font pas une vie. C’est le nécessaire. De ce fait, il y a d’autres aspects de la vie du couple qu’il faut considérer. Les additionnels ne sont pas obliga- toires à un certain point de vue. Mais ils ne peuvent pas s’en passer délibérément. Le téléphone por- table, par exemple. Ne faut-il pas appeler sa femme ou son mari, ses enfants, ses parents et des amis ici ou ailleurs ? Ne faut-il pas être disponible s’il y a une urgence ? Ce seul gadget peut, lui aussi, avoir, son propre budget. Surtout avec la technologie qui met des milliers d’applications à la portée de tous et dont ils veulent profiter. Pour payer les frais quotidiens de WhatsApp, Facebook, Instagram et autres, il faut, selon le plan offert par la compagnie, au moins neuf gourdes tous les jours. Ou un plan mensuel. Les appels, à 4,6 gourdes la minute peuvent coûter cher si le couple utilise leurs cel- lulaires fréquemment. En dépit des dépenses liées au téléphone, d’autres entrent égale- ment en ligne de compte. Il faudra voir les petites dépenses de la femme pour les soins de beauté. Environ 1 500 gourdes pour un abonnement mensuel, dans un centre de beauté correspondant au salaire de madame. Se vêtir est aussi important. Mais moins pres- sant que les autres besoins. Grâce aux uniformes des membres de la famille (établissement scolaire et institutions des parents), l’achat d’habits sera de moins en moins fréquent. Cela coûtera au moins 20 000 gourdes si le couple se résigne à fréquenter les marchan- des de vêtements usagés ou celles du centre-ville. Quant à la parenthèse loisir, il y a là-dessus une ambiguïté exa- gérée. Déjà, il n’y a ni structure ni sécurité propice à se créer des loisirs en famille. Mais il y a égale- ment le prix que le couple ne peut pas payer. Aller dans un restau- rant décent, à la plage ou autres endroits similaires pour se recréer est difficile. Le luxe ! Il existe donc plusieurs classes de dépenses pour notre famille moy- enne. Le salaire annuel moyen de 480 000 gourdes ne peut vraiment pas tout faire. Entre le nécessaire, les additionnels, il y a une mince frontière. Mais il y a certaines dépenses qui représentent un luxe. Des dépenses qui vont au-delà du salaire. Cette famille, engage-t- elle une ménagère ? Non. Ils n’ont pas de quoi la payer. Parce que ces bonnes femmes qui exigent des prix exorbitants, au moins 5 000 gourdes le mois, préfèrent se livrer au commerce au lieu de se faire ménagère. Le couple, ou plutôt l’épouse se voit donc dans l’obligation de tout faire seule et de payer une lavandière pour la lessive. Cinq cents gourdes toutes les semaines, selon les caprices de la lavandière. Parce qu’elles ont chacune leur prix respectif. En plus des dépenses qu’il doit se garder de faire, il y a un paramètre important qu’il laisse de côté. L’économie. Faire des économies avec un salaire qui ne couvre pas ses dépenses relève d’un fait inso- lite. Ils ne peuvent pas économiser. Ils n’en ont pas les moyens. Et les imprévus ! Dans ces conditions de vie, d’insalubrité et d’insécurité, les imprévus sont fréquents. Ce couple moyen n’est pas à l’abri des accidents de travail, d’un cas urgent de maladie, d’un cyclone ravageur pouvant tout endom- mager ou d’un vol. À n’importe quel moment de la durée, l’un des deux enfants peut tomber malade. Il faut bien sûr aller voir un médecin. Le couple ne peut pas se payer une assurance maladie. Encore pour les mêmes raisons. Les solutions existantes ne sont pas nombreuses. Emprunter de l’argent à quelqu’un ou attendre la Providence ou un transfert des États-Unis. Rarement, faire un emprunt à la banque. Ils ne peuvent pas compter sur leurs économies. Ils n’en font pas de toute façon. Leurs dépenses dépassent leur salaire.
  • 11. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 11 ÉCONOMIE Haïti : L'introuvable classe moyennePar Marc Léo Laroche * Le drame de ce pays est sans borne. C’est une tragédie grecque en permanence sous les tropiques. S’il est vrai qu’on a les hommes politiques qu’on mérite, à cette aune, les Haïtiens doivent être très peu méritoires. SALAIRE ANNUEL MOYEN DE LA FAMILLE : 480 000 GOURDES DÉPENSES DU COUPLE COÛTS HEBDOMADAIRES COÛTS ANNUELS DÉDUCTION DU SALAIRE LOYER - 300 000 180 000 EAU ÉLECTRICITÉ 4 500 54 000 126 000 TRANSPORT 900 46 800 79 200 ÉCOLAGE - 100 000 ? NOURRITURE 1 100 401 200 ? TÉLÉPHONE 500 26 000 ? SE VÊTIR - 25 000 ? SOIN DE LA FEMME 1 500 18 000 ? LESSIVE 500 26 000 ? PLAN DE SANTÉ - - - ASSURANCE VIE - - - ÉCONOMIE IMPOSSIBLE - - HÔPITAL - - MÉNAGÈRE IMPOSSIBLE 60 000 - ACHAT D’UNE VOITURE IMPOSSIBLE 208 000 - Selon le tableau de dépenses ci-dessus, le salaire du couple ne peut en aucun cas couvrir la majorité de ses dépenses. Sur les 480 000 gourdes de salaire annuel, il peut seulement payer le loyer, l’eau et l’électricité sans problème. Le reste engendre des calculs et des emprunts. Pour manger tous les jours, se déplacer et subvenir à d’autres besoins, il doit faire des sacrifices énormes. Pour les cas les plus urgents, ils doivent se transformer en véri- tables acrobates pour ne pas se laisser engloutir. Comme dirait le proverbe : « Se dekouvri sen Pyè pou kouvri sen Pòl. » En ce moment précis où la gourde perd la face, les dépenses de la famille augmentent. Parce que le prix des produits de première nécessité augmente lui aussi. Quand le minimum devient un luxe, il n’y a pas de vie possible. Notre classe moyenne ne vit pas. P ourtant, il ne leur suffit pas de supporter continuellement la domination des margoulins et des politicards et de subir inlassablement les affres de tous les cataclysmes de la nature, il leur faut encore s’accommoder des avatars d’un événement singulier dont les répercussions ne sont pas toujours manifestes du premier coup. Ce phé- nomène qui n’est autre que la frac- ture sociale par laquelle le pays s’est trouvé vidé d’une partie de sa popula- tion par l’émigration est unique dans son genre et n’a pas fait l’objet de toute l’attention qu’il aurait méritée. Une classe moyenne réduite Ce qui est significatif dans cette fracture, c’est l’importance de la ponction qui a été faite dans le tissu social de la nation. Le temps de quelques décennies, le pays s’est vidé de ses professionnels et de ses cadres potentiels, une partie importante du membership de sa classe moyenne. Dans les commentaires des ana- lystes, ce phénomène est étudié en soi ou en regard de l’apport de la diaspora à la société-mère. Il n’y a, à ma connaissance, aucune étude sur les effets de cette saignée sur l’évolution d’Haïti, particulière- ment, en rapport avec la constitu- tion de la classe moyenne. Or, les effets sont considérables. Ils sont tels que l’équivalent dans l’ordre géophysique ou géographique aurait été perçu comme un accident géologique d’importance avec des con- séquences néfastes sur cette portion de la biosphère. Mais L’événement sociologique n’avait pas amené les analyses qu’il justifiait pas plus qu’il n’avait permis de tirer les conclusions qui s’imposent pour la gouverne du pays. Car la perte par une société de la plus grande partie de sa classe moyenne est loin d’être anodine. Dans tous les pays sous-dévelop- pés, cette classe est la colonne vertébrale du développement. Il y a, en effet, un lien majeur entre l’importance statistique de la classe moyenne dans la structure démographique d’une » suite page 12
  • 12. 12 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 ÉCONOMIE Elle est le moteur de l’économie par son éducation, son dyna- misme et son ingéniosité. En plus de générer les industries dont le pays a besoin pour se développer, elle occupe la première place dans la consommation des produits de transformation. De sorte que, du jour au lendemain, le pays s’est trouvé privé de ce qui aurait pu être le fer de lance de son écono- mie. La ponction faite à cette classe n’a pas rendu possible l’élaboration d’une dynamique favorable à l’éclosion des condi- tions du développement. À la veille de l’an 2000, la struc- ture de classes en Haïti était sem- blable à ce qu’elle était du temps de la colonie avec un poids relatif de 10 à 13% pour la classe moy- enne ou celle des affranchis. Dans les deux cas, une structure pyrami- dale à très large base populaire qui s’effile du milieu au sommet. Avec l’extraction des éléments les plus significatifs de la population en termes éducatifs, soit les profes- sionnels, les cadres et les entre- preneurs potentiels, c’est une situ- ation de stagnation voire de régres- sion qui est générée, comme si en 200 ans, aucune mobilité sociale n’a été possible. Il y a, en effet, un lien majeur entre l’importance statistique de la classe moyenne dans la structure démographique d’une société et son démarrage vers son développement. Il en est de même lorsque cette société franchit la ligne imaginaire qui l’autorise à porter le nom de société émer- gente. Cela vaut pour les géants comme la Chine et l’Inde comme cela vaudrait pour un lilliputien comme Haïti. L’état de la situation d’Haïti com- mandait donc une réaction de la part du gouvernement. À défaut de trouver des solutions réelle- ment adéquates, il aurait été pos- sible d’y remédier un tant soit peu par des mesures circonstancielles compensatoires. La première de ces mesures aurait été la non- interdiction de la double nation- alité. À cet égard, les constituants de 1987 ont raté une bonne oppor- tunité d’être utiles au pays. Ils auraient été, en effet, bien avisés de tenir compte de la probléma- tique sociologique du pays avant de maintenir le statu quo dans la nouvelle constitution. En regard des conditions sociales d’alors, ce n’était pas seulement une erreur, c’était une faute. Combler la fracture sociale Bien entendu, une telle mesure n’aurait pas déclenché le retour des émigrés, mais en leur per- mettant de recouvrer leurs droits politiques de citoyens, un premier pas aurait été fait en vue de leur intégration dans l’organisation sociale du pays, générant poten- tiellement par le fait même, des apports plus substantiels, à beaucoup d’égards, que les cen- taines de millions qu’ils libèrent annuellement dans l’économie du pays. [2] Mieux encore, cela aurait permis d’impulser les différents secteurs de la société afin, ultime- ment, de favoriser le démarrage vers le développement. On peut mettre en perspective les étapes de la croissance économique ainsi que les moyens techniques pour y parvenir. Mais, on doit savoir que cette croissance est supportée par une classe sociale dont les attributs en font la plus dynamique et la plus industrieuse. D’ailleurs, même dans les sociétés bénéfici- ant d’une structure économique qui les classe d’emblée parmi les sociétés riches, la classe moyenne continue à jouer un rôle important. C’est sur elle que repose en grande partie l’assiette fiscale à la base des budgets gouvernementaux. Autant dire que pour l’équilibre et le développement du pays, il est de la plus haute nécessité que la fracture sociale soit comblée ou, à défaut, que des mesures gou- vernementales soient prises en conséquence. La première d’entre elles pourrait être l’abolition des articles 13 et 15 de la constitution. Corrélativement, il importe aussi que des alternatives à l’aide inter- nationale soient envisagées. À cet égard, parallèlement aux mesures permettant aux émigrés de recou- vrer leurs droits politiques de citoyens, on peut être porté à sou- scrire à quelques-unes de celles préconisées par l’économiste Jean- Eric Paul [3]. Selon ce dernier, la création, entre autres, d’une banque nationale de développement suivie du lance- ment d’un grand emprunt national auprès des membres de la diaspora serait une alternative valable à la dépendance de l’aide internatio- nale pour amorcer le développe- ment du pays. Dans son point de vue, la réussite d’un tel projet sup- pose que les normes de gestion les plus rigoureuses soient éventuelle- ment respectées. À condition, en effet, que cette banque soit munie de tous les garde-fous de gestion nécessaires pour empêcher la corruption ou les prévarications, sans oublier bien entendu, la compétence des administrateurs au premier chef, cette idée vaut la peine d’être étudiée. Il va sans dire que les chances de mener à bonne fin un tel projet sont d’autant plus grandes que le contentieux concernant la prohibition de la double nationalité ait été réglé dans le sens des revendications populaires. * Sociologue / 3 juillet 2010 / AlterPresse [1] Il n’est pas question de sou- lever la controverse entourant la notion de classe moyenne. Le but ici c’est, non pas d’y aller d’une analyse sémantique ou conceptu- elle, mais de faire une observation pragmatique. [2] On évalue à près de deux mil- liards les sommes libérées par la diaspora dans l’économie haïti- enne annuellement sans compter les sommes dérivant des activités informelles. [3] Jean-Eric Paul : Existe-t-il une alternative à l’aide internationale ? Le Matin nov 2008. important. / Photo: © www.ecole-haiti.com Haïti : L'introuvable classe moyenne » suite de la page 11
  • 13. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 13
  • 14. C ’est en présence du ministre de la Justice et de la Sécu- rité publique (MJSP), M. Pierre-Richard Casimir, et du secrétaire d’État de la Justice, maître Jacquenet Oxilus, que s’est lancé jeudi, ce VIe congrès de l’Anamah autour du thème : la problématique de l’indépendance du pouvoir judi- ciaire, quelles réformes. « Depuis le ministre René Magloire, c’est la pre- mière fois qu’un ministre de la Jus- tice se présente devant l’association des magistrats, organe syndical de magistrature », a dit d’entrée de jeu maître Durin Duret Junior remer- ciant l’actuel garde des Sceaux de la République, maître Pierre-Rich- ard Casimir. Selon le président de l’Anamah, depuis l’arrivée du minis- tre Casimir, on assiste à un moment de détente entre le ministère de la Justice et l’Anamah. « D’habitude, les ministres de la Justice voient l’Anamah comme un ennemi ou un adversaire », renchérit maître Duret, très élogieux à l’endroit du ministre Casimir qui, dit-il, est toujours prêt à recevoir et à écouter les revendica- tions de l’Association nationale des magistrats. Dans ses propos de circonstance, le ministre a salué les luttes de l’Anamah et est revenu sur des questions épineuses telles que : le renouvellement des mandats des juges, le paiement de leurs arriérés de salaire ainsi que le processus de certification des magistrats conjointemententreprisparleMJSP et le CSPJ. « Si le juge contribue à la distribution de la justice, il est tout à fait juste que sa condition de vie soit décente et que ses soucis personnels ne puissent altérer ses capacités de réflexion ainsi que sa bonne conscience dans le prononcé des jugements », a dit le Ministre confirmant ensuite que la question des arriérés de salaires des juges devrait être définitivement résolue dans un proche avenir. Le ministère de l’Économie et des Finances est saisi de la question et a commencé le processus de paiement. Le ministre Casimir qui n’a pas voulu accuser uniquement la lenteur des juges d’instruction qui occasionne souvent des cas de détentions provisoires prolongées, a dit croire que le mauvais fonctionnement du système judiciaire est l’échec de tous : avocats, juges, huissiers, greffiers, policiers ou ministre. Il a invité les magistrats présents à ne pas hésiter à recourir à la loi du 6 mai 1927 relative à la comparution immédiate au correctionnel, en vue d’éviter des cas de détentions provisoires prolongées. Le garde des Sceaux est aussi revenu sur l’actualisation en cours du Code pénal haïtien. Ce code, dit-il, doit refléter les idées et les opinions de tous les acteurs du système, notamment sur de grandes innovations à apporter à la législation pénale haïtienne, à savoir : l’introduction des peines alternatives à la prison. Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, organe disciplinaire de la magistrature, est le résultat d’un effort collectif engagé par les différents acteurs du secteur de la justice. Le ministre Pierre-Richard Casimir a fait remarquer que son ministère ne peut se passer de sa collaboration avec le CSPJ. Il croit que cette institution a besoin du support des autres instances nationales qui ont existé avant elle. « Le ministère de la Justice offrira à cette institution sa collaboration pleine et entière, que ce soit pour le transfert des compétences, le renouvellement des mandats des juges ou la poursuite du processus de certification des magistrats. » Le président de l’Association nationale des magistrats haïtiens n’a pas du tout été tendre envers le CSPJ. Pour lui, cette institution créée pour assainir et renforcer la magistrature s’est plutôt comportée en « ennemi des magistrats ». Maître Duret dénonce ce qu’il appelle les abus faits aux magistrats par le CSPJ, tels les transferts illégaux des juges de paix, les mesures disciplinaires jugées abusives prises contre certains juges et surtout le silence complice du Conseil devant des nominations de juges qui seraient faites illégalement par l’exécutif. En faisant ces dénonciations, Me Duret, visiblement sous le choc, a avoué que sa tension artérielle est montante. Un magistrat, dit-il, est aussiunpèredefamilleetentantque tel sa présence est importante dans son cercle familial. « Le transfert des juges de manière déraisonnée est une menace pour leurs foyers », a dit en substance, le défenseur des juges.« Le CSPJ doit placer le magistrat au-dessus des besoins courants de la vie, des pressions d’un ministre ou d’un conseiller du président de la République », lance Me Duret jugeant que le CSPJ est trop clément face à l’exécutif qui, selon lui, empiète souvent sur l’indépendance et l’impartialité des juges. À son avis, le CSPJ n’a rien fait pour forcer l’exécutif à renouveler les mandats d’une centaine de juges arrivés à terme l’été dernier. Si certains efforts de l’Anamah dans l’intérêt des magistrats n’ont pas encore été matérialisés, c’est parce qu’on n’a pas le support du CSPJ », dit Me Duret, rappelant que suite aux luttes de l’Anamah les magistrats devraient sous peu avoir des passeports officiels ainsi que des plaques officielles pour leurs voitures. Le président de l’Anamah digère très mal la mise en disponibilité par le CSPJ du doyen du tribunal de première instance des Cayes, Me Ezéckiel Vaval. Celui-ci aurait été sanctionné pour être intervenu à la radio sur un dossier de justice. Maître Duret rappelle que la sanction doit être proportionnelle à l’acte posé et estime qu’un magistrat, si intègre, expérimenté et compétent, ne peut en l’espace d’un cillement se retrouver sous le coup d’une mise en disponibilité. Le VIe congrès de l’Anamah a réuni plusieurs dizaines de magistrats venus des différentes juridictions du pays. Entre autres intervenants, la constitutionnaliste Myrlande Manigat a parlé de la problématique de l’indépendance de la justice en Haïti. Ce congrès a eu le support technique et financière du projet Pro justice de l’USAID. À ce sujet, Me Duret a publiquement remercié le responsable de ce projet, Me Marceau Edouard, sans qui ce congrès n’aurait pas été possible. Le congrès s’est refermé par l’élection d’un nouveau comité à la tête de l’Anamah. Maître Duret Junior, très déçu des trahisons et coup-bas dont il dit avoir été victime au sein même de la magistrature, a été réélu, quelques mois après sa démission, au même poste. Il promet de ne jamais abandonner la bataille qui consiste à lutter pour l’indépendance du pouvoir judiciaire et l’amélioration des conditions de vie et de travail des magistrats. 14 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 JUSTICE L'Anamah organise son VIe congrès : entre démission, élection et revendications L’Association nationale des magistrats haïtiens (Anamah) n’est pas dans ses plus beaux jours. Cette association qui s’est fait une belle réputation quant à ses luttes acharnées en vue de la mise en place du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), connaît aujourd’hui des conflits et des malaises internes qui se rapportent encore au CSPJ. Après la démission du président sortant de ladite association suite à l’élection de maître Max Élibert comme représentant des juges de la Cour d’appel au CSPJ, le 6e congrès de l’Anamah, les 25 et 26 juin derniers, s’est tenu sur fond de reproches véhéments adressés au CSPJ, notamment dans les allocutions du président sortant, démissionnaire, maître Durin Duret Junior, qui allait pourtant être plébiscité au même poste, à l’issue dudit congrès. 6e congrès de l’Anamah. / Photo : Paul Philippe Kevin
  • 15. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 15 SOCIÉTÉ Honte à nous ! La virginité n'est plus vierge ! C ’est l’Afrique du Sud et Dubaï, deux pays situés à des mil- liers de kilomètres d’Haïti, qui sont chargés de la prépa- ration du matériel électoral pour nos prochaines élections. Cela veut dire que bulletins de vote, urnes, isoloirs, encre indélébile et autres babioles indispensables, rien de tout cela ne sera préparé en Haïti. Et ça, en vérité, c’est un affront pour les entreprises nationales. Que ce soit le Programme des Nations unies pour le développe- ment (Pnud) qui gère les fonds destinés à l’organisation de nos élections, c’est un autre affront. De taille, celui-là. Pour le CEP particulièrement et pour l’État haïtien en général. Mais cela peut se comprendre. Nos diri- geants peuvent crâner autant qu’ils veulent, nous n’avons pas les moyens de financer plusieurs tours d’élections. C’est donc, une fois de plus, nos soi-disant amis de cette prétendue communauté internationale qui ont casqué. Or ces derniers tiennent nos braves dirigeants en très piètre estime et n’ont jamais raté aucune occa- sion pour les humilier et les rape- tisser. À tort ou à raison, ils les croient incurablement corrompus et maladivement gaspilleurs. Le moindre fonds qui leur tombe dans les pattes pour une œuvre d’intérêt collectif quelconque est susceptible d’emprunter des voies détournées. De ce point de vue, ils n’ont pas nécessairement tort et l’on ne doit pas leur en vouloir d’être méfiants. Cependant, ce qui est révoltant dans cette affaire, c’est que ce sont des entreprises étrangères qui ont été sélectionnées pour préparer le matériel électoral. Elles auraient, à en croire les responsables du Pnud, remporté l’appel d’offres international lancé à cet effet. Pourquoi un appel d’offres international (dont personne n’avait entendu parler avant) pour préparer un vulgaire matériel électoral dont n’importe quelle minable entreprise nationale aurait pu s’occuper ? Préparer le matériel électoral en Afrique du Sud et à Dubaï est sans doute une bonne chose pour les conseillers électoraux. C’est pour eux une excellente occasion de faire du tourisme et de s’offrir du bon temps. Visiter le pays de Nelson Mandela aux frais de la princesse, séjourner à Dubaï où l’on rencontre les plus hautes tours et les hôtels les plus luxueux du monde, ce n’est pas rien. Et l’on peut parier à cinq contre un que nos conseillers, sous prétexte de supervision et d’évaluation des préparatifs, vont tous, per diem à la clef, traîner tour à tour à Pretoria et Dubaï jusqu’à la proclamation des résultats. Mais c’est un camouflet pour les entreprises nationales, pour la plupart au bord de la faillite sans queriennesoitfaitpourlessoutenir. Passe encore que nos plaques minéralogiques, nos vignettes, nos passeports, la monnaie nationale soient fabriqués ailleurs. Il se peut, en effet, que nous n’ayons pas ici la technologie et l’expertise nécessaires pour de tels ouvrages. On comprend volontiers que, pour les mêmes raisons, nos dirigeants préfèrent signer avec des firmes de construction étrangères de juteux contrats de travaux publics alors que les firmes nationales de construction peinent à se maintenir à flots. Mais Bon Dieu, fabriquer des urnes et des isoloirs, concevoir et imprimer des bulletins de vote, ça, au moins, nos entreprises peuvent le faire, que diable ! Il ne s’agit quand même pas de disséquer l’atome ! Le Pnud était peut-être libre de con- tracter des entreprises étrangères pour la préparation du matériel électoral. Il n’a rien à fou… d’Haïti, de sa pauvreté, de son peuple et de ses entreprises. Mais le CEP, le gouvernement, les candidats, la société civile sont coupables et méprisables en bloc d’avoir accep- té un tel état de fait. C’est à eux qu’il incombait au premier chef de défendre les entreprises et la dignité nationales en exigeant que le matériel électoral soit préparé en Haïti, par des entreprises haï- tiennes. On comprend mal leur silence. De quoi donc avaient-ils peur ? Que la communauté inter- nationale retire ses fonds et que les élections tant attendues soient renvoyées aux calendes grecques ? Ils devraient dans ce cas se rappeler que depuis des années que les élec- tions sont constamment ajournées la République n’a pas disparu pour autant. Il est temps que nos dirigeants comprennent que ce n’est pas en s’aplatissant constamment devant les soi-disant amis d’Haïti qu’ils auront leur respect. Depuis plus de deux cents ans que nous nous comportons comme des béni-oui- oui, ils ont infligé au pays tous les maux, toutes les humiliations possibles et imaginables. Il faut apprendre à leur rappeler qu’avec leur aide « leur ami » crève déjà assez bien et qu’il ne crèvera pas mieux sans. Un pain et une bouteille de cola: tels étaient les symboles utilisés par le nouvel époux pour faire savoir la fille qu’on lui a donné en mariage est en bonne et due forme ou non. En effet, au lendemain d’un mariage, les parents de l’épouse sont les premiers à vérifier la table des nouveaux mariés. Si le pain est intact et que la bouteille demeure remplie, on n’a pas à s’en faire. La dame est félicitée pour ce grand exploit. Mais quand le pain est mangé de l’intérieur et que la bouteille est vide, hum! L’affaire n’est pas simple. Cela traduit la déception de l’époux qui trouve sa femme déjà dépucelée. Honte pour la fille. Déshonneur pour sa famille qui doit, pauvre diable, accorder réparations à la famille de l’époux. Des centièmes de terre. Une somme d’argent. Et la vie continue. Adieu oui dent ! Même si cela doit affecter tout le reste de la relation. « Certaines fois, les parents du jeune homme viennent chercher tôt le lendemain du mariage le drap qui a couvert le lit nuptial. L’objectif est de voir s’il y a du sang là-dessus. » Jonel Louis nous explique. Il est étudiant en sciences sociales à l’École normale supérieure. La jeune fille haïtienne grandit avec l’idée que sa virginité est un trésor qu’il faut à tout prix préserver. On peut même se demander s’il y a des filles dans le pays à qui on n’a pas dit, au moins une fois : « Ta virginité est ta plus grande richesse. » Effectivement, les hommes, considérés en ce temps- là comme les sauveurs des femmes, voulaient tous épouser des vierges. C’était une fierté que d’être le premier à « connaître » une fille. C’était aussi une fierté pour la fille qui jouissait automatiquement du respect de son homme et de ses parents. Il n’y avait pas meilleure façon d’insulter une fille que de lui dire qu’elle est déjà « crevée ». Indubitablement, la virginité n’a plus le même poids aujourd’hui en Haïti. Même si certaines de ses significations semblent rester inchangées. Par exemple, jusqu’à aujourd’hui des jeunes croient encore que la virginité est une richesse et qu’elle procure du respect. Esther a dix-huit ans. Elle est en seconde. Pour elle, la virginité demeure très précieuse. « On m’a toujours dit que la virginité est le passeport d’une jeune fille, avoue-t-elle, et j’y crois. » Elle regrette souvent d’avoir déjà perdu la sienne et déplore qu’on ne puisse « se revirginiser ». Ignace Antoine, lui aussi, trouve que la virginité est importante pour une fille. Ce jeune homme de vingt ans affirme : « J’ai plus de fierté quand j’ai une fille vierge. Ça me rassure que d’autres ne l’ont pas connue avant moi. » Même si Piterson pierre pense, lui, que le fait qu’une fille soit pucelle n’explique pas forcément que d’autres ne l’aient pas connue. « Beaucoup de filles qui croient encore que leur virginité est une richesse utilisent d’autres moyens pour s’amuser tout en gardant leur hymen intact », révèle le jeune normalien en lettres modernes. « Le sexe anal est l’un des moyens auxquels elles recourent pour préserver leur virginité », poursuit-il. C’est également le point de vue de Junior Chéry, étudiant en sciences juridiques et en sociologie à l’Université d’État d’Haïti. « On se sert de la fente des seins tout aussi bien pour ce travail », ajoute Junior. Selon lui, le vagin n’est plus un critère pour justifier de la virginité des jeunes filles. « La virginité n’est pas un bien car toutes les femmes l’ont possédé à un moment », ajoute le jeune sociologue en devenir. Il avance qu’elle ne traduit en rien une quelconque chasteté des jeunes filles. Berlyne Bossicot, une jeune fille avec qui nous avons également discuté, pense que « la virginité ne veut rien dire du tout aujourd’hui. Sinon elle dévalorise une fille aux yeux de ses pairs qui la prendraient certainement pour une « sainte ». On se moquera, pour elle, d’une fille qui osera dire qu’elle est vierge. La jeune fille soutient qu’une vierge est une fille qui n’a pas encore trouvé la bonne personne à qui livrer son corps. Elle rejoint là le point de vue de Piterson : « les filles en Haïti perdent en grande majorité leur virginité dès l’adolescence ». C’est pourquoi selon Junior les hommes ne s’intéressent presque plus à cette question. « Et d’ailleurs, plus les filles ont fait des expériences dans le sexe, plus elles sont intéressantes », avoue Stanley Jackson Chery, un étudiant en sciences économiques à l’UEH. Ti Messi, comme on surnomme ce dernier, estime comme Junior que les « ti blòdè » ont beaucoup contribué à changer la conception des filles de la virginité. Sauf que lui, il croit que les filles ne sup- portent plus, désormais, l’idée de rester vierges. Celles qui le sont à « l’avant » ne le sont pas tou- jours à «l’arrière». Hédonisme ? Pas forcément. Le professeur Yves Dorestal aurait répondu, comme il l’a fait dans une conférence en jan- vier à l’École normale supérieure : « Tous les trous sont des trous de plaisir. » Considérée comme une anomalie pour les filles dans certains pays, la virginité a toujours été un « trésor » pour les filles haïtiennes. Mais de nos jours, semble- t-il, la question n’a plus la même importance. Le sexe, considéré autrefois comme moyen de reproduction, serait, aujourd’hui, une source de plaisir.
  • 16. Obama brise le tabou du mot « nègre » La sixième extinction massive d'espèces est en marche « C’est juste un mot, long de six lettres, mais qui n’avait pas été prononcé par un président américain depuis des généra- tions », souligne le New York Time en préambule. « Obama a invoqué le mot « nigger » dans une interview diffu- sée le lundi 22 juin en podcast, pour insister sur l’ombre que font encore peser l’esclavage et la discrimination sur la société américaine », note le journal. Le quotidien de la Grosse Pomme prend même la peine d’expliquer, dans un second article, qu’il a exceptionnellement décidé de faire une entorse à son règlement et d’écrire le mot en toutes lettres, car « dans ce cas précis, une paraphrase ou l’usage d’un euphémisme aurait laissé les lecteurs dans la confusion et aurait ôté de la substance à l’article ». Le site internet Politico souligne, pour sa part, que le président américain « est content d’avoir dit ce qu’il a dit ». Selon des conseillers de la Maison-Blanche cités par le site : « Obama savait qu’il allait être interrogésurleracismeenserendant à Los Angeles pour participer à l’émission de Marc Maron et il savait grosso modo ce qu’il allait dire. A la fin de l’enregistrement, il savait que la plupart des gens allaient se concentrer sur le fait que le président avait prononcé le mot de la langue anglaise le plus chargé racialement. Mais, pour Obama cette réaction est une bonne chose, car cela a poussé davantage de gens à discuter de la question du racisme que s’il n’avait pas dit le mot tabou ». Dans les colonnes du Washington Post, le chroniqueur africain- américain Eugene Robinson insiste moins sur l’utilisation par Obama du mot « nigger » que sur le profond racisme de la société américaine. « Le président a choisi un forum inhabituel pour délivrer ses plus francs commentaires sur les races depuis le massacre de Charleston », note le chroniqueur. « Il a déclaré [à la radio] que nous avons clairement vu les relations raciales s’améliorer mais que ‘nous ne sommes pas encore guéris’ du racisme et que ‘la question n’est pas juste que ce n’est pas poli de dire « nigger » en public’ (...) ». Et Eugene Robinson de poursuivre : « L’élection d’Obama en 2008 a été sans conteste une étape cruciale, un événement majeur que je n’aurais même pas rêvé voir de mon vivant ». Il avoue cependant qu’il n’avait pas réalisé « que le simple fait de voir une famille noire à la Maison-Blanche allait accentuer les anxiétés et les conflits raciaux. Je ne me rendais pas compte que le spectacle d’Africains-Américains exerçant le pouvoir allait renforcer le sentiment d’impuissance et de victimisation de certains Blancs ». « Sur le long terme, je suis optimiste, poursuit le chroniqueur, mais un avenir post-racial ne va pas se matérialiser d’un seul coup. Nous avons un travail urgent à faire (...). Notre société parviendra à mettre un terme au racisme lorsqu’elle cessera d’être raciste. » C ’est ce que révèle une étude publiée par Science Advanc- es qui s’appuie sur les observations documentées d’extinctions d’espèces des cinq der- niers siècles. Principal enseignement de l’étude : les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis 1900. Et leur rythme a même accé- léré au cours des dernières décennies du fait de l’activité humaine. « La vitesse à laquelle les espèces disparaissent est sans précédent dans l’histoire humaine et haute- ment inhabituelle dans l’histoire de la planète », souligne le directeur des recherches, Gerardo Ceballos, de l’université nationale autonome de Mexico. L’équipe s’est concentrée sur les vertébrés et a déterminé que depuis le 16eme siècle, 338 espèces ont définitivement disparu et que 280 autres n’existent plus qu’en captivité. Au total se sont donc, en l’espace de cinq siècles, près de 620 espèces de vertébrés qui ont disparu de leur milieu naturel. La plus grande partie d’entre eux, lors du siècle dernier. “Notre travail indique que nous sommes entrés sans l’ombre d’un doute dans la sixième phase d’extinction massive d’espèces animales”, explique Gerardo Ceballos. “Nos estimations révèlent un déclin extrêmement rapide de la biodiversité (...), l’un des enjeux environnementaux les plus critiques de nos jours”. Les facteurs qui l’expliquent : la destruction de l’habitat naturel, la surexploitation des ressources et des espèces, la pollution et le changement climatique, conclut l’étude qui prévient que “la fenêtre d’opportunités pour remédier aux conséquences se ferme rapidement”. Ce n’est pas la première fois que la Terre est le théâtre d’une grande extinction d’espèces. Il y a 65 millions d’années disparaissaient les dinosaures et avec eux, environ 75% des espèces animales. Avant cela, quatre autres extinctions massives avaient eu lieu, toutes dues à des phénomènes naturels. Aujourd’hui, c’est l’une des espèces – la nôtre – qui, selon l’étude, provoque la disparition des autres. Et qui sait, à terme, la sienne. « Si nous laissons s’éteindre des espèces au rythme actuel, les humains seront bientôt privés (en l’espace de trois petites générations) des bénéfices de la biodiversité », préviennent les chercheurs qui précisent qu’il faut des centaines de millions d’années pour que la nature se diversifie à nouveau. 16 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 SOCIÉTÉ « Nigger » : un mot, long de six lettres, mais qui n’avait pas été prononcé par un président américain depuis des générations / © Courrier International Chose rarissime, voire impensable, le président Obama a prononcé le mot nigger dans une interview fleuve accordée à une radio de Los Angeles pour pointer du doigt la persistance du racisme aux États-Unis. Cela faisait 65 millions d’années que la Terre n’avait vu disparaître autant d’espèces animales, préviennent des chercheurs mexicains et américains. En cause : l’activité humaine. En quittant ce monde, un enfant qui naît aujourd’hui aura vu disparaître plusieurs centaines d’espèces animales.
  • 17. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 17 CULTURE Haïti à l'heure de la production du livre numériquePar Robens Prosper D es sites numériques et inter-nautiques voient le jour. L’accès aux livres n’a jamais été autant facile, l’industrie du livre n’a jamais été autant dynamique. Avec le progrès de la technologie et surtout la pro- lifération des gadgets électroniques, n’importe qui peut se procurer de n’importe quel livre, à n’importe quel moment. Cette prouesse tech- nologique contribue grandement à la sauvegarde de la mémoire collec- tive et l’efficacité de l’enseignement. Des bibliothèques virtuelles se mul- tiplient, la lecture se fait instantané- ment. Plus besoin d’espace physique pour se munir d’une bibliothèque personnelle, avec seulement son por- table on peut stocker beaucoup de livres. Cette avancée dans le secteur du livre, oblige à tous les acteurs de la chaine de s’adapter à cette nouvelle réalité, de l’auteur au distributeur en passant par l’éditeur, tout le monde se met au pas. Le livre numérique est défini comme le nouveau support du document écrit que l’homme est appelé à utiliser pour ses besoins de lecture, de diffusion massive et de conservation. Cette évolution qui pimente éven- tuellement le marché du livre n’est pas sans conséquences sur le secteur et la consommation tradi- tionnelle du livre, néanmoins elle permet aux lecteurs de se faire plus d’économie, de s’acheter à toutes heures de la journée et de lire avec plus de facilité. La globalisation reste une grande chaine soudée par les langues et les cultures, le livre numérique devient un maillon qui s’ajoute à cette chaine. De ce fait, tous les pays du monde s’efforcent à exploiter tant bien que mal cette nouvelle façon de commercialiser et de consommer le livre. Haïti n’est toutefois pas une exception, des bouquins made in Haïti se vendent sur les sites les plus en vue dans cette catégorie. Historique et évolution du livre numérique Avant même la création d’Internet, Michael Hart crée, en 1971, le projet Gutenberg, dont le but est de numériser des livres. Le pre- mier livre numérisé par le projet Gutenberg est la Déclaration d’indépendance des États-Unis dans un fichier de 5 ko. En 2008, la qualité de lecture sur écran des liseuses s’étant consi- dérablement améliorée, le livre numérique repart à la conquête des marchés grand public. En 2010, la progression en termes de parts de marché devient très significative aux États-Unis. De nombreux éditeurs ont commencé à distribuer, sous forme électro- nique, des livres tombés dans le domaine public. Dans le même temps, pour une question non forcément de quali- té, mais de coûts et de rentabilité, certains éditeurs préfèrent publier leurs auteurs de cette manière. À l’opposé, certains auteurs qui veulent se libérer de l’emprise de leur éditeur, ou dont les manu- scrits n’ont pas été publiés sur papier par des éditeurs mettent à disposition leurs œuvres en ligne, tant de façon gratuite que par l’intermédiaire de sites de téléchargement payant. En France, « publie.net”, pre- mière coopérative d’auteurs pour l’édition et la diffusion numéri- que de littérature contemporaine, fondée en 2008 par l’écrivain François Bon, ardent militant du livre numérique, pousse les res- sources du format ePub3 jusqu’à ajouter du son et de la musique ou des vidéos dans le cours du récit, et un système de navigation en hyperimages (pour l’instant uniquement accessibles sur iPad et iPhone). Le premier revendeur de livres numériques en France en date est Mobipocket.com (fil- iale d’Amazon depuis avril 2005). Ses concurrents principaux sont Numilog.com (filiale d’Hachette Livre depuis le printemps 2008), ePagine (prestataire de solutions pour les librairies), immatériel. fr (distributeur et revendeur), Relay.com (également filiale de Hachette, mais côté presse), Eden Livres, E-Plateforme, YouScribe, Scribd, Youboox, iBooks, Cyber- libris (bibliothèque numérique sur abonnement), Needocs (livres professionnels, pratiques et aca- démiques) et aussi Didactibook (libraire électronique spéciali- sée dans les livres pratiques). Selon le magazine Challenges, la Fnac aurait vendu 40 000 livres numériques de novembre 2008 à novembre 2009. En 2011, le fabricant de liseuses Bookeen se lance à son tour dans la com- mercialisation de livres numéri- ques avec bookeenstore.com. L’offre de livres numériques en français la plus riche du marché est proposée par Chapitre.com. Selon le quatrième Baromètre sur les usages du livre numéri- que, présenté le 21 mars 2014 au Salon du livre de Paris, on évalue la part de lecteurs numériques en France à 15 % de la population. Parmi les sondés 39% pensent que l’utilisation de livres électro- niques va augmenter. Aujourd’hui en France, bien que les utilisa- teurs d’ebooks pensent que les usages vont évoluer, ils sont encore beaucoup à combiner la lecture électronique avec celle de livres papiers. Pour le dernier trimestre 2010, Amazon.com a officiellement annoncé avoir vendu pour la pre- mière fois plus de livres numéri- ques que de livres imprimés. Les genres les plus populaires sont alors les romances et les romanc- es érotiques, livres papier dans le pays. Selon le Pew Internet & American Life project, 28 % des Américains ont lu au moins un livre numérique en 2013. Selon le même institut, 50 % des Américains possèdent une tablette numérique ou une liseuse en janvier 2014. (Sources Wikipedia) Haïti et le livre numérique Comme tous les autres pays, Haïti aborde à sa manière ce nouvel ordre mondial, mais ici- bas, tout est lié et cette adaptation brutale est proportionnelle à tout ce qui est d’ordre social dans ce pays à forte potentialité littéraire, à savoir le problème d’électricité, le problème du droit d’auteur et les irrégularités liées au paiement électronique pour ne citer que ceux-là. Cette nouvelle opportu- nité pour Haïti de vendre sa lit- térature, ses auteurs à l’extérieur et de démocratiser la lecture chez les jeunes de cette génération qui sont accro à la technologie, est inexploitée ou mal exploitée. Il n’y a pas d’initiatives entre- prises pour créer une plateforme virtuelle pour promouvoir les livres haïtiens. Les opérateurs du secteur sont quasiment passifs sur ce point, beaucoup d’entre eux ne peuvent pas s’offrir les moyens adéquats pour accéder aux outils et équipements indispensable à une adaptation réelle. Inexis- tence de cadre légal qui traite de la matière, Il n’y a pas beaucoup de techniciens déclarés qui sont spécialisés dans la conception du livre numérique. La production du livre numérique n’est pas seule- ment une nouvelle façon de con- cevoir le livre, c’est un système, un nouveau marché, une nouvelle industrie qui se greffe sur la pro- duction du livre physique. Elle ne remplace pas le livre papier, elle est un supplément qui assure la diffusion massive et la conserva- tion des idées et des informations véhiculées par les auteurs. Cette évolution comporte plusieurs segments interdépendants, avec les librairies et bibliothèques en ligne, fabrication instantanée du livre, achat, paiement et livraison automatique du livre etc. Pour que cette adaptation soit réelle et efficace elle doit être complète et totale. À ce sujet Haïti a encore beaucoup à faire. Livre numérique. HAITI/MARCHÉDULIVRE Quand la numérisation donne le ton, le livre emboite le pas. Ce qui nous permet de constater l’expansion étourdissante du livre dans le monde grâce à l’apparition du livre numérique, ces cinq dernières années.