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Tibet : problème interne
ou conflit international ?
Jean-Paul Desimpelaere
Études marxistes, n° 82, 2009
Pour mieux comprendre la « question du Tibet », il nous faut remonter au 19e siècle,
au moment où les deux grandes puissances de l’époque entrent en conflit en Asie.
L’Angleterre depuis le sud, la Russie tsariste depuis le nord. La Chine, avec le Tibet,
se trouve entre les deux. Le Tibet constitue un butin facile. La Russie annexe l’Asie
centrale, la Sibérie et devient très influente en Mongolie et dans certaines régions du
nord-est et du nord-ouest de la Chine. Au Tibet, les Bouriates1, au service des
Russes, accèdent aux postes les plus élevés.
Une longue histoire
Le Ladakh est le premier territoire tibétain conquis par les Anglais. Il passe
définitivement sous protectorat britannique en 1846, ce qui est confirmé dans un «
accord de paix ». La Chine, dirigée par la dynastie Qing à l’époque, refuse de signer,
mais les dirigeants tibétains locaux acceptent de le faire. Pour l’actuel Tibet Justice
Center (TJC)2, cet « accord » entre le Tibet et le Ladakh est la preuve de
l’indépendance du Tibet par rapport à la Chine, puisque les dirigeants tibétains « ont
déterminé de façon autonome leur ligne étrangère ». Ce que le TJC omet toutefois
de signaler c’est qu’il s’agissait de concessions imposées manu militari. Le premier
traité humiliant par rapport au Tibet cosigné par l’Empire chinois est le traité Népal-
Tibet de 1856, suite à l’invasion du Tibet par le Népal (britannique). Le traité imposait
une dette de guerre au Tibet et diverses concessions commerciales. Pour le TJC, ce
traité et les autres territoires tibétains devenus britanniques (Sikkim en 1860 et
Bhutan en 1864) sont de nouvelles « preuves de l’indépendance du Tibet ».
La dernière concession a également été obtenue par la contrainte. En 1904,
l’Angleterre renverse, lors de sa marche sur Lhassa, l’armée tibétaine locale.
L’Empire chinois en déclin n’est pas en mesure de s’opposer. Pour l’élite tibétaine
locale, l’Angleterre devient la nouvelle puissance qui, en 1913, convoquera la jeune
République de Chine et les Tibétains à la conférence de Simla. À l’époque,
l’Angleterre s’empare au préjudice du Tibet d’un territoire aussi grand que la Suisse :
l’actuel État indien Arunachal Pradesh. De nos jours, l’accord de Simla est le
principal argument utilisé par les partisans de l’indépendance du Tibet puisqu’il
proscrit toute implication chinoise au Tibet et la remplace par la présence exclusive
de l’Angleterre. Cet accord proclamait « de facto » l’indépendance du Tibet par
rapport à la Chine, mais confirmait néanmoins la « suzeraineté »3 de la Chine. Le
Tibet devenait de facto indépendant du point de vue de l’Angleterre quant à son
économie, son armée et sa politique étrangère. Il perdait en outre une partie de son
territoire4. La Chine refusa de signer le traité. Le ministère des Affaires étrangères
britannique déclara en 1915 : « L’avantage que nous tirons de l’accord de Simla est
purement académique attendu qu’il n’a pas été ratifié par le gouvernement chinois et
qu’il n’a pas été reconnu par la Russie. Cet accord est par conséquent nul5. »
Soulignons encore qu’au moment de la conférence de Simla, l’Angleterre présente
une carte du « Grand Tibet », de deux fois la superficie du Tibet sur lequel régnait le
dalaï-lama de l’époque6. Après la Seconde Guerre mondiale, les protagonistes vont
changer.
Les États-Unis d’Amérique et Mao Zedong
Durant la guerre de résistance contre l’occupation japonaise, le parti communiste
chinois voit son nombre d’adeptes augmenter, ce qui inquiète les États-Unis.
Quelques mois avant la prise de pouvoir communiste à Beijing en 1949, le
responsable pour l’Extrême-Orient du département d’État américain7 écrit8 :
« […] 2. Si le Tibet peut offrir une résistance au communisme, il est de notre intérêt
de le reconnaître comme État indépendant plutôt que de continuer à le considérer
comme une partie de la Chine.
3. Le gouvernement tibétain est relativement stable. Le peuple est conservateur,
croyant et prêt à défendre le bouddhisme contre le communisme. L’autorité spirituelle
du dalaï-lama dépasse les frontières du Tibet.
4. Les autorités chinoises n’ont en ce moment aucun pouvoir effectif au Tibet et
auront à l’avenir toujours des problèmes là-bas.
5. Les Tibétains sont intéressés par le commerce extérieur, il est donc de notre
intérêt qu’ils se tournent vers l’Occident. »
Le rapport contient également une série de recommandations pour éviter toute
précipitation, des recommandations dont le contenu nous éclaire sur l’attitude qui
sera adoptée par les États-Unis la décennie suivante : « La reconnaissance du Tibet
en tant qu’État indépendant n’est pas notre véritable souci. Ce qui nous importe c’est
notre attitude face à la Chine. Jusqu’à présent, nous avons reconnu l’intégrité
territoriale de la Chine. Nous avons contribué à éviter l’éclatement de la Chine, nous
avons aidé la Chine à ressortir de la Seconde Guerre mondiale en tant que grande
puissance. Il nous faut poursuivre cette politique jusqu’à ce que l’effondrement
permanent de la Chine devienne inévitable et que nous puissions nous installer au
Tibet. »
« La situation serait différente avec un gouvernement en exil. Dans ce cas, la
politique recommandée par les États-Unis serait de le soutenir sans reconnaître le
Tibet comme État indépendant. » C’est la stratégie adoptée par les États-Unis en
1949 et elle n’a pas vraiment changé depuis.
Le 14e dalaï-lama en était conscient à l’époque et il déclare encore aujourd’hui
ouvertement : « Dans les années 50, les Américains ont soutenu le Tibet, non pas
par conviction morale ou par sympathie mais pour servir leur politique
anticommuniste9. » Entre 1949 et 1951, quelques années avant l’arrivée de l’Armée
rouge, le jeune 14e dalaï-lama et son gouvernement demandent à l’Angleterre et aux
États-Unis de leur fournir des troupes ou du moins des armes10. Seule l’Angleterre
en livrera en quantités limitées. « Aucune grande puissance ne vous a apporté une
réelle aide militaire pour l’invasion. Et après l’invasion, les Nations unies sont restées
sourdes à votre appel. Vous êtes-vous sentis trahis ? » a de-mandé Laird au
14e dalaï-lama. « Oui », a-t-il répondu platement11.
Le nouveau régime chinois envisageait les choses avec circonspection pour le Tibet.
Avant toute chose, il y avait la réunification de la Chine. Mao Zedong et le Comité
central du Parti communiste chinois se rendaient bien compte qu’au Tibet ils
n’auraient pas le soutien de la population pour leurs réformes sociales, comme le
souligne cette directive du Comité central : « En ce moment, il nous est impossible
d’appliquer l’accord en 17 points de 195112 dans son intégralité. Nous n’avons pas le
soutien des masses ni celui des couches sociales plus élevées. Si nous l’imposons
par la force, nous en tirerons plus de désavantages que d’avantages. S’ils refusent
d’appliquer l’accord dans son intégralité ? Eh bien, nous nous résignerons
provisoirement. […] Laissons les traiter le peuple avec cruauté, pour notre part nous
nous occuperons de choses positives comme l’organisation de la production, le
commerce, la construction de routes, la santé publique et le front d’unité, de manière
à rallier les masses à notre cause et au moment opportun nous réglerons la question
de l’application de l’accord dans son intégralité. Et s’ils considèrent que ce n’est pas
le moment de bâtir des écoles primaires, nous pourrons encore un peu patienter13. »
La stratégie chinoise avait pour but de rallier la classe dominante du Tibet, y compris
le dalaï-lama, à l’unité nationale avec la Chine14. À son arrivée au Tibet, en 1951,
l’Armée rouge était soumise à une discipline très stricte, les soldats ne pouvaient
exiger de la nourriture, celle-ci était acheminée depuis le reste de la Chine ou bien ils
devaient en payer le prix normal à la population locale. Ils ont même commencé à
cultiver les terrains en friche pour subvenir à l’entretien des troupes. Le servage a été
maintenu entre 1951 et 1959. Il convient également de souligner qu’à l’époque il était
question du Tibet dans ses limites actuelles et non du concept du « Grand Tibet ».
En dehors de la « province Tibet », les choses tournent mal
Dans les années 50, cette politique du « pas à pas » prend de la vitesse dans les
territoires adjacents, où vivent des Tibétains – et autres ethnies –, suite à la réforme
agraire qui partout dans le reste de la Chine fait son chemin. Ce qui n’est pas du
goût des grands propriétaires fonciers tibétains – des religieux et de la noblesse –
qui vivent dans ces régions. En 1956, la population tibétaine s’insurge dans la
province du Sichuan15. Beaucoup de familles sont liées à la communauté religieuse,
la plupart ont un fils au monastère. Les années suivantes, la panique et la rébellion
gagnent Lhassa. Poussée par Gyalo Thondup, le frère du dalaï-lama, qui depuis
1951 travaille pour le département d’État américain16, la CIA commence à soutenir la
résistance17, qui atteint son apogée à Lhassa le 10 mars 1959 lors d’une manifesta-
tion massive devant le palais d’été du dalaï-lama. C’est aussi la date à laquelle le
dalaï-lama finit par céder après dix années de pressions de la part des États-Unis
pour l’envoyer en exil.18 À peine arrivé en Inde, le dalaï-lama déclare que « 87 000
Tibétains ont été brutalement massacrés19 » pendant l’insurrection (qu’il n’a jamais
vue) à Lhassa alors que la population totale de Lhassa, y compris les réfugiés du
Sichuan, s’élève à seulement 40 000 personnes20. Un chiffre toujours mentionné sur
les sites web du « gouvernement » tibétain en exil et des groupes de sympathisants
en Occident21.
La fuite des Tibétains
En 1959, il est temps pour un grand nombre de familles de l’élite de quitter le Tibet
avec leurs serviteurs et d’aller s’établir en Inde. À l’heure actuelle, on dénombre 120
000 Tibétains à l’étranger, soit 2 % de la population tibétaine totale de Chine.
Outre leur propre fortune, les Tibétains en fuite ont pu compter dès le départ sur un
important soutien financier de la part des États-Unis. Un exemple du montant
annuellement octroyé est communiqué lors d’une audience publique au département
d’État des États-Unis en 1964 : 1,7 million de dollars, plus 186 000 dollars pour le
14e dalaï-lama22. Depuis les années 80, les budgets américains alloués pour l’aide à
la communauté tibétaine vivant en dehors de la Chine sont accordés par diverses
ONG semi-offi cielles23.
50 ans de guerre de propagande
De 1956 à 1974, les États-Unis soutiennent la guérilla contre la Chine en fournissant
armes et instructeurs et en organisant des formations. Quelques centaines de
Tibétains qui ont fui l’est du Tibet et le Sichuan ont même reçu une formation de
parachutistes aux États-Unis24. En Inde, une petite armée de 7 000 rebelles tibétains
est constituée et équipée25. Mais à part l’attaque de quelques convois, la résistance
n’est pas vraiment un succès ; la population tibétaine au Tibet ne collabore pas et
l’armée chinoise parvient toujours très vite à dépister les rebelles26.
La guerre de propagande est bien plus préoccupante. « En envoyant le dalaï-lama à
l’étranger, l’intention des États-Unis est de faire de lui un grand symbole asiatique,
porte-parole de l’anticommunisme. Une tactique à la fois peu risquée et très
avantageuse. […] Le fait que les États-Unis n’ont pas envoyé de troupes est une
grosse déception pour les dirigeants tibétains27. » Dès 1959, des accusations de «
violations des droits de l’homme, persécutions religieuses et génocide » sont lancées
par l’International Commission of Jurists (ICJ), une organisation fondée juste après la
Seconde Guerre mondiale à Berlin avec pour objectif de rassembler des « faits
accablants » contre l’Union soviétique et les pays de l’Est. Dans un rapport de 1959,
la Chine est accusée du « meurtre délibéré de Tibétains, justifiant l’ouverture d’une
enquête sur le génocide28 ». On sait aujourd’hui par qui et comment les « faits » ont
été rassemblés pour constituer le dossier : Tashi Tsering, un intellectuel tibétain en
fuite, s’est rendu en 1959 dans les camps de réfugiés en Inde et au Népal pour y
recueillir des récits de massacre au Tibet. Mais il n’en a recueilli aucun. Il transmet
ses conclusions à Gyalo Thondup, le frère du dalaï-lama, qui y ajoute des nombres
de morts avant de remettre le dossier à l’ICJ29. Pa-trick French, ancien directeur de
Free Tibet à Londres, pourra plus tard examiner ces témoignages écrits dans les
archives du « gouvernement » du dalaï-lama en Inde. Même constat : les chiffres
relatifs au nombre de victimes ont été ajoutés ultérieurement. Par ailleurs, il s’agit
d’hommes uniquement30. Quel aurait été l’intérêt de n’éliminer que la population
masculine ? Et pourtant le chiffre de 1,2 million de morts au Tibet, victimes de la «
dictature chinoise » continue de circuler dans le monde.
Dans les années 90, après la remise du prix Nobel au dalaï-lama, les groupes de
soutien au Tibet ainsi que leurs sites Internet se sont multipliés en Europe et aux
États-Unis, jusque dans les pays de l’Est. Des bureaux du Tibet (représentation du «
gouvernement en exil ») ont été créés dans différentes capitales du monde31. Des
budgets spéciaux ont parfois été débloqués par le département d’État américain.
Ainsi, 75 000 dollars ont été alloués pour les bureaux de New York et de Genève32.
Quelques milliers de comités répartis dans le monde occidental (jusqu’au
Liechtenstein) plaident désormais pour l’indépendance du Tibet. La force d’attraction
exercée sur nos intellectuels prend souvent la forme d’une version occidentalisée du
bouddhisme tibétain, une sorte de bouddhisme light, dépouillé de son panthéon de
divinités et des nombreuses traditions tibétaines, une « nouvelle » spiritualité. Mais
sous la robe du « lama » se cache aussi un message politique : « le Tibet est occupé
et doit devenir indépendant ».
Parmi les protagonistes de cette « campagne d’information », on retrouve
l’International Campaign for Tibet (ICT), China Digital Times (CDT) et TibetInfoNet
(TIN). À la tête de l’ICT (États-Unis), on retrouve John Ackerly qui, si l’on en croit son
curriculum vitae, a gagné ses premiers galons en organisant l’opposition dans
l’ancien bloc de l’Est33. Le président d’honneur de l’ICT n’est autre que l’acteur
Richard Gere, le président exécutif est Lodi Gyari, le représentant officiel du dalaï-
lama aux États-Unis. Parmi les conseillers et administrateurs, on compte divers
anciens fonctionnaires de l’État américain. L’ICT possède un bureau à Bruxelles, à
Amsterdam et à Berlin. Le CDT est rattaché à la Ford Foundation et à la Dalaï Lama
Foundation34. Le TIN (Londres) se présente comme une organisation non militante,
une base de données pour chercheurs, politiciens et… Wikipedia. Il n’en est pas
moins subjectif. Les excès dans la propagande des groupes d’action ne se retrou-
vent pas sur le site du TIN, qui reste néanmoins un porte-parole de l’indépendance
du Tibet. Grand nombre d’articles sont des « témoignages anonymes ». Pourtant,
certains spécialistes du Tibet en France considèrent le TIN comme une «
référence35 ».
Indépendance ou « autonomie significative » ?
Dans son allocution au Congrès américain en 1987, le dalaï-lama revient sur la
question de « l’indépendance ». En 1988, lors d’un discours prononcé devant le
Parlement européen, la terminologie employée a changé. Le terme indépendance
est remplacé par « juste milieu » ou « autonomie significative ». Dans un projet de
constitution pour le Tibet36, rédigé par le dalaï-lama en 1992, il stipule clairement ce
qu’il entend par « autonomie significative », c’est-à-dire le « Grand Tibet » (soit un
quart de la Chine), démilitarisé (sans armée chinoise), une constitution propre basée
sur le bouddhisme, un Tibet pour les Tibétains (sans Chinois « immigrés »), un
système multipartite et un libre marché. Devant le Congrès américain en 1987, le
dalaï-lama avait avancé le chiffre de 7,5 millions pour désigner le nombre de Chinois
qui devaient quitter « son pays ». Lors d’une interview accordée à la Süddeutsche
Zeitung (22 septembre 2007), il a déclaré : « Tous les Chinois qui parlent le tibétain
et respectent la culture tibétaine peuvent rester, à condition qu’ils ne soient pas trop
nombreux. Tous les Chinois qui pensent que les Tibétains puent ont tout intérêt à
quitter notre pays ».
Préparation des émeutes de mars à Lhassa
Du 11 au 14 mai 2007, le réseau international des groupes de soutien au Tibet a
tenu une conférence à Bruxelles. Il s’agissait de la cinquième du genre. La dernière
avait eu lieu à Prague en 2003, en présence du dalaï-lama lui-même. Les principaux
organisateurs à Bruxelles étaient le « gouvernement » en exil du dalaï-lama et l’ICT.
Au total, 181 groupes répartis dans 56 pays étaient représentés. Sous la direction du
« Premier ministre » et du « ministre de l’Information » du dalaï-lama – ce dernier
étant toujours considéré comme le « chef de l’État » par ses partisans –, un plan
d’action a été élaboré en vue des Jeux olympiques37. Ce fut le principal sujet de la
conférence, tel qu’il ressort du bref compte-rendu externe.
En août 2007, un an avant les Jeux olympiques, l’ICT aux États-Unis a lancé «
officiellement » le début du semi-boycott ou boycott intégral des Jeux, avec une série
de manifestations et des T-shirts.
En janvier 2008, les Tibétains en Inde ont fondé le Tibetan People’s Uprising
Mouvement (TPUM)38, un front pour la révolte, qui n’exclut pas le recours à la
violence. Toutes les organisations tibétaines en Inde en font partie. Seul le dalaï-
lama maintient encore son image de « non-violent », même si le 22 janvier, il a lancé
sur l’ITV britannique un appel à « manifester ». En février 2008, quarante cadres du
TPUM ont reçu une formation en « coordination d’actions ». Parmi les formateurs se
trouvait le rédacteur en chef du journal Voice of Tibet sponsorisé par les États-Unis39.
Le 10 mars, jour de la commémoration de la révolte de 1959 à Lhassa, le dalaï-lama
a tenu un discours véhément dans lequel notamment il « prie pour les Tibétains
héroïques qui ont sacrifié leur vie pour la liberté40 ». Dans les capitales occidentales,
en Inde et au Népal, des manifestations sont organisées devant les ambassades
chinoises. Les organisations tibétaines en Inde établissent des contacts
téléphoniques avec des agents à Lhassa41. Le 14 mars, des groupes de Tibétains
organisent des raids sanglants à Lhassa.
Conquérir le Tibet ou conquérir Beijing ?
En 1949, les États-Unis ont proclamé : « pour nous il ne s’agit pas du Tibet mais de
la Chine » (voir plus haut). C’est pareil aujourd’hui. Le communiqué de la conférence
tenue à Bruxelles en mai 2007 dit ceci : « Nous espérons qu’à l’occasion des Jeux
olympiques la liberté des médias internationaux sera étendue aux médias chinois. »
« La liberté de la presse » constitue en effet l’outil idéal pour construire un contre-
pouvoir à Beijing. « La transparence » des Jeux olympiques est la porte par laquelle
ils souhaitent s’introduire pour y rester. Nancy Pelosi, présidente du Congrès
américain, a exigé un « bureau américain à Lhassa » pour une « observation neutre
»42. Le dalaï-lama a réclamé une plus grande « liberté de la presse et plus de
transparence43 ». Lui et ses amis veulent apporter à la Chine une nouvelle idéologie :
« Les Chinois sont radicaux, matérialistes et communistes. C’est ridicule. Ils étaient
autrefois bouddhistes. Je suis toujours disposé à les servir spirituellement et à
célébrer une cérémonie de purification sur la place Tian An Men pour y commémorer
les milliers de morts44. »
Jamyang Norbu, fervent militant pour l’indépendance du Tibet (et vétéran de la
guérilla contre la Chine dans les années 60) a déclaré :
« Tout comme la chute du Mur de Berlin a libéré plusieurs pays, l’in-dépendance du
Tibet peut apporter la liberté aux peuples voisins, par exemple en Birmanie, au
Turkestan oriental (l’actuelle province chinoise du Xinjiang), en Mongolie intérieure
(également une province chinoise) et même au peuple chinois45. » L’enjeu est clair :
faire éclater la Chine. Par ailleurs, il ne fait aucun doute que les sponsors sont ici les
États-Unis et le Tibet n’est que le moyen.
Pourquoi tenter maintenant de faire vaciller le « mur de l’Himalaya » ? Tout
simplement parce que les États-Unis sont confrontés à une crise sérieuse et que la
Chine devient de plus en plus puissante. Sur tous les continents, la Chine se profile
comme un concurrent redoutable pour les États-Unis. La Chine est devenue le
troisième partenaire commercial de l’Afrique, juste derrière les États-Unis et la
France. Quant à l’Europe, elle est la principale partenaire commerciale de la Chine46.
Le démocrate américain, John Murtha, président de la commission pour la défense,
estime qu’il faudrait consacrer moins d’attention à l’Irak et plus à la Chine : « D’un
point de vue militaire, nous devons être en mesure de stopper la Chine ou la Russie
ou tout autre pays qui constitue pour nous un défi47. »
Vents contraires
Les États-Unis visent en Chine une sorte de « révolution orange ». Ce-pendant, les
attaques des médias à l’encontre de la Chine ont pour l’instant un effet contraire. La
population chinoise est particulière-ment blessée par l’image erronée véhiculée en
Occident. Pour la première fois de l’histoire, des Chinois vivant à l’étranger ont
manifesté dans la rue et sur Internet48 pour défendre l’unité de la Chine et sa place
légitime dans le monde. Un étudiant chinois a lancé sur la Toile le message suivant :
« Lorsque la Chine était faible, vous, les Occidentaux, êtes venus avec une armée
réclamer votre part “légitime” (les concessions). Lorsque nous avons recollé les
morceaux (réunifi cation du pays), vous avez crié “Libérez le Tibet !”, “Invasion !”49 »
Plusieurs correspondants chinois m’ont expliqué que les dirigeants chinois sont
conscients que depuis la chute du Mur de Berlin, ils ont négligé la guerre des
médias. Pour la première fois également, on a vu des diplomates chinois ou des
étudiants tenter de faire entendre sur les ondes télévisées ou à la radio leur propre
son de cloche, parfois maladroitement, chose jamais vue en cinquante ans ou du
moins jamais entendue. Les autorités chinoises avaient tout misé sur le dévelop-
pement des territoires tibétains en débloquant des budgets énormes pour le
développement de l’infrastructure, l’enseignement, les soins de santé, l’agriculture et
l’industrie légère. Elles espéraient ainsi « par des faits et des gestes » réduire la base
des séparatistes établis à l’étranger. Le Tibet n’est pas une « colonie » sur le dos de
laquelle la Chine cherche à s’enrichir. Le budget « autonome » du Tibet est à 90 %
alimenté par les caisses de l’État central50. Il s’agit d’un montant de plus de deux
milliards de dollars par an, bien plus que l’aide au développement allouée à l’Afrique
par l’Europe. L’Afrique compte plusieurs centaines de millions d’habitants, le Tibet en
compte trois millions. À supposer que le Tibet devienne indépendant, qui va sortir
une telle somme ? Au Tibet, l’enseignement et les soins de santé sont gratuits, les
agriculteurs et les éleveurs ne paient pas d’impôt. Des subsides sont versés pour la
construction d’habitations, pour les serres, les panneaux solaires, les poêles au
méthane. Mais tout cela on ne le dit pas. La Chine a peut-être gagné dans le
domaine du développement local, mais a dû se retrancher en défense pour ce qui
est de la guerre des médias.
Il faut cependant savoir que la Chine est soutenue dans ce confl it. Et pas qu’un peu.
Pratiquement tout le tiers monde est à ses côtés et rejette toute « condamnation ». Il
s’agit notamment de l’Asie centrale, des États d’Afrique, d’Amérique du Sud et
d’Asie51. Le capital européen quant à lui, hésite et est partagé entre les États-Unis ou
la Chine. Mais c’est là une autre histoire.
6 mai 2008
Jean-Paul Desimpelaere a été responsable de l’Association Belgique-Chine durant
des années et s’est rendu à plusieurs reprises au Tibet. Il est décédé en 2013.
http://www.tibetdoc.org/index.php/accueil/qui-sommes-nous
1. Les Bouriates sont une ethnie apparentée aux Mongols . Ils vivent principalement
dans le sud de la Sibérie dans la République autonome de Bouriatie et dans deux
districts autonomes, l’Aga-Bouriatie et l’Oust-Orda Bouriatie. 450 000 Bouriates
vivent en Russie, ils sont 70 000 dans le nord de la Mongolie et près de 25 000 dans
le nord de la Chine. http:// fr.wikipedia.org/wiki/Peuple_Bouriate
2. Tibet Justice Center (TJC), « Tibet’s Sovereignty and the Tibetan People’s Right to
Self-Determination », paragraphe : « The Government of Tibet was capable of
entering into international relations and had entered into such relations repeatedly »,
voir sites TJC www.tibetjustice.org/materials/treaties/ et
www.tibetjustice.org/reports/sovereignty/independent/a/. Le TJC a été fondé en 1989
par Walt Van Praag, conseiller juridique du 14e dalaï-lama. Cette organisation est
basée aux États-Unis ainsi qu’au Bureau du Tibet (du « gouvernement tibétain en
exil ») à Genève, où ces organisations sont entendues en tant qu’ONG par les
instances des Nations unies. Le TJC est membre de l’International Tibet Support
Network et organise chaque année en Inde des formations sur « l’indépendance »
pour les Tibétains exilés.
3. Le terme « suzeraineté » signifie qu’un territoire est administré ou qu’il appartient à
un souverain ou un État dominant. Sur Wikipedia, ce terme est utilisé comme
équivalent au terme « souveraineté » et en particulier en référence au Tibet et à la
Mongolie pour indiquer que ces territoires ont longtemps été administrés ou étaient
du ressort des empereurs chinois.
4. Vous trouverez l’intégralité de l’accord Simla dans Goldstein, A History of Modern
Tibet, 1913-1951, The Demise of a Lamaist State, appendix C, University of
California Press.
5. Foreign and Political Department, Government of India, lettre 448EB, 3 septembre
1915.
6. Goldstein, A History of Modern Tibet, volume 1, University of California Press,
2007, pp. 70-74.
7. C’est ainsi qu’on appelle le ministère des Affaires étrangères aux États-Unis.
8. Bacon Ruth, US Office of Foreign Affairs, FRUS, Memorandum to the Chief of the
Division of Chinese Affairs of the State Department (Sprouse), 693.0031 Tibet/I-849-
12/4/1949. Website Wisconsin digital library.
9. Laird, Une histoire du Tibet : Conversations avec le dalaï-lama, Plon, 2006, p. 305.
10. Lettre du Bureau tibétain concernant les relations extérieures, citée par
Goldstein, op. cit., vol. 1, p. 625.
11. Laird, idem, p. 311.
12. L’accord en 17 points conclu entre le gouvernement chinois central et le
gouvernement du dalaï-lama prévoit que les « réformes sociales devront se faire de
commun accord ».
13. Mao Zedong, « Principes politiques pour notre travail au Tibet, directives du
Comité central du Parti communiste chinois », avril 1952, Œuvres choisies, tome 5,
Beijing, 1977.
14. Renmin Ribao (le Quotidien du Peuple), 26 mai 1951.
15. Le Sichuan est une province située au centre de la Chine et limitrophe du Tibet.
Sa capitale est Chengdu.
16. Goldstein, op.cit, vol. 2, The Calm before the Storm : 1951-1956, University of
California Press, 2007, pp. 240-241.
17. Conboy, « The CIA’s Secret War in Tibet », p. 36, in Modern War Studies,
University of Kansas, 2002.
18. Voir par exemple lettre de l’ambassadeur américain Henderson au dalaï-lama du
17 septembre 1951. Intégralement retranscrite dans Goldstein, op. cit., vol. 1, p. 808-
809. 19 Barry Sautman, Contemporary Tibet, M.E. Sharpe, États-Unis, 2006, p. 245.
20. Barbara Erickson, Tibet, Abode of the Gods, États-Unis, 1997, p. 197.
21. Department of Information, Tibet Government in Exile, 1993 : Tibet, proving Truth
from Facts.
22 FRUS (Foreign Relations of the US), vol. 1964-1968, 337, 9 janvier 1964.
23. Entre autres : NED ou New Endorsement for Democracy (qui s’est séparé de la
CIA dans les années 70), Tibet Fund, International Campaign for Tibet (ICT), Bureau
of Democracy, Human Rights and Labor du département d’État.
24. Mikel Dunham, Buddha’s Warriors (avec préface du dalaï-lama), 2004, États-
Unis, p. 314 et suivantes. 25 SFF, Special Foreign Forces, voir Conboy, op. cit., p.
247. 26 Conboy, op. cit., p. 141-143.
27. Goldstein, op. cit., vol. 2, p. 119 et 145.
28. International Commission of Jurists (ICJ), Report on Tibet, 1959. Entre autres sur
le site du « gouvernement » tibétain en exil www.tibet.com.
29. Tashi Tsering, Goldstein et Siebenschuh, The Struggle for Modern Tibet : The
Autobiography of Tashi Tsering, M.E. Sharpe, États-Unis, 1997, p. 57.
30. Patrick French, Tibet, Tibet, Albin Michel, 2005, p. 324.
31. New York, Washington, Genève, Bruxelles, Tokyo, New Delhi, Londres, Paris,
Canberra, Pretoria, Taiwan, Moscou. 32 FRUS, 9 janvier 1964.
33. ICT, website, staff members, short biography of J. Ackerly.
34. Michael Barker, Global Research, 29 mars 2008, www.globalresearch.ca.
35. Comme dans l’ouvrage Le Tibet est-il chinois ? Réponses à cent questions
chinoises, A.M. Blondeau et Katia Buffetrille, Albin Michel, 2002. 36 « A Vision for
a Future Free Tibet », site web du « gouvernement » en exil du dalaï-lama.
37. Tibetan Bulletin (revue officielle du dalaï-lama et de son « gouvernement »), mai-
juin 2007, vol. 11, no 3.
38. Website TPUM, http://tibetanuprising.org, déclaration de principe. Dans
l’introduction, on retrouve toujours le chiffre « historique » et fantastique de plus d’un
million de morts.
39. Site web Phayul, « Tibetan People’s Uprising Movement to reinvigorate the
Tibetan freedom movement », 20 février 2008.
40. Site web personnel du dalaï-lama, discours du 10 mars 2008.
41. Mathieu Ricard, interprète français personnel du dalaï-lama, Télérama, France,
16 avril 2008.
42. Résolution 1077 du Congrès américain, présentée le 3 avril 2007 et adoptée par
le Congrès.
43. Site web personnel du dalaï-lama, discours du 10 mars 2008. 44 Interview
publiée dans Le Nouvel Observateur, 17 janvier 2008.
45. Site web Phayul, article de Jamyang Norbu, 4 juillet 2007.
46. L’Europe importe plus de Chine que des États-Unis. Pour les exportations
européennes, la Chine est la destination numéro deux. Source : Commission
européenne, External Trade, 2006.
47. Reuters, 5 février 2008.
48. Voir par exemple, www.anti-cnn.com
49. www.wforum.com/gbindex.html, 10 avril 2008.
50. Statistiques économiques Chine. 51 Xinhua, 22-3-2008.

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Tibet : problème interne ou conflit international ?

  • 1. Tibet : problème interne ou conflit international ? Jean-Paul Desimpelaere Études marxistes, n° 82, 2009 Pour mieux comprendre la « question du Tibet », il nous faut remonter au 19e siècle, au moment où les deux grandes puissances de l’époque entrent en conflit en Asie. L’Angleterre depuis le sud, la Russie tsariste depuis le nord. La Chine, avec le Tibet, se trouve entre les deux. Le Tibet constitue un butin facile. La Russie annexe l’Asie centrale, la Sibérie et devient très influente en Mongolie et dans certaines régions du nord-est et du nord-ouest de la Chine. Au Tibet, les Bouriates1, au service des Russes, accèdent aux postes les plus élevés. Une longue histoire Le Ladakh est le premier territoire tibétain conquis par les Anglais. Il passe définitivement sous protectorat britannique en 1846, ce qui est confirmé dans un « accord de paix ». La Chine, dirigée par la dynastie Qing à l’époque, refuse de signer, mais les dirigeants tibétains locaux acceptent de le faire. Pour l’actuel Tibet Justice Center (TJC)2, cet « accord » entre le Tibet et le Ladakh est la preuve de l’indépendance du Tibet par rapport à la Chine, puisque les dirigeants tibétains « ont déterminé de façon autonome leur ligne étrangère ». Ce que le TJC omet toutefois de signaler c’est qu’il s’agissait de concessions imposées manu militari. Le premier traité humiliant par rapport au Tibet cosigné par l’Empire chinois est le traité Népal- Tibet de 1856, suite à l’invasion du Tibet par le Népal (britannique). Le traité imposait une dette de guerre au Tibet et diverses concessions commerciales. Pour le TJC, ce traité et les autres territoires tibétains devenus britanniques (Sikkim en 1860 et Bhutan en 1864) sont de nouvelles « preuves de l’indépendance du Tibet ». La dernière concession a également été obtenue par la contrainte. En 1904, l’Angleterre renverse, lors de sa marche sur Lhassa, l’armée tibétaine locale. L’Empire chinois en déclin n’est pas en mesure de s’opposer. Pour l’élite tibétaine locale, l’Angleterre devient la nouvelle puissance qui, en 1913, convoquera la jeune République de Chine et les Tibétains à la conférence de Simla. À l’époque, l’Angleterre s’empare au préjudice du Tibet d’un territoire aussi grand que la Suisse : l’actuel État indien Arunachal Pradesh. De nos jours, l’accord de Simla est le principal argument utilisé par les partisans de l’indépendance du Tibet puisqu’il proscrit toute implication chinoise au Tibet et la remplace par la présence exclusive de l’Angleterre. Cet accord proclamait « de facto » l’indépendance du Tibet par
  • 2. rapport à la Chine, mais confirmait néanmoins la « suzeraineté »3 de la Chine. Le Tibet devenait de facto indépendant du point de vue de l’Angleterre quant à son économie, son armée et sa politique étrangère. Il perdait en outre une partie de son territoire4. La Chine refusa de signer le traité. Le ministère des Affaires étrangères britannique déclara en 1915 : « L’avantage que nous tirons de l’accord de Simla est purement académique attendu qu’il n’a pas été ratifié par le gouvernement chinois et qu’il n’a pas été reconnu par la Russie. Cet accord est par conséquent nul5. » Soulignons encore qu’au moment de la conférence de Simla, l’Angleterre présente une carte du « Grand Tibet », de deux fois la superficie du Tibet sur lequel régnait le dalaï-lama de l’époque6. Après la Seconde Guerre mondiale, les protagonistes vont changer. Les États-Unis d’Amérique et Mao Zedong Durant la guerre de résistance contre l’occupation japonaise, le parti communiste chinois voit son nombre d’adeptes augmenter, ce qui inquiète les États-Unis. Quelques mois avant la prise de pouvoir communiste à Beijing en 1949, le responsable pour l’Extrême-Orient du département d’État américain7 écrit8 : « […] 2. Si le Tibet peut offrir une résistance au communisme, il est de notre intérêt de le reconnaître comme État indépendant plutôt que de continuer à le considérer comme une partie de la Chine. 3. Le gouvernement tibétain est relativement stable. Le peuple est conservateur, croyant et prêt à défendre le bouddhisme contre le communisme. L’autorité spirituelle du dalaï-lama dépasse les frontières du Tibet. 4. Les autorités chinoises n’ont en ce moment aucun pouvoir effectif au Tibet et auront à l’avenir toujours des problèmes là-bas. 5. Les Tibétains sont intéressés par le commerce extérieur, il est donc de notre intérêt qu’ils se tournent vers l’Occident. » Le rapport contient également une série de recommandations pour éviter toute précipitation, des recommandations dont le contenu nous éclaire sur l’attitude qui sera adoptée par les États-Unis la décennie suivante : « La reconnaissance du Tibet en tant qu’État indépendant n’est pas notre véritable souci. Ce qui nous importe c’est notre attitude face à la Chine. Jusqu’à présent, nous avons reconnu l’intégrité territoriale de la Chine. Nous avons contribué à éviter l’éclatement de la Chine, nous avons aidé la Chine à ressortir de la Seconde Guerre mondiale en tant que grande puissance. Il nous faut poursuivre cette politique jusqu’à ce que l’effondrement permanent de la Chine devienne inévitable et que nous puissions nous installer au Tibet. » « La situation serait différente avec un gouvernement en exil. Dans ce cas, la politique recommandée par les États-Unis serait de le soutenir sans reconnaître le Tibet comme État indépendant. » C’est la stratégie adoptée par les États-Unis en 1949 et elle n’a pas vraiment changé depuis.
  • 3. Le 14e dalaï-lama en était conscient à l’époque et il déclare encore aujourd’hui ouvertement : « Dans les années 50, les Américains ont soutenu le Tibet, non pas par conviction morale ou par sympathie mais pour servir leur politique anticommuniste9. » Entre 1949 et 1951, quelques années avant l’arrivée de l’Armée rouge, le jeune 14e dalaï-lama et son gouvernement demandent à l’Angleterre et aux États-Unis de leur fournir des troupes ou du moins des armes10. Seule l’Angleterre en livrera en quantités limitées. « Aucune grande puissance ne vous a apporté une réelle aide militaire pour l’invasion. Et après l’invasion, les Nations unies sont restées sourdes à votre appel. Vous êtes-vous sentis trahis ? » a de-mandé Laird au 14e dalaï-lama. « Oui », a-t-il répondu platement11. Le nouveau régime chinois envisageait les choses avec circonspection pour le Tibet. Avant toute chose, il y avait la réunification de la Chine. Mao Zedong et le Comité central du Parti communiste chinois se rendaient bien compte qu’au Tibet ils n’auraient pas le soutien de la population pour leurs réformes sociales, comme le souligne cette directive du Comité central : « En ce moment, il nous est impossible d’appliquer l’accord en 17 points de 195112 dans son intégralité. Nous n’avons pas le soutien des masses ni celui des couches sociales plus élevées. Si nous l’imposons par la force, nous en tirerons plus de désavantages que d’avantages. S’ils refusent d’appliquer l’accord dans son intégralité ? Eh bien, nous nous résignerons provisoirement. […] Laissons les traiter le peuple avec cruauté, pour notre part nous nous occuperons de choses positives comme l’organisation de la production, le commerce, la construction de routes, la santé publique et le front d’unité, de manière à rallier les masses à notre cause et au moment opportun nous réglerons la question de l’application de l’accord dans son intégralité. Et s’ils considèrent que ce n’est pas le moment de bâtir des écoles primaires, nous pourrons encore un peu patienter13. » La stratégie chinoise avait pour but de rallier la classe dominante du Tibet, y compris le dalaï-lama, à l’unité nationale avec la Chine14. À son arrivée au Tibet, en 1951, l’Armée rouge était soumise à une discipline très stricte, les soldats ne pouvaient exiger de la nourriture, celle-ci était acheminée depuis le reste de la Chine ou bien ils devaient en payer le prix normal à la population locale. Ils ont même commencé à cultiver les terrains en friche pour subvenir à l’entretien des troupes. Le servage a été maintenu entre 1951 et 1959. Il convient également de souligner qu’à l’époque il était question du Tibet dans ses limites actuelles et non du concept du « Grand Tibet ». En dehors de la « province Tibet », les choses tournent mal Dans les années 50, cette politique du « pas à pas » prend de la vitesse dans les territoires adjacents, où vivent des Tibétains – et autres ethnies –, suite à la réforme agraire qui partout dans le reste de la Chine fait son chemin. Ce qui n’est pas du goût des grands propriétaires fonciers tibétains – des religieux et de la noblesse – qui vivent dans ces régions. En 1956, la population tibétaine s’insurge dans la province du Sichuan15. Beaucoup de familles sont liées à la communauté religieuse, la plupart ont un fils au monastère. Les années suivantes, la panique et la rébellion gagnent Lhassa. Poussée par Gyalo Thondup, le frère du dalaï-lama, qui depuis 1951 travaille pour le département d’État américain16, la CIA commence à soutenir la résistance17, qui atteint son apogée à Lhassa le 10 mars 1959 lors d’une manifesta- tion massive devant le palais d’été du dalaï-lama. C’est aussi la date à laquelle le dalaï-lama finit par céder après dix années de pressions de la part des États-Unis
  • 4. pour l’envoyer en exil.18 À peine arrivé en Inde, le dalaï-lama déclare que « 87 000 Tibétains ont été brutalement massacrés19 » pendant l’insurrection (qu’il n’a jamais vue) à Lhassa alors que la population totale de Lhassa, y compris les réfugiés du Sichuan, s’élève à seulement 40 000 personnes20. Un chiffre toujours mentionné sur les sites web du « gouvernement » tibétain en exil et des groupes de sympathisants en Occident21. La fuite des Tibétains En 1959, il est temps pour un grand nombre de familles de l’élite de quitter le Tibet avec leurs serviteurs et d’aller s’établir en Inde. À l’heure actuelle, on dénombre 120 000 Tibétains à l’étranger, soit 2 % de la population tibétaine totale de Chine. Outre leur propre fortune, les Tibétains en fuite ont pu compter dès le départ sur un important soutien financier de la part des États-Unis. Un exemple du montant annuellement octroyé est communiqué lors d’une audience publique au département d’État des États-Unis en 1964 : 1,7 million de dollars, plus 186 000 dollars pour le 14e dalaï-lama22. Depuis les années 80, les budgets américains alloués pour l’aide à la communauté tibétaine vivant en dehors de la Chine sont accordés par diverses ONG semi-offi cielles23. 50 ans de guerre de propagande De 1956 à 1974, les États-Unis soutiennent la guérilla contre la Chine en fournissant armes et instructeurs et en organisant des formations. Quelques centaines de Tibétains qui ont fui l’est du Tibet et le Sichuan ont même reçu une formation de parachutistes aux États-Unis24. En Inde, une petite armée de 7 000 rebelles tibétains est constituée et équipée25. Mais à part l’attaque de quelques convois, la résistance n’est pas vraiment un succès ; la population tibétaine au Tibet ne collabore pas et l’armée chinoise parvient toujours très vite à dépister les rebelles26. La guerre de propagande est bien plus préoccupante. « En envoyant le dalaï-lama à l’étranger, l’intention des États-Unis est de faire de lui un grand symbole asiatique, porte-parole de l’anticommunisme. Une tactique à la fois peu risquée et très avantageuse. […] Le fait que les États-Unis n’ont pas envoyé de troupes est une grosse déception pour les dirigeants tibétains27. » Dès 1959, des accusations de « violations des droits de l’homme, persécutions religieuses et génocide » sont lancées par l’International Commission of Jurists (ICJ), une organisation fondée juste après la Seconde Guerre mondiale à Berlin avec pour objectif de rassembler des « faits accablants » contre l’Union soviétique et les pays de l’Est. Dans un rapport de 1959, la Chine est accusée du « meurtre délibéré de Tibétains, justifiant l’ouverture d’une enquête sur le génocide28 ». On sait aujourd’hui par qui et comment les « faits » ont été rassemblés pour constituer le dossier : Tashi Tsering, un intellectuel tibétain en fuite, s’est rendu en 1959 dans les camps de réfugiés en Inde et au Népal pour y recueillir des récits de massacre au Tibet. Mais il n’en a recueilli aucun. Il transmet ses conclusions à Gyalo Thondup, le frère du dalaï-lama, qui y ajoute des nombres de morts avant de remettre le dossier à l’ICJ29. Pa-trick French, ancien directeur de Free Tibet à Londres, pourra plus tard examiner ces témoignages écrits dans les archives du « gouvernement » du dalaï-lama en Inde. Même constat : les chiffres relatifs au nombre de victimes ont été ajoutés ultérieurement. Par ailleurs, il s’agit
  • 5. d’hommes uniquement30. Quel aurait été l’intérêt de n’éliminer que la population masculine ? Et pourtant le chiffre de 1,2 million de morts au Tibet, victimes de la « dictature chinoise » continue de circuler dans le monde. Dans les années 90, après la remise du prix Nobel au dalaï-lama, les groupes de soutien au Tibet ainsi que leurs sites Internet se sont multipliés en Europe et aux États-Unis, jusque dans les pays de l’Est. Des bureaux du Tibet (représentation du « gouvernement en exil ») ont été créés dans différentes capitales du monde31. Des budgets spéciaux ont parfois été débloqués par le département d’État américain. Ainsi, 75 000 dollars ont été alloués pour les bureaux de New York et de Genève32. Quelques milliers de comités répartis dans le monde occidental (jusqu’au Liechtenstein) plaident désormais pour l’indépendance du Tibet. La force d’attraction exercée sur nos intellectuels prend souvent la forme d’une version occidentalisée du bouddhisme tibétain, une sorte de bouddhisme light, dépouillé de son panthéon de divinités et des nombreuses traditions tibétaines, une « nouvelle » spiritualité. Mais sous la robe du « lama » se cache aussi un message politique : « le Tibet est occupé et doit devenir indépendant ». Parmi les protagonistes de cette « campagne d’information », on retrouve l’International Campaign for Tibet (ICT), China Digital Times (CDT) et TibetInfoNet (TIN). À la tête de l’ICT (États-Unis), on retrouve John Ackerly qui, si l’on en croit son curriculum vitae, a gagné ses premiers galons en organisant l’opposition dans l’ancien bloc de l’Est33. Le président d’honneur de l’ICT n’est autre que l’acteur Richard Gere, le président exécutif est Lodi Gyari, le représentant officiel du dalaï- lama aux États-Unis. Parmi les conseillers et administrateurs, on compte divers anciens fonctionnaires de l’État américain. L’ICT possède un bureau à Bruxelles, à Amsterdam et à Berlin. Le CDT est rattaché à la Ford Foundation et à la Dalaï Lama Foundation34. Le TIN (Londres) se présente comme une organisation non militante, une base de données pour chercheurs, politiciens et… Wikipedia. Il n’en est pas moins subjectif. Les excès dans la propagande des groupes d’action ne se retrou- vent pas sur le site du TIN, qui reste néanmoins un porte-parole de l’indépendance du Tibet. Grand nombre d’articles sont des « témoignages anonymes ». Pourtant, certains spécialistes du Tibet en France considèrent le TIN comme une « référence35 ». Indépendance ou « autonomie significative » ? Dans son allocution au Congrès américain en 1987, le dalaï-lama revient sur la question de « l’indépendance ». En 1988, lors d’un discours prononcé devant le Parlement européen, la terminologie employée a changé. Le terme indépendance est remplacé par « juste milieu » ou « autonomie significative ». Dans un projet de constitution pour le Tibet36, rédigé par le dalaï-lama en 1992, il stipule clairement ce qu’il entend par « autonomie significative », c’est-à-dire le « Grand Tibet » (soit un quart de la Chine), démilitarisé (sans armée chinoise), une constitution propre basée sur le bouddhisme, un Tibet pour les Tibétains (sans Chinois « immigrés »), un système multipartite et un libre marché. Devant le Congrès américain en 1987, le dalaï-lama avait avancé le chiffre de 7,5 millions pour désigner le nombre de Chinois qui devaient quitter « son pays ». Lors d’une interview accordée à la Süddeutsche Zeitung (22 septembre 2007), il a déclaré : « Tous les Chinois qui parlent le tibétain et respectent la culture tibétaine peuvent rester, à condition qu’ils ne soient pas trop
  • 6. nombreux. Tous les Chinois qui pensent que les Tibétains puent ont tout intérêt à quitter notre pays ». Préparation des émeutes de mars à Lhassa Du 11 au 14 mai 2007, le réseau international des groupes de soutien au Tibet a tenu une conférence à Bruxelles. Il s’agissait de la cinquième du genre. La dernière avait eu lieu à Prague en 2003, en présence du dalaï-lama lui-même. Les principaux organisateurs à Bruxelles étaient le « gouvernement » en exil du dalaï-lama et l’ICT. Au total, 181 groupes répartis dans 56 pays étaient représentés. Sous la direction du « Premier ministre » et du « ministre de l’Information » du dalaï-lama – ce dernier étant toujours considéré comme le « chef de l’État » par ses partisans –, un plan d’action a été élaboré en vue des Jeux olympiques37. Ce fut le principal sujet de la conférence, tel qu’il ressort du bref compte-rendu externe. En août 2007, un an avant les Jeux olympiques, l’ICT aux États-Unis a lancé « officiellement » le début du semi-boycott ou boycott intégral des Jeux, avec une série de manifestations et des T-shirts. En janvier 2008, les Tibétains en Inde ont fondé le Tibetan People’s Uprising Mouvement (TPUM)38, un front pour la révolte, qui n’exclut pas le recours à la violence. Toutes les organisations tibétaines en Inde en font partie. Seul le dalaï- lama maintient encore son image de « non-violent », même si le 22 janvier, il a lancé sur l’ITV britannique un appel à « manifester ». En février 2008, quarante cadres du TPUM ont reçu une formation en « coordination d’actions ». Parmi les formateurs se trouvait le rédacteur en chef du journal Voice of Tibet sponsorisé par les États-Unis39. Le 10 mars, jour de la commémoration de la révolte de 1959 à Lhassa, le dalaï-lama a tenu un discours véhément dans lequel notamment il « prie pour les Tibétains héroïques qui ont sacrifié leur vie pour la liberté40 ». Dans les capitales occidentales, en Inde et au Népal, des manifestations sont organisées devant les ambassades chinoises. Les organisations tibétaines en Inde établissent des contacts téléphoniques avec des agents à Lhassa41. Le 14 mars, des groupes de Tibétains organisent des raids sanglants à Lhassa. Conquérir le Tibet ou conquérir Beijing ? En 1949, les États-Unis ont proclamé : « pour nous il ne s’agit pas du Tibet mais de la Chine » (voir plus haut). C’est pareil aujourd’hui. Le communiqué de la conférence tenue à Bruxelles en mai 2007 dit ceci : « Nous espérons qu’à l’occasion des Jeux olympiques la liberté des médias internationaux sera étendue aux médias chinois. » « La liberté de la presse » constitue en effet l’outil idéal pour construire un contre- pouvoir à Beijing. « La transparence » des Jeux olympiques est la porte par laquelle ils souhaitent s’introduire pour y rester. Nancy Pelosi, présidente du Congrès américain, a exigé un « bureau américain à Lhassa » pour une « observation neutre »42. Le dalaï-lama a réclamé une plus grande « liberté de la presse et plus de transparence43 ». Lui et ses amis veulent apporter à la Chine une nouvelle idéologie : « Les Chinois sont radicaux, matérialistes et communistes. C’est ridicule. Ils étaient autrefois bouddhistes. Je suis toujours disposé à les servir spirituellement et à
  • 7. célébrer une cérémonie de purification sur la place Tian An Men pour y commémorer les milliers de morts44. » Jamyang Norbu, fervent militant pour l’indépendance du Tibet (et vétéran de la guérilla contre la Chine dans les années 60) a déclaré : « Tout comme la chute du Mur de Berlin a libéré plusieurs pays, l’in-dépendance du Tibet peut apporter la liberté aux peuples voisins, par exemple en Birmanie, au Turkestan oriental (l’actuelle province chinoise du Xinjiang), en Mongolie intérieure (également une province chinoise) et même au peuple chinois45. » L’enjeu est clair : faire éclater la Chine. Par ailleurs, il ne fait aucun doute que les sponsors sont ici les États-Unis et le Tibet n’est que le moyen. Pourquoi tenter maintenant de faire vaciller le « mur de l’Himalaya » ? Tout simplement parce que les États-Unis sont confrontés à une crise sérieuse et que la Chine devient de plus en plus puissante. Sur tous les continents, la Chine se profile comme un concurrent redoutable pour les États-Unis. La Chine est devenue le troisième partenaire commercial de l’Afrique, juste derrière les États-Unis et la France. Quant à l’Europe, elle est la principale partenaire commerciale de la Chine46. Le démocrate américain, John Murtha, président de la commission pour la défense, estime qu’il faudrait consacrer moins d’attention à l’Irak et plus à la Chine : « D’un point de vue militaire, nous devons être en mesure de stopper la Chine ou la Russie ou tout autre pays qui constitue pour nous un défi47. » Vents contraires Les États-Unis visent en Chine une sorte de « révolution orange ». Ce-pendant, les attaques des médias à l’encontre de la Chine ont pour l’instant un effet contraire. La population chinoise est particulière-ment blessée par l’image erronée véhiculée en Occident. Pour la première fois de l’histoire, des Chinois vivant à l’étranger ont manifesté dans la rue et sur Internet48 pour défendre l’unité de la Chine et sa place légitime dans le monde. Un étudiant chinois a lancé sur la Toile le message suivant : « Lorsque la Chine était faible, vous, les Occidentaux, êtes venus avec une armée réclamer votre part “légitime” (les concessions). Lorsque nous avons recollé les morceaux (réunifi cation du pays), vous avez crié “Libérez le Tibet !”, “Invasion !”49 » Plusieurs correspondants chinois m’ont expliqué que les dirigeants chinois sont conscients que depuis la chute du Mur de Berlin, ils ont négligé la guerre des médias. Pour la première fois également, on a vu des diplomates chinois ou des étudiants tenter de faire entendre sur les ondes télévisées ou à la radio leur propre son de cloche, parfois maladroitement, chose jamais vue en cinquante ans ou du moins jamais entendue. Les autorités chinoises avaient tout misé sur le dévelop- pement des territoires tibétains en débloquant des budgets énormes pour le développement de l’infrastructure, l’enseignement, les soins de santé, l’agriculture et l’industrie légère. Elles espéraient ainsi « par des faits et des gestes » réduire la base des séparatistes établis à l’étranger. Le Tibet n’est pas une « colonie » sur le dos de laquelle la Chine cherche à s’enrichir. Le budget « autonome » du Tibet est à 90 % alimenté par les caisses de l’État central50. Il s’agit d’un montant de plus de deux milliards de dollars par an, bien plus que l’aide au développement allouée à l’Afrique par l’Europe. L’Afrique compte plusieurs centaines de millions d’habitants, le Tibet en
  • 8. compte trois millions. À supposer que le Tibet devienne indépendant, qui va sortir une telle somme ? Au Tibet, l’enseignement et les soins de santé sont gratuits, les agriculteurs et les éleveurs ne paient pas d’impôt. Des subsides sont versés pour la construction d’habitations, pour les serres, les panneaux solaires, les poêles au méthane. Mais tout cela on ne le dit pas. La Chine a peut-être gagné dans le domaine du développement local, mais a dû se retrancher en défense pour ce qui est de la guerre des médias. Il faut cependant savoir que la Chine est soutenue dans ce confl it. Et pas qu’un peu. Pratiquement tout le tiers monde est à ses côtés et rejette toute « condamnation ». Il s’agit notamment de l’Asie centrale, des États d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie51. Le capital européen quant à lui, hésite et est partagé entre les États-Unis ou la Chine. Mais c’est là une autre histoire. 6 mai 2008 Jean-Paul Desimpelaere a été responsable de l’Association Belgique-Chine durant des années et s’est rendu à plusieurs reprises au Tibet. Il est décédé en 2013. http://www.tibetdoc.org/index.php/accueil/qui-sommes-nous 1. Les Bouriates sont une ethnie apparentée aux Mongols . Ils vivent principalement dans le sud de la Sibérie dans la République autonome de Bouriatie et dans deux districts autonomes, l’Aga-Bouriatie et l’Oust-Orda Bouriatie. 450 000 Bouriates vivent en Russie, ils sont 70 000 dans le nord de la Mongolie et près de 25 000 dans le nord de la Chine. http:// fr.wikipedia.org/wiki/Peuple_Bouriate 2. Tibet Justice Center (TJC), « Tibet’s Sovereignty and the Tibetan People’s Right to Self-Determination », paragraphe : « The Government of Tibet was capable of entering into international relations and had entered into such relations repeatedly », voir sites TJC www.tibetjustice.org/materials/treaties/ et www.tibetjustice.org/reports/sovereignty/independent/a/. Le TJC a été fondé en 1989 par Walt Van Praag, conseiller juridique du 14e dalaï-lama. Cette organisation est basée aux États-Unis ainsi qu’au Bureau du Tibet (du « gouvernement tibétain en exil ») à Genève, où ces organisations sont entendues en tant qu’ONG par les instances des Nations unies. Le TJC est membre de l’International Tibet Support Network et organise chaque année en Inde des formations sur « l’indépendance » pour les Tibétains exilés. 3. Le terme « suzeraineté » signifie qu’un territoire est administré ou qu’il appartient à un souverain ou un État dominant. Sur Wikipedia, ce terme est utilisé comme équivalent au terme « souveraineté » et en particulier en référence au Tibet et à la Mongolie pour indiquer que ces territoires ont longtemps été administrés ou étaient du ressort des empereurs chinois. 4. Vous trouverez l’intégralité de l’accord Simla dans Goldstein, A History of Modern Tibet, 1913-1951, The Demise of a Lamaist State, appendix C, University of California Press.
  • 9. 5. Foreign and Political Department, Government of India, lettre 448EB, 3 septembre 1915. 6. Goldstein, A History of Modern Tibet, volume 1, University of California Press, 2007, pp. 70-74. 7. C’est ainsi qu’on appelle le ministère des Affaires étrangères aux États-Unis. 8. Bacon Ruth, US Office of Foreign Affairs, FRUS, Memorandum to the Chief of the Division of Chinese Affairs of the State Department (Sprouse), 693.0031 Tibet/I-849- 12/4/1949. Website Wisconsin digital library. 9. Laird, Une histoire du Tibet : Conversations avec le dalaï-lama, Plon, 2006, p. 305. 10. Lettre du Bureau tibétain concernant les relations extérieures, citée par Goldstein, op. cit., vol. 1, p. 625. 11. Laird, idem, p. 311. 12. L’accord en 17 points conclu entre le gouvernement chinois central et le gouvernement du dalaï-lama prévoit que les « réformes sociales devront se faire de commun accord ». 13. Mao Zedong, « Principes politiques pour notre travail au Tibet, directives du Comité central du Parti communiste chinois », avril 1952, Œuvres choisies, tome 5, Beijing, 1977. 14. Renmin Ribao (le Quotidien du Peuple), 26 mai 1951. 15. Le Sichuan est une province située au centre de la Chine et limitrophe du Tibet. Sa capitale est Chengdu. 16. Goldstein, op.cit, vol. 2, The Calm before the Storm : 1951-1956, University of California Press, 2007, pp. 240-241. 17. Conboy, « The CIA’s Secret War in Tibet », p. 36, in Modern War Studies, University of Kansas, 2002. 18. Voir par exemple lettre de l’ambassadeur américain Henderson au dalaï-lama du 17 septembre 1951. Intégralement retranscrite dans Goldstein, op. cit., vol. 1, p. 808- 809. 19 Barry Sautman, Contemporary Tibet, M.E. Sharpe, États-Unis, 2006, p. 245. 20. Barbara Erickson, Tibet, Abode of the Gods, États-Unis, 1997, p. 197. 21. Department of Information, Tibet Government in Exile, 1993 : Tibet, proving Truth from Facts. 22 FRUS (Foreign Relations of the US), vol. 1964-1968, 337, 9 janvier 1964.
  • 10. 23. Entre autres : NED ou New Endorsement for Democracy (qui s’est séparé de la CIA dans les années 70), Tibet Fund, International Campaign for Tibet (ICT), Bureau of Democracy, Human Rights and Labor du département d’État. 24. Mikel Dunham, Buddha’s Warriors (avec préface du dalaï-lama), 2004, États- Unis, p. 314 et suivantes. 25 SFF, Special Foreign Forces, voir Conboy, op. cit., p. 247. 26 Conboy, op. cit., p. 141-143. 27. Goldstein, op. cit., vol. 2, p. 119 et 145. 28. International Commission of Jurists (ICJ), Report on Tibet, 1959. Entre autres sur le site du « gouvernement » tibétain en exil www.tibet.com. 29. Tashi Tsering, Goldstein et Siebenschuh, The Struggle for Modern Tibet : The Autobiography of Tashi Tsering, M.E. Sharpe, États-Unis, 1997, p. 57. 30. Patrick French, Tibet, Tibet, Albin Michel, 2005, p. 324. 31. New York, Washington, Genève, Bruxelles, Tokyo, New Delhi, Londres, Paris, Canberra, Pretoria, Taiwan, Moscou. 32 FRUS, 9 janvier 1964. 33. ICT, website, staff members, short biography of J. Ackerly. 34. Michael Barker, Global Research, 29 mars 2008, www.globalresearch.ca. 35. Comme dans l’ouvrage Le Tibet est-il chinois ? Réponses à cent questions chinoises, A.M. Blondeau et Katia Buffetrille, Albin Michel, 2002. 36 « A Vision for a Future Free Tibet », site web du « gouvernement » en exil du dalaï-lama. 37. Tibetan Bulletin (revue officielle du dalaï-lama et de son « gouvernement »), mai- juin 2007, vol. 11, no 3. 38. Website TPUM, http://tibetanuprising.org, déclaration de principe. Dans l’introduction, on retrouve toujours le chiffre « historique » et fantastique de plus d’un million de morts. 39. Site web Phayul, « Tibetan People’s Uprising Movement to reinvigorate the Tibetan freedom movement », 20 février 2008. 40. Site web personnel du dalaï-lama, discours du 10 mars 2008. 41. Mathieu Ricard, interprète français personnel du dalaï-lama, Télérama, France, 16 avril 2008. 42. Résolution 1077 du Congrès américain, présentée le 3 avril 2007 et adoptée par le Congrès. 43. Site web personnel du dalaï-lama, discours du 10 mars 2008. 44 Interview publiée dans Le Nouvel Observateur, 17 janvier 2008.
  • 11. 45. Site web Phayul, article de Jamyang Norbu, 4 juillet 2007. 46. L’Europe importe plus de Chine que des États-Unis. Pour les exportations européennes, la Chine est la destination numéro deux. Source : Commission européenne, External Trade, 2006. 47. Reuters, 5 février 2008. 48. Voir par exemple, www.anti-cnn.com 49. www.wforum.com/gbindex.html, 10 avril 2008. 50. Statistiques économiques Chine. 51 Xinhua, 22-3-2008.