ANDRA…. QUOI? VOUS DITES ANDRAGOGIE?
Ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude de devoir expliquer mon domaine d’études. Étudiante en
Andragogie, je fais souvent face aux questions lorsque je dois parler de ma formation mais il m’arrive
parfois avec joie de croiser des interlocuteurs qui me surprennent. Je vous rassure tout de suite il s’agit
bien d’une science et non d’une quelconque nouveauté dont notre siècle a le secret. Je peux aussi vous
dire que mon domaine n’est apparemment pas très populaire, même dans la communauté étudiante,
n’ayant moi-même jamais croisé à un cours un autre étudiant en Andragogie. Cependant, loin de m’en
décourager et vu, selon moi, les larges implications de ma formation, j’ai décidé de vous la présenter.
Afin de vous situer et pour faire très court, nous disons que l’Andragogie est composée du mot grec
« andros » pour adulte et « gogia » pour science, donc il s’agit de la science de l’éducation des adultes.
Cependant, une science n’existe pas du simple fait d’accoler deux mots. L’Andragogie part d’une
conception philosophique et se développe sur la base de croyances porteuses de valeurs qui soutiennent
l’action donnant lieu à un historique de cette discipline dans le temps.
La pierre angulaire de l’Andragogie est le respect des personnes qui désirent apprendre. Elle voit l’accès
au savoir comme un service visant à aider l’être humain à atteindre son plein potentiel, lequel est vu
comme une capacité à comprendre le monde qui l’entoure et à contribuer au développement de sociétés
humaines démocratiques et solidaires. Par sa philosophie, l’Andragogie touche donc aux fondements des
idéaux sociaux et son action s’exprime dans tous les aspects de l’apprentissage des adultes quel qu’en soit
la forme ou les manifestations. Apprendre pour l’adulte consiste essentiellement à l’aider à développer
son plein potentiel ce qui consiste en fait à lui donner pouvoir sur sa vie, pas seulement sa vie
professionnelle, mais dans tous les aspects sociaux puisqu’il est outillé à analyser son environnement et à
y faire face.
Cependant, une philosophie s’exprime dans des croyances qui se manifestent elles-mêmes à travers les
valeurs qui sous-tendent l’action. Ainsi, ceux qui professent en Andragogie expriment leurs croyances et
valeurs à travers leurs façons de concevoir l’apprentissage, l’apprenant adulte, l’activité éducative et enfin
leur rôle en tant qu’andragogues. Dans leur perspective, l’apprentissage, vu comme processus continu, est
un besoin, une condition essentielle au développement d’une personne. Pour l’adulte, l’apprentissage
implique un choix de l’individu car l’important n’est pas ce qu’il apprend aujourd’hui mais la capacité
qu’il développe de pouvoir transformer et adapter son comportement en fonction de son environnement
social, lui donnant ainsi le pouvoir sur sa vie et son destin.
Puisque l’adulte est capable de faire le choix d’apprendre, cela implique qu’il a un potentiel propre et
qu’il arrive à la formation avec ses acquis dans le but de parvenir à satisfaire ses aspirations et atteindre
ses objectifs. Ce potentiel de l’adulte s’exprime dans sa liberté de choisir le domaine de formation devant
lui permettre d’atteindre son but. Il ne vient pas les mains vides, il a des connaissances déjà établies
qu’elles soient formelles ou informelles et une expérience de vie qui est une richesse sur quoi bâtir. Sa
démarche est en soit un acte qui fait suite à une réflexion, une analyse qui le pousse à vouloir s’actualiser,
à développer ses potentialités, à se rapprocher de la personne plus qu’il estime pouvoir être.
L’activité pédagogique doit donc être centrée sur l’apprenant et avoir pour but de l’aider, de le soutenir et
de l’accompagner dans sa démarche. Le rôle de l’andragogue en découle tout naturellement. Il doit être
un guide, un facilitateur. Pour se faire, il met à disposition de l’adulte qu’il accompagne son expérience,
ses compétences et ses connaissances. La relation est basée sur le partage et le respect. L’autorité de
l’andragogue vient de son expertise et non de sa position hiérarchique ou d’une quelconque mainmise sur
le savoir. Il accompagne l’adulte qui se développe dans la liberté ce qui doit lui permettre d’atteindre
l’autonomie en ayant le sentiment de réaliser ses objectifs par le développement de ses propres capacités.
Les différentes conceptions de l’apprentissage, de l’apprenant adulte, de l’activité pédagogique et du rôle
de l’andragogue se sont développées au fil des années du développement de cette discipline scientifique.
Au Québec, l’Andragogie apparait en 1969 et sa paternité est conférée au professeur Claude Touchette.
L’université de Montréal est la première université de la francophonie à reconnaître l’Andragogie comme
champ de pratique et comme champ d’études et de recherche alors qu’une telle reconnaissance existait
déjà depuis 1936 aux États-Unis. L’éducation des adultes a connu plusieurs appellations dans le monde
soit éducation permanente, éducation continue, andragologie, pédagogie des adultes, extension de
l’enseignement et andragogie. Utilisée en Allemagne au début du 19e
siècle puis repris dans des textes
dès 1924 et 1951, l’andragogie a été adoptée par plusieurs pays européens.
Après ce tour succinct sur les origines du terme andragogie et après avoir pris connaissance de la
philosophie, des croyances et des valeurs sur lesquelles se fondent cette discipline scientifique, il convient
de résumer notre propos en présentant une définition plus complète du terme. Nous faisons le choix de la
définition de Savicevic qui nous dit que l’Andragogie «examine les problèmes d’éducation et
d’apprentissage des adultes dans toutes leurs manifestations et leurs formes d’expression, qu’elles soient
formelles ou informelles, organisées ou autodirigées » (1991). Voilà donc un vaste domaine
d’intervention qui nous touche tous et qui mériterait de retenir notre attention surtout lorsqu’on considère
les enjeux et caractéristiques des sociétés de savoir actuelles, réalité dont nous faisons partie à un degré ou
à un autre.
Bétina Eustache
Étudiante en Maîtrise en Andragogie
Université de Montréal
Montréal, le 26 avril 2014
Références :
Blais, M., Chamberland, E., Hrimech, M., Thibault, A. (1994). L’Andragogie : champ d’études et
profession : une histoire à suivre, Montréal, Québec : Guérin Universitaire.

Andra

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    ANDRA…. QUOI? VOUSDITES ANDRAGOGIE? Ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude de devoir expliquer mon domaine d’études. Étudiante en Andragogie, je fais souvent face aux questions lorsque je dois parler de ma formation mais il m’arrive parfois avec joie de croiser des interlocuteurs qui me surprennent. Je vous rassure tout de suite il s’agit bien d’une science et non d’une quelconque nouveauté dont notre siècle a le secret. Je peux aussi vous dire que mon domaine n’est apparemment pas très populaire, même dans la communauté étudiante, n’ayant moi-même jamais croisé à un cours un autre étudiant en Andragogie. Cependant, loin de m’en décourager et vu, selon moi, les larges implications de ma formation, j’ai décidé de vous la présenter. Afin de vous situer et pour faire très court, nous disons que l’Andragogie est composée du mot grec « andros » pour adulte et « gogia » pour science, donc il s’agit de la science de l’éducation des adultes. Cependant, une science n’existe pas du simple fait d’accoler deux mots. L’Andragogie part d’une conception philosophique et se développe sur la base de croyances porteuses de valeurs qui soutiennent l’action donnant lieu à un historique de cette discipline dans le temps. La pierre angulaire de l’Andragogie est le respect des personnes qui désirent apprendre. Elle voit l’accès au savoir comme un service visant à aider l’être humain à atteindre son plein potentiel, lequel est vu comme une capacité à comprendre le monde qui l’entoure et à contribuer au développement de sociétés humaines démocratiques et solidaires. Par sa philosophie, l’Andragogie touche donc aux fondements des idéaux sociaux et son action s’exprime dans tous les aspects de l’apprentissage des adultes quel qu’en soit la forme ou les manifestations. Apprendre pour l’adulte consiste essentiellement à l’aider à développer son plein potentiel ce qui consiste en fait à lui donner pouvoir sur sa vie, pas seulement sa vie professionnelle, mais dans tous les aspects sociaux puisqu’il est outillé à analyser son environnement et à y faire face. Cependant, une philosophie s’exprime dans des croyances qui se manifestent elles-mêmes à travers les valeurs qui sous-tendent l’action. Ainsi, ceux qui professent en Andragogie expriment leurs croyances et valeurs à travers leurs façons de concevoir l’apprentissage, l’apprenant adulte, l’activité éducative et enfin leur rôle en tant qu’andragogues. Dans leur perspective, l’apprentissage, vu comme processus continu, est un besoin, une condition essentielle au développement d’une personne. Pour l’adulte, l’apprentissage implique un choix de l’individu car l’important n’est pas ce qu’il apprend aujourd’hui mais la capacité qu’il développe de pouvoir transformer et adapter son comportement en fonction de son environnement social, lui donnant ainsi le pouvoir sur sa vie et son destin. Puisque l’adulte est capable de faire le choix d’apprendre, cela implique qu’il a un potentiel propre et qu’il arrive à la formation avec ses acquis dans le but de parvenir à satisfaire ses aspirations et atteindre ses objectifs. Ce potentiel de l’adulte s’exprime dans sa liberté de choisir le domaine de formation devant lui permettre d’atteindre son but. Il ne vient pas les mains vides, il a des connaissances déjà établies qu’elles soient formelles ou informelles et une expérience de vie qui est une richesse sur quoi bâtir. Sa démarche est en soit un acte qui fait suite à une réflexion, une analyse qui le pousse à vouloir s’actualiser, à développer ses potentialités, à se rapprocher de la personne plus qu’il estime pouvoir être. L’activité pédagogique doit donc être centrée sur l’apprenant et avoir pour but de l’aider, de le soutenir et de l’accompagner dans sa démarche. Le rôle de l’andragogue en découle tout naturellement. Il doit être un guide, un facilitateur. Pour se faire, il met à disposition de l’adulte qu’il accompagne son expérience,
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    ses compétences etses connaissances. La relation est basée sur le partage et le respect. L’autorité de l’andragogue vient de son expertise et non de sa position hiérarchique ou d’une quelconque mainmise sur le savoir. Il accompagne l’adulte qui se développe dans la liberté ce qui doit lui permettre d’atteindre l’autonomie en ayant le sentiment de réaliser ses objectifs par le développement de ses propres capacités. Les différentes conceptions de l’apprentissage, de l’apprenant adulte, de l’activité pédagogique et du rôle de l’andragogue se sont développées au fil des années du développement de cette discipline scientifique. Au Québec, l’Andragogie apparait en 1969 et sa paternité est conférée au professeur Claude Touchette. L’université de Montréal est la première université de la francophonie à reconnaître l’Andragogie comme champ de pratique et comme champ d’études et de recherche alors qu’une telle reconnaissance existait déjà depuis 1936 aux États-Unis. L’éducation des adultes a connu plusieurs appellations dans le monde soit éducation permanente, éducation continue, andragologie, pédagogie des adultes, extension de l’enseignement et andragogie. Utilisée en Allemagne au début du 19e siècle puis repris dans des textes dès 1924 et 1951, l’andragogie a été adoptée par plusieurs pays européens. Après ce tour succinct sur les origines du terme andragogie et après avoir pris connaissance de la philosophie, des croyances et des valeurs sur lesquelles se fondent cette discipline scientifique, il convient de résumer notre propos en présentant une définition plus complète du terme. Nous faisons le choix de la définition de Savicevic qui nous dit que l’Andragogie «examine les problèmes d’éducation et d’apprentissage des adultes dans toutes leurs manifestations et leurs formes d’expression, qu’elles soient formelles ou informelles, organisées ou autodirigées » (1991). Voilà donc un vaste domaine d’intervention qui nous touche tous et qui mériterait de retenir notre attention surtout lorsqu’on considère les enjeux et caractéristiques des sociétés de savoir actuelles, réalité dont nous faisons partie à un degré ou à un autre. Bétina Eustache Étudiante en Maîtrise en Andragogie Université de Montréal Montréal, le 26 avril 2014 Références : Blais, M., Chamberland, E., Hrimech, M., Thibault, A. (1994). L’Andragogie : champ d’études et profession : une histoire à suivre, Montréal, Québec : Guérin Universitaire.