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CHAPITRE 03 : les différents courants de l’ergonomie.
Lorsque que l’on parle d’ergonomie, il était nécessaire de distinguer deux courants :
• Le courant anglo-saxon dont les recherches étaient à l’origine menées
essentiellement en laboratoire pour améliorer les connaissances sur l’homme. Mais ces
recherches manquaient parfois de réalisme par rapport au monde réel du travail. Les Anglo-
saxons sont alors venus chercher les méthodes des ergonomes francophones.
• Dans ce second courant, appelé Ergonomie de Langue Française, mais aussi analyse
Ergonomique de Tradition Française (AETF) ou encore Ergonomie de l’activité, des
scientifiques comme Faverges ou Jacques Leplat ont insisté, dès les années soixante, sur
l’importance de l’analyse de l’activité du travailleur en situation réelle.
C’est deux courants sont complémentaires.
I- Premier courant : l’homme comme machine et l’adaptation de la machine
à l’homme (courant anglo-saxon).
L’ergonomie la plus ancienne, mais encore aujourd’hui la plus répandue, consiste à
prendre en compte les caractéristiques générales de l’homme en général, la « machine
humaine », pour mieux lui adapter les machines et les dispositifs techniques. On l’appelle
« ergonomie des facteurs Humains ». Ce courant a pour préoccupation d’améliorer la
qualité et la fiabilité des outils de mesures des risques auxquels sont exposés les travailleurs,
dans le but souvent de comparer ces risques à des données de référence permettant d’évaluer
la dangerosité du travail.
Cette ergonomie centrée sur l’utilisateur est l’approche classique, la plus répandue, et
la plus connue du grand public, pour qui « ergonomie » réfère à santé, confort facilité d’usage.
On la considère comme une ergonomie des premiers soins, elle s’intéresse aux postures
pénibles, cadences insoutenables, chaleur excessives, perceptions visuelles difficiles, notices
incompréhensibles. Elle part des caractéristiques humaines générales, éléments descriptifs de
l’anatomie, de la biomécanique, de la physiologie et de la psychologie expérimentale.
***a- les caractéristiques de la « machine humaine » :
-Caractéristiques anthropométriques : hauteur, taille des différents segments
corporels, poids. On distingue des sous-populations : homme, femme et enfants…
2
-Caractéristiques liées à l’effort musculaire : les contractions musculaires sont
étudiées directement par électromyographie ainsi que la consommation d’oxygène et le
rythme cardiaque qui sont utilisés comme des indices des dépenses énergétique.
- Caractéristiques liées à l’influence de l’environnement physique : on étudie les effets
de la chaleur et du froid, les poussières, les agents toxiques, le bruit, les vibrations, plus
récemment les accélérations brusques. Là l’ergonomie s’associe à la médecine du travail.
-Caractéristiques psychophysiologiques : on étudie l’œil et les performances visuelles,
l’oreille et les performances auditives, en premier lieu dans la vision nocturne, l’audition dans
le bruit par exemple, mais aussi l’olfaction, le toucher, les temps de réactions.
- Caractéristiques des rythmes circadiens : ils règlent l’activité biologique pendant
vingt-quatre heures, l’alternance veille-sommeil en particulier. On étudie l’influence de leurs
perturbations (dues au travail en équipes alternées par exemple) sur le sommeil, et plus
généralement sur la santé.11
b-l’adaptation de la machine à l’homme :
Les connaissances et les données accumulées sur l’utilisateur (c'est-à-dire la machine
humaine) permettent aux ergonomes de concevoir des dispositifs et des outils qu’ils veulent
adaptés, et facile à utiliser, dans une optique de simplification.
L’utilisateur considéré est un travailleur pris sous ses traits les plus génériques. Les
situations de travail prises en considération sont limitées aux postes de travail : les sièges, les
espaces de travail.
Les mécanismes de base de l’anatomie, la physiologie, la psychophysiologie et, la
psychologie générale, identifiés dans des laboratoires spécialisés, sont utilisés dans la
conception de dispositifs adaptés.
Pour convaincre les concepteurs qu’ils souhaitent voir prendre en compte les facteurs
humains, les ergonomes utilisent des voies directes, sous forme de méthodes ergonomiques,
de grille d’analyse et de cotation des postes, ou des voies indirectes tels que les publications
et les normes.
11 François darses ;Mauricede Montmollin : « L’ergonomie. » ; Ed. La découverte.2006. p.10.
3
Les publications sont constituées, par des manuels qui récapitulent les diverses
caractéristiques de la « machine humaine », et qui montre sur des exemples choisis comme
significatifs les applications qu’on peut en faire pour y adapter au mieux les dispositifs
techniques.
L’ergonomie ne se préoccupe pas seulement d’éviter aux travailleurs les postes de
travail fatigants et dangereux à l’excès, elle se soucie de les mettre dans les meilleures
conditions de travail possibles. C’est pourquoi l’optimisation de ces conditions de travail vise
autant à améliorer la performance qu’à éviter l’accident ou la fatigue excessive. C’est dans
cette perspective que se situent les manuels classiques :
-Les caractéristiques anthropométriques aboutissent à des propositions concernant
l’espace de travail : hauteur des sièges et des tables, inclinaison des consoles, dimensions des
cabines ; prise en compte des postures auxquels obligent certains dispositifs ;
Les caractéristiques concernant l’effort musculaire permettent de proposer de
meilleurs outils (par exemple des pelles aux pinces manuelles).
-les études sur le bruit et la chaleur ont donné lieu à de nombreuses prescriptions en
vue diminuer les nuisances à leur source
-la connaissance des caractéristiques psychophysiologiques a permis de mieux adapter
les éclairages en évitant les luminosités insuffisantes que les contrastes éblouissants
-les études sur le vieillissement ont permis de mettre en garde contre la conception de
dispositif réservé exclusivement à une catégorie de travailleurs « normaux ». 12
Cette ergonomie fait l’économie d’une analyse de travail des opérateurs-acteurs dans
leurs situations locales spécifiques. Une économie de l’analyse des tâches, ramenées à la
consultation de catalogues préétablis. C’est dans cette perspective qu’ont été publiées des
normes ergonomiques qui définissent des limites à ne pas dépasser, et devraient permettre
ainsi d’éviter des postures pénibles, des températures trop élevées, des atmosphères toxiques,
ou des lectures à l’écran fatigantes. Il est clair que cette ergonomie ne propose ni méthode, ni
concept, ni grille susceptible de servir l’analyse d’une organisation de la maîtrise de risques
majeurs. L’approche de l’ergonomie centrée sur l’utilisateur standard peine à s’aventurer sur
le domaine de la psychologie cognitive, cherchant vainement à y identifier des mécanismes de
bases, et à y édicter des normes. Cette approche ne semble pas pertinente. 13
12 François darses ;Mauricede Montmollin : « L’ergonomie. » ; Ed. La découverte.2006. p.13.
13 Emmanuel Plot: « Quelleorganisation pour la maîtrisedes risques industrielsmajeurs ? Mécanismes
cognitifs et comportementaux. » ; ed. L’Harmattan. 2007.P.27.
4
II- Second courant : L’homme comme acteur dans un système de travail.
(courant Français).
Cependant, dans la perspective de concevoir des postes de travail sur les standards
humains, s’est profilée la question de savoir « à quel homme le travail devait être adapté »
(Wisner, 1995). Les travailleurs ne sont pas taillés sur le même moule ; ils présentent des
caractéristiques différentes telles l’âge, le sexe, la taille. Si on peut parler de diversité et de
variabilité de l’homme au travail, il faut parler aussi de la diversité et de la variabilité des
situations dans lesquelles prend lieu l’activité productive (Daniellou, & Béguin, 2004). Cette
prise en compte de la variabilité humaine et de la diversité des situations a poussé les
ergonomes francophones à « sortir du laboratoire » où l’on déterminait les seuils de tolérance
au bruit, à la lumière, à certaines postures de manière universelle, applicable à tout humain et
transférable à toute situation, pour aller sur le terrain à la rencontre des travailleurs (Wisner,
1995). C’est précisément ce qui différencie une ergonomie de langue française, plus
adéquatement désignée comme ergonomie de l’activité parce que centrée sur l’activité
humaine et non sur les objets techniques (Laville, 2004; Montmollin, 1986). Elle répond au
besoin de mener des interventions dans les entreprises à la demande des milieux de travail
pour améliorer les conditions de travail sur la base d’analyses en situation
Si l’ergonomie s’intéresse à l’efficacité des systèmes homme-machine dans leur
caractère normatif et la conception de produit dans le courant anglo-saxon. L’ergonomie
Francophone se spécialise dans la compréhension de l’activité réelle du travail. Les principes
et méthodes e l’ergonomie francophone pour l’analyse d’une situation de travail s’appuient
sur la distinction entre le travail prescrit (ou la tâche) et le travail réel (ou activité réelle). Le
travail prescrit correspond à la prescription de ce qui est attendu et qui devrait être fait dans un
contexte particulier, de même qu’à l’objectif qui doit être atteint. Le travail réel quant à lui
(ou l’activité) est considéré comme le point de rencontre des contraintes et ressources diverses
et non stables qui proviennent des exigences de la tâche et de l’environnement matériel et
humain d’un coté, et, de l’autre, des caractéristiques, contraintes et ressources internes,
propres à l’opérateur, diverses et non stables, elle aussi. 14
14 Jeau-Paul Martinez, Gérard Boutin : « La prévention de l’échec Scolaire. ».ed . presse universitairedu
Quebec.2008. P.128.
5
a-Qu’est-ce que l’analyse ergonomique du travail ?
Pour mener de telles interventions, ce courant de l’ergonomie mobilise une
méthodologie spécifique : l’analyse ergonomique du travail. Cette analyse du travail « vise à
produire des connaissances comme à orienter les actions en vue de la transformation du
travail » (Leplat, 1997, p. 107). C’est une méthodologie d’intervention qui se décompose en
six étapes (Daniellou, 1996; Guérin, Laville, Daniellou, Duraffourg, & Kerguelen, 1991;
Wisner, 1995) au cours desquelles plusieurs méthodes peuvent être convoquées.
L’analyse de la demande vise tout d’abord à évaluer jusqu’à quel point la commande
formulée par l’entreprise correspond au problème réel qui semble se manifester. On peut
faire une distinction entre la demande officielle et le besoin réel. Une demande officielle
peut dissimuler un autre problème ou des enjeux plus profonds que n’est prête à l’admettre
dans un premier temps l’organisation. Par ailleurs, il importe aussi de se tourner du côté des
travailleurs afin de jauger comment ils comprennent la demande. L’analyse de la situation,
deuxième étape, vise à observer l’environnement, à prendre connaissance de la situation, du
contexte. L’analyse de la tâche arrive en troisième lieu et permet d’identifier ce que doivent
faire les opérateurs, ce que sont les procédures, les prescriptions. La quatrième étape,
l’analyse de l’activité, vise à dégager, in situ, ce que font réellement les acteurs.
Cinquièmement, la formulation du diagnostic peut dès lors suivre en tant qu’hypothèse sur la
situation, hypothèse qui devra être validée par les partenaires, opérateurs et décideurs de
l’entreprise. Ce n’est qu’à la sixième étape, après la validation, que se retrouve la formulation
de recommandations sous forme de pistes pour améliorer le travail ou résoudre le problème
de départ. C’est la quatrième étape (l’analyse de l’activité) qui représente en fait le cœur de
l’analyse ergonomique du travail. Elle consiste à procéder à une observation fine des gestes
des travailleurs, souvent en les faisant verbaliser. Au fondement de la démarche ergonomique
francophone, il y a donc ce regard précis sur l’activité de travail, non pas pour l’expliquer en
rapport à la personnalité de travailleurs, mais comme réponse à des contraintes
organisationnelles, aux conditions de travail. Les techniques utilisées dans ce dessein sont
multiples et comprennent les entretiens sur l’activité, l’observation, l’étude des traces et
l’expérimentation (Leplat, 2000; Noulin, 1996; Spérandio, 1980).15
15 Frédéric Yvon, Roseline Garon. : « Une forme d’analyse du travail pourdévelopper et connaître le travail
enseignant : l’auto confrontation croisée. » ; RECHERCHES QUALITATIVES −VOL.26(1), 2006, pp. 53.
ISSN 1715-8705 – http://www.recherche-qualitative.qc.ca/Revue.html
6
Cette approche de l’ergonomie ne cherche plus à améliorer le travail de l’utilisateur
abstrait et anonyme, mais celui d’opérateur réel et identifié. Elle privilégie la dynamique de
l’activité humaine dans le travail plutôt que la permanence des caractéristiques physiques et
physiologiques. Le travail est analysé comme un processus ou interagissent l’opérateur,
capable d’initiatives et de réactions, et son environnement sociotechnique, lui aussi évolutif et
modifiable. Le travail prend un sens dans toutes les acceptations du terme.
La dimension temporelle est essentielle. Sans elle, l’ergonome ne pourrait prendre en
compte ce dont il se délecte aujourd’hui : les stratégies de l’opérateur pour s’adapter et pour
adapter, les diagnostics qu’il élabore progressivement et les problèmes qu’il résout, les
incidents auxquels il participe et l’historique de leurs « récupérations ».
Une telle ergonomie, autant cognitive qu’anthropométrique ou physiologique, ne
résout pas, répétons-le, les mêmes problèmes que l’ergonomie des facteurs humains. Elle vise
autant l’intervention sur les lieux mêmes de la production que celle qui a lieu au sein des
bureaux d’études. C’est dans l’atelier, la salle de commande, le bureau et le service des
méthodes qu’intervient cet ergonome, afin d’améliorer localement le travail, c'est-à-dire
l’interaction entre l’opérateur et sa tâche, que ce soit pour améliorer le présent ou pour
concevoir le futur.16
Les acteurs du domaine reconnaissent un caractère spécifique à l’ergonomie de langue
française. Cette spécificité se caractérise par le fait que l’ergonomie francophone est centrée
sur l’analyse ergonomique de l’activité en situation et situe les travailleurs comme sujets
actifs dans cette analyse. L’ergonomie de langue française ne cherche donc pas à traiter des
fonctions (psychologiques, physiologiques…) de l’homme mais de ses actions dans lesquelles
sont engagées ses fonctions. De plus :
- -ci
devenant un objet d’étude.
-Elle s’est ouverte aux besoins nés de l’évolution de la population active et du travail
et elle a engagé des dialogues avec les autres disciplines concernées par le travail.
- seignement
que dans les entreprises.
16 François darses ;Mauricede Montmollin : « L’ergonomie. » ; Ed. La découverte.2006. p.15.
7
b-distinction entre les deux courants :
Comme le suggère Montmollin (1998), les distinctions entre ces courants reposent
davantage sur des discours que sur une connaissance des pratiques réelles des intervenants en
ergonomie. Or, notre expérience du milieu suggère que la réalité rend difficile, pour le client,
l’association des pratiques des divers ergonomes à l’un ou l’autre de ces deux courants. Deux
phénomènes sont ici en cause.
D’abord, les termes et techniques utilisés par les intervenants portent à confusion. Par
exemple, certains qualifieront de « diagnostic d’activité » les mesures (hauteur du plan de
travail, ambiance lumineuse, etc.) et les calculs statistiques sur les comportements posturaux
et gestuels réalisés au poste pour juger de son degré d’adéquation aux normes ergonomiques.
Il faut être un client très averti pour savoir que la démarche, pourtant fondée sur des
observations sur le terrain (et éventuellement des enregistrements vidéo) ne permet pas
nécessairement de documenter « la conduite des opérateurs de leur point de vue ».
Ensuite, plusieurs interventions ergonomiques se situent en fait dans une zone grise,
quelque part entre le Human factors « pur » et l’Ergonomie centrée sur l’activité « pure ». En
d’autres termes, entre ces deux pôles se profilent une panoplie de pratiques qui ne peuvent
être exclusivement et strictement associées à l’un ou l’autre des deux courants. D’abord, parce
que ces deux courants peuvent être considérés comme complémentaires plutôt
qu’opposés (Montmollin, 1997) : l’intervenant formé à l’analyse d’activité aura aussi
éventuellement recours aux données issues du Human factors (bien que la mise aux normes
sera assujettie à la conception d’un poste autour d’une activité, comme nous le verrons plus
loin) ; en retour, une application “intelligente” des normes requiert généralement de connaître
un tant soit peu la logique que cachent les comportements observables des opérateurs. 17
Tableau récapitulatif des différences entre les courants d’ergonomies
17 Fernande Lamonde , Micheline Beaudoin , Philippe Beaufort. : « Besoin d’un ergonome : quand et lequel ? ».
La prévention autroisième millénaire : l’action au quotidien, Comptes rendus du 22e congrès de l’Association québécoise pour
l’hygiène, la santé et la sécurité du travail, Québec : 22-25 mai 2000,P. 25.
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Thème04

  • 1. 1 CHAPITRE 03 : les différents courants de l’ergonomie. Lorsque que l’on parle d’ergonomie, il était nécessaire de distinguer deux courants : • Le courant anglo-saxon dont les recherches étaient à l’origine menées essentiellement en laboratoire pour améliorer les connaissances sur l’homme. Mais ces recherches manquaient parfois de réalisme par rapport au monde réel du travail. Les Anglo- saxons sont alors venus chercher les méthodes des ergonomes francophones. • Dans ce second courant, appelé Ergonomie de Langue Française, mais aussi analyse Ergonomique de Tradition Française (AETF) ou encore Ergonomie de l’activité, des scientifiques comme Faverges ou Jacques Leplat ont insisté, dès les années soixante, sur l’importance de l’analyse de l’activité du travailleur en situation réelle. C’est deux courants sont complémentaires. I- Premier courant : l’homme comme machine et l’adaptation de la machine à l’homme (courant anglo-saxon). L’ergonomie la plus ancienne, mais encore aujourd’hui la plus répandue, consiste à prendre en compte les caractéristiques générales de l’homme en général, la « machine humaine », pour mieux lui adapter les machines et les dispositifs techniques. On l’appelle « ergonomie des facteurs Humains ». Ce courant a pour préoccupation d’améliorer la qualité et la fiabilité des outils de mesures des risques auxquels sont exposés les travailleurs, dans le but souvent de comparer ces risques à des données de référence permettant d’évaluer la dangerosité du travail. Cette ergonomie centrée sur l’utilisateur est l’approche classique, la plus répandue, et la plus connue du grand public, pour qui « ergonomie » réfère à santé, confort facilité d’usage. On la considère comme une ergonomie des premiers soins, elle s’intéresse aux postures pénibles, cadences insoutenables, chaleur excessives, perceptions visuelles difficiles, notices incompréhensibles. Elle part des caractéristiques humaines générales, éléments descriptifs de l’anatomie, de la biomécanique, de la physiologie et de la psychologie expérimentale. ***a- les caractéristiques de la « machine humaine » : -Caractéristiques anthropométriques : hauteur, taille des différents segments corporels, poids. On distingue des sous-populations : homme, femme et enfants…
  • 2. 2 -Caractéristiques liées à l’effort musculaire : les contractions musculaires sont étudiées directement par électromyographie ainsi que la consommation d’oxygène et le rythme cardiaque qui sont utilisés comme des indices des dépenses énergétique. - Caractéristiques liées à l’influence de l’environnement physique : on étudie les effets de la chaleur et du froid, les poussières, les agents toxiques, le bruit, les vibrations, plus récemment les accélérations brusques. Là l’ergonomie s’associe à la médecine du travail. -Caractéristiques psychophysiologiques : on étudie l’œil et les performances visuelles, l’oreille et les performances auditives, en premier lieu dans la vision nocturne, l’audition dans le bruit par exemple, mais aussi l’olfaction, le toucher, les temps de réactions. - Caractéristiques des rythmes circadiens : ils règlent l’activité biologique pendant vingt-quatre heures, l’alternance veille-sommeil en particulier. On étudie l’influence de leurs perturbations (dues au travail en équipes alternées par exemple) sur le sommeil, et plus généralement sur la santé.11 b-l’adaptation de la machine à l’homme : Les connaissances et les données accumulées sur l’utilisateur (c'est-à-dire la machine humaine) permettent aux ergonomes de concevoir des dispositifs et des outils qu’ils veulent adaptés, et facile à utiliser, dans une optique de simplification. L’utilisateur considéré est un travailleur pris sous ses traits les plus génériques. Les situations de travail prises en considération sont limitées aux postes de travail : les sièges, les espaces de travail. Les mécanismes de base de l’anatomie, la physiologie, la psychophysiologie et, la psychologie générale, identifiés dans des laboratoires spécialisés, sont utilisés dans la conception de dispositifs adaptés. Pour convaincre les concepteurs qu’ils souhaitent voir prendre en compte les facteurs humains, les ergonomes utilisent des voies directes, sous forme de méthodes ergonomiques, de grille d’analyse et de cotation des postes, ou des voies indirectes tels que les publications et les normes. 11 François darses ;Mauricede Montmollin : « L’ergonomie. » ; Ed. La découverte.2006. p.10.
  • 3. 3 Les publications sont constituées, par des manuels qui récapitulent les diverses caractéristiques de la « machine humaine », et qui montre sur des exemples choisis comme significatifs les applications qu’on peut en faire pour y adapter au mieux les dispositifs techniques. L’ergonomie ne se préoccupe pas seulement d’éviter aux travailleurs les postes de travail fatigants et dangereux à l’excès, elle se soucie de les mettre dans les meilleures conditions de travail possibles. C’est pourquoi l’optimisation de ces conditions de travail vise autant à améliorer la performance qu’à éviter l’accident ou la fatigue excessive. C’est dans cette perspective que se situent les manuels classiques : -Les caractéristiques anthropométriques aboutissent à des propositions concernant l’espace de travail : hauteur des sièges et des tables, inclinaison des consoles, dimensions des cabines ; prise en compte des postures auxquels obligent certains dispositifs ; Les caractéristiques concernant l’effort musculaire permettent de proposer de meilleurs outils (par exemple des pelles aux pinces manuelles). -les études sur le bruit et la chaleur ont donné lieu à de nombreuses prescriptions en vue diminuer les nuisances à leur source -la connaissance des caractéristiques psychophysiologiques a permis de mieux adapter les éclairages en évitant les luminosités insuffisantes que les contrastes éblouissants -les études sur le vieillissement ont permis de mettre en garde contre la conception de dispositif réservé exclusivement à une catégorie de travailleurs « normaux ». 12 Cette ergonomie fait l’économie d’une analyse de travail des opérateurs-acteurs dans leurs situations locales spécifiques. Une économie de l’analyse des tâches, ramenées à la consultation de catalogues préétablis. C’est dans cette perspective qu’ont été publiées des normes ergonomiques qui définissent des limites à ne pas dépasser, et devraient permettre ainsi d’éviter des postures pénibles, des températures trop élevées, des atmosphères toxiques, ou des lectures à l’écran fatigantes. Il est clair que cette ergonomie ne propose ni méthode, ni concept, ni grille susceptible de servir l’analyse d’une organisation de la maîtrise de risques majeurs. L’approche de l’ergonomie centrée sur l’utilisateur standard peine à s’aventurer sur le domaine de la psychologie cognitive, cherchant vainement à y identifier des mécanismes de bases, et à y édicter des normes. Cette approche ne semble pas pertinente. 13 12 François darses ;Mauricede Montmollin : « L’ergonomie. » ; Ed. La découverte.2006. p.13. 13 Emmanuel Plot: « Quelleorganisation pour la maîtrisedes risques industrielsmajeurs ? Mécanismes cognitifs et comportementaux. » ; ed. L’Harmattan. 2007.P.27.
  • 4. 4 II- Second courant : L’homme comme acteur dans un système de travail. (courant Français). Cependant, dans la perspective de concevoir des postes de travail sur les standards humains, s’est profilée la question de savoir « à quel homme le travail devait être adapté » (Wisner, 1995). Les travailleurs ne sont pas taillés sur le même moule ; ils présentent des caractéristiques différentes telles l’âge, le sexe, la taille. Si on peut parler de diversité et de variabilité de l’homme au travail, il faut parler aussi de la diversité et de la variabilité des situations dans lesquelles prend lieu l’activité productive (Daniellou, & Béguin, 2004). Cette prise en compte de la variabilité humaine et de la diversité des situations a poussé les ergonomes francophones à « sortir du laboratoire » où l’on déterminait les seuils de tolérance au bruit, à la lumière, à certaines postures de manière universelle, applicable à tout humain et transférable à toute situation, pour aller sur le terrain à la rencontre des travailleurs (Wisner, 1995). C’est précisément ce qui différencie une ergonomie de langue française, plus adéquatement désignée comme ergonomie de l’activité parce que centrée sur l’activité humaine et non sur les objets techniques (Laville, 2004; Montmollin, 1986). Elle répond au besoin de mener des interventions dans les entreprises à la demande des milieux de travail pour améliorer les conditions de travail sur la base d’analyses en situation Si l’ergonomie s’intéresse à l’efficacité des systèmes homme-machine dans leur caractère normatif et la conception de produit dans le courant anglo-saxon. L’ergonomie Francophone se spécialise dans la compréhension de l’activité réelle du travail. Les principes et méthodes e l’ergonomie francophone pour l’analyse d’une situation de travail s’appuient sur la distinction entre le travail prescrit (ou la tâche) et le travail réel (ou activité réelle). Le travail prescrit correspond à la prescription de ce qui est attendu et qui devrait être fait dans un contexte particulier, de même qu’à l’objectif qui doit être atteint. Le travail réel quant à lui (ou l’activité) est considéré comme le point de rencontre des contraintes et ressources diverses et non stables qui proviennent des exigences de la tâche et de l’environnement matériel et humain d’un coté, et, de l’autre, des caractéristiques, contraintes et ressources internes, propres à l’opérateur, diverses et non stables, elle aussi. 14 14 Jeau-Paul Martinez, Gérard Boutin : « La prévention de l’échec Scolaire. ».ed . presse universitairedu Quebec.2008. P.128.
  • 5. 5 a-Qu’est-ce que l’analyse ergonomique du travail ? Pour mener de telles interventions, ce courant de l’ergonomie mobilise une méthodologie spécifique : l’analyse ergonomique du travail. Cette analyse du travail « vise à produire des connaissances comme à orienter les actions en vue de la transformation du travail » (Leplat, 1997, p. 107). C’est une méthodologie d’intervention qui se décompose en six étapes (Daniellou, 1996; Guérin, Laville, Daniellou, Duraffourg, & Kerguelen, 1991; Wisner, 1995) au cours desquelles plusieurs méthodes peuvent être convoquées. L’analyse de la demande vise tout d’abord à évaluer jusqu’à quel point la commande formulée par l’entreprise correspond au problème réel qui semble se manifester. On peut faire une distinction entre la demande officielle et le besoin réel. Une demande officielle peut dissimuler un autre problème ou des enjeux plus profonds que n’est prête à l’admettre dans un premier temps l’organisation. Par ailleurs, il importe aussi de se tourner du côté des travailleurs afin de jauger comment ils comprennent la demande. L’analyse de la situation, deuxième étape, vise à observer l’environnement, à prendre connaissance de la situation, du contexte. L’analyse de la tâche arrive en troisième lieu et permet d’identifier ce que doivent faire les opérateurs, ce que sont les procédures, les prescriptions. La quatrième étape, l’analyse de l’activité, vise à dégager, in situ, ce que font réellement les acteurs. Cinquièmement, la formulation du diagnostic peut dès lors suivre en tant qu’hypothèse sur la situation, hypothèse qui devra être validée par les partenaires, opérateurs et décideurs de l’entreprise. Ce n’est qu’à la sixième étape, après la validation, que se retrouve la formulation de recommandations sous forme de pistes pour améliorer le travail ou résoudre le problème de départ. C’est la quatrième étape (l’analyse de l’activité) qui représente en fait le cœur de l’analyse ergonomique du travail. Elle consiste à procéder à une observation fine des gestes des travailleurs, souvent en les faisant verbaliser. Au fondement de la démarche ergonomique francophone, il y a donc ce regard précis sur l’activité de travail, non pas pour l’expliquer en rapport à la personnalité de travailleurs, mais comme réponse à des contraintes organisationnelles, aux conditions de travail. Les techniques utilisées dans ce dessein sont multiples et comprennent les entretiens sur l’activité, l’observation, l’étude des traces et l’expérimentation (Leplat, 2000; Noulin, 1996; Spérandio, 1980).15 15 Frédéric Yvon, Roseline Garon. : « Une forme d’analyse du travail pourdévelopper et connaître le travail enseignant : l’auto confrontation croisée. » ; RECHERCHES QUALITATIVES −VOL.26(1), 2006, pp. 53. ISSN 1715-8705 – http://www.recherche-qualitative.qc.ca/Revue.html
  • 6. 6 Cette approche de l’ergonomie ne cherche plus à améliorer le travail de l’utilisateur abstrait et anonyme, mais celui d’opérateur réel et identifié. Elle privilégie la dynamique de l’activité humaine dans le travail plutôt que la permanence des caractéristiques physiques et physiologiques. Le travail est analysé comme un processus ou interagissent l’opérateur, capable d’initiatives et de réactions, et son environnement sociotechnique, lui aussi évolutif et modifiable. Le travail prend un sens dans toutes les acceptations du terme. La dimension temporelle est essentielle. Sans elle, l’ergonome ne pourrait prendre en compte ce dont il se délecte aujourd’hui : les stratégies de l’opérateur pour s’adapter et pour adapter, les diagnostics qu’il élabore progressivement et les problèmes qu’il résout, les incidents auxquels il participe et l’historique de leurs « récupérations ». Une telle ergonomie, autant cognitive qu’anthropométrique ou physiologique, ne résout pas, répétons-le, les mêmes problèmes que l’ergonomie des facteurs humains. Elle vise autant l’intervention sur les lieux mêmes de la production que celle qui a lieu au sein des bureaux d’études. C’est dans l’atelier, la salle de commande, le bureau et le service des méthodes qu’intervient cet ergonome, afin d’améliorer localement le travail, c'est-à-dire l’interaction entre l’opérateur et sa tâche, que ce soit pour améliorer le présent ou pour concevoir le futur.16 Les acteurs du domaine reconnaissent un caractère spécifique à l’ergonomie de langue française. Cette spécificité se caractérise par le fait que l’ergonomie francophone est centrée sur l’analyse ergonomique de l’activité en situation et situe les travailleurs comme sujets actifs dans cette analyse. L’ergonomie de langue française ne cherche donc pas à traiter des fonctions (psychologiques, physiologiques…) de l’homme mais de ses actions dans lesquelles sont engagées ses fonctions. De plus : - -ci devenant un objet d’étude. -Elle s’est ouverte aux besoins nés de l’évolution de la population active et du travail et elle a engagé des dialogues avec les autres disciplines concernées par le travail. - seignement que dans les entreprises. 16 François darses ;Mauricede Montmollin : « L’ergonomie. » ; Ed. La découverte.2006. p.15.
  • 7. 7 b-distinction entre les deux courants : Comme le suggère Montmollin (1998), les distinctions entre ces courants reposent davantage sur des discours que sur une connaissance des pratiques réelles des intervenants en ergonomie. Or, notre expérience du milieu suggère que la réalité rend difficile, pour le client, l’association des pratiques des divers ergonomes à l’un ou l’autre de ces deux courants. Deux phénomènes sont ici en cause. D’abord, les termes et techniques utilisés par les intervenants portent à confusion. Par exemple, certains qualifieront de « diagnostic d’activité » les mesures (hauteur du plan de travail, ambiance lumineuse, etc.) et les calculs statistiques sur les comportements posturaux et gestuels réalisés au poste pour juger de son degré d’adéquation aux normes ergonomiques. Il faut être un client très averti pour savoir que la démarche, pourtant fondée sur des observations sur le terrain (et éventuellement des enregistrements vidéo) ne permet pas nécessairement de documenter « la conduite des opérateurs de leur point de vue ». Ensuite, plusieurs interventions ergonomiques se situent en fait dans une zone grise, quelque part entre le Human factors « pur » et l’Ergonomie centrée sur l’activité « pure ». En d’autres termes, entre ces deux pôles se profilent une panoplie de pratiques qui ne peuvent être exclusivement et strictement associées à l’un ou l’autre des deux courants. D’abord, parce que ces deux courants peuvent être considérés comme complémentaires plutôt qu’opposés (Montmollin, 1997) : l’intervenant formé à l’analyse d’activité aura aussi éventuellement recours aux données issues du Human factors (bien que la mise aux normes sera assujettie à la conception d’un poste autour d’une activité, comme nous le verrons plus loin) ; en retour, une application “intelligente” des normes requiert généralement de connaître un tant soit peu la logique que cachent les comportements observables des opérateurs. 17 Tableau récapitulatif des différences entre les courants d’ergonomies 17 Fernande Lamonde , Micheline Beaudoin , Philippe Beaufort. : « Besoin d’un ergonome : quand et lequel ? ». La prévention autroisième millénaire : l’action au quotidien, Comptes rendus du 22e congrès de l’Association québécoise pour l’hygiène, la santé et la sécurité du travail, Québec : 22-25 mai 2000,P. 25.
  • 8. 8