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THEME 3 :
LES ECHELLES DE GOUVERNEMENT DANS LE MONDE
L’échelle mondiale
Une gouvernance économique mondiale depuis le sommet du G6 de 1975
Introduction :
Jusqu’au début des années 70, la gouvernance économique mondiale reposait sur le système et les institutions
(FMI, BIRD, GATT…) mis en place à la suite de la conférence de Bretton Woods en 1944. Il s’agissait de fixer des
règles internationales visant à réguler et à encadrer le système monétaire et l’économie mondiale, au profit des
Etats-Unis principalement. Durant cette période, la gouvernance économique mondiale reflète l’hégémonie
économique et financière américaine.
Ce système est remis en cause par les difficultés de l’économie américaine. En 1971, les Etats-Unis décident de
mettre fin à la convertibilité du dollar en or.
Pour faire face à la crise et aux nouveaux enjeux de la mondialisation, une nouvelle gouvernance économique
mondiale est mise en place à l’occasion du sommet du G6 en 1975.
Plus récemment, l’accélération de la mondialisation et le développement de la crise économique représentent un
défi qui impose de repenser la gouvernance économique mondiale sur des bases plus équitables et démocratiques.
Comment la gouvernance économique mondiale est-elle réorganisée à partir de 1975 et évolue-t-
elle face aux nouveaux enjeux de la mondialisation ?
I. Une gouvernance économique mondiale sous contrôle des pays riches (1975-1991) ?
1) La libéralisation de l’économie mondiale
Pour faire face aux difficultés économiques auxquels sont confrontés les pays industrialisés et les Etats-Unis en
particulier (crise financière puis chocs pétroliers qui provoquent une forte inflation et du chômage), les solutions
néolibérales sont appliquées. En 1976, les accords de Jamaïque décident que la valeur de change de la monnaie est
fixée en fonction de l’offre et de la demande sur le marché, et non plus par rapport à la valeur du dollar.
A la fin des années 70 et au début des années 80, des politiques néolibérales inspirées des théories du Prix Nobel
d’économie Milton Friedman sont mises en œuvre aux Etats-Unis par Ronald Reagan et au Royaume-Uni par
Margaret Thatcher. Elles conduisent à une dérégulation de l’économie, c’est-à-dire que les règles fixées par les
Etats sont assouplies voire supprimées. La mise en œuvre de ces politiques néolibérales marquent un recul de
l’intervention des Etats dans l’économie, qui est censée se réguler par la seule loi de l’offre et de la demande. Elles
se traduisent par la privatisation des entreprises publiques, la libéralisation des capitaux, la réduction des
dépenses de l’Etat.
Cette libéralisation de l’économie est rendue possible par l’accélération de la mondialisation : développement des
transports, des moyens de communication. Dans ce contexte, les transactions boursières connaissent une très forte
augmentation et les acteurs privés acquièrent de plus en plus d’influence sur le fonctionnement de l’économie
mondiale et cherchent à s’émanciper des Etats et des institutions internationales : FTN, banques centrales, agences
de notation (entreprise chargée d’évaluer la capacité d’un Etat à rembourser une dette).
La finance est de plus en plus déconnectée de l’économie réelle.
2) Une nouvelle gouvernance très critiquée
Face aux bouleversements économiques et au déclin des institutions internationales, les grandes puissances
industrialisées se réunissent à partir de 1975 dans le cadre de rencontres interétatiques : le G6 (Etats-Unis, Japon,
Royaume-Uni, France, RFA, Italie) puis le G7 lorsque le Canada rejoint le groupe et enfin le G8 avec la Russie.
Le G6, qui se réunit la 1ère fois à Rambouillet, marque la volonté des Etats riches de retrouver une influence face
aux acteurs privés de la gouvernance économique mondiale, mais sans remettre en cause le néolibéralisme.
De ce fait, ces rencontres sont accusées par ses détracteurs d’être un club des pays les plus riches et de
promouvoir un processus de mondialisation libérale, profitant d’abord aux pays développés sans tenir compte des
intérêts des pays du Sud. Conscients de cette situation, les pays du Sud déjà groupés depuis 1964 au sein du G77
(Coalition de pays en développement qui dénonce le caractère inégalitaire de l’ordre économique mondial)
réclament à l’ONU dès 1974 un nouvel ordre économique mondial leur permettant de se développer et de se libérer
de la tutelle des pays du Nord et des FTN.
Dans les années 80, les pays du Sud qui ont massivement emprunté aux banques privées se révèlent incapables de
rembourser leurs emprunts.
Cette crise de la dette conduit le FMI, soutenu par la Banque mondiale, à jouer de nouveau un rôle majeur en
devenant une sorte de « gendarme » des politiques publiques des pays en difficulté. Pour obtenir un paiement
échelonné de leur dette et bénéficier d’une aide au développement, le FMI leur impose des Programmes
d’ajustement structurel (PAS) sur le modèle néolibéral (réduction des dépenses publiques, déréglementation de
l’économie, privatisations d’entreprises…).
Ces PAS suscitent de vives critiques car ils sont accusés par leurs opposants, comme le Prix Nobel d’économie
Joseph Stiglitz, d’aggraver les difficultés des pays pauvres et de creuser l’écart de développement avec les pays
riches. En effet, ces plans ont conduit à réduire les dépenses de santé, d’éducation et de protection sociale, ce qui
empêche le développement de ces pays et aggrave la pauvreté. De plus, ces mesures d’austérité se sont montrées
inefficaces pour faire sortir ces pays de la crise de la dette, dont le montant global ne cesse d’augmenter dans les
années 1980. Beaucoup réclament l’annulation de la dette des pays pauvres.
La création et le renforcement de regroupement économiques mondiaux (CEE, MERCOSUR…) laissent de côté les
pays les plus pauvres.
Enfin, la spéculation (activité consistant à tirer profit par anticipation de l’évolution du niveau des prix)
s’accompagne du retour des désordres financiers et d’une instabilité monétaire permanente (krach boursier de
1987, rechute de l’économie mondiale entre 1989 et 1993…). Les Etats et les institutions de Bretton Woods
semblent incapables de les éviter.
II. Depuis 1991, quelle gouvernance économique mondiale face aux évolutions de la
mondialisation ?
1) Une gouvernance sous influence américaine et dictée par l’évolution des crises économiques
Avec l’effondrement du bloc communiste, le modèle capitaliste s’impose à l’échelle mondiale, symbolisé par les
réunions annuelles du Forum économique mondial à Davos en Suisse, où les principaux décideurs politiques et
économiques du monde entier, acquis au libéralisme, se rassemblent pour y discuter de l’avenir de l’économie
mondialisée.
C’est devant ce forum que le premier ministre britannique David Cameron vient annoncer en 2014 son intention de
poursuivre encore la libéralisation de l’économie de son pays.
En 1995, les Etats-Unis accélèrent la mondialisation en encourageant l’expansion du libéralisme par la création de
l’OMC (Organisation mondiale du commerce) qui remplace le GATT avec l’ambition de renforcer le libre-échange
et d’élargir les négociations commerciales à l’agriculture et aux services. L’OMC peut sanctionner les entorses au
libre-échange et, en réunissant plus des deux tiers des pays de la planète, elle est une institution majeure dans la
nouvelle gouvernance économique mondiale.
Ainsi, la mondialisation prend-t-elle un nouvel essor : les échanges internationaux s’intensifient, les pays émergents
connaissent des taux de croissance record, mais les crises financières se multiplient (crise du système monétaire
européen entre 1992-1993 ; crise économique asiatique en 1997...). Cette interdépendance accrue des économies
révèle les dangers d’un capitalisme échappant au contrôle des Etats et des institutions internationales. La crise
des subprimes qui démarre en 2008 aux Etats-Unis (elle est le résultat d’une politique de crédit trop laxiste de la
part des banques pour permettre aux Américains d’acheter leurs maisons) confirme ces risques : la crise du crédit
devient bancaire, boursière, financière et s’étend au monde.
Pour répondre à la crise financière à partir de 2008, les Etats renforcent de nouveaux la coopération interétatique,
notamment dans le cadre du G20 (qui associe puissances du Nord et du Sud) qui prend le pas sur un G8 en déclin.
Le G20 est un pôle de réflexion sur les réformes économiques internationales à mener pour mettre fin à la crise
(renforcement du FMI, pression sur les paradis fiscaux, taxation des transactions financières…).
La création du G20 symbolise l’accession des pays émergents au statut d’acteurs majeurs de la gouvernance
économique mondiale. Un an après leur entrée au G20, les pays émergents se regroupent au sein du BRICS (Brazil,
Russia, India, China, South Africa) en 2011.
La mondialisation a stimulé la croissance de nouvelles puissances décidées à ne plus laisser la gouvernance aux
mains des pôles de la Triade. La concurrence exacerbée entre les Etats a aussi rendu plus difficiles les prises de
décisions collectives en matière de libéralisation du commerce, de développement durable ou de lutte contre les
problèmes de la dette en Europe. La fin du cycle de négociations lancées par l’OMC en 2001 (cycle de Doha) est
considérée par la plupart des analystes comme un échec, en raison d’objectifs et d’intérêts de plus en plus
divergents des Etats. Ces difficultés à mettre en place une gouvernance économique mondiale efficace et
consensuelle se traduisent aussi au travers du renforcement des organisations commerciales à l’échelle régionale
plutôt que mondiale.
2) Vers une gouvernance économique mondiale plus équitable et démocratique ?
Les excès du libéralisme et de la mondialisation provoquent une aspiration à un autre mode de gouvernance
économique mondiale, plus démocratique et équitable.
A la fin des années 90 et au début des années 2000, le mouvement altermondialiste prend de l’ampleur. Ces
derniers médiatisent leurs revendications lors des réunions du Forum social mondial à partir de 2001 (le 1er a eu
lieu à Porto Alegre au Brésil). Le FSM est un lieu de débats consacrés au projet d’une gouvernance soucieuse de
réduire les inégalités.
Les altermondialistes manifestent à l’occasion des grands sommets internationaux (G8, G20, Forum de Davos,
Sommet de l’OMC…) pour dénoncer les dérives du libéralisme, avec le soutien d’associations internationales
comme Attac (Association pour un taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens).
Depuis la crise de 2008, de nombreux mouvements citoyens se sont développés en parallèle (Mouvement des
« Indignés », « Nuit debout », « Occupy Wall Street » …). Ils réclament une gouvernance plus démocratique et
contestent l’efficacité des mesures d’austérité.
Les Etats doivent composer avec un nombre grandissant d’acteurs privés qui pèsent sur la gouvernance : FTN,
agences de notation (Moody’s, Standard & Poor’s… Les notes qu’elles attribuent aux Etats ont des conséquences
très importantes sur leur économie), groupes de réflexion (Think Tanks), ONG…
Les ONG les plus influentes (Médecins du monde, Action contre la faim, Greenpeace...) dénoncent les dérives de la
mondialisation mais sont sollicitées par les organisations internationales pour leur expertise sur les sujets
économiques, sociaux et environnementaux.
Depuis la fin des années 1990, les problématiques environnementales sont au cœur des préoccupations et
entraînent la recherche de solutions pour limiter les effets de la pollution et du réchauffement climatique. Depuis
la signature du protocole de Kyoto en 1997, en passant par le sommet de la Terre de Rio en 2012 ou la COP 21 à
Paris en 2015, le thème du développement durable a été intégré aux débats économiques mondiaux.
Mais l’incapacité des Etats, notamment des plus industrialisés, à respecter leurs engagements démontre l’absence
d’institution supranationale capable de réguler les contradictions de la mondialisation.
Conclusion :
Depuis la création du G6, la gouvernance économique mondiale est dominée par les pays riches. Même avec la
création du G20, la plupart des pays du Sud se sentent exclus et victimes de cette gouvernance, qui repose toujours
sur les principes du néolibéralisme, accusé de renforcer les écarts de développement entre pays riches et pauvres.
Depuis le début des années 90, la gouvernance économique mondiale a évolué sous l’effet de l’accélération de la
mondialisation, du rôle croissant des pays émergents, des crises économiques et des thématiques
environnementales.
Néanmoins, il reste beaucoup à faire pour aboutir à une gouvernance plus équitable, démocratique et respectueuse
de l’environnement. L’ONU pourrait à ce titre, comme le pense Joseph Stiglitz, jouer un rôle plus important pour
une gouvernance véritablement multilatérale.

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  • 1. THEME 3 : LES ECHELLES DE GOUVERNEMENT DANS LE MONDE L’échelle mondiale Une gouvernance économique mondiale depuis le sommet du G6 de 1975 Introduction : Jusqu’au début des années 70, la gouvernance économique mondiale reposait sur le système et les institutions (FMI, BIRD, GATT…) mis en place à la suite de la conférence de Bretton Woods en 1944. Il s’agissait de fixer des règles internationales visant à réguler et à encadrer le système monétaire et l’économie mondiale, au profit des Etats-Unis principalement. Durant cette période, la gouvernance économique mondiale reflète l’hégémonie économique et financière américaine. Ce système est remis en cause par les difficultés de l’économie américaine. En 1971, les Etats-Unis décident de mettre fin à la convertibilité du dollar en or. Pour faire face à la crise et aux nouveaux enjeux de la mondialisation, une nouvelle gouvernance économique mondiale est mise en place à l’occasion du sommet du G6 en 1975. Plus récemment, l’accélération de la mondialisation et le développement de la crise économique représentent un défi qui impose de repenser la gouvernance économique mondiale sur des bases plus équitables et démocratiques. Comment la gouvernance économique mondiale est-elle réorganisée à partir de 1975 et évolue-t- elle face aux nouveaux enjeux de la mondialisation ? I. Une gouvernance économique mondiale sous contrôle des pays riches (1975-1991) ? 1) La libéralisation de l’économie mondiale Pour faire face aux difficultés économiques auxquels sont confrontés les pays industrialisés et les Etats-Unis en particulier (crise financière puis chocs pétroliers qui provoquent une forte inflation et du chômage), les solutions néolibérales sont appliquées. En 1976, les accords de Jamaïque décident que la valeur de change de la monnaie est fixée en fonction de l’offre et de la demande sur le marché, et non plus par rapport à la valeur du dollar. A la fin des années 70 et au début des années 80, des politiques néolibérales inspirées des théories du Prix Nobel d’économie Milton Friedman sont mises en œuvre aux Etats-Unis par Ronald Reagan et au Royaume-Uni par Margaret Thatcher. Elles conduisent à une dérégulation de l’économie, c’est-à-dire que les règles fixées par les Etats sont assouplies voire supprimées. La mise en œuvre de ces politiques néolibérales marquent un recul de l’intervention des Etats dans l’économie, qui est censée se réguler par la seule loi de l’offre et de la demande. Elles se traduisent par la privatisation des entreprises publiques, la libéralisation des capitaux, la réduction des dépenses de l’Etat. Cette libéralisation de l’économie est rendue possible par l’accélération de la mondialisation : développement des transports, des moyens de communication. Dans ce contexte, les transactions boursières connaissent une très forte augmentation et les acteurs privés acquièrent de plus en plus d’influence sur le fonctionnement de l’économie mondiale et cherchent à s’émanciper des Etats et des institutions internationales : FTN, banques centrales, agences de notation (entreprise chargée d’évaluer la capacité d’un Etat à rembourser une dette). La finance est de plus en plus déconnectée de l’économie réelle.
  • 2. 2) Une nouvelle gouvernance très critiquée Face aux bouleversements économiques et au déclin des institutions internationales, les grandes puissances industrialisées se réunissent à partir de 1975 dans le cadre de rencontres interétatiques : le G6 (Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni, France, RFA, Italie) puis le G7 lorsque le Canada rejoint le groupe et enfin le G8 avec la Russie. Le G6, qui se réunit la 1ère fois à Rambouillet, marque la volonté des Etats riches de retrouver une influence face aux acteurs privés de la gouvernance économique mondiale, mais sans remettre en cause le néolibéralisme. De ce fait, ces rencontres sont accusées par ses détracteurs d’être un club des pays les plus riches et de promouvoir un processus de mondialisation libérale, profitant d’abord aux pays développés sans tenir compte des intérêts des pays du Sud. Conscients de cette situation, les pays du Sud déjà groupés depuis 1964 au sein du G77 (Coalition de pays en développement qui dénonce le caractère inégalitaire de l’ordre économique mondial) réclament à l’ONU dès 1974 un nouvel ordre économique mondial leur permettant de se développer et de se libérer de la tutelle des pays du Nord et des FTN. Dans les années 80, les pays du Sud qui ont massivement emprunté aux banques privées se révèlent incapables de rembourser leurs emprunts. Cette crise de la dette conduit le FMI, soutenu par la Banque mondiale, à jouer de nouveau un rôle majeur en devenant une sorte de « gendarme » des politiques publiques des pays en difficulté. Pour obtenir un paiement échelonné de leur dette et bénéficier d’une aide au développement, le FMI leur impose des Programmes d’ajustement structurel (PAS) sur le modèle néolibéral (réduction des dépenses publiques, déréglementation de l’économie, privatisations d’entreprises…). Ces PAS suscitent de vives critiques car ils sont accusés par leurs opposants, comme le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, d’aggraver les difficultés des pays pauvres et de creuser l’écart de développement avec les pays riches. En effet, ces plans ont conduit à réduire les dépenses de santé, d’éducation et de protection sociale, ce qui empêche le développement de ces pays et aggrave la pauvreté. De plus, ces mesures d’austérité se sont montrées inefficaces pour faire sortir ces pays de la crise de la dette, dont le montant global ne cesse d’augmenter dans les années 1980. Beaucoup réclament l’annulation de la dette des pays pauvres. La création et le renforcement de regroupement économiques mondiaux (CEE, MERCOSUR…) laissent de côté les pays les plus pauvres. Enfin, la spéculation (activité consistant à tirer profit par anticipation de l’évolution du niveau des prix) s’accompagne du retour des désordres financiers et d’une instabilité monétaire permanente (krach boursier de 1987, rechute de l’économie mondiale entre 1989 et 1993…). Les Etats et les institutions de Bretton Woods semblent incapables de les éviter. II. Depuis 1991, quelle gouvernance économique mondiale face aux évolutions de la mondialisation ? 1) Une gouvernance sous influence américaine et dictée par l’évolution des crises économiques Avec l’effondrement du bloc communiste, le modèle capitaliste s’impose à l’échelle mondiale, symbolisé par les réunions annuelles du Forum économique mondial à Davos en Suisse, où les principaux décideurs politiques et économiques du monde entier, acquis au libéralisme, se rassemblent pour y discuter de l’avenir de l’économie mondialisée. C’est devant ce forum que le premier ministre britannique David Cameron vient annoncer en 2014 son intention de poursuivre encore la libéralisation de l’économie de son pays. En 1995, les Etats-Unis accélèrent la mondialisation en encourageant l’expansion du libéralisme par la création de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) qui remplace le GATT avec l’ambition de renforcer le libre-échange et d’élargir les négociations commerciales à l’agriculture et aux services. L’OMC peut sanctionner les entorses au libre-échange et, en réunissant plus des deux tiers des pays de la planète, elle est une institution majeure dans la nouvelle gouvernance économique mondiale.
  • 3. Ainsi, la mondialisation prend-t-elle un nouvel essor : les échanges internationaux s’intensifient, les pays émergents connaissent des taux de croissance record, mais les crises financières se multiplient (crise du système monétaire européen entre 1992-1993 ; crise économique asiatique en 1997...). Cette interdépendance accrue des économies révèle les dangers d’un capitalisme échappant au contrôle des Etats et des institutions internationales. La crise des subprimes qui démarre en 2008 aux Etats-Unis (elle est le résultat d’une politique de crédit trop laxiste de la part des banques pour permettre aux Américains d’acheter leurs maisons) confirme ces risques : la crise du crédit devient bancaire, boursière, financière et s’étend au monde. Pour répondre à la crise financière à partir de 2008, les Etats renforcent de nouveaux la coopération interétatique, notamment dans le cadre du G20 (qui associe puissances du Nord et du Sud) qui prend le pas sur un G8 en déclin. Le G20 est un pôle de réflexion sur les réformes économiques internationales à mener pour mettre fin à la crise (renforcement du FMI, pression sur les paradis fiscaux, taxation des transactions financières…). La création du G20 symbolise l’accession des pays émergents au statut d’acteurs majeurs de la gouvernance économique mondiale. Un an après leur entrée au G20, les pays émergents se regroupent au sein du BRICS (Brazil, Russia, India, China, South Africa) en 2011. La mondialisation a stimulé la croissance de nouvelles puissances décidées à ne plus laisser la gouvernance aux mains des pôles de la Triade. La concurrence exacerbée entre les Etats a aussi rendu plus difficiles les prises de décisions collectives en matière de libéralisation du commerce, de développement durable ou de lutte contre les problèmes de la dette en Europe. La fin du cycle de négociations lancées par l’OMC en 2001 (cycle de Doha) est considérée par la plupart des analystes comme un échec, en raison d’objectifs et d’intérêts de plus en plus divergents des Etats. Ces difficultés à mettre en place une gouvernance économique mondiale efficace et consensuelle se traduisent aussi au travers du renforcement des organisations commerciales à l’échelle régionale plutôt que mondiale. 2) Vers une gouvernance économique mondiale plus équitable et démocratique ? Les excès du libéralisme et de la mondialisation provoquent une aspiration à un autre mode de gouvernance économique mondiale, plus démocratique et équitable. A la fin des années 90 et au début des années 2000, le mouvement altermondialiste prend de l’ampleur. Ces derniers médiatisent leurs revendications lors des réunions du Forum social mondial à partir de 2001 (le 1er a eu lieu à Porto Alegre au Brésil). Le FSM est un lieu de débats consacrés au projet d’une gouvernance soucieuse de réduire les inégalités. Les altermondialistes manifestent à l’occasion des grands sommets internationaux (G8, G20, Forum de Davos, Sommet de l’OMC…) pour dénoncer les dérives du libéralisme, avec le soutien d’associations internationales comme Attac (Association pour un taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens). Depuis la crise de 2008, de nombreux mouvements citoyens se sont développés en parallèle (Mouvement des « Indignés », « Nuit debout », « Occupy Wall Street » …). Ils réclament une gouvernance plus démocratique et contestent l’efficacité des mesures d’austérité. Les Etats doivent composer avec un nombre grandissant d’acteurs privés qui pèsent sur la gouvernance : FTN, agences de notation (Moody’s, Standard & Poor’s… Les notes qu’elles attribuent aux Etats ont des conséquences très importantes sur leur économie), groupes de réflexion (Think Tanks), ONG… Les ONG les plus influentes (Médecins du monde, Action contre la faim, Greenpeace...) dénoncent les dérives de la mondialisation mais sont sollicitées par les organisations internationales pour leur expertise sur les sujets économiques, sociaux et environnementaux. Depuis la fin des années 1990, les problématiques environnementales sont au cœur des préoccupations et entraînent la recherche de solutions pour limiter les effets de la pollution et du réchauffement climatique. Depuis la signature du protocole de Kyoto en 1997, en passant par le sommet de la Terre de Rio en 2012 ou la COP 21 à Paris en 2015, le thème du développement durable a été intégré aux débats économiques mondiaux. Mais l’incapacité des Etats, notamment des plus industrialisés, à respecter leurs engagements démontre l’absence d’institution supranationale capable de réguler les contradictions de la mondialisation.
  • 4. Conclusion : Depuis la création du G6, la gouvernance économique mondiale est dominée par les pays riches. Même avec la création du G20, la plupart des pays du Sud se sentent exclus et victimes de cette gouvernance, qui repose toujours sur les principes du néolibéralisme, accusé de renforcer les écarts de développement entre pays riches et pauvres. Depuis le début des années 90, la gouvernance économique mondiale a évolué sous l’effet de l’accélération de la mondialisation, du rôle croissant des pays émergents, des crises économiques et des thématiques environnementales. Néanmoins, il reste beaucoup à faire pour aboutir à une gouvernance plus équitable, démocratique et respectueuse de l’environnement. L’ONU pourrait à ce titre, comme le pense Joseph Stiglitz, jouer un rôle plus important pour une gouvernance véritablement multilatérale.