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par THOMAS OLLIVIER
J’ai fait un bout de chemin professionnel avec Thomas
qui m’a énormément marquée. Thomas fait partie de
ces rares personnes avec qui j’ai tout de suite senti
une sorte d’alignement d’esprit.
Quand j’ai rejoint son équipe, il a compris et nourri
mes aspirations professionnelles.
Quand j’ai quitté son équipe, il m’a encouragée
et conseillée pour lancer mon prochain projet
professionnel.
Quand je lui ai demandé s’ilvoulait écrire un édito pour
ce livre, il a écrit ce texte magnifique. En le découvrant,
l’évidence m’est apparue : la place naturelle de
Thomas était d’être la préface de Lundis Radieux.
Au commencement de chaque projet, il y a des gens
qui vous donnent la force de l’entreprendre.
PRÉFACE
5
Cet article est la préface du livre Lundis Radieux.
Pour plus d'infos sur le livre : www.lundisradieux.com
À L’HORIZON,
SHAMBHALA ?
Le dimanche soir seul après un week-end
ressourçant. Les heures qui suivent un bon footing
revigorant, ou parfois même pendant des foulées
plus faciles que d’habitude. Mais aussi, ces jours de
congés, en famille ou avec ses amis, où l’on sent une
forme de plénitude venir recouvrir les contradictions
ressenties insurmontables du travail quotidien et les
vicissitudes de nos chemins professionnels...
Il y a ces moments, presque de grâce, où l’on se
sent envahi par des fulgurances de bon sens, des
explosions de discernement, et qui embarquent
avec eux, sans crier gare, une détermination discrète
mais puissante, dont on parvient pratiquement
à sentir la minuscule mais inarrêtable mise en
mouvement qu’elles provoquent.
Le moment passe. Il laisse quelques traces, comme
des idées dans un coin de notre tête, des désirs
qu’on retrouve cachées à l’intérieur, ou encore des
palpitations qu’on ressent dès qu’on essaie de se
reconnecter à ce moment qu’on croit perdu.
On essaie, mécaniquement, de le reconvoquer, de
revenir à cette clairvoyance, à cette vision, pour
percer à jour la question qui reste alors : qu’y avait-
t-il à l’horizon ?
6
Dans une BD d’anticipation déconcertante,
Shangri-la1
, l’auteur Mathieu Bablet met en scène
une société de consommation poussée à son
paroxysme. La consommation des ressources qui
a fait de la Terre un espace devenu inhabitable,
la consommation des produits numériques qui a
définitivement fait basculer le pouvoir sur l’avoir et
non plus sur l’être, la consommation des humains
qui a amené à transformer des animaux pour en faire
de meilleurs travailleurs, et in fine, la consommation
du travail poussée jusqu’à l’absurdité d’un modèle
social et économique accepté de tous, où une
tech-compagnie toute puissante devient à la fois
l’employeur, le gouverneur, et le seul fournisseur de
biens et de services.
Un vide de sens se déroulant dans une usine-
ville satellite, dans celui immense de l’espace,
et qui va peu à peu se remplir d’une multitude
d’engagements, comme autant d’allégories à ceux
que nous connaissons aujourd’hui, entre révoltes et
aspirations.
De ces frictions va renaître le besoin du sens, et ainsi
la remise en cause d’un modèle qui semblait éternel,
et donc cette question : qu’y a-t-il à l’horizon ?
1- Shangri-la : sélection officielAngoulême 2017, par Mathieu Bablet, éditions
Ankama 2016
7
Partir et découvrir de nouveaux horizons. Revenir
riche d’expériences, de rencontres, et de projets.
À travers ces horizons, se connaître et devenir qui
l’on est, puis qui l’on voudrait devenir. Se poser la
question du sens, remettre en question le sens
établi et explorer celle du sens figuré, décider d’aller
à contre-sens de ce qui nous entoure pour mieux
retrouver un alignement avec soi... pour aller dans le
bon sens. La question du sens est celle qui impulse
l’énergie originale, celle sans qui avancer devient
compliqué et sans laquelle on construit soi-même
l’impasse dans laquelle on s’enferme. La question
de l’objectif, de la destination, n’est que sa symétrie
projetée. C’est le reflet du miroir qui nous aide à
comprendre la distance qui nous sépare entre ce
que voulons être, et ce que nous sommes, mais
aussi avec ce que nous avons été, et ce que nous
aurions pu être. La destination, c’est la certitude
d’être arrivé. Le sens, c’est la possibilité d’avancer.
Après un infini de voyages et de périples, lorsque
Conway, un héro imaginé par James Hilton en 1933,
quitte à contrecœurle monastère mystique Shangri-
la, un lieu de quiétude et d’harmonie, il disparaît,
et le roman prend fin, laissant place à un épilogue
ouvrant sur ce qui advint du héros : disparu, perdu,
ou peut-être revenu à Shangri-la.
Dans son roman, l’auteur nous invite à suivre la
quête de sens de son héros. Après d’incroyables
péripéties, d’errances, et d’échecs, il parviendra à
répondre à cette question du sens, puis après avoir
tenu et vécu cette réponse, il devra l’abandonner
pour retourner vers Les Horizons perdus1
, titre du
roman.
1- Lost Horizon, roman deJames Hilton paru en 1933 aux édictions MacMillan
8
À L’HORIZON,
LUNDIS RADIEUX !
Ainsi, il est des livres qui explorent les horizons, qui
donnent chacun leurs versions du Shangri-la. « La »
signifiant le col en tibétain, Shangri-la serait le col du
Shangri, qui mène vers le Shangri... vers cet espoir de
paix et de tranquillité, où le sens reprend le dessus.
Shangri-la, lieu fictif mais trouvant ses racines
dans le vrai Shambhala1
, signifiant le «  lieu du
bonheur paisible », qui sert donc des auteurs de BD
contemporains comme des romanciers du siècle
précédent pour nous faire explorer la quête de sens.
Ilsviennent rejoindre d’autres formes de récits, qu’on
lit comme on lit une boussole  : les symboliques
«  Jonathan Livingston le goéland  », les épiques
«  Odysée de l’Endurance  », ou, dans leurs styles,
les hilarants « Zaï Zaï Zaï »2
.
S’ils permettent de prendre du plaisir, ces livres ne
sont pas encore à eux seuls des garanties d’accès
au bonheur. Ce sont assurément des petits ou
grands plaisirs, heureusement bien plus importants
qu’un «  Like  », mais participant finalement du
même effet, c’est-à-dire d’une bonne injection de
dopamine  ; cette molécule nécessaire au plaisir
mais pas suffisante pour le bonheur, et qui au
contraire peut vous cramer les neurones par abus
de consommation.
Pour le bonheur, pour aller vers le Shambhala, il
faut une émotion plus durable et qui nous engage
davantage.
1- En sanskrit « lieu du bonheur paisible », mythe hindo-bouddiste
2- Respectivement de Richard Bach (1960), de Ernest Shackleton (1909), et
de Fabcaro (2015)
9
C’est ce que l’on devine dans ces moments de
plénitude, c’est ce que l’on apprend à la lecture
des travaux du chercheur anglais Paul Gilbert,
qui identifie un modèle de cerveau agissant de 3
façons :
• Le cerveau du singe lié au contentement
• Le cerveau de la souris lié aux plaisirs immédiats
• Le cerveau du reptile lié aux menaces et aux
risques
Seul le cerveau du singe est celui qui n’agit pas de
façon automatique et spontané. Plus exigeant, il
nécessite d’allerchercherle plaisirdans une passion,
un travail, une relation avec l’autre. Il cherche ainsi
à procurer une sensation de plaisir plus fréquente,
plus soutenue. Il amène donc à installer une
sensation de bonheur sur du long terme.
Dit autrement, tendre vers l’être et le durable,
en réduisant l’avoir et l’immédiat, serait un sens
possible vers le bonheur. Ne plus consommer son
travail, et pouvoir trouver son bonheur en étant au
travail plutôt qu’en ayant un emploi, réunirait cette
condition de contentement dans la durée. En y
retrouvant ce sens du bonheur, le travail pourrait
ainsi vous guider vers un horizon plus radieux.
10
Votre chance ici n’est pas de commencer la lecture
d’un livre, mais de commencer à remplir un guide,
votre guide. Un guide qui pourrait vous amener à
tourner le regard vers votre horizon.
Le talent de Noémie ne relève pas d’une
compétence professionnelle, ni d’une hard ou sofft
skills. Son talent ne relève même pas de l’humilité
qu’elle met dans son projet, ni dans la vulnérabilité
qu’elle exploite dans ce beau challenge de partager
l’expérience de quelqu’un qui vit sa propre mutation.
Pour avoir eu l’immense chance de croiser son
chemin, le talent de Noémie est sa faculté simple,
intuitive, presque innocente, de poser sans cesse
la question du sens... non pas pour se contenter de
l’immédiateté d’une vérité, mais au contraire pour
savoir quelles possibilités peuvent s’ouvrir si l’on
regarde vers l’horizon.
La puissance de ce guide est la simplicité de son
projet.
Il ne porte pas de fausse ambition, il ne vous
apportera pas de réponse, et évidemment, il ne
se contentera pas d’être un support, passif et
immobile, acceptant docilement de prendre la
poussière sur une étagère entre deux parades
publiques. Il sera exigeant, curieux, déstabilisant,
sans doute irrévérencieux ou très indiscret. Il finira
probablement fatigué, raturé, corné. Il embarquera
des tâches, des grains de sable perdus entre
deux pages. De bel objet propre et bien pensé, il
deviendra relique usée, plein d’aspérités... mais
surtout plein d’histoires, de périples, de projets et
donc de sens.
Car la puissance de ce guide, ce n’est rien d’autre
que d’avoirl’espoirréelde trouver, dès la prochaine
page, les questions essentielles pour trouver le
sens vers les Lundis Radieux.
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  • 1. par THOMAS OLLIVIER J’ai fait un bout de chemin professionnel avec Thomas qui m’a énormément marquée. Thomas fait partie de ces rares personnes avec qui j’ai tout de suite senti une sorte d’alignement d’esprit. Quand j’ai rejoint son équipe, il a compris et nourri mes aspirations professionnelles. Quand j’ai quitté son équipe, il m’a encouragée et conseillée pour lancer mon prochain projet professionnel. Quand je lui ai demandé s’ilvoulait écrire un édito pour ce livre, il a écrit ce texte magnifique. En le découvrant, l’évidence m’est apparue : la place naturelle de Thomas était d’être la préface de Lundis Radieux. Au commencement de chaque projet, il y a des gens qui vous donnent la force de l’entreprendre. PRÉFACE 5 Cet article est la préface du livre Lundis Radieux. Pour plus d'infos sur le livre : www.lundisradieux.com
  • 2. À L’HORIZON, SHAMBHALA ? Le dimanche soir seul après un week-end ressourçant. Les heures qui suivent un bon footing revigorant, ou parfois même pendant des foulées plus faciles que d’habitude. Mais aussi, ces jours de congés, en famille ou avec ses amis, où l’on sent une forme de plénitude venir recouvrir les contradictions ressenties insurmontables du travail quotidien et les vicissitudes de nos chemins professionnels... Il y a ces moments, presque de grâce, où l’on se sent envahi par des fulgurances de bon sens, des explosions de discernement, et qui embarquent avec eux, sans crier gare, une détermination discrète mais puissante, dont on parvient pratiquement à sentir la minuscule mais inarrêtable mise en mouvement qu’elles provoquent. Le moment passe. Il laisse quelques traces, comme des idées dans un coin de notre tête, des désirs qu’on retrouve cachées à l’intérieur, ou encore des palpitations qu’on ressent dès qu’on essaie de se reconnecter à ce moment qu’on croit perdu. On essaie, mécaniquement, de le reconvoquer, de revenir à cette clairvoyance, à cette vision, pour percer à jour la question qui reste alors : qu’y avait- t-il à l’horizon ? 6
  • 3. Dans une BD d’anticipation déconcertante, Shangri-la1 , l’auteur Mathieu Bablet met en scène une société de consommation poussée à son paroxysme. La consommation des ressources qui a fait de la Terre un espace devenu inhabitable, la consommation des produits numériques qui a définitivement fait basculer le pouvoir sur l’avoir et non plus sur l’être, la consommation des humains qui a amené à transformer des animaux pour en faire de meilleurs travailleurs, et in fine, la consommation du travail poussée jusqu’à l’absurdité d’un modèle social et économique accepté de tous, où une tech-compagnie toute puissante devient à la fois l’employeur, le gouverneur, et le seul fournisseur de biens et de services. Un vide de sens se déroulant dans une usine- ville satellite, dans celui immense de l’espace, et qui va peu à peu se remplir d’une multitude d’engagements, comme autant d’allégories à ceux que nous connaissons aujourd’hui, entre révoltes et aspirations. De ces frictions va renaître le besoin du sens, et ainsi la remise en cause d’un modèle qui semblait éternel, et donc cette question : qu’y a-t-il à l’horizon ? 1- Shangri-la : sélection officielAngoulême 2017, par Mathieu Bablet, éditions Ankama 2016 7
  • 4. Partir et découvrir de nouveaux horizons. Revenir riche d’expériences, de rencontres, et de projets. À travers ces horizons, se connaître et devenir qui l’on est, puis qui l’on voudrait devenir. Se poser la question du sens, remettre en question le sens établi et explorer celle du sens figuré, décider d’aller à contre-sens de ce qui nous entoure pour mieux retrouver un alignement avec soi... pour aller dans le bon sens. La question du sens est celle qui impulse l’énergie originale, celle sans qui avancer devient compliqué et sans laquelle on construit soi-même l’impasse dans laquelle on s’enferme. La question de l’objectif, de la destination, n’est que sa symétrie projetée. C’est le reflet du miroir qui nous aide à comprendre la distance qui nous sépare entre ce que voulons être, et ce que nous sommes, mais aussi avec ce que nous avons été, et ce que nous aurions pu être. La destination, c’est la certitude d’être arrivé. Le sens, c’est la possibilité d’avancer. Après un infini de voyages et de périples, lorsque Conway, un héro imaginé par James Hilton en 1933, quitte à contrecœurle monastère mystique Shangri- la, un lieu de quiétude et d’harmonie, il disparaît, et le roman prend fin, laissant place à un épilogue ouvrant sur ce qui advint du héros : disparu, perdu, ou peut-être revenu à Shangri-la. Dans son roman, l’auteur nous invite à suivre la quête de sens de son héros. Après d’incroyables péripéties, d’errances, et d’échecs, il parviendra à répondre à cette question du sens, puis après avoir tenu et vécu cette réponse, il devra l’abandonner pour retourner vers Les Horizons perdus1 , titre du roman. 1- Lost Horizon, roman deJames Hilton paru en 1933 aux édictions MacMillan 8
  • 5. À L’HORIZON, LUNDIS RADIEUX ! Ainsi, il est des livres qui explorent les horizons, qui donnent chacun leurs versions du Shangri-la. « La » signifiant le col en tibétain, Shangri-la serait le col du Shangri, qui mène vers le Shangri... vers cet espoir de paix et de tranquillité, où le sens reprend le dessus. Shangri-la, lieu fictif mais trouvant ses racines dans le vrai Shambhala1 , signifiant le «  lieu du bonheur paisible », qui sert donc des auteurs de BD contemporains comme des romanciers du siècle précédent pour nous faire explorer la quête de sens. Ilsviennent rejoindre d’autres formes de récits, qu’on lit comme on lit une boussole  : les symboliques «  Jonathan Livingston le goéland  », les épiques «  Odysée de l’Endurance  », ou, dans leurs styles, les hilarants « Zaï Zaï Zaï »2 . S’ils permettent de prendre du plaisir, ces livres ne sont pas encore à eux seuls des garanties d’accès au bonheur. Ce sont assurément des petits ou grands plaisirs, heureusement bien plus importants qu’un «  Like  », mais participant finalement du même effet, c’est-à-dire d’une bonne injection de dopamine  ; cette molécule nécessaire au plaisir mais pas suffisante pour le bonheur, et qui au contraire peut vous cramer les neurones par abus de consommation. Pour le bonheur, pour aller vers le Shambhala, il faut une émotion plus durable et qui nous engage davantage. 1- En sanskrit « lieu du bonheur paisible », mythe hindo-bouddiste 2- Respectivement de Richard Bach (1960), de Ernest Shackleton (1909), et de Fabcaro (2015) 9
  • 6. C’est ce que l’on devine dans ces moments de plénitude, c’est ce que l’on apprend à la lecture des travaux du chercheur anglais Paul Gilbert, qui identifie un modèle de cerveau agissant de 3 façons : • Le cerveau du singe lié au contentement • Le cerveau de la souris lié aux plaisirs immédiats • Le cerveau du reptile lié aux menaces et aux risques Seul le cerveau du singe est celui qui n’agit pas de façon automatique et spontané. Plus exigeant, il nécessite d’allerchercherle plaisirdans une passion, un travail, une relation avec l’autre. Il cherche ainsi à procurer une sensation de plaisir plus fréquente, plus soutenue. Il amène donc à installer une sensation de bonheur sur du long terme. Dit autrement, tendre vers l’être et le durable, en réduisant l’avoir et l’immédiat, serait un sens possible vers le bonheur. Ne plus consommer son travail, et pouvoir trouver son bonheur en étant au travail plutôt qu’en ayant un emploi, réunirait cette condition de contentement dans la durée. En y retrouvant ce sens du bonheur, le travail pourrait ainsi vous guider vers un horizon plus radieux. 10
  • 7. Votre chance ici n’est pas de commencer la lecture d’un livre, mais de commencer à remplir un guide, votre guide. Un guide qui pourrait vous amener à tourner le regard vers votre horizon. Le talent de Noémie ne relève pas d’une compétence professionnelle, ni d’une hard ou sofft skills. Son talent ne relève même pas de l’humilité qu’elle met dans son projet, ni dans la vulnérabilité qu’elle exploite dans ce beau challenge de partager l’expérience de quelqu’un qui vit sa propre mutation. Pour avoir eu l’immense chance de croiser son chemin, le talent de Noémie est sa faculté simple, intuitive, presque innocente, de poser sans cesse la question du sens... non pas pour se contenter de l’immédiateté d’une vérité, mais au contraire pour savoir quelles possibilités peuvent s’ouvrir si l’on regarde vers l’horizon. La puissance de ce guide est la simplicité de son projet. Il ne porte pas de fausse ambition, il ne vous apportera pas de réponse, et évidemment, il ne se contentera pas d’être un support, passif et immobile, acceptant docilement de prendre la poussière sur une étagère entre deux parades publiques. Il sera exigeant, curieux, déstabilisant, sans doute irrévérencieux ou très indiscret. Il finira probablement fatigué, raturé, corné. Il embarquera des tâches, des grains de sable perdus entre deux pages. De bel objet propre et bien pensé, il deviendra relique usée, plein d’aspérités... mais surtout plein d’histoires, de périples, de projets et donc de sens. Car la puissance de ce guide, ce n’est rien d’autre que d’avoirl’espoirréelde trouver, dès la prochaine page, les questions essentielles pour trouver le sens vers les Lundis Radieux. 11