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Vivre en Haïti : un véritable défiPar Stéphanie Balmir
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Haïti : L'introuvable classe moyennePar Marc Léo Laroche *
Le drame de ce pays est ...
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Honte à nous !
La virginité n'est plus vierge !
C
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de...
Obama brise le tabou du mot « nègre »
La sixième extinction massive
d'espèces est en marche
«
C’est juste un mot, long de ...
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CULTURE
Haïti à l'heure de la production
du livre numériquePar Robens Prosper
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N27

  1. 1. Petrocaribe fête ses dix ans d’existence ce lundi 29 juin. Initié par Hugo Chávez, cet accord de coopération énergétique entre le Venezuela et certains pays latino- américains et caribéens, dont Haïti, dote les pays membres d’un précieux outil leur permettant de réaliser un ensemble de projets de développement. La gestion du pays, en particulier, de l’administration Martelly/ Lamothe, des fonds découlant de ce programme est l’un des sujets les plus controversés dans la sphère politique haïtienne. » lire page 10 » P. 20 » P. 22 »   P. 4 CULTURE SPORT » suite page 5 Bonne performance de Lil Wayne, Swizz Beatz et Chris Brown au Champ-de-Mars Par Walcam Vivre en Haïti : un véritable défi HAÏTI / ÉCONOMIE LUNDI 29 JUIN 2015 NUMÉRO 27 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI HAÏTI / COOPÉRATION ACTUALITÉ Petrocaribe a dix ans : un bilan mitigé pour HaïtiPar Jean Michel Cadet Danilo Médina pour une évaluation de l'Onu par Lionel Edouard Les demi-finales des Play-offs ! par Gérald Bordes
  2. 2. 2 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 TRIBUNE Lettre du Collectif du 4 Décembre 2013 au Premier ministre Evans PaulLe 27 juin 2015 Monsieur Evans Paul Premier Min- istre En ses bureaux Monsieur le Premier Ministre Le Collectif du 4 Décembre 2013 vous donne acte de cet appel sous le drapeau que vous avez lancé aux organismes de la Société Civile pour un dialogue patriotique sur la situ- ation de nos compatriotes et celle des éventuels citoyens étrangers que compte déverser la République dominicaine sur notre territoire. Tout en déplorant tout ce temps pris par le gouvernement avant de réagir au signal d’alarme lancé par LE COLLECTIF DU 4 DECEMBRE depuis le 17 décembre 2013, et encore tout dernièrement ce 24 mai écoulé, nous tenons à reprendre dans cette missive les recomman- dations dont l’application devrait immédiatement porter fruits et permettre ipso facto, de redorer le blason de respect et de dignité de notre peuple, de notre nation. 1.- Le dossier épineux de la République dominicaine au trav- ers de l’Arrêt TC 168/13 et de la loi 169/14, faisant montre d’un racisme, d’une xénophobie et d’un antihaitianisme pervers, doit être transféré au niveau international. Les instances telles: l’O.E.A et les Nations-Unies par extension, pourront prendre les mesures adé- quates pour contraindre la Répub- lique dominicaine à respecter les traités et conventions afin de mettre fin aux violations flagrantes des droits de l’Homme en ladite république. Dans cet ordre d’idées, LE COLLECTIF du 4 DECEMBRE suggère que la gestion diploma- tique de ce dossier soit remise à cette équipe qui avait abordé avec sérénité et tact, avait maitrisé avec brio le problème et avait pu alert- er toute l’internationale qui, elle, avait mis illico la pression sur l’Etat dominicain fautif. Il nous paraît également opportun que votre gouvernement dénonce publiquement les violations des droits humains par la République dominicaine, les ruses et fourberies des autorités de cette dernière. C’est aussi l’occasion de remercier ceux qui, comme le Maire de New York: l’Honorable Bill di Blasio ; le Maire de Montréal : l’Honorable Denis Coderre ; les parlementaires américains: Frederica Wilson, Rodneyse Bichotte, Daphne Campbell ; les dominicains vivant à New York ; les étudiants américains de la Floride ; la diaspora haïtienne ; les nombreux organismes de défense des droits de l’Homme; les citoyens du monde qui ont dit et continuent à crier: non au racisme et à l’apartheid en republique dominicaine ! 2.- En second lieu, Face à notre déficience en infrastructures appro- priées pour l’accueil de cette masse de refoulés, nous vous suggérons l’utilisation des structures doua- nières existantes aux postes front- aliers pour recevoir, abriter et gérer dans un premier temps les victimes de l’apatridie et de la chasse aux noirs que mène la République dominicaine. 3.- Finalement, Dans cette conjoncture, il nous parait tout- à-fait indiqué de décider que désormais toute importation venant de la république dominicaine soit faite par voie aérienne ou maritime vers le port de Port au Prince. L’heure est aux sacrifices. Nous sommes conscients que ces procédures conjoncturelles nécessiteront des ajustements majeurs par les importateurs auxquels notre gouvernement devra faire comprendre qu’il s’agit de gérer un casus belli, et que, tant que durera la crise entre les deux pays, des sacrifices seront attendus de tous ceux qui, pour notre pays et ses citoyens, auront un minimum de respect et pour nos frères bafoués, un zeste de compréhension, de compassion et d’appui moral. Cette lettre, Monsieur le Premier Ministre, que vous nous permettrez de rendre publique, est notre réponse à votre appel patriotique du 18 juin dernier et l’application de ces mesures que nous suggérons, traduira la hauteur de l’appréciation que vous lui donnez. Acta non verba. Patriotiquement vôtre, Jean-Robert Argant Coordonnateur général collectif du 4 décembre 2013
  3. 3. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 3 ACTUALITÉ Vers la réduction du nombre d'orphelinatsPar Evens REGIS S elon les statistiques de la directrice de l’IBESR, Arielle Jeanty Villedrouin, la quan- tité d’orphelinats recensée est passée de 150 à 770 après la catastro- phe du 12 janvier 2010. Seulement 6 % de cette quantité a une autorisation formelle, la grande majorité ne dis- pose pas d’une provision légale pour fonctionner sur le territoire. Trente-deux mille enfants, en majeure partie des filles, partagent ces 770 maisons d’accueil. Près de 80 % de ces enfants ne sont pas orphelins, ils ont une famille biologique. Notre niveau de vie précaire oblige souvent des parents en Haïti à abandonner leurs enfants dans des maisons exclusivement réservées aux orphelins. Maintes fois, ils sont victimes de la traite des enfants, et sont souvent à l’avenir déviés vers des pratiques interdites par la société, comme la prostitution, le vol, le viol, etc. « C’est une situation anormale, due à la pauvreté multidimensionnelle qui touche plus de 70 % de la population, et à l’insécurité alimentaire des 40 % des ménages en Haïti », a fait savoir le ministre des Affaires sociales et du Travail, Victor Benoît. Dans son inter- vention, il a annoncé que le gouver- nement n’allait pas rester indifférent face à une telle situation qui ronge la société. L’IBESR doit bénéficier de toutes les politiques transversales pour arriver à contrecarrer les mal- frats qui utilisent les orphelins pour plonger nos enfants dans le vice, les familles dans le désarroi, et le drame infernal. Le MAST s’engage à faire en sorte que toutes les recommanda- tions soient prises en compte dans le cadre de ses nouvelles politiques sociales, a promis le ministre Victor Benoît. L’institutionnalisation des enfants, un problème mondial L’exposé de Georgette Mulheir, PDG de Lumos, a montré que huit mil- lions d’enfants à travers le monde vivent dans des orphelinats. Ils sont 80 % qui fréquentent ces lieux faute de la précarité économique tout en ayant des familles biologiques. Selon l’assistante sociale, séparer un enfant de sa famille n’est jamais la bonne solution. Les expériences ont prouvé que les torts causés par les institu- tions d’accueil ont des impacts sur le développement précoce du cerveau des enfants. Il y a un meilleur dével- oppement cognitif, psychologique, social et psychopathologique pour les enfants vivant en famille que pour d’autres confiés aux institutions d’accueil. Jean Metenier, représentant adjoint de l’Unicef en Haïti, a pour sa part déclaré qu’en plaçant les enfants dans des institutions d’accueil, ils perdent leur première ligne de défense que sont les parents. La politique de l’Unicef, c’est d’encourager le main- tien des enfants dans des familles (famille d’accueil, élargie, autonome ou biologique), a-t-il informé. Avec beaucoup d’émotion et d’enthousiasme, Madame Pamela Ann White, dit être consciente que les enfants représentent l’avenir de ce pays. Le gouvernement américain va continuer à travailler de concert avec le gouvernement haïtien, en vue de promouvoir un développement inté- gral des enfants en Haïti et leur droit de vivre dans une famille. L’ambassadrice des États-Unis en Haïti a encouragé l’État haïtien à travailler de façon à augmenter la chance d’éducation de tous les enfants en Haïti, et la réduction du nombre d’enfants placés dans des institutions. Les enfants placés dans des orphe- linats représentent le capital économique de bons nombre de propriétaires de ces institutions d’accueil. Grâce à ces enfants, l’aide internationale ne cesse de grandir au niveau de ces institutions, et les responsables ne cessent d’empocher. Malgré tout, à en croire Madame Ville- drouin, la situation des enfants reste presque toujours de même, et des fois s’aggrave. Il faudrait changer de poli- tiques certes, mais comment l’IBESR va-t-il s’y prendre pour défier l’avidité de ces responsables, et atteindre ses objectifs ? Donner du prestige à l'État Onpeutaimertouteslesfoliesdumonde;etfairedel’excèsetdeladésinvolturela tramedefonddesavie.Jusque-là,sionneportepasconcrètementatteinteaux droitsetauxlibertésdesautres,çanedérangepas.Aprèstout,notrevieestànous etonpeut,ondoitpouvoirenfairecequ’onenveut. Maisilfautsavoirquandnotrestatutchange.Ilfautsavoirquandnouspassonsdu statutdecitoyenlambdaàceluid’hommed’État.Àceniveauderesponsabilités, onperdunpeudeseslibertés,oudumoinsoncèdeunpeudeseslibertésàune logiquedesauvegardedubiencommun.Çarimeàça,uneplacedanslagestion delachosepublique. Ces fonctions exigent une attitude et du prestige. Les représentants du pouvoir d’État doivent savoir se tenir continûment dans un protocole. De telles mises en placesontplusquenécessairesaumaintienauseindessociétésd’uneplateforme éthiqueautourdelalaquellelepeuplepeutsetrouverdesperspectivesmorales. Lorsquequelquescontingencesnousattribuentunefonctiondansl’appareild’État, onnepeutpasfairedanslamaladresseetlabêtise.Ilfautfairetairesesdémonsin- térieurs.Sesdémonsquis’appellentgrivoiserie,malséance,alcoolisme,tabagisme, excentricitédetoutessortes.L’État,çachangeunhomme,çachangeunevie.Onn’est plussoi-mêmepoursoi-même,onporteunevision,unprojetdevivre-ensemble.Et tousnoscomportementsdoiventlaissertransparaîtrenotresensdupouvoirdans ladignité,notresensdel’autredanslerespect...oui,lerespect. Lorsqu’onestcadredel’État,onporteensoilesouffledelaRépublique.Onattend denousdescomportementsquientrentenrésonanceavecunsystèmedevaleurs instituées. Ce n’est pas pour du beurre que la morale existe. La morale collective permetauxsociétésdesereconnaîtreautourdeprincipespartagés.C’estunexercice quirendenvisageableunesphèrecommunedecitoyenneté. MaisquedefoisenHaïti,lespoliticiensontcrachésurleprotocolequ’exigentleurs fonctions. Que de fois la société civile naïve, non informée, a joué le jeu de ces hommesd’État. Encetempsd’élections,ilfautdansl’absoluquetouslescandidatssachentquel’État n’estpasunescènesurlaquelleonvientjouersonpersonnage,faireleclowngrivois etridicule…L’Étatestuneinstancedepouvoirquiexistepourfairedel’expérience socialeuneexpériencesobreetheureuse.IlfautdonneràlaRépubliqueduprestige etduprotocole. ÉditoHAÏTI/DÉSINSTITUTIONALISATIONDESENFANTS L’Institut du bien-être social et de recherches (IBESR) a lancé officiellement, le vendredi 26 juin à l’hôtel Marriott, la campagne de désinstitutionalisation des enfants. Cette campagne bénéficiera des appuis du ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), de l’USAID, de Lumos, et de l’Unicef.
  4. 4. WWW.LENATIONAL.HT 2, DELMAS 40 B EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 46 11 10 10 / 32 14 55 54 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY PUBLICITÉ: SASKIA P.L.MICHEL DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, VANTZ BRUTUS, KENSON DÉSIR, MONDÉSIR JEAN BILLY, REYNOLD ARIS, ISABELLE THÉOSMY, WALTER CAMEAU, SCHULTZ LAURENT JUNIOR PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ GRAPHISTE : JUNIOR ADME CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA DISTRIBUTION : SARADJINE ST-JEAN ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE ••••••••••••• IMPRIMÉ EN HAÏTI SUR LES PRESSES DE L’IMPRIMERIE LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A. 4 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 ACTUALITÉ D epuis la fermeture du Plan national de régularisation des étrangers (PNRE), les réactions fusent de toutes parts pour dénoncer le racisme et la xénophobie dominicains, notamment à l’égard des Haïtiens. En fin de la semaine écoulée, le président domini- cain, Danilo Médina, sorti de son mut- isme, a dénoncé une campagne visant à ternir l’image de son pays, tout en revendiquant le droit de contrôler le flux migratoire sur son territoire. Cette première sortie dans la presse du président Médina, depuis le début des rapatriements, participe de la campagne de séduction des autorités dominicaines pour tenter de refaire l’image de leur pays sévèrement entamée, avec la publication de l’arrêt 168-13 de la Cour constitutionnelle dominicaine. Plus de 350 mille personnes devraient toutefois bénéficier d’un statut et de documents, s’est- il félicité. Combien d’Haïtiens ? Toujours une énigme. Cette antipathie à l’endroit des Haïtiens, selon plusieurs analystes constitue une faute morale. Malgré son acharnement à défendre l’indéfendable, Danilo Médina assume son statut de chef d’État. Il défend son pays ainsi que la politique migratoire menée par son administration. Il en appelle aussi à l’expertise de l’Onu pour évaluer le travail fourni dans cette nouvelle politique. Il n’y a aucun cas d’apatridie sur le territoire dominicain, a également tenu à préciser le remplaçant de Léonel Fernandez à la présidence. Bilan de la semaine ! Entre-temps, la tension monte d’un cran sur la frontière haïtiano-dominicaine. Des soldats dominicains, durant la semaine écoulée, ont tabassé un motocycliste haïtien à Belladère. En réaction aux nombreux actes de violation des droits des migrants, à Ouanaminthe, le maire a pris sur lui de fermer la frontière. Le gouvernement central n’était pas au courant, selon Lener Renaud. Une décision, apprend-on, qui est intervenue à la suite de troubles enregistrés la veille dans la ville. Malgré les contestations, le proces- sus de rapatriements continue. Le Service jésuite aux migrants/Soli- darite fwontalye (SJM-Haïti/SFw) a constaté du 22 au 26 juin 2015 l’arrivée de 3 674 migrants haïtiens et dominicains d’ascendance haïti- enne, aux points frontaliers de Mal- passe, Anse-à-Pitre, Ouanaminthe, Belladère, également à Cornillon- Grand Bois, entrée frontalière non officielle. À la frontière de Malpasse-Jimani, le SJM-Haïti/SFw a accueilli 20 migrants, dont 13 garçons et 7 femmes. Qui s’ajoutent aux huit familles déportées, logées à la cité de Fond-Bayard sur la route de Malpasse à Fond-Parisien. De ces familles on dénombre 20 mineurs, dont 8 enfants de moins de trois ans. Du côté de l’entrée d’Anse-à-Pitre- Pédernales, le SJM-Haïti/SFw a enregistré 1 109 déportés, à Dajabón-Ouanaminthe, ils étaient 514, ces compatriotes qui ont été expulsés de la République dominicaine. Ces déportés sont installés respectivement, à Anse-à- Pitre, dans les localités de Tète-à- l’Eau, Parc Cadeau et Tète-Source, et à Ouanaminthe, ils sont pour la plupart sans destination et ne sont orientés vers aucune structure d’accueil, hormis les quelques migrants logés dans cette commune au local du SJM-Hait/SFw. En outre, le SJM-Haïti/SFw a constaté, à la frontière de Belladère- Elias Pina, l’arrivée de 1 806 déportés pour la semaine du 22 au 26 juin, dont 52 migrants expulsés seulement au cours de la journée du vendredi 26 juin. Cependant, dans les localités de Cornillon- Grand-Bois, le Service des jésuites a reçu 80 migrants haïtiens, dont 57 hommes et 23 femmes. HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION Danilo Médina pour une évaluation de l'Onupar Lionel Edouard Le président dominicain, Danilo Medina. / Photo : laperiorevista.net La tension monte entre Haïti et la République dominicaine. Toutes les attentions sont focalisées sur cette affaire qui devient de plus en plus une crise identitaire, voire raciale. Le gouvernement haïtien temporise, alors que son homologue de l’autre côté de la frontière tente par tous les moyens de sortir de la pression internationale en se défendant contre les attaques de divers pays et organisations.
  5. 5. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 5 ACTUALITÉ À en croire la version offici- elle, les fonds Petrocaribe auraient été bien gérés par les autorités haïtiennes durant la période 2012-2014. C’est du moins ce qui ressort du rapport d’audit du Venezuela, qui s’estime historiquement redevable envers Haïti. De plus, la veille du 10e anni- versaire de Petrocaribe, le gouverne- ment bolivarien, via son ambassadeur accrédité à Port-au-Prince, Pedro Antonio Camon, a renouvelé sa volo- nté d’accompagner Haïti à travers ce programme. Il s’est dit satisfait des avancées significatives des projets réalisés grâce aux fonds petrocaribe. Le gouvernement haïtien, dans cette veine, s’est donné un satisfecit quant à sa gestion des fonds petrocaribe au regard de son rapport publié en décembre 2014, intitulé : « La transformation d’Haïti à travers les grands travaux de reconstruction avec les fonds petrocaribe ». Ce document fait état de 907 millions de dollars américains budgétisés pour la réalisation de 234 projets relatifs au développement territorial et économique : l’agriculture, les infrastructures, le tourisme, au cours de la période allant de mai 2011 à septembre 2014. Près de 78 % d’un montant de 230 millions de dollars budgétisés ont été transférés pour des projets qui relèvent de l’axe développement social, d’après le rapport gouvernemental. La construction de logements sociauxetdesprojetsderelogement, poursuit ce document de 248 pages, ont nécessité un budget de 44 millions de dollars dont 80 % ont été transférés au compte des projets y relatifs. Pour ce qui est des projets sociaux, 59 millions de dollars, dit le rapport, ont été mobilisés pour la réalisation des projets dénommés : Ti manman cheri, kore peyizan, panye solidarite, kantin mobil, kore etidyan. Le rapport de la CSC/CA, somme toute, estime que les infrastructures sont susceptibles de disparaître en l’absence des tissus économiques et professionnels appelés à les entretenir. selon Fritz Jean L’économiste Fritz Jean s’est interrogésurlarapiditéetlaquantité des montants décaissés pour la réalisation de nombreux projets. S’appuyant sur les données publiées sur le site internet du Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (BMPAD), 600 millions de dollars ont été engagés en neuf mois par l’État haïtien pour certains projets. À titre d’illustration, poursuit-il, 80 % des fonds destinés aux travaux d’infrastructures ont été décaissés sur une période de deux ans environ alors que les résultats concrets ne sont pas observables. Si les gouvernements haïtien et vénézuélien accordent leurs violons, certains observateurs haïtiens et institutions de contrôle du pays remettent en question la version officielle. Dans son rapport d’audit sur l’état financier d’Haïti et l’efficacité des dépenses publiques au cours de l’année fiscale 2013-2014, la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif ( CSC/CA) alimente les débats sur la gestion des fonds petrocaribe. La cour des comptes dit relever un ensemble d’irrégularités au niveau de l’octroi des marchés publics, des retards dans la progression des chantiers en cours et l’inexistence de certains projets pour lesquels des montants ont été décaissés. Selon ce rapport, en effet, la loi sur la passation de marché a été violée sous le couvert de la loi d’urgence utilisée abusivement. Dans cet ordre d’idées, a fait remarquer le rapport, trois firmes mobilisent à elles seules 68 % des contrats. Cette instance de contrôle questionne le retard enregistré dans la réalisation de certains projets d’infrastructures viables. Le rapport prend en exemple le projet de construction d’un viaduc dans la commune de Delmas qui traîne alors qu’il était censé être livré en juillet 2014. Pourtant une avance de 13,95 millions de dollars sur un total de 30,22 millions que coûte le projet a été versée à la firme dominicaine de construction Estrella. Le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Nord- Est passe au crible les projets sociaux réalisés par l’équipe au pouvoir à l’aide des fonds petrocaribe. Selon lui, ces projets à court terme qui, dit-on, ont le mérite de soulager les plus vulnérables, sont contre- productifs pour l’économie haïtienne. Car, argumente-t-il, les aliments contenus dans les kitts distribués aux populations nécessiteuses sont, en grande partie, des produits importés. Aussi, selon lui, ces programmes servent les intérêts d’un certain capital privé haïtien au détriment du renforcement du secteur agricole haïtien. L’ex-gouverneur de la Banque centrale dit regretter, à cet effet, que les fonds petrocaribe ne soient pas investis dans des créneaux productifs susceptibles de générer des revenus substantiels pour le remboursement de la dette contractée par Haïti auprès du Venezuela par le biais de Petrocaribe. Rappelons que Petrocaribe est un programme de coopération énergétique du Venezuela qui garantit aux pays membres un approvisionnement en produits pétroliers (gazoline, diesel, kérosène, mazout, asphalte) au prix international du marché mais à des conditions préférentielles. Selon le prix du baril de pétrole sur le marché, une partie du montant, soit 40 % à 70 %, est payée comptant alors que le solde est remboursable sur une période de vingt-cinq ans à un taux d’intérêt de 1 % l’an. En dépit de ces avantages et l’esprit de solidarité des peuples latino-américains et caribéens qui le fondent, Petrocaribe, souligne l’économiste, n’est pas un programme de bienfaisance. Haïti devra s’acquitter de ses dettes, selon M. Jean qui estime que la solidarité a ses limites. Le Venezuela connaît, d’ailleurs, avance-t-il, une crise économique et politique profonde. Le gouvernement vénézuélien, prend-t-il en exemple, auquel la République dominicaine devait quatre milliards de dollars, a dû recourir au marché financier américain qui lui a prêté 1,6 milliard de dollars pour répondre à ses obligations. Sur le plan politique, l’économiste émet l’hypothèse selon laquelle le personnel politique au pouvoir au Venezuela pourrait être remplacé. Ce qui est susceptible de modifier les clauses de l’accord Petrocaribe. Figurant parmi les 18 pays membres de Petrocaribe depuis août 2007, Haïti est attendue à Caracas ce lundi pour la célébration du 10e anniversaire de ce partenariat fructueux pour les pays latino- américains et caribéens. HAÏTI/COOPÉRATION Petrocaribe a dix ans : un bilan mitigé pour Haïtipar Jean Michel Cadet Une des sessions de Petrocaribe. / Photo : opi97.org » suite de la première page
  6. 6. Grâce aux supports du Brésil et des États-Unis, six millions de dollars américains ont été ajoutés aux 38 millions placés jusque-là dans le fonds fiduciaire confié au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), selon ce qu’a informé, Madame Sophie Decaen, directrice principale de cet organe de l’Onu en Haïti. Cette addition porte à 44 millions de dollars le montant disponible actuellement dans ledit fonds alors que le budget total des élections législatives, présidentielle et des collectivités territoriales est estimé à 66 millions. L e jeudi 25 Juin 2015, l’équipe politique de Joseph Lambert a déposé une plainte contre X au parquet de Jacmel tandis qu’un jour plus tard, le vendredi 26 juin, accompagné de son avocat Ger- main Pierre, l’étudiant Wesnel Jeudy, de son côté, a déposé une plainte contre le conseiller spécial du pré- sident Martelly, Joseph Lambert et consort, pour tentative d’assassinat sur sa personne et association de mal- faiteurs. L’étudiant demande Justice et réparation. « J’ai confiance en la justice. Je crois que le commissaire du gouvernement va donner suite à notre plainte », a commenté dans la presse maître Pierre Germain, avocat de Wesnel Jeudy. Les faits Le mercredi 24 juin, l’étudiant en communication sociale à la Fac- ulté des sciences humaines, Wesnel Jeudy, avec sa tête ensanglantée, a convoqué quelques journalistes à l’hôpital Saint-Michel pour dénoncer l’ex-sénateur Joseph Lambert qui, selon lui, l’a blessé à la tête à coups de crosse d’une arme à feu. « Je participais à une rencontre du candidat Joseph Lambert à Coq Chante. J’ai demandé l’autorisation de prendre la parole, les organisateurs me l’ont accordée. Alors j’ai tenté de faire comprendre à la population qu’elle ne doit plus accepter cette pratique des politiciens consistant à acheter leurs votes avec quelques kilos de riz et des billets. Vexé, Lam- bert et ses quatre hommes de main armés m’ont attaqué. Ses hommes m’ont battu, et lui m’a frappé à plu- sieurs reprises avec la crosse de son arme » a expliqué Wesnel Jeudy. Ce dernier croit qu’un étudiant est un avant-gardiste et que c’est son devoir de protéger sa communauté de la politicaillerie obscurantiste des politiciens haïtiens. Il dément les déclarations des partisans de l’ex- sénateur faisant croire qu’il pertur- bait la rencontre du 24 juin en tapant sur des seaux. Wesnel Jeudy qualifie de lâche le con- seiller spécial du président Martelly, qui nie dans la presse l’avoir frappé. « ’Quand j’ai réussi à m’échapper de leurs mains, deux d’entre eux m’ont pourchassé avec leur arme à feu en main. Ils ont voulu m’assassiner », croit Wesnel Jeudy, qui affirme n’être pas membre du parti Pitit Dessalines, comme l’a déclaré le candidat Joseph Lambert. Ekson Semexant, responsable d’une organisation sociale à Coq Chante, s’est présenté à la presse comme une autre victime de Joseph Lambert. Monsieur Sémexant dit avoir reçu plusieurs coups de crosse de l’arme de Lambert en tentant de libérer Wesnel Jeudy des mains de l’ancien sénateur du Sud-Est. Position du parquet de Jacmel Maître Germain Pierre, l’avocat de Wesnel Pierre, estime qu’après la plainte de son client, le commissaire du gouvernement pouvait décerner un mandat contre Joseph Lambert, cependant le chef du parquet annonce plutôt l’ouverture d’une enquête. « Le commissaire Féhaud Antoine nous a expliqué qu’étant donné que l’autre partie dépose également une plainte, donc, il va designer un juge de paix compétent pour mener une enquête de proximité, avant d’avancer avec le dossier », a révélé Me Pierre. Les réactions Cet incident du mercredi 24 juin divise les hommes politiques et les notables du Sud-Est. Certains d’entre eux, comme Reynold Jean-Paul, se lancent corps et âme dans la défense de Joseph Lambert. Wencesclass Lambert, lui, estime qu’agresser phy- siquement avec une arme un simple citoyen lui ressemble davantage qu’à son frère Joseph qui, selon lui, est un pacifiste et ne porte jamais d’arme sur lui. D’autres gens, comme Me Germain Pierre, croit que les frères Lambert complotent contre la jeu- nesse éclairée, avisée. Selon M. Pierre, Wencesclass Lambert a arra- ché à coups de poing plusieurs dents de l’étudiant en agronomie Daniel Théodore, parce que celui-ci a osé lui poser des questions embarrassantes et le démentir dans une rencontre politique. Aujourd’hui, c’est autour du grand frère Joseph de maltraiter l’étudiant Wesnel Jeudy. Il espère que le commissaire du gouvernement va agir contre ce complot en enfermant Joseph Lambert et consorts. « Joseph Lambert est un malade qui mérite d’être interné », a commenté Me Pierre Germain. Selon maître Succès Witni, Joseph Lambert a agressé à ce niveau l’étudiant Jeudy parce qu’il sait que la justice à Jacmel est à ses bottes. Maître Witni cite, à titre d’exemple pour renforcer sa thèse, le dossier Daniel Théodore, où l’ex-sénateur Wencesclass Lambert, frère cadet de Joseph a avoué à plusieurs reprises dans la presse jacmélienne avoir arraché à coups de poing les dents de l’étudiant en agronomie Daniel Théodore et que la justice a eu l’audace de déclarer un non-lieu en faveur de Wencesclass. Maître Witni a parlé aussi d’un directeur qui pillait les caisses de l’Ona au profit de Joseph et que, malgré les preuves et la révocation de ce directeur, la justice a tranché en sa faveur. Le responsable départemental de Mochréna, Lucien Pierre, demande à la justice de profiter de ce dossier pour améliorer son image et gagner un peu d’estime auprès de la population. D epuis bien des jours, le pays vibre dans une grande ambiance électorale. Con- férences de presse de part et d’autre de candidats agréés et/ou rejetés. Sit-in. Dénonciations. Prises de position. L’actualité électorale pollue l’espace médiatique, domine l’opinion publique, et a failli même éclipser cette vague de déportations massives des Haïtiens vivant en République dominicaine, considérée par plus d’un comme une catastro- phe humanitaire. À un moment où le gouvernement s’apprête à recev- oir plusieurs dizaines de milliers de compatriotes, il doit aussi trouver de l’argent pour l’organisation des élec- tions pour renouveler le personnel politique de l’État. Si le Conseil élec- toral provisoire se dit confortable dans son calendrier, le gouverne- ment de la République, de son côté, n’est pas de tout repos, car il doit se démener encore pour trouver les 22 millions manquants pour com- pléter le budget électoral. Sur les 44 millions collectés à ce jour, l’État haïtien demeure le plus grand contributeur avec 13,8 millions. À en croire les propos de Madame de Caen, certaines modifications devraient être apportées au fonds fiduciaire. En ce sens, elle a informé que le docu- ment de révision du fonds fiduciaire alloué aux élections a été paraphé le 5 juin dernier entre le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et le ministère de la Planifi- cation et de la Coopération externe. Entre-temps, le processus électoral avance et le CEP respecte encore le calendrier électoral. Après avoir mis fin au processus d’inscriptions des candidats à tous les niveaux, publié la liste des candidats agréés à la course présidentielle, en attendant la publication des listes de candidats habilités à concourir aux collectivités territoriales, le Conseil électoral pro- visoire (CEP) s’assoit bien dans son calendrier. Déjà les recrutements pour les membres des bureaux de vote sont en cours, la liste électorale est sur le point d’être finalisée, selon les informations confiées par Me Mosler Georges, directeur exécutif de l’institution électorale, les kits de formation pour les formateurs sont déjà arrivés, ces dispositifs augurent de beaux jours pour l’avenir du pro- cessus électoral.Alors que les bulle- tins pour les prochaines législatives sont en train d’être imprimés, des matériels sensibles sont déjà arrivés avec une dernière livraison reçue au courant du weekend en provenance de l’Afrique du Sud. Cette cargai- son de matériels est arrivée en Haïti via un cargo Lufthansa affrété par la compagnie Lithotech. Avec 4 421 kits électoraux, les maté- riels non sensibles tels que urnes en PVC transparent, isoloirs en carton, encre indélébile, sachets transpar- ents, lampes et autres ustensiles sont fin prêts et les responsables du CEP avancent « tèt dwat » vers le 9 août pour le premier tour des législatives. Noclès Débréus. HAÏTI/ÉLECTIONS/BUDGET Six millions de dollars de plus dans le fonds fiduciaire du Pnud par Noclès Débréus 6 | N0 27 DU LUNDI 29 JUIN 2015 ACTUALITÉ Une plainte contre l'ex-sénateur Joseph Lambert au parquet de Jacmel par Pierre-Paul ANCION
  7. 7. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 7 ACTUALITÉ L a Plateforme des organisations de défense des droits humains (POHDH) se dit contre une transformation de l’eau en marchandise. Cela suscite la raréfaction de cette ressource dans certains endroits du pays. L’organisation en appelle aux autorités qui doivent agir de sorte que l’accès à l’eau reste un droit. Les responsables de la Plateforme ont fait ces déclarations dans le cadre d’une conférence-débat organisée au local de l’institution le vendredi 26 juin 2015. Depuis le début de l’année 2015, des quartiers dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et des villes dans les autres départements du pays font face à une crise de rareté d’eau. Dans la capitale haïtienne, la POHDH répertorie au moins trois grands quartiers qui font face à une telle situation : Carrefour-Feuilles et Martissant dans la zone sud, Juvénat à l’est, en allant à Pétion- Ville. Parallèlement à cette rareté dans la distribution par la Direction nationale d’eau potable et d’assainissement (Dinepa), se développe un commerce d’eau dans ces zones en manque. Des véhicules de toutes sortes transportent de grandes citernes en plastique de couleur blanche et passent dans ces endroits pour vendre de « l’eau», suivant ce que rapportent les responsables de la Plateforme. Alermy Piervilus, responsable du programme d’éducation à la culture des droits humains au sein de la Plateforme, déplore le fait que « des entreprises et des institutions gèrent la question des sourcesd’approvisionnement, dans l’idée de vendre l’eau à un prix inabordable », particulièrement pour les plus défavorisés. « La Plateforme s’oppose à cette démarche de la commercialisation de l’eau. Étant un bien vital, l’eau ne doit pas être une marchandise », affirme Piervilus, au cours de cette conférence-débat organisée au local de l’organisation, dans le cadre des « Vendredis de la Plateforme », qui constituent un espace de discussion sur les divers problèmes de droits humains. Pour la POHDH, la commerciali- sation de l’eau vient remettre en « question l’existence de la popu- lation haïtienne », parce que cette démarche « nie la question du droit » et loue la notion de « profit ». En guise de solution, l’organisation de défense des droits humains estime que les dirigeants haïtiens doivent « reprendre l’affaire de la gestion et de l’approvisionnement de l’eau » et sortir du partenariat public-privé, suivant l’actuelle entente avec la Dinepa. Antonal Mortimé, secrétaire exécutif de la Plateforme, rappelle que le non-accès à l’eau constitue une violation du droit à l’alimentation des citoyens et des citoyennes et représente une menace à la vie. La POHDH appelle les autorités de la santé publique, de l’agriculture et de l’environnement à agir en synergie pour apporter une solution globale au problème et empêcher une dégénération de la situation. Les localités qui vivent de l’agriculture dans d’autres départe- ments se plaignent également de la rareté d’eau, visiblement occasion- née dans ces régions par la dégrada- tion environnementale.Les paysans ne trouvent pas d’eau pour cultiver la terre et ni même pour répondre à leurs propres besoins quotidiens, une situation qui affecte directe- ment leur droit à l’alimentation. La Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) a récemment annoncé que 3,5 mil- lions d’Haïtiens sont actuellement dans une situation d’insécurité ali- mentaire dans le pays. « Si rien n’est fait, d’ici à la fin de l’année 2015, elles seront quatre millions », augure Mortimé. HAÏTI/DROITSHUMAINS La POHDH en appelle à l'action pour une démarchandisation de l'eauPar Stephen Ralph Henri Antonal Mortimé, le secrétaire exécutif de la POHDH. / Photo : Stephen Ralph Henri
  8. 8. 8 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 MONDE L a présidente brésilienne Dilma Rousseff arrive aux États-Unis samedi pour une visite long- temps retardée, où elle cherch- era à consolider les liens économiques entre les deux pays près de deux ans après le scandale des écoutes des ser- vices secrets américains (NSA). A l’été 2013, les révélations de l’ex-consultant Edward Snowden avaient déclenché l’ire de Brasil- ia, provoqué le refroidissement des relations entre les deux pays et incité Mme Rousseff à vouloir remettre de l’ordre dans le fonc- tionnement d’internet pour que de tels agissements ne puissent se reproduire. Aux Etats-Unis jusqu’au 1er juil- let, Dilma Rousseff, 67 ans, s’entretiendra avec son homo- logue américain Barack Obama à la Maison Blanche, une rencontre qui scellera la reprise des liens bila- téraux entre les deux pays. Accompagné de son ministre de l’Economie Joaquim Levy, la chef de l’Etat présentera également à la communauté financière de New York et de Washington son pro- gramme d’ajustement budgétaire, ainsi qu’un large menu d’options pour investir dans la 7e économie de la planète, qui tourne actuel- lement au ralenti. Vendredi soir, M. Levy a été hospitalisé avec des douleurs dans le thorax, selon la presse locale, l’hôpital n’ayant fourni aucun communiqué. Après des examens, il a maintenu son voyage aux Etats-Unis mais il prendra samedi soir un vol com- mercial alors que la présidente Rousseff et sa délégation sont par- ties samedi matin, selon la même source. « Tout va bien », a dit M. Levy à la presse à sa sortie de l’hôpital, à l’aube. Alors que la popularité de Mme Rousseff est à un minimum histo- rique (10 %), « une photo de la pré- sidente Dilma avec Obama aura une signification politique au Brésil. Symboliquement, elle montrera une présidente plus ouverte au monde, au dialogue, surtout pour les secteurs les plus critiques », explique à l’AFP Carlos Melo, ana- lyste politique de l’école Insper. « Ce voyage est plus important en termes de politique intérieure qu’extérieure », souligne-t-il. En marge des nombreuses critiques à son plan d’austérité, au Parlement et au sein-même du Parti des tra- vailleurs (PT gauche au pouvoir), le gouvernement peaufine le sémi- naire qu’il organisera à New York pour proposer à des centaines d’investisseurs son plan de con- cessions pour de grands travaux d’infrastructures à hauteur de 64 milliards de dollars. Approfondir les liens Avec le ministre de l’Economie, Joaquim Levy en tête, diplômé de l’école de Chicago, le Brésil cherch- era à expliquer comment il prétend relancer une économie - la première d’Amérique latine - qui devrait se contracter de 1,2 % cette année, ce qui constituerait alors sa pire performance en 25 ans. Il tentera aussi d’attirer les capitaux étrangers dont il a tant besoin. Le séminaire verra même la par- ticipation de Laurence Fink, pré- sident de la plus grande entreprise d’investissements du monde : Black- Rock, qui coordonnera l’événement dans le New York Palace Hotel. Le gouvernement brésilien a expliqué sans détour son inten- tion d’approfondir sa relation déjà intense avec les Etats-Unis, son deuxième partenaire commercial derrière la Chine, avec des échang- es de 62 milliards de dollars en 2014, et son principal investisseur étranger avec un montant de 116 milliards de dollars. Les Etats-Unis sont « la principale destination des exportations de produits manufacturés et offrent une perspective intéressante à court et moyen terme », a estimé le ministre du Commerce extéri- eur, Armando Monteiro, dans un entretien avec la presse étrangère. « Si le Brésil a un agenda concret, et nous y travaillons, de retrait des barrières non tarifaires, cela pourra nous être bénéfique », a-t-il ajouté. Après avoir surmonté le scandale des écoutes de la NSA, Brasilia veut avancer à toute vapeur dans un agenda qui va du changement climatique à la réforme de l’ONU et cherche à récolter des bénéfices économiques au plus vite, selon la diplomatie brésilienne. Cet objectif est sans équivoque dans le programme serré de la visite : présentations devant les investisseurs de New York, Wash- ington et San Francisco, dont une visite au siège de Google et dans un centre de recherche de la Nasa avec des industriels du secteur de l’aérospatial. Rousseff aux Etats-Unis pour attirer les investissementsSources : AFP la présidente brésilienne Dilma Rousseff. / Photo: rtsch
  9. 9. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 9 MONDE I l y avait Oliver L. Brown, le plaig- nant dont le recours a donné lieu en 1954 à l’arrêt de la Cour suprême Brown v. Board of Educa- tion, qui a rendu inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques américaines. Il y avait Norma McCorvey, la femme dont la plainte, sous le nom de code «Jane Roe», a entraîné l’arrêt de 1973 Roe v. Wade légalisant l’avortement. Il y aura désormais Jim Obergefell, l’homme dont le nom restera associé à l’arrêt Obergefell v. Hodges, par lequel la Cour suprême a fait du mariage entre personnes de même sexe un droit constitutionnel, vendredi 26 juin. SCet homme qui est passé «d’agent immobilier à icône des droits civiques», selon l’expression du Washington Post, a raconté au magazine People comment, vêtu d’un nœeud papillon violet et blanc, il a vécu la lecture de l’arrêt par le juge Anthony M. Kennedy, chef de file de la majorité des juges (5 contre 4) sur ce dossier: «J’avais appris par cœur notre numéro de dossier donc quand il l’a dit à haute voix, j’ai eu ce bref moment de panique où j’ai bondi de mon siège en piaillant. J’ai juste commencé à pleurer et je n’ai pas arrêté. Je me sentais juste si bien, là en train d’entendre un juge de la Cour suprême en train de décrire la façon dont notre mariage, notre relation et des rela- tions comme la nôtre méritent le respect.» Le Washington Post raconte com- ment il a vécu les minutes qui ont suivi la lecture de l’arrêt: «Il a posté sur Facebook: « NOUS AVONS GAGNÉ!!!!! » [...] Il a descendu les marches de la Cour au son d’un tonnerre de félicitations. Des gens ont chanté l’hymne national. Il y eu des embrassades, des discours et des interviews.» Et alors qu’Obergefell était juste- ment au milieu d’une interview avec CNN, Barack Obama l’a appelé: «Je voulais juste vous présenter mes félicitations. Votre détermination sur ce dossier a changé notre pays.» Jim Obergefell parle de son «mar- iage» ou de sa «relation», mais son cas présente une différence majeure avec ceux des autres plaignants qui ont été «associés» à son recours: et qui voulaient faire reconnaître une adoption en commun ou leur mariage dans un autre Etat: il est veuf. Comme le raconte Newsweek, en 2013, il vivait en couple depuis vingt ans avec son compagnon John Arthur, atteint de la maladie de Charcot en phase terminale, quand la Cour suprême a jugé inconstitutionnelle le Defense of Marriage Act (DOMA), la loi fédérale qui définissait le mar- iage comme l’union d’un homme et d’une femme. Les deux hommes se sont alors mariés dans le Mary- land, qui reconnaissait l’union des couples de même sexe, mais Jim Obergefell a ensuite rencon- tré des résistances de son Etat de résidence, l’Ohio, qui ne recon- naît pas le mariage gay, quand il a voulu pouvoir bénéficier du statut d’«époux survivant» après la mort d’Arthur (survenue le 22 octobre 2013). Il a gagné en première instance puis perdu en appel, avant de porter l’affaire devant la Cour suprême. Après l’arrêt de cette dernière, Obergefell a lu une lettre ouverte: «Mon époux John est mort il y a vingt mois, ce qui veut dire que nous ne pourrons pas célébrer ensemble la décision de la Cour suprême dans le dossier qui porte mon nom, Obergefell v. Hodges. [...] Je peux enfin me rassurer en sachant que l’Ohio ne pourra jamais effacer notre mariage du certificat de décès de John, et que mon époux peut maintenant vrai- ment reposer en paix. Mariage gay: Jim Obergefell, le veuf qui va laisser son nom dans l'histoire des Etats-Unis Sources : slate.fr 30 ans après, le Pérou lève l'état d'urgence dans les zones de guérillaSOURCES : AFP L e président péruvien Ollanta Humala a annoncé samedi avoir levé l’état d’urgence en vigueur depuis 30 ans dans l’Alto Huallaga (nord), province ama- zonienne réputée pour la culture illé- gale de coca et ancien refuge de la guérilla maoïste du Sentier Lumineux (SL). « Nous levons l’état d’urgence en vigueur depuis 30 ans », a déclaré M. Humala, quelques heures après que la police a annoncé la saisie de matériel logistique ayant appartenu au Sentier Lumineux dans cette zone. Le conflit entre la guérilla du Sen- tier Lumineux, notamment, et le gouvernement a ravagé le Pérou entre 1980 et 2000, causant la mort de 70 000 personnes et la disparition de 15 000 autres. La fin de l’état d’urgence, signifie la fin des restrictions des droits fondamentaux des personnes comme l’inviolabilité du domicile ou la liberté de réunion et de se déplacer pour les habitants de l’Alto Huallaga, dans la forêt péru- vienne, qui comprend les régions de Huanuco et de San Martin. La guérilla du Sentier Lumineux a été démantelée au milieu des années 1990. Ses principaux lead- ers, dont le fondateur du mouve- ment maoïste Abimael Guzman, purgent des peines de prison à perpétuité pour leur responsabil- ité dans l’un des conflits les plus sanglants d’Amérique latine. Le Sentier Lumineux a été jugé responsable de la mort de 54 % des victimes, selon les conclusions de la Commission de la Vérité et la Réconciliation (CVR) en 2003. Le Pérou est, avec la Colombie, toujours considéré par les organ- isations internationales de lutte contre la culture illicite de coca et les narcotrafiquants, comme l’un des principaux producteurs de coca et de cocaïne au monde. Début juin, une mission des Nations unies a estimé que les iné- galités qui persistent dans le pays sont responsables de la violence politique au Pérou. Elle considère qu’en raison de ce conflit, la population péruvienne est toujours divisée et que la réc- onciliation est encore loin. Le président péruvien Ollanta Humala . / Photo : andina.com.pe Jim Obergefell devant la Cour suprême, le 18 juin 2015. REUTERS/ Carlos Barria.
  10. 10. 10 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 ÉCONOMIE Vivre en Haïti : un véritable défiPar Stéphanie Balmir Selon la Banque mondiale, le revenu per capita en Haïti se situait autour de 846 dollars américains pour l’année 2014, soit à 42 300 gourdes taux du jour. Soit à peine 3 500 gourdes le mois. En prenant les salaires de différentes tranches de la population ayant un emploi relativement stable, comme un professeur, une infirmière, un fonctionnaire, un cadre moyen de banque, un employé d’une entreprise privée, disons les classes moyennes, nous avons fixé entre 15 000 et 25 000 gourdes un salaire moyen dans cette tranche socioprofessionnelle. La question que nous nous posons est celle-ci : Peut-on vivre avec un tel salaire en Haïti ? P eut-on répondre rapidement à cette question ? D’ailleurs, 80 % de la population ne dispo- sent pas de ces revenus pour- tant modiques. Mais de quel vivre parle-t-on ? Dans le système capi- taliste, on vit quand on est capable de consommer, quand on peut faire fonctionner le marché. Il est donc intéressant de voir si cet échantillon des classes moyennes, très moyennes, que nous avons pris, peut faire partie du circuit économique. Et toute la problématique des classes moyennes d’Haïti est là. Notre étude porte sur un foyer de deux enfants. Un père au salaire mensuel de 25 000 gourdes. Une mère au salaire inférieurà celui du conjoint, 15 000 gourdes. Nous n’assumons pas l’iniquité de genre,mais nous effectuons un exercice issu de la réalité dans laquelle nous vivons. Nous allons quand même haut. À peine le salaire d’un agent de sécurité. D’un policier. Avec 40 000 gourdes tous les mois, peuvent-ils vivre de manière décente ? Ce sera la première partie de ces enquêtes. Nous nous pencherons plus tard sur d’autres tranches de notre population. Le nécessaire ! Appelons ces besoins, les néces- saires. Parce que ce sont des habi- tudes dont on ne peut se passer. Des gestes que l’on doit poser tous les jours. Forcément. Parce que normalement l’on est supposé avoir un toit pour dormir et de quoi se nourrir. Stricts nécessaires. Notre famille moyenne ne vivra pas dans n’importe quel quartier. Non ! Elle ne pourra pas se payer le luxe de louer une maison dans les hau- teurs, synonyme de pouvoir et/ou d’argent. Allez savoir si c’est vrai ! Mais elle n’ira pas non plus se four- rer dans le fin fond des bidonvilles que nous connaissons tous. Il y a un effort à faire, voyons ! Elle se dirigera vers un quartier plus ou moins paisible, disons un quartier « potable ». Depuis le séisme du 12 janvier 2010, le loyer a considérable- ment augmenté. Il faut du temps pour chercher et des frais pour un « koutye » qui sait ce qu’il vaut. Entre frais de déplacement, de recherche et de visite de la maison, la famille dépense déjà quelque 5 000 gourdes. Elle décide au final de louer une maison avec au moins deux chambres à coucher dans un quartier plus ou moins « conven- able ». Un quartier qui n’a pas trop la réputation d’insécurité, où l’eau est moins rare que l’électricité, mais « potable ». Elle ne peut s’offrir mieux de toute façon. 100 000 jusqu’à 200 000 gourdes l’an seront déduites du salaire annuel du couple. La rareté d’eau et d’électricité ne les empêchera pas de payer tous les mois une somme de 4 500 gourdes. Avoir une maison, l’eau et l’électricité, entre guillemets, c’est bien. Savoir que l’on pensera au paramètre loyer dans douze mois, c’est encore mieux. Mais dans le chapitre nécessaire, il y a une autre préoccupation majeure : manger au quotidien. Dans la normalité, l’on prend trois repas journaliers. Un déjeuner, un dîner et un souper. Mais notre famille moyenne se passe du troisième. Cependant, cela ne réduit pas ses dépenses journalières. Un déjeuner normal (ce que je nomme normal inclut des quantités de protéines, de glucides, de lipides néces- saires) au cours duquel la famille consommera des œufs et un verre de lait par personne, et peut-être des fruits, varie entre 400 et 500 gourdes. Puisque les œufs, le lait et les fruits ne coûtent pas 20 gourdes comme un paquet de spaghetti que la famille préfère acheter certains matins. Ils doivent, bien sûr, se nourrir tous les matins, mais en tenant compte de leurs revenus. Ne parlons pas de la boîte à lunch des enfants qui peut coûter 150 à 200 gourdes tous les matins, et même plus. À midi, certaines fois, ils se passent de viande, de salade et de jus. Puisque l’achat de poulet, de viande de cabri ou de bœuf et autres ingrédients comme les sal- ades, les fruits pour le jus, creusera un grand vide dans le budget, s’il faut en acheter tous les jours. Envi- ron 400 à 600 gourdes par jour. Le dîner sera donc simple. Souci de dépenser moins. Il sera composé de riz comme plat principal, de haricot et d’une sauce de hareng ou de morue. Plus abordable ! Quoique souvent négligée, une faim de dernière minute pourra faire revenir sur le souper. Dans ce cas précis, rien de plus facile, rien de moins cher qu’un plat de spaghetti vacillant entre 75 et 100 gourdes, acheté à une marchande nocturne. Ou encore, un jus con- cocté de pomme de terre, d’arbre véritable, de figue, et Dieu seul sait de quoi encore. Le transport fait aussi partie du chapitre nécessaire. Le couple doit aller travailler et les enfants doivent se rendre à l’école. Entre les frais de taxi de l’épouse et des enfants : 150 gourdes par jour et les 50 gourdes du mari, ils dépensent environ 900 gourdes par semaine. Posséder une voi- ture peut soulager, mais pas totalement. Acheter une voiture usagée entre 3 000 et 6 000 $ US n’est qu’un élément de solution. L’entretien, les frais de réparation et de service, le carburant, peu- vent varier de 18 000 à 20 000 gourdes tous les mois. Selon les trajets à effectuer. Ils préfèrent dans ce cas continuer à utiliser le transport en commun. La plus grande dépense du couple demeure les frais scolaires. Parce que ce couple moyen, comme le quartier, choisit l’établissement de leurs enfants à la loupe. Selon des critères d’excellence ou de bonne réputation de ce dernier. Tous les ans, ils dépenseront au moins 50 000 gourdes de frais scolaires par enfant. 20 000 ou 25 000 gourdes avant même la rentrée. Et des frais mensuels pouvant varier entre 2 000 à 5 000 gourdes, selon l’établissement scolaire. Les additionnels Les frais de transport, la nourri- ture et le toit ne font pas une vie. C’est le nécessaire. De ce fait, il y a d’autres aspects de la vie du couple qu’il faut considérer. Les additionnels ne sont pas obliga- toires à un certain point de vue. Mais ils ne peuvent pas s’en passer délibérément. Le téléphone por- table, par exemple. Ne faut-il pas appeler sa femme ou son mari, ses enfants, ses parents et des amis ici ou ailleurs ? Ne faut-il pas être disponible s’il y a une urgence ? Ce seul gadget peut, lui aussi, avoir, son propre budget. Surtout avec la technologie qui met des milliers d’applications à la portée de tous et dont ils veulent profiter. Pour payer les frais quotidiens de WhatsApp, Facebook, Instagram et autres, il faut, selon le plan offert par la compagnie, au moins neuf gourdes tous les jours. Ou un plan mensuel. Les appels, à 4,6 gourdes la minute peuvent coûter cher si le couple utilise leurs cel- lulaires fréquemment. En dépit des dépenses liées au téléphone, d’autres entrent égale- ment en ligne de compte. Il faudra voir les petites dépenses de la femme pour les soins de beauté. Environ 1 500 gourdes pour un abonnement mensuel, dans un centre de beauté correspondant au salaire de madame. Se vêtir est aussi important. Mais moins pres- sant que les autres besoins. Grâce aux uniformes des membres de la famille (établissement scolaire et institutions des parents), l’achat d’habits sera de moins en moins fréquent. Cela coûtera au moins 20 000 gourdes si le couple se résigne à fréquenter les marchan- des de vêtements usagés ou celles du centre-ville. Quant à la parenthèse loisir, il y a là-dessus une ambiguïté exa- gérée. Déjà, il n’y a ni structure ni sécurité propice à se créer des loisirs en famille. Mais il y a égale- ment le prix que le couple ne peut pas payer. Aller dans un restau- rant décent, à la plage ou autres endroits similaires pour se recréer est difficile. Le luxe ! Il existe donc plusieurs classes de dépenses pour notre famille moy- enne. Le salaire annuel moyen de 480 000 gourdes ne peut vraiment pas tout faire. Entre le nécessaire, les additionnels, il y a une mince frontière. Mais il y a certaines dépenses qui représentent un luxe. Des dépenses qui vont au-delà du salaire. Cette famille, engage-t- elle une ménagère ? Non. Ils n’ont pas de quoi la payer. Parce que ces bonnes femmes qui exigent des prix exorbitants, au moins 5 000 gourdes le mois, préfèrent se livrer au commerce au lieu de se faire ménagère. Le couple, ou plutôt l’épouse se voit donc dans l’obligation de tout faire seule et de payer une lavandière pour la lessive. Cinq cents gourdes toutes les semaines, selon les caprices de la lavandière. Parce qu’elles ont chacune leur prix respectif. En plus des dépenses qu’il doit se garder de faire, il y a un paramètre important qu’il laisse de côté. L’économie. Faire des économies avec un salaire qui ne couvre pas ses dépenses relève d’un fait inso- lite. Ils ne peuvent pas économiser. Ils n’en ont pas les moyens. Et les imprévus ! Dans ces conditions de vie, d’insalubrité et d’insécurité, les imprévus sont fréquents. Ce couple moyen n’est pas à l’abri des accidents de travail, d’un cas urgent de maladie, d’un cyclone ravageur pouvant tout endom- mager ou d’un vol. À n’importe quel moment de la durée, l’un des deux enfants peut tomber malade. Il faut bien sûr aller voir un médecin. Le couple ne peut pas se payer une assurance maladie. Encore pour les mêmes raisons. Les solutions existantes ne sont pas nombreuses. Emprunter de l’argent à quelqu’un ou attendre la Providence ou un transfert des États-Unis. Rarement, faire un emprunt à la banque. Ils ne peuvent pas compter sur leurs économies. Ils n’en font pas de toute façon. Leurs dépenses dépassent leur salaire.
  11. 11. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 11 ÉCONOMIE Haïti : L'introuvable classe moyennePar Marc Léo Laroche * Le drame de ce pays est sans borne. C’est une tragédie grecque en permanence sous les tropiques. S’il est vrai qu’on a les hommes politiques qu’on mérite, à cette aune, les Haïtiens doivent être très peu méritoires. SALAIRE ANNUEL MOYEN DE LA FAMILLE : 480 000 GOURDES DÉPENSES DU COUPLE COÛTS HEBDOMADAIRES COÛTS ANNUELS DÉDUCTION DU SALAIRE LOYER - 300 000 180 000 EAU ÉLECTRICITÉ 4 500 54 000 126 000 TRANSPORT 900 46 800 79 200 ÉCOLAGE - 100 000 ? NOURRITURE 1 100 401 200 ? TÉLÉPHONE 500 26 000 ? SE VÊTIR - 25 000 ? SOIN DE LA FEMME 1 500 18 000 ? LESSIVE 500 26 000 ? PLAN DE SANTÉ - - - ASSURANCE VIE - - - ÉCONOMIE IMPOSSIBLE - - HÔPITAL - - MÉNAGÈRE IMPOSSIBLE 60 000 - ACHAT D’UNE VOITURE IMPOSSIBLE 208 000 - Selon le tableau de dépenses ci-dessus, le salaire du couple ne peut en aucun cas couvrir la majorité de ses dépenses. Sur les 480 000 gourdes de salaire annuel, il peut seulement payer le loyer, l’eau et l’électricité sans problème. Le reste engendre des calculs et des emprunts. Pour manger tous les jours, se déplacer et subvenir à d’autres besoins, il doit faire des sacrifices énormes. Pour les cas les plus urgents, ils doivent se transformer en véri- tables acrobates pour ne pas se laisser engloutir. Comme dirait le proverbe : « Se dekouvri sen Pyè pou kouvri sen Pòl. » En ce moment précis où la gourde perd la face, les dépenses de la famille augmentent. Parce que le prix des produits de première nécessité augmente lui aussi. Quand le minimum devient un luxe, il n’y a pas de vie possible. Notre classe moyenne ne vit pas. P ourtant, il ne leur suffit pas de supporter continuellement la domination des margoulins et des politicards et de subir inlassablement les affres de tous les cataclysmes de la nature, il leur faut encore s’accommoder des avatars d’un événement singulier dont les répercussions ne sont pas toujours manifestes du premier coup. Ce phé- nomène qui n’est autre que la frac- ture sociale par laquelle le pays s’est trouvé vidé d’une partie de sa popula- tion par l’émigration est unique dans son genre et n’a pas fait l’objet de toute l’attention qu’il aurait méritée. Une classe moyenne réduite Ce qui est significatif dans cette fracture, c’est l’importance de la ponction qui a été faite dans le tissu social de la nation. Le temps de quelques décennies, le pays s’est vidé de ses professionnels et de ses cadres potentiels, une partie importante du membership de sa classe moyenne. Dans les commentaires des ana- lystes, ce phénomène est étudié en soi ou en regard de l’apport de la diaspora à la société-mère. Il n’y a, à ma connaissance, aucune étude sur les effets de cette saignée sur l’évolution d’Haïti, particulière- ment, en rapport avec la constitu- tion de la classe moyenne. Or, les effets sont considérables. Ils sont tels que l’équivalent dans l’ordre géophysique ou géographique aurait été perçu comme un accident géologique d’importance avec des con- séquences néfastes sur cette portion de la biosphère. Mais L’événement sociologique n’avait pas amené les analyses qu’il justifiait pas plus qu’il n’avait permis de tirer les conclusions qui s’imposent pour la gouverne du pays. Car la perte par une société de la plus grande partie de sa classe moyenne est loin d’être anodine. Dans tous les pays sous-dévelop- pés, cette classe est la colonne vertébrale du développement. Il y a, en effet, un lien majeur entre l’importance statistique de la classe moyenne dans la structure démographique d’une » suite page 12
  12. 12. 12 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 ÉCONOMIE Elle est le moteur de l’économie par son éducation, son dyna- misme et son ingéniosité. En plus de générer les industries dont le pays a besoin pour se développer, elle occupe la première place dans la consommation des produits de transformation. De sorte que, du jour au lendemain, le pays s’est trouvé privé de ce qui aurait pu être le fer de lance de son écono- mie. La ponction faite à cette classe n’a pas rendu possible l’élaboration d’une dynamique favorable à l’éclosion des condi- tions du développement. À la veille de l’an 2000, la struc- ture de classes en Haïti était sem- blable à ce qu’elle était du temps de la colonie avec un poids relatif de 10 à 13% pour la classe moy- enne ou celle des affranchis. Dans les deux cas, une structure pyrami- dale à très large base populaire qui s’effile du milieu au sommet. Avec l’extraction des éléments les plus significatifs de la population en termes éducatifs, soit les profes- sionnels, les cadres et les entre- preneurs potentiels, c’est une situ- ation de stagnation voire de régres- sion qui est générée, comme si en 200 ans, aucune mobilité sociale n’a été possible. Il y a, en effet, un lien majeur entre l’importance statistique de la classe moyenne dans la structure démographique d’une société et son démarrage vers son développement. Il en est de même lorsque cette société franchit la ligne imaginaire qui l’autorise à porter le nom de société émer- gente. Cela vaut pour les géants comme la Chine et l’Inde comme cela vaudrait pour un lilliputien comme Haïti. L’état de la situation d’Haïti com- mandait donc une réaction de la part du gouvernement. À défaut de trouver des solutions réelle- ment adéquates, il aurait été pos- sible d’y remédier un tant soit peu par des mesures circonstancielles compensatoires. La première de ces mesures aurait été la non- interdiction de la double nation- alité. À cet égard, les constituants de 1987 ont raté une bonne oppor- tunité d’être utiles au pays. Ils auraient été, en effet, bien avisés de tenir compte de la probléma- tique sociologique du pays avant de maintenir le statu quo dans la nouvelle constitution. En regard des conditions sociales d’alors, ce n’était pas seulement une erreur, c’était une faute. Combler la fracture sociale Bien entendu, une telle mesure n’aurait pas déclenché le retour des émigrés, mais en leur per- mettant de recouvrer leurs droits politiques de citoyens, un premier pas aurait été fait en vue de leur intégration dans l’organisation sociale du pays, générant poten- tiellement par le fait même, des apports plus substantiels, à beaucoup d’égards, que les cen- taines de millions qu’ils libèrent annuellement dans l’économie du pays. [2] Mieux encore, cela aurait permis d’impulser les différents secteurs de la société afin, ultime- ment, de favoriser le démarrage vers le développement. On peut mettre en perspective les étapes de la croissance économique ainsi que les moyens techniques pour y parvenir. Mais, on doit savoir que cette croissance est supportée par une classe sociale dont les attributs en font la plus dynamique et la plus industrieuse. D’ailleurs, même dans les sociétés bénéfici- ant d’une structure économique qui les classe d’emblée parmi les sociétés riches, la classe moyenne continue à jouer un rôle important. C’est sur elle que repose en grande partie l’assiette fiscale à la base des budgets gouvernementaux. Autant dire que pour l’équilibre et le développement du pays, il est de la plus haute nécessité que la fracture sociale soit comblée ou, à défaut, que des mesures gou- vernementales soient prises en conséquence. La première d’entre elles pourrait être l’abolition des articles 13 et 15 de la constitution. Corrélativement, il importe aussi que des alternatives à l’aide inter- nationale soient envisagées. À cet égard, parallèlement aux mesures permettant aux émigrés de recou- vrer leurs droits politiques de citoyens, on peut être porté à sou- scrire à quelques-unes de celles préconisées par l’économiste Jean- Eric Paul [3]. Selon ce dernier, la création, entre autres, d’une banque nationale de développement suivie du lance- ment d’un grand emprunt national auprès des membres de la diaspora serait une alternative valable à la dépendance de l’aide internatio- nale pour amorcer le développe- ment du pays. Dans son point de vue, la réussite d’un tel projet sup- pose que les normes de gestion les plus rigoureuses soient éventuelle- ment respectées. À condition, en effet, que cette banque soit munie de tous les garde-fous de gestion nécessaires pour empêcher la corruption ou les prévarications, sans oublier bien entendu, la compétence des administrateurs au premier chef, cette idée vaut la peine d’être étudiée. Il va sans dire que les chances de mener à bonne fin un tel projet sont d’autant plus grandes que le contentieux concernant la prohibition de la double nationalité ait été réglé dans le sens des revendications populaires. * Sociologue / 3 juillet 2010 / AlterPresse [1] Il n’est pas question de sou- lever la controverse entourant la notion de classe moyenne. Le but ici c’est, non pas d’y aller d’une analyse sémantique ou conceptu- elle, mais de faire une observation pragmatique. [2] On évalue à près de deux mil- liards les sommes libérées par la diaspora dans l’économie haïti- enne annuellement sans compter les sommes dérivant des activités informelles. [3] Jean-Eric Paul : Existe-t-il une alternative à l’aide internationale ? Le Matin nov 2008. important. / Photo: © www.ecole-haiti.com Haïti : L'introuvable classe moyenne » suite de la page 11
  13. 13. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 13
  14. 14. C ’est en présence du ministre de la Justice et de la Sécu- rité publique (MJSP), M. Pierre-Richard Casimir, et du secrétaire d’État de la Justice, maître Jacquenet Oxilus, que s’est lancé jeudi, ce VIe congrès de l’Anamah autour du thème : la problématique de l’indépendance du pouvoir judi- ciaire, quelles réformes. « Depuis le ministre René Magloire, c’est la pre- mière fois qu’un ministre de la Jus- tice se présente devant l’association des magistrats, organe syndical de magistrature », a dit d’entrée de jeu maître Durin Duret Junior remer- ciant l’actuel garde des Sceaux de la République, maître Pierre-Rich- ard Casimir. Selon le président de l’Anamah, depuis l’arrivée du minis- tre Casimir, on assiste à un moment de détente entre le ministère de la Justice et l’Anamah. « D’habitude, les ministres de la Justice voient l’Anamah comme un ennemi ou un adversaire », renchérit maître Duret, très élogieux à l’endroit du ministre Casimir qui, dit-il, est toujours prêt à recevoir et à écouter les revendica- tions de l’Association nationale des magistrats. Dans ses propos de circonstance, le ministre a salué les luttes de l’Anamah et est revenu sur des questions épineuses telles que : le renouvellement des mandats des juges, le paiement de leurs arriérés de salaire ainsi que le processus de certification des magistrats conjointemententreprisparleMJSP et le CSPJ. « Si le juge contribue à la distribution de la justice, il est tout à fait juste que sa condition de vie soit décente et que ses soucis personnels ne puissent altérer ses capacités de réflexion ainsi que sa bonne conscience dans le prononcé des jugements », a dit le Ministre confirmant ensuite que la question des arriérés de salaires des juges devrait être définitivement résolue dans un proche avenir. Le ministère de l’Économie et des Finances est saisi de la question et a commencé le processus de paiement. Le ministre Casimir qui n’a pas voulu accuser uniquement la lenteur des juges d’instruction qui occasionne souvent des cas de détentions provisoires prolongées, a dit croire que le mauvais fonctionnement du système judiciaire est l’échec de tous : avocats, juges, huissiers, greffiers, policiers ou ministre. Il a invité les magistrats présents à ne pas hésiter à recourir à la loi du 6 mai 1927 relative à la comparution immédiate au correctionnel, en vue d’éviter des cas de détentions provisoires prolongées. Le garde des Sceaux est aussi revenu sur l’actualisation en cours du Code pénal haïtien. Ce code, dit-il, doit refléter les idées et les opinions de tous les acteurs du système, notamment sur de grandes innovations à apporter à la législation pénale haïtienne, à savoir : l’introduction des peines alternatives à la prison. Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, organe disciplinaire de la magistrature, est le résultat d’un effort collectif engagé par les différents acteurs du secteur de la justice. Le ministre Pierre-Richard Casimir a fait remarquer que son ministère ne peut se passer de sa collaboration avec le CSPJ. Il croit que cette institution a besoin du support des autres instances nationales qui ont existé avant elle. « Le ministère de la Justice offrira à cette institution sa collaboration pleine et entière, que ce soit pour le transfert des compétences, le renouvellement des mandats des juges ou la poursuite du processus de certification des magistrats. » Le président de l’Association nationale des magistrats haïtiens n’a pas du tout été tendre envers le CSPJ. Pour lui, cette institution créée pour assainir et renforcer la magistrature s’est plutôt comportée en « ennemi des magistrats ». Maître Duret dénonce ce qu’il appelle les abus faits aux magistrats par le CSPJ, tels les transferts illégaux des juges de paix, les mesures disciplinaires jugées abusives prises contre certains juges et surtout le silence complice du Conseil devant des nominations de juges qui seraient faites illégalement par l’exécutif. En faisant ces dénonciations, Me Duret, visiblement sous le choc, a avoué que sa tension artérielle est montante. Un magistrat, dit-il, est aussiunpèredefamilleetentantque tel sa présence est importante dans son cercle familial. « Le transfert des juges de manière déraisonnée est une menace pour leurs foyers », a dit en substance, le défenseur des juges.« Le CSPJ doit placer le magistrat au-dessus des besoins courants de la vie, des pressions d’un ministre ou d’un conseiller du président de la République », lance Me Duret jugeant que le CSPJ est trop clément face à l’exécutif qui, selon lui, empiète souvent sur l’indépendance et l’impartialité des juges. À son avis, le CSPJ n’a rien fait pour forcer l’exécutif à renouveler les mandats d’une centaine de juges arrivés à terme l’été dernier. Si certains efforts de l’Anamah dans l’intérêt des magistrats n’ont pas encore été matérialisés, c’est parce qu’on n’a pas le support du CSPJ », dit Me Duret, rappelant que suite aux luttes de l’Anamah les magistrats devraient sous peu avoir des passeports officiels ainsi que des plaques officielles pour leurs voitures. Le président de l’Anamah digère très mal la mise en disponibilité par le CSPJ du doyen du tribunal de première instance des Cayes, Me Ezéckiel Vaval. Celui-ci aurait été sanctionné pour être intervenu à la radio sur un dossier de justice. Maître Duret rappelle que la sanction doit être proportionnelle à l’acte posé et estime qu’un magistrat, si intègre, expérimenté et compétent, ne peut en l’espace d’un cillement se retrouver sous le coup d’une mise en disponibilité. Le VIe congrès de l’Anamah a réuni plusieurs dizaines de magistrats venus des différentes juridictions du pays. Entre autres intervenants, la constitutionnaliste Myrlande Manigat a parlé de la problématique de l’indépendance de la justice en Haïti. Ce congrès a eu le support technique et financière du projet Pro justice de l’USAID. À ce sujet, Me Duret a publiquement remercié le responsable de ce projet, Me Marceau Edouard, sans qui ce congrès n’aurait pas été possible. Le congrès s’est refermé par l’élection d’un nouveau comité à la tête de l’Anamah. Maître Duret Junior, très déçu des trahisons et coup-bas dont il dit avoir été victime au sein même de la magistrature, a été réélu, quelques mois après sa démission, au même poste. Il promet de ne jamais abandonner la bataille qui consiste à lutter pour l’indépendance du pouvoir judiciaire et l’amélioration des conditions de vie et de travail des magistrats. 14 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 JUSTICE L'Anamah organise son VIe congrès : entre démission, élection et revendications L’Association nationale des magistrats haïtiens (Anamah) n’est pas dans ses plus beaux jours. Cette association qui s’est fait une belle réputation quant à ses luttes acharnées en vue de la mise en place du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), connaît aujourd’hui des conflits et des malaises internes qui se rapportent encore au CSPJ. Après la démission du président sortant de ladite association suite à l’élection de maître Max Élibert comme représentant des juges de la Cour d’appel au CSPJ, le 6e congrès de l’Anamah, les 25 et 26 juin derniers, s’est tenu sur fond de reproches véhéments adressés au CSPJ, notamment dans les allocutions du président sortant, démissionnaire, maître Durin Duret Junior, qui allait pourtant être plébiscité au même poste, à l’issue dudit congrès. 6e congrès de l’Anamah. / Photo : Paul Philippe Kevin
  15. 15. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 15 SOCIÉTÉ Honte à nous ! La virginité n'est plus vierge ! C ’est l’Afrique du Sud et Dubaï, deux pays situés à des mil- liers de kilomètres d’Haïti, qui sont chargés de la prépa- ration du matériel électoral pour nos prochaines élections. Cela veut dire que bulletins de vote, urnes, isoloirs, encre indélébile et autres babioles indispensables, rien de tout cela ne sera préparé en Haïti. Et ça, en vérité, c’est un affront pour les entreprises nationales. Que ce soit le Programme des Nations unies pour le développe- ment (Pnud) qui gère les fonds destinés à l’organisation de nos élections, c’est un autre affront. De taille, celui-là. Pour le CEP particulièrement et pour l’État haïtien en général. Mais cela peut se comprendre. Nos diri- geants peuvent crâner autant qu’ils veulent, nous n’avons pas les moyens de financer plusieurs tours d’élections. C’est donc, une fois de plus, nos soi-disant amis de cette prétendue communauté internationale qui ont casqué. Or ces derniers tiennent nos braves dirigeants en très piètre estime et n’ont jamais raté aucune occa- sion pour les humilier et les rape- tisser. À tort ou à raison, ils les croient incurablement corrompus et maladivement gaspilleurs. Le moindre fonds qui leur tombe dans les pattes pour une œuvre d’intérêt collectif quelconque est susceptible d’emprunter des voies détournées. De ce point de vue, ils n’ont pas nécessairement tort et l’on ne doit pas leur en vouloir d’être méfiants. Cependant, ce qui est révoltant dans cette affaire, c’est que ce sont des entreprises étrangères qui ont été sélectionnées pour préparer le matériel électoral. Elles auraient, à en croire les responsables du Pnud, remporté l’appel d’offres international lancé à cet effet. Pourquoi un appel d’offres international (dont personne n’avait entendu parler avant) pour préparer un vulgaire matériel électoral dont n’importe quelle minable entreprise nationale aurait pu s’occuper ? Préparer le matériel électoral en Afrique du Sud et à Dubaï est sans doute une bonne chose pour les conseillers électoraux. C’est pour eux une excellente occasion de faire du tourisme et de s’offrir du bon temps. Visiter le pays de Nelson Mandela aux frais de la princesse, séjourner à Dubaï où l’on rencontre les plus hautes tours et les hôtels les plus luxueux du monde, ce n’est pas rien. Et l’on peut parier à cinq contre un que nos conseillers, sous prétexte de supervision et d’évaluation des préparatifs, vont tous, per diem à la clef, traîner tour à tour à Pretoria et Dubaï jusqu’à la proclamation des résultats. Mais c’est un camouflet pour les entreprises nationales, pour la plupart au bord de la faillite sans queriennesoitfaitpourlessoutenir. Passe encore que nos plaques minéralogiques, nos vignettes, nos passeports, la monnaie nationale soient fabriqués ailleurs. Il se peut, en effet, que nous n’ayons pas ici la technologie et l’expertise nécessaires pour de tels ouvrages. On comprend volontiers que, pour les mêmes raisons, nos dirigeants préfèrent signer avec des firmes de construction étrangères de juteux contrats de travaux publics alors que les firmes nationales de construction peinent à se maintenir à flots. Mais Bon Dieu, fabriquer des urnes et des isoloirs, concevoir et imprimer des bulletins de vote, ça, au moins, nos entreprises peuvent le faire, que diable ! Il ne s’agit quand même pas de disséquer l’atome ! Le Pnud était peut-être libre de con- tracter des entreprises étrangères pour la préparation du matériel électoral. Il n’a rien à fou… d’Haïti, de sa pauvreté, de son peuple et de ses entreprises. Mais le CEP, le gouvernement, les candidats, la société civile sont coupables et méprisables en bloc d’avoir accep- té un tel état de fait. C’est à eux qu’il incombait au premier chef de défendre les entreprises et la dignité nationales en exigeant que le matériel électoral soit préparé en Haïti, par des entreprises haï- tiennes. On comprend mal leur silence. De quoi donc avaient-ils peur ? Que la communauté inter- nationale retire ses fonds et que les élections tant attendues soient renvoyées aux calendes grecques ? Ils devraient dans ce cas se rappeler que depuis des années que les élec- tions sont constamment ajournées la République n’a pas disparu pour autant. Il est temps que nos dirigeants comprennent que ce n’est pas en s’aplatissant constamment devant les soi-disant amis d’Haïti qu’ils auront leur respect. Depuis plus de deux cents ans que nous nous comportons comme des béni-oui- oui, ils ont infligé au pays tous les maux, toutes les humiliations possibles et imaginables. Il faut apprendre à leur rappeler qu’avec leur aide « leur ami » crève déjà assez bien et qu’il ne crèvera pas mieux sans. Un pain et une bouteille de cola: tels étaient les symboles utilisés par le nouvel époux pour faire savoir la fille qu’on lui a donné en mariage est en bonne et due forme ou non. En effet, au lendemain d’un mariage, les parents de l’épouse sont les premiers à vérifier la table des nouveaux mariés. Si le pain est intact et que la bouteille demeure remplie, on n’a pas à s’en faire. La dame est félicitée pour ce grand exploit. Mais quand le pain est mangé de l’intérieur et que la bouteille est vide, hum! L’affaire n’est pas simple. Cela traduit la déception de l’époux qui trouve sa femme déjà dépucelée. Honte pour la fille. Déshonneur pour sa famille qui doit, pauvre diable, accorder réparations à la famille de l’époux. Des centièmes de terre. Une somme d’argent. Et la vie continue. Adieu oui dent ! Même si cela doit affecter tout le reste de la relation. « Certaines fois, les parents du jeune homme viennent chercher tôt le lendemain du mariage le drap qui a couvert le lit nuptial. L’objectif est de voir s’il y a du sang là-dessus. » Jonel Louis nous explique. Il est étudiant en sciences sociales à l’École normale supérieure. La jeune fille haïtienne grandit avec l’idée que sa virginité est un trésor qu’il faut à tout prix préserver. On peut même se demander s’il y a des filles dans le pays à qui on n’a pas dit, au moins une fois : « Ta virginité est ta plus grande richesse. » Effectivement, les hommes, considérés en ce temps- là comme les sauveurs des femmes, voulaient tous épouser des vierges. C’était une fierté que d’être le premier à « connaître » une fille. C’était aussi une fierté pour la fille qui jouissait automatiquement du respect de son homme et de ses parents. Il n’y avait pas meilleure façon d’insulter une fille que de lui dire qu’elle est déjà « crevée ». Indubitablement, la virginité n’a plus le même poids aujourd’hui en Haïti. Même si certaines de ses significations semblent rester inchangées. Par exemple, jusqu’à aujourd’hui des jeunes croient encore que la virginité est une richesse et qu’elle procure du respect. Esther a dix-huit ans. Elle est en seconde. Pour elle, la virginité demeure très précieuse. « On m’a toujours dit que la virginité est le passeport d’une jeune fille, avoue-t-elle, et j’y crois. » Elle regrette souvent d’avoir déjà perdu la sienne et déplore qu’on ne puisse « se revirginiser ». Ignace Antoine, lui aussi, trouve que la virginité est importante pour une fille. Ce jeune homme de vingt ans affirme : « J’ai plus de fierté quand j’ai une fille vierge. Ça me rassure que d’autres ne l’ont pas connue avant moi. » Même si Piterson pierre pense, lui, que le fait qu’une fille soit pucelle n’explique pas forcément que d’autres ne l’aient pas connue. « Beaucoup de filles qui croient encore que leur virginité est une richesse utilisent d’autres moyens pour s’amuser tout en gardant leur hymen intact », révèle le jeune normalien en lettres modernes. « Le sexe anal est l’un des moyens auxquels elles recourent pour préserver leur virginité », poursuit-il. C’est également le point de vue de Junior Chéry, étudiant en sciences juridiques et en sociologie à l’Université d’État d’Haïti. « On se sert de la fente des seins tout aussi bien pour ce travail », ajoute Junior. Selon lui, le vagin n’est plus un critère pour justifier de la virginité des jeunes filles. « La virginité n’est pas un bien car toutes les femmes l’ont possédé à un moment », ajoute le jeune sociologue en devenir. Il avance qu’elle ne traduit en rien une quelconque chasteté des jeunes filles. Berlyne Bossicot, une jeune fille avec qui nous avons également discuté, pense que « la virginité ne veut rien dire du tout aujourd’hui. Sinon elle dévalorise une fille aux yeux de ses pairs qui la prendraient certainement pour une « sainte ». On se moquera, pour elle, d’une fille qui osera dire qu’elle est vierge. La jeune fille soutient qu’une vierge est une fille qui n’a pas encore trouvé la bonne personne à qui livrer son corps. Elle rejoint là le point de vue de Piterson : « les filles en Haïti perdent en grande majorité leur virginité dès l’adolescence ». C’est pourquoi selon Junior les hommes ne s’intéressent presque plus à cette question. « Et d’ailleurs, plus les filles ont fait des expériences dans le sexe, plus elles sont intéressantes », avoue Stanley Jackson Chery, un étudiant en sciences économiques à l’UEH. Ti Messi, comme on surnomme ce dernier, estime comme Junior que les « ti blòdè » ont beaucoup contribué à changer la conception des filles de la virginité. Sauf que lui, il croit que les filles ne sup- portent plus, désormais, l’idée de rester vierges. Celles qui le sont à « l’avant » ne le sont pas tou- jours à «l’arrière». Hédonisme ? Pas forcément. Le professeur Yves Dorestal aurait répondu, comme il l’a fait dans une conférence en jan- vier à l’École normale supérieure : « Tous les trous sont des trous de plaisir. » Considérée comme une anomalie pour les filles dans certains pays, la virginité a toujours été un « trésor » pour les filles haïtiennes. Mais de nos jours, semble- t-il, la question n’a plus la même importance. Le sexe, considéré autrefois comme moyen de reproduction, serait, aujourd’hui, une source de plaisir.
  16. 16. Obama brise le tabou du mot « nègre » La sixième extinction massive d'espèces est en marche « C’est juste un mot, long de six lettres, mais qui n’avait pas été prononcé par un président américain depuis des généra- tions », souligne le New York Time en préambule. « Obama a invoqué le mot « nigger » dans une interview diffu- sée le lundi 22 juin en podcast, pour insister sur l’ombre que font encore peser l’esclavage et la discrimination sur la société américaine », note le journal. Le quotidien de la Grosse Pomme prend même la peine d’expliquer, dans un second article, qu’il a exceptionnellement décidé de faire une entorse à son règlement et d’écrire le mot en toutes lettres, car « dans ce cas précis, une paraphrase ou l’usage d’un euphémisme aurait laissé les lecteurs dans la confusion et aurait ôté de la substance à l’article ». Le site internet Politico souligne, pour sa part, que le président américain « est content d’avoir dit ce qu’il a dit ». Selon des conseillers de la Maison-Blanche cités par le site : « Obama savait qu’il allait être interrogésurleracismeenserendant à Los Angeles pour participer à l’émission de Marc Maron et il savait grosso modo ce qu’il allait dire. A la fin de l’enregistrement, il savait que la plupart des gens allaient se concentrer sur le fait que le président avait prononcé le mot de la langue anglaise le plus chargé racialement. Mais, pour Obama cette réaction est une bonne chose, car cela a poussé davantage de gens à discuter de la question du racisme que s’il n’avait pas dit le mot tabou ». Dans les colonnes du Washington Post, le chroniqueur africain- américain Eugene Robinson insiste moins sur l’utilisation par Obama du mot « nigger » que sur le profond racisme de la société américaine. « Le président a choisi un forum inhabituel pour délivrer ses plus francs commentaires sur les races depuis le massacre de Charleston », note le chroniqueur. « Il a déclaré [à la radio] que nous avons clairement vu les relations raciales s’améliorer mais que ‘nous ne sommes pas encore guéris’ du racisme et que ‘la question n’est pas juste que ce n’est pas poli de dire « nigger » en public’ (...) ». Et Eugene Robinson de poursuivre : « L’élection d’Obama en 2008 a été sans conteste une étape cruciale, un événement majeur que je n’aurais même pas rêvé voir de mon vivant ». Il avoue cependant qu’il n’avait pas réalisé « que le simple fait de voir une famille noire à la Maison-Blanche allait accentuer les anxiétés et les conflits raciaux. Je ne me rendais pas compte que le spectacle d’Africains-Américains exerçant le pouvoir allait renforcer le sentiment d’impuissance et de victimisation de certains Blancs ». « Sur le long terme, je suis optimiste, poursuit le chroniqueur, mais un avenir post-racial ne va pas se matérialiser d’un seul coup. Nous avons un travail urgent à faire (...). Notre société parviendra à mettre un terme au racisme lorsqu’elle cessera d’être raciste. » C ’est ce que révèle une étude publiée par Science Advanc- es qui s’appuie sur les observations documentées d’extinctions d’espèces des cinq der- niers siècles. Principal enseignement de l’étude : les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis 1900. Et leur rythme a même accé- léré au cours des dernières décennies du fait de l’activité humaine. « La vitesse à laquelle les espèces disparaissent est sans précédent dans l’histoire humaine et haute- ment inhabituelle dans l’histoire de la planète », souligne le directeur des recherches, Gerardo Ceballos, de l’université nationale autonome de Mexico. L’équipe s’est concentrée sur les vertébrés et a déterminé que depuis le 16eme siècle, 338 espèces ont définitivement disparu et que 280 autres n’existent plus qu’en captivité. Au total se sont donc, en l’espace de cinq siècles, près de 620 espèces de vertébrés qui ont disparu de leur milieu naturel. La plus grande partie d’entre eux, lors du siècle dernier. “Notre travail indique que nous sommes entrés sans l’ombre d’un doute dans la sixième phase d’extinction massive d’espèces animales”, explique Gerardo Ceballos. “Nos estimations révèlent un déclin extrêmement rapide de la biodiversité (...), l’un des enjeux environnementaux les plus critiques de nos jours”. Les facteurs qui l’expliquent : la destruction de l’habitat naturel, la surexploitation des ressources et des espèces, la pollution et le changement climatique, conclut l’étude qui prévient que “la fenêtre d’opportunités pour remédier aux conséquences se ferme rapidement”. Ce n’est pas la première fois que la Terre est le théâtre d’une grande extinction d’espèces. Il y a 65 millions d’années disparaissaient les dinosaures et avec eux, environ 75% des espèces animales. Avant cela, quatre autres extinctions massives avaient eu lieu, toutes dues à des phénomènes naturels. Aujourd’hui, c’est l’une des espèces – la nôtre – qui, selon l’étude, provoque la disparition des autres. Et qui sait, à terme, la sienne. « Si nous laissons s’éteindre des espèces au rythme actuel, les humains seront bientôt privés (en l’espace de trois petites générations) des bénéfices de la biodiversité », préviennent les chercheurs qui précisent qu’il faut des centaines de millions d’années pour que la nature se diversifie à nouveau. 16 | N0 27 LUNDI 29 JUIN 2015 SOCIÉTÉ « Nigger » : un mot, long de six lettres, mais qui n’avait pas été prononcé par un président américain depuis des générations / © Courrier International Chose rarissime, voire impensable, le président Obama a prononcé le mot nigger dans une interview fleuve accordée à une radio de Los Angeles pour pointer du doigt la persistance du racisme aux États-Unis. Cela faisait 65 millions d’années que la Terre n’avait vu disparaître autant d’espèces animales, préviennent des chercheurs mexicains et américains. En cause : l’activité humaine. En quittant ce monde, un enfant qui naît aujourd’hui aura vu disparaître plusieurs centaines d’espèces animales.
  17. 17. LUNDI 29 JUIN 2015 N0 27 | 17 CULTURE Haïti à l'heure de la production du livre numériquePar Robens Prosper D es sites numériques et inter-nautiques voient le jour. L’accès aux livres n’a jamais été autant facile, l’industrie du livre n’a jamais été autant dynamique. Avec le progrès de la technologie et surtout la pro- lifération des gadgets électroniques, n’importe qui peut se procurer de n’importe quel livre, à n’importe quel moment. Cette prouesse tech- nologique contribue grandement à la sauvegarde de la mémoire collec- tive et l’efficacité de l’enseignement. Des bibliothèques virtuelles se mul- tiplient, la lecture se fait instantané- ment. Plus besoin d’espace physique pour se munir d’une bibliothèque personnelle, avec seulement son por- table on peut stocker beaucoup de livres. Cette avancée dans le secteur du livre, oblige à tous les acteurs de la chaine de s’adapter à cette nouvelle réalité, de l’auteur au distributeur en passant par l’éditeur, tout le monde se met au pas. Le livre numérique est défini comme le nouveau support du document écrit que l’homme est appelé à utiliser pour ses besoins de lecture, de diffusion massive et de conservation. Cette évolution qui pimente éven- tuellement le marché du livre n’est pas sans conséquences sur le secteur et la consommation tradi- tionnelle du livre, néanmoins elle permet aux lecteurs de se faire plus d’économie, de s’acheter à toutes heures de la journée et de lire avec plus de facilité. La globalisation reste une grande chaine soudée par les langues et les cultures, le livre numérique devient un maillon qui s’ajoute à cette chaine. De ce fait, tous les pays du monde s’efforcent à exploiter tant bien que mal cette nouvelle façon de commercialiser et de consommer le livre. Haïti n’est toutefois pas une exception, des bouquins made in Haïti se vendent sur les sites les plus en vue dans cette catégorie. Historique et évolution du livre numérique Avant même la création d’Internet, Michael Hart crée, en 1971, le projet Gutenberg, dont le but est de numériser des livres. Le pre- mier livre numérisé par le projet Gutenberg est la Déclaration d’indépendance des États-Unis dans un fichier de 5 ko. En 2008, la qualité de lecture sur écran des liseuses s’étant consi- dérablement améliorée, le livre numérique repart à la conquête des marchés grand public. En 2010, la progression en termes de parts de marché devient très significative aux États-Unis. De nombreux éditeurs ont commencé à distribuer, sous forme électro- nique, des livres tombés dans le domaine public. Dans le même temps, pour une question non forcément de quali- té, mais de coûts et de rentabilité, certains éditeurs préfèrent publier leurs auteurs de cette manière. À l’opposé, certains auteurs qui veulent se libérer de l’emprise de leur éditeur, ou dont les manu- scrits n’ont pas été publiés sur papier par des éditeurs mettent à disposition leurs œuvres en ligne, tant de façon gratuite que par l’intermédiaire de sites de téléchargement payant. En France, « publie.net”, pre- mière coopérative d’auteurs pour l’édition et la diffusion numéri- que de littérature contemporaine, fondée en 2008 par l’écrivain François Bon, ardent militant du livre numérique, pousse les res- sources du format ePub3 jusqu’à ajouter du son et de la musique ou des vidéos dans le cours du récit, et un système de navigation en hyperimages (pour l’instant uniquement accessibles sur iPad et iPhone). Le premier revendeur de livres numériques en France en date est Mobipocket.com (fil- iale d’Amazon depuis avril 2005). Ses concurrents principaux sont Numilog.com (filiale d’Hachette Livre depuis le printemps 2008), ePagine (prestataire de solutions pour les librairies), immatériel. fr (distributeur et revendeur), Relay.com (également filiale de Hachette, mais côté presse), Eden Livres, E-Plateforme, YouScribe, Scribd, Youboox, iBooks, Cyber- libris (bibliothèque numérique sur abonnement), Needocs (livres professionnels, pratiques et aca- démiques) et aussi Didactibook (libraire électronique spéciali- sée dans les livres pratiques). Selon le magazine Challenges, la Fnac aurait vendu 40 000 livres numériques de novembre 2008 à novembre 2009. En 2011, le fabricant de liseuses Bookeen se lance à son tour dans la com- mercialisation de livres numéri- ques avec bookeenstore.com. L’offre de livres numériques en français la plus riche du marché est proposée par Chapitre.com. Selon le quatrième Baromètre sur les usages du livre numéri- que, présenté le 21 mars 2014 au Salon du livre de Paris, on évalue la part de lecteurs numériques en France à 15 % de la population. Parmi les sondés 39% pensent que l’utilisation de livres électro- niques va augmenter. Aujourd’hui en France, bien que les utilisa- teurs d’ebooks pensent que les usages vont évoluer, ils sont encore beaucoup à combiner la lecture électronique avec celle de livres papiers. Pour le dernier trimestre 2010, Amazon.com a officiellement annoncé avoir vendu pour la pre- mière fois plus de livres numéri- ques que de livres imprimés. Les genres les plus populaires sont alors les romances et les romanc- es érotiques, livres papier dans le pays. Selon le Pew Internet & American Life project, 28 % des Américains ont lu au moins un livre numérique en 2013. Selon le même institut, 50 % des Américains possèdent une tablette numérique ou une liseuse en janvier 2014. (Sources Wikipedia) Haïti et le livre numérique Comme tous les autres pays, Haïti aborde à sa manière ce nouvel ordre mondial, mais ici- bas, tout est lié et cette adaptation brutale est proportionnelle à tout ce qui est d’ordre social dans ce pays à forte potentialité littéraire, à savoir le problème d’électricité, le problème du droit d’auteur et les irrégularités liées au paiement électronique pour ne citer que ceux-là. Cette nouvelle opportu- nité pour Haïti de vendre sa lit- térature, ses auteurs à l’extérieur et de démocratiser la lecture chez les jeunes de cette génération qui sont accro à la technologie, est inexploitée ou mal exploitée. Il n’y a pas d’initiatives entre- prises pour créer une plateforme virtuelle pour promouvoir les livres haïtiens. Les opérateurs du secteur sont quasiment passifs sur ce point, beaucoup d’entre eux ne peuvent pas s’offrir les moyens adéquats pour accéder aux outils et équipements indispensable à une adaptation réelle. Inexis- tence de cadre légal qui traite de la matière, Il n’y a pas beaucoup de techniciens déclarés qui sont spécialisés dans la conception du livre numérique. La production du livre numérique n’est pas seule- ment une nouvelle façon de con- cevoir le livre, c’est un système, un nouveau marché, une nouvelle industrie qui se greffe sur la pro- duction du livre physique. Elle ne remplace pas le livre papier, elle est un supplément qui assure la diffusion massive et la conserva- tion des idées et des informations véhiculées par les auteurs. Cette évolution comporte plusieurs segments interdépendants, avec les librairies et bibliothèques en ligne, fabrication instantanée du livre, achat, paiement et livraison automatique du livre etc. Pour que cette adaptation soit réelle et efficace elle doit être complète et totale. À ce sujet Haïti a encore beaucoup à faire. Livre numérique. HAITI/MARCHÉDULIVRE Quand la numérisation donne le ton, le livre emboite le pas. Ce qui nous permet de constater l’expansion étourdissante du livre dans le monde grâce à l’apparition du livre numérique, ces cinq dernières années.

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