Manifeste rtt allemagne

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En Allemagne est paru le Manifeste pour surmonter le chômage de masse rédigé par deux éminents professeurs d’économie : Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat, respectivement membre expert sur ​​la réforme de l'Union économique et monétaire européenne et ancien professeur de sciences politiques et d'économie à la Faculté des sciences sociales de l'Université d'Osnabrück.

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Manifeste rtt allemagne

  1. 1.  1Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011Réduction du temps de travailet accroissement de l’emploi publicmaintenant !Manifestepour surmonterle chômage de massepar les ProfesseursDr Heinz-J. Bontrup et Mohssen MassaratÉTUDE allemande Surla situation ÉCONOMIQUE et sociale
  2. 2.  2Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011Réduction du temps de travailet accroissement de l’emploi public maintenant !Manifestepour surmonter le chômage de massepar les Professeurs Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat1Le capitalisme, ou plutôt, la libre entreprise sera à long terme incapablede piloter le chômage (qui se présente de plus en plus comme un malchronique, du fait du progrès technique) afin de maintenir un équilibresain entre la production et le pouvoir d’achat du peuple.Albert EinsteinLe chômage de masse en AllemagneDepuis le milieu des années 1970 le chômage de masse règne en Allemagne.L’économie de marché et le système capitaliste ainsi que les politiques suivies depuisn’ont pas été en situation de parvenir au plein-emploi. Les chiffres du chômage les plusrécents sont très clairs, malgré des astuces statistiques lors de leur présentation. Depuis laréunification, de 1991 à 2010, se sont déclarées au chômage chaque année en moyenne3,8 millions de personnes. Il faut ajouter à tous ces demandeurs d’emploi recensés toutesles personnes qui ne se présentent plus aux agences pour l’emploi par manque deperspectives ou qui ne sont pas prises en compte, car elles sont en cours de créationd’emploi, en cours d’insertion, en formation complémentaire, ou occupent des ”jobs à uneuro”. Le taux de chômage réel est donc en réalité bien plus élevé. Au chiffre officielde 3,2 millions de chômeurs en moyenne en 2010, il faudrait donc ajouter environ 1,7millions de chômeurs cachés ou se trouvant dans une réserve silencieuse. Vient s’ajouteraussi le travail à temps partiel subi par environ deux millions de personnes, ce quicorrespond grosso modo à un million d’emplois à temps plein. Tout compris, le déficitd’emploi sur le marché du travail allemand a été en 2010 de l’ordre de 5,9 millionsd’emplois manquants. Une situation catastrophique pour le marché du travail. Si on ajouteà cela les multiples revenus du travail précaire de l’automobile, les pseudo-autoentrepreneurs au chiffre des entrepreneurs et des membres de leur famille qui lesépaulent, chiffre qui en 2010 était d’au moins 4,4 millions de personnes, la vued’ensemble s’assombrit encore. Depuis 2000, il y a même en Allemagne plus d’auto-entrepreneurs que d’entrepreneurs ayant des salariés.                                                                                                                1Dr Heinz-J. Bontrup membre expert sur la réforme de lUnion économique et monétaire européenneet Mohssen Massarat ancien professeur de sciences politiques et déconomie à la Faculté des sciences  
  3. 3.  3Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011Le chômage pendant la crise - et après la criseDevant ce tableau, les plus récentes annonces des politiciens en place, en vue dudéveloppement du marché du travail et qui parlent d’un « miracle de l’emploi », nepeuvent être comprise que comme du cynisme.Il est en effet avéré qu’en 2009, au cours de la plus grave crise mondiale financièreet économique depuis 80 ans, le chômage de masse déjà présent avant la crise ne s’estpas aggravé. Les causes de ce fait sont :• Les réductions temporaires de la durée du temps de travail, comme la réduction desheures supplémentaires et les comptes épargne-temps.• Une augmentation massive du chômage partiel. Au plus haut, 1,5 millions de travailleursétaient concernés.• Une augmentation complémentaire du travail à temps partiel, liée à une réductionconcomitante des emplois à temps plein.Les entreprises ont accepté un recul de la productivité horaire en mettant en placedes « réserves de force de travail ». Cela a permis d’éviter une augmentation de 4,7% dutaux de chômage, qui aurait dû être induite par le recul du PNB. Ce sont principalementles travailleurs qui ont payé le prix de cette stratégie de contournement de la crise, par unrevenu réduit, et l’Etat, par un endettement accru. Les employeurs n’ont pas seulementéconomisé le coût des plans sociaux grâce au chômage partiel et par l’évitement deslicenciements, mais aussi les dépenses considérables liées aux réembauches qui auraientété nécessaires après la crise.Le comportement individuel pendant une période de chômage partiel ne peutêtre mis sur un pied d’égalité avec la nécessaire réduction collective du temps detravail. En outre, la pratique des comportements individuels s’appuie sur un modèlefavorable à ceux qui sont « dans le système ». Les travailleurs avaient accumulé avant lacrise, grâce aux heures supplémentaires, une épargne considérable sur les comptesépargne-temps, dans laquelle ils ont pu puiser durant la crise. Cette flexibilitéouvertement favorable au capital a au final pour résultat, que les chômeurs (hors dusystème) ont toujours moins de chances de trouver un travail. Il est symptomatique, quelors de la reprise conjoncturelle le temps de travail des travailleurs à plein temps est déjàremonté au-dessus de 40 heures hebdomadaires et se rapprochent des niveaux d’avant lacrise. Un dixième des employés ont même déclaré en 2009 travailler régulièrement au-delà de 48 heures hebdomadaires.Les tenants du néo-libéralisme, parmi les politiciens, le monde des affaires et lesmedias ne parlent pas seulement faussement d’un « miracle de l’emploi », ils vont jusqu’àpromettre le plein-emploi, qui ne serait plus très loin. La raison en serait l’évolutiondémographique. Du fait de la baisse de la population, on serait à la veille d’un déficit demain d’œuvre qualifiée. C’est pourquoi il faudrait renforcer l’importation de force detravail étrangère et allonger la durée du travail. Sur ce point, une étude de l’InstitutAllemand pour la Recherche Economique (DIW) a établi à l’automne 2010, qu’il n’y a pas àcraindre en Allemagne de pénurie de main d’œuvre au moins à moyen terme, mais qu’aucontraire dans certaines branches il faut s’attendre à un engorgement de main d’œuvre. Ilfaut s’en rappeler : Il n’y a pas de « marchés du travail ». Les marchés du travail sont
  4. 4.  4Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011uniquement des marchés partiels spécifiques sur lesquels peuvent apparaître despénuries limitées dans le temps, et néanmoins l’économie de l’ensemble du pays secaractérise par le chômage de masse. Un excès de demande de travail devrait fairemonter fortement le prix (les salaires) de la force de travail. Sur ce point, le DIW neconstate aucun indice d’augmentation des salaires. En fin de compte, les pénuriespartielles de main d’œuvre sont surtout un indice de formation professionnelle initiale etpermanente délaissée dans le passé.Charges et coûts du chômageLe chômage représente pour l’individu « un acte de violence, une atteinte àl’intégrité corporelle, mentale et spirituelle » (Oskar Negt). Le chômage est un mépris desconnaissances et des capacités que l’individu a accumulé au fil des années dans sa famille,à l’école, par la formation ou dans une école spécialisée. Lorsque la période de chômages’allonge, le revenu menace de se réduire, et finalement peuvent même apparaître destroubles de la personnalité et des maladies psychosomatiques. En même temps, lechômage est un témoignage de l’incapacité d’un système et de la politique actuelle,quand des millions de personnes et leur potentiel productif sont repoussés sur le bas-côtéde la société. Il s’agit là d’un scandale de premier ordre :• que des gens soient contraints de se mettre sous la garde d’une bureaucratie du marchédu travail. Celle-ci n’est pas en mesure de faire face à un déficit de plusieurs millionsd’emplois et se cantonne de ce fait souvent à persécuter les chômeurs et à apaiser le public.• que l’administration du chômage de masse et le contrôle des chômeurs utilisent desressources sociales en quantité appréciable, au-lieu qu’elles soient utilisées pour laqualification et la formation professionnelle.• que des millions de personnes, qui souhaitent travailler, soient contre leur volontésoumises à la torture des mesures Hartz IV et se voient dégradées au rang derécipiendaires d’aumônes étatiques et se voient dérobées leur dignité humaine.Les méfaits du chômage ne touchent pas que l’individu, mais toute la société :le chômage ne signifie pas seulement que l’utilité du travail est limitée mais qu’unefraction d’une richesse sociale est gaspillée, puisque l’économie globale fonctionneen-dessous de ses possibilités en présence de chômage. S’ajoute à cela le fait que lechômage implique une charge énorme pour l’économie publique. Ceci résulte aussi biende surcoûts entraînés de manière immédiate par les prestations de remplacement desrevenus (indemnités I et II), qu’à plus long terme du fait de rentrées moindres, par laréduction des impôts et le recul des contributions sociales. Selon les calculs de l’Institutd’Etude des métiers et du marché du travail (IAB), le coût fiscal total du chômage a été enmoyenne de 83 Milliards d’euros par an entre 2001 et 2007. Viennent s’ajouter en outredes coûts pour la société jusqu’à présents pas estimés, liés à la maladie, aux sans-abris, àla criminalité, etc, conséquences du chômage et de la perte de revenu dans le secteur dela consommation grand-public dans l’économie, du fait des faibles revenus des chômeurs.
  5. 5.  5Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011Le chômage discipline les travailleurs et leurs syndicatsSous les conditions du chômage de masse, ceux qui ont un travail vivent avec lapeur constante de glisser dans la perte de revenu. Cette peur domine le quotidien et lavie familiale de beaucoup de travailleurs dont la vie dépend de leurs revenus. Un sixièmedes personnes souffre en outre en Allemagne de la crainte de perdre son travail. La peurparalyse les gens, réduit leur créativité et leurs performances, et les pousse à renoncer àdes droits acquis, dans le seul espoir de pouvoir ainsi sécuriser leur place de travail. Cedéveloppement a réduit de manière soutenue la capacité de négociation desorganisations syndicales par rapport aux organisations patronales. Ainsi s’est créégraduellement le terreau pour toutes les concessions possibles sur les revenus, le tempsde travail et les prestations sociales. En parallèle, la politique actuelle soutient de manièreunivoque l’intérêt des employeurs à rechercher le profit maximum. Ceci se traduit enparticulier par « l’agenda 2010 », qui établit une fracture durable de la société entre(encore) travailleurs et en chômeurs, entre « zélés » et en « paresseux » — ces derniers « nesouhaitant pas travailler » seraient coupables de leur destin en tant que chômeurs — et quipoursuit le but néolibéral de mettre en place un large secteur de petits revenus. La choseest manifeste : au lieu d’un équilibre des pouvoirs entre capital et travail et d’un partageau minimum neutre des profits, il devrait bien plutôt se mettre en place un déséquilibrequi se renforçant au profit du capital. Au lieu de mener les négociations salariales àégalité, les employeurs et leurs organisations seraient en situation de prendreinsidieusement aux organisations syndicales leur pouvoir de négociation — le bien le plusprécieux qu’elles possèdent au sein du capitalisme — et même d’être en situation de leurdicter les objectifs des négociations salariales. Les organisations syndicales ont été ainsiréduites à la défensive et restreintes dans la possibilité d’agir en tant que force deproposition sociale, et dans la possibilité de défendre efficacement les intérêts de ceuxqui dépendent du revenu de leur travail.Le truisme de la théorie du marché, que le prix d’une marchandise plonge en casd’excès de l’offre (surproduction), vaut aussi pour le marché du travail : plus l’offre deforce de travail (les chômeurs) est importante, et plus réduite est la demande (les emploisdisponibles), plus le prix (salaire) de la marchandise force de travail est bas. Cela produitmême une réaction anormale d’offre de travail de la part de ceux qui dépendent de leurtravail : comme leur revenu se réduit ils élargissent forcés et contraints leur offre de travail(recherche de travail complémentaire, se déclarent prêts à effectuer des heuressupplémentaires, etc) si bien que l’offre de travail augmente encore plus. La conséquenceen est une perte de revenu accrue. Dans ces conditions les organisations syndicales nesont guère en situation de faire valoir des augmentations de salaire réel en rapportavec la productivité. Les conséquences de ce système de concentration des richesses dubas vers le haut sont évidentes : baisse du pouvoir d’achat des masses d’une part et unexcès de capital de l’autre part. Les salaires ont baissé rien qu’entre 2000 et 2010 de 5,9%.Sur la base des salaires de 2000, les pertes dans la répartition des profits se montent pourles travailleurs entre 2000 et 2010 à un total de 789 milliards d’euros. Ceci conduisit d’unepart dans ce que l’on appelle l’économie réelle à une baisse de la demande et de l’emploiet d’autre part du fait des excédents inutiles de capital à la spéculation financière et à desérieuses crises financières, comme la plus récente l’a démontré de la manière la plus claire.
  6. 6.  6Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011La croissance n’est pas corréléeavec le développement de la productivitéLes gouvernements fédéraux de ces derniers temps, qu’ils soient Verts-Rouges,Noirs-Rouges ou Noirs-Jaunes ont cependant toujours promis plus d’emploi par lacroissance, et ne sont parvenus avec leur politique économique néolibérale dans tous lescas qu’à une augmentation du travail précaire. Le chômage de masse n’a pas été éliminé.Et il ne pouvait être éliminé, puisque les réserves de croissance ont baissécontinuellement et l’accroissement de la productivité a été toujours plus élevé que le tauxde croissance, comme le montre le graphique plus bas. En outre, tout le bon senséconomique et écologique contredit une politique de croissance pure, qui nereposerait que sur la croissance des exportations. Une telle politique est amorale, àcourte vue, génératrice de crises et condamnée à échouer sur le long terme. Souvenons-nous : la politique d’expansion au détriment des autres, portée uniquement par lenationalisme, a été une des causes principales de la première crise économique mondialede 1929, et de nos jours, les énormes déséquilibres dans les comptes des états individuelsjouent à nouveau un rôle important dans la crise économique mondiale actuelle.Même dans les années 60, le taux de croissance encore élevé de la RFA ne suffisaitplus à empêcher un recul de la quantité de travail. Le taux d’accroissement de laproductivité était déjà plus élevé que le taux de croissance. Sans une réduction du tempsde travail moyen d’une semaine de 48 heures à une semaine de 40 heures, même la courtephase de plein-emploi dans l’après-guerre n’aurait pas été possible. Il est de ce fait évidentqu’une économie en phase de plein-emploi réduit le temps de travail et augmente lessalaires, alors que dans les longues phases de chômage de masse le temps de travails’allonge et les revenus baissent. Cet état de fait s’explique par la force ou la faiblesse desorganisations syndicales. Quand la force de travail manque, les organisations syndicalessont en position de force dans les négociations salariales et inversement.« L’âge d’or de la croissance » et du « miracle économique » ne pouvaient êtremaintenus dans la durée. Les fondations matérielles de la croissance étaient toujours plusexploitées, la consommation a atteint un niveau de saturation relatif, tandis que lacroissance touchait de plus aux limites écologiques. Alors intervient l’effet destructeur dudéveloppement de la productivité sur les emplois. Dans l’ancienne république fédérale,même dans la phase de « miracle économique », et à l’époque de taux de croissance étaitencore élevés à l’exception des années 1980, comme cela a déjà été dit, le volume detravail a plongé. Depuis la réunification allemande les taux réels de croissancemoyenne annuelle du PIB ne sont plus que de l’ordre de 1,2% et le taux decroissance de la productivité est de 1,5%. Quand le taux de croissance est plus faibleque le taux d’accroissement de la productivité, il faut moins de force de travail pour unmême temps de travail, et le volume de travail total dans l’économie baisse, ainsi que lemontre le graphique ci-après. La conséquence en est le chômage. Au cours des dixpremières années du 21esiècle le PIB n’a crû que de 0,8%, pendant que la productivitécroissait de 1,1% et le volume de travail a de ce fait baissé de 0,3%.
  7. 7.  7Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011Figure 1 : Taux de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB), de la productivité du travail(PT) et du volume de travail (VT) depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui (en pourcent).Source : Institut Fédéral de la statistique, calculs personnels.Globalement, le volume de travail baisse en Allemagne régulièrement depuislongtemps. Ceci est démontré aussi par les tendances les plus récentes : entre 1991 et2010 le nombre des travailleurs (employés et auto-employeurs) a certes augmenté de 1,8million, la quantité de travail a par contre chuté dans le même intervalle de temps de2,360 milliard d’heures, passant de 59,789 à 57,429 milliard d’heures. La raison de ceteffet est le développement massif du travail à temps partiel, essentiellement féminin. Lepourcentage de temps partiel (la part des travailleurs à temps partiel sur l’ensemble destravailleurs) a atteint en 2010 son plus haut, à 34,8%. En même temps la semaine de travaildes travailleurs à temps plein comportait 38,24 heures, presqu’autant qu’en 1975, alorsque celle des travailleurs à temps partiel ne comptait que 14,70 heures hebdomadaires.Ceci signifie que le temps moyen de travail de l’ensemble des 36,1 millions de travailleurs(dont 23,5 millions à temps plein et 12,6 millions à temps partiel) s’est réduit à seulement30,1 heures hebdomadaires. Globalement, une réduction massive du temps de travail adéjà eu lieu, et cela, de deux manières : premièrement par une forte augmentation dutravail à temps partiel avec un temps de travail hebdomadaire moyen de 14,70 heures, etdeuxièmement, par une chute du temps de travail à zéro pour les 3,244 millions dechômeurs recensés.Un partage honnête du travailpar la réduction du temps de travailLe but d’une politique honnête du temps de travail devrait consister à faire en sorteque la force de travail socialement disponible et le volume de travail correspondant soient
  8. 8.  8Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011répartis de façon que même les chômeurs aient une occupation, et qu’en même temps lestravailleurs à temps partiel puissent accroître leur temps de travail selon leurs besoins, afind’être en situation d’assurer leur existence matérielle par leur travail. Il est imaginable etréalisable, comme nous l’établirons plus bas, de raccourcir à 30 heures le temps detravail hebdomadaire de ceux qui travaillent actuellement à temps plein. Ceci peut setraduire en une semaine de quatre jours, mais bien d’autres formes, rigides ou souples departage du temps de travail, sur la semaine, le mois ou l’année, peuvent être imaginées.On peut prendre en compte ici les exigences individuelles, spécifiques à chaque secteurd’activité ou à chaque entreprise. Ce qui est décisif pour parvenir à un partage honnête dutemps de travail économiquement disponible est de mettre en place une nouvelle référencedu temps de travail à temps plein, un temps de travail hebdomadaire de 30 heures. Le tempsde travail des travailleurs à temps plein doit donc être réduit, et simultanément le temps detravail des travailleurs à temps partiel doit être accru, dans la mesure où ceux-ci le souhaitent.La journée de huit heures et la semaine de cinq jours ont été des jalons historiquesdes réductions passées du temps de travail. Depuis longtemps le point est atteint, auquelune décision fondamentale doit être prise, de suivre la tendance historique et le bon senset de considérer le temps de travail de manière égalitaire ou bien de continuer à « vivre »avec le chômage de masse. La réduction du temps de travail nous offre au contraire biendes perspectives nouvelles. Elle permet une meilleure compatibilité de la vieprofessionnelle et familiale et un meilleur partage des tâches domestiques. Elle offre plusde temps pour l’amitié et pour l’amour, pour l’éducation des enfants, pour soignerdignement les membres de la famille. Elle donne plus de possibilités pour la formation etaméliore les conditions de développement des aptitudes individuelles et artistiques, pourle sport et la santé personnelle, pour la spiritualité et la participation aux activitéspolitiques, pour être en contact avec son voisinage et avoir des activités bénévoles. Enrésumé : plus de temps en-dehors d’un emploi rémunéré ferait apparaître une nouvelleproductivité, dont l’ensemble de la société bénéficierait.La question décisive est de savoir si une réduction du temps de travail suffira à elleseule pour un partage honnête du volume global de travail encore disponible entre lestravailleurs, les chômeurs ainsi que les personnes sous-employées, étant donné lespossibilités réelles de croissance d’aujourd’hui et de demain ainsi que les gains deproductivité ?La réduction du temps de travail peut-elle encore suffire ?Le calcul suivant devrait permettre d’éclairer cette question et d’établir commentune réduction du temps de travail devrait permettre une élimination du chômage demasse de manière réaliste et dans un intervalle de temps prévisible, par exemple cinq ans :nous supposons à cet effet initialement — avec un optimisme complet — un taux decroissance réel dans le futur de 1,5% par an, et une hausse de la productivité quelque peusupérieure, de 1,8% par an, comme cela a été par le passé, si bien que l’effet sur levolume de travail (pour chaque travailleur, le temps de travail) est négatif. Ceci signifieque le volume de travail baisse de 0,3%. Cette baisse est toutefois compensée par un effetdémographique négatif sur l’offre de travail dans l’ensemble de l’économie, si bien que levolume de travail reste au final constant. Nous continuerons avec les chiffres du marché dutravail pour 2010 (Table 1).
  9. 9.  9Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011Table 1: Situation du marché du travail en 2010. Source : Rapport court de l’IAB Juillet 2011.Si le temps de travail était réduit de 5% par an pendant cinq ans pour lestravailleurs actuellement à temps plein, cela entraînerait pour une croissance nulle duvolume de travail (le taux de croissance réel et l’accroissement de la productivité seneutralisent si l’on tient compte de l’effet démographique dans l’offre de travail) un besoinsupplémentaire de bien 6,6 millions de travailleurs. Il faut soustraire de cela toutefois dufait de la réduction du temps de travail un gain de productivité induit de l’ordre de 30%, sibien que l’effet réel sur l’emploi se réduit à un besoin de tout juste 4,7 million detravailleurs (voir les calculs de la table 2). Les 23,5 millions de travailleurs actuels à tempsplein parviendraient en cinq ans à une semaine de 30 heures. Ceci correspondrait à 4,7millions de travailleurs supplémentaires, ou bien à un volume de travail supplémentairede bien 6,6 milliards d’heures (voir table 2). Si on part de l’hypothèse que parmi les 12,5millions de travailleurs à temps partiel, en gros deux millions souhaitent travailler à tempsplein, le temps moyen de travail devrait croître de 14,64 heures par semaine, soit de638,45 heures par an2. Ceci signifierait une déduction de 1.227 milliards d’heures (deuxmillions de travailleurs à temps partiel multiplié par 638,45 heures) du volume total detravail libéré d’environ 6,6 milliards d’heures. Afin de faire disparaître le chômage, ilresterait encore un volume de travail correspondant à 5.223 milliard d’heures. Cecireprésenterait avec une semaine hebdomadaire moyenne de travail de 29,34 heures unpotentiel de travailleurs de 4,1 millions. Le manque d’emploi représente toutefoisactuellement, comme décrit au début, 4,9 millions d’emplois, si bien que la réduction detemps de travail évoquée ici de 5% par an jusqu’en 2015 ne suffirait même pascomplètement à fournir du travail à tous les chômeurs actuels.                                                                                                                2  Ces nombres peuvent être déduits du calcul suivant : temps de travail hebdomadaire moyen29,34-14,70=14,64 x en moyenne 43,61 semaines de travail annuelles = 638,45 heures.  
  10. 10.  10Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011(*) L’effet calculé sur l’emploi se déduit de la formule suivante : Besoin supplémentaire en force detravail = temps de travail libéré x nombre de travailleurs, divisé par le temps de travail par travailleur, aprèsréduction du temps de travail.(**) La réduction du temps de travail calculée est réduite de 30% du fait de gains additionnels (induits)de productivité.Table 2 : effet sur l’emploi d’une réduction du temps de travail hebdomadaire de 5% par an.Nouveaux emplois dans le secteur publicLes choses sont claires : les échecs du passé ont été si grands qu’il n’est pasenvisageable de venir à bout de la « vague » de chômage de masse par la réduction dutemps de travail seule, même sur une durée de cinq ans. Il manquerait toujours 800 000emplois. Par le renoncement à une réduction du temps de travail couplée à la productivités’est mis en place au cours des presque trois dernières décennies, année après année, deplus en plus de chômage. Les défis n’en sont que plus grands pour dépasser les échecsdu passé. Un repartage honnête du travail devrait bien entendu prendre en compte lesdifficultés qui apparaissent lors de la réallocation des emplois. Les qualificationssouhaitées ne correspondront pas au départ aux qualifications disponibles. Afin des’adapter à l’évolution des besoins, il faudra parallèlement à la réduction du temps detravail prendre des mesures en faveur de la qualification et de la formation permanente.L’Etat devra y contribuer, en particulier aider les petites entreprises.Dans la mesure où réduction et partage du travail ne suffiront pas à faire disparaîtrele chômage de masse, il faut en outre compter sur une augmentation de l’emploi dans lesecteur public. Les entreprises privées, focalisées sur le profit, ne parviendront enaucun cas, au vu du paysage décrit précédemment, ni même au vu de la réduction del’offre de travail entraînée par la démographie, à produire un besoin d’emploipermettant une économie du plein-emploi. Seul l’Etat peut encore y parvenir. Cecipermettrait en même temps une meilleure fourniture de biens et services publics dans les
  11. 11.  11Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011domaines de l’éducation, de la santé et de la prise en charge des personnes âgées, del’environnement, des associations sportives, etc, et il serait ainsi possible d’intégrer deschômeurs qui ont le plus grand mal à proposer leur force de travail aux entreprisesprivées cherchant le profit, du fait de leurs restrictions en termes de qualifications, santéou âge.Il manque de toute façon en Allemagne des centaines de milliers d’emploisspécialisés dans le domaine de la santé, dans les jardins d’enfants, écoles primaires,collèges, pour mettre en place la formation continue ainsi que pour l’intégration desémigrés. Le manque de personnel dans les hôpitaux et les centres de santé ainsi que lasurcharge de travail du fait des heures supplémentaires ont atteint un niveau préoccupant.La protection de l’environnement doit être renforcée dans l’intérêt des générations futureset nécessite des investissements publics substantiels. De même, de nombreusespersonnes actuellement au chômage pourraient trouver une occupation utile au seind’associations ou de structures sportives. L’analyse coûts-bénéfices d’une telle extensiondu l’emploi dans le secteur public devrait, comme dans le cas de la réduction du temps detravail, être posée dans un contexte plus large de développement social. Au final unesociété avec un niveau d’éducation élevé, avec un système de soins supérieur, uneprotection préventive de l’environnement et une répartition juste des ressources ne faitpas seulement des économies d’une portée substantielle en terme de coûts globaux, maiselle remplit aussi des besoins matériels et socio-culturels.Qui doit financer la réduction du temps de travailet l’emploi public ?La réduction du temps de travail, à laquelle nous appelons ici, n’a bien sûr desperspectives de succès que si la grande majorité de ceux qui dépendent d’un salaire oud’un revenu sont convaincus de son intérêt et sont aussi prêts à se battre contre desintérêts politiques et capitalistiques qui s’y opposent. C’est pourquoi la question dupartage est décisive. Il doit être clair que les travailleurs doivent échanger unequantité négative de temps de travail contre une augmentation du temps de loisir.Il ne s’agit pas d’un gain monétaire, mais un gain qualitatif, qu’ont appris à apprécier,souvent après une phase de scepticisme initiale, ceux qui ont fait l’expérience d’uneréduction de temps de travail sécurisant l’emploi. Néanmoins à l’heure actuelle beaucoupde ceux qui dépendent d’un travail salarié à temps-plein refusent toute réduction dutemps de travail, car ils craignent une baisse des revenus et une intensification du travail.De fait, les salariés à temps-plein qui voient leur temps de travail réduit en proportion desgains de productivité peuvent prétendre économiquement parlant au maintien completde leur salaire. Cette prétention se base sur un partage neutre des gains de productivitéentre les partenaires économiques (voir à ce sujet en détail l’annexe). Les revenus et lesgains croissent dans ce cas exactement à la même hauteur que le taux de productivité, ourespectivement le taux de salaire et le taux de profit restent constants.Lors d’une réduction du temps de travail de 5%, qui se trouve certes au-dessus dutaux futur d’accroissement de la productivité de 1,8% sur lequel nous nous sommes basés,la question du partage acquiert lors de sa mise en place une force politique explosive. Surl’arrière plan déjà évoqué d’une gigantesque redistribution en faveur du taux de profit,
  12. 12.  12Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011nous voyons enfin, comme cela sera expliqué plus bas, une masse de capitaux suffisantepour assurer une réduction du temps de travail supérieure aux gains de productivité, àpartir des revenus de la propriété, des recettes, des intérêts, des loyers en tous genres.Le revenu national s’est établi à cet égard en 2010 à 1898,55 Milliards d’euros. Ilfaut en décompter 1257,93 milliards d’euros de rémunération des travailleurs. Cecireprésente un ratio brut des salaires de 66,3%. Les revenus des entreprises et de lapropriété représentaient 640,62 milliards d’euros, ce qui représente un ratio brut desrecettes de 33,7%. Si l’on soustrait des rémunérations les contributions sociales à lacharge des travailleurs, soit 238,76 milliards d’euros, on obtient le total des revenus etsalaires de 1019,17 milliards d’euros. 83% de ce total, soit 845,91 milliards d’euros, sontreprésentés par les travailleurs à temps-plein. Par conséquent le revenu annuel brutmoyen représentait en 2010 à peine 36000 euros pour les travailleurs à temps-plein.Revenu brut moyen = = 35 973 euros.Si ceux qui dépendent d’un revenu du travail devaient absorber le taux de 5% paran de réduction du temps de travail, supérieur de 1,8% aux gains annuels de productivité,soit au total 15% (3,2% par an), la perte de revenu annuel s’établirait en moyenne à 5400euros par an. Si l’on rajoute cette réduction de revenu des travailleurs à temps plein actuel(soit 23.515.000) à l’ensemble de tous les nouveaux travailleurs à temps plein (c’est-à-direen incluant l’ensemble des anciens chômeurs, soit 4,1 millions, plus deux millions detravailleurs à temps partiel, qui dans notre modèle travaillent à temps plein), soit un totalde 29.615.000 travailleurs, il s’agit d’une somme de 160 milliards d’euros(=29.615.000x5400). Mais si le revenu des travailleurs à temps plein ne doit pas baisserdans de telles proportions, ce qui signifierait une perte de revenu de portée significativepour tous les niveaux de salaires, il faudra une redistribution correspondante de haut enbas du taux de profit. Cela est-il macro économiquement même possible et politiquementenvisageable ? En effet, le bénéfice brut global de l’économie provenant des entrepriseset des revenus de la propriété (640,62 milliards d’euros) aurait dû sur la base de l’année2010 être amputé de 160 milliards d’euros, pour aboutir à 480,62 milliards d’euros. Lapart des bénéfices bruts aurait ainsi baissé de 33,7% à 25,3% (480,62 milliards d’euros /1.898,55 milliards d’euros) et de manière symétrique, la part des salaires bruts seraitmonté de 66,3% à 74,7%. La part des salaires bruts serait néanmoins restée pourl’ensemble de l’économie juste sous la valeur de 1980, de 75,2%, c’est-à-dire au début dela redistribution de bas en haut mise en œuvre depuis, inspirée par le néolibéralisme.Une redistribution de haut en bas pour un maintien total des salaires, parl’intermédiaire de la réduction du temps de travail, n’est pas à cet égard seulementfondamentalement possible, elle est d’un point de vue de la politique socialenécessaire : premièrement, afin de mettre en place plus de justice sociale, etdeuxièmement afin d’assécher l’une des sources principales de la spéculation et des crisesfinancières, sur laquelle le camp du capital a pu compter au cours des trente dernièresannées sur la base d’un ratio des salaires décroissant. Pourtant nous sommes au courantque l’objectif du maintien des salaires, ne pourra être atteint au-delà les gains deproductivité réalisés que par d’importantes transformations sociales, concernant aussibien la répartition entre travail et capital que la sphère politique. Le partage des valeurs845, 91 milliards23515000  
  13. 13.  13Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011ajoutées a toujours été un combat entre travail et capital dans les systèmes capitalistes. Ils’agit aussi d’une vieille revendication syndicale dans le cadre de la politique salariale,d’obtenir un partage différent en faveur des salaires. Ceci ne peut toutefois au vu desexpériences de l’histoire être obtenu que quand le chômage de masse est surmonté etque le plein-emploi domine. De ce fait l’élimination de la vague de chômage de massedevrait être la toute première priorité et être l’axe central et la plaque tournante de lapolitique sociale et syndicale en faveur de la réduction du temps de travail.Comment doit être financé l’emploi public des 800 000 travailleurs et travailleusessupplémentaires ? Aujourd’hui même, on dépense déjà des milliards d’euros pour ceuxqui relèvent des mesures Hartz-IV et pour les chômeurs. De plus une élimination complètedu chômage de masse libérerait environ 80 milliards d’euros, que l’Etat doit dépenserannuellement pour le chômage. Il serait nécessaire et il est demandé avec urgence,pour que le financement soit mise en place, une politique fiscale de solidarité, quis’appuierait sur des hausses d’impôts pour les hauts revenus et les grospropriétaires. L’accroissement des actifs financiers en Allemagne, et ainsi l’accroissementde la richesse des ménages, qui de 1991 à 2009 a été de 186,1 % pour atteindre 3 139,7milliards d’euros montre qu’il y a suffisamment de marge pour le partage dans une tellesociété solidaire, alors que dans le même intervalle de temps, la pauvreté publique, sousla forme de la dette publique, a augmenté de 182,6% pour atteindre 1692,2 milliards,presque dans des proportions équivalentes, du fait d’une politique fiscale (d’un point devue de la solidarité) inadéquate.Réduction du temps de travail et emploi publicsont une préoccupation globale pour la sociétéLes principaux destinataires des appels à la réduction du temps de travail sont,dans le cadre de la liberté des prix ancrée dans le droit constitutionnel, les syndicats et lesassociations de travailleurs. Les syndicats auraient dû, après la mise en place de lasemaine de cinq jours, demander des réductions de durée de travail supplémentaires encorrespondance avec l’accroissement de la productivité de manière à contrebalancerl’accroissement du chômage et garder ainsi leur force de négociation. Ceci a toutefoissouvent échoué du fait des préférences des travailleurs pour un salaire plus élevé au lieud’un temps de travail réduit, et du fait qu’il manquait à se sujet la compréhension de ce quecette préférence aboutirait au résultat opposé : moins d’argent et plus de durée de travail.L’appel « Réduction du temps de travail et emploi public maintenant ! » neconcerne pas seulement les syndicats, les travailleurs dans les entreprises ainsi que leschômeurs et les associations de chômeurs. Il s’agit d’un projet global de société, que lespartis politiques, l’Etat, le gouvernement fédéral, les régions et les communes doiventafficher haut et fort, ainsi que les églises et les compagnies d’assurance sociale. Il n’y aurade réponse satisfaisante au défi du chômage de masse, que quand on parviendra àprésenter aux yeux de tous l’ensemble des implications de l’emploi public et de laréduction du temps de travail. Au final, il s’agit des perspectives d’une vie meilleure,d’une vie agréable, d’une vie dans la dignité pour tous ; il s’agit de vaincre le chômage demasse et la peur brûlante de ceux qui ont encore du travail, de tomber dans la précarité.Et il s’agit d’une refondation de la société pour un partage juste de la production desrichesses après des décennies d’une pratique de revenus décroissants et d’un partage au
  14. 14.  14Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011détriment de ceux qui dépendent de leur travail. Il s’agit finalement aussi de détruire lemal à la racine et de mettre fin à la domination sur les esprits du néolibéralisme, qui portela principale responsabilité de la crise financière et économique, parce qu’il a propagéune concentration des richesses de bas en haut. Par la réduction du temps de travail etpar l’emploi public, il s’agit de la mise en place de relations sociales qui permettentaux travailleurs, à ceux qui sont sous-employés et aux chômeurs, de passer d’uneposition de faiblesse à une position de force. Plus encore : il s’agit de retrouver destravailleurs conscients d’eux-mêmes et des syndicats comme force politique et socialesignificatives afin de proposer des réformes démocratiques pour l’avenir.Ainsi sont dressées les dimensions des contours de la proposition du partage dutravail par l’emploi public et par la réduction du temps de travail. Pour ce projet global desociété tous doivent prendre leurs responsabilités. Son succès dépendra d’uneprésentation exhaustive, d’un débat réussi tant dans les entreprises que dans l’ensemblede la société, de la mobilisation de la connaissance scientifique, de la combativitésyndicale, des forces politiques et morales, mais aussi de la créativité entrepreneuriale etde la responsabilisation pour ces devoirs. Ce projet nécessite une campagne politiquelarge. Ce manifeste devrait en donner l’élan.AnnexeNous montrons ici ce que signifie une réduction du temps de travail avec un maintiencomplet des revenus. Ceci veut dire que : les augmentations de revenu ainsi que lesréductions de temps de travail et les accroissements de bénéfices sont payées parl’accroissement de la productivité. Pour une explication plus claire, nous supposons parexemple une production de 5000 pièces hebdomadaires dans une entreprise comportant500 employés. Le temps de travail hebdomadaire moyen par travailleur est de 40 heures.Cela correspond à un volume de travail hebdomadaire de 20 000 heures et une productivitéde 0,25 pièce par heure. (Dans le modèle, on ne prend en compte pour simplifier que lefacteur de production travail.) Pour un salaire nominal de 15 euros par heure, le total dessalaires est de 300 000 euros. Le coût par pièce est par conséquent de 60 euros.• Production : 5000 pièces.• Salariés : 500.• Volume de travail : 20 000 heures (500 x 40h/salarié.• Productivité du travail : 0,25 pièce/h (5000/20000) ou bien 4 heures/pièce (20000/5000)• Salaire nominal : 15 euros/heure• Salaires : 300 000 euros (20 000 h x 15 euros/h)• Coût unitaire d’une pièce : 60 euros / pièce (300 000 euros/5 000 pièces)• Prix de vente : 80 euros• Chiffre d’affaires : 400 000 euros (5 000 pièces x 80 euros)• Marge brute : 100 000 euros (400 000 euros/300 000 euros)• Fraction des bénéfices : 25% (100 000 euros/400 000 euros) x 100.• Fraction des salaires : 75% (300 000 euros/400 000 euros) x 100
  15. 15.  15Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011Si l’ensemble de la production est vendue à un prix de 80 euros par pièce,l’entreprise réalise un chiffre d’affaires de 400 000 euros. La marge brute est de 100 000euros. Ceci donne une fraction des bénéfices de 25% et une fraction des salaires de 75%.S’il intervient à partir de cette situation, un accroissement de la productivité, tellequ’au lieu de 5000 pièces on en produit 5100 avec un nombre de 16 salariés inchangé de500 et un volume de travail de 20.000 heures, la productivité s’est accrue de 0,25 piècepar heure à 0,255 pièce par heure, ou bien 2%.Que signifie ici réduction du temps de travail avec maintien des salaires ? Si onsuppose pour simplifier une stabilité des prix, l’accroissement de l’offre et l’accroissementde la productivité sont égaux. Ceci n’est, d’un point de vue macro-économique, le cas quesi les heures travaillées dans l’ensemble de l’économie restent constantes, autrement dit sile volume de travail reste constant. Le volume de travail peut néanmoins varier avec lenombre des travailleurs et/ou du temps de travail par travailleur. Supposons une baisse dutemps de travail par travailleur, donc une réduction du temps de travail, d’une manièregénérale dans la discussion cette réduction sera vue comme une alternative à uneaugmentation salariale. Un accroissement de productivité peut en effet être utilisé dedeux manières : soit pour un même montant dépensé, on accroit le volume deproduction, soit pour un même volume de production on diminue le montant dépensé.Plus on utilise les gains de productivité pour la réduction du temps de travail, moins il y ade marge pour des augmentations de salaire.Il semble donc que les augmentations de salaire et les réductions de temps detravail doivent se partager les gains de productivité. Il s’agit là d’un sophisme. Même dansle cas d’une réduction du temps de travail, les salaires peuvent être augmentés dans lamême mesure que les gains de productivité, sans que naisse des augmentations desalaire le moindre danger d’inflation. Il suffit de décider entre le salaire par heure detravail et le salaire par salarié (produit du salaire horaire par la quantité de travail,exprimée en nombre d’heures). L’exemple de calcul suivant met cela en évidence dans lecadre de notre modèle. Comme plus haut, nous nous basons sur un gain de productivitéde 2%. Ce gain de productivité peut être partagé entre des augmentations de salaireet/ou des réductions de temps de travail, d’une manière neutre par rapport au coût, auprix et sans changement de répartition. Si la totalité de l’accroissement de productivité estutilisé pour une augmentation de salaire, le salaire hebdomadaire d’un salarié peutévoluer de manière neutre par rapport aux prix et sans changement de répartition de 600euros par semaine à 612 euros par semaine.• 40 heure hebdomadaires x 15 euros/heure = 600 euros/semaine.• 2% de gains de productivité sur 15 euros/heure, soit 0,30 euros/heure = 15,30euros/heure.• 40 heures hebdomadaires x 15,30 euros/heure = 612 euros/semaine.Les coûts salariaux croissent aussi de manière neutre par rapport à la répartition,du même taux que le gain de productivité, pour atteindre 306 000 €.• 500 salariés x 600 euros/semaine = 300 000 euros de salaires totaux.• 500 salariés x 612 euros/semaine = 306 000 euros de salaires totaux.
  16. 16.  16Manifeste pour surmonter le chômage de masse Dr Heinz-J. Bontrup et Mohssen Massarat 2011Si maintenant on souhaite utiliser le gain de productivité pour une réduction dutemps de travail en maintenant les salaires (au lieu de 40 heures hebdomadaires chaquesalarié ne devra plus travailler que 39,2 heures par semaine), le salaire nominal peut êtreaugmenté à hauteur des 2% de gain de productivité, soit à 15,30 euros par heure, et lesalaire hebdomadaire reste alors constant à 600 euros par semaine.• 39,2 heures hebdomadaires x 15,30 euros/heure = 600 euros/semaine (en arrondissant).Afin d’effectuer le même volume de travail qu’avant la réduction du temps detravail (20.000 heures), l’effet de la réduction du temps de travail à 39,2 heures parsemaine avec maintien du salaire est de créer 10,2 postes de travail.• Besoin supplémentaire=réduction de temps de travail x nombre de salariés/temps detravail par salarié après réduction du temps de travail.• Besoin supplémentaire en nombre de salariés = 0,8x 500/39,2 = 10,2 salariés.Les salaires totaux sont toujours de 306.000 euros (510 salariés x 600euros/semaine = 306.000 euros). Il ressort de cela qu’il n’y a pas de changement du coûtsalarial par pièce, qui reste de 60 euros, si bien qu’il n’y a pas besoin d’augmenter les prix.Les fractions de salaire et de bénéfice globales restent constantes. On obtiendrait lemême résultat si on utilisait par exemple une moitié des 2% de gain de productivité pourune augmentation de salaire et l’autre moitié pour une réduction de temps de travail.La réduction du temps de travail avec maintien du salaire est par conséquent,en tenant compte de l’emploi de 10 salariés supplémentaires, neutre en termes decoûts, de prix, et de répartition. De ce fait, il est faux d’énoncer que la réduction dutemps de travail avec maintien des salaires sur la base des gains de productivité entraînedes coûts supplémentaires pour les entreprises. Non, les entrepreneurs ne souffrent pasde ce fait d’inconvénients d’un point de vue économique. Ils tirent plutôt des avantagesdes gains de productivité induits. La réduction du temps de travail avec maintien dessalaires signifie donc que les salariés ainsi que leurs syndicats doivent décider lors desnégociations salariales quelle fraction des gains de productivité ils souhaitent utiliser pourdes augmentations de salaire et/ou des réductions de temps de travail. De fait, uneutilisation de 100% des gains de productivité pour une réduction du temps de travail avecmaintien des salaires permet au salaire horaire de croître, mais pas au salaire total.Toutefois les salariés conservent une compensation du taux d’inflation, si bien que lepouvoir d’achat est conservé. Mais il n’augmente pas ! C’est pourquoi les salariéstravaillent aussi moins du fait de la réduction du temps de travail.

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