ARCHITECTURE FRANÇAISE- VIOLLET LE DUC 4

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ARCHITECTURE FRANÇAISE- VIOLLET LE DUC 4

  1. 1. DICTIONNAIRE RAISONNE DEL ARCHITECTURE FRANÇAISE DU XI* AU XVI* SIÈCLE IV Droits de traduction et de reproduction réservés.
  2. 2. DICTIONNAIRE RAISONNÉ DELARCHITECTURE FRANÇAISE DU XIe AU XVIe SIÈCLE PAB E. VIOLLET- LE- DUC ARCHITECTE TOME QUATRIÈME PARIS LIBRAIRIES - IMPRIMERIES RÉUNIES A5CIBNITB MAISOS MOBEL 5, BUE SAINT - BENOIT, 5
  3. 3. DICTIONNAIRE RAISONNÉ DE LARCHITECTURE FRANÇAISE DU XIe AU XVIe SIÈCLE CONSTRUCTION, s. f. -APERÇU GÉNÉRAL. La construction -- est unescience; cest aussi un art, cesl-a-dire quil faut au conslruclenr lesavoir, lexpérience et un sentiment naturel, (in nail constructeur; lasciencequon acquiert ne peut que développerles germesdéposésdansle cerveau des hommes destinés à donner un emploi utile, une formedurable à la matière brute. Il en est des peuples comme des individus :les uns sont constructeurs dès leur berceau, dautres ne le deviennentjamais;, les progrèsde la civilisation najoutent que peu de chosea cettefaculté native. Larchitecture et la construction doivent être enseignéesou pratiquées simultanément : la construction est le moyen; larchi-tecture, le résultat; et cependant il est des u-uvres darchitecture quine peuvent être considérées comme des constructions, et il est cer-taines constructions quon ne saurait mettre au nombre des Suvresdarchitecture. Quelques animaux construisent, ceux-ci des cellules,ceux-là des nids, des mottes, des galeries, des sorte-, de huttes, desréseaux de fils : ce sont bien là des constructions, ce nest pas de lar-chitecture. Construire, pour larchitecte, cest employer les matériaux, en raisonde leurs qualités et de leur nature propre, avec lidée préconçuede sali>-faire à un besoin par les moyens les plus simples et les plus solides;de donner à la chose construite lapparence de la durée, des propor-tions convenable-;soumisesa certaines règles imposées par les sens,le raisonnement et linstinct humains. Les méthode-, du constructeurdoivent donc varier en raison de la nature des matériaux, des moyensdont il dispose, des besoins auxquels il doit satisfaire et de la civilisa-tion au milieu de laquelle il nail. Les Grecset les Romains ont été constructeurs ; cependant cesdeuxpeuples sont partis de principes opposés,nont pasemployé les mêmes iv. - i
  4. 4. [ CONSTRUCTION ] -2- [ APERÇU ] matériaux, les ont mis »ii iruvre par des moyens différents, et ont sa-tisfait a des besoins qui nétaient point les mêmes. Aussi lapparencedu monument grec d relie du monument romain diffèrent essentiel-lement. Lt>firer nemploie que la plate-bande dans sesconstructions;le Romain emploie larc, et, par suite, la voûte : cela seul indique assezcombien ces principes opposésdoivent produire des constructions fortdissemblable-,,quant aux moyens employés et quant à leur apparence.Nous navons pas à faire connaître ici les origines de ces deux prin-cipes et leurs conséquences;nous prenons larchitecture romaine aupoint où elle est arrivée dans les derniers temps de lempire, car cestla source unique à laquelle le moyen âgeva dabord puiser. Le principe de la construction romaine est celui-ci : établir des pointsdappui présentant, par leur assiette et leur parfaite cohésion, desmassesassezsolides et homogènespour résister au poids et à la pous-séedesvoûtes; répartir ces pesanteurs et pousséessur des piles fixesilont la résistance inerte est suffisante. Ainsi la construction romainenest quune concrétion habilement calculée dont toutes les partiesdépourvuesdélasticité, se maintiennent parles lois de la pesanteur etleur parfaite adhérence. Chez les Grecs, la stabilité est obtenue seule-ment par lobservation judicieuse de lois de la pesanteur; ils ne cher-chent pas ladhérence des matériaux; en un mot, ils ne connaissent ninemploient les mortiers. Les pesanteursnagissant, dans leurs monu-ments, que verticalement, ils nont donc besoin que de résistancesverticales; les voûlt-s leur étant inconnues, ils nont pas à maintenir despressions obliques, ce quon désigne par des poussées.Comment lesRomains procédaient-ils pour obtenir des résistances passiveset uneadhérenceparfaite entre toutes les parties inertes de leurs construc-tions cl les parties actives, cest-à-dire entre les points dappui et lesvoûtes?Ils composaientdes maçonnerieshomogènesau moyen de pe-tits matériaux, de cailloux ou de pierrailles réunis par un mortier excel-lent, et enfermaient ces blocages,élevéspar lits, dans un encaissementde brique, de moellon ou de pierre de taille. Quant aux voûtes, ils lesformaientsur cintresau moyendarcsde brique ou de pierre formantune sorte de réseau, et de béton battu sur couchis de bois. Cette mé-thode présentait de nombreux avantageselle était expéditive; elle :permettaitde construiredanstous lespays des édificessur un mêmeplan; demployerles arméesou les réquisitions pour les élever; elleétait durable, économique; ne demandait quune bonne direction, ennexigeantquun nombre restreint douvriershabiles et intelligents,souslesquelspouvaienttravailler un nombre considérable simples demanSuvres; elle évitait les transports lents et onéreux de gros maté-riaux, les enginspour les élever; elle était enfin la conséquencede létatsocialet politique de la sociétéromaine.LesRomains élevèrent cepen-dant des édifices à linstar des Grecs, comme leurs temples et leursbasiliques; mais ces monuments sont une importation, et doivent êtreplacés en dehors de la véritable construction romaine.
  5. 5. 1 - λ - [ CONSTIU-CTION J Leshordes germaniques envahirent provinces qui les romaines nap-portaient avec pas ellesdesartset desméthodes bâtir, ou du moins deleséléments quellesintroduisaient milieude lacivilisation au romaineexpirantene pouvaientavoir quune bien faible influence.Elles trou-vèrent des monuments bâtis, et elles sen servirent. Longtemps aprèslenvahissementdes barbares sur le sol gallo-romain, il existait encoreun grand nombre dédifires antiques ; ce qui indique que ces conqué-rants ne les détruisirent pastous. Ils tentèrent mêmesouventde lesréparer et bientôt de les imiter. Mais après de si longs désastres, les traditions laisséespar les con-structeurs romains devaient être en grande partie perdues; et sous lesMérovingiens les éditices que lon éleva dans les Gaulesne furent queles reproductions barbares des constructions antiques épargnéesparla guerre ou qui avaient pu résister à un long abandon. Le peu de mo-numents qui nous restent, antérieurs à la période carlovingienne, nenous présentent que des bâtisses dans lesquelles on naperçoit plusquun pâle reflet de lart des Romains, de grossières imitations desédifices dont les restes nombreux couvraient encore le sol. (> nestque sous le règne de Charlemagnequon voit les constructeurs fairequelques tentatives pour sortir de lignorance dans laquelle les sièclesprécédents étaient plongés. Les relations suivies de ce prince aeclOrient, ses rapports avec les Lombards, chez lesquels les dernièrestraditions de lart antique semblent sêtre réfugiées, lui fournirent lesmoyens dattirer près de lui et dans les pays soumis a sa dominationdes constructeurs quil sut utiliser avec un zèle et une persévéranceremarquables. Son but était certainement de faire renaître les arts ro-mains; mais les sourcesauxquelles il lui fallut aller puiser pour arriverà ce résultat sétaient profondément modifiées dans leurs principes.Charlemagne ne pouvait envoyer des architectes étudier les monu-ments de la vieille Rome, puisquil nen avait pas; il ne pouvait de-mander des artistes, des géomètres, des ouvriers habiles quà lOrient,à lEspagne ou à la Lombardie, contrées qui seules en possédaient.Ceux-ciapportaient aveceux des méthodesqui déjà sétaient éloignéesde celles de lantiquité. La renaissancecarlovingienne produisit doncdesrésultats fort différents de ce que son auteur en attendait probable-ment. Après tout, le but était atteint, puisque les nouveaux élémentsimportés en Occident produisirent bientôt des efforts considérables,et quà partir de cette époque les arts progressèrent rapidement. Cestlhistoire de cette progression, au point de vue de la constructionseulement, que nous allons essayerde faire, en renvoyant nos lecteursau mot ARCHITECTURE tout ce qui tient aux développements de cet pourart, du xe au xvie siècle. Pendantla durée de lempire romain, soit à Rome, soitàByzance, il estfacile de reconnaître que les voûtes avaientété la préoccupation domi-nante des constructeurs. De la voûte en berceau ils étaient prompte-ment arrivés à la voûte darête, et de la coupole portée sur un mur cir-
  6. 6. [ CONSTRUCTION J -4- [ APERÇU Juilain> ou lambour, ils étaient arrivés, dans la construction de légliseSaiiile-Sopilie,à la voûte hémisphérique portée sur pendentifs : pasimmense,qui établit une ligne de démarcationtranchéeentreles con-structions romaines de lantiquité et celles du moyen âge. Ni Rome,ni lIlalie, ni les Gaules, ne laissent voir un seul édifice romain danslequel la voùle hémisphérique portée sur pendentifs. soit LégliseSainte-Sophie la première qui nous fournisseun exemplede ce estgenrede construction,et, commechacunsait, cest la plus vastecou-pole qui existe. Commentles architectesromains établis à Byzanceelaienl-ils arrivés à concevoir et à exécuter une construction de cegenre?Cestcequenousne chercherons à démêler.Nousprenons pasI " lail là où, pour la première fois, il se manifesteavec une grandeur,cl une IVanrliisr incontestées. Couvrir une enceinte circulaire par une,>ùlehémisphérique, cétait une idée fort naturelleet qui fut adoptéede, uni1haute antiquité; faire pénétrer des cylindres, des voûtes enberceau dans le tambour circulaire, cétait une conséquence immé-diate de ce premier pas. Maiséleverune coupole hémisphériquesurun plan carré, cest-à-dire sur quatre piles isolées et poséesaux anglesdun carré, ce nétait plus une déduction du premier principe, cétaitune iinioairoiï des plus hardies. Cependantles constructeurs que Charlemagnefit venir de Lombardieet dOrient en Occidentnapportèrent pas aveceux ce mode de construc-tion; ils secontentèrent délever, comme à Aix-la-Chapelle, desvoûtesà base octogonale ou circulaire sur des tambours montant de fond. Cene lui (pie plus lard que les dérivés de la construction byzantine eurentune influence directe en Occident. Quant aux méthodes de bâtir desconstructeurs carlovingiens, elles se rapprochaient des méthodes ro-maines, cest-à-dire quelles consistaient en des massifs de blocagesenfermés dans des parements de brique, de moellon ou de pierre, ouencore de moellon alternant avec,des assisesde brique, le tout main-tenu par des joints épais de mortier, ainsi que le fait voir la figure 1. Nous indiquons en A les assisesde briques triangulaires présentantleur grand côté sur le parement, et en B les assisesde moellons à peuprès réguliers el présentant leurs faces, le plus souvent carrées, surles parements. En G, est figurée une brique dont lépaisseur varie deOm,0ià 0",0o, et en D un moellon de parement. Ce nétait quune con-struction romaine grossièrement exécutée. Mais les Romains nem-ployaient guère cette méthode que lorsquils voulaient revêtir les pa-i "mentsdeplacages marbreou de stuc; sils faisaientdesparements dede pierres de taille, ils posaient celles-ci à joints vifs, sans mortier,MU- leurs lits de carrière, et leur laissaient large assiette,pour que uneces parements devinssent réellement un renfort capable de résisterà une pression que les massifs seuls neussent pu porter. Dès les premiers temps de lépoque carlovingienne, les construc-teursvoulurentaussiéleverdesconstructions parementées pierre de entaille, à 1instar de certaines constructions romaines; mais ils ne dis-
  7. 7. [ APERÇU ] -5- [ r.f,NsTnrmus ]posaientpasdes moyenspuissantsemployés les Romains: ils ne parpouvaientni transporter, ni surtout éleverà.une certainehauteurde.-.blocsde pierre dun fort volume. Ils secontentèrentdonc de lappa-rence, cest-à-dire quils dressèrent des parements formés de placagesde pierre posés délit le plus souvent dunefaibleépaisseur, en et évilanlavec soin les évidements et remplissant les vides laissésentre ces pa-vements par des blocages noyés dans le mortier. Ils allèrent quelque-fois jusquà vouloir imiter la construction romaine dappareil, en po-sant cesplacagesde pierre à joints vifs sans mortier. Il nest pas besoinde dire combien cette construction est vicieuse,dautant que leurs mmtiers étaient médiocres, leur chaux mal cuite ou mal éteinte, leur sableterreux et les blocages extrêmement irréguliers. Uuelquefois aussiils prirent un moyen terme, cest-à-direquils éleveivn! des paremenlsen petites pierres de taille réunies par des lits épais de mortier. Ces essais, ces tâtonnements ne constituaient pas un art. Si, dansles détails de la construction, les architectes faisaient preuve dun très-médiocre savoir, sils ne pouvaient quimiter fort mal les procédés desRomains, à plus forte raison, dans lensemble de leurs bâtisses, .setrouvaient-ils sans cesse acculés à des difficultés quils étaient horsdétat de résoudre : manquant de savoir, ne possédant que des tradi-tions presque effacées, nayant ni ouvriers habiles, ni engins puissants,marchant à tâtons, ils durent faire et ils firent en effet des effort s inuuïjpour élever des édifices dune petite dimension, pour les rendre so-lides et surtout pour les voûter. Cest là quon reconnaît toujours, dansles monuments carlovingiens, linsuffisance des constructeurs, quunpeut constater leur embarras, leurs incertitudes, et souvent même <edécouragement, produit de limpuissance. De cette ignorance mêmedes procédés antiques, et surtout des efforts constants des construc-teurs du ixc au xie siècle, il sortit un art de bâtir nouveau : résultat dex-périences malheureusesdabord, mais qui, répétéesavec persévéranceet une suite non interrompue de perfectionnements, tracèrent une voie
  8. 8. [ CONSTRUCTION ] -6 - f APERÇU Jnon encore frayée. Il ne fallut pas moins de trois siècles pour instruireces barbares; ils purent cependant, après des efforts si lents, se flatterdavoir ouvert aux constructeurs futurs une ère nouvelle qui navaitpris que peu de chose aux arts de lantiquité. Les nécessitésimpé-rieuses avec lesquelles ces premiers constructeurs se trouvèrent auxprises les (.Misèrent à chercher des ressources dans leurs propres ob-sei-Nations plutôt que danslétude des monuments de lantiquité, quilsne connaissaient que très-imparfaitement, et qui, dans la plupart desproinces des Gaules, nexistaient plus quà létat de ruines. Prêts,dailleurs, à semparer des produits étrangers, ils les soumettaientà leurs procédés imparfaits, et, les transformant ainsi, ils les faisaientconcourir vers un art unique dans lequel le raisonnement entrait plusque la tradition. Cette école était dure : ne sappuyant quavec incerti-tude sur le passé,se trouvant en face des besoins dune civilisation oùtout était à créer, ne possédant que les éléments des sciencesexactes,elle navait dautre guide que la méthode expérimentale; mais cetteméthode, si elle nest pas la plus prompte, a du moins cet avantagedélever des praticiens observateurs, soigneux de réunir tous les per-fectionnements qui les peuvent aider. Déjà, dans les édifices du xi« siècle, on voit la construction faire desprogrès sensibles qui ne sont que la conséquence de fautes évitéesavec plus ou moins dadresse; car lerreur et seseffets instruisent plusles hommes que les Suvres parfaites. Ne disposant plus des moyensactifs employés par les Romains dans leurs constructions; manquantde bras, dargent, de transports, de relations, de routes, doutils, den-gins; confines dans des provinces séparées par le régime féodal, lesconstructeurs ne pouvaient compter que sur de bien faibles ressources,et cependant, à cette époque déjà (au xi* siècle), on leur demandaitdélever de vastes monastères, des palais, des églises, des remparts.Il fallait que leur industrie suppléât à tout ce que le génie romain avaitsu organiser, a tout ce que notre état de civilisation moderne nousfournit à profusion. Il fallait obtenir de grands résultats à peu de frais(car alors lOccident était pauvre), satisfaire à des besoins nombreux etpressants sur un sol ravagé par la barbarie. Il fallait que le construc-teur recherchât les matériaux, soccupât des moyens de les trans-porter, combattit lignorance douvriers maladroits, fit lui-même sesobservations les qualités de la chaux,du sable, de la pierre, fit surapprovisionner les bois; il devait être non-seulement larchitecte, maisle carrier, le traceur, lappareilleur, le conducteur, le charpentier, lechaufournier,le maçon,et ne pouvait saiderquede son intelligenceet de son raisonnement dobservateur. nous est facile, aujourdhui Ilquun notaire ou un négociant se fait bâtir une maison sans le secoursdun architecte,de considérercommegrossierscespremiers essais ;mais la sommede géniequil fallait alors à un constructeur pour éle-ver une salle,une église,était certainementsupérieureà ce que nousdemandons un architectede notre temps,qui peut faire bâtir sans à
  9. 9. [ APERÇU ] -7- CONSTRUCTION ]connaître les premiers élémenls de son art, ainsi quil arrive trop sou-vent. Dans ces temps dignorance el de barbarie, les plus intelligents,ceux qui sétaient élevés par leur propre génie au-dessusde louvriervulgaire, étaient seuls capables de diriger une construction; et ladirection des bâtisses, forcément limitée entre un nombre restreintdhommes supérieurs, devait, par cela même, produire des Suvres ori-ginales, dans lexécution desquelles le raisonnement entre pour unegrande part, où le calcul est apparent, et dont la forme est revêtue decette distinction qui est le caractère particulier des constructions rai-sonnéeset sesoumettant aux besoins et aux usagesdun peuple. 11lan!bien reconnaître, dussions-nous être désignés nous-mêmes connuedes barbares, que la beauté dune construction ne réside pas dans lesperfectionnements apportés par une civilisation et une industrie tres-développées,mais dans le judicieux emploi desmatériaux et des moensmis à la disposition du constructeur. Avec nos matériaux si nombreux,les métaux que nous livrent nos usines, avec les ouvriers habiles etinnombrables de nos cités, il nous arrive délever une constructionvicieuse, absurde, ridicule, sans raison ni économie ; tandis quavec dumoellon et du bois, on peut faire une bonne, belle et sageconstruction.Jamais, que nous sachions, la variété ou la perfection de la malièieemployée na été la preuve du mérite de celui qui lemploie; el dex-cellents matériaux sont détestables, sils sont mis en Suvre hors dela place ou de la fonction qui leur convient par un homme dépourvude savoir et de sens. Ce dont il faut senorgueillir, cest du bon et justeemploi des matériaux, et non de la quantité ou de la qualité de cesma-tériaux. Celadit sous forme de parenthèse et pour engager uns lec-teurs à ne pas dédaigner les constructeurs qui navaient a leur dispo-sition que de la pierre mal extraite, du mauvais moellon tire sur lesol, de la chaux mal cuite, des outils imparfaits et de faillies engins :car, avec des éléments aussi grossiers, ces constructeurs peuvent nousenseigner dexcellents principes, applicables dans tous les temps. Etla preuve quils le peuvent, cest quils ont formé une école qui. aupoint de vue de la sciencepratique ou théorique, du judicieux emploides matériaux, est arrivée à un degré de perfection non surpassedansles temps modernes. Permisà ceux qui enseignentlarchitecture sansavoir pratiqué cet art de ne juger les productions architectoniques descivilisations antiques et modernes que sur une apparence, une formesuperticielle qui les séduit ; mais pour nous qui Minimesappelésa con-struire, il nous faut chercher notre enseignement a travers les tenta-tives et les progrès décès architectes ingénieux qui, sortant du néant,avaient tout à faire pour résoudre les problèmes poses par la sociétéde leur temps. Considérer les constructeurs du moyen âge comme desbarbares, parce quils durent renoncer a construire suivant les mé-thodes des Romains, cest ne pas vouloir tenir compte de létat de lasociété nouvelle; cest méconnaître les modifications profondes intro-duites dans les mSurs par le christianisme, appuyé sur le génie des
  10. 10. [ CONSTlii ] i-llnN -8- [ APERÇU]peuples occidentaux; effacer cest plusieurssièclesdun travaillent,maispersistant. seproduisait seinde la société travailquiadé- qui au :veloppe éléments plusactifset lesplusvivaces la civilisation les le-, demoderne, personne nadmire plus que nous lantiquité, personne plusquenousnestdisposé reconnaître supériorité bellesépoques à la desde lart des Grecs et des Homains sur les arts modernes; mais noussomme-,nés au xixc siècle, et nous ne pouvons faire quentre lantiquitéet nous il n ait un travail considérable : des idées, des besoins, desnioyiis étrangers ceux de lantiquité. Il ndusfaut bien tenir compte ade-, nouveaux éléments, des tendances dune société nouvelle. Regret-Ion-, lorganisation sociale de lantiquité, étudions-la avec scrupule,recourons à elle; mais noublions pas que nous ne vivons ni sous Pé-riclès ni sous Auguste; q.ie nous navons pas desclaves,que les troisquartsde 1Kmopenesont plus plongésdanslignoranceet la barbarieau grand avantagedu premier quart ; que la société ne se divise plusen deux portions inégales, la plus forte absolument soumise à lautre;que les besoins se sont étendus a linfini ; que les rouages se sont com-pliqués;quelindustrie anahsesanscesse tous lesmoyens à la dis- misposition de lhomme, les transforme; que les traditions et les formulessont remplacéespar le raisonnement, et quenfin lart, pour subsister,doit connaître le milieu dans lequel il sedéveloppe.Or, la constructiondes édifices, au moyen âge, est entrée dans cette voie toute nouvelle.Nous en gémirons, si lon veut ; mais le lail nen existera pas moins, etnous ne pouvons faire quhier ne soit la veille daujourdhui. Ce quil ya de mieux alors, il nous semble, cest de rechercher dans le travail dela veille ce quil y a dutile pour nous aujourdhui, et de reconnaître sice travail na pas préparé le labeur du jour. Cela est plus raisonnableque de le mépriser. On a prétendu souvent que le moyen âgeest une époque exception-nelle, ne tenant ni à ce qui la précède ni à ce qui la suit, étrangère augénie de notre pays et a la civilisation moderne. Cela peut être soute-nable au point de vue de la politique, quoiquun pareil fait soit fortétrange dans lhistoire du monde, ou tout senchaîne; mais lesprit departi sen mêlant, il nestpas de paradoxequi ne trouve des approba-teurs. En architecture, et surtout en construction, lesprit de parti nesauraitavoir de prise,et nousne voyonspascommentlesprincipesdela liberté civile, commentles lois modernes sousle régimedesquellesnousavonsle bonheur dêtre nés,se trouveraientattaqués,quandonaurait démontré que les constructeurs du xne siècle savaient bien bâ-tir, que ceux du xme siècle étaient fort ingénieux et libres dans lem-ploi desmoyens; quils cherchaient remplir les programmes à quonleur imposaitpar les procédés plus simples les moinsdispen- les etdieux,quils raisonnaient et connaissaient lois de la statique juste lesetde léquilibredesforces. coutume Une peutêtreodieuse oppres- etsive: les abbéset les seigneurs féodaux ont été, si lon veut, desdis-sipateurs, ont exeroi un d°sniïti<ine insupportable, et les monastères
  11. 11. t APERÇU ] - 9- | roNSTlirr.TKiN ]ou leschâteauxquils habitaientpeuvent être cependantconstruitsavecsagesse, économieet unegrande liberté dans lemploi des moyens, l neconstructionnest pasfanatique,o/yy/r.s.s/re, tyi-nnnùjtir;ces épithètesnont pas encore été appliquéesà lassemblagedes pierres, du bois oudu fer. Une construction est bonne ou mauvaise,judicieuse ou dépour-vue de raison. Si nous navons rien à prendre dans le code féodal, cenest pas dire que nous nayons rien à prendre dans les constructionsde ce temps. Un parlement condamnede malheureux Juifs ou sorciersà être brûlés vifs; mais la salle dans laquelle siège ce parlement peutêtre une construction fort bonne et mieux bâtie que celle où nos magis-trats appliquent des lois sages,avec un esprit éclairé, ln homme delettres, un historien dit, en parlant dun chàleau féodal : " Ge repaire« du brigandage, cette demeure des petits despotes tyrannisant leurs« vassaux, en guerre avec leurs voisins.... » Aussitôt chacun de crierharosur le châtelain et sur le château. En quoi les édifices sont-ils lescomplices de ceux qui les ont fait bâtir, surtout si ces éditices ont étéélevés par ceux-là mêmes qui étaient victimes des abus de pouvoirde leurs habitants?Les Grecsnont-ils pas montré, en maintes circon-stances, lintolérance la plus odieuse?Gela nous empêche-t-il dad-mirer le Parthénon ou le temple de Thésée? Il est bien temps, nousle croyons, de neplus nouslaisser éblouir, nousarchitectes, parles discours deceuxqui, étrangersàla pratique de notreart, jugent des Suvres quils ne peuvent comprendre, dont ils ne con-naissent ni la structure, ni le sensvrai et utile, et qui, mus par leurspassions ou leurs goûts personnels, par des études exclusives et unesprit de parti étroit, jettent lanathème surdes artistes dont les efforts,la science et lexpérience pratique nous sont, aujourdhui encore, dungrand secours. Peu nous importe que les seigneurs féodaux fussentdes tyrans, que le clergé du moyen âge ait été corrompu, ambitieux oufanatique, si les hommes qui ont bâti leurs demeuresétaient ingénieux,sils ont aimé leur art et lont pratiqué avecsavoir et soin. Peu nous im-porte quun cachot ait renfermé des vivants pendant des années, si lespierres de ce cachot sont assezhabilement appareillées pour offrir unobstacleinfranchissable; peu nous importe quune grille ait fermé unechambre de torture, si la grille est bien combinée et le fer bien forgé. Laconfusion entre les institutions et les produits des arts ne doit pointexister pour nous, qui cherchonsnotre bien partout où nous pensons letrouver. Ne soyonspasdupes à nos dépens de doctrines exclusives; blâ-mons les mSurs des temps passés, si elles nous semblent mauvaises,mais nen proscrivons pas les arts avant de savoir si nous navons aucunavantage à tirer de leur étude. Laissons aux amateurs éclairés le soin dediscuter la prééminence de larchitecture grecque sur larchitectureromaine, de celle-ci sur larchitecture du moyen âge; laissons-les traitercesquestions insolubles ; écoutons-les, si nous navonsrien de mieux àfaire, discourir sur notre art sanssavoir comment se trace un panneau,setaille et sepose une pierre: il nest point permis de professer la méde- iv. - 2
  12. 12. ( CONSTRUCTION ] III - [ APERÇU Jcinéri mêmela pharmaciesans être médecin apothicaire;niaislar- ouchitecture! cest une nuire affaire. Pour nousrendrecomptedespremierseffortsdes constructeurs dumoyen il fautdabord âge, connaître éléments les dont ils disposaientetlesmoyens pratiques u>a-e en alors. Romains, Les maîtres monde, duaxant su établir un gouvernement régulier, uniforme, au milieu de tantdepeuples unconquis, alliés avaient lesmains ressources entre des quimanquaient absolument provincesdes Cailles diviséesen petits auxKlais.en fractionsinnombrables,par suitederétablissement régime duleodal. Les Romains,lorsquils voulaient couvrir une contrée de monu-mentsdutilité publique, pouvaient jeter sur ce point, à un momentdonné, non-seulementune année de soldatshabitués aux travaux, maisrequérir leshabitants car le système réquisitionsétait pratiquésur desune vaste échelle par les Romains , et obtenir, par le concours de cellemultitude de brus,des résultats prodigieux. Usavaientadopte,pourcon-struire promptemenlet bien,desméthodes saccordaient qui parfaite-ment avec cet état social. Os méthodes, les constructeurs du mo en à^eeussent-ilsvoulu les employer, où auraient-ils trouvé cesannées de tra-vailleurs? Comment faire arriver, dans une contrée dénuée de pierrepar exemple, les matériaux nécessairesà la construction, alors que lesanciennes voies romaines étaient défoncées, que largent manquaitpour acheter ces matériaux, pour obtenir des bêtes de somme: alors(pie cesprovinces eiaient presque toujours en guerre les unes avec lesautres, que chaque abbaye, chaque seigneur se regardait comme unsouverainabsolu dautant plus jaloux de son pouvoir, que les contrée-.sur lesquelles il sétendait étaient exiguës! Comment organiser desréquisitions régulières dhommes là où plusieurs pouvoirs se dispu-taient la prédominance, où les bras étaient à peine en nombre suffisantpour cultiver le sol, on la guerre était létat normal? Comment faireces énormes amas dapprovisionnements nécessairesà la construc-tion romaine la moins étendue? Comment nourrir ces ouvriers sur unmême point? Les ordres religieux, les premiers, purent seuls entre-prendredesconstructionsimportantes 1°parcequils réunissaient : surun seul point un nombre de travailleurs assezconsidérable, unis parune même pensée, soumis à une discipline, exonérés du serice mili-taire, possesseurs territoires sur lesquels vivaient; 2°parcequils de ilsamassèrentdes biens qui saccrurent promptement sous une adminis-tration régulière; quils nouèrent des relations suivies avec les établis-sements voisins, quils défrichèrent, assainirent les terres incultes,tracèrent des routes, sefirent donner ou acquirent les plus riches car-rières,les meilleursbois, élevèrentdesusines,offrirent aux paysansdes garanties relativement sûres, et peuplèrent ainsi rapidement leursterres au détriment de celles des seigneurslaïques; :<parce quilspurent, grâce à leurs privilèges et à la stabilité comparative de leursinstitutions, former, dans le sein de leurs monastères, des écoles dar-tisans soumisà un apprentissage régulier, vêtus,nourris, enlrclenus,
  13. 13. [ PltlNUPES ] - 11 [ CONSTRUCTION ]travaillant sousune même direction, conservantles traditions, enregis-trant lesperfectionnements; parcequeux .seuls 4° alorsétendirentauloin leur influence en fondant des établissements relevant de I al>baemère,quils durent ainsi profiter de tous les effortspartielsqui sefai-saient dans des contrées fort différentes par le climat, les mSurs et leshabitudes. Cest à lactivité des ordre-, religieux que lart de la con-struction dut de sortir, au XIesiècle, de la liai liai ie. Lordre de Gluny,comme le plus considérable (voy. ARCHITECTURE MONASTIOUKI, le pluspuissant et le plus éclairé, fut le premier qui eut une école de construc-teurs dont les principes nouveauxdevaient produire, au xnc siècle, desmonuments affranchis des dernières traditions romaines. Oiiels MUI!cesprincipes? comment sedéveloppèrent-ils? Cest ce que nous devonsexaminer. PRINCIPES.-Pour des principes nouveauxsedéveloppent,en toute quechose,il faut quun état et des besoins nouveauxse manifestent.Quandlordre de Saint-Benoit se réforma auxisiècle, les tendances des réfor-mateurs ne visaient à rien moins quà changer toute une Miciélé <|iii, apeine née, tombait déjà en décomposition. Ces réformateur^., en -en>habiles, commencèrentdonc par abandonner les traditions vermouluesde la sociétéantique : ils partirent de rien, ne voulurent plus des habi-tations à la fois somptueuseset barbares, qui jusqualors avaient servide refuge aux moines corrompus des siècles précédents.Ils se bâtirenteux-mêmesdes cabanesde bois, vécurent au milieu deschamps, pre-nant la vie comme le pourraient faire des hommes abandonnés à leurseule industrie dans un désert. Cespremiers pas eurent une influencepersistante, lorsque même la richesse croissante des monastères, leurimportance au milieu de la société, les portèrent bientôt à changerleurs cahutes contre des demeures durables et bâties avec luxe. Satis-faire rigoureusement au besoin est toujours la première loi observée,non-seulement dans lensemble des bâtiments, mais dans les détails dela construction; ne jamais sacrifier la solidité à une vaine apparencede richesseest la seconde.Cependantla pierre et le bois sont toujoursde la pierre et du bois, et si lon peut employer ces matières dans uneconstruction en plus ou moins grande quantité, leur fonction est lamême chez tous les peuples et dans tous les temps. Quelque riches etpuissants que fussent les moines, ils ne pouvaient espéréeconstruirecomme lavaient fait les Romains. Ils sefforcèrent donc délever desconstructions solides et durables (car ils comptaient bien bâtir pourlavenir) avec économie. Employer la méthode romaine la plus ordi-naire, cest-à-dire en composant leurs constructions de massifs deblocages assis entre des parements de brique ou de moellon, cétaitmettre à lSuvre plus de bras quils nen avaient à leur disposition.Construire au moyen de blocs énormes de pierre de taille, soigneu-sement taillés et posés, cela exigeait des transports impossibles fautede routes solides, un nombre considérable douvriers habiles, de bêtes
  14. 14. [ CONSTRUCTION ] - 12- [ PRINCIPES ]de somme,desenginsdispendieux dun établissement ou difficile. Ilsprirent doncun moyen terme.Ils élevèrent pointsdappuiprinci- lespaux en employantpourlesp;u-eiiients la pierredetaille,comme deun revêtement, e| garnirent le, intérieurs de blocage. Pour les mursen remplissage, adoptèrent petit appareilde moellonsmillé ils unpourlesparements de carreaux pierre,enfermant même ou de de unblocagede cailloux et de mortier. Notrefigure-1donneune niéede cegenre construction. de de Afinrelier lesdiverses partie-,desbâtisses, chaînerlesmursdansleur lon- degueur, ils noyrenl dans les massifs,à différenteshauteurs,sous lesappuis desfenêtres, au-dessous corniches, des piècesde bois longi- destudinales, ainsi que nous lavons figuré en A (voy. CHAINAGE). ces Dansconstructions, la pierre est économiséeautant que faire sepeut; aucunmorceau ne présente dévidements; tous sont posés en besace: cenest quun revêtement exécuté dailleurs avecle plus grand soin; non-seulement les parements sont lavés, mais aussi les lits et les joints, etcespierressontposées cru sansmortier, commelappareilromain. à Ce genredebâtisseest apparent dans les grandes constructions mo-nastiques de Cluny, de Vézelay, de la Charité-sur-Loire (xieet xn" siè-cles . Les matériauxemployéspar les moines sont ceux quils pou-vaient se procurer dans le voisinage, dansdes carrières dont ils étaientpropriétaires.Et il faut reconnaîtrequils les employèrent en raisonde leurs qualitéset de leurs défauts.Si cesmatériauxprésentaientdesvices,si la pierre était gélive,ne pouvantsen procurer dautresquaumoyende frais considérables, avaientle soin de la placer dansles ils
  15. 15. [ PRINCIPES J - 13 - [ CONSTRUCTION ]conditionsles moins désavantageuses, afin de préserverces maté- et,riaux des atteintesde lhumidité et deseffets de la gelée,ils cherchaientà les soustraireaux agents atmosphériques les couvrant par des encombles saillants, en les éloignant du sol, à lextérieur, par des assisesde pierres quils allaient acheter dans des carrières plus éloignées. Il y a toujours, dans les Suvres des hommes qui ne comptent quesur leurs propres ressourceset leurs propres forcespour agir, une cer-taine somme dintelligence et dénergie dune grande valeur aux yeux de ceux qui savent voir, ces Suvres fussent-elles imparfaites et gros- sières dailleurs, quon ne trouve pas dans les Suvres produites pardes hommes très-civilisés, mais auxquels lindustrie fournit de nom-breux éléments et qui nont aucun effort à faire pour satisfaire à tousleurs besoins. Ces chercheurs primitifs deviennent souvent alors desmaîtres et leurs efforts un enseignement précieux, car il faut évi-demment plus dintelligence pour faire quelque chose lorsque toutesles ressourcesmanquent que lorsquelles sont à la portée des espritsles plus médiocres. Les constructions romaines,par suite de la stabilité absolue de leurspoints dappui et la concrétion parfaite de toutes les parties supérieures(résultat obtenu, comme nous lavons déjà dit, au moyen de ressourcesimmenses), présentaient des masses immobiles, passives,comme lepourraient être des monuments taillés dans un seul bloc de tuf. Lesconstructeurs romans, nepouvantdisposer de moyens aussi puissants,reconnurent bientôt que leurs bâtissesnoffraient pasun ensemblecon-cret, lié, une agglomérationparfaitement stable; que les piliers, formésde placagesde pierre enfermant un blocagecomposésauvent de médio-cre mortier, que les murs, déliaisonnésdans toute leur hauteur, subis-saient des effets,des tassementsinégaux qui causaient des déchiruresdans les constructions, et, par suite, des accidentsgraves.11fallut doncchercher les moyens propres à rendre ces effets nuls. Les constructeursromans,dèsle xie siècle, voulurent, par des motifs développés ailleurs,(voy. ARCHITECTURE), laplupart de leurs grands édifices. Ils avaient voûterhérité des voûtes romaines, mais ils étaient hors détat de les main-tenir parles moyens puissants que les Romains avaient pu adopter. Ilfallut donc encore que leur intelligence suppléât à ce défaut de puis-sance.La voûte romaine ne sepeut maintenir qua la condition davoirdes points dappui absolument stables; car cette voûte, soit en berceau,soit d-aréte,soit en demi-sphère, forme, lorsquelle est achevée,uneenuite homogènesansélasticité, qui sebrise en morceaux sil survientquelques tassements.Voulant faire des voûtes à linstar des Romains,et ne pouvant leur donner des points dappui absolument stables, ilfallait que les constructeurs romans trouvassent, pour les maintenir,une méthode nouvelle en rapport avec linstabilité des points dappuidestinés à les porter et à les conlre-buter. La tâche nétait pas aisée aremplir: aussi les expériences, les tâtonnements, les essais furent-ilsnombreux; mais cependant, dès lorigine de ces essais, on voit naître
  16. 16. [ CONSTRUCTION ] " 14- [ PRINCIPES ]un système construction de neuf,et cesysfème basé le principe est surdélasticité,remplaçant!""principe de stabilité absolueadoptépar lesRomains.La voûte romaine, sauf de rares exceptions, est faite de blo-cageelleestrenfnirer [>ardes de brique, ; arcs maiscesarcssontnoyésdanslépaisseur même blocage font corpsavec (voy.VOUTE). du et luiLes constructeurs romans, au lieu de maçonner la voûte en blocage,la construisirent en moellons lirais noyés dans le mortier, mais poséscomme desclaveaux,ou en moellonstaillés et formant une maçonneriede pelil appareil. Déjàces voûtes, un mouvement si venait à se dé-clarer danslespoints dappui,présentaient une certaine élasticitéparMule de la i"""union des claveaux, ne se brisaient pas comme une croûteliomo-eiie. et suivaient le moinemenl des piles. Mais cette premièremodification ne rassurait pas entièrement les constructeurs romans;ils établirent sous ces voûtes, de distance en distance, au droit despointsdappui les [dus résistants,des arcs-doubleaux pierresappa- enreillées, cintrés sous lintrados des voûtes. Ces arcs-doubleaux, sortesde cintres permanents élastiques, commetout arccomposé dunecer-taine quantité de claveaux, suivaient les mouvements despiles, seprê-taient à leur tassement, à leur écartement, et maintenaient ainsi, commelaurait fait un cintre de bois, les concavités en maçonnerie bâtiesau-dessus deux. Les constructeurs romans avaientpris aux Romains la vtmte darêtesur plan carre et engendrée parla pénétration de deux demi-cylindresde diamètreségaux. Mais lorsquils voulurent élever des voûtes sur despiles poséesaux angles de parallélogrammes, la voûte darête romainene pouvait être appliquée; ils adoptèrent, dans ce cas, le berceau oudemi-cylindre continu sanspénétration, et au droit despiles ils renfor-cèrent cesberceaux pai des arcs-doubleauxen pierres appareillées, surlesquelsils comptaient pour éviter les fâcheux etiets dunerupture lon-gitudinale dans ces berceaux par suite dun mouvement despiles. En-core une lois, et nous insistons MMce point, c était un cintrage perma-nent. Cependantlesobstacles,les difficultés semblaient naître à mesureque les constructeurs avaientcru trouver la solution du problème. Leseffets des pousséesdes voûtes si parfaitement connus des Romainsétaientà peuprèsignorésdes -instructeurs romans.Le premier, parmieux, qui eut lidée de bander un berceau plein cintre sur deux mursparallèles,crut certainement avoir évité à tout jamais les inconvénientsattachésaux charpentes apparentes,et combine une construction à lafoissolid^fdurable, dunaspect et monumental. illusionnedut Sonjias être de longue durée, car, les cintres et couchis enlevés, les mursse déversèrent en dehors, et la voûte tomba entre eux. Il fallut donc.trouver des moyenspropres à prévenir de pareils sinistres. On renforçadabord murspardes les contre-forts extérieurs, des par pilessaillantesà linférieur; [mis,au droitde cescontre-forts decespiles,on banda etdes arcs-don Idéaux les sous berce Noyant pièces boislongitu- uix. des dedinalesdanslépaisseur ni" ""< des dunepile àlautre,à la naissance des
  17. 17. [ PRIXCHKS ] 15 - [ CO.NSTHLCTION ]berceaux,on crut ainsi arrêter leur p<»us.->ée ces piles. (le nétait entrelà toutefois quun palliatif: si quelques édifices ain^i inile»,re>islerentà la poussée des berceaux, un grand nombre sécroulèrent quelquetemps après leur construction. Mais il est nécessaireque nos lecteurs prennent une idée exactede cegenrede construction. Nousen donnons(ny.3)lensembleet les détails.EnAsont les piles intérieures portant lesarcs-doubleauxE; enB, lesnm-tre-forts extérieurs destinésàmaintenir leur poussée: en C, les,longrinesde bois relenaiil le berceauDà sanaissance-. Afin de reporter la pousséedes arcs-doubleauxaussi basque possible, les constructeurs donnaientune forte saillie aux chapiteaux 0. Si des voûtes ainsi conçuesétaientbandéessur fies piles assezsolidement construites en matériaux bienlies mi très-lourds; si les murs étaient épais et pleins du bas en haut;si les contre-forts avaient une saillie suffisante, et si les arcs-doubleaux,
  18. 18. [ CONSTHUCTION ] - Ifi - [et par conséquent piles, nélaienl pastrop espacés, lien-eaux, les cesrenforcésde sous-arcs, pouvaientcire maintenus.Mais si, commeilarrivait dans les m1!-,bordées de collatéraux, les mUrs portaient surilt>*archivolle, et df> piles isolées; si ces piles isolées, que lonessayai! toujoursde faireaussi épaisses possible peu que pour ne pasgêner la circulation et la vue, ne présentaientpasune assiettesuffi-santepour recevoirdes contre-fortsextérieurssaillants au-dessusde, voûtes des lias côtes; alors le berceau supérieur, malgré ses arcs-douhleaux ou avec ses arcs-doubleaux, déversait peu à peu les mursetle, pilesen dehors, toutela construction et sécroulait. ia fin du Versi siècle déjà,beaucoupdéglises de salles et ainsivoûtées,bâtiesde-puis un demi-siècle,tombaienten ruine, et il fallait les reconstruire.Os accidents étaientun enseignement les constructeurs:ils leur pourdonnaientloccasion dobservercertains phénomènes statique dont deils navaientpasla moindre idée; ils leur faisaientreconnaîtreque leslongrinesdeboisnoyées dans maçonneries, les dépourvues dair, étaientpi-omplement pourries, et que le vide quelleslaissaientne faisaitquehâter la destruction des édifices; que les murs ayant commencé à sedéverser,la pousséedesvoûtes croissait en raison directe de leurécar-lemeiit : quenfin, si les voûtes en berceau étaient posées sur des nefsavec collatéraux, les désordres occasionnéspar la poussée des voûteshautes étaient tels, quil nétait pas possible de maintenir les piles etles murs dans un plan vertical. Cependantle moment nétait pas encore venu où les constructeursallaient résoudre exactementle problème de la stabilité des voûtes po-séessur des murs parallèles ; ils devaient encore faire des tentativespour éviter les effetsde la pousséesur les murs latéraux. Les construc-teurs romanssavaient que les voûtes darête présentaient cet avantagede nexercer des pressions et des pousséesque sur quatrepoint s dappuirecevant leurs sommiers. Reconnaissantque les berceaux exerçaientune poussée continue sur les tètes des murs, ils cherchèrent à les sup-primer et à les remplacer, même dans les nefs composéesde travéessur plan barlong, par des voûtes darête, afin de reporter toute leurchargeet leur pousséesur les piles quils espéraientrendre stables. Mais,ainsi que nous lavons dit plus haut, la voûte darête romaine ne peutse bâtir que sur un plan carré : il fallait donc trouver une nouvellecom-binaison de voûtes darête se prêtant aux plans parallélogrammes.Géométriquement, cesvoûtes ne pouvaient se tracer, et ce nétait quepar des tâtonnements quon arrivait à les construire. Déjà,pendant le xiesiècle,les constructeurs avaient composédes voû-tesqui tiennent à la fois de la coupole et de la voûte darête, en ceque ces voûtes, lieu dêtreengendrées deuxdemi-cylindres pénétrantà au par seangle droit, sont formées par quatre arcs plein cintre réunissant les qua-tre piles et deux arcsdiagonaux,qui sont eux-mêmesdespleins cintres,et par conséquent présentent un rayon plus grand que ceux des qua-tre premiers. Quandon connaît les moyens employés pour construire
  19. 19. [ PRINCIPES ] 17 [ CONSTHUCTION ]une voûte darête, on comprend facilement quel avait été le motif decrllr modification a la voûte darête romaine, pour faire une voûte, ilfaut des cintres de bois sur lesquels ou pose des conclus. Or, pour faireune voûte darête romaine, il faut tailler quatre cintres sur un demi-cercle cl deux cinlrr-, diagonaux donl la courbe e^l donnée par la ren-contre desdemi-cylindres la courbede ers cintres diagonauxne>l :point un demi-cercle, maisuneellipsequon obtientau moyendordon-née^ ainsiquelindique la ligure4. SoientAB le diamètredescylindre-,"I HC la trace horizontale du plan surlequel se rencontrent les deux cylin-dres AB, AG. Opérant sur un quart, etdivisant le demi-cercle rabattu en uncertain nombre de parties égales DE,EF, FG,GB,on abaissedes perpendicu-laires de cespoints diviseursD, E, F, il.sur le diamètre AB, en les prolongeant 3,jusquà leur rencontre avec la diago-nale BC. On obtient ainsi sur cette dia- Agonale des points diviseurs (/, e, /, </:de ces points, élevant des perpendicu-laires sur la diagonale BC et prenanlsur cesperpendiculaires des longueursdd égales à DD, ee égales à EE, etc.,on pose des points c/, e, /, y, par les-quels devra passer la courbe de rencontre des deux demi-cylindre vCette courbe, ayant une flèche dd égale au rayon DD, et un diamètreBCplus grand que le diamelre AH, ne peut être un demi-cercle. I!imque fort simple, ce tracé géométrique parul trop compliqué aux con-structeurs romans. Ayant donc tracé un demi-cercle sur le diamètre ABpour faire tailler les cintres de charpente des quatre arcs générateursde la voûte, ils tracèrent un second demi-cercle sur le diamelre BCpour laire tailler les deux cintres diagonaux. Ainsi les clefs //de ren-contre de cesdeux cintres diagonaux setrouvèrent placéesà un niveauplus élevé que les clefs D des arcs générateurs, et la voûte, au lieudêtre le résultat de la rencontre des deux demi-cylindres, fut un com-posé de surfacescourbes sansnom, mais se rapprochant de la coupole.Cette démonstration élémentaire est nécessaire, car elle est la clef detout le systèmedes voûtes au moyen âge. Ce premier résultat, dû bienplutôt à lignorance quau calcul, fut cependant un des principes lesplus féconds dans lhistoire de la construction. Dailleurs il indiqueautre chose que lignorance grossière, il dénote une certaine liberlerélléchie dans lemploi des moyens de bàlir, dont limportance c>| r,,M-siderable : cl, en ellèl, une fois affranchis des traditions romaines, lesconstructeurs du moyen à^e furent de plus en plus conséquents avecleurs principes ; ils en comprirent bienlôl loute létendue, el sy aban-donnèrent franchement. Cependant suivons-les pas à pas. Il sagissait iv. - 3
  20. 20. [ C<XSTJin;TJON ] 18 - f PRINCIPICS ]donc, une lois le prinri[>ede la voûte darête romaineainsi modifié,d;i|>|ilii|iirr ces oules a des plans barlongs, car les constructeursjeconn;i]--aienl Je danger des larges voûtes en berceau. Soii dune lig. :>:ABCDle parallélogramme, dune travéede nef enplan,quil sagit couvrirparunevoûte de darête. Soient AEBlextrados demi - circulaire des arcs-dou- bleaux rabattus, et AFC lextrados demi - circulaire des formerets également rabattus. Il est clair que le rayon MF sera plus court que le rayon GE; partant, la clef E plus élevéeque la clef F. Si nous traçons un demi-cercle sur la dia- gonale AD comme étant la courbe sur laquelle devront se rencon- trer les voûtes engendrées par les demi-cercles AEB, AFG, il en résultera que les arêtes AI, BI, DI, CI, au lieu dêtre saillantes dans tout leur développement,seront creuses, au contraire, à peu près dans les deux tiers de leurlongueur, et principalement en se rapprochant de la clef I. Kn etlel, soit lig. 6) la coupe transversale de la voûte suivant HO.Soient HF la coupe du formeret, HTO la projection verticale delà diagonale AD ou BC. La ligne 6 droite tirée de la clef F à la clef P laisse un segment de cerle KLI au-dessus de cette ligne; doù il résulterait que cette portion de voûte devrait être convexe à lin- trados au lieu dêtre concave, et que, par conséquent, elle ne serait pas constructible. Posant donc des formerets et arcs-dou-bleaux sur les arcs diagonaux,des couchisde planches pour fermerles triangles desvoûtes de maçonnerie,les constructeursgarnirentcescouchisdun massif épaisde terre suivantune courbedonnée parles trois points F, I, F, cest-à-dire donnée par les sommets des arcsdiagonaux et des arcs formerets : ainsi les arêtes diagonales redeve-naientsaillantes;sur cemassif,on posales rangsde moellonsparallè-lement à la section FT pour fermer la voûte. Le résultat de ces tâtonnements fut que les voûtes darête nétaientplus des pénétrations de cylindres ou de cônes, mais dellipsoïdes. Lapremière difficulté elant franchie, des perfectionnements rapides nedevaient tarder à se développer.Maisdabordcomment,par quels pasprocédés mécaniques ces voûtes étaient-elles construites? La voûte
  21. 21. | lKINCIPES ] - 19 - [ CUNSTHICTKIX ]darêteromaine,construit»1 travées, par navaitpoint darcs-doubleaux :elle portait sur des piles ou des colonnes saillantes, ainsi qut- le repré-sente la figure "7,cest-à-dire oex. la projection homunlale A dun»1de cesvoûtes) les diagonales DE,produites la pénétration que BC, parde deux demi-cylindres de diamètres égauxet formant arêtes saillantes,portaient sur les angles saillants des piles Mais les architectes romansayantdabord renforcélesgrandes voûtes berceau des arcs- en pardoubleaux, ainsiquele faitvoir notre figure3, et venant remplacer àces voûtesdemi-cylindriquespar desvoûtesdarête barlongues, con-servèrent arcs-doubleaux ne pouvaient les ; ils faire autrement, puis-quelesdiagonales cesvoûtes de étaient demi-cercles, queleur des etsommet sélevait au-dessus du sommet des arcs dont le diamètre étaitdonnépar Técartement piles. des 8 Afin de nous fairecomprendre, (fig. 8) la coupelongitudinale soitdunevoûtedarêteromaine composée travées; ligneABestho- de larizontale cestla coupe demi-cylindre : du longitudinal. (fig. Sois) Soitlacoupelongitudinale voûte dune darêteromane planbarlong; surla ligne ABest unesuite de courbes,ou tout au moinsde lignesbriséesréunissantles points G, D, sommetsdes arcs transversaux, avecles
  22. 22. [ CONSTRUCTION J - 20 - [ PRINCIPES ]pointsde rencontreEdesdemi-cercles diagonaux.Il fallait nécessaire-inrni conserver sous les points G, D, des arcs saillants, des ares-dou-Idcaiix,i|ui nétaient,comiin nouslavonsdit plushaut, quedescintres . lies lors les an-lesdiagonalesdevaient prendre leur point 8blsde départ en retraite de la saillie des piles OUcolonnes, celles-ci étantiiiiii|iiciiieiil destinées a porter les arcs-doubleaux; cest-à-dire(fig. 9)«pieles arêtes (lurent partir des points F au lieu de partir des points G, t «pie sommiers arcs-doubleaux reposèrent lesassiettes les des se sur l-orsipi il sagissait doncde fermer lesvoûtes,les constructeursposaient concluspmtant les massifs formesen terre sur lextra- les oudosdi r, arcs-doubleaux les deux et sur cintres diagonaux char- depente.
  23. 23. [ PIIINCIIKS ] -21 | ONSTHI | CT10N Dans 1rs consirucl ii ni s élevées riiiv, tous les peuples t onstrUCteurs,li-s déductions logiques se suivent arr une rigueur fatale, lu pas lailenavantnepeut jamaisêtre h-dernier : il lan!toujoursmarcher: du mo-ment quun principe est le résultat du raisonnemeni, il en de ienl bien-tôt lesclave.Tel est lesprit des peuples occidentaux: il perce des quela société du moeu à^e commence a se sentir et a sorganiser: il nesaurait sarrêter, car le premier qui établit un principe sur un raisonne-ment ne peut dire a la raison : » Tu niras pas plus loin. - Les coiislriic-leurs, a lombre des cloîtres, reconnaissentce principe des le xi siècle.Cent ans après ils nen étaient pins les maîtres. Kvêques,moines, sei-gneurs, bourgeois, leussent-ils voulu, nauraient pu enipèclier larchi-lecture romane de produire larchitecture dite ijotliit/iii.-celle-ci nel.nlque la conséquence fatale de la première, (.euxqui eiilenl voir danslarchitecture gothique (toute laïquei autre chose que lémancipationdun peuple dartistes et dartisans auxquels on a appris a raisonner.qui raisonnent mieux que leurs maîtres et les entraînent malgré euxbien loin du but que tout dabord ils voulaient atteindre aec le-,loi-cesquon a mises entre leurs mains; ceux qui croient que larchileclni-egothique est une exception, une bizarrerie de lesprit humain, n en ontcertes pas étudié le principe, qui nest antre que lapplication rigou-reusement suivie du système inauguré par les constructeurs romans11 nous sera aisé de le démontrer. Poursuivons. Nous voyons déjà, à la fin du XIesiècle, le principe de la voûte darêteromaine mis de côté. Les ârcs-doubleaux sont admis <letimliemenlcomme une force vive, élastique, libre, une ossature sur laquelle reposela voûte proprement dite. Si les constructeurs admettaient que cescin-tres permanents fussent utiles transversalement, ils deaient admettrede même leur utilité lougitudinalement. Ne considérant plus les voûtescomme une croûte homogène, concrète, mais connue une suite depanneaux surfaces courbes, libres, reposant sur des arcs Ilexibles, la àrigidité des murs latéraux contrastait avec le nouveau système; il fal-lait que cespanneauxfussent libres dans tous les sens, autrement le>brisures, les déchirements eussent été dautant plus dangereux, queces voûtes eussent été portées sur des arcs flexibles dans un sens etsur des murs rigides dans lautre. Ils bandèrent des forinerels dunepile à lautre, sur les murs, dans le senslongitudinal, (.esforinerels nesont que des demi-arcs-doubleaux noes en partie dans le mur, maisne dépendant pas de sa construction. Par ce moyen, les voûtes reposaient uniquement sur les piles, et les murs ne devenaient que de,clôtures, quà la rigueur on pouvait bâtir après coup ou supprimer IIfallait une assiette à ces formerets, un point dappui particulier: lesconstructeurs romans ajoutèrent donc, a cet effet,nu nouveau meniluv 1 Cest dans la nef de léglise dp Vézelay quil l.nit constater l.ih.-inilon du sy>li-m<romain Là les voûtes hautes, ilanHi, sur plan li.trloiijj;, ^mi <|rj,i ilr~ pénétrations dellip-soïdes, avec arcs-doubleaux saillants et formerets.
  24. 24. [ CONSTRUCTION] - 22 - [ PRINCIPES ]à leurspiles,et la voûtedarêteprit naissance langlerentrant dansforint par If >onimie de larc-doubleau celui du formeret,ainsi que r etlindiquela ligurelu. A estlarc-doubleau, le formeret, larêtede B G la A-oûte; le plan de la pile est JO en D, Mais si la pile était isolée, si une nef était accompagnéede bas côtés, elle prenait en plan la ligure 10 bis. A est larc-doubleau de la grande voûte, B sont les archivoltes portant le mur. Au- dessus de ces archivoltes, ce mur se retraite en F de manière à permettre aux pilastres G de porter les formerets supérieurs. G est larc-doubleau du collaté- ral, D les arêtes des voûtes de ce collatéral, et H celles des voûtes hautes Les voûtes des collaté- raux sont bandées sur les arcs- doubleaux G, sur les extrados des archivoltes B, et sur un for- meret noyé en partie dans le mur du bas côté et portant comme les formerets supérieurs de la fig. 10. Ainsi donc déjà les mem-bres des voùlf.s donnent la section horizontale des piles, leur formedérive de ces membres Cependantces voûtes étaient contre-butées dune manière insuffisante, des mouvements se faisaient sentir dans les piles ; par suite, les nerfs principaux des voûtes, les arcs-dou- bleaux se déformaient. Ne sachant comment mainte- nir les poussées, les con- structeurs se préoccupèrent dabord de rendre leur effet moins funeste. Ils avaient observé que plus les cla- veaux dun arc présentent une grande section, plus, de lintrados à lextrados, les mouvements qui se produi- sent dans cet arc occasion-nentde désordre. nétaientpaslespremiersqui eussent Ils reconnucetteloi. LesRomains, avant eux,lorsquilsavaient degrandsarcs eu
  25. 25. [ PRINCIPES ] - 23 - [ CONSTRUCTION ]à bander, avaient eu le soin de |,-s former de plusieurs rangs de cla-veauxconcentriques, mais indépendant les uns des autres, ainsi quelindique la figure 11, en A Les arcs construits de celle manièreforment comme autant de cerceaux agissant séparémentet conservantune élasticité beaucoupplus grande, et, par Mille, plus de résistancequun arc de même section construit daprès la méthode indiquée en B(voy. VOUTE). Les constructeurs romans composèrent, daprès ce principe, leursarcs-doubleaux de deux rangs de claveaux concentriques : lun, celuidintrados,prenant unesectionou portion de rayon plus longue quecelui de lextrados; et comme les arcs-doubleaux nétaient que des cin- 12très permanents destinés a recevoir les bouts des couchis sur lesquelson maçonnait la voûte, ils donnèrent à ce second rang de claveauxune saillie sur le premier, propre à porter ces bouts de couchis.La figure 12 explique cette méthode. En A, est le rang des claveauxde lintrados; en B, celui des claveaux de lextrados, avec les deuxsaillies G destinées à recevoir les bouts des couchis D sur lesquelson maçonnait les voûtes Les formerets, ayant un moins granddiamètre et nétant pas sujets aux effets des poussées,sont com-posés dun seul rang de claveaux portant, ainsi que le démontrela figure 12 bis, la saillie nécessaire à la pose des couchis On vit
  26. 26. [ CONSTHUCTION ] - 2t - | lI.I.M ] iri.sdéjà «|ne le. constructeurs romans laissaient en évidence leurslumens malerieU de cini >lnid ii in : que. loin de cherchera les dis- simuler, ils composaient leur architecture de ces moyens même.. Veiil-iiii danlic. preiue. de ce lail ? Les Humains lerminaieiil le soin- mel de leurs colonne, par des chapiteaux; mais la saillie du tailloir de ces chapileaii ne portait rien : ce nétait quun ornement. Ainsi, lors- que les Humains posaient une oiite darête sur des colonnes, comme il arrivait irêqirinment, dans les salles de thermes, par exemple, le 13sommiei île la voûte était a laploinh du nu de la colonne tiir. . . Etalors, chose singulière et donl on ne peut donner la raison, iioii-seule-menl le fût de la colonneromaineportait sonchapiteau, maislenlahle-mentcomplet Ididre; desorte de que,par le fait, toutela partiecomprise cuire A et li ne .cnail a rien, et que le. foile-, saillie. I;M" ii"iit pu êtreulili-eesqu " pourposer cintresde charpenle les des-LII.Î; a tenn -r e , vont " , II f.mt avouer cétait heauconp luxe que dep iurunoli|-l accessoirLOI-M[U constructeurs -. " le.s roman,posent unarc<ur colonne une isolé ou il .. L.T.lechapiteau quunencor- neslI " ii "" I d"" iné à recevoirIn ommierde larc, une saillie servantde1 "!- i ii " i. 1-- . tle la colonne lassieile et cariéedu
  27. 27. [ lHI.XUlLS ] -2:, [ CONSTRUCTION ]Sommier li.ii. I ( Alor.s le cliapileail n c-,1pas seulement un ornement,cest un membre utile de la eon-Ji-m-lion <» (.IIAITILAI . Les constructeur-* romans avaient-ils une corniche de couronnemenlàplacer àla tête dun mura lextérieur- a ai-e-, lemp-,et de matériaux, deils se gardaient liieu dévider a -ramU Irais les divers memltre> de e, I te /4corniche dans une seulepierre, ils posaient, par exemple, des rm beauxsaillants entre la dernière rangée de moellons, cl sur ces eorlieaux. ilsplaçaientune tablettede pierre servantdY-oiil a lu couverture voy.IJIHNICHE).est inutile dinsister davantage MICces delaiK (|iii vien- Ildront se présenter à leur place dans le cours de cet ouvrai:! La construction des voûtes était donc la grande préoccupation de>architectes du moyen âge. Ils étaient arnc>. ain.sique non-, enou-,de le faire voir, à des combinaisons in^énieiiM-s en elli^-nn-mes, ([uilsnavaientpas encoretrouvé lesmoyenspropres àmaintenir sûrement cesvoûteset quils en étaient réduitsauxexpédients. Ainsi, parexemple, ilsmaçonnaient les remplissagesde cesouïes en lui. en maleriaux légers,alin de diminuer les effetsdespoussées; les réduisaientdépaisseur ils iv. - 4
  28. 28. [ CONSTRUCTION J - 26 - f PRINCIPES]autant quepossihle ils hloquaic-nl maçonneries : des sousles comhlesdes collatéraux au droit de ces poussées,dans lespnir dempêcher ledéversemenl des pile-, : ils posaient de:, chaînages de hois transversauxà la ha.se ces contre-forts masquéspar la pente des comhles, pour derendreles pilessolidairesdes mursextérieurs.Cesexpédientsétaientsuffisantsdansde petites constructions ; ils ne faisaient, dans les gran-des, ([ne ralentir leffet despoussées sansles détruire complètement. Il faut se rendre compte de ceseffetspour concevoir la suite deraisonnements dessais par lesquelsles constructeurspassèrent etde lignorance à la science. 15 Soit (fig. lo)la coupe transversale dune église romane de la fin duxie siècle, construite, comme celle de Vézelav, avec vofites darête surles collatéraux et sur la nef centrale. En A, la construction est figuréetelle que larchitecte lavait conçue ; en B, telle que leffet des voûteshautes lavait déformée. DU avait eu le soin de laisser des tirants de ferCDàla naissance arcs-d des oubleauxmaiscestirants,mal forgés ; proba-hlement, sétaient brisés. Un siècle et demi après la construction de lanef,leseffetsproduitsavaient déjàcausé chutedeplusieursvoûtes,et lalon avait àla hâteconstruit lesarcs-boutants extérieursE ponctués surnotre dessin.Ceseffetsoccasionnaient: le déversement piles et 1° desmurs qui les relient de F en G; par suite, laffaissement des arcs-dou-bleaux en H à la clef, lécrasement des lits des clav eaux des reins de cesarcs en I, à lintrados; 2° la dislocation des arcs-doubleaux K des colla-
  29. 29. [ PRINCIPES ] - 27- [ CONSTRUCTION ]lénmx, commenotrefigure lindique; parsuite encore,le déversementdes murs extérieurs L des bas côtés. Ces effets se produisaient partoutde la même manière. En les étudiant, les constructeurs crurent, nonsansraison, puisquele fait est constant,que tout le mal était produitpar la poussée des arcs plein cintre et des voûtes quils supportent enpartie ; quela concavitétrop plate de cesvoûtesavait une action obli-que, une pousséetrop considérable que la poussée ; dun arc pleincintre augmenteen raison directede son action; que la déformationsubie par cesarcs indique leurs points faibles, savoir: la clef et lesreins ; que toutes les fois quun arc plein cintre nest pas parfaitementcontre-buté et que les piles qui le supportent sécartent, ces arcs sedéforment, ainsi que lindique la tigure 16. Soit une voûte dont le diamètre des arcs-doubleauxait7m et lépais-seur des claveaux de ces arcs Om,60 les murs viennent à sécarter à la :naissance des arcs de Oni,20 chacun ; dès lors le diamètre du demi-cercledont le centre est en B, de 7matteint 7m,40,et les points a des naissan-ces de larc-doubleau sont reculés en «. Le segment ab, qui est un peumoins que le quart du demi-cercle, seporte en a1 car, en supposantque U;la pile serompe et pivote sur un point placé à 3men contre-bas de lanaissance,cette naissanced descendraau-dessousdu niveau du point aet le centre B remontera en b1. conséquencesde ce premier mouve- Lesment seront : 1° labaissementde la clef D en d et lattaissement du seg-mentée en bc. Cet effet secontinuerajusquau moment où la courbe dia-gonalebe,tracée de lintrados àlextrados du segmentbc,sera plus courteque la distanceentre b et e. Il faut remarquer, en passant,que les voûtesromanes, que lon supposeavoir été construites enansede panier, nont
  30. 30. [ CONSTItUCTION ] 2S- [ PRINCIPES ]acquiscellecourbe par siiile de lïcailemenf piles. Quarante que descenMnici décart res émeuteutre cespiles,eudehorsde la verticale,don-nent i)". iOdaffaissementausommelde la-c ; la différenceentre le demi-diamètre dun arc, danscecas,et la flèche de la courbe est donc deU",SO.Les conslriicleurs dinenl observer ces etléls et chercher les moyensde les preenir. Le premier inoenquils paraissent avoir employée-,1celui-ci: ayanlune i,el ilonl lesarcs-doubleaux 7"de diamètre onla lintrados cl ((".(il)dépaisseur de claveaux,et ayant remarqué ti-. Hitque le -e-menl lîr . en sallaissaiiI, pressait le serment inlérieur <ih alinlradosenôel la clelàlextrados en e, ils en ont conclu que le trianglecurviligne ///"/"était inutile et que la diagonaleéeseule otlVailune résis-tance.Donc,parlantde ceprincipe, ils ont tracé(Hg.l7j lesdeuxdemi-cercle>il inlrado^ et d extrados(, 11 |inis, suv le diamètre (}. ils ICI:ont cherchele centre( t dun arcde cercleréunissanl le point A de lin-tradosan point K de 1extradosdu plein cintre. Tlacanlun joint en K(ïet non une clef, afin déviter leffet déquilibre visible dans la tiiiiire Hï.ils ont coupe les claveaux de ce nouvel arc AICsimunl de-- li^ne.-,nor-males la courbeAE. cest-à-diretendant centre(I. Sil se pro- à auduisaitencoredesbrisure-, dan-, arcs-doubleaux composés ces ainsidesdeux diagonale-, courbe^AK. les constructeursprocédaientaeccet arcï commeavecle plein cintre, cest-à-direquils reculaientsurle diamètre le centre II en <»,de manière a obtenir un arc réunissantle point A au point (i. </e-,| que,dan- uiïle> xii"-iecle, ainsi le-, du non-, voyons à peu peuhi arcs-doubleaux séloigner pleincintre du pour rajqirocher larc se deenlier-,-point meilleure La preuve nous que puissions àlappui donner
  31. 31. [ PHIM.IIKS ] J.l - [ GONSTIll ] l.TIONde notre hypothèse,cest le relevé exact dun grand nombre de ces an -brises primiLls qui donnent exactementuneflèche plus longue que ledemi-diamètre, de lépaisseur des sommiers, une fois, deux fois, troisfois .Maiscelle preuve nest évidente que pour ceux qui ont été a mêmede mesurer exactement un grand nombre darcs-doubleaux de celteépoque. Voici donc une observation générale qui peut être faite partout le monde, sans recourir à des mesures difficiles à prendre. Il est des contrées, comme lIle-de-France, par exemple, oii les arcs-douldeaux romans plein cintre nont quune épaisseur de claveauxfaible. <>rici, dansles premières voûtespossédantdépare-,brisés, lacuitéde ces arcs est a peine sensible, tandis que dans les provinces on lesarcs-doubleauxromans plein cinlre avaient une forte épaisseur, commeen Bourgogne, lacuité de ces arcs-doubleaux îles premières voûtesabandonnant le plein cintre est beaucoup plus marquée. Ladoptiondelarc briséétait si bien le résultatdesobservations queles constructeurs avaientfaites sur la déformation des arcs plein cintre.savoir, le relèvement des reins et 18laffaissement de la clef, quil existeun grand nombre darcs-doubleauxdu ue siècle tracés comme lindi-que la figure 18, cest-à-dire ayantquatre centres : deux centres Apour les portions darc BC, DE, etdeux centres G pour les portionsdarc CD comprenant les reins ;cela pour présenter de G en D uneplus grande résistance à leffet derelèvement qui se fait sentir entreles points G etD ; car plus la ligneGD se rapproche dune droite,moins elle est sujette à se briser du dedans au dehors : par ce trace,les constructeurs évitaient de donner aux arcs-doubleaux une acuitéqui, pour eux, encore habitués au plein c;nt , ne pouvait manquerde les choquer. Du moment que larc-doubleau composéde deux arcs de cercle venaitremplacer le plein cintre, il découlait de celle innovation une foule deconséquencesqui devaient entraîner les constructeurs bien au delà dubut auquel ils prétendaient arriver. Larc brisé, larc i-ittn-v-/><>>nf puis-que cest la son vrai nom , employé comme moyen de construction,nécessitépar la structure généraledes grands aisseaux ouïes, obtenupar lobservâtion des elleI s résultant de la pousséedes arcs plein cintre,est une véritable révolution dans lhistoire de lart de bâtir. (.In a dit :" Les constructeurs du moyen âge, en adoptant larc en tiers-point nontrien inventé; il y a des arcs brises dans les monuments les plus anciensde Grèce et dEtrurie. La seclion du Ire soi dAIree a My ce nés donne un
  32. 32. ] - 30 - [arc entiers-point,etc.- Cela vrai ; toutefois ometun point assez est onimportant: que pierres cest les composant arcs posées encor- ces sont enhellenieiil queleurslits nesontpasnormaux la courbe, ; à quils sontliun/.(>nlan. Cela estmoins que rien pour ceux qui ne sepréoccupentqin-dela forme extérieuremaispour nous, ; praticiens, détaila ceci-pendant importance.dailleurs, son Et quand lesGrecs les ou Romainsauraient tait des voûtas engendréespar des arcs brisés, quest-ce que."""la prouverait, le principegénéral la construction dérivepas si de nede la combinaison de eescourbes et de lobservation de leurs effets obli-qne>.Il est évidentque, du jour où lhommea inventéle compaset lenioveii de tracer des cercles, il atrouvé larc brisé : que nous importe silnétablitpasun système complet surlobservation propriétésde ces desarcs? On avoulu voir encore, dans lemploi de Tareen tiers-point pourla construction des voûtes, une idée symbolique ou mystique; on aprétendu déinoiitrerquecesarcsavaientun sensplusreligieuxquelarcplein cintre. .Mais était tout aussi religieux au commencement on duxii .sièclequà la fin, sinon plus, et larc en tiers-point apparaît précisé-ment au moment ou lesprit danalyse, où létude des sciences exacteset de la philosophie commencent à germer au milieu dune sociétéjusqualors à peu près théocratique. Larc en tiers-point et ses consé-quencesétendues dans la construction apparaissent,dans nos monu-ments, quand lart de larchitecture est pratiqué par les laïques et sortde lenceinte des cloîtres, où jusqualors il était exclusivement cultivé. Les derniers constructeurs romans, ceux qui aprèstant dessais eniennent à repousser le plein cintre, ne sont pas des paveurs: ils neraisonnent point sur le sens mystique dune courbe ; ils ne savent passi larc en tiers-point est plus religieux que larc plein cintre; ils bâtis-sent, cequi est plus difficile que de songercreux. Cesconstructeurs ontà soutenir des voûtes largeset hautessur des piles isolées: ils tremblentà chaquetravéedécintrée; ils apportentchaque jour un palliatif au malapparent : ils observent avec inquiétude le moindre écartement, lemoindre effet produit, et celte observation est un enseignementinces-sant, fertile ; ils nont quedes traditions vagues,incomplètes, lobscu-rité autour deux; lesmonuments quils construisentsont leur uniquemodèle,cest sur euxquils foni desexpériences ils nont recoursquà ;eux-mêmes, sen rapportentquà leurs propres observations. ne Lorsquon étudie scrupuleusementles constructions élevéesau com-mencement xiiesiècle, du quonparvient les classer à chronologique-ment, quon suit les progrès des principales écolesqui bâtissentenFrance,en Bourgogne, Normandie,en Champagne, est encore en onsaisi aujourdhui par cette sortede fièvre qui possédait construc- cesteurs; on partageleurs angoisses, hâtedarriver à un résultatsûr; leuron reconnaît dun monumenta lautre leurs efforts;on applaudità leurpersévérance, la justessede leur raison, au développement leur à desavoirsi bornedabord, profondbientôt.Certes pareilleétude si une
  33. 33. [ PRINCIPES ] - 31 - [ CONSTRUCTION ]est utile pour nous, constructeurs du xixe siècle, qui sommes disposésà prendre lapparence pour la réalité, et qui mettons souventla vulga-rité à la place du bon sens. Déjà, au commencementdu xir siècle, larc en tiers-point était adoptépour les grandes voûtes en berceau dans une partie de la Bourgogne,dans lIle-de-France et en Champagne, cest-à-diredansles provinces lesplus avancées, plus aelives, sinon les plus riches. Leshautes nefsdes leséglises de Beaune,de Saulieu, de la Gharité-sur-Loire, de la cathédraledAutun, sont couvertes par des voûtes en berceau lui niées de deux airsde cercle se coupant, bien que, dans cesmonuments mêmes,les archi-voltes dés portes et des fenêtres demeurent plein cinlre. Cest unenécessitéde construction qui impose larc brisé danscesédifices, et nonun goût particulier; car, fait remarquable, tous les détails de larchitec- ture de cesmonuments reproduisentcertainesformes antiques emprun- téesaux édifices gailu-nu nains de la province. Grâceà celle innovationde larc brisé appliqué aux berceaux, ces églises sont restées deboutjusquà nos jours, non sans avoir cependant subi des désordres assezgraves pour nécessiter, deux siècles plus lard, lemploi de moyensnouveaux propres à [(revenir leur ruine. Mais lédifice dans lequel on saisit la transition entre le systèmede construction roman et celui dit yotbique le porche de léglise de estVézelay. Ce porche est à lui seul tout un monument composédune nefà trois travéesaveccollatéraux et galerie voûtée au-dessus.Le plan deceporche, bàli vers 1liiO, est kml roman et ne diffère pasde celui de lanef, élevée trente ans auparavant; mais sa coupe présente avec cellede la nef des différences notables. Déjà, vers la tin du xie siècle, lesconstructeurs de la nef de léglise de Yé/.elayavaient fait un grand pasen remplaçant les voûtes bâtîtes, en berceaujusqualors, par des voûtesdare le ; mais cesvoûtes, établies sur plan barlong, engendréespar desarcs-doubleaux et des arcs formerets plein cintre, font voir les tâtonne-ments,lesincertitudes, linexpérience constructeurs des (voy.ARCHITEC-TURE lRLiGiiasi-;, 211 Dansle porche, tous les arcs sont en tiers-point, tig.les voûtes soiil darête, sans arcs diagonaux saillants, et construitesen moellons bruts enduits ; les voûtes hautes sont très-adroitementcontre-butées par celles des galeries de premier étage. Cet ensembleprésente une stabilité parfaite. Nous donnons tig. l.li la coupe transversale du porche de Vézelay.Les voùles des galeriessont engendréespar les formerets Ades grandesvoûtes, qui sont de véritables archivoltes, et par les formeretsB, dont la i II faut dire ici qnr r.in-liilrrlinv liourguignonnc était en retard de vingt-cinq ans au MU cille du lIle-de-France ; mais les monuments de transition nous manquent dan< e-dr-lY.iiirr. l,Yi,rls| di- Saint-Denis, élevée de 11 à Ilii, I-M drj.i ^ciilm|ni- roniine iO de riiii-.tnirliori, cl lei édilire> iiiterinédi,lires entre celui-ci et ceux franchement »Yislunl |iUis ou oui été presqueentièrementmodifiésau xui° siècle.
  34. 34. CON"-Iï:n:ïin.N)naissanceo-l beaucoup plus bas; de là linclinaison AB des clefs des
  35. 35. [ PRINCIPES ] - 33 - [ rONSTRrr.TION 1voûtes latérales qui forment une Imlee continue enserrant les grandesvoûtes. Les travées étant barloii^ues el le-, lormerels ayant leur uais-sance-aumème niveau que les arcs-doubleaux G, la clef de cesforme-rets A est à un niveau inférieur aux clefs de ces arcs-doubleaux; lesgrandesvoûtes, par suite de celle disposition, sont très-iele ces, leursarêtes saillantes peu senties. En D, nous avons figuré le détail dessommiers des arcs au niveau D de la pile, el en (1 le plan avecle départdes arcs et arêtes des voûtes. Cette construction de voûtes ne ressem-ble en rien à la construction romaine ; déjà le principe dindépendanceentre les diverses parties de la bâtisse est admis et développé. Cependantles voûtes du porche de Vé/.ela, saufdeux, sont dépour-vues darêtiers ou darcs ogives saillants; elles ne tiennent que parladhérence desmortiers, et forment chacuneune concavitéhomogène,concrète, comme les voûtes romaines. Les deux seules voûtes de ceporche possédantdes arêtiers pourraient sen passer : ceux-ci ne sontquune décoration et ne portent réellement pas les remplissages demoellons. Mais cétait là unetenlative qui eut bientôt des conséquencesimportantes. Les constructeurs avaientobtenu déjà, au moyendesarcs-doubleaux et des lormerets indépendants et résistants pour chaquevoùle. une sorle de châssis élastique sur lequel, sil survenait des lace-ments, ces voûtes pouvaient se mouvoir indépendamment les unes desautres. Ils tentèrent daller plus loin : ils voulurent que les triangles con-cavesde ces voûtes fussent eux-mêmes indépendants les uns des au 1res;el pour ce faire, ils composèrent les voûtes de deux éléments bien dis-tincts: les arcs et les remplissages ; les arcs considérés comme des cin-tres permanents, élastiques, et les remplissagesconnu. des concavitésneutres destinéesà fermer les triangles vides laissesentre ces arcs. Ilscommencèrent par éviter une première dilïieullé qui jusqualors avaittoujours gêné les architectes: ils revinrent a la voùle sur plan carré,comprenant leux travées bar- lulongues, si la nécessité lexi-geait : cest-à-dire quils tracè-rent leurs voûtes en projectionhorizontale, ainsi que lindiquela ligure 20. Soit ABCD un carré parfaitou à peu près, peu importe,comprenant deux travées denef AE BF, EC FD : ce sontles diagonales AD, BC, qui en-gendrent la voûte ; ces deuxdiagonales sont les diamètresde deux demi-cercles parfaitsrabattus sur le plan: ces deux demi-cercles, étant de même diamètre,se rencontrent nécessairement au point G, qui est la maîtresse clef. iv. - 5

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