LA VALORISATION DES EAUX USÉES
PRATIQUES ET REPRÉSENTATIONS RELATIVES À L’EAU,
À L’EAU USÉE ET AUX COMBUSTIBLES DE CUISINE
DANS LE VILLAGE SAHÉLIEN DE NDEM
Emilie CRITTIN
Colloque 10 ans de partenariat de recherche UCAD - UNIL
16 juillet 2013
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CONTEXTUALISATION
LE VILLAGE DE NDEM
 Un village d’agriculteurs et d’éleveurs touché par la sécheresse, la
déforestation, l’épuisement de la fertilité des sols et l’exode rural
 L’ONG des Villageois de Ndem et le grand projet de développement
régional de Ndem
 Importance de la spiritualité baye fall et présence d’un daara
 Situation économique difficile au moment de l’étude
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Le village de Ndem
LE VILLAGE DE NDEM
L’EAU ET L’ASSAINISSEMENT À NDEM
  Eau du forage = norme, eau du puits = nécessité
  Problèmes du forage au moment de l’étude
  Latrines avec fosse sans fond et quelques fosses septiques avec
séparation des eaux de lavage partant dans le sol à travers un
puisard
  Eaux grises majoritairement rejetées dans le sable
  Risques de contamination de la nappe et risques sanitaires
OBJECTIFS DE L’ÉTUDE
Le projet de S. Niang du LATEU:
Promouvoir une gestion intégrée des ressources en eau
en optimisant les ressources déjà existantes
Deux grands axes:
 La réutilisation des eaux grises, traitées dans une petite
station d'épuration naturelle, pour l'irrigation maraîchère et
le reboisement
 La réutilisation des eaux vannes pour la fabrication de
biogaz et de compost prêt à l’emploi
OBJECTIFS DE L’ÉTUDE
 Objectif ethnographique: décrire les pratiques et les représentations
 Objectif ethnologique: analyser les pratiques et les représentations
 Objectif d’application des résultats: comprendre comment adapter le
projet du LATEU au contexte local dans un esprit de collaboration avec la
population
 Comprendre quels sont les besoins de la population
 Intégrer des éléments d’analyse socio-anthropologique au projet
 Penser le déchet en tant que ressource valorisable
  Observation participante et non-participante
  Entretiens semi-directifs
  Visites de diverses structures et recueil d’informations quantitatives
  Présence à un cours d’éducation sanitaire à la case des tout-petits
  Présence à la réunion mensuelle de l’ONG
  Présentation d’un exposé sur « Les enjeux de l’eau usée,
l’assainissement et les déchets » aux habitants du daara avec Seydou
Niang
  … et surtout immersion et vie quotidienne avec la population de
Ndem
DÉROULEMENT DE L’ÉTUDE
RÉSULTATS: L’EAU À NDEM
 Plusieurs types d’eau, différenciés selon leur source
Chaque pratique est associée à un ou plusieurs type(s) d’eau « préféré(s) »
en fonction de la qualité conférée à chaque type d’eau
 Représentations relevées:
 Aspect pratique et indispensable de l’eau
 Caractère sacré de l’eau (source de vie)
 L’eau comme étant en manque
 L’eau comme garantie d’avoir de quoi se nourrir
 Forte fonction purificatrice (corps humain / aliments)
L’EAU À NDEM
 Pureté / impureté de l’eau: La capacité de transformation de l’eau
aux niveaux physique et /ou symbolique
 Situation actuelle de l’eau difficile: l’eau disponible est suffisante
pour les besoins de base mais pas pour ouvrir d’autres perspectives
 Perception de la situation de l’eau entre manque et abondance
relative
 Dynamique sociale complètement reliée à la situation de l’eau
RÉSULTATS
L’EAU USÉE À NDEM
  Hiérarchisation des différents types d’eau usée en fonction
de son degré de saleté et de la nature de la saleté:
1.  Eau usée ne contenant ni savon ni eau de javel, comme l'eau de
nettoyage du riz et du mil  animaux
2.  Eau usée contenant de l'eau de javel et/ou du savon mais pas en
trop grande quantité et qui n'est pas trop sale  arrosage
3.  Eau usée de lavage trop sale ou contenant trop d'eau de javel et/
ou de savon  jetée dans le sable
4.  Eau usée des toilettes  évent. fertilisation des champs
L’EAU USÉE À NDEM
 L’eau usée n’est pas représentée de manière intégrale comme étant
un déchet inutilisable
 Une eau sale ou impure est utilisable pour certaines activités
n’ayant pas trait au corps humain
  Le savon et l’eau de javel en trop grandes
quantités sont perçus comme tuant le sol
et les plantes
RÉSULTATS
LES COMBUSTIBLES DE CUISINE À NDEM
 Le bois
 Le gaz
 Le bioterre
 Le ndef
 Combinaison la plus fréquente:
 Gaz pour le petit-déjeuner (café) ou utilisation occasionnelle
 Bois (évent. mélangé avec du ndef) pour les repas de midi et du soir
 Bioterre pour les grandes cérémonies ou autres grandes cuisines
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LES COMBUSTIBLES
DE CUISINE À NDEM
 Plusieurs critères influencent le choix,
l’utilisation et la combinaison des combustibles:
 Moyens financiers à disposition
 Habitudes de cuisine (organisation de la cuisine)
 Usage final du combustible (goût, vitesse de cuisson, chaleur dégagée)
 Matériel de cuisine
 Habitudes d’approvisionnement et d’utilisation d’un combustible
 Disponibilité
 Aspect générationnel et temporel
LES COMBUSTIBLES DE CUISINE À NDEM
 Plusieurs combustibles peuvent parfois répondre à un même besoin
 Préférence majoritaire pour le gaz
 Réappropriation du combustible alternatif (bioterre) pour l’usage
pour lequel il s’est montré le plus en adéquation avec les pratiques et
besoins de la population
CONSTAT FINAL DE CETTE PREMIÈRE PHASE DE L’ÉTUDE
  Multiplicité des enjeux autour de l’eau, de l’eau usée et des
combustibles de cuisine
  Nombreux facteurs d’influence derrière les pratiques et les
représentations
  Une situation de survie prévaut toujours à Ndem
 Priorités = enjeux à court terme relatifs aux besoins vitaux
APPLICATION PRATIQUE DES RÉSULTATS – EAUX GRISES
 Accueil favorable du projet, une bonne initiative pour économiser de l’eau
 L’irrigation (arbres, plantes, maraîchage) est l’activité pour laquelle cette
eau serait la plus utile la plus fréquemment citée
 Le développement maraîcher (consommation personnelle + vente de
légumes) est un désir existant au sein de la population
 La population est a priori favorable à l’idée de consommer des légumes
irrigués avec de l’eau usée traitée
 Démonstration que l’eau ne présente pas de danger pour la santé
 Nettoyage des aliments à l’eau de javel
 La capacité de l’eau à se transformer, une clé de l’acceptabilité de la
réutilisation des eaux grises traitées
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Le maraîchage biologique
est la structure utilisant le
plus d’eau à Ndem
APPLICATION PRATIQUE DES RÉSULTATS – EAUX VANNES
 Accueil favorable du biogaz; a priori sa provenance n’est pas un problème
 Le biogaz doit pour la population:
 Etre sûr
 Etre sécurisé
 Ne pas présenter de danger pour la santé
 Ne pas contenir de microbes
 Ne pas dégager d’odeur désagréable
 Etre moins cher, meilleur et plus pratique que les autres combustibles
 Le bois devrait représenter un plus gros effort que la contribution d’une
petite somme d’argent pour le biogaz
APPLICATION PRATIQUE DES RÉSULTATS – EAUX VANNES
 Une eau impure destinée à être transformée en une autre substance
pourra perdre son caractère impur lors de sa transformation et être
dissociée symboliquement de son origine impure
 Proposer le biogaz en complémentarité avec le bioterre
 Proposer un seul et unique combustible ne serait pas adapté aux
besoins et habitudes; le biogaz pourrait dans un premier temps
remplacer le bois (et le gaz conventionnel) pour certains usages
CONCLUSION
 Etude exploratoire ayant soulevé des tendances et hypothèses utiles au projet du LATEU
 Un certain processus de valorisation des déchets est déjà en cours
 La mise en place d’un projet de développement ne saurait se limiter à ses aspects
techniques et pratiques, tout un système symbolique est à prendre en compte
 Ndem, un exemple de développement local géré par la communauté pour une transition
vers un mode de vie plus durable
 L’importance de tendre vers l’autosuffisance (alimentaire, énergétique, …) pour atteindre
un véritable bien-être socio-économique et lutter contre les diverses dégradations
environnementales
 « L’amour au service de l’économie »
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Merci pour votre attention !
Jam ak kheweul
www.ongndem.com

Emilie Crittin, Univ. Lausanne

  • 1.
    LA VALORISATION DESEAUX USÉES PRATIQUES ET REPRÉSENTATIONS RELATIVES À L’EAU, À L’EAU USÉE ET AUX COMBUSTIBLES DE CUISINE DANS LE VILLAGE SAHÉLIEN DE NDEM Emilie CRITTIN Colloque 10 ans de partenariat de recherche UCAD - UNIL 16 juillet 2013
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  • 3.
    LE VILLAGE DENDEM  Un village d’agriculteurs et d’éleveurs touché par la sécheresse, la déforestation, l’épuisement de la fertilité des sols et l’exode rural  L’ONG des Villageois de Ndem et le grand projet de développement régional de Ndem  Importance de la spiritualité baye fall et présence d’un daara  Situation économique difficile au moment de l’étude
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    " Le village deNdem LE VILLAGE DE NDEM
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    L’EAU ET L’ASSAINISSEMENTÀ NDEM   Eau du forage = norme, eau du puits = nécessité   Problèmes du forage au moment de l’étude   Latrines avec fosse sans fond et quelques fosses septiques avec séparation des eaux de lavage partant dans le sol à travers un puisard   Eaux grises majoritairement rejetées dans le sable   Risques de contamination de la nappe et risques sanitaires
  • 6.
    OBJECTIFS DE L’ÉTUDE Leprojet de S. Niang du LATEU: Promouvoir une gestion intégrée des ressources en eau en optimisant les ressources déjà existantes Deux grands axes:  La réutilisation des eaux grises, traitées dans une petite station d'épuration naturelle, pour l'irrigation maraîchère et le reboisement  La réutilisation des eaux vannes pour la fabrication de biogaz et de compost prêt à l’emploi
  • 7.
    OBJECTIFS DE L’ÉTUDE  Objectifethnographique: décrire les pratiques et les représentations  Objectif ethnologique: analyser les pratiques et les représentations  Objectif d’application des résultats: comprendre comment adapter le projet du LATEU au contexte local dans un esprit de collaboration avec la population  Comprendre quels sont les besoins de la population  Intégrer des éléments d’analyse socio-anthropologique au projet  Penser le déchet en tant que ressource valorisable
  • 8.
      Observation participanteet non-participante   Entretiens semi-directifs   Visites de diverses structures et recueil d’informations quantitatives   Présence à un cours d’éducation sanitaire à la case des tout-petits   Présence à la réunion mensuelle de l’ONG   Présentation d’un exposé sur « Les enjeux de l’eau usée, l’assainissement et les déchets » aux habitants du daara avec Seydou Niang   … et surtout immersion et vie quotidienne avec la population de Ndem DÉROULEMENT DE L’ÉTUDE
  • 9.
    RÉSULTATS: L’EAU ÀNDEM  Plusieurs types d’eau, différenciés selon leur source Chaque pratique est associée à un ou plusieurs type(s) d’eau « préféré(s) » en fonction de la qualité conférée à chaque type d’eau  Représentations relevées:  Aspect pratique et indispensable de l’eau  Caractère sacré de l’eau (source de vie)  L’eau comme étant en manque  L’eau comme garantie d’avoir de quoi se nourrir  Forte fonction purificatrice (corps humain / aliments)
  • 10.
    L’EAU À NDEM  Pureté/ impureté de l’eau: La capacité de transformation de l’eau aux niveaux physique et /ou symbolique  Situation actuelle de l’eau difficile: l’eau disponible est suffisante pour les besoins de base mais pas pour ouvrir d’autres perspectives  Perception de la situation de l’eau entre manque et abondance relative  Dynamique sociale complètement reliée à la situation de l’eau
  • 11.
    RÉSULTATS L’EAU USÉE ÀNDEM   Hiérarchisation des différents types d’eau usée en fonction de son degré de saleté et de la nature de la saleté: 1.  Eau usée ne contenant ni savon ni eau de javel, comme l'eau de nettoyage du riz et du mil  animaux 2.  Eau usée contenant de l'eau de javel et/ou du savon mais pas en trop grande quantité et qui n'est pas trop sale  arrosage 3.  Eau usée de lavage trop sale ou contenant trop d'eau de javel et/ ou de savon  jetée dans le sable 4.  Eau usée des toilettes  évent. fertilisation des champs
  • 12.
    L’EAU USÉE ÀNDEM  L’eau usée n’est pas représentée de manière intégrale comme étant un déchet inutilisable  Une eau sale ou impure est utilisable pour certaines activités n’ayant pas trait au corps humain   Le savon et l’eau de javel en trop grandes quantités sont perçus comme tuant le sol et les plantes
  • 13.
    RÉSULTATS LES COMBUSTIBLES DECUISINE À NDEM  Le bois  Le gaz  Le bioterre  Le ndef  Combinaison la plus fréquente:  Gaz pour le petit-déjeuner (café) ou utilisation occasionnelle  Bois (évent. mélangé avec du ndef) pour les repas de midi et du soir  Bioterre pour les grandes cérémonies ou autres grandes cuisines
  • 14.
  • 15.
    LES COMBUSTIBLES DE CUISINEÀ NDEM  Plusieurs critères influencent le choix, l’utilisation et la combinaison des combustibles:  Moyens financiers à disposition  Habitudes de cuisine (organisation de la cuisine)  Usage final du combustible (goût, vitesse de cuisson, chaleur dégagée)  Matériel de cuisine  Habitudes d’approvisionnement et d’utilisation d’un combustible  Disponibilité  Aspect générationnel et temporel
  • 16.
    LES COMBUSTIBLES DECUISINE À NDEM  Plusieurs combustibles peuvent parfois répondre à un même besoin  Préférence majoritaire pour le gaz  Réappropriation du combustible alternatif (bioterre) pour l’usage pour lequel il s’est montré le plus en adéquation avec les pratiques et besoins de la population
  • 17.
    CONSTAT FINAL DECETTE PREMIÈRE PHASE DE L’ÉTUDE   Multiplicité des enjeux autour de l’eau, de l’eau usée et des combustibles de cuisine   Nombreux facteurs d’influence derrière les pratiques et les représentations   Une situation de survie prévaut toujours à Ndem  Priorités = enjeux à court terme relatifs aux besoins vitaux
  • 18.
    APPLICATION PRATIQUE DESRÉSULTATS – EAUX GRISES  Accueil favorable du projet, une bonne initiative pour économiser de l’eau  L’irrigation (arbres, plantes, maraîchage) est l’activité pour laquelle cette eau serait la plus utile la plus fréquemment citée  Le développement maraîcher (consommation personnelle + vente de légumes) est un désir existant au sein de la population  La population est a priori favorable à l’idée de consommer des légumes irrigués avec de l’eau usée traitée  Démonstration que l’eau ne présente pas de danger pour la santé  Nettoyage des aliments à l’eau de javel  La capacité de l’eau à se transformer, une clé de l’acceptabilité de la réutilisation des eaux grises traitées
  • 19.
    " Le maraîchage biologique estla structure utilisant le plus d’eau à Ndem
  • 20.
    APPLICATION PRATIQUE DESRÉSULTATS – EAUX VANNES  Accueil favorable du biogaz; a priori sa provenance n’est pas un problème  Le biogaz doit pour la population:  Etre sûr  Etre sécurisé  Ne pas présenter de danger pour la santé  Ne pas contenir de microbes  Ne pas dégager d’odeur désagréable  Etre moins cher, meilleur et plus pratique que les autres combustibles  Le bois devrait représenter un plus gros effort que la contribution d’une petite somme d’argent pour le biogaz
  • 21.
    APPLICATION PRATIQUE DESRÉSULTATS – EAUX VANNES  Une eau impure destinée à être transformée en une autre substance pourra perdre son caractère impur lors de sa transformation et être dissociée symboliquement de son origine impure  Proposer le biogaz en complémentarité avec le bioterre  Proposer un seul et unique combustible ne serait pas adapté aux besoins et habitudes; le biogaz pourrait dans un premier temps remplacer le bois (et le gaz conventionnel) pour certains usages
  • 22.
    CONCLUSION  Etude exploratoire ayantsoulevé des tendances et hypothèses utiles au projet du LATEU  Un certain processus de valorisation des déchets est déjà en cours  La mise en place d’un projet de développement ne saurait se limiter à ses aspects techniques et pratiques, tout un système symbolique est à prendre en compte  Ndem, un exemple de développement local géré par la communauté pour une transition vers un mode de vie plus durable  L’importance de tendre vers l’autosuffisance (alimentaire, énergétique, …) pour atteindre un véritable bien-être socio-économique et lutter contre les diverses dégradations environnementales  « L’amour au service de l’économie »
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    " Merci pour votreattention ! Jam ak kheweul www.ongndem.com