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                    Technologies de l’information




TECHNOLOGIES CLÉS
                         et de la communication
Technologies de l’information
et de la communication
13. Robotique                                                        23. Nanoélectronique
14. Technologies réseaux sans fil                                    24. Technologies de numérisation
15. Réseaux haut débit optiques                                          de contenus
16. Objets communicants                                              25. Sécurité holistique
17. Technologies 3D                                                  26. Virtualisation et informatique
                                                                         en nuages
18. Interfaces homme-machine
                                                                     27. Logiciel embarqué et processeurs
19. Ingénierie de systèmes complexes
                                                                         associés
    et systèmes de systèmes
                                                                     28. Valorisation et intelligence
20. Calcul intensif
                                                                         des données
21. Progressive/Intelligent Manufacturing
                                                                     29. Portail, collaboration
22. Optoélectronique                                                     et communications unifiées



  Position
  de la                                                                                    Attrait du marché

  France                                                                                          modeste

                                                                                                  moyen
 Leader/Co-leader
                        17     24
                                                      19                                          fort

                        27      14
                                                21
                                     23                    20
                                                                                              Enjeux
      Dans le peloton                      16                               13                 Productivité et
                        29
                                15                                                             développement
                                                                                                économique
                                           18                   22                             Réduction de la
                        26                           25                                        consommation
                                                                                                énergétique
                                     28
           En retard                                                                                Accès à
                                                                                               l’information et
                                                                                                aux contenus




                             Court terme        Moyen terme                Long terme    Time to Market
                              [0 – 2ans]         [2 – 4ans]                 [4 – 6ans]



                                                                                                 TECHNOLOGIES CLÉS   59
Contexte et enjeux                                                   rise ce patrimoine dans les différents ministères pour le péren-
                                                                                         niser, mais le met aussi à disposition d’entreprises pour qu’elles
                    Le secteur des technologies de l’information et de la communi-       créent de la valeur sur cette base, à l’instar de Lexsi.
                    cation (TIC) est devenu un segment majeur de l’économie des          Cette transversalité des TIC a été comprise par les différents
                    principaux pays industrialisés avec une contribution directe         acteurs du marché et les pouvoirs publics avec la création d’Allis-
                    de 5,9 % du PIB en Europe (et 7,5 % aux États-Unis). Au-delà du      tene, alliance visant à décloisonner la recherche dans les TIC.
                    secteur lui-même, les TIC contribuent au développement de            Les modèles d’innovation ont en effet fortement évolué durant
                    tous les autres secteurs économiques, les TIC représentant en        ces dernières années. La recherche dans les TIC a longtemps été
                    effet plus de 50 % de la croissance de la productivité en Europe     structurée autour de grands laboratoires privés ou académiques
                    (source : Commission Européenne).                                    et des initiatives publiques (CEA, Plan Calcul etc.), concentrant
                    Le développement du secteur des TIC s’est appuyé sur de grandes      alors l’essentiel des ressources financières et des connaissances
                    évolutions économiques structurantes. Les économies d’échelle        techniques. Avec la plus grande diffusion de la connaissance, la
                    et les progrès technologiques obtenus dans le cadre de la fabri-     mobilité des travailleurs et l’appui de nouvelles sources de finan-
                    cation des composants et des terminaux qui permettent d’une          cement (capital-risque, etc.), la recherche s’est en partie décon-
                    part, de réduire les coûts unitaires et d’attirer logiquement plus   centrée. Si les innovations incrémentales sont encore dévelop-
                    d’utilisateurs, et d’autre part, d’en accroître fortement les per-   pées par les laboratoires des grands groupes, les innovations
                    formances (Loi de Moore : doublement des performances tous           de rupture viennent de plus en plus souvent de petites socié-
                    les deux ans depuis trente ans). La révolution numérique, avec       tés qui travaillent avec des laboratoires publics. Par ailleurs, le
                    la numérisation accrue des contenus et services et le dévelop-       développement de certaines innovations, dans des cycles de
                    pement de l’internet, a permis par ailleurs d’étendre très large-    vie de produits parfois très courts, est parfois extrêmement
                    ment la diffusion des TIC au-delà des grandes entreprises auprès     coûteux et/ou implique de nombreuses connaissances techni-
                    du grand public et des PME.                                          ques alors qu’il est impossible de disposer de toutes les exper-
                    Les technologies numériques et IP (Internet Protocol) permettent     tises. L’innovation nécessite donc une plus grande collabora-
                    de promouvoir de nouveaux modèles économiques (micro-paie-           tion entre les différents acteurs.
                    ment en ligne, abonnement illimité, etc.) ou d’améliorer consi-      Le secteur des TIC recouvre l’ensemble des filières relatives aux
                    dérablement les modèles existants (mesures statistiques dans         technologies, aux contenus et aux services numériques, soit :
                    la publicité, etc.). L’abonnement est particulièrement répandu       • l’électronique industrielle et les composants ;
                    dans les services TIC, permettant de réduire le risque de l’inves-   • l’électronique grand public, les équipements audio et vidéo
                    tissement initial et de garantir des revenus récurrents. Les TIC     par exemple ;
                    profitent ainsi des caractéristiques intrinsèques du numérique       • le matériel informatique : serveurs, PC et périphériques, équi-
                    impliquant des coûts marginaux de stockage ou de duplica-            pements de transmission de données ;
                    tion de l’information quasi nuls et de coûts de traitement et de     • les équipements de télécommunication : équipement de
                    communication très faibles.                                          réseaux, terminaux, logiciels et services associés ;
                    Il est donc possible de bénéficier de coûts de transaction très      • les logiciels et les services informatiques embarqués, infras-
                    faibles sur Internet (en comparaison des solutions hors ligne) et    tructure ou applicatifs, professionnels et grand publics (dont
                    de proposer une combinaison à faible coût de différents conte-       notamment jeux vidéo) ;
                    nus et services numériques, et de leurs données associées. Il        • les services Internet logiciel comme les moteurs de recherche
                    s’agit ainsi de réutiliser des données ou informations déjà exis-    ou les réseaux sociaux ;
                    tantes en provenance de tiers (services commerciaux, services        • les services de télécommunication : téléphonie fixe et mobile ;
                    publics, etc.) sans avoir à recréer de zéro les données. La réu-     transmissions de données ;
                    tilisation de ces données, notamment les données personnel-          • les services et contenus multimédia : télévision, vidéo, cinéma,
                    les, est donc au cœur des enjeux économiques pour diminuer           musique numérique, radio, livre numérique, etc. ;
                    le coût de développement des services. Elle soulève toutefois        • la simulation, la modélisation et le calcul intensif.
                    aussi des questions sur les limites des usages de ces données,       Selon l’Idate, le marché mondial des TIC a pesé 2 791 Md€ en
                    encadrés en France par la CNIL. Les capacités de copie des don-      2009.
                    nées (brutes et contenus numériques) sont par ailleurs à mettre
                    en balance avec le respect de la propriété intellectuelle.
                    Les TIC permettent aussi de répondre au moins en partie à de
                    grands enjeux sociétaux comme notamment l’amélioration de
                    la qualité de vie via l’accès et l’échange d’information, le déve-
                    loppement durable (via la limitation des déplacements grâce
                    aux échanges distants), la conservation du patrimoine ou encore
                    la fourniture d’outils permettant d’accélérer le développement
                    de nouveaux modèles d’innovation ouverte (open innovation).
                    Ainsi l’APIE (Agence du patrimoine immatériel de l’État) numé-


60   TECHNOLOGIES CLÉS
Technologies
                                                                                                                              de l’information
                                                                                                                      et de la communication

                      Tableau 1 : Marché mondial des TIC                   Le marché se décompose en quatre types de matériels :
Md€                                       2007    2008     2009    2010    – les clients, les PC, les Mac, les terminaux passifs ;
Services de télécommunication              928     963      980    1 007   – les serveurs, le plus souvent sous OS Linux, Unix ou Windows,
Équipements de télécommunication           225     237      226     236    pour gérer centres de données et applications ;
Logiciels et services informatiques        605     636      619     625    – les macroordinateurs ou serveurs centraux transactionnels,
Matériels informatiques                    293     302      280     280    marché dominé par IBM, souvent le point central du système
Services audiovisuels                      258     272      269     282    d’information d’un grand compte ;
Électronique grand public                  242     259      254     254    – les supercalculateurs, dévoués au calcul à haute intensité, en
Électronique industrielle et composants    184     194      163     209    particulier dans les domaines scientifiques et militaires.
Total                                     2 735   2 863    2 791   2 893   • Le marché se banalise fortement avec une demande qui, sous
Source : IDATE, PAC et WSTS                                                l’effet de l’informatique en nuage, s’oriente vers des centres de
                                                                           données automatisés et mutualisés reposant sur des matériels
Le secteur des TIC n’a pas échappé à la crise mondiale, accu-              standardisés. De ce fait, la croissance attendue du marché d’ici
sant un recul de l’ordre de 1,6 % au niveau mondial (après des             à 2014 ne sera guère que de 1% par an.
croissances de 4 à 7 % par an les années précédentes). Seuls les           • L’autre changement majeur est la fusion progressive des mar-
marchés émergents (qui pèsent environ 25 à 30 % des marchés                chés télécoms et informatique, une situation d’autant plus accen-
TIC) ont affiché une croissance en 2009.                                   tuée par l’utilisation croissante du Cloud Computing et des divers
La plupart des sous-segments des TIC ont logiquement accusé                appareils mobiles. Ainsi, Cisco est rentré dans le marché des ser-
une décroissance en valeur en 2009 tout en affichant toutefois             veurs informatiques avec UCS (systèmes réseaux et informati-
de (parfois fortes) croissances en volume. Les perspectives res-           ques intégrés pour centres de données) et HP a racheté 3Com,
tent cependant positives pour le secteur des TIC, avec une crois-          un concurrent l’Alcatel-Lucent.
sance attendue de 3,8 % par an d’ici à 2013.
                                                                           Les services télécoms
Les équipements de télécommunication                                       Le marché mondial des services télécoms (voix et données sur
Les équipementiers répondent aux évolutions des réseaux fixes              réseaux fixes et mobiles) est celui qui a le mieux résisté à la crise
et mobiles par de nouveaux équipements toujours plus per-                  avec une croissance de l’ordre de 2 % au niveau mondial en 2009.
formants. Toutefois, la pression sur les prix reste forte en raison        Cette résistance forte provient notamment des pratiques d’abon-
notamment de la crise et de mouvements de consolidation chez               nement très répandus sur le fixe comme sur le mobile. Toutefois,
les opérateurs. Le segment des équipements télécoms a été l’un             la plupart des marchés les plus avancés (sauf États-Unis, France
des plus affectés par la crise, avec un recul de 6 % en 2009.              et Corée du Sud) ont vu leurs revenus baisser en 2009.
La concurrence des acteurs chinois (ZTE, Huawei) et des acteurs            Les marchés traditionnels de téléphonie sont en déclin, à l’ins-
comme Cisco et HP est par ailleurs de plus en plus forte et l’in-          tar de la téléphonie fixe. Les services mobiles, tirés par les déve-
dustrie ne compte désormais plus que quelques acteurs mon-                 loppements dans les pays émergents, représentent d’ailleurs
diaux, dont notamment le franco-américain Alcatel-Lucent et                désormais la plus grande partie du marché (54 % des télécoms).
les européens Nokia, Siemens Network et Ericsson.                          De nouveaux marchés viennent toutefois prendre le relais des
Les équipementiers s’adaptent aux exigences des opérateurs,                technologies traditionnelles, avec notamment le transfert vers
désormais plus sélectifs, cherchant à réduire leurs coûts et à             l’IP autour du développement de la voix sur IP et de l’internet
gagner en efficacité. Les dépenses s’orientent ainsi majoritai-            mobile, et surtout de l’accès haut débit (près de 20 % du mar-
rement vers les infrastructures tout-IP et les services mana-              ché total des télécoms).
gés. Les contrats d’externalisation des réseaux et de partage              Les marchés en Europe sont dominés par quelques acteurs
des infrastructures se multiplient, offrant un nouveau rôle aux            paneuropéens (France Telecom, Telefonica, Vodafone, etc.) et
équipementiers.                                                            des acteurs essentiellement locaux (Free, Bouygues Telecom,
                                                                           Fastweb, etc.).
Les équipements informatiques                                              Les opérateurs télécoms se sont engagés dans de nombreuses
                                                                           diversifications distribuées notamment dans leurs offres multi-
Tout comme les équipementiers télécoms, les équipementiers
                                                                           produits (triple play, etc.), allant même jusqu’à proposer des servi-
informatiques sont engagés dans une course permanente à la
                                                                           ces de contenu ou des solutions appliquées à d’autres industries
performance stimulée par la pression sur les prix. La crise les a
                                                                           (santé, énergie, etc.). Ces initiatives restent encore modestes en
lourdement affectés avec une décroissance de près de 8 % de
                                                                           termes de revenus générés, mais illustrent les capacités d’inno-
leurs revenus.
                                                                           vation transversale des opérateurs autour de l’internet.
Le marché du matériel informatique reste très largement dominé
                                                                           Si la dynamique des services télécoms reste forte, elle ne béné-
par des constructeurs-assembleurs américains (HP, IBM, Dell,
                                                                           ficie toutefois que peu aux opérateurs télécoms et aux acteurs
Apple…), leurs deux compétiteurs asiatiques (Lenovo, Acer) et
                                                                           français, en dehors des services d’accès au réseau. Les acteurs
quelques spécialistes locaux (Hitachi, Fujitsu-Siemens, Bull…).
                                                                           dominants sur le service sont en effet le plus souvent des acteurs
La plus grande partie des composants est fabriquée en Asie,
en particulier à Taïwan.

                                                                                                                                             TECHNOLOGIES CLÉS   61
nord-américains issus directement ou indirectement de l’indus-
                    trie logicielle (Google, Facebook, Amazon, etc.). Grâce à l’inter-
                    net, n’importe quel acteur peut en effet adresser à distance le
                    marché mondial des services.

                    Les services et contenus médias
                    Le secteur des médias et des contenus accélère sa migration
                    vers l’internet, aussi bien dans les solutions ouvertes que sur
                    les services managés des opérateurs (télévision sur IP, etc.). Le
                    marché mondial n’a pas échappé à la crise avec un recul par
                    exemple des services de télévision de 1,2 % en 2009, notam-
                    ment du fait de la baisse de la publicité (- 9,5 %). Le marché
                    doit aussi faire face à des difficultés plus structurelles avec une
                    destruction de valeur avec le passage au numérique (décou-
                    plage, piratage, etc.).
                    Le secteur de la vidéo s’organise différemment en fonction de
                    la nature des contenus. Les contenus de qualité (dits premium),
                    via par exemple la télévision à péage ou plus marginalement
                    par la vidéo à la demande autour des films, des séries ou du
                    sport, bénéficient encore d’une forte croissance et génèrent
                    des revenus élevés. Les autres contenus sont monétisés par la
                    publicité, qui bénéficie essentiellement aux plus gros acteurs
                    et reste très dépendante de l’environnement économique glo-
                    bal mais aussi des évolutions des différents supports de publi-
                    cité (média, hors média, etc.). Le développement de solutions
                    de télévision de rattrapage (catch-up TV), offerte par de nom-
                    breuses chaînes et opérateurs, offre aussi de nouveaux relais de
                    croissance pour le développement de la publicité.
                    Enfin, si les contenus générant des revenus importants sont
                    encore fortement d’origine professionnelle, la production de
                    contenus amateurs et/ou personnels est devenue très forte             Internet se développe notamment grâce aux différents modèles
                    en volume, entraînant une forte explosion du contenu dispo-           publicitaires d’affichage (i.e. publicité média) et de liens spon-
                    nible et consommé.                                                    sorisés (i.e. publicité hors média ; Google étant la référence sur
                    Les marchés européens sont généralement dominés par des               ce dernier point talonné par Facebook), combinant ainsi des
                    acteurs essentiellement nationaux (TF1, BBC, etc.) en ce qui          outils statistiques avancés de mesure de la performance avec
                    concerne la diffusion des contenus (radio, télévision, presse         des services populaires générant de nombreuses données et
                    numérique, etc.) et la production locale. Les acteurs nord-amé-       de pages vues.
                    ricains jouent toutefois un rôle majeur dans la production de         Le marché de la publicité en ligne a été affecté par la crise mais
                    contenus (films, séries, musique, etc.), avec une diffusion quasi     reste en bonne croissance (+12 % malgré la crise). Disposant des
                    mondiale permettant de disposer de ressources accrues, qui sont       services les plus populaires, les acteurs nord-américains domi-
                    ensuite en partie investies dans des technologies de pointe. Des      nent le marché en ligne.
                    acteurs majeurs locaux sont par ailleurs bien positionnés sur la
                    distribution de contenus numériques avec un rayonnement               La publicité
                    international comme Dailymotion, Deezer, Spotify.                     La publicité n’est pas à proprement parler un segment du sec-
                                                                                          teur TIC, mais un des modèles économiques majeurs, notam-
                    Les services Internet                                                 ment pour les médias et le Web. La croissance du temps passé
                    L’usage du Web sur fixe et plus récemment sur mobile (via un          sur les différents supports permet d’ailleurs de proposer désor-
                    navigateur web ou des applications) est désormais ancré dans          mais des solutions transverses à différents supports.
                    le marché de masse, les plus jeunes passant même désormais            Le marché de la publicité qui permet de créer de la notoriété
                    plus de temps sur Internet que devant le téléviseur. Les servi-       autour de ses produits et services ou de générer des ventes est
                    ces comme la messagerie électronique, les moteurs de recher-          très directement lié à la bonne santé économique des annon-
                    che, le commerce électronique, les réseaux sociaux ou la vidéo        ceurs de tous les secteurs. La crise économique s’est matérialisée
                    en ligne sont particulièrement populaires.                            par un déclin de nombreux marchés publicitaires (TV, presse),




62   TECHNOLOGIES CLÉS
Technologies
                                                                                                                         de l’information
                                                                                                                 et de la communication

                                                                     Ce marché est structuré en couches, dont les plus hautes,
                                                                     celles avec qui interagissent les utilisateurs, dépendent des cou-
                                                                     ches les plus basses. Ces couches sont :
                                                                     • les logiciels applicatifs, qui sont utilisés par l’utilisateur final
                                                                     (métier, progiciels intégrés, bureautique...) ;
                                                                     • les logiciels outils, qui servent à développer et gérer les appli-
                                                                     cations et les données ;
                                                                     • les logiciels systèmes, qui servent à opérer et gérer les maté-
                                                                     riels informatiques.
                                                                     Ce marché, comme bien d’autres, a été révolutionné par l’arri-
                                                                     vée concomitante d’Internet et de la « serviciation ». Internet a
                                                                     permis l’éclosion de concepts comme l’informatique en nuages,
                                                                     le logiciel libre mais aussi une distribution toujours plus pous-
                                                                     sée du calcul et du stockage. Cette même distribution s’est trou-
                                                                     vée être le cœur des architectures orientée services ou SOA en
                                                                     anglais, le modèle actuel du développement logiciel, celui où
                                                                     le logiciel est « servicié ».
                                                                     SOA, l’informatique en nuage et logiciel libre redistribuent les
                                                                     cartes sur un marché qui devenait oligopolistique et très large-
                                                                     ment dominé par les entreprises américaines, en particulier sur
                                                                     les couches d’infrastructures (nécessaires aux applications) ou
                                                                     middleware, c’est à dire les logiciels outils et systèmes. Ces trois
                                                                     concepts peuvent être des moyens forts pour que l’Europe et
                                                                     la France en particulier, comble leur retard.
                                                                     La crise a vu le marché se contracter de 5 % en 2009, mais
                                                                     le taux de croissance annuel moyen pour les années à venir
                                                                     devrait tourner aux alentours de 3 à 5 % en France et en Europe
                                                                     de l’Ouest.

                                                                     Le jeu vidéo
amplifié par une migration vers l’internet.                          Le jeu vidéo représente l’essentiel du marché grand public
Au-delà de l’impact en termes de revenus, l’internet a des consé-    du logiciel, avec environ 5 % du marché du logiciel (environ
quences directes sur le marché de la publicité traditionnelle        38 milliards d’euros en 2010). Il a ainsi dépassé le marché mon-
qui en adopte de plus en plus les principes (outils, mesure de       dial du cinéma.
la performance, etc.).                                               L’évolution du marché est très liée aux phénomènes cycliques
Dans le domaine des régies et des agences publicitaires, que         d’apparition de nouvelles plateformes (Wii, PS3, etc.), mais la
ce soit sur des supports média traditionnels ou numériques, la       croissance reste forte grâce aux développements sur de nou-
France dispose d’acteurs de référence comme Publicis.                veaux supports : jeu sur mobile et jeu en ligne (des jeux mas-
                                                                     sivement multijoueurs aux jeux basiques financés par la publi-
Les logiciels                                                        cité en passant par les mondes virtuels et les jeux sur réseaux
Le segment du logiciel est celui où la valeur ajoutée est la plus    sociaux).
forte. Mais, à l’instar d’un grand nombre de segments informa-       Près de 40 % des revenus de l’industrie proviennent désormais
tiques, il se banalise et se consolide assez vite. Simultanément,    de solutions dématérialisées. La dynamique reste globalement
le logiciel apporte une valeur ajoutée de plus en plus impor-        forte pour la partie logicielle, alors qu’elle est plus mitigée pour
tante au sein d’autres industries : il représente ainsi 30 % de la   les ventes de matériel, les consoles étant concurrencées par des
valeur ajoutée d’un A 380 d’Airbus et jusqu’à 20 % de la celle       terminaux non dédiés (téléphone mobile, tablette, etc.).
d’une Série 7 de chez BMW.                                           Le jeu vidéo est un secteur majeur en termes d’innovations, avec
Ce marché se segmente en trois niveaux selon le niveau de            des retombées dans les autres secteurs, autour par exemple de
valeur ajoutée et les volumes (son corollaire, qui y est inverse-    la 3D (moteur, etc.) ou des interfaces hommes-machines.
ment proportionnel) :
• logiciels banalisés (navigateurs, bureautique, utilitaires…) ;     Les services informatiques
• progiciels (SAP, Catia, Oracle BD…) ;                              Les services informatiques sont très liés aux autres segments
• développement spécifique (avionique, systèmes de scoring           de l’informatique et notamment à celui du logiciel. Ainsi, le
financier…).                                                         service informatique a suivi toute les vagues technologiques :


                                                                                                                                        TECHNOLOGIES CLÉS   63
avènement du PC, Unix, arrivée des progiciels de gestion, vague         • aval (maintenance, infogérance…).
                    Internet, SOA et maintenant l’informatique en nuage. Ces tech-          On peut aussi segmenter les services informatiques, comme le
                    nologies, en devenant de plus en plus proches des besoins               logiciel, en trois segments selon leurs utilisations :
                    métiers, incorporent de plus en plus de services informatiques.         • applications ;
                    Par conséquent, le service informatique n’a cessé d’augmen-             • outils ;
                    ter sa part dans la dépense informatique globale des entrepri-          • systèmes.
                    ses en passant de 29 % du marché IT total en France en 2000 à           On différentie aussi l’informatique de gestion de l’informati-
                    36 % en 2009 (source PAC).                                              que scientifique, technique, industrielle et embarquée (STIE).
                    Les services autour des technologies de l’information repré-            Ce dernier segment est une spécialité française et est très lié
                    sentent 350 000 emplois, soit les trois quarts des emplois de la        aux secteurs clients : aérospatial, défense automobile, finance,
                    filière TIC d’après le Syntec. C’est une filière très diplômée : 62 %   télécoms… Des secteurs industriels où la position de la France
                    de bac + 3, voire à 42 % de bac + 5. Cette tendance se renforce         est bonne, voire excellente.
                    et les qualifications sont de plus en plus duales avec l’ajout de       Les services sont généralement liés aux technologies logicielles
                    compétences métiers.                                                    à des niveaux variables selon les technologies en question, leur
                    Les services informatiques se décomposent en plusieurs                  banalisation, leur personnalisation et le niveau de complexité.
                    phases :                                                                Au niveau du marché, un euro de licence logicielle génère en
                    • amont (conseil, définition, conception…) ;                            moyenne cinq euros de services. C’est un marché important :
                    • projet (intégration, forfait, assistance, formation…) ;               en France le marché des services informatiques pèse près de
                                                                                            25 Md€ (source PAC).
                                                                                            La crise a impacté sévèrement ce marché avec une décrois-
                                                                                            sance de 3 % en Europe de l’Ouest. Cependant, malgré la pres-
                                                                                            sion sur les prix exercée, les délocalisations (Inde, Europe de
                                                                                            l’Est, Maghreb…) et l’informatique en nuage, ce marché va res-
                                                                                            ter dynamique sur le long terme. En effet, l’évolution démogra-
                                                                                            phique va raréfier les compétences alors que celles-ci, dans le
                                                                                            même temps, évoluent fortement vers des expertises techno-
                                                                                            logies pointues ou des expertises duales, métier et informati-
                                                                                            que. Cette montée en compétence est essentielle pour la com-
                                                                                            pétitivité de la branche qui est soumise à la fois à la pression
                                                                                            des délocalisations vers des destinations moins chères (comme
                                                                                            l’Inde ou le Maghreb) et à celle de l’automatisation croissante
                                                                                            des logiciels et des matériels dont le résultat le plus visible est
                                                                                            l’informatique en nuage.
                                                                                            La formation est un point clé dans la compétitivité de ce seg-
                                                                                            ment dans le futur.
                                                                                            Services, logiciels et matériels sont très fortement liés et peu-
                                                                                            vent difficilement exister séparément. Ainsi tout investissement
                                                                                            dans des technologies de pointe, comme par exemple la valori-
                                                                                            sation et l’intelligence de l’information, impactera directement
                                                                                            et fortement les services associés : audit, conseil, conception,
                                                                                            développement, intégration, déploiement, maintenance, opti-
                                                                                            misation… Par ailleurs, certaines technologies comme la robo-
                                                                                            tique doivent pour s’imposer en France accroître le nombre
                                                                                            d’intégrateurs et de compétences en services.

                                                                                            L’électronique industrielle
                                                                                            et les composants
                                                                                            Le chiffre d’affaires des fabricants français de composants a
                                                                                            chuté de 13 % en 2009, dans les mêmes proportions que le
                                                                                            marché mondial. Le secteur, fortement dépendant de
                                                                                            la conjoncture, a subi de plein fouet les effets de la crise
                                                                                            économique mondiale. En effet, il a été frappé par l’assèchement
                                                                                            des commandes en provenance des secteurs clients majeurs
                                                                                            (tels que l’automobile par exemple). Il est cependant reparti


64   TECHNOLOGIES CLÉS
Technologies
                                                                                                                        de l’information
                                                                                                                et de la communication

en 2010, du fait notamment d’un fort rattrapage du faible             on cherche désormais à s’adapter à la contrainte économique
niveau d’activités de l’année précédente (déstockage, etc.).          par une meilleure maîtrise des coûts (CAPEX et OPEX), notam-
Le secteur des composants électroniques inclut les composants         ment chez les opérateurs télécoms.
passifs (condensateurs, self, résistances, circuits imprimés, …) et   Dans les pays émergents, notamment en Chine (pour les télé-
les composants actifs (puces électroniques). Ces derniers repré-      coms) ou en Inde (pour l’informatique), la croissance du secteur
sentent plus de 90 % du chiffre d’affaires des fabricants fran-       TIC reste forte. Cette dernière s’appuie notamment sur un mar-
çais. Il s’agit d’un segment totalement mondialisé, en croissance     ché intérieur gigantesque comme futur relais de croissance, un
régulière de 6 % par an mais très cyclique (le chiffre d’affaires,    fort retard au niveau du taux d’équipements, comme d’ailleurs
de 270 Md$ en 2008, est tombé à 226 Md$ en 2009 et devrait            dans tous les pays émergents, et une économie numérique
dépasser 300 Md$ en 2011 d’après le WSTS).                            tournée vers l’exportation. Ce phénomène de globalisation,
Il est caractérisé par des coûts d’investissement industriel et de    présent dans d’autres industries, a des répercussions majeures
R&D considérables, conduisant à une concentration progres-            à la fois sur l’industrie et sur les marchés. De nouveaux indus-
sive sur quelques acteurs mondiaux (Intel, Samsung, Toshiba,          triels majeurs issus des pays émergents deviennent concurren-
Texas Instruments, TSMC, STMicroelectronics…) et à une sépa-          tiels. Les consommateurs et/ou les autorités nationales impac-
ration graduelle entre activités de conception et activités de        tent directement la conception des nouveaux produits, aussi
fonderie afin d’en partager les coûts – bien que la maîtrise des      bien en termes de standards, de fonctionnalités que de prix des
deux par une même société confère des avantages compétitifs           produits. Pour répondre aux attentes des pays émergents, il faut
(exemple Intel, Samsung).                                             en effet pouvoir être compétitif en termes de prix.
                                                                      Dans les deux cas, pays émergents et pays avancés, les cycles
L’électronique grand public                                           d’innovation deviennent de plus en plus courts, avec notam-
                                                                      ment un remplacement rapide des terminaux d’électronique
Comme pour les équipements télécoms, la crise a impacté le sec-
                                                                      grand public. Ceci impose aux acteurs des évolutions dans leurs
teur de l’électronique grand public (EGP) en 2009 avec un recul
                                                                      approches de l’innovation et des coûts associés.
de 2 % en valeur, malgré une forte progression en volume des
                                                                      L’industrie des TIC repose par ailleurs de plus en plus sur des
ventes de nouveaux terminaux, autour notamment des écrans
                                                                      revenus issus de la monétisation des produits grand public,
plats, des lecteurs DVD Blu-Ray et des smartphones, ainsi que
                                                                      via notamment des transferts des autres industries (loisirs,
dans une moindre mesure en volume des liseuses de livres élec-
                                                                      culture, commerce, etc.). En dehors de quelques applications
troniques ou des téléviseurs connectés.
                                                                      phares (moteur de recherche, commerce électronique, annuai-
La concurrence sur les prix reste forte, notamment du fait de la
                                                                      res, etc.) s’appuyant sur des modèles déjà bien établis (publicité,
banalisation et de la concurrence asiatique, même si des acteurs
                                                                      micro-paiement, etc.), les revenus unitaires générés autour d’un
nord-américains restent engagés sur du haut de gamme (Apple,
                                                                      service donné sont encore faibles.
RIM, etc.). Les acteurs européens majeurs sont peu nombreux
                                                                      Dans un contexte de probable augmentation des coûts de l’éner-
en dehors de Nokia sur les téléphones mobiles et de quelques
                                                                      gie, les acteurs prennent ainsi de plus en plus en compte le coût
acteurs comme Archos sur les lecteurs multimédias ou Bookeen
                                                                      économique des consommations énergétiques des grandes
sur le livre numérique.
                                                                      infrastructures TIC (datacenters, réseaux, serveurs cloud, etc.) et
Les terminaux sont de plus en plus sophistiqués, avec de nom-
                                                                      déploient des solutions plus vertes (green ICT), répondant par
breux composants permettant des usages multimédias tout
                                                                      extension aux contraintes environnementales.
en étant connectés à Internet en permanence. De nombreux
                                                                      Les TIC peuvent en effet avoir un effet de levier considérable
capteurs (géolocalisation, RFID, grandeurs physiques, biologi-
                                                                      autour des problématiques de développement durable et contri-
ques, etc.), éventuellement utilisés en réseaux, permettent par
                                                                      buer à une réduction des émissions carboniques par une réduc-
ailleurs de collecter des informations supplémentaires sur leur
                                                                      tion des déplacements (visioconférences, télé-relève). Les TIC
environnement direct.
                                                                      pourraient contribuer à réaliser un tiers des réductions d’émis-
La connectivité intégrée (éventuellement sans fil) à ces terminaux
                                                                      sions de GES (gaz à effet de serre) fixées par le gouvernement
permet d’acquérir directement des contenus et services, de plus
                                                                      à l’horizon 2020. Dans le même temps, le secteur des TIC doit
en plus via des plates-formes associées, entraînant une nouvelle
                                                                      apprendre à gérer les consommations qu’il induit, puisqu’il repré-
organisation dans l’approche de la chaîne de valeur.
                                                                      sente près de 15 % de la consommation électrique (source : OCDE)
                                                                      via les nombreux équipements, réseaux et datacenters.
Un environnement économique
et écologique en pleine évolution                                     Des consommateurs toujours
Après des années de très forte croissance, le secteur des TIC ne      plus exigeants dans un contexte
progresse plus qu’au même rythme que le PIB dans les pays
avancés, sauf pour les segments logiciels et services informa-
                                                                      d’accélération technologique
tiques, qui sont généralement sur un multiple de 2 à 2,5 fois         Le secteur des TIC est engagé dans une course à la perfor-
le PIB. Bien que le secteur des TIC dispose encore de plusieurs       mance (débit, qualité de service, qualité d’image, capacité des
segments susceptibles d’agir en tant que relais de croissance,        processeurs, mémoires, CPU, etc.). Ces performances accrues


                                                                                                                                      TECHNOLOGIES CLÉS   65
sont nécessaires pour permettre une véritable migration vers        etc.). Les bénéfices sont aussi importants dans les secteurs non
                    le tout numérique et le tout IP de tous les contenus et servi-      marchands, autour des services publics accessibles sur Internet
                    ces. L’innovation s’inscrit en effet dans un contexte de conver-    (emploi, impôts, culture, etc.) ou des politiques publiques par
                    gence numérique et d’explosion des usages des contenus et           exemple l’environnement (prévention des catastrophes) ou
                    des services numériques via des accès Internet divers et des        la prise en compte du vieillissement de la population (main-
                    terminaux multiples.                                                tien à domicile).
                    Si certaines des innovations s’inscrivent dans une logique          Enfin, pour les pays industrialisés, les modèles traditionnels
                    d’offre, de nombreuses innovations cherchent à mieux adres-         (agriculture, industrie lourde) laissent progressivement place
                    ser l’évolution de la demande. Les consommateurs cherchent          à une tertiarisation de l’économie. Les TIC permettent aussi de
                    en effet des solutions de plus en plus adaptées à leurs besoins.    contrebalancer le vieillissement de ces économies. Les pouvoirs
                    Les industriels doivent donc prendre en compte les grandes          publics poussent en faveur de nouvelles approches autour de
                    tendances sociétales.                                               l’économie de la connaissance, pour laquelle les TIC jouent un
                    L’individualisation est en effet de plus en plus prononcée et       rôle d’accélérateur.
                    implique une personnalisation forte des produits et services.       Cette dépendance croissante de pans entiers de l’économie
                    Cette individualisation se retrouve dans les produits eux-mêmes,    vis-à-vis des TIC, impose une fiabilité et une disponibilité accrue
                    mais aussi dans la nature de la consommation dans le temps          tant pour les infrastructures (réseaux et logicielles) que pour les
                    (exemple : dé-linéarisation des contenus) et dans l’espace. Le      applications. La sécurisation et la souveraineté de la France sur
                    nomadisme se développe grâce aux capacités de transport sans        les TIC sont donc des enjeux importants.
                    remettre en cause la nécessité d’accès à l’information, d’où des
                    besoins en connectivité plus forte. La crise a par ailleurs accé-
                    léré la prise en compte des considérations économiques dans
                    le choix des produits.                                              Les grandes tendances
                    La fracture numérique est enfin toujours importante entre les
                    technophiles à la recherche de la dernière innovation, les plus
                                                                                        d’évolution du secteur
                    aisés se tournant vers des offres haut de gamme ou encore           À l’horizon 2015-2020, le paysage du secteur TIC devrait s’ins-
                    les plus âgés recherchant avant tout des solutions simples          crire dans un contexte de nouvelles infrastructures plus perfor-
                    d’usage. Les industriels doivent donc adopter de plus en plus des   mantes avec notamment :
                    approches segmentées capables de cibler des niches de               • des composants électroniques de petite taille supportant des
                    marché valorisant avec des critères différents les produits et      capacités de calcul plus importantes ;
                    services TIC autour d’offres modulables.                            • une connectivité Internet très haut débit sans couture et nomade
                                                                                        dans les grandes villes et au-delà, profitant des technologies
                    Des bénéfices économiques                                           électroniques de base (nano, opto, etc.) ;
                                                                                        • des réseaux tout IP permettant de réduire les coûts et offrant
                    et sociétaux au-delà des TIC                                        des performances accrues ;
                    Les TIC jouent un rôle majeur dans le développement de              • une plus grande efficacité énérgétique des composants, sys-
                    la société en assurant une plus grande disponibilité de l’infor-    tèmes et réseaux, permettant un développement optimisant
                    mation et en favorisant les échanges. Leur adoption n’est           les consommations de ressources ;
                    toutefois pas encore totalement généralisée, notamment              • une informatique de plus en plus ouverte et de plus en plus
                    auprès de certaines parties du grand public ou des PME,             en mode « nuage ». C’est la principale « révolution » de l’infor-
                    faute de ressources financières mais aussi le plus souvent de       matique depuis l’avènement d’Internet ;
                    capacités techniques et de connaissance des outils dispo-           • une proximité très forte avec les métiers à mesure que
                    nibles. Une diffusion plus large des TIC implique des exter-        les TIC deviennent de plus en plus critiques dans leur
                    nalités positives (effet réseau), mais aussi une baisse des         fonctionnement.
                    coûts unitaires. Les acteurs doivent donc chercher à favoriser      L’informatique devient une industrie de plus en plus « lourde »,
                    la promotion et l’adoption de leurs technologies par le plus        basée de plus en plus sur le facteur capital. Selon la théorie
                    grand nombre.                                                       de l’avantage comparatif de David Ricardo, ce devrait être un
                    L’impact des TIC va bien au-delà du secteur lui-même avec une       avantage pour la France, car c’est un pays ou le facteur travail
                    contribution forte à la productivité de tous les autres secteurs    est cher et de plus en plus rare, mais où le facteur capital est
                    verticaux, en offrant des outils d’échange, de simulation et de     relativement abondant. La France doit donc miser sur ses cen-
                    stockage de l’information. Les bénéfices des TIC se retrouvent      tres informatiques industrialisés (type informatique en nuages),
                    donc dans tous les pans de l’économie, du transport (gestion        pour éviter que ces travaux ne se délocalisent.
                    des trajets et itinéraires) à l’aéronautique (conception en 3D
                    des avions) en passant par le commerce (gestion des stocks
                                                                                        Des composants plus puissants
                    en temps réel) l’énergie (réseau électrique intelligent) ou la
                    santé (suivi à distance des personnes à risque, télémédecine,       Les innovations dans le secteur de la micro-nanoélectronique
                                                                                        suivent deux tendances complémentaires :


66   TECHNOLOGIES CLÉS
Technologies
                                                                                                                        de l’information
                                                                                                                et de la communication

• « More-Moore » : accroissement de la densité d’intégration des     La « révolution » de l’informatique
puces qui comportent plusieurs centaines de millions, voire
quelques milliards, de transistors ;
                                                                     en nuages
• « More-than-Moore : intégration de fonctions nouvelles, tel-       L’informatique en nuage est la prochaine vague architectu-
les que des capteurs (images, puces ADN…), des actuateurs            rale informatique.
(MEMS/NEMS), des circuits RF, des mémoires non volatiles, des
empilements 3D de composants…Les composants optoélec-                     Figure 1 : Vue architecturale et historique de l’alignement
                                                                                        de l’informatique et des métiers
troniques entrent dans cette catégorie.
La course à l’intégration n’est accessible qu’à un nombre tou-
jours plus restreint d’acteurs industriels en général largement
soutenus par les États, contrairement à celle de la diversifica-
tion fonctionnelle qui est davantage accessible.

Internet toujours plus présent
En s’appuyant sur Internet, le secteur TIC proposera ainsi des
produits et services convergents dotés de multiples fonction-
nalités et capables de combiner différentes applications, ser-
                                                                       Source : PAC
vices et contenus (intégration sans couture, etc.). La disponi-
bilité accrue de contenus sous forme numérique, enrichie et
interactive, permettra de stocker le patrimoine culturel mais        De plus en plus d’entreprises se tournent vers l’informatique
aussi le « patrimoine numérique » personnel de chaque indi-          en nuage pour des raisons de coûts (promesse de « variabilisa-
vidu, autour notamment de solutions de stockage et de distri-        tion » des coûts), de capacité et de facilité d’utilisation. La com-
bution avancées de contenus médias et personnels en ligne.           binaison de l’informatique en nuage et du logiciel libre pour-
Le contenu est alors accessible à travers différents terminaux       rait être une innovation destructrice telle que la conçoit Joseph
et différents réseaux ou architectures (internet mobile, cloud), y   Schumpeter, c’est à dire une innovation capable de changer les
compris à travers des distributions hybrides combinant Internet      positions sur le marché.
et réseaux terrestres pour mélanger les flux de contenus et les      Le Cloud Computing représentera en 2020 entre 20 % et 25 %
méta-données.Les solutions les plus avancées permettront             du marché informatique.
ainsi un accès permanent à toute application en fonction du          L’informatique en nuage est vue comme prioritairepar les acteurs
contexte d’usage (réseau disponible, débit disponible, termi-        du secteur informatique, comme en témoignent les opérations
nal disponible, etc.).                                               spectaculaires de rachat de fournisseurs de technologie ou la
L’usager disposera de différentes solutions intuitives pour mieux    mise en place d’alliances stratégiques.
interagir avec les différents services numériques autour :           Ceci implique la construction de centres de données fortement
• d’environnements 3D interactifs (monde virtuel, conférence 3D,     automatisés. La qualité et la capacité de l’infrastructure réseau
serious gaming, réalité augmentée, etc.), permettant des simula-     sont critiquesafin de conserver et attirer les investissements liés
tions, des immersions et des interactions virtuelles, assurant une   au Cloud Computing ; d’où une convergence croissante entre
meilleure collaboration tout en limitant les déplacements ;          l’informatique et les télécoms.
• d’interfaces évoluées des principaux terminaux EGP pilotés au      À l’instar des réseaux haut débit, les infrastructures d’informa-
doigt, au mouvement de la main et/ou à la voix ;                     tique en nuage doivent être perçues par les pouvoirs publics
• de moteurs de recherche intelligents, permettant de trouver        comme un investissement important pour conserver et accroî-
plus efficacement une information, en tenant compte de critè-        tre la compétitivité du pays. Ainsi, les aides publiques, la fisca-
res personnels et du contexte, indépendamment de la langue           lité et une réglementation adaptées sont très importantes pour
et du support de l’information ou du contenu.                        que la France accueille ces investissements ; des investissements
Enfin, le développement des TIC bénéficiera aussi aux autres sec-    au moins équivalents à ceux qui sont courants dans des indus-
teurs avec une connectivité au-delà des ordinateurs, des télé-       tries plus en vue comme l’automobile. À titre d’exemple, IBM
phones mobiles et de l’électronique grand public. En s’appuyant      va investir 300 M€ en Europe dans ce type d’infrastructure et
sur la connectivité Internet et l’intégration de composants élec-    le gouvernement français prévoit d’en investir 780 M€ au titre
troniques, de nombreuses machines vont devenir communican-           des investissements d’avenir.
tes, permettant une automatisation plus forte et un suivi (voire     Le Cloud Computing offre aux entreprises innovantes la capacité
un contrôle) à distance, y compris pour des machines en mou-         d’être plus réactives, d’expérimenter de nouveaux services et de
vement. Le suivi concernera des objets en mouvement dans le          les déployer massivement sans investir dans des salles informa-
cadre d’applications logistiques.                                    tiques. Il abaisse les barrières à l’entrée sur l’édition et la com-
                                                                     mercialisation de logiciel en mode Software as a Service (SaaS).
                                                                     Il permet à des petites entreprises, par exemple dans le secteur
                                                                     du multimédia, de recourir à des moyens de calcul intensif.

                                                                                                                                        TECHNOLOGIES CLÉS   67
L’avènement de l’informatique en nuage nécessite aussi une ges-      très performantes pour les handicapés. C’est le début de l’ère de
                    tion différente des données, la matière première de l’informati-     la cybernétique, les systèmes de systèmes extrêmement com-
                    que et une approche globale, holistique, de la sécurité.             plexes, à la fois vivants, mécaniques, électroniques et informa-
                    C’est aussi une question de souveraineté nationale, car si des       tiques. À plus court terme, il est indispensable pour améliorer
                    données stratégiques, que se soit pour une société ou pour le        la compétitivité d’augmenter le taux d’usage des robots dans
                    gouvernement, sont hors du territoire national, il y a des risques   les entreprises.
                    plus importants d’espionnage et de cyber criminalité.
                    Par son optimisation, l’informatique en nuage permet de bais-
                    ser les coûts d’infrastructure pour concentrer les budgets infor-
                    matiques sur les projets qui impactent directement l’activité de     Les tendances
                    l’entreprise et lui font gagner en compétitivité.
                    Ainsi ces technologies sont vues comme prioritaires par le com-
                                                                                         technologiques
                    mission européenne d’après l’étude The future of the Software        et les technologies clés
                    and Software based Services in Europe réalisée en 2010.
                                                                                         Les principales technologies « capacitantes » pour le secteur
                                                                                         TIC à prendre en compte dans la mise au point des produits et
                               Figure 2 : Les six priorités de la DG7 de la Commission   services évoqués auparavant sont notamment :
                                                      européenne
                                                                                         • les nanotechnologies permettant notamment la miniatu-
                                                                                         risation des composants tout en proposant des performan-
                                                                                         ces accrues. Par exemple, la filière des matériaux issus du gra-
                                                                                         phène, qui pourraient avoir un impact aussi important dans les
                                                                                         TIC que le sicilium ;
                                                                                         • l’infrastructure télécom et les technologies de base associées
                                                                                         dans le domaine de l’optique et de la radio longue portée pour
                                                                                         la connectivité des personnes et des objets et des machines, et
                                                                                         la distribution de contenus numériques éventuellement lourds
                         Source : Commission Européenne/PAC                              (vidéo, 3D, etc.) ; les technologies réseau de routage (réseau
                                                                                         cœur et réseau d’agrégation) sont aussi importantes dans un
                                                                                         contexte de potentielle saturation des réseaux ;
                    À plus long terme                                                    • les architectures de communication sans fil très faible consom-
                    Au-delà de l’horizon 2015-2020, le développement du secteur          mation, avec notamment les composants RFID (Radio Frequency
                    TIC devrait s’appuyer sur des outils encore plus performants et      Identification) et les technologies radio de courte portée per-
                    une diffusion plus large de l’internet à encore plus d’objets dans   mettant de rendre communicants les objets, notamment ceux
                    le cadre de l’internet des objets, permettant à tout objet d’être    dépourvus d’électronique embarquée ;
                    connecté et de fournir et d’échanger de manière transparente         • les outils de numérisation et de conversion, permettant de
                    des informations via Internet, aussi bien dans des environne-        transformer les contenus existants dans différents supports
                    ments professionnels que grand public (maison intelligente-          numériques ;
                    domotique, courses dans le commerce de détail, etc.).                • les moteurs 3D permettant de créer et d’exécuter des contenus
                    D’autres innovations permettront d’aller plus loin dans les usa-     3D et les solutions de réalité augmentée dans le cadre de simu-
                    ges multimédias avec notamment l’affichage 3D relief sans            lations industrielles ou de développement multimédia ;
                    lunettes, permettant une immersion accrue à domicile ou dans         • les interfaces homme-machine tactiles et interactives (poin-
                    des lieux publics.                                                   tage, etc.) permettant de simplifier les usages de technolo-
                    L’autre évolution majeure qui se prépare est la robotique. Ainsi     gies complexes ;
                    après s’être couplée avec les télécoms dans le « nuage », l’in-      • les nanotechnologies permettant notamment la miniatu-
                    formatique va fusionner avec l’électronique et la mécanique.         risation des composants tout en proposant des performan-
                    La robotique repose en particulier sur l’intelligence artificielle   ces accrues ;
                    et dispose de très nombreuses applications : militaire, sécurité,    • l’architecture orientée services, ou SOA en anglais, qui décom-
                    industrie, environnement hostiles, aide à la personne…               pose les logiciels en briques modulaires et standardisées à la
                    L’étape suivante, qui est déjà en préparation dans certains labo-    manière d’un Lego ;
                    ratoires, sera l’intégration de l’informatique, de la robotique et   • la virtualisation, qui est l’OS des architectures en nuages ;
                    des organismes vivants. Ainsi le laboratoire d’optogénétique         • les outils sémantiques, capables de permettre une meilleure
                    de Stanford a réussi à prendre le contrôle du cerveau d’une          interaction entre l’homme et la machine ;
                    souris - dont une partie du cerveau avait été modifiée géné-         • les moteurs de recherche, qui sont assez complémentaires des
                    tiquement par un virus - au moyen d’implants optiques. Cela          outils sémantiques et qui proposent une nouvelle manière d’ex-
                    devrait permettre le développement de prothèses robotiques           ploiter le volume toujours plus important de données ;


68   TECHNOLOGIES CLÉS
Technologies
                                                                                                                            de l’information
                                                                                                                    et de la communication




• le logiciel libre, qui mutualise la R&D et la maintenance pour        ainsi que des composants électroniques spécifiques pour l’af-
certains logiciels, en particulier les logiciels d’infrastructure, là   fichage des informations, par exemple pour la 3D.
ou la présence française est très faible ;                              Cette intégration dans les produits nécessite à la fois une miniatu-
• les mathématiques appliquées à l’informatique, car pour repous-       risation des capteurs et composants qui ne doivent pas changer
ser sans cesse les limites de l’informatique, il faut des algorith-     fondamentalement la nature du produit, ainsi qu’une réduction
mes de plus en plus sophistiqués ;                                      des coûts unitaires de ces composants (la valeur de l’électro-
• le calcul intensif ;                                                  nique devant rester marginale par rapport à celle du produit,
• l’intelligence artificielle, de plus en plus présente dans nos sys-   dont le coût unitaire est parfois très faible). L’intégration dans les
tèmes de plus en plus automatisés et humains.                           produits et services implique aussi des performances accrues,
                                                                        notamment des terminaux, pour gérer en temps réel les conte-
Ces différentes technologies prennent place dans les serveurs           nus volumineux.
et les terminaux EGP, mais aussi éventuellement dans n’importe          Il est important que ces technologies soit les plus standardisées
quelle machine ou n’importe quel objet grâce à l’ajout de com-          possibles, à l’instar de ce qui se fait dans les autres industries.
posants de connectivité dans tous les terminaux EGP, mais aussi         Cette intégration de systèmes de systèmes de plus en plus com-
dans des machines (le plus souvent utilisables sans connectivité,       plexes nécessite d’importantes capacités à modéliser cette com-
comme par exemple une voiture ou un compteur électrique)                plexité et à la gérer.
et des capteurs RFID, sur des étiquettes ou des tags, collés ou         Si des modifications des produits et objets sont nécessaires,
intégrés dans le produit. D’autres capteurs peuvent être ajou-          il ne s’agit pour autant que de la partie émergée de l’iceberg.
tés sur les terminaux, notamment pour favoriser la création de          Tous ces terminaux, machines et objets devront se connecter
contenus ou informations numériques (caméra, scanner, etc.),            à Internet pour aller chercher ou échanger des informations.


                                                                                                                                           TECHNOLOGIES CLÉS   69
Il faut donc pouvoir s’appuyer sur des infrastructures télécom/IT    Principaux atouts de la France
                    dans le réseau Internet et/ou dans les réseaux des opérateurs de
                    produits de distribution avancée (CDN, serveurs cloud).
                                                                                         dans les TIC
                    L’intégration des nouvelles technologies dans les produits et ser-   La France occupe la première position dans l’industrie euro-
                    vices n’est donc possible que si cette infrastructure mutualisée     péenne des composants électroniques (électronique industrielle)
                    est utilisable à des coûts raisonnables, ce qui suppose notam-       et accueille sur son territoire des acteurs majeurs de recherche
                    ment des coûts d’investissements limités. Elle requiert aussi        (CEA Leti, CNRS LAAS…) et industriels (STMicroelectronics,
                    d’être déployable à grande échelle, ce qui suppose une bonne         Soitec, NXP, Atmel, Freescale, Altis, Ipdia, etc.). La position euro-
                    gestion des grands volumes de données récoltées dans les sys-        péenne dans la micro-nanoélectronique est toutefois en retrait
                    tèmes d’information et une prise en compte des données dans          dans le monde.
                    les processus de décision.                                           La France est par ailleurs très bien représentée dans certains
                    Enfin, l’intégration dans les processus suppose une évolution        domaines des composants électroniques, notamment au ni-
                    des compétences des concepteurs et développeurs des futurs           veau des cartes à puce, cartes sans contacts et du RFID (Gemalto,
                    produits et services associés. Il s’agit en effet d’avoir une mai-   SK, Tagsys, Pôle SCS, etc.), tout en étant impliquée sur l’ensemble
                    trise simultanée de nombreuses technologies (matériel, logiciel,     de la micro-électronique (ST Microelectronics, Soitec, etc.).
                    contenu et réseau) permettant le développement d’applications,       La France est un des pays de référence dans le domaine des
                    services et contenus multimédias enrichis, en prenant en compte      télécommunications autour d’opérateurs et d’équipemen-
                    une multitude d’interfaces. Cette maîtrise des compétences peut      tiers majeurs avec un rayonnement mondial (France Télécom,
                    se faire aussi bien par des doubles ou triples compétences que       Alcatel-Lucent, Sagem, Thales, etc.) et profite d’un marché
                    par des bonnes organisations de travail en équipe. La formation      assez développé de services télécoms, notamment en haut
                    est donc critique pour le développement des TIC.                     débit, sur lequel des innovantes majeures comme l’IPTV ont
                    L’utilisateur doit par ailleurs être capable d’utiliser les nou-     été développées.
                    veaux produits et services, sans forcément maîtriser l’ensem-
                    ble des technologies. Les industriels doivent donc proposer                Figure 4 : Taux de pénétration du haut débit en 2009
                    des solutions intuitives centrées sur les usages plus que sur                              en % de la population
                    les technologies.



                    Analyse de la position
                    de la France
                    Le poids de la R&D                                                     Source : IDATE
                    Les efforts de R&D dans les TIC en France se situent légèrement
                    au-dessus de la moyenne européenne, mais restent en retrait par
                    rapport à d’autres pays comme les États-Unis, le Japon et sur-
                                                                                              Figure 5 : Nombre de foyers TV recevant les programmes
                    tout la Corée du Sud. La France n’est pas représentée dans tous           de télévision sur leur poste principal par l’intermédiaire
                    les segments (faible par exemple en électronique grand public                              d’un abonnement ADSL
                    ou en logiciels middleware), mais dispose en revanche d’acteurs
                    industriels ou de laboratoires de recherche reconnus comme
                    des acteurs de référence mondiale dans certains sous-segments
                    majeurs pour le développement de l’industrie des TIC.


                                  Figure 3 : Poids de la R&D dans les TIC en % du PIB
                                                                                             Source : IDATE d’après opérateurs




                         Source : The 2010 Report on R&D in ICT in the European Union




70   TECHNOLOGIES CLÉS
Technologies
                                                                                                                            de l’information
                                                                                                                    et de la communication

La France est aussi dans les pays majeurs en ce qui concerne le         C’est aussi une des plus importantes industries du service infor-
développement des objets connectés, autour du M2M (Machine-             matique au niveau mondial, derrière les États-Unis et le Japon,
to-Machine) et de l’Internet des objets, autour des opérateurs,         et l’une de celles qui s’est le plus internationalisé à l’instar d’un
de fournisseurs de modules M2M (Gemalto, etc.), et de jeunes            Capgemini ou d’un Atos Origin. Selon PAC, en chiffres d’affai-
pousses (Violet, WiThings, etc.).                                       res services informatiques, ces sociétés sont respectivement
Dans le domaine du contenu numérique, la France dispose                 septième et treizième acteurs mondiaux.
d’un rayonnement mondial au niveau de la 3D, de la réalité              Enfin, et c’est peut-être là l’atout majeur de la France, il y a aussi
virtuelle et de la réalité augmentée via des acteurs majeurs            dans l’hexagone d’excellentes compétences informatiques et
(Dassault Systems, Thales, Total Immersion, etc.) et une forma-         une des meilleures écoles de mathématiques au monde. En effet
tion reconnue internationalement mais aussi dans la concep-             la France est le second pays qui a le plus gagné de médailles
tion et la fabrication de systèmes de vidéo et d’image numé-            Fields, avec onze médailles (dont celle de 2010) contre treize
rique pour les professionnels (Technicolor, etc.). La France est        pour les États-Unis, le premier de ce classement. L’informatique
aussi un acteur majeur dans le domaine de la numérisation de            étant une évolution connexe des mathématiques, celles-ci
contenu, autour notamment de la vidéo (INA) et des livres (BNF).        sont donc vitales pour des technologies telles que l’algorith-
Europeana, projet de bibliothèque numérique leader en Europe,           mique, les systèmes complexes, les systèmes de systèmes,
compte aujourd’hui plus de sept millions d’œuvres numérisés             l’intelligence artificielle…
dont 30 % ont été fournis par la France.
                                                                        Dispositifs d’accompagnement
          Figure 6 : Poids des pays fournisseurs de contenus            De nombreux dispositifs d’accompagnement permettent à
                      dans Europeana, juin 2010                         l’industrie française d’accélérer son développement dans l’in-
                                                                        dustrie des TIC :
                                                                        • pôles de compétitivité (Images et Réseaux, Cap Digital,
                                                                        Systematic, SCS, AESE, Finances@innovation, Medicen, Advancity,
                                                                        etc.) ;
                                                                        • ANR (Agence nationale de la recherche) ;
                                                                        • soutien aux projet de R&D stratégique du ministère de
                                                                        l’Industrie ;
   Source : Europeana
                                                                        • Rapid (Régime d’appui aux PME pour l’innovation duale) du
                                                                        ministère de la Défense ;
                                                                        • AII (Agence de l’innovation industrielle) ;
                                                                        • appels thématiques du gouvernement (Serious Game, NFC/
La France occupe une position moyenne en général dans les               RFID, etc.) ;
matériels, logiciels, et services informatiques en deçà de l’Alle-      • volet numérique du grand emprunt (infrastructure télécom,
magne et de la Grande Bretagne, légèrement au dessus de son             numérisation, etc.) ;
poids au niveau du PIB (6 % de la dépense informatique mon-             • Clusters Eurêka (Celtic, Itea, Medea/Catrene, Euripides, etc.) ;
diale selon PAC).                                                       • FTI Carene et Artemis ;
Dans ce domaine, les principaux atouts de la France sont son            • institut de recherche technologique du grand emprunt ;
expertise quasiment unique (à part les États-Unis) dans les             • réseaux de recherche (RNTL, Riam, RNRT) ;
systèmes embarqués les plus complexes qui sont utilisés par             • instituts Carnot ;
l’aérospatial et le militaire : ce marché représente plus de 15 %       • société civile du calcul intensif ;
de la dépense informatique globale, un des taux les plus élevés         • FSI (Caisse des dépôts) ;
au monde (données PAC). La France possède des champions de              • Oséo ;
niveau mondial dans ce domaine, comme Altran.                           • crédit d’impôt recherche (CIR) ;
C’est aussi le pays le plus intensif en logiciel libre au monde (nom-   • statut des jeunes entreprises innovantes (JEI).
bre de projets par rapport à la population) selon une étude de
GeorgiaTech publiée en 2009. Cela lui permet de combler cer-
taines de ses faiblesses dans les logiciels d’infrastructure.
                                                                        Facteurs de diffusion
La France est aussi un des pays où la pénétration des architec-         Plusieurs facteurs majeurs doivent contribuer à l’essor de ces
tures orientées services est la plus forte (d’après le Gartner), ce     technologies. La mise en place de standards ou au moins
qui lui permet d’avoir des systèmes plus efficaces et plus alignés      de solutions interopérables permet d’accélérer la diffusion
avec les besoins métiers mais aussi d’aller plus facilement vers        des technologies, en s’appuyant ainsi sur une production de
l’informatique en nuages.                                               masse et des prix unitaires plus faibles (aussi bien en matériel
                                                                        qu’en logiciel). Un résultat analogue peut être obtenu via une
                                                                        bonne organisation de l’écosystème, via notamment des plates-
                                                                        formes autour d’un acteur majeur.


                                                                                                                                           TECHNOLOGIES CLÉS   71
L’infrastructure de communication de haut niveau an France              Freins économiques à la diffusion
                    est aussi un atout pour la diffusion des TIC.
                                                                                            Les principaux freins à la diffusion des technologies évoquées
                    La fiscalité française autour de l’innovation est l’une des plus
                                                                                            sont d’ordre technique et économique. D’un point de vue tech-
                    intéressantes en Europe et aide de nombreuses jeunes pous-
                                                                                            nique, les performances réellement constatées ne sont pas tou-
                    ses à se développer.
                                                                                            jours au rendez-vous en dehors des laboratoires de test, notam-
                    L’un des facteurs les plus importants est la présence en France
                                                                                            ment pour les solutions sans fil. D’une manière générale, les
                    d’un nombre important de grandes entreprises mondiales, voire
                                                                                            déploiements à grande échelle de certaines technologies res-
                    de champions, dans des domaines très consommateurs de TIC
                                                                                            tent complexes et leur usage parfois peu aisé pour le grand
                    comme le militaire, l’aérospatial, les télécoms, la finance…
                                                                                            public. La cohabitation d’un nombre croissant d’applications,
                    Un autre facteur majeur est la capacité des développeurs, voire
                                                                                            de services et de terminaux par utilisateurs rend complexe l’in-
                    éventuellement des utilisateurs, à maîtriser les différentes tech-
                                                                                            troduction de toute nouveauté.
                    nologies clés au cœur de la convergence numérique. La mise
                                                                                            Le problème est toutefois souvent avant tout économique, la
                    en place de formations pluridisciplinaires va clairement dans
                                                                                            plupart des limitations techniques (des exceptions existent tou-
                    ce sens.
                                                                                            tefois autour par exemple du spectre ou des grands systèmes
                    Le dernier facteur, et sûrement le plus important est l’arrivée dans
                                                                                            d’information) pouvant être résolues par des investissements
                    la vie active d’une classe d’âge -la génération Y- qui a grandi, et
                                                                                            supplémentaires. Mais la difficulté provient justement de ce
                    ce dès le plus jeune âge avec les TIC. Ces jeunes actifs ont une
                                                                                            que de nombreux services et produits TIC s’appuient sur des
                    affinité particulière pour l’utilisation des TIC et surtout les avan-
                                                                                            modèles économiques instables et/ou nécessitent des inves-
                    tages qu’ils procurent. Ils devraient fortement participer à la
                                                                                            tissements initiaux colossaux (fibre, LTE, RFID, etc.).
                    diffusion des TIC dans notre économie.
                                                                                            L’informatique en nuages va nécessiter de lourds investisse-
                                                                                            ments et peu d’entreprises en seront capables. De plus le pas-


72   TECHNOLOGIES CLÉS
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Technologies cles-2015-tic

  • 1. 58 Technologies de l’information TECHNOLOGIES CLÉS et de la communication
  • 2. Technologies de l’information et de la communication 13. Robotique 23. Nanoélectronique 14. Technologies réseaux sans fil 24. Technologies de numérisation 15. Réseaux haut débit optiques de contenus 16. Objets communicants 25. Sécurité holistique 17. Technologies 3D 26. Virtualisation et informatique en nuages 18. Interfaces homme-machine 27. Logiciel embarqué et processeurs 19. Ingénierie de systèmes complexes associés et systèmes de systèmes 28. Valorisation et intelligence 20. Calcul intensif des données 21. Progressive/Intelligent Manufacturing 29. Portail, collaboration 22. Optoélectronique et communications unifiées Position de la Attrait du marché France modeste moyen Leader/Co-leader 17 24 19 fort 27 14 21 23 20 Enjeux Dans le peloton 16 13 Productivité et 29 15 développement économique 18 22 Réduction de la 26 25 consommation énergétique 28 En retard Accès à l’information et aux contenus Court terme Moyen terme Long terme Time to Market [0 – 2ans] [2 – 4ans] [4 – 6ans] TECHNOLOGIES CLÉS 59
  • 3. Contexte et enjeux rise ce patrimoine dans les différents ministères pour le péren- niser, mais le met aussi à disposition d’entreprises pour qu’elles Le secteur des technologies de l’information et de la communi- créent de la valeur sur cette base, à l’instar de Lexsi. cation (TIC) est devenu un segment majeur de l’économie des Cette transversalité des TIC a été comprise par les différents principaux pays industrialisés avec une contribution directe acteurs du marché et les pouvoirs publics avec la création d’Allis- de 5,9 % du PIB en Europe (et 7,5 % aux États-Unis). Au-delà du tene, alliance visant à décloisonner la recherche dans les TIC. secteur lui-même, les TIC contribuent au développement de Les modèles d’innovation ont en effet fortement évolué durant tous les autres secteurs économiques, les TIC représentant en ces dernières années. La recherche dans les TIC a longtemps été effet plus de 50 % de la croissance de la productivité en Europe structurée autour de grands laboratoires privés ou académiques (source : Commission Européenne). et des initiatives publiques (CEA, Plan Calcul etc.), concentrant Le développement du secteur des TIC s’est appuyé sur de grandes alors l’essentiel des ressources financières et des connaissances évolutions économiques structurantes. Les économies d’échelle techniques. Avec la plus grande diffusion de la connaissance, la et les progrès technologiques obtenus dans le cadre de la fabri- mobilité des travailleurs et l’appui de nouvelles sources de finan- cation des composants et des terminaux qui permettent d’une cement (capital-risque, etc.), la recherche s’est en partie décon- part, de réduire les coûts unitaires et d’attirer logiquement plus centrée. Si les innovations incrémentales sont encore dévelop- d’utilisateurs, et d’autre part, d’en accroître fortement les per- pées par les laboratoires des grands groupes, les innovations formances (Loi de Moore : doublement des performances tous de rupture viennent de plus en plus souvent de petites socié- les deux ans depuis trente ans). La révolution numérique, avec tés qui travaillent avec des laboratoires publics. Par ailleurs, le la numérisation accrue des contenus et services et le dévelop- développement de certaines innovations, dans des cycles de pement de l’internet, a permis par ailleurs d’étendre très large- vie de produits parfois très courts, est parfois extrêmement ment la diffusion des TIC au-delà des grandes entreprises auprès coûteux et/ou implique de nombreuses connaissances techni- du grand public et des PME. ques alors qu’il est impossible de disposer de toutes les exper- Les technologies numériques et IP (Internet Protocol) permettent tises. L’innovation nécessite donc une plus grande collabora- de promouvoir de nouveaux modèles économiques (micro-paie- tion entre les différents acteurs. ment en ligne, abonnement illimité, etc.) ou d’améliorer consi- Le secteur des TIC recouvre l’ensemble des filières relatives aux dérablement les modèles existants (mesures statistiques dans technologies, aux contenus et aux services numériques, soit : la publicité, etc.). L’abonnement est particulièrement répandu • l’électronique industrielle et les composants ; dans les services TIC, permettant de réduire le risque de l’inves- • l’électronique grand public, les équipements audio et vidéo tissement initial et de garantir des revenus récurrents. Les TIC par exemple ; profitent ainsi des caractéristiques intrinsèques du numérique • le matériel informatique : serveurs, PC et périphériques, équi- impliquant des coûts marginaux de stockage ou de duplica- pements de transmission de données ; tion de l’information quasi nuls et de coûts de traitement et de • les équipements de télécommunication : équipement de communication très faibles. réseaux, terminaux, logiciels et services associés ; Il est donc possible de bénéficier de coûts de transaction très • les logiciels et les services informatiques embarqués, infras- faibles sur Internet (en comparaison des solutions hors ligne) et tructure ou applicatifs, professionnels et grand publics (dont de proposer une combinaison à faible coût de différents conte- notamment jeux vidéo) ; nus et services numériques, et de leurs données associées. Il • les services Internet logiciel comme les moteurs de recherche s’agit ainsi de réutiliser des données ou informations déjà exis- ou les réseaux sociaux ; tantes en provenance de tiers (services commerciaux, services • les services de télécommunication : téléphonie fixe et mobile ; publics, etc.) sans avoir à recréer de zéro les données. La réu- transmissions de données ; tilisation de ces données, notamment les données personnel- • les services et contenus multimédia : télévision, vidéo, cinéma, les, est donc au cœur des enjeux économiques pour diminuer musique numérique, radio, livre numérique, etc. ; le coût de développement des services. Elle soulève toutefois • la simulation, la modélisation et le calcul intensif. aussi des questions sur les limites des usages de ces données, Selon l’Idate, le marché mondial des TIC a pesé 2 791 Md€ en encadrés en France par la CNIL. Les capacités de copie des don- 2009. nées (brutes et contenus numériques) sont par ailleurs à mettre en balance avec le respect de la propriété intellectuelle. Les TIC permettent aussi de répondre au moins en partie à de grands enjeux sociétaux comme notamment l’amélioration de la qualité de vie via l’accès et l’échange d’information, le déve- loppement durable (via la limitation des déplacements grâce aux échanges distants), la conservation du patrimoine ou encore la fourniture d’outils permettant d’accélérer le développement de nouveaux modèles d’innovation ouverte (open innovation). Ainsi l’APIE (Agence du patrimoine immatériel de l’État) numé- 60 TECHNOLOGIES CLÉS
  • 4. Technologies de l’information et de la communication Tableau 1 : Marché mondial des TIC Le marché se décompose en quatre types de matériels : Md€ 2007 2008 2009 2010 – les clients, les PC, les Mac, les terminaux passifs ; Services de télécommunication 928 963 980 1 007 – les serveurs, le plus souvent sous OS Linux, Unix ou Windows, Équipements de télécommunication 225 237 226 236 pour gérer centres de données et applications ; Logiciels et services informatiques 605 636 619 625 – les macroordinateurs ou serveurs centraux transactionnels, Matériels informatiques 293 302 280 280 marché dominé par IBM, souvent le point central du système Services audiovisuels 258 272 269 282 d’information d’un grand compte ; Électronique grand public 242 259 254 254 – les supercalculateurs, dévoués au calcul à haute intensité, en Électronique industrielle et composants 184 194 163 209 particulier dans les domaines scientifiques et militaires. Total 2 735 2 863 2 791 2 893 • Le marché se banalise fortement avec une demande qui, sous Source : IDATE, PAC et WSTS l’effet de l’informatique en nuage, s’oriente vers des centres de données automatisés et mutualisés reposant sur des matériels Le secteur des TIC n’a pas échappé à la crise mondiale, accu- standardisés. De ce fait, la croissance attendue du marché d’ici sant un recul de l’ordre de 1,6 % au niveau mondial (après des à 2014 ne sera guère que de 1% par an. croissances de 4 à 7 % par an les années précédentes). Seuls les • L’autre changement majeur est la fusion progressive des mar- marchés émergents (qui pèsent environ 25 à 30 % des marchés chés télécoms et informatique, une situation d’autant plus accen- TIC) ont affiché une croissance en 2009. tuée par l’utilisation croissante du Cloud Computing et des divers La plupart des sous-segments des TIC ont logiquement accusé appareils mobiles. Ainsi, Cisco est rentré dans le marché des ser- une décroissance en valeur en 2009 tout en affichant toutefois veurs informatiques avec UCS (systèmes réseaux et informati- de (parfois fortes) croissances en volume. Les perspectives res- ques intégrés pour centres de données) et HP a racheté 3Com, tent cependant positives pour le secteur des TIC, avec une crois- un concurrent l’Alcatel-Lucent. sance attendue de 3,8 % par an d’ici à 2013. Les services télécoms Les équipements de télécommunication Le marché mondial des services télécoms (voix et données sur Les équipementiers répondent aux évolutions des réseaux fixes réseaux fixes et mobiles) est celui qui a le mieux résisté à la crise et mobiles par de nouveaux équipements toujours plus per- avec une croissance de l’ordre de 2 % au niveau mondial en 2009. formants. Toutefois, la pression sur les prix reste forte en raison Cette résistance forte provient notamment des pratiques d’abon- notamment de la crise et de mouvements de consolidation chez nement très répandus sur le fixe comme sur le mobile. Toutefois, les opérateurs. Le segment des équipements télécoms a été l’un la plupart des marchés les plus avancés (sauf États-Unis, France des plus affectés par la crise, avec un recul de 6 % en 2009. et Corée du Sud) ont vu leurs revenus baisser en 2009. La concurrence des acteurs chinois (ZTE, Huawei) et des acteurs Les marchés traditionnels de téléphonie sont en déclin, à l’ins- comme Cisco et HP est par ailleurs de plus en plus forte et l’in- tar de la téléphonie fixe. Les services mobiles, tirés par les déve- dustrie ne compte désormais plus que quelques acteurs mon- loppements dans les pays émergents, représentent d’ailleurs diaux, dont notamment le franco-américain Alcatel-Lucent et désormais la plus grande partie du marché (54 % des télécoms). les européens Nokia, Siemens Network et Ericsson. De nouveaux marchés viennent toutefois prendre le relais des Les équipementiers s’adaptent aux exigences des opérateurs, technologies traditionnelles, avec notamment le transfert vers désormais plus sélectifs, cherchant à réduire leurs coûts et à l’IP autour du développement de la voix sur IP et de l’internet gagner en efficacité. Les dépenses s’orientent ainsi majoritai- mobile, et surtout de l’accès haut débit (près de 20 % du mar- rement vers les infrastructures tout-IP et les services mana- ché total des télécoms). gés. Les contrats d’externalisation des réseaux et de partage Les marchés en Europe sont dominés par quelques acteurs des infrastructures se multiplient, offrant un nouveau rôle aux paneuropéens (France Telecom, Telefonica, Vodafone, etc.) et équipementiers. des acteurs essentiellement locaux (Free, Bouygues Telecom, Fastweb, etc.). Les équipements informatiques Les opérateurs télécoms se sont engagés dans de nombreuses diversifications distribuées notamment dans leurs offres multi- Tout comme les équipementiers télécoms, les équipementiers produits (triple play, etc.), allant même jusqu’à proposer des servi- informatiques sont engagés dans une course permanente à la ces de contenu ou des solutions appliquées à d’autres industries performance stimulée par la pression sur les prix. La crise les a (santé, énergie, etc.). Ces initiatives restent encore modestes en lourdement affectés avec une décroissance de près de 8 % de termes de revenus générés, mais illustrent les capacités d’inno- leurs revenus. vation transversale des opérateurs autour de l’internet. Le marché du matériel informatique reste très largement dominé Si la dynamique des services télécoms reste forte, elle ne béné- par des constructeurs-assembleurs américains (HP, IBM, Dell, ficie toutefois que peu aux opérateurs télécoms et aux acteurs Apple…), leurs deux compétiteurs asiatiques (Lenovo, Acer) et français, en dehors des services d’accès au réseau. Les acteurs quelques spécialistes locaux (Hitachi, Fujitsu-Siemens, Bull…). dominants sur le service sont en effet le plus souvent des acteurs La plus grande partie des composants est fabriquée en Asie, en particulier à Taïwan. TECHNOLOGIES CLÉS 61
  • 5. nord-américains issus directement ou indirectement de l’indus- trie logicielle (Google, Facebook, Amazon, etc.). Grâce à l’inter- net, n’importe quel acteur peut en effet adresser à distance le marché mondial des services. Les services et contenus médias Le secteur des médias et des contenus accélère sa migration vers l’internet, aussi bien dans les solutions ouvertes que sur les services managés des opérateurs (télévision sur IP, etc.). Le marché mondial n’a pas échappé à la crise avec un recul par exemple des services de télévision de 1,2 % en 2009, notam- ment du fait de la baisse de la publicité (- 9,5 %). Le marché doit aussi faire face à des difficultés plus structurelles avec une destruction de valeur avec le passage au numérique (décou- plage, piratage, etc.). Le secteur de la vidéo s’organise différemment en fonction de la nature des contenus. Les contenus de qualité (dits premium), via par exemple la télévision à péage ou plus marginalement par la vidéo à la demande autour des films, des séries ou du sport, bénéficient encore d’une forte croissance et génèrent des revenus élevés. Les autres contenus sont monétisés par la publicité, qui bénéficie essentiellement aux plus gros acteurs et reste très dépendante de l’environnement économique glo- bal mais aussi des évolutions des différents supports de publi- cité (média, hors média, etc.). Le développement de solutions de télévision de rattrapage (catch-up TV), offerte par de nom- breuses chaînes et opérateurs, offre aussi de nouveaux relais de croissance pour le développement de la publicité. Enfin, si les contenus générant des revenus importants sont encore fortement d’origine professionnelle, la production de contenus amateurs et/ou personnels est devenue très forte Internet se développe notamment grâce aux différents modèles en volume, entraînant une forte explosion du contenu dispo- publicitaires d’affichage (i.e. publicité média) et de liens spon- nible et consommé. sorisés (i.e. publicité hors média ; Google étant la référence sur Les marchés européens sont généralement dominés par des ce dernier point talonné par Facebook), combinant ainsi des acteurs essentiellement nationaux (TF1, BBC, etc.) en ce qui outils statistiques avancés de mesure de la performance avec concerne la diffusion des contenus (radio, télévision, presse des services populaires générant de nombreuses données et numérique, etc.) et la production locale. Les acteurs nord-amé- de pages vues. ricains jouent toutefois un rôle majeur dans la production de Le marché de la publicité en ligne a été affecté par la crise mais contenus (films, séries, musique, etc.), avec une diffusion quasi reste en bonne croissance (+12 % malgré la crise). Disposant des mondiale permettant de disposer de ressources accrues, qui sont services les plus populaires, les acteurs nord-américains domi- ensuite en partie investies dans des technologies de pointe. Des nent le marché en ligne. acteurs majeurs locaux sont par ailleurs bien positionnés sur la distribution de contenus numériques avec un rayonnement La publicité international comme Dailymotion, Deezer, Spotify. La publicité n’est pas à proprement parler un segment du sec- teur TIC, mais un des modèles économiques majeurs, notam- Les services Internet ment pour les médias et le Web. La croissance du temps passé L’usage du Web sur fixe et plus récemment sur mobile (via un sur les différents supports permet d’ailleurs de proposer désor- navigateur web ou des applications) est désormais ancré dans mais des solutions transverses à différents supports. le marché de masse, les plus jeunes passant même désormais Le marché de la publicité qui permet de créer de la notoriété plus de temps sur Internet que devant le téléviseur. Les servi- autour de ses produits et services ou de générer des ventes est ces comme la messagerie électronique, les moteurs de recher- très directement lié à la bonne santé économique des annon- che, le commerce électronique, les réseaux sociaux ou la vidéo ceurs de tous les secteurs. La crise économique s’est matérialisée en ligne sont particulièrement populaires. par un déclin de nombreux marchés publicitaires (TV, presse), 62 TECHNOLOGIES CLÉS
  • 6. Technologies de l’information et de la communication Ce marché est structuré en couches, dont les plus hautes, celles avec qui interagissent les utilisateurs, dépendent des cou- ches les plus basses. Ces couches sont : • les logiciels applicatifs, qui sont utilisés par l’utilisateur final (métier, progiciels intégrés, bureautique...) ; • les logiciels outils, qui servent à développer et gérer les appli- cations et les données ; • les logiciels systèmes, qui servent à opérer et gérer les maté- riels informatiques. Ce marché, comme bien d’autres, a été révolutionné par l’arri- vée concomitante d’Internet et de la « serviciation ». Internet a permis l’éclosion de concepts comme l’informatique en nuages, le logiciel libre mais aussi une distribution toujours plus pous- sée du calcul et du stockage. Cette même distribution s’est trou- vée être le cœur des architectures orientée services ou SOA en anglais, le modèle actuel du développement logiciel, celui où le logiciel est « servicié ». SOA, l’informatique en nuage et logiciel libre redistribuent les cartes sur un marché qui devenait oligopolistique et très large- ment dominé par les entreprises américaines, en particulier sur les couches d’infrastructures (nécessaires aux applications) ou middleware, c’est à dire les logiciels outils et systèmes. Ces trois concepts peuvent être des moyens forts pour que l’Europe et la France en particulier, comble leur retard. La crise a vu le marché se contracter de 5 % en 2009, mais le taux de croissance annuel moyen pour les années à venir devrait tourner aux alentours de 3 à 5 % en France et en Europe de l’Ouest. Le jeu vidéo amplifié par une migration vers l’internet. Le jeu vidéo représente l’essentiel du marché grand public Au-delà de l’impact en termes de revenus, l’internet a des consé- du logiciel, avec environ 5 % du marché du logiciel (environ quences directes sur le marché de la publicité traditionnelle 38 milliards d’euros en 2010). Il a ainsi dépassé le marché mon- qui en adopte de plus en plus les principes (outils, mesure de dial du cinéma. la performance, etc.). L’évolution du marché est très liée aux phénomènes cycliques Dans le domaine des régies et des agences publicitaires, que d’apparition de nouvelles plateformes (Wii, PS3, etc.), mais la ce soit sur des supports média traditionnels ou numériques, la croissance reste forte grâce aux développements sur de nou- France dispose d’acteurs de référence comme Publicis. veaux supports : jeu sur mobile et jeu en ligne (des jeux mas- sivement multijoueurs aux jeux basiques financés par la publi- Les logiciels cité en passant par les mondes virtuels et les jeux sur réseaux Le segment du logiciel est celui où la valeur ajoutée est la plus sociaux). forte. Mais, à l’instar d’un grand nombre de segments informa- Près de 40 % des revenus de l’industrie proviennent désormais tiques, il se banalise et se consolide assez vite. Simultanément, de solutions dématérialisées. La dynamique reste globalement le logiciel apporte une valeur ajoutée de plus en plus impor- forte pour la partie logicielle, alors qu’elle est plus mitigée pour tante au sein d’autres industries : il représente ainsi 30 % de la les ventes de matériel, les consoles étant concurrencées par des valeur ajoutée d’un A 380 d’Airbus et jusqu’à 20 % de la celle terminaux non dédiés (téléphone mobile, tablette, etc.). d’une Série 7 de chez BMW. Le jeu vidéo est un secteur majeur en termes d’innovations, avec Ce marché se segmente en trois niveaux selon le niveau de des retombées dans les autres secteurs, autour par exemple de valeur ajoutée et les volumes (son corollaire, qui y est inverse- la 3D (moteur, etc.) ou des interfaces hommes-machines. ment proportionnel) : • logiciels banalisés (navigateurs, bureautique, utilitaires…) ; Les services informatiques • progiciels (SAP, Catia, Oracle BD…) ; Les services informatiques sont très liés aux autres segments • développement spécifique (avionique, systèmes de scoring de l’informatique et notamment à celui du logiciel. Ainsi, le financier…). service informatique a suivi toute les vagues technologiques : TECHNOLOGIES CLÉS 63
  • 7. avènement du PC, Unix, arrivée des progiciels de gestion, vague • aval (maintenance, infogérance…). Internet, SOA et maintenant l’informatique en nuage. Ces tech- On peut aussi segmenter les services informatiques, comme le nologies, en devenant de plus en plus proches des besoins logiciel, en trois segments selon leurs utilisations : métiers, incorporent de plus en plus de services informatiques. • applications ; Par conséquent, le service informatique n’a cessé d’augmen- • outils ; ter sa part dans la dépense informatique globale des entrepri- • systèmes. ses en passant de 29 % du marché IT total en France en 2000 à On différentie aussi l’informatique de gestion de l’informati- 36 % en 2009 (source PAC). que scientifique, technique, industrielle et embarquée (STIE). Les services autour des technologies de l’information repré- Ce dernier segment est une spécialité française et est très lié sentent 350 000 emplois, soit les trois quarts des emplois de la aux secteurs clients : aérospatial, défense automobile, finance, filière TIC d’après le Syntec. C’est une filière très diplômée : 62 % télécoms… Des secteurs industriels où la position de la France de bac + 3, voire à 42 % de bac + 5. Cette tendance se renforce est bonne, voire excellente. et les qualifications sont de plus en plus duales avec l’ajout de Les services sont généralement liés aux technologies logicielles compétences métiers. à des niveaux variables selon les technologies en question, leur Les services informatiques se décomposent en plusieurs banalisation, leur personnalisation et le niveau de complexité. phases : Au niveau du marché, un euro de licence logicielle génère en • amont (conseil, définition, conception…) ; moyenne cinq euros de services. C’est un marché important : • projet (intégration, forfait, assistance, formation…) ; en France le marché des services informatiques pèse près de 25 Md€ (source PAC). La crise a impacté sévèrement ce marché avec une décrois- sance de 3 % en Europe de l’Ouest. Cependant, malgré la pres- sion sur les prix exercée, les délocalisations (Inde, Europe de l’Est, Maghreb…) et l’informatique en nuage, ce marché va res- ter dynamique sur le long terme. En effet, l’évolution démogra- phique va raréfier les compétences alors que celles-ci, dans le même temps, évoluent fortement vers des expertises techno- logies pointues ou des expertises duales, métier et informati- que. Cette montée en compétence est essentielle pour la com- pétitivité de la branche qui est soumise à la fois à la pression des délocalisations vers des destinations moins chères (comme l’Inde ou le Maghreb) et à celle de l’automatisation croissante des logiciels et des matériels dont le résultat le plus visible est l’informatique en nuage. La formation est un point clé dans la compétitivité de ce seg- ment dans le futur. Services, logiciels et matériels sont très fortement liés et peu- vent difficilement exister séparément. Ainsi tout investissement dans des technologies de pointe, comme par exemple la valori- sation et l’intelligence de l’information, impactera directement et fortement les services associés : audit, conseil, conception, développement, intégration, déploiement, maintenance, opti- misation… Par ailleurs, certaines technologies comme la robo- tique doivent pour s’imposer en France accroître le nombre d’intégrateurs et de compétences en services. L’électronique industrielle et les composants Le chiffre d’affaires des fabricants français de composants a chuté de 13 % en 2009, dans les mêmes proportions que le marché mondial. Le secteur, fortement dépendant de la conjoncture, a subi de plein fouet les effets de la crise économique mondiale. En effet, il a été frappé par l’assèchement des commandes en provenance des secteurs clients majeurs (tels que l’automobile par exemple). Il est cependant reparti 64 TECHNOLOGIES CLÉS
  • 8. Technologies de l’information et de la communication en 2010, du fait notamment d’un fort rattrapage du faible on cherche désormais à s’adapter à la contrainte économique niveau d’activités de l’année précédente (déstockage, etc.). par une meilleure maîtrise des coûts (CAPEX et OPEX), notam- Le secteur des composants électroniques inclut les composants ment chez les opérateurs télécoms. passifs (condensateurs, self, résistances, circuits imprimés, …) et Dans les pays émergents, notamment en Chine (pour les télé- les composants actifs (puces électroniques). Ces derniers repré- coms) ou en Inde (pour l’informatique), la croissance du secteur sentent plus de 90 % du chiffre d’affaires des fabricants fran- TIC reste forte. Cette dernière s’appuie notamment sur un mar- çais. Il s’agit d’un segment totalement mondialisé, en croissance ché intérieur gigantesque comme futur relais de croissance, un régulière de 6 % par an mais très cyclique (le chiffre d’affaires, fort retard au niveau du taux d’équipements, comme d’ailleurs de 270 Md$ en 2008, est tombé à 226 Md$ en 2009 et devrait dans tous les pays émergents, et une économie numérique dépasser 300 Md$ en 2011 d’après le WSTS). tournée vers l’exportation. Ce phénomène de globalisation, Il est caractérisé par des coûts d’investissement industriel et de présent dans d’autres industries, a des répercussions majeures R&D considérables, conduisant à une concentration progres- à la fois sur l’industrie et sur les marchés. De nouveaux indus- sive sur quelques acteurs mondiaux (Intel, Samsung, Toshiba, triels majeurs issus des pays émergents deviennent concurren- Texas Instruments, TSMC, STMicroelectronics…) et à une sépa- tiels. Les consommateurs et/ou les autorités nationales impac- ration graduelle entre activités de conception et activités de tent directement la conception des nouveaux produits, aussi fonderie afin d’en partager les coûts – bien que la maîtrise des bien en termes de standards, de fonctionnalités que de prix des deux par une même société confère des avantages compétitifs produits. Pour répondre aux attentes des pays émergents, il faut (exemple Intel, Samsung). en effet pouvoir être compétitif en termes de prix. Dans les deux cas, pays émergents et pays avancés, les cycles L’électronique grand public d’innovation deviennent de plus en plus courts, avec notam- ment un remplacement rapide des terminaux d’électronique Comme pour les équipements télécoms, la crise a impacté le sec- grand public. Ceci impose aux acteurs des évolutions dans leurs teur de l’électronique grand public (EGP) en 2009 avec un recul approches de l’innovation et des coûts associés. de 2 % en valeur, malgré une forte progression en volume des L’industrie des TIC repose par ailleurs de plus en plus sur des ventes de nouveaux terminaux, autour notamment des écrans revenus issus de la monétisation des produits grand public, plats, des lecteurs DVD Blu-Ray et des smartphones, ainsi que via notamment des transferts des autres industries (loisirs, dans une moindre mesure en volume des liseuses de livres élec- culture, commerce, etc.). En dehors de quelques applications troniques ou des téléviseurs connectés. phares (moteur de recherche, commerce électronique, annuai- La concurrence sur les prix reste forte, notamment du fait de la res, etc.) s’appuyant sur des modèles déjà bien établis (publicité, banalisation et de la concurrence asiatique, même si des acteurs micro-paiement, etc.), les revenus unitaires générés autour d’un nord-américains restent engagés sur du haut de gamme (Apple, service donné sont encore faibles. RIM, etc.). Les acteurs européens majeurs sont peu nombreux Dans un contexte de probable augmentation des coûts de l’éner- en dehors de Nokia sur les téléphones mobiles et de quelques gie, les acteurs prennent ainsi de plus en plus en compte le coût acteurs comme Archos sur les lecteurs multimédias ou Bookeen économique des consommations énergétiques des grandes sur le livre numérique. infrastructures TIC (datacenters, réseaux, serveurs cloud, etc.) et Les terminaux sont de plus en plus sophistiqués, avec de nom- déploient des solutions plus vertes (green ICT), répondant par breux composants permettant des usages multimédias tout extension aux contraintes environnementales. en étant connectés à Internet en permanence. De nombreux Les TIC peuvent en effet avoir un effet de levier considérable capteurs (géolocalisation, RFID, grandeurs physiques, biologi- autour des problématiques de développement durable et contri- ques, etc.), éventuellement utilisés en réseaux, permettent par buer à une réduction des émissions carboniques par une réduc- ailleurs de collecter des informations supplémentaires sur leur tion des déplacements (visioconférences, télé-relève). Les TIC environnement direct. pourraient contribuer à réaliser un tiers des réductions d’émis- La connectivité intégrée (éventuellement sans fil) à ces terminaux sions de GES (gaz à effet de serre) fixées par le gouvernement permet d’acquérir directement des contenus et services, de plus à l’horizon 2020. Dans le même temps, le secteur des TIC doit en plus via des plates-formes associées, entraînant une nouvelle apprendre à gérer les consommations qu’il induit, puisqu’il repré- organisation dans l’approche de la chaîne de valeur. sente près de 15 % de la consommation électrique (source : OCDE) via les nombreux équipements, réseaux et datacenters. Un environnement économique et écologique en pleine évolution Des consommateurs toujours Après des années de très forte croissance, le secteur des TIC ne plus exigeants dans un contexte progresse plus qu’au même rythme que le PIB dans les pays avancés, sauf pour les segments logiciels et services informa- d’accélération technologique tiques, qui sont généralement sur un multiple de 2 à 2,5 fois Le secteur des TIC est engagé dans une course à la perfor- le PIB. Bien que le secteur des TIC dispose encore de plusieurs mance (débit, qualité de service, qualité d’image, capacité des segments susceptibles d’agir en tant que relais de croissance, processeurs, mémoires, CPU, etc.). Ces performances accrues TECHNOLOGIES CLÉS 65
  • 9. sont nécessaires pour permettre une véritable migration vers etc.). Les bénéfices sont aussi importants dans les secteurs non le tout numérique et le tout IP de tous les contenus et servi- marchands, autour des services publics accessibles sur Internet ces. L’innovation s’inscrit en effet dans un contexte de conver- (emploi, impôts, culture, etc.) ou des politiques publiques par gence numérique et d’explosion des usages des contenus et exemple l’environnement (prévention des catastrophes) ou des services numériques via des accès Internet divers et des la prise en compte du vieillissement de la population (main- terminaux multiples. tien à domicile). Si certaines des innovations s’inscrivent dans une logique Enfin, pour les pays industrialisés, les modèles traditionnels d’offre, de nombreuses innovations cherchent à mieux adres- (agriculture, industrie lourde) laissent progressivement place ser l’évolution de la demande. Les consommateurs cherchent à une tertiarisation de l’économie. Les TIC permettent aussi de en effet des solutions de plus en plus adaptées à leurs besoins. contrebalancer le vieillissement de ces économies. Les pouvoirs Les industriels doivent donc prendre en compte les grandes publics poussent en faveur de nouvelles approches autour de tendances sociétales. l’économie de la connaissance, pour laquelle les TIC jouent un L’individualisation est en effet de plus en plus prononcée et rôle d’accélérateur. implique une personnalisation forte des produits et services. Cette dépendance croissante de pans entiers de l’économie Cette individualisation se retrouve dans les produits eux-mêmes, vis-à-vis des TIC, impose une fiabilité et une disponibilité accrue mais aussi dans la nature de la consommation dans le temps tant pour les infrastructures (réseaux et logicielles) que pour les (exemple : dé-linéarisation des contenus) et dans l’espace. Le applications. La sécurisation et la souveraineté de la France sur nomadisme se développe grâce aux capacités de transport sans les TIC sont donc des enjeux importants. remettre en cause la nécessité d’accès à l’information, d’où des besoins en connectivité plus forte. La crise a par ailleurs accé- léré la prise en compte des considérations économiques dans le choix des produits. Les grandes tendances La fracture numérique est enfin toujours importante entre les technophiles à la recherche de la dernière innovation, les plus d’évolution du secteur aisés se tournant vers des offres haut de gamme ou encore À l’horizon 2015-2020, le paysage du secteur TIC devrait s’ins- les plus âgés recherchant avant tout des solutions simples crire dans un contexte de nouvelles infrastructures plus perfor- d’usage. Les industriels doivent donc adopter de plus en plus des mantes avec notamment : approches segmentées capables de cibler des niches de • des composants électroniques de petite taille supportant des marché valorisant avec des critères différents les produits et capacités de calcul plus importantes ; services TIC autour d’offres modulables. • une connectivité Internet très haut débit sans couture et nomade dans les grandes villes et au-delà, profitant des technologies Des bénéfices économiques électroniques de base (nano, opto, etc.) ; • des réseaux tout IP permettant de réduire les coûts et offrant et sociétaux au-delà des TIC des performances accrues ; Les TIC jouent un rôle majeur dans le développement de • une plus grande efficacité énérgétique des composants, sys- la société en assurant une plus grande disponibilité de l’infor- tèmes et réseaux, permettant un développement optimisant mation et en favorisant les échanges. Leur adoption n’est les consommations de ressources ; toutefois pas encore totalement généralisée, notamment • une informatique de plus en plus ouverte et de plus en plus auprès de certaines parties du grand public ou des PME, en mode « nuage ». C’est la principale « révolution » de l’infor- faute de ressources financières mais aussi le plus souvent de matique depuis l’avènement d’Internet ; capacités techniques et de connaissance des outils dispo- • une proximité très forte avec les métiers à mesure que nibles. Une diffusion plus large des TIC implique des exter- les TIC deviennent de plus en plus critiques dans leur nalités positives (effet réseau), mais aussi une baisse des fonctionnement. coûts unitaires. Les acteurs doivent donc chercher à favoriser L’informatique devient une industrie de plus en plus « lourde », la promotion et l’adoption de leurs technologies par le plus basée de plus en plus sur le facteur capital. Selon la théorie grand nombre. de l’avantage comparatif de David Ricardo, ce devrait être un L’impact des TIC va bien au-delà du secteur lui-même avec une avantage pour la France, car c’est un pays ou le facteur travail contribution forte à la productivité de tous les autres secteurs est cher et de plus en plus rare, mais où le facteur capital est verticaux, en offrant des outils d’échange, de simulation et de relativement abondant. La France doit donc miser sur ses cen- stockage de l’information. Les bénéfices des TIC se retrouvent tres informatiques industrialisés (type informatique en nuages), donc dans tous les pans de l’économie, du transport (gestion pour éviter que ces travaux ne se délocalisent. des trajets et itinéraires) à l’aéronautique (conception en 3D des avions) en passant par le commerce (gestion des stocks Des composants plus puissants en temps réel) l’énergie (réseau électrique intelligent) ou la santé (suivi à distance des personnes à risque, télémédecine, Les innovations dans le secteur de la micro-nanoélectronique suivent deux tendances complémentaires : 66 TECHNOLOGIES CLÉS
  • 10. Technologies de l’information et de la communication • « More-Moore » : accroissement de la densité d’intégration des La « révolution » de l’informatique puces qui comportent plusieurs centaines de millions, voire quelques milliards, de transistors ; en nuages • « More-than-Moore : intégration de fonctions nouvelles, tel- L’informatique en nuage est la prochaine vague architectu- les que des capteurs (images, puces ADN…), des actuateurs rale informatique. (MEMS/NEMS), des circuits RF, des mémoires non volatiles, des empilements 3D de composants…Les composants optoélec- Figure 1 : Vue architecturale et historique de l’alignement de l’informatique et des métiers troniques entrent dans cette catégorie. La course à l’intégration n’est accessible qu’à un nombre tou- jours plus restreint d’acteurs industriels en général largement soutenus par les États, contrairement à celle de la diversifica- tion fonctionnelle qui est davantage accessible. Internet toujours plus présent En s’appuyant sur Internet, le secteur TIC proposera ainsi des produits et services convergents dotés de multiples fonction- nalités et capables de combiner différentes applications, ser- Source : PAC vices et contenus (intégration sans couture, etc.). La disponi- bilité accrue de contenus sous forme numérique, enrichie et interactive, permettra de stocker le patrimoine culturel mais De plus en plus d’entreprises se tournent vers l’informatique aussi le « patrimoine numérique » personnel de chaque indi- en nuage pour des raisons de coûts (promesse de « variabilisa- vidu, autour notamment de solutions de stockage et de distri- tion » des coûts), de capacité et de facilité d’utilisation. La com- bution avancées de contenus médias et personnels en ligne. binaison de l’informatique en nuage et du logiciel libre pour- Le contenu est alors accessible à travers différents terminaux rait être une innovation destructrice telle que la conçoit Joseph et différents réseaux ou architectures (internet mobile, cloud), y Schumpeter, c’est à dire une innovation capable de changer les compris à travers des distributions hybrides combinant Internet positions sur le marché. et réseaux terrestres pour mélanger les flux de contenus et les Le Cloud Computing représentera en 2020 entre 20 % et 25 % méta-données.Les solutions les plus avancées permettront du marché informatique. ainsi un accès permanent à toute application en fonction du L’informatique en nuage est vue comme prioritairepar les acteurs contexte d’usage (réseau disponible, débit disponible, termi- du secteur informatique, comme en témoignent les opérations nal disponible, etc.). spectaculaires de rachat de fournisseurs de technologie ou la L’usager disposera de différentes solutions intuitives pour mieux mise en place d’alliances stratégiques. interagir avec les différents services numériques autour : Ceci implique la construction de centres de données fortement • d’environnements 3D interactifs (monde virtuel, conférence 3D, automatisés. La qualité et la capacité de l’infrastructure réseau serious gaming, réalité augmentée, etc.), permettant des simula- sont critiquesafin de conserver et attirer les investissements liés tions, des immersions et des interactions virtuelles, assurant une au Cloud Computing ; d’où une convergence croissante entre meilleure collaboration tout en limitant les déplacements ; l’informatique et les télécoms. • d’interfaces évoluées des principaux terminaux EGP pilotés au À l’instar des réseaux haut débit, les infrastructures d’informa- doigt, au mouvement de la main et/ou à la voix ; tique en nuage doivent être perçues par les pouvoirs publics • de moteurs de recherche intelligents, permettant de trouver comme un investissement important pour conserver et accroî- plus efficacement une information, en tenant compte de critè- tre la compétitivité du pays. Ainsi, les aides publiques, la fisca- res personnels et du contexte, indépendamment de la langue lité et une réglementation adaptées sont très importantes pour et du support de l’information ou du contenu. que la France accueille ces investissements ; des investissements Enfin, le développement des TIC bénéficiera aussi aux autres sec- au moins équivalents à ceux qui sont courants dans des indus- teurs avec une connectivité au-delà des ordinateurs, des télé- tries plus en vue comme l’automobile. À titre d’exemple, IBM phones mobiles et de l’électronique grand public. En s’appuyant va investir 300 M€ en Europe dans ce type d’infrastructure et sur la connectivité Internet et l’intégration de composants élec- le gouvernement français prévoit d’en investir 780 M€ au titre troniques, de nombreuses machines vont devenir communican- des investissements d’avenir. tes, permettant une automatisation plus forte et un suivi (voire Le Cloud Computing offre aux entreprises innovantes la capacité un contrôle) à distance, y compris pour des machines en mou- d’être plus réactives, d’expérimenter de nouveaux services et de vement. Le suivi concernera des objets en mouvement dans le les déployer massivement sans investir dans des salles informa- cadre d’applications logistiques. tiques. Il abaisse les barrières à l’entrée sur l’édition et la com- mercialisation de logiciel en mode Software as a Service (SaaS). Il permet à des petites entreprises, par exemple dans le secteur du multimédia, de recourir à des moyens de calcul intensif. TECHNOLOGIES CLÉS 67
  • 11. L’avènement de l’informatique en nuage nécessite aussi une ges- très performantes pour les handicapés. C’est le début de l’ère de tion différente des données, la matière première de l’informati- la cybernétique, les systèmes de systèmes extrêmement com- que et une approche globale, holistique, de la sécurité. plexes, à la fois vivants, mécaniques, électroniques et informa- C’est aussi une question de souveraineté nationale, car si des tiques. À plus court terme, il est indispensable pour améliorer données stratégiques, que se soit pour une société ou pour le la compétitivité d’augmenter le taux d’usage des robots dans gouvernement, sont hors du territoire national, il y a des risques les entreprises. plus importants d’espionnage et de cyber criminalité. Par son optimisation, l’informatique en nuage permet de bais- ser les coûts d’infrastructure pour concentrer les budgets infor- matiques sur les projets qui impactent directement l’activité de Les tendances l’entreprise et lui font gagner en compétitivité. Ainsi ces technologies sont vues comme prioritaires par le com- technologiques mission européenne d’après l’étude The future of the Software et les technologies clés and Software based Services in Europe réalisée en 2010. Les principales technologies « capacitantes » pour le secteur TIC à prendre en compte dans la mise au point des produits et Figure 2 : Les six priorités de la DG7 de la Commission services évoqués auparavant sont notamment : européenne • les nanotechnologies permettant notamment la miniatu- risation des composants tout en proposant des performan- ces accrues. Par exemple, la filière des matériaux issus du gra- phène, qui pourraient avoir un impact aussi important dans les TIC que le sicilium ; • l’infrastructure télécom et les technologies de base associées dans le domaine de l’optique et de la radio longue portée pour la connectivité des personnes et des objets et des machines, et la distribution de contenus numériques éventuellement lourds Source : Commission Européenne/PAC (vidéo, 3D, etc.) ; les technologies réseau de routage (réseau cœur et réseau d’agrégation) sont aussi importantes dans un contexte de potentielle saturation des réseaux ; À plus long terme • les architectures de communication sans fil très faible consom- Au-delà de l’horizon 2015-2020, le développement du secteur mation, avec notamment les composants RFID (Radio Frequency TIC devrait s’appuyer sur des outils encore plus performants et Identification) et les technologies radio de courte portée per- une diffusion plus large de l’internet à encore plus d’objets dans mettant de rendre communicants les objets, notamment ceux le cadre de l’internet des objets, permettant à tout objet d’être dépourvus d’électronique embarquée ; connecté et de fournir et d’échanger de manière transparente • les outils de numérisation et de conversion, permettant de des informations via Internet, aussi bien dans des environne- transformer les contenus existants dans différents supports ments professionnels que grand public (maison intelligente- numériques ; domotique, courses dans le commerce de détail, etc.). • les moteurs 3D permettant de créer et d’exécuter des contenus D’autres innovations permettront d’aller plus loin dans les usa- 3D et les solutions de réalité augmentée dans le cadre de simu- ges multimédias avec notamment l’affichage 3D relief sans lations industrielles ou de développement multimédia ; lunettes, permettant une immersion accrue à domicile ou dans • les interfaces homme-machine tactiles et interactives (poin- des lieux publics. tage, etc.) permettant de simplifier les usages de technolo- L’autre évolution majeure qui se prépare est la robotique. Ainsi gies complexes ; après s’être couplée avec les télécoms dans le « nuage », l’in- • les nanotechnologies permettant notamment la miniatu- formatique va fusionner avec l’électronique et la mécanique. risation des composants tout en proposant des performan- La robotique repose en particulier sur l’intelligence artificielle ces accrues ; et dispose de très nombreuses applications : militaire, sécurité, • l’architecture orientée services, ou SOA en anglais, qui décom- industrie, environnement hostiles, aide à la personne… pose les logiciels en briques modulaires et standardisées à la L’étape suivante, qui est déjà en préparation dans certains labo- manière d’un Lego ; ratoires, sera l’intégration de l’informatique, de la robotique et • la virtualisation, qui est l’OS des architectures en nuages ; des organismes vivants. Ainsi le laboratoire d’optogénétique • les outils sémantiques, capables de permettre une meilleure de Stanford a réussi à prendre le contrôle du cerveau d’une interaction entre l’homme et la machine ; souris - dont une partie du cerveau avait été modifiée géné- • les moteurs de recherche, qui sont assez complémentaires des tiquement par un virus - au moyen d’implants optiques. Cela outils sémantiques et qui proposent une nouvelle manière d’ex- devrait permettre le développement de prothèses robotiques ploiter le volume toujours plus important de données ; 68 TECHNOLOGIES CLÉS
  • 12. Technologies de l’information et de la communication • le logiciel libre, qui mutualise la R&D et la maintenance pour ainsi que des composants électroniques spécifiques pour l’af- certains logiciels, en particulier les logiciels d’infrastructure, là fichage des informations, par exemple pour la 3D. ou la présence française est très faible ; Cette intégration dans les produits nécessite à la fois une miniatu- • les mathématiques appliquées à l’informatique, car pour repous- risation des capteurs et composants qui ne doivent pas changer ser sans cesse les limites de l’informatique, il faut des algorith- fondamentalement la nature du produit, ainsi qu’une réduction mes de plus en plus sophistiqués ; des coûts unitaires de ces composants (la valeur de l’électro- • le calcul intensif ; nique devant rester marginale par rapport à celle du produit, • l’intelligence artificielle, de plus en plus présente dans nos sys- dont le coût unitaire est parfois très faible). L’intégration dans les tèmes de plus en plus automatisés et humains. produits et services implique aussi des performances accrues, notamment des terminaux, pour gérer en temps réel les conte- Ces différentes technologies prennent place dans les serveurs nus volumineux. et les terminaux EGP, mais aussi éventuellement dans n’importe Il est important que ces technologies soit les plus standardisées quelle machine ou n’importe quel objet grâce à l’ajout de com- possibles, à l’instar de ce qui se fait dans les autres industries. posants de connectivité dans tous les terminaux EGP, mais aussi Cette intégration de systèmes de systèmes de plus en plus com- dans des machines (le plus souvent utilisables sans connectivité, plexes nécessite d’importantes capacités à modéliser cette com- comme par exemple une voiture ou un compteur électrique) plexité et à la gérer. et des capteurs RFID, sur des étiquettes ou des tags, collés ou Si des modifications des produits et objets sont nécessaires, intégrés dans le produit. D’autres capteurs peuvent être ajou- il ne s’agit pour autant que de la partie émergée de l’iceberg. tés sur les terminaux, notamment pour favoriser la création de Tous ces terminaux, machines et objets devront se connecter contenus ou informations numériques (caméra, scanner, etc.), à Internet pour aller chercher ou échanger des informations. TECHNOLOGIES CLÉS 69
  • 13. Il faut donc pouvoir s’appuyer sur des infrastructures télécom/IT Principaux atouts de la France dans le réseau Internet et/ou dans les réseaux des opérateurs de produits de distribution avancée (CDN, serveurs cloud). dans les TIC L’intégration des nouvelles technologies dans les produits et ser- La France occupe la première position dans l’industrie euro- vices n’est donc possible que si cette infrastructure mutualisée péenne des composants électroniques (électronique industrielle) est utilisable à des coûts raisonnables, ce qui suppose notam- et accueille sur son territoire des acteurs majeurs de recherche ment des coûts d’investissements limités. Elle requiert aussi (CEA Leti, CNRS LAAS…) et industriels (STMicroelectronics, d’être déployable à grande échelle, ce qui suppose une bonne Soitec, NXP, Atmel, Freescale, Altis, Ipdia, etc.). La position euro- gestion des grands volumes de données récoltées dans les sys- péenne dans la micro-nanoélectronique est toutefois en retrait tèmes d’information et une prise en compte des données dans dans le monde. les processus de décision. La France est par ailleurs très bien représentée dans certains Enfin, l’intégration dans les processus suppose une évolution domaines des composants électroniques, notamment au ni- des compétences des concepteurs et développeurs des futurs veau des cartes à puce, cartes sans contacts et du RFID (Gemalto, produits et services associés. Il s’agit en effet d’avoir une mai- SK, Tagsys, Pôle SCS, etc.), tout en étant impliquée sur l’ensemble trise simultanée de nombreuses technologies (matériel, logiciel, de la micro-électronique (ST Microelectronics, Soitec, etc.). contenu et réseau) permettant le développement d’applications, La France est un des pays de référence dans le domaine des services et contenus multimédias enrichis, en prenant en compte télécommunications autour d’opérateurs et d’équipemen- une multitude d’interfaces. Cette maîtrise des compétences peut tiers majeurs avec un rayonnement mondial (France Télécom, se faire aussi bien par des doubles ou triples compétences que Alcatel-Lucent, Sagem, Thales, etc.) et profite d’un marché par des bonnes organisations de travail en équipe. La formation assez développé de services télécoms, notamment en haut est donc critique pour le développement des TIC. débit, sur lequel des innovantes majeures comme l’IPTV ont L’utilisateur doit par ailleurs être capable d’utiliser les nou- été développées. veaux produits et services, sans forcément maîtriser l’ensem- ble des technologies. Les industriels doivent donc proposer Figure 4 : Taux de pénétration du haut débit en 2009 des solutions intuitives centrées sur les usages plus que sur en % de la population les technologies. Analyse de la position de la France Le poids de la R&D Source : IDATE Les efforts de R&D dans les TIC en France se situent légèrement au-dessus de la moyenne européenne, mais restent en retrait par rapport à d’autres pays comme les États-Unis, le Japon et sur- Figure 5 : Nombre de foyers TV recevant les programmes tout la Corée du Sud. La France n’est pas représentée dans tous de télévision sur leur poste principal par l’intermédiaire les segments (faible par exemple en électronique grand public d’un abonnement ADSL ou en logiciels middleware), mais dispose en revanche d’acteurs industriels ou de laboratoires de recherche reconnus comme des acteurs de référence mondiale dans certains sous-segments majeurs pour le développement de l’industrie des TIC. Figure 3 : Poids de la R&D dans les TIC en % du PIB Source : IDATE d’après opérateurs Source : The 2010 Report on R&D in ICT in the European Union 70 TECHNOLOGIES CLÉS
  • 14. Technologies de l’information et de la communication La France est aussi dans les pays majeurs en ce qui concerne le C’est aussi une des plus importantes industries du service infor- développement des objets connectés, autour du M2M (Machine- matique au niveau mondial, derrière les États-Unis et le Japon, to-Machine) et de l’Internet des objets, autour des opérateurs, et l’une de celles qui s’est le plus internationalisé à l’instar d’un de fournisseurs de modules M2M (Gemalto, etc.), et de jeunes Capgemini ou d’un Atos Origin. Selon PAC, en chiffres d’affai- pousses (Violet, WiThings, etc.). res services informatiques, ces sociétés sont respectivement Dans le domaine du contenu numérique, la France dispose septième et treizième acteurs mondiaux. d’un rayonnement mondial au niveau de la 3D, de la réalité Enfin, et c’est peut-être là l’atout majeur de la France, il y a aussi virtuelle et de la réalité augmentée via des acteurs majeurs dans l’hexagone d’excellentes compétences informatiques et (Dassault Systems, Thales, Total Immersion, etc.) et une forma- une des meilleures écoles de mathématiques au monde. En effet tion reconnue internationalement mais aussi dans la concep- la France est le second pays qui a le plus gagné de médailles tion et la fabrication de systèmes de vidéo et d’image numé- Fields, avec onze médailles (dont celle de 2010) contre treize rique pour les professionnels (Technicolor, etc.). La France est pour les États-Unis, le premier de ce classement. L’informatique aussi un acteur majeur dans le domaine de la numérisation de étant une évolution connexe des mathématiques, celles-ci contenu, autour notamment de la vidéo (INA) et des livres (BNF). sont donc vitales pour des technologies telles que l’algorith- Europeana, projet de bibliothèque numérique leader en Europe, mique, les systèmes complexes, les systèmes de systèmes, compte aujourd’hui plus de sept millions d’œuvres numérisés l’intelligence artificielle… dont 30 % ont été fournis par la France. Dispositifs d’accompagnement Figure 6 : Poids des pays fournisseurs de contenus De nombreux dispositifs d’accompagnement permettent à dans Europeana, juin 2010 l’industrie française d’accélérer son développement dans l’in- dustrie des TIC : • pôles de compétitivité (Images et Réseaux, Cap Digital, Systematic, SCS, AESE, Finances@innovation, Medicen, Advancity, etc.) ; • ANR (Agence nationale de la recherche) ; • soutien aux projet de R&D stratégique du ministère de l’Industrie ; Source : Europeana • Rapid (Régime d’appui aux PME pour l’innovation duale) du ministère de la Défense ; • AII (Agence de l’innovation industrielle) ; • appels thématiques du gouvernement (Serious Game, NFC/ La France occupe une position moyenne en général dans les RFID, etc.) ; matériels, logiciels, et services informatiques en deçà de l’Alle- • volet numérique du grand emprunt (infrastructure télécom, magne et de la Grande Bretagne, légèrement au dessus de son numérisation, etc.) ; poids au niveau du PIB (6 % de la dépense informatique mon- • Clusters Eurêka (Celtic, Itea, Medea/Catrene, Euripides, etc.) ; diale selon PAC). • FTI Carene et Artemis ; Dans ce domaine, les principaux atouts de la France sont son • institut de recherche technologique du grand emprunt ; expertise quasiment unique (à part les États-Unis) dans les • réseaux de recherche (RNTL, Riam, RNRT) ; systèmes embarqués les plus complexes qui sont utilisés par • instituts Carnot ; l’aérospatial et le militaire : ce marché représente plus de 15 % • société civile du calcul intensif ; de la dépense informatique globale, un des taux les plus élevés • FSI (Caisse des dépôts) ; au monde (données PAC). La France possède des champions de • Oséo ; niveau mondial dans ce domaine, comme Altran. • crédit d’impôt recherche (CIR) ; C’est aussi le pays le plus intensif en logiciel libre au monde (nom- • statut des jeunes entreprises innovantes (JEI). bre de projets par rapport à la population) selon une étude de GeorgiaTech publiée en 2009. Cela lui permet de combler cer- taines de ses faiblesses dans les logiciels d’infrastructure. Facteurs de diffusion La France est aussi un des pays où la pénétration des architec- Plusieurs facteurs majeurs doivent contribuer à l’essor de ces tures orientées services est la plus forte (d’après le Gartner), ce technologies. La mise en place de standards ou au moins qui lui permet d’avoir des systèmes plus efficaces et plus alignés de solutions interopérables permet d’accélérer la diffusion avec les besoins métiers mais aussi d’aller plus facilement vers des technologies, en s’appuyant ainsi sur une production de l’informatique en nuages. masse et des prix unitaires plus faibles (aussi bien en matériel qu’en logiciel). Un résultat analogue peut être obtenu via une bonne organisation de l’écosystème, via notamment des plates- formes autour d’un acteur majeur. TECHNOLOGIES CLÉS 71
  • 15. L’infrastructure de communication de haut niveau an France Freins économiques à la diffusion est aussi un atout pour la diffusion des TIC. Les principaux freins à la diffusion des technologies évoquées La fiscalité française autour de l’innovation est l’une des plus sont d’ordre technique et économique. D’un point de vue tech- intéressantes en Europe et aide de nombreuses jeunes pous- nique, les performances réellement constatées ne sont pas tou- ses à se développer. jours au rendez-vous en dehors des laboratoires de test, notam- L’un des facteurs les plus importants est la présence en France ment pour les solutions sans fil. D’une manière générale, les d’un nombre important de grandes entreprises mondiales, voire déploiements à grande échelle de certaines technologies res- de champions, dans des domaines très consommateurs de TIC tent complexes et leur usage parfois peu aisé pour le grand comme le militaire, l’aérospatial, les télécoms, la finance… public. La cohabitation d’un nombre croissant d’applications, Un autre facteur majeur est la capacité des développeurs, voire de services et de terminaux par utilisateurs rend complexe l’in- éventuellement des utilisateurs, à maîtriser les différentes tech- troduction de toute nouveauté. nologies clés au cœur de la convergence numérique. La mise Le problème est toutefois souvent avant tout économique, la en place de formations pluridisciplinaires va clairement dans plupart des limitations techniques (des exceptions existent tou- ce sens. tefois autour par exemple du spectre ou des grands systèmes Le dernier facteur, et sûrement le plus important est l’arrivée dans d’information) pouvant être résolues par des investissements la vie active d’une classe d’âge -la génération Y- qui a grandi, et supplémentaires. Mais la difficulté provient justement de ce ce dès le plus jeune âge avec les TIC. Ces jeunes actifs ont une que de nombreux services et produits TIC s’appuient sur des affinité particulière pour l’utilisation des TIC et surtout les avan- modèles économiques instables et/ou nécessitent des inves- tages qu’ils procurent. Ils devraient fortement participer à la tissements initiaux colossaux (fibre, LTE, RFID, etc.). diffusion des TIC dans notre économie. L’informatique en nuages va nécessiter de lourds investisse- ments et peu d’entreprises en seront capables. De plus le pas- 72 TECHNOLOGIES CLÉS