Pro-ana:
réseaux sociaux et troubles
alimentaires
Paola Tubaro
Université de Greenwich, Londres
CNRS - CMH, Paris
PLAN
1. Le projet ANAMIA
2. Soutien social, réseaux sociaux et troubles alimentaires
Le phénomène « Pro-ana » sur Internet
Les communautés « pro-ana » et
« pro-mia »: un défi pour les
systèmes et les normes de santé ?
L'anorexie comme « style de vie »
Potentielles influences négatives
sur les comportements (surtout des
jeunes)
Polémiques autour des communautés « pro-ana »
S'interroger plus en profondeur :
provocation et risque, ou entraide et
soutien ?
Une nouvelle sociabilité pour rompre
l’ancien isolement ? Ou un
détachement de la « vie réelle » ?
Quel soutien trouve-t-on
spécifiquement en ligne ?
Quelle influence sur les
comportements ? Et sur la santé ?
Le statut ambigu des communautés en ligne
Le projet interdisciplinaire ANAMIA
Le projet : ANAMIA ANR-09-ALIA-001
La sociabilité Ana-mia : une approche des troubles alimentaires
par les réseaux sociaux en ligne et hors-ligne.
Partenaires :

- EHESS

- CNRS
 - UBO
 - Institut Mines-Télécom

- Aix Marseille Université
ANR ANAMIA
Le pari du projet ANR ANAMIA :
regarder les réseaux sociaux des
usagers de sites Web liés aux TCA
Mettre en rapport leur structure de
relations avec leurs motivations et
leurs comportements
Connaître leurs relations en ligne, en
comparant avec leurs relations hors
ligne
Au delà de l’observation des sites,
interroger les personnes
La « sociabilité ana-mia »
1. Réaliser une cartographie
des sites/blogs/forums,
dans la webosphère
francophone et anglophone
Une enquête en trois temps
2. Inviter leurs membres
à répondre à un
questionnaire en
ligne
Une enquête en trois temps
3. Reintérroger un
sous-ensemble
avec des entretiens
qualitatifs en
profondeur
Une enquête en trois temps
Multiplicité de méthodes pour affiner le regard
Données web, données d'enquête quantitative, et données
d'entretiens qualitatifs
Méthodes d'analyse de réseaux, analyse de régression,
analyse textuelle, simulation informatique à base d'agents
Réflexion éthique et juridique
Dataviz
Différents types d'analyses
Soutien, réseaux sociaux et santé
Contexte
Questionnements
Méthodes et données
Résultats
Littérature : soutien social et résultats de santé
mortalité (Berkman & Syme 1979)
vieillissement (Ashida & Heaney 2008)
santé mentale (Kawachi & Berkman 2001)
stress (Thoits 1995)
…..
Soutien social et santé
Réseaux et soutien
Companionship support: le bien-fait de ne pas se sentir seul
Plus généralement, le soutien se définit comme une aide
mutuelle, avec l'intention d'être utile:
• - Instrumental support
• - Informational support
• - Emotional support
Le soutien passe par les relations – les réseaux.
Connectivité et soutien
Le soutien social affecte le
déclenchement et la trajectoire
des TCA (Limbert 2010)
Le succès récent de services de
soutien en ligne (McCormack
2010)
 Mais quid du soutien spontané
par les pairs sur Internet ?
Soutien social et TCA
Soutien, réseaux sociaux et santé
Contexte
Questionnements
Méthodes et données
Résultats
Le lien social sur Internet
« Le paradoxe d'Internet » (Kraut et al 1998): une technologie
socialisante qui désocialise ?
Ou complementarité? Internet pour une sociabilité renforcée
(Wellman et al. 2001)
Les TCA et l'isolement (Levine 2012): Internet pour véhiculer
du companionship support?
Pour les personnes avec TCA, y a-t-il tension entre relations
en ligne et relations en présentiel?
Une approche par les réseaux : la connectivité
Les liens sur Internet et le capital social
Des formes de soutien différentes viennent de parties
différentes d'un réseau social (Fischer 1982)
Les interactions en ligne peuvent faciliter l'accès à certaines de
ces ressources (Ellison et al 2007)
Intermédiation et groupes fermés (Burt 2005) dans les réseaux
en ligne (Shen et al 2012)
Les relations en ligne offrent-elles des formes
spécifiques de soutien aux personnes avec des TCA?
Une approche par les réseaux : le capital social
Radicalisation par les relations sociales?
Creation de connaissance par le partage de l'expérience dans
les communautés web sur la santé (Akrich 2010)
Les effets de la structure des liens sur les attitudes et les
comportements de santé (Centola 2010)
 La recherche de soutien en ligne indique-t-elle un rejet des
normes et des institutions médicales, par les personnes ayant
des TCA?
Une approche par les réseaux: les orientations de santé
Soutien, réseaux sociaux et santé
Contexte
Questionnements
Méthodes et données
Résultats
Pour répondre à ces
questions:
utiliser les données de
l'enquête en ligne...
...en combinaison avec les
entretiens qualitatifs
Les données
Reconstituer des réseaux personnels : deux étapes
Deux étapes dans l'enquête en ligne
(Bidart & Charbonneau 2011):
1. Reconstituer son réseau personnel
en général, en deux sous-étapes:
1.1 en présentiel
1.2 assisté par ordinateur
2. Identifier son réseau de soutien
pour des enjeux de santé
Dans le questionnaire en ligne,
une application graphique
permettait aux participants de
dessiner leurs réseaux personnels
Insérer des connaissances, les
positionner autour de soi, les lier
entre elles, les grouper
Deux réseaux chacun, face-à-face
et en ligne
Etape 1 : Les réseaux personnels généraux
Deux scénarii
Pour identifier les réseaux de soutien, nous demandions aux
participants d'imaginer:
- Un cas grave (devoir se faire hospitaliser)
- Un cas plus banal (perte de cheveux)
A qui voudraient-ils parler dans chaque cas?
Ils pouvaient choisir entre les personnes déjà nommées (en
ligne et/ou en présentiel) ou en rajouter d'autres.
Etape 2: les réseaux de soutien
Les données empiriques: les participants
284 réponses au questionnaire (136 FR, 148 EN)
Majorité de femmes, 21 ans en moyenne, 65 % étudiants, 40%
travaillent
La majorité habite avec la famille, en colocation, ou en couple
40% ont un partenaire stable
Utilisation intense d’Internet
IMC moyen normal, avec plus de 30 % sous-poids
Dominance de troubles mixtes (environ 40 %), puis anorexie
mentale, boulimie mentale et compulsions alimentaires
Exemples de réseaux en présentiel
Les réseaux personnels des participants (1)
Exemples de réseaux en ligne
Les réseaux personnels des participants (2)
Soutien, réseaux sociaux et santé
Contexte
Questionnements
Méthodes et données
Résultats
La majorité des connaissances citées
sont en présentiel
Internet enrichit la sociabilité des
personnes, mais ne se substitue pas
aux autres relations
Intersection (contacts hors ligne et en
ligne) indique continuité entre les deux
sphères relationnelles
Une sociabilité enrichie
« Je l’ai connue euh... sur un forum, il y a deux
ans et demi. Et euh... on s’est rencontré l’été
dernier, l’été 2010 et euh... c’est devenu ma
meilleure amie, maintenant, on se quitte plus »
Les contacts entretenus
seulement en ligne sont
généralement moins proches
En présentiel, on trouve un peu
plus de contacts très proches
Proximité relationnelle et modes d’interaction
Les connaissances très proches
et intimes sont entretenues à la
fois en présentiel et en ligne
Internet offre de moyens
additionnels de maintenir des
liens forts avec des proches et
très proches…
… tout en permettant d’en créer
de nouveaux, plus faibles, avec
des personnes moins proches
Proximité relationnelle
En général, on mobilise davantage
ses relations en présentiel
Une tendance un peu plus forte pour
les gros problèmes
A qui demander du soutien?
Face à des problèmes, on
se tourne davantage vers
des relations entretenues à
la fois en présentiel et en
ligne
On mobilise surtout les relations hors ligne ET en ligne!
Connaissances hors ligne et en ligne.
Petits soucis: soutien informationnel
(information, conseil, guide)
Gros problèmes: soutien non
seulement informationnel, mais aussi
émotionnel (sympathie,
encouragement, affection, confiance)
ou instrumental (aide concrète,
assistance matérielle).
Quel type de soutien, pour quel type de problèmes?
Perte de cheveux:
S. nomme une amie, dont la mère est
pharmacienne;
E. nomme une amie « qui connaît tout ce qui est
médical », son médecin et une infirmière
psychiatrique.
Hospitalisation:
R. a été réellement hospitalisée, et s’est adressée
à sa mère et sa soeur, parce que « c’était un
moment où j’étais vraiment très isolée » ;
B. chercherait « mes proches, ma famille, mon
copain, mes amis les plus proches ... puisqu’ils me
connaissent, ils sauront me comprendre... je leur
ferais confiance »
C’est surtout face à des
problèmes sérieux, que l’on
s’appuie sur des relations intimes
et très proches
Ce sont en effet les plus proches
qui peuvent offrir du soutien
émotionnel ou instrumental
Par exemple, le soutien du
partenaire n’est recherché que
pour les gros problèmes
Proximixité relationnelle et soutien émotionnel
Pour les petits soucis, cette
tendance est attenuée
Le soutien informationnel n’exige
pas nécessairement la proximité
Proximité relationnelle et soutien informationnel
En dehors d'Internet, on s’appuie sur
des relations individualisées, dans
des espaces moins cohésifs
En revanche sur Internet, les
connaissances mobilisées sont
plus souvent en relation entre
elles
Elles tendent toutefois à former des
structures de relations séparées
les unes des autres
Séparer ses sources de soutien
Des groupes non reliés entre
eux, ne peuvent pas
s’entendre pour imposer
des contraintes fortes sur
une personne :
– se sentir jugé
– se voir obligé
d’entreprendre des soins
contre son gré
– subir du contrôle sur son
alimentation
L’hypothèse de la contrainte
« j’ai pas envie que tout le monde soit au courant
non plus, parce qu’après on sent épiée pendant les
soirées »
« [mes] amis trop proches, j’ai pas trop
envie de trop les embêter avec ça. »
« et il y a cette réserve euh... qu’on a quand
on connaît les... gens, en fait. »
« la personne réelle, avec qui je peux parler de ça
[l’alimentation], c’est personne. Il y a personne. »
S’appuyer sur des relations
individualisées – des groupes
et des contextes sociaux
n'interagissant pas les uns
avec les autres
Séparer ses sources de soutien
je chercherais certainement celles euh... qui
l’ont déjà vécu et. . . voir euh... comment ça
c’était passé pour elles. Parce qu’autour de
moi, ils auraient pas vécu ça et ils
comprendraient pas forcément
En ligne, on s’adresse à des
groupes spécialisés, souvent
séparés des autres contextes
sociaux (un forum en ligne)
La contrainte et le soutien informationnel
je suis une tout autre personne par rapport à mon
blog que par rapport à Facebook. Facebook, je suis
celle que tout le monde connaît et puis le blog, c’est
celle dont personne ne doute
c’est deux mondes différents, il y a les gens du forum
et euh... le reste. Le reste est sur Facebook. [...]
qu’est-ce qui sépare ces deux mondes ? Le fait que...
ils ne soient pas au courant [...] deux mondes
différents et... qui n’ont pas à se côtoyer
La recherche de soutien en
ligne indique-t-elle un rejet
des institutions de santé ?
Un premier indicateur : plus de
la moitié de nos
participants ayant un
trouble sont suivis
médicalement (plus que
dans des estimations
précédentes).
Quel rôle pour les professionnels de santé?
[Pour accueillir une nouvelle personne dans un
forum] déjà, je vérifierais qu’elle est suivie.
Parce que... parce que le problème, en fait,
euh... quand on accueille des personnes qui ne
sont pas suivies sur un forum, c’est qu’on se
sent responsable d’elles et c’est pas notre rôle
Un deuxième indicateur: les
professionnels de santé sont
toujours très recherchés quand on
a un problème !
Effet un peu plus fort avec petits
soucis (soutien informationnel)
 Rejet de l’hypothèse d’une
opposition nette entre les
communautés ana-mia et les
normes et institutions médicales.
Professionnels de santé et soutien
Doctor
Les communautés en ligne et des besoins à satisfaire
L’écoute, la compréhension : s’il y a un message qu’il faudrait faire passer, ce serait de dire aux médecins d’écouter
les anorexiques et les boulimiques, ce sont pas des personnes futiles qui ne s’attachent qu’aux apparences et euh...
ça cache un vrai mal-être
L’information : on avait créé un forum… enfin un blog euh... sur ça euh... pour essayer de… de mettre toutes les
études américaines qui… qui sortaient là-dessus. [...] Parce qu’on avait mis un mot sur un mal et il y a beaucoup de
personnes qui disaient ‘ah, c’est donc ça dont je souffre et personne me prend au sérieux’. Donc, ça a permis de
recueillir des… des témoignages. Malheureusement, comme on n’était pas médecins, bon, voilà, on n’avait pas de
solutions
L’aide concrète : c’est quand même nécessaire de faire savoir que… même les personnes qui ne sont pas… qui sont
pas maigres ou qui ont pas besoin d’une hospitalisation en urgence sont tout aussi mal et il y a beaucoup aussi de…
de tentatives de suicide à cause de ça
... je pense que, enfin… déjà, on devrait pouvoir accéder aux services anorexie, boulimie des hôpitaux, sans devoir
atteindre des poids extrêmement dangereux ou avoir des problèmes de santé graves. Si euh... quand… on commence
à aller mal, on nous aidait vraiment au lieu de nous dire ‘écoute, maintenant, tu vas voir un psy, tu manges mieux
et puis basta’, je pense que ça pourrait aller mieux.
Pas de rejet, mais de nombreuses demandes
Conclusions
Revoir des idées reçues sur le phénomène « pro-ana »?
Conclusions
Les relations en ligne ne se substituent pas aux relations
hors ligne, mais les complètent ;
Différents types de soutien sont recherchés, en fonction des
types de problèmes rencontrés ;
Le poids de la « contrainte » : séparer les groupes (en
ligne), séparer les contacts individuels (en ligne et hors
ligne) ;
La recherche de soutien en ligne n’indique pas un rejet des
institutions médicales.
Merci !
Pour plus d’information: www.anamia.fr
Contact: coordination@anamia.fr, paola.tubaro@ens.fr
Twitter: @anamia

Pro-ana : réseaux sociaux et troubles alimentaires

  • 1.
    Pro-ana: réseaux sociaux ettroubles alimentaires Paola Tubaro Université de Greenwich, Londres CNRS - CMH, Paris
  • 2.
    PLAN 1. Le projetANAMIA 2. Soutien social, réseaux sociaux et troubles alimentaires
  • 3.
    Le phénomène «Pro-ana » sur Internet
  • 4.
    Les communautés « pro-ana »et « pro-mia »: un défi pour les systèmes et les normes de santé ? L'anorexie comme « style de vie » Potentielles influences négatives sur les comportements (surtout des jeunes) Polémiques autour des communautés « pro-ana »
  • 5.
    S'interroger plus enprofondeur : provocation et risque, ou entraide et soutien ? Une nouvelle sociabilité pour rompre l’ancien isolement ? Ou un détachement de la « vie réelle » ? Quel soutien trouve-t-on spécifiquement en ligne ? Quelle influence sur les comportements ? Et sur la santé ? Le statut ambigu des communautés en ligne
  • 6.
  • 7.
    Le projet :ANAMIA ANR-09-ALIA-001 La sociabilité Ana-mia : une approche des troubles alimentaires par les réseaux sociaux en ligne et hors-ligne. Partenaires :  - EHESS  - CNRS  - UBO  - Institut Mines-Télécom  - Aix Marseille Université ANR ANAMIA
  • 8.
    Le pari duprojet ANR ANAMIA : regarder les réseaux sociaux des usagers de sites Web liés aux TCA Mettre en rapport leur structure de relations avec leurs motivations et leurs comportements Connaître leurs relations en ligne, en comparant avec leurs relations hors ligne Au delà de l’observation des sites, interroger les personnes La « sociabilité ana-mia »
  • 9.
    1. Réaliser unecartographie des sites/blogs/forums, dans la webosphère francophone et anglophone Une enquête en trois temps
  • 10.
    2. Inviter leursmembres à répondre à un questionnaire en ligne Une enquête en trois temps
  • 11.
    3. Reintérroger un sous-ensemble avecdes entretiens qualitatifs en profondeur Une enquête en trois temps
  • 12.
    Multiplicité de méthodespour affiner le regard Données web, données d'enquête quantitative, et données d'entretiens qualitatifs Méthodes d'analyse de réseaux, analyse de régression, analyse textuelle, simulation informatique à base d'agents Réflexion éthique et juridique Dataviz Différents types d'analyses
  • 13.
    Soutien, réseaux sociauxet santé Contexte Questionnements Méthodes et données Résultats
  • 14.
    Littérature : soutien socialet résultats de santé mortalité (Berkman & Syme 1979) vieillissement (Ashida & Heaney 2008) santé mentale (Kawachi & Berkman 2001) stress (Thoits 1995) ….. Soutien social et santé
  • 15.
    Réseaux et soutien Companionshipsupport: le bien-fait de ne pas se sentir seul Plus généralement, le soutien se définit comme une aide mutuelle, avec l'intention d'être utile: • - Instrumental support • - Informational support • - Emotional support Le soutien passe par les relations – les réseaux. Connectivité et soutien
  • 16.
    Le soutien socialaffecte le déclenchement et la trajectoire des TCA (Limbert 2010) Le succès récent de services de soutien en ligne (McCormack 2010)  Mais quid du soutien spontané par les pairs sur Internet ? Soutien social et TCA
  • 17.
    Soutien, réseaux sociauxet santé Contexte Questionnements Méthodes et données Résultats
  • 18.
    Le lien socialsur Internet « Le paradoxe d'Internet » (Kraut et al 1998): une technologie socialisante qui désocialise ? Ou complementarité? Internet pour une sociabilité renforcée (Wellman et al. 2001) Les TCA et l'isolement (Levine 2012): Internet pour véhiculer du companionship support? Pour les personnes avec TCA, y a-t-il tension entre relations en ligne et relations en présentiel? Une approche par les réseaux : la connectivité
  • 19.
    Les liens surInternet et le capital social Des formes de soutien différentes viennent de parties différentes d'un réseau social (Fischer 1982) Les interactions en ligne peuvent faciliter l'accès à certaines de ces ressources (Ellison et al 2007) Intermédiation et groupes fermés (Burt 2005) dans les réseaux en ligne (Shen et al 2012) Les relations en ligne offrent-elles des formes spécifiques de soutien aux personnes avec des TCA? Une approche par les réseaux : le capital social
  • 20.
    Radicalisation par lesrelations sociales? Creation de connaissance par le partage de l'expérience dans les communautés web sur la santé (Akrich 2010) Les effets de la structure des liens sur les attitudes et les comportements de santé (Centola 2010)  La recherche de soutien en ligne indique-t-elle un rejet des normes et des institutions médicales, par les personnes ayant des TCA? Une approche par les réseaux: les orientations de santé
  • 21.
    Soutien, réseaux sociauxet santé Contexte Questionnements Méthodes et données Résultats
  • 22.
    Pour répondre àces questions: utiliser les données de l'enquête en ligne... ...en combinaison avec les entretiens qualitatifs Les données
  • 23.
    Reconstituer des réseauxpersonnels : deux étapes Deux étapes dans l'enquête en ligne (Bidart & Charbonneau 2011): 1. Reconstituer son réseau personnel en général, en deux sous-étapes: 1.1 en présentiel 1.2 assisté par ordinateur 2. Identifier son réseau de soutien pour des enjeux de santé
  • 24.
    Dans le questionnaireen ligne, une application graphique permettait aux participants de dessiner leurs réseaux personnels Insérer des connaissances, les positionner autour de soi, les lier entre elles, les grouper Deux réseaux chacun, face-à-face et en ligne Etape 1 : Les réseaux personnels généraux
  • 25.
    Deux scénarii Pour identifierles réseaux de soutien, nous demandions aux participants d'imaginer: - Un cas grave (devoir se faire hospitaliser) - Un cas plus banal (perte de cheveux) A qui voudraient-ils parler dans chaque cas? Ils pouvaient choisir entre les personnes déjà nommées (en ligne et/ou en présentiel) ou en rajouter d'autres. Etape 2: les réseaux de soutien
  • 26.
    Les données empiriques:les participants 284 réponses au questionnaire (136 FR, 148 EN) Majorité de femmes, 21 ans en moyenne, 65 % étudiants, 40% travaillent La majorité habite avec la famille, en colocation, ou en couple 40% ont un partenaire stable Utilisation intense d’Internet IMC moyen normal, avec plus de 30 % sous-poids Dominance de troubles mixtes (environ 40 %), puis anorexie mentale, boulimie mentale et compulsions alimentaires
  • 27.
    Exemples de réseauxen présentiel Les réseaux personnels des participants (1)
  • 28.
    Exemples de réseauxen ligne Les réseaux personnels des participants (2)
  • 29.
    Soutien, réseaux sociauxet santé Contexte Questionnements Méthodes et données Résultats
  • 30.
    La majorité desconnaissances citées sont en présentiel Internet enrichit la sociabilité des personnes, mais ne se substitue pas aux autres relations Intersection (contacts hors ligne et en ligne) indique continuité entre les deux sphères relationnelles Une sociabilité enrichie « Je l’ai connue euh... sur un forum, il y a deux ans et demi. Et euh... on s’est rencontré l’été dernier, l’été 2010 et euh... c’est devenu ma meilleure amie, maintenant, on se quitte plus »
  • 31.
    Les contacts entretenus seulementen ligne sont généralement moins proches En présentiel, on trouve un peu plus de contacts très proches Proximité relationnelle et modes d’interaction
  • 32.
    Les connaissances trèsproches et intimes sont entretenues à la fois en présentiel et en ligne Internet offre de moyens additionnels de maintenir des liens forts avec des proches et très proches… … tout en permettant d’en créer de nouveaux, plus faibles, avec des personnes moins proches Proximité relationnelle
  • 33.
    En général, onmobilise davantage ses relations en présentiel Une tendance un peu plus forte pour les gros problèmes A qui demander du soutien?
  • 34.
    Face à desproblèmes, on se tourne davantage vers des relations entretenues à la fois en présentiel et en ligne On mobilise surtout les relations hors ligne ET en ligne! Connaissances hors ligne et en ligne.
  • 35.
    Petits soucis: soutieninformationnel (information, conseil, guide) Gros problèmes: soutien non seulement informationnel, mais aussi émotionnel (sympathie, encouragement, affection, confiance) ou instrumental (aide concrète, assistance matérielle). Quel type de soutien, pour quel type de problèmes? Perte de cheveux: S. nomme une amie, dont la mère est pharmacienne; E. nomme une amie « qui connaît tout ce qui est médical », son médecin et une infirmière psychiatrique. Hospitalisation: R. a été réellement hospitalisée, et s’est adressée à sa mère et sa soeur, parce que « c’était un moment où j’étais vraiment très isolée » ; B. chercherait « mes proches, ma famille, mon copain, mes amis les plus proches ... puisqu’ils me connaissent, ils sauront me comprendre... je leur ferais confiance »
  • 36.
    C’est surtout faceà des problèmes sérieux, que l’on s’appuie sur des relations intimes et très proches Ce sont en effet les plus proches qui peuvent offrir du soutien émotionnel ou instrumental Par exemple, le soutien du partenaire n’est recherché que pour les gros problèmes Proximixité relationnelle et soutien émotionnel
  • 37.
    Pour les petitssoucis, cette tendance est attenuée Le soutien informationnel n’exige pas nécessairement la proximité Proximité relationnelle et soutien informationnel
  • 38.
    En dehors d'Internet,on s’appuie sur des relations individualisées, dans des espaces moins cohésifs En revanche sur Internet, les connaissances mobilisées sont plus souvent en relation entre elles Elles tendent toutefois à former des structures de relations séparées les unes des autres Séparer ses sources de soutien
  • 39.
    Des groupes nonreliés entre eux, ne peuvent pas s’entendre pour imposer des contraintes fortes sur une personne : – se sentir jugé – se voir obligé d’entreprendre des soins contre son gré – subir du contrôle sur son alimentation L’hypothèse de la contrainte « j’ai pas envie que tout le monde soit au courant non plus, parce qu’après on sent épiée pendant les soirées » « [mes] amis trop proches, j’ai pas trop envie de trop les embêter avec ça. » « et il y a cette réserve euh... qu’on a quand on connaît les... gens, en fait. » « la personne réelle, avec qui je peux parler de ça [l’alimentation], c’est personne. Il y a personne. »
  • 40.
    S’appuyer sur desrelations individualisées – des groupes et des contextes sociaux n'interagissant pas les uns avec les autres Séparer ses sources de soutien je chercherais certainement celles euh... qui l’ont déjà vécu et. . . voir euh... comment ça c’était passé pour elles. Parce qu’autour de moi, ils auraient pas vécu ça et ils comprendraient pas forcément
  • 41.
    En ligne, ons’adresse à des groupes spécialisés, souvent séparés des autres contextes sociaux (un forum en ligne) La contrainte et le soutien informationnel je suis une tout autre personne par rapport à mon blog que par rapport à Facebook. Facebook, je suis celle que tout le monde connaît et puis le blog, c’est celle dont personne ne doute c’est deux mondes différents, il y a les gens du forum et euh... le reste. Le reste est sur Facebook. [...] qu’est-ce qui sépare ces deux mondes ? Le fait que... ils ne soient pas au courant [...] deux mondes différents et... qui n’ont pas à se côtoyer
  • 42.
    La recherche desoutien en ligne indique-t-elle un rejet des institutions de santé ? Un premier indicateur : plus de la moitié de nos participants ayant un trouble sont suivis médicalement (plus que dans des estimations précédentes). Quel rôle pour les professionnels de santé? [Pour accueillir une nouvelle personne dans un forum] déjà, je vérifierais qu’elle est suivie. Parce que... parce que le problème, en fait, euh... quand on accueille des personnes qui ne sont pas suivies sur un forum, c’est qu’on se sent responsable d’elles et c’est pas notre rôle
  • 43.
    Un deuxième indicateur:les professionnels de santé sont toujours très recherchés quand on a un problème ! Effet un peu plus fort avec petits soucis (soutien informationnel)  Rejet de l’hypothèse d’une opposition nette entre les communautés ana-mia et les normes et institutions médicales. Professionnels de santé et soutien Doctor
  • 44.
    Les communautés enligne et des besoins à satisfaire L’écoute, la compréhension : s’il y a un message qu’il faudrait faire passer, ce serait de dire aux médecins d’écouter les anorexiques et les boulimiques, ce sont pas des personnes futiles qui ne s’attachent qu’aux apparences et euh... ça cache un vrai mal-être L’information : on avait créé un forum… enfin un blog euh... sur ça euh... pour essayer de… de mettre toutes les études américaines qui… qui sortaient là-dessus. [...] Parce qu’on avait mis un mot sur un mal et il y a beaucoup de personnes qui disaient ‘ah, c’est donc ça dont je souffre et personne me prend au sérieux’. Donc, ça a permis de recueillir des… des témoignages. Malheureusement, comme on n’était pas médecins, bon, voilà, on n’avait pas de solutions L’aide concrète : c’est quand même nécessaire de faire savoir que… même les personnes qui ne sont pas… qui sont pas maigres ou qui ont pas besoin d’une hospitalisation en urgence sont tout aussi mal et il y a beaucoup aussi de… de tentatives de suicide à cause de ça ... je pense que, enfin… déjà, on devrait pouvoir accéder aux services anorexie, boulimie des hôpitaux, sans devoir atteindre des poids extrêmement dangereux ou avoir des problèmes de santé graves. Si euh... quand… on commence à aller mal, on nous aidait vraiment au lieu de nous dire ‘écoute, maintenant, tu vas voir un psy, tu manges mieux et puis basta’, je pense que ça pourrait aller mieux. Pas de rejet, mais de nombreuses demandes
  • 45.
  • 46.
    Revoir des idéesreçues sur le phénomène « pro-ana »? Conclusions Les relations en ligne ne se substituent pas aux relations hors ligne, mais les complètent ; Différents types de soutien sont recherchés, en fonction des types de problèmes rencontrés ; Le poids de la « contrainte » : séparer les groupes (en ligne), séparer les contacts individuels (en ligne et hors ligne) ; La recherche de soutien en ligne n’indique pas un rejet des institutions médicales.
  • 47.
    Merci ! Pour plus d’information:www.anamia.fr Contact: coordination@anamia.fr, paola.tubaro@ens.fr Twitter: @anamia