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LE CERCLE
TRIBUNE
L’intelligence artificielle est-elle une
véritable menace pour nos emplois ?
LE CERCLE/POINT DE VUE - Intelligence artificielle, robotique, ces
nouvelles tendances font rêver, mais inquiètent aussi car les
bouleversements qu'elles entraînent vont bien plus vite que lors des
dernières révolutions technologiques, explique Bruno Bonechi, partner
chez PwC Stratégie Digitale.
Le Cercle
CAC 40 5691.57 -0.18% DOW JONES 27024.8 +0.89%
À la une Idées Économie Politique Monde
En direct Le Journal Newsletters
Par Bruno Bonechi (partner chez PwC en conseil en stratégie digitale)
Publié le 24/04 à 17h11 Mis à jour le 25/04 à 11h49
Fantasme ou peur réelle, nous sommes nombreux à nous poser la question de savoir si
les robots de demain vont occuper les emplois d’aujourd’hui. Légitimement on peut se
demander si notre poste va être robotisé et automatisé.
Une nouvelle révolution est en marche. Après la révolution mécanique, de masse,
l'automatisation, nous assistons à l’introduction des nouvelles technologies dans notre
quotidien professionnel et personnel.
Aujourd’hui, nous ne parlons plus d’exécution élémentaire et répétitive sans valeur
ajoutée, mais de la différence première entre l’homme et le monde animal, la réflexion.
Réfléchir n’est plus un atout, car le robot sait aussi le faire, et mieux que nous.
C’est donc le secteur tertiaire qui est dorénavant touché lorsqu’il représente plus de 75 %
des emplois en France . À défaut de révolution, certains experts parlent d’un deuxième
âge de la machine. Mais ceci n’est que le début. Plus les progrès se développeront, plus
nous assisterons à de nouvelles avancées comme c’est déjà le cas dans la BioTech ( robot
chirurgien ), FinTech ( robot banquier ) ou LegalTech ( robot juriste ).
Toujours plus puissante
Grâce à l'apprentissage automatique ("Machine Learning"), l’intelligence artificielle est
capable d’apprendre, toute seule, et très vite. Ainsi, AlphaGo Zero de DeepMind
(entreprise racheté par Google en 2014) peut apprendre seul, sans jouer contre l'humain ,
contrairement à son prédécesseur, AlphaGo, moins performant mais qui fut pourtant le
premier programme informatique capable de battre l’humain au jeu de Go en 2016.
Concernant l’impact sur les emplois en termes de type de poste menacé, de nombre et de
délais, force est de constater que ni les experts et ni les économistes ne sont d’accord sur
les chiffres.
Lire aussi :
> Pour l’OCDE, la robotisation ne menace « que » 9 % des emplois
> Intelligence artificielle : DeepMind terrasse les humains à StarCra" II
En 2013, selon des chercheurs britanniques de l’université d’Oxford , l’impact sur les
emplois serait de 47 % dans les 10-20 années à venir. Ce haut risque de robotisation
concernait principalement les secteurs de l’administration, du transport, de la production
et de la logistique. Alors qu’en 2016 l’OCDE publiait une étude avec un impact de 9 % en
moyenne au sein des 21 pays. En France, on estime que 1,5 % seulement des emplois
perdus pourraient être remplacés par des emplois dédiés (ingénieur, développeur,
technicien). Aux USA, on pense que d’ici 2021, ce sont 6 % des postes qui seront
supprimés.
Comment expliquer alors de telles divergences ? En regardant de plus près, on
remarquera que les études ne considèrent l’emploi que dans sa globalité, alors que celui-
ci peut requérir une grande diversité de tâches. Ainsi, deux personnes qui ont un emploi
avec le même intitulé font souvent des choses très différentes. Dès lors, il suffit que
certaines tâches ne soient pas automatisables pour que la personne conserve un
avantage sur le robot.
Une intelligence sélective
Même si un individu effectue beaucoup de tâches répétitives, il a besoin parfois
d’interagir avec d’autres personnes, ce qui rend une automatisation totale de son poste
difficile. Aussi, on peut observer que certains emplois qui semblent hautement
automatisables ne le sont en réalité pas. Il est donc difficile et compliqué de prédire
combien et quels emplois seront détruits, mais aussi créés.
De plus, ce n’est pas parce qu’un emploi est automatisable qu’il le sera. En effet,
développer un robot et une intelligence artificielle spécifiquement pour un emploi, une
tâche, est un processus long et couteux . Si le robot n’est pas accepté par les employés ou
les clients, s’il n’est pas rentable au sein de la chaine de valeur de l’entreprise ou s’il se
heurte à des freins culturels, alors le retour sur investissement sera négatif ou à défaut
nul.
Certaines études annoncent un gain de croissance de 1 % de par l’automatisation qui
pourrait correspondre à une création de 350.000 emplois d’ici 7 ans. D’autres prédisent
même que l’intelligence artificielle pourrait augmenter de 10 % les effectifs en entreprise.
De plus, la délocalisation qui a été réalisée il y a quelques années dans les pays où la
main-d’œuvre était moins chère pourrait être relocalisée en occident, puisque le robot
pourra produire encore moins cher.
Peut-être alors que la question n’est pas de penser en destruction ou création d’emplois,
mais en hausse générale du bien-être de la population après que l’ensemble des
ajustements aura été réalisé comme cela a été le cas après chaque révolution industrielle.
Mais cela sera-t-il réellement le cas ou allons-nous assister à quelque chose de différent ?
De nouvelles aptitudes
Telles que les stratégies créant de nouveaux modèles économiques de par la
transformation digitale, les critères actuels ne semblent plus adaptés à l’analyse de cette
nouvelle révolution. Ainsi, on peut observer selon les analyses de l’OCDE que depuis plus
de trois décennies l’emploi s’est découplé de la productivité. En effet, malgré la hausse de
la productivité la création de nouveaux emplois n’est pas au rendez-vous. Comment peut-
on alors expliquer cela ?
Erik Brynjolfsson, professeur au MIT Sloan School of Management et auteur du
"Deuxième âge de la machine" (Odile Jacob, 2015) nous propose un début de réflexion.
Normalement lorsqu’une technologie est synonyme de destruction d’emplois, les
travailleurs concernés acquièrent de nouvelles compétences et migrent vers de nouveaux
emplois.
Rappelons néanmoins que les innovations engendrent une certaine marginalisation
d’une partie de la population : ce sont les moins qualifiés et les plus âgés qui rencontrent
des difficultés pour se former. C’est ce qu’on appelle la fracture numérique.
Par exemple, si la productivité entraîne une perte d’emplois dans le secteur secondaire,
elle entraîne aussi une hausse des salaires, donc du pouvoir d’achat, donc de la
consommation de services, et par conséquent une hausse de l’emploi dans ce secteur.
Mais lorsque le processus prend une décennie, que peut-on faire ? Et compte tenu de
l’avancée régulière des technologies, que se passe-t-il si celles-ci changent de nouveau en
cours de processus ? N’y a-t-il pas un risque de voir l’incapacité de la société à s’adapter à
cette accélération numérique ? Les entreprises ne devraient-elles donc pas rattraper leur
retard dans l’investissement de leur transformation digitale, numérique et
l’implémentation de l’intelligence artificielle ?
Lire aussi :
> Entreprises : 20 conseils pour devenir championnes de l'IA
> Comment les entreprises s'organisent autour de la data
A contrario, et selon le Dr Ulrich Zierahndu ZEW Research Deparment "Labour Markets,
Human Resources and Social Policy", une nouvelle technologie met un certain temps
avant d’être implantée au sein des entreprises et de la société. Sachant que le principal
obstacle à la robotisation des entreprises selon Forrester sont les processus non
optimisés pour 26 % des personnes impliquées sur des projets RPA (Robotic Process
Automation).
Selon le Dr Ulrich Zierahn, nous assistons plus à une évolution qu’à une révolution. Ce qui
serait ainsi le cas de l’Industrie 4.0 ou "quatrième révolution industrielle". De plus, si
l’homme souhaite bénéficier de ces changements il lui faudrait alors se tourner vers de
nouvelles tâches ou de nouveaux emplois complémentaires aux robots.
En effet, il ne faut pas penser en dualité, mais plutôt en un tout. Une unité entre l’homme
et le robot. Car l’addition des deux sera toujours plus performante que l’homme ou le
robot seul.
Si l’on reprend l’exemple des intelligences artificielles d’IBM ou de Google, on constate
que celles-ci sont plus fortes que l’humain pour résoudre un cas particulier. Donc de
répondre à une problématique particulière. Mais seul l’humain est capable d’assembler le
tout pour synthétiser la quintessence d’une réponse. En d’autres termes, l’intelligence
artificielle est plus forte que l’homme pour répondre aux questions, mais elle ne sait pas
choisir seule les questions les plus pertinentes.
Les challenges de l’appropriation
Si l’on prend l’exemple de la Biotech, on pourrait imaginer un robot "médecin" qui
traiterait les examens de routine, laissant ainsi le temps au médecin de se focaliser sur ses
patients et travailler sur les cas les plus complexes.
On peut alors penser que l’innovation technologique aura pour conséquence une hausse
des revenus et que certaines personnes qui perdront leur emploi seront amenées à court
terme à travailler sur de nouvelles tâches ou évolueront vers de nouveaux emplois.
Néanmoins, certains travailleurs peu qualifiés qui seront impactés par l’automatisation
seront aussi ceux qui bénéficieront le moins de nouvelles formations pour s’adapter.
Lire aussi :
> L'intelligence artificielle révolutionne la santé
Mais ces nouvelles vagues technologiques n’auraient-elles pas d’autres impacts que
l’emploi ? Nous évoquions avec l’exemple du médecin la hausse des revenus ; ne peut-on
donc pas imaginer un impact plus large sur la distribution des salaires ? Rappelons
qu‘aujourd’hui certains salariés ne coûtent pas moins cher qu’un robot.
Nous assistons depuis presque deux décennies à une baisse du revenu disponible médian
. Contrairement au salaire moyen qui lui a fortement augmenté. Un paradoxe ? Pas
vraiment. En effet, si l’on regarde la disruption des modèles économiques imposés par le
digital, il suffit de regarder l’impact de Netflix sur Blockbuster ou d’Instagram sur Kodak.
Ils ont créé plus de richesses avec moins d’employés et leurs fondateurs aujourd’hui
multimillionnaires récupèrent toute l’augmentation du PIB.
Une richesse non partagée
Les nouveaux usages digitaux et les nouvelles technologies du numérique, couplés à
internet crée une situation de disruption inédite qui impacte l’ensemble des secteurs sans
exception et différentiation. Une inquiétude croissante au sein des gouvernements.
Nous pouvons donc nous poser légitimement la question. Est-ce donc tant le chômage
qu’il faut craindre dans les années à venir ? Ou plutôt cette nouvelle distribution des
salaires et donc de la richesse entraînant encore de plus fortes inégalités ? Doit-on parler
de redistribution ou plutôt de remplacement ?
Concentration du capital d’un côté, robotisation de l’autre, que nous réserve donc l’avenir
? À quel nouveau scénario la société devra-t-elle s’adapter ? Une taxe sur les robots ? Une
nouvelle réglementation ? Un nouveau cadre juridique ?
Dans tous les cas, il faudra remonter en amont, au niveau de l’éducation où il faudra
redéfinir les métiers et les qualifications afin de permettre à chacun d’accroitre sa
productivité. Comme le signale le rapport Villani , nous avons besoin face à l’émergence
de l’IA d’une éducation plus critique et créative. Nous devons trouver une approche plus
orientée vers la pensée numérique afin que l’on puisse comprendre le facteur humain
dans la modélisation des systèmes artificiels.
Bruno Bonechi est partner chez PwC Stratégie Digitale, Innovation et IA

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  • 1. LE CERCLE TRIBUNE L’intelligence artificielle est-elle une véritable menace pour nos emplois ? LE CERCLE/POINT DE VUE - Intelligence artificielle, robotique, ces nouvelles tendances font rêver, mais inquiètent aussi car les bouleversements qu'elles entraînent vont bien plus vite que lors des dernières révolutions technologiques, explique Bruno Bonechi, partner chez PwC Stratégie Digitale. Le Cercle CAC 40 5691.57 -0.18% DOW JONES 27024.8 +0.89% À la une Idées Économie Politique Monde En direct Le Journal Newsletters
  • 2. Par Bruno Bonechi (partner chez PwC en conseil en stratégie digitale) Publié le 24/04 à 17h11 Mis à jour le 25/04 à 11h49 Fantasme ou peur réelle, nous sommes nombreux à nous poser la question de savoir si les robots de demain vont occuper les emplois d’aujourd’hui. Légitimement on peut se demander si notre poste va être robotisé et automatisé. Une nouvelle révolution est en marche. Après la révolution mécanique, de masse, l'automatisation, nous assistons à l’introduction des nouvelles technologies dans notre quotidien professionnel et personnel. Aujourd’hui, nous ne parlons plus d’exécution élémentaire et répétitive sans valeur ajoutée, mais de la différence première entre l’homme et le monde animal, la réflexion. Réfléchir n’est plus un atout, car le robot sait aussi le faire, et mieux que nous. C’est donc le secteur tertiaire qui est dorénavant touché lorsqu’il représente plus de 75 % des emplois en France . À défaut de révolution, certains experts parlent d’un deuxième
  • 3. âge de la machine. Mais ceci n’est que le début. Plus les progrès se développeront, plus nous assisterons à de nouvelles avancées comme c’est déjà le cas dans la BioTech ( robot chirurgien ), FinTech ( robot banquier ) ou LegalTech ( robot juriste ). Toujours plus puissante Grâce à l'apprentissage automatique ("Machine Learning"), l’intelligence artificielle est capable d’apprendre, toute seule, et très vite. Ainsi, AlphaGo Zero de DeepMind (entreprise racheté par Google en 2014) peut apprendre seul, sans jouer contre l'humain , contrairement à son prédécesseur, AlphaGo, moins performant mais qui fut pourtant le premier programme informatique capable de battre l’humain au jeu de Go en 2016. Concernant l’impact sur les emplois en termes de type de poste menacé, de nombre et de délais, force est de constater que ni les experts et ni les économistes ne sont d’accord sur les chiffres. Lire aussi : > Pour l’OCDE, la robotisation ne menace « que » 9 % des emplois > Intelligence artificielle : DeepMind terrasse les humains à StarCra" II En 2013, selon des chercheurs britanniques de l’université d’Oxford , l’impact sur les emplois serait de 47 % dans les 10-20 années à venir. Ce haut risque de robotisation concernait principalement les secteurs de l’administration, du transport, de la production et de la logistique. Alors qu’en 2016 l’OCDE publiait une étude avec un impact de 9 % en
  • 4. moyenne au sein des 21 pays. En France, on estime que 1,5 % seulement des emplois perdus pourraient être remplacés par des emplois dédiés (ingénieur, développeur, technicien). Aux USA, on pense que d’ici 2021, ce sont 6 % des postes qui seront supprimés. Comment expliquer alors de telles divergences ? En regardant de plus près, on remarquera que les études ne considèrent l’emploi que dans sa globalité, alors que celui- ci peut requérir une grande diversité de tâches. Ainsi, deux personnes qui ont un emploi avec le même intitulé font souvent des choses très différentes. Dès lors, il suffit que certaines tâches ne soient pas automatisables pour que la personne conserve un avantage sur le robot. Une intelligence sélective Même si un individu effectue beaucoup de tâches répétitives, il a besoin parfois d’interagir avec d’autres personnes, ce qui rend une automatisation totale de son poste difficile. Aussi, on peut observer que certains emplois qui semblent hautement automatisables ne le sont en réalité pas. Il est donc difficile et compliqué de prédire combien et quels emplois seront détruits, mais aussi créés. De plus, ce n’est pas parce qu’un emploi est automatisable qu’il le sera. En effet, développer un robot et une intelligence artificielle spécifiquement pour un emploi, une tâche, est un processus long et couteux . Si le robot n’est pas accepté par les employés ou les clients, s’il n’est pas rentable au sein de la chaine de valeur de l’entreprise ou s’il se heurte à des freins culturels, alors le retour sur investissement sera négatif ou à défaut nul. Certaines études annoncent un gain de croissance de 1 % de par l’automatisation qui pourrait correspondre à une création de 350.000 emplois d’ici 7 ans. D’autres prédisent même que l’intelligence artificielle pourrait augmenter de 10 % les effectifs en entreprise. De plus, la délocalisation qui a été réalisée il y a quelques années dans les pays où la main-d’œuvre était moins chère pourrait être relocalisée en occident, puisque le robot pourra produire encore moins cher. Peut-être alors que la question n’est pas de penser en destruction ou création d’emplois, mais en hausse générale du bien-être de la population après que l’ensemble des
  • 5. ajustements aura été réalisé comme cela a été le cas après chaque révolution industrielle. Mais cela sera-t-il réellement le cas ou allons-nous assister à quelque chose de différent ? De nouvelles aptitudes Telles que les stratégies créant de nouveaux modèles économiques de par la transformation digitale, les critères actuels ne semblent plus adaptés à l’analyse de cette nouvelle révolution. Ainsi, on peut observer selon les analyses de l’OCDE que depuis plus de trois décennies l’emploi s’est découplé de la productivité. En effet, malgré la hausse de la productivité la création de nouveaux emplois n’est pas au rendez-vous. Comment peut- on alors expliquer cela ? Erik Brynjolfsson, professeur au MIT Sloan School of Management et auteur du "Deuxième âge de la machine" (Odile Jacob, 2015) nous propose un début de réflexion. Normalement lorsqu’une technologie est synonyme de destruction d’emplois, les travailleurs concernés acquièrent de nouvelles compétences et migrent vers de nouveaux emplois. Rappelons néanmoins que les innovations engendrent une certaine marginalisation d’une partie de la population : ce sont les moins qualifiés et les plus âgés qui rencontrent des difficultés pour se former. C’est ce qu’on appelle la fracture numérique. Par exemple, si la productivité entraîne une perte d’emplois dans le secteur secondaire, elle entraîne aussi une hausse des salaires, donc du pouvoir d’achat, donc de la consommation de services, et par conséquent une hausse de l’emploi dans ce secteur. Mais lorsque le processus prend une décennie, que peut-on faire ? Et compte tenu de l’avancée régulière des technologies, que se passe-t-il si celles-ci changent de nouveau en cours de processus ? N’y a-t-il pas un risque de voir l’incapacité de la société à s’adapter à cette accélération numérique ? Les entreprises ne devraient-elles donc pas rattraper leur retard dans l’investissement de leur transformation digitale, numérique et l’implémentation de l’intelligence artificielle ? Lire aussi : > Entreprises : 20 conseils pour devenir championnes de l'IA > Comment les entreprises s'organisent autour de la data A contrario, et selon le Dr Ulrich Zierahndu ZEW Research Deparment "Labour Markets,
  • 6. Human Resources and Social Policy", une nouvelle technologie met un certain temps avant d’être implantée au sein des entreprises et de la société. Sachant que le principal obstacle à la robotisation des entreprises selon Forrester sont les processus non optimisés pour 26 % des personnes impliquées sur des projets RPA (Robotic Process Automation). Selon le Dr Ulrich Zierahn, nous assistons plus à une évolution qu’à une révolution. Ce qui serait ainsi le cas de l’Industrie 4.0 ou "quatrième révolution industrielle". De plus, si l’homme souhaite bénéficier de ces changements il lui faudrait alors se tourner vers de nouvelles tâches ou de nouveaux emplois complémentaires aux robots. En effet, il ne faut pas penser en dualité, mais plutôt en un tout. Une unité entre l’homme et le robot. Car l’addition des deux sera toujours plus performante que l’homme ou le robot seul. Si l’on reprend l’exemple des intelligences artificielles d’IBM ou de Google, on constate que celles-ci sont plus fortes que l’humain pour résoudre un cas particulier. Donc de répondre à une problématique particulière. Mais seul l’humain est capable d’assembler le tout pour synthétiser la quintessence d’une réponse. En d’autres termes, l’intelligence artificielle est plus forte que l’homme pour répondre aux questions, mais elle ne sait pas choisir seule les questions les plus pertinentes. Les challenges de l’appropriation Si l’on prend l’exemple de la Biotech, on pourrait imaginer un robot "médecin" qui traiterait les examens de routine, laissant ainsi le temps au médecin de se focaliser sur ses patients et travailler sur les cas les plus complexes. On peut alors penser que l’innovation technologique aura pour conséquence une hausse des revenus et que certaines personnes qui perdront leur emploi seront amenées à court terme à travailler sur de nouvelles tâches ou évolueront vers de nouveaux emplois. Néanmoins, certains travailleurs peu qualifiés qui seront impactés par l’automatisation seront aussi ceux qui bénéficieront le moins de nouvelles formations pour s’adapter. Lire aussi : > L'intelligence artificielle révolutionne la santé
  • 7. Mais ces nouvelles vagues technologiques n’auraient-elles pas d’autres impacts que l’emploi ? Nous évoquions avec l’exemple du médecin la hausse des revenus ; ne peut-on donc pas imaginer un impact plus large sur la distribution des salaires ? Rappelons qu‘aujourd’hui certains salariés ne coûtent pas moins cher qu’un robot. Nous assistons depuis presque deux décennies à une baisse du revenu disponible médian . Contrairement au salaire moyen qui lui a fortement augmenté. Un paradoxe ? Pas vraiment. En effet, si l’on regarde la disruption des modèles économiques imposés par le digital, il suffit de regarder l’impact de Netflix sur Blockbuster ou d’Instagram sur Kodak. Ils ont créé plus de richesses avec moins d’employés et leurs fondateurs aujourd’hui multimillionnaires récupèrent toute l’augmentation du PIB. Une richesse non partagée Les nouveaux usages digitaux et les nouvelles technologies du numérique, couplés à internet crée une situation de disruption inédite qui impacte l’ensemble des secteurs sans exception et différentiation. Une inquiétude croissante au sein des gouvernements. Nous pouvons donc nous poser légitimement la question. Est-ce donc tant le chômage qu’il faut craindre dans les années à venir ? Ou plutôt cette nouvelle distribution des salaires et donc de la richesse entraînant encore de plus fortes inégalités ? Doit-on parler de redistribution ou plutôt de remplacement ? Concentration du capital d’un côté, robotisation de l’autre, que nous réserve donc l’avenir ? À quel nouveau scénario la société devra-t-elle s’adapter ? Une taxe sur les robots ? Une nouvelle réglementation ? Un nouveau cadre juridique ? Dans tous les cas, il faudra remonter en amont, au niveau de l’éducation où il faudra redéfinir les métiers et les qualifications afin de permettre à chacun d’accroitre sa productivité. Comme le signale le rapport Villani , nous avons besoin face à l’émergence de l’IA d’une éducation plus critique et créative. Nous devons trouver une approche plus orientée vers la pensée numérique afin que l’on puisse comprendre le facteur humain dans la modélisation des systèmes artificiels. Bruno Bonechi est partner chez PwC Stratégie Digitale, Innovation et IA